CAMPAGNE 1914-1918

DU

141ème REGIMENT D’INFANTERIE TERRITORIALE

 

 

 

Merci à J.M. pour cet historique

 

 

 

 

A notre 141e Territorial ; à nos poilus d’hier ; à nos héros et vainqueurs d’aujourd’hui.

 

 

 

– La Mobilisation. – Départ du 141e R.I.T.

 

On ne saurait trop les aimer ; on ne saurait trop les célébrer. Ils sont une page de notre histoire, ils se révèlent comme un chaînon merveilleux de la France à travers les âges ; ils resteront comme un enseignement vivant de ce que peut un peuple façonné pour le triomphe du droit et de la liberté. Ils apparaîtront toujours comme un aboutissant des plus nobles aspirations de toute une époque. Le 2 août 1914 a suffi pour déclencher, susciter toutes les énergies cachées dans notre race, dans nos Landais aux mains calleuses maniant la charrue, faisant sortir de la terre de blonds épis ou faisant chanter le hapchot dans nos pignadars.

Il n’en fallait pas d’avantage pour donner à la France entière l’impression d’une noblesse de cœur et de pensée miraculeuses, bien que cachées sous une rude écorce.

 

Incarnation précieuse de la France rénovée, qu’ils soient loués pour la beauté de leur geste, et plus encore pour sa simplicité !

Ils sont graves et sereins.

Ils expriment par leur attitude plus encore que par leurs paroles le devoir : le devoir dans ce qu’il a de plus élevé et de plus beau.

Ils regardent ; ils regardent pour mieux en conserver la suprême vision.

Ils parlent peu, mais ce qu’ils disent, c’est la gravité de l’heure, la grandeur de la tâche nécessaire, la sainteté de l’action vers laquelle ils marchent comme des croyants qui ne sauraient faillir à leur foi.

Leur calme est la forte leçon qui pénètre les âmes.

Il faut partir ! A l’instant des adieux ils eurent des mots simples qui imposent silence à la douleur de la séparation. Le frisson des grands espoirs a passé sur nos Landes.

 

Mont-de-Marsan les reçut le 5 août. Vite un équipement, un fusil, et les voici prêts à partir pour la gloire. Le 8 août le 141e quittait nos Landes à destination de Bayonne. Il y eut bien un peu de désillusion chez tous ces braves comptant partir directement pour les frontières du Nord et de l’Est.

 

Heureusement, ce n’était que provisoire.

 

– Le 141e avant son entrée en secteur

 

Le régiment ne reste à Bayonne qu’un vingtaine de jours, temps qui était nécessaire pour que les gradés connaissent leurs hommes et pour que ceux-ci s’entraînent à la guerre.

Le 28 août, le régiment embarquait à nouveau, cette fois à destination du camp retranché de Paris. Il arrivait et débarquait le 29 août à Ivry.

 

Jusqu’au 25 septembre, il restera dans la région de Mitry-Mory pour creuser des tranchées et assurer la sécurité de l’arrière du front. Tâche ingrate, sans gloire, mais qui avait son utilité.

Après de longues étapes à pied, le régiment se retrouvera le 3 octobre dans la région de Montdidier où il fut employé à l’organisation d’une position défensive.

 

– Le 141e dans le secteur de Cambrin

 

Enfin, le jour tant attendu va arriver ; on va pouvoir se battre, voir l’ennemi, car le 10 octobre, le régiment embarque pour se rendre dans la région d’Arras où il doit prendre part à la défense des premières lignes. Jusqu’au 22 octobre il restera encore à l’arrière du secteur, organisant de nouvelles tranchées et assurant le ravitaillement.

 

C’est le 23 octobre que du fait de l’artillerie lourde allemande le régiment a eu ses premiers morts.

 

Le secteur qui lui a été donné à défendre est celui de Cambrin. Et il s’acquittera de sa tâche avec toute la bravoure et la vigilance que l’on pouvait attendre de lui, ainsi que la citation suivante, en date du 22 décembre, l’atteste :

 

Le Général commandant la 10ème Armée cite à l’ordre de l’Armée :

LA 5EME COMPAGNIE ET LE 2E PELOTON DE LA 7E COMPAGNIE DU 141E REGIMENT D’INFANTERIE TERRITORIAL, qui, étant chargé de la défense du « Puits Noir » à Cambrin, ont donné des preuves de fermeté et de courage en se maintenant sur leurs positions malgré un violent bombardement, et en résistant énergiquement à plusieurs attaques de l’infanterie ennemie.

 

 

Oui, c’était notre brave 141e qui méritait d’un homme de cœur, d’un grand chef ce témoignage de satisfaction. Oh ! oui, comme ils ont bien donné des preuves de fermeté et de courage ; comme on les a bien retrouvées ces mains dures comme le roc pour serrer à la gorge le boche battu.

 

Comme on a retrouvé ce calme et cette sérénité que nous leur connaissons dans le travail de la terre, quand il a fallu tenir !

Comme elle s’est bien révélée, cette endurance et cette abnégation, sous ce feu d’enfer de l’artillerie ennemie. Il fallait tenir ; et ils tenaient. Hélas ! les rangs s’éclaircirent et déjà des voiles de deuil enveloppaient nos cités.

 

Mais c’était pour le droit et pour la liberté. Eux savaient mourir. Ici on sut souffrir.

Le 141e allait de nouveau supporter dans ce secteur de rudes épreuves et subir de lourdes pertes. La vaillance des vieux poilus du régiment s’affirme une fois encore et rien ne peut ébranler leur splendide moral ni leur volonté d’empêcher l’ennemi de briser la barrière qu’ils opposèrent à ses assauts.

 

Le 25 janvier 1915, à 7 heures du matin, les Allemands attaquent avec violence sur le front du régiment. Comme ils ont réussi à pénétrer dans quelques éléments de tranchées une contre-attaque est décidée. C’est au 2e bataillon qui est en réserve que revient la glorieuse tâche de mener à bien l’opération.

 

Les 4e et 6e compagnies contre-attaquent pour chasser les Allemands de la carrière et reprendre les tranchées enlevées.

 

Le Lieutenent DUCHESNE se mettant à la tête du 1er peloton de la 6ème compagnie pénètre dans le boyau qu’il faut conquérir et se heurte à un barrage de sacs à terre, à l’abri duquel les boches fusillent les nôtres. Encadré par les sergents DUPORT et SARRADE qui font feu, le Lieutenant couché dans la tranchée ouvre le passage en arrachant les sacs à terre qu’il passe à des hommes en arrière.

 

L’ennemi cède et tente de rétablir un nouveau barrage, mais le Lieutenant DUCHESNE pousse de l’avant toujours ; les Badois poursuivis à coups de fusil lâchent pied et après de nouveaux et héroïques efforts la fraction avancée de la 6ème compagnie précédée, cette fois, du sous-lieutenant BELLEGARDE parvient à la tranchée de 1ère ligne. De son côté la 5ème compagnie s’était portée en avant. Deux sections et demie sous les ordres du sous-lieutenant CHAUBET réussissent à déborder et à bousculer les Allemands en reprenant toute la tranchée de deuxième ligne. A ce moment le sous-lieutenant CHAUBET entouré par plusieurs ennemis parvient à se dégager grâce à son sang-froid et à la parfaite discipline des hommes qui le suivent.

 

Une section et demie de la 8ème compagnie, en allant occuper un emplacement fixé tombe sous le tir d’écharpe d’une mitrailleuse et perd 19 tués dont le sous-lieutenant LAFARGUE qui la commandait et 19 blessés. Pendant les jours suivants l’effervescence fut grande dans le secteur et le 29 à 8 heures du matin une nouvelle attaque ennemie débouche des Briques. Mais le feu nourri des 10e et 9e compagnies arrête l’attaque. Le lendemain, dès l’aube, l’ennemi prononce une nouvelle attaque ; au prix de grosses pertes il parvient à pénétrer dans quelques éléments de tranchées. Des barrages sont établis et le boche ne peut exploiter son succès.

 

Le 1er février à 4 h 45 les Allemands s’efforcent à nouveau de se porter en masse sur nos premières lignes. Ils sont reçus par une vive fusillade et seuls quelques-uns d’entre eux arrivent à la tranchée pour être tués ou faits prisonniers. Après ce dernier essai infructueux les Allemands se calment. Lassés, vaincus ils ne renouvellent pas leurs attaques. La farouche énergie de nos héroïques soldats a eu raison des fanatiques efforts des troupes du Kaiser.

 

 

– Le 141e dans divers secteurs

 

 

Le secteur reprend son aspect habituel jusqu’au 15 mai 1915, date à laquelle le régiment, relevé par des troupes britanniques, vient prendre le fameux secteur de Notre-Dame-de-Lorette qui conserve les traces des combats sanglants qui s’y livrèrent. Les actions d’artillerie y sont toujours plus vives. Le 141e y subit des pertes du fait du bombardement, mais le « marmitage » ne trouble pas l’impassible attitude des pépères landais. Ils montrent au contraire jusqu’à quel degré peut s’exprimer leur stoïque bravoure. Jusqu’au 14 juillet ils assurent de la façon la plus parfaite la garde de ce coin de France dont les journaux ont tant parlé et dont pas un enfant n’ignore le nom.

 

Le 15 juillet le régiment enlevé en camions-automobiles est transporté à FLERS. Puis toute une série de déplacements à pied l’amènera dans ses cantonnements de repos à ETOUY et ROUQUEROLLES, à GICOURT et AGNETZ. Il sera de courte durée, ce premier repos. Le 7 août, le régiment est de nouveau enlevé en camions-autos et va après une période de marche relever le 114e de ligne dans le secteur de MAUCOURT. Quinze jours à peine sans incidents, puis le 1er septembre nouvelles étapes jusqu’à HUMBERCOURT et WARLUZEL. Là, en coopération avec le Génie il exécute des travaux de défense à BERNEVILLE et à SEMINCOURT jusqu’au 22 septembre où il occupe les trachées de soutien vers BEAUMETZ-LES –LOGES. Quittant une fois de plus leurs pelles et leurs pioches, ils vont, égalant les plus jeunes gars, prendre et occuper les tranchées de 1ère ligne dans le secteur de BLAIREVILLE. Jusqu’au 3 octobre, ils s’acquittèrent de leur tâche avec ce dévouement et cette conscience que nul n’ignorait plus. A cette date, ils furent relevés et, continuant leurs déplacements, furent transportés en autos-camions dans la région de DIVION.

 

Pendant cette période, nos braves Landais eurent à subir des pertes et parmi celles qui les affectèrent le plus, celle d’un de leurs plus sympathiques officiers, le Capitaine AUBRY, tué le 12 septembre 1915.

 

Le reflet des sentiments qui animaient les officiers et les soldats au 141e furent noblement exprimés à l’occasion de la mort du capitaine AUBRY, par son chef de bataillon et le colonel commandant le 141e dans un discours prononcé sur sa tombe, le jour des obsèques qui lui furent faites par ses compagnons d’armes, à l’endroit où il tomba et versa généreusement son sang pour la France.

 

Au cimetière, avant la descente du cercueil dans un caveau, M. le commandant BANNEL, chef de bataillon du capitaine AUBRY, en un discours plein d’émotion et de cœur, traduisit en termes excellents les sentiments de l’assistance tout entière :

 

 

 

Capitaine Aubry,

Mon cher camarade,

 

Au nom du 2ème bataillon du 141e, j’ai la triste mission de vous apporter le salut suprême.Tous, officiers, sous-officiers et soldats, nous déposons devant votre dépouille mortelle, le témoignage éclatant de notre sympathie et de nos regrets.

Vous partez, brutalement enlevé à notre affection avant d’avoir vu luire le jour grandiose de la victoire, jour béni, vers lequel tendaient tous les ressorts de votre être, vers lequel allaient toutes  vos pensées, toutes vos aspirations,tous vos rêves.

« Pour voir la France victorieuse et triomphante, je donnerai tout ce que j’ai de plus cher », me disiez-vous un jour.C’est fait, cher ami : pour cette noble réalisation, vous avez donné votre vie. Votre tâche est finie ! nous n’aurons jamais assez de jours à vivre pour honorer votre mémoire.

Le capitaine AUBRY s’est révélé à nous dans cette campagne, Messieurs, ce qu’il a toujours été dans sa vie : homme de cœur, travailleur infatigable, esprit droit, très cultivé, épris de justice et de sacrifice, caractère ferme, loyal, d’une sensibilité exquise, infiniment bon, d’une bonté parfaite, admirable, qui gagnait la sympathie dès le premier abord, et forçait l’affection ensuite. Estimé de ses chefs, aimé de ses camarades, adoré de ses soldats, il a su toujours où était le devoir. Dans les circonstances difficiles et pénibles il a montré que sous une apparence calme et froide, il avait une énergie peu commune, une volonté de fer, un cœur d’or, et sa modestie excessive lui a fait abandonner à d’autres les éloges qui revenaient à lui seul et les récompenses que lui seul méritait !

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Et maintenant redressons-nous, soyons dignes de celui qui n’est plus ; sèchons nos pleurs, tournons nos regards vers l’Est, d’où l’ennemi doit être chassé ; haut les cœurs et en avant !

Dormez en paix, cher ami, votre mort glorieuse comporte pour nous en enseignement que nous n’oublierons pas ; comme vous, et jusqu’au bout nous ferons notre devoir. De cette terre de France, si fertile en héros, que vous avez arrosée de votre sang généreux et vivifiant se lèveront des légions valeureuses, fortes de votre exemple, mais fières de vos leçons, qui, laveront votre chère Patrie de la souillure teutonne.

Capitaine AUBRY, de cette épée que vous avez si noblement portée, je vous salue avec respect ; soyez sans crainte nous saurons vous venger !

 

 

 

Le colonel commandant le 141e territorial, à son tour, exalta en termes élevés et pleins de patriotisme, l’esprit de sacrifice et tira de l’exemple superbe de courage tranquille et d’abnégation montrés par le capitaine AUBRY une leçon émouvante et profitable pour tous. Civils et militaires se retirèrent alors profondément émus, saluant une dernière fois la dépouille mortelle de ce vaillant officier, de cet homme de bien, qui ne laisse après lui que des regrets unanimes.

 

Le 15 octobre 1915, le régiment monte dans le secteur de LOOS-GRENAY. Il tiendra ce secteur jusqu’au 5 janvier 1916, où il est mis au repos à BRUAY.

 

Le 17 janvier 1916, il va s’installer à AIX-NOULETTE, BRACQUENCOURT, HERSIN.

 

Il exécute des travaux dans cette région et les 6e et 7e compagnies tiennent même la tranchée de Calonne du 15 au 27 février.

 

Le régiment quitte AIX-NOULETTE le 3 mars 1916 et après divers déplacements il arrive au repos dans les villages de CAMPIGNEULES-LES-GRANDES et de WAILLY.

 

Le 31 mars 1916, commence un mouvement par voie de terre qui amènera le régiment le 7 avril dans la région d’ANSAUVILLERS. Après une période d’instruction le régiment est embarqué le 13 avril à destination de la Meuse. Il débarque le 16 à SOMMEILLE-NETTANCOURT et après quelques marches vient cantonner le 20 avril à MONTZEVILLE et dans les abris avoisinants.

 

 

– Le 141e dans le secteur de Verdun

 

Du 20 avril au 30 mai 1916, le 141e Territorial va payer son tribut à la ville martyre. Il prend position à la côte 304 et assure les travaux de ravitaillement. Tâche obscure s’il en fût, et pourtant héroïque !

 

Dans cette région dénudée, qui offre l’aspect d’une terre bouleversée par la plus violente des secousses sismiques, le régiment de ces vieux braves remplit son rôle effacé avec la vaillance des jeunes qui la défendent contre les entreprises des hordes du Kronprinz. Il participe ainsi à la victoire de VERDUN.

 

Le régiment est enfin relevé, accablé de fatigue, ayant subi des pertes cruelles, laissant dans ce chaos inextricable de douloureux mais glorieux jalons qui resteront dans le cœur des hommes comme de vivants drapeaux rappelant sans cesse les souvenirs d’une tâche pénible mais sublime.

 

Il est enfin enlevé de la fournaise et gagne BETTANCOURT-LA-LONGUE. Le 27 mai il va cantonner à SAINT-AMAND-SUR-FION et le 1er juin il est transporté en autos-camions dans la région de SUIPPES-JONCHERY.

 

Son rôle est d’organiser et de ravitailler les 1ères lignes. Il s’en acquitte si bien que le 21 juillet le Général GOURAUD lui adresse la note suivante :

 

«  Les travailleurs mis à la disposition du bataillon de génie ont fourni un effort sérieux et soutenu qui a permis de réaliser en un temps très court un organisation des plus délicates. Le Général commandant l’Armée leur exprime sa vive satisfaction. »

 

Et le Général commandant la 18ème Division ajoutait :

 

« Je félicite les unités mises à ma disposition, le 141e Régiment Territorial et tout particulièrement la 5ème compagnie et son chef ; le capitaine LAMEIGNERE, qui ont été d’une aide précieuse pendant cette période de travail intensif. »

 

Le 4 septembre, le régiment est embarqué en camions-autos pour le camp de MAILLY qu’il devait aménager. Le 21 septembre, il embarque à ARCIS-SUR-AUBE. Débarqué dans l’Oise il est enlevé en autos-camions et passe une période d’instruction jusqu’au 8 octobre dans la région d’HESCAMPS-SUR-SOMME. A cette date, il repart de nouveau en autos, est débarqué dans la région de BRAY-SUR-SOMME et jusqu’au 4 décembre, travaille dans les secteur de COMBLES ; après quoi il redescend au repos dans la région d’HESCAMPS.

 

Le 22 décembre, après une étape à pied, il est de nouveau enlevé en camions-autos et va relever le 97e territorial dans la région de VAUX-SUZANNE.

 

 

– Période de ravitaillements et de travaux d’organisation des 1ères lignes. – Dislocation du 141e R.I.T.

 

 

Le 141e Territorial a terminé la période des durs combats. Il sera de temps à autres mis dans des secteurs plus ou moins agités, mais il ne connaîtra plus les terribles et sanglantes épreuves du « PUITS-NOIR », d’ARRAS et de VERDUN.

 

Son rôle devient de plus en plus modeste, quoique très utile. Il assure surtout le ravitaillement de 1ère ligne et fait des travaux d’organisation du terrain avec le Génie. Relevé de la région de VAUX-SUZANNE, il va cantonner dans le région de BRANCY, COURCELLES-SOUS-THOUARS, puis regagne LOEILLY où il s’embarque pour MOURMELON.

 

Toujours avec le même empressement, il participe aux travaux de défense du sol sacré, en coopération avec le Génie. Puis c’est JONCHERY-SUR-VELLES qui voit nos braves Landais employés au stockage des munitions. Les hommes s’emploient de tout leur cœur à ce travail bien pénible, et bientôt d’immenses dépôts seront le fruit de leur travail. Tâche bien ingrate, dont les communiqués n’ont point parlé et qu’on ignore, mais qui permit à nos artilleurs de déverser sur les lignes boches la pluie de fer de feu qui nous assura finalement la victoire.

 

Avril 1917 les trouva à PONTAVERT, à CHAUDARDES, BEAURIEUX, CRAONNE ; les uns assurant le ravitaillement, les autres réparant les routes. Tâche méticuleuse et délicate, demandant beaucoup de conscience et de dévouement. Nos hommes bouchent les trous d’obus au fur et à mesure que les routes sont marmitées pour permettre à la sainte théorie des camions de ravitaillement et de munition de poursuivre la marche vers ceux qui attendent la manne puissante qui leur permet de « tenir » et de défendre leur sol chéri. Ils furent même employés à tenir des tranchées de soutien. De fortes pertes vinrent s’accumuler aux précédentes et le dévouement coûta cher à ces vieux braves qui sous un déluge de fer et de feu ne connurent jamais la défaillance. Puis un repos bien gagné leur fut enfin accordé jusqu’au moment où, embarqués à CREZANCY, ils vinrent vers CHARMES reprendre leur tâche, rendue plus pénible encore par nos Vosges accidentées.

 

Après une période d’instruction d’un mois, le 3ème bataillon est dissous, et le reste remonte dans le secteur de BADONVILLERS où ils tiennent les lignes. Toujours avec la même sérénité, ils accomplissent leur seize jours de surveillance, puis dès le lendemain de la relève reprennent leurs outils et creusent au sein de notre terre de France les tranchées et abris d’où les occupants pourront narguer la fureur teutonne, sa mitraille et ses obus.

 

Le 31 janvier 1918, ils sont emmenés dans la région de RAMBERVILLERS pour effectuer les travaux d’aménagements d’un hôpital. Au moment de la furieuse ruée allemande, le 141e est embarqué à BAYON, et arrive le 30 mars à SAINT-JUST-EN-CHAUSSEE, dans la région où la vague ennemie déferle sur l’écueil français. Il est mis à la disposition de la 66e D.I. de chasseurs et de la 15e D.I. coloniale, troupes fameuses et pleines de mordant.

 

Voici le 14 août 1918. Notre 141e est devenu bataillon de Pionniers. Comme leurs Landes, les champs de bataille de la France meurtrie connurent leur endurance et leur travail. Et chacun de leurs jours de froide abnégation fut un peu de souffle venant gonfler nos poitrines pour le cri de victoire, de la victoire du 11 novembre.

Gloire à vous, héros du 141e.Gloire à vous qui revenez victorieux. Braves Landais, comme on vous aimait sous vos capotes décolorées par les intempéries et comme vous êtes plus beaux que les chevaux-légers de la guerre en dentelles, plus beaux que les grognards de Raffet et si près par plus d’un point des volontaires de l’an II. Plus qu’eux vous avez connu la misère des hivers pénibles, toute l’ardeur des luttes nécessaires pour sauvegarder la liberté.

 

L’histoire a de singuliers recommencements, et comme nos aïeux de la grande Révolution, c’est contre les entreprises d’une féodalité menaçante que vous défendiez vos foyers ; c’est contre l’esclavage sous lequel, pendant des siècles nos aïeux furent opprimés, que vous marchiez d’un cœur fervent. Et, ne voulant pas faiblir, vous pensiez aux petits pour lesquels vous vous battiez, à la terre fécondée si longtemps par vos sueurs ; beaucoup ont su l’arroser de leur sang, afin que les moissons par eux doublement conquises soient l’abondante nourriture de leur descendance ; afin surtout que celle-ci sous le clair ciel de France puisse clairement penser, librement sentir, et vivre sans contrainte avec la foi de toute son âme, les beaux jours de ses plus nobles rêves. Mais tous n’ont pas vu se lever l’aurore des beaux jours de gloire.

 

 

 

Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie

Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.

 

Hélas ! où sont-ils vos pauvres corps ? Meurtris et déchiquetés, ils ont été le rempart contre lequel l’ennemi en fureur a dû s’arrêter. Ils gisent épars, couchés dans la terre qu’ils ont défendue, de l’Yser à l’Alsace. Mais si vos mères, vos veuves et vos enfants ne peuvent venir fleurir pieusement vos tombes et y prier, au moins vos noms nous restent-ils. Vos noms glorieux que personne ne saura oublier, qui tintent plus à nos oreilles que n’a tinté la joyeuse envolée des cloches annonçant la victoire, et qui sont, comme l’a dit le poète, les plus beaux parmi les plus beaux.

Point n’est besoin qu’ils soient gravés dans la pierre ou dans le bronze ; ils le sont dans nos âmes et dans nos cœurs d’une façon durable. Nous les transmettrons aux générations à venir comme le plus bel exemple d’abnégation et d’héroïsme.

 

Personne ne saura oublier que, dans la tâche glorieuse et féconde qui a donné au monde l’aurore d’un jour nouveau, d’un jour de justice et de liberté, les Landais ont été à l’honneur ; qu’ils ont contribué à l’aboutissement de la plus belle tâche, et que c’est un peu avec leur sang, mêlé avec celui de la France entière qu’a été cimentée la première pierre de l’ère nouvelle qui s’ouvre devant nous.

 

Vous ne la verrez pas ; mais nous qui restons profitons de votre mort héroïque. Qu’elle ne soit pas un sacrifice vain et inutile. Tessaillez de joie au fond de vos tombes, en voyant le résultat de votre fin glorieuse ! Qu’elle soit pour nous la plus belle leçon de l’histoire, la leçon que nous donnerons aux petits, afin qu’ils soient fiers de leurs ancêtres qui sont morts pour eux et pour la défense du sol sacré de la Patrie. Que l’héroïsme dont vous avez fait preuve nous anime comme il vous a animés et que si la Patrie menacée appelle un jour ses enfants, ils sachent mourir glorieusement comme vous avez su mourir, Héros du 141!

 

 

Nota : Liste incomplète : il manque les pages 28 et 29 de l’original

 

Cie

Noms et prénoms

Classe

Grade

Date de la mort

Lieu de la mort

Lieu de l’inhumation

 

OFFICIERS SUBALTERNES

 

5

Aubry Félix-Marie

1892

Cap.

12-9-15

Agny

Cimet.Humbrecourt

9

Cinqualbres Fr.

 

Cap.

15-6-155

N.D. de Lorette

C.de l’Eg.Bouvigny

 

De Javel

 

Lieut.

10-12-14

Noeux-les-Mines

C.c.Noeux-les-Mines

8

Lafargue J.M.

1894

s.Lt

25-1-15

Cuinchy

C.c. de Cambrin

9

Montouga Jean

 

Lieut.

15-6-15

N.D. de Lorette

C.de l’Eg.Bouvigny

9

Pateu Laurent

1897

s.Lt

15-6-15

N.D. de Lorette

C.de l’Eg.Bouvigny

 

HOMMES DE TROUPE

 

9

Antoine J.J.

1899

2e cl.

29-1-15

Cuinchy

 

11

Arthur Bernard

 

2e cl.

13-3-16

Wailly

 

5

Aubert Edouard

1893

Serg.

8-5-16

Montzéville

Cim.m. Esnes

 

Babinot Pierre

1895

2e cl.

25-3-17

Ambulance 14/1

 

9

Bancon Jean

1895

2e cl.

6-5-16

Ambulance 4/9

 

12

Bancons Pierre

1894

2e cl.

20-5-16

Esnes

 

12

Bancons Pierre

1899

2e cl.

23-2-15

Noeux-les Mines

C.c.Noeux-les Mines

11

Baradat Vincent

1899

2e cl.

28-1-15

Cambrin

 

 

Bardon Léopold

 

Serg.

2-11-15

Bully-Grenay

Cim.c. Bully

5

Barets Pierre

1893

2e cl.

17-9-15

Gouy-en Artois

 

 

Bareyt Jean

1894

2e cl.

26-12-15

Bully-Grenay

 

 

Barreau Bernard

 

2e cl.

9-12-14

Noeux-les Mines

C.c. Noeux-les Mines

11

Barrouilhet Germ.

1896

Serg.

1-2-15

Cuinchy

Cim. Cuinchy

 

Barsac Jean

1895

2e cl.

10-11-14

Cambrin

Annequin

2

Barsacq Jean

1896

2e cl.

28-5-15

Ablain St Nazaire

 

10

Bastiat Louis

1896

2e cl.

24-4-16

Montzéville

 

8

Bats Clément

 

2e cl.

3-5-16

Froidos