CAMPAGNE  1914-1918

HISTORIQUE   DU

20e REGIMENT  D’INFANTERIE

 

 

 

 

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Merci à Jean Paul

 

 

 

22 Août 1914 – 9 Novembre 1918

 

 

Nouvelle épopée

 

 

Deux dates marquant deux faits bien différents dans l’histoire du 20e.

Le 22 août 1914, en Belgique, le 20e éprouvait le premier choc dans une lutte inégale et participait à la retraite de l’Armée Française, battue matériellement, mais gardant intacts son courage et sa confiance.

Le 9 novembre 1918, ayant chassé l’ennemi du sol meurtri des régions du Nord, le 20e, le premier de toute la 1re Armée Française, franchissait la frontière et reprenait sur le même sol Belge, l’éclatante et ultime revanche du combat initial, contraignant directement le monstre germanique à demander plus qu’un armistice : à signer la capitulation du 11 novembre 1918.

 

 

22 Août 1914 - 11 Novembre 1918

 

 

Deux dates que séparent quatre années de fatigues, de souffrances physiques et morales mêlées de visions hideuses de la Mort, choses inconnues jusqu’alors d’une humanité qui se croyait devenue civilisée.

Quatre années au cours desquelles le soldat Français a montré les belles qualités de sa race : abnégation, esprit de sacrifice, courage, restaient toujours vivaces.

Les souffrances endurées, les actes d’héroïsme accomplis ne doivent pas rester ignorés.

L’histoire du soldat de la Grande Guerre doit être connue de tous ; elle contribuera à vivifier les forces morales de la Nation et donnera au héros modeste et très souvent obscur la gloire justement méritée.

Cette histoire du combattant est celle du 20e et de tous ceux qui, à des époques différentes, servirent sous son numéro et l’illustrèrent.

Composé en majeure partie, au début de la campagne, de Gascons et d’hommes des départements de l’ancienne province de Guyenne, le régiment vit son recrutement d’origine modifié au cours de la guerre par l’incorporation d’importants renforts de braves Limousins et de soldats de la Marche qui constituaient sa classe 1915, de Bretons résolus et de courageux gars Normands que lui amenait la classe 1916, de délurés et jeunes soldats de la région parisienne, de l’Eure et du Maine, des classes 1917 et 1918, les derniers venus dans la bataille.

Le régiment compta aussi des représentants de toutes les régions de la France.

C’est ainsi que l’on vit le Flamand réservé se lier d’amitié avec l’exubérant Gascon. On vit les anciens choyer, à leur arrivée, les soldats des classes nouvelles, les initier à

tous les détails de la vie du poilu et leur donner les conseils du guerrier averti.

On vit les jeunes, s’efforçant, dans une noble émulation, de faire aussi bien que leurs aînés, d’être aussi crânes sous le feu.

On entendit le gamin de Paris lancer ses lazzis sous la rafale ; on le vit au cantonnement distraire et amuser ses camarades.

Tous ces tempéraments divers, tous ces caractères différents s’unissaient cependant aux heures de danger ou dans l’action commune, montrant, dans leur ensemble, autant de résolution dans l’attaque que de ténacité et d’opiniâtreté dans la défense.

Incluse dans les deux dates du 22 août 1914 et du 9 novembre 1918, l’histoire du 20e se confond avec l’histoire même de la guerre.

Sur tout le front, du Pas-de-Calais aux Vosges, il n’est que bien peu de points où le 20e n’ait pas été appelé à combattre.

Ardennes et la Meuse, Marne, Champagne (Perthes-les-Hurlus), Artois, Lorraine, Champagne (Butte-du-Mesnil, Moronvilliers), Verdun (Thiaumont, côte du Poivre, bois des Caurières et bois Le Chaume), Hauts-de-Meuse (d’Eix aux Eparges), Woëvre, Forêt d’Apremont, Ourcq, Ailette (Coucy et Forêt de Saint-Gobain), Oise (Mont d’Origny et Guise), Anor et Momignies  (frontière Belge) tels sont les noms glorieux dont le régiment s’enorgueillit à juste titre.

Et ce n’est pas l’une des moindres gloires du 20e que de pouvoir dire que depuis la retraite de Belgique d’août 1914, non seulement il ne perdit jamais un mètre de terrain confié à sa garde, mais qu’il eut au contraire la constance de toujours l’améliorer par de nouveaux gains, parfois même de sa propre initiative.

Sept citations, dont 3 à l’ordre de l’Armée, 2 à l’ordre du corps d’armée et 2 à l’ordre de la brigade, attestent désormais sa vaillance et ses succès.

Vaillance ! Oui, certes ! et les chiffres de ses morts et de ses blessés, dans toute leur rigueur et toute leur tristesse, pourraient aussi l’attester.

Soldats qui n’êtes plus et dont les familles vous pleurent ; soldats qu’une blessure mutila, et vous plus heureux que les projectiles épargnèrent, soyez assurés qu’au double point de vue de la grandeur des sacrifices et des succès réalisés, vous avez élevé bien haut l’honneur du régiment.

Braves poilus, chers camarades, tombés en pleine gloire avant d’avoir connu la victoire de nos armes, vous dont les tombes jalonnent tous les points du front où l’ennemi se heurta au 20e, nous vous devons, nous que la chance favorisa et dont la mort ne voulut point, d’être vos historiens.

Nous devons mettre tout notre cœur et toute notre âme au service d’une si belle tâche qui honorera les vivants, mais qui glorifiera les morts, et qui sera notre façon d’élever vers eux une prière, car

 

Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie,

Ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie.

 

Vous êtes trop, hélas ! et vos gestes sont trop semblablement magnifiques pour être tous cités dans cet historique au cadre limité. Mais les faits et les dates qu’il mentionne rappelleront à tous, à vos familles comme à vos compagnons d’armes, des souvenirs plus particulièrement chers ou douloureux.

A vous tous que le 20e compta dans ses rangs, cet historique sera le souvenir d’une longue et terrible guerre qui demeurera entre vous comme une sorte d’initiation à jamais close à tous les autres, une sorte d’immense secret incommunicable aux humains et dont un simple regard, une expression de visage, suffiront à révéler d’âme en âme, l’indéfinissable présence.

Une date, un nom de hameau, l’évocation d’un certain bois ou d’un bout de chemin, des vestiges d’un moulin ou d’une ferme, suffiront pour faire revivre dans vos mémoires les plus pathétiques souvenirs.

 Ces feuillets ajouteront à l’histoire du régiment de nouvelles pages que les jeunes soldats des classes futures liront pour se représenter la grandeur et la constance de l’effort de leurs aînés de la Grande Guerre, leur ténacité dans le succès ou leur abnégation dans l’adversité, pour comprendre les sacrifices immenses que représentent les sept Croix de Guerre qui, sous la fourragère, insigne des régiments d’élite, ornent l’écharpe du Drapeau, pour comprendre enfin quel héritage de gloire leur ont légué les soldats de la Champagne et de Verdun qui, dans la France de la Marne, ont perpétué les pures traditions de la France de Valmy.

Gloire et honneur au 20e et à tous ses soldats !

 

        Mobilisation

 

Ayant effectué sa mobilisation dans l’enthousiasme patriotique qui exaltait tous les cœurs révoltés par l’agression allemande, le 20e, à l’effectif de 50 officiers et de 3.315 hommes de troupe s’embarque dans la nuit du 5 au 6 août, ses trois bataillons se suivant à quelques heures d’intervalle.

Dans la matinée du 8 août, les bataillons débarquent aux gares de Suippes et de Cuperly et vont cantonner à Perthes, Tahure, Les Hurlus, Mesnil-les-Hurlus, jusqu’au 11, jour où commencent les marches de concentration de la 4e Armée.

Le régiment suit l’itinéraire: Maison-de-Champagne, Cernay, Bouconville, Montchetin, Senuc, au confluent de l’Aire et de l’Aisne, traverse l’Argonne au défilé de Grandpré, Beffu, Thenorgues, défile à Buzancy devant la statue du général CHANZY, poursuit sa route sur Sommauthe, Stonne qui se dresse au sommet d’une colline abrupte.

 La Besace, Yoncq, franchit la Meuse à Mouzon et arrive à Euilly, petit village situé sur les hauteurs entre la Meuse et la Chiers.

Pendant les cinq jours que dure son stationnement à Euilly, le régiment organise une position sur la rive sud de la Chiers, puis l’idée d’offensive qui a succédé à celle de défensive, porte résolument nos troupes à la rencontre des armées allemandes qui ont envahi la Belgique.

Brusquement alerté le 21 à 5 heures, le régiment, par Tetaigne, Sachy, Messincourt, franchit la frontière Belge vers 10 heures dans le Bois de Pure et atteint au début de l’après-midi Sainte-Cécile, bourg de 500 habitants qui se dresse dans une immense clairière de la forêt des Ardennes. Les unités se casent tant bien que mal dans le village, où en cette chaude soirée d’août, se trouve un extraordinaire et formidable rassemblement de troupes. Il y a bien là 8.000 à 9.000 hommes.

 

  Combat d’Ochamps et retraite de Belgique  (22 au 25 Août 1914)

 

Toute la nuit, une animation intense emplit la petite commune d’ordinaire si paisible et quand, à 4 heures, le lendemain, le régiment reçoit l’ordre de partir, personne n’a pu prendre un repos réparateur.

L’outil est mis au ceinturon et chaque homme reçoit un supplément de cartouches.

Le régiment s’engage dans la sombre Forêt d’Herbeumont, puis, par la pittoresque route qui suit les méandres de la rivière, passe dans la vallée de La Semoy, aux pentes abruptes parsemées des éboulis des ardoisières, d’un beau reflet changeant violacé.

A Cugnon, la colonne quitte La Semoy, franchit la lisière nord de la forêt des Ardennes et pénètre dans la plaine Belge qui s’étend à l’ouest de Neufchâteau, par la route de Bertrix.

Son arrivée aux portes de la localité est marquée par un incident d’un caractère nouveau, qui restera gravé dans toutes les mémoires parce qu’il marqua le début de tous ces drames de l’air, de tous ces combats aériens, toujours profondément émouvants.

Survolant la colonne à faible attitude, un avion allemand se trouve soumis au feu de mousqueterie soudainement déclanché tout le long de la colonne. Tout à coup, il semble désemparé et tandis qu’il pique vers le sol, des milliers de poitrines poussent des acclamations.

Quelques instants après, en passant sur la route de Bouillon à Recogne, les tireurs peuvent voir dans un champ et brisé, le taube qu’ils ont abattu.

Tandis que le régiment poursuit sa marche, une émotion presque joyeuse parcourt toute la colonne. On vient de percevoir des coups de fusil dans la direction de la Forêt de Luchy, située sur l’axe de marche et où la présence de patrouilles de cavalerie ennemie était déjà signalée.

Le contact est pris par les éléments de pointe de l’avant-garde composée de six compagnies du 20e  (le 3e bataillon et les 1re et 4e compagnies).

Dans la colonne, tous les soldats ont la plus grande confiance dans l’issue du combat prochain. Ils devisent sur l’effet de la première rencontre avec le Boche (l’Alboche, comme on disait au début de la campagne) et, pour bien s’y préparer, bourrent de cartouches le magasin du fusil.

Le colonel DETRIE s’est porté en tête, au delà de Bertrix, avec les éléments de pointe et donne ses ordres.

Il est 10 heures, l’avant-garde se déploie à travers bois.

 La colonne elle-même quitte la grand’route de Recogne pour prendre à gauche un chemin qui, à travers la Forêt de Luchy, conduit à Ochamps. Ses formations prises, ses liaisons assurées, le 3e bataillon débouche, vers 13 heures, de la lisière nord du bois et attaque la croupe sud d’Ochamps, dont on aperçoit le clocher, et se trouve aussitôt soumis au feu intense des tirailleurs ennemis installés sur cette crête.

Ce ne sont plus des patrouilles que les unités d’avant-garde trouvent en face d’elles, mais bien un ennemi dont la force ne s’était toute dévoilée et qui paraît vouloir résister sur une position où il s’est solidement installé.

La fusillade crépite de part et d’autre. Des sections de première ligne progressent par bonds tandis que celles de soutien sortent des bois dont la lisière est bientôt battue par le tir des batteries de 77 et de 105.

Les obus s’abattent dans un vacarme assourdissant dans le court espace où les unités sont venues se tasser.

Les compagnies de tête multiplient leurs attaques et, brusquant le mouvement, se lancent farouchement à l’assaut de positions retranchées, mais avant de les aborder, nos factions, emportées dans une noble furia, sont fauchées par les mitrailleuses et les tirailleurs ennemis abrités.

Au cours de l’un de ces assauts, le clairon DUCLA, debout sous les rafales, sonne inlassablement la charge jusqu’au moment où un obus lui emporte la tête.

Notre artillerie ne peut appuyer la progression.

Imprudemment engagé dans le bois, formé en colonne sur un unique chemin, tout un groupe de 75 cherche vainement à prendre position.

Les 2e et 3e compagnies opèrent par doublement le renforcement des unités qui sont en avant du bois. A son tour, le 2e bataillon est porté en renfort sur la ligne pour prolonger vers la gauche le 3e bataillon et couvrir sur ce flanc le régiment maintenant engagé en entier.

Ayant ainsi renforcé par leurs propres moyens la puissance de feux de l’attaque mais n’ayant pas davantage l’appui de l’artillerie, les 1er et 3e bataillons tentent désespérément de bousculer la résistance et de  se frayer un passage.

Vains efforts ! l’ennemi, terré, enraye toutes les tentatives, fauche les vagues dont la dépense d’énergie n’a pas diminué le courage. Des vides se créent. Des blessés poussent des cris déchirants, se traînent, courent ou rampent à l’abri d’un pli de terrain pour échapper aux rafales de balles qui balayent le sol..

Il y a deux heures que le combat est engagé, les effectifs ont fondu. Des officiers sont tombés et parmi eux le commandant GREGORY et le commandant FIAMA, les capitaines ROCCHESANNI, SEGUELAS, les lieutenants et sous-lieutenants FINCK, FILLAIRE, PASCAL et CAPELLE. D’autres sont blessés ;des fractions ne sont plus commandées ou le sont mal.

La progression n’étant pas soutenue ne peut être poursuivie. Certains éléments sont trop avancés et dangereusement exposés. Ordre est donné de les faire replier et à tout le monde de tenir et de s’établir sur la position atteinte pour parer à toute contre-attaque de l’ennemi. C’est la seule tactique qui convienne à la situation.

Sur la ligne, la perte de quelques chefs se répand très vite. La nouvelle de la mort du commandant du régiment ajoute une autre émotion à celle du combat.

Ce n’est que plus tard, lorsque des témoins purent en faire le récit, que l’on connut les circonstances de la mort du colonel DETRIE, qui doivent être relatées pour honorer la mémoire de ce chef aimé et respecté, tombé en pleine gloire, face à l’ennemi, et parce qu’elles constituent le plus bel exemple d’héroïsme et de sentiment de l’honneur.

S’étant porté dès le début de l’engagement en lisière du bois, presque en première ligne, pour surveiller le déroulement de l’action, le colonel DETRIE exhortait les hommes, leur rappelant 1870, les gloires du 20e. Par sa présence, il ranimait les courages. Vers 16 h.25, le capitaine NEGRIER, commandant la 3e compagnie, qui venait se mettre en liaison avec son camarade commandant la 1re compagnie, le capitaine FAUQUEUX, fut atteint d’une balle à la poitrine et tomba inanimé.

Tandis que le combat faisait rage, que les fusils et les mitrailleuses crépitaient, que la mitraille des obus s’abattait sur le bois en le hachant, le colonel DETRIE se précipita vers le capitaine NEGRIER, et, s’étant agenouillé pour le panser, fit signe que tout secours était inutile.

Ayant l’atroce vision de la mort décimant ses unités, sentant que tout effort était vain et que son régiment tout entier engagé là il ne reviendrait que des débris, le colonel se releva très calme, parfaitement maître de lui, alla s’adosser à un arbre, à la lisière du même bois, en pleine vue. Là, les bras croisés sur la poitrine, il tomba en héros.

Jusqu’au dernier moment, le colonel DETRIE, qui ne voulut sans doute pas survivre à la perte de son régiment, ne cessa d’encourager les hommes et de leur inspirer, par son attitude héroïque, le mépris de la mort.

Les deux autres chefs de bataillon ayant été tués, le commandant DIZOT, du 1er bataillon, prend le commandement du régiment.

A la gauche du 20e, les unités voisines tiennent bon ; à droite, au contraire, la liaison fait défaut dès le début de l’engagement avec le 12e corps d’armée : un trou existe dans la ligne, par où l’ennemi s’infiltre.

Arrêté de front, et très en flèche, découvert sur son flanc droit que l’ennemi attaque, le régiment est contraint d’abandonner ses positions. Et vers la fin de l’après-midi ce fut, à travers le bois que l’artillerie allemande arrosait de ses projectiles, le repli de tous les éléments dont certains tombèrent aux mains de l’ennemi, qui avait déjà contourné par le sud la Forêt de Luchy.

La nuit tombe. Sur toute la ligne, la fusillade cesse peu à peu. Les batteries ralentissent leur tir. Au vacarme infernal accompagnant ce baptême du feu, qui pour beaucoup ne fut en même temps que la première, l’épreuve dernière, succède le calme du champ de bataille.

Tandis que ciel rougeoie à la lueur des incendies allumés dans Bertrix, Assenois, Offagne, le repli se transforme en retraite générale.

Sur toutes les routes, c’est un inextricable encombrement de piétons et de convois, où il y a de tous les régiments et de toutes les armes. Des blessés sont juchés sur toutes les voitures, sur tous les caissons.

La retraite se poursuit pendant toute la nuit et pendant les journées du 23 et du 24 août jusque dans la région d’Amblimont (La Cendrière, Château de Lombut), où les différentes fractions du régiment qui ont retraité les unes par Bouillon, les autres par la route Muno-Messincourt-Osnes, sont regroupées.

 

26 officiers et 1.350 hommes manquent à l’appel. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’on saura que ces chiffres comprenaient 220 tués, dont 10 officiers.

 

Combats sur la Meuse (MOUZON 27 Août--RANCOURT 28 Août) 

Après avoir évolué pendant toute la journée du 25 sur les hauteurs de la rive droite de la Meuse, pour couvrir la retraite de la 4e Armée, le 20e franchit à son tour la Meuse à Mouzon, dans la matinée du 26, mêlé au triste exode des habitants que l’invasion chasse de leur foyer.

Le régiment occupe une position défensive sur un mouvement de terrain de la rive gauche, à l’ouest de Pourron.

Le 27 août, la 7ecompagnie, sous le commandement du capitaine de l’ESTOILE, est envoyée à Mouzon pour renforcer la section du sous-lieutenant NAZAT, de la même unité, qui, seule, détachée à 4 kilomètres de nos lignes, a reçu la veille mission d’interdire aux Allemands le franchissement de la Meuse et d’empêcher l’établissement d’un pont. Cette compagnie remplit si bien sa mission, fait une telle hécatombe dans les rangs ennemis qui se pressent dans les rues, que les Allemands, que cette résistance exaspère, ne trouvent d’autre moyen pour avancer que d’aller quérir une douzaine d’otages et de marcher derrière ce rempart humain.

Dans le combat qui s’engage de part et d’autre du fleuve, la compagnie perd son chef et le lieutenant ROBINET, tous deux tués, et une trentaine d’hommes.

Le lendemain, 28, après avoir bivouaqué à Flaba, le 20e participe, à la droite du 17e corps d’armée, à un retour offensif de l’armée LANGLE DE CARY. La bataille a pour pivot le village de Raucourt, et le bois de Cogneux, situé à l’Est, constitue l’objectif du régiment.

De Maisoncelle, 2e bataillon en tête, les unités progressent sur le plateau de Villiers dans un ordre parfait, bien que soumises au tir fusant des 77 et 105. Elles traversent le ravin de Raucourt où l’artillerie ennemie a établi un barrage très dense d’obus de gros calibre qui cause des pertes sérieuses.

Le 2e bataillon atteint le sommet du mamelon, au sud du Bois de Cogneux, sans pouvoir dépasser la crête que l’infanterie allemande tient sous le feu intense de ses mitrailleuses dissimulées dans les blés.

Les batteries de 75, violemment contre-battues par l’artillerie lourde ennemie, ne soutiennent pas l’attaque. Encore une fois, nos éléments s’avancent à découvert contre un adversaire terré qui, nullement pris à partie par l’artillerie, garde son entière liberté d’action.

L’engagement est inégal. De nouveau le repli est ordonné et, par une marche qui dure toute la nuit, le régiment arrive le 29 aux premières lueurs du matin à Mongon, près de Le Chesne-Populeux.

En cours de route, à Tannoy, les unités perçoivent, au train régimentaire, des vivres que, depuis trois jours, elles n’ont pas touchés.

     

Retraite et bataille de la Marne (29 Août--13 Septembre 1914)

 

Le mouvement de repli continue vers le Sud-Ouest. Tandis que la 5e compagnie, formant la pointe d’arrière-garde de la colonne de corps d’armée et laissée à Voncq, interdit les passages sur le Canal et sur l’Aisne, le régiment s’engage sur les hauteurs de la rive gauche, à l’ouest de Vouziers, où il organise des centres de résistance (Plateau de Mazagran, Ferme de Constantine, Loizy) pour permettre l’écoulement du 17e corps d’armée vers Châlons.

Il abandonne d’ailleurs ces positions sans les avoir occupées, l’ennemi n’étant pas intervenu, et poursuit sur route par Bourcq, Contreuve, Semide, Somme-Py, Sainte-Marie-à-Py (1er septembre), Ferme Navarin, Souain, Suippes, Cuperly (2 septembre), Saint-Etienne-au-Temple, Châlons. A Moncetz, le régiment défile devant le général J. B. DUMAS, qui vient de prendre le commandement du corps d’armée, tandis que le général GUILLAUMAT prend celui de la 33e division.

Vitry-la-Ville, Cheppes, les hauteurs entre Marne et Coole, à l’ouest de Songy, Coole, Sompuis, Humbeauville et Saint-Ouen jalonnent, avec les précédents villages, la route suivie par le 20e du 30 août au 6 septembre.

A cette date, la retraite de l’Armée française est arrêtée. Ordre est donné à tous et en tous lieux de faire front à l’ennemi qui avance triomphalement croyant à notre défaite. La bataille reprend et tout de suite avec une extrême intensité. La 66e brigade étant en réserve d’armée n’est pas engagée dès le début. Le régiment évolue de positions en positions, le 6 et le 7 à l’est et au nord-est de Saint-Ouen, puis chacun de ses bataillons est mis le 8 à la disposition des unités engagées dans cette même région.

Le 2e bataillon, porté en renfort du 50e, occupe la Crête sud d’Humbeauville, à cheval sur la route de Saint-Ouen à Sompuis et enraye la progression des Allemands qui tentent en vain de déboucher du village. Ceux-ci se heurtent à leur tour à l’énergique résistance de nos fantassins qui ne parvient pas à réduire un déluge effrayant d’obus de gros calibre déchaîné pendant toute la journée du 9 sur la crête qu’ils ne lâchent pas parce qu’on leur a dit de tenir coûte que coûte sur ce point considéré comme la clé de la défense.

Et, de fait, les Allemands ne purent jamais franchir les lisières sud d’Humbeauville qui marque l’extrême limite de leur avance pendant la bataille de la Marne.

Ses trois bataillons ayant été regroupés, le 20e est mis de nouveau à la dispo­sition du général commandant la 67e brigade, et reçoit l’ordre de reprendre, en liant son action à celle du 14e régiment d’infanterie, la Ferme de La Certine.

Ce résultat atteint, le combat est poursuivi sans arrêt. Successivement, les Fer­mes de La Perrière et de La Croix sont reprises à l’ennemi dont la farouche résis­tance cède sous nos coups, au cours d’engagements poussés jusqu’à l’assaut de ces positions.

Le 10 au soir, le 2e bataillon s’empare de la croupe au nord de la Ferme La Croix sur laquelle le 1er bataillon le relève peu après.

Fantassins et artilleurs ont fait bonne besogne.

Les 75, qui ont tiré sans relâche, ont fait des hécatombes dans les rangs saxons. La bataille qui se livre depuis quatre jours tourne à notre avantage, et son succès est tangible. L'avance réalisée, les cadavres ennemis, le matériel de toute nature, les pièces d’artillerie et les caissons abandonnés attestent bien l’importance de la victoire de l’Armée Française.

Voilà qui dédommageait de bien des journées d’épreuve que le régiment venait de traverser et des fatigues qu’il avait endurées, marchant jour et nuit durant la retraite, presque sans arrêt et le plus souvent sans ravitaillement.

L’ardeur et l’entrain n’avaient pas fléchi, mais ce succès de nos armes venait les décupler.

C’est dans de telles conditions que s’entama la poursuite des armées allemandes.

            Maisons-en-Champagne, Pringy (11), Songy, Ablancourt, Aulnay-l’Aître, Coupeville (12) ,Le Fresne, Poix, Somme-Vesle, Tilloy, La Croix-en-Champagne, Somme-Tourbe et Saint-Jean-sur-Tourbe marquèrent les étapes de notre avance victorieuse au cours des journées du 11 au 13 septembre. La plupart de ces villages étaient incendiés systématiquement. De Somme-Tourbe, notamment, dont le 20e traversa les ruines fumantes peu après le passage des Allemands, il ne restait intactes que l'église, l'école et une ou deux maisons.

   

Combat des Hurlus et du Mesnil (14 au 26 Septembre 1914) 

 

De bonne heure le 14, la poursuite reprend. Abandonnant, dès la sortie de Saint-Jean, la route de Minaucourt qui suit la Vallée de la Tourbe, le 20e, qui forme une colonne avec un groupe de 75, s’engage à travers champs en direction du Nord-Ouest, dans la région si caractéristique d’entre Tourbe et Suippes aux larges mouvements de terrain coupés d’étroits ravins et parsemés de boqueteaux de pins aux formes géométriques, aux lisières régulières et droites.

Le 2e bataillon constitue l’avant-garde. Il tombe une pluie fine et le sol crayeux, détrempé, rend la marche difficile.

Après avoir franchi la route Hurlus-Le-Mesnil et en atteignant la crête à 800 mètres au nord de ces villages, dans lesquels une quinzaine d’Allemands ont été faits prisonniers, les éléments de tête sont assaillis par un feu violent, parfaitement ajusté, de mitrailleuses et d'infanterie.

Le 2e bataillon opère son déploiement et continue sa progression, mais, soumis à un feu d’enfer, sa première ligne de tirailleurs est bientôt obligée de se coucher.

L’artillerie de campagne et l’artillerie lourde allemandes entrent en action. Dès le début du combat, plusieurs officiers sont blessés : le capitaine MIRAN, comman­dant le bataillon, les capitaines COSTEMALLE et BAENZIGER, le sous-lieutenant MOUSSET.

            Le chef de bataillon DIZOT, qui commande le régiment, engage successivement les deux autres bataillons de part et d’autre du bataillon de tête pour manœuvrer la résistance ennemie par les ailes. Mais toute tentative de notre part est déjouée par l’adversaire qui a choisi son terrain, a assisté sans se dévoiler, dans des positions déjà organisées, à notre progression de la matinée et a attendu que nous nous engagions sur ce glacis à bonne portée de fusil.

L'action des 75 est molle, leur aide inefficace. Les munitions sont limitées, les caissons vides pour la plupart.

            Lorsque la nuit vient, quelques unités sont maintenues sur la position ; le reste du régiment est regroupé et dispute dans les journées suivantes, du 17 au 20, et dans des attaques quotidiennes, la possession définitive de la crête où l'ennemi l’empêche de s’établir.

Le 20 septembre, à 17 heures, le 3e bataillon, prolongé à sa droite par un peloton de la 7e compagnie, dans un superbe élan et dans un suprême effort, franchit résolument la crête sous un feu terrible et s’installe sur la pente opposée. Le capitaine HUTARD, commandant la 9e compagnie, est tué au cours de l’assaut. L’en­nemi couvre d’un déluge de projectiles la position dont l’organisation est poursui­vie fébrilement toute la nuit et sur laquelle, dans la nuit du 21 au 22, le 11e régi­ment d'infanterie vient relever le régiment.

Entre temps, le 18, le 2e bataillon va renforcer le 9e régiment d'infanterie, dans la région de la Ferme Beauséjour, sur le Marson, à l’est du Mesnil, mais n’a pas à intervenir.

Cantonné à Laval, le régiment, dont le lieutenant-colonel MOLLANDIN, qui vient de l’état-major de la 4e Armée, prend le commandement, profite du repos pour dénombrer ses pertes, réorganiser ses unités éprouvées par quinze jours d’opérations continues.

Certaines compagnies qui avaient perdu 150 hommes jusqu’à la bataille de la Marne et ont été recomplétées depuis à l’effectif de 250 , ne comptent déjà plus que de 110 à 150 hommes, soit en un mois de combats, une perte égale en blessés et tués à leur effectif total.

Le lieutenant-colonel MOLLANDIN prend le commandement du régiment le 25 septembre au soir. A la même date, le chef de bataillon ALLEHAUT, venu de l’état­-major du 17e corps d’Armée, prend le commandement du 2e bataillon, tandis que le capitaine ESPINET cesse ses fonctions d’officier adjoint pour être mis à la tête du 3e bataillon.

Brusquement, le 26 septembre, à 5 h.15, le régiment est alerté dans son cantonnement. On apprend avec stupeur que la position acquise si chèrement le 20 a été bousculée et enlevée au début du jour par les Allemands. Le régiment reçoit l’ordre de barrer la route à l’ennemi dont l’attaque se développe.

Débouchant à l’ouest de Wargemoulin, le 20e régiment d’infanterie se porte à la contre-attaque menée opiniâtrement par le 3e bataillon dans le ravin de la cote 147, et par le 2e bataillon dans la région de ce ravin.

Les Allemands déferlent de tous les bois en masses compactes et s’approchent jusqu’à 200 mètres des positions de batteries qui tirent à mitraille sans arrêt.

Notre contre-attaque, survenant à point, se déclenche sur le flanc gauche ennemi. Sa violence, et plus encore l’énergie farouche dont les hommes font preuve, ébranlent l’adversaire. Non seulement notre contre-attaque enraye son avance, mais elle l’oblige immédiatement à reculer dans un inexprimable désordre, poursuivi par nos baïonnettes et par nos feux. Sur une profondeur de près de 3 kilomètres, les cadavres et les blessés de la division de landwehr saxonne qui vient d’attaquer, jonchent le terrain. Une cinquantaine de prisonniers restent entre nos mains. Les Alle­mands regagnent leur base de départ, notre première ligne est intégralement rétablie.

            Deux mois plus tard, en citant à l’ordre le 20e, le général SAVATIER dira que «  le 26 septembre, deux bataillons eurent la gloire de faire reculer plus d'une brigade ennemie et de transformer sa retraite en complète déroute ».

Au cours de cette action, le sous-lieutenant MALBREIL a été tué, les sous-lieutenants MUSSIGNY et CHABAL blessés.

   

Période de stabilisation DU FRONT DE CHAMPAGNE (26 Septembre  au 20 Décembre 1914)

 

La contre-offensive du 26 septembre marque la fin des opérations offensives dans le secteur de Perthes. A partir de cette date, le front se stabilisera ; il y aura de chaudes alertes, des tentatives d’attaque de la part de l’ennemi, mais dans l’en­semble, la ligne ne bougera pas et l’on procédera à l’organisation solide des positions.

C’est à cette époque que prend véritablement naissance ce réseau formidable de retranchements nécessités par le caractère nouveau de la guerre. Progressivement, dans leur forme et dans leur étendue, ces travaux seront poursuivis pendant plus de trois ans, exécutés chaque nuit par plusieurs centaines de mille de travailleurs éche­lonnés de la mer du Nord aux Vosges. Ils constitueront, par leur extrême développement, un travail herculéen ; ils attesteront l’immensité de l’effort des armées en présence.

L’origine en a été le trou de tirailleur, relié ensuite aux trous voisins et par groupes. Creusés d’abord pour tireurs couchés, ils ont été rapidement approfondis pour que le soldat debout puisse s’y tenir à l'abri. Dès la tombée de la nuit, les occupants de ces trous précaires laissent le fusil pour prendre la pelle et la pioche et, inlassablement, se relayant pour mettre à profit le maximum des heures d’obscurité, ils améliorent leur position : tranchées continues que protège un mince réseau, boyaux étroits, abris légers, si légers que leur souvenir fait sourire maintenant.

Aucun technicien n’a guidé le premier travail. Le fantassin, exposé aux balles sournoises, à la mitraille des obus, a immédiatement fait sienne cette besogne, construisant selon les nécessités qu’il était mieux que quiconque à même de comprendre, et selon une expérience qui grandit très vite.

Chaque nuit la masse silencieuse des travailleurs continuait l’œuvre de la nuit précédente.

            Et l’obstination que les soldats du 20e mirent pendant des semaines à creuser dans le sol crayeux un réseau aussi complet d’ouvrages judicieusement établis sous l’impulsion méthodique du lieutenant-colonel MOLLANDIN, chef de corps dont l’énergie égalait la froide bravoure et la tranquille assurance, fut aussi méritoire que la tenue qu’ils montrèrent au feu.

Pour couvrir les travailleurs et pour maintenir l’esprit offensif du régiment, d’incessantes patrouilles parcourent chaque nuit le terrain, fouillent les bois entre nos tranchées et celles de l’ennemi, et s’avancent au contact de ses lignes.

Le sergent HUMEAU, qui s’est signalé au cours de la contre-attaque du 26 septembre, exécute une patrouille hardie. Surpris au moment où il franchissait le réseau ennemi, il est mortellement blessé. Les soldats qui l’accompagnent, et parmi eux les soldats DUBOURG, MEUNIER et CHAUMONT rapportent sous la fusillade son corps, après avoir rempli leur mission.

Dans la nuit du 3 au 4 novembre, la 7e compagnie s’installe sans coup férir à 600 mètres en avant de nos positions, dans un bois dénommé Bois des Allemands, qu’une hardie reconnaissance, exécutée par le sous-lieutenant NAZAT, qui en avait eu l’initiative, avait parcouru de jour à quelques dizaines de mètres des tranchées allemandes. Cette occupation, due à l’initiative même des exécutants, permit à toute la ligne de s’avancer au contact immédiat des ouvrages ennemis. Elle fut le point de départ des opérations offensives qui se déroulèrent pendant l’hiver 1914 -1915.

                Toute l’œuvre du 20e pendant les mois d’octobre et de novembre se trouve résumée par la citation que lui décerna le colonel SAVATIER, commandant la 66e bri­gade.

 

Ordre de la brigade n° 7  du 26 Novembre 1914 

En modifiant aujourd’hui les conditions de relève du 2e secteur et en apportant aux fatigues du 20e un allègement que les circonstances n’avaient pas permis d’accorder jusqu’à ce jour, le colonel commandant la 66e brigade tient à citer à l’ordre de ce régiment pour son héroïque garde des tranchées de première ligne.

Depuis le 26 septembre, jour où deux bataillons ont eut la gloire de faire reculer plus d’une brigade ennemie et de transformer par leurs feux ajustés sa retraite en complète déroute, les 1er et 3e bataillons ont occupé avec un effectif restreint toutes les tranchées 10, 11, 12, 5, 6, 8, et comme aucune autre troupe n’était disponible, ils ont demeuré stoïquement douze jours sans aucune relève, passant leurs journées à recevoir avec la plus grande bravoure des marmites dans les tranchées, les nuits à enterrer les nombreux cadavres allemands restés dans nos lignes, à creuser sous le feu ennemi les retranchements et à les doubler de fils de fer.

Le 6 octobre, la rentrée du 2e bataillon (commandant ALLEHAUT) dans le secteur permit enfin d’accorder aux défenseurs des deux centres de résistance deux jours de repos à Laval pour quatre jours aux tranchées. Mais comme chaque fois la relève dut se faire avant le jour, le repos de la deuxième nuit était forcément écourté.

Malgré ces fatigues réelles, et qu’en bons Français les soldats du 20e ont supportées fièrement, ils surent creuser encore de nuit des kilomètres de tranchées et de boyaux ainsi que de nombreux refuges, puis, quand ils furent solidement établis sur une ligne, ils n’eurent qu’une préoccupation : refouler le service de sûreté ennemi et se rapprocher encore des tranchées allemandes que leurs patrouilles reconnaissaient sans cesse avec la plus grande activité. Ils eurent ainsi la constance de progresser jusqu’aux bois qui gênaient leur vue, puis, d’un bel élan, jusqu’au Bois des Allées (Allées NAZAT) et Bois des Allemands (Bois ASSEMAT) où ils se dressent aujourd’hui à 100 mètres des tranchées allemandes.

Le colonel commandant la brigade félicite le lieutenant-colonel MOLLANDIN de commander un si beau régiment et adresse à tous les officiers, sous-officiers et hommes qui le composent ses compliments les plus sincères. Il sait que je jour où il le demandera, les 100 mètres qui leur restent à parcourir jusqu’aux Allemands seront rapidement franchis par de tels soldats.

 

Côte 147, le 26 novembre 1914.

 

Le colonel Savatier, commandant la 66e brigade.

 

Signé : Savatier.

 

 

   

Offensive de Champagne-Perthes (20 Décembre 1914 - 30 Mars 1915)

 

Après la bataille de l’Yser, le front s’est partout stabilisé ; la guerre de mou­vement a vécu. Le haut commandement veut sortir d’une situation indécise qui pour­rait se prolonger et songe à percer le front ennemi au centre, c’est-à-dire en Champagne. Dans la deuxième quinzaine de décembre, la bataille se rallume dans la région de Perthes. Elle prend une forme nouvelle : la guerre de tranchées, terrible par les moyens qu’elle oppose, tant pour vaincre que pour résister.

Le 20 décembre, comme le général de brigade le prévoyait dans l’ordre précé­dent, les 100 mètres qui séparaient nos positions des « Tranchées Grises » furent vite franchis. Le 1er bataillon, sous le commandement de l’héroïque commandant HEBRARD parti en tête de son unité au son de ses clairons dressés sous la mitraille et sonnant la charge, vint briser l’élan de ses vagues contre les défenses laissées intactes par la préparation d’artillerie, dans une courtine de lignes ennemies. Alignés le long du réseau, les tirailleurs furent décimés à quelques mètres du but par le feu croisé des mitrailleuses placées en flanquement de la courtine. Des sections entières furent fauchées.

De ce bataillon qui, en s’élançant de nos tranchées, savait qu’il marchait à la mort, on ne comptait le soir venu qu’un seul officier et 150 survivants. Neuf offi­ciers avaient été tués dont le chef de bataillon et ses quatre commandants de com­pagnie (capitaine MERCHERZ, lieutenants DHERS, MOREREAU, SOUQUE, GUILLOT, SAUJON). Les pertes en hommes de troupe se chiffraient à 718.

Remise successivement au 21, puis au 22, par suite de retards dans la prépa­ration d’artillerie, l’attaque fut reprise le 23 décembre par le 2e bataillon qui avait pour objectif l’ouvrage dénommé « Tranchées Brunes », auquel le commandement attachait une grande importance pour le développement des opérations. Cet ouvrage en notre possession, c’était une partie des positions voisines qu’il flanquait qui tom­bait à son tour. A l’heure fixée, 12 h. 52, après une préparation violente de six minutes exécutée par une quinzaine de batteries de tous calibres, la 7e compagnie, sous le commandement du lieutenant NAZAT, menait un assaut légendaire, bientôt suivie des autres unités du bataillon ALLEHAUT.

            Sans dévier de leur axe, malgré le barrage d’artillerie de campagne et des minen que l’ennemi avait déclenché, les compagnies en vagues successives déferlèrent sur la position, chassant les défenseurs allemands des tranchées où ils essayaient encore de résister et poussèrent au delà de l’objectif assigné. Outre une vingtaine de prisonniers, un important matériel, 6 mi­trailleuses, un canon-revolver, un canon de 5m/m  sous coupole blindée, un minen­werfer figuraient parmi les prises.

L’ennemi tenta de furieux retours offensifs qui tous furent enrayés par notre feu. Nos pertes étaient moyennes, mais la plupart des officiers du 2e bataillon étaient hors de combat : sous-lieutenants MARTINI, GAUTHIER, SEILHEAN, NAZAT; le sous-lieutenant DECHE, commandant la 8e compagnie, était tué.

Prononcée au début sur un front de compagnie, l’attaque victorieuse s’étendait le soir à plusieurs kilomètres de tranchées.

 

 Ces deux dernières actions du régiment lui valurent d’être cité en ces termes à l’ordre de la brigade n° 10 du 25-12-1914 ;

 

Le colonel commandant la 66e brigade cite à l’ordre le 20e régiment d'infanterie. Il adresse un hommage plein d’émotion aux braves du 1er  bataillon, morts dans le plus bel élan patrioti­que, sous la conduite de l’héroïque commandant HEBRARD.

Le 2e bataillon s’est illustré le 23 dans un assaut magnifique qui arrachait des cris d’admiration aux chefs qui l’observaient de leur poste de commandement. Honneur au commandant ALLEHAUT , à ses braves officiers, sous-officiers et soldats.

 

Signé : SAVATIER.

 

 

Quelques jours après, le 27, une compagnie du 3e bataillon reçoit l’ordre d’enlever le Bois Jaune, que l’ennemi tient encore sur notre droite et d’où il gêne nos positions avancées. L’ouvrage est emporté. En une nuit, un boyau de 200 mè­tres est creusé qui relie la nouvelle position aux anciennes tranchées.

A partir de ce jour, le régiment n’a qu’une mission : maintenir les organisations conquises contre les entreprises de l’ennemi et il s’y emploie bravement, notamment le 29, où le 3e bataillon repousse une violente attaque de nuit déclenchée à 23 heures.

Toutes les positions confiées à la garde du régiment sont maintenues intactes au cours des relèves successives des bataillons qui alternent jusqu’au 20 janvier, jour où l’organisation du secteur de la 33e division d’infanterie est à modifier ; le régiment est relevé aux Tranchées Brunes.

Le 20e est alors affecté au sous-secteur de gauche, limité à l’est par le boyau du Moulin de Perthes, à l’ouest par le Bois I (Côte 200, Bois Triangulaire, Bois en Equerre, 800 mètres est de 204). Le poste de commandement du commandant du sous-secteur est au bois côte 181.

Le 3e bataillon, cantonné à Laval, prend dans la nuit du 21 au 22 la place des unités de la 34e division d’infanterie et du 207e régiment d’infanterie qui tiennent les tranchées devant Perthes et, la nuit suivante, le 1er bataillon, dont le chef de bataillon BONNAFONT vient de prendre le commandement, relève dans la partie ouest du sous-secteur le 59e régiment d’infanterie.

Le régiment n’y fait qu’un court séjour et, le 29, il est mis au repos dans la zone Cabane et Puits, Somme-Suippes, Bussy-le-Château. Chaque nuit, il fournit les travailleurs pour les premières lignes.

Le 11février, à Somme-Suippes, le régiment assiste à une soirée récréative donnée par la troupe théâtrale du corps d’armée et dont le cours est soudainement troublé par un ordre de départ.

Les compagnies rentrent au cantonnement, s’équipent et, dans la nuit, mon­tent en ligne en vertu d’un ordre de la 4e armée qui prescrit le 12 une opération d’ensemble dont le but, pour le 17e corps d’armée, est l’enlèvement, l’occupation et l’organisation de la ligne côte 170 (est du Bois Sabot-Trou-Bricot-Bois I88).

            Dans l’intervalle la neige s’est mise à tomber et lorsque le jour est venu, les observateurs d’artillerie ne peuvent procéder à aucun réglage. Contre-ordre est donné. Le régiment revient à Somme-Suippes et Bussy. Dans la nuit du 15 au 16, il quitte à nouveau ses cantonnements et à la pointe du jour les unités occupent les places d’armes assignées.

Le commandant VAGNON, du 207e, remplace à la tête du 2e bataillon le commandant ALLEHAUT, nommé précédemment chef d’état-major de la 33e division d’infanterie.

Dès 8 heures, l’artillerie française commence un tir d’écrasement. Les objectifs sont respectivement pour les bataillons d’assaut, 3e et 1er : tranchées sud et nord du Bois Rectangulaire et du Bois 3. A 10 heures, l’attaque se déclenche au nord-ouest de Perthes. En quelques secondes, le 1er bataillon enlève la tranchée qui lui a été assignée puis, sous l’impulsion énergique des lieutenants LEVY (commandant la 1re compagnie) et LUMEAU, pousse de l’avant et atteint la deuxième ligne.

Dans le même moment, le 3e bataillon enlève le Bois Rectangulaire dont la lisière se devine à peine, tant il est haché par nos obus. Il est encore occupé par des tirailleurs ennemis qui ne font aucune résistance et sont capturés. Au total, 3 officiers et une centaine de prisonniers.

Le 2e bataillon, en réserve au début de l’action, est appelé à renforcer les compagnies du 1er bataillon que des contre-attaques ont fortement éprouvées.

Celles-ci, au nombre de trois, la première déclenchée vers midi 30 , molle d'abord, mais prenant par la suite plus de vigueur, sont toutes enrayées par le feu de nos fantassins dont l’exaltation est grandie par le succès.

Le sous-lieutenant MERCADIER, bien que n’ayant plus autour de lui qu’une vingtaine d’hommes, parvient à conserver la tranchée enlevée par la 9e compagnie.

Le capitaine DUCHE, commandant la 12e compagnie, est grièvement blessé. Les sous-lieutenants AURICES, DONNIZEAU, LOUPIAC, TOURRON, DE CROZEFOND et HUBERT sont tués.

Les pertes s'élèvent à 650 hommes, dont une centaine de tués.

Ce jour, c’était Carnaval. On cite ce mot d’un vieux soldat facétieux, pro­noncé au début de l’attaque: « Il y aura des masques ce soir. »

La continuation de l’attaque par les 2e et 3e bataillons sur les tranchées nord du Bois Rectangulaire et du Bois 3a lieu le 17 février. Les débris du 1er batail­lon, fortement éprouvé la veille, ayant été ralliés pendant la nuit à la côte 181.

            Les tentatives répétées restent sans résultats. Arrêtées par des défenses intactes à l’intérieur de ces bois, les unités subissent de très lourdes pertes.

Sans arrêt, ces attaques sont poursuivies quatre jours durant, dans le but de purger les tranchées reliant le Bois Rectangulaire au Bois 3 de tous les Allemands qui s’y accrochent désespérément.

Pendant ces dures journées, les Gascons firent preuve d’une combativité que des efforts déployés sans arrêt et des pertes considérables n’étaient pas parvenus à amoindrir.

Après une tentative infructueuse dans l’après-midi du 21 février, une attaque de nuit exécutée à 23 heures réussit sans grandes pertes à enlever l’objectif.

            Toutes les unités sont très éprouvées. Pour cette période de quatre jours, il faut ajouter aux pertes précédentes 42 morts et 115 blessés.

Relevés dans la nuit du 22, les 2e et 3e bataillons rejoignent à Somme-Suippes les éléments du 1er.

Le régiment se reforme, incorpore de nouveaux renforts.

Il en est à son 4.700e hommes depuis le début de la campagne.

Subitement alertées le 26 février, 6 compagnies (2e bataillon, 9e et 10e com­pagnies) relèvent les troupes de la 14e brigade dans le sous-secteur de Perthes, mais le quittent quatre jours après, pour rejoindre le régiment qui va cantonner à Bussy-le-Château.

Détente jusqu’au 8 mars, date à laquelle le 20e remonte et s’installe au bivouac à Cabane-et-Puits.

De nouvelles opérations sont en préparation.

Le 9 mars, le 20e relève au nord de Perthes un régiment de la 13e brigade et prend le dispositif qui lui a été fixé : 2e bataillon, tranchées au sud-est en vue de l’attaque du Bois Carré, 3e bataillon, tranchées entre le chemin Perthes­-Tahure et le chemin Perthes- Ravin de la Goutte en vue de l’attaque du Bois Triangulaire et de la tranchée nord-est du Bois Violet .

            1er bataillon, en réserve à la carrière de Perthes.

Le 10 à 14 heures, les bataillons de première ligne partent à l’assaut, mais se trouvent arrêtés bientôt par un feu intense de mousqueterie, de mitrailleuses et de canons-revolvers.

Cependant, deux sections de la 7e et de la 8e réussissent à gagner le Bois Carré, mais ne peuvent aller plus loin.

A droite, la 12e compagnie, entraînée par le sous-lieutenant VIAUD, s’est jetée en avant, mais ne peut atteindre son objectif. Dans le courant de la journée du 11, notre position est améliorée par des coups de main ou par infiltration dans les boyaux. La 4e Armée, dans la poursuite ininterrompue des opérations, cherche maintenant moins à percer le front allemand en direction de Tahure que de s’emparer de la ligne de hauteurs que tient l’ennemi, pour ensuite le rejeter dans la val­lée de la Dormoise.

Une attaque d’ensemble de l’Armée doit avoir lieu le 12 mars. Le 17e corps d’armée y participe. Appuyé à l’est par l’action du 16e sur la Butte du Mesnil, à l’ouest par celle de la 60e division d’infanterie sur le Bois Sabot.

 Le dispositif et les objectifs du régiment restent les mêmes que pour l’attaque du 10.

La préparation, d’artillerie s’exécute dans la matinée.

Vers la droite, devant la 11e compagnie, les défenses du Ravin de la Goutte ont échappé à la destruction. Au centre, par contre, devant la 9e compagnie, le champ est libre.

L’heure de l’assaut, primitivement fixée à 10 heures, successivement remise à 11 heures et midi, est finalement reportée à 13 h. 30.

La 11e compagnie, commandée par l'adjudant SAINTOURENS, nommé depuis sous-lieutenant, déclenche le mouvement.

 Les 50 hommes qui la composent, entraînés par leur chef dont les qualités de bravoure et de présence d’esprit assurent le succès d'une manœuvre difficile, passent par les brèches faites devant le front de la compagnie voisine et se rabattent ensuite entre les défenses non détruites et les tranchées ennemies. A ce même moment, la 9e compagnie se lance à l’assaut du Bois Triangulaire que l’ennemi vient d’évacuer et que son artillerie arrose de projectiles.

Toujours entraînés par l’adjudant SAINTOURENS, les éléments de ces deux compagnies se ruent à l’assaut des tranchées du Bois Violet où les Allemands se sont retirés. Surpris par la rapidité du mouvement et par le mordant des assaillants, l’en­nemi fléchit dans sa défense. En quelques minutes, nos braves Gascons ont fait place nette, se sont emparés de 350 mètres de tranchées et ont capturé 150 Alle­mands, dont 3 officiers.

L’attaque de gauche a moins bien réussi.

A 14 heures, l’ensemble des 9e et 11e compagnies, respectivement comman­dées par le sergent AUNE et l’adjudant SAINTOURENS , est placé sous les ordres du lieu­tenant DUCRET qui tombe peu après, frappé d’une balle à la tête.

Un peu plus tard, la 9e compagnie et une section de la 12e, commandées par le sergent RODES, viennent renforcer les éléments avancés qui continuent un combat opiniâtre. Exténués par l’effort fourni sans relâche depuis trois jours, ces groupes dis­sociés voyant leurs munitions s’épuiser tiennent cependant la tranchée enlevée jusqu’à la tombée de la nuit. A ce moment, les Allemands contre-attaquent à la grenade avec une grande violence.

Assaillis à coups de grenades et n’en ayant pas pour riposter, submergés de tous cotés, nos hommes doivent céder peu à peu le terrain conquis. A 17 h. 30, des hommes tiennent encore 30 mètres de tranchées, mais quelques instant après, dans l’impossibilité de résister à la pression ennemie, tout doit être abandonné et les fractions se replient sous une grêle de balles.

Relevé le 14 par le 103e, retiré de la bataille, le régiment est dirigé le 15 mars sur Bussy-le-Château. C’est ce jour-là que ceux qui descendent boueux , mais glo­rieux, ouvrent leurs rangs décimés à des camarades dont la nouvelle tenue bleue semble découvrir un horizon de jours meilleurs.

Effectivement, à la fin du mois de mars, après un séjour en secteur, au nord de Perthes, du 20 au 26, la 33e division d'infanterie quittait définitivement la région de Champagne.

Une des grandes phases de la campagne du 20e prenait fin. Elle était digne d'inspirer un poète soldat, et le sergent GUERRY en a marqué le souvenir dans ces vers :

 

Perthes ou Le Mesnil, Beauséjour, Les Hurlus !

Ces noms, dans les journaux, qui donc ne les a lus ?

Dans notre régiment, hélas ! qui ne tressaille

Se rappelant d’antan l’héroïque bataille.

O Champagne pouilleuse ! As-tu compté tous ceux

Qui sont morts bravement sur les tertres crayeux ?

Il n’est pas un sapin, il n’est pas une pierre

Qui ne réclamera demain une prière,

Car il n’est sûrement de ton sol pas un pas

Qui ne fut le témoin de quelque obscur trépas.

Et ce coin de Champagne, et triste, et solitaire,

N’est plus en ce moment qu’un immense suaire.

Ce plateau devant nous, tel un Antre en hiver,

Tant il a l’air de loin de neige recouvert,

Pourrait avec le sang qui coulait au soleil,

Au lieu d’un tertre blanc, être un tertre vermeil !

 

Le 20e quitte Somme-Suippes, le 1er avril et par Auve, Saint-Mard, Noirlieu, Pretz-en-Argonne, gagne en six étapes Rambluzin, où il demeure en réserve prêt à intervenir dans les opérations qui se déroulent aux Eparges et dans les Hauts-de-­Meuse.

Le régiment n’est pas engagé et est ramené à proximité de Bar-le-Duc (Rozières et Naives).

Le 22 avril, il est embarqué en chemin de fer à Mussey et dirigé dans la région sud d’Amiens. Il débarque à Ailly-sur-Noye et Moreuil et, après huit jours de repos dans les cantonnements de Mailly-Raineval (2e bataillon), Sauvillers (3e bataillon), Louverchy (1er bataillon), le 20e est de nouveau dirigé par voie ferrée sur Saint-Pol et va cantonner à Grand-Bullecourt qu’il quitte le 5 mai pour se rendre à Habarcq.

 

Offensive d’Artois--Ecurie—Roclincourt  (9 au 16 Mai 1915) 

Dans ce dernier cantonnement, le régiment procède aux opérations préparatoires de l’offensive générale de la 10e Armée au nord d’Arras, à laquelle il doit participer.

La 66e brigade, placée en avant de la ligne Ecurie-Roclincourt, a pour objectifs successifs deux lignes de tranchées à cheval sur la route de Lille, puis, si la conquête en est faite, doit poursuivre son attaque sur la Crête de Thélus.

Les deux régiments de la brigade doivent s'engager successivement dans l’ordre 11e - 20e. Ce dernier occupe, le 9 mai, à 4 h 30, les emplacements suivants :

 

2e bataillon à l’ouest de la route de Lille, dans le petit collecteur.

1er bataillon à l’est de la route de Lille, dans le grand collecteur.

3e bataillon dans l’abri du Mouton et grand collecteur ouest.

 

En passant à Anzin-Saint-Aubin, les hommes ont déposé les havresacs. Ils ne portent en sautoir que la couverture roulée dans la toile de tente.

En raison du rapprochement des premières lignes adverses la préparation d’artillerie ne peut se faire que sur la deuxième ligne ennemie.

A 10 heures, l’attaque se déclenche ; le 11e part à l’assaut et n’a parcouru que quelques mètres quand une mine qui devait, selon le plan d’opérations, faire sauter la tranchée allemande, ouvre un énorme cratère sous le bataillon de tête qui disparaît englouti, projeté avec la terre au milieu des tourbillons de poussière et de fumée.

L’ennemi alerté riposte furieusement. Les bataillons suivants ne peuvent déboucher.

A gauche, l’attaque du 26e (20e corps d'armée) a également avorté. Reprise à 16 heures, elle n’a pas plus de succès. Le soir même, le 20e relève le 11e en première ligne.

Les difficultés d’attaquer de front une position aussi formidablement organisée que la Crête de Thélus étant apparues, le régiment est seulement chargé, du 10 au 13 mai, d’appuyer de ses feux le déroulement des actions à sa droite et à sa gauche. Rôle purement démonstratif, mais qui lui attire, quatre jours durant, des répliques violentes de l’ennemi et notamment des tirs d’écrasement par obus de 210.

Un nouvel ordre d’attaque parvient le 15 mai. Il rappelle que l’objectif définitif est la Crête de Thélus et que l’enlèvement des premières tranchées n’étant con­sidéré que comme phase initiale, la poussée doit être incessante et menée avec une extrême vigueur. La préparation d’artillerie, toujours pour le même motif, est faite sur la deuxième ligne.

A l7 h. 05, au moment même où commence le tir d’efficacité de nos batte­ries, l’artillerie allemande déclenche un barrage d’une violence inouïe sur les places d’armes occupées par le 1er bataillon qui doit déboucher quelques minutes après. Dès l’apparition des premiers casques au sommet des échelles de franchissement, les mitrailleuses ennemies arrosent les tranchées. L’attaque ne peut déboucher.

Un deuxième assaut, ordonné pour 19 h. 15, est arrêté comme le premier par la même violence de feu d’un adversaire qui se tient sur ses gardes. La 65e brigade à droite, le 20e régiment d’infanterie à gauche n’ont pas progressé.

Une attaque de nuit avec les mêmes éléments, en cours de préparation, est contremandée par ordre de l’Armée.

 Les opérations offensives sont arrêtées le 16 mai. Les troupes s’emploient immé­diatement à réparer les dégâts causés par les bombardements auxquels nos positions ont été soumises pendant une semaine.

 Dans cette période, le régiment vient de perdre 250 hommes, dont 70 tués.

   .

Secteur d’Arras--Achicourt--SAINT-Sauveur  (21 Mai --24 Septembre 1915) 

 

Le 21 mai, le régiment relève au sud-est d’Arras dans le secteur Agny-Achicourt, le 25e régiment d’infanterie, du 10e corps d’armée. Ce secteur se divise en deux quartiers :

 

Quartier d'Achicourt, 2e bataillon ,

            Quartier Ronville, 3e bataillon.

            Le 1er bataillon en réserve à Achicourt.

 

Le lieutenant-colonel VERLEY , nommé sous-chef d’état-major du corps d’armée, est remplacé le 25 mai par le lieutenant-colonel MARTINET.

Le capitaine MONTAURIOL prend le commandement du 1er bataillon.

Le 11 juin, sur la partie du Chemin de Bucquoy parallèle à la voie ferrée, le colonel MARTINET remet pour la  première fois la Croix de Guerre aux braves qui se sont distingués en de précédents combats.

La disposition des unités se trouvant modifiée dans le front tenu par la 33e division d’infanterie, le régiment appuie vers la gauche et relève, le 12 juillet, le 11e dans les quartiers de Ronville, Saint-Sauveur, Blangy, où les deux régiments alternent par période de huit jours.

Le 20e au repos à Arras, Dainville et Simencourt, puis ultérieurement, à Fos­seux et Barly. Le bataillon stationné à Arras fournit des travailleurs. Les deux autres sont à l’instruction.

 

Offensive d’Artois (25 Septembre 1915) 

A partir du 14 septembre, le front défensif d’Arras se transforme en front offensif. Sur la partie comprise entre la route de Bapaume et le chemin de Neuville-Vitasse, deux parallèles sont creusées par le régiment à 175 mètres en avant de notre ligne avancée. L’ennemi est inquiet des travaux dont il constate les progrès chaque matin. Son artillerie réagit fortement. Malgré la gêne qui en résulte et les pertes éprouvées, les travailleurs, couverts par des patrouilles qui se glissent dans la nuit jusqu’aux lignes allemandes, font preuve d’entrain et de froide résolution.

            La 10e Armée doit prendre l’offensive, le 25 septembre, pour enlever au com­mandement allemand la possibilité de retirer des troupes dans le secteur d’Artois et les amener sur le front de Champagne, où, le même jour, l’armée française déclenche une puissante attaque.

La zone de la division d’infanterie est comprise entre la Briqueterie de Beaurains et les tranchées allemandes au sud de ce village.

Le 25 à 4 heures, le régiment réalise le dispositif suivant :

2e bataillon face à Beaurains, à cheval sur la route de Bapaume (5eet 8e compagnies en première ligne, 7e et 6e compagnies en deuxième ligne) ;

3e bataillon, à droite du précédent ;

1er bataillon, en réserve, à la disposition du commandant de la brigade.

L’action du régiment doit être liée au nord à celle du 11e sur la Briqueterie, au sud à celle du 9e régiment d’infanterie.

 

Attaque de la 5e Compagnie.

 

A 12 h. 15, le fourneau de mine préparé par le génie fait explosion. C’est le signal de l’attaque.

Le commandant VAGNON, debout sur le parapet, au centre de son bataillon, canne à la main, pipe à la bouche, électrise ses hommes par sa calme attitude.

Le peloton du sous-lieutenant ROLLAND, en deux vagues, bondit d’un seul trait jusqu’à la première tranchée, en partie détruite par l’explosion, mais ne peut réa­liser la liaison avec le 11e dont on n’aperçoit aucun élément. Le peloton progresse en repoussant les Allemands à la grenade.

A droite, le peloton de l’adjudant-chef MERLATEAU, conduit par le capitaine PHALIP, atteint la première tranchée, puis la Maison Brûlée et se ressoude à l’autre fraction à 12  h. 45.

Depuis un quart d’heure, des mitrailleuses ennemies sont entrées en action vers le talus qui limite les Vergers de Beaurains. Elles balayent la tranchée conquise et tout le glacis qui s’étend en avant de cette tranchée.

Le capitaine PHALIP, blessé une première fois à la cuisse, maintient ses hom­mes sur place par son énergie et l’exemple qu’il donne ; il est blessé un nouvelle fois et tombe pour ne plus se relever. L’adjudant-chef MERLATEAU est également blessé : son peloton souffre beaucoup.

 

Attaque de la 8e Compagnie