Voir l’historique succinct 14-18
Merci à Jean Paul
Nouvelle épopée
Deux dates marquant deux faits bien différents dans l’histoire du 20e.
Le
Le
Deux dates que séparent quatre
années de fatigues, de souffrances physiques et morales mêlées de visions
hideuses de
Quatre années au cours desquelles le soldat Français a montré les belles qualités de sa race : abnégation, esprit de sacrifice, courage, restaient toujours vivaces.
Les souffrances endurées, les
actes d’héroïsme accomplis ne doivent pas rester ignorés.
L’histoire du soldat de
Cette histoire du combattant est
celle du 20e et de tous ceux qui, à des époques différentes,
servirent sous son numéro et l’illustrèrent.
Composé en majeure partie, au
début de la campagne, de Gascons et d’hommes des départements de l’ancienne
province de Guyenne, le régiment vit son recrutement d’origine modifié au cours
de la guerre par l’incorporation d’importants renforts de braves Limousins et
de soldats de
Le régiment compta aussi des
représentants de toutes les régions de
C’est ainsi que l’on vit le Flamand réservé se lier d’amitié avec l’exubérant Gascon. On vit les anciens choyer, à leur arrivée, les soldats des classes nouvelles, les initier à
tous les détails de la vie du poilu et leur donner les
conseils du guerrier averti.
On vit les jeunes, s’efforçant,
dans une noble émulation, de faire aussi bien que leurs aînés, d’être aussi
crânes sous le feu.
On entendit le gamin de Paris
lancer ses lazzis sous la rafale ; on le vit au cantonnement
distraire et amuser ses camarades.
Tous ces tempéraments divers,
tous ces caractères différents s’unissaient cependant aux heures de danger ou
dans l’action commune, montrant, dans leur ensemble, autant de résolution dans
l’attaque que de ténacité et d’opiniâtreté dans la défense.
Incluse dans les deux dates du
Sur tout le front, du
Pas-de-Calais aux Vosges, il n’est que bien peu de points où le 20e
n’ait pas été appelé à combattre.
Ardennes et
Et ce n’est pas l’une des moindres
gloires du 20e que de pouvoir dire que depuis la retraite de
Belgique d’août 1914, non seulement il ne perdit jamais un mètre de terrain
confié à sa garde, mais qu’il eut au contraire la constance de toujours
l’améliorer par de nouveaux gains, parfois même de sa propre initiative.
Sept citations, dont 3 à l’ordre
de l’Armée, 2 à l’ordre du corps d’armée et 2 à l’ordre de la brigade,
attestent désormais sa vaillance et ses succès.
Vaillance ! Oui,
certes ! et les chiffres de ses morts et de ses blessés, dans toute leur
rigueur et toute leur tristesse, pourraient aussi l’attester.
Soldats qui n’êtes plus et dont
les familles vous pleurent ; soldats qu’une blessure mutila, et vous plus
heureux que les projectiles épargnèrent, soyez assurés qu’au double point de
vue de la grandeur des sacrifices et des succès réalisés, vous avez élevé bien
haut l’honneur du régiment.
Braves poilus, chers camarades,
tombés en pleine gloire avant d’avoir connu la victoire de nos armes, vous dont
les tombes jalonnent tous les points du front où l’ennemi se heurta au 20e,
nous vous devons, nous que la chance favorisa et dont la mort ne voulut point,
d’être vos historiens.
Nous devons mettre tout notre cœur et toute notre âme au service d’une si belle tâche qui honorera les vivants, mais qui glorifiera les morts, et qui sera notre façon d’élever vers eux une prière, car
Ceux qui
pieusement sont morts pour
Ont droit qu’à
leur tombeau la foule vienne et prie.
Vous êtes trop, hélas ! et
vos gestes sont trop semblablement magnifiques pour être tous cités dans cet
historique au cadre limité. Mais les faits et les dates qu’il mentionne
rappelleront à tous, à vos familles comme à vos compagnons d’armes, des
souvenirs plus particulièrement chers ou douloureux.
A vous tous que le 20e
compta dans ses rangs, cet historique sera le souvenir d’une longue et terrible
guerre qui demeurera entre vous comme une sorte d’initiation à jamais close à
tous les autres, une sorte d’immense secret incommunicable aux humains et dont
un simple regard, une expression de visage, suffiront à révéler d’âme en âme,
l’indéfinissable présence.
Une date, un nom de hameau, l’évocation d’un certain bois ou d’un bout de chemin, des vestiges d’un moulin ou d’une ferme, suffiront pour faire revivre dans vos mémoires les plus pathétiques souvenirs.
Ces feuillets ajouteront à l’histoire du
régiment de nouvelles pages que les jeunes soldats des classes futures liront
pour se représenter la grandeur et la constance de l’effort de leurs aînés de
Gloire et honneur au 20e et à tous ses soldats !
Ayant effectué sa mobilisation
dans l’enthousiasme patriotique qui exaltait tous les cœurs révoltés par
l’agression allemande, le 20e, à l’effectif de 50 officiers et de
3.315 hommes de troupe s’embarque dans la nuit du 5 au 6 août, ses trois
bataillons se suivant à quelques heures d’intervalle.
Dans la matinée du 8 août, les bataillons débarquent aux gares de Suippes et de Cuperly et vont cantonner à Perthes, Tahure, Les Hurlus, Mesnil-les-Hurlus, jusqu’au 11, jour où commencent les marches de concentration de la 4e Armée.
Le régiment suit l’itinéraire: Maison-de-Champagne, Cernay, Bouconville, Montchetin, Senuc, au confluent de l’Aire et de l’Aisne, traverse l’Argonne au défilé de Grandpré, Beffu, Thenorgues, défile à Buzancy devant la statue du général CHANZY, poursuit sa route sur Sommauthe, Stonne qui se dresse au sommet d’une colline abrupte.
Pendant les cinq jours que dure
son stationnement à Euilly, le régiment organise une position sur
la rive sud de
Brusquement alerté le 21 à
Toute la nuit, une animation
intense emplit la petite commune d’ordinaire si paisible et quand, à
L’outil est mis au ceinturon et
chaque homme reçoit un supplément de cartouches.
Le régiment s’engage dans la
sombre Forêt d’Herbeumont, puis, par la pittoresque route qui
suit les méandres de la rivière, passe dans la vallée de
A Cugnon, la
colonne quitte
Son arrivée aux portes de la
localité est marquée par un incident d’un caractère nouveau, qui restera gravé
dans toutes les mémoires parce qu’il marqua le début de tous ces drames de
l’air, de tous ces combats aériens, toujours profondément émouvants.
Survolant la colonne à faible
attitude, un avion allemand se trouve soumis au feu de mousqueterie
soudainement déclanché tout le long de la colonne. Tout à coup, il semble
désemparé et tandis qu’il pique vers le sol, des milliers de poitrines poussent
des acclamations.
Quelques instants après, en
passant sur la route de Bouillon à Recogne, les
tireurs peuvent voir dans un champ et brisé, le taube qu’ils ont abattu.
Tandis que le régiment poursuit
sa marche, une émotion presque joyeuse parcourt toute la colonne. On vient de
percevoir des coups de fusil dans la direction de
Le contact est pris par les
éléments de pointe de l’avant-garde composée de six compagnies du 20e (le 3e bataillon et les 1re et
4e compagnies).
Dans la colonne, tous les soldats
ont la plus grande confiance dans l’issue du combat prochain. Ils devisent sur
l’effet de la première rencontre avec le Boche (l’Alboche, comme on disait au
début de la campagne) et, pour bien s’y préparer, bourrent de cartouches le
magasin du fusil.
Le colonel DETRIE s’est
porté en tête, au delà de Bertrix, avec les éléments de pointe et
donne ses ordres.
Il est
La colonne elle-même quitte la grand’route de Recogne
pour prendre à gauche un chemin qui, à travers
Ce ne sont plus des patrouilles
que les unités d’avant-garde trouvent en face d’elles, mais bien un ennemi dont
la force ne s’était toute dévoilée et qui paraît vouloir résister sur une
position où il s’est solidement installé.
La fusillade crépite de part et d’autre. Des sections de première ligne progressent par bonds tandis que celles de soutien sortent des bois dont la lisière est bientôt battue par le tir des batteries de 77 et de 105.
Les obus s’abattent dans un
vacarme assourdissant dans le court espace où les unités sont venues se tasser.
Les compagnies de tête
multiplient leurs attaques et, brusquant le mouvement, se lancent farouchement
à l’assaut de positions retranchées, mais avant de les aborder, nos factions,
emportées dans une noble furia, sont fauchées par les mitrailleuses et les
tirailleurs ennemis abrités.
Au cours de l’un de ces assauts,
le clairon DUCLA,
debout sous les rafales, sonne inlassablement la charge jusqu’au moment où un
obus lui emporte la tête.
Notre artillerie ne peut appuyer
la progression.
Imprudemment engagé dans le bois,
formé en colonne sur un unique chemin, tout un groupe de 75 cherche vainement à
prendre position.
Les 2e et 3e
compagnies opèrent par doublement le renforcement des unités qui sont en avant
du bois. A son tour, le 2e bataillon est porté en renfort sur la
ligne pour prolonger vers la gauche le 3e bataillon et couvrir sur
ce flanc le régiment maintenant engagé en entier.
Ayant ainsi renforcé par leurs
propres moyens la puissance de feux de l’attaque mais n’ayant pas davantage
l’appui de l’artillerie, les 1er et 3e bataillons tentent
désespérément de bousculer la résistance et de
se frayer un passage.
Vains efforts ! l’ennemi, terré, enraye toutes les tentatives, fauche les vagues dont la dépense d’énergie n’a pas diminué le courage. Des vides se créent. Des blessés poussent des cris déchirants, se traînent, courent ou rampent à l’abri d’un pli de terrain pour échapper aux rafales de balles qui balayent le sol..
Il y a deux heures que le combat
est engagé, les effectifs ont fondu. Des officiers sont tombés et parmi eux le
commandant GREGORY
et le commandant FIAMA,
les capitaines ROCCHESANNI,
SEGUELAS, les lieutenants et sous-lieutenants FINCK, FILLAIRE, PASCAL et CAPELLE.
D’autres sont blessés ;des fractions ne sont plus commandées ou le sont
mal.
La progression n’étant pas
soutenue ne peut être poursuivie. Certains éléments sont trop avancés et
dangereusement exposés. Ordre est donné de les faire replier et à tout le monde
de tenir et de s’établir sur la position atteinte pour parer à toute
contre-attaque de l’ennemi. C’est la seule tactique qui convienne à la situation.
Sur la ligne, la perte de
quelques chefs se répand très vite. La nouvelle de la mort du commandant du
régiment ajoute une autre émotion à celle du combat.
Ce n’est que plus tard, lorsque
des témoins purent en faire le récit, que l’on connut les circonstances de la
mort du colonel DETRIE,
qui doivent être relatées pour honorer la mémoire de ce chef aimé et respecté,
tombé en pleine gloire, face à l’ennemi, et parce qu’elles constituent le plus
bel exemple d’héroïsme et de sentiment de l’honneur.
S’étant porté dès le début de
l’engagement en lisière du bois, presque en première ligne, pour surveiller le
déroulement de l’action, le colonel DETRIE exhortait les hommes, leur
rappelant 1870, les gloires du 20e. Par sa présence, il ranimait les
courages. Vers 16 h.25, le capitaine NEGRIER, commandant la 3e compagnie, qui
venait se mettre en liaison avec son camarade commandant la 1re
compagnie, le capitaine FAUQUEUX, fut atteint d’une balle à la poitrine et tomba
inanimé.
Tandis que le combat faisait
rage, que les fusils et les mitrailleuses crépitaient, que la mitraille des
obus s’abattait sur le bois en le hachant, le colonel DETRIE se
précipita vers le capitaine NEGRIER, et, s’étant agenouillé pour le panser, fit signe
que tout secours était inutile.
Ayant l’atroce vision de la mort
décimant ses unités, sentant que tout effort était vain et que son régiment
tout entier engagé là il ne reviendrait que des débris, le colonel se releva
très calme, parfaitement maître de lui, alla s’adosser à un arbre, à la lisière
du même bois, en pleine vue. Là, les bras croisés sur la poitrine, il tomba en
héros.
Jusqu’au dernier moment, le
colonel DETRIE,
qui ne voulut sans doute pas survivre à la perte de son régiment, ne cessa
d’encourager les hommes et de leur inspirer, par son attitude héroïque, le
mépris de la mort.
Les deux autres chefs de
bataillon ayant été tués, le commandant DIZOT, du 1er bataillon, prend le
commandement du régiment.
A la gauche du 20e,
les unités voisines tiennent bon ; à droite, au contraire, la liaison fait
défaut dès le début de l’engagement avec le 12e corps d’armée :
un trou existe dans la ligne, par où l’ennemi s’infiltre.
Arrêté de front, et très en
flèche, découvert sur son flanc droit que l’ennemi attaque, le régiment est
contraint d’abandonner ses positions. Et vers la fin de l’après-midi ce fut, à
travers le bois que l’artillerie allemande arrosait de ses projectiles, le
repli de tous les éléments dont certains tombèrent aux mains de l’ennemi, qui
avait déjà contourné par le sud
La nuit tombe. Sur toute la
ligne, la fusillade cesse peu à peu. Les batteries ralentissent leur tir. Au
vacarme infernal accompagnant ce baptême du feu, qui pour beaucoup ne fut en
même temps que la première, l’épreuve dernière, succède le calme du champ de
bataille.
Tandis que ciel rougeoie à la
lueur des incendies allumés dans Bertrix, Assenois, Offagne, le
repli se transforme en retraite générale.
Sur toutes les routes, c’est un
inextricable encombrement de piétons et de convois, où il y a de tous les
régiments et de toutes les armes. Des blessés sont juchés sur toutes les
voitures, sur tous les caissons.
La retraite se poursuit pendant
toute la nuit et pendant les journées du 23 et du 24 août jusque dans la région
d’Amblimont (
26 officiers et 1.350 hommes manquent à l’appel. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’on saura que ces chiffres comprenaient 220 tués, dont 10 officiers.
Après avoir évolué pendant toute
la journée du 25 sur les hauteurs de la rive droite de
Le régiment occupe une position
défensive sur un mouvement de terrain de la rive gauche, à l’ouest de Pourron.
Le 27 août, la 7ecompagnie,
sous le commandement du capitaine de l’ESTOILE, est envoyée à Mouzon
pour renforcer la section du sous-lieutenant NAZAT, de la même unité, qui,
seule, détachée à 4 kilomètres de nos lignes, a reçu la veille mission
d’interdire aux Allemands le franchissement de
Dans le combat qui s’engage de
part et d’autre du fleuve, la compagnie perd son chef et le lieutenant ROBINET,
tous deux tués, et une trentaine d’hommes.
Le lendemain, 28, après avoir
bivouaqué à Flaba, le 20e participe, à la droite du 17e
corps d’armée, à un retour offensif de l’armée LANGLE DE CARY. La bataille a pour pivot
le village de Raucourt, et le bois de Cogneux,
situé à l’Est, constitue l’objectif du régiment.
De Maisoncelle, 2e
bataillon en tête, les unités progressent sur le plateau de Villiers
dans un ordre parfait, bien que soumises au tir fusant des 77 et 105. Elles
traversent le ravin de Raucourt où l’artillerie ennemie a établi
un barrage très dense d’obus de gros calibre qui cause des pertes sérieuses.
Le 2e bataillon
atteint le sommet du mamelon, au sud du Bois de Cogneux,
sans pouvoir dépasser la crête que l’infanterie allemande tient sous le feu
intense de ses mitrailleuses dissimulées dans les blés.
Les batteries de 75, violemment
contre-battues par l’artillerie lourde ennemie, ne soutiennent pas l’attaque.
Encore une fois, nos éléments s’avancent à découvert contre un adversaire terré
qui, nullement pris à partie par l’artillerie, garde son entière liberté
d’action.
L’engagement est inégal. De
nouveau le repli est ordonné et, par une marche qui dure toute la nuit, le
régiment arrive le 29 aux premières lueurs du matin à Mongon,
près de Le Chesne-Populeux.
En cours de route, à Tannoy,
les unités perçoivent, au train régimentaire, des vivres que, depuis trois
jours, elles n’ont pas touchés.
Le mouvement de repli continue
vers le Sud-Ouest. Tandis que la 5e compagnie, formant la pointe
d’arrière-garde de la colonne de corps d’armée et laissée à Voncq,
interdit les passages sur le Canal et sur l’Aisne,
le régiment s’engage sur les hauteurs de la rive gauche, à l’ouest de Vouziers,
où il organise des centres de résistance (Plateau de Mazagran, Ferme de
Constantine, Loizy) pour permettre l’écoulement du 17e corps
d’armée vers Châlons.
Il abandonne d’ailleurs ces
positions sans les avoir occupées, l’ennemi n’étant pas intervenu, et poursuit
sur route par Bourcq, Contreuve, Semide, Somme-Py, Sainte-Marie-à-Py
(1er septembre), Ferme Navarin, Souain, Suippes,
Cuperly (2 septembre), Saint-Etienne-au-Temple, Châlons.
A Moncetz, le régiment défile devant le général J. B. DUMAS, qui
vient de prendre le commandement du corps d’armée, tandis que le général GUILLAUMAT prend
celui de la 33e division.
Vitry-la-Ville, Cheppes,
les hauteurs entre Marne et Coole, à l’ouest de Songy,
Coole, Sompuis, Humbeauville et Saint-Ouen
jalonnent, avec les précédents villages, la route suivie par le 20e
du 30 août au 6 septembre.
A cette date, la retraite de
l’Armée française est arrêtée. Ordre est donné à tous et en tous lieux de faire
front à l’ennemi qui avance triomphalement croyant à notre défaite. La bataille
reprend et tout de suite avec une extrême intensité. La 66e brigade
étant en réserve d’armée n’est pas engagée dès le début. Le régiment évolue de
positions en positions, le 6 et le 7 à l’est et au nord-est de Saint-Ouen, puis
chacun de ses bataillons est mis le 8 à la disposition des unités engagées dans
cette même région.
Le 2e bataillon, porté
en renfort du 50e, occupe
Et, de fait, les Allemands ne
purent jamais franchir les lisières sud d’Humbeauville qui marque
l’extrême limite de leur avance pendant la bataille de
Ses trois bataillons ayant été
regroupés, le 20e est mis de nouveau à la disposition du général
commandant la 67e brigade, et reçoit l’ordre de reprendre, en liant
son action à celle du 14e régiment d’infanterie,
Ce résultat atteint, le combat
est poursuivi sans arrêt. Successivement, les Fermes de
Le 10 au soir, le 2e bataillon
s’empare de la croupe au nord de
Fantassins et artilleurs ont fait
bonne besogne.
Les 75, qui ont tiré sans
relâche, ont fait des hécatombes dans les rangs saxons. La bataille qui se
livre depuis quatre jours tourne à notre avantage, et son succès est tangible.
L'avance réalisée, les cadavres ennemis, le matériel de toute nature, les
pièces d’artillerie et les caissons abandonnés attestent bien l’importance de
la victoire de l’Armée Française.
Voilà qui dédommageait de bien
des journées d’épreuve que le régiment venait de traverser et des fatigues
qu’il avait endurées, marchant jour et nuit durant la retraite, presque sans
arrêt et le plus souvent sans ravitaillement.
L’ardeur et l’entrain n’avaient pas fléchi, mais ce succès de nos armes venait les décupler.
C’est dans de telles conditions que s’entama la poursuite des armées allemandes.
Maisons-en-Champagne, Pringy (11),
Songy, Ablancourt, Aulnay-l’Aître, Coupeville (12) ,Le Fresne,
Poix, Somme-Vesle, Tilloy,
De bonne heure le 14, la
poursuite reprend. Abandonnant, dès la sortie de Saint-Jean, la
route de Minaucourt qui suit
Le 2e bataillon
constitue l’avant-garde. Il tombe une pluie fine et le sol crayeux, détrempé,
rend la marche difficile.
Après avoir franchi la route Hurlus-Le-Mesnil
et en atteignant la crête à 800 mètres au nord de ces villages, dans
lesquels une quinzaine d’Allemands ont été faits prisonniers, les éléments de
tête sont assaillis par un feu violent, parfaitement ajusté, de mitrailleuses
et d'infanterie.
Le 2e bataillon opère son déploiement et continue sa progression, mais, soumis à un feu d’enfer, sa première ligne de tirailleurs est bientôt obligée de se coucher.
L’artillerie de campagne et l’artillerie lourde allemandes entrent en action. Dès le début du combat, plusieurs officiers sont blessés : le capitaine MIRAN, commandant le bataillon, les capitaines COSTEMALLE et BAENZIGER, le sous-lieutenant MOUSSET.
Le chef de bataillon DIZOT, qui
commande le régiment, engage successivement les deux autres bataillons de part
et d’autre du bataillon de tête pour manœuvrer la résistance ennemie par les
ailes. Mais toute tentative de notre part est déjouée par l’adversaire qui a
choisi son terrain, a assisté sans se dévoiler, dans des positions déjà
organisées, à notre progression de la matinée et a attendu que nous nous
engagions sur ce glacis à bonne portée de fusil.
L'action des 75 est molle, leur aide inefficace. Les munitions sont limitées, les caissons vides pour la plupart.
Lorsque la nuit vient, quelques
unités sont maintenues sur la position ; le reste du régiment est regroupé et
dispute dans les journées suivantes, du 17 au 20, et dans des attaques
quotidiennes, la possession définitive de la crête où l'ennemi l’empêche de
s’établir.
Le 20 septembre, à
Entre temps, le 18, le 2e
bataillon va renforcer le 9e régiment d'infanterie, dans la région
de
Cantonné à Laval, le régiment, dont le lieutenant-colonel MOLLANDIN, qui vient de l’état-major de la 4e Armée, prend le commandement, profite du repos pour dénombrer ses pertes, réorganiser ses unités éprouvées par quinze jours d’opérations continues.
Certaines compagnies qui avaient
perdu 150 hommes jusqu’à la bataille de
Le lieutenant-colonel MOLLANDIN prend
le commandement du régiment le 25 septembre au soir. A la même date, le chef de
bataillon ALLEHAUT,
venu de l’état-major du 17e corps d’Armée, prend le commandement du
2e bataillon, tandis que le capitaine ESPINET cesse ses fonctions
d’officier adjoint pour être mis à la tête du 3e bataillon.
Brusquement, le 26 septembre, à 5 h.15, le régiment est alerté dans son cantonnement. On apprend avec stupeur que la position acquise si chèrement le 20 a été bousculée et enlevée au début du jour par les Allemands. Le régiment reçoit l’ordre de barrer la route à l’ennemi dont l’attaque se développe.
Débouchant à l’ouest de Wargemoulin,
le 20e régiment d’infanterie se porte à la contre-attaque menée
opiniâtrement par le 3e bataillon dans le ravin de la cote 147, et
par le 2e bataillon dans la région de ce ravin.
Les Allemands déferlent de tous
les bois en masses compactes et s’approchent jusqu’à 200 mètres des positions
de batteries qui tirent à mitraille sans arrêt.
Notre contre-attaque, survenant à point, se déclenche sur le flanc gauche ennemi. Sa violence, et plus encore l’énergie farouche dont les hommes font preuve, ébranlent l’adversaire. Non seulement notre contre-attaque enraye son avance, mais elle l’oblige immédiatement à reculer dans un inexprimable désordre, poursuivi par nos baïonnettes et par nos feux. Sur une profondeur de près de 3 kilomètres, les cadavres et les blessés de la division de landwehr saxonne qui vient d’attaquer, jonchent le terrain. Une cinquantaine de prisonniers restent entre nos mains. Les Allemands regagnent leur base de départ, notre première ligne est intégralement rétablie.
Deux mois plus tard, en citant à
l’ordre le 20e, le général SAVATIER dira que « le 26
septembre, deux bataillons eurent la gloire de faire reculer plus d'une brigade
ennemie et de transformer sa retraite en complète déroute ».
Au cours de cette action, le sous-lieutenant MALBREIL a été tué, les sous-lieutenants MUSSIGNY et CHABAL blessés.
La contre-offensive du 26
septembre marque la fin des opérations offensives dans le secteur de Perthes.
A partir de cette date, le front se stabilisera ; il y aura de chaudes alertes,
des tentatives d’attaque de la part de l’ennemi, mais dans l’ensemble, la
ligne ne bougera pas et l’on procédera à l’organisation solide des positions.
C’est à cette époque que prend
véritablement naissance ce réseau formidable de retranchements nécessités par
le caractère nouveau de la guerre. Progressivement, dans leur forme et dans
leur étendue, ces travaux seront poursuivis pendant plus de trois ans, exécutés
chaque nuit par plusieurs centaines de mille de travailleurs échelonnés de la
mer du Nord aux Vosges. Ils constitueront, par leur extrême développement, un
travail herculéen ; ils attesteront l’immensité de l’effort des armées en
présence.
L’origine en a été le trou de
tirailleur, relié ensuite aux trous voisins et par groupes. Creusés d’abord
pour tireurs couchés, ils ont été rapidement approfondis pour que le soldat
debout puisse s’y tenir à l'abri. Dès la tombée de la nuit, les occupants de
ces trous précaires laissent le fusil pour prendre la pelle et la pioche et,
inlassablement, se relayant pour mettre à profit le maximum des heures
d’obscurité, ils améliorent leur position : tranchées continues que protège un
mince réseau, boyaux étroits, abris légers, si légers que leur souvenir fait
sourire maintenant.
Aucun technicien n’a guidé le
premier travail. Le fantassin, exposé aux balles sournoises, à la mitraille des
obus, a immédiatement fait sienne cette besogne, construisant selon les
nécessités qu’il était mieux que quiconque à même de comprendre, et selon une
expérience qui grandit très vite.
Chaque nuit la masse silencieuse des travailleurs continuait l’œuvre de la nuit précédente.
Et l’obstination que les soldats du
20e mirent pendant des semaines à creuser dans le sol crayeux un
réseau aussi complet d’ouvrages judicieusement établis sous l’impulsion
méthodique du lieutenant-colonel MOLLANDIN, chef de corps dont l’énergie égalait la froide
bravoure et la tranquille assurance, fut aussi méritoire que la tenue qu’ils
montrèrent au feu.
Pour couvrir les travailleurs et
pour maintenir l’esprit offensif du régiment, d’incessantes patrouilles
parcourent chaque nuit le terrain, fouillent les bois entre nos tranchées et
celles de l’ennemi, et s’avancent au contact de ses lignes.
Le sergent HUMEAU,
qui s’est signalé au cours de la contre-attaque du 26 septembre, exécute une
patrouille hardie. Surpris au moment où il franchissait le réseau ennemi, il
est mortellement blessé. Les soldats qui l’accompagnent, et parmi eux les
soldats DUBOURG,
MEUNIER et
CHAUMONT
rapportent sous la fusillade son corps, après avoir rempli leur mission.
Dans la nuit du 3 au 4 novembre, la 7e compagnie s’installe sans coup férir à 600 mètres en avant de nos positions, dans un bois dénommé Bois des Allemands, qu’une hardie reconnaissance, exécutée par le sous-lieutenant NAZAT, qui en avait eu l’initiative, avait parcouru de jour à quelques dizaines de mètres des tranchées allemandes. Cette occupation, due à l’initiative même des exécutants, permit à toute la ligne de s’avancer au contact immédiat des ouvrages ennemis. Elle fut le point de départ des opérations offensives qui se déroulèrent pendant l’hiver 1914 -1915.
Toute l’œuvre du 20e pendant les mois d’octobre et de novembre se trouve résumée par la citation que lui décerna le colonel SAVATIER, commandant la 66e brigade.
En
modifiant aujourd’hui les conditions de relève du 2e secteur et en
apportant aux fatigues du 20e un allègement que les circonstances
n’avaient pas permis d’accorder jusqu’à ce jour, le colonel commandant la 66e
brigade tient à citer à l’ordre de ce régiment pour son héroïque garde des
tranchées de première ligne.
Depuis le 26 septembre, jour où
deux bataillons ont eut la gloire de faire reculer plus d’une brigade ennemie
et de transformer par leurs feux ajustés sa retraite en complète déroute, les 1er
et 3e bataillons ont occupé avec un effectif restreint toutes les
tranchées 10, 11, 12, 5, 6, 8, et comme aucune autre troupe n’était disponible,
ils ont demeuré stoïquement douze jours sans aucune relève, passant leurs
journées à recevoir avec la plus grande bravoure des marmites dans les
tranchées, les nuits à enterrer les nombreux cadavres allemands restés dans nos
lignes, à creuser sous le feu ennemi les retranchements et à les doubler de
fils de fer.
Le 6 octobre, la rentrée du 2e
bataillon (commandant ALLEHAUT)
dans le secteur permit enfin d’accorder aux défenseurs des deux centres de
résistance deux jours de repos à Laval pour quatre jours aux
tranchées. Mais comme chaque fois la relève dut se faire avant le jour, le
repos de la deuxième nuit était forcément écourté.
Malgré ces fatigues réelles, et qu’en bons Français les soldats du 20e ont supportées fièrement, ils surent creuser encore de nuit des kilomètres de tranchées et de boyaux ainsi que de nombreux refuges, puis, quand ils furent solidement établis sur une ligne, ils n’eurent qu’une préoccupation : refouler le service de sûreté ennemi et se rapprocher encore des tranchées allemandes que leurs patrouilles reconnaissaient sans cesse avec la plus grande activité. Ils eurent ainsi la constance de progresser jusqu’aux bois qui gênaient leur vue, puis, d’un bel élan, jusqu’au Bois des Allées (Allées NAZAT) et Bois des Allemands (Bois ASSEMAT) où ils se dressent aujourd’hui à 100 mètres des tranchées allemandes.
Le colonel commandant la brigade félicite le lieutenant-colonel MOLLANDIN de commander un si beau régiment et adresse à tous les officiers, sous-officiers et hommes qui le composent ses compliments les plus sincères. Il sait que je jour où il le demandera, les 100 mètres qui leur restent à parcourir jusqu’aux Allemands seront rapidement franchis par de tels soldats.
Côte 147, le
Le colonel Savatier, commandant la 66e
brigade.
Signé : Savatier.
Après la bataille de l’Yser,
le front s’est partout stabilisé ; la guerre de mouvement a vécu. Le haut
commandement veut sortir d’une situation indécise qui pourrait se prolonger et
songe à percer le front ennemi au centre, c’est-à-dire en Champagne.
Dans la deuxième quinzaine de décembre, la bataille se rallume dans la région
de Perthes. Elle prend une forme nouvelle : la guerre de
tranchées, terrible par les moyens qu’elle oppose, tant pour vaincre que pour
résister.
Le 20 décembre, comme le général
de brigade le prévoyait dans l’ordre précédent, les 100 mètres qui séparaient
nos positions des « Tranchées Grises » furent vite franchis. Le 1er
bataillon, sous le commandement de l’héroïque commandant HEBRARD parti en tête de son
unité au son de ses clairons dressés sous la mitraille et sonnant la charge,
vint briser l’élan de ses vagues contre les défenses laissées intactes par la
préparation d’artillerie, dans une courtine de lignes ennemies. Alignés le long
du réseau, les tirailleurs furent décimés à quelques mètres du but par le feu
croisé des mitrailleuses placées en flanquement de la courtine. Des sections
entières furent fauchées.
De ce bataillon qui, en
s’élançant de nos tranchées, savait qu’il marchait à la mort, on ne comptait le
soir venu qu’un seul officier et 150 survivants. Neuf officiers avaient été
tués dont le chef de bataillon et ses quatre commandants de compagnie
(capitaine MERCHERZ, lieutenants DHERS, MOREREAU, SOUQUE,
GUILLOT, SAUJON). Les pertes en hommes de troupe se chiffraient à
718.
Remise successivement au 21, puis
au 22, par suite de retards dans la préparation d’artillerie, l’attaque fut
reprise le 23 décembre par le 2e bataillon qui avait pour objectif
l’ouvrage dénommé « Tranchées Brunes », auquel le commandement
attachait une grande importance pour le développement des opérations. Cet
ouvrage en notre possession, c’était une partie des positions voisines qu’il
flanquait qui tombait à son tour. A l’heure fixée,
Sans dévier de leur axe, malgré le
barrage d’artillerie de campagne et des minen que l’ennemi avait déclenché, les
compagnies en vagues successives déferlèrent sur la position, chassant les
défenseurs allemands des tranchées où ils essayaient encore de résister et
poussèrent au delà de l’objectif assigné. Outre une vingtaine de prisonniers,
un important matériel, 6 mitrailleuses, un canon-revolver, un canon de
5m/m sous coupole blindée, un minenwerfer
figuraient parmi les prises.
L’ennemi tenta de furieux retours
offensifs qui tous furent enrayés par notre feu. Nos pertes étaient moyennes,
mais la plupart des officiers du 2e bataillon étaient hors de combat
: sous-lieutenants MARTINI, GAUTHIER, SEILHEAN,
NAZAT; le sous-lieutenant DECHE, commandant la 8e compagnie,
était tué.
Prononcée au début sur un front de compagnie, l’attaque victorieuse s’étendait le soir à plusieurs kilomètres de tranchées.
Ces deux dernières actions du régiment lui valurent d’être cité en ces termes à l’ordre de la brigade n° 10 du 25-12-1914 ;
Le colonel commandant la 66e brigade cite à l’ordre le 20e
régiment d'infanterie. Il adresse un hommage plein d’émotion aux braves du 1er bataillon, morts dans le plus bel élan
patriotique, sous la conduite de l’héroïque commandant HEBRARD.
Le 2e bataillon s’est illustré le 23 dans un assaut
magnifique qui arrachait des cris d’admiration aux chefs qui l’observaient de
leur poste de commandement. Honneur au commandant ALLEHAUT , à ses braves officiers, sous-officiers et soldats.
Signé : SAVATIER.
Quelques jours après, le 27, une
compagnie du 3e bataillon reçoit l’ordre d’enlever le Bois
Jaune, que l’ennemi tient encore sur notre droite et d’où il gêne nos
positions avancées. L’ouvrage est emporté. En une nuit, un boyau de 200 mètres
est creusé qui relie la nouvelle position aux anciennes tranchées.
A partir de ce jour, le régiment
n’a qu’une mission : maintenir les organisations conquises contre les
entreprises de l’ennemi et il s’y emploie bravement, notamment le 29, où le 3e
bataillon repousse une violente attaque de nuit déclenchée à
Toutes les positions confiées à
la garde du régiment sont maintenues intactes au cours des relèves successives
des bataillons qui alternent jusqu’au 20 janvier, jour où l’organisation du
secteur de la 33e division d’infanterie est à modifier ; le régiment
est relevé aux Tranchées Brunes.
Le 20e est alors
affecté au sous-secteur de gauche, limité à l’est par le boyau du Moulin
de Perthes, à l’ouest par le Bois I (Côte 200, Bois Triangulaire,
Bois en Equerre, 800 mètres est de 204). Le poste de commandement du
commandant du sous-secteur est au bois côte 181.
Le 3e bataillon,
cantonné à Laval, prend dans la nuit du 21 au 22 la place des
unités de la 34e division d’infanterie et du 207e
régiment d’infanterie qui tiennent les tranchées devant Perthes
et, la nuit suivante, le 1er bataillon, dont le chef de bataillon BONNAFONT
vient de prendre le commandement, relève dans la partie ouest du sous-secteur
le 59e régiment d’infanterie.
Le régiment n’y fait qu’un court
séjour et, le 29, il est mis au repos dans la zone Cabane et Puits,
Somme-Suippes, Bussy-le-Château. Chaque nuit, il fournit les
travailleurs pour les premières lignes.
Le 11février, à Somme-Suippes,
le régiment assiste à une soirée récréative donnée par la troupe théâtrale du
corps d’armée et dont le cours est soudainement troublé par un ordre de départ.
Les compagnies rentrent au cantonnement, s’équipent et, dans la nuit, montent en ligne en vertu d’un ordre de la 4e armée qui prescrit le 12 une opération d’ensemble dont le but, pour le 17e corps d’armée, est l’enlèvement, l’occupation et l’organisation de la ligne côte 170 (est du Bois Sabot-Trou-Bricot-Bois I88).
Dans l’intervalle la neige s’est mise
à tomber et lorsque le jour est venu, les observateurs d’artillerie ne peuvent
procéder à aucun réglage. Contre-ordre est donné. Le régiment revient à Somme-Suippes
et Bussy. Dans la nuit du 15 au 16, il quitte à nouveau ses
cantonnements et à la pointe du jour les unités occupent les places d’armes
assignées.
Le commandant VAGNON, du 207e,
remplace à la tête du 2e bataillon le commandant ALLEHAUT, nommé
précédemment chef d’état-major de la 33e division d’infanterie.
Dès
Dans le même moment, le 3e
bataillon enlève le Bois Rectangulaire dont la lisière se devine
à peine, tant il est haché par nos obus. Il est encore occupé par des
tirailleurs ennemis qui ne font aucune résistance et sont capturés. Au total, 3
officiers et une centaine de prisonniers.
Le 2e bataillon, en
réserve au début de l’action, est appelé à renforcer les compagnies du 1er
bataillon que des contre-attaques ont fortement éprouvées.
Celles-ci, au nombre de trois, la
première déclenchée vers
Le sous-lieutenant MERCADIER, bien
que n’ayant plus autour de lui qu’une vingtaine d’hommes, parvient à conserver
la tranchée enlevée par la 9e compagnie.
Le capitaine DUCHE, commandant la 12e
compagnie, est grièvement blessé. Les sous-lieutenants AURICES, DONNIZEAU,
LOUPIAC, TOURRON, DE CROZEFOND et HUBERT sont tués.
Les pertes s'élèvent à 650
hommes, dont une centaine de tués.
Ce jour, c’était Carnaval. On cite ce mot d’un vieux soldat facétieux, prononcé au début de l’attaque: « Il y aura des masques ce soir. »
La continuation de l’attaque par les 2e et 3e bataillons sur les tranchées nord du Bois Rectangulaire et du Bois 3a lieu le 17 février. Les débris du 1er bataillon, fortement éprouvé la veille, ayant été ralliés pendant la nuit à la côte 181.
Les tentatives répétées restent sans
résultats. Arrêtées par des défenses intactes à l’intérieur de ces bois, les
unités subissent de très lourdes pertes.
Sans arrêt, ces attaques sont
poursuivies quatre jours durant, dans le but de purger les tranchées reliant le
Bois Rectangulaire au Bois 3 de tous les Allemands
qui s’y accrochent désespérément.
Pendant ces dures journées, les
Gascons firent preuve d’une combativité que des efforts déployés sans arrêt et
des pertes considérables n’étaient pas parvenus à amoindrir.
Après une tentative infructueuse
dans l’après-midi du 21 février, une attaque de nuit exécutée à
Toutes les unités sont très
éprouvées. Pour cette période de quatre jours, il faut ajouter aux pertes
précédentes 42 morts et 115 blessés.
Relevés dans la nuit du 22, les 2e
et 3e bataillons rejoignent à Somme-Suippes les
éléments du 1er.
Le régiment se reforme, incorpore de nouveaux renforts.
Il en est à son 4.700e
hommes depuis le début de la campagne.
Subitement alertées le 26
février, 6 compagnies (2e bataillon, 9e et 10e
compagnies) relèvent les troupes de la 14e brigade dans le
sous-secteur de Perthes, mais le quittent quatre jours après,
pour rejoindre le régiment qui va cantonner à Bussy-le-Château.
Détente jusqu’au 8 mars, date à
laquelle le 20e remonte et s’installe au bivouac à Cabane-et-Puits.
De nouvelles opérations sont en
préparation.
Le 9 mars, le 20e
relève au nord de Perthes un régiment de la 13e
brigade et prend le dispositif qui lui a été fixé : 2e bataillon,
tranchées au sud-est en vue de l’attaque du Bois Carré, 3e
bataillon, tranchées entre le chemin Perthes-Tahure et le chemin
Perthes- Ravin de
1er bataillon, en réserve
à la carrière de Perthes.
Le 10 à
Cependant, deux sections de la 7e
et de la 8e réussissent à gagner le Bois Carré, mais
ne peuvent aller plus loin.
A droite, la 12e
compagnie, entraînée par le sous-lieutenant VIAUD, s’est jetée en avant, mais ne peut
atteindre son objectif. Dans le courant de la journée du 11, notre position est
améliorée par des coups de main ou par infiltration dans les boyaux. La 4e
Armée, dans la poursuite ininterrompue des opérations, cherche maintenant moins
à percer le front allemand en direction de Tahure que de
s’emparer de la ligne de hauteurs que tient l’ennemi, pour ensuite le rejeter
dans la vallée de
Une attaque d’ensemble de l’Armée
doit avoir lieu le 12 mars. Le 17e corps d’armée y participe. Appuyé
à l’est par l’action du 16e sur
Le dispositif et les objectifs du régiment restent les mêmes que pour l’attaque du 10.
La préparation, d’artillerie
s’exécute dans la matinée.
Vers la droite, devant la 11e
compagnie, les défenses du Ravin de
L’heure de l’assaut,
primitivement fixée à
La 11e compagnie, commandée par l'adjudant SAINTOURENS, nommé depuis sous-lieutenant, déclenche le mouvement.
Les 50 hommes qui la composent, entraînés par
leur chef dont les qualités de bravoure et de présence d’esprit assurent le
succès d'une manœuvre difficile, passent par les brèches faites devant le front
de la compagnie voisine et se rabattent ensuite entre les défenses non
détruites et les tranchées ennemies. A ce même moment, la 9e
compagnie se lance à l’assaut du Bois Triangulaire que l’ennemi
vient d’évacuer et que son artillerie arrose de projectiles.
Toujours entraînés par l’adjudant
SAINTOURENS,
les éléments de ces deux compagnies se ruent à l’assaut des tranchées du Bois
Violet où les Allemands se sont retirés. Surpris par la rapidité du
mouvement et par le mordant des assaillants, l’ennemi fléchit dans sa défense.
En quelques minutes, nos braves Gascons ont fait place nette, se sont emparés
de 350 mètres de tranchées et ont capturé 150 Allemands, dont 3 officiers.
L’attaque de gauche a moins bien
réussi.
A
Un peu plus tard, la 9e
compagnie et une section de la 12e, commandées par le sergent RODES, viennent
renforcer les éléments avancés qui continuent un combat opiniâtre. Exténués par
l’effort fourni sans relâche depuis trois jours, ces groupes dissociés voyant
leurs munitions s’épuiser tiennent cependant la tranchée enlevée jusqu’à la
tombée de la nuit. A ce moment, les Allemands contre-attaquent à la grenade
avec une grande violence.
Assaillis à coups de grenades et
n’en ayant pas pour riposter, submergés de tous cotés, nos hommes doivent céder
peu à peu le terrain conquis. A
Relevé le 14 par le 103e,
retiré de la bataille, le régiment est dirigé le 15 mars sur Bussy-le-Château.
C’est ce jour-là que ceux qui descendent boueux , mais glorieux, ouvrent leurs
rangs décimés à des camarades dont la nouvelle tenue bleue semble découvrir un
horizon de jours meilleurs.
Effectivement, à la fin du mois
de mars, après un séjour en secteur, au nord de Perthes, du 20 au
26, la 33e division d'infanterie quittait définitivement la région
de Champagne.
Une des grandes phases de la campagne du 20e prenait fin. Elle était digne d'inspirer un poète soldat, et le sergent GUERRY en a marqué le souvenir dans ces vers :
Perthes ou Le Mesnil, Beauséjour, Les Hurlus
!
Ces noms, dans les journaux, qui donc ne les
a lus ?
Dans notre régiment,
hélas ! qui ne tressaille
Se rappelant d’antan l’héroïque bataille.
O Champagne pouilleuse ! As-tu compté tous
ceux
Qui sont morts bravement sur les tertres
crayeux ?
Il n’est pas un sapin, il n’est pas une pierre
Qui ne réclamera demain une prière,
Car il n’est sûrement de ton sol pas un pas
Qui ne fut le témoin de quelque obscur
trépas.
Et ce coin de Champagne, et triste, et
solitaire,
N’est plus en ce moment qu’un immense suaire.
Ce plateau devant nous, tel un Antre en
hiver,
Tant il a l’air de loin de neige recouvert,
Pourrait avec le sang qui coulait au soleil,
Au lieu d’un tertre blanc, être un tertre
vermeil !
Le 20e quitte Somme-Suippes,
le 1er avril et par Auve, Saint-Mard, Noirlieu,
Pretz-en-Argonne, gagne en six étapes Rambluzin, où il
demeure en réserve prêt à intervenir dans les opérations qui se déroulent aux Eparges
et dans les Hauts-de-Meuse.
Le régiment n’est pas engagé et
est ramené à proximité de Bar-le-Duc (Rozières et Naives).
Le 22 avril, il est embarqué en
chemin de fer à Mussey et dirigé dans la région sud d’Amiens.
Il débarque à Ailly-sur-Noye et Moreuil et, après
huit jours de repos dans les cantonnements de Mailly-Raineval (2e
bataillon), Sauvillers (3e bataillon), Louverchy
(1er bataillon), le 20e est de nouveau dirigé par
voie ferrée sur Saint-Pol et va cantonner à Grand-Bullecourt
qu’il quitte le 5 mai pour se rendre à Habarcq.
Dans ce dernier cantonnement, le
régiment procède aux opérations préparatoires de l’offensive générale de la 10e
Armée au nord d’Arras, à laquelle il doit participer.
La 66e brigade, placée
en avant de la ligne Ecurie-Roclincourt, a pour objectifs
successifs deux lignes de tranchées à cheval sur la route de Lille,
puis, si la conquête en est faite, doit poursuivre son attaque sur
Les deux régiments de la brigade
doivent s'engager successivement dans l’ordre 11e - 20e.
Ce dernier occupe, le 9 mai, à
2e bataillon à l’ouest
de la route de Lille, dans le petit collecteur.
1er bataillon à l’est
de la route de Lille, dans le grand collecteur.
3e bataillon dans l’abri du Mouton et grand collecteur ouest.
En passant à Anzin-Saint-Aubin,
les hommes ont déposé les havresacs. Ils ne portent en sautoir que la
couverture roulée dans la toile de tente.
En raison du rapprochement des
premières lignes adverses la préparation d’artillerie ne peut se faire que sur
la deuxième ligne ennemie.
A
L’ennemi alerté riposte furieusement. Les bataillons suivants ne peuvent déboucher.
A gauche, l’attaque du 26e
(20e corps d'armée) a également avorté. Reprise à
Les difficultés d’attaquer de
front une position aussi formidablement organisée que
Un nouvel ordre d’attaque parvient
le 15 mai. Il rappelle que l’objectif définitif est
A l7 h. 05, au moment même où
commence le tir d’efficacité de nos batteries, l’artillerie allemande
déclenche un barrage d’une violence inouïe sur les places d’armes occupées par
le 1er bataillon qui doit déboucher quelques minutes après. Dès
l’apparition des premiers casques au sommet des échelles de franchissement, les
mitrailleuses ennemies arrosent les tranchées. L’attaque ne peut déboucher.
Un deuxième assaut, ordonné pour
Une attaque de nuit avec les mêmes éléments, en cours de préparation, est contremandée par ordre de l’Armée.
Les opérations offensives sont arrêtées le 16 mai. Les troupes s’emploient immédiatement à réparer les dégâts causés par les bombardements auxquels nos positions ont été soumises pendant une semaine.
Dans cette période, le régiment vient de
perdre 250 hommes, dont 70 tués.
.
Le 21 mai, le régiment relève au sud-est d’Arras dans le secteur Agny-Achicourt, le 25e régiment d’infanterie, du 10e corps d’armée. Ce secteur se divise en deux quartiers :
Quartier d'Achicourt, 2e bataillon ,
Quartier Ronville, 3e bataillon.
Le 1er bataillon en
réserve à Achicourt.
Le lieutenant-colonel VERLEY , nommé sous-chef d’état-major du corps d’armée, est remplacé le 25 mai par le lieutenant-colonel MARTINET.
Le capitaine MONTAURIOL prend le commandement du 1er bataillon.
Le 11 juin, sur la partie du Chemin
de Bucquoy parallèle à la voie ferrée, le colonel MARTINET remet
pour la première fois
La disposition des unités se
trouvant modifiée dans le front tenu par la 33e division
d’infanterie, le régiment appuie vers la gauche et relève, le 12 juillet, le 11e
dans les quartiers de Ronville, Saint-Sauveur, Blangy,
où les deux régiments alternent par période de huit jours.
Le 20e au repos à Arras, Dainville et Simencourt, puis ultérieurement, à Fosseux et Barly. Le bataillon stationné à Arras fournit des travailleurs. Les deux autres sont à l’instruction.
A partir du 14 septembre, le front défensif d’Arras se transforme en front offensif. Sur la partie comprise entre la route de Bapaume et le chemin de Neuville-Vitasse, deux parallèles sont creusées par le régiment à 175 mètres en avant de notre ligne avancée. L’ennemi est inquiet des travaux dont il constate les progrès chaque matin. Son artillerie réagit fortement. Malgré la gêne qui en résulte et les pertes éprouvées, les travailleurs, couverts par des patrouilles qui se glissent dans la nuit jusqu’aux lignes allemandes, font preuve d’entrain et de froide résolution.
La 10e Armée doit prendre
l’offensive, le 25 septembre, pour enlever au commandement allemand la
possibilité de retirer des troupes dans le secteur d’Artois et les amener sur
le front de Champagne, où, le même jour, l’armée française déclenche une
puissante attaque.
La zone de la division
d’infanterie est comprise entre
Le 25 à
2e bataillon face à Beaurains,
à cheval sur la route de Bapaume (5eet 8e
compagnies en première ligne, 7e et 6e compagnies en
deuxième ligne) ;
3e bataillon, à droite
du précédent ;
1er bataillon, en
réserve, à la disposition du commandant de la brigade.
L’action du régiment doit être
liée au nord à celle du 11e sur
Attaque de la 5e
Compagnie.
A
Le commandant VAGNON,
debout sur le parapet, au centre de son bataillon, canne à la main, pipe à la
bouche, électrise ses hommes par sa calme attitude.
Le peloton du sous-lieutenant ROLLAND, en deux
vagues, bondit d’un seul trait jusqu’à la première tranchée, en partie détruite
par l’explosion, mais ne peut réaliser la liaison avec le 11e dont
on n’aperçoit aucun élément. Le peloton progresse en repoussant les Allemands à
la grenade.
A droite, le peloton de
l’adjudant-chef MERLATEAU,
conduit par le capitaine PHALIP,
atteint la première tranchée, puis
Depuis un quart d’heure, des
mitrailleuses ennemies sont entrées en action vers le talus qui limite les Vergers
de Beaurains. Elles balayent la tranchée conquise et tout
le glacis qui s’étend en avant de cette tranchée.
Le capitaine PHALIP, blessé une première fois à la cuisse, maintient ses hommes sur place par son énergie et l’exemple qu’il donne ; il est blessé un nouvelle fois et tombe pour ne plus se relever. L’adjudant-chef MERLATEAU est également blessé : son peloton souffre beaucoup.
Attaque de la 8e Compagnie