Publication : Mai 2006
Mise à jour : Janvier 2026


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Mike nous dit
en 2003 :
« Ce carnet a été retrouvé dans une
malle, dans le grenier d’une vieille maison que venait d’acheter un anglais,
Mike A.
Remercions-le, car il a su, de suite qu’il
avait entre les mains quelque chose d’important, quelque chose qui fait partie
de notre histoire collective, quelque chose qui ne doit pas disparaître.
Mike a même refait entièrement le trajet
d’Elie, jusqu’au lieu de son décès.
Dans cette malle se trouvait aussi une série
de lettres d’Elie. Certaines sont publiées en fin de cette page. Un autre
carnet de guerre se trouvait aussi dans la malle, celui de son père qui a fait
la guerre de 1870-71, et a été prisonnier en Allemagne. »
Sa vie est intéressante. Il était très bon
élève à l'école, fondateur de la caisse du crédit agricole, le syndicat
agricole et une mutuelle agricole de la commune.
Suivant sa mort, sa femme Sabine est devenue très pauvre, et il y a plusieurs
lettres au préfet et à un ministre à ce sujet.
Il avait deux fils, un né après son départ
au front, est pris par une mission pour devenir plus tard moine à Brives. L’autre qui a continue à vivre sur la propriété est
mort sans héritiers. C’est de lui que vient la propriété.
Apparemment pas de descendance
connue. »
Le propriétaire Mike ne répond plus au mail. Peut-être est-il décédé ?
Depuis plus de 20 ans qu’il m’a envoyé ce carnet. Si vous êtes de la famille de
Mike, contactez-moi. Merci
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Yann BOUVIER,
nous dit en juillet 2014 :
« Bonjour, je suis enseignant
d'histoire en collège, dans la région de Toulouse. Dans le cadre du Centenaire de
la Première Guerre mondiale, j'ai l'ambition de construire un projet
pédagogique autour des carnets d'Elie ALABANHAC, avec mes élèves.
Je suis parti su postulat que si cette
guerre avait eu lieu aujourd'hui, beaucoup de Poilus auraient partagé leur expérience
des combats sur des réseaux sociaux. Ceux-ci ont de plus l'avantage de toucher
le plus grand nombre et d'être en capacité de mobiliser des adolescents dans un
projet commun. Il s'agirait d'ouvrir, avec votre autorisation, et dans les
jours à venir, un "Compte Twitter" au nom d'Elie. Et de publier
régulièrement des tweets, parfois avec photos, au nom d'Elie, 100 jour pour jour après les faits racontés dans son carnet. De
refaire vivre, en définitive, la mémoire d'Elie, en la rendant vivante et en la
confiant, pour une année, à des élèves de collège.(…) »
André
BUISSON, du centenaire de la 1ère GM, nous dit en janvier 2016 :
« Bonjour, Je travaille sur la
publication de la correspondance d’un poilu du 124 RIT de Rodez. Sa
correspondance commence à la fin août 1914. Dans la région de Nice (Drap où
séjourne le 2e bataillon). Les détails du voyage entre Rodez et Nice sont
donnés par Élie ALBANHAC dans son journal publié sur votre site. Je suis
partagé entre deux solutions :
- soit reprendre les éléments de ce journal,
sans reproduire le texte, mais en citant mes sources ce qui ne pose aucun
problème.
- soit je reprends intégralement le texte du
journal d’Élie et dans ce cas il me faut l’accord des ayants droits.
Dans la deuxième hypothèse je vous demande comment
contacter les ayants droits. Cordialement. »
Émily TURNER nous dit en février 2016 :
« Bonsoir Monsieur, élève en hypokhâgne
à Lyon et ayant un travail à faire sur des carnets de soldats durant la
première guerre mondiale, mon groupe et moi avons décidé de nous appuyer sur le
carnet d'Elie ALBANHAC, le carnet n°5 de votre site. Afin d'approfondir nos
recherches, nous souhaiterions savoir s'il est possible de contacter le
propriétaire de ce carnet, un anglais prénommé Mike A. Il est en effet précisé sur
l'article que Mike aurait trouvé, en plus du carnet, une série de lettres
d'Elie. Ceci pourrait beaucoup nous apporter quant à notre travail.
Dans l'attente d'une réponse positive de
votre part, veuillez recevoir, Monsieur, l'expression de mes salutations
distinguées. »
Christophe F.
nous dit en février 2018 :
« Bonjour, je suis professeur
d'histoire et de géographie au collège Amans-Joseph Fabre de Rodez. Je désire
contacter le propriétaire du carnet d'Elie ALBANHAC pour un projet pédagogique
en lien avec le centenaire de la Guerre 14/18. Professeur d'histoire au collège
A.J Fabre, à Rodez dans l'Aveyron, mon attention a, en effet, été attirée par
les carnets d'Elie ALBANHAC publié sur le site chtimiste.com. C'est pourquoi je
vous fais parvenir avec ce courriel en pièce jointe une lettre de monsieur le
principal du collège vous exposant notre démarche. N'hésitez pas à nous
contacter pour de plus amples informations. J'espère que vous serez sensible à
notre démarche et à notre projet.
Veuillez recevoir, monsieur, l'expression de
nos sentiments distingués. »
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Merci à Mike pour le carnet.
Merci à Philippe S. pour les corrections éventuelles et certaines recherches.
Nous avons ajouté du texte en bleu pour la compréhension de certains termes et pour aller « plus loin » dans l’analyse du récit. Pour une meilleure lecture, j’ai volontairement ajouté des chapitres, sinon le reste est exactement conforme à l’original. Les noms de villages ont été corrigés.
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Élie Jean Baptiste Louis ALBANHAC est né en avril 1879 à Salles-Courbatiès (Aveyron). En 1900, il effectue son service militaire au 81ème régiment d’infanterie de Montpellier. Il y reste quelques mois, car il est déclaré ‘’ soutien de famille ‘’, son père étant décédé à cette date.
Il se marie en janvier 1907 avec Sabine Catherine FRÉJAVILLE (1882-1965) (acte). En 1911, il habite Claunhac, tout à côté avec sa femme, Sabine, son fils, Paul Émile, de 4 ans, et de sa mère veuve (recensement).
En août 1914, il passe logiquement, avec ses 35 ans, dans l’armée territoriale : le 124ème régiment d’infanterie territoriale de Rodez.
Il prend donc le train vers Rodez…
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Par un beau temps nous partons de Salles-Courbatiès vers 9h 25 après avoir attendu le train depuis 6 heures.
Le train était déjà passablement bondé.
Dans un élan admirable de patriotisme la jeunesse de Tournhac a accompagné ses partants avec drapeau et musique.
A Capdenac, nous avons stationné 50 minutes, pour permettre à d'autres trains de nous donner voie libre et pour faciliter la rapide correspondance.
Un poste militaire était déjà établi à la gare de Capdenac.
LANIÉ H. (*), (Gustave) Vernet (**), BESSIÈRE Antonin (***), et d'autres qui se dirigent vers Montpellier ou Toulon, sont repassés par Salles-Courbatiès passant par Toulouse.
De Capdenac à Rodez beaucoup de mobilisés montent dans le train. A Aubin surtout.
De toutes les fenêtres des maisons d'Aubin des mouchoirs, des drapeaux, des mains s'agitent pour nous dire adieu et nous souhaiter un prompt et heureux retour.
Après Capdenac, nous déjeunons pour la deuxième fois avec Albert Albanhac (****), Léopold Chabbert (*****), Delmas Marcellin.
(*) : On connait le prénom d’Henri plus
loin dans les écrits d’Élie.
Aucun LANIÉ Henri n’existe sur la liste des fiches
matriculaires de l’Aveyron. Ne s’agit-il pas de LANDIÉ Henri, lui aussi du
124ème régiment d’infanterie territoriale ? Voir sa fiche.
(**) : Gustave François VERNET, 27 ans,
habite la même rue qu’Élie. Il est boulanger et part à la 16ème section des
commis et ouvriers à Montpellier. Il passera au 151ème régiment d’infanterie et
sera tué dans l’Aisne en avril 1917. Voir sa fiche
matriculaire.
(***) : Antonin Jean BESSIÈRE, 30 ans,
est le voisin d’Élie à Claunhac (12). Il est aubergiste. Il part le 56ème
régiment d’artillerie de Montpellier. Il passera au 273ème régiment
d’artillerie en 1917. Il survit à la guerre. Voir sa
fiche matriculaire.
(****) : Albert ALBANHAC, forgeron, est
le voisin d’Élie. Né en septembre 1877 à
Salles-Courbatiès, il a donc 38 ans. Pour son service militaire, il
l’effectue au 13ème bataillon de chasseurs à cheval en 1897. En août 1914, il
est au 124ème régiment d’infanterie territoriale. Il survivra à la guerre. Voir sa fiche matriculaire.
(*****) : Léopold CHABBERT est né en
novembre 1877 à Salles-Courbatiès, il a
donc 38 ans. Pour son service militaire, il l’effectue au 143ème régiment
d’infanterie en 1898. En août 1914, il est au 124ème régiment d’infanterie
territoriale. Il sera cité de nombreuses fois dans le carnet. Nous en
reparlerons.
Sur tout le parcours je constate que le bon esprit français patriotique n'est pas encore mort tout à fait.
Le nom de Guillaume est sur toutes les lèvres avec un sentiment de haine et l'on crie de temps en temps :
« A Berlin ! »
Des nouvelles plus ou moins véridiques nous sont annoncées dans la gare notamment celle-ci :
Garros, l'aviateur, voyant un dirigeable allemand à la frontière en l'ayant dépassée alors même que le dirigeable tirait sur lui avec une mitrailleuse fonça sur lui et dans un choc terrible entraîna dans sa chute le dirigeable avec 30 à 40 officiers allemands qui le montaient.

Carnet d’Élie ALBANHAC
Nous arrivons à Rodez à 2 heures 45 environ.
Nous allons goûter un peu et nous faire inscrire aux casernes du foirail où on nous désigne le lieu où se trouve notre cantonnement. Je suis moi-même à l'institution Saint-Joseph dans la salle des fêtes.
Vers les sept heures du soir, un orage avec pluie éclate sur Rodez.
Nous sommes logés au pensionnat St Joseph - le 1er bataillon et la première compagnie dans la salle des fêtes. Ceux qui sont logés dans les dortoirs ont des lits pour repos, nous n'avons que de la paille, mais nous nous y ferons peut-être car nous ne serons pas toujours aussi bien.
Il a plu la nuit, et il pleut tout le matin.
On nous habille avec des effets neufs, on nous donne nos fusils. Les dépêches de la préfecture, qui sont affichés nous annoncent la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France.
Les Allemands avec leur cruauté légendaire ont fusillé l'Alsacien Samain qui récemment avait manifesté pour la France et le curé de Moineville.
Un navire allemand a tiré en Algérie sur Bone et Philippeville mais sans résultats.
On achève aujourd'hui de nous équiper.
L'active commence de partir de Rodez vers 4 heures. Par un orage diluvien nous partons nous-mêmes de Rodez vers minuit.
Je laisse mes habits civils au restaurant Bayol - Rue St Cyrice en dessous du restaurant Grialou.
Nous arrivons à la gare, mouillés comme des rats. C'est à dire que nous avons passé une nuit blanche.
Nous changeons de chemise mettons notre veste, fermons toutes les ouvertures et dans ce wagon où nous sommes 36 au 40.
Nous nous garantissons du froid tant bien que mal.
La pluie avait grossi les rivières jusqu’à Carmaux, Albi et même plus loin.
Entre Carmaux et Albi la grêle avait abîmé les récoltes. Les maïs étaient couchés, les feuilles des arbres étaient en parties défeuillées.
Nous arrivons à Castres vers 10 heures.
Un 2e train nous rejoint et un seul train est formé à Castres avec les deux.
Après Castres nous voyons les belles fermes, toutes ombragées au devant par un joli parc d'arbres ombragés : sapins, platanes, saules etc. qui donnent un aspect coquet à ces fermes.
A partir d'ici, c'est la culture des vignes qui domine, avec la culture du blé aussi.
Voici Castelnaudary, puis Carcassonne avec ses vieux remparts, Lézignan et Narbonne où nous arrivons à la nuit et où nous stationnons une heure environ. Nous passons par Sète et quoique la nuit soit belle et que la lune éclaire au dehors nous ne pouvons distinguer la mer.
Mais nous voyons des phares qui lancent régulièrement leurs reflets de lumière pour guider les navigateurs de la mer et les garantir des catastrophes possibles.
Nous arrivons à Arles au petit jour et nous en repartons vers 7h ½.
Après Arles, nous voyons les vastes plaines de la Camargue presque stérile ou paissent en liberté des troupeaux de vaches, et de chevaux. Nous voyons les immenses lacs de la Camargue faible image de la mer, et nous arrivons à Marseille vers 11 heures.
Nous n'y restons que pour changer de locomotive et nous repartons pour Toulon.
A remarquer qu'à Marseille il y a de nombreuses tuileries. Les belles plantations de sapins formant des haies de 3, 4, 5 mètres de hauteur sont très remarqués à partir d'Arles.
Avant Toulon, nous commençons de voir la mer, l'immense mer avec ses vagues blanches et son horizon bleu. Nous ne nous arrêtons pas à Toulon, ainsi qu'on nous l'avait promis, notre train poursuit sa marche sur Nice.
A Fréjus, Cannes, Antibes, nous commençons d'admirer les belles villas, merveilles d'art et de caprice construites au bord de la mer, tout ombragées par de magnifiques parcs.
De Fréjus à Nice, tout le littoral de la mer, qu'on appelle la Côte d'Azur est couvert de ces villas, l'une belle, l'autre plus belle encore.
Nous arrivons à Nice vers les 6 ½ après avoir cherché, parlé, etc.
Nos chefs finissent par nous loger, mais quant à notre manger, ils n'y songent pas. Nous n'avons rien touché de vivres depuis notre départ de Rodez.
Enfin nous voilà logés à l’hôtel Mignon, nous couchons sur des matelas et heureusement nous réparons notre fatigue de 2 jours de voyage
Après un bon sommeil réparateur, voici enfin le jour qui parait et je vais contempler, la ville de splendeur, la ville des riches, la ville internationale où l’on peut voir les gens de tous les pays du monde.
Dès le matin, nous commençons à sentir la chaleur. Beau soleil du midi de la France. Nice est la ville des merveilles de l'art et de la richesse.
Après une bonne nuit passée au même hôtel où nous avons logé hier chez des gens très attentifs pour nous, nous voilà levés à bonne heure et je profite du matin pour aller faire une première étape vers le lieu de notre cantonnement.
Nous partons de Nice vers 5 heures pour aller à Cantaron à 10 kilomètres environ. De Nice au pied des Alpes. Nous y arrivons avant 9 heures. (*)
Cantaron est bâti dans une étroite vallée entre des collines très accidentés. Son église est sur le versant d'une colline perché sur le roc presque abrupt. Je suis allé la voir, cette petite église qui domine ce tout petit village de Cantaron et juste au moment des vêpres.
J'ai été émerveillé du chant magnifique des fidèles de cet endroit. L'église très petite était à peu près pleine quoique la population me paraisse peu nombreuse. Tout le monde chantait et tout le monde répondait aux prières du prêtre. Les hommes chantaient parfois à deux voix.
A la fin des vêpres un chœur de jeunes filles a chanté avec beaucoup de précision un cantique lancé au sujet de la guerre et du devoir, que nous avons de donner notre vie pour la patrie.
Presque tous mes compatriotes de Claunhac auraient certainement rougi par respect humain en voyant la ferveur des fidèles de cette petite église.
(*) : Seul le 1e bataillon cantonne dans le secteur de Cantaron.
Depuis Nice et même Narbonne nous n'avons eu que le beau temps, le beau ciel de la Côte d'Azur.
Nous allons ce matin faire un petit tour d'exercice - pour la forme- et nous y revenons dans l’après-midi mais nous restons presque tout le temps à l'ombre de chênes, de pins, d'oliviers.
Et nous passons devant la petite église de Cantaron dont le petit clocheton triangulaire domine la vallée tout étroite où une rivière aujourd'hui desséchée démontre nettement pendant l'hiver lors de la fonte des neiges.
Cette même rivière est presque un torrent.
Nous passons aussi à coté du petit cimetière étagé, situé non loin d’église.
Notre compagnie est de garde aujourd'hui au poste police, je suis moi-même de garde. Je prends la garde à plusieurs reprises ayant pour consigne de surveiller un restaurant, veiller à ce qu'il n'y ait pas de bruit de la part des militaires à ce qu'ils n'y entrent pas aux heures d'exercice et à ce que l’hôte ne reçoive pas de militaires après 8 heures du soir.
Dès 8 ¼ environ, j'entre dans l’hôtel, et je dis aux camarades :
« Allons mes amis il est l'heure d'aller se reposer, veuillez
vous retirer. »
Je n'ai pas de mauvaises réponses, comme on pourrait s'y attendre, car les camarades comprennent bien que ma consigne ne vienne pas de moi.
Bien que j'aie passé quelques heures de nuit à service de garde nous allons faire une petite marche le matin, mais peu fatigante.
L’après-midi, notre sergent-major nous fait une conférence intéressante et très écoutée sur les causes économiques et politiques de la guerre : développement de l'Allemagne depuis 70, union des états qui la composent, développement industriel, et natalité féconde, à tel point que la France et l'Allemagne étaient à peu près de même superficie avaient en 70 à peu près même nombre d'habitants, tandis qu'actuellement la France n'a que 38 à 40 millions d'habitants et l'Allemagne en a 70 millions.
L'Allemagne ne peut plus nourrir ses habitants, il lui faut des territoires plus étendus, de là principalement la guerre qu'elle cherchait depuis déjà quelque temps.
Nous allons ce matin faire une marche, à travers les coteaux, pas très pénible, mais un peu plus longue que d'habitude.
Au retour, la plupart nous allons laver notre linge mouillé par la sueur au tout petit courant d'eau qui coule au pied de Cantaron. (*)
L’après-midi, nous avons un bon moment de repos.
Ensuite nouvelle sortie et au lieu d'exercices une conférence faisait suite à celle d'hier, toujours très intéressante, à l'ombre de pins et d'oliviers.
Aujourd'hui quelques nuages, les premiers que nous avons vus depuis Rodez.
Le soir, je vais voir l’église de Cantaron où a lieu à la nuit la prière du soir, la récitation du chapelet et de prières pour la victoire des soldats français et bénédiction du St Sacrement et finalement le chant du cantique déjà entendu dimanche dont voici le refrain :
« La Patrie
Pour la vie
Nous réunîmes sous son
drapeau
O Marie
Je t'en prie
Veille sur nous jusqu'au
tombeau »
L’église était presque pleine de soldats et au retour j'en ai entendu qui comme moi disaient leur étonnement de voir que dans cette petite église on chantait si bien et de voir les gens de cette localité si religieux.
La population de cet endroit comme celle de toute la France d'ailleurs, et je dirai même plus même qu'ailleurs, car ici la population est relativement dense, a des enfants, des époux, des frères au régiment et peut-être aux premières lignes de feu.
Un réveil religieux a sans doute très probablement pris un essor nouveau à cause de la guerre et l'on vient prier pour les absents.
(*) : Le
Paillon
Nouvelle marche le matin à travers les montagnes escarpées.
Nous passons par des sentiers taillés dans le roc sur des pentes abruptes, au-dessus de précipices de 10 à 15 mètres à pic. La marche est un peu pénible car nous montons souvent une colline. Mais nous respirons le bon air de la montagne, l'air balsamique des pins de la lavande et de l'olivier.
Du sommet, l'horizon est crénelé par le sommet des hautes montagnes dont le bleu lointain se perd dans le ciel bleu.
Le soir au lieu d'exercices nouvelles conférences sur l’état actuel de l'Europe.
Tandis que chaque année pareille jour était
jour de grande fête partout et surtout au pays, cette année ce jour sera un
jour ordinaire ou même un jour de tristesse.
Car en pensant aux réjouissances et au
bonheur familial du passé à pareil jour les absents éprouvent sans doute un
sentiment de regret, mais il est certain que ceux qui sont restés au pays sont
dans le coup d'une émotion bien douloureuse car ils craignent à tout instant au
sujet de notre vie.
Comment sera cette année la fête de Claunhac ?
Je suis persuadé qu'au lieu d’être une fête purement de plaisirs, comme elle était pour la plupart auparavant, elle sera cette année une fête religieuse, de laquelle un élan de ferveur religieux sortira de ceux qui sont restés.
Comment concevoir en effet que l'on puisse prendre part à des réjouissances tandis que ceux que l'on aime, que ceux qui sont l’âme de la famille ne sont plus là.
Mais pour celui qui croit en Dieu la séparation est supportée avec des sentiments de résignation et d’espérance que ne peut connaître l’athée.
Hier soir et ce matin, je suis revenu dans cette petite église de Cantaron et en joignant mes prières à celles des fidèles je me sentais plus près de Dieu et comme Dieu est le centre de tout, je me sentais plus près de ma famille, plus près de ceux qui pensent à moi et qui, a ce même instant peut-être, imploraient en ma faveur la protection de Dieu.
L’après-midi : vêpres solennelle avec procession extérieure.
Une statue de la vierge portant l'enfant Jésus est portée triomphalement par quatre soldats - dont je me suis fait un devoir d’être des premiers - 150 à 200 soldats y assistaient.

Carnet militaire d’Elie
Nous allons le matin faire une petite marche, mais un peu de pluie, nous fait rentrer un peu plus tôt.
Il ne pleut guère.
A la messe de 10 heures, M le curé de Cantaron prononce une allocution très expressive pour nous remercier de la bonne tenue et de l’édification que nous avions donné hier soir aux habitants de Cantaron et à lui-même.
Le soir, revue de perquisition pour rechercher, dit-on, un revolver dans le lit de la rivière, qui coule l'hiver, aux pieds de Cantaron.
Hier soir à la nuit orage avec éclairs et tonnerre, mais à peine de pluie.
Ce matin petit marche.
Écrit une lettre en réponse à celle reçue hier datée du 9 courant.
L’après-midi, le travail n'est pas trop fatigant. La 1ère et 2ème compagnie allons nous reposer dans un endroit écarté à l'ombre des oliviers.
On nous lit ensuite le rapport et finalement nous rentrons au cantonnement.
Après un petit exercice d’école de section exécuté à deux kilomètres environ du cantonnement nous rentrons et bientôt après nous avons la visite du général-gouverneur de la place de Nice.
L’après-midi, nous revenons sous les oliviers comme hier et en somme nous passons des journées pas trop fatigantes.
Nous montons aujourd'hui au sommet de la montagne ouest de Cantaron où la pente est raide, le chemin tortueux, avant que le soleil soit trop chaud nous arrivons au sommet.
Nous allons visiter un fort qui s'y trouve où travaille encore le génie militaire.
Du sommet de la montagne on aperçoit Nice et la mer d'un coté, Drap dans la vallée de l'autre coté, et ensuite autour la crête d'innombrables mamelons de montagnes, les unes plus élevés, et plus hautes toujours vers le nord-est.
Nous passons à un endroit, un petit col, auprès d'une route stratégique une croix s'élève qui rappelle, nous dit le maire de Cantaron qui nous accompagne, que 20 000 autrichiens ont été tués sous le règne de Napoléon 1er.
La route stratégique que nous suivons un certain temps est construit sur des pentes abruptes, et sur des précipices qui donnent le vertige en les regardant.
Chose remarquable, les oliviers sont plus grands dans la montagne que dans les vallons.
Nous redescendons par des sentiers scabreux et sinueux.
Marche un peu plus longue ce matin de tout le bataillon vers Escarène (environ 10 kil en tout).
Le soir, repos sous les oliviers.
Un peu d'exercice ce matin, un peu de pluie dans la journée et le soir théorie sous les oliviers.
A la prière du soir dans église de Cantaron avec la permission de M le Curé, les soldats chantent le Salve Régina et l'O salutaré etc.
Un peu de pluie avant le départ pour la marche, ensuite petite marche.
L’après-midi quelque peu de pluie très peu, et théorie.
Marche matinale dès 5 heures, 16 kilomètres jusqu’à Contes.
La grand-messe a été chantée à 10 heures par les soldats. La bénédiction du soir donnée chaque jour depuis le début de la guerre sera donnée jusqu’à nouvel ordre.
Je reçois une lettre datée du 18 m’annonçant la mort de ma tante.
Je réponds aussitôt à la maison.
Petite marche le matin par un beau temps - soir aussi.
Je suis de garde aujourd'hui.
Je reçois une lettre et j'y réponds.
Étant de garde nous n'avons pas trop bien dormi.
Nous allons à 11 heures au moulin de l’Ariane ou de la Trinité à 6 ou 7 kilomètres de Nice pour décharger du blé.
Nous y revenons à 10 heures du soir jusqu’à 2 heures du matin.
Notre sommeil a été court aussi cette nuit, mais sans être trop fatigués nous retournons au blé de 10 heures à 2 heures de l’après-midi et de 10 heures à 2 heures de la nuit.
Pendant que nous sommes au moulin un orage éclate avec forte pluie. Le Paillon qui coule entre Drap et Cantaron commence à grossir vers 7 heures du matin.
Il a donc plu généralement dans les environs.
Fatigués de la nuit nous avons repos le matin et par suite d'un peu de pluie encore aussi le soir.
Je reçois une lettre datée du 22.
Albert Albanhac m'annonce la naissance d'un enfant. De moi ? (*)
J’écris à la maison.
(*) : Son second fils, Laurent, né le 24 août 1914.
Ce matin marche en montagne jusqu’à Le Villars par Coguas.
Je reçois deux lettres de la maison datée du 24.
Marche de 16 kilomètres le matin vers Sospel.
L’après-midi, préparation pour la revue d'un colonel de demain matin.
Écris à la maison.

Extrait du
carnet d’Elie
Revue le matin sur la place de Drap par le colonel.
Vaccination l’après-midi.
Ce matin, je vais toucher l'ordinaire de la compagnie.
L’après-midi, rapports et conférence.
Petite marche le matin.
Écrit à la Roque une carte.
Marche le matin.
Écrit une carte aux Cambonies et à M le curé Denoit à Viviez.
Marche en montagne à la chapelle Sainte-Catherine au sommet d'un mamelon près de Drap d'où l'on voit Nice.
Petite marche le matin.
Reçu deux lettres une le matin, l'autre le soir de la maison.
Réponds à la première.
Petite marche le matin.
Écrit une lettre à la maison.
Marche en montagne.
Reçu une lettre datée du 3.
Écrit une lettre à la maison.
Reçu une lettre de la maison. Corvée de bois aujourd’hui.
Reçu une autre lettre de la maison à la nuit.
Nous levons ce matin dès 3 heures et nous partons à 4 heures pour le champ de tir. Lorsque nous commençons à tirer il commence un peu à pleuvoir et un orage avec tonnerre s'annonce. Nous déjeunons à l’hôtel et la pluie commence à tomber plus drue.
Nous nous abritons quatre sous un taillis de chêne vert et pour un moment l'orage passe, il ne pleut pas, mais ce n'est pour recommencer de plus belle et sans abri nous sommes mouillés comme au jour de notre départ de Rodez.
Les tirs ont continué malgré la pluie il est probable que les tireurs ne visaient pas toujours droit au but. J'ai mis 4 balles sur 10 dans la cible 250 mètres (silhouette d'homme).
Nous revenons avec la pluie et nous changeons d'habits.
Arrivés vers 3 ½ à 5 heures du soir il nous faut prendre la garde quoiqu'encore à demi-mouillés. Je me sèche un peu au feu de notre cuisine de section.
De garde aujourd'hui.
Je reçois une lettre de la maison datée du 6. Je réponds.
J’écris aussi à M. (Justin) Burg. (*)
(*) : Justin
BURG est le voisin d’Élie. Il a 50 ans et est instituteur.
Marche en montagne le matin jusqu’à Villars.
Je reçois la visite de B. Gaillac.
Petite marche - revue le soir.
Petite marche le matin. Reçu une lettre de la maison datée 9 le matin (venue de la veille). Envoyé une carte.
Levés vers 3 ½ nous partons vers 4 h pour une marche du régiment.
Nous passons à La Trinité et nous allons vers La Turbie en escaladant une montagne à droite de la route.
La montée est rude par un petit chemin.
Le sac au complet est lourd en tenu de campagne. Nous faisons deux pauses en montagne et au haut de la montée. La montagne est gravie mais nous sommes mouillés de sueur.
Heureusement que nous montons à l'ombre et avant que le soleil fut trop chaud.
Enfin nous arrivons à la route de Nice à Menton par La Turbie.
Cette route domine la mer et l'on voit un coup d’œil magnifique, une presqu’île tout près de Nice, en dessus de nous un village bâti sur un rocher presque entouré par la mer, l'immense horizon en dessus de grands rochers où des forts sont établis.
A La Turbie, bourg assez grand au plateau près de la ville, nous défilons devant le drapeau et nous prenons la route qui descend à La Trinité, laissant à notre droite tout proche le mont Agel, sur lequel est établi un fort puissant et moderne qui domine tous les environs de Nice.
A quelques centaines de mètres de La Turbie, nous faisons la grande halte sous des pins et des chênes (ceux-ci rares cependant dans les environs) en face d'un grand hôtel et remise fréquenté sans doute par les touristes et voyageurs.
A quelques 200 mètres de là est le monastère ou sanctuaire de Laghet, lieu de pèlerinage.
Profitant d'une corvée d'eau, j'ai le plaisir de voir à la hâte une partie de l’intérieur. Le grand couloir qui entoure la chapelle est tapissé de tableaux de peinture offerts en ex-voto par les pèlerins venus en ces lieux et qui ont été guéris miraculeusement.
Ces tableaux représentent parfois la scène du miracle, un enfant épargné par les roues d'une voiture, un pêcheur épargné sur la mer dans sa barque, etc. La peinture très en honneur dans le Midi et l'Italie met ainsi en relief le souvenir des faits qui tiennent le plus à cœur.
Les pèlerins qui viennent à Laghet ne manquent de rien, il y a restaurant et magasins d'objets divers organisés par la direction du monastère sans doute car ils sont dans les dépendances.
Nous repartons après notre repas, vers midi, par la route qui suit un étroit vallon entouré de rochers qui descend jusqu’à la Trinité.
Enfin nous arrivons à Cantaron mouillés de sueur et aussi fatigués, non seulement par la chaleur mais surtout aussi par le sac lourd au complet et 13 paquets de cartouches.
Petite marche le matin.
Reçu deux lettres de la maison, l'une du 11 sept avec un mandat de 50 francs, l'autre du 13.
Reçu une lettre de M Denoit.
Nous sommes levés à 4 heures et nous partons à 5 heures pour le champ de tir.
La journée est belle aujourd'hui et nous restons à l'ombre de quelques pins pour prendre le repas et le café. Nous tirons vers midi et nous repartons vers 2h ¼.
Reçu une lettre de la maison datée du 12. Répondu aussitôt.
Petite marche le matin.
Écrit à Ch. Roques.
Marche en montagne.
Reçu une lettre de la maison et répondu. Reçu une lettre de H LANIÉ datée du 4 septembre.
Petite marche le matin.
Petite marche le matin.
Donné le mandat de 50 francs au sergent de garde.
Alerte le soir à 5 heures pour prendre des volontaires ou les plus jeunes classes - une vingtaine environ se présentent. Je suis désigné pour partir.
J’écris une lettre avant l'alerte et une autre après à la maison pour annoncer notre prochain départ.
Reçu une lettre de la maison et de M. (Justin) Burg.
En exécution
d’une dépêche ministérielle, il est prélevé par bataillon du 124ème régiment
d’infanterie territoriale – qui en compte trois – 400 hommes qui partent au
112ème régiment d’infanterie de Toulon, 400 h. pour le 141ème régiment
d’infanterie de Marseille et 400 h. au 40ème régiment d’infanterie de Nîmes.
Nous partons vers 2h ½ de Cantaron (levé à une heure) et nous arrivons à Nice vers 6 heures du matin.
Sur une longue avenue tous les soldats qui ne partent pas du 124e sur deux rangs nous présentent les armes. Nous allons à la gare et nous partons aussitôt pour Toulon où nous arrivons à 11h40 et aux casernes où nous sommes cantonnés à midi-vingt.
Aussitôt on
nous donne des écussons du 312e pour remplacer ceux du 124e sur nos effets. (*)

(*) : Le 312e régiment d’infanterie est
le régiment de réserve du 112e. Sa fiche matriculaire indique qu’il passe le 21
septembre au 112ème régiment d’infanterie. Mais il porte un ‘’ 312 ‘’ sur son
képi (voir la photo du 23 septembre).
Les casernes de Toulon présentent tout le confort et l’hygiène modernes.
Dès notre arrivée, nous cassons la croûte et le soir à 5 heures un peu de bouillon qui laisse fort à désirer et un peu de rata mieux goûté.
Je sors ensuite en ville, pour la visiter un peu, mais il est déjà presque tard.
Je vais avec quelques camarades achever de lester mon estomac et nous rentrons vers 8h ½. Nous avons deux couvertures et un coussin de paille, mais pas trop de paille.
Écrit à la maison.
(*) : Toulon
abrite les casernes des 112ème et 312ème régiments d’infanterie.
Depuis mon départ de Claunhac, je n'avais pas quitté les pantalons pour dormir. Grâce aux couvertures que nous avons, j'ai pu le faire et c'est je crois aussi la nuit que j'ai le mieux dormi.
Après le café du matin, nous sommes rassemblés et 60 d'entre nous par compagnie sont désignés pour partir au premier moment.
Je ne suis pas encore de ceux-là.
Nos camarades seront, parait-il, dirigés vers Nevers ou peut-être aussi, dit-on, en dernier lieu sur Paris, en un mot sur un point de concentration.
De l’étage supérieur du casernement où je suis, on peut voir toute la ville de Toulon et le port, avec ses navires.
La ville même est en somme un peu éloignée de la mer. Une baie, un bras de mer entouré de rochers vient la baigner. La ville de Toulon quoique possédant de belles maisons soit loin d’être aussi belle que Nice.
Nos camarades partent le soir vers 6 heures pour Avignon, dit-on.
J’écris à la famille.
Nous allons avec les jeunes du 112e, mais séparément, faire un peu d'exercices.
Au rapport, on nous annonce que nous partirons probablement dans quelques jours, demain ou après demain.
Je me fais photographier dans la cour de la caserne (*) et demande 12 cartes postales pour 3 francs.
Après-midi, travaux de couture.

Sa photo montre des pattes de collet avec
le n° en blanc, ce qui correspond à l’infanterie territoriale et qui se termine
par 24 : c’est donc sa vareuse du 124e RIT. Par contre, le n° sur son képi
n’est pas en blanc (donc rouge) et semble être 312. La photo a donc
probablement été prise à la caserne du 312e de Toulon. Mais sa mutation datant
de l’avant-veille, peut-être n’avait-il pas encore changé son écusson de
collet. (Nota : il semble que cette vareuse à 9 boutons était un vêtement de
repos ne faisant pas partie de l’uniforme « officiel ». Aussi, il se pourrait
qu’il n’avait pas l’obligation d’y changer ses écussons de collet)
Le soir, je vais visiter le port de Toulon ou des barques, yachts, bateaux, vapeurs canots automobiles sont amarrés. Sur le quai des promeneurs, comme si la guerre n’était pas déclarée. Rues relativement étroites et généralement moins propres que dans d'autres villes.
Écrit à la famille.
Préparatifs de départ dans la cour de la caserne le matin.
Le soir repos.
Envoyé une carte à M. (Justin) Burg, à (Casimir Alfred) Vayre (*), (Louis) FrÉjaville (**), et 3 à la famille (toutes cartes photographiques).
Reçu ces cartes l'après- midi.
(*) : Casimir
Alfred VAYRE est son oncle, il le dira le 30 novembre. Alfred VAYRE, 39 ans, a
été réformé pour faiblesse en 1897 et affecté dans les services auxiliaires en
1898. Resté chez lui en août 1914, il sera rappelé au 124ème régiment
d’infanterie territoriale de Rodez en janvier 1915. Nous en reparlerons.
(**) : Son beau-frère,
Louis FRÉJAVILLE a 21 ans, et est soldat au 163ème régiment d’infanterie. Il
décède de ses blessures le 11 décembre 1914 à l’ambulance du 16ème corps
d’armée à Flamerdinghe en Belgique. Voir sa fiche.
Nous sommes de garde. Toute la journée des personnes venant prendre des nouvelles de leurs fils, frère, époux.
Envoyé une carte à la famille.
Touché le mandat.
J'ai pris la garde hier soir de 8h à 9 h environ et ce matin de 5 à 6.
Repos le matin.
Exercice le soir.
Reçu une lettre de Louis FrÉjaville.
Exercice le matin.
Sortie libre dès midi.
Visité l'arsenal de Toulon, ateliers immenses, grues, bateaux.
Reçu une lettre de la famille. Envoyé une carte à la famille.
Service en campagne.
Écrit une lettre à la famille.
Service en campagne. Un vent très fort soulève des nuages de poussière aveuglante.
Écrit à Louis FrÉjaville. Henri LANIÉ, B. Gaillac et à la famille.
Reçu une lettre de la famille. Écrit à la famille.
L’après-midi, lavage.
Marche de nuit 8h à 10h ½.
Repos le matin et exercice le soir. Pendant l'exercice deux cortèges funèbres, le cercueil d'un soldat recouvert d'un drapeau et celui d'un civil.
Ils sont précédés par un prêtre. Dès qu'ils sont à hauteur des sections nous présentons tous les armes, le tableau est très mouvant.
Écrit à la famille.
Marche fatigante le matin.
Repos l’après-midi. Nous faisons de 13 à 15 kilomètres dans la campagne environnant Toulon, à l'est. Charmantes villas, toutes avec un nom de femme, ombragées de platanes, palmiers, toutes sont au fond d'un jardin.
Au point extrême de notre marche, La Garde, la culture dominante et presque unique est la vigne.
Notre compagnie est de garde aujourd'hui, nous manœuvrons dans la vaste cour des casernes.
Reçu une lettre de la famille datée du 28 et
deux autres le soir datées du 29 et 30 - aussi qu'une lettre d'Alfred VAYRE -
répondu à la lettre du 28 et le soir à celles du 29 et 30 à la famille.
Écrit une lettre au directeur du régional crédit du plateau central et au directeur de la caisse rurale de Claunhac.
Nous avons quartier libre dès midi.
En sortant, je visite, avec mes camarades Rigal et Clarenq (*), d'abord le jardin public ensuite le musée de Toulon. Je visite d'abord la salle de sculpture à gauche en entrant puis à droite la première salle et la deuxième où sont les oiseaux, les pierres archéologiques, les coquillages, les poissons, les plantes maritimes etc.
Je monte ensuite au 1er où se trouvent les tableaux de peinture. Il est un tableau qui frappe d'abord par la grandeur environ 4 m de long sur 3 de haut il représente une scène de l’Évangile, Jésus au milieu des docteurs. Toutes les salles sont couvertes de tableaux, au milieu de l'une, le plan de Toulon en relief, et le souvenir de la visite de l'escadre russe à Toulon.
Envoyé une carte à la famille.
(*) :
Antoine Benjamin CLARENQ est né en février 1876 à La Salvetat
(12). Pour son service militaire, il l’effectue au 1er régiment de Dragons en
1896. En décembre 1914, il est au 124ème régiment d’infanterie territoriale. Il
survivra à la guerre. Voir sa fiche matriculaire.
De la cible, on admire un vaste panorama de Toulon et de ses environs.
D'abord Toulon, puis la rade, avec un grand bâtiment de guerre presque au milieu, et quelques petites embarcations naviguant, ensuite une colline pas très élevée et au loin à l’extrême horizon l'immense mer.
Je mets 4 balles dans la cible, le soir pas d'exercice.
Je reçois une lettre de la famille le soir et lui écris.
Comme je sens qu'un peu de froid m'a laissé un peu la poitrine oppressée. e me fais porter malade et vais à la visite, hier soir j'avais déjà fait passer de la teinture d'iode, le major me prescrit un nouveau badigeon.
Pas d'exercice le matin, le soir un peu d’exercice.
J’écris à la famille.
Exercice le matin et le soir.
Reçu une lettre de la famille, je lui écris.
Exercice le matin et le soir.
Ce matin dès le réveil, le rappel du clairon du sergent-major nous fait prévoir et nous donne à croire que notre départ définitif de Toulon sonnera bientôt. Mardi ce fut de même pour le départ du contingent du 2eme bataillon.
Et en effet, la nouvelle est qu'une centaine d'hommes doit partir.
Au réveil, nous étions tout contents, les territoriaux, de partir ensemble et à la sonnerie du clairon la plupart répondirent par un refrain joyeux.
Mais lorsque nous apprîmes que peut-être quelques-uns parmi nous devraient partir également, une tristesse générale emplit aussitôt nos cœurs. Car depuis deux mois déjà que nous nous connaissons, depuis surtout que nous sommes à Toulon, dans la même salle, une solidarité tout étroite s'est formée entre nous, et nous verrions avec tristesse d’être obligés de nous séparer.
Surtout pour aller marcher avec les Marseillais ou Corses qui ne sont que de véritables tire-au-flanc. Ils ont appris sur la Canebière à être de beaux parleurs et à avoir de l'esprit, mais ils n'y ont point puisé de vaillance ni de patriotisme. La plupart cherchaient à s'esquiver des rangs quand ils étaient appelés, et finalement il a fallu mettre des territoriaux, baïonnette au canon, pour les maintenir sur les rangs dans la cour de la caserne. C’était honteux, mais c'est la réalité.
Grâce à notre adjudant dévoué, les tires au flanc, et les embusqués n'ont pu s'esquiver et aucun de nous ne partira pas très probablement. Grâce au contrôle rigoureux qu'il a exercé, notant tous les noms à mesure qu'ils étaient appelés, nous n'avons pas été séparés.
C’aurait été la plus grande peine pour nous de partir avec ces lâches. Ils ont été tous dépités de leur départ tandis que nous, nous l'avons accueilli avec un refrain joyeux.
Reçu une lettre de la famille et répondu à la famille.
Exercice le matin, et mis à la poste la lettre d'hier.
Reçu deux lettres de la famille des 8 et 9.
L'adjudant Richard nous fait, particulièrement pour les jeunes bleus, une théorie morale sur les circonstances d'hier.
Reçu deux lettres de la famille.
Aujourd'hui la compagnie est de garde et de piquet. Je ne puis donc sortir.
Écrit le matin à la famille, et lavé.
L’après-midi, on nous dit de nous préparer pour aller accompagner à Marseille des prisonniers allemands, mais finalement ce sont les jeunes seuls qui y vont.
Écrit à Louis Fréjaville.
Exercice le soir.
Reçu une lettre de la famille et de B Gaillac.
Aujourd'hui nous sommes de garde dès 7h du matin à l’usine à gaz. (*)
Écrit à la famille et reçu d'elle une lettre.
Orage la nuit et pluie.
(*) : Une usine fabriquant du gaz à
partir de la distillation de la houille a effectivement existé à Toulon. Le
terrain est situé au centre ville. Il avait une superficie d’environ 26000 m². Elle
a fonctionnée de 1899 à 1965. En 1914, ce gaz servait principalement à
l’industrie et au chauffage domestique. Il y avait environ 500 usines
(cokeries) de ce type sur l’ensemble du territoire.
Nous quittons la garde vers 7 h du matin.
Temps pluvieux tout le jour. Écrit à la famille.
Vent très fort la nuit avec un peu de pluie.
Pluvieux le matin.
Un peu d'exercice le soir.
Hier au soir vers 6h, il est arrivé au 112e, 70 territoriaux du 122e territorial de Montpellier, ils sont des classes 96 et 97, les classes déjà plus jeunes étant déjà parties. Il en vient 17 à la compagnie. Ils étaient cantonnés aux environs de Toulon.
Écrit à la famille.
Reçu une lettre de la famille et de Ch. Roques.
Écrit à la famille. Reçu une autre lettre de la famille le soir.
Je sors à midi avec d'autres camarades. Je monte sur un canot automobile pour une promenade dans la rade de Toulon. Nous passons près du Jauréguibéry, de l’épave du Liberté qui fit explosion à Toulon à l'endroit même, et d'un navire autrichien capturé qui avait arboré pour voyager le drapeau espagnol et portait le nom de Fréderico Barcelone.
Nous allons ensuite dans une église près du quai assister aux vêpres avec Rigal.
Reçu une lettre de la famille et d'Henri. Écrit à la famille.
Reçu une lettre de la famille. Continué la lettre d'hier.
Nous recevons l'ordre de notre départ.
600 hommes doivent partir en deux convois.
Je ne dois partir qu'au deuxième avec (Antoine) CLARENQ, RIGAL, PORTAL, de Roquefeuil, BOUTRÉ, (Camille) DÉLÉRIS (*), (Pierre) ESCARPIT (**) et le sergent COSTES.
Nous accueillons la nouvelle avec des chants et nos faisceaux restent devant la caserne, seuls sans surveillance, car nos officiers ont notre estime.
Le dernier convoi qui partit et qui comprenait notamment des marseillais dut rester toute l’après-midi derrière les faisceaux. Nous avons pleine liberté, quel contraste frappant, c'est qu'on sait qu'au moment venu, chacun sera prêt.
Le premier convoi comprenant les territoriaux du 120e et ceux du 124e moins ceux cités plus haut et les hommes fournis par les autres compagnies partirent vers 5h ½.
Sur le train, ils chantent fortement.
Écrit à la famille et à Ch Roques.
(*) : Camille
DÉLÉRIS est né en février 1877 à La Salvetat (12).
Pour son service militaire, il l’effectue au 81ème régiment d’infanterie en
1898. En août 1914, il est caporal au 124ème régiment d’infanterie
territoriale. Le 21 septembre 1914, il passe au 112ème régiment d’infanterie.
Passe sergent et intégrera le 15ème COA. Il survivra à la guerre. Voir sa fiche matriculaire.
(**) : Pierre
Jean ESCARPIT est né en novembre 1879 à Montézic
(12). Pour son service militaire, il l’effectue au 18ème bataillon de Chasseurs
en 1900-1902. En août 1914, il est caporal au 124ème régiment d’infanterie
territoriale. Le 21 septembre 1914, il passe au 112ème régiment d’infanterie.
Il passera sergent. Nous en reparlerons plus loin.
Je croyais partir ce matin, mais notre départ n'aura lieu probablement que ce soir.
D'autres compagnies ont déjà formés les faisceaux depuis 9 heures. On ne nous a encore rien dit.
Je reçois une lettre de la famille. Je lui écris.
Nous partons le soir vers 6h de la caserne.
Il commence à pleuvoir. Malgré la pluie les dames de la Croix Rouge et beaucoup de monde viennent nous dire au revoir. Le train part au chant de la Marseillaise.
Nous arrivons à Avignon au lever du jour. Nous traversons la vallée du Rhône et arrivons à Lyon à la nuit tombante.
De Lyon à Dijon, je dors dans le fourgon.
A Lyon, on nous donne du café ainsi qu'à Dijon. Nous sommes à Dijon à 2h du matin.
Nous arrivons à Chalindrey à l'aube, à Langres à 7 heures moins le ¼.
A Bologne, on nous sert du café.
Donjeux à 9h ½, Joinville, café par la Croix Rouge.
Eurville. Bienville 10h 35. Robert-l’Espagne 11h 45.
Les Allemands sont venus tout près d'ici - non loin de cette gare nous voyons déjà les trace d'obus dans les champs.
Les gerbes, encore éparpillées dans les champs, ont germé. Un pont de chemin de fer qui a sauté est réparé par les soldats du génie.
Givry-en-Argonne. Ste Menehould, la pendule de la gare a été prise par les Allemands. Jusqu'ici nous passons parmi des pays cultivés, longeant depuis longtemps un canal.
Après Ste Menehould nous passons dans la forêt de l'Argonne - tunnel dynamité - le premier village bombardé que nous voyons est Clermont-en-Argonne. Bon nombre de maisons bombardées et brûlées n'ont plus que des murs lamentables.
Nous commençons à voir les parcs d'artillerie et nous arrivons à Dombasle à 3h ¼, lieu où nous descendons. Nous entendons déjà d'ici gronder le canon au nord-ouest, Verdun étant à l'est. Des aéroplanes passent au-dessus de nous.
Temps demi-couvert. Nous reposons avec Rigal dans une grange.
Après une nuit de bon somme, nous voilà levés au matin vers 6h.
Le temps est un peu frais. Je cherche l'escouade où je suis affecté et c'est à la 7ème de la 2ème section, 2ème compagnie du 112e.
L’après-midi, nous allons faire des tranchées à quelque cents mètres du cantonnement en prévision d'une nouvelle invasion de l'ennemi.
Dombasle est une commune assez importante semble-t-il, centre agricole, groupe de fermes munies d'outillage agricole perfectionné, sillonné de larges routes, pays légèrement vallonné. Nous apercevons pendant le travail un ballon captif.
Des aéroplanes passent.
Il pleut la nuit avec fort vent. ½ couvert le matin.
L'après dîner, nous partons de Dombasle pour aller camper dans un bois ou forêt à 3 ou 4 kilom. vers le nord-ouest.
Ici c'est la vie tout à fait rustique, l'ancienne vie des gaulois.
Nous logeons dans des cabanes de feuillage, branches d'arbres, genêts. Les unes sont rondes, comme une tente marabout, les autres sont longues. Quelques-unes sont faites avec ingéniosité.
Le foyer construit avec quelques pierres est souvent au milieu de la cabane. Sous ma tente le soir, on est embarrassé pour mettre la bougie en un endroit favorable pour que chacun ait un peu de lumière.
« Il
nous manque un chandelier » dit
le caporal.
Une idée me vient et je dis : je vais vous en trouver. Alors je façonne avec des tiges vertes souples une suspension pour la chandelle et je la place au milieu de la case.
Chacun ensuite me félicite pour cette invention pourtant si simple.
« Il a fallu que vous veniez pour nous trouver ça », me dit le caporal.
Autour du foyer est un peu de paille pour se coucher. S'il pleuvait abondamment la toiture ne serait pas évidemment imperméable, mais elle garantirait cependant d'une bonne rosée.
Sans doute le vent glacial traverserait les murs de la case, mais néanmoins on est assez bien abrité, c'est même je dirai presque du confortable pour des troupes de guerre.
Nous entendons le canon gronder au loin, même les salves de l'infanterie et les pétarades des mitrailleuses.
Nous avons assez bien dormi dans notre case.
La bise passait bien un peu par la porte qui n'est pas trop bien jointoyée, mais nous sommes bien pliés dans notre couverture et nous n'avons pas trop froid.
Le jour venu, nous nous occupons à bien fermer les trous qu'il peut bien y avoir aux murs de la casemate avec du genêt qui abonde dans la forêt. Je confectionne encore avec du genêt une table pour toute l'escouade au-dehors - et même dans le bois je confectionne en présence de mes camarades un petit guéridon en bois à la façon des bohémiens qui passent chez nous et je l'avais à peu près terminé que l'on nous appelle pour quitter le cantonnement.
Vers 3 ½, nous quittons donc nos cases pour aller plus près de l'ennemi dans des tranchées en 2ème ou 3ème ligne.
Nous passons dans des routes extrêmement boueuses à cause de la pluie de l'avant dernière nuit, et dans des sentiers à travers la forêt pour nous rendre aux tranchées. Il était déjà nuit bien avant d'y arriver. Nous cherchons le 111e de ligne.
Les tranchées sont à la lisière d'un bois ou forêt recouvert par des branchages afin d’être masquées de la vue des dirigeables ou des aéroplanes.
Il ne faisait pas chaud la nuit dans les tranchées. J'ai pris une heure la faction.
Une bonne partie de la nuit la fusillade tout proche nous empêchait de dormir. On n'a pas cependant tiré pendant que j’étais sentinelle. Mais au loin le canon tonnait et à l'horizon on voyait les lueurs comme un éclair d'orage.
L’après-midi, un duel d'artillerie commencé par l'ennemi a été réduit au silence par nos canons. Les obus sifflaient sur nos têtes, mais allaient tomber derrière nous.
Le soir à la nuit, nous recevons le baptême de feu.
Tout d'un coup, fusillade nourrie de balles explosives qui a bien duré un quart d'heure ou 20 minutes. Le tir était trop haut et ne portait pas. Nous avons en alerte toute la nuit mais n'avons pas eu besoin de tirer nous-mêmes.
Le canon gronde incessamment depuis environ 9 heures du matin tout le jour.
Nous sommes en éveil, mais restons tranquilles, l'ennemi ne bouge pas en face de nous.
Écrit une lettre à la famille.
Expédié la lettre d'hier à la famille. Le duel d'artillerie continue encore aujourd'hui.
Hier, parait-il, nous aurions gagné du terrain.
Vauquois aurait été pris. Montfaucon aurait été bombardé par nous. Un régiment d'infanterie allemand voulant attaquer à nouveau Vauquois occupé hier par nous aurait été mitraillé par nos canons.
Nous agençons au mieux nos tranchées pour une défense éventuelle.
Quelques obus de feu la nuit de temps à autre, mais les boches ne viennent pas à nous.
Le matin, le duel d'artillerie recommence.
Les obus sifflent au-dessus de nos têtes. Nous restons blottis dans nos tranchées.
Le soleil est radieux en ce jour de la Toussaint.
Ce matin, un peu de calme dans le duel d’artillerie.
L’après-midi, un aéroplane français vient planer sur les lignes ennemies en face de nous. Il lance des fusées pour repérer notre artillerie qui tonne aussitôt.
Malgré les coups de fusils que lui tirent les boches il y retourne plusieurs fois. Les canons ennemis ne répondent pas.
Les canons ennemis nous lancent des obus cherchant sans doute nos batteries, mais ils éclatent assez loin de nos tranchées, nous ne sommes pas atteints. Nos canons répondent.
Dans la nuit nous sommes éveillés par nos 75 qui tirent près de nous sur les tranchées ennemies.
Vers 9 h, l'ennemi tire sur nos tranchées et plus au loin. Je suis alors aux cuisines.
Envoyé une carte à la famille et une lettre au capitaine de la 25e du 112e de dépôt à Toulon.
Écrit une lettre à la famille.
Un aéro ennemi venant repérer nos lignes est reçu par nos 75. Il s'enfuit aussitôt car on vise bien près.
L'ennemi n'a pas tiré sur nous hier soir ni la nuit, la matinée non plus, ni même de tout le jour.
Nous sommes occupés à notre tranchée abri.
L'ennemi n'a pas tiré sur nous hier ni ce matin.
A l'ouest cependant les canons, les mitrailleuses et les fusils semblent faire de la besogne.
Vers 9 h du soir, alerte, quelque patrouille probablement sur laquelle on a tiré et comme suite fusillade nourrie qui dure peu d'ailleurs, à notre droite, 10 minutes environ, l'ennemi lance sur nos tranchées 3 gerbes lumineuses. Pas de suites.
Ce matin, nous sommes au repos dans l'attente d'aller remplacer la 3e compagnie aux tranchées de 1ère ligne.
En
effet vers midi, nous
quittons les tranchées où nous sommes depuis le 27 octobre pour aller encore
plus près de l'ennemi aux tranchées de 1ère ligne, occupées par la 3e compagnie
depuis le 27.
Nous passons par des tranchées sinueuses qui
gravissent la pente légère de la petite colline, et nous prenons la place de
nos camarades de la 3e compagnie.
J'ai l'occasion de voir (Pierre) AYMÉRIC et (Léopold) CHABBERT.
Vers 11h du soir, alerte générale fusillade très nourrie, des cris sont entendus, des cris de charge des boches et aussitôt feu. Devant la 4e compagnie, à notre droite, 2 soldats allemands sont trouvés le matin tués, non loin des tranchées.
Toute la nuit nous avons été sur le qui-vive. L'attaque des Allemands n'a point donc réussi.
A la faveur de la nuit et d'un peu de brouillard malgré la lune, ils croyaient nous surprendre mais bien que les morts fussent tout près des tranchées leur projet n'a pas réussi. Certainement il y avait d'autres morts ou blessés car dans la nuit, après l'attaque, certains ont cru entendre que les boches les ramassaient.
(*) : Pierre
AYMÉRIC, 35 ans, est né aussi à Salles-Courbatiès. Il a suivi le même parcours
qu’Élie ALBANHAC : 124ème régiment d’infanterie territoriale, puis au
112ème régiment d’infanterie en septembre 1914. Il survivra à la guerre. Voir sa fiche matriculaire.
(**) : C’est la
dernière fois qu’Élie parle de Léopold CHABBERT.
Rappel :
Léopold CHABBERT est né en novembre 1877 à
Salles-Courbatiès, il a donc 38 ans. Pour son service militaire, il
l’effectue au 143ème régiment d’infanterie en 1898. En août 1914, il est au
124ème régiment d’infanterie territoriale.
Le 21 septembre 1914, il passe au 339ème
régiment d’infanterie. Il mourra des suites de blessures à Ville-sous-Cousances (Meuse) le 18 décembre 1916. Voir sa fiche matriculaire.
C'est la première fois que j'ai tiré avec mon fusil cette nuit sur le théâtre de la guerre.
Mes balles, auront-elles porté ?
Je l'ignore, car nous n'avons pas vu précisément l'ennemi devant les tranchées de ma compagnie.
Peut-être même ce tir de ma compagnie n'aura-t-il pas porté du tout et n'aura-t-il eu pour résultat que d’arrêter l'ennemi dans son premier élan d'attaque, ça serait déjà beaucoup.
Mais j’estime que l'on pourrait mieux ménager parfois les cartouches, bien que notre fusillade ait duré peu de temps, attendu que l'on ne voyait rien, ni on n'entendait rien devant soi.
D'autre part dans ces circonstances il me paraît que des feux de salves répétés par commandement ont l'avantage de permettre au moment où l'on ne tire pas, d'entendre l'action de l'ennemi.
La nuit couverte à moitié par des brouillards, le jour couvert aussi, sont relativement froide.
La plupart d'entre nous sentons principalement la fraîcheur aux jambes. Il y a bien une poignée de paille pour chacun dans la tranchée, mais elle n'est pas suffisante pour nous garantir de la fraîcheur de la terre.
Et cependant il faut rester là dans l'attente assis ou accroupi sur la terre ferme, dans nos étroites tranchées.
Les boches ne nous ont rien dit de tout hier ni la nuit non plus.
La leçon de la nuit dernière ne doit pas les avoir encouragé. Depuis notre arrivée aux tranchées 27 octobre nous sommes dans les mêmes positions.
Heureusement il n'a pas plu depuis, à peine quelques gouttes ou brumes, autrement nous aurions été bien mal abrités.
Nous finirons bien par connaître enfin le paysage du Rendez-Vous des Chasses et la Route des Quatre Enfants.
Les canons ennemis ne nous ont pas tiré dessus depuis le 3 novembre.
Le soir vers 9 heures, alerte et fusillade, les boches probablement veulent attaquer, ils lancent quelques fusées lumineuses. Nous regardons mais ne les voyons pas approcher. Notre artillerie tire non loin de nos tranchées, et contribue sans doute à arrêter l’élan de l'offensive de l'ennemi.
La nuit nous sommes tranquilles quoi qu’en éveil.
Écrit à la famille.
Fatigués de la nuit nous reposons dans l'attente d’être relevés des tranchées.
Le soir à la nuit, nous sommes relevés par le 111e, nous traversons le foret où sur les bords de la route sont parfois des guitounes que nous distinguons aux feux qui y sont allumés. Ici la route est très mauvaise mais après, plus de boue.
Nous marchons espérant toujours voir enfin le lieu du cantonnement.
Enfin à 9h ½ nous arrivons après 3h ½ de marche.
C'est à Parois que nous sommes cantonnés sur de la paille suffisante et nous avons bien dormi.
Parois est à 24 km de Verdun.
Le soir nous changeons de local pour être plus à l'aise.
Après le souper avant de dormir chansons bien dites avec expression mais qui avaient le défaut d’être trop folichonnes.
Le matin, nettoyage des sacs.
L’après-midi, exercice sur un champ où les gerbes d'avoine toutes germées sont encore éparpillées.
Le soir, réunion à l église. Récitation solennelle du chapelet entremêlé de cantiques à Notre Dame de Lourdes et à Jeanne d'Arc.
Je vais le matin à la messe et m'y fortifie du pain de vie.
Le soir nouvelle réunion à l’église. Un peu moins d'assistants qu’hier soir. Les tièdes et les sceptiques n'ont pas cru devoir se déranger à nouveau, mais ceux qui sont venus répondent unanimement aux prières.
Je retourne encore ce matin à la table du pain de vie.
Trois camarades de mon escouade y viennent aussi. Ainsi réconfortés et sans craintes nous pouvons affronter les dangers qui nous menacent.
L'ennemi hier soir bombardait à l'ouest Aubréville et la ligne de chemin de fer. Aubréville à 2 ou 3 km de Parois.
Dès le dîner, nous nous préparons à quitter Parois que nous quittons en effet l'après-midi pour retourner aux tranchées de 1ère ligne que nous occupions il y a 4 jours. Nous ne suivons pas la même route que celle que nous avons prise pour y aller.
Nous traversons la forêt et à la nuit nous remplaçons le 111e. Nous reprenons les tranchées de 1ère ligne un peu à droite que celles que notre escouade a fait précédemment.
Mouillés et dans ces tranchées humides nous passons une bien mauvaise nuit. La nuit est bien longue.
Au loin le canon tonne.
Il me tardait que le jour vienne pour nous installer enfin dans la tranchée n'y voyant absolument rien à notre arrivée.
Le temps est demi couvert, un peu de soleil parfois mais pas suffisant pour nous sécher. Nous sommes boueux de la tête aux pieds, ayant dû passer dans des tranchées étroites.
Nous y grelottons presque tout le jour, il pleut parfois.
Durant la nuit une patrouille est allée explorer vers les tranchées ennemies. Le temps s'éclaircit un peu, mais il devint plus froid et au matin gelé blanche avec un peu de vent qui glace. Encore humides nous sentons le froid.
Le soir, nous changeons de tranchées et descendons au bas de la pente à la nuit par un temps mouillé, nous nous installons bien mal dans une tranchée où il pleut un peu.
Dans la veillée par suite d'une fusillade nous remontons aux premières tranchées du haut pour prêter main forte mais déjà arrivée la fusillade est terminée. Nous avons passé dans des boyaux pleins d'eau et sommes mouillés et sales extrêmement.
Nous redescendons et passons une bien mauvaise nuit.
Mauvaise nuit dans la boue et le froid.
Le jour nous changeons de tranchées pour aller un peu à droite. Le temps encore à la pluie nous n'avons pu nous sécher.
De la nuit jusqu'à minuit, nous prenons la garde toute l'escouade dans les tranchées non abritées.
Le froid commence à nous saisir lorsqu’on vient nous relever. Nous réchauffons un peu avec du charbon de bois.
Le jour enfin avec un beau soleil nous nous séchons et réchauffons un peu.
Grâce à un beau soleil nous nous séchons et réchauffons un peu.
Le soir à la nuit, nous sommes relevés de nos tranchées par le 111e et retournons à Parois dans nos mêmes cantonnements.
Vers minuit enfin nous pouvons nous reposer.
Nous reposons et nettoyons les armes. Réunion le soir à l'église.
Nous sommes de garde au poste de police dès 7 h du matin.
Matin froid glacé.
Je reçois une lettre et hier je reçus le colis, bas, gants, chocolat, livre.
Nous sommes relevés de garde vers 7h du matin.
Temps froid avec vent du nord. Le soir exercice et cérémonie pour les morts du 112e à l'église. A la sortie de la cérémonie le clairon sonne - feu à une ferme.
Toute la nuit la troupe est occupée.
Le vent du nord favorise le feu.
Je reviens le matin goûter aux frais du maître.
Une forte fumée se dégage encore de l'incendie d'hier soir.
Vers une heure de l'après-midi, nous quittons Parois et retournons aux tranchées du Pont des 4 Enfants par un temps sec et vent du nord. Nous relevons la 111e à la nuit.
Moments douloureux pour les sentinelles qui prenons la garde la nuit par un ciel pur et un vent glacé qui souffle encore tout le jour.
La nuit était un peu couverte. Le vent s'est calmé et le jour demi-couvert est moins froid que les jours précédents.
Le soir nous descendons à une guitoune du bas, couvertes en tuiles où nous sommes assez bien abrités.
Le matin travail à une tranchée. Temps couvert.
Reçu 3 lettres du 15-17-18
Nous changeons encore le soir de guitoune pour prendre la faction aux tranchées du bas. Dans la guitoune nous avons un bon feu lorsque nous revenons de la faction.
Vers minuit, il tombe un peu de neige, il ne fait pas trop froid cependant.
La neige continue à tomber un peu le matin mais peu, 4 à 6 cm.
Reçu une lettre.
Nous changeons encore de guitoune et revenons à celle occupée hier. La 5e et 6e escouade devant prendre la garde la nuit et demain.
Notre artillerie tire, l'ennemi ne répond pas.
Nous avons assez bien dormi, mais la nuit m'a paru très longue cependant. L'âcreté de l'air intérieur de la guitoune au matin saisit la gorge. Un peu de soleil le soir fait fondre la neige en général.
Le soir, nous sommes relevés et retournons à Parois.
Je reviens le matin au festin céleste.
Je reçois lettre et colis, une paire de bas et saucisse.
Retour en faction. Exercice le matin et le soir.
Temps brumeux. Pas trop froid.
Retour à la table du maître.
Forte pluie le matin. Exercice.
Pluviale le soir.
Écrit à M. (Justin) Burg .
Retour à la table du maître.
Le temps semble se mettre au beau. ½ couvert.
Écrit à mon oncle (Casimir Alfred) Vayre.
Nous retournons le soir aux tranchées relever la 111e. Nous occupons des tranchées de 2e ligne, sur la lisière du bois à droite - une guitoune nous abrite bien.
Grâce à un bon feu que nous avons maintenu toute la nuit notre guitoune où nous sommes sept, nous avons passé une bonne nuit.
J'ai pris deux fois la garde dans la nuit, mais le temps n'est pas froid et s'est très radouci comparativement aux jours rigoureux des derniers jours passés aux tranchées.
Le matin il pleut peu.
Le soir, pluie de même.
Pluie le matin.
La toiture de notre guitoune faite de chevrons et de terre n'est pas étanche et il y pleut beaucoup. Grâce à mon petit imperméable je ne suis pas trop mouillé cependant.
Le feu d'ailleurs nous permet de nous sécher.
Hier soir, nous sommes allés sur la gauche de notre front pour creuser une tranchée près des lignes ennemies. J'ai pris la garde une heure de faction et une heure de repos.
J'étais peut-être à moins de cent mètres des sentinelles ennemies. Elles ont tiré parfois mais sans résultat.
Le jour pluie, qui avec la boue nous met tout sales.
Le soir, nous retournons à la guitoune où nous sommes venus lundi soir et mardi.
Grâce au bon feu nous passons une assez bonne nuit.
Le soir, nous retournons au cantonnement. J'ai pu partir avec les éclopés et suis arrivé avant qu'il fut trop tard.
Réunion à l'église le soir.
Il a plut la nuit.
Je reviens le matin à la table de pain de vie.
Je vais me faire panser pour 2 furoncles au cou et au menton.
Je retourne à la visite.
Messe le matin, à 11 h et réunion le soir.
Je retourne à la visite pour mon furoncle sous le menton et un anthrax derrière l'oreille gauche au cou.
Je retourne à la visite ou l'un des majors parle de m'envoyer à l'ambulance.
Je reviens à la
visite et suis désigné
pour être évacué à l'ambulance n° 14.
A midi, je reviens à l'infirmerie à cet effet, et presque aussitôt je pars dans une voiture ambulance pour Dombasle avec cinq autres camarades dans la même voiture.
Nous passons par Récicourt, bourg plus imposant semble-t-il que Parois, plus élégant surtout par ses constructions.
Nous arrivons enfin à Dombasle, longeant la voie ferrée et le vallon peu profond et la voiture va me déposer à l'ambulance n° 14 qui est installée dans l'église même.
Je me fais d'abord inscrire au bureau qui est installé à la sacristie.
Je vais déposer mon sac et mon fusil dans un magasin près de l'église emportant toutefois le contenu de mon sac et reviens ensuite prendre la place que m'indique un infirmier, après toutefois que l'un des majors m'ait fait un pansement.
Nous mangeons vers cinq heures. La soupe est bonne et l'appétit aussi.
Enfin nous dormons quand le soir est déjà avancé dans la nuit.
Le matin, des infirmiers disent la messe.
Le major ne m'appelle pas pour la visite et par suite ne me fait pas de pansement.
Le major me fait le matin le pansement et me désigne pour être évacué à Neufchâteau.
En effet le soir vers 6h, une automobile nous porte à la gare, et le train nous emporte à Neufchâteau.
Passant par Revigny et Bar-le-Duc où on nous a donné un quart de café, nous sommes arrivés à Neufchâteau vers cinq heures du matin.
L'hôpital où on nous conduit est attenant à la gare et l'on me donne aussitôt un lit matelas paille dans une grande salle au 1 étage sous les combles. J'ai encore le temps de faire un somme et j'en profite car je n'ai guère dormi dans le wagon quoiqu'il fût à couloirs.
Le soir, je vais me faire panser.
L'hôpital est attenant à la gare et comprend deux bâtiments qui communiquent extérieurement au 1er étage par un couloir fermé. Notre salle comprend 70 à 80 lits.
Écrit au sergent Costes.
Écrit à la famille et à Faure.
Écrit à la famille et à Rigal.
Je vais me faire panser ce soir et le major me prend le nom. Est-ce pour me faire sortir de l'hôpital ?
Demain je le saurai.
Le matin vers 8 heures je quitte l'hôpital n° 12 et vais avec une cinquantaine d'autres malades aux casernes situés à 1 km environ pour passer une nouvelle visite.
Je ne la passe que l'après-midi.
Le major m'accorde encore une huitaine de jours pour rester au dépôt des éclopés qui se trouve dans les casernes de l'artillerie.
Je suis conduit à la 3e compagnie des éclopés.
Sur une bonne couche de paille, dans une chambre sous les combles, j'ai passé la nuit avec une quarantaine de convalescents comme moi.
A 9h, réunion de tous les éclopés dans un grand bâtiment où sont désignés ceux qui doivent partir demain.
Nouvelle visite du major le soir.
Je dois rester ici au dépôt des éclopés jusqu'au 24.
Je vais le soir à la corvée des chevaux pour les brosser et les faire boire.
Le matin malgré la pluie je vais à la messe en groupe à une église de Neufchâteau.
Apparemment, je suis appelé pour partir demain mais ma plaie n'est pas encore bien cicatrisée, je viens à la visite et le major me donne encore jusqu'au 30.
Séance de prestidigitation avec un jeu de cartes par un camarade.
Messe le matin.
Écrit une carte à MM. Turq, (Justin) BURG, Ruby.
Messe.
Écrit à la famille pour mes vœux de bonne année.
Écrit à (Louis) FrÉjaville, aux Cambonies, Nathalie Laurie, Marty Pierre, à la famille.
Je comptais partir aujourd'hui pour Chaumont mais probablement par suite d'une erreur on ne m'a pas appelé.
Écrit à Benjamine ROQUES, (Casimir Alfred) VAYRE, M. COSTES curé de Claunhac.
L'adjudant m'avertit que je dois partir demain.
Écrit à Berthe Chabbert, Delperié , à la famille.
Pas de départ aujourd'hui.
Dîner : mouton, haricots, mandarines, bananes, pâté, vin vieux, champagne, mousseux, cigares, pipe.
À 2h, concert.
Le soir souper ordinaire avec pommes, noix, et mousseux (une bouteille à six) le matin une bouteille de vin vieux et champagne à quatre.
On nous donne un fusil et un sac et à ceux qui n’en ont pas une chemise, tricot, cache-nez, gants et chaussettes. En plus petite tablette de chocolat, savonnettes.
Enfin vers midi vingt, nous quittons le dépôt et arrivons à la gare à 1 heure moins le quart.
Nous sommes à peine une cinquantaine de partants sous-officiers compris.
Nous quittons Neufchâteau à 1h ½.
Gares: Liffol-le-Grand, Prez, Lafauche, St Blin, Manois, Rimaucourt, Bologne.
Nous arrivons à Chaumont à la tombée de la nuit vers 4h ½. Les casernes sont un peu loin de la gare à plus d'un kilomètre et nous y allons avec un peu de pluie fine.
Dès notre arrivée, nous avons un peu de bouillon et nous reposons ensuite sur une assez bonne couche de paille.
A la visite que nous passons vers 10 heures le major me met disponible il ne me fait pas vacciner contre la fièvre typhoïde car on ne vaccine guère après 32 ou 33 ans.
Je croyais partir pour l’avant ce soir même, car il y a eu ce soir à 7h ½ une dépêche pour le 15e corps mais je n'ai pas été appelé, ce sera donc probablement pour 3 ou 4 jours.
Ces jours ci, un vent sud est mêlé de pluie portant en lui une certaine froideur.
Aujourd'hui brille un beau soleil mais il souffle un vent d'ouest froid et le soir le temps se couvre à nouveau et il est qq peu brumeux.
Le soir, je sors en ville pour acheter qq médicaments : teinture d'iode, alcool de menthe, pastilles pectorales.
On nous donne aujourd'hui ceinturon et cartouchières et je prends aussi une serviette car celle que j'avais me fut volée avant hier.
Écrit à H. LANIÉ.
Toujours un temps couvert pas trop froid cependant mais qui semble toujours porter de la pluie.
Ici nous sommes moins ennuyés qu'à Neufchâteau moins de corvées de quartier au même point car les cours ne sont encore qu'ébauchées entre les bâtiments.
Pour la nourriture nous sommes aussi mieux qu'à Neufchâteau, c'est à dire meilleur soupe et riz ou rata et un peu plus abondant avec un quart de vin, mais un pain seulement à six au repas. Il y en a eu néanmoins assez.
Le soir à 7h ½, environ nous quittons le départ pour rejoindre notre compagnie.
Nous voyageons toute la nuit et nous arrivons à Dombasle à 4h40.
Il a plu toute la nuit avec vent et il pleut encore.
Nous descendons du train à 7h ½ et allons à Dombasle où nous attendons qu’un gendarme vienne conduire ceux qui doivent être dirigés sur Récicourt.
C'est par une pluie fine battue par le vent que nous allons à Récicourt. Le gendarme me conduit avec mon collègue; nous ne sommes que deux du 112, au poste de police. Ils nous y laissent.
C'est le 112 qui est de garde. Mais la 1e et la 2e compagnie sont au cantonnement de Récicourt et partent ce soir même vers midi et ½ pour les tranchées.
Je ne pars pas avec ma compagnie, mais demain je dois la rejoindre avec le convoi régimentaire.
Écrit le matin à la famille. Toujours vent sud-est froid.
Je vais diner avec le convoi et je pars avec le convoi de ravitaillement. Nous passons à Bethelainville où sont cantonnés plusieurs régiments d'artillerie ou d'infanterie.
Ensuite nous arrivons à Esnes, lieu de ravitaillement.
Je retrouve aussitôt le cuisinier Moreau de mon escouade et je vois aussi le sergent-fourrier François mais par mégarde je les perds de vue car il est complètement nuit.
Je demande de chercher où ils peuvent bien cantonner mais nul ne le sait. Je vais voir chez les muletiers du 112 qui portent l'ordinaire aux tranchées et je couche avec eux dans une grange où nous avons de la paille à discrétion.
Le matin, je pars avec les muletiers vers 4h ½ et nous arrivons au poste de commandant avant le jour.
Là, je retrouve le sergent François et Moreau et avec eux je rejoins ma compagnie.
Mes camarades sont tous heureux de me revoir et je suis même touché du bon souvenir qu'ils avaient conservé de moi. Je vais voir le sergent-major et lui demande de rester à mon escouade.
Il me demande si je suis un bon soldat car me dit-il mon escouade fait partie de sa section. Je lui dis simplement que dans mon active je n'ai pas eu même un jour de consigne et que j'espère mériter son estime.
Il me dit alors de rester à mon escouade, la 7e comme précédemment.
Je vois aussi le lieutenant CHALONS, commandant la compagnie, ainsi que Rigal.
Le soir, je prends la faction dans un boyau avancé au devant des tranchées avec la 8e escouade.
3h intermittentes, 6h à minuit.
Dans la guitoune que nous occupons il ne fait pas trop froid car il y a parfois deux feux.
Il a plu pendant la 2e partie de la nuit, mais je n'ai pas été de garde de minuit à 6 h. Les tranchées et tous les passages du bois sont pleins d'eau.
Le soir vers 9h, nous sommes relevés par la 11e compagnie et sortons du bois par un chemin extrêmement boueux. L'eau pénètre facilement dans les souliers.
Nous arrivons au cantonnement de Dombasle vers 3h du matin.
Mon premier soin est de changer de chaussettes dès mon arrivée.
Ensuite un petit réveillon avec du fromage de camembert touché aux tranchées et puis repos.
Je me réveille qu'il est déjà jour vers 8 heures.
Nettoyé le fusil et lavé des habits.
Écrit à la famille et à M LANIÉ, à (Louis) FrÉjaville, au vaguemestre de Toulon
Reçu une lettre de la famille datée du 14 décembre avec inclus une circulaire de la maison Dollé.
Répondu aussitôt.
Messe ce matin à l'église de Dombasle.
Temps toujours pluvieux. Nous repartons aux tranchées.
Nous y arrivons à la nuit complètement noire passant par la boue jusqu'aux chevilles.
Nous sommes revenus aux même tranchées et guitounes que les derniers jours.
Aujourd'hui un orage avec tonnerre éclate sur nous. On me propose d'être ordonnance d'un sous-lieutenant nouvellement arrivé.
Je reçois une lettre de M Costes curé de Claunhac. J'écris un mot à la famille.
Le soir, à notre droite, duel d'artilleries. Petite alerte occasionnée par une patrouille ennemie sans doute.
Rafale de neige à la tombée de la nuit.
Mince couche de neige au matin tombée de la nuit. Beau soleil le matin.
Le sous-lieutenant (Maurice) MOREL, dont je dois être ordonnance, me donne un paquet de tabac.
Je suis alerté par suite de fusillade sur notre droite.
Nous sommes relevés à la nuit vers 8h ½.
Par un temps clair nous quittons nos tranchées. Le froid a glacé qq peu le sol du champ que nous traversons après avoir quitté le bois et grâce à la clarté du ciel malgré la nuit il s'y voit un peu pour éviter dans le bois les grandes flaques boueuses du chemin. La route est sèche et en marchant nous n'avons pas froid.
Nous arrivons à Dombasle à 3h du matin.
(*) : Maurice
Marie Louis MOREL a 20 ans. Il est né à Quimper (29) en juin 1894. Il est élève
au Prytanée militaire de Toulon en août 1914 et s’engage volontairement pour
huit ans à la mairie de Toulon le 15 août 1914. Il est affecté sous-lieutenant
au 141ème régiment d’infanterie. Blessé à Vassincourt
en septembre 1914, il est soigné puis arrive au 112ème régiment d’infanterie le
5 janvier 1915, sans ordonnance. Élie devient donc le sien à partir du 18
janvier. Maurice MOREL sera souvent cité dans le carnet. Nous en reparlerons.
Je commence aujourd'hui mon service d'ordonnance. Nettoyer capote, molletière, les souliers, lit.
Reçu paquet biscuit, allumettes et papier, ¼ de vin.
Reçu une lettre de la famille du 13.
Reçu une autre lettre de la famille du 13.
Continué mon service d'ordonnance. Écrit à la famille.
Reçu une lettre de la famille et de M Turq. Écrit à la famille. Le 1er peloton de ma compagnie est de garde aujourd'hui dès 11h par une pluie froide battue par le vent.
Étant ordonnance, je ne suis pas de garde
Il est tombé un peu de neige la nuit.
Vers 2h nous repartons pour les tranchées. Le ciel est clair et avec la mince couche de neige bien qu'arrivés tard nous y voyons un peu pour éviter parfois les flaques de boue, mais souvent c'est impossible de les éviter.
Je ne vais pas avec mon escouade. Je reste dans la guitoune avec le s/lieutenant (Maurice) MOREL.
Grâce à un bon feu, il ne fait point froid dans la guitoune qui d'ailleurs est bien abritée et le s. lieutenant dort d'un bon somme. Je dors aussi un peu.
L'après-midi, je vais couper du bois, un chêne, pour le chauffage.
Je partage le soir le souper du s/lieutenant.
Je reçois deux lettres de la famille l'une du 11, l'autre du 19.
Écrit aussi à la famille.
Reçu une lettre de la famille du 20.
Écrit.
Le soir, nous sommes relevés et rentrons à Dombasle.
Froid avec brise glaciale.
Froid vif.
Écrit à la famille.
Froid vif, écrit à la famille.
Nous repartons aux tranchées. Pas de boue car le temps est sec.
Écrit à la famille.
Temps sec quoique couvert.
Carte à la famille. Lettre à la maison H. Sarda à Besançon. (*)
(*) : Très
grande maison de fabrication d'horlogerie à Besançon, qui était à la fin du 19e
siècle, la capitale du monde de l'horlogerie.
Reçu deux lettres de la famille du 26 et 27 et une d'Henri.
Écrit à la famille.
Alertes la nuit pour exercice. Le canon gronde sans discontinuer la nuit et le matin, à notre gauche.
Nous retournons le soir au cantonnement de Dombasle.
Le sous-lieutenant (Maurice) MOREL loge chez un cousin du Président de la République au n°1, place de la mairie.
Temps beau.
Le s/lieut. (Maurice) MOREL change de logement et cantonne au n° 33 de l’avenue de la République, Dombasle.
Temps beau.
Temps un peu pluvieux.
Envoyé un colis en gare à la maison.
Nous repartons cet après-midi pour les tranchées et allons au même emplacement que nous étions lorsqu’arriva le sous-lieutenant (Maurice) MOREL.
Il a plu un peu cette nuit.
Envoyé une carte.
Ma principale occupation est d'aller chercher du bois pour alimenter le feu de la guitoune.
Écrit une lettre à la famille.
Nous sommes relevés des tranchées et retournons à Dombasle.
Temps un peu bouleversé.
Tourmente de neige le matin mais elle fond à mesure.
Vent froid. Écrit à la famille.
Écrit à la famille et envoyé un billet de 5 francs.
Retourné aux tranchées l'après-midi.
Reçu la lettre du 11 février.
Attaque à notre droite et gauche.
Écrit à la famille. Nous sommes sur le qui-vive depuis hier soir 3h.
Nos canons ont bombardé la région sans discontinuer avec une intensité effroyable. Les canons ennemis ne répondent presque pas.
La mitraille continue à notre droite et principalement à notre gauche.
Hier soir temps clair, pluie vers 9h et le reste de la nuit clair à nouveau.
Nous quittons les tranchées à 2h du matin que nous occupons pour aller en occuper d'autres plus à droite et bien plus dangereuses à cause des balles.
L'ennemi n'est en certains endroits qu'à 10 mètres environ de nos tranchées. Il lance des bombes, et à la compagnie il y a des blessés et un mort (*) par balles ou bombes.
(*) : Il s’agit certainement de Gastaud Émile (né à Nice).
Dans la nuit diverses alertes et fusillades. L’artillerie donne et puis calme. Rigal est blessé à la tête par une balle étant de faction.
Il est pansé aussitôt et une heure après environ il est descendu des tranchées par les brancardiers.
Le soir, nous sommes relevés par le 3e et allons aux baraquements de Lambéchamp (*), non loin de Monzéville.
(*) : Bois de
Lambéchamp.
Dans le bois nous occupons les baraquements construits par le génie.
Je reçois un colis de la famille.
Le soir, nous allons cantonner à Esnes.
Cantonnement à Esnes.
Nous cantonnons à Esnes.
L'après-midi vers 2h, nous partons par alertes et allons occuper des tranchées de 2e ligne, l'ennemi ayant détruit la tranchée que nous occupions en dernier lieu et ayant par suite aussi gagné d'autres tranchées.
Nos troupes reprennent en partie le terrain perdu.
Nous avons passé la nuit à la belle étoile, grelottants sans feu dans la tranchée.
Fusillade intermittente, avant et à notre gauche.
Nous faisons un peu de feu dans la tranchée le jour et la nuit et nous n'avons pas autant de froid que la nuit dernière.
On vient nous relever dans l'après-midi et nous allons camper dans le bois non loin du poste du colonel. Pas d'abris ici.
Quelques-uns s'en font un avec des toiles de tente - la plupart couchent à la belle étoile.
Malgré le froid je n'ai pas eu trop de froid la nuit et j'ai dormi au pied d'un arbre sur un matelas de branchages.
Vive canonnade durant le jour et fusillade intense à la tombée de la nuit non loin de nous, sans résultat, effarement probable des sentinelles.
Une partie de la compagnie est aux tranchées, l'autre qui reste campée dans le bois est employée à des corvées.
Une partie de la compagnie reste aux tranchées, l'autre va en construire d'autres - fusillade la nuit.
Dans la nuit au matin nous sommes relevés et allons cantonner à Esnes.
Le soir vers 9 heures, le sous-lieutenant (Maurice) MOREL me dit à l'improviste que nous allons partir pour Dombasle lui étant nommé à la 11e compagnie, il m'emmène avec lui et nous partons aussitôt avec les voitures du convoi.
Nous arrivons à Dombasle vers les 9 heures et je vais coucher avec la 1ére section de la 11e compagnie.
Envoyé une carte au sergent (Pierre) Escarpit (*), une lettre à la famille et à M (Justin) Burg.
Pluvieux.
(*) : C’est la
dernière fois qu’Élie parle de Pierre ESCARPIT.
Rappel :
Pierre Jean ESCARPIT est né en novembre 1879 à Montézic
(12). Pour son service militaire, il l’effectue au 18ème bataillon de Chasseurs
en 1900-1902. En août 1914, il est caporal au 124ème régiment d’infanterie
territoriale. Le 21 septembre 1914, il passe au 112ème régiment d’infanterie.
Passe sergent et intégrera le 303ème régiment d’infanterie en 1916. Intoxiqué
en 1918. Il survivra à la guerre. Voir sa fiche
matriculaire.
Nous partons le soir vers les 4h ½ pour les tranchées et par la boue plein les jambes nous arrivons dans l'obscurité complète et au sifflement des balles.
Écrit.
Nous avons passé la nuit dans la tranchée sans abri et sans feu par une nuit froide et humide aux tranchées nouvellement construites par suite de notre recul récent.
Nous nous mettons en train de construire une guitoune.
Dans la guitoune à peu près creusée et couverte de toiles de tente nous avons dormi tant bien que mal, mais par une nuit glaciale et souffrant du froid.
Nous continuons l'achèvement de la guitoune.
II a neigé quelque peu la nuit, mais peu.
Écrit à la famille.
Fusillade des sentinelles presque continue toutes les nuits.
Nous allons camper dans le bois à la nuit.
Rien à signaler.
Dans le bois au poste du colonel où j'avais déjà campé avec la 2e compagnie nous ne trouvons guère de guitounes. Toutefois je passe la nuit avec deux sergents sous des tôles ondulées fermées avec des toiles de tente.
Je façonne une canne pour le sous-lieutenant avec des ciselures.
Je continue la canne, mais je pars vers les 2 heures pour Esnes afin d'aller préparer la chambre du s/lieutenant pour le cantonnement de repos.
Je profite de mes loisirs pour laver pour le s/lieut. (Maurice) MOREL.
Je reçois aujourd'hui une montre nickel de la maison Sarda de Besançon.
Écrit à la famille.
Je reçois la facture SARDA, du 12 mars, de la montre reçue hier de 12,50.
Continue le lavage.
Le soir, nous retournons aux tranchées.
Nous sommes à la tranchée de l'Observatoire, la 1ère section en 1ère ligne, la 2e en seconde, la 3 et 4 au poste du commandement.
Les nuits sont froides car notre brasero ne fonctionne guère n'ayant pas de charbon de bois pour l'allumer.
Hier soir, on est venu installer le téléphone dans notre guitoune, un peu petite déjà.
Nous sommes relevés des tranchées et pars avant la compagnie vers 1h pour Dombasle afin de préparer la chambre du s/lieut. (Maurice) MOREL.
La compagnie arrive vers les 2 heures du matin au cantonnement.
L'après-midi, nous allons à Récicourt pour nous changer de capote et de képi.
Dans notre nouvelle tenue réséda nous semblons des nouvelles recrues.
Malgré le temps un peu pluvieux je m'occupe du nettoyage des effets pour le s/lieut. et moi.
Beau jour, nous repartons de Dombasle vers 9 h du soir pour les tranchées les mêmes que nous occupions les 4 derniers jours, tranchées de l'Observatoire.
Hier, j'ai versé 12,50 au vaguemestre pour un mandat à recevoir pour le paiement de la montre Sarda.
Par un beau soleil mais attiédi par un vent qq. peu froid je continue la canne du s. lieut. .
Nous ne sommes pas la 1ère section le lieut. et moi dans les tranchées.
Je continue la canne du s/lieutenant et achève le serpent en relief.
La compagnie est relevée le soir.
Je la devance et pars vers 3 heures pour Dombasle alors que l'ennemi avait déjà commencé d'envoyer des bombes dans nos tranchées, notre artillerie répondait par des obus.
Nous avons la pluie d'Esnes jusqu'à Dombasle où, j’arrive à la nuit.
Il a un peu neigé la nuit mais la neige fond dès le matin, et le soir il est clair. Le vaguemestre me donne le mandat de 12.50 pour la maison SARDA.
Je profite du beau temps pour laver. Acheté divers, couteau 1.9f, savon, cartes, lettres.
Envoyé à la maison Sarda à Besançon le mandat de 12,50 montant de la montre.
Écrit à Henri et à la famille. Reçu une lettre de Marie Vayre Laboire de Brive.
Écrit à la famille et à Marie Laboire.
Pluie.
Pâques.
Bon nombre de soldats et d'officiers à la messe et à la communion.
Écrit à la famille et envoyé un bt de 5 frs. Écrit à M. (Justin) Burg au sujet de l'allocation.
Pluie.
Pluie.
Nous retournons à la Tranchée de l'Observatoire (la Courtine) et partons vers 5h sans trop de pluie.
A cause de la pluie des jours précédents, la tranchée est dans un très mauvais état. Les guitounes presque toutes effondrées.
Il pleut encore la nuit et dans la guitoune où nous sommes six avec le s/lieut et moi.
Le jour, il ne pleut guère et grâce à notre brasero, nous séchons nos habits mouillés et notre guitoune sèche aussi.
Calme relatif sur la ligne, mais lundi soir au moment où nous venions aux tranchées ainsi que hier soir, vive canonnade du coté de Vauquois.
Écrit à la famille.
Toujours qq ondées intermittentes.
A 7 h au matin, on fait sauter un petit poste ennemi à notre gauche un moment après 10 minutes ou ¼ d'heure, l'ennemi fait sauter un des nôtres. Immense nuée de poussière et de terre qui vient tomber jusqu'à dans notre tranchée.
Ensuite nos canons tirent dans les tranchées ennemies en face de nous.
Les canons allemands répondent ensuite et tombent non loin de notre tranchée et en réserve de la compagnie. Un tué et quelques blessés.
Je pars l'après-midi, pour Dombasle où nous revenons cantonner.
Le soir, le bombardement des tranchées continue.
(*) : Le soldat
tué est Alfred GADILHE. Voir sa fiche.
Toujours qq ondées intermittentes.
Encore un peu de pluie.
Avec un temps ½ couvert, je lave.
Temps beau.
Nous retournons le soir aux tranchées. Passant par Avocourt nous n'avons pas de boue.
Très beau.
Quelques obus sont envoyés de part et d'autre.
Écrit une carte à Ch Roques à Rodez 124e, 13e compagnie.
Le temps est beau durant ces jours. Je suis en réserve.
Nous retournons au cantonnement de Dombasle et pars dès l'après-midi.
Beau temps
Beau temps.
J’ai reçu le 20 un colis de ma cousine Marie de Brive.
Par nomination en date de 20 avril, je suis soldat de 1ère classe.
Écrit à la maison Dollé au sujet de la traite qu'elle a l'intention de mettre en circulation pour fin avril.
Je donne à M Allongue une lettre au ministre de l'intérieur au sujet de l'allocation, qui lui, l’enverra au lieutenant-député Becanoski. Celui-ci la transmettra au ministre.
Le soir, nous retournons aux tranchées.
Pluie fine mais peu abondante.
Écrit à la famille.
Écrit un mot à la famille. Le canon tonne mais pas sur nous.
Orage avec qq peu de pluie le soir.
Le temps est beau et tout est à peu près calme dans nos tranchées.
Reçu la carte de ma cousine Marie m'annonçant le colis déjà reçu le 20 avril.
Le soir, nous retournons au cantonnement de Dombasle.
Temps toujours beau.
Trois avions ennemis viennent lancer une dizaine de bombes sur Dombasle et occasionnent qq victimes et un incendie.
Temps pluvieux. Messe réconfortante.
Écrit à ma cousine Marie, de Brive.
J'envoie un billet à la famille de 5frs.
Écrit à M. (Justin) Burg.
Orage l'après-midi.
Je finis la canne du s. lieut (Maurice) MOREL.
(*) : C’est la dernière
fois qu’Élie parle de MOREL.
Maurice Marie
Louis MOREL a 21 ans. Il est né à Quimper (29) en juin 1894. Il est élève au
Prytanée militaire de Toulon en août 1914 et s’engage volontairement pour huit
ans à la mairie de Toulon le 15 août 1914. Il est affecté sous-lieutenant au
141ème régiment d’infanterie. Blessé à Vassincourt en
septembre 1914, il est soigné puis, ‘’ à peine guéri ‘’, arrive au 112ème
régiment d’infanterie le 5 janvier 1915. Élie devient son ordonnance du 18
janvier.
Maurice MOREL sera
blessé gravement au bras droit le 30 juin 1915 à la tête de sa section.
Rétablit difficilement (impotence fonctionnelle du bras), il passe à l’aéronautuaue en 1917. Légion d’Honneur en février 1916.
Après la guerre, il reste militaire de carrière jusqu’en 1927 (campagne
d’Algérie et du Maroc). Colonel. Décédé le 31 mai 1956 - 15° - Paris.
Voir
sa fiche matriculaire (4 pages). Son dossier de la Légion
d’Honneur.
Écrit à la famille et envoyé un billet de 5 frs.
Nous retournons le soir aux tranchées.
Payé pour le s. lieut 5,50 pour réparations de souliers.
Nous partons vers 5h ½ et arrivés à Esnes nous avons l'ordre de retourner à Dombasle. Les 17 kilom de marche par temps d'orage nous sont très fatigants.
Vers minuit ½, nous pouvons nous reposer.
Nouvel orage avant le départ.
Nous partons à 6 heures du soir pour les tranchées. Nous occupons une tranchée plus à droite que les précédentes, non loin d'Avocourt.
L'artillerie allemande tire sur une de nos batteries.
Rien à signaler.
Puisse l’intercession de Jeanne d'Arc invoquée généralement dans toute la France, pour obtenir la fin prochaine de la guerre.
Temps toujours beau.
Écrit à M Denoit à Viviez.
Le soir à la nuit le canon-revolver ennemi bombarde une tranchée à notre droite.
Le soir, nous sommes relevés et allons au bois de Lambéchamp.
Nous arrivons au bois vers le 2h ½ du matin.
Aujourd'hui jour de l'Ascension, deux messes sont célébrées sous un grand arbre avec sermon et cantiques.
Pluie la nuit rafraîchit la température.
Nous quittons le bois le soir pour aller en réserve.
Beau temps, journée agréable dans le bois.
L'après-midi orage avec pluie.
Nous quittons les bois pour retourner aux mêmes tranchées que la dernière fois. Les boyaux et les tranchées sont pleins de boue.
Guère de soleil. L'ennemi vers midi bombarde Avocourt.
qq brumes et pas de soleil. Journée calme.
Temps toujours couvert.
Reçu deux lettres de la famille le matin, vers le soir et une de Marie Laborie.
Écrit à la famille et à Alfred Vayre - 322e - 23 compagnie S.P. 138. (*)
Reçue le soir la photographie de la famille.
(*) : Casimir
Alfred VAYRE est soldat au 124ème régiment d’infanterie territorial. Ce
régiment est cantonné à Rodez dans la même caserne que les 122ème et 322ème
régiments d’infanterie.
Je travaille ces jours-ci à la nouvelle canne.
L'ennemi bombarde un peu à notre gauche - le poste du ct.
Notre artillerie bombarde au devant de nous à gauche.
Nous quittons le soir les tranchées pour aller au repos à Lambéchamp.
Je reçois aujourd'hui 3 lettres de la famille du 18, 20 et 21.
J'écris à la famille.
L'Italie est en guerre à partir d'aujourd'hui.
Beau.
Reçu le colis de la famille.
Écrit.
Le soir nous revenons au bois en réserve. Reçu une lettre de ma cousine Sœur Zacharie de St Anne.
Travaillé à la nouvelle canne.
Nous retournons le soir aux mêmes tranchées que précédemment.
Écrit à la famille et envoyé une pièce dans une carte liège.
Reçu une lettre de la famille et de M. (Justin) Burg.
Écrit à la famille et à ma cousine Sr M Zacharie de St Anne, asile départemental d’Alençon.
Il souffle ces jours-ci une brise froide qui nous rappelle les jours de mars.
Reçu une lettre de la famille d'Alfred Vayre (*) et une carte d'Henri L.
Écrit à la famille et à Henri.
Le soir, les tranchées à notre droite sont bombardées.
(*) : C’est la
dernière fois qu’Élie parle d’Alfred VAYRE
Rappel : Casimir
Alfred VAYRE, son oncle de 39 ans, a été réformé pour faiblesse en 1897 et
affecté dans les services auxiliaires en 1898. Resté chez lui en août 1914, il
est rappelé au 124ème régiment d’infanterie territoriale de Rodez en janvier
1915. Il sera blessé en 1916 et réformé (paralysie du bras droit). Voir sa fiche matriculaire.
Écrit à la famille et reçu une lettre.
Une escadrille d'avions français passe sur nos lignes malgré le bombardement de l'ennemi et se dirigent vers le nord. Il y en a bien une quinzaine environ.
Écrit à la famille.
4 ou 5 avions ennemis passent sur nos lignes et vont semble-t-il sur Dombasle.
Le soir, nous quittons les tranchées et retournons à Lambéchamp.
Reçu une lettre et un colis de la famille. Écrit.
Le soir à 7h, un avion ennemi survole le bois et soit sur nous soit sur une batterie proche, l'ennemi bombarde et les obus tombent dans le bois.
L'ennemi tirait hier sur la batterie.
Le matin les avions planent et un des nôtres abat un ennemi avec qq coups de mitrailleuses.
Le soir, nous recevons l'ordre de nous tenir prêts à partir au premier moment, mais vers 10h 1/2, nous ne devons partir que demain à 3 h.
Nous préparons notre départ.
Nous quittons Lambéchamp à 4h. Allons à Dombasle et là des camions automobiles nous emportent jusqu'à Sainte-Menehould où nous reposons sur une bonne couche de paille.
Sainte-Menehould est une assez belle ville, nous quittons notre cantonnement à 11 h du soir et la ville vers minuit.
Un camion automobile avait porté la plupart de nos sacs.
Vers 3h du matin, nous arrivons au cantonnement de Maffrécourt petit bourg composé de quelques grandes fermes.
Ici nous ne serions pas trop mal, assez loin de l'ennemi, mais nous repartons dans la nuit vers 11h du soir.
Au petit jour, nous arrivons à Vienne-le-Château.
Nous cantonnons dans un abri construit sur le flanc d'un petit ravin.
Nous avons eu la messe avec procession du Sacré Cœur.
Duel d'artillerie très vif chaque jour.
Elie ALBANHAC est tué le lendemain, le
15 juin au bois de la Gruerie (Marne)
![]()

La tombe d’Elie existerait au cimetière de Claunhac. Un internaute pourrait-il me prendre une photo, et me l’envoyer ? >>> Envoi <<<<
![]()

Lettre de Sabine, sa
femme, au sous-lieutenant MOREL (respect de
l’orthographe de Sabine)
Claunhac, 22 juillet 1915
Madame MOREL (*)
« Me
trouvant depui le 15 juin privé des
nouvelles de mon mari qui était ordonnance de votre jeune sout
lieutenant MOREL au 112c régiment Auriez
vous la bonté de me faire savoir si vous êtes privée pareillement des nouvelles
de Monsieur votre fils. Je lui ai écrit en date du 29 juin ma lettre et resté jusqui ci sans réponse (**). Aurait-il était du nombre des prisonniers quon
a prit du 15 au 20 juin. Ou si par lui même je pourrait avoir des renseignements sur mon mari Elie ALBANHAC au 112e Régt d’Inf.
11 cie secteur postal 129 il était à Vienne le
Château a sa dernière lettre »
« Recevez
Madame mes meilleur remerciement davance »
Sabine ALBANHAC a Claunhac par
Salles-Courbatiès.
(*) :
"Emilienne" Marie Gabrielle Charlotte VALCHADE, épouse MOREL
(**) : Maurice
MOREL ne pouvait recevoir cette lettre car il a été gravement blessé le 30
juin.
Lettre sans date écrite par le sous-lieutenant MOREL
« Le
soldat Elie ALBANHAC était bien mon ordonnance il
m’accompagnait à la tranchée lorsqu’un obus arrive sur nous et il a été victime
avec d’autres qui se trouvaient là aussi, plusieurs ont été criblés de balles
et malheureusement tous morts, il est enterré dans le bois de la Gruerie à côté
de ses camarades. »
« Mon
cousin est encore très mal, il a été blessé au bras droite, on parle même de
lui enlever l’humérus, tu vois que son bras est presque perdu, il est décoré de
la croix de guerre, et bientôt de la Légion d’Honneur, mais cela ne lui rendra
pas le bras et ne lui épargne pas la souffrance qu’il endure. »
Lettre d’un soldat
à M. BURG, qui raconte la mort d’Elie.
(Ferme des Moulinets, 3 août 1915)
Cher Mr Burg,
« Il
y a six jours que j’ai reçu votre lettre, je vous remercie infiniment de toute
l’attention que vous avez toujours eu pour moi; vos lettres me ... un grand
plus, et un bonheur en même temps, d’abord pour les nouvelles du jury que vous
me donnez et vos paroles pleines de sagesse et d’encouragement. J’aurai bien
voulu donner réponse de suite et vous
donner de bonnes nouvelles de votre pauvre compatriote et cher ami Élie
ALBANHAC.
Il y
avait quelques jours avant votre lettre que j’avais appris sa disparition mais
je ne savais pas sur quel coté du front il se trouvait, sitôt que j’ai eu vos
indications je me suis mis à la recherche de renseignements. Je questionnai
tous les soldats du 112e que je voyais, mais je n’en voyais que rarement, me
trouvant à huit kilomètres du régiment, hier qu’ils sont au même secteur que
moi.
Voilà
ce que j’ai eu la douleur d’apprendre hier au soir à huit heures par un soldat
qui était de sa compagnie et de son escouade
depuis le mois d’octobre. »
« Le
pauvre Élie a été tué le 16 juin à 4 heures du soir dans la tranchée. Ce
n’était pas une attaque, seulement tant du coté allemand que de notre côté.
D’ailleurs on a l’habitude de s’envoyer des coups de fusil et de temps en temps
aussi des obus de gros calibre. »
« Il
avait l’estime de tous ceux qui le connaissaient et tous encore pleurent en lui
un camarade sérieux plein de bons sens et bon pour tous ses frères d’armes.
Celui qui m’a raconté cela était à coté de lui au moment fatal, car c’est bien
la fatalité.
Le
matin même, il avait juste cette remarque aux autres : aujourd’hui, il nous
faut faire attention !
Il
était presque toujours dans l’abri de la tranchée ne quittant jamais son
lieutenant MOREL duquel il était aimé comme un frère.
C’est
un éclat de ces obus qui pèsent 200 kilos qui lui a fendu le crâne et enterré à
moitié. »
« Ses
amis l’ont sorti et accompagné par le lieutenant MOREL qui
le pleurait, ils l’ont enterré à 2 kilomètres environ de Vienne-le-Château. Ils
y ont mis une croix avec son nom. Il est enterré dans une fosse à lui tout seul
; car hélas, en général des fois, on met plusieurs à la même.
Deux
autres de ses camarades (*) ont aussi été foudroyés à ses
côtés. Tandis que celui qui m’a raconté ces faits n’a eu aucun mal, mais il
avait été légèrement blessé depuis. Il m’a dit également que le jour où le
pauvre Élie a été tué, le sous-lieutenant MOREL n’avait pas de mal et qu’il
avait pris sa montre ainsi que son porte-monnaie etc. Mais il parait qu’il a
été blessé très grièvement le 30 juin, quelques-uns disent même mort. »
« Voilà
M. BURG les indications telles qu’elles m’ont été données par un de ses amis
de l’arrondissement de Rodez qui sort lui-même de l’ambulance. Peut-être que
depuis Sabine et sa famille ont reçu l’avis officiellement.
Dans
tous les cas je m’en rapporte en toute confiance M. BURG pour les renseigner
sur leur malheur avec tous les ménagements que vous jugez nécessaires.
Quant
à moi je suis toujours à mon ordinaire et je laisse agir avec courage calme et
sang-froid le cours de notre destinée. »
Sans signature
(*) : Un de ces soldats s’appellerait
MASSONERI Camille (de Marseille)
![]()
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