Carnet de guerre de Charles BINEY du 44ème régiment d’artillerie

 

Mise à jour : mars 2014

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Préface

 

Maryvonne m’écrit  en février 2014 :

«  Je vous adresse ci-joint le carnet de guerre de mon grand-père, Charles Biney, du 44ème régiment d’artillerie du Mans, d’août 1914 à fin octobre 1915.

Nous n’avons pas de récit des années 1916 à 1918, et je recherche son parcours pendant ces années.  Mon grand-père a vécu jusqu’en 1973. Je possède la copie de l’original de son cahier.

J’espère que ce document enrichira vos archives et profitera à tous les internautes »

 

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Présentation du régiment

 

Le 44e régiment d'artillerie, stationné au Mans, a l'effectif de douze batteries (en 4 groupes d’artillerie),  Il comprenait 2128 hommes et 2079 chevaux. Les groupes seront rattachés individuellement à des divisons d’infanterie et corps d’armée.

 

Voir >>> ici  <<< pour comprendre certains termes utilisés dans cette arme : batterie, pièce, avant-train, groupe...

 

 

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Campagne 1914/1915

 

Arrivé jeudi 6 août au Mans à la 67è batterie de dépôt. Je suis désigné à partir pour le front le 21 septembre rejoindre le groupe de renforcement du 44e parti le 10 août qui comprend la 27è, 28è et 29è batteries.

Après avoir passé 2 jours et 2 nuits dans le train nous débarquons à Dugny, petit village de la Meuse à 8 kilomètres de Verdun. Nous partons le soir pour rejoindre le groupe et, après avoir fait environ 25 km, nous arrivons à La Croix-sur-Meuse au groupe à 10h30 du soir.

Le lendemain, nous sommes répartis par batteries et par pièce. Je suis alors à la 5è pièce de la 27è à la batterie de tir.

Août

Passage de la batterie depuis le débit.

Embarquement le 10 août vers Verdun à Bezonvaux à 11h30 du soir.

 

12/13. Bezonvaux.

 

14/15/16. Chaumont Damvilliers.

 

17/18/19/20. Châtillon sur-les-Côtes.

 

21. départ de Châtillon pour Béchamps.

 

22. partis de Béchamps pour Amel à 5h30, alerte à 6h du soir pour Génicourt.

Bivouac.

 

23. Génicourt, escarmouche.

 

24. bataille de Spincourt de 7 h du matin à 8h30 du soir, résisté au feu de gros obusiers allemands sans avoir de grosse artillerie, infanterie nombreux morts et blessés.

Marché toute la nuit pour Azano rejoindre l’armée.

 

25. plusieurs mises en batterie défilées dirigées sur Ornes, cantonnement.

 

26/27/28. Spada repos.

 

29. départ de Spada à midi pour Ambre-sur-Meuse, 9è groupe d’artillerie 54è division.

 

30. partis d’Ambre-sur-Meuse à midi.

 

31. partis pour Esnes.

Septembre

1. Esnes, alerte à 3h30 mise en batterie à droite de Forges.

Vaillant combat, nombreux morts et blessés.

 

2. bivouac.

 

3. partis à 5 h pour arriver à 2h 30 à Soulaines, cantonnement.

 

4. partis de Soulaines pour aller cantonner à Deux Noues.

 

3. changement de corps (*), le groupe fait partie du 6ème corps.

Cantonné au Masa.

 

6. alerte à 1 ½ pour aller à Rambercourt. Bataille de Rambercourt.

 

7. Idem. Incendie de toute la petite ville ainsi que de l’église d’une beauté remarquable.

 

8/9. Continuation du combat.

 

10. partis à 3h30 du matin. Deux blessés allemands sont faits prisonniers dans un traineau d’où ils tiraient sur le capitaine.

Un 3è se suicide.

 

11/12. continuation du combat. Cantonné à Rosnes.

 

13. repos, cantonné à Seigneules. 14 traversé le champ de bataille nombreux morts. Cantonné à Rambluzin.

 

15. partis à 4 h pour cantonner à Vaux-devant-Damloup.

 

16. partis à 5 h mise en batterie à 4 km soutenu par l’artillerie des forts et du 120.

Cantonné à Vaux-devant-Damloup.

 

17/18. Mise en batterie et cantonnement à Vaux.

 

19. repos.

 

20. partis de Vaux à 10 h 30, cantonné à Blanzée.

 

21. repos jusqu’au soir, marche de nuit.

 

22. arrivée à 2 h du matin à la Croix-sur-Meuse. La bataille s’engage sur le plateau qui domine le village.

Le soir cantonné à Rouvrois-sur-Meuse.

 

23. même emplacement de batterie, vers 5 h du soir pris dans un tir d’efficacité de l’ennemi nous fait beaucoup souffrir en particulier la 29è batterie quelques morts et blessés.

Le soir cantonné à la Croix-sur-Meuse.

 

24. mise en batterie sous le feu de l’infanterie ennemie à 600 mètres de l’artillerie de face et de gauche. Nous faisons subir à l’ennemi des pertes énormes.

Vers 10 h traversé La Croix sous le bombardement.

 

 

 

Mort en face du temple du lieutenant-colonel du 40è d’artillerie ainsi que d’un capitaine et lieutenant. (**)

Replié derrière la Meuse, passé sur un pont construit par le génie pour remplacer un pont ayant été fait sauter. Mise en batterie à 2 km de Woimbey.

 

 

 

25. même position de batterie découvert de l’infanterie ennemie ouvert le feu qui leur fait subir de grosses pertes le soir cantonné à Woimbey.

 

26. même position que la veille. L’ennemi nous envoie quelques gros projectiles qui ne font aucun effet, le soir cantonné à Woimbey.

 

27. même position recevons de gros projectiles cantonné à Woimbey.

 

29/30. Même position.

 

(*) : Corps d'armée

(*) : Il s’agit du lieutenant-colonel KIENTZ Alexandre, mort de ses blessures le 23 septembre 1914, dans l’église de Saint-Mihiel.

Octobre

1. même position de batterie.

 

2. même position le soir repos.

 

3. départ pour l’autre côté de St Mihiel, l’on passe par Olimex et l’on rentre cantonner à Woimbey sans avoir mis en position.

4. même position que les jours précédents.

 

5. id remise de la médaille militaire à un maître pointeur Oubiniere, le soir tir.

Efficacité de la grosse artillerie allemande sur les 3 batteries particulièrement sur les avants trains et l’échelon 4 tués 16 blessés et plusieurs chevaux.

 

 

6. repos obsèques des morts de la veille.

 

7. toujours même position de batterie que les jours précédents. Nous tirons plusieurs coups de canon qui nous sont rendus mais n’atteignent heureusement personne.

 

8. repos nous allons nous cacher dans un bois à cause des aéros.

 

9. idem et nous rentrons coucher le soir à Woimbey.

 

10. repos comme il tombe de l’eau et qu’il fait du brouillard nous n’avons pas à nous cacher le soir l’on rentre les chevaux dans les granges et l’on va se coucher.

 

11. réveil à 3 h 30 l’on va prendre position beaucoup plus loin en face St-Mihiel et l’on s’abrite le plus possible dans des tranchées souterraines à cause des aéros qui survolent toujours.

Vers 2 h de l’après-midi nous ouvrons le feu sur un bois à gauche de St-Mihiel où est paraît- il l’ennemi mais étant à l’abri nous ne craignons rien.

Le soir à la nuit tombante l’on va chercher des gerbes d’avoine pour faire notre lit car nous couchons dehors ce soir dans des tranchées derrière les pièces restées en batterie en cas où il y aurait un coup à donner.

 

12. réveil à 5 h l’on revient par Palameix cantonné à Woimbey où il y a repos.

Dans l’après-midi, nous recevons de gros projectiles dans le parc et sur le village tir sur une batterie de 155 long placée au-dessus du village qui les a bombardés laquelle ils viennent de découvrir et aussi sans doute la cause d’un aéro qui vient d’atterrir dans la direction pour donner des ordres un maréchal de la 28è est tué en voulant s’abriter derrière un arbre le soir nous trouvant pas trop en sûreté nous allons coucher à Bouquemont.

 

13. réveil à 3 h 30 nous allons prendre les mêmes positions de batterie, nous rencontrons sur notre route les gens de Woimbey qui émigrent en ayant reçu l’ordre. L’on est tranquille toute la journée, le soir l’on revient coucher à Woimbey nous croyant en lieu sûr, le 155 ayant démoli la batterie ennemie qui tirait sur eux et sur le village la veille.

16. même emplacement de batterie.

 

17. même emplacement de batterie même logement.

 

18. réveil à 6 h appel à 7 h repos toute la journée.

 

19. repos.

 

20. repos les habitants sont avisés d’évacuer le village.

 

21. repos.

 

22. réveil à 4 h 30 pour aller prendre position à la place du 37è en face St Mihiel.

Le soir nous rentrons à Woimbey.

 

23. réveil à 1 h 30 départ 1 h après pour aller à Watronville après avoir passé par plusieurs villages notamment à Tillé, à Dieue et passé la Meuse à Ancemont sur un pont du génie, nous arrivons à midi cantonnement.

 

24. repos.

 

25. le matin repos, le soir nous partons avec les avants trains pour aller prendre les positions de la 29è à gauche de Ville-en-Woëvre en se servant des pièces, nous arrivons à la nuit et nous couchons dans des cahutes de terre couvertes d’avoines.

 

26/27. nous restons sur les mêmes positions et cachés le plus possible sans avoir besoin de tirer.

 

28. la 2è section ayant parti la veille se trouve remplacée au matin par les canons de 90, nous restons 2 servants du 53 caissons en compagnie de la 1è section.

 

29. même position même logement, les boches ne cessent de tirer sur des batteries de 120 et 155 placées à droite de Ville-en-Woëvre qui en échange leur envoient toute la soirée.

 

30. réveil à 4 h 30 départ pour Braquis où l’on cantonne et l’on a repos.

 

31. Braquis le soir l’on va remplacer la 2è section en position non loin du bois des Dames.

Novembre

1/2/3/4/5/6. Un jour sur deux sur les positions et l’autre jour au repos à Braquis.

 

7. id. le soir debout pour faire la cuisine aux évacués civils venant de chez les boches où ils étaient retenus prisonniers.

 

8/9/10/11. Id. une journée et une nuit sur les positions et l’autre au repos.

 

12. dans l’après-midi alerte les pièces reviennent à Braquis et l’on se tient prêt à partir mais comme la cause de notre brusque départ n’a pas de suite le soir l’on reprend le même cantonnement.

 

13. l’on va reprendre les anciennes positions de batterie à gauche de Ville-en-Woëvre, le soir il tombe de l’eau ainsi qu’une partie de la nuit.

 

14/15/16/17/18. Même position même temps, toujours une nuit sur deux sur les positions.

 

19/20/21/22/23/24. Pendant ces jours il gèle.

 

25. ce matin il est tombé de la neige.

 

26. mêmes positions, il gèle encore.

 

27. dégel.

 

28/29/30. Il fait moins froid mais il vient parfois des giboulées.

Décembre

1/2/3/4/5/6/7/8/9/10/11/12/13/14/15/16/17/18. Mêmes positions et toujours une nuit sur deux.

 

19. quelques obus viennent troubler notre tranquillité au pays.

 

20/21.

 

Le 22. Nous recevons sur les positions où nous sommes ce jour-là plusieurs projectiles qui n’atteignent heureusement personne.

 

23. commencement de la gelée.

 

24. ce matin il est tombé un peu de neige.

 

25/26. Il gèle plus fort.

 

27. dégel.

 

28/29/30/31. Même position – même boulot – même temps.

1915

Janvier 1915

1/2/3/4 id 5. Nous recevons sur le village quelques projectiles un 105 tue 3 chevaux sous la briqueterie et en blesse 2 autres.

 

Jusqu’au 26. pas grand-chose à noter si ce n’est les parties de manille principalement pour ceux qui n’vont pas sur les positions ce qui n’empêche pas ceux qui en sont les plus acharnés d’ y jouer également et à côté d’un bon feu que l’on a soin d’entretenir car au dehors il n’y fait pas chaud et lorsque ce n’est pas de la gelée c’est de la pluie.

 

Le 28 nous laissons cette position. Chaque jour une pièce continue d’aller prendre position à St Maurice sur la route de Braquis à Ware jusqu’au 1er avril.

Février-mars

Pendant tout le mois positions de St Maurice chaque pièce à son tour et pendant tout le mois de mars.

Avril

1. Nous quittons Braquis au matin et nous nous arrêtons à Ville-en-Woëvre 2 jours.

 

2. Ville-en-Woëvre.

 

Le soir, nous partons pour Manheules après avoir mis en position au parc d’Aulnoy, le reste de la batterie de tir reste à Manheules, et les conducteurs et l’échelon cantonnent dans les bois à la tranchée de Calonne. Dans la durée de cette position le parc est quelquefois arrosé d’obus en prenant part à l’attaque de Marchéville.

Manheules est de même bombardé presque tous les jours de sorte qu’il n’y fait pas bon, quelques fantassins sont tués et plusieurs blessés. Il y a aussi une quinzaine de chevaux de tués.

 

Vers le 10, les habitants sont avisés d’évacuer le village.

Pendant la première dizaine il fait très mauvais. On voit revenir les pauvres blessés pleins de boue et méconnaissables.

 

Le 16, nous quittons Manheules sans regret et les pièces pour aller habiter dans les bois carrefour Bernoitan, et les pièces vont prendre position sur la route de Bouzic à Mesnil-sous-les-Côtes où ils sont tranquilles jusqu’au 23 où la position commence à être bombardée quelques jours, plus tard.

Nous sommes aussi arrosés de quelques projectiles fusants.

Mai

Jusqu’au 8 même position.

 

Le 8 nous quittons cette position et cantonnement pour aller prendre position derrière Mouilly à la place du 17è venu en renforcement lors de l’attaque des boches sur la tranchée de Calonne et sur les Éparges.

Les avants trains cantonnent dans les bois non loin de la ferme d’Ablonville et l’échelon plus en arrière.

Juin

Le 2 nous quittons cette position le soir pour aller l’autre côté de Pierrefites à Nicey et après avoir voyagé toute la nuit et une partie de la matinée nous arrivons enfin vers 11 h où nous prenons cantonnement dehors, le soir les pièces vont prendre position du côté de St Mihiel à la place du 55è.

 

Le 5 nous allons cantonner à Ville-devant-Belrain où a été le groupe de réserve 26è tout l’hiver.

 

Le 6 nous sommes de parade pour la remise de la croix de guerre au brigadier et le 10 id pour le lieutenant Royal. D. et G. à cette position nous croyons être plus longtemps comme le 26 afin d’être tranquilles un moment lorsqu’on apprend que l’on doit changer encore prochainement.

 

Le 13 au matin à 4 h 30 nous quittons Ville-devant-Belrain pour aller embarquer à Nancey à une dizaine de km de Bar-le-Duc. Nous embarquons l’après-midi et nous partons vers 4 h 30 du soir pour débarquer le lendemain matin à Laveline dans les Vosges après avoir passé par plusieurs gares notamment à Épinal.

De là nous dirigeons sur Bruyères petite ville des Vosges assez gentille et nous entrons dans un quartier appelé quartier Barbazan où nous sommes 15 jours au repos pour nous reformer.

 

Le 28 au matin nous quittons Bruyères pour aller à Hurbache au nord de St Dié et à 12 km.

Nous arrivons à minuit et après avoir formé le parc dans un bois de sapins nous prenons cantonnement dans les granges.

Juillet

Nous sommes remplacés par l’autre artillerie. Nous quittons Hurbache pour aller en Alsace.

Nous partons une colonne à pied vers 12 ½ et nous marchons jusqu’ à 5 h où nous nous arrêtons 2 h à Tainteux pour casser la croûte et nous reposer.

Nous repartons vers 7 h pour arriver à Vannemont à 8 h 30 où nous attendent la batterie partie le soir à la nuit nous couchons dans la salle d’attente de la gare en attendant jusqu’au lendemain matin à 3 h où la batterie arrive, nous montons sur les avants trains pendant que les autres servants marchent à leur tour à pied.

De là nous faisons encore une vingtaine de kilomètres et nous arrivons vers 10 h à Sachemont où nous sommes une journée, nous repartons le lendemain à 2 h de l’après-midi, et après avoir passé par Fraize et avoir passé la frontière au col de Louchpach nous arrivons à 2 h du matin.

 

Le 4 sur la crête du Noiremont où nous prenons position sous des casemates dans les sapins, nous sommes tranquilles jusqu’au 12 où nous recevons sur les cuisines plusieurs obus de 105 sans doute en réponse au 65 de montagnes en position tout près de nous et qui vient de tirer.

Plusieurs gros sapins sont coupés par les obus mais heureusement personne n’est atteint.

L’après-midi, nous changeons les cuisines de place et commençons par faire de bons abris ou tout au moins des éclats.

 

Le 16, même réponse au 65 mais cette fois nous sommes à l’abri et plus en sûreté pendant cette période il tombe de l’eau et il fait même froid jusqu’au 20 où le temps redevient meilleur.

 

20. attaque sur la crête du Linge Skopf , nous tirons toute la journée sans aucune réponse.

 

21. nous tirons encore mais très peu.

 

22. attaque même bombardement que le 20 mais cette fois les boches nous répondent et tirent en partie trop long de sorte que ça tombe sur les cuisines d’infanterie situées près de la fontaine. Un aéro boche lâche 6 bombes dont 3 tombent également près de la fontaine.

Dans l’après-midi Marchand brigadier est blessé par une balle de shrapnel.

 

23/24/25. presque chaque soir contre-attaques des boches.

 

26. au soir les cuisines se trouvent de nouveau repérées, un obus tombe sur l’abri de la 1è pièce où le cuistot est abrité mais heureusement n’a pas de mal. Alors comme ça n’est pas franc ce soir l’on ne fait pas de cuisine le lendemain.

 

27. nous nous risquons à faire du jus à peine fini nous recevons encore une rafale de fusants, nous nous abritons vivement et l’on fiche le camp après, comme il n’y a pas moyen de continuer le reste de la journée l’on n’fait pas de feu.

L’on attaque toute la journée.

 

Le lendemain 28, nous changeons encore les cuisines de place et commençons par faire des abris de façon d’abriter en même temps la cuisine que le cuistot principalement des fusants, pendant toute la journée nous sommes tranquilles.

 

29. attaque à 3 h de l’après-midi, dans la soirée il y a un accident à la 3è pièce. Un servant Huzault a la main complètement arrachée, un peu après la pièce est jugée hors de combat.

 

31 vers 10 h du matin, les boches nous envoient une rafale d’obus directement des cuisines que nous abandonnons encore une fois et retournons chercher la soupe après, il en tombe de même sur la batterie.

 

30. bombardement complet des boches qui nous en envoient de plusieurs calibres, un obus tombe sur l’abri de bombardement du 33 auprès de la première pièce coupant deux sapins et endommageant quelque peu l’abri qui résiste.

Un 150 tombe également derrière l’abri des brancardiers sans éclater ni entrer dans le sol. Quelques heures plus tard et par deux fois différentes nous sommes obligés de quitter l’abri où l’on couche qui ne garantit que des fusants et allons nous caser dans celui de bombardement.

Vers minuit enfin, où le bombardement paraît fini, nous rentrons nous coucher et l’on roupille jusqu’à 4 h où l’on a réveil. Nous regardons l’effet du bombardement, plusieurs gros arbres sont coupés mais qui auront leur utilité car nous les emploierons à construire un abri pour coucher plus confortables et où l’on pourra dormir plus en sûreté.

Août

1. cette nuit nous avons dormi tranquilles jusqu’à 6 h du matin, l’après-midi ça cogne encore, les cuisines sont de nouveau bombardées, deux obus en tombent bien près.

 

2. journée plus calme.

le soir nous sommes encore bombardés et sommes obligés de quitter les cuisines.

 

3. le matin nous sommes assez tranquilles mais l’après-midi contre-attaque des boches, nous sommes bombardés d’une façon extraordinaire, les arbres sont hachés et partout ça n’est que trous et arbres tombés l’un sur l’autre.

Un obus tombe sur notre abri de bombardement où sont Brière et Guisle et heureusement l’abri étant solide n’est pas écroulé, à la 2è pièce le servant Morel est blessé au sein droit mais la blessure ne semble pas grave.

 

4. journée plus calme pour nous, les boches tapent sur la 28è.

 

5. chaque tir de barrage nous sont répondus et le 6 également. Départ des premiers permissionnaires.

 

7. le matin nous sommes tranquilles mais l’après-midi vers 5 h du soir courte attaque des boches , la batterie fait comme à l’ordinaire son tir de barrage mais ne tarde pas à être bombardée encore une fois par les obus de plusieurs calibres 77 – 105 – 150 – 210 et en grand nombre, un obus tombe sur un abri de munition et y met le feu qui produit en même temps qu’une grande flamme une grosse fumée noire et les détonations des obus qui explosent, les douilles en sont chassées.

Les boches se trouvant sans doute satisfaits, le bombardement s’arrête toujours comme à l’habitude, il y a de nouveaux arbres de coupés, un obus est tombé sur l’abri de pièce du 33 rompant un bois rendant l’abri inutilisable.

 

8. même contre-attaque des boches et pour nous même barrage qui s’ensuit toujours du bombardement.

 

9. le matin à 2h30 nous recevons quelques gros obus mais qui tombent plus loin.

 

10. ne faisant pas de barrage nous sommes tranquilles ainsi que le 11.

 

 

Le 12, la 1è section est changée de position la veille, la 2è continue son tir à 3 h de l’après-midi et reçoit encore une dégelée d’obus, un 130 tombe sur l’abri de bombardement de la 3è pièce sans faire de dégâts, un autre tombe sur celui de la 2è coupant un arbre et endommageant que très peu l’abri.

 

13. comme l’autre section est changée de position et que l’on ne tire naturellement pas nous sommes tranquilles ainsi que le 14 et le 15, cependant il y a toujours par ailleurs duel d’artillerie, et certain soir ils en envoient sur la route du ravitaillement. (Pendant ces jours il y a parfois des orages avec de l’eau).

 

16. nous sommes tranquilles.

 

17. attaque sur le Srachmanneller mais sans résultats, le soir un servant de la 1è Richard est victime d’un accident (en faisant partir des marrons sur l’ancienne position pour donner le change faisant croire que les pièces sont encore là ce qui donne une lueur) il a la figure grièvement brûlée.

 

18. continuation de l’attaque, les boches arrosent l’ancienne position croyant toujours la vraie grâce aux marrons. 19 comme l’on se tait aujourd’hui nous sommes tranquilles, il y a cependant duel d’artillerie, le 155 tire encore.

 

19/20/21. pendant ces 3 jours nous sommes tranquilles.

 

22. attaque de notre part sur le Barenkopf, violent bombardement, les boches tapent toujours sur l’ancienne position et avec de gros calibres ils arrosent de même tout le bois, dans la nuit tir de barrage du 75 qui s’ensuit toujours du bombardement de leur part.

 

23. l’on tire encore un peu sur une partie qui reste à prendre et qui cependant semble évacuée des boches ce qui est simplement pour en assurer l’infanterie.

 

24. comme à l’habitude ça donne toujours un peu, le soir feu de sabre de toutes les pièces en l’honneur de la Victoire morale des Russes dans le golfe de Riga.

 

25. nous sommes plus tranquilles (liste de permissionnaires le soir). 2 de nous de la 5è pièce quittons les positions et un brigadier pour rejoindre les avants trains vers 10 h violente contre-attaque des boches et toujours ils envoient du gros calibre sur l’ancienne position où la 5è a toujours couché, il en tombe encore tout près des abris où sont restés 2 camarades qui se trouvent pas trop en sûreté.

 

26 au soir, la batterie quitte ses positions et reste une journée et une nuit là où sont cantonnés les conducteurs et les chevaux à la ferme Tinfrance.

28 au matin, départ à 5 h nous quittons l’Alsace pour aller coucher à Corcieux dans un camp après avoir passé par Plainfaing et Fraize.

29 au matin, nous partons pour Grandvillers en passant par Bruyères, nous arrivons vers 11 h et prenons cantonnement dans les granges.

30. nettoyage ainsi que le 31 et revue !

Septembre

1/2/3 Grandvillers.

 

4 au matin nous quittons Grandvillers vers 6 h et allons coucher à Damas-au-Bois. (M. et M.) nous arrivons vers midi sous une pluie continuelle depuis le matin, nous passons la nuit dans les granges et repartons le lendemain.

 

5 à la même heure et heureusement par un meilleur temps nous passons par la petite ville de Rosières-aux-Salines et allons cantonner 2 kilomètres plus loin dans des fermes un peu isolées (à 11 km de Lunéville et 17 de Nancy).

Nous couchons dans des greniers de paille de seigle et de foin ( ? qui est d’ailleurs par-là la plus grande partie de la récolte ?)

Au soir, de garde jusqu’au lendemain 6 à 6 h.

 

7/8/9/10 même cantonnement même repos.

 

11. départ de permissionnaires.

 

Jusqu’au 20 pas grand-chose à noter.

 

21. nous sommes de parade ainsi que tout le groupe et section de munitions. Pièces et caissons attelés pour les remises de décorations.

 

Jusqu’au 27 au matin,nous partons pas grand-chose à signaler.

Nous partons vers 3 h pour aller embarquer à une quinzaine de kilomètres de là, à Eirau, et partons vers 9 h.

Nous passons par NancyToulNeufchâteauBar-le-DucVitry-le-François – et débarquons à Chalons par un temps heureusement meilleur que la veille où il est tombé de l'eau une partie de la journée.

Après avoir débarqué nous traversons la ville et rencontrons une colonne de prisonniers de plus de 2 mille, nous allons cantonner pour ce soir à une quinzaine de kilomètres de Châlons dans un bois de sapins et couchons sous les tentes.

 

29 au matin vers 1 h, alerte qui est après décommandée, nous remontons nos tentes car il pleut.

Vers 3 h de l’après-midi nous avons enfin départ et touchons avant de repartir des casques peints en bleu.

Après 3 ou 4 heures nous cantonnons dans la plaine à 3 km environ de Suippes que nous venons de traverser, petit village complètement détruit. 30 au matin après avoir passé la nuit sous la tente nous faisons un bon feu pour nous réchauffer un peu. Dans la matinée nous allons voir des pièces de 77 boches remisées non loin de là dans un champ, et au nombre de 6 ce qui constitue chez eux une batterie.

Octobre

1. le soir vers 9 h départ pour aller en position où nous arrivons que vers 1 h du matin après avoir passé les anciennes tranchées boches qui sont à présent bouleversées et où sont encore plusieurs morts.

 

2. nous mettons en position et nous nous couchons quelques heures jusqu’au matin dans une tranchée, après nous nous occupons de faire un abri pour coucher mais qui ne sera guère que pour protéger des fusants n’ayant pour tout matériel et charpentes que quelques planches, car nous sommes ici dans la plaine de la Champagne.

3. nous continuons des abris et faisons en plus l’emplacement du caisson.

 

4 et 5. Feux de salves en rafales de toutes pièces pendant 2 jours et 2 nuits, ainsi que le 6 où l’attaque a lieu. Ce qui produit pendant ces journées un bombardement sans relâche.

 

7/8/9. L’on tire encore par moment mais beaucoup moins que les journées précédentes.

 

9. dans l’après-midi la 27è batterie change de position et prend celle d’une batterie du 47è qui servait à l’arrière.

Alors comme il n’y a là quelques abris de rien il faut recommencer à en faire de plus confortables, ce qui demande encore une couple de jours.

 

10 et 11. vers midi nous assistons à un duel d’aéros vraiment pénible le nôtre ayant pris feu, l’on ne sait comment (soit par une fuite du réservoir produite par une balle de la mitrailleuse ennemie) descend un moment en spirale et aussitôt après s’abat sur le sol après avoir culbuté plusieurs fois.

 

Jusqu’au 23. pas grand-chose à noter, l’on tire quelquefois par rafales et aussi pour le tir de barrage la nuit, pour cela on prend la garde aux fusées chacun son tour.

Les boches tirent un peu partout et de tout calibre, une nuit même une marmite tombe à 2 mètres de la cahute du lieutenant.

 

24 vers 9 h du matin, comme souvent nous tirons une rafale et après nous nettoyons la pièce et une fois finie nous nous asseyons derrière le caisson un 130 tombe à 20 mètres de nous le pointeur est tué un autre a le bras coupé un autre le bras traversé par un éclat et est blessé à la tête le sous-off blessé au bras et au pied et un éclat me traverse la cuisse.

Quelques instants après nous sommes transportés au poste de secours où les premiers soins nous sont donnés et ensuite nous sommes évacués sur l’ambulance de Cuperly où nous restons une journée et le lendemain nous partons pour l’arrière.

Les grands blessés sont descendus à Châlons et nous partons pour Niort après avoir passé par Troyes, Montargis, Sens, Orléans, Amboise, Tours, Chinon, Loudun, Thouars, Parthenay.

Nous arrivons à Niort à 10 h le 26 au soir, de là nous sommes répartis dans divers hôpitaux.

Je suis à l’École Normale.

 

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Vers d’autres témoignages de guerre 14/18

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