HISTORIQUE

Du

6ème BATAILLON ALPIN DE CHASSEURS A PIED

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Vers 1914 et 1915

 

 

 

 

1916

 

 

                  Du 25 novembre 1915 au 6 janvier 1916, le 6ème groupe alpin se complète en matériel ; il exécute avec l’artillerie et les compagnies de débarquement des cuirassés des exercices et manœuvres combinés, sous les ordres du chef de bataillon commandant le groupe. Durant cette période, les chasseurs sont vaccinés contre le choléra.

                  Le 7 janvier, le groupe reçoit l’ordre de se tenir prêt à partir pour une destination inconnue ; et le lendemain il commence son embarquement, procédant d’abord à la mise en place des animaux et du matériel, qu’il faut répartir sur les croiseurs Edgard-Quinet, Waldeck-Rousseau, Ernest-Renan et Jules-Ferry.

                  Le personnel embarque le 9 janvier, à 4 heures du matin ; le groupe quitte la caserne Farré et le camp Ouest en quatre fractions constituées, une pour chaque croiseur. Le premier détachement, sous les ordres du comandant Melle-Desjardins, à bord de l’Edgard-Quinet comprend l’état-major du groupe, un peloton de la 3ème compagnie, la moitié de la S.H.R. et une demi batterie.

                  Le deuxième détachement, à bord de l’Ernest-Pérochon, sous les ordres du capitaine adjudant major Thévenot, comprend la moitié de l’état-major du bataillon, de la S.H.R., les 1ère et 4ème compagnies, une section de mitrailleuses et une demi batterie.

                  Le troisième détachement, sous les ordres du capitaine Ancé, à bord du Jules-Ferry, comprend la 6ème compagnie et un détachement de la batterie.

                  Le quatrième détachement, sous les ordres du capitaine Barthélemy, à bord du Waldeck-Rousseau, comprend les 2ème et 5ème compagnies, une section de mitrailleuses et les conducteurs du train régimentaire.

                  L’embarquement commence à 6 heures du matin, sur le quai de Bizerte, les troupes sont transportées sur des chalands, à bord des croiseurs, qui sont au mouillage dans le lac de Bizerte. L’embarquement s’effectue rapidement et dans de bonnes conditions. Il est terminé à 8 heures.

                  A 10 h 20, l’Edgard-Quinet quitte le port de Bizerte, suivi à une heure d’intervalle par chacun des autres croiseurs de la division.

                  Le 10 janvier, à 16 heures, le torpilleur Arbalète et le croiseur Lavoisier rejoignent l’Edgard-Quinet. Des plus leur sont remis par l’amiral commandant la division et ils s’éloignent dans une direction inconnue. A 17 heures, on arrive en vue de la terre. A 21 heures, la division légère arrive en vue de l’île de Corfou, tous feux éteints.

 

 

 

CORFOU

 

                  L’île de Corfou jouit d’un climat très doux, rappelant celui de la Côte d’Azur ; l’hiver y est presque inconnu. La partie nord est très accidentée. De tous les points de l’île on aperçoit le plateau aride du Panthokrator, qui est le sommet le plus élevé de l’île ; elle produit en abondance du vin, des oranges et autres fruits, ainsi que du maïs.

                  La ville de Corfou, qui compte près de 20 000 habitants, est plutôt sale, les rues sont étroites et tortueuses, seule la promenade de l’Esplanade est bien tenue.

                  A 4 kilomètres au sud de la ville, dans un site charmant, se trouve le village de Gastouri, sur le territoire duquel est construit l’Achillcon.

                  Le 11 janvier, vers 2 h 30, les croiseurs jettent l’ancre dans la rade de Corfou. A bord, le groupe alpin est depuis une heure sous les armes, tout est prêt pour que le débarquement s’effectue rapidement.

                  A 2 h 45, le chef de bataillon commandant le groupe, le lieutenant de vaisseau Avis et l’aspirant Samson, de l’Edgard-Quinet, prennent place dans la première chaloupe avec un petit détachement de matelots. Sur le quai, le chef de bataillon trouve les consuls des nations alliées, qui le mettent au courant de la situation dans l’île.

                  Le commandant fait immédiatement procéder à l’arrestation des espions et personnages suspects, dont le chef de l’espionnage allemand Rhomboer, qui sont gardés à vue, en attendant d’être envoyés sur un croiseur.

                  A 3 h 15, le débarquement du groupe commence. Aussitôt à terre, les divers détachements partent exécuter les missions qui leur ont été confiées.

                  Le chef de bataillon, estimant que l’occupation de l’Achillcon, résidence de l’empereur d’Allemagne, doit se faire sans tarder, forme un petit groupe, sous le commandement du lieutenant de vaisseau Avis et de l’aspirant Samson, composé de sapeurs, de matelots torpilleurs et mineurs, munis d’explosifs et d’engins de destruction, et les fait partir en auto.

                  A 3 h 30, les bureaux des postes et télégraphes sont occupés, ainsi que les consulats allemands et autrichiens, qui sont gardés par des chasseurs placés aux issues.

                  Un détachement de la 3ème compagnie empêche toute personne de sortir de la ville.

                  La caserne de la citadelle, reliée à la ville par un pont qui a été occupé dès l’arrivée, se trouve complètement isolée ; aussi grande est la surprise des soldats grecs, qui logent presque tous en ville, quand, voulant regagner leur caserne, ils en sont empêchés par les chasseurs, qui croisent la baïonnette et ne laissent passer personne.

                  A 8 h 30, les autorités civiles font une première protestation ; le préfet des îles Ioniennes arrive sur la place du Port et demande à parler au commandant des troupes françaises débarquées ; le chef de la police grecque l’accompagne. Ils sont conduits au chef de bataillon. Aussitôt en présence, le préfet exprime sont étonnement d’un débarquement des troupes françaises sur une île grecque, et proteste énergiquement contre un pareil acte de la part de la France, en violation, dit-il, de la foi des traités et de la déclaration de neutralité de la nation grecque ; il renouvelle par deux fois sa protestation.

                  Le commandant lui répond courtoisement qu’il prend acte de ses déclarations et ajoute : « qu’ayant reçu une mission à remplir, il l’exécute ». Sur cette réponse, le préfet s’incline et se retire.

                  Le débarquement continue dans les meilleures conditions.

                  A 4 heures, tout le groupe est à terre ; le débarquement des vivres, des voitures et du matériel se poursuit très rapidement. Un détachement de la 5ème compagnie part occuper le poste de T.S.F. de Sidari. La ville de Corfou est calme, quelques curieux commencent à venir regarder le débarquement.

                  A 8 h 30, le capitaine adjoint au commandant des troupes grecques, en garnison à Corfou, se présent au commandant Melle-Desjardins et lui remet une protestation écrite de son chef. L commandant la prend et lui en donne reçu.

                  A 9 heures, la population ne montrant aucune mauvaise disposition à notre égard, le commandant fait exécuter par la fanfare l’ »Hymne grec », puis la « Marseillaise », qui sont acclamés par la foule de curieux ; il fait ensuite jouer la « Sidi Brahim ».

                  A 10 h 30, le débarquement est complètement terminé. Dans la journée, le commandant grec des troupes de la place, autorise les troupes françaises à cantonner au Fort Neuf. Des postes sont installés dans les différents points de la ville.

                  En face de Corfou, l’île de Vido est occupée par une demi section et une pièce d’artillerie ; cette demi section est relevée le 16 janvier par la 3ème compagnie, qui commence l’installation des camps destinés à recevoir les soldats serbes.

                  L’armée serbe, ramenée sur les vaisseaux des marines alliées, sera reconstituée et réorganisées par le 6ème groupe alpin, dans l’île de Corfou.

                  Le 18 janvier, par ordre ministériel, le groupe alpin cesse d’appartenir à l’armée navale et passe sous les ordres du général de Mondésir, chef de la mission militaire française après de l’armée serbe, dont le représentant actuel à Corfou est le lieutenant colonel Broussaud.

                  La population civile et militaire, très impressionnée par la tenue et la discipline des chasseurs, se montre absolument neutre et ne témoigne pas la moindre marque de sympathie.

                  A partir du 20 janvier, les débris de l’armée serbe arrivent chaque jour, jusqu’au 31 janvier.

                  L’état d’épuisement et de misère des malheureux soldats serbes est extrême… Ils n’ont sur le dos que des loques, sont rongés de vermine et n’ont pas mangé d’aliments dignes de ce nom depuis plusieurs semaines. Aussi le typhus et le choléra font-ils parmi eux de terribles ravages ; les chasseurs les aident de leur mieux. Un médecin-major du Waldeck-Rousseau et le médecin auxiliaire Duvacher, du 6ème bataillon, font preuve d’un dévouement inlassable.

                  L’île de Vido, fut choisie pour l’isolement des malades dysentériques, les malheureux Serbes ont à peine la force de débarquer ; quelques-uns tombent à terre et doivent être transportés sur brancard. La plupart sont muets, squelettiques, courbés sous le poids de leur défaite et des fatigues sans nom qu’ils ont endurées, vêtus de lambeaux de capotes kaki, les pieds plus souvent entourés de morceaux de toile que de chaussures.

                  Tout ce monde se répand en désordre autour du débarcadère. Détail particulier, même ceux qui peuvent à peine se traîner, conservent leurs fusils, dont ils se servent comme d’un bâton de soutien.

                  Les brancardiers serbes, aidés des chasseurs du bataillon, transportent tous ces malheureux dans les locaux disponibles. Les officiers du bataillon font rassembler avec peine les soldats serbes pour les conduire aux deux camps : l’un au promontoire nord de l’île, l’autre dans un vallonnement à l’est. Là, ils reçoivent des toiles de tentes fournies par le bataillon et montent leurs entes individuelles.

                  La dysenterie, le manque de nourriture et la fraîcheur des nuits de janvier sèment la mort dans ces camps. Vers le 23 janvier il en mourait quarante par jour ; à la fin du mois, ce chiffre était monté à cent cinquante.

                  Mais de nouveaux soldats serbes, arrivant des côtes d’Albanie, comblèrent rapidement les vides ; l’île de Vido en contint jusqu’à 7 000 dans ses camps.

                  Misérable aspect que celui de ces camps, où les soldats serbes cherchaient à réchauffer leurs membres rigides, en allumant des feux qu’ils entretenaient sans cesse, même par les jours ensoleillés et brûlants.

                  Pour calmer leur soif, on en vit plus d’un déterrer l’herbe des talus et la manger avidement. Le seul puits de l’île était l’objet d’un siège en règle, qui nécessitait la présence d’un poste de chasseurs. Sur les rares plages, on rencontrait ces malheureux, accroupis, creusant avec leurs mains, non loin de la ligne des vagues des sortes de puisards dans lesquels l’eau de mer arrivait filtrée par le sable ; ils la buvaient au fur et à mesure. Pour apaiser leur faim, ils allaient jusqu’à essayer de déterrer les trous à ordures de la compagnie de chasseurs, pour y chercher quelque nourriture.

                  Dans la mesure du possible, on plaçait à part les plus fatigués, dans les rares bâtiments de Vido, à l’infirmerie, où l’on pansait les ulcères qui couvraient souvent tout le corps de ces malheureux. Nombreux étaient ceux qui marchaient sur plusieurs grosses ampoules suppurées, développées sous la plante des pieds.

                  Dans le coin des dysentériques graves, groupés sur un peu de paille, dans les étroits locaux existants, ils étaient environ 800, étendus les uns à côté des autres, dans un tel état d’émaciation et d’affaiblissement, qu’il fallait souvent les secouer avec force pour distinguer les moribonds de ceux qui étaient déjà morts.

                  Pour ces malades, et pour les quelques milliers des camps, la compagnie du 6ème dut s’ingénier à utiliser le riz fourni par l’intendance en assez grande quantité. Avec des moyens de fortune, un minimum de nourriture saine fut ainsi assuré aux Serbes de l’île de Vido, en attendant l’arrivée de la mission française.

                  La compagnie du 6ème aidait les quelques brancardiers serbes à recruter dans les camps, dans leur travail qui consistait à transporter et à enterrer les morts dans d’immenses fosses que l’on creusait au sud de l’île. Mais une épidémie de choléra s’étant déclarée peu après l’arrivée de la mission française, le chiffre journalier des morts s’éleva jusqu’à 200. L’inhumation de tant de cadavres devenant impossible, un navire-hôpital français, le Saint François d’Assises, fut chargé d’aller les immerger au large du canal d’Otrante.

                  Tel fut à peu près le travail des premiers jours à Vido, c’est-à-dire du 17 au 31 janvier, date à laquelle la mission française commença à fournir le personnel et le matériel nécessaire.

                  La mission française arrive fin janvier. Les chasseurs aident au transport des médicaments et du matériel. Des baraques en bois à double épaisseur, du modèle « Adrian », des tentes « Bessonneau » s’élèvent un peu partout, grâce à l’activité des chasseurs et permettent d’aliter les malades serbes et de les soigner dans de bonnes conditions. Avant de les y admettre, on les fait passer à un service de douches et on leur distribue du linge de corps neuf. Des médecins de la mission française, de la marine, des médecins serbes, donnent leurs soins aux malades sous la direction d’un médecin-chef français.

                  Tandis que Vido était choisie dès le début comme lieu d’isolement pour la masse des malades serbes, le Lazaret (îlot situé au nord de Vido) ne fut utilisé qu’au début de février par la mission française pour y faire passer aux douches et habiller à neuf la majeure partie de l’armée serbe bien portante. Quelques marins étaient affectés au fonctionnement de l’étuve humide. Des chasseurs étaient préposés à la police générale, à la distribution du linge propre et des vêtements neufs. Le médecin auxiliaire du 6ème bataillon, docteur Duvacher, surveillait l’ensemble.

                  Il passait de 500 à 1 000 hommes par jours, habillés en bleu horizon ou en kaki, qui étaient ensuite dirigés par bateaux, vers les différents camps préparés dans l’île de Corfou.

                  Vers le 10 février, le Lazaret changea d’utilisation et fut affecté aux contagieux graves.

                  Lorsqu’au début de février, le prince Alexandre de Serbie vint pour visiter l’installation sanitaire de Vido, il trouva admirablement organisée.

                  Tout le monde s’ingéniait pour rendre aux Serbes leur séjour agréable ; le commandant Melle-Desjardins envoya plusieurs fois la fanfare du bataillon jouer devant l’habitation des officiers et au milieu des camps ; initiative très appréciée de ces mélomanes qui eux-mêmes, jouaient des airs mélancoliques de leur patrie, le visage tourné vers le nord, du côté de la Serbie envahie. On vit plusieurs fois, au moment où la fanfare jouait l’Hymne Serbe », des moribonds se redresser su leur couche, et trouver encore la force de saluer pour ensuite retomber épuisés ou morts.

                  Le 4 février, la 1ère compagnie est détachée dans la partie sud de l’île de Corfou, pour préparer des camps destinés à recevoir trois divisions serbes. Le 6 février, le prince Alexandre de Serbie arrive à Corfou ; les honneurs lui sont rendus par les 3ème, 6ème compagnies et la fanfare.

                  Le 24 février, les unités qu ne sont pas de service auprès des malades, sont passées en revue, sur l’Esplanade de Corfou, par le général de Mondésir, qui remet la médaille militaire au chasseur Cabane, avec la citation suivante :

 

                  « Chasseur extrêmement brillant au feu. Au combat du 8 septembre 1914, blessé au cours d’une contre-attaque de quatre coups de baïonnette et d’une balle, est resté pendant trente-six heures sur le terrain occupé par l’ennemi ; a simulé le mort pour ne pas être fait prisonnier et, grâce à une ruse, a traversé les lignes allemandes, pour venir retrouver ses camarades. A été blessé une deuxième fois, le 3 juin 1915, et a demandé instamment à revenir sur le front pour la troisième fois. »

 

 

                  Durant le mois de mars, et au fur et à mesure de la remise en état des troupes serbes, les unités du 6ème bataillon qui deviennent disponibles, assurent le service de place de la garnison.

                  Les dissidents Bosniaques et Herzégoviniens de l’armée serbe sont réunis à Govino, par les soins du bataillon, sur l’ordre de la mission militaire française ; le capitaine Barthélemy en forme un bataillon dont il fait l’instruction.

                  Le 10 avril, le 10ème bataillon territorial de zouaves arrive à Corfou, pour remplacer le 6ème bataillon de chasseurs, qui doit rentrer en France.

                  Le 24 avril, le ministère de la guerre de Serbie envoie au général de Mondésir la lettre suivante :

                  « Je viens d’être informé que le 6ème bataillon de chasseurs alpins partira prochainement de Corfou et qu’il se séparera de l’armée serbe, à laquelle il a été attaché voilà bientôt trois mois.

                  « Cette séparation est un moment plein d’émotion pour chaque soldat serbe. Les chasseurs ont en effet, pendant leur séjour à Corfou, gagné les cœurs des soldats serbes et de leurs chefs, par leur dévouement inlassable envers leurs camarades serbes, et ceux-ci ne pourraient assez exprimer leurs sentiments de reconnaissance et d’amour pour leurs braves camarades français, car le 6ème bataillon de chasseurs, digne représentant de la belle et courageuse armée française, notre grande alliée, accueille les soldats serbes au moment de leurs plus cruelles souffrances, provenant de longs combats acharnés, contre un ennemi trois fois supérieur en nombre, et de cette dure retraite, pendant laquelle ils mourraient de faim.

                  « Les chasseurs ont transporté dans leurs bras les soldats serbes épuisés et mourants, sans se préoccuper nullement de ce qu’un grand nombre de ces derniers étaient atteints de maladies contagieuses et des plus graves. Ils leur portaient leurs équipements et leur donnaient la plus grande partie de leur pain.

                  « Dans les rangs de l’armée serbe, on raconte des anecdotes touchantes, sur la générosité du soldat français. Les chasseurs ont en un mot accueilli les soldats serbes, non seulement comme alliés, mais comme de véritables frères.

                  « Au nom de l’armée serbe, j’ai l’honneur d’exprimer sa reconnaissance sincère à MM les officiers, sous-officiers et chasseurs du 6ème bataillon, en vous priant de vouloir bien le leur transmettre.

                  « Si vous voulez bien me communiquer à temps l’heure du départ du bataillon, j’irai au devant du désir de notre armée et je permettrai à une section d’infanterie et d’artillerie et à un peloton de cavalerie, de venir les saluer au départ, afin que les soldats serbes puissent serrer la main de leurs camarades français en se séparant d’eux.

                  « Afin de donner un signe visible de reconnaissance de l’armée serbe, je vous prie, mon Général, de vouloir bien me transmettre en aussi grand nombre que possible, les noms de MM les officiers, sous-officiers et chasseurs du 6ème bataillon qui se sont distingués pendant ces trois mois dans l’accomplissement de leur devoir si difficile, et j’aurai l’honneur de les proposer à Son Altesse royale le Prince héritier, pour être décoré.

                                                                                 « Pour le ministre de la guerre,

                                                                                 « Le colonel d’état-major,

                                                                                                   « Signé : FERVITCH »

 

                  Le 28 avril, les zouaves relèvent les 2ème et 3ème compagnies et les sections de mitrailleuses qui sont à Govino et Moraïtika, afin de leur permettre de rentrer à Corfou pour le rassemblement du bataillon, qui est entièrement effectué le 29 avril.

                  Le 1er mai, le prince Alexandre de Serbie passe ne revue le 6ème groupe alpin sur l’Esplanade de Corfou ; il remercie le 6ème bataillon du concours qu’il a prêté à l’armée serbe et décore plusieurs officiers, sous-officiers, caporaux et chasseurs.

                  Le 13 mai, le groupe alpin est dissous ; la 46ème batterie reste à Corfou et le 6ème bataillon embarque à bord du croiseur auxiliaire La Savoie, pour rentrer en France.

                  Durant les journées des 14, 15 et 16 mai, voyage de Corfou à Marseille par le détroit de Messine et les bouches du Bonifacio.

                  Le 18 mai, le bataillon débarque au Frioul, où il reste en observation.

                  Le 19 mai, le commandant Melle-Desjardins, promu lieutenant-colonel, pendant le séjour du bataillon à Corfou, fait ses adieux au bataillon, pour aller prendre le commandement du 6ème régiment d’infanterie ; il fait paraître l’ordre suivant :

 

                  ORDRE DU BATAILLON N° 215

 

                  « Officiers, Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs du 6ème bataillon alpin,

 

                  « Désigné pour le 6ème régiment d’infanterie, par décision du général en chef, je quitte aujourd’hui le commandement du bataillon.

                  « Pendant une année entière, j’ai eu l’honneur d’être à votre tête, partageant vos bonnes et mauvaises fortunes et appréciant hautement vos brillantes qualités militaires, votre dévouement inlassable, votre allant et votre énergie hors de pair.

                  « C’est avec orgueil que j’ai constaté récemment qu’au grand quartier général votre réputation est faite. Nos chefs les plus éminents y considèrent le bataillon comme un des meilleurs corps de troupe de l’armée française.

                  « Cette réputation justement méritée, vous tiendrez à honneur de la maintenir.

                  « Le colosse allemand est maintenant ébranlé, et le jour n’est plus éloigné où une dernière et vigoureuse poussée fera sonner pour lui l’heure de la débâcle finale.

                  « Ce jour-là, tapez dur, mes amis, qu’aucune considération ne vous retienne et que le 6ème bataillon soit un des premiers à rejeter au-delà du Rhin l’infâme envahisseur.

                  « Le pays peut compter sur vous !

 

                                    Chasseurs du 6ème bataillon,

                  « C’est avec un profond chagrin que je vous quitte. Soyez convaincus que je ne saurais vous oublier et que ne cesserai de m’intéresser à vous et de vous suivre dans votre carrière.

                  « Au revoir, mes amis, je vous souhaite tous bonne chance et je vous demande de crier tous avec moi :

                  « Vivent les chasseurs,

                  « Vive la France immortelle !...

                  « Marseille, le 18 mai 1916.

                                                                                 « Le lieutenant-colonel commandant le 6ème B.C.A.

                                                                                                   « Signé : MELLE-DESJARDINS »

 

 

                  Ce même jour, le capitaine adjudant major Thévenot prend le commandement du bataillon.

                  Le 21 mai, le commandant Beauser vient prendre le commandement du 6ème bataillon.

 

                  ORDRE DU BATAILLON N° 216

 

                  « Officiers, Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs,

                  « Appelé à l’honneur de commander le 6ème bataillon de chasseurs, je retrouve avec plaisir ce corps dans lequel j’ai servi en temps de paix, pendant sept ans, et avec lequel j’ai fait la campagne de Lorraine, en 1914.

                  « Pendant que le bataillon était loin du front pour une mission spéciale, de mon côté, j’étais maintenu aussi loin du front pour blessures.

                  « Le bataillon va repartir, c’est une nouvelle guerre qui commence pour lui. Je suis sûr qu’il saura conserver son ancienne réputation, d’être pour tous, le plus beau bataillon de chasseurs et, pour les ennemis, le plus terrible des « diables bleus ».

                  A Marseille, le 21 mai 1916.

                                                                                 « Le chef de bataillon commandant le 6ème B.C.A.

                                                                                                   « Signé : BEAUSER »

 

 

                  Le 25 mai, le bataillon est dirigé du Frioul sur Marseille, où il embarque le lendemain matin en chemin de fer, à destination de Nice et rejoint son dépôt pour se réorganiser.

 

 

 

VOSGES

 

                  Le 12 juin, le 6ème bataillon embarque à Nice, à destination de Laveline-devant-Bruyères (Vosges), où il arrive le 14 juin, et va cantonner dans la région de Corcieux.

                  Le 15 juin, il vient de Corcieux à Clefcy et passe sous les ordres du général Gratier, commandant la 40ème D.I. ; il est affecté à la 8ème brigade de chasseurs, commandée par le lieutenant-colonel Petit.

                  Pendant trois jours, le bataillon cantonne dans la région de Clefcy. Le 19 juin il fait mouvement vers le Lingekopf, où il doit relever le 13ème B.C.A. et des unités du 1er bataillon territorial de chasseurs alpins. La relève s’effectue sans incidents, pendant les nuits des 21 et 22 juin.

                  Le 23 juin, tout le 6ème bataillon est en ligne et occupe le secteur Linge-Schratz ; du 23 juin au 16 juillet, le bataillon organise ce secteur ; l’ennemi est calme, les bombardements qu’il déclanche à certaines heures, ne sont faits que dans le but de détruire ou de gêner les travaux.

                  Dans la nuit du 15 au 16 juillet, commence la relève du 6ème bataillon par le 305ème régiment d’infanterie ; elle ne sera terminée que la nuit suivante.

                  A cette date, la 8ème brigade de chasseurs, dont fait partie le 6ème bataillon, passe de la 46ème à la 63ème D.I.

                  Le bataillon fait étape sur Clefcy, où il reste trois jours.

                  Le 27 juillet, il quitte la 8ème brigade et passe à la 6ème, sous les ordres du colonel Messimy. Il continue par étapes jusqu’à Archettes, où il reste du 30 juillet au 14 août.

                  Le colonel Messimy fait alors paraître un Ordre de brigade :

 

                  ORDRE DE LA BRIGADE N° 1

 

                  « Officiers, Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs des 6ème, 27ème et 28ème bataillons,

 

                  « Pendant de longs mois, vous avez assuré la défense du coin de terre que les troupes d’Alsace ont reconquises. Vous l’avez fait au prix de sacrifices héroïques, vous y avez conquis un tel lustre que votre nom est aujourd’hui, aussi bien chez les Alliés que chez nos ennemis, synonyme d’endurance, de courage et de haine de l’Allemand.

                  « Une tâche plus grande, plus lourde, plus glorieuse, nous attend ; avec nos camarades des autres bataillons nous sommes au début de cette troisième année de guerre, qui doit être la dernière, appelés à la bataille qui boutera l’ennemi hors de France.

                  « Instruits par l’expérience, mûris par les dangers et les épreuves, nous nous donnerons tout entiers et sans réserve pour remporter les succès qui nous apporteront une paix féconde et glorieuse.

                  « Nommé par décision du 22 juillet, au commandement de la 6ème brigade de chasseurs, je vous exprime à tous, mes chers camarades, la rude et profonde joie que j’éprouve à me retrouver au milieu de vous, la fierté que je ressens à être votre chef.

                  « Ensemble, j’en ai la pleine et ferme assurance, nous marcherons à la victoire.

                                                                           « Le colonel commandant la 1ère brigade de chasseurs,

 

                                                                           « Signé : MESSIMY »

 

                  Le 15 août, le bataillon est embarqué en chemin de fer en trois échelons et transporté dans la région d’Héricourt (Haute-Saône) ; de là, par Banvillars et Méroux, il vient cantonner à Rechesy (Haut-Rhin) où, pendant huit jours, il exécute des travaux de défense sur la frontière suisse.

                  Le 24 août, il embarque en chemin de fer dans la région de Petit-Croix et arrive le 25 en gare de Longeau (Somme).

 

 

 

SOMME

 

                  A partir de ce moment, le 6ème bataillon va être employé dans la formidable bataille de la Somme et, comme partout où il est déjà passé, il se distinguera par sa belle tenue au feu et son ardeur combative.

                  De Longeau, le bataillon vient bivouaquer dans le bois Labbée, puis vient cantonner à Cerisy-Gailly, où il passe six jours. Le 2 septembre, il va cantonner au camp de Suzanne, sur la rive nord de la Somme, à l’est de Bray-sur-Somme.

                  Le 3 septembre, le 6ème bataillon quitte le camp de Suzanne, et se porte près de Chalu, où il stationne au Chapeau de Gendarme, entre le moulin de Fargny et le village de Chalu, en réserve de division.

                  A 16 heures, il reçoit l’ordre de se porter en avant. Il doit relever dans la nuit des éléments du 229ème R.I., qui vient d’attaquer et a réussi à rejeter l’ennemi du bois des Riez et de la tranchée de Maussoul.

                  Le bataillon traverse Curlu, et emprunte des boyaux pour franchir la croupe des Observatoires et la ligne de notre artillerie.

                  Nos 75 tirent sans interruption ; la marche est très lente. Le bataillon reçoit son ravitaillement pour le lendemain.

                  Après un arrêt de quelques heures dans les tranchées de « Trouve-qui-Peut » et « Pestilence », il reprend sa marche en avant.

                  Les hommes avancent difficilement, car les tranchées ont été bouleversées par notre artillerie ; de plus, les guides envoyés par l’infanterie connaissent très peu le terrain. Il est plus de minuit quand le bataillon traverse le ravin où passe la voie étroite de Cléry à Maurepas.

                  Tout est calme ; les deux artilleries se déplacent et le bataillon continue sa marche sans incidents, sur le champ de bataille de la veille.

                  Au petit jour, il n’avait pas complètement pris ses emplacements, les compagnies de queue ont encore à franchir la croupe de Cranières, pour aller prendre position au bois des Riez. Leur mouvement es vu de l’ennemi, qui déclanche un barrage causant un certain désarroi et des pertes graves dans la section de mitrailleuses du sous-lieutenant Malandri.

                  De trous d’obus en trous d’obus, les compagnies de deuxièmes lignes gagnent leurs emplacements du bois des Riez et s’abritent de leur mieux. Les compagnies de tête sont devant la tranchée de « Maussoul ». Le terrain, encore recouvert de cadavres allemands, et complètement bouleversé par l’artillerie, témoigne de l’âpreté de la lutte qui s’y déroula la veille, puisque deux compagnies bavaroises s’y firent décimer, tenant jusqu’au dernier homme. Aussi le bois des Riez et ses abords ne sont qu’un cimetière.

                  Dès 7 heures du matin jusqu’à midi, la portion du bataillon qui est au bois des Riez subit un violent bombardement d’artillerie lourde, qui occasionne encore des pertes. C’est à ce moment que le capitaine Audibert, de la compagnie de mitrailleuses, est tué.

                  A 13 heures, le bataillon reçoit un ordre d’attaque pour 14 heures. Il doit, en liaison avec le 27ème bataillon et le 7ème régiment de tirailleurs, enlever la crête des Observatoires qui donne des vues sur les bois Marrière.

                  Le terrain où il aura à progresser se présent sous la forme d’une plaine très peu vallonnée, coupée de quelques talus. L’objectif est distant d’environ 2 kilomètres.

                  A l’heure « H », le bataillon sort des tranchées dans un élan admirable et dans un ordre parfait. Trois compagnies et une C.M. en tête, deux compagnies et la deuxième C.M. en soutien ; les compagnies sont formées en colonne double, chacun est à sa place, et l’ordre dans lequel se fait la progression force l’admiration des corps voisins.

                  L’attaque progresse au pas de charge. L’ennemi est complètement interloqué ; ses éléments avancés se replient dans le plus grand désordre à travers les champs d’avoine, où ils sont descendus à coups de fusil ou capturés par les chasseurs. En 18 minutes, la crête des Observatoires (cote 109) est enlevée. Des mitrailleuses se révèlent su la gauche, vers la ferme de l’Hôpital et l’ennemi, fortement retranché dans des caves et des abris bétonnés, a réussi à enrayer l’avance du 1er corps d’armée ; des éléments de la 1ère et de la 5ème compagnies s’établissent alors défensivement sur une ligne oblique au front. Le barrage ennemi est réglé sur la cote 109. Le capitaine Flageolet est tué au cours de la progression.

                  Des éléments de la 1ère compagnie, sous les ordres du lieutenant Bailly, et la 2ème compagnie, commandée par le capitaine Barthélemy, profitant de la confusion de l’ennemi, dépassent les objectifs et s’emparent du bois Reinette, progressant sous le feu des mitrailleuses de la ferme de l’Hôpital. Elles s’établissent en avant du bois Reinette. Une patrouille de dix hommes, sous les ordres du sergent Buéra, réussit à ce moment un coup d’audace admirable. Après avoir réduit des mitrailleuses, cette patrouille arrive devant une batterie d’artillerie ennemie, comprenant trois pièces de 77 et deux de 150. Les artilleurs essaient de se défendre, mais les chasseurs leur bondissent dessus à la grenade et à la baïonnette, en tuent quatre, dont un sous-officier et ramènent les autres dans nos lignes.

                  A 15 heures, le bataillon occupe la position suivante : une première ligne dans le bois Reinette, vallon de Marrière (une compagnie et demie et une section de mitrailleuses) ; à la lisière ouest du bois Reinette, deux compagnies et deux sections de mitrailleuses ; un peloton de la 5ème compagnie, arrêté face à la croupe sud-est de la ferme de l’Hôpital, une compagnie et demie et une compagnie de mitrailleuses bouchaient par leurs feux les trous produits entre les éléments du 6ème bataillon, qui a progressé au-delà de ses objectifs, et la droite du 1er corps d’armée, qui ne peut pas enlever la ferme de l’Hôpital.

                  A 18 heures, le bataillon, renforcé par deux compagnies du 28ème, établit sa liaison à droite et à gauche. A 20 heures, une patrouille constate que le réseau de fil de fer couvrant la tranchée de Mérrière est intact, sur une profondeur d’environ 20 mètres.

                  Dans la conduite de ces reconnaissances, les sergents Carrère et Perrin font preuve d’un beau courage en entraînant leurs chasseurs jusque sur les positions ennemies, d’où ils ne reviennent que sur ordre, en rapportant des renseignements précieux.

                  Dans les journées de 5 et 6 septembre, le bataillon renforce ses positions. La journée du 5 voir la prise de la ferme de l’Hôpital par le 3ème mixte de zouaves et de tirailleurs. La ferme est enlevée vers 16 heures, après trois assauts infructueux. Trois fois, les zouaves se reforment sous la mitraille et repartent à l’attaque ; ils enlèvent finalement l’objectif.

                  Vers 18 heures, l’ennemi contre-attaque. Le bataillon prête le concours de ses mitrailleuses qui, placées en batterie en terrain découvert, contribuent à arrêter la contre-attaque.

                  Le 7 septembre, le bataillon est ramené en arrière, près du bois des Riez, la tête dans la tranche de Maussoul, la queue dans le bois des Riez. Des abris individuels sont creusés le long du talus, pendant que notre artillerie commence le bombardement des tranchées de Marrière.

                  Les 8, 9, 10 et 11 septembre, le bataillon fournit des équipes de travailleurs qui sont employées au P.C. de la brigade et au creusement d’un boyau allant du P.C. de la brigade au P.C. du 133ème R.I et à la corne sud du bois Reinette ; ce boyau servira de place d’armes pour la concentration des bataillons de réserve, le jour de l’attaque de Bouchavesnes.

                  Le 12 septembre, à 4 heures, le bataillon va occuper ses emplacements de départ pour l’attaque qui doit avoir lieu dans la journée. Vers 8 heures, le tir de notre artillerie redouble de violence et se concentre sur les organisations du bois Marrière et sur la fameuse tranchée des « Berlingots », qui couvrent la cote 143 et le plateau de Bouchavesnes. L’ennemi réagit énergiquement mais nous cause peu de pertes, malgré le large emploi qu’il fait de son artillerie lourde en particulier du 210, dont les coups sont un peu longs.

A 12 h 30, l’attaque se déclanche ; un rideau de feu et de fumée obscurcit l’horizon du côté du bois Marrière ; c’est la première fois que l’on voit une telle quantité d’artillerie. L’attaque progresse très rapidement et, moins de dix minutes après, on voit passer une véritable vague de prisonniers allemands, cueillis dans les abris du bois Marrière. A 12 h 50, le bataillon qui était en soutien, se porte en avant et occupe les emplacements de départ du 27ème ; il débouche ensuite de la crête des Observatoires et franchit au pas de course la distance qui le sépare du bois Marrière.

      Les lisières des bois Marrière et Reinette sont violemment bombardées par 77 et 105 ; le bataillon s’y établit néanmoins et utilise les tranchées que le 28ème vient de quitter.

      L’attaque progresse normalement devant le front de la brigade, mais sur la gauche, il existe un trou de 1 500 mètres devant 650-C. Les tirailleurs n’avancent plus, cloués par des mitrailleuses et subissent de fortes pertes. Dans une portion de la tranchée des Berlingots, une garnison allemande se défend avec vigueur, et les mitrailleuses prennent sous leur feu tout ce qui essaie de déboucher au nord du bois Marrière.

      Cette résistance compromet l’avance du 28ème B.C.A. qui déjà déborde Bouchavesnes par le nord. Le bataillon reçoit mission de la faire tomber ; en conséquence, les 3ème et 4ème compagnies (groupe Chalumeau) tournent la position par l’est, pendant que la 2ème compagnie la fixera face au nord-est.

                  Avec beaucoup de cran et une audace admirable, les trois compagnies se mettent en mouvement pour cette opération délicate. Il faut profiter du moindre accident de terrain et se glisser de trous d’obus en trous d’obus. L’accès d’un chemin creux, partant de la corne nord-ouest du bois Marrière et couvert par des réseau incomplètement détruits est particulièrement meurtrier. Des tirailleurs, arrêtés devant la position, y dirigent leur feu et se cramponnent au terrain, malgré de lourdes pertes.

                  La manœuvre exécutée par le 6ème bataillon réussit admirablement ; l’ennemi se voit près d’être encerclé, car de toutes parts surgissent les baïonnettes des chasseurs ; les tirailleurs, électrisés eux aussi, se précipitent et après un court combat, la garnison ennemie se rend. 420 prisonniers et 6 mitrailleuses sont capturés.

                  Un capitaine allemand, blessé, voyant arriver les chasseurs, s’écrie : « Ah ! les chasseurs, vous êtes des as !... »

                  Il est 15 heures, les 2ème, 3ème et 4ème compagnies s’établissent face au nord, pour couvrir la gauche du 28ème bataillon. La liaison à gauche est très difficile à réaliser, le bataillon est obligé de tenir un front très étendu, afin de boucher l’espace vide qui existe entre le 27ème bataillon et le 1er corps d’armée.

                  Vers 18 heures, un bataillon du 44ème R.I. dépasse le 6ème et marche sur Bouchavesnes, dont l’assaut est décidé ; on aperçoit, au coucher du soleil, les petites colonnes d’attaque qui se dirigent vers le village en flammes.

                  A 19 h 40, Bouchavesnes es pris ; le bataillon reçoit l’ordre de « se porter face à l’est, pour amasser le Boche ». Formé sur deux lignes, il exécute dans la nuit une marche à la boussole et arrive à 21 heures sur les emplacements occupés les 27ème et 28ème bataillons, établis face à Bouchavesnes ; il est alors obligé de refaire mouvement pour venir s’établir sur le plateau de Bouchavesnes. Les hommes sont exténués de fatigue, le jour surprend le bataillon à peine placé. Les chasseurs s’installent par petits groupes de combat, dans des trous d’obus, à 200 mètres de la route de Béthune, face à l’est.

                  Vers 14 heures, l’ennemi déclanche sur Bouchavesnes une forte contre-attaque qui échoue sous nos feux. Toutes les mitrailleuses du bataillon concourent à ce résultat.

                  Dans la nuit du 13 au 14, le bataillon est relevé par le 31ème R.I., il se rassemble au bois des Riez, où sont ses cuisines, et le 14, vers 8 heures du matin, il va camper à la Neuville-le-Bray, par Suzanne.

                  Pendant la période du 4 au 14 septembre, le bataillon a subi les pertes suivantes : 6 officiers tués ; 121 sous-officiers, caporaux et chasseurs tués ; 9 officiers blessés et 369 sous-officiers, caporaux et chasseurs blessés.

                  Le 15 septembre, le bataillon est enlevé en T.M. et transporté à Vraignes, où il cantonne. Le 17 septembre, il fait étape à Bougainville, où il reçoit les félicitations du général commandant la 41ème D.I.

 

                  ORDRE DE LA DIVISION N° 90

 

                  « Rattachée à la 44ème D.I. depuis le 23 août, la 6ème brigade de chasseurs alpins a conquis successivement trois lignes de retranchements ennemis avec un élan admirable, en faisant de nombreux prisonniers et en ramenant dans nos lignes un important butin de matériel de guerre.

                  « Le général commandant la 41ème division est fier d’avoir eu sous ses ordres les brillants bataillons de chasseurs qui constituent cette brigade. A tous, au colonel commandant de brigade, aux officiers, sous-officiers, caporaux et chasseurs des 6ème, 27ème, 28ème bataillons de chasseurs alpins, il adresse ses plus affectueuses félicitations pour l’œuvre accomplie et tous ses vœux pour que la 6ème brigade maintienne jalousement sa glorieuse réputation et continue, jusqu’à la victoire décisive, la tâche si bien commencée. »

 

                  Le général commandant le 7ème corps d’armée envoie, par l’intermédiaire de la 6ème brigade, l’ordre suivant :

 

                  ORDRE GÉNÉRAL N° 134

 

                  « Entré dans la bataille à l’allure de la charge, et ne marquant le pas que sur ordre et pour mieux reprendre son élan, la 6ème brigade de chasseurs na connu l’obstacle que pour le renverser.

                  « A la rescousse des bataillons du 44ème et du 133ème, elle n’a fait qu’un bond jusqu’à Bouchavesnes. Sur elle ensuite, la contre-attaque s’est usée.

                  « Chasseurs de la 6ème brigade, l’ennemi sait par expérience que les alpins des 6ème, 27ème et 28ème bataillons sont aussi ardents en plaine qu’en montagne, et que bois ou tranchées, ils enlèvent tout.

                  « Je m’incline devant vos morts.

                  « Je salue votre glorieux drapeau !

                  « Au P.C., le 17 septembre 1916.

                                                                           « Le général commandant le 7ème C.A.

                                                                                                   « Signé : DE BAZELAIRE »

 

                  A la suite des combats que le bataillon a livrés pendant la période du 4 au 14 septembre, le général commandant la VIème armée a accordé les citations suivantes :

 

                  Capitaine BARTHÉLEMY :

                  « Officier du plus grand mérite. Au combat du 4 septembre a, d’un élan admirable, lancé sa compagnie à l’attaque, entraînant avec elle les éléments voisins. A enlevé d’un seul bond les objectifs qui lui étaient assignés, occupant au delà et organisant une position qui devint la base d’une action suivante. »

 

                  Sergent CARRÈRE :

                  « A l’attaque du 4 septembre 1916, a continué à donner l’exemple dans le commandement d’une patrouille de combat, est arrivé d’un seul élan à la position suivante. Arrêté par un réseau de fils de fer, l’a reconnu et ne s’est replié que sur ordre. Déjà cité trois fois. »

 

                  Sergent PERRIN :

                  « Son chef de section ayant été tué, a mené ses hommes à l’attaque avec ordre et sang-froid. Commandant une patrouille de combat, a poussé jusqu’aux fils de fer de la position ennemie suivante et y est resté pendant dix-huit heures en observation. »

 

                  Chasseur ESPERANDIEU, de la compagnie de mitrailleuses :

                  « Blessé une première fois, a continué à progresser en portant sa pièce ; blessé par une deuxième balle, ne s’est arrêté qu’après avoir atteint le point qui lui avait été fixé. »

 

                  Chasseur DELON, infirmier :

                  « Déjà cité, au front depuis vingt-trois mois, n’a jamais cessé de donner les plus beaux exemples de courage ; a été grièvement blessé le 4 septembre, en soignant un blessé sous le feu des mitrailleuses ennemies. »

 

                  Le chasseur BERTRAND est également cité à l’Ordre de l’armée, de même que l’aspirant CHAUTARD, tué au moment où il entraînait sa section, pendant le combat du 4 septembre.

 

 

                  Le 18 septembre, le bataillon est enlevé en T.M. et transporté à Formerie ; le 19, il fait étape à Criquiers (Seine-Inférieure), où il cantonne jusqu’au 23 octobre.

                  Durant cette période de repos, le colonel Messimy, commandant la 6ème brigade, passe le bataillon en revue, le 7 octobre.

                  Du 10 au 14 octobre, la garde du drapeau est confiée au 6ème bataillon, qui le passe ensuite solennellement au 27ème bataillon. Au cours de cette cérémonie, il est donné lecture de la citation à l’0rdre de l’armée obtenue par le 6ème bataillon de chasseurs, pour les combats des 4 et 12 septembre.

 

                  Est cité à l’Ordre de l’armée :

 

                  Le 6ème Bataillon de Chasseurs :

 

                  « Bataillon d’élite, ayant déjà été cité à l’Ordre de l’armée. Dans les attaques des 4 et 12 septembre, a progressé dans les lignes allemandes avec une énergie et une audace dignes d’admiration, réalisant dans ces deux attaques successives, malgré de lourdes pertes, un gain de quatre kilomètres, faisant 500 prisonniers, prenant 5 canons et 9 mitrailleuses, et contribuant pour une large part, grâce à l’habileté manœuvrière et à la hardiesse de son chef, le commandant Beauser, à facilité la marche des troupes placées à sa gauche.

                                                                                                   « Signé : FAYOLLE »

 

 

                  Le 20  octobre, le port de la Fourragère aux couleurs de la Croix de guerre est conféré au 6ème bataillon de chasseurs.

                  En même temps que le 6ème bataillon, la 6ème brigade de chasseurs alpins est également citée à l’Ordre de l’armée.

 

                  ORDRE GÉNÉRAL N° 399, de VIème ARMÉE

 

                  La 6ème Brigade de Chasseurs Alpins, sous les ordres du colonel MESSIMY :

                  « Entrée dans la bataille à l’allure de la charge, y a apporté une ardeur magnifique, dépassant ses objectifs, pour étendre l’occupation du terrain conquis. Arrivée à la rescousse des unités entrées à Bouchavesnes, a vigoureusement arrêté les contre-attaques de l’adversaire, et maintenu les positions enlevées de haute lutte à l’ennemi.

                                                                           « Le général commandant la VIème armée,

                                                                                                   « Signé : FAYOLLE »

 

 

                  Le 23 octobre, le bataillon quitte son cantonnement de repos et revient en T.M. au camp de Suzanne, où, en attendant l’ordre de monter en secteur, il détache la moitié de son effectif pour préparer le terrain d’attaque.

                  Le 25 octobre, le colonel Messimy fait paraître l’Ordre suivant :

                 

                  ORDRE DE LA BRIGADE N° 45

 

                                 « Chasseurs de la 6ème Brigade,

                  « Vos trois bataillons sont tous trois cités à l’Ordre de l’armée.

                                 « 27ème bataillon,

                  « Le combat de Bouchavesnes, dans lequel est tombé, au milieu de vous, le chef valeureux et héroïque que vous aurez à cœur de venger, vous a valu une troisième citation à l’Ordre de l’armée, qui redouble l’estime que vos chefs et l’armée toute entière avaient pour votre glorieux passé.

                                 « 6ème et 28ème bataillons,

                  « Par votre vaillance renouvelée, par l’éclat de vos victoires, vous avez conquis à la pointe de vos baïonnettes, le droit au port de la Fourragère, apanage envié de dix-neuf corps d’armée français.

                  « La 6ème brigade se trouve être aujourd’hui la seule des brigades de notre armée qui ait, tout entière, droit au port de cet emblème. Cette décoration collective force le respect et l’admiration de la foule ; elle rappelle constamment à ceux qui ont la fierté de la porter, la piété respectueuse due aux anciens qui, par leur sang, ont conquis un tel honneur ; elle est pour tous, officier et troupe, en bravoure et en valeur tous les corps d’une armée où l’héroïsme est, partout, la règle commune.

                                 « Officiers et Chasseurs de la 6ème Brigade,

                  « Après six semaines de repos, vous êtes de nouveau appelés à rentrer dans la bataille, pour compléter votre victoire du mois dernier.

                  « Vous serez dignes de vous-mêmes !...

                                                                           « Le colonel commandant la 6ème brigade de chasseurs,

                                                                                                   « Signé : MESSIMY »

 

                  L’attaque du bois Saint-Pierre-Vaast, projeté pour les derniers jours d’octobre, est retardée continuellement en raison du mauvais temps.

                  Ce fut dans les plus mauvaises conditions possibles que les chasseurs travaillèrent pendant plus de huit jours, sous une pluie continuelle et dans un terrain détrempé, pour aménager les rares boyaux qui, du ravin des Aiguilles, conduisaient aux lignes. Ces boyaux traversaient une partie du champ de bataille de Bouchavesnes, défoncé par les obus. Le terrain descendait en pente douce vers la route de Péronne à Bapaume, passant dans un bas-fond dont les abords étaient transformés en bourbier, où l’on enfonçait jusqu’à la ceinture. Malgré tous les efforts, il était presque impossible de remédier à cette situation, car la circulation dans ces boyaux tait intense, et l’artillerie ennemie s’acharnait à les détruire.

                  De la route de Bapaume au bois de Saint-Pierre-Vaast, le terrain, à peu près plat, offrait un magnifique champ de tir aux mitrailleuses ennemies, notre système de tranchées était tout à fait précaire et avait subi les fluctuations de la bataille. Construites dans un terrain détrempé et bouleversé par l’artillerie française, allemande ensuite, elles étaient en très mauvais état et n’offraient que peu d’abris. La tranchée de première ligne avait été doublée d’une parallèle devant servir de place d’armes aux troupes d’assaut.

                  Tout ce système de tranchées et boyaux se trouvait soumis à des feux de flanc, venant du mont Saint-Quentin, dernière barrière couvrant Péronne, et qui avait des vues sur toute la région.

                  La position de l’ennemi, séparée de nos lignes par un petit ravin couvert d’entonnoirs, présentait une première ligne de surveillance, à 100 mètres de nos postes.

                  Une deuxième ligne en suivait la lisière à l’intérieur et une troisième, de réduits bétonnés, abritait la garnison. Ceci d’après les dires des prisonniers, qui confirmèrent que la garnison était sur ses gardes et s’attendait à notre attaque.

                  Le bataillon monte en lignes en deux échelons ; un premier échelon sous les ordres du capitaine Sauvageon, le 3 novembre ; et le reste le 4 novembre, en passant par Maricourt, Hardecourt-aux-Bois, Maurepas, le bois des Aiguilles et le boyau « Paul-Martin »,. La nuit fut calme.

                  La matinée du 5 fut marquée par des actions d’artillerie assez violentes.

                  L’heure de l’attaque est fixée à 11 h 10 ; l’objectif est le bois de Saint-Pierre-Vaast.

                  A 11 h 06, par conséquent quatre minutes avant l’attaque, les mitrailleuses crépitent sur tout le front et l’artillerie du mont Saint-Quentin arrose copieusement les tranchées de départ, nous causant des pertes cruelles. On a l’impression que l’affaire ne réussira pas.

                  Cependant, à l’heure « H », le groupe Sauvageon (1ère et 4ème compagnies et 1ère C.M.) quittent la première ligne et s’élancent à l’attaque avec les 27ème et 28ème bataillons. Les 2ème, 3ème et 5ème compagnies, qui étaient entassées dans les parallèles, se portent dans la première ligne, que viennent de quitter les éléments de tête.

                  A 11 h 10, le tir de barrage allemand de tous calibres se déclanche, avec une violence inouïe, et à 11 h 20, les colonnes de soutien qui avançaient dans les boyaux sont bloquées par les éléments d’attaque qui ne peuvent plus avancer. On a peu de nouvelles de ces éléments, car les liaisons téléphoniques, coupées depuis longtemps, sont impossibles à rétablir, et les malheureux coureurs ne suffisent plus à la tâche.

                  A 11 h 30, on peut avoir quelques renseignements : les vagues d’assaut quittant la tranchée de départ, ont marché à grand’peine vers les premières lignes ennemies, sous un tir de barrage effroyable et à travers des nappes de balles, qui causent des pertes énormes. Les hommes ont toutes les peines à avancer, sur ce terrain défoncé et détrempé, où on risque à chaque instant de glisser dans un trou d’obus, d’où il est impossible de sortir seul.

                  Malgré ces difficultés, quelques groupes, des squelettes de sections, parviennent jusqu’à la tranchée allemande, où ils engagent le combat à la grenade contre l’ennemi qui se défend sérieusement. 150 prisonniers sont cependant capturés et ramenés par des blessés ; les survivants des groupes de combat, continuant à avancer, dépassent la première ligne et entrent dans le bois, mais, réduits à une poignée d’hommes, ils sont arrêtés par les Allemands qui surgissent de partout et obligés  leur tour de se défendre. D’autre part, l’artillerie et les mitrailleuses, dont le nombre est impossible à évaluer, interdisent toute avance aux compagnies de soutien. Les éléments restés entre les lignes sont plaqués dans la boue sans pouvoir faire un mouvement ; ceux qui sont dans les tranchées de départ à demi effondrées, sont soumis à un pilonnage fantastique ; à certains endroits, les hommes, dans la boue jusqu’à la poitrine, sont encore obligés d’y plonger le nez pour échapper aux balles.

                  A 11 h 35, un nouveau renseignement fait connaître que l’attaque principale s’est arrêtée à la première ligne ennemie, où le combat à la grenade continue. Mais les approvisionnements sont vite épuisés, le ravitaillement est à peu près impossible, sur dix caisses qui partent une arrive quelquefois. Les chasseurs, aux prises avec le Boche, utilisent les pétards trouvés sur place ; quant aux fusils et aux fusils-mitrailleurs, il n’y faut pas songer, ce sont des blocs de boue qui refusent tout service ; les mitrailleuses sont restées entre les lignes, les servants trop lourdement chargés par ce matériel, n’ont pas pu suivre les vagues d’assaut et à présent ils sont enlisés dans les trous d’obus, d’où les mitrailleuses ennemies les empêchent de sortir.

                  Vers 12 heures, l’ennemi lance une furieuse contre-attaque. Des troupes fraîches, sortant des abris bétonnés du bois de Saint-Pierre-Vaast, se jetèrent sur nos chasseurs qui, n’ayant plus de munitions, leur tiennent tête vaillamment à l’arme blanche.

                  Mais ce combat inégal, ne pouvait se prolonger longtemps, ils succombèrent sous le nombre et très rares furent ceux qui parvinrent à regagner nos lignes.

                  Le feu de l’artillerie ennemie ne faiblit pas jusqu’à la nuit.

                  Nos tranchées éventrées par les obus, éboulées par la pluie, n’étaient plus qu’un cloaque de boue et de sang. Les blessés se pressaient à l’entrée des rares abris, et nombreux furent ceux qui, dans cette dure et glorieuse journée, moururent enlisés.

                  Notre artillerie, peut-être nombreuse, n’avait pu effectuer sur l’organisation ennemie les destructions nécessaires, son ravitaillement, à elle aussi, se heurtait à des difficultés presque insurmontables et, pour amener aux batteries quelques obus de 75, il fallait doubler et même tripler les attelages. Les voitures et les caissons enlisés ne se comptaient plus sur le plateau, dans le ravin de Crenières et dans celui des Aiguilles.

                  Vers 19 heures, le 6ème bataillon est retiré des lignes et envoyé au bivouac dans le ravin des Aiguilles. Ce repos fut de courte durée, car dans la soirée du 6, il reçut l’ordre d’aller relever le 27ème bataillon.

                  Les 1ère et 2ème compagnies et la 1ère C.M., qui avaient participé à l’attaque et qui étaient presque inexistantes, furent envoyés au camp de Suzanne. Les trois autres compagnies, sous les ordres du capitaine Ancé, remontent en lignes.

                  Le capitaine adjudant-major Barthélemy commande le bataillon, le commandant Beauser ayant dû prendre le commandement du secteur.

                  Ces trois compagnies et la compagnie de mitrailleuses tiennent le secteur pendant six jours encore. Journées d’alertes incessantes dans des conditions de misères inouïes, où il semble que la souffrance humaine atteigne ses limites.

                  Pas le moindre abri en première ligne. Pendant la journée du 8, les unités sont soumises à un bombardement de gros calibre, où domine le 210. L’artillerie ennemie est placée de manière telle qu’elle prend d’enfilade les tranchées occupées par le bataillon. Aussi n’est-il pas rare de voir les énormes marmites bouleverser d’un seul coup vingt mètres et plus de tranchées, projetant à plusieurs mètres de hauteur les corps des malheureux chasseurs qui, esclaves du devoir, resteront à leur poste jusqu’à la mort.

                  Ils n’ont qu’une ressource, celle de se mettre dans les trous d’obus fraîchement creusés, qui ne sont pas encore transformés en bourbier, car avec le bombardement et la pluie les tranchées n’existent plus.

                  Le 9 novembre, le bombardement diminue d’intensité et le 10, la journée est assez calme.

                  Pendant la nuit du 10 au 11, le 6ème bataillon, relevé par le 31ème R.I., revient dans le camp de Suzanne.

                  Les chasseurs sont dans un état d’épuisement et de fatigue impossible à décrire. Ce ne sont pas des hommes, qui se traînent sur la route de Suzanne, mais des loques humaines, aux vêtements en lambeaux, couverts de boue. Ces hommes, pendant six jours et six nuits, se sont battus dans des conditions exceptionnellement dures, dans l’eau et la boue jusqu’à la ceinture, sous une pluie continuelle, un bombardement infernal et sans ravitaillement presque ; leurs jeux brillants de fièvre, qui se distinguent seuls des blocs de boue que forment leurs figures et leurs vêtements, semblent exprimer la haine profonde du Boche, cause de tant de souffrances, et la fierté du devoir accompli.

                  Le 11 novembre, le bataillon a connaissance de la lettre du général commandant le 5ème B.C.A. :

                 

                  « Le général DE BOISSOUDY, commandant le 5ème corps d’armée, à M. Le Général commandant la 125ème division d’infanterie.

 

                  « J’ai l’honneur de vous prier de transmettre à M. le colonel MESSIMY et aux troupes d’élite dont il est le chef, la 6ème brigade de chasseurs alpins (6ème, 27ème B.C.P.) toutes mes félicitations pour l’allant, l’entrain, la remarquable énergie, dont tous, officiers, sous-officiers et chasseurs ont fait preuve dans l’attaque du bois de Saint-Pierre-Vaast, le 5 novembre 1916.

                  « D’un seul bond, la vague d’assaut a pris pied dans la tranchée formidablement organisée de la lisière sud-ouest, sur un front de 1 400 mètres.

                  « Tirs de barrage, nappes de balles de mitrailleuses, terrain défoncé et boueux, bien que ralentissant les efforts et entravant le courant de l’offensive, n’ont pu empêcher nos braves alpins de mordre sans la tranchée et de faire payer cher à l’ennemi une résistance qu’il se figurait invincible.

                  « Malheureusement, les efforts en profondeur si judicieusement préparés, n’ont pu être réalisés, par suite des difficultés de progression de la tranchée de départ à la lisière du bois, provoqués par des barrages de plus en plus violents de l’artillerie allemande.

                  « Après une lutte héroïque, les groupes de combat qui s’étaient maintenus sur la position conquise de haute lutte, après avoir vu tomber sous des contre-attaques acharnées de l’ennemi la plupart des leurs, décimés, coupés de leurs renforts, ont été obligés à la nuit de regagner leur base.

                  « Il n’en est pas moins vrai qu’avant de se retirer, ils avaient causé à l’ennemi des pertes considérables.

                  « Je ne saurai oublier, à la gloire de la 6ème brigade de chasseurs : d’une part, que 159 prisonniers, appartenant à cinq régiments différents, ont été ramenés dans nos lignes ; d’autre part, que ce même jour, 5 450 prisonniers, chassés par notre attaque et fuyant devant nos tirs de barrage successifs à l’intérieur du bois, sont venus se rendre, à la corne nord du bois de Saint-Pierre-Vaast, à des unités du 32ème C.A.

                  « Tous, nous aurions voulu faire davantage que ce coup de main. C’est entendu.

                  « Haut les cœurs !...On les a eus !... On les aura !...

                  « Les alpins du colonel MASSIMY se sont montrés les dignes émules de leurs anciens de la Tête de Faux, du Linge, du Barrenkopf, de l’Hartmannswillerkopf, du Reichakerkopf.

                  « Je tiens à les remercier.

                                                                           « Signé : DE BOISSOUDY. »

 

 

                  « En transmettant la lettre ci-jointe de M. le général commandant le 3ème C.A., le général commandant la 125ème D.I. tient à témoigner personnellement à la 6ème brigade de chasseurs sa haute estime et sa grande admiration pour la vaillance avec laquelle elle a combattu le 5 novembre 1916.

                  « Les chasseurs à Fourragère ont marché à l’attaque avec l’ardeur, l’entrain et la confiance qui leur avaient jusqu’ici assuré la victoire. Ils ont abordé de haute lutte la lisière du bois très fortement défendue, faisant sur toute la ligne de nombreux prisonniers. Si le succès final n’a pas couronné leurs efforts, ils n’en ont pas moins conservé intacte leur brillante réputation.

                  « La valeur militaire exceptionnelle du colonel MESSIMY, commandant la brigade, es un sûr garant de leurs succès futurs. Ne ménageant ni son temps, ni sa peine, sachant se prodiguer sans relâche pour la préparation d’une entreprise, exécutant personnellement des reconnaissances dans les tranchées de premières lignes, pour indiquer à chacun son rôle et sa mission et communiquant l’ardente flamme dont il est animé lui-même, il est le plus bel exemple de vaillance, personnifiant le sentiment le plus élevé du devoir.

                  « Honneur à la 6ème brigade de chasseurs et à son chef.

                  « Le 6 novembre 1916.

                                                                           « Le général commandant le 125ème division,

                                                                                                   « Signé : DIÉBOLD. »

 

                  Le colonel Messimy fait alors paraître l’ordre suivant :

                 

                  ORDRE DE LA BRIGADE N° 46

 

                  « Officiers, Sous-officiers et Chasseurs,

                  « Au moment où la brigade quitte le secteur, après l’avoir arrosé du plus pur de son sang, M. le général commandant le 5ème corps d’armée et M. le général commandant la 125ème division m’adressent, pour vous être transmises, leurs félicitations les plus vives.

                  « Ils nous annoncent que, chassés par la violence de notre attaque, 5 450 Allemands sont allés se rendre au nord du bois Saint-Vaast à nos camarades du 23ème chasseurs.

                  « Le sang des nôtres n’aura pas été versé en vain. La 6ème brigade, suivant sa tradition, a occasionné aux Boches beaucoup plus de pertes que ceux-ci ne lui en ont causées.

                  « Les généraux DE BOISSOUDY  et DIÉBOLD m’adressent personnellement leurs éloges. Je tiens à vous dire à tous, officiers, sous-officiers et chasseurs, que je les reporte entièrement sur vous, dont le courage modeste et l’héroïsme silencieux surpassent infiniment mes propres mérites.

                  « Accueillis avec honneur au 5ème C.A., nous nous efforcerons tous, du premier au dernier, d’être dignes des éloges qui nous sont décernés.

                  « Nous vengerons nos chers et glorieux morts, auxquels en votre nom j’adresse l’affectueux hommage de votre souvenir respectueux.

                  « Souvenez-vous du reste, à la prochaine attaque, qu’à celle-ci, des prisonniers faits par la première vague, ont traîtreusement repris les armes, qu’ils avaient déposées pour assassiner dans le dos leurs vainqueurs.

                  « Mettre le Boche hors d’état de nuire est un strict devoir. Ne l’oubliez pas !...

                                                                           « Le colonel commandant la 6ème brigade de chasseurs,

                                                                                                   « Signé : MESSIMY. »

 

 

                  Le 11 novembre, le bataillon est enlevé en T.M., à destination de Thylloy-la-Ville (Somme), où il reste deux jours. Le 16 novembre, il embarque en chemin de fer à Granviller (Oise), à destination de Corcieux, où il arrive le lendemain.

 

 

VOSGES ALSACE

 

                  Au moment où le bataillon quitte la Somme, la 6ème brigade de chasseurs est dissoute ; le colonel Messimy fait ses adieux aux chasseurs dans l’ordre suivant :

 

                  ORDRE GÉNÉRAL N° 55 DE LA 6ème BRIGADE

 

                  « Officiers, Sous-Officiers, Caporaux et Chasseurs de la 6ème brigade,

                  « Par ordre du général commandant en chef, la 6ème brigade de chasseurs est dissoute. Ses bataillons sont incorporés dans la 66ème division, son chef est nommé au commandement de l’infanterie de la 46ème division.

                  « Notre séparation, mes amis, est consommée, mais il nous reste la gloire qu’ensemble nous avons conquise et la fraternité d’armes qu nous avons scellée du plus pur de notre sang.

                  « 6ème, 27ème et 28ème bataillons de chasseurs,

                  « Vos fanions étaient déjà lourds de lauriers quand l’honneur m’échut de vous commander. L’ennemi avait éprouvé votre valeur sur l’Yser et dans l’Artois, vous aviez été de toutes les grandes journées d’Alsace et de Lorraine.

                  « Sur les larges croupes de la Somme, où la gigantesque bataille a déchaîné sa tragique grandeur, vous vous êtes surpassés. Les 4 et 12 septembre, votre assaut impétueux bouscula deux divisions saxonnes et avança de cinq kilomètres les lignes françaises. Le 5 novembre, votre attaque héroïque infligea à quatre régiments prussiens, saxons et bavarois, les plus lourdes pertes. En quinze jours de combat, vous avez pris à l’ennemi plus de 2 000 prisonniers, 20 canons, 40 mitrailleuses et un important butin, 71 officiers et 3 000 chasseurs mis hors de combat, fut le prix de votre gloire.

                  « La Fourragère, emblème envié des braves parmi les braves, vint honorer à la fois nos camarades tombés et vous-mêmes, dont la vaillance les vengea si bien.

 

                  « Chasseurs, mes fiers camarades,

                  « Les plus braves et les plus beaux soldats de France ! C’est avec vous que j’ai fait les premières armes, c’est ma gloire et mon orgueil de vous avoir menés au combat. Il n’est pas de plus splendide troupe que vous. Dans quelques mois vous reprendrez la lutte, vous achèverez ce qu vous avez si bien commencé. Les fanions de vos bataillons claqueront joyeusement au vent de la victoire ; vous l’enlèverez au pas de charge. Vous redonnerez à la France ses provinces perdues, vous effacerez  le deuil qui, depuis un demi-siècle, a voilé son regard.

                  « Chasseurs de la 6ème brigade, mes amis, mes frères d’armes ! A ce moment, votre ancien colonel, si loin soit-il sera au milieu de vous !...

                                                                           « Le colonel commandant la 6ème brigade de chasseurs,

                                                                                                   « Signé : MESSIMY »

 

                  Le bataillon d’installe en cantonnement à Corcieux. Suivant les ordres reçus, il est reconstitué à quatre compagnies d’infanterie, une compagnie de mitrailleuses et une compagnie de C.I.D.

                  De ce moment, date la création de groupes alpins endivisionnés, comprenant chacun trois bataillons. Le 7ème groupe auquel sont affectés les 6ème, 27ème et 46ème bataillons, est commandé par le lieutenant-colonel Devincet ; il fait partie de la 66ème division, sous les ordres du général La Capelle.

                  Le 26 novembre, le commandant Beauser, promu lieutenant-colonel, quitte le bataillon, pour aller prendre le commandement du 1er groupe de B.A.

                  Il est remplacé par le commandant Brisson, venu du 61ème B.C.P.

                  Le 29 novembre, le général La Capelle passe en revue, sur le plateau de Champdrey, les neuf bataillons de la 66ème division.

                  Le 6ème bataillon quitte Corcieux le 3 décembre ; par Fraize, Plainfaing et le Rudlin, il va occuper le secteur Lingekopf – Scharatz – Barrenkopf. Ses éléments de soutien occupent la Crête Rocheuse et le Hornleskopf.

                  Le secteur est assez calme, les bombardements intermittents par crapouillots ne causent que des pertes légères ; mais les chasseurs ont surtout à souffrir de la rigueur de la température ; plusieurs jours de forte gelée rendent pénible l’occupation du secteur, de grosses bourrasques de neige obstruent complètement les boyaux et interdisent toute communication.

                  Le 28 décembre, le 27ème bataillon relève le 6ème, qui vient au repos à Plainfaing.

 

 

 

1917

 

 

                  Le 10 janvier, le bataillon quitte Plainfaing et vient cantonner à Raon-aux-Bois, près de Remiremont.

                  La réorganisation, l’instruction et l’entraînement sont activement poussés. De fréquentes manœuvres de division sont exécutées au camp d’Arches. Le 31 janvier, le bataillon quitte Raon-aux-Bois et vient cantonner à Aumontzey, par Remiremont et le Tholy.

                  Le 3 février, il embarque en chemin de fer à la gare de Laveline. Il arrive le 4 à Fontaine, à 1 heure du matin, débarque en plein champ, pendant la nuit, et vient cantonner à Guevenatten, dans la région de Dannemarie.

                  Pendant près d’un mois, le bataillon exécute dans le secteur d’Ammertzweiller (nord de Dannemarie) des travaux importants de première et de deuxième positions.

                  Le 3 mars, quittant Guevenatten, le 6ème vient cantonner à Offemont, à deux kilomètres de Belfort. Ce même jour, le commandant Brisson quitte le 6ème bataillon et passe au 131ème R.I. ; il dit adieu au bataillon, rassemble chaque compagnie, il dit à tous, gradés et chasseurs, la peine qu’il éprouve à les quitter au moment où le bataillon va être appelé à marcher.

                  Le capitaine Chalumeau prend provisoirement le commandement du bataillon.

                  Du 5 au 15 mars, en passant par Lure, Luxeuil, Aillevillers, Plombières et Saint-Dié, le bataillon vient organiser le secteur de Combrimont – Provenchères.

                  Le 16 mars, le commandant Frère, venant du 1er R.I., prend le commandement du 6ème bataillon et fait paraître l’Ordre suivant :

 

                  ORDRE DE BATAILLON N° 25

 

                  « Placé par décision du général commandant en chef, à la tête du 6ème, je prends à dater d’aujourd’hui le commandement du bataillon.

                  « Je veux que ma première pensée aille à tous ceux du 6ème, qui sont tombés glorieusement pour la patrie, sur les différents champs de bataille, où s’es illustré le bataillon. Je salue pieusement leur mémoire, mais j’ai le devoir de faire en sorte que leur sacrifice ne soit pas vain, il faut pour cela que le 6ème reste, sous mes ordres, ce qu’il a toujours été, un bataillon modèle. Je m’emploierai de toutes mes forces à ce qu’il en soit ainsi.

                  « Ma tâche d’ailleurs sera facile, car votre passé à tous est garant de ce que vous êtes encore capables de faire. Dès le premier jour, ma confiance pleine et entière vous est acquise. Je vais tâcher maintenant de mériter la vôtre. Vive le 6ème !...

                  « Aux armées, le 16 mars 1917.

                                                                           « Le chef de bataillon commandant le 6ème B.C.A.

                                                                                                   « Signé : FRÈRE »

 

                  Le 20 mars, les travaux sont interrompus ; le bataillon quitte le secteur et vient cantonner à Anould, d’où il repart le 21 mars, à 18 heures, pour la Chapelle. Le 23 mars, il embarque en chemin de fer et le 24, il débarque à Montmirail (Marne).

                  Pendant trois jours, sous la direction du commandant Frère, le bataillon exécute dans les bois de Rouges-Fosses, des marches à la boussole, des exercices d’attaque et de progression.

                  Le 28 mars, il quitte Montmirail et vient d’une seule étape à Courcelles et Trélou, près de Dormans, dans la vallée de la Marne, où il reste une dizaine de jours.

                 

 

 

AISNE

 

                  Le 6 avril, le bataillon quitte Courcelles et Trélou, pour venir à Lhéry, une partie cantonne dans le village, l’autre dans une partie isolée, appelée camp Ouest.

                  Pendant les quelques jours de liberté sont laissés au bataillon, le perfectionnement de l’instruction des chasseurs est poussé activement, les grenadiers et les fusils-mitrailleurs sont particulièrement entraînés.

                  La région dans laquelle se trouve le bataillon, ne laisse aucun doute sur les événements qui vont suivre, les routes et voies ferrées nouvellement créées et la circulation qui y règne, suffisent pour laisser deviner l’approche de grandes choses.

                  Le 11 avril, quittant Lhéry, le bataillon se porte dans la région de Romain ; mais là, il ne peut plus être question de cantonner dans le village, la densité des troupes étant trop forte. A un kilomètre au nord du village, d’immenses grottes aménagées, dans lesquelles l’éclairage et la ventilation électriques, permettent de passer tout au moins la nuit, sont utilisées par le bataillon. Pendant le jour, il est possible de se tenir dehors, mais la nuit, les avions ennemis qui se sont aperçus du mouvement intense régnant dans la région, viennent lâcher des bombes sur les cantonnements. Les chasseurs, qui n’on pas eu encore à souffrir de ces bombardement, les craignent peu, cependant l’énervement de la troupe à ce moment est toujours préjudiciable au maintien du moral.

                  Pendant ces quelques jours, le bataillon achève ses préparatifs. Le 15 avril, à 4 heures du matin, il quitte les grottes de romain, se porte dans le ravin de la ferme Beaugilet. Toute la 66ème division est rassemblée à cet endroit. Chaque corps utilise le couvert de nombreux taillis, pour échapper aux vues des avions.

                  Le général La Capelle rassemble les officiers pour les mettre au courant de la situation. La division est avant-garde de l’armée d’exploitation du succès, et doit marcher, pendant la première phase de la bataille, derrière l’armée de rupture (66ème division derrière le 1er corps d’armée). La direction générale est Corbeny – Sissonne. Notre participation active à la bataille est prévue sur la ligne Berrieux-Amifontaine, mais les évènements sont variables, et il faut toujours s’attendre à des changements.

                  Le bataillon passe la journée sur place, le temps, qui jusqu’à présent s’était maintenu au beau, s’assombrit et la pluie commence à tomber. Une pluie fine qui détrempe le sol, aussi quand à 20 heures, le bataillon se met en marche, pour aller prendre sa place dans le dispositif général, les chasseurs lourdement chargés de leur approvisionnements en vivres et en munitions, sont obligés de se tenir par les pans de leur capote pour ne pas s’égarer, tellement la nuit est obscure. La marche est extrêmement pénible, tantôt on est obligé de rester sur place, n’osant pas mettre sac à terre, par crainte du temps qu’il faudrait pour le reprendre, et du risque de perdre le chef de file. Les chutes sont nombreuses sur ce sol détrempé, dans un terrain marécageux, mais on n’entend pas d’autre bruit que celui du clapotement des pieds. Le silence a été recommandé et l’ordre est exécuté.

                  Le bataillon arrive enfin au canal de l’Aisne, qu’il traverse sur le pont de Concevreux ; puis c’est la rivière elle-même qui est franchie sur une passerelle à Cury-les-Chaudardes ; et le 16, à 5 heures du matin, il a réalisé son dispositif de marche d’approche et se trouve formé en colonne double du village de Cury-les-Chaudardes à la lisière sud du bois des Couleuvres, sa droite à la ferme de la Fontaine-au-Vivier.

                  L’attaque doit se déclencher à 6 heures.

                  A 5 h 30, le roulement de l’artillerie devient formidable. En attendant le départ, les chasseurs assistent au passage de quelques tanks, les premiers utilisés, qui vont prendre position en attendant le moment de coopérer à la bataille.

                  A 6 h 30, le bataillon se met en marche, traverse le bois des Couleuvres, où il reçoit quelques obus qui lui causent des pertes et arrive dans le bois de Beaumarais, où il est obligé de stopper. Les troupes qui ont attaqué ce matin, n’ont pas réussi à progresser à cause des mitrailleuses ; tout le monde, impatient de bondir, espère que ce n’est là qu’un arrêt momentané et que, d’un instant à l’autre, on va repartir. Malheureusement, il n’en est rien, et il faut se rendre à l’évidence ; le 208ème R.I. qui a attaqué devant le bataillon, ne donne pas de nouvelles, les éléments de ce régiment qui sont sortis n’ont pu progresser et sont cloués entre les lignes. Il y restent jusqu’à la nuit, et rentrent ensuite dans leurs tranchées de départ, que le bataillon a occupées à 16 heures.

                  Le bataillon tient les tranchées situées à la lisière nord du bois de Beaumarais, entre les postes de « Provence » et « d’Oran » sur la gauche, le village de Craonne est encore aux mains de l’ennemi, ainsi que le plateau de Californie, dont la corne Est lui fournit une observatoire merveilleux, d’où il peut voir jusque dans le fond de nos tranchées ; aucun mouvement ne lui échappe, principalement dans la partie ouest du secteur, qui est de ce fait la plus bombardée.

                  A 18 heures, la situation est la suivante : le 110ème R.I. occupe la tranchée « Turque » et « Enver-Pacha », le 8ème R.I. le bastion du bois de Chevreux ; quant aux éléments épars du 208ème, ils sont dirigés vers les lignes de soutien. L’ennemi bombarde violemment la position. Pendant la nuit et la matinée du 17 avril, le temps devient de plus en plus mauvais, la pluie et la neige transforment les tranchées en ruisseaux de boue.

                  A 12 heures, le 6ème bataillon reçoit l’ordre d’attaquer à 16 heures et d’enlever les objectifs suivants : « Courtine de la Clairière, bois en Mandoline et tranchée de Lutzow ; pousser au-delà si possible. »

                  Le terrain est tout à fait plat, et la première ligne allemande que nous devons atteindre est à 600 mètres de nos parallèles de départ.

                  Dès H moins 4 (15 h 56), les mitrailleurs ennemis, qui ont vu déboucher le bataillon de droite, ouvrent le feu ; leur tir est très précis et les balles écrêtent les parapets. En même temps, un barrage d’artillerie se déclanche très violent sur nos tranchées de départ et les boyaux d’accès.

                  A 16 heures précises, cependant, le 6ème bataillon part à l’assaut dans un élan magnifique, l’avance est lente, en raison des nombreux fils de fer non détruits et du violent tir de mitrailleuses. Les chasseurs sont obligés de chercher dans les réseaux les brèches de passage, que les obus allemands ont creusées ; aucun travail n’ayant été fait dans ce sens. Malgré ces difficultés, les unités de tête (1ère et 2ème compagnies), commandées par le lieutenant Morel et le capitaine Carbillet, progressent sérieusement, suivies des 3ème et 4ème compagnies, sous le commandement des capitaines Ancé et Studer.

                  Le tir des mitrailleuses redouble d’intensité, celles qui tirent de Craonne, prennent le bataillon d’enfilade.

                  Le sous-lieutenant Ullier est tué en tête de sa section. Le lieutenant Faure, frappé d’une balle au ventre, meurt sur le champ de bataille, en encourageant ses chasseurs à poursuivre le combat.

                  Le capitaine Carbillet est grièvement blessé par un éclat d’obus. L’adjudant Ramel, de la 1ère compagnie, qui a magnifiquement enlevé sa section à l’attaque, tombe en tête de ses chasseurs, la cuisse brisée pas septe balles de mitrailleuse. A ce moment, les pertes sont extrêmement lourdes. Les chefs constatent que toute progression est impossible, ou que, tout au moins, les résultats ne seraient pas en rapport avec les sacrifices ; ordre est donc donné de s’organiser sur place.

                  Pendant la nuit, le bataillon est reporté par ordre à ses anciens emplacements, sur lesquels il s’organise en profondeur, de manière à pouvoir faire face à tout événement. Malgré les pertes et l’insuccès de l’attaque, le moral reste excellent.

                  A partir du 18 avril, le bataillon commence à remettre en état le secteur, dont les tranchées et boyaux n’existent pour ainsi dire plus. Ce travail est d’autant plus difficile que le mauvais temps continue et que l’artillerie lourde allemande est toujours très active. Le 20 avril, le bataillon de gauche, en liaison avec le 6ème, tente une affaire locale ; les Allemands déclanchent un tir de barrage, nous causant des pertes sensibles. Le 21 avril, le général La Capelle, quittant le commandement de la division, lui fait ses adieux dans l’Ordre suivant :

 

                  « Chasseurs, Artilleurs, Sapeurs et Cavaliers de la 66ème Division,

                  « Je vous quitte au moment où j’espérais vous conduire à la victoire.

                  « Appelé au commandement du 1er corps, c’est avec regret que je me sépare de vous, de ma belle 66ème division, dont le commandement m’a valu tant de satisfactions de tout ordre.

                  « Avec mon successeur, le général BRISSAUD-DESMAILLET, vous montrerez par votre entrain, votre courage, votre opiniâtreté que vous êtes la 1ère division de France.

                  « Bonne chance, je suivrai avec passion vos succès. Je salue vos fanions, que vous planterez bientôt sur les tranchées boches.

                  « Mon cœur reste avec vous.

                  « Vive la France !

                                                                           « Le général commandant la 66ème division,

                                                                                                   « Signé : LA CAPELLE »

 

 

                  Le général Brissaud-Desmaillet prend le commandement de la 66ème division et fait paraître l’Ordre suivant :

 

                  ORDRE GÉNÉRAL N° 519

                 

                  « Camarades de la 66ème division,

                  « Je ne puis vous exprimer toute ma joie de reprendre ma place de doyen des chasseurs dans la plus belle des divisions bleues.

                  « Je vous connais tous. Je sais qu’on peut obtenir de vous l’impossible, vous l’avez prouvé sur tous les champs de bataille.

                  « Vous pouvez compter sur toute mon affection.

                  « Je vous demande en retour de m’accorder toute la confiance que vous aviez en votre ancien chef, mon vieil ami, le général La Capelle, auquel j’ai le bonheur de succéder.

                  « Au P.C., le 21 avril 1917.

                                                                           « Le général commandant la 66ème division,

                                                                                                   « Signé : BRISSAUD. »

 

 

                  Le 22 avril, le 67ème bataillon relève le 6ème. Pendant ce mouvement, l’ennemi déclanche sur tout le secteur un tir de barrage extrêmement violent, qui fort heureusement ne cause pas de perte.

                  Pour sa magnifique conduite au combat du 17 avril, le capitaine Carbillet reçoit la Croix de chevalier de la Légion d’honneur avec la citation suivante :

                  « Jeune officier ardent et intrépide. Le 17 avril, a entraîné brillamment sa compagnie à l’assaut des positions ennemies. Tombé grièvement blessé, n’a quitté le champ de bataille qu’après avoir assuré le commandement de son unité. Déjà deux fois blessé et cité à l’Ordre. »

 

                  Le lieutenant Faure, tombé glorieusement à la tête de ses chasseurs, est cité à l’Ordre de l’armée dans les termes suivants :

                  « Officier d’une bravoure allant jusqu’à la témérité. Etait à toutes les actions auxquelles a pris part le bataillon. Le 17 avril, faisant partie de la première vague d’assaut, est monté le premier sur le parapet de la tranchée et, montrant à ses hommes la direction des lignes allemandes, s’est porté en avant, entraînant sa section avec son brio habituel. Est tombé glorieusement après avoir parcouru une centaine de mètres. Déjà trois fois cité. »

 

                  Le caporal Guillaume, de la 4ème compagnie, dont la conduite sur le champ de bataille a fait l’admiration de tous, est également cité à l’Ordre de l’armée :

                  « Toujours prêt à remplir les missions périlleuses ; pendant quatre nuits consécutives, est allé patrouiller en avant des lignes et a ramené sur son dos les corps de deux de ses officiers tués, ainsi que de nombreux chasseurs blessés. A eu une attitude magnifique. »

 

                  Pendant les combats du 16 au 22 avril, le bataillon a subi les pertes suivantes :

                  4 officiers tués ; 50 sous-officiers, caporaux et chasseurs tués ; 5 officiers blessés ; 335 sous-officiers, caporaux et chasseurs blessés.

                  Une fois relevé, le 6ème bataillon est mis en réserve au Grand Hameau, où il profite de quelques jours de repos pour se réorganiser et se réentraîner. Sur l’initiative du chef de bataillon, la  méthode d’entraînement physique Hébert est mise en application dans les compagnies.

                  Le 2 mai, le 6ème bataillon vient cantonner à Courville où, durant trois semaines, il se reconstitue, à l’aide de renforts venus du C.I.D. et du dépôt de Nice. Le 8 mai, il est passé en revue par le général Brissaud-Desmaillet, commandant la 66ème division.

                  Le 12 mai, les officiers du 7ème groupe sont présentés au général Niessel, commandant le 9ème corps d’armée, auquel est rattaché la 66ème division.

                  Le 19 mai, le bataillon prend part à une manœuvre-revue de la division, qui a lieu sur le plateau au nord de Hourge. A l’issue de la revue, le 68ème bataillon remet le drapeau des chasseurs au 6ème.

                  Le commandant présente le drapeau des chasseurs au bataillon  Dans l’après-midi, le drapeau passe dans chaque unité, et les commandants de compagnies rappellent les noms de batailles qui y sont inscrits. Le lendemain, le drapeau est passé au 46ème. Pendant son séjour à Courville, le bataillon organise un concours sportif très réussi, dont les différentes épreuves sont disputées devant le colonel Segonne, commandant les chasseurs de la 66ème D.I.

                  Le bataillon reste à Courville jusqu’au 24 mai. Pendant sa période de stationnement au Grand Hameau et à Courville, les avions ennemis sont venus faire de nombreuses incursions, suivies de bombardements, sans aucun résultat.

                  Le 24 mai, le 6ème bataillon quitte Courville, pour revenir cantonner à Romain. Il est encore en réserve de division, quand le 3 juin au Chemin des Dames, les Allemands lancent ne forte attaque, précédée d’un gros bombardement, sur les troupes qui occupaient Craonne et le plateau de Californie. L’ennemi parvient à pénétrer dans la position, mais ne peut s’y maintenir, grâce à une énergique contre-attaque menée par les 24ème et 28ème B.C.A. Le 6ème bataillon est alors alerté et reçoit l’ordre de se porter d’urgence à Meurival. Le mouvement s’effectue par compagnies ; il est terminé à 9 heures.

                  A 13 heures, l’ordre arrive de se porter le plus rapidement possible au lieu dit «Champ d’Asile », à 5 kilomètres de Meurival, au nord de l’Aisne. Le mouvement s’opère à partir de 14 heures ; les unités traversent l’Aisne en conservant entre elles une grande distance, à cause de la parfaite visibilité et des bombardements des ponts de l’Aisne.

                  A 17 heures, le bataillon se trouve rassemblé à Champ d’Asile sans incidents.

                  A 18 heures, la 3ème compagnie du 6ème est désignée pour se rendre au P.C. du lieutenant-colonel Langlois, commandant le 8ème groupe actuellement en lignes, et se mettre à sa disposition. En même temps, le chef de bataillon accompagne au P.C. Langlois le lieutenant-colonel Devincet, qui va prendre le commandement du sous-secteur de Craonne.

                  Après avoir touché des munitions au centre Aurousseau (bois de Beaumarais), la 3ème compagnie arrive à 20 heures au P.C. Langlois ; elle a dû traverser un terrain fortement battu par l’artillerie lourde ennemie, qui ne cesse d’arroser Craonne et les alentours.

                  A 21 heures, dépassant le village de Craonne, elle vient occuper, au nord du cimetière, une tranchée que les Boches s’empressent d’abandonner, en y laissant plusieurs blessés, dont un officier.

                  La 2ème compagnie arrive dans la nuit ; elle est placée en réserve, à la disposition du chef de bataillon Prudhomme, commandant le 28ème B.C.A.

                  La 1ère compagnie est placée en réserve dans les caves du château et dans les galeries souterraines du village.

                  Dans la nuit du 4 au 5, les 1ère et 2ème compagnies relèvent des éléments du 24ème bataillon, pendant que plus à l’ouest, le 46ème bataillon relève les éléments des 28ème et 64ème. En fin de mouvement le dispositif du bataillon est le suivant :

                  A gauche, s’appuyant au versant est du plateau de Californie et au nord du cimetière de Craonne : la 3ème compagnie dispersée dans des trous d’obus ; au centre, la 1ère compagnie et à droite, la 2ème, dans les tranchées encore existantes ; la compagnie de mitrailleuses au cimetière de Craonne.

                  La 3ème compagnie qui, durant les deux premières nuits et la première journée a tenu toute la première ligne du secteur a eu particulièrement à souffrir et ses pertes, au bout de 48 heures, étaient déjà très élevées. En effet, les tranchées n’existent plus, les chasseurs arrivant sur un terrain complètement bouleversé et tout à fait inconnu pour eux, sont obligés d’utiliser les trous d’obus.

                  De jour, il est impossible de faire le moindre mouvement, car le Boche, qui occupe des tranchées profondes et bien organisées, guette attentivement, chaque tête qui se montre est aussitôt visée. De plus la chaleur devient accablante, et l’atmosphère devient irrespirable, car à chaque instant les obus déterrent les cadavres.

                  Le ravitaillement est extrêmement difficile, et les aliments sont souvent immangeables ; ce qui est bon doit être consommé immédiatement, rien ne se conserve dans cette atmosphère infectée.

                  Dès les premières nuits, les chasseurs se sont mis courageusement au travail ; ils savent que l’on attend d’eux une solide organisation du secteur de Craonne.

                  Pendant les premières nuits, ils travaillent sans relâche, malgré la violence du bombardement, le ravitaillement défectueux et le manque de repos. Dans la journée en effet, il est impossible de dormir à cause de la chaleur, et surtout des avions ennemis, qui viennent à chaque instant survoler les lignes à faible altitude et mitrailler les tranchées.

                  Au bout de quelques jours, les tranchées commencent à prendre forme, et s’il n’existe pas encore d’abris contre le bombardement, du moins on peut circuler jusqu’en première ligne. Le terrain, en avant de la première ligne, est en pente assez raide, c’est un ravin encaissé qui, à l’est, fait suite au plateau de Californie, dont la pente abrupte est presque inaccessible ; ce terrain, complètement défoncé par le tir des deux artilleries, se prête bien aux embuscades et aux coups de main, aussi, toute la nuite, les patrouilles sont-elles nécessaires pour protéger nos ravitailleurs.

                  Pendant tous ces travaux de nuit et l’occupation du secteur, on eut l’occasion d’apprécier l’esprit de sacrifice et le courage des chasseurs.

                  C’est le fusilier mitrailleur Mauclerc, qui, dès la première nuit, place son arme au point d’où il peut battre efficacement tout le secteur ; cet endroit est particulièrement visé par l’ennemi. Au bout de quelques instants, un obus met en pièces le fusil-mitrailleur, tue un chasseur et en blesse deux autres, dont Mauclerc ; ce dernier attend la nuit pour aller au poste de secours se faire panser et revient aussitôt assurer son service, en ramenant un nouveau fusil-mitrailleur, qu’il remet en batterie au même point. Le lendemain, nouvel obus qui lui brise le fusil entre les mains sans le blesser ; Mauclerc court en chercher un autre et reprend sa place, qu’il gardera durant tout le temps que le bataillon restera en ligne, sans tenir compte du danger, ne se souciant que d’une chose, assurer la défense du secteur. A côté de lui, le chasseur Costacèque, d’une audace extraordinaire, trouvant que le Boche n’est pas suffisamment houspillé par notre artillerie, pendant la nuit,  quitte seul la tranchée, muni d’un lance grenades et de munitions, se porte entre les lignes et de là, harcèle l’ennemi toute la nuit ; au jour, il rejoint tranquillement ses camarades, pour les aider à travailler.

                  Au bout d’une dizaine de jours, le secteur a complètement changé d’aspect. A la place des trous d’obus, existe maintenant une tranchée profonde, aussi solide qu’il est possible dans un terrain sablonneux. Devant cette tranchée, un réseau de fils de fer qui va s’épaississant chaque nuit. Ce travail d’organisation est effectué sans relâche, malgré le bombardement qui, les 8, 9 et 10 juin devient extrêmement violent. On croit même que l’ennemi va tenter une attaque ; chacun est à son poste, prêt à le recevoir. Mais l’infanterie ennemie ne sort pas ; on a su plus tard qu’elle ne tenterait aucune reprise de Craonne tant que le secteur serait tenu par les chasseurs.

                  Dans la nuit du 16 au 17, le 6ème bataillon est relevé par le 67ème, qui sera remplacé à son tour, le 19 juin, par le 413ème R.I.

                  Le 17 juin, le bataillon se regroupe à Romain et le 18, il fait étape pour venir cantonner à Mareuil-en-Dole. Le 19, par Fère-en-Tardenois, il vient cantonner à la Croix, où il séjourne vingt-quatre heures. Les chasseurs en profitent pour se nettoyer un peu, ce dont ils ont grand besoin, car n’ayant pas d’eau même pour la boisson, au moment où ils étaient en lignes, il ne pouvait être question de toilette.

                  Le 21, le bataillon fait étape sur Hautevesnes, où les officiers et sous-officiers sont rassemblés et présentés au général Brissaud-Desmaillet.

                  Le lendemain, le 6ème bataillon quitte Hautevesnes et arrive à 11 heures à Lizy-sur-Ourcq, fanfare en tête. A 19 heures, la fanfare donne, sur la place de Lizy, un concert fort applaudi.

                  La journée du 23 est mise à profit pour continuer les travaux de propreté. La température étant favorable, le bataillon peut aller à la baignade dans le canal de l’Ourcq.

                  Le 24 juin, quittant Lizy-sur-Ourcq, le 6ème bataillon vient cantonner à Grégy, près de Meaux ; le lendemain il traverse cette ville, et va cantonner à Montry et Condé-Saint-Labiaire.

                  Le 26 juin, il arrive à son cantonnement de repos. Les 1ère et 2ème compagnies et la compagnie de mitrailleuses sont à Gouverne ; l’état-major, la S.H.R., les 3ème et 4ème compagnies à Saint-Thibaut-les-Vignes, près de Lagny (Seine et Marne). Le bataillon est au repos, les chasseurs sont détachés aux travaux agricoles ; dans les compagnies, les exercices de détail reprennent.

                  La division devant défiler à Paris, le 14 juillet, à partir du 11, il est procédé aux préparatifs.

                  Le 12, la fanfare du 6ème bataillon, désignée pour faire défiler à Paris, les délégations des bataillons de chasseurs qui doivent escorter le drapeau des chasseurs à la revue, s’embarque en chemin de fer et va caserner à Reuilly.

                  Le 13 juillet, le bataillon quitte son cantonnement à 4 h 45, fait une grande halte sur les bords de la Marne et arrive au fort d’Ivry à 13 heures.

                  Le 14, à 5 heures, départ pour la revue. Le bataillon prend, à la sortie d’Ivry, sa place dans la colonne du 7ème groupe, avec lequel il gagne l’emplacement fixé pour la revue et le départ du défilé (porte de Vincennes).

                  A 8 heures, revue par le Président de la République ; le général Brissaud-Desmaillet décore de la Médaille militaire le chasseur Gasiglia :

 

                  « Agent de liaison d’un mérite exceptionnel, qui fait l’admiration de ses chefs et de ses camarades par sa bravoure intrépide. Circule sous les bombardements les plus violents, sans d’autre préoccupation que celle de remplir la mission qui lui a été confiée ou qu’il a sollicitée. Déjà cité à l’Ordre. »

 

                  Le défilé a lieu ensuite ; le bataillon est derrière le 27ème, qui se trouve en tête de la division ; il traverse Paris au milieu des acclamations de milliers de personnes, dans un ordre parfait. Il gagne les fortifications, où il fait la grande halte avant de regagner le fort d’Ivry.

                  Le 15, à 5 heures du matin, le bataillon quitte Ivry et retourne à ses cantonnements de Saint-Thibaut et Gouverne. Le 16 juillet, préparatifs de départ. Le 17, le bataillon embarque en deux échelons à la gare d’Esbly ; le premier, sous les ordres du chef de bataillon, part à 16 heures et débarque à 20 heures à Bierzy, à 6 kilomètres au sud de Soissons ; il va cantonner à Rozières. Le deuxième échelon, sous les ordres du capitaine Ancé, part à 18 heures et arrive à 1 heure du matin en gare de Mercin et Vaux ; il va cantonner à Septmons, près de Rozières. A partir de ce moment, la division est rattachée au 33ème corps d’armée.

                  Le bataillon reste dans ses cantonnements jusqu’au 24 juillet.

                  Le 21 juillet, le général Pétain, commandant en chef, vient à Hartennes-et-Taux, où lui sont présentés des délégations de quatre bataillons de chasseurs.

 

 

CHEMIN DES DAMES

 

                  Le 24 juillet, le 6ème bataillon fait mouvement et va cantonner au camp du bois Morin (2 kilomètres au sud de Vailly-sur-Aisne). Dès le 23, plusieurs reconnaissances ont été faites dans le futur secteur du bataillon (ferme de La Royère, Epine de Chevrigny).

                  Le 25 juillet, à 20 h 30, le bataillon quitte ses cantonnements du bois Morin, traverse l’Aisne au sud de Vailly et par l’itinéraire Otel, ravin d’Ostel, ferme Gerteaux ; il va relever le 61ème B.C.P.

                  Le 6ème bataillon occupe le centre de résistance « Auvergne » (sud-est de la Royère). Les 1ère et 4ème compagnies sont en lignes, la 2ème en soutien et la 3ème en réserve, à la disposition du colonel commandant le 7ème groupe, dont le P.C. est aux grottes de Rochefort.

                  Le P.C. du chef de bataillon est installé dans les grottes situées près de la ferme Certeaux.

                  A droite, le 6ème B.C.A. est en liaison avec le 315ème R.I. et à gauche avec le 46ème B.C.A.

                  Du 26 au 27 juillet, des reconnaissances sont effectuées en avant des lignes, en même temps que sont faits des préparatifs d’attaque. Dans la journée du 28, le 46ème bataillon est relevé par le 28ème B.C.A. ; un peloton de la 1ère compagnie et le groupe franc du 6ème régiment à droite de la compagnie de gauche du 46ème B.C.A. Le 29 juillet, tous les préparatifs sont faits en vue d’une attaque qui doit avoir lieu le lendemain. L’artillerie commence son travail de destruction.

                  Le 30 juillet, le chef de bataillon rassemble des commandants de compagnies à 13 heures, pour leur donner les dernières instructions et les renseignements nécessaires ; l’attaque sera exécutée par les 67ème et 28ème B.C.A., par la1ère compagnie et le groupe franc du 6ème. Elle est à objectif limité ; il s’agit de reprendre la tranchée de Gargousse, située sur la crête du Chemin des Dames. Cette position présente une importance capitale, car l’ennemi peut voir tous les mouvements de troupes et de ravitaillement qui se font sur le plateau et dans le ravin d’Ostel. Une fois en notre possession elle nous donnera des vues sur la vallée de l’Ailette, les villages de Filain et de Parguy-Filain, les crêtes de Monnanptueil et tout le plateau au sud de Presles et Vorges.

                  A 20 h 15, l’attaque se déclanche, les éléments du 6ème sous les ordres du lieutenant Morel, partent en avant, de manière à protéger la droite du dispositif général, les uns par le terre-plein et les autres par les boyaux, d’où ils repoussent l’ennemi après un combat à la grenade, pendant que les mitrailleuses ouvrent le feux, pour empêcher tout débouché de contre-attaque.

                  L’opération, soigneusement préparée, réussit admirablement ; les 28ème et 67ème s’emparent de la tranchée de la Gargousse et dépassent même l’objectif.

                  Dans ce combat, le lieutenant Morel est grièvement blessé ; il reçoit la Croix de la Légion d’honneur (chevalier) avec le motif suivant :

 

                  « Officier d’une bravoure à toute épreuve, qui a exécuté, de jour comme de nuit, des reconnaissances en avant des lignes, dans des circonstances difficiles. Blessé grièvement pour la deuxième fois le 30 juillet 1917, à l’attaque d’un poste allemand, a continué à donner ses ordres jusqu’à la complète réussite de l’opération. Deux fois cité à l’Ordre. »

 

                  Le sergent Baffet, de la 1ère compagnie, reçoit sur le champ de bataille, des mains de son chef de bataillon, la Médaille militaire, digne récompense de son intrépide bravoure.

 

                  Après ces combats, le 6ème bataillon, qui a repoussé l’ennemi de la tranchée de la Gargousse, se trouve être le seul à posséder un poste sur le Chemin des Dames ; de là, il domine toute la position ennemie et fournit à l’artillerie des observations précieuses.

                  Dans la journée du 31 juillet, l’ennemi veut nous chasser de ce point et tente, sur la gauche du bataillon, une attaque à la grenade par boyaux. Il a affaire à plus tenace que lui, et se voit dans l’impossibilité de faire un pas en avant.

                  L’artillerie ennemie devient très active. L’ennemi, en général, est nerveux et inquiet, et souvent son infanterie fait déclancher des barrages, auxquels notre artillerie répond immédiatement, par un tir bien réglé, sur ses tranchées de première ligne.

                  L’aviation ennemie, elle aussi, travaille de plus en plus ; de nombreux appareils survolent nos lignes tous les jours et, chaque matin, un avion vient survoler la tranchée de la Gargousse et jalonner notre ligne par fusées, tout en mitraillant nos tranchées. Le 5 août, cet avion est abattu à coups de fusil et tombe entre les lignes ; les aviateurs qui paraissent indemnes, sautent de l’appareil, se réfugient dans un trou d’obus, pour essayer d’échapper au tir des mitrailleuses. Aussitôt commence un tir de grenade à fusil des plus nourris. Dans l’après-midi, une patrouille ennemie essaie d’arriver jusqu’à l’appareil ; elle est aussitôt repoussée.

                  Pour en finir, quelques balles incendiaires, tirées à cette intention, mettent le feu à l’appareil qui flambe comme une torche, à la grande joie des chasseurs.

                  L’ennemi semble prendre son parti de son échec du 30 juillet et se contente de nous bombarder copieusement avec son artillerie lourde et de gros minen.

                  Le 1er août, la 66ème division est rattachée au 39ème corps d’armée, sans pour cela changer de secteur. Le général commandant le 33ème corps, que vient de quitter la division, lui adresse ses adieux dans l’Ordre suivant :

 

                  ORDRE GÉNÉRAL

 

                  « Dans la soirée du 30 juillet, les 28ème et 68ème B.C.A., appuyés par le 6ème B.C.A., enlevaient leurs objectifs et rétablissaient notre ligne dans la tranchée de la Gargousse, en faisant plus de 200 prisonniers, dont 21 sous-officiers et 3 officiers.

                  « Le général commandant le 33ème C.A. tient à rendre hommage à l’élan et à la bravoure des chasseurs qui menèrent l’attaque, à l’endurance de ceux qui la préparèrent et à l’habileté des chefs qui la dirigèrent. Il félicite vivement le général Brissaud-Desmaillet et sa belle 66ème division, qu’il a été heureux et honoré d’avoir quelques jours sous son commandement.

                  « Il se plaît également à exprimer son entière satisfaction à tous ceux dont les efforts ont contribué largement au succès de l’opération du 30 juillet.

                                                                           « Le général commandant le 33ème corps,

                                                                                                   « Signé : LECONTE »

 

                  Dans la nuit du 9 au 10 août, la 4ème compagnie relève la 3ème dans son secteur de première ligne, tranchée de la Gargousse. La relève se termine vers 3 heures du matin et à 4 h 30, après une marche pénible, la 3ème compagnie arrive aux grottes de Rochefort, où elle doit rester en réserve. A peine est-elle entrée dans les grottes, qu’un violent tir d’artillerie se déclanche sur le P.C. du groupe et, en même temps, de la ligne française, partent de nombreuses fusées demandant le tir de barrage ; l’ennemi attaque. La 3ème compagnie est alertée et reçoit l’ordre de remonter immédiatement pour contre-attaquer. Elle se met aussitôt en marche, mais quand elle arrive sur les lieux, l’affaire est déjà terminée ; les Boches ont été expulsés de la tranchée comme il convenait.

                  L’attaque avait été déclanché à 4 h 25 du matin, après un bombardement très court, mais d’une intensité effroyable, où dominaient les gros minen de 240 et de 305, auxquels pas un abri ne résistait.

                  Les réseaux de fils de fer couvrant la tranchée étaient à peu près inexistants, le travail était en cours d’exécution.

                  L’ennemi avait profité de l’obscurité pour ramper jusqu’à quelques mètres de la tranchée et, qua signal de ses officiers, avait fait irruption dans la Gargousse, avant que les chasseurs aient pu tirer un coup de fusil.

                  Une fois dans la position, son procédé d’attaque, qui consistait à marcher le plus rapidement possible, en utilisant les boyaux, pour éviter le tir rasant des mitrailleuses de soutien, et laisser ignorer sa progression, il arrivait ainsi jusqu’aux P.C., dont il s’emparait, neutralisant ainsi toute défense ou contre-attaque immédiate.

                  Il avait compté sans le courage et la ténacité des chasseurs, car à peine le Boche eût-il mis le pied dans la tranchée que, lâchant leur fusil, les chasseurs sautent sur les grenades, ceux qui n’en ont plus prennent la baïonnette ou le poignard ; c’est un corps à corps effroyable.

                  Pendant que la première ligne se défend avec une énergie avec une énergie farouche, la section de soutien, sans en attendre l’ordre, part spontanément à la contre-attaque, sous la direction de l’aspirant Camoin.

                  Les stosstruppen se heurtent à ce barrage, dans leur essai de progression par boyau, ils sont contenus et, un instant après, repoussés complètement jusqu’à la première ligne.

                  La section Camoin arrive en quelques minutes jusqu’à la tranchée de la Gargousse, chasse ou fait prisonniers les Boches qui s’y trouvent et délivre plusieurs chasseurs blessés. Parmi eux se trouvait le sous-lieutenant Segouffin, grièvement blessé par des éclats de grenade. En un quart d’heure tout était terminé. Pour avoir été rapide, la lutte n’en avait pas moins été rude. L’ennemi laissait entre nos mains 46 prisonniers, sans compter les nombreux tués, plusieurs mitrailleuses et minen légers.

                  Le groupe franc, lui aussi, participa à la contre-attaque ; un de ses meilleurs gradés, le sergent Faget, y trouva une mort glorieuse ; debout sur le parapet, il excitait ses chasseurs et tirait lui-même sur les Allemands qui étaient dans la tranchée, il en avait déjà tué trois, au moment où il fut atteint d’une balle à la gorge.

                  Le soir même, le capitaine Marchand, commandant la 4ème compagnie, reçut la Croix de la Légion d’honneur dans la tranchée. L’aspirant Camoin reçut la Médaille militaire.

                  Le chasseur Chambard, qui s’était particulièrement distingué par son courage calme et son dévouement, alors qu’il était observateur dans un poste avancé, spécialement bombardé, est cité à l’Ordre de l’armée pour le bel exemple de bravoure qu’il a donné en se précipitant pour relever son camarade de faction, au moment de l’attaque, et en ne consentant pas à être remplacé pendant tout le temps qu’il y eut du danger.

                  Dans la soirée du 10 août, vers 20 heures, l’ennemi déclanche encore un violent tir de barrage avec emploi d’obus à gaz et à ypérite, mais ne tente aucune action d’infanterie ; la leçon du matin a suffi. On a su par les prisonniers que les Allemands croyaient la division de chasseurs relevée quand ils ont attaqué, autrement l’attaque n’aurait pas eu lieu. Un officier allemand, blessé et prisonnier disait, en parlant des chasseurs : « Avec vous il n’y a rien à faire, ce ne sont pas des hommes que vous avez, ce sont des lions !... Un contre dix, ils se défendent encore !... »

                  Du 11 au 14 août, les Boches sont calmes il en est toujours ainsi quand on leur a donné une bonne leçon. Le 15, le 6ème bataillon est relevé et, après être resté quelques jours en soutien, dans la région de Chavonne, il quitte le secteur le 19 août.

                  Le général commandant le 39ème corps d’armée, sous les ordres de qui était placée la 6ème division, quand elle quitta le 33ème C.A., lui fait ses adieux dans l’Ordre suivant :

 

                  Le 6ème bataillon de Chasseurs :

                  « La 66ème division, composée uniquement de chasseurs à pied, a été rattachée au 39ème C.A., du 3 au 23 août 1917.

                  « Durant cette période, elle a su, par son travail assidu, apporter au secteur délicat qui lui était confié, de notables améliorations malgré le mauvais temps et de fréquents bombardements et après un combat acharné, où elle a été appuyée par quelques éléments de la 67ème division, elle a conquis de nouveaux titres de gloire, en repoussant une grosse attaque de l’ennemi et en lui infligeant de fortes pertes en hommes et en matériel.

                  « Le général commandant le 39ème C.A., heureux et fier, d’avoir eu cette belle troupe sous sont commandement, lui adresse ses félicitations et ses remerciements.

                  « Pour lui témoigner plus spécialement sa satisfaction, et indépendamment des récompenses dues déjà aux habiles dispositions du général commandant la division et de ses collaborateurs, ainsi qu’à la vaillance des chasseurs, le général commandant le C.A. cite à l’Ordre du 39ème corps :

 

                  « Le 6ème bataillon de Chasseurs :

                  « Sous la direction du chef de bataillon Frère, a résisté victorieusement à une violente attaque, puis a contre-attaqué avec un entrain magnifique, infligeant à l’adversaire de fortes pertes.

                                                                           « Le général commandant le 39ème C.A.,

                                                                                                   « Signé : DELIGNY. »

 

                  Le 20 août, le bataillon cantonne à Augy ; ce jour-là, le général Brissaud, commandant la 66ème division, fait paraître l’ordre suivant :

 

                  ORDRE GÉNÉRAL N° 108

                  « Camarades,

                  « Le 25 juillet dernier, vous montiez gaillardement sur le Chemin des Dames, résolus à cogner ferme sur le Boche et à répondre par des lauriers aux fleurs que la population parisienne avait lancées sur votre passage au défilé du 14 juillet.

                  « Aujourd’hui, 20 août, vous en redescendez après avoir conquis les précieux observatoires que le commandement vous avait assignés comme objectifs. Vous avez infligé de lourdes pertes à l’ennemi et vous lui avez capturé :

                  « 4 officiers, 37 sous-officiers, 305 hommes ;

                  « 16 mitrailleuses et 5 lance-mines.

                  « Vos attaques et contre-attaques ont été citées comme des modèles du genre. Tous les grands chefs vous ont adressé de chaleureuses félicitations.

                  « Chasseurs, vous avez su frapper fort. Je suis fier de vous et vous remercie de vos efforts.

                  « Et maintenant, reposez-vous bien, faites ample provision de forces et gaîté. Soyez beaux et chics et préparez-vous à remonter en ligne pour vous surpasser encore et porter toujours plus haut la renommée de vos glorieux fanions.

                                                                           « Signé : BRISSAUD. »

 

                  Le 21 août, le bataillon cantonne à Cramaille ; ce jour-là , le capitaine adjudant major Barthélemy, nommé pour prendre le commandement d’un bataillon du 279ème R.I., quitte le 6ème. C’est avec peine que tous, officiers et chasseurs le voient partir ; le capitaine Barthélemy est un des anciens du bataillon ; il est parti en campagne avec le 6ème et ne l’a quitté que durant les quelques jours de son évacuation pour blessure.

                  Le 22 août, le bataillon cantonne à Rozel-Saint-Albin ; le 23, à Boursonne ; il arrive le 24 à Auger-Saint-Vincent, son cantonnement de repos.

                  Du 25 août au 17 septembre, les travaux de réorganisation sont poussés activement. Le 18 septembre, le bataillon commence des exercices et manœuvres sur un terrain spécialement aménagé et dont la conformation générale se rapproche de celui sur lequel il sera appelé à opérer.

                  Le 21 septembre, le 6ème quitte Auger-Saint-Vincent en T.M et vient cantonner à Acy, dans la région de Soissons.

                  Le 24, un détachement comprenant 4 officiers, 8 sous-officiers, 8 caporaux et 50 chasseurs quitte Acy et vient à la ferme Hameret (secteur du fort de la Malmaison), pour faire les travaux de préparation d’attaque.

                  Le 28, le bataillon en entier monte à la ferme Hameret, pour y rester jusqu’au 10 octobre, construire des abris et creuser des parallèles de départ.

                  Les travaux sont particulièrement pénibles, à cause du mauvais temps qui règne depuis quelques jours et transforme les tranchées en ruisseaux de boue. Les chasseurs pour se rendre au travail, ont à parcourir plus d’un kilomètre de boyaux, avec leurs armes, leurs outils et tous les matériaux nécessaires. Ils font preuve d’une discipline remarquable et, sous de violents bombardements, dans des conditions aussi défavorables que possible, ils travaillent toujours avec la même ardeur.

                  Les observateurs et aviateurs ennemis ont pu voir qu’une attaque se prépare dans la région ; l’artillerie allemande devient alors très active. L’exécution des travaux est rendue particulièrement difficile par les bombardements de gros minen, dont les formidables explosions produisent des éboulements dans les abris, au risque d’ensevelir les travailleurs.

                  Le 10 octobre, le bataillon quitte la ferme Hameret, à l’exception d’un certain nombre de gradés et chasseurs, qui restent pour la continuation des travaux ; il vient cantonner aux champignonnières de Chasseny, où il reste sept jours. Les chasseurs mettent ce temps à profit pour se nettoyer, ce dont ils ont grand besoin, après les nombreuses allées et venues dans les tranchées transformées en bourbier.

                  Plusieurs répétitions d’attaque, en tenue d’assaut, sont faites sur un terrain spécial, afin que chacun connaisse bien son rôle et sa mission. Le 18, le bataillon quitte Chasseny et vient cantonner pendant trois jours dans les caves de Vailly-sur-Aisne.

                  Dans la nuit du  20 au 21, il remonte à la ferme Hameret. La 1ère compagnie relève en première ligne une compagnie du 19ème R.I. et assure la garde du secteur d’attaque dévolu au bataillon. Les autres compagnies envoient chacune une section occuper leur secteur de départ.

                  La journée du 22 est passée dans les grottes de la ferme Hameret. A la nuit, les compagnies d’attaque partent, en emportant chacune le nombre d’échelles caillebotis nécessaires pour faciliter le franchissement des tranchées aux éléments de queue ; ces échelles seront placées en travers des tranchées, de manière à former pont.

                  Le 23 octobre, à 3 heures du matin, toutes les unités doivent être en place.

                  Le départ des grottes a lieu vers minuit, chaque compagnie empruntant un itinéraire reconnu d’avance.

                  A 2 heures du matin, tout le monde est en place. Il fait nuit noire. L’attaque devant avoir lieu de très bonne heure, le temps est mis à profit pour faire dans les réseaux les brèches nécessaires au passage et pour les jalonner avec des tresses blanches, de manière à enlever toute hésitation aux éléments de queue qui doivent emprunter ces passages en arrivant à la tranchée.

                  Une reconnaissance du groupe franc pousse jusqu’à la première ligne allemande (tranchée du Casse-Tête) et rentre en rendant compte que cette tranchée est complètement bouleversée.

                  Les abris qui été creusés dans les parallèles ne sont que des descentes de galeries ; on n’a pu faire plus, faute de temps, mais ces descentes sont d’un grand secours car, vers 3 heures du matin, le bombardement de contre-préparation devient très violent et même inquiétant. L’ennemi exécute en effet, sur nos tranchées, un tir très bien réglé qui, sans les précautions prises, nous eût causé de lourdes pertes.

                  L’heure de l’attaque est 5 h 45.

                  L’objectif : la lisière sud du bois de Veau, au bord du ravin, dans lequel on ne doit pas descendre, mais seulement s’emparer des abris creusés dans la face sud.

                  Pour arriver à cet objectif, le bataillon devra traverser un terrain fortement organisé, montant légèrement jusqu’à la cote 191-3 et descendant ensuite faiblement vers le ravin. Sur ce terrain, plusieurs points sont indiqués comme fortement organisés et défendus par des troupes d’élite (3ème grenadier de la garde).

                  C’est tout d’abord la tranchée du « Casse-Tête », puis celles du « Tank », de « Lessing », les boyaux de la « Boxe » et du « Gabion » et enfin, plus loin, la grande tranchée du « Fanion », avec les profondes carrières de Beauregard, le chemin creux au sud du ravin de Veau et la lisière de ce ravin.

                  Tout cet ensemble constitue un morceau dur à avaler, si la préparation d’artillerie n’est pas parfaite, ou si les troupes d’assaut n’arrivent pas à temps pour s’emparer des entrées des carrières.

                  Mais le 6ème bataillon est plein de confiance ; il sait que son admirable chef, le commandant Frère, a prévu les moindres détails ; il sait aussi qu’il doit marcher à côté de troupes de choix. En effet, il est bataillon d’extrême gauche de la 66ème division et assure la liaison avec le 4ème zouaves, dont le bataillon de droite a pour objectif le fort de la Malmaison, et la droite du 6ème passera à quelques mètres du fort.

                  A 5 heures, le dispositif d’attaque est réalisé, il est le suivant :

                  En avant de la tranchée de première ligne, et dispersés dans les trous d’obus, les hommes du groupe franc.

                  Dans la tranchée de première ligne, tranchée « Narcisse » à gauche, la 1ère compagnie.

                  Dans la tranchée de première ligne, tranchée « Vaillant » et, de gauche à droite, 2ème, 4ème et 3ème compagnies, échelonnées en profondeur par l’utilisation des parallèles creusées au sud des tranchées « Narcisse » et « Vaillant ».

                  Les pièces de la compagnie de mitrailleuses sont réparties dans les compagnies suivant la mission de ces dernières.

                  L’attaque comporte deux phases :

                  1 – Prise des tranchées du « Casse-Tête », « Tank », « Lessing », « Fanion », carrières de Beauregard et lisière sud du ravin de Veau. Le 6ème opère en liaison à gauche avec le 4ème zouaves, qui enlève le fort de Malmaison, et à droite avec le 46ème bataillon de chasseurs.

                  2 – Le 6ème bataillon est dépassé par le 67ème, qui doit progresser sur le plateau d’Entre-deux-Monts, direction ferme de l’Orme. Le 46ème doit, lui aussi, être dépassé par le 27ème qui a pour mission de s’emparer de l’Eperon et du village de Pargny-Filain.

                  La mission de chaque compagnie a été nettement définie. Tout le bataillon devra sortir en même temps, et progresser aussi rapidement que possible jusqu’à la tranchée du « Casse-Tête », de manière à éviter le barrage qui, d’après les observations faites jusqu’alors, s’établit de la tranchée « Narcisse » jusqu’à 500 mètres au sud.

                  Le groupe franc marchera droit sur le ravin de Veau.

                  La 2ème marchera sur la tranchée du « Fanion », qu’elle doit nettoyer et occuper, en même temps qu’elle assure à gauche la liaison avec le 4ème zouaves, sur le plateau d’Entre-deux-Monts, dont elle doit tenir les pentes nord.

                  La 3ème compagnie, en liaison à gauche avec la 1ère et à droite avec le 46ème bataillon, marche sur la lisière nord du bois du ravin de Veau et s’établit en échelon vers la droite, la tête au ravin.

                  La 4ème se répartit dans la tranchée du « Casse-Tête » et du « Fanion », dont elle fait le nettoyage.

                  A H moins 5, c'est-à-dire 5 h 10, l’ennemi envoie encore de gros minen sur nos tranchées de départ ; cela laisse supposer que plusieurs de ses engins ont échappé au tir de destruction de notre artillerie, qui cependant fait rage. Il ne fait pas encore jour, mais en se tournant vers le sud, on peut voir le ciel complètement embrasé par les lueurs des canons.

                  A 5 h 15, le bataillon se lance à l’assaut.

                  Par suite de la complète obscurité, une légère erreur de direction se produit, mais elle est vite corrigée par le chef de bataillon. De plus, l’artillerie française, à ce moment, arrose d’obus incendiaires le fort de la Malmaison ; c’est d’un effet absolument féerique et cela présente l’avantage de donner à tout le monde un point de repère ; les chasseurs reprennent aussitôt leur direction.

                  Le barrage roulant est admirablement réglé, il est suivi au plus près par les unités de tête, les chasseurs sont absolument emballés, les officiers ont peine à les retenir pour les empêcher de se faire prendre sous le barrage français. Certains expriment leur satisfaction en criant : « On les tient, on les a !... »

                  Le travail de l’artillerie a été parfait ; il reste bien des mitrailleuses, certaines même tirent dans le dos des éléments de tête, mais ceux-ci ne s’en préoccupent pas, c’est l’affaire des camarades qui suivent, c'est-à-dire la 4ème compagnie. Les 2ème, 1ère et 3ème, avec les sections de mitrailleuses qui leur sont adjointes, progressent aussi vite que le leur permet le chargement des hommes, l’obscurité et l’état du terrain, vaste champ d’entonnoirs, dans lesquels il n’es pas rare de culbuter.

                  Après la tranchée du « Casse-Tête », occupée par la 4ème compagnie, celles du « Tank », de « Lessing », la cote 191-3, sont successivement enlevées, puis la partie de la grande tranchée du « Fanion », dévolue au 6ème, est nettoyée et mise en état de défense par la 2ème compagnie, pendant que les 1ère et 3ème continuant leur avance, dépassent le chemin creux et arrivent à leurs objectifs, carrières de Beauregard et ravin de Veau.

                  En moins d’une heure, tous les objectifs sont atteints, aussitôt les dispositions sont  prises pour parer aux contre-attaques qui ne tardent pas à se déclencher, car à droite l’attaque a moins bien marchée, la première ligne seulement (tranchée du Casse-Tête) a pu être enlevée et le 6ème se trouve très en flèche.

                  Au cours de l’attaque, le commandant Frère a été blessé d’une balle de mitrailleuse, mais à force d’énergie, il conservera son commandement pour ne se laisser évacuer qu’à la nuit, quand la situation sera stabilisée.

                  A 9 heures, le 67ème bataillon double le 6ème et progresse sur le plateau d’Entre-deux-Monts ; il descend les pentes du plateau, arrive à l’Ailette et atteint tous ses objectifs.

                  A gauche, le 27ème n’a pu déboucher pour doubler le 46ème, à cause du nombre considérable de mitrailleuses qui battent le terrain.

                  L’ennemi lance plusieurs contre-attaques furieuses qui toutes échouent sous nos feux.

                  La nuit est assez calme.

                  Le 24, l’artillerie ennemie, des crêtes de Nomampteuil, envoie des coups directs sur les bords du ravin et sur le fort.

                  A 19 heures, le bataillon reçoit l’ordre d’attaque pour le lendemain. Sa mission est de s’emparer de l’éperon de Pargny-Filain, en liaison à droite avec le 27ème et couvert à gauche par le 4ème zouaves.

                  Le 25 octobre, à 5 heures, le groupe franc part de la tranchée du « Fanion », sur l’éperon de Pargny-Filain et dans le ravin de Veau. Il est couvert à droite par une forte patrouille de la 4ème compagnie ; il avance rapidement sur l’Eperon ; l’ennemi, démoralisé par le bombardement et l’attaque de l’avant-veille, n’oppose pas une résistance très vive, mais la progression est retardée par l’artillerie française, qui continue à battre l’éperon de Pargny-Filain. Au fur et à mesure de l’avance du groupe franc, la 3ème compagnie occupe la position.

                  A 7 heures, le groupe franc borde la lisière nord de l’éperon, après avoir nettoyé tout le ravin de Veau.

                  A 9 heures, l’artillerie lourde d’armée commence son tir de destruction sur l’éperon de Pargny-Filain, le croyant toujours occupé par l’ennemi. Nos éléments sont alors obligés de l’évacuer, ne laissant que de petits détachements à son extrémité nord.

                  Dès que le tir de notre artillerie cesse, les compagnies réoccupent à nouveau et définitivement la partie sud de l’éperon, face à l’est, en liaison avec le 27ème.

                  Dans l’après-midi, vers16 heures, un détachement des 1ère et 4ème compagnies, sous les ordres du sous-lieutenant de Laval, descend les pentes nord de l’éperon et s’empare de Pargny-Filain, appuyés par le peloton de mitrailleuses du sous-lieutenant Mélandri et un peloton de 1ère compagnie, commandé par le lieutenant Monchio, qui occupe l’éperon. Il dépasse le village, pousse jusqu’au canal de l’Oise à l’Aisne, sur les bords de l’Ailette.

                  Une patrouille, conduite par le caporal Nialhe, de la 1ère compagnie, va jusqu’au pont de l’Ailette ; le caporal le franchit et tombe de l’autre côté, mortellement frappé, au moment où il allait disperser un groupe d’ennemis, dont il venait de constater la présence.

                  Malgré la résistance de l’ennemi, le détachement du sous-lieutenant de Laval parvient à s’installer à 200 mètres au sud-ouest du canal, en liaison à gauche à la Tuilerie, avec le 4ème zouaves et à droite avec le 27ème bataillon.

                  Dans ces deux opérations, menées avec un entrain remarquable, le bataillon a capturé plus de 200 prisonniers, 12 minen de gros calibre et 13 mitrailleuses, sans compter le matériel de toute nature abandonné par l’ennemi, dans la carrière de Beauregard et le village de Pargny-Filain.

                  Le bataillon a subi les pertes suivantes : 1 officier tué ; 4 blessés, dont le chef de bataillon ; 58 sous-officiers, caporaux et chasseurs tués et 223 blessés.

                  Pour son beau succès et sa magnifique tenue au feu, le 6ème bataillon est cité à l’ordre de la 6ème armée, dans les termes suivants, et reçoit sa troisième palme.

 

                  ORDRE DE LA VIème ARMÉE

 

                  Est cité à l’Ordre de l’armée :

 

                  Le 6ème bataillon de chasseurs alpins :

                  « Après avoir, pendant plus d’un mois, préparé son terrain avec persévérance et méthode, a fait preuve d’un entrain superbe à l’attaque de la première position ennemie, le 23 octobre 1917, réalisant intégralement le programme fixé. Sous le commandement successif du commandant Frère qui, blessé au début de la journée, n’a consenti à se laisser évacuer que le soir, et du capitaine Chalumeau, a capturé 200 prisonniers dont 4 officiers, 4 lance-mines et 9 mitrailleuses.

                  « Le 25 octobre, malgré les pertes et la fatigue, a repris avec autant de hardiesse que de prudence, le mouvement en avant, occupant l’éperon de Pargny-Filain, et y capturant 200 prisonniers, 10 lance-mines ou lance-torpilles et 14 mitrailleuses. A réalisé ainsi successivement, sur des fronts de 500 et de 400 mètres, des avances de 1 000 à 1 600 mètres, en s’emparant de six lignes de tranchées. »

 

                  Le Capitaine Chalumeau, qui a pris le commandement du bataillon, après la blessure du commandant Frère, reçoit la Croix de la Légion d’honneur :

 

                  « Officier d’un grand sang-froid et d’un grand courage. Le 23 octobre 1917, a commandé le bataillon avec beaucoup de décision et d’énergie après la blessure du chef de bataillon, réalisant point par point le programme fixé. Le 25 octobre, par les mesures judicieuses qu’il a sur prendre, a amené la reddition de plus de 200 Allemands, la capture de deux batteries de minenwerfer et l’occupation d’un village très fortement organisé. »

 

                  L’aspirant Passeron, du groupe franc, reçoit la Médaille militaire avec le motif suivant :

                 

                  « Sous-officier d’une bravoure audacieuse, toujours prêt à remplir des missions délicates et périlleuses. Au cours des combats d’octobre 1917, a entraîné son groupe dans un ordre parfait à l’assaut des positions allemandes, faisant 150 prisonniers et contribuant à la prise d’un village fortement tenu par l’ennemi. Une citation »

 

                  Le sergent Carrère, exemple de bravoure et de sang-froid, reçoit lui aussi la Médaille militaire :

 

                  « Excellent sous-officier, d’une bravoure, d’un sang-froid, d’une énergie à toute épreuve ; s’est particulièrement distingué au combat du 23 octobre 1917, où il s’est offert comme volontaire pour la reconnaissance de plusieurs abris suspects, a accomplit sa mission avec habileté et décision, capturant 2 officiers, 2 sous-officiers, 58 hommes et 6 mitrailleuses.  Cinq citations. »

 

                  Le lieutenant Libmann, commandant la 1ère compagnie, est cité à l’Ordre de l’armée dans les termes suivants :

 

                  « Officier de grande valeur. Parti en tête du bataillon avec sa compagnie, à l’attaque du 23 octobre 1917, est parvenu d’un seul bond à ses objectifs. Le 25 octobre, a déployé des qualités réelles de décision, notamment à la prise de Pargny-Filain. A accompli avec sa compagnie une progression totale de plus de deux kilomètres, capturé une batterie de minen, 6 mitrailleuses et fait 20 prisonniers. »

 

                  Le sergent Molaso est cité à l’ordre de l’armée :

 

                  « Sous-officier très énergique, modèle de dévouement et de courage. Commandant un groupe de couverture, a parfaitement rempli sa mission, arrivant le premier sur l’objectif de sa compagnie. A secondé très activement son chef de section pendant l’installation sur la position, en butte à des feux d’artillerie et de mitrailleuses. Quatre fois blessé. Trois citations. »

 

                  Le chasseur brancardier Martin reçoit, lui aussi, la Croix de guerre avec palme, pour le dévouement dont il fait preuve en toutes circonstances :

 

                  « Au bataillon depuis le début. Brancardier chef d’équipe courageux et d’un grand dévouement, animé du plus grand esprit de sacrifice. Fait l’admiration de tous. A été grièvement blessé en se portant, sous un bombardement violent, au secours de ses camarades blessés. Trois citations. »

 

                  Le 26 octobre, dans la nuit, le bataillon est relevé par le 137ème R.I., il vient cantonner aux champignonnières de Chasseny, où il reste deux jours.

                  Le 28, il embarque en T.M ; à destination de Château-Thierry, où il arrive à 16 heures.

                  Le 1er novembre, il embarque en chemin de fer et arrive à Lure, le 2 ; il va cantonner à Gouhenans et au val de Gouhenans.

                  Le 29 novembre, le général Pétain passe le bataillon en revue. Le commandant Frère, sorti de l’hôpital, reprend le commandement du bataillon.

                  Le 5 décembre 1917, le bataillon quitte Gouhenans, pour se porter en marche-manœuvre dans la région de Luxeuil.

                  Du 5 au 12 décembre, en passant par Franchevelle, Lures, Sainte-Marie-en-Charmois, Saint-Maurice, le col de Bussang et Saint-Amarin, le bataillon vient cantonner à Moosch.

                  Il en repart le 13, après la soupe du matin, pour aller relever au Sudelkopf, le 1er bataillon du 106ème R.I.

 

 

VOSGES – ALSACE

 

                  La 4ème compagnie occupe le point d’appui du Doigt, en liaison à droite avec le 27ème bataillon. La 2ème compagnie le point d’appui Hutter, en liaison à gauche avec le 67ème. La compagnie de mitrailleuses est répartie dans le secteur. Les 1ère et 3ème compagnies, placées en réserve, sont employées aux travaux et transport du matériel.

                  Le 19, une reconnaissance est effectuée dans le ravin de Furstacker ; le lendemain, l’ennemi bombarde violemment nos positions du Doigt, avec des minen de 240.

 

 

 

Vers 1918

 

 

 

 

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