Notes de guerre de Paul CHAMPDAVOINE

du 18e régiment d’infanterie, septembre 1918

 

 

 

Présentées par Gilles, il s’agit de notes prises par son grand-père, en septembre 1918.

Il fut blessé le 18 septembre 1918, à Allemant.

Paul CHAMPDAVOINE a intégré le 4e Zouaves en décembre 1913. Il avait 20 ans. Il participa à la bataille de la Marne et au combat meurtrier de Chambly.

Vous pouvez retrouver ses notes de 1913-14    >>>  ici  <<<

 

Ces notes de guerre de 1918 ont été recopiées par François, Philippe et Chantal (je les remercie), le texte original est dense et difficile à lire par manque de ponctuation. Les repères dans le temps manquent, les dates et les heures font défaut, ce qui contribue à la difficulté de déchiffrer le récit. J’espère que cette mise en page simplifie au maximum la lecture.

 

Description : Description : feather

 

Prélude

 

Mi-septembre 1918 :

A la nuit, les bataillons du 18e régiment d’infanterie, relèvent les débris du 7e régiment de Tirailleurs Algériens dans le sous-secteur de Bessy (ouest d’Allemant, Aisne).

Les 1er et 2e bataillons sont en première ligne, le 3e bataillon en réserve dans le ravin sud de Neuville-sur-Margival.

Il s’agit, d’après les ordres du général Fayolle, d’aborder par l’ouest la formidable position constituée par les hauteurs nord de l’Aisne avec son fameux Chemin des Dames connu du 18e, afin d’obliger l’ennemi, pris en flanc, à l’évacuer.

La tâche réservée au 18e est particulièrement périlleuse. Des bords nord-ouest du ravin d’Ailleval sur le mont des Singes (ouest de Pinon) en effet jusqu’à la vallée reliant Allemant à Pinon, le régiment devra s’emparer du dos du terrain dominant cette dernière localité et devant lequel les tirailleurs du 7e ont été décimés.

 

Description : Description : feather

 

Sommaire

(N’existe pas dans le carnet)

 

ü  15 septembre 1918

ü  16 septembre 1918

ü  Nuit du 16 au 17 septembre : l’arrivée en 1ère ligne

ü  17 septembre 1918

Ø  16 heures - L’attaque

Ø  Le boyau des Aboits, la sape

Ø  Les prisonniers allemands

Ø  La cagna allemande

Ø  La cagna de l’officier allemand

Ø  La soif

Ø  L’alcool de menthe

Ø  Le prisonnier

ü  Lettres de PAUL

ü  Extrait de l’historique du 18e RI

 

 

 

Description : Description : feather

Début du carnet

 

 

 

Description : Description : 1.jpg

 

Groupe de soldats du 18e RI, 1e bataillon, 1e compagnie.

Paul est le soldat avec des moustaches se tenant juste au-dessus du camarade avec l'ardoise.

Cliquez sur la photo pour agrandir

15 septembre 1918

 (Cette date n’existe pas dans le carnet, elle a été calculée grâce à la date du lendemain, qui, elle, est inscrite)

 

Après une marche d'une vingtaine de kilom que nous avons faite sans sac, pendant laquelle nous avons croisés plusieurs convois de prisonniers se dirigeant vers l'arrière ou d'équipes déblayant les rue du village, lesquels prisonniers étaient extenués mal rasés et couverts de poux la plupart très jeunes et courbant la tête sous les quolibets que nous ne mangions pas et après avoir traversé plusieurs villages reconquis entièrement démolis ainsi que nombre de baraquements très bien organisés et matériel de guerre de toutes sortes, nous arrivons dans une espèce de vallée boisée.

 

La colonne fait halte, on forme les faisceaux, on se déséquipe, ceux qui sont très fatigués se couchent immédiatement et quittent leurs souliers, d'autres prennent de seaux de toile et vont à la recherche d'un puits ou d'une source, les hommes de corvée de soupe prennent les marmites et se mettent à la recherche de la roulante.

Je les accompagne pour reconnaitre l'emplacement des cuisines, nous allons à l'autre bout de la colonne, toutes les cuisines étaient arrivées sauf la nôtre.

 

Après avoir attendu une demie heure, voilà un groupe de voitures qui s'amène nous reconnaissons notre fameuse roulante qui est du nombre, nous lui indiquons l'emplacement de la C et le conducteur l'arrête en face à la lisière du bois.

Après avoir copieusement engu... le cuistot, le caporal d'ordinaire et le conducteur, de leur retard, nous les amadouons un peu pour qu'ils de dépêchent de nous servir.

Tous se mettent en chemise et le service est vite fait.

Assis en rond l'escouade s'apprêtait  à manger quand un ronflement connu nous annonce l'approche d'un avion allemand alors tout le monde de dire :

« C’est au moins un Fritz qui vient nous faire suer »

Effectivement après force canonnade des pièces de D.C.A et malgré le tir ininterrompu des mitrailleuses du bataillon sorties de leurs gaines en vitesse et crachant au maximum de leur rendement, un avion boche, avec le culot qui caractérise les aviateurs allemands, s'amène en plein sur une de nos … en faisant des pirouettes et des fantaisies innombrables pour éviter les coups et chacun de faire ses réflexions et de sortir du bois pour mieux voir

"Ça y est ça y est y baisse y va descendre"

"Quelle vache il est culotté quand même"

"Y en aura pas un c... des nôtres qui va s'amener"

"Les mitrailleurs y sont pas malins quand même, regarde il se f... pas mal d'eux et les gars de la saucisse qu'est ce qu'y attendent pour le descendre y sont au moins enfoncés dans une sape".

 

Quand les observateurs voient que l'avion avait dépassé le tir de barrage et fonçait droit sur eux, ils se jetèrent de la nacelle et descendirent en parachute, il était temps, le Boche fonçait sur une, la brûlait, et en un clin d'œil l'autre commençait à descendre.

Elle n'en eu pas le temps, qu’avec une grenade incendiaire l'aviateur allemand la descendait en flammes, et puis faisait des voltes-faces pour se fiche de nous, le Boche traversa de nouveau le tir de barrage à une hauteur de 110 environ regagna ses lignes distantes de 10 k non sans avoir jeté des prospectus disant qu'il était un des meilleurs as de l'aviation allemande, ce qui nous arrachait malgré nous cette réflexion :

"Y a pas d'erreur y sont forts quand même".

Voilà comment les Boches se débarrassaient de deux ballons d'observation très gênants pour eux et pendant la journée du lendemain que nous passions au même endroit ils ne furent pas remplacés.

 

Ceci ne dura pas 10 minutes, nous primes donc notre repas tranquillement sans grand appétit car la chaleur nous avait abattus et la fatigue de la marche se traduisant par des battements dans les pieds et les jambes nous donnait la fièvre et ôtait l'appétit.

Le repas fut donc vite fait.

Les hommes de corvée d'eau … peu de temps après et nous pûmes nous désaltérer et emplir les bidons tout en songeant que les Boches n'allaient pas être longs à nous envoyer le dessert car l'avion avait dû s'apercevoir qu'une colonne était arrêtée à la lisière du bois (plusieurs étant … pour voir … et les conducteur n'ayant pas encore camouflé entièrement le fourgon avec des branchages).

Il n'en fut rien, deux ou trois obus tombés assez loin furent la fin de cette histoire.

Le vaguemestre étant arrivé, les agents de liaison appelèrent aux lettres et chacun lut sa correspondance tout en fumant une bonne pipe.

 

Nous avions à peine terminé notre correspondance que le sergent GEAULT s'écria :

 « Les sacs sont arrivés, allez les chercher tout de suite et à notre demande »

« A quel endroit sont-ils »

 Il répond :

« Je n'en sais rien, tachez de les trouver car si vous attendez que je vous les apporte vous n'êtes pas prêt de les avoir après moi »

 

Alors la procession commence chacun va chercher son sac et le sergent GEAULT m'a donné commission d'aller chercher le sien.

Je pars donc tranquillement en marchant doucement car j'ai les pieds … par la marche nous longeons la lisière du bois sur une longueur d' 600 environ et arrivons à une route.

Arrivés à cette route chacun opine pour une direction :

« Y doivent être à gauche »

« Penses-tu, y sont plutôt à droite »

 

Chacun va dans la direction qui lui plaît, j'opine pour la droite.

Bien m'en a pris, c'était la bonne direction, nous passons derrière des pièces de 155 long qui font une musique infernale, ils accomplissent un tir de destruction et les servants ne s'amusent pas, avec leurs treillis bleus les mains et la figure noire on dirait des chauffeurs de locomotives.

Aussitôt la pièce chargée ils courent en vitesse dans leur petite tranchée et le coup part avec un bruit tel que l'on a l'impression d'avoir le crane fendu. Bref en arrivant au dépôt des sacs de la compagnie, qui se trouvait à 800 plus loin, j’étais presque sourd de l'oreille droite.

 

Comme je ne m'étais pas pressé, j'arrivais presque dans les derniers et j'ai eu le plaisir de constater qu'une bretelle de mon sac avait disparu. Sans doute un copain avait cassé la sienne.

Je n’ai fait aucune réflexion je me suis baissé j’ai retourné et fait semblant d’examiner un sac et de chercher à déchiffrer le nom du propriétaire et en douce je débouclais une bretelle que j’ai mise dans ma poche puis j’ai pris le sac du sergent Geault je me l’installe sur les épaules et je place le mien dessus appuyé sur la tête et me voila tranquillement reparti vers le cantonnement tout en pensant que dans les camarades qui étaient partis a gauche et que je croisais revenant vers la droite il  allait y en avoir un qui trouverait qu’une bretelle a son sac, ce qui est embêtant si par hasard on monte en ligne avec le sac

Pendant ce petit trajet de retour, je repassais près des pièces de 155 et je mettais avec précaution mes mains sur mes oreilles quand je voyais que les servants se cavalaient dans la tranchée.

Aussitôt de retour je donne au sergent son sac, je m’assois au soleil, j’ouvre le mien, je retire la veste que j’avais mise dedans pour avoir moins chaud pendant la marche.

Je prends mes chaussures que j’avais laissée dedans également et je reboucle le dit sac en y ajoutant la bretelle

Pendant ce temps les copains donnent leur opinion :

« Parait qu’on monte ce soir »

 

Alors on va être joli s’il faut attaquer, enfin dernier tuyau des cuisines (arrivé par la graisse bouillante) on ne monterait que demain soir.

Voyant plusieurs copains changer de linge.je retire mon linge propre et je change, car si on attaque et qu'on soit blessé, il vaut mieux avoir du linge propre sur soi pour ne pas envenimer la plaie ou si on reste quelque temps en ligne ce serait embêtant d'avoir sur soi du linge sale, pendant que dans le sac il y a du propre qui ne fait rien.

Je mets donc mon linge sale dans le sac et je le reboucle encore une fois.

Ensuite, je donne un coup de nettoyage à mon flingue puis comme on doit passer la nuit, je donne ma toile de tente à Alexandre et Noël qui arrangent un gourbi pour trois.

 

Puis vient la distribution.

Je vais au pain et au pinard que je distribue aux hommes de l'escouade.

Ensuite l'heure de la soupe s'amène, les hommes de soupe partent avec les marmites et peu de temps après rapportent la boustifaille. Je commence à servir quand le sergent de jour annonce toujours de sa petite voix ordinaire :

"Tous les gradés au commandant de compagnie immédiatement".

Je rouspète en disant que le lieutenant n'avait pas l'air de se douter qu'on était en train de manger, néanmoins je boutonne ma veste et me voila parti au pas de gym vers le lieutenant Monziès, je me mets sur l'alignement des autres gradés déjà arrivés.

Je salue et j'attends, quand il se fait assuré que tous les gradés étaient présents, il commande repos et toujours de sa voix calme il nous dit que :

 "Je vous réuni pour vous donner quelques recommandations que vous répéterez à vos hommes"

Voici à peu près le sens de ses paroles :

« Nous allons monter en ligne demain soir pour attaquer, nous monterons sans sac il y a à peu près 10km d'ici les premières lignes, chaque homme emportera  des vivres pour 2 jours, 250 cartouches, les bidons plein d'eau car il n'y en a pas en ligne, si par hasard un type se fait poisser il ne doit donner aucun renseignement à l'ennemi, il doit dire simplement, nous arrivons d'hier soir on ne connaît pas du tout le secteur »

 N’essayez pas de raconter des histoires car ils peuvent se rendre compte et gare à celui qui les aura trompés. Les fusiliers mitrailleurs monteront avec … cartouches par équipe qu'on touchera demain.

Les hommes monteront avec la toile de tente et la couverture en … les campements et marmités et seau et surtout les outils devront être emportés.

Je compte sur vous. Que chacun fasse son devoir. »

Et ce soir aucune lumière pour que les avions ne reviennent pas nous importuner »

 

Enfin il termine par toutes sortes de précautions que nous devons prendre lors des avances et quand …

Après sa terminaison habituelle "je vous remercie", il salue, nous saluons également et chacun retourne vers sa section où nous répétons ce petits discours aux hommes.

 

Ensuite on croûte, toujours sans grand appétit, en commentant les paroles du lieutenant.

Ensuite on fume une pipe puis une cigarette et toujours comme cela tout en ramassant des feuilles pour mettre dans notre cagibi afin d'avoir moins froid et être plus mollement couché.

Et après Alexandre et Noel se couchent. Quand à moi, après avoir causé un instant avec les copains, je m'allonge et je me couche comme il faut, à côté de deux de mes camarades.

Alexandre … près de ¾ d'heure nous raconte des histoires de sa jeunesse que ne date pas de loin car il est de la classe 18.

Quand j'ai vu qu'il en avait pour toute la nuit à nous raconter des blagues je lui ai dit :

"Monsieur Alexandre maintenant il faut roupiller car on est peut être pas prêt de dormir après, il faut profiter de notre dernière nuit. Bonsoir".

 

Alors le silence complet plana sur notre camp car tous étaient couchés le bruit du canon seul dominait l'espace.

En attendant le sommeil je priais Dieu de me garder pour cette nuit et le remerciais des grâces qu'il m'avait accordées en cette journée et vers 10h je m'endormis.

16 septembre 1918

Vers 4h du matin, je m'éveillais le premier tous mes camarades dormaient encore.

Je remerciais Dieu de sa protection pendant mon sommeil et je sors de la tente, les camarades se dégrouillaient aussi bientôt tout le monde fut debout il paraît que trois obus boches sont tombés non loin de nous vers 1h du matin, pour ma part je n'ai rien entendu.

Un type matinal s'amène avec le seau de moka au cri :

« Tout le monde se dégrouille. »

On en boit un bon quart de plus, 3/4  de quart de rabiot, et on casse la croûte.

Les chefs de section étaient déjà partis reconnaître les emplacements de la Cie et devaient nous attendre la nuit prochaine à un endroit convenu.

 

Ensuite je pris ma serviette et j'allais du côté de la ferme qui était presque au somment d'un coteau ou il y avait une source. Cette source était déjà abondamment garnie d'amateurs qui faisaient leur toilette alors je vois un groupe autour d'un trou d'obus rempli d'eau, je jugeais cette eau assez convenable et je me suis débarbouillé convenablement comme il faut et tranquillement je suis descendu au bivouac.

Ensuite il a fallu aller aux caissons de munition chercher les sacs des pourvoyeurs FM, ainsi que toutes les cartouches et faire la distribution puis nettoyer les chargeurs, les garnir etc etc.. distribuer des fanions de signalisation pour les avions etc..

Enfin toute la matinée a été employée pour l'approvisionnement en munitions puis il faut préparer son sac pour le porter au lieu … quand l'ordre serait donné.

 

J'ai été longtemps à décider ce que je devais emporter et ce que je devais laisser. Bref, après avoir monté et démonté mon sac deux ou 3 fois, je décide de tout emporter car la nuit il fait plutôt frais, si quelque chose m'embarrassait, je le laisserai une fois arrivé ...

Je boucle donc mon sac après avoir laissé ce dont je ne voyais pas l'utilité en ligne, chaussons, rasoirs, linge sale, brosse à dent, serviette et toutes mes courroies que par précaution je renfermais dedans.

L'heure de la soupe vient ensuite.

Le caporal Avignon est désigné pour aller avec le sergent de semaine reconnaître l'emplacement du dépôt de sacs de la Cie pour y conduire les hommes à 1h. Il mange en vitesse et le voila parti.

 

Pendant ce temps, nous finissons de manger et chacun écrit à ses parents.

Le caporal revient et rassemble les hommes pour qu'ils aillent porter les sacs au dépôt.

Je donne mon sac à un copain pour qu'il le porte, et moi je reste au bivouac avec les lettres de l'escouade pour les donner au vaguemestre qui peut venir pendant l'absence des hommes.

Ce que je fis quand les hommes furent de retour le chef appelle les caporaux et chefs d'escouade et je distribuai immédiatement le pognon aux hommes non sans avoir eu des embêtements pour trouver de la monnaie.

Ensuite l'heure du départ fut fixée et jusqu'à ce temps ce ne fut que distribuer du biscuit, boites de singe, chandelles, allumettes pinard, café, tout le tremblement.

 

Vers 4h (*), nous mangeons la soupe du soir et chacun s'en fut vers la fontaine remplir son bidon car beaucoup mettaient leur vin dans la gourde et le bidon était réservé à l'eau et au café.

 

(*) : 16h00

 

A l'heure et dans l'ordre fixé pour la route, on nous fait équiper rompre les faisceaux et nous voilà parti nous savoirs que par des gradés de la légion étrangère venus hier pour reconnaître le cantonnement que ça chauffe la bas et que les Boches sont durs à décoller.

Nous marchons assez doucement pour commencer car nous sommes chargés comme des ânes, les sections marchent à une certaine distance l'une de l'autre, les chefs de section se guident probablement à la boussole car nous marchons en ligne droite sans s'occuper des pistes ni de chemins.

Le sac semble lourd, nous avons chaud, le canon de part et d'autre n'est pas trop … le terrain est rempli de trous d'obus et une odeur infecte se dégage de distance en distance, finalement nous arrivons à une route que nous suivons.

Les cadavres de chevaux sont assez nombreux à en juger par les masses sombres que l'on aperçoit malgré le crépuscule et surtout que l'on sentait.

Nuit du 16 au 17 septembre : l’arrivée en 1ère ligne

Je ne me rappelle pas si nous avons fait des pauses pour gravir ces 10 km qui nous séparaient des premiers mais je sais que beaucoup d'hommes se plaignaient d'être esquintés et avaient peine à suivre, nous étions très fatigués. Le canon allemand se mettait à taper fort et essayait de balayer la route que nous suivions, les conducteurs d'artillerie qui allaient … revenaient pour le ravitaillement  passaient comme des éclairs au grand galop tant que les chevaux pouvaient courir ils auraient voulu être de retour avant de partir.

Ils avaient plusieurs voyages à faire dans la nuit et pas des voyages d'agrément.

 

Quand un obus tombait a peu de distance on exécutait un plat ventre majestueux et on faisait une cinquantaine de mètres à la course pour laisser la place à ceux qui ordinairement venaient tenir compagnie au premier.

Ce petit manège se renouvela souvent.

 

Nous avons passé près de plusieurs villages ou fermes démolies, plus on avançait plus ça sentait la guerre, le charnier, bref on avait l'impression que ça bardait dans ce coin là.

 

Finalement nous arrivons au poste du médecin-chef. C'est là le commencement des boyaux.

L’aumônier est là, qui renseigne et parle à tous.

Le défilé 1 à 1 avec arrêts brusques et ensuite courses rapides commence.

Nous sommes exténués on ne peut plus se traîner presque tout le monde murmure, les mitrailleurs n'en avec leurs pièces sur le dos n'en peuvent plus, on entend à chaque instant :

"Les mitrailleurs n'en peuvent plus faites passer".

Ces mots se répètent d'homme à homme jusqu'à l'officier qui les premières fois ralentit un peu et s'arrête et repart de suite ; une seconde après une autre demande renseignement arrive :

"Faites passer que ça ne suit pas"

Puis :

"Les mitrailleurs n'en peuvent plus, faites passer qu'ils sont arrêtés".

 

Le sergent et les caporaux qui sont grandement autant exténués que les hommes disent :

 "Ce n’est pas loin maintenant on doit être presque rendu"

Sans savoir, par manière d'encourager. Partout on entend :

« Y en a marre »

« Je me laisse tomber »

« Ils veulent nous faire souffrir avant de nous faire zigouiller »

« Faut en voir »

 

etc... Néanmoins tout le monde suit et tâche de se coller à son camarade qui le précède … car tous les soldats qui ont fait … certain temps de font souvent le plaisir qu'il y a à être coupé du reste de la compagnie et d'errer dans les boyaux le reste de la nuit, sans savoir où l'on se trouve et puis rien ne sert de se plaindre, les officiers qui sont en tête marchent à une allure raisonnable et quand on dit quelque chose ils répondent :

 "Tachez de suivre ce n'est pas le moment de flâner par ici"

Et on avance toujours, je crois que les chefs de section qui étaient allés reconnaître les emplacements sont en tête, car il me semble entendre le sergent Géault.

 

Nous arrivons à un endroit où se trouve le poste de secours des premières lignes.

Il y a des infirmiers qui sortent la tête avec prudence, des entrées de sape qui ont l'air d'avoir été bouleversées, à droite et à gauche il y a que les tirailleurs indigènes qui sont morts, on en rencontre de distance en distance dans le boyau.

A un endroit on butte sur un corps, c'est un de notre division probablement un de ceux qui sont en tête qui a été tué il y a quelques minutes, de temps en temps un obus arrive très près, on se baisse le long du parapet et on file tant qu'on peut pour traverser cette zone dangereuse, ensuite on demande :

"Y a personne de touché ?"

Et quand on répond "non" on dit :

"Ca colle, mais ça a touché près".

 

En effet la terre retombe sur les casques et une odeur prend à la gorge.

A un certain endroit il y a un ravin, le boyau à cet endroit est bien repéré aussi on le passe en vitesse, nous sommes en nage, mais personne ne parle plus de faire la pose, à ces moments là on marcherait jusqu'à l'extrême limite de ses forces.

A chaque instant, les fusées boches nous éclairent et nous obligent à cesser tout mouvement jusqu'à ce que l'obscurité reprenne.

 

Enfin on arrive au bout du boyau, et on s'arrête un instant. On ne s'arrête pas, on se laisse tomber tellement on en a marre, le boyau a sa terminaison n'est pas très profond, c'est plutôt une imitation de boyau un petit chemin creux.

Nous avons parcouru près de 3km depuis le poste du médecin-chef.

 

Ensuite l'ordre vient de repartir l'arme à la main et en silence, car maintenant nous sommes en terrain découvert, nous marchons de trous d'obus en trous d'obus, la direction à suivre est indiquée par un ruban blanc qui va jusqu'a l'endroit qu'on appelle les premières lignes, on s'empêtre dans des fils de fer ou on tombe dans des trous d'obus qu'on avait pas vus.

La distance que nous parcourons, n'est que le terrain gagné par nos devanciers la légion et les tirailleurs indigènes, qui en ont sorti les Boches à coups de grenades.

 

On voit sitôt ce ravin dépassé, une lueur très grande s'allumer d'un seul coup.

Aussitôt ce mot plein d'angoisse se répète d'homme à homme :

"Demi tour en vitesse on s'est trompé on se f... chez les Boches"

Et aussitôt chacun de faire demi-tour et de se lancer en sens contraire. Mais les derniers qui n'avaient pas entendu marchaient toujours en avant alors la bousculade s'ensuivit on se montait sur le dos les uns aux autres pour s'échapper plus vite, ou essayer de passer par-dessus le boyau.

Finalement on était tous d'un tas, on entendait les types s'impatienter :

"Débrouillez vous"

Dit-le …

Ça y est ce coup là je crois qu'on est poissé :" Ce n’est pas malin on va se f... dans leurs pattes"

 Puis les philosophes :

"Eh bien si on y est on est pris, tant pis ça fera peut-être not bonheur, la guerre sera finie pour nous"

Enfin l'ordre arrive de nouveau :

« Demi-tour c'était le bon chemin y a qu'à continuer"

Alors il fallait entendre les types :

Ce n’est pas étonnant on est commandés par des ânes"

"Ils viennent reconnaître le terrain d'avance et ils trouvent le moyen de se perdre"

"Ah ça m'aurait pas épaté qu'ils nous mènent chez les Boches"

"Tu parles ils auraient rigolé les Fritz etc etc".

 

Tout le monde donnant son avis, enfin on continue la chemin marche en avant.

 

Cette lueur, c'était un petit dépôt de fusées qui se trouvait à l'entrée d’une cagna, ce dépôt avait été allumé probablement par un obus boche et ça faisait une lueur verte et rouge ininterrompue. Il a fallu traverser ce brasier en vitesse, beaucoup hésitaient, quand mon tour est arrivé de passer, j'ai pris ma course, j'ai fermé les yeux, j'ai senti une chaleur, puis j'ai rouvert les yeux.

J'avais dépassé le brasier et la marche continue toujours.

Arrivé à un certain endroit, le sergent Geault nous dit :

« C’est là les premières lignes »

 

Nous étions plutôt étonnés on ne voyait plus aucun boyau ni fossé, il distance sa section de trous d'obus en trous d'obus, 3 ou 4 hommes tous les 8 ou 10 m, moi j'étais avec l'équipe mon équipe dans un trou d'obus assez profond, le sergent Geault nous dit :

"Vous avez l'ennemi devant vous, et à 7 ou 8 m de chaque coté de vous ce sont vos camarades, ne bougez pas, restez ensemble ne parlez pas qu'à voix basse, car si vous faites du bruit vous prendrez des rafales de 88 sur la figure"

Je lui demandais des explications :

"À quelle distance pouvaient se trouver les Boches"

Il me répond :

"Je n'en sais rien, peut être 15 ou 20 m ou bien à 5 ou 6 m ou à 150m je ne sais pas comment leurs postes sont placés ils ont des mitrailleuses dans tous les coins, si vous voyez quelqu'un venir en face de vous ayez l'œil car ca ne pourra être que des Boches. »

Je lui demandais aussi :

"Où sont les types que nous relevons je ne vois aucun légionnaire"

Il me répond :

"Il n'en reste plus, tous tués ou blessés, ils se sont battus jusqu'au dernier".

 

Ensuite le sergent part dans la direction des autres portes et nous restons allongés dans notre trou, le fusil-mitrailleur en position prêt à cracher et les flingots à portée de main, nous étions harassés et trempés de sueur.

De temps en temps un 88 nous rasait et éclatait à courte distance, avec le bruit traître que les poilus connaissaient bien, on entend ensemble le départ du coup et l'éclatement Zoum  !!!  Boum!!!

 

Après être resté assez longtemps dans ce trou sur la terre remuée nous n'avions pas trop chaud et on jugeait aussi que la protection contre les éclats d'obus était assez minime, sur ces entrefaites le sergent Save, notre chef de demi-section qui se baladait dans les alentours pour se rendre compte et s'orienter, vient nous rendre visite :

« J’ai trouvé une espèce de boyau ou plutôt une saignée profonde que les fritz on fait sur le bord du ravin où on serait mieux placé et mieux protégés à ce qu'il me semble, on va y aller tous les 5 on sera un peu serrés mais tant pis, nous nous transportons donc dans ce petit boyau »

 

On braque le FM dans la direction du ravin et le tireur s'assoit auprès avec la mission de surveiller, nous autre on se rembouchonne dans à côté et on fume une cigarette puis on boit une gorgée de vin.

1 ou 2 camarades mangent une bouchée et ensuite s'endorment.

Quand à moi je ne peux pas dormir je frissonne, je n'ai pas faim non plus, j'essaye de manger, ça ne coule pas, il aurait fallut que je boive à chaque bouchée.

 

A la fin, je frissonne tellement que l'idée me vient de changer de chemise, j'en avais prise une dans ma musette par précaution. Je m'exécute donc en peu de temps, je suis nu. J'enlève ma capote et ma veste et je change de linge, puis je me rhabille et me rééquipe ça va mieux.

 Malgré quelques rafales, je m'assoupis un peu jusqu'au moment ou une fine pluie se met en devoir de nous cingler la figure. Tous les dormeurs se réveillent et se cachent mieux avec la toile de tente et la couverture et nous continuons de somnoler, chacun notre tour nous restons éveillés pour surveiller ou plutôt écouter, car pour voir il ne fait pas très clair.

On a beau être esquintés, mais on se demande à quelle heure va-t-on attaquer, ça va devoir barder et toutes sortes de questions vous passent par la boule.

 

Un peu avant l'aube, le guetteur appelle le sergent :

"Dis donc Save, on voit des types qui marchent de l'autre côté du ravin ça doit être des Boches".

Tous nous examinons l'endroit indiqué en effet on voit des ombres se déplacer en montant la pente opposée et quand elles arrivent au sommer de cette la crête plusieurs remarquent que quelques unes de ce sombres avaient quelque chose sur l'épaule. Nous en avons conclu que c'était des petits postes avancés qui rentraient avant le jour et qu'ils avaient sur l'épaule leur mitraillette, mais nous n'avons pas tiré pour ne pas déceler notre présence.

Ensuite Save me dit :

"Peut être ca t on rester ici une partie de la journée on ferait bien d'explorer les alentours pour voir s'il n'y aurait pas à proximité un endroit plus abrité"

Je lui réponds :

"Tu as raison on peut toujours se rendre compte"

 

Et nous voila partis lui avec son revolver en main et une grenade et moi avec le fusil à la main, nous descendons dans le ravin en silence après avoir averti les copains que nous allions nous balader en avant.

Nous découvrons des abris abandonnés et démolis en partie et en particulier une sape, nous discutions au sujet de cette sape pour savoir si oui ou non nous allions élire domicile dedans.

Après réflexion nous avons trouvé qu'elle était aux vues de l'ennemi qui c'était très étonnant qu'une fois entré il n'y a pas eu besoin de sortir et qui si les Boches voyaient des allées et venues, il ne tarderaient pas à braquer une mitrailleuse sur l'entrée et gare à celui qui passerait en plein dedans, il descendront jusqu'au fond et nous réduirait en bouillie.

 

Bref, nous sommes remontés avec les copains et nous avons aménagé notre trou, on avait mis 3 fusils en travers par dessus, et la toile de tente comme couverture toit, nous étions donc cachés à la vue des avions qui ne manqueraient pas de venir au petit jour.

Nous n'avions pas fini que le sergent Geault est venu nous dire que probablement on allait se déplacer, on voyait les agents de liaison trotter d’une section à l'autre certainement pour prévenir du déplacement.

 

En effet, peu de temps après le lieutenant Monzies passe avec une section et nous jette en passant :

"Prenez  tout votre fourbi et vous suivrez derrière la 4è section".

On démonte en vitesse notre installation, on ramasse tout notre matériel en vitesse également et nous suivons la 4è section.

17 septembre 1918

(Date calculée)

Le jour commençait à pointer et soit que les Boches aient vu ou entendu quelque chose, une volée de mitraille s'amène dans notre direction trop haut et derrière nous.

Nous mettons de l'avance à l'allumage et nous gagnons un chemin creux qui se trouve en arrière et à droite de notre première position non sans avoir été arrosés de 5 ou 6 88 qui ne firent pas grand mal, car je crois qu'à notre arrivée il ne manquait qu'un type qui était allongé sur le plateau que nous venions de traverser, il était seulement blessé aux jambes, je crois.

Mais il ne fait pas trop bon maintenant dans l'espace que nous venons de traverser ça y tape dur.

 

(*) : Le 88 est le canon standard de l’artillerie allemande

 

Et maintenant le jour vient, et on peut se rendre compte de notre position, dans ce chemin creux plusieurs compagnies sont massées pour l'attaque tout le premier bataillon, je crois, chaque section est un peu distancée, nous ignorons à quelle heure va se produite l'attaque.

On la croit prochaine.

Les mitrailleuses viennent se placer chaque compagnie est renforcée de deux pièces par compagnie, c'est un va-et-vient continuel dans ce chemin, il est grand jour maintenant et on aperçoit à l'horizon 3 saucisses boches tandis que de notre coté on en voit aucune puis un ronflement connu, c'est un avion Fritz qui vient visiter les lignes, le lieutenant commande :

"Couchez-vous le long du talus et restez immobiles".

Ceux qui sont à portée de voix entendent mal, il y en a encore qui bougent.

Aussi l'avion, qui est à faible distance, doit nous avoir vu, car après avoir examiné un moment et lancé une pétarade de mitrailleuses, il retourne d'où il vient.

Peu de temps après les 88 rappliquent à notre plus grand désappointement, car on ne voit pas où on va pouvoir se fourrer, et ça tombe ou court ou long mais peu de chose.

On dit en soi-même :

« Tout à l'heure, gare »

 

Et rageusement on se met à creuser un trou individuel avec notre outil, moi j'avais une pelle-bêche et dans le sol sableux à cet endroit j'avais vite fait de faire déjà un abri respectable.

 Je m'y introduis le plus que j'ai pu, et je mettais devant moi tout ce qui pouvait me garantir, couverture, seau en toile etc...

 

Voilà l'as boche qui revient et se met à bonne hauteur face au chemin, il plane presque, le lieutenant dit :

"Allongez-vous comme il faut et couvrez-vous avec votre toile de tente vous serez moins visibles".

La majeure partie des types se conforment à l'ordre, mais il y a toujours du va-et-vient dans le chemin soit agents de liaison, téléphonistes qui posent les fils ou mitrailleurs qui circulent dans le chemin en vue de l'avion, on les engueule, mais ils ont du travail qu'il faut faire de suite.

L'avion règle le tir de l'artillerie.

 

Pour le moment c'est des marmites et ça cogne pas loin, à ma gauche à 25m au moins un éclatement, c'est survient de la fumée jaunâtre, c'est une marmite qui est tombée dans une section, il y a un blessé, bien amoché il paraît, un petit moment après, encore un éclatement.

Ce coup là, il y a 2 ou 3 blessés.

Le lieutenant nous fais desserrer un peu pour que si un obus s'amenait un plein il y ait moins de casse, à partir de ce moment jusqu'à l'attaque on entendait les ronflements des moteurs d'avions boches mais pas des nôtres.

Au bout de quelques temps encore un éclatement, encore au moins 3 blessés peu gravement

 

Il se fait déjà tard, plusieurs cherchent à manger dans leur musette et cassent une croûte. Quand à moi je n'ai pas faim.

Plusieurs éclatements se sont suivis et à chaque fois bousculade et cris c'est qu'il y a de la casse, je vois les blessés passer devant moi, je remarque notamment Leroulet et Lilierre qui ont l'air d'être contents de se tirer avant l'attaque.

J’ignore s'il y a des tués.

 

A 10 m de moi environ, un sifflement comme une marmite s'amène en plein milieu du chemin et... n'éclate pas.

Satisfaction générale et échange de pensées :

"Mon vieux ce coup là on y était, ça c'est une veine"

Et enfin on respire un bon coup.

 

Puis des corvées arrivent apportant des caisses de grenades, on en prend chacun 2 ou 3 mais ça cognait toujours dans ce maudit chemin.

Et déjà, il y avait rien que dans les mitrailleurs qui étaient affectés à la Cie pour l'attaque 10 hommes hors de combat, sans compter tous ceux de notre compagnie, les mitrailleurs ont été remplacés mais c'était tout un fourbi, ils ne se connaissaient pas entre eux comme l'équipe d'avant qui étaient habitués ensemble, un sergent de la mitraille ne trouvait plus une pièce il allait et venait sans pouvoir la trouver, il demandait à un autre sergent :

"C'est pas toi qu'a ma pièce ?"

L’autre répond :

"Non mon vieux, j'ai assez des miennes"

Et on ne savait toujours pas à quelle heure on attaquerait, mais entre nous on se disait :

« Si on tarde encore quelque peu on va être bousillés dans ce coin là et on serait sale pour attaquer, il n'en restera qu'une … »

En arrivant sur les lignes boches, les Fritz n'auront plus qu'à nous dire :

"Par ici Messieurs et nous ramasser".

 

Finalement le bruit qu'on allait attaquer à 16 h et quelque chose, je ne me rappelle pas exactement. Alors les échanges d'idées commencent :

"Encore peut être une heure à vivre"

"Je voudrais bien être à ce soir"

"Dire qu'il n'y a pas moyen de se tirer d'ici"

 

Chacun suivant son tempérament fait à sa manière, l'un blague, l'autre est rêveur, un autre casse la croûte, boit un coup, fait une cigarette et un a l'air énervé, l'autre abattu, un second encourage les camarades.

J’échange avec un type de la classe 17 nommé Crossette quelques paroles.

Je lui dis notamment :

 "Je voudrais bien voir la fin de cette attaque

Il avait un bon moral, il me répond :

"Ah  s'fra c't attaque, Ah s'fra, faut pas s'en faire on en a bien vu d'autre"

 

Plus l'heure approchait plus on devenait sérieux. L’artillerie boche se calmait un peu, mais il y avait toujours des avions. Je ne sais pas si c'est une erreur, mais j'ai cru voir l'avion de la division passer à 2 ou 3 reprises au dessus de nous.

On regardait souvent à la montre l'heure approchait, on aurait déjà voulu être à la fin de cette fameuse attaque. Je me disais intérieurement :

"Mon vieux c'est sérieux, ici ce n'est pas du service en campagne il va falloir faire son devoir comme il faut, arrivera ce qui arrivera, si tu y restes tans pis"

 

Ça ne me faisait pas rigoler, qu'est-ce qui va se passer ?

Qu'est-ce qui sera dans l'autre monde dans un instant ?

Lequel de nous tous, qui sommes en bonne santé pour le moment, reviendront, de ce coup de chien et lesquels resteront à pourrir sur le plateau ?

C'est le secret de Dieu.

J'avais bon espoir d'en sortir indemne, j'avais grande confiance à l'image du Sacré-Cœur épinglé à ma chemine mais tout de même je n'étais pas immortel.

 

Ce n'était pas le moment de rigoler et quoique j'avais prié intérieurement avec ferveur toute la journée, j'ai remémoré ma prière et appuyant spécialement sur l'Acte de contrition et le Souvenez-vous et les Invocations à Sœur Thérèse, puis j'ai ouvert mon portefeuille, j'ai récité les prières qui se trouvent sur mes images pieuses, j'ai porté à mes lèvres la petite relique de Ste Thérèse de l'Enfant Jésus ainsi que mon drapeau du Sacré-Cœur.

J'ai rangé mon portefeuille et ensuite toujours allongé par terre, une main dans ma poche, j'ai égrené mon chapelet.

 

Toute ma vie m'a repassé en peu de temps à la mémoire pendant la récitation du rosaire, j'ai pensé à mes parents, à toutes sortes de choses, car tout homme sérieux réfléchi, qui a déjà participé aux attaque sait combien en coûte, si ça réussit beaucoup de poilus payent cela de leurs vies, si ça ne réussit pas c'est encore pire.

Ce n'est pas un jeu d'enfant et l’on songe non sans frémir à la responsabilité de l'homme qui tient dans sa main la vie de tous les poilus, jeunes et vieux, célibataires et hommes mariés et qui les envoie à la mort quand il commande 'En avant".

 

L'heure étant proche, le lieutenant fait ses dernières recommandations :

« Les Boches tiennent mais on les délogera, marché tranquillement, ne vous arrêtez que dans les trous d'obus ou tout accident de terrain qui vous protège et vous cache, ne courez pas car vous arriveriez essoufflés et si vous avez une lutte à soutenir vous serez incapable, donc bousillés. »

 

Il remémore à chacun sa place, moi je suis en deuxième vague en liaison avec la 7 Cie.

Tout est prêt, chacun se lève, on se forme, on prend la formation voulue pour partir, on ne doit se déployer que une fois la pente opposée du ravin franchie, on se secoue on assujettie bien tout son fourbi on examine le fusil, quelques uns ont baïonnette au canon, beaucoup ne l'ont pas, ils préfèrent la grenade.

On regarde les figures des copains, il n'y en a pas qui sourient, personne n'est gai, personne non plus n'est pris de boisson, car on ne nous a donné aucune liqueur forte et on a peu ou pas mangé depuis notre départ de la forêt.

Je vois le caporal Boué qui doit partir en tête avec 2 hommes je lui jette en passant il passe près de moi je lui jette :

 "Alors mon vieux Boué c'est à 16h que ça se tient".

Il me répond :

"Quoi que tu veux mon vieux Champdavoine pendant qu'on va se faire casser la gueule, il y en a qui sont assis dans des fauteuils car ça les tourmente pas beaucoup"?

Il a l'air décidé, je lui dis :

"Bonne chance vieux"

"A toi aussi"

Et il file.

17 septembre 1918 - 16 heures - L’attaque

Le lieutenant garde et regarde sa montre, il a sa boussole, ainsi que le chef de section, il est très calme, il regarde encore sa montre.

C'est l'heure.

Le lieutenant commande :

"Allez en avant, la première vague sortez, la deuxième suivez"

 

Car on marche assez serrés pour commencer car le déploiement se fera une fois après le sommet de la crête, le canon français qui envoyait de temps en temps quelques bonne rafales soignées en envoie une formidable qui commence près de nous et s'éloigne petit à petit.

Il y a un léger flottement, le premier pas coûte, on tourne on se secoue on n'a l’air de ne pas savoir si on va partir.

Le sergent Quintar de la 3° Cie, « suivez-moi», puis il part en avant tout le monde le suit.

Quand les mitrailleuses boches les plus avancées virent les sections s'amener ils lâchèrent quelques bandes, mais immédiatement nous descendions le ravin qui nous cachait un peu à la vue de l'ennemi.

Nous étions arrivés au bas du talus opposé et il fallait que nous grimpions jusqu'au somment par deux petits chemins et monter l'un après l'autre avant de nous déployer, j'étais bien résolu et tout les autres aussi à y mettre un bon coup aussi j'étais impatient d'être arrivé au sommet.

 

Sitôt arrivé chacun se déployait et marchait à une allure assez vive derrière guidé par les chefs de section.

Mais au bout de quelques secondes, ah mes amis, quelle pétarade -bzin bzin bzin-, on savait qu'il y avait quelques mitrailleuses mais pas comme cela, c'était un enfer, un véritable plafond de balles qui passaient au dessus de nos têtes.

 

Aussi les vagues furent vite mélangées, 1ère 2ème mitrailleurs, les compagnies elles même furent vite confondues. Tous les copains ne furent pas tous indemnes, ça tombait de tous les côté, qui mort, qui blessé, mais personne ne flanchait et on était solidement appuyé par un tir d'artillerie soigné et précis.

On n'avait pas parcouru le ¼ du plateau (*), que déjà les prisonniers rappliquaient en prenant des bruits de grenade et un bruit proche de mitrailleuses, c'était les premiers, les plus robustes poilus qui étaient en tête de la vague et avaient distancé les autres qui venaient d'anéantir un îlot alors on voyait les grands fritz avec leurs casques enfoncés jusqu'aux oreilles et leur costume gris sale qui levaient les bras en l'air en errant "…" pour les faire filer en arrière.

Les poilus leur passaient une tournée de coups de pieds dans le derrière et quelques bons coups de crosses dans les côtes, il fallait les voir trotter dans la direction de nos lignes, avec des figures effarées.

 

(*) : Il s’agit du plateau Guerbette, secteur d’Allemant (commune de l’Aisne)

 

On rigolait, à mesure qu'on avançait ils nous croisaient en sens contraire, on leur distribuait quand ils passaient à proximité un coup de pied au derrière ou un coup de crosse, ils se garaient comme des chiens.

On en voyait de tués auprès de leurs mitrailleuses, d'autres blessés, ou zieutait en passant pour voir s'ils n'avaient pas leurs armes près d'eux, puis on filait.

Un moment, j'en ai vu un qui était dans le fond d'un petit boyau. Il était couché sur le ventre et accoudé avec il se tenait la tête avec les mains, il avait le casque sur la tête et le visage couvert de sang, il se plaignait il avait l'air de souffrir.

 

A marcher avec la charge qu'on nous octroie pour monter à l'attaque on était vite essoufflés.

Aussi chacun s'arrêtait dans un trou d'obus puis repartait quand il avait soufflé.

Il y avait des types qui étaient presque rendu à l'autre extrémité du plateau et d'autres au milieu. Quant à moi je m'arrêtai de temps en temps pour souffler et néanmoins je ne voulais pas être dans les derniers, je conservai ma distance.

J'étais à peu près au centre mais tout le monde était mélangé, à un moment je me trouve derrière un chef de pièce des mitrailleuses, il s'aplatit, je m'aplatis également.

Il veut repartir, il remue, puis il me dit :

"Ah je suis blessé au coude, je pense"

En effet il saignait.

 

Je suis donc reparti et j'arrivai à la route qui traverse le plateau et elle était salement repérée, déjà on voyait des types les jambes en l'air tués, blessés, ça devait barder pour passer, en effet je me suis aperçu que les balles ne passaient pas loin, ça nous éclaboussait de tout côté, puis les Boches ayant demandé le tir de barrage.

 

Voilà les marmites, les 88, tout le tremblement qui rapplique, mais comme on avait fait assez vite, c'est derrière nous que le barrage s'établit. Aussi les prisonniers qui passaient se sont fait amocher, quand à nous autres peu de mal, pas le canon mais les mitrailleuses quelle séance !

On ne s'entendait plus je m'abats de nouveau dans un tour d'obus aménagé par les Boches près d'un buisson ou déjà deux copains avaient pris position d'arrêt, mais il n'y faisait pas très bon, la terre volait de tout côtés et le barrage d'artillerie était à 25 ou 30 m derrière.

Nous étions arrivés à l'autre extrémité du plateau, le plateau était donc entièrement en notre possession. Derrière nous à mi chemin du barrage et de notre trou, il y avait un blessé boche qui se plaignait bien fort et qui avait l'air de ne pas être à son aise.

 

Il y avait un camarade qui regardait l'avant, l'autre regardant la droite, moi je regardais la gauche et je fixais le barrage qui avait plutôt tendance à s'éloigner qu'à approcher, chacun donnait ses impressions, celui qui fixait l'avant disait par moment :

"Tiens, tiens en voilà qui foutent le camp en vitesse, ils n'ont pas envie de se rendre"

"Ah en voilà 2 ou 3 qui s'amènent là bas en levant les bras, ils en ont sûrement mare"

"M... Si on avait un fusil mitrailleur tu parles si on leur salerait le derrière à ces salops la qui foutent le camp la bas en emportant leur mitraillette".

 

Il fallait regarder en vitesse car une bande de mitrailleuse bien dirigée vous claquait aux oreilles, vous faisait renfoncer dans le trou. Le copain qui regardait en avant jette de nouveau un coup d'œil

"M... dis donc il y en a au moins 30 à 40 qui se rendent la bas sur la droite à 300 m ; Ah ! mais non les vaches ils ont encore leurs fusils, tu parles des salops s'ils en ont dans le ventre, ils vont bien essayer de nous tourner. »

 

En effet les camarades de droite étaient plus plus en retard que nous sur la progression, ils étaient en arrière de 200m au moins.

On s'est mis à tirer quelques coups de fusil et on a gueulé parmi le fracas de la mitraille :

"Attention à droite"

Je ne sais pas si quelqu'un a pu entendre, mais on a entendu crépiter le fusil mitrailleur à peu de distance et le copain qui regardait toujours dit :

 "Ah ah les autres aussi, ça y est, ça y est ils se rendent".

 

Nous étions donc assez tranquilles maintenant de ce côté là. Je veux me reprendre pour avancer encore et me rapprocher de la compagnie car il y avait une pagaye assez prononcée, les compagnies étaient mélangées, je demande aux types qui étaient avec moi dans le trou :

"De quelle compagnie êtes-vous ?

" Ils me répondent

"La 7ème"

Je me dis :

"J'appuierai fortement à gauche et je retrouverai sûrement les copains".

Je dis à mes voisins :

"J'en remets encore un coup"

Ils me disent :

"Si tu veux, nous on reste là encore un petit moment".

 

Je m'apprête à me relancer, mais je ne sais si c'est un redoublement de violence du tir ou autre chose, je me soulève jusqu'aux épaules et je  prêt à partir mais j'ai l'impression très nette que ce n'est pas le moment de démarrer.

Je disais aux copains "M.... ça chie trop, j'attends une seconde" et je me renfonce, je n'étais pas plutôt renfoncé que je pressens qu'il y a un ralentissement du tir ou tout au moins éloignement de chute des projectiles, je me redresse et j'enjambe franchement le parapet, me voila de nouveau reparti en suivant le bord du plateau vers la gauche.

Je suivais la ligne du Taco, mi-courbé, marchant à une allure assez vive mais néanmoins sans courir je passais par dessus des types allongés en tirailleur derrière la voie, je demandais :

 "Quelle compagnie ?

"5e"

Plus loin je redemandais :

"7e ? "

 

Je n'étais toujours pas dans la 3e Cie, pourtant j'avais l'impression d'avoir fait pas mal parcouru une certaine distance dans la bonne direction, les bons sangs de mitrailleuses m'agaçaient d'autant plus qu'un clac... s'était fait retentir à mon oreille si près, que cette dernière m'en bourdonnait et sur ce rebords du plateau je devais fournir une belle cible.

 

Mais voila 3 ou 4 fusants qui s'annoncent.

Je me couche vivement en bousculant deux types "couchés" le long de la voix, l'éclatement se produit à une quinzaine de mètres au dessus de nous, un peu en arrière, les éclats qui donnaient l'impression d'avoir une belle force venaient nous lancer de la terre sur le corps et taper sur les rails puis ricochaient …

 

 

Un de mes voisins entendant des copains crier, certainement parce qu'ils venaient de recevoir de la ferraille dans la peau me dit :

"Y fait pas bon par ici".

Je lui réponds :

"Je m'en aperçois"

Et sans autre explication je me redresse et me voilà reparti toujours suivant la voie vers la gauche.

J'entends encore deux ou 3 fusants mais je ne me retourne pas, je passe devant plusieurs morts, à peu de distance, à peu de distance un pauvre gars le casque légèrement retombé en arrière les paupières mi-closes un filet de sang sur les joues, couché sur le dos, les jambes mi repliées et les bras allongés fait quelques mouvements inconscients et se raidit contre la mort.

Encore un de mûr pour l'éternité.

 

C'est triste, je fais encore quelques pas quand un poilu se retourne et me parle, je m'arrête car je n'entends pas ce qu'il me dit, je m'approche et il me gueule dans l'oreille :

"Dépêche-toi de passer car ici même plusieurs viennent de se faire amocher"

Je lui dis :

"Oui oui"

 

Mais si j'avais eu le temps, je l'aurais engu... de m'avoir arrêté car le temps de que m'arrête et m'approche de lui, j'avais le temps d'être loin, les mitrailleuses crépitent déjà beaucoup moins c'est plutôt par rafales irrégulières.

Un poilu se relève un peu et dit :

"Tient tiens, là-bas ils se rendent tous"

 

En effet un groupe d’une vingtaine de Boches s'amènent dans notre direction et sortent du bois avec leurs musette ou des sacs à terre sur l'épaule, sans armes

 

En tête, se trouve un gradé et à la fin plusieurs brancardiers dont un tient par une petite chainette un chien genre policier.

Ils viennent dans notre direction assez tranquillement, on distingue les physionomies, ce sont des gars assez robustes, qui n’ont pas mauvaise mine mais dont la figure est sale et mal rasée.

Leurs effets sont usagés, ils ne paraissent pas effrayés, ils arrivent à peu de distance de moi.

Je m’arrête, j’ai le fusil chargé sous le bras droit, le doigt sur la gâchette, un copain me crie :

«Fais attention, cabot, s’ils n’ont pas d’arme »

Je lui réponds :

« Oui, oui, t’en fais pas »

 

En passant près de moi ils lèvent de nouveau les bras, pas un n’est armé ni équipé.

Je les regarde s’en aller, de temps en temps il y en a qui tournent la tête. Personne n’a besoin de leur indiquer la direction de l’arrière, ils savent où se diriger, d’autant plus que le terrain qu’ils parcourent leur a appartenu.

Un type qui les regardait aussi dit :

« Il aurait fallu leur faire lâcher le chien »

Et il crie à d’autres qui étaient plus à portée de leur faire lâcher le klebs, ceux-ci s’ingénient à gueuler après les Boches, mais ils ne comprennent pas, ils se mettent à marcher en vitesse croyant qu’on gueulait pour les faire dépêcher, alors il y en a un qui tire un coup de fusil sur le chien.

Celui-ci a fait un bond et a échappé à son maître mais pour disparaitre à nos yeux, ainsi que le groupe d’hommes, car ils entraient dans  de bons boyaux se dirigeant vers le poste de secours de chez nous sur la gauche on voyait également des prisonniers qui … à enjamber les trous d’obus et qui interrompaient leurs exercices qui pour faire du plat ventre et le mouvement bras verticaux quand ça cognait trop fort ou qu’ils voyaient à peu de distance d’un poilu mal disposé.

 

A appuyer ainsi sur la gauche, j’arrive à la pointe du bois si on peut appeler cela un bois. Je ne vois plus personne, je pense que les camarades de la 3ème Cie sont plus en avant.

Je descends donc la pente boisée en face de moi par où les Boches venaient de déboucher, j’avais toujours mon fusil sous le bras, comme un chasseur, le doigt sur la gâchette car je me disais il y en aurait bien encore de ces salopes dans le bois, comme je suis seul il ne faut pas que je compte sur les autres pour me donner la main, attention il faut  ouvrir l’œil et l’oreille.

Je descendais prudemment et je n’étais pas distrait par des pensées frivoles, je vous l’assure.

Le crépitement des mitrailleuses s’était ralenti, presque effacé.

 

C’était pour le moment sur le plateau que nous venions de prendre que ça marmitait comme il faut et qu’est ce  qu’il prenait. C’était les blessés des deux nations et les prisonniers qui traversaient pour le moment, il y a eu de la casse parmi les prisonniers.

 

Certainement les troupes d’infanterie allemandes se reconnaissant battues et modifiaient leurs positions car c’était le calme relatif qui fait presque peur quand on vient d’avoir les nerfs surexcités par une pareille musique.

Ayant avancé de 80 mètres environ je me trouvais isolé je ne voyais plus devant moi ni derrière, j’avais presqu’envie de remonter retrouver les autres.

Je me disais :

« Mieux vaut aller retrouver les autres de la compagnie voisine que tu viens de quitter, tu retrouveras tes copains plus tard, car tout à l’heure quelque Boche de reste dans le bois caché derrière un buisson va t’envoyer un pruneau au bon endroit et tu vas crever là tout seul ».

 

L’idée de remonter était toujours là présente, mais je la dominais en me disant :

« Penses tu qu’un Boche serait assez bête pour rester là quand il y en a de plus éloignés que ça qui se sont dérangé pour se rendre et d’autres qui se sont sauvés retrouver leurs camarades, certainement que là il n’y a personne »

J’avançais donc toujours en regardant à droite et à gauche et ne voyais toujours pas de copains, je pensais :

 « Ce n’est pas possible qu’ils aient avancés plus loin que ça, où diable sont ils passés »

 

À mesure que je progressais je remarquais plusieurs sentiers que les soldats allemands suivaient certainement pour se rendre aux positions avancées et qui semblaient se rapprocher.

Je me dis :

«  Attention il doit y avoir certainement un abri ou un ouvrage quelconque pas loin d’ici »

 

Puis le buisson était moins épais et je voyais au bas du contrefort que je venais de descendre une vallée assez large et entièrement découverte ou plutôt couverte de réseaux de barbelés, de trous d’obus comme si on avait voulut faire de le terre un crible et quelques taches grises qui devaient être des macchabés ou des blessés.

Je jugeais prudent d’observer comme il faut avant de me mettre à découvert.

Je m’arrêtais donc derrière un buisson touffu pour voir et entendre sans être vu.

Je remarquai en effet que la vallée avait été salement repérée par l’artillerie française et qu’il n’y avait pas grand place d’un trou d’obus à l’autre. Cette vallée était traversée par le milieu dans le sens de la longueur.

J’ai un fossé naturel à ce qu’il m’a semblé et à un certain endroit, ce fossé était bordé de quelques arbres. Il y avait près de ces arbres quelque chose d’anormal.

Ce devait être un abri ou quelque ouvrage bouleversé au bas de la pente qui se trouvait face à moi, donc opposé à celle sur laquelle je me trouvais, se voyait des ouvrages blancs, qui me paraissaient comme une carrière commencée à flanc de coteau, mais en regardant mieux, j’ai vu que c’était des maisons démolies. Cette pente était boisée et assez élevée, une petite colline et sur le faite notre artillerie y tapait convenablement.

 

Il y avait à parier que c’était les secondes positions Boches qui se trouvaient là et qui étaient certainement très avantageuses et je crois bien pas commodes à conquérir vu la facilité de la défense.

Le boyau des Aboits, la sape

C’était là que les Boches s’étaient repliés après la piquette qu’on venait de leur passer.

Je me dérange un peu de mon observatoire et j’aperçois un boyau et des rondins je me dis c’est au moins une sape.

J’avance et je descends dans le boyau car maintenant j’étais à découvert, le boyau était étroit plutôt mal fait, je me dis Bon sang de bon sang ça m’épate que les Boches n’ont pas fait un meilleur boyau que ça pour une entrée de sape, mais après quelques pas puis par l’odeur et la vue j’ai pu constater que c’était le boyau des Aboits

« Alors je n’ai pas insisté, je retourne sur mes pas je tombe sur un croisement qui me mène dans le boyau principal qui conduit à la sape j’avance prudemment  je vois l’entrée je juge que c’est profond mais je pense en moi-même pour descendre tout seul là dedans  mon neveux il n’y a rien à faire, plus loin je vois encore une entrée, toujours la même sape certainement, il y avait des cartouches des grenades des bandes de mitrailleuses des caisses et tout un fourbi inimaginable, une pagaille de toutes sortes d’objets hétéroclites.

Je me suis dit :

« Tout ça a été abandonné en vitesse »

 

J’enjambe c'est-à-dire par des marches.

Je grimpe le petit boyau pour mieux explorer et je vois sur la gauche au bas du coteau toujours des petits abris individuels et des grands abris collectifs puis je découvre l’entrée de sape principale.

 

Là, se trouve deux mitrailleuses renversées et rendues inutilisables et un nombre pas ordinaire de cartouches et de grenades et de bandes de mitrailleuses garnies. Sur la droite se trouve aussi des abris confortables et probablement d’autres sapes.

Je pense que les copains sont dans quelques uns de ces abris et je gueule plusieurs fois :

« Eh les gars »

Rien ne me répond, mais sur la gauche voila un poilu qui débouche, il me dit :

« De quelle compagnie tu es »

« De la 3ème », je lui réponds.

« C’est la 3ème qui est là ?»

« Mais non, je la cherche  mais je ne sais pas où elle est »

« Et toi de quelle compagnie ?»

« De la 7ème »

« Tiens la 7ème elle est en haut, au talus du Petit Taco » et me dit :

« Merde elle est la haut, zut je ne remonte pas, on va explorer les cagnas si tu veux tous les deux »

« Si on veut »

 C’était un type qui avait fait le contraire de moi en partant à l’attaque il avait appuyé trop à gauche et moi trop à droite. Je lui dis :

« Est-ce qu’ils sont loin les gars que tu as vus »

Il me répond :

«Je comprends, ils sont la bas à la lisière du bois, mais dis donc il y a un rude coin qu’il n’y a personne »

Je lui réponds : 

« Je m’en aperçois, je parie qu’il n’y a pas que nous deux qui avons descendu la pente. »

 

En effet pour le moment on ne devait être que deux.

Les prisonniers allemands

On  s’apprêtait à descendre dans un petit boyau en tournant le dos à l’ennemi.

Tout d’un coup le copain tourne la tête d’une façon bizarre, je jette les yeux dans la direction de son regard et qu’est ce que je vois : un boche qui émergeait du boyau avec une physionomie assez épouvantée et qui devait nous observer depuis un moment.

J’ai vu le Boche lever les bras, le copain épauler et dire « Merde y a encore des Boches » tout cela en même temps, je n’avais pas encore épaulé que je vois un autre Boche qui émerge tout nu à coté de l’autre.

J’ai le temps de dire au copain :

« C’est des prisonniers blessés faut pas tirer »

Le copain dit :

« Mon vieux je tire on est que tous les deux, si ça se trouve là dedans y en a une bande »

Je lui dis :

 « Non, Non tire pas j’y vais »

 

Lui, toujours en joue et moi le fusil sous le bras toujours la main sur la gâchette, je m’approche j’arrivais sur eux, leur figure se contractait d’effroi, car ils ne connaissaient pas mes intentions et je ne devais pas avoir une mine rassurante.

Je crois qu’ils auront ma physionomie longtemps gravée à la mémoire car ils me regardaient avec une fixité étrange avant que je les interroge en levant les bras tout haut qu’ils pouvaient.

Le second qui avait émergé et qui paraissait tout nu m’a littéralement cloué sur place en me disant avec un accent qui implorait la pitié et en bon français :

« Je suis blessé Monsieur ».

Quoique complètement assis par cette phrase qui m’avait surpris, mais ne voulant pas en avoir l’air, je demande d’une voix rude :

« Beaucoup ? »

« Beaucoup, oui Monsieur »

 

Et comme j’étais sur le bord du boyau, juste au dessus de lui, il me montra avec sa main et je vis qu’une balle l’avait traversé de part en part au dessous des côtes, il ne saignait pas énormément mais avait la figure qui souffre.

Son voisin, un fort gars à barbe noire et jaune, sale assez âgé, avait le brassard de la croix rouge et répétait incessamment :

« Brancardier,  Brancardier, pansement, pansement » et levait toujours les bras ne comprenant rien à la confusion.

Je désigne d’un geste de la tête et du doigt la sape, les abris, les boyaux.

« Camarades »

Le blessé me répond :

« Non, Non camarades partis » avec l’accent de sincérité.

 

Je fais signe au copain de baisser son arme et de venir.

Il s’approche, on regarde les types tous deux et on délibère qu’est ce qu’il faut en faire. Je fais signe au brancardier de continuer à panser le blessé, immédiatement il se remet à son pansement et commence à enrouler le bande.

On discute toujours avec le copain, le blessé comprenait certainement :

« Mon vieux, faut pas les laisser là, faut lui faire foutre le camp »

« T’as raison car si on les laisse, ils pourront regagner leurs lignes et dire que nous ne sommes pas beaucoup pour tenir les positions que nous avons conquises, au besoin s’ils volent que nous ne sommes que deux par ici ils peuvent nous tirer tranquillement dans le dos. »

« Y a pas, il faut leur faire fiche le camp à l’arrière, tant pis s’ils se font amocher encore, ils n’ont pas qu’à être boches. »

 

Le blessé  s’était recouché dans le fond du boyau il était pansé, c’était un grand jeune gars, blond et maigre qui paraissait 18 ou 19 ans.

Il me semble lui avoir demandé son âge, il m’a répondu je crois « classe 19 » je commande « aller partir » le blessé se lève aidé par son brancardier et n’a pas l’air de savoir par où aller, le copain et moi lui faisons signe de monter sur le rebord du boyau et ensuite de filer sous bois, mais comme il n’a que son pantalon le copain dit à l’autre boche :

« Mets-lui sa veste »

Le blessé baragouine quelques mots au Fritz et son voisin lui met la veste comme un capuchon, simplement sur le dos sans mettre les manches le copain insiste :

« Mets-lui sa veste comme il faut, tête de cochon »

Le blessé lui fait comprendre que le français a commandé de mettre la veste convenablement car il lui passe les manches avec douceur.

Une fois la chose faite on leur montre la direction « aller, vite » comme on sait qu’il y en a un qui connait le français on leur dicte notre volonté à peu près en ces termes :

« Vous n’avez qu’à aller tout droit devant  nous, au sortir du bois vous trouverez nos camarades qui vous indiqueront le bon chemin. »

« La guerre est finie pour vous. N’essayez pas de repartir  voir vos copains Fritz, car on va vous regarde et si jamais vous vois arrêtez ou bien si vous n’allez pas dans la bonne direction, on vous f… chacun un coup de fusil. »

 

Enfin les Fritz sont partis, l’un soutenait l’autre dans la bonne direction.

Il me semble avoir entendu le blessé dire :

« Merci, Merci »

Quand ils ont été hors de vue, le copain me dit :

« Tu vois, pendant que nous blaguions tous les deux, je parie qu’ils entendaient ce qu’on disait et qu’ils nous voyaient bien avant que nous ne les ayons  eu. Si ça avait été des vaches, ils nous f…  un coup de fusil à chacun, personne n’aurait pu rien voir, mais mon vieux, il était temps  que sitôt vu, ils lèvent les mains.

Je ne sais pas même comment je n’ai pas tiré. Il était temps ».

La cagna allemande

Ensuite avec le copain, nous examinons les cagnas et l’entrée de la sape où les deux mitrailleuses allemandes  sont là qui gisent sur le côté, la bande encore engagée mais elles sont rendues inutilisables donc rien à faire pour s’en servir.

A se promener comme cela à découvert tous deux le copain nous finissons par nous faire envoyer 4 ou 5 coups de fusil, aussi nous regagnons le boyau qui relie les cagnas avec la sape.

Nous avions à peine fais quelques pas dans le boyau que nous voyons un grand poilu qui s’amène vers nous en nous demandant si nous étions beaucoup dans le coin là.

Nous lui disons qu’il n’y a que nous deux pour le moment et on lui montre les entrées de sape, les cagnas, les mitrailleuses etc. enfin tout ce qu’on avait découvert.

Il nous demande si on avait descendu dans la sape, nous lui répondons que non.

J’insiste pour qu’il n’y descende pas car on ne sait pas ce qu’il peut y avoir la dedans, peut être quelques inventions diaboliques de ces messieurs boches et au moment ou on met le pied sur une marche ou sur un fil tout peut sauter enfin je lui dis :

« On nous a défendu la veille de l’attaque de ne rien toucher des organisations allemandes car ils sont coutumiers de laisser des explosifs à retardement donc pour mon compte je n’y descends pas ».

 

Je propose de lancer quelques grenades par toutes les ouvertures et si par hasard il restait quelques boches on les verrait vite sortir. Le poilu dit :

« Pensez vous, il n’y a plus personne et comme ils doivent avoir abandonné ça en vitesse, ils n’ont pas eu le temps de placer des engins à retardement ».

Et prenant son revolver d’une main et sa lampe électrique de l’autre, le voila parti à descendre. Moi je restais à l’entrée ainsi que le copain, on se disait :

« Prudence est mère de sureté »

Au bout d’un moment, voila mon poilu qui remonte en disant :

« Je m’en doutais bien, ils sont parti en vitesse, ils ont tout laissé en pagaille, l’électricité est encore allumée. Il faudrait que vous voyiez ce fourbi qu’il y a là dedans. »

 

 

Pour le coup nous ne craignons plus rien du coté de cette sape, aussi je redescends à mon tour non sans avoir au préalable quitté ma capote qui me gênait et laissé également dans un coin, la louche de l’escouade qui était dans ma musette, et dont la longue queue m’embarrassait dans ma capote, que j’accrochais à un rondin dans l’intention de la reprendre se trouvait mon briquet, mon tabac dans une blague faite avec une house en cuir et mon chapelet.

Le poilu redescend aussi …… du copain, en effet nous examinons comme il faut.

C’est une sape très bien aménagée et profonde on entend quelques maousses qui tombent pas loin mais on est garé pour le moment.

On s’en fait pas néanmoins on ne voudrait pas que les Boches se mettent à bombarder leurs anciennes cagnas, car enfin quand il faudra sortir, on serait exposé à prendre quelque chose mais ça se calme pour le moment.

 

Ce n’est rien et nous continuons à descendre, il y a des galeries qui prennent à droite et à gauche qui conduisent certainement à d’autres sorties mais nous suivons tout droit et en arrivant au fond nous voyons les ampoules électriques qui sont allumées et nous pouvons donc nous rendre un compte exact de l’état des lieux.

Sur la gauche de l’appartement, dans un renfoncement, c’est plein de bouteilles vides jetées pêle-mêle, deux rangées de châlits grillagés superposés pouvaient servir de dortoir à une quarantaine d’hommes.

Sur ces châlits tout était en l’air, on voyait des couvertures non pliées, des capotes, des bidons, des quarts, des sacs enfin il y avait à peu près tout, face à ce dortoir dans la paroi des pointes où étaient accrochés des équipements de mitrailleurs.

Au premier clou, j’en vois un moins vulgaire que les autres, je le décroche et je vois qu’il y a un gland en argent suspendu au ceinturon proprement dit, puis un revolver, un petit couteau poignard de mitrailleur et un groin de masque de rechange.

Je m’adjuge le trophée que je boucle par-dessus le mien et j’avance toujours face au dortoir un lit seul probablement celui de l’officier avant de sortir de cet appartement.

La cagna de l’officier allemand

On peut bien l’appeler ainsi vu que c’était une pièce bien convenable, pour entrer dans un petit corridor ou vestibule si on veut, je vois une planche, sur cette planche, des lettres sur le point d’être envoyées.

Il y en avait 10 ou 12, pas une n’était cachetée, l’enveloppe était fermée et la partie supérieure introduite dedans la lettre. J’en ai ouvert plusieurs mais comme mes capacités en langue allemande sont très restreintes, j’en étais pas plus avancé, cependant j’en remarquai une bien écrite et d’une certaine élégance de forme que je me suis appropriée me réservant de l’envoyer plus tard à mon frère Jean pour qu’il m’en fasse la traduction.

Puis je remontais un escalier qui donnait justement sur la sortie ou se trouvait les deux mitrailleuses démontées, suivi de mes deux camarades.

Arrivé en haut le grand me dit :

«Tu as un fusil toi et ton copain aussi ? »

Je lui réponds

« Oui »

Il continue :

« Heureusement car moi je n’ai que mon révolver. Il est vrai qu’il y a des grenades boches à volonté et s’ils revenaient, on pourrait toujours leur en servir une séance 

Je lui dis :

« Mon vieux t’as tort d’avoir lâché ton fusil »

Pendant ce temps mon type regardait vers les organisations boches qui se trouvaient juste en face à l’autre extrémité de la vallée et il me dit :

« Passe moi ton fusil j’en vois deux ou trois qui se baladent encore au long des arbres »

 

Je lui passe donc mon flingue et il lâche 3 coups de fusil qui ont eu pour résultat de faire renfoncer ces Messieurs dans leurs trous.

 

Ensuite il me dit :

« Personne sait que nous sommes ici. On serait bien exposé à recevoir des coups de fusils par les copains, il faut les prévenir, tu vas aller dire au lieutenant Lartigau de la 7e Cie que le lieutenant Paillasse est en avant dans une sape allemande et tu lui montreras la direction et là tu lui indiqueras à peu près la distance »

Je répète :

« Le lieutenant Paillasse, qui que c’est ça ? »

Il me répond :

« C’est moi »

Je lui dis :

« Mon lieutenant je vous demande pardon, comme je ne vous connaissais pas et que vous n’avez pas de galons, je vous prenais pour un deuxième classe et voilà pourquoi je me permettais de vous tutoyer »

Il me répond :

« Ça ne fait rien ici ça n’a pas d’importance on est tous égaux »

Puis il continue :

« Tu n’es pas du 2e Bat »

« Non mon lieutenant je suis du 1e Bt, 3e C »

« Ah bon ! Donne moi ton nom car il faut que nous prenions les noms de tous les isolés que nous employons en dehors de leur unité »

 

Je lui donne mon nom et ensuite je me déséquipe pour pouvoir effectuer ma liaison plus facilement.

Je laisse tout dans le bas de la sape, musette, bidon, fusil, équipement plus l’équipement boche que je m’étais approprié et me voilà parti avec simplement mon casque et mon masque.

En chemin je ramassais un second masque, un boche, au cas où j’en aurais un de crevé par les éclats et je grimpais la pente boisée jusqu’à la ligne du Taco et je vous promets que ça zonait comme il faut.

Ces satanés boches tiraient comme des enragés dans ce bosquet mais je marchais sans m’occuper de rien ni sans m’arrêter, aussi en arrivant j’étais très essoufflé et j’avais une soif ardente mais mon bidon était resté au fond de la sape et en surplus presque vide.

Il n’y fallait pas songer, en demander aux copains qui étaient là en tirailleur, c’était inutile car sitôt arrivé au point d’arrêt, leur premier ouvrage en s’aplatissant a été de boire jusqu’à complet épuisement du bidon car la poudre, la fumée, les gaz donnent une soif qu’on ne peut pas éteindre même avec du liquide à volonté car on avait mal au ventre à force de boire et la gorge serait encore sèche.

 

Arrivé sur la ligne du Taco, le long d’un petit boyau qui se prolonge, il y a quelques types accroupis.

Je leur demande où se trouve le lieutenant Lartigau, ils me répondent :

« Un peu plus loin sur notre droite, tu le trouveras ».

 

En effet, je trouve un officier et quelques agents de liaison dans une espèce de petit emplacement de combat pas très bien aménagé car ils étaient serrés là dedans comme des harengs mais tous tenaient à y être quand même car il s’amenait par moment des rafales de mitraille qui vous faisaient coucher les oreilles.

Je demande :

« Le lieutenant Lartigau est là ? »

« Oui »

me répond l’officier

« Moi »

« Je viens vous prévenir que le lieutenant Paillasse se trouve en bas dans une sape allemande dans cette direction à peu près 120 mètres »

« Bon c’est très bien, repose toi un peu car tu as l’air à bout de vent et tu redescendras après »

 

Les agents de liaison se sont serrés un peu et je me suis accroupi à coté de lui pour souffler un peu.

Il avait sa carte d’état major devant lui et il a donné plusieurs ordres à porter aux agent de liaisons pendant que j’étais là, on a parlé un peu de l’attaque qui avait très bien marché, mais les pertes étaient très élevées aussi bien en gradés qu’en hommes, à chaque retour d’un agent de liaison celui-ci disait :

« Mon lieutenant  le sergent un tel, ou l’adjudant un tel est tué ou blessé j’ai donné l’ordre au caporal un tel il n’y a plus que lui de gradé à la section »

Finalement à la 7e Cie il ne restait plus qu’une poignée d’hommes et deux caporaux en tout.

 

Après avoir repris un peu de souffle, je suis redescendu en vitesse car on tirait toujours avec violence par moment seulement il est vrai et j’ai retrouvé le lieutenant Paillasse et je lui ai dit :

« Ordre transmis »

 

Pendant mon absence de la sape, il était venu plusieurs poilus de la 5eme retrouver le lieutenant et comme ils ne m’avaient pas vu me déséquiper leur premier ouvrage en arrivant a été de tout bouleverser mon matériel, de boire le restant de pinard de mon bidon que je gardais précieusement et que j’étais avide de boire en arrivant car la gorge me brulait, de vider mes cartouchières puis de barboter l’équipement boche que je m’étais approprié.

Aussi, je n’étais pas content.

Je retournai tous les bidons boches pour voir s’il ne restait pas une goutte de café, mais peau de zébie, pas la moindre goutte, pendant mon absence les nouveaux arrivés avaient consciencieusement exploré les lieux. Je n’étais pas encore reharnaché que le lieutenant Paillasse m’appelle :

« Tu va retourner voir le lieutenant Lartigau et tu lui diras qu’il revienne ici établir son PC, que ce sera mieux que la haut ».

Je repars donc dans la même direction avec un ordre écrit que je donne au lieutenant Lartigau, celui-ci regarde et me dit :

«Vous direz au lieutenant Paillasse que je ne dois pas aller plus loin, c’est la limite extrême du point d’arrêt, il faut que je reste ici ».

J’étais encore une fois à bout de venir, de monter cette côte sous les rafales de mitrailleuses et j’avais toujours autant soif, je reste donc un instant pour reprendre vent et nous causons encore tous deux le lieutenant il a pris également mon nom quand je lui ai dit que j’étais de la 3e Cie puis je suis reparti vers la sape porter la réponse au lieutenant Paillasse.

Les boches redoublaient d’ardeur le bombardement prenait de l’ampleur on prévoyait qu’ils allaient contre-attaquer car ces types là restent rarement sur un échec.

Le lieutenant s’en rendait bien compte aussi il envoie un agent de liaison vers la droite avec je ne sais quelle mission, un autre avec une mission différente, c’était un petit brun guêtré  assez haut je le revois encore, quant à moi il me renvoie  au lieutenant Lartigau lui demander à ce qu’il lui envoie un fusil-mitrailleur.

 

Ça me faisait pas rire car ça tapait terriblement sur cette côte et j’étais esquinté, enfin je repars avec le petit brun nous faisons un petit bout de chemin ensemble et nous nous séparons en allant chacun dans notre direction.

Je montais péniblement en m’arrêtant de temps en temps, mais je n’étais pas tranquille, car je ne pouvais pas m’abriter du tout, les trous d’obus vu la configuration du terrain n’offraient aucun abri enfin j’arrive tout de même au lieutenant Lartigau, je lui explique le but de ma mission il me donne le seul tireur qu’il avait encore de disponible, je dis au type de me suivre, le type ne démarrait pas il restait toujours dans son trou sans vouloir bouger.

 

Pendant ce temps, moi j’étais debout sur le terrain à gueuler après lui pour le faire venir car je savais bien que si je partais sans l’attendre, le type ne viendrait pas et il faudrait que je revienne le prendre.

Enfin il se décide et nous voila redescendant encore une fois vers la sape, en arrivant je le présente au lieutenant :

« Mon lieutenant voila un fusil-mitrailleur »

« C’est très bien »

« Il le faut placer face aux boches à un endroit assez convenable pour voir sans être vu et pouvoir tirer facilement.

 Mais il n’y avait pas de pourvoyeur et le tireur seul avec ses six chargeurs ne pouvait pas aller plus loin s’il venait à être obligé de se servir de son arme, donc le lieutenant me renvoie à la 7eme demander un pourvoyeur.

 

J’en avais plein les bottes de trotter comme cela et avec par-dessus la soif ardente, mais tout le monde était dans le même cas, enfin je remonte encore comme je peux jusqu’au lieutenant Lartigau qui me répond qu’il n’en a plus.

Il envoie les agents de liaison pour voir s’ils ne trouvent pas des sacs de pourvoyeur abandonnés pour remonter une équipe et l’envoyer au lieutenant Paillasse.

Mais les agents de liaison ne trouvent rien, d’abord il ne faisait pas bon trainer à découvert. Malgré cela, le jour baissait légèrement, le lieutenant Lartigau me dit :

« Tu diras au lieutenant Paillasse que je n’ai plus un seul pourvoyeur, mais que sitôt que je pourrai trouver un sac de pourvoyeur, je lui enverrai ».

La soif

Je redescends donc en m’écartant un peu.

Vers la gauche et j’aperçois dans les branchages un poilu allongé, certainement un mort ou un blessé.

J’approche et je reconnais le petit agent de liaison, parti de la sape en même temps que moi à l’autre voyage, à son aspect je l’avais cru seulement blessé, je m’accroupi près de lui, je lui dis :

« Ça va pas donc, vieux »

Il ne me répond pas, je lui touche le front, j’ai vu qu’il était bien mort.

à ce moment il m’est venu à l’idée un certain plaisir, que tous les combattants excuseront car beaucoup connaissent les souffrances de la soif et elles sont cruelles, c’était que j’allais pouvoir lui prendre son bidon et en boire le contenu.

Je regarde, il n’avait pas de bidon mais il avait une peau de bouc comme presque tous les soldats pyrénéens, j’étais déjà content, je retourne un peu ce malheureux copain, mais la gourde était prise dans les branchages pas moyen de l’avoir.

Alors je coupe la courroie et j’attire précipitamment l’objet de ma convoitise.

Et là, cruelle désillusion, deux éclats d’obus l’avaient traversé et on voyait que le vin s’était répandu donc le pauvre vieux avait encore à boire au moment où il fut tué.

 

Je le revois toujours couché sur le dos comme dans une position naturelle, la tête légèrement soutenue par des branchages, son casque par terre les bras en croix, devant lui à 3m un énorme trou d’obus, ses vêtements ayant l’air d’être criblés de petits éclats, il en avait aussi aux mains amis sa figure était très naturelle, on aurait dit qu’il était assoupi :

« Encore un que ses parents ne reverront plus ».

 

Je retournai donc à la sape avec une soif toujours croissante.

La brume descendait, le calme revenait un peu, le lieutenant Paillasse préparait ses plans pour la nuit, il avait été voir où il pourrait placer son fusil-mitrailleur, ses grenadiers et enfin tous les poilus qu’il avait sous la main pour que notre position soit bien gardée.

A l’autre bout de la petite tranchée à droite, il y avait un caporal avec des grenades et 2 fusées à signaux. Il disait :

« Jamais je ne vais avoir assez de poilus, il faut que j’en demande à Lartigau »

« Enfin il faut placer les types et il  me renvoie de nouveau à Lartigau pour lui demander s’il ne peut pas lui envoyer quelques types qu’il établirait en liaison avec sa compagnie pour qu’en cas  de contre-attaque boche, on ne soit pas coupé ni entouré sans s’en apercevoir.

 

J’en avais marre depuis longtemps déjà, et soif quelque chose d’insensé.

Jamais je n’avais eu  autant soif de ma vie et je n’étais pas seul. Enfin je remonte péniblement, je ne pouvais plus mettre les pieds l’un devant l’autre.

J’arrive tout de même et je rempli ma mission, le lieutenant Lartigau me dit :

« Je n’ai pas un seul homme à lui envoyer, je n’en ai pas trop ici et justement j’ai envoyé un homme de liaison au colonel pour lui demander ce qu’il fallait faire. »

« Tu vas attendre qu’il revienne. »

L’alcool de menthe

Je m’allonge sur le coté du petit boyau et j’attends patiemment.

Comme j’étais à bout de vent j’avais déboutonné ma vareuse le col de ma chemise je soufflais tant que je pouvais et j’avais la gorge brulante.

Quand brusquement l’idée me vint que j’avais rapporté de ma dernière permission une petite bouteille d’alcool de menthe.

Je fouille dans mes poches et je retrouve cette fameuse bouteille, mais je n’avais aucun liquide pour mélanger cette boisson, qu’à cela ne tienne j’en boirai qu’une goutte seulement.

Je porte donc le petit flacon à mes lèvres et j’en aspire le moins possible à mon idée, mais certainement qu’involontairement j’en avalais davantage que j’aurais du, car immédiatement une sensation qu’on peut comparer à une barre de fer rouge vous descendant du palais au fond de l’estomac s’empare de moi et je me mets à gémir et à me tortiller comme un ver.

Les types qui étaient auprès de moi croyaient que j’étais en train de passer de l’autre côté et s’empressaient autour de moi je leur dis :

« Vous en faites pas les gars, j’ai bu de l’alcool de menthe pure et je brûle comme si j’avais le feu dans le corps »

Bien entendu personne n’avait à boire.

Je suis resté quelques minutes à souffrir violemment ensuite la brulure s’est faite moins vive.

 

L’agent de liaison revient avec un ordre écrit du colonel, il fallait que la compagnie remonte à la crête, car elle était descendue trop avant.

Elle était exposée à être encerclée, et mal abritée sur cette pente aux vue de l’ennemi.

Le lieutenant Lartigau me dit :

« Tu vas aller dire à Paillasse que par ordre du colonel, il faut qu’il remonte ici avec tous ses hommes, car il est descendu trop avant. »

Le prisonnier

Me voila reparti.

Pour redescendre ça allait à peu près car ça ne tirait plus beaucoup.

Je communique mon ordre, alors le lieutenant Paillasse fait rassembler ses hommes en leur désignant le point de direction, c'est-à-dire le sommet de la crête avec l’ordre de s’arrêter aussitôt qu’ils rencontreraient les hommes du lieutenant Lartigau.

Pendant ce temps il partit chercher lui-même les hommes qu’il avait placés sur la gauche assez avant dans le bois.

En allant dans leur direction, il bute presque dans un grand tifu qui baragouinait avec les bras en l’air, d’un bond il lui saute sur le paletot.

 Le boche, car s’en était bien un, croyant sa dernière heure venue, tombe à genoux.

D’un coup de pied dans le derrière il le remet sur pied, lui demande s’il n’y avait pas de camarades et lui intime l’ordre de le suivre et pour plus de précaution, il empoigne l’épaule du fritz tout en marchant à coté de lui, et il va chercher ses types qui étaient tout épatés de voir leur officier arriver en compagnie d’un boche sans qu’ils aient rien entendu de saillant, ni coup de fusil, ni grenade.

 

En revenant l’officier, les hommes et les prisonniers marchaient en groupe, je les ai vu revenir le Fritz était un grand gars qui était bien de la taille à Raoul.

Il y avait un casque qui lui couvrait la moitié de la figure, des bottes et c’était tout, c’est-à-dire qu’il n’avait aucune provision, ni couverture, ni rien.

Il marchait les bras ballants en fouettant sur les jambes.  Il marchait absolument sur les talons du lieutenant je crois que s’il avait pu il se serait fourré dans sa poche car il n’avait pas l’air rassuré du tout.

Ce  n’était pas le soldat qui prépare sa musette et sa couverture pour lever les bras en l’air, ni le guerrier fait prisonnier en combattant.

Ça m’avait tout l’air du type qui avait eu la frousse et qui était resté caché sans souffler tout le temps de l’attaque, je ne voudrais pas parier que son pantalon était propre en dedans.

 

Fin du récit

 

Description : Description : feather

Lettres de PAUL

 

Le 19 sept 1918

Chers parents

Je dois rendre grâce à dieu d’avoir encore la vie sauve, car je viens de l’échapper belle.

Le 17, nous avons attaqué sous un déluge de mitraille, nous avons enlevé un plateau très élevé, j'en suis sorti indemne. Nous avons fait plusieurs centaines de prisonniers et pris pas mal de mitrailleuses.

Nous sommes entrés dans les sapes boches, tout était encore allumé, des lettres en train d’écrire etc.

Enfin ils ne s attendaient pas à ce coup là. On pouvait s’habiller et s'équiper en boche, toutes les capotes et tous les équipements étaient accrochés à des pointes le long des parois de la sape.

Nous nous sommes arrêtés sur l’objectif que l'on nous avait assigné et nous avons organisé la position.

 

Le 18 au matin, les boches ont contre-attaqué sans pouvoir rien faire comme nous étions pris sur la gauche en enfilade. On nous à fait appuyer à gauche, prêts à sortir un signal d'attaque pour réduire ce saillant qui nous gênait.

Comme il y avait une caisse de grenades qui était restée à la position que nous venions de quitter, l’idée me vint d'aller la chercher. Je dis à un sergent qui se trouvait là :

« J’ai envie d’aller la chercher »

Il me répond :

« Tu as raison, tout à l’heure on en aura grand besoin. »

 

Je pars en vitesse en me baissant aux endroits découverts. Je prends la caisse sous mon bras et je reviens en vitesse.

J’étais tous essoufflé. Je dépose la caisse quand j’entends un obus qui s’amène dans ma direction, je m’accroupis le plus possible dans le fond du boyau.

En effet l'obus éclate derrière moi avec le fracas habituel. Je reçois derrière l'épaule comme un formidable coup de poing et je sens le sang  qui me coule dans le dos je me suis dis :

« Là ça y est  j'en ai pris un coup dans le dos. »

 

Je quitte ma musette mon équipement et je dis aux autres :

« Laissez-moi je suis blessé à l’épaule »

Ils ont dit :

« Oui, oui, y a un trou, cavale au poste de secours »

 

En effet, j'ai cavalé et surtout en retraversant le fameux plateau, car j'y étais invité. Les boches, à chaque type qui passe, ne s’occupent pas si c'est un blessé ou un agent de liaison, ils mitraillent tant qu'on est en vue.

Enfin j’arrive dans un ancien boyau boche, je m’assoie pour prendre vent un instant.

 

Description : Description : feather

 

Hôpital

Paris le 20 septembre 1917 (erreur sur l’année, je suppose 1918)

Chers parents

Je suis arrivé à Panam hier après -midi en gare de la chapelle, après le tri des blessés j’ai été dirigé avec 7 copains à l’hôpital auxiliaire n° 3, 11 rue de la santé

Nous sommes très bien sous tous les rapports, les infirmières sont toutes des sœurs

Ce matin j’ai passé à la radioscopie l'opérateur m’a dit que l’éclat n'était pas trop profond ; peut être va t'on l'enlever aujourd’hui

En tout cas tout va bien, voici mon adresse

Hôpital de la santé, Paris 13ème

 Je termine en vous embrassant de tous cœur

Paul

 

 

Description : Description : feather

 

Je désire contacter le propriétaire

Vers d’autres témoignages de guerre 14/18

Retour accueil

 

 

Extrait de l’historique du 18e RI

Ainsi dans la nuit du 16 au 17 septembre, les hommes du 18e s’installent dans des trous d’obus suivant un front orienté sensiblement nord-nord-ouest, sud-sud-ouest.

Dès la pointe du jour, l’aviation de reconnaissance ennemie se montre active, alors que son aviation de bombardement procède toute la nuit à de nombreux et bruyants voyages vers nos arrières. Pour ne pas être aperçus, nos hommes se dissimulent sous leurs couvertures et toiles de tente, comme le 3 juin 1917, sur le plateau des casemates.

 

Les 34e et 49e R.I. doivent encadrer le régiment pendant l’opération qui est prévue pour l’après-midi du 17.

La mise en place est rendue difficile par la nature du terrain.

Le 1er bataillon (commandant Peyre), et le 2e bataillon (commandant Robert) doivent attaquer. Le capitaine Lasserre, capitaine adjudant-major du 2e bataillon, s’assure personnellement que les ordres donnés sont exécutés, et à l’heure H, il sera le premier debout pour bondir en avant.

 

16 heures, notre artillerie déclenche un tir de barrage efficace ; les canons de tranchée en position sur le revers du coteau qui domine l’entrée sud du tunnel de Vauxaillon envoient des volées de bombes.

Officiers, soldats s’élancent. Les Allemands surpris se ressaisissent et le tir meurtrier de leurs mitrailleuses n’empêchent pas nos troupes d’avancer irrésistiblement.

Le capitaine Onagoïty (1re compagnie) est grièvement blessé. Évacué aussitôt, il ne devait pas survivre à ses blessures.

Le sous-lieutenant Magnon, entouré plusieurs fois par l’ennemi, se dégage et conserve le terrain conquis. L’adjudant Descalès (5e compagnie) se précipite avec ses hommes sur des mitrailleuses qui ne s’étaient démasquées qu’après le passage des vagues d’assaut, et permet ainsi de continuer la progression. Le soldat Saucaze retourne contre les Allemands une des pièces prises.

Tous rivalisent d’ardeur dans cette lutte très dure.

L’adjudant Errecart, chargé de nettoyer un abri, est blessé d’une balle à l’épaule au moment de partir. Ce brave sous-officier s’élance quand même à la tête de sa troupe. Cet abri n’a pas été atteint par notre artillerie, mais un obus stokes tombe sur l’entrée au moment où les Allemands qui l’occupent sortent de la sape pour se porter à leur emplacement de combat.

Ils hésitent un instant. Errecart est déjà sur eux ; l’abri est entouré, les Allemands se rendent. Le vaillant adjudant, épuisé par ces violents efforts, tombe et est emporté par les brancardiers.

 

Les bataillons avancent toujours ; rien n’arrête l’élan de nos soldats. Entraînés par le capitaine Monziès (1er bataillon) et les lieutenants Lartigau et Ducaud (2e bataillon), ils collent au barrage. Certains éléments dépassent même l’objectif pour sauter sur l’ennemi avant qu’il puisse prendre les armes.

C’est ainsi que le sous-lieutenant Pitté amène sa section sur un point avancé pour tirer sur l’ennemi en retraite. Blessé à la tête, il refuse de quitter son poste.

 

16h30. Tous les objectifs sont atteints et l’on s’organise pour parer aux contre-attaques. Cinq fois, l’ennemi se précipite sur nos positions ; cinq fois, il est arrêté par notre feu et laisse des morts nombreux sur le terrain.

Les sergents Ducournau et Delas contribuent pour une grande part à l’échec de ces assauts.

 

A la nuit, l’intensité du combat diminue. Les unités durement éprouvées se regroupent. L’avance a été de six cents mètres environ et l’ennemi, sur lequel nous avons des vues plongeantes, va chercher plus en arrière, vers Pinon et les hauteurs à l’est de nouvelles positions de résistance.

 

Cette journée du 17 septembre est une nouvelle victoire à l’actif du 18e R.I.

Elle a été riche en butin. Le régiment a pris à l’ennemi 3 canons de 105, 2 canons de 77, 3 minenwerfers, 35 mitrailleuses, 200 prisonniers.

Le chiffre seul des mitrailleuses, enlevées dans un élan magnifique à un ennemi qui a su utiliser toutes les ressources du terrain et un éclatant témoignage de l’héroïsme de nos hommes.

Hélas, nos pertes sont sévères et s’élèvent à : 1 officier tué, 4 blessés, 42 hommes de troupe tués, 295 blessés, 10 disparus.

 

Ce brillant succès vaut au 18e une quatrième et magnifique citation à l’ordre de la Xe Armée (général Mangin).

« Sous la conduite habile et énergique de son chef, le colonel Decherf, a enlevé de haute lutte, dans la journée du 17 septembre 1918, l’objectif qui lui était assigné et qui constituait pour l’ennemi un observatoire des plus importants.

A progressé de plus de 600 mètres au-delà sous le bombardement et les feux croisés des mitrailleuses, sans se soucier des pertes subies ; a malgré les furieuses contre-attaques exécutées par l’ennemi le jour même et les jours suivants, conservé intégralement le terrain conquis. A enlevé 5 canons, 3 minenwerfer, 35 mitrailleuses, fait près de 200 prisonniers et infligé des pertes sérieuses à l’ennemi. »

Cette citation attribuait au régiment le port de la fourragère aux couleurs de la médaille militaire. »

 

Description : Description : feather