HISTORIQUE
Du
6ème BATAILLON
ALPIN DE CHASSEURS A PIED
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1916
Du
Le 7 janvier, le groupe
reçoit l’ordre de se tenir prêt à partir pour une destination inconnue ;
et le lendemain il commence son embarquement, procédant d’abord à la mise en
place des animaux et du matériel, qu’il faut répartir sur les croiseurs Edgard-Quinet,
Waldeck-Rousseau, Ernest-Renan et Jules-Ferry.
Le personnel embarque le 9
janvier, à
Le deuxième détachement, à
bord de l’Ernest-Pérochon, sous les ordres du capitaine adjudant major
Thévenot, comprend la moitié de l’état-major du bataillon, de la S.H.R., les 1ère
et 4ème compagnies, une section de mitrailleuses et une demi
batterie.
Le troisième détachement, sous
les ordres du capitaine Ancé, à bord du Jules-Ferry, comprend la 6ème
compagnie et un détachement de la batterie.
Le quatrième détachement, sous
les ordres du capitaine Barthélemy, à bord du Waldeck-Rousseau, comprend
les 2ème et 5ème compagnies, une section de mitrailleuses
et les conducteurs du train régimentaire.
L’embarquement commence à
A
Le 10 janvier, à
CORFOU
L’île de Corfou jouit d’un
climat très doux, rappelant celui de la Côte d’Azur ; l’hiver y est
presque inconnu. La partie nord est très accidentée. De tous les points de
l’île on aperçoit le plateau aride du Panthokrator, qui est le sommet le plus
élevé de l’île ; elle produit en abondance du vin, des oranges et autres
fruits, ainsi que du maïs.
La ville de Corfou, qui compte
près de 20 000 habitants, est plutôt sale, les rues sont étroites et
tortueuses, seule la promenade de l’Esplanade est bien tenue.
A 4 kilomètres au sud de la
ville, dans un site charmant, se trouve le village de Gastouri, sur le
territoire duquel est construit l’Achillcon.
Le 11 janvier, vers
A
Le commandant fait
immédiatement procéder à l’arrestation des espions et personnages suspects,
dont le chef de l’espionnage allemand Rhomboer, qui sont gardés à vue, en
attendant d’être envoyés sur un croiseur.
A
Le chef de bataillon, estimant
que l’occupation de l’Achillcon, résidence de l’empereur d’Allemagne, doit se
faire sans tarder, forme un petit groupe, sous le commandement du lieutenant de
vaisseau Avis et de l’aspirant Samson, composé de sapeurs, de matelots
torpilleurs et mineurs, munis d’explosifs et d’engins de destruction, et les
fait partir en auto.
A
Un détachement de la 3ème
compagnie empêche toute personne de sortir de la ville.
La caserne de la citadelle,
reliée à la ville par un pont qui a été occupé dès l’arrivée, se trouve
complètement isolée ; aussi grande est la surprise des soldats grecs, qui
logent presque tous en ville, quand, voulant regagner leur caserne, ils en sont
empêchés par les chasseurs, qui croisent la baïonnette et ne laissent passer
personne.
A
Le commandant lui répond
courtoisement qu’il prend acte de ses déclarations et ajoute : « qu’ayant
reçu une mission à remplir, il l’exécute ». Sur cette réponse, le
préfet s’incline et se retire.
Le débarquement continue dans
les meilleures conditions.
A
A
A
A
En face de Corfou, l’île de
Vido est occupée par une demi section et une pièce d’artillerie ; cette
demi section est relevée le 16 janvier par la 3ème compagnie, qui
commence l’installation des camps destinés à recevoir les soldats serbes.
L’armée serbe, ramenée sur les
vaisseaux des marines alliées, sera reconstituée et réorganisées par le 6ème
groupe alpin, dans l’île de Corfou.
Le 18 janvier, par
ordre ministériel, le groupe alpin cesse d’appartenir à l’armée navale et passe
sous les ordres du général de Mondésir, chef de la mission militaire française
après de l’armée serbe, dont le représentant actuel à Corfou est le lieutenant
colonel Broussaud.
La population civile et
militaire, très impressionnée par la tenue et la discipline des chasseurs, se
montre absolument neutre et ne témoigne pas la moindre marque de sympathie.
A partir du 20 janvier,
les débris de l’armée serbe arrivent chaque jour, jusqu’au 31 janvier.
L’état d’épuisement et de
misère des malheureux soldats serbes est extrême… Ils n’ont sur le dos que des
loques, sont rongés de vermine et n’ont pas mangé d’aliments dignes de ce nom
depuis plusieurs semaines. Aussi le typhus et le choléra font-ils parmi eux de
terribles ravages ; les chasseurs les aident de leur mieux. Un
médecin-major du Waldeck-Rousseau et le médecin auxiliaire Duvacher, du
6ème bataillon, font preuve d’un dévouement inlassable.
L’île de Vido, fut choisie
pour l’isolement des malades dysentériques, les malheureux Serbes ont à peine
la force de débarquer ; quelques-uns tombent à terre et doivent être
transportés sur brancard. La plupart sont muets, squelettiques, courbés sous le
poids de leur défaite et des fatigues sans nom qu’ils ont endurées, vêtus de
lambeaux de capotes kaki, les pieds plus souvent entourés de morceaux de toile
que de chaussures.
Tout ce monde se répand en
désordre autour du débarcadère. Détail particulier, même ceux qui peuvent à
peine se traîner, conservent leurs fusils, dont ils se servent comme d’un bâton
de soutien.
Les brancardiers serbes, aidés
des chasseurs du bataillon, transportent tous ces malheureux dans les locaux
disponibles. Les officiers du bataillon font rassembler avec peine les soldats
serbes pour les conduire aux deux camps : l’un au promontoire nord de
l’île, l’autre dans un vallonnement à l’est. Là, ils reçoivent des toiles de
tentes fournies par le bataillon et montent leurs entes individuelles.
La dysenterie, le manque de
nourriture et la fraîcheur des nuits de janvier sèment la mort dans ces camps.
Vers le 23 janvier il en mourait quarante par jour ; à la fin du
mois, ce chiffre était monté à cent cinquante.
Mais de nouveaux soldats
serbes, arrivant des côtes d’Albanie, comblèrent rapidement les vides ;
l’île de Vido en contint jusqu’à 7 000 dans ses camps.
Misérable aspect que celui de
ces camps, où les soldats serbes cherchaient à réchauffer leurs membres
rigides, en allumant des feux qu’ils entretenaient sans cesse, même par les
jours ensoleillés et brûlants.
Pour calmer leur soif, on en
vit plus d’un déterrer l’herbe des talus et la manger avidement. Le seul puits
de l’île était l’objet d’un siège en règle, qui nécessitait la présence d’un
poste de chasseurs. Sur les rares plages, on rencontrait ces malheureux,
accroupis, creusant avec leurs mains, non loin de la ligne des vagues des
sortes de puisards dans lesquels l’eau de mer arrivait filtrée par le
sable ; ils la buvaient au fur et à mesure. Pour apaiser leur faim, ils
allaient jusqu’à essayer de déterrer les trous à ordures de la compagnie de
chasseurs, pour y chercher quelque nourriture.
Dans la mesure du possible, on
plaçait à part les plus fatigués, dans les rares bâtiments de Vido, à
l’infirmerie, où l’on pansait les ulcères qui couvraient souvent tout le corps
de ces malheureux. Nombreux étaient ceux qui marchaient sur plusieurs grosses
ampoules suppurées, développées sous la plante des pieds.
Dans le coin des dysentériques
graves, groupés sur un peu de paille, dans les étroits locaux existants, ils
étaient environ 800, étendus les uns à côté des autres, dans un tel état d’émaciation
et d’affaiblissement, qu’il fallait souvent les secouer avec force pour
distinguer les moribonds de ceux qui étaient déjà morts.
Pour ces malades, et pour les
quelques milliers des camps, la compagnie du 6ème dut s’ingénier à
utiliser le riz fourni par l’intendance en assez grande quantité. Avec des
moyens de fortune, un minimum de nourriture saine fut ainsi assuré aux Serbes
de l’île de Vido, en attendant l’arrivée de la mission française.
La compagnie du 6ème
aidait les quelques brancardiers serbes à recruter dans les camps, dans leur
travail qui consistait à transporter et à enterrer les morts dans d’immenses
fosses que l’on creusait au sud de l’île. Mais une épidémie de choléra s’étant
déclarée peu après l’arrivée de la mission française, le chiffre journalier des
morts s’éleva jusqu’à 200. L’inhumation de tant de cadavres devenant
impossible, un navire-hôpital français, le Saint François d’Assises, fut
chargé d’aller les immerger au large du canal d’Otrante.
Tel fut à peu près le travail des
premiers jours à Vido, c’est-à-dire du 17 au 31 janvier, date à laquelle
la mission française commença à fournir le personnel et le matériel nécessaire.
La mission française arrive
fin janvier. Les chasseurs aident au transport des médicaments et du matériel.
Des baraques en bois à double épaisseur, du modèle « Adrian », des
tentes « Bessonneau » s’élèvent un peu partout, grâce à l’activité
des chasseurs et permettent d’aliter les malades serbes et de les soigner dans
de bonnes conditions. Avant de les y admettre, on les fait passer à un service
de douches et on leur distribue du linge de corps neuf. Des médecins de la
mission française, de la marine, des médecins serbes, donnent leurs soins aux
malades sous la direction d’un médecin-chef français.
Tandis que Vido était choisie
dès le début comme lieu d’isolement pour la masse des malades serbes, le
Lazaret (îlot situé au nord de Vido) ne fut utilisé qu’au début de février par
la mission française pour y faire passer aux douches et habiller à neuf la majeure
partie de l’armée serbe bien portante. Quelques marins étaient affectés au
fonctionnement de l’étuve humide. Des chasseurs étaient préposés à la police
générale, à la distribution du linge propre et des vêtements neufs. Le médecin
auxiliaire du 6ème bataillon, docteur Duvacher, surveillait
l’ensemble.
Il passait de 500 à 1 000
hommes par jours, habillés en bleu horizon ou en kaki, qui étaient ensuite
dirigés par bateaux, vers les différents camps préparés dans l’île de Corfou.
Vers le 10 février, le
Lazaret changea d’utilisation et fut affecté aux contagieux graves.
Lorsqu’au début de février, le
prince Alexandre de Serbie vint pour visiter l’installation sanitaire de Vido,
il trouva admirablement organisée.
Tout le monde s’ingéniait pour
rendre aux Serbes leur séjour agréable ; le commandant Melle-Desjardins
envoya plusieurs fois la fanfare du bataillon jouer devant l’habitation des
officiers et au milieu des camps ; initiative très appréciée de ces
mélomanes qui eux-mêmes, jouaient des airs mélancoliques de leur patrie, le
visage tourné vers le nord, du côté de la Serbie envahie. On vit plusieurs
fois, au moment où la fanfare jouait l’Hymne Serbe », des moribonds se
redresser su leur couche, et trouver encore la force de saluer pour ensuite retomber
épuisés ou morts.
Le 4 février, la 1ère
compagnie est détachée dans la partie sud de l’île de Corfou, pour préparer des
camps destinés à recevoir trois divisions serbes. Le 6 février, le
prince Alexandre de Serbie arrive à Corfou ; les honneurs lui sont rendus
par les 3ème, 6ème compagnies et la fanfare.
Le 24 février, les
unités qu ne sont pas de service auprès des malades, sont passées en revue, sur
l’Esplanade de Corfou, par le général de Mondésir, qui remet la médaille
militaire au chasseur Cabane, avec la citation suivante :
« Chasseur
extrêmement brillant au feu. Au combat du
Durant le mois de mars, et au
fur et à mesure de la remise en état des troupes serbes, les unités du 6ème
bataillon qui deviennent disponibles, assurent le service de place de la
garnison.
Les dissidents Bosniaques et
Herzégoviniens de l’armée serbe sont réunis à Govino, par les soins du
bataillon, sur l’ordre de la mission militaire française ; le capitaine
Barthélemy en forme un bataillon dont il fait l’instruction.
Le 10 avril, le 10ème
bataillon territorial de zouaves arrive à Corfou, pour remplacer le 6ème
bataillon de chasseurs, qui doit rentrer en France.
Le 24 avril, le ministère de
la guerre de Serbie envoie au général de Mondésir la lettre suivante :
« Je viens d’être informé
que le 6ème bataillon de chasseurs alpins partira prochainement de
Corfou et qu’il se séparera de l’armée serbe, à laquelle il a été attaché voilà
bientôt trois mois.
« Cette séparation est un
moment plein d’émotion pour chaque soldat serbe. Les chasseurs ont en effet,
pendant leur séjour à Corfou, gagné les cœurs des soldats serbes et de leurs
chefs, par leur dévouement inlassable envers leurs camarades serbes, et ceux-ci
ne pourraient assez exprimer leurs sentiments de reconnaissance et d’amour pour
leurs braves camarades français, car le 6ème bataillon de chasseurs,
digne représentant de la belle et courageuse armée française, notre grande
alliée, accueille les soldats serbes au moment de leurs plus cruelles
souffrances, provenant de longs combats acharnés, contre un ennemi trois fois
supérieur en nombre, et de cette dure retraite, pendant laquelle ils mourraient
de faim.
« Les chasseurs ont
transporté dans leurs bras les soldats serbes épuisés et mourants, sans se
préoccuper nullement de ce qu’un grand nombre de ces derniers étaient atteints
de maladies contagieuses et des plus graves. Ils leur portaient leurs
équipements et leur donnaient la plus grande partie de leur pain.
« Dans les rangs de
l’armée serbe, on raconte des anecdotes touchantes, sur la générosité du soldat
français. Les chasseurs ont en un mot accueilli les soldats serbes, non
seulement comme alliés, mais comme de véritables frères.
« Au nom de l’armée
serbe, j’ai l’honneur d’exprimer sa reconnaissance sincère à MM les officiers,
sous-officiers et chasseurs du 6ème bataillon, en vous priant de
vouloir bien le leur transmettre.
« Si vous voulez bien me
communiquer à temps l’heure du départ du bataillon, j’irai au devant du désir
de notre armée et je permettrai à une section d’infanterie et d’artillerie et à
un peloton de cavalerie, de venir les saluer au départ, afin que les soldats
serbes puissent serrer la main de leurs camarades français en se séparant
d’eux.
« Afin de donner un signe
visible de reconnaissance de l’armée serbe, je vous prie, mon Général, de
vouloir bien me transmettre en aussi grand nombre que possible, les noms de MM
les officiers, sous-officiers et chasseurs du 6ème bataillon qui se
sont distingués pendant ces trois mois dans l’accomplissement de leur devoir si
difficile, et j’aurai l’honneur de les proposer à Son Altesse royale le Prince
héritier, pour être décoré.
« Pour
le ministre de la guerre,
« Le
colonel d’état-major,
« Signé :
FERVITCH »
Le 28 avril, les
zouaves relèvent les 2ème et 3ème compagnies et les
sections de mitrailleuses qui sont à Govino et Moraïtika, afin de leur
permettre de rentrer à Corfou pour le rassemblement du bataillon, qui est
entièrement effectué le 29 avril.
Le 1er mai,
le prince Alexandre de Serbie passe ne revue le 6ème groupe alpin
sur l’Esplanade de Corfou ; il remercie le 6ème bataillon du
concours qu’il a prêté à l’armée serbe et décore plusieurs officiers,
sous-officiers, caporaux et chasseurs.
Le 13 mai, le groupe
alpin est dissous ; la 46ème batterie reste à Corfou et le 6ème
bataillon embarque à bord du croiseur auxiliaire La Savoie, pour rentrer
en France.
Durant les journées des 14, 15
et 16 mai, voyage de Corfou à Marseille par le détroit de Messine et les
bouches du Bonifacio.
Le 18 mai, le bataillon
débarque au Frioul, où il reste en observation.
Le 19 mai, le commandant
Melle-Desjardins, promu lieutenant-colonel, pendant le séjour du bataillon à
Corfou, fait ses adieux au bataillon, pour aller prendre le commandement du 6ème
régiment d’infanterie ; il fait paraître l’ordre suivant :
ORDRE DU BATAILLON N° 215
« Officiers,
Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs du 6ème bataillon alpin,
« Désigné
pour le 6ème régiment d’infanterie, par décision du général en chef,
je quitte aujourd’hui le commandement du bataillon.
« Pendant
une année entière, j’ai eu l’honneur d’être à votre tête, partageant vos bonnes
et mauvaises fortunes et appréciant hautement vos brillantes qualités
militaires, votre dévouement inlassable, votre allant et votre énergie hors de
pair.
« C’est
avec orgueil que j’ai constaté récemment qu’au grand quartier général votre
réputation est faite. Nos chefs les plus éminents y considèrent le bataillon
comme un des meilleurs corps de troupe de l’armée française.
« Cette
réputation justement méritée, vous tiendrez à honneur de la maintenir.
« Le
colosse allemand est maintenant ébranlé, et le jour n’est plus éloigné où une
dernière et vigoureuse poussée fera sonner pour lui l’heure de la débâcle
finale.
« Ce
jour-là, tapez dur, mes amis, qu’aucune considération ne vous retienne et que
le 6ème bataillon soit un des premiers à rejeter au-delà du Rhin
l’infâme envahisseur.
« Le
pays peut compter sur vous !
Chasseurs
du 6ème bataillon,
« C’est
avec un profond chagrin que je vous quitte. Soyez convaincus que je ne saurais
vous oublier et que ne cesserai de m’intéresser à vous et de vous suivre dans
votre carrière.
« Au
revoir, mes amis, je vous souhaite tous bonne chance et je vous demande de
crier tous avec moi :
« Vivent
les chasseurs,
« Vive
la France immortelle !...
« Marseille,
le
« Le
lieutenant-colonel commandant le 6ème B.C.A.
« Signé :
MELLE-DESJARDINS »
Ce même jour, le capitaine
adjudant major Thévenot prend le commandement du bataillon.
Le 21 mai, le
commandant Beauser vient prendre le commandement du 6ème bataillon.
ORDRE DU BATAILLON N° 216
« Officiers,
Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs,
« Appelé
à l’honneur de commander le 6ème bataillon de chasseurs, je retrouve
avec plaisir ce corps dans lequel j’ai servi en temps de paix, pendant sept
ans, et avec lequel j’ai fait la campagne de Lorraine, en 1914.
« Pendant
que le bataillon était loin du front pour une mission spéciale, de mon côté,
j’étais maintenu aussi loin du front pour blessures.
« Le
bataillon va repartir, c’est une nouvelle guerre qui commence pour lui. Je suis
sûr qu’il saura conserver son ancienne réputation, d’être pour tous, le plus
beau bataillon de chasseurs et, pour les ennemis, le plus terrible des
« diables bleus ».
A
Marseille, le
« Le
chef de bataillon commandant le 6ème B.C.A.
« Signé :
BEAUSER »
Le 25 mai, le bataillon
est dirigé du Frioul sur Marseille, où il embarque le lendemain matin en chemin
de fer, à destination de Nice et rejoint son dépôt pour se réorganiser.
VOSGES
Le 12 juin, le 6ème
bataillon embarque à Nice, à destination de Laveline-devant-Bruyères (Vosges),
où il arrive le 14 juin, et va cantonner dans la région de Corcieux.
Le 15 juin, il vient de
Corcieux à Clefcy et passe sous les ordres du général Gratier, commandant la 40ème
D.I. ; il est affecté à la 8ème brigade de chasseurs, commandée
par le lieutenant-colonel Petit.
Pendant trois jours, le
bataillon cantonne dans la région de Clefcy. Le 19 juin il fait
mouvement vers le Lingekopf, où il doit relever le 13ème B.C.A. et
des unités du 1er bataillon territorial de chasseurs alpins. La
relève s’effectue sans incidents, pendant les nuits des 21 et 22 juin.
Le 23 juin, tout le 6ème
bataillon est en ligne et occupe le secteur Linge-Schratz ; du 23 juin
au 16 juillet, le bataillon organise ce secteur ; l’ennemi est calme,
les bombardements qu’il déclanche à certaines heures, ne sont faits que dans le
but de détruire ou de gêner les travaux.
Dans la nuit du 15 au 16
juillet, commence la relève du 6ème bataillon par le 305ème
régiment d’infanterie ; elle ne sera terminée que la nuit suivante.
A cette date, la 8ème
brigade de chasseurs, dont fait partie le 6ème bataillon, passe de
la 46ème à la 63ème D.I.
Le bataillon fait étape sur
Clefcy, où il reste trois jours.
Le 27 juillet, il
quitte la 8ème brigade et passe à la 6ème, sous les
ordres du colonel Messimy. Il continue par étapes jusqu’à Archettes, où il
reste du 30 juillet au 14 août.
Le colonel Messimy fait alors
paraître un Ordre de brigade :
ORDRE DE
« Officiers,
Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs des 6ème, 27ème et
28ème bataillons,
« Pendant
de longs mois, vous avez assuré la défense du coin de terre que les troupes
d’Alsace ont reconquises. Vous l’avez fait au prix de sacrifices héroïques,
vous y avez conquis un tel lustre que votre nom est aujourd’hui, aussi bien
chez les Alliés que chez nos ennemis, synonyme d’endurance, de courage et de
haine de l’Allemand.
« Une
tâche plus grande, plus lourde, plus glorieuse, nous attend ; avec nos
camarades des autres bataillons nous sommes au début de cette troisième année
de guerre, qui doit être la dernière, appelés à la bataille qui boutera
l’ennemi hors de France.
« Instruits
par l’expérience, mûris par les dangers et les épreuves, nous nous donnerons
tout entiers et sans réserve pour remporter les succès qui nous apporteront une
paix féconde et glorieuse.
« Nommé
par décision du 22 juillet, au commandement de la 6ème brigade de
chasseurs, je vous exprime à tous, mes chers camarades, la rude et profonde
joie que j’éprouve à me retrouver au milieu de vous, la fierté que je ressens à
être votre chef.
« Ensemble,
j’en ai la pleine et ferme assurance, nous marcherons à la victoire.
« Le
colonel commandant la 1ère brigade de chasseurs,
« Signé :
MESSIMY »
Le 15 août, le
bataillon est embarqué en chemin de fer en trois échelons et transporté dans la
région d’Héricourt (Haute-Saône) ; de là, par Banvillars et Méroux, il
vient cantonner à Rechesy (Haut-Rhin) où, pendant huit jours, il exécute des
travaux de défense sur la frontière suisse.
Le 24 août, il embarque
en chemin de fer dans la région de Petit-Croix et arrive le 25 en gare de
Longeau (Somme).
SOMME
A partir de ce moment, le 6ème
bataillon va être employé dans la formidable bataille de la Somme et, comme
partout où il est déjà passé, il se distinguera par sa belle tenue au feu et
son ardeur combative.
De Longeau, le bataillon vient
bivouaquer dans le bois Labbée, puis vient cantonner à Cerisy-Gailly, où il
passe six jours. Le 2 septembre, il va cantonner au camp de Suzanne, sur
la rive nord de la Somme, à l’est de Bray-sur-Somme.
Le 3 septembre, le 6ème
bataillon quitte le camp de Suzanne, et se porte près de Chalu, où il stationne
au Chapeau de Gendarme, entre le moulin de Fargny et le village de Chalu, en
réserve de division.
A
Le bataillon traverse Curlu,
et emprunte des boyaux pour franchir la croupe des Observatoires et la ligne de
notre artillerie.
Nos 75 tirent sans
interruption ; la marche est très lente. Le bataillon reçoit son
ravitaillement pour le lendemain.
Après un arrêt de quelques
heures dans les tranchées de « Trouve-qui-Peut » et
« Pestilence », il reprend sa marche en avant.
Les hommes avancent
difficilement, car les tranchées ont été bouleversées par notre
artillerie ; de plus, les guides envoyés par l’infanterie connaissent très
peu le terrain. Il est plus de
Tout est calme ; les deux
artilleries se déplacent et le bataillon continue sa marche sans incidents, sur
le champ de bataille de la veille.
Au petit jour, il n’avait pas
complètement pris ses emplacements, les compagnies de queue ont encore à
franchir la croupe de Cranières, pour aller prendre position au bois des Riez.
Leur mouvement es vu de l’ennemi, qui déclanche un barrage causant un certain
désarroi et des pertes graves dans la section de mitrailleuses du
sous-lieutenant Malandri.
De trous d’obus en trous
d’obus, les compagnies de deuxièmes lignes gagnent leurs emplacements du bois
des Riez et s’abritent de leur mieux. Les compagnies de tête sont devant la
tranchée de « Maussoul ». Le terrain, encore recouvert de cadavres
allemands, et complètement bouleversé par l’artillerie, témoigne de l’âpreté de
la lutte qui s’y déroula la veille, puisque deux compagnies bavaroises s’y
firent décimer, tenant jusqu’au dernier homme. Aussi le bois des Riez et ses
abords ne sont qu’un cimetière.
Dès
A
Le terrain où il aura à
progresser se présent sous la forme d’une plaine très peu vallonnée, coupée de
quelques talus. L’objectif est distant d’environ 2 kilomètres.
A l’heure « H », le
bataillon sort des tranchées dans un élan admirable et dans un ordre parfait.
Trois compagnies et une C.M. en tête, deux compagnies et
L’attaque progresse au pas de
charge. L’ennemi est complètement interloqué ; ses éléments avancés se
replient dans le plus grand désordre à travers les champs d’avoine, où ils sont
descendus à coups de fusil ou capturés par les chasseurs. En 18 minutes, la
crête des Observatoires (cote 109) est enlevée. Des mitrailleuses se révèlent
su la gauche, vers la ferme de l’Hôpital et l’ennemi, fortement retranché dans
des caves et des abris bétonnés, a réussi à enrayer l’avance du 1er
corps d’armée ; des éléments de la 1ère et de la 5ème
compagnies s’établissent alors défensivement sur une ligne oblique au front. Le
barrage ennemi est réglé sur la cote 109. Le capitaine Flageolet est tué au
cours de la progression.
Des éléments de la 1ère
compagnie, sous les ordres du lieutenant Bailly, et la 2ème
compagnie, commandée par le capitaine Barthélemy, profitant de la confusion de
l’ennemi, dépassent les objectifs et s’emparent du bois Reinette, progressant
sous le feu des mitrailleuses de la ferme de l’Hôpital. Elles s’établissent en
avant du bois Reinette. Une patrouille de dix hommes, sous les ordres du
sergent Buéra, réussit à ce moment un coup d’audace admirable. Après avoir
réduit des mitrailleuses, cette patrouille arrive devant une batterie
d’artillerie ennemie, comprenant trois pièces de 77 et deux de 150. Les
artilleurs essaient de se défendre, mais les chasseurs leur bondissent dessus à
la grenade et à la baïonnette, en tuent quatre, dont un sous-officier et
ramènent les autres dans nos lignes.
A
A
Dans la conduite de ces
reconnaissances, les sergents Carrère et Perrin font preuve d’un beau courage
en entraînant leurs chasseurs jusque sur les positions ennemies, d’où ils ne
reviennent que sur ordre, en rapportant des renseignements précieux.
Dans les journées de 5 et 6
septembre, le bataillon renforce ses positions. La journée du 5 voir la
prise de la ferme de l’Hôpital par le 3ème mixte de zouaves et de
tirailleurs. La ferme est enlevée vers
Vers
Le 7 septembre, le
bataillon est ramené en arrière, près du bois des Riez, la tête dans la tranche
de Maussoul, la queue dans le bois des Riez. Des abris individuels sont creusés
le long du talus, pendant que notre artillerie commence le bombardement des
tranchées de Marrière.
Les 8, 9, 10 et 11
septembre, le bataillon fournit des équipes de travailleurs qui sont
employées au P.C. de la brigade et au creusement d’un boyau allant du P.C. de
la brigade au P.C. du 133ème R.I et à la corne sud du bois
Reinette ; ce boyau servira de place d’armes pour la concentration des
bataillons de réserve, le jour de l’attaque de Bouchavesnes.
Le 12 septembre, à
A
Les lisières des bois Marrière et Reinette
sont violemment bombardées par 77 et 105 ; le bataillon s’y établit
néanmoins et utilise les tranchées que le 28ème vient de quitter.
L’attaque progresse normalement devant le front
de la brigade, mais sur la gauche, il existe un trou de 1 500 mètres
devant 650-C. Les tirailleurs n’avancent plus, cloués par des mitrailleuses et
subissent de fortes pertes. Dans une portion de la tranchée des Berlingots, une
garnison allemande se défend avec vigueur, et les mitrailleuses prennent sous
leur feu tout ce qui essaie de déboucher au nord du bois Marrière.
Cette résistance compromet l’avance du 28ème
B.C.A. qui déjà déborde Bouchavesnes par le nord. Le bataillon reçoit mission
de la faire tomber ; en conséquence, les 3ème et 4ème
compagnies (groupe Chalumeau) tournent la position par l’est, pendant que la 2ème
compagnie la fixera face au nord-est.
Avec beaucoup de cran et une
audace admirable, les trois compagnies se mettent en mouvement pour cette
opération délicate. Il faut profiter du moindre accident de terrain et se
glisser de trous d’obus en trous d’obus. L’accès d’un chemin creux, partant de
la corne nord-ouest du bois Marrière et couvert par des réseau incomplètement
détruits est particulièrement meurtrier. Des tirailleurs, arrêtés devant la
position, y dirigent leur feu et se cramponnent au terrain, malgré de lourdes
pertes.
La manœuvre exécutée par le 6ème
bataillon réussit admirablement ; l’ennemi se voit près d’être encerclé,
car de toutes parts surgissent les baïonnettes des chasseurs ; les
tirailleurs, électrisés eux aussi, se précipitent et après un court combat, la
garnison ennemie se rend. 420 prisonniers et 6 mitrailleuses sont capturés.
Un capitaine allemand, blessé,
voyant arriver les chasseurs, s’écrie : « Ah ! les chasseurs,
vous êtes des as !... »
Il est
Vers
A
Vers
Dans la nuit du 13 au 14,
le bataillon est relevé par le 31ème R.I., il se rassemble au bois
des Riez, où sont ses cuisines, et le 14, vers
Pendant la période du 4 au
14 septembre, le bataillon a subi les pertes suivantes : 6 officiers
tués ; 121 sous-officiers, caporaux et chasseurs tués ; 9 officiers
blessés et 369 sous-officiers, caporaux et chasseurs blessés.
Le 15 septembre, le
bataillon est enlevé en T.M. et transporté à Vraignes, où il cantonne. Le 17
septembre, il fait étape à Bougainville, où il reçoit les félicitations du
général commandant la 41ème D.I.
ORDRE DE
« Rattachée
à la 44ème D.I. depuis le 23 août, la 6ème brigade de
chasseurs alpins a conquis successivement trois lignes de retranchements
ennemis avec un élan admirable, en faisant de nombreux prisonniers et en
ramenant dans nos lignes un important butin de matériel de guerre.
« Le
général commandant la 41ème division est fier d’avoir eu sous ses
ordres les brillants bataillons de chasseurs qui constituent cette brigade. A
tous, au colonel commandant de brigade, aux officiers, sous-officiers, caporaux
et chasseurs des 6ème, 27ème, 28ème bataillons
de chasseurs alpins, il adresse ses plus affectueuses félicitations pour
l’œuvre accomplie et tous ses vœux pour que la 6ème brigade maintienne
jalousement sa glorieuse réputation et continue, jusqu’à la victoire décisive,
la tâche si bien commencée. »
Le général commandant le 7ème
corps d’armée envoie, par l’intermédiaire de la 6ème brigade,
l’ordre suivant :
ORDRE GÉNÉRAL N° 134
« Entré
dans la bataille à l’allure de la charge, et ne marquant le pas que sur ordre
et pour mieux reprendre son élan, la 6ème brigade de chasseurs na
connu l’obstacle que pour le renverser.
« A
la rescousse des bataillons du 44ème et du 133ème, elle
n’a fait qu’un bond jusqu’à Bouchavesnes. Sur elle ensuite, la contre-attaque
s’est usée.
« Chasseurs
de la 6ème brigade, l’ennemi sait par expérience que les alpins des
6ème, 27ème et 28ème bataillons sont aussi
ardents en plaine qu’en montagne, et que bois ou tranchées, ils enlèvent tout.
« Je
m’incline devant vos morts.
« Je
salue votre glorieux drapeau !
« Au
P.C., le
« Le
général commandant le 7ème C.A.
« Signé :
DE BAZELAIRE »
A la suite des combats que le bataillon
a livrés pendant la période du 4 au 14 septembre, le général commandant la
VIème armée a accordé les citations suivantes :
Capitaine BARTHÉLEMY :
« Officier
du plus grand mérite. Au combat du 4 septembre a, d’un élan admirable, lancé sa
compagnie à l’attaque, entraînant avec elle les éléments voisins. A enlevé d’un
seul bond les objectifs qui lui étaient assignés, occupant au delà et
organisant une position qui devint la base d’une action suivante. »
Sergent CARRÈRE :
« A
l’attaque du
Sergent PERRIN :
« Son
chef de section ayant été tué, a mené ses hommes à l’attaque avec ordre et
sang-froid. Commandant une patrouille de combat, a poussé jusqu’aux fils de fer
de la position ennemie suivante et y est resté pendant dix-huit heures en
observation. »
Chasseur ESPERANDIEU, de la
compagnie de mitrailleuses :
« Blessé
une première fois, a continué à progresser en portant sa pièce ; blessé
par une deuxième balle, ne s’est arrêté qu’après avoir atteint le point qui lui
avait été fixé. »
Chasseur DELON,
infirmier :
« Déjà
cité, au front depuis vingt-trois mois, n’a jamais cessé de donner les plus
beaux exemples de courage ; a été grièvement blessé le 4 septembre, en
soignant un blessé sous le feu des mitrailleuses ennemies. »
Le chasseur BERTRAND est
également cité à l’Ordre de l’armée, de même que l’aspirant CHAUTARD, tué au
moment où il entraînait sa section, pendant le combat du 4 septembre.
Le 18 septembre, le
bataillon est enlevé en T.M. et transporté à Formerie ; le 19, il
fait étape à Criquiers (Seine-Inférieure), où il cantonne jusqu’au 23
octobre.
Durant cette période de repos,
le colonel Messimy, commandant la 6ème brigade, passe le bataillon
en revue, le 7 octobre.
Du 10 au 14 octobre, la
garde du drapeau est confiée au 6ème bataillon, qui le passe ensuite
solennellement au 27ème bataillon. Au cours de cette cérémonie, il
est donné lecture de la citation à l’0rdre de l’armée obtenue par le 6ème
bataillon de chasseurs, pour les combats des 4 et 12 septembre.
Est cité à l’Ordre de
l’armée :
Le 6ème Bataillon
de Chasseurs :
« Bataillon
d’élite, ayant déjà été cité à l’Ordre de l’armée. Dans les attaques des 4 et
12 septembre, a progressé dans les lignes allemandes avec une énergie et une
audace dignes d’admiration, réalisant dans ces deux attaques successives,
malgré de lourdes pertes, un gain de quatre kilomètres, faisant 500
prisonniers, prenant 5 canons et 9 mitrailleuses, et contribuant pour une large
part, grâce à l’habileté manœuvrière et à la hardiesse de son chef, le
commandant Beauser, à facilité la marche des troupes placées à sa gauche.
« Signé :
FAYOLLE »
Le 20 octobre, le port de la Fourragère aux
couleurs de la Croix de guerre est conféré au 6ème bataillon de
chasseurs.
En même temps que le 6ème
bataillon, la 6ème brigade de chasseurs alpins est également citée à
l’Ordre de l’armée.
ORDRE GÉNÉRAL N° 399, de VIème
ARMÉE
La 6ème
Brigade de Chasseurs Alpins, sous les ordres du colonel MESSIMY :
« Entrée
dans la bataille à l’allure de la charge, y a apporté une ardeur magnifique,
dépassant ses objectifs, pour étendre l’occupation du terrain conquis. Arrivée
à la rescousse des unités entrées à Bouchavesnes, a vigoureusement arrêté les
contre-attaques de l’adversaire, et maintenu les positions enlevées de haute
lutte à l’ennemi.
« Le
général commandant la VIème armée,
« Signé :
FAYOLLE »
Le 23 octobre, le
bataillon quitte son cantonnement de repos et revient en T.M. au camp de
Suzanne, où, en attendant l’ordre de monter en secteur, il détache la moitié de
son effectif pour préparer le terrain d’attaque.
Le 25 octobre, le
colonel Messimy fait paraître l’Ordre suivant :
ORDRE DE
« Chasseurs
de la 6ème Brigade,
« Vos
trois bataillons sont tous trois cités à l’Ordre de l’armée.
« 27ème
bataillon,
« Le
combat de Bouchavesnes, dans lequel est tombé, au milieu de vous, le chef
valeureux et héroïque que vous aurez à cœur de venger, vous a valu une troisième
citation à l’Ordre de l’armée, qui redouble l’estime que vos chefs et l’armée
toute entière avaient pour votre glorieux passé.
« 6ème
et 28ème bataillons,
« Par
votre vaillance renouvelée, par l’éclat de vos victoires, vous avez conquis à
la pointe de vos baïonnettes, le droit au port de la Fourragère, apanage envié
de dix-neuf corps d’armée français.
« La
6ème brigade se trouve être aujourd’hui la seule des brigades de
notre armée qui ait, tout entière, droit au port de cet emblème. Cette décoration
collective force le respect et l’admiration de la foule ; elle rappelle
constamment à ceux qui ont la fierté de la porter, la piété respectueuse due
aux anciens qui, par leur sang, ont conquis un tel honneur ; elle est pour
tous, officier et troupe, en bravoure et en valeur tous les corps d’une armée
où l’héroïsme est, partout, la règle commune.
« Officiers
et Chasseurs de la 6ème Brigade,
« Après
six semaines de repos, vous êtes de nouveau appelés à rentrer dans la bataille,
pour compléter votre victoire du mois dernier.
« Vous
serez dignes de vous-mêmes !...
« Le
colonel commandant la 6ème brigade de chasseurs,
« Signé :
MESSIMY »
L’attaque du bois
Saint-Pierre-Vaast, projeté pour les derniers jours d’octobre, est retardée
continuellement en raison du mauvais temps.
Ce fut dans les plus mauvaises
conditions possibles que les chasseurs travaillèrent pendant plus de huit
jours, sous une pluie continuelle et dans un terrain détrempé, pour aménager
les rares boyaux qui, du ravin des Aiguilles, conduisaient aux lignes. Ces
boyaux traversaient une partie du champ de bataille de Bouchavesnes, défoncé
par les obus. Le terrain descendait en pente douce vers la route de Péronne à
Bapaume, passant dans un bas-fond dont les abords étaient transformés en
bourbier, où l’on enfonçait jusqu’à
De la route de Bapaume au bois
de Saint-Pierre-Vaast, le terrain, à peu près plat, offrait un magnifique champ
de tir aux mitrailleuses ennemies, notre système de tranchées était tout à fait
précaire et avait subi les fluctuations de
Tout ce système de tranchées
et boyaux se trouvait soumis à des feux de flanc, venant du mont Saint-Quentin,
dernière barrière couvrant Péronne, et qui avait des vues sur toute la région.
La position de l’ennemi,
séparée de nos lignes par un petit ravin couvert d’entonnoirs, présentait une
première ligne de surveillance, à 100 mètres de nos postes.
Une deuxième ligne en suivait
la lisière à l’intérieur et une troisième, de réduits bétonnés, abritait
Le bataillon monte en lignes
en deux échelons ; un premier échelon sous les ordres du capitaine
Sauvageon, le 3 novembre ; et le reste le 4 novembre, en
passant par Maricourt, Hardecourt-aux-Bois, Maurepas, le bois des Aiguilles et
le boyau « Paul-Martin »,. La nuit fut calme.
La matinée du 5 fut
marquée par des actions d’artillerie assez violentes.
L’heure de l’attaque est fixée
à
A
Cependant, à l’heure
« H », le groupe Sauvageon (1ère et 4ème
compagnies et 1ère C.M.) quittent la première ligne et s’élancent à
l’attaque avec les 27ème et 28ème bataillons. Les 2ème,
3ème et 5ème compagnies, qui étaient entassées dans les
parallèles, se portent dans la première ligne, que viennent de quitter les
éléments de tête.
A
A
Malgré ces difficultés,
quelques groupes, des squelettes de sections, parviennent jusqu’à la tranchée
allemande, où ils engagent le combat à la grenade contre l’ennemi qui se défend
sérieusement. 150 prisonniers sont cependant capturés et ramenés par des
blessés ; les survivants des groupes de combat, continuant à avancer,
dépassent la première ligne et entrent dans le bois, mais, réduits à une
poignée d’hommes, ils sont arrêtés par les Allemands qui surgissent de partout
et obligés leur tour de se défendre.
D’autre part, l’artillerie et les mitrailleuses, dont le nombre est impossible
à évaluer, interdisent toute avance aux compagnies de soutien. Les éléments
restés entre les lignes sont plaqués dans la boue sans pouvoir faire un
mouvement ; ceux qui sont dans les tranchées de départ à demi effondrées,
sont soumis à un pilonnage fantastique ; à certains endroits, les hommes,
dans la boue jusqu’à la poitrine, sont encore obligés d’y plonger le nez pour
échapper aux balles.
A
Vers
Mais ce combat inégal, ne pouvait
se prolonger longtemps, ils succombèrent sous le nombre et très rares furent
ceux qui parvinrent à regagner nos lignes.
Le feu de l’artillerie ennemie
ne faiblit pas jusqu’à la nuit.
Nos tranchées éventrées par
les obus, éboulées par la pluie, n’étaient plus qu’un cloaque de boue et de
sang. Les blessés se pressaient à l’entrée des rares abris, et nombreux furent
ceux qui, dans cette dure et glorieuse journée, moururent enlisés.
Notre artillerie, peut-être
nombreuse, n’avait pu effectuer sur l’organisation ennemie les destructions
nécessaires, son ravitaillement, à elle aussi, se heurtait à des difficultés
presque insurmontables et, pour amener aux batteries quelques obus de 75, il
fallait doubler et même tripler les attelages. Les voitures et les caissons
enlisés ne se comptaient plus sur le plateau, dans le ravin de Crenières et
dans celui des Aiguilles.
Vers
Les 1ère et 2ème
compagnies et la 1ère C.M., qui avaient participé à l’attaque et qui
étaient presque inexistantes, furent envoyés au camp de Suzanne. Les trois
autres compagnies, sous les ordres du capitaine Ancé, remontent en lignes.
Le capitaine adjudant-major
Barthélemy commande le bataillon, le commandant Beauser ayant dû prendre le
commandement du secteur.
Ces trois compagnies et la
compagnie de mitrailleuses tiennent le secteur pendant six jours encore.
Journées d’alertes incessantes dans des conditions de misères inouïes, où il
semble que la souffrance humaine atteigne ses limites.
Pas le moindre abri en
première ligne. Pendant la journée du 8, les unités sont soumises à un bombardement
de gros calibre, où domine le 210. L’artillerie ennemie est placée de manière
telle qu’elle prend d’enfilade les tranchées occupées par le bataillon. Aussi
n’est-il pas rare de voir les énormes marmites bouleverser d’un seul coup vingt
mètres et plus de tranchées, projetant à plusieurs mètres de hauteur les corps
des malheureux chasseurs qui, esclaves du devoir, resteront à leur poste
jusqu’à la mort.
Ils n’ont qu’une ressource,
celle de se mettre dans les trous d’obus fraîchement creusés, qui ne sont pas
encore transformés en bourbier, car avec le bombardement et la pluie les
tranchées n’existent plus.
Le 9 novembre, le
bombardement diminue d’intensité et le 10, la journée est assez calme.
Pendant la nuit du 10 au 11,
le 6ème bataillon, relevé par le 31ème R.I., revient dans
le camp de Suzanne.
Les chasseurs sont dans un
état d’épuisement et de fatigue impossible à décrire. Ce ne sont pas des
hommes, qui se traînent sur la route de Suzanne, mais des loques humaines, aux
vêtements en lambeaux, couverts de boue. Ces hommes, pendant six jours et six
nuits, se sont battus dans des conditions exceptionnellement dures, dans l’eau
et la boue jusqu’à la ceinture, sous une pluie continuelle, un bombardement
infernal et sans ravitaillement presque ; leurs jeux brillants de fièvre,
qui se distinguent seuls des blocs de boue que forment leurs figures et leurs
vêtements, semblent exprimer la haine profonde du Boche, cause de tant de
souffrances, et la fierté du devoir accompli.
Le 11 novembre, le
bataillon a connaissance de la lettre du général commandant le 5ème
B.C.A. :
« Le
général DE BOISSOUDY, commandant le 5ème corps d’armée, à M. Le
Général commandant la 125ème division d’infanterie.
« J’ai
l’honneur de vous prier de transmettre à M. le colonel MESSIMY et aux troupes
d’élite dont il est le chef, la 6ème brigade de chasseurs alpins (6ème,
27ème B.C.P.) toutes mes félicitations pour l’allant, l’entrain, la
remarquable énergie, dont tous, officiers, sous-officiers et chasseurs ont fait
preuve dans l’attaque du bois de Saint-Pierre-Vaast, le
« D’un
seul bond, la vague d’assaut a pris pied dans la tranchée formidablement
organisée de la lisière sud-ouest, sur un front de 1 400 mètres.
« Tirs
de barrage, nappes de balles de mitrailleuses, terrain défoncé et boueux, bien
que ralentissant les efforts et entravant le courant de l’offensive, n’ont pu
empêcher nos braves alpins de mordre sans la tranchée et de faire payer cher à
l’ennemi une résistance qu’il se figurait invincible.
« Malheureusement,
les efforts en profondeur si judicieusement préparés, n’ont pu être réalisés,
par suite des difficultés de progression de la tranchée de départ à la lisière
du bois, provoqués par des barrages de plus en plus violents de l’artillerie
allemande.
« Après
une lutte héroïque, les groupes de combat qui s’étaient maintenus sur la
position conquise de haute lutte, après avoir vu tomber sous des
contre-attaques acharnées de l’ennemi la plupart des leurs, décimés, coupés de
leurs renforts, ont été obligés à la nuit de regagner leur base.
« Il
n’en est pas moins vrai qu’avant de se retirer, ils avaient causé à l’ennemi
des pertes considérables.
« Je
ne saurai oublier, à la gloire de la 6ème brigade de
chasseurs : d’une part, que 159 prisonniers, appartenant à cinq régiments
différents, ont été ramenés dans nos lignes ; d’autre part, que ce même
jour, 5 450 prisonniers, chassés par notre attaque et fuyant devant nos
tirs de barrage successifs à l’intérieur du bois, sont venus se rendre, à la corne
nord du bois de Saint-Pierre-Vaast, à des unités du 32ème C.A.
« Tous,
nous aurions voulu faire davantage que ce coup de main. C’est entendu.
« Haut
les cœurs !...On les a eus !... On les aura !...
« Les
alpins du colonel MASSIMY se sont montrés les dignes émules de leurs anciens de
la Tête de Faux, du Linge, du Barrenkopf, de l’Hartmannswillerkopf, du
Reichakerkopf.
« Je
tiens à les remercier.
« Signé :
DE BOISSOUDY. »
« En
transmettant la lettre ci-jointe de M. le général commandant le 3ème
C.A., le général commandant la 125ème D.I. tient à témoigner
personnellement à la 6ème brigade de chasseurs sa haute estime et sa
grande admiration pour la vaillance avec laquelle elle a combattu le
« Les
chasseurs à Fourragère ont marché à l’attaque avec l’ardeur, l’entrain et la
confiance qui leur avaient jusqu’ici assuré
« La
valeur militaire exceptionnelle du colonel MESSIMY, commandant la brigade, es
un sûr garant de leurs succès futurs. Ne ménageant ni son temps, ni sa peine,
sachant se prodiguer sans relâche pour la préparation d’une entreprise,
exécutant personnellement des reconnaissances dans les tranchées de premières
lignes, pour indiquer à chacun son rôle et sa mission et communiquant l’ardente
flamme dont il est animé lui-même, il est le plus bel exemple de vaillance,
personnifiant le sentiment le plus élevé du devoir.
« Honneur
à la 6ème brigade de chasseurs et à son chef.
« Le
« Le
général commandant le 125ème division,
« Signé :
DIÉBOLD. »
Le colonel Messimy fait alors
paraître l’ordre suivant :
ORDRE DE
« Officiers,
Sous-officiers et Chasseurs,
« Au
moment où la brigade quitte le secteur, après l’avoir arrosé du plus pur de son
sang, M. le général commandant le 5ème corps d’armée et M. le
général commandant la 125ème division m’adressent, pour vous être
transmises, leurs félicitations les plus vives.
« Ils
nous annoncent que, chassés par la violence de notre attaque, 5 450
Allemands sont allés se rendre au nord du bois Saint-Vaast à nos camarades du
23ème chasseurs.
« Le
sang des nôtres n’aura pas été versé en vain. La 6ème brigade,
suivant sa tradition, a occasionné aux Boches beaucoup plus de pertes que
ceux-ci ne lui en ont causées.
« Les
généraux DE BOISSOUDY et DIÉBOLD
m’adressent personnellement leurs éloges. Je tiens à vous dire à tous,
officiers, sous-officiers et chasseurs, que je les reporte entièrement sur
vous, dont le courage modeste et l’héroïsme silencieux surpassent infiniment
mes propres mérites.
« Accueillis
avec honneur au 5ème C.A., nous nous efforcerons tous, du premier au
dernier, d’être dignes des éloges qui nous sont décernés.
« Nous
vengerons nos chers et glorieux morts, auxquels en votre nom j’adresse
l’affectueux hommage de votre souvenir respectueux.
« Souvenez-vous
du reste, à la prochaine attaque, qu’à celle-ci, des prisonniers faits par la
première vague, ont traîtreusement repris les armes, qu’ils avaient déposées
pour assassiner dans le dos leurs vainqueurs.
« Mettre
le Boche hors d’état de nuire est un strict devoir. Ne l’oubliez pas !...
« Le
colonel commandant la 6ème brigade de chasseurs,
« Signé :
MESSIMY. »
Le 11 novembre, le bataillon
est enlevé en T.M., à destination de Thylloy-la-Ville (Somme), où il reste deux
jours. Le 16 novembre, il embarque en chemin de fer à Granviller (Oise),
à destination de Corcieux, où il arrive le lendemain.
VOSGES ALSACE
Au moment où le bataillon
quitte la Somme, la 6ème brigade de chasseurs est dissoute ; le
colonel Messimy fait ses adieux aux chasseurs dans l’ordre suivant :
ORDRE GÉNÉRAL N° 55 DE LA 6ème
BRIGADE
« Officiers,
Sous-Officiers, Caporaux et Chasseurs de la 6ème brigade,
« Par
ordre du général commandant en chef, la 6ème brigade de chasseurs
est dissoute. Ses bataillons sont incorporés dans la 66ème division,
son chef est nommé au commandement de l’infanterie de la 46ème
division.
« Notre
séparation, mes amis, est consommée, mais il nous reste la gloire qu’ensemble
nous avons conquise et la fraternité d’armes qu nous avons scellée du plus pur
de notre sang.
« 6ème,
27ème et 28ème bataillons de chasseurs,
« Vos
fanions étaient déjà lourds de lauriers quand l’honneur m’échut de vous
commander. L’ennemi avait éprouvé votre valeur sur l’Yser et dans l’Artois,
vous aviez été de toutes les grandes journées d’Alsace et de Lorraine.
« Sur
les larges croupes de la Somme, où la gigantesque bataille a déchaîné sa
tragique grandeur, vous vous êtes surpassés. Les 4 et 12 septembre, votre
assaut impétueux bouscula deux divisions saxonnes et avança de cinq kilomètres
les lignes françaises. Le 5 novembre, votre attaque héroïque infligea à quatre
régiments prussiens, saxons et bavarois, les plus lourdes pertes. En quinze
jours de combat, vous avez pris à l’ennemi plus de 2 000 prisonniers, 20
canons, 40 mitrailleuses et un important butin, 71 officiers et 3 000
chasseurs mis hors de combat, fut le prix de votre gloire.
« La
Fourragère, emblème envié des braves parmi les braves, vint honorer à la fois
nos camarades tombés et vous-mêmes, dont la vaillance les vengea si bien.
« Chasseurs,
mes fiers camarades,
« Les
plus braves et les plus beaux soldats de France ! C’est avec vous que j’ai
fait les premières armes, c’est ma gloire et mon orgueil de vous avoir menés au
combat. Il n’est pas de plus splendide troupe que vous. Dans quelques mois vous
reprendrez la lutte, vous achèverez ce qu vous avez si bien commencé. Les
fanions de vos bataillons claqueront joyeusement au vent de la victoire ;
vous l’enlèverez au pas de charge. Vous redonnerez à la France ses provinces
perdues, vous effacerez le deuil qui,
depuis un demi-siècle, a voilé son regard.
« Chasseurs
de la 6ème brigade, mes amis, mes frères d’armes ! A ce moment,
votre ancien colonel, si loin soit-il sera au milieu de vous !...
« Le
colonel commandant la 6ème brigade de chasseurs,
« Signé :
MESSIMY »
Le bataillon d’installe en cantonnement
à Corcieux. Suivant les ordres reçus, il est reconstitué à quatre compagnies
d’infanterie, une compagnie de mitrailleuses et une compagnie de C.I.D.
De ce moment, date la création
de groupes alpins endivisionnés, comprenant chacun trois bataillons. Le 7ème
groupe auquel sont affectés les 6ème, 27ème et 46ème
bataillons, est commandé par le lieutenant-colonel Devincet ; il fait
partie de la 66ème division, sous les ordres du général La Capelle.
Le 26 novembre, le
commandant Beauser, promu lieutenant-colonel, quitte le bataillon, pour aller
prendre le commandement du 1er groupe de B.A.
Il est remplacé par le
commandant Brisson, venu du 61ème B.C.P.
Le 29 novembre, le
général La Capelle passe en revue, sur le plateau de Champdrey, les neuf bataillons
de la 66ème division.
Le 6ème bataillon
quitte Corcieux le 3 décembre ; par Fraize, Plainfaing et le
Rudlin, il va occuper le secteur Lingekopf – Scharatz – Barrenkopf. Ses
éléments de soutien occupent
Le secteur est assez calme,
les bombardements intermittents par crapouillots ne causent que des pertes
légères ; mais les chasseurs ont surtout à souffrir de la rigueur de la
température ; plusieurs jours de forte gelée rendent pénible l’occupation
du secteur, de grosses bourrasques de neige obstruent complètement les boyaux
et interdisent toute communication.
Le 28 décembre, le 27ème
bataillon relève le 6ème, qui vient au repos à Plainfaing.
1917
Le 10 janvier, le
bataillon quitte Plainfaing et vient cantonner à Raon-aux-Bois, près de
Remiremont.
La réorganisation,
l’instruction et l’entraînement sont activement poussés. De fréquentes
manœuvres de division sont exécutées au camp d’Arches. Le 31 janvier, le
bataillon quitte Raon-aux-Bois et vient cantonner à Aumontzey, par Remiremont
et le Tholy.
Le 3 février, il
embarque en chemin de fer à la gare de Laveline. Il arrive le 4 à
Fontaine, à 1 heure du matin, débarque en plein champ, pendant la nuit, et
vient cantonner à Guevenatten, dans la région de Dannemarie.
Pendant près d’un mois, le
bataillon exécute dans le secteur d’Ammertzweiller (nord de Dannemarie) des
travaux importants de première et de deuxième positions.
Le 3 mars, quittant
Guevenatten, le 6ème vient cantonner à Offemont, à deux kilomètres
de Belfort. Ce même jour, le commandant Brisson quitte le 6ème
bataillon et passe au 131ème R.I. ; il dit adieu au bataillon,
rassemble chaque compagnie, il dit à tous, gradés et chasseurs, la peine qu’il
éprouve à les quitter au moment où le bataillon va être appelé à marcher.
Le capitaine Chalumeau prend
provisoirement le commandement du bataillon.
Du 5 au 15 mars, en
passant par Lure, Luxeuil, Aillevillers, Plombières et Saint-Dié, le bataillon
vient organiser le secteur de Combrimont – Provenchères.
Le 16 mars, le
commandant Frère, venant du 1er R.I., prend le commandement du 6ème
bataillon et fait paraître l’Ordre suivant :
ORDRE DE BATAILLON N° 25
« Placé
par décision du général commandant en chef, à la tête du 6ème, je
prends à dater d’aujourd’hui le commandement du bataillon.
« Je
veux que ma première pensée aille à tous ceux du 6ème, qui sont
tombés glorieusement pour la patrie, sur les différents champs de bataille, où
s’es illustré le bataillon. Je salue pieusement leur mémoire, mais j’ai le
devoir de faire en sorte que leur sacrifice ne soit pas vain, il faut pour cela
que le 6ème reste, sous mes ordres, ce qu’il a toujours été, un
bataillon modèle. Je m’emploierai de toutes mes forces à ce qu’il en soit
ainsi.
« Ma
tâche d’ailleurs sera facile, car votre passé à tous est garant de ce que vous
êtes encore capables de faire. Dès le premier jour, ma confiance pleine et
entière vous est acquise. Je vais tâcher maintenant de mériter
« Aux
armées, le
« Le
chef de bataillon commandant le 6ème B.C.A.
« Signé :
FRÈRE »
Le 20 mars, les travaux
sont interrompus ; le bataillon quitte le secteur et vient cantonner à
Anould, d’où il repart le 21 mars, à
Pendant trois jours, sous la
direction du commandant Frère, le bataillon exécute dans les bois de
Rouges-Fosses, des marches à la boussole, des exercices d’attaque et de
progression.
Le 28 mars, il quitte
Montmirail et vient d’une seule étape à Courcelles et Trélou, près de Dormans,
dans la vallée de la Marne, où il reste une dizaine de jours.
AISNE
Le 6 avril, le
bataillon quitte Courcelles et Trélou, pour venir à Lhéry, une partie cantonne
dans le village, l’autre dans une partie isolée, appelée camp Ouest.
Pendant les quelques jours de
liberté sont laissés au bataillon, le perfectionnement de l’instruction des
chasseurs est poussé activement, les grenadiers et les fusils-mitrailleurs sont
particulièrement entraînés.
La région dans laquelle se
trouve le bataillon, ne laisse aucun doute sur les événements qui vont suivre,
les routes et voies ferrées nouvellement créées et la circulation qui y règne,
suffisent pour laisser deviner l’approche de grandes choses.
Le 11 avril, quittant
Lhéry, le bataillon se porte dans la région de Romain ; mais là, il ne
peut plus être question de cantonner dans le village, la densité des troupes
étant trop forte. A un kilomètre au nord du village, d’immenses grottes
aménagées, dans lesquelles l’éclairage et la ventilation électriques,
permettent de passer tout au moins la nuit, sont utilisées par le bataillon.
Pendant le jour, il est possible de se tenir dehors, mais la nuit, les avions
ennemis qui se sont aperçus du mouvement intense régnant dans la région,
viennent lâcher des bombes sur les cantonnements. Les chasseurs, qui n’on pas
eu encore à souffrir de ces bombardement, les craignent peu, cependant
l’énervement de la troupe à ce moment est toujours préjudiciable au maintien du
moral.
Pendant ces quelques jours, le
bataillon achève ses préparatifs. Le 15 avril, à
Le général La Capelle
rassemble les officiers pour les mettre au courant de
Le bataillon passe la journée
sur place, le temps, qui jusqu’à présent s’était maintenu au beau, s’assombrit
et la pluie commence à tomber. Une pluie fine qui détrempe le sol, aussi quand
à
Le bataillon arrive enfin au
canal de l’Aisne, qu’il traverse sur le pont de Concevreux ; puis c’est la
rivière elle-même qui est franchie sur une passerelle à
Cury-les-Chaudardes ; et le 16, à
L’attaque doit se déclencher à
A
A
Le bataillon tient les
tranchées situées à la lisière nord du bois de Beaumarais, entre les postes de
« Provence » et « d’Oran » sur la gauche, le village de
Craonne est encore aux mains de l’ennemi, ainsi que le plateau de Californie,
dont
A
A
Le terrain est tout à fait
plat, et la première ligne allemande que nous devons atteindre est à 600 mètres
de nos parallèles de départ.
Dès H moins 4 (15 h 56), les
mitrailleurs ennemis, qui ont vu déboucher le bataillon de droite, ouvrent le
feu ; leur tir est très précis et les balles écrêtent les parapets. En
même temps, un barrage d’artillerie se déclanche très violent sur nos tranchées
de départ et les boyaux d’accès.
A
Le tir des mitrailleuses
redouble d’intensité, celles qui tirent de Craonne, prennent le bataillon
d’enfilade.
Le sous-lieutenant Ullier est
tué en tête de sa section. Le lieutenant Faure, frappé d’une balle au ventre,
meurt sur le champ de bataille, en encourageant ses chasseurs à poursuivre le
combat.
Le capitaine Carbillet est
grièvement blessé par un éclat d’obus. L’adjudant Ramel, de la 1ère
compagnie, qui a magnifiquement enlevé sa section à l’attaque, tombe en tête de
ses chasseurs, la cuisse brisée pas septe balles de mitrailleuse. A ce moment,
les pertes sont extrêmement lourdes. Les chefs constatent que toute progression
est impossible, ou que, tout au moins, les résultats ne seraient pas en rapport
avec les sacrifices ; ordre est donc donné de s’organiser sur place.
Pendant la nuit, le bataillon
est reporté par ordre à ses anciens emplacements, sur lesquels il s’organise en
profondeur, de manière à pouvoir faire face à tout événement. Malgré les pertes
et l’insuccès de l’attaque, le moral reste excellent.
A partir du 18 avril,
le bataillon commence à remettre en état le secteur, dont les tranchées et
boyaux n’existent pour ainsi dire plus. Ce travail est d’autant plus difficile
que le mauvais temps continue et que l’artillerie lourde allemande est toujours
très active. Le 20 avril, le bataillon de gauche, en liaison avec le 6ème,
tente une affaire locale ; les Allemands déclanchent un tir de barrage,
nous causant des pertes sensibles. Le 21 avril, le général La Capelle,
quittant le commandement de la division, lui fait ses adieux dans l’Ordre
suivant :
« Chasseurs,
Artilleurs, Sapeurs et Cavaliers de la 66ème Division,
« Je
vous quitte au moment où j’espérais vous conduire à la victoire.
« Appelé
au commandement du 1er corps, c’est avec regret que je me sépare de
vous, de ma belle 66ème division, dont le commandement m’a valu tant
de satisfactions de tout ordre.
« Avec
mon successeur, le général BRISSAUD-DESMAILLET, vous montrerez par votre
entrain, votre courage, votre opiniâtreté que vous êtes la 1ère
division de France.
« Bonne
chance, je suivrai avec passion vos succès. Je salue vos fanions, que vous
planterez bientôt sur les tranchées boches.
« Mon
cœur reste avec vous.
« Vive
la France !
« Le
général commandant la 66ème division,
« Signé :
LA CAPELLE »
Le général Brissaud-Desmaillet
prend le commandement de la 66ème division et fait paraître l’Ordre
suivant :
ORDRE GÉNÉRAL N° 519
« Camarades de la 66ème
division,
« Je
ne puis vous exprimer toute ma joie de reprendre ma place de doyen des
chasseurs dans la plus belle des divisions bleues.
« Je
vous connais tous. Je sais qu’on peut obtenir de vous l’impossible, vous l’avez
prouvé sur tous les champs de bataille.
« Vous
pouvez compter sur toute mon affection.
« Je
vous demande en retour de m’accorder toute la confiance que vous aviez en votre
ancien chef, mon vieil ami, le général La Capelle, auquel j’ai le bonheur de
succéder.
« Au
P.C., le
« Le
général commandant la 66ème division,
« Signé :
BRISSAUD. »
Le 22 avril, le 67ème
bataillon relève le 6ème. Pendant ce mouvement, l’ennemi déclanche sur
tout le secteur un tir de barrage extrêmement violent, qui fort heureusement ne
cause pas de perte.
Pour sa magnifique conduite au
combat du 17 avril, le capitaine Carbillet reçoit la Croix de chevalier de la
Légion d’honneur avec la citation suivante :
« Jeune officier ardent
et intrépide. Le 17 avril, a entraîné brillamment sa compagnie à l’assaut des
positions ennemies. Tombé grièvement blessé, n’a quitté le champ de bataille
qu’après avoir assuré le commandement de son unité. Déjà deux fois blessé et
cité à l’Ordre. »
Le lieutenant Faure, tombé
glorieusement à la tête de ses chasseurs, est cité à l’Ordre de l’armée dans
les termes suivants :
« Officier d’une bravoure
allant jusqu’à
Le caporal Guillaume, de la 4ème
compagnie, dont la conduite sur le champ de bataille a fait l’admiration de
tous, est également cité à l’Ordre de l’armée :
« Toujours prêt à remplir
les missions périlleuses ; pendant quatre nuits consécutives, est allé
patrouiller en avant des lignes et a ramené sur son dos les corps de deux de
ses officiers tués, ainsi que de nombreux chasseurs blessés. A eu une attitude
magnifique. »
Pendant les combats du 16 au
22 avril, le bataillon a subi les pertes suivantes :
4 officiers tués ; 50
sous-officiers, caporaux et chasseurs tués ; 5 officiers blessés ;
335 sous-officiers, caporaux et chasseurs blessés.
Une fois relevé, le 6ème
bataillon est mis en réserve au Grand Hameau, où il profite de quelques jours
de repos pour se réorganiser et se réentraîner. Sur l’initiative du chef de
bataillon, la méthode d’entraînement
physique Hébert est mise en application dans les compagnies.
Le 2 mai, le 6ème
bataillon vient cantonner à Courville où, durant trois semaines, il se
reconstitue, à l’aide de renforts venus du C.I.D. et du dépôt de Nice. Le 8
mai, il est passé en revue par le général Brissaud-Desmaillet, commandant la 66ème
division.
Le 12 mai, les
officiers du 7ème groupe sont présentés au général Niessel,
commandant le 9ème corps d’armée, auquel est rattaché la 66ème
division.
Le 19 mai, le bataillon
prend part à une manœuvre-revue de la division, qui a lieu sur le plateau au
nord de Hourge. A l’issue de la revue, le 68ème bataillon remet le
drapeau des chasseurs au 6ème.
Le commandant présente le
drapeau des chasseurs au bataillon Dans l’après-midi, le drapeau passe
dans chaque unité, et les commandants de compagnies rappellent les noms de
batailles qui y sont inscrits. Le lendemain, le drapeau est passé au 46ème.
Pendant son séjour à Courville, le bataillon organise un concours sportif très
réussi, dont les différentes épreuves sont disputées devant le colonel Segonne,
commandant les chasseurs de la 66ème D.I.
Le bataillon reste à Courville
jusqu’au 24 mai. Pendant sa période de stationnement au Grand Hameau et
à Courville, les avions ennemis sont venus faire de nombreuses incursions,
suivies de bombardements, sans aucun résultat.
Le 24 mai, le 6ème
bataillon quitte Courville, pour revenir cantonner à Romain. Il est encore en
réserve de division, quand le 3 juin au Chemin des Dames, les Allemands
lancent ne forte attaque, précédée d’un gros bombardement, sur les troupes qui
occupaient Craonne et le plateau de Californie. L’ennemi parvient à pénétrer
dans la position, mais ne peut s’y maintenir, grâce à une énergique
contre-attaque menée par les 24ème et 28ème B.C.A. Le 6ème
bataillon est alors alerté et reçoit l’ordre de se porter d’urgence à Meurival.
Le mouvement s’effectue par compagnies ; il est terminé à
A
A
A
Après avoir touché des
munitions au centre Aurousseau (bois de Beaumarais), la 3ème
compagnie arrive à
A
La 2ème compagnie
arrive dans la nuit ; elle est placée en réserve, à la disposition du chef
de bataillon Prudhomme, commandant le 28ème B.C.A.
La 1ère compagnie
est placée en réserve dans les caves du château et dans les galeries
souterraines du village.
Dans la nuit du 4 au 5,
les 1ère et 2ème compagnies relèvent des éléments du 24ème
bataillon, pendant que plus à l’ouest, le 46ème bataillon relève les
éléments des 28ème et 64ème. En fin de mouvement le
dispositif du bataillon est le suivant :
A gauche, s’appuyant au
versant est du plateau de Californie et au nord du cimetière de Craonne :
la 3ème compagnie dispersée dans des trous d’obus ; au centre,
la 1ère compagnie et à droite, la 2ème, dans les
tranchées encore existantes ; la compagnie de mitrailleuses au cimetière
de Craonne.
La 3ème compagnie
qui, durant les deux premières nuits et la première journée a tenu toute la
première ligne du secteur a eu particulièrement à souffrir et ses pertes, au
bout de 48 heures, étaient déjà très élevées. En effet, les tranchées
n’existent plus, les chasseurs arrivant sur un terrain complètement bouleversé
et tout à fait inconnu pour eux, sont obligés d’utiliser les trous d’obus.
De jour, il est impossible de
faire le moindre mouvement, car le Boche, qui occupe des tranchées profondes et
bien organisées, guette attentivement, chaque tête qui se montre est aussitôt
visée. De plus la chaleur devient accablante, et l’atmosphère devient
irrespirable, car à chaque instant les obus déterrent les cadavres.
Le ravitaillement est
extrêmement difficile, et les aliments sont souvent immangeables ; ce qui
est bon doit être consommé immédiatement, rien ne se conserve dans cette
atmosphère infectée.
Dès les premières nuits, les
chasseurs se sont mis courageusement au travail ; ils savent que l’on
attend d’eux une solide organisation du secteur de Craonne.
Pendant les premières nuits,
ils travaillent sans relâche, malgré la violence du bombardement, le
ravitaillement défectueux et le manque de repos. Dans la journée en effet, il
est impossible de dormir à cause de la chaleur, et surtout des avions ennemis,
qui viennent à chaque instant survoler les lignes à faible altitude et
mitrailler les tranchées.
Au bout de quelques jours, les
tranchées commencent à prendre forme, et s’il n’existe pas encore d’abris
contre le bombardement, du moins on peut circuler jusqu’en première ligne. Le
terrain, en avant de la première ligne, est en pente assez raide, c’est un
ravin encaissé qui, à l’est, fait suite au plateau de Californie, dont la pente
abrupte est presque inaccessible ; ce terrain, complètement défoncé par le
tir des deux artilleries, se prête bien aux embuscades et aux coups de main,
aussi, toute la nuite, les patrouilles sont-elles nécessaires pour protéger nos
ravitailleurs.
Pendant tous ces travaux de
nuit et l’occupation du secteur, on eut l’occasion d’apprécier l’esprit de
sacrifice et le courage des chasseurs.
C’est le fusilier mitrailleur
Mauclerc, qui, dès la première nuit, place son arme au point d’où il peut
battre efficacement tout le secteur ; cet endroit est particulièrement
visé par l’ennemi. Au bout de quelques instants, un obus met en pièces le fusil-mitrailleur,
tue un chasseur et en blesse deux autres, dont Mauclerc ; ce dernier
attend la nuit pour aller au poste de secours se faire panser et revient
aussitôt assurer son service, en ramenant un nouveau fusil-mitrailleur, qu’il
remet en batterie au même point. Le lendemain, nouvel obus qui lui brise le
fusil entre les mains sans le blesser ; Mauclerc court en chercher un
autre et reprend sa place, qu’il gardera durant tout le temps que le bataillon
restera en ligne, sans tenir compte du danger, ne se souciant que d’une chose,
assurer la défense du secteur. A côté de lui, le chasseur Costacèque, d’une
audace extraordinaire, trouvant que le Boche n’est pas suffisamment houspillé
par notre artillerie, pendant la nuit,
quitte seul la tranchée, muni d’un lance grenades et de munitions, se
porte entre les lignes et de là, harcèle l’ennemi toute la nuit ; au jour,
il rejoint tranquillement ses camarades, pour les aider à travailler.
Au bout d’une dizaine de
jours, le secteur a complètement changé d’aspect. A la place des trous d’obus,
existe maintenant une tranchée profonde, aussi solide qu’il est possible dans
un terrain sablonneux. Devant cette tranchée, un réseau de fils de fer qui va
s’épaississant chaque nuit. Ce travail d’organisation est effectué sans
relâche, malgré le bombardement qui, les 8, 9 et 10 juin devient
extrêmement violent. On croit même que l’ennemi va tenter une attaque ;
chacun est à son poste, prêt à le recevoir. Mais l’infanterie ennemie ne sort
pas ; on a su plus tard qu’elle ne tenterait aucune reprise de Craonne
tant que le secteur serait tenu par les chasseurs.
Dans la nuit du 16 au 17,
le 6ème bataillon est relevé par le 67ème, qui sera
remplacé à son tour, le 19 juin, par le 413ème R.I.
Le 17 juin, le
bataillon se regroupe à Romain et le 18, il fait étape pour venir
cantonner à Mareuil-en-Dole. Le 19, par Fère-en-Tardenois, il vient
cantonner à la Croix, où il séjourne vingt-quatre heures. Les chasseurs en
profitent pour se nettoyer un peu, ce dont ils ont grand besoin, car n’ayant
pas d’eau même pour la boisson, au moment où ils étaient en lignes, il ne
pouvait être question de toilette.
Le 21, le bataillon
fait étape sur Hautevesnes, où les officiers et sous-officiers sont rassemblés
et présentés au général Brissaud-Desmaillet.
Le lendemain, le 6ème
bataillon quitte Hautevesnes et arrive à
La journée du 23 est
mise à profit pour continuer les travaux de propreté. La température étant
favorable, le bataillon peut aller à la baignade dans le canal de l’Ourcq.
Le 24 juin, quittant
Lizy-sur-Ourcq, le 6ème bataillon vient cantonner à Grégy, près de
Meaux ; le lendemain il traverse cette ville, et va cantonner à Montry et
Condé-Saint-Labiaire.
Le 26 juin, il arrive à
son cantonnement de repos. Les 1ère et 2ème compagnies et
la compagnie de mitrailleuses sont à Gouverne ; l’état-major, la S.H.R.,
les 3ème et 4ème compagnies à Saint-Thibaut-les-Vignes,
près de Lagny (Seine et Marne). Le bataillon est au repos, les chasseurs sont
détachés aux travaux agricoles ; dans les compagnies, les exercices de
détail reprennent.
La division devant défiler à
Paris, le 14 juillet, à partir du 11, il est procédé aux préparatifs.
Le 12, la fanfare du 6ème
bataillon, désignée pour faire défiler à Paris, les délégations des bataillons
de chasseurs qui doivent escorter le drapeau des chasseurs à la revue,
s’embarque en chemin de fer et va caserner à Reuilly.
Le 13 juillet, le bataillon
quitte son cantonnement à
Le 14, à
A
« Agent
de liaison d’un mérite exceptionnel, qui fait l’admiration de ses chefs et de
ses camarades par sa bravoure intrépide. Circule sous les bombardements les
plus violents, sans d’autre préoccupation que celle de remplir la mission qui
lui a été confiée ou qu’il a sollicitée. Déjà cité à l’Ordre. »
Le défilé a lieu
ensuite ; le bataillon est derrière le 27ème, qui se trouve en
tête de la division ; il traverse Paris au milieu des acclamations de
milliers de personnes, dans un ordre parfait. Il gagne les fortifications, où
il fait la grande halte avant de regagner le fort d’Ivry.
Le 15, à
Le bataillon reste dans ses
cantonnements jusqu’au 24 juillet.
Le 21 juillet, le
général Pétain, commandant en chef, vient à Hartennes-et-Taux, où lui sont
présentés des délégations de quatre bataillons de chasseurs.
CHEMIN DES DAMES
Le 24 juillet, le 6ème
bataillon fait mouvement et va cantonner au camp du bois Morin (2 kilomètres au
sud de Vailly-sur-Aisne). Dès le 23, plusieurs reconnaissances ont été faites
dans le futur secteur du bataillon (ferme de La Royère, Epine de Chevrigny).
Le 25 juillet, à
Le 6ème bataillon
occupe le centre de résistance « Auvergne » (sud-est de la Royère).
Les 1ère et 4ème compagnies sont en lignes, la 2ème
en soutien et la 3ème en réserve, à la disposition du colonel
commandant le 7ème groupe, dont le P.C. est aux grottes de
Rochefort.
Le P.C. du chef de bataillon
est installé dans les grottes situées près de
A droite, le 6ème
B.C.A. est en liaison avec le 315ème R.I. et à gauche avec le 46ème
B.C.A.
Du 26 au 27 juillet,
des reconnaissances sont effectuées en avant des lignes, en même temps que sont
faits des préparatifs d’attaque. Dans la journée du 28, le 46ème
bataillon est relevé par le 28ème B.C.A. ; un peloton de la 1ère
compagnie et le groupe franc du 6ème régiment à droite de la
compagnie de gauche du 46ème B.C.A. Le 29 juillet, tous les
préparatifs sont faits en vue d’une attaque qui doit avoir lieu le lendemain.
L’artillerie commence son travail de destruction.
Le 30 juillet, le chef
de bataillon rassemble des commandants de compagnies à
A
L’opération, soigneusement
préparée, réussit admirablement ; les 28ème et 67ème
s’emparent de la tranchée de la Gargousse et dépassent même l’objectif.
Dans ce combat, le lieutenant
Morel est grièvement blessé ; il reçoit la Croix de la Légion d’honneur
(chevalier) avec le motif suivant :
« Officier
d’une bravoure à toute épreuve, qui a exécuté, de jour comme de nuit, des
reconnaissances en avant des lignes, dans des circonstances difficiles. Blessé
grièvement pour la deuxième fois le
Le sergent Baffet, de la 1ère
compagnie, reçoit sur le champ de bataille, des mains de son chef de bataillon,
la Médaille militaire, digne récompense de son intrépide bravoure.
Après ces combats, le 6ème
bataillon, qui a repoussé l’ennemi de la tranchée de la Gargousse, se trouve
être le seul à posséder un poste sur le Chemin des Dames ; de là, il
domine toute la position ennemie et fournit à l’artillerie des observations
précieuses.
Dans la journée du 31
juillet, l’ennemi veut nous chasser de ce point et tente, sur la gauche du
bataillon, une attaque à la grenade par boyaux. Il a affaire à plus tenace que
lui, et se voit dans l’impossibilité de faire un pas en avant.
L’artillerie ennemie devient
très active. L’ennemi, en général, est nerveux et inquiet, et souvent son
infanterie fait déclancher des barrages, auxquels notre artillerie répond
immédiatement, par un tir bien réglé, sur ses tranchées de première ligne.
L’aviation ennemie, elle
aussi, travaille de plus en plus ; de nombreux appareils survolent nos
lignes tous les jours et, chaque matin, un avion vient survoler la tranchée de
la Gargousse et jalonner notre ligne par fusées, tout en mitraillant nos
tranchées. Le 5 août, cet avion est abattu à coups de fusil et tombe
entre les lignes ; les aviateurs qui paraissent indemnes, sautent de
l’appareil, se réfugient dans un trou d’obus, pour essayer d’échapper au tir
des mitrailleuses. Aussitôt commence un tir de grenade à fusil des plus
nourris. Dans l’après-midi, une patrouille ennemie essaie d’arriver jusqu’à
l’appareil ; elle est aussitôt repoussée.
Pour en finir, quelques balles
incendiaires, tirées à cette intention, mettent le feu à l’appareil qui flambe
comme une torche, à la grande joie des chasseurs.
L’ennemi semble prendre son
parti de son échec du 30 juillet et se contente de nous bombarder
copieusement avec son artillerie lourde et de gros minen.
Le 1er août,
la 66ème division est rattachée au 39ème corps d’armée,
sans pour cela changer de secteur. Le général commandant le 33ème
corps, que vient de quitter la division, lui adresse ses adieux dans l’Ordre
suivant :
ORDRE GÉNÉRAL
« Dans
la soirée du 30 juillet, les 28ème et 68ème B.C.A.,
appuyés par le 6ème B.C.A., enlevaient leurs objectifs et
rétablissaient notre ligne dans la tranchée de la Gargousse, en faisant plus de
200 prisonniers, dont 21 sous-officiers et 3 officiers.
« Le
général commandant le 33ème C.A. tient à rendre hommage à l’élan et
à la bravoure des chasseurs qui menèrent l’attaque, à l’endurance de ceux qui
la préparèrent et à l’habileté des chefs qui
« Il
se plaît également à exprimer son entière satisfaction à tous ceux dont les
efforts ont contribué largement au succès de l’opération du 30 juillet.
« Le
général commandant le 33ème corps,
« Signé :
LECONTE »
Dans la nuit du 9 au 10
août, la 4ème compagnie relève la 3ème dans son
secteur de première ligne, tranchée de
L’attaque avait été déclanché
à
Les réseaux de fils de fer
couvrant la tranchée étaient à peu près inexistants, le travail était en cours
d’exécution.
L’ennemi avait profité de
l’obscurité pour ramper jusqu’à quelques mètres de la tranchée et, qua signal
de ses officiers, avait fait irruption dans la Gargousse, avant que les
chasseurs aient pu tirer un coup de fusil.
Une fois dans la position, son
procédé d’attaque, qui consistait à marcher le plus rapidement possible, en
utilisant les boyaux, pour éviter le tir rasant des mitrailleuses de soutien,
et laisser ignorer sa progression, il arrivait ainsi jusqu’aux P.C., dont il
s’emparait, neutralisant ainsi toute défense ou contre-attaque immédiate.
Il avait compté sans le
courage et la ténacité des chasseurs, car à peine le Boche eût-il mis le pied
dans la tranchée que, lâchant leur fusil, les chasseurs sautent sur les
grenades, ceux qui n’en ont plus prennent la baïonnette ou le poignard ;
c’est un corps à corps effroyable.
Pendant que la première ligne
se défend avec une énergie avec une énergie farouche, la section de soutien,
sans en attendre l’ordre, part spontanément à la contre-attaque, sous la
direction de l’aspirant Camoin.
Les stosstruppen se heurtent à
ce barrage, dans leur essai de progression par boyau, ils sont contenus et, un
instant après, repoussés complètement jusqu’à la première ligne.
Le groupe franc, lui aussi,
participa à la contre-attaque ; un de ses meilleurs gradés, le sergent
Faget, y trouva une mort glorieuse ; debout sur le parapet, il excitait
ses chasseurs et tirait lui-même sur les Allemands qui étaient dans la
tranchée, il en avait déjà tué trois, au moment où il fut atteint d’une balle à
la gorge.
Le soir même, le capitaine
Marchand, commandant la 4ème compagnie, reçut la Croix de la Légion
d’honneur dans
Le chasseur Chambard, qui
s’était particulièrement distingué par son courage calme et son dévouement,
alors qu’il était observateur dans un poste avancé, spécialement bombardé, est
cité à l’Ordre de l’armée pour le bel exemple de bravoure qu’il a donné en se
précipitant pour relever son camarade de faction, au moment de l’attaque, et en
ne consentant pas à être remplacé pendant tout le temps qu’il y eut du danger.
Dans la soirée du 10 août,
vers
Du 11 au 14 août, les
Boches sont calmes il en est toujours ainsi quand on leur a donné une bonne
leçon. Le 15, le 6ème bataillon est relevé et, après être resté quelques
jours en soutien, dans la région de Chavonne, il quitte le secteur le 19
août.
Le général commandant le 39ème
corps d’armée, sous les ordres de qui était placée la 6ème division,
quand elle quitta le 33ème C.A., lui fait ses adieux dans l’Ordre suivant :
Le 6ème
bataillon de Chasseurs :
« La
66ème division, composée uniquement de chasseurs à pied, a été
rattachée au 39ème C.A., du 3 au
« Durant
cette période, elle a su, par son travail assidu, apporter au secteur délicat
qui lui était confié, de notables améliorations malgré le mauvais temps et de
fréquents bombardements et après un combat acharné, où elle a été appuyée par
quelques éléments de la 67ème division, elle a conquis de nouveaux
titres de gloire, en repoussant une grosse attaque de l’ennemi et en lui
infligeant de fortes pertes en hommes et en matériel.
« Le
général commandant le 39ème C.A., heureux et fier, d’avoir eu cette
belle troupe sous sont commandement, lui adresse ses félicitations et ses
remerciements.
« Pour
lui témoigner plus spécialement sa satisfaction, et indépendamment des
récompenses dues déjà aux habiles dispositions du général commandant la
division et de ses collaborateurs, ainsi qu’à la vaillance des chasseurs, le
général commandant le C.A. cite à l’Ordre du 39ème corps :
« Le
6ème bataillon de Chasseurs :
« Sous
la direction du chef de bataillon Frère, a résisté victorieusement à une
violente attaque, puis a contre-attaqué avec un entrain magnifique, infligeant
à l’adversaire de fortes pertes.
« Le
général commandant le 39ème C.A.,
« Signé :
DELIGNY. »
Le 20 août, le
bataillon cantonne à Augy ; ce jour-là, le général Brissaud, commandant la
66ème division, fait paraître l’ordre suivant :
ORDRE GÉNÉRAL N° 108
« Camarades,
« Le
25 juillet dernier, vous montiez gaillardement sur le Chemin des Dames, résolus
à cogner ferme sur le Boche et à répondre par des lauriers aux fleurs que la
population parisienne avait lancées sur votre passage au défilé du 14 juillet.
« Aujourd’hui,
20 août, vous en redescendez après avoir conquis les précieux observatoires que
le commandement vous avait assignés comme objectifs. Vous avez infligé de
lourdes pertes à l’ennemi et vous lui avez capturé :
« 4
officiers, 37 sous-officiers, 305 hommes ;
« 16
mitrailleuses et 5 lance-mines.
« Vos
attaques et contre-attaques ont été citées comme des modèles du genre. Tous les
grands chefs vous ont adressé de chaleureuses félicitations.
« Chasseurs,
vous avez su frapper fort. Je suis fier de vous et vous remercie de vos
efforts.
« Et
maintenant, reposez-vous bien, faites ample provision de forces et gaîté. Soyez
beaux et chics et préparez-vous à remonter en ligne pour vous surpasser encore
et porter toujours plus haut la renommée de vos glorieux fanions.
« Signé :
BRISSAUD. »
Le 21 août, le
bataillon cantonne à Cramaille ; ce jour-là , le capitaine adjudant
major Barthélemy, nommé pour prendre le commandement d’un bataillon du 279ème
R.I., quitte le 6ème. C’est avec peine que tous, officiers et
chasseurs le voient partir ; le capitaine Barthélemy est un des anciens du
bataillon ; il est parti en campagne avec le 6ème et ne l’a
quitté que durant les quelques jours de son évacuation pour blessure.
Le 22 août, le
bataillon cantonne à Rozel-Saint-Albin ; le 23, à Boursonne ;
il arrive le 24 à Auger-Saint-Vincent, son cantonnement de repos.
Du 25 août au 17 septembre,
les travaux de réorganisation sont poussés activement. Le 18 septembre, le
bataillon commence des exercices et manœuvres sur un terrain spécialement aménagé
et dont la conformation générale se rapproche de celui sur lequel il sera
appelé à opérer.
Le 21 septembre, le 6ème
quitte Auger-Saint-Vincent en T.M et vient cantonner à Acy, dans la région de
Soissons.
Le 24, un détachement
comprenant 4 officiers, 8 sous-officiers, 8 caporaux et 50 chasseurs quitte Acy
et vient à
Le 28, le bataillon en
entier monte à
Les travaux sont
particulièrement pénibles, à cause du mauvais temps qui règne depuis quelques
jours et transforme les tranchées en ruisseaux de boue. Les chasseurs pour se
rendre au travail, ont à parcourir plus d’un kilomètre de boyaux, avec leurs
armes, leurs outils et tous les matériaux nécessaires. Ils font preuve d’une
discipline remarquable et, sous de violents bombardements, dans des conditions
aussi défavorables que possible, ils travaillent toujours avec la même ardeur.
Les observateurs et aviateurs
ennemis ont pu voir qu’une attaque se prépare dans la région ;
l’artillerie allemande devient alors très active. L’exécution des travaux est
rendue particulièrement difficile par les bombardements de gros minen, dont les
formidables explosions produisent des éboulements dans les abris, au risque
d’ensevelir les travailleurs.
Le 10 octobre, le
bataillon quitte
Plusieurs répétitions
d’attaque, en tenue d’assaut, sont faites sur un terrain spécial, afin que
chacun connaisse bien son rôle et sa mission. Le 18, le bataillon quitte
Chasseny et vient cantonner pendant trois jours dans les caves de
Vailly-sur-Aisne.
Dans la nuit du 20 au 21, il remonte à
La journée du 22 est
passée dans les grottes de
Le 23 octobre, à
Le départ des grottes a lieu
vers
A
Une reconnaissance du groupe
franc pousse jusqu’à la première ligne allemande (tranchée du Casse-Tête) et
rentre en rendant compte que cette tranchée est complètement bouleversée.
Les abris qui été creusés dans
les parallèles ne sont que des descentes de galeries ; on n’a pu faire
plus, faute de temps, mais ces descentes sont d’un grand secours car, vers
L’heure de l’attaque est
L’objectif : la lisière
sud du bois de Veau, au bord du ravin, dans lequel on ne doit pas descendre,
mais seulement s’emparer des abris creusés dans la face sud.
Pour arriver à cet objectif,
le bataillon devra traverser un terrain fortement organisé, montant légèrement
jusqu’à la cote 191-3 et descendant ensuite faiblement vers le ravin. Sur ce
terrain, plusieurs points sont indiqués comme fortement organisés et défendus
par des troupes d’élite (3ème grenadier de la garde).
C’est tout d’abord la tranchée
du « Casse-Tête », puis celles du « Tank », de
« Lessing », les boyaux de la « Boxe » et du
« Gabion » et enfin, plus loin, la grande tranchée du
« Fanion », avec les profondes carrières de Beauregard, le chemin
creux au sud du ravin de Veau et la lisière de ce ravin.
Tout cet ensemble constitue un
morceau dur à avaler, si la préparation d’artillerie n’est pas parfaite, ou si
les troupes d’assaut n’arrivent pas à temps pour s’emparer des entrées des
carrières.
Mais le 6ème
bataillon est plein de confiance ; il sait que son admirable chef, le
commandant Frère, a prévu les moindres détails ; il sait aussi qu’il doit
marcher à côté de troupes de choix. En effet, il est bataillon d’extrême gauche
de la 66ème division et assure la liaison avec le 4ème
zouaves, dont le bataillon de droite a pour objectif le fort de la Malmaison,
et la droite du 6ème passera à quelques mètres du fort.
A 5 heures, le dispositif
d’attaque est réalisé, il est le suivant :
En avant de la tranchée de
première ligne, et dispersés dans les trous d’obus, les hommes du groupe franc.
Dans la tranchée de première
ligne, tranchée « Narcisse » à gauche, la 1ère compagnie.
Dans la tranchée de première
ligne, tranchée « Vaillant » et, de gauche à droite, 2ème,
4ème et 3ème compagnies, échelonnées en profondeur par
l’utilisation des parallèles creusées au sud des tranchées
« Narcisse » et « Vaillant ».
Les pièces de la compagnie de
mitrailleuses sont réparties dans les compagnies suivant la mission de ces
dernières.
L’attaque comporte deux
phases :
1 – Prise des tranchées du
« Casse-Tête », « Tank », « Lessing »,
« Fanion », carrières de Beauregard et lisière sud du ravin de Veau.
Le 6ème opère en liaison à gauche avec le 4ème zouaves,
qui enlève le fort de Malmaison, et à droite avec le 46ème bataillon
de chasseurs.
2 – Le 6ème
bataillon est dépassé par le 67ème, qui doit progresser sur le
plateau d’Entre-deux-Monts, direction ferme de l’Orme. Le 46ème
doit, lui aussi, être dépassé par le 27ème qui a pour mission de
s’emparer de l’Eperon et du village de Pargny-Filain.
La mission de chaque compagnie
a été nettement définie. Tout le bataillon devra sortir en même temps, et
progresser aussi rapidement que possible jusqu’à la tranchée du
« Casse-Tête », de manière à éviter le barrage qui, d’après les
observations faites jusqu’alors, s’établit de la tranchée
« Narcisse » jusqu’à 500 mètres au sud.
Le groupe franc marchera droit
sur le ravin de Veau.
La 2ème marchera
sur la tranchée du « Fanion », qu’elle doit nettoyer et occuper, en
même temps qu’elle assure à gauche la liaison avec le 4ème zouaves,
sur le plateau d’Entre-deux-Monts, dont elle doit tenir les pentes nord.
La 3ème compagnie,
en liaison à gauche avec la 1ère et à droite avec le 46ème
bataillon, marche sur la lisière nord du bois du ravin de Veau et s’établit en
échelon vers la droite, la tête au ravin.
La 4ème se répartit
dans la tranchée du « Casse-Tête » et du « Fanion », dont
elle fait le nettoyage.
A H moins 5, c'est-à-dire 5 h
10, l’ennemi envoie encore de gros minen sur nos tranchées de départ ;
cela laisse supposer que plusieurs de ses engins ont échappé au tir de
destruction de notre artillerie, qui cependant fait rage. Il ne fait pas encore
jour, mais en se tournant vers le sud, on peut voir le ciel complètement
embrasé par les lueurs des canons.
A 5 h 15, le bataillon se
lance à l’assaut.
Par suite de la complète obscurité,
une légère erreur de direction se produit, mais elle est vite corrigée par le
chef de bataillon. De plus, l’artillerie française, à ce moment, arrose d’obus
incendiaires le fort de la Malmaison ; c’est d’un effet absolument
féerique et cela présente l’avantage de donner à tout le monde un point de
repère ; les chasseurs reprennent aussitôt leur direction.
Le barrage roulant est
admirablement réglé, il est suivi au plus près par les unités de tête, les
chasseurs sont absolument emballés, les officiers ont peine à les retenir pour
les empêcher de se faire prendre sous le barrage français. Certains expriment
leur satisfaction en criant : « On les tient, on les
a !... »
Le
travail de l’artillerie a été parfait ; il reste bien des mitrailleuses,
certaines même tirent dans le dos des éléments de tête, mais ceux-ci ne s’en
préoccupent pas, c’est l’affaire des camarades qui suivent, c'est-à-dire la 4ème
compagnie. Les 2ème, 1ère et 3ème, avec les
sections de mitrailleuses qui leur sont adjointes, progressent aussi vite que
le leur permet le chargement des hommes, l’obscurité et l’état du terrain,
vaste champ d’entonnoirs, dans lesquels il n’es pas rare de culbuter.
Après la tranchée du
« Casse-Tête », occupée par la 4ème compagnie, celles du
« Tank », de « Lessing », la cote 191-3, sont
successivement enlevées, puis la partie de la grande tranchée du
« Fanion », dévolue au 6ème, est nettoyée et mise en état
de défense par la 2ème compagnie, pendant que les 1ère et
3ème continuant leur avance, dépassent le chemin creux et arrivent à
leurs objectifs, carrières de Beauregard et ravin de Veau.
En moins d’une heure, tous les
objectifs sont atteints, aussitôt les dispositions sont prises pour parer aux contre-attaques qui ne
tardent pas à se déclencher, car à droite l’attaque a moins bien marchée, la
première ligne seulement (tranchée du Casse-Tête) a pu être enlevée et le 6ème
se trouve très en flèche.
Au cours de l’attaque, le
commandant Frère a été blessé d’une balle de mitrailleuse, mais à force
d’énergie, il conservera son commandement pour ne se laisser évacuer qu’à la
nuit, quand la situation sera stabilisée.
A 9 heures, le 67ème
bataillon double le 6ème et progresse sur le plateau
d’Entre-deux-Monts ; il descend les pentes du plateau, arrive à l’Ailette
et atteint tous ses objectifs.
A gauche, le 27ème
n’a pu déboucher pour doubler le 46ème, à cause du nombre
considérable de mitrailleuses qui battent le terrain.
L’ennemi lance plusieurs
contre-attaques furieuses qui toutes échouent sous nos feux.
La nuit est assez calme.
Le 24, l’artillerie ennemie,
des crêtes de Nomampteuil, envoie des coups directs sur les bords du ravin et
sur le fort.
A 19 heures, le bataillon
reçoit l’ordre d’attaque pour le lendemain. Sa mission est de s’emparer de
l’éperon de Pargny-Filain, en liaison à droite avec le 27ème et
couvert à gauche par le 4ème zouaves.
Le 25 octobre, à 5
heures, le groupe franc part de la tranchée du « Fanion », sur
l’éperon de Pargny-Filain et dans le ravin de Veau. Il est couvert à droite par
une forte patrouille de la 4ème compagnie ; il avance
rapidement sur l’Eperon ; l’ennemi, démoralisé par le bombardement et
l’attaque de l’avant-veille, n’oppose pas une résistance très vive, mais la
progression est retardée par l’artillerie française, qui continue à battre
l’éperon de Pargny-Filain. Au fur et à mesure de l’avance du groupe franc, la 3ème
compagnie occupe la position.
A 7 heures, le groupe franc
borde la lisière nord de l’éperon, après avoir nettoyé tout le ravin de Veau.
A 9 heures, l’artillerie
lourde d’armée commence son tir de destruction sur l’éperon de Pargny-Filain,
le croyant toujours occupé par l’ennemi. Nos éléments sont alors obligés de
l’évacuer, ne laissant que de petits détachements à son extrémité nord.
Dès que le tir de notre
artillerie cesse, les compagnies réoccupent à nouveau et définitivement la
partie sud de l’éperon, face à l’est, en liaison avec le 27ème.
Dans l’après-midi, vers16
heures, un détachement des 1ère et 4ème compagnies, sous
les ordres du sous-lieutenant de Laval, descend les pentes nord de l’éperon et
s’empare de Pargny-Filain, appuyés par le peloton de mitrailleuses du
sous-lieutenant Mélandri et un peloton de 1ère compagnie, commandé
par le lieutenant Monchio, qui occupe l’éperon. Il dépasse le village, pousse
jusqu’au canal de l’Oise à l’Aisne, sur les bords de l’Ailette.
Une patrouille, conduite par
le caporal Nialhe, de la 1ère compagnie, va jusqu’au pont de
l’Ailette ; le caporal le franchit et tombe de l’autre côté, mortellement
frappé, au moment où il allait disperser un groupe d’ennemis, dont il venait de
constater la présence.
Malgré la résistance de
l’ennemi, le détachement du sous-lieutenant de Laval parvient à s’installer à
200 mètres au sud-ouest du canal, en liaison à gauche à la Tuilerie, avec le 4ème
zouaves et à droite avec le 27ème bataillon.
Dans ces deux opérations,
menées avec un entrain remarquable, le bataillon a capturé plus de 200
prisonniers, 12 minen de gros calibre et 13 mitrailleuses, sans compter le
matériel de toute nature abandonné par l’ennemi, dans la carrière de Beauregard
et le village de Pargny-Filain.
Le bataillon a subi les pertes
suivantes : 1 officier tué ; 4 blessés, dont le chef de
bataillon ; 58 sous-officiers, caporaux et chasseurs tués et 223 blessés.
Pour son beau succès et sa
magnifique tenue au feu, le 6ème bataillon est cité à l’ordre de la
6ème armée, dans les termes suivants, et reçoit sa troisième palme.
ORDRE DE LA VIème ARMÉE
Est cité à l’Ordre de
l’armée :
Le 6ème
bataillon de chasseurs alpins :
« Après
avoir, pendant plus d’un mois, préparé son terrain avec persévérance et
méthode, a fait preuve d’un entrain superbe à l’attaque de la première position
ennemie, le 23 octobre 1917, réalisant intégralement le programme fixé. Sous le
commandement successif du commandant Frère qui, blessé au début de la journée,
n’a consenti à se laisser évacuer que le soir, et du capitaine Chalumeau, a
capturé 200 prisonniers dont 4 officiers, 4 lance-mines et 9 mitrailleuses.
« Le
25 octobre, malgré les pertes et la fatigue, a repris avec autant de hardiesse
que de prudence, le mouvement en avant, occupant l’éperon de Pargny-Filain, et
y capturant 200 prisonniers, 10 lance-mines ou lance-torpilles et 14
mitrailleuses. A réalisé ainsi successivement, sur des fronts de 500 et de 400
mètres, des avances de 1 000 à 1 600 mètres, en s’emparant de six
lignes de tranchées. »
Le Capitaine Chalumeau, qui a
pris le commandement du bataillon, après la blessure du commandant Frère,
reçoit la Croix de la Légion d’honneur :
« Officier
d’un grand sang-froid et d’un grand courage. Le 23 octobre 1917, a commandé le
bataillon avec beaucoup de décision et d’énergie après la blessure du chef de
bataillon, réalisant point par point le programme fixé. Le 25 octobre, par les
mesures judicieuses qu’il a sur prendre, a amené la reddition de plus de 200
Allemands, la capture de deux batteries de minenwerfer et l’occupation d’un
village très fortement organisé. »
L’aspirant Passeron, du groupe
franc, reçoit la Médaille militaire avec le motif suivant :
« Sous-officier
d’une bravoure audacieuse, toujours prêt à remplir des missions délicates et
périlleuses. Au cours des combats d’octobre 1917, a entraîné son groupe dans un
ordre parfait à l’assaut des positions allemandes, faisant 150 prisonniers et
contribuant à la prise d’un village fortement tenu par l’ennemi. Une
citation »
Le sergent Carrère, exemple de
bravoure et de sang-froid, reçoit lui aussi la Médaille militaire :
« Excellent
sous-officier, d’une bravoure, d’un sang-froid, d’une énergie à toute
épreuve ; s’est particulièrement distingué au combat du 23 octobre 1917,
où il s’est offert comme volontaire pour la reconnaissance de plusieurs abris
suspects, a accomplit sa mission avec habileté et décision, capturant 2
officiers, 2 sous-officiers, 58 hommes et 6 mitrailleuses. Cinq citations. »
Le lieutenant Libmann,
commandant la 1ère compagnie, est cité à l’Ordre de l’armée dans les
termes suivants :
« Officier
de grande valeur. Parti en tête du bataillon avec sa compagnie, à l’attaque du 23
octobre 1917, est parvenu d’un seul bond à ses objectifs. Le 25 octobre, a
déployé des qualités réelles de décision, notamment à la prise de
Pargny-Filain. A accompli avec sa compagnie une progression totale de plus de
deux kilomètres, capturé une batterie de minen, 6 mitrailleuses et fait 20
prisonniers. »
Le sergent Molaso est cité à
l’ordre de l’armée :
« Sous-officier
très énergique, modèle de dévouement et de courage. Commandant un groupe de
couverture, a parfaitement rempli sa mission, arrivant le premier sur
l’objectif de sa compagnie. A secondé très activement son chef de section
pendant l’installation sur la position, en butte à des feux d’artillerie et de
mitrailleuses. Quatre fois blessé. Trois citations. »
Le chasseur brancardier Martin
reçoit, lui aussi, la Croix de guerre avec palme, pour le dévouement dont il
fait preuve en toutes circonstances :
« Au
bataillon depuis le début. Brancardier chef d’équipe courageux et d’un grand
dévouement, animé du plus grand esprit de sacrifice. Fait l’admiration de tous.
A été grièvement blessé en se portant, sous un bombardement violent, au secours
de ses camarades blessés. Trois citations. »
Le 26 octobre, dans la nuit,
le bataillon est relevé par le 137ème R.I., il vient cantonner aux
champignonnières de Chasseny, où il reste deux jours.
Le 28, il embarque en
T.M ; à destination de Château-Thierry, où il arrive à 16 heures.
Le 1er novembre,
il embarque en chemin de fer et arrive à Lure, le 2 ; il va
cantonner à Gouhenans et au val de Gouhenans.
Le 29 novembre, le
général Pétain passe le bataillon en revue. Le commandant Frère, sorti de
l’hôpital, reprend le commandement du bataillon.
Le 5 décembre 1917, le
bataillon quitte Gouhenans, pour se porter en marche-manœuvre dans la région de
Luxeuil.
Du 5 au 12 décembre, en
passant par Franchevelle, Lures, Sainte-Marie-en-Charmois, Saint-Maurice, le
col de Bussang et Saint-Amarin, le bataillon vient cantonner à Moosch.
Il en repart le 13,
après la soupe du matin, pour aller relever au Sudelkopf, le 1er
bataillon du 106ème R.I.
VOSGES – ALSACE
La 4ème compagnie
occupe le point d’appui du Doigt, en liaison à droite avec le 27ème
bataillon. La 2ème compagnie le point d’appui Hutter, en liaison à
gauche avec le 67ème. La compagnie de mitrailleuses est répartie
dans le secteur. Les 1ère et 3ème compagnies, placées en
réserve, sont employées aux travaux et transport du matériel.
Le 19, une reconnaissance
est effectuée dans le ravin de Furstacker ; le lendemain, l’ennemi
bombarde violemment nos positions du Doigt, avec des minen de 240.