HISTORIQUE

Du

6ème BATAILLON ALPIN DE CHASSEURS A PIED

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Vers 1914 et 1915

 

 

 

 

1916

 

 

                  Du 25 novembre 1915 au 6 janvier 1916, le 6ème groupe alpin se complète en matériel ; il exécute avec l’artillerie et les compagnies de débarquement des cuirassés des exercices et manœuvres combinés, sous les ordres du chef de bataillon commandant le groupe. Durant cette période, les chasseurs sont vaccinés contre le choléra.

                  Le 7 janvier, le groupe reçoit l’ordre de se tenir prêt à partir pour une destination inconnue ; et le lendemain il commence son embarquement, procédant d’abord à la mise en place des animaux et du matériel, qu’il faut répartir sur les croiseurs Edgard-Quinet, Waldeck-Rousseau, Ernest-Renan et Jules-Ferry.

                  Le personnel embarque le 9 janvier, à 4 heures du matin ; le groupe quitte la caserne Farré et le camp Ouest en quatre fractions constituées, une pour chaque croiseur. Le premier détachement, sous les ordres du comandant Melle-Desjardins, à bord de l’Edgard-Quinet comprend l’état-major du groupe, un peloton de la 3ème compagnie, la moitié de la S.H.R. et une demi batterie.

                  Le deuxième détachement, à bord de l’Ernest-Pérochon, sous les ordres du capitaine adjudant major Thévenot, comprend la moitié de l’état-major du bataillon, de la S.H.R., les 1ère et 4ème compagnies, une section de mitrailleuses et une demi batterie.

                  Le troisième détachement, sous les ordres du capitaine Ancé, à bord du Jules-Ferry, comprend la 6ème compagnie et un détachement de la batterie.

                  Le quatrième détachement, sous les ordres du capitaine Barthélemy, à bord du Waldeck-Rousseau, comprend les 2ème et 5ème compagnies, une section de mitrailleuses et les conducteurs du train régimentaire.

                  L’embarquement commence à 6 heures du matin, sur le quai de Bizerte, les troupes sont transportées sur des chalands, à bord des croiseurs, qui sont au mouillage dans le lac de Bizerte. L’embarquement s’effectue rapidement et dans de bonnes conditions. Il est terminé à 8 heures.

                  A 10 h 20, l’Edgard-Quinet quitte le port de Bizerte, suivi à une heure d’intervalle par chacun des autres croiseurs de la division.

                  Le 10 janvier, à 16 heures, le torpilleur Arbalète et le croiseur Lavoisier rejoignent l’Edgard-Quinet. Des plus leur sont remis par l’amiral commandant la division et ils s’éloignent dans une direction inconnue. A 17 heures, on arrive en vue de la terre. A 21 heures, la division légère arrive en vue de l’île de Corfou, tous feux éteints.

 

 

 

CORFOU

 

                  L’île de Corfou jouit d’un climat très doux, rappelant celui de la Côte d’Azur ; l’hiver y est presque inconnu. La partie nord est très accidentée. De tous les points de l’île on aperçoit le plateau aride du Panthokrator, qui est le sommet le plus élevé de l’île ; elle produit en abondance du vin, des oranges et autres fruits, ainsi que du maïs.

                  La ville de Corfou, qui compte près de 20 000 habitants, est plutôt sale, les rues sont étroites et tortueuses, seule la promenade de l’Esplanade est bien tenue.

                  A 4 kilomètres au sud de la ville, dans un site charmant, se trouve le village de Gastouri, sur le territoire duquel est construit l’Achillcon.

                  Le 11 janvier, vers 2 h 30, les croiseurs jettent l’ancre dans la rade de Corfou. A bord, le groupe alpin est depuis une heure sous les armes, tout est prêt pour que le débarquement s’effectue rapidement.

                  A 2 h 45, le chef de bataillon commandant le groupe, le lieutenant de vaisseau Avis et l’aspirant Samson, de l’Edgard-Quinet, prennent place dans la première chaloupe avec un petit détachement de matelots. Sur le quai, le chef de bataillon trouve les consuls des nations alliées, qui le mettent au courant de la situation dans l’île.

                  Le commandant fait immédiatement procéder à l’arrestation des espions et personnages suspects, dont le chef de l’espionnage allemand Rhomboer, qui sont gardés à vue, en attendant d’être envoyés sur un croiseur.

                  A 3 h 15, le débarquement du groupe commence. Aussitôt à terre, les divers détachements partent exécuter les missions qui leur ont été confiées.

                  Le chef de bataillon, estimant que l’occupation de l’Achillcon, résidence de l’empereur d’Allemagne, doit se faire sans tarder, forme un petit groupe, sous le commandement du lieutenant de vaisseau Avis et de l’aspirant Samson, composé de sapeurs, de matelots torpilleurs et mineurs, munis d’explosifs et d’engins de destruction, et les fait partir en auto.

                  A 3 h 30, les bureaux des postes et télégraphes sont occupés, ainsi que les consulats allemands et autrichiens, qui sont gardés par des chasseurs placés aux issues.

                  Un détachement de la 3ème compagnie empêche toute personne de sortir de la ville.

                  La caserne de la citadelle, reliée à la ville par un pont qui a été occupé dès l’arrivée, se trouve complètement isolée ; aussi grande est la surprise des soldats grecs, qui logent presque tous en ville, quand, voulant regagner leur caserne, ils en sont empêchés par les chasseurs, qui croisent la baïonnette et ne laissent passer personne.

                  A 8 h 30, les autorités civiles font une première protestation ; le préfet des îles Ioniennes arrive sur la place du Port et demande à parler au commandant des troupes françaises débarquées ; le chef de la police grecque l’accompagne. Ils sont conduits au chef de bataillon. Aussitôt en présence, le préfet exprime sont étonnement d’un débarquement des troupes françaises sur une île grecque, et proteste énergiquement contre un pareil acte de la part de la France, en violation, dit-il, de la foi des traités et de la déclaration de neutralité de la nation grecque ; il renouvelle par deux fois sa protestation.

                  Le commandant lui répond courtoisement qu’il prend acte de ses déclarations et ajoute : « qu’ayant reçu une mission à remplir, il l’exécute ». Sur cette réponse, le préfet s’incline et se retire.

                  Le débarquement continue dans les meilleures conditions.

                  A 4 heures, tout le groupe est à terre ; le débarquement des vivres, des voitures et du matériel se poursuit très rapidement. Un détachement de la 5ème compagnie part occuper le poste de T.S.F. de Sidari. La ville de Corfou est calme, quelques curieux commencent à venir regarder le débarquement.

                  A 8 h 30, le capitaine adjoint au commandant des troupes grecques, en garnison à Corfou, se présent au commandant Melle-Desjardins et lui remet une protestation écrite de son chef. L commandant la prend et lui en donne reçu.

                  A 9 heures, la population ne montrant aucune mauvaise disposition à notre égard, le commandant fait exécuter par la fanfare l’ »Hymne grec », puis la « Marseillaise », qui sont acclamés par la foule de curieux ; il fait ensuite jouer la « Sidi Brahim ».

                  A 10 h 30, le débarquement est complètement terminé. Dans la journée, le commandant grec des troupes de la place, autorise les troupes françaises à cantonner au Fort Neuf. Des postes sont installés dans les différents points de la ville.

                  En face de Corfou, l’île de Vido est occupée par une demi section et une pièce d’artillerie ; cette demi section est relevée le 16 janvier par la 3ème compagnie, qui commence l’installation des camps destinés à recevoir les soldats serbes.

                  L’armée serbe, ramenée sur les vaisseaux des marines alliées, sera reconstituée et réorganisées par le 6ème groupe alpin, dans l’île de Corfou.

                  Le 18 janvier, par ordre ministériel, le groupe alpin cesse d’appartenir à l’armée navale et passe sous les ordres du général de Mondésir, chef de la mission militaire française après de l’armée serbe, dont le représentant actuel à Corfou est le lieutenant colonel Broussaud.

                  La population civile et militaire, très impressionnée par la tenue et la discipline des chasseurs, se montre absolument neutre et ne témoigne pas la moindre marque de sympathie.

                  A partir du 20 janvier, les débris de l’armée serbe arrivent chaque jour, jusqu’au 31 janvier.

                  L’état d’épuisement et de misère des malheureux soldats serbes est extrême… Ils n’ont sur le dos que des loques, sont rongés de vermine et n’ont pas mangé d’aliments dignes de ce nom depuis plusieurs semaines. Aussi le typhus et le choléra font-ils parmi eux de terribles ravages ; les chasseurs les aident de leur mieux. Un médecin-major du Waldeck-Rousseau et le médecin auxiliaire Duvacher, du 6ème bataillon, font preuve d’un dévouement inlassable.

                  L’île de Vido, fut choisie pour l’isolement des malades dysentériques, les malheureux Serbes ont à peine la force de débarquer ; quelques-uns tombent à terre et doivent être transportés sur brancard. La plupart sont muets, squelettiques, courbés sous le poids de leur défaite et des fatigues sans nom qu’ils ont endurées, vêtus de lambeaux de capotes kaki, les pieds plus souvent entourés de morceaux de toile que de chaussures.

                  Tout ce monde se répand en désordre autour du débarcadère. Détail particulier, même ceux qui peuvent à peine se traîner, conservent leurs fusils, dont ils se servent comme d’un bâton de soutien.

                  Les brancardiers serbes, aidés des chasseurs du bataillon, transportent tous ces malheureux dans les locaux disponibles. Les officiers du bataillon font rassembler avec peine les soldats serbes pour les conduire aux deux camps : l’un au promontoire nord de l’île, l’autre dans un vallonnement à l’est. Là, ils reçoivent des toiles de tentes fournies par le bataillon et montent leurs entes individuelles.

                  La dysenterie, le manque de nourriture et la fraîcheur des nuits de janvier sèment la mort dans ces camps. Vers le 23 janvier il en mourait quarante par jour ; à la fin du mois, ce chiffre était monté à cent cinquante.

                  Mais de nouveaux soldats serbes, arrivant des côtes d’Albanie, comblèrent rapidement les vides ; l’île de Vido en contint jusqu’à 7 000 dans ses camps.

                  Misérable aspect que celui de ces camps, où les soldats serbes cherchaient à réchauffer leurs membres rigides, en allumant des feux qu’ils entretenaient sans cesse, même par les jours ensoleillés et brûlants.

                  Pour calmer leur soif, on en vit plus d’un déterrer l’herbe des talus et la manger avidement. Le seul puits de l’île était l’objet d’un siège en règle, qui nécessitait la présence d’un poste de chasseurs. Sur les rares plages, on rencontrait ces malheureux, accroupis, creusant avec leurs mains, non loin de la ligne des vagues des sortes de puisards dans lesquels l’eau de mer arrivait filtrée par le sable ; ils la buvaient au fur et à mesure. Pour apaiser leur faim, ils allaient jusqu’à essayer de déterrer les trous à ordures de la compagnie de chasseurs, pour y chercher quelque nourriture.

                  Dans la mesure du possible, on plaçait à part les plus fatigués, dans les rares bâtiments de Vido, à l’infirmerie, où l’on pansait les ulcères qui couvraient souvent tout le corps de ces malheureux. Nombreux étaient ceux qui marchaient sur plusieurs grosses ampoules suppurées, développées sous la plante des pieds.

                  Dans le coin des dysentériques graves, groupés sur un peu de paille, dans les étroits locaux existants, ils étaient environ 800, étendus les uns à côté des autres, dans un tel état d’émaciation et d’affaiblissement, qu’il fallait souvent les secouer avec force pour distinguer les moribonds de ceux qui étaient déjà morts.

                  Pour ces malades, et pour les quelques milliers des camps, la compagnie du 6ème dut s’ingénier à utiliser le riz fourni par l’intendance en assez grande quantité. Avec des moyens de fortune, un minimum de nourriture saine fut ainsi assuré aux Serbes de l’île de Vido, en attendant l’arrivée de la mission française.

                  La compagnie du 6ème aidait les quelques brancardiers serbes à recruter dans les camps, dans leur travail qui consistait à transporter et à enterrer les morts dans d’immenses fosses que l’on creusait au sud de l’île. Mais une épidémie de choléra s’étant déclarée peu après l’arrivée de la mission française, le chiffre journalier des morts s’éleva jusqu’à 200. L’inhumation de tant de cadavres devenant impossible, un navire-hôpital français, le Saint François d’Assises, fut chargé d’aller les immerger au large du canal d’Otrante.

                  Tel fut à peu près le travail des premiers jours à Vido, c’est-à-dire du 17 au 31 janvier, date à laquelle la mission française commença à fournir le personnel et le matériel nécessaire.

                  La mission française arrive fin janvier. Les chasseurs aident au transport des médicaments et du matériel. Des baraques en bois à double épaisseur, du modèle « Adrian », des tentes « Bessonneau » s’élèvent un peu partout, grâce à l’activité des chasseurs et permettent d’aliter les malades serbes et de les soigner dans de bonnes conditions. Avant de les y admettre, on les fait passer à un service de douches et on leur distribue du linge de corps neuf. Des médecins de la mission française, de la marine, des médecins serbes, donnent leurs soins aux malades sous la direction d’un médecin-chef français.

                  Tandis que Vido était choisie dès le début comme lieu d’isolement pour la masse des malades serbes, le Lazaret (îlot situé au nord de Vido) ne fut utilisé qu’au début de février par la mission française pour y faire passer aux douches et habiller à neuf la majeure partie de l’armée serbe bien portante. Quelques marins étaient affectés au fonctionnement de l’étuve humide. Des chasseurs étaient préposés à la police générale, à la distribution du linge propre et des vêtements neufs. Le médecin auxiliaire du 6ème bataillon, docteur Duvacher, surveillait l’ensemble.

                  Il passait de 500 à 1 000 hommes par jours, habillés en bleu horizon ou en kaki, qui étaient ensuite dirigés par bateaux, vers les différents camps préparés dans l’île de Corfou.

                  Vers le 10 février, le Lazaret changea d’utilisation et fut affecté aux contagieux graves.

                  Lorsqu’au début de février, le prince Alexandre de Serbie vint pour visiter l’installation sanitaire de Vido, il trouva admirablement organisée.

                  Tout le monde s’ingéniait pour rendre aux Serbes leur séjour agréable ; le commandant Melle-Desjardins envoya plusieurs fois la fanfare du bataillon jouer devant l’habitation des officiers et au milieu des camps ; initiative très appréciée de ces mélomanes qui eux-mêmes, jouaient des airs mélancoliques de leur patrie, le visage tourné vers le nord, du côté de la Serbie envahie. On vit plusieurs fois, au moment où la fanfare jouait l’Hymne Serbe », des moribonds se redresser su leur couche, et trouver encore la force de saluer pour ensuite retomber épuisés ou morts.

                  Le 4 février, la 1ère compagnie est détachée dans la partie sud de l’île de Corfou, pour préparer des camps destinés à recevoir trois divisions serbes. Le 6 février, le prince Alexandre de Serbie arrive à Corfou ; les honneurs lui sont rendus par les 3ème, 6ème compagnies et la fanfare.

                  Le 24 février, les unités qu ne sont pas de service auprès des malades, sont passées en revue, sur l’Esplanade de Corfou, par le général de Mondésir, qui remet la médaille militaire au chasseur Cabane, avec la citation suivante :

 

                  « Chasseur extrêmement brillant au feu. Au combat du 8 septembre 1914, blessé au cours d’une contre-attaque de quatre coups de baïonnette et d’une balle, est resté pendant trente-six heures sur le terrain occupé par l’ennemi ; a simulé le mort pour ne pas être fait prisonnier et, grâce à une ruse, a traversé les lignes allemandes, pour venir retrouver ses camarades. A été blessé une deuxième fois, le 3 juin 1915, et a demandé instamment à revenir sur le front pour la troisième fois. »

 

 

                  Durant le mois de mars, et au fur et à mesure de la remise en état des troupes serbes, les unités du 6ème bataillon qui deviennent disponibles, assurent le service de place de la garnison.

                  Les dissidents Bosniaques et Herzégoviniens de l’armée serbe sont réunis à Govino, par les soins du bataillon, sur l’ordre de la mission militaire française ; le capitaine Barthélemy en forme un bataillon dont il fait l’instruction.

                  Le 10 avril, le 10ème bataillon territorial de zouaves arrive à Corfou, pour remplacer le 6ème bataillon de chasseurs, qui doit rentrer en France.

                  Le 24 avril, le ministère de la guerre de Serbie envoie au général de Mondésir la lettre suivante :

                  « Je viens d’être informé que le 6ème bataillon de chasseurs alpins partira prochainement de Corfou et qu’il se séparera de l’armée serbe, à laquelle il a été attaché voilà bientôt trois mois.

                  « Cette séparation est un moment plein d’émotion pour chaque soldat serbe. Les chasseurs ont en effet, pendant leur séjour à Corfou, gagné les cœurs des soldats serbes et de leurs chefs, par leur dévouement inlassable envers leurs camarades serbes, et ceux-ci ne pourraient assez exprimer leurs sentiments de reconnaissance et d’amour pour leurs braves camarades français, car le 6ème bataillon de chasseurs, digne représentant de la belle et courageuse armée française, notre grande alliée, accueille les soldats serbes au moment de leurs plus cruelles souffrances, provenant de longs combats acharnés, contre un ennemi trois fois supérieur en nombre, et de cette dure retraite, pendant laquelle ils mourraient de faim.

                  « Les chasseurs ont transporté dans leurs bras les soldats serbes épuisés et mourants, sans se préoccuper nullement de ce qu’un grand nombre de ces derniers étaient atteints de maladies contagieuses et des plus graves. Ils leur portaient leurs équipements et leur donnaient la plus grande partie de leur pain.

                  « Dans les rangs de l’armée serbe, on raconte des anecdotes touchantes, sur la générosité du soldat français. Les chasseurs ont en un mot accueilli les soldats serbes, non seulement comme alliés, mais comme de véritables frères.

                  « Au nom de l’armée serbe, j’ai l’honneur d’exprimer sa reconnaissance sincère à MM les officiers, sous-officiers et chasseurs du 6ème bataillon, en vous priant de vouloir bien le leur transmettre.

                  « Si vous voulez bien me communiquer à temps l’heure du départ du bataillon, j’irai au devant du désir de notre armée et je permettrai à une section d’infanterie et d’artillerie et à un peloton de cavalerie, de venir les saluer au départ, afin que les soldats serbes puissent serrer la main de leurs camarades français en se séparant d’eux.

                  « Afin de donner un signe visible de reconnaissance de l’armée serbe, je vous prie, mon Général, de vouloir bien me transmettre en aussi grand nombre que possible, les noms de MM les officiers, sous-officiers et chasseurs du 6ème bataillon qui se sont distingués pendant ces trois mois dans l’accomplissement de leur devoir si difficile, et j’aurai l’honneur de les proposer à Son Altesse royale le Prince héritier, pour être décoré.

                                                                                 « Pour le ministre de la guerre,

                                                                                 « Le colonel d’état-major,

                                                                                                   « Signé : FERVITCH »

 

                  Le 28 avril, les zouaves relèvent les 2ème et 3ème compagnies et les sections de mitrailleuses qui sont à Govino et Moraïtika, afin de leur permettre de rentrer à Corfou pour le rassemblement du bataillon, qui est entièrement effectué le 29 avril.

                  Le 1er mai, le prince Alexandre de Serbie passe ne revue le 6ème groupe alpin sur l’Esplanade de Corfou ; il remercie le 6ème bataillon du concours qu’il a prêté à l’armée serbe et décore plusieurs officiers, sous-officiers, caporaux et chasseurs.

                  Le 13 mai, le groupe alpin est dissous ; la 46ème batterie reste à Corfou et le 6ème bataillon embarque à bord du croiseur auxiliaire La Savoie, pour rentrer en France.

                  Durant les journées des 14, 15 et 16 mai, voyage de Corfou à Marseille par le détroit de Messine et les bouches du Bonifacio.

                  Le 18 mai, le bataillon débarque au Frioul, où il reste en observation.

                  Le 19 mai, le commandant Melle-Desjardins, promu lieutenant-colonel, pendant le séjour du bataillon à Corfou, fait ses adieux au bataillon, pour aller prendre le commandement du 6ème régiment d’infanterie ; il fait paraître l’ordre suivant :

 

                  ORDRE DU BATAILLON N° 215

 

                  « Officiers, Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs du 6ème bataillon alpin,

 

                  « Désigné pour le 6ème régiment d’infanterie, par décision du général en chef, je quitte aujourd’hui le commandement du bataillon.

                  « Pendant une année entière, j’ai eu l’honneur d’être à votre tête, partageant vos bonnes et mauvaises fortunes et appréciant hautement vos brillantes qualités militaires, votre dévouement inlassable, votre allant et votre énergie hors de pair.

                  « C’est avec orgueil que j’ai constaté récemment qu’au grand quartier général votre réputation est faite. Nos chefs les plus éminents y considèrent le bataillon comme un des meilleurs corps de troupe de l’armée française.

                  « Cette réputation justement méritée, vous tiendrez à honneur de la maintenir.

                  « Le colosse allemand est maintenant ébranlé, et le jour n’est plus éloigné où une dernière et vigoureuse poussée fera sonner pour lui l’heure de la débâcle finale.

                  « Ce jour-là, tapez dur, mes amis, qu’aucune considération ne vous retienne et que le 6ème bataillon soit un des premiers à rejeter au-delà du Rhin l’infâme envahisseur.

                  « Le pays peut compter sur vous !

 

                                    Chasseurs du 6ème bataillon,

                  « C’est avec un profond chagrin que je vous quitte. Soyez convaincus que je ne saurais vous oublier et que ne cesserai de m’intéresser à vous et de vous suivre dans votre carrière.

                  « Au revoir, mes amis, je vous souhaite tous bonne chance et je vous demande de crier tous avec moi :

                  « Vivent les chasseurs,

                  « Vive la France immortelle !...

                  « Marseille, le 18 mai 1916.

                                                                                 « Le lieutenant-colonel commandant le 6ème B.C.A.

                                                                                                   « Signé : MELLE-DESJARDINS »

 

 

                  Ce même jour, le capitaine adjudant major Thévenot prend le commandement du bataillon.

                  Le 21 mai, le commandant Beauser vient prendre le commandement du 6ème bataillon.

 

                  ORDRE DU BATAILLON N° 216

 

                  « Officiers, Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs,

                  « Appelé à l’honneur de commander le 6ème bataillon de chasseurs, je retrouve avec plaisir ce corps dans lequel j’ai servi en temps de paix, pendant sept ans, et avec lequel j’ai fait la campagne de Lorraine, en 1914.

                  « Pendant que le bataillon était loin du front pour une mission spéciale, de mon côté, j’étais maintenu aussi loin du front pour blessures.

                  « Le bataillon va repartir, c’est une nouvelle guerre qui commence pour lui. Je suis sûr qu’il saura conserver son ancienne réputation, d’être pour tous, le plus beau bataillon de chasseurs et, pour les ennemis, le plus terrible des « diables bleus ».

                  A Marseille, le 21 mai 1916.

                                                                                 « Le chef de bataillon commandant le 6ème B.C.A.

                                                                                                   « Signé : BEAUSER »

 

 

                  Le 25 mai, le bataillon est dirigé du Frioul sur Marseille, où il embarque le lendemain matin en chemin de fer, à destination de Nice et rejoint son dépôt pour se réorganiser.

 

 

 

VOSGES

 

                  Le 12 juin, le 6ème bataillon embarque à Nice, à destination de Laveline-devant-Bruyères (Vosges), où il arrive le 14 juin, et va cantonner dans la région de Corcieux.

                  Le 15 juin, il vient de Corcieux à Clefcy et passe sous les ordres du général Gratier, commandant la 40ème D.I. ; il est affecté à la 8ème brigade de chasseurs, commandée par le lieutenant-colonel Petit.

                  Pendant trois jours, le bataillon cantonne dans la région de Clefcy. Le 19 juin il fait mouvement vers le Lingekopf, où il doit relever le 13ème B.C.A. et des unités du 1er bataillon territorial de chasseurs alpins. La relève s’effectue sans incidents, pendant les nuits des 21 et 22 juin.

                  Le 23 juin, tout le 6ème bataillon est en ligne et occupe le secteur Linge-Schratz ; du 23 juin au 16 juillet, le bataillon organise ce secteur ; l’ennemi est calme, les bombardements qu’il déclanche à certaines heures, ne sont faits que dans le but de détruire ou de gêner les travaux.

                  Dans la nuit du 15 au 16 juillet, commence la relève du 6ème bataillon par le 305ème régiment d’infanterie ; elle ne sera terminée que la nuit suivante.

                  A cette date, la 8ème brigade de chasseurs, dont fait partie le 6ème bataillon, passe de la 46ème à la 63ème D.I.

                  Le bataillon fait étape sur Clefcy, où il reste trois jours.

                  Le 27 juillet, il quitte la 8ème brigade et passe à la 6ème, sous les ordres du colonel Messimy. Il continue par étapes jusqu’à Archettes, où il reste du 30 juillet au 14 août.

                  Le colonel Messimy fait alors paraître un Ordre de brigade :

 

                  ORDRE DE LA BRIGADE N° 1

 

                  « Officiers, Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs des 6ème, 27ème et 28ème bataillons,

 

                  « Pendant de longs mois, vous avez assuré la défense du coin de terre que les troupes d’Alsace ont reconquises. Vous l’avez fait au prix de sacrifices héroïques, vous y avez conquis un tel lustre que votre nom est aujourd’hui, aussi bien chez les Alliés que chez nos ennemis, synonyme d’endurance, de courage et de haine de l’Allemand.

                  « Une tâche plus grande, plus lourde, plus glorieuse, nous attend ; avec nos camarades des autres bataillons nous sommes au début de cette troisième année de guerre, qui doit être la dernière, appelés à la bataille qui boutera l’ennemi hors de France.

                  « Instruits par l’expérience, mûris par les dangers et les épreuves, nous nous donnerons tout entiers et sans réserve pour remporter les succès qui nous apporteront une paix féconde et glorieuse.

                  « Nommé par décision du 22 juillet, au commandement de la 6ème brigade de chasseurs, je vous exprime à tous, mes chers camarades, la rude et profonde joie que j’éprouve à me retrouver au milieu de vous, la fierté que je ressens à être votre chef.

                  « Ensemble, j’en ai la pleine et ferme assurance, nous marcherons à la victoire.

                                                                           « Le colonel commandant la 1ère brigade de chasseurs,

 

                                                                           « Signé : MESSIMY »

 

                  Le 15 août, le bataillon est embarqué en chemin de fer en trois échelons et transporté dans la région d’Héricourt (Haute-Saône) ; de là, par Banvillars et Méroux, il vient cantonner à Rechesy (Haut-Rhin) où, pendant huit jours, il exécute des travaux de défense sur la frontière suisse.

                  Le 24 août, il embarque en chemin de fer dans la région de Petit-Croix et arrive le 25 en gare de Longeau (Somme).

 

 

 

SOMME

 

                  A partir de ce moment, le 6ème bataillon va être employé dans la formidable bataille de la Somme et, comme partout où il est déjà passé, il se distinguera par sa belle tenue au feu et son ardeur combative.

                  De Longeau, le bataillon vient bivouaquer dans le bois Labbée, puis vient cantonner à Cerisy-Gailly, où il passe six jours. Le 2 septembre, il va cantonner au camp de Suzanne, sur la rive nord de la Somme, à l’est de Bray-sur-Somme.

                  Le 3 septembre, le 6ème bataillon quitte le camp de Suzanne, et se porte près de Chalu, où il stationne au Chapeau de Gendarme, entre le moulin de Fargny et le village de Chalu, en réserve de division.

                  A 16 heures, il reçoit l’ordre de se porter en avant. Il doit relever dans la nuit des éléments du 229ème R.I., qui vient d’attaquer et a réussi à rejeter l’ennemi du bois des Riez et de la tranchée de Maussoul.

                  Le bataillon traverse Curlu, et emprunte des boyaux pour franchir la croupe des Observatoires et la ligne de notre artillerie.

                  Nos 75 tirent sans interruption ; la marche est très lente. Le bataillon reçoit son ravitaillement pour le lendemain.

                  Après un arrêt de quelques heures dans les tranchées de « Trouve-qui-Peut » et « Pestilence », il reprend sa marche en avant.

                  Les hommes avancent difficilement, car les tranchées ont été bouleversées par notre artillerie ; de plus, les guides envoyés par l’infanterie connaissent très peu le terrain. Il est plus de minuit quand le bataillon traverse le ravin où passe la voie étroite de Cléry à Maurepas.

                  Tout est calme ; les deux artilleries se déplacent et le bataillon continue sa marche sans incidents, sur le champ de bataille de la veille.

                  Au petit jour, il n’avait pas complètement pris ses emplacements, les compagnies de queue ont encore à franchir la croupe de Cranières, pour aller prendre position au bois des Riez. Leur mouvement es vu de l’ennemi, qui déclanche un barrage causant un certain désarroi et des pertes graves dans la section de mitrailleuses du sous-lieutenant Malandri.

                  De trous d’obus en trous d’obus, les compagnies de deuxièmes lignes gagnent leurs emplacements du bois des Riez et s’abritent de leur mieux. Les compagnies de tête sont devant la tranchée de « Maussoul ». Le terrain, encore recouvert de cadavres allemands, et complètement bouleversé par l’artillerie, témoigne de l’âpreté de la lutte qui s’y déroula la veille, puisque deux compagnies bavaroises s’y firent décimer, tenant jusqu’au dernier homme. Aussi le bois des Riez et ses abords ne sont qu’un cimetière.

                  Dès 7 heures du matin jusqu’à midi, la portion du bataillon qui est au bois des Riez subit un violent bombardement d’artillerie lourde, qui occasionne encore des pertes. C’est à ce moment que le capitaine Audibert, de la compagnie de mitrailleuses, est tué.

                  A 13 heures, le bataillon reçoit un ordre d’attaque pour 14 heures. Il doit, en liaison avec le 27ème bataillon et le 7ème régiment de tirailleurs, enlever la crête des Observatoires qui donne des vues sur les bois Marrière.

                  Le terrain où il aura à progresser se présent sous la forme d’une plaine très peu vallonnée, coupée de quelques talus. L’objectif est distant d’environ 2 kilomètres.

                  A l’heure « H », le bataillon sort des tranchées dans un élan admirable et dans un ordre parfait. Trois compagnies et une C.M. en tête, deux compagnies et la deuxième C.M. en soutien ; les compagnies sont formées en colonne double, chacun est à sa place, et l’ordre dans lequel se fait la progression force l’admiration des corps voisins.

                  L’attaque progresse au pas de charge. L’ennemi est complètement interloqué ; ses éléments avancés se replient dans le plus grand désordre à travers les champs d’avoine, où ils sont descendus à coups de fusil ou capturés par les chasseurs. En 18 minutes, la crête des Observatoires (cote 109) est enlevée. Des mitrailleuses se révèlent su la gauche, vers la ferme de l’Hôpital et l’ennemi, fortement retranché dans des caves et des abris bétonnés, a réussi à enrayer l’avance du 1er corps d’armée ; des éléments de la 1ère et de la 5ème compagnies s’établissent alors défensivement sur une ligne oblique au front. Le barrage ennemi est réglé sur la cote 109. Le capitaine Flageolet est tué au cours de la progression.

                  Des éléments de la 1ère compagnie, sous les ordres du lieutenant Bailly, et la 2ème compagnie, commandée par le capitaine Barthélemy, profitant de la confusion de l’ennemi, dépassent les objectifs et s’emparent du bois Reinette, progressant sous le feu des mitrailleuses de la ferme de l’Hôpital. Elles s’établissent en avant du bois Reinette. Une patrouille de dix hommes, sous les ordres du sergent Buéra, réussit à ce moment un coup d’audace admirable. Après avoir réduit des mitrailleuses, cette patrouille arrive devant une batterie d’artillerie ennemie, comprenant trois pièces de 77 et deux de 150. Les artilleurs essaient de se défendre, mais les chasseurs leur bondissent dessus à la grenade et à la baïonnette, en tuent quatre, dont un sous-officier et ramènent les autres dans nos lignes.

                  A 15 heures, le bataillon occupe la position suivante : une première ligne dans le bois Reinette, vallon de Marrière (une compagnie et demie et une section de mitrailleuses) ; à la lisière ouest du bois Reinette, deux compagnies et deux sections de mitrailleuses ; un peloton de la 5ème compagnie, arrêté face à la croupe sud-est de la ferme de l’Hôpital, une compagnie et demie et une compagnie de mitrailleuses bouchaient par leurs feux les trous produits entre les éléments du 6ème bataillon, qui a progressé au-delà de ses objectifs, et la droite du 1er corps d’armée, qui ne peut pas enlever la ferme de l’Hôpital.

                  A 18 heures, le bataillon, renforcé par deux compagnies du 28ème, établit sa liaison à droite et à gauche. A 20 heures, une patrouille constate que le réseau de fil de fer couvrant la tranchée de Mérrière est intact, sur une profondeur d’environ 20 mètres.

                  Dans la conduite de ces reconnaissances, les sergents Carrère et Perrin font preuve d’un beau courage en entraînant leurs chasseurs jusque sur les positions ennemies, d’où ils ne reviennent que sur ordre, en rapportant des renseignements précieux.

                  Dans les journées de 5 et 6 septembre, le bataillon renforce ses positions. La journée du 5 voir la prise de la ferme de l’Hôpital par le 3ème mixte de zouaves et de tirailleurs. La ferme est enlevée vers 16 heures, après trois assauts infructueux. Trois fois, les zouaves se reforment sous la mitraille et repartent à l’attaque ; ils enlèvent finalement l’objectif.

                  Vers 18 heures, l’ennemi contre-attaque. Le bataillon prête le concours de ses mitrailleuses qui, placées en batterie en terrain découvert, contribuent à arrêter la contre-attaque.

                  Le 7 septembre, le bataillon est ramené en arrière, près du bois des Riez, la tête dans la tranche de Maussoul, la queue dans le bois des Riez. Des abris individuels sont creusés le long du talus, pendant que notre artillerie commence le bombardement des tranchées de Marrière.

                  Les 8, 9, 10 et 11 septembre, le bataillon fournit des équipes de travailleurs qui sont employées au P.C. de la brigade et au creusement d’un boyau allant du P.C. de la brigade au P.C. du 133ème R.I et à la corne sud du bois Reinette ; ce boyau servira de place d’armes pour la concentration des bataillons de réserve, le jour de l’attaque de Bouchavesnes.

                  Le 12 septembre, à 4 heures, le bataillon va occuper ses emplacements de départ pour l’attaque qui doit avoir lieu dans la journée. Vers 8 heures, le tir de notre artillerie redouble de violence et se concentre sur les organisations du bois Marrière et sur la fameuse tranchée des « Berlingots », qui couvrent la cote 143 et le plateau de Bouchavesnes. L’ennemi réagit énergiquement mais nous cause peu de pertes, malgré le large emploi qu’il fait de son artillerie lourde en particulier du 210, dont les coups sont un peu longs.

A 12 h 30, l’attaque se déclanche ; un rideau de feu et de fumée obscurcit l’horizon du côté du bois Marrière ; c’est la première fois que l’on voit une telle quantité d’artillerie. L’attaque progresse très rapidement et, moins de dix minutes après, on voit passer une véritable vague de prisonniers allemands, cueillis dans les abris du bois Marrière. A 12 h 50, le bataillon qui était en soutien, se porte en avant et occupe les emplacements de départ du 27ème ; il débouche ensuite de la crête des Observatoires et franchit au pas de course la distance qui le sépare du bois Marrière.

      Les lisières des bois Marrière et Reinette sont violemment bombardées par 77 et 105 ; le bataillon s’y établit néanmoins et utilise les tranchées que le 28ème vient de quitter.

      L’attaque progresse normalement devant le front de la brigade, mais sur la gauche, il existe un trou de 1 500 mètres devant 650-C. Les tirailleurs n’avancent plus, cloués par des mitrailleuses et subissent de fortes pertes. Dans une portion de la tranchée des Berlingots, une garnison allemande se défend avec vigueur, et les mitrailleuses prennent sous leur feu tout ce qui essaie de déboucher au nord du bois Marrière.

      Cette résistance compromet l’avance du 28ème B.C.A. qui déjà déborde Bouchavesnes par le nord. Le bataillon reçoit mission de la faire tomber ; en conséquence, les 3ème et 4ème compagnies (groupe Chalumeau) tournent la position par l’est, pendant que la 2ème compagnie la fixera face au nord-est.

                  Avec beaucoup de cran et une audace admirable, les trois compagnies se mettent en mouvement pour cette opération délicate. Il faut profiter du moindre accident de terrain et se glisser de trous d’obus en trous d’obus. L’accès d’un chemin creux, partant de la corne nord-ouest du bois Marrière et couvert par des réseau incomplètement détruits est particulièrement meurtrier. Des tirailleurs, arrêtés devant la position, y dirigent leur feu et se cramponnent au terrain, malgré de lourdes pertes.

                  La manœuvre exécutée par le 6ème bataillon réussit admirablement ; l’ennemi se voit près d’être encerclé, car de toutes parts surgissent les baïonnettes des chasseurs ; les tirailleurs, électrisés eux aussi, se précipitent et après un court combat, la garnison ennemie se rend. 420 prisonniers et 6 mitrailleuses sont capturés.

                  Un capitaine allemand, blessé, voyant arriver les chasseurs, s’écrie : « Ah ! les chasseurs, vous êtes des as !... »

                  Il est 15 heures, les 2ème, 3ème et 4ème compagnies s’établissent face au nord, pour couvrir la gauche du 28ème bataillon. La liaison à gauche est très difficile à réaliser, le bataillon est obligé de tenir un front très étendu, afin de boucher l’espace vide qui existe entre le 27ème bataillon et le 1er corps d’armée.

                  Vers 18 heures, un bataillon du 44ème R.I. dépasse le 6ème et marche sur Bouchavesnes, dont l’assaut est décidé ; on aperçoit, au coucher du soleil, les petites colonnes d’attaque qui se dirigent vers le village en flammes.

                  A 19 h 40, Bouchavesnes es pris ; le bataillon reçoit l’ordre de « se porter face à l’est, pour amasser le Boche ». Formé sur deux lignes, il exécute dans la nuit une marche à la boussole et arrive à 21 heures sur les emplacements occupés les 27ème et 28ème bataillons, établis face à Bouchavesnes ; il est alors obligé de refaire mouvement pour venir s’établir sur le plateau de Bouchavesnes. Les hommes sont exténués de fatigue, le jour surprend le bataillon à peine placé. Les chasseurs s’installent par petits groupes de combat, dans des trous d’obus, à 200 mètres de la route de Béthune, face à l’est.

                  Vers 14 heures, l’ennemi déclanche sur Bouchavesnes une forte contre-attaque qui échoue sous nos feux. Toutes les mitrailleuses du bataillon concourent à ce résultat.

                  Dans la nuit du 13 au 14, le bataillon est relevé par le 31ème R.I., il se rassemble au bois des Riez, où sont ses cuisines, et le 14, vers 8 heures du matin, il va camper à la Neuville-le-Bray, par Suzanne.

                  Pendant la période du 4 au 14 septembre, le bataillon a subi les pertes suivantes : 6 officiers tués ; 121 sous-officiers, caporaux et chasseurs tués ; 9 officiers blessés et 369 sous-officiers, caporaux et chasseurs blessés.

                  Le 15 septembre, le bataillon est enlevé en T.M. et transporté à Vraignes, où il cantonne. Le 17 septembre, il fait étape à Bougainville, où il reçoit les félicitations du général commandant la 41ème D.I.

 

                  ORDRE DE LA DIVISION N° 90

 

                  « Rattachée à la 44ème D.I. depuis le 23 août, la 6ème brigade de chasseurs alpins a conquis successivement trois lignes de retranchements ennemis avec un élan admirable, en faisant de nombreux prisonniers et en ramenant dans nos lignes un important butin de matériel de guerre.

                  « Le général commandant la 41ème division est fier d’avoir eu sous ses ordres les brillants bataillons de chasseurs qui constituent cette brigade. A tous, au colonel commandant de brigade, aux officiers, sous-officiers, caporaux et chasseurs des 6ème, 27ème, 28ème bataillons de chasseurs alpins, il adresse ses plus affectueuses félicitations pour l’œuvre accomplie et tous ses vœux pour que la 6ème brigade maintienne jalousement sa glorieuse réputation et continue, jusqu’à la victoire décisive, la tâche si bien commencée. »

 

                  Le général commandant le 7ème corps d’armée envoie, par l’intermédiaire de la 6ème brigade, l’ordre suivant :

 

                  ORDRE GÉNÉRAL N° 134

 

                  « Entré dans la bataille à l’allure de la charge, et ne marquant le pas que sur ordre et pour mieux reprendre son élan, la 6ème brigade de chasseurs na connu l’obstacle que pour le renverser.

                  « A la rescousse des bataillons du 44ème et du 133ème, elle n’a fait qu’un bond jusqu’à Bouchavesnes. Sur elle ensuite, la contre-attaque s’est usée.

                  « Chasseurs de la 6ème brigade, l’ennemi sait par expérience que les alpins des 6ème, 27ème et 28ème bataillons sont aussi ardents en plaine qu’en montagne, et que bois ou tranchées, ils enlèvent tout.

                  « Je m’incline devant vos morts.

                  « Je salue votre glorieux drapeau !

                  « Au P.C., le 17 septembre 1916.

                                                                           « Le général commandant le 7ème C.A.

                                                                                                   « Signé : DE BAZELAIRE »

 

                  A la suite des combats que le bataillon a livrés pendant la période du 4 au 14 septembre, le général commandant la VIème armée a accordé les citations suivantes :

 

                  Capitaine BARTHÉLEMY :

                  « Officier du plus grand mérite. Au combat du 4 septembre a, d’un élan admirable, lancé sa compagnie à l’attaque, entraînant avec elle les éléments voisins. A enlevé d’un seul bond les objectifs qui lui étaient assignés, occupant au delà et organisant une position qui devint la base d’une action suivante. »

 

                  Sergent CARRÈRE :

                  « A l’attaque du 4 septembre 1916, a continué à donner l’exemple dans le commandement d’une patrouille de combat, est arrivé d’un seul élan à la position suivante. Arrêté par un réseau de fils de fer, l’a reconnu et ne s’est replié que sur ordre. Déjà cité trois fois. »

 

                  Sergent PERRIN :

                  « Son chef de section ayant été tué, a mené ses hommes à l’attaque avec ordre et sang-froid. Commandant une patrouille de combat, a poussé jusqu’aux fils de fer de la position ennemie suivante et y est resté pendant dix-huit heures en observation. »

 

                  Chasseur ESPERANDIEU, de la compagnie de mitrailleuses :

                  « Blessé une première fois, a continué à progresser en portant sa pièce ; blessé par une deuxième balle, ne s’est arrêté qu’après avoir atteint le point qui lui avait été fixé. »

 

                  Chasseur DELON, infirmier :

                  « Déjà cité, au front depuis vingt-trois mois, n’a jamais cessé de donner les plus beaux exemples de courage ; a été grièvement blessé le 4 septembre, en soignant un blessé sous le feu des mitrailleuses ennemies. »

 

                  Le chasseur BERTRAND est également cité à l’Ordre de l’armée, de même que l’aspirant CHAUTARD, tué au moment où il entraînait sa section, pendant le combat du 4 septembre.

 

 

                  Le 18 septembre, le bataillon est enlevé en T.M. et transporté à Formerie ; le 19, il fait étape à Criquiers (Seine-Inférieure), où il cantonne jusqu’au 23 octobre.

                  Durant cette période de repos, le colonel Messimy, commandant la 6ème brigade, passe le bataillon en revue, le 7 octobre.

                  Du 10 au 14 octobre, la garde du drapeau est confiée au 6ème bataillon, qui le passe ensuite solennellement au 27ème bataillon. Au cours de cette cérémonie, il est donné lecture de la citation à l’0rdre de l’armée obtenue par le 6ème bataillon de chasseurs, pour les combats des 4 et 12 septembre.

 

                  Est cité à l’Ordre de l’armée :

 

                  Le 6ème Bataillon de Chasseurs :

 

                  « Bataillon d’élite, ayant déjà été cité à l’Ordre de l’armée. Dans les attaques des 4 et 12 septembre, a progressé dans les lignes allemandes avec une énergie et une audace dignes d’admiration, réalisant dans ces deux attaques successives, malgré de lourdes pertes, un gain de quatre kilomètres, faisant 500 prisonniers, prenant 5 canons et 9 mitrailleuses, et contribuant pour une large part, grâce à l’habileté manœuvrière et à la hardiesse de son chef, le commandant Beauser, à facilité la marche des troupes placées à sa gauche.

                                                                                                   « Signé : FAYOLLE »

 

 

                  Le 20  octobre, le port de la Fourragère aux couleurs de la Croix de guerre est conféré au 6ème bataillon de chasseurs.

                  En même temps que le 6ème bataillon, la 6ème brigade de chasseurs alpins est également citée à l’Ordre de l’armée.

 

                  ORDRE GÉNÉRAL N° 399, de VIème ARMÉE

 

                  La 6ème Brigade de Chasseurs Alpins, sous les ordres du colonel MESSIMY :

                  « Entrée dans la bataille à l’allure de la charge, y a apporté une ardeur magnifique, dépassant ses objectifs, pour étendre l’occupation du terrain conquis. Arrivée à la rescousse des unités entrées à Bouchavesnes, a vigoureusement arrêté les contre-attaques de l’adversaire, et maintenu les positions enlevées de haute lutte à l’ennemi.

                                                                           « Le général commandant la VIème armée,

                                                                                                   « Signé : FAYOLLE »

 

 

                  Le 23 octobre, le bataillon quitte son cantonnement de repos et revient en T.M. au camp de Suzanne, où, en attendant l’ordre de monter en secteur, il détache la moitié de son effectif pour préparer le terrain d’attaque.

                  Le 25 octobre, le colonel Messimy fait paraître l’Ordre suivant :

                 

                  ORDRE DE LA BRIGADE N° 45

 

                                 « Chasseurs de la 6ème Brigade,

                  « Vos trois bataillons sont tous trois cités à l’Ordre de l’armée.

                                 « 27ème bataillon,

                  « Le combat de Bouchavesnes, dans lequel est tombé, au milieu de vous, le chef valeureux et héroïque que vous aurez à cœur de venger, vous a valu une troisième citation à l’Ordre de l’armée, qui redouble l’estime que vos chefs et l’armée toute entière avaient pour votre glorieux passé.

                                 « 6ème et 28ème bataillons,

                  « Par votre vaillance renouvelée, par l’éclat de vos victoires, vous avez conquis à la pointe de vos baïonnettes, le droit au port de la Fourragère, apanage envié de dix-neuf corps d’armée français.

                  « La 6ème brigade se trouve être aujourd’hui la seule des brigades de notre armée qui ait, tout entière, droit au port de cet emblème. Cette décoration collective force le respect et l’admiration de la foule ; elle rappelle constamment à ceux qui ont la fierté de la porter, la piété respectueuse due aux anciens qui, par leur sang, ont conquis un tel honneur ; elle est pour tous, officier et troupe, en bravoure et en valeur tous les corps d’une armée où l’héroïsme est, partout, la règle commune.

                                 « Officiers et Chasseurs de la 6ème Brigade,