Publication : juillet
2026
Mise à jour : juillet
2026
Introduction
Yves D. nous dit en janvier 2015 :
« Mon grand-père,
Gabriel DEGOIX, nous a laissé ses 6 carnets de guerre losqu’il
était adjudant au 60éme régiment d’infnterie pendant
14/18. Ces carnets ont été retranscrits en 1989 par mon père, André qui nous
disait en 1989 :
Je veux, surtout,
répondre au souhait souvent exprimé par mon père : faire en sorte que tant de
peines et de sacrifices ne sombrent pas dans l'oubli, qu'il en reste le
souvenir, au moins chez quelques-uns. »
Ces carnets de guerres
ont été diffusés à toute la famille, puis au village, aux écoles et au groupe
du 60ème régiment d'infanterie de Besançon, et à présent aux AD 21. Il voulait
donc que tout le monde en profite et les a publiés sur internet au format pdf par le biais du site https://bms-du-chatillonnais.e-monsite.com/.
Je vous envoie le pdf pour publication sur le vôtre. Cordialement. »
Yves, votre mail ne répond plus…
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Remerciements
Merci à Yves D. pour le carnet.
Merci à Philippe S. pour les corrections éventuelles et certaines recherches.
Nous avons ajouté du texte en bleu pour la compréhension de certains termes et pour aller « plus loin » dans l’analyse du récit. Les noms de villages ont été corrigés.
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Prélude
André dit (en 1989) :
« Mon
père, Gabriel DEGOIX (né 1891 à Saint-Broing-les-Moines),
achevait sa deuxième année de service militaire au 60ème régiment d'infanterie,
à Besançon, quand éclata la grande guerre. Il était alors caporal-sapeur,
affectation qu'il devait à sa profession de menuisier. Il avait, dès son
adolescence, l'habitude de noter les faits dont il était le témoin.
Il a
donc consigné, jour après jour sans en manquer aucun, sur six petits carnets,
les éléments de sa vie quotidienne pendant toute la guerre 1914-1918. Il est
extraordinairement attaché à la vie de son régiment, dans lequel il servira
plus de six années, et pour lequel il aura, toute sa vie, une sorte de
dévotion. C'est ainsi qu'il note soigneusement ce qui touche le 60ème R.I.: les pertes subies, les renforts reçus, les promotions et
changements d'affectation. De même, les actions militaires sont relatées
davantage au plan collectif que personnel : il parle peu de ses propres faits
d'armes, qui lui ont pourtant valu deux citations, la croix de guerre et la médaille
militaire.
J'ai
tenu à respecter fidèlement le texte, même si quelques passages peuvent sembler
fastidieux (l'ennui faisait aussi partie de la vie du soldat). J'ai seulement
aménagé des chapitres correspondant aux principales périodes d'activité ; et
j'ai ajouté, en italique, quelques brefs commentaires pour préciser certains
points ou expliciter certaines situations dont j'avais eu connaissance par mon
père. Si
j'édite aujourd'hui ce journal, c'est parce que je pense qu'il s'agit d'un
témoignage exceptionnel, mais dont il ne peut pas être pris connaissance sous
sa forme originale, peu lisible et très fragile. Je veux, surtout, répondre au souhait
souvent exprimé par mon père : faire en sorte que tant de peines et de
sacrifices ne sombrent pas dans l'oubli, qu'il en reste le souvenir, au moins
chez quelques-uns. »
I. MOBILISATIOM - PRISE DE MULHOUSE (31 juillet-26 août 1914)
II. BATAILLES DANS LA SOMME ET SUR L'AISNE (27 août 1914-15 août 1915)
III. LA CHAMPAGNE POUILLEUSE (16 août 1915-8 décembre 1915)
IV. MARNE - MEUSE - CAMP DE MAILLY (9 décembre 1915-1er février 1916)
V. VERDUN – Repos en Barrois – Retour à VERDUN (2 février 1916-17 avril 1916)
VI. Blessure et convalescence (18 avril 1916 - 19 décembre 1916)
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Rappel : Il est caporal en août 1914
Mobilisation générale le vendredi 31 juillet à quatre heures du soir.
Le 2ème bataillon part dans la nuit du 31 juillet au 1er août (Chèvremont). Le troisième bataillon part le 1er août à neuf heures du soir avec les sapeurs, la musique et la compagnie hors-rang.
La musique joue jusqu'au quai
d'embarquement ; une foule délirante nous accompagne et nous quittons Besançon
à 1h08 du matin (*).
Un arrêt de quelques minutes à Montbéliard, puis nous arrivons à Belfort. Le 44ème d'infanterie et le 12ème hussards nous ont déjà précédés.
Partout, ce ne sont que trains bondés de militaires, et plus aucun civil. Belfort me fait l'impression d'une assez jolie petite ville, quoique bien triste à sa sortie avec ses fossés et ses murailles ; nous marchons vite et nous arrivons à Bessoncourt, 7 km de Belfort, à la frontière allemande.
Tout le long de la route, ce n'est que mouvement de voitures, automobiles et motocyclettes. Deux aéroplanes de Belfort font ronfler gaiement leurs moteurs et passent très haut, au-dessus de la frontière prussienne. Quelques rares bruits de coups de feu. Nous sommes en plein dans la trouée de Belfort et, là, nous attendons courageusement le début des hostilités. Beaucoup de personnes évacuent le pays, principalement des étrangers, italiens pour la plupart.
A cinq heures, par ordre ministériel, les hommes qui ont de 15 à 60 ans sont réunis à Bessoncourt pour être employés du matin au soir à faire des tranchées. Nous sommes en cantonnement d’alerte ; dans la nuit, rien à signaler, sauf le passage des douaniers qui ont quitté la frontière.
(*) : Seul le 3ème bataillon, l’état-major et la
compagnie hors-rang partent à 1h08. Le 2ème bataillon était parti la veille, le
1er bataillon partira le soir du 2 août. Après débarquement, le 3ème bataillon
se dirige sur Bessoncourt.
Depuis ce matin, l'on ne voit qu'avions dans les airs ; quelques compagnies du 60ème ont quitté Bessoncourt. On annonce qu'une rencontre a eu lieu entre une patrouille du 171ème et l'ennemi : un caporal aurait été tué, ainsi que deux officiers allemands. Nous ne pouvons quitter le cantonnement sans être armés, et le fusil doit être constamment près de soi.
Nouvelle sous réserve : on annonce que l'aviateur Garros s'est jeté avec son aéroplane sur un Zeppelin, tuant ainsi 17 officiers allemands et lui-même.
Beaucoup d'Alsaciens passent la frontière.
Réveil subit à 3h.
Il parait que nous allons attaquer. Est-ce que c'est la bonne fois ? Voici le 16ème Dragons qui passe à 5h; ils ont l'air fatigués, ayant marché toute la nuit.
8h 1/2. Pluie battante. Nous ne sommes pas encore partis, sauf une compagnie qui a pris un emplacement dans les tranchées faites par les paysans du pays et le Génie.
L'artillerie de forteresse est prête avec de grosses pièces et peut, d'un moment à l'autre, bombarder les lignes ennemies et la gare allemande de Montreux-Vieux. Les tranchées sont très bien faites et admirablement dissimulées : faites au milieu de champs de blé, le blé arraché d'avance a été replacé sur la terre des tranchées et cache admirablement la défense aux vues de l'ennemi. Des reconnaissances sont sans cesse envoyées en avant et différents renseignements sont apportés.
Avec la pluie, plusieurs petits postes sont envahis par les eaux ; il y a même certains hommes qui ont été obligés de sortir, ayant de l'eau jusqu'au ventre.
A chaque moment, on s'attend toujours à entendre le canon pour rompre un peu cette monotonie.
Le soir, à 4h, arrivée du 60ème de réserve. (*)
Je vois beaucoup de camarades ; ils ont l'air tout joyeux et contents de faire leur devoir. Ils nous apportent un peu de nouvelles de Besançon: deux individus surpris à déboulonner les rails à Chalezeube, à 6h du soir, ont été fusillés à la citadelle à 9h.
Le soir, une compagnie de réservistes prend déjà les avant-postes. J'ai vu ESTIER qui est venu avec les réservistes. La 6ème compagnie a pris un dragon prussien qui a été conduit de suite sur Belfort.
(*) : Le 260ème régiment d’infanterie.
Toujours à Bessoncourt.
La pluie a cessé et le beau temps permet le séchage des effets mouillés depuis deux jours.
Au village, il n'y a plus guère à manger et à boire, sauf de l’eau : il faut se contenter de l'ordinaire qui, jusqu'à ce moment, a encore fonctionné régulièrement; quoique l’approvisionnement soit assez difficile par suite de la dispersion des bataillons.
Ce matin, un aéroplane français est passé au-dessus de nous, allant faire une reconnaissance.
Ce soir, nous avons fait une petite marche d'une dizaine de kilomètres : Bessoncourt-Chèvremont-Foussemagne et Frais ; nous sommes passés à 400 mètres de la frontière. Pendant toute la promenade, nous avons été survolés par les aéroplanes de Belfort. La troupe est fiévreuse et désire du changement ; je pense qu'il y en aura demain.
D’après les bruits qui circulent en ville, il paraît qu'il y a une grande bataille à Nancy. Nous aurons sans doute du nouveau demain.
A Grandvillars, un capitaine allemand déguisé en prêtre a été reconnu et fusillé sur-le-champ ; à la frontière, quelques escarmouches.
Un soldat du 171ème a été tué par méprise par un douanier français. Le sergent qui l'accompagnait, et un soldat, ont levé tout de suite leurs képis pour se faire reconnaître ; le pauvre diable a été ramené par le tramway, mort et tout ensanglanté.
Un cavalier du 12ème Dragons est tombé de cheval de fatigue après être resté plus de 13 heures à cheval. Il a repris connaissance au bout d'une heure ; son état n'est pas grave
Réveil à 3h. Nous quittons Bessoncourt, toujours par une pluie battante, et nous arrivons à Frais.
A peine arrivés et déséquipés, alerte ; vivement le fusil approvisionné, et en route, sans sac. Ce n'était qu'une simple alerte donnée par la rencontre d'une dizaine d’uhlans, lesquels sont tués, sauf un cheval pris que nous ramenons au village. Quelques balles ont déjà sifflé aux oreilles des plus avancés.
Enfin, aujourd'hui, nous avons des troupes chez l'ennemi : les 35ème, 42ème, 44ème, qui sont à 5 km sur la terre alsacienne. En face de moi se trouve un observatoire allemand ; c'est une sorte de tour Eiffel en bois qui paraît avoir une trentaine de mètres de hauteur; à l'heure actuelle, il est en notre possession; et nous -1er bataillon du 60ème- sommes encore à 2 km de la frontière.
Au lointain, quelques coups de canon nous font penser à un engagement voisin.
Le soir, au rapport, on parle d'une alerte probable.
Enfin, nous sommes partis ; on va pouvoir se dérouiller les jambes. Nous passons à Cunelières, Foussemagne, et nous franchissons la douane, puis le fameux poteau-frontière, celui allemand est à terre.
Il fait un brouillard intense et, jusqu'à cinq heures du matin, nous restons à geler sur place en attendant le rassemblement complet. Puis la troupe se met en marche par monts, bois et vallons pleins d'eau. De temps en temps, des coups de fusil tirés par des patrouilles se rencontrant. Quelques blessés, un accident à déplorer : un jeune soldat, ne connaissant pas trop les uniformes, tue au coin d'un bois un de nos dragons. Pauvre diable !
Nous traversons différents bois, surtout le bois de Retzwiller, puis différents villages. Tout-à-coup, à Danerkich (Dannemarie), une fusillade assez violente s'engage entre le 2ème bataillon du 60ème et des troupes du 112ème d'infanterie de Mulhouse.
Un de mes camarades, COLOMB (*), de la 8ème compagnie, garde-magasin, est tué raide. Le sergent Des...nt a la main gauche traversée et bien d'autres encore.
Puis tout se tait, l'on continue avec prudence la marche en avant vers Altkirch où un violent combat va s'engager. Le village est occupé par le 112ème de Mulhouse, fort d'environ 4000 hommes et peu disposé à nous donner la place. Un violent combat d'artillerie se produit; explosifs et shrapnells font rage. Notre artillerie est admirable et le 75, en peu de temps et avec un tir d'une justesse remarquable, a vite fait de réduire l'artillerie allemande qui laisse sur le terrain deux de ses pièces avec un bon nombre d'obus.
Mais, le plus terrible, c'est le combat d'infanterie. Les Allemands ont eu le temps de se fortifier et, pour enlever la place, il faudra que nous en mettions. Je ne dirai rien du combat, on ne peut expliquer quelle atroce chose cela est.
Un obus éclate à 20 mètres de nous ; le sifflement qui précède son arrivée nous avait permis à tous de nous coucher et de ne pas être atteints par les éclats.
Le combat dure près de 5 heures.
Plusieurs de mes anciens camarades de la 6ème compagnie sont tombés : (Auguste) COEURDEVEY, (Charles) FANET, le capitaine (Jules) BONNOTTE, le jeune lieutenant (Robert DUFFAUT) DE SAINT-ÉTIENNE, sont tués au moment de l'assaut à la baïonnette. (**)
Le soir, le combat cesse; le drapeau blanc est hissé à Altkirch et nous entrons à la nuit au village.
Quel triste spectacle ! Les maisons éventrées, quelques-unes même ........; les gens sont affolés; et les morts et blessés ! Je n'ose dire ce que cette vue produit dans mon esprit. Les brancardiers font bravement leur devoir ; mais le champ de bataille est trop grand et, dans la nuit noire et sous la pluie fine qui tombe, on entend les cris de pauvres diables blessés qui, sûrement, ne seront pas ramassés ce soir.
Nous logeons dans une usine et, toutes les demi-heures, un homme relève son précédent devant la porte, afin d'éviter toute surprise, quoique les avant-postes soient bien gardés. Nous nous attendons à repartir dans la matinée.
Dans ce logement, nous trouvons bien des articles abandonnés par les Allemands surpris par le bombardement.
(*) : Le seul ‘’ COLLOMB ‘’ (ou orthographe avoisinante)
du 60ème régiment d’infanterie est Georges Émile COLLOMB mais mort pour la
France le 29 août 1914 à Harbonnières (80). Voir sa fiche.
Ce ne peut être lui. C’est certainement une erreur de retranscription ?
Ne s’agit-il pas de Charles PLOMB tué le même jour ?
Voir sa fiche.
On y remarque que la retranscription du déces été faite à Is-sur-Tille, village voisin de celui de
Gabriel DEGOIX.
(**) Auguste COEURDEVEY, 2ème classe au 60ème régiment
d’infanterie, mort pour la France le 7 août 1914 à Altkirch. Voir sa fiche.
Charles FANET, soldat au 60ème régiment d’infanterie,
mort pour la France le 7 août 1914 à Altkirch. Voir sa
fiche
Jules Léon Charles BENOTTE, capitaine, au 60ème régiment
d’infanterie, mort pour la France le 7 août 1914 à Altkirch. Voir sa fiche.
Robert Charles DUFFAUT DE SAINT ÉTIENNE, sous-lieutenant
au 60ème régiment d’infanterie, mort pour la France le 7 août 1914 à Altkirch. Voir sa fiche.
Le lendemain, réveil à 1 h et demie.
Nous ne partons qu'à 3 heures et nous traversons le pays qui est vraiment saccagé, surtout à l'endroit où les Allemands ont quitté le village. Plusieurs maisons et toitures sont littéralement transpercées.
Puis c'est la route de Danerkirch, où nous retournons, laissant nos positions conquises à la garde du 35ème et du 42ème. Sur cette route, de chaque côté, c'étaient des champs de choux, mais, maintenant, ce sont des champs de bataille où l'on voit les morts de tous côtés, dans des positions atroces, le visage marqué de rictus épouvantables.
Dans un endroit, un fusil, plus loin un sac, ailleurs une musette ou un bidon, puis des corps, surtout français puisqu'ils sont dans la partie où nous avancions. Que c'est triste et morne ! Je quitte ce sujet trop pénible.
Arrivé à mi-chemin, nous avons contrordre. Nous faisons une grande pause et nous revenons à Altkirch, drapeau déployé, musique en tête. L'accueil que nous font les habitants est merveilleux et nous réconforte.
Tous les morts sont maintenant rassemblés et placés dans la fosse commune, sauf le capitaine et le lieutenant qui sont enterrés au cimetière (...... ............) l'égalité devant la mort.
Il reste à louer, pendant la journée, l'activité des brancardiers et des dames de la Croix-Rouge.
Nuit tranquille qui permet de réparer nos forces. Pendant la nuit, et la veille déjà, passent des quantités de cavalerie et d'artillerie.
A 8 heures, le matin, nous partons occuper les hauteurs situées à quelques kilomètres d'Altkirch, en vue de protéger, non seulement la ville, mais le passage de nos troupes.
Il fait très chaud, aussi, à la première pause, je me fais couper les cheveux par l'ami DEVARENNE.
Un aéroplane allemand passe au-dessus de nous. Ils sont faciles à reconnaître car ils ont deux croix noires, une sous chaque aile, et le gouvernail de profondeur est rond.
A Altkirch, on trouve encore beaucoup de vieux Français, qui aiment la France, et l'on trouve encore facilement à se nourrir, mais le vin coûte 1f25 le litre, l'absinthe Pernod Of60. Ce sont les droits énormes d'entrée sur ces articles qui en font la cherté.
Le soir, nous attendons des nouvelles pour le lendemain, seulement, nous ne savons pas encore à quelle heure sera le départ.
Nous sommes réveillés le matin de bonne heure et nous partons à 5h. Dans le lointain, du côté de Mulhouse, on entend le canon tonner; cela durera tout le jour.
Il fait une chaleur épouvantable. Aussi, beaucoup de nos hommes sont tombés dans la journée, surtout le soir, où nous sommes obligés de réquisitionner deux voitures pour placer les sacs des retardataires fatigués.
Nous marchons toute la journée mais, hélas, nous arriverons en retard. On nous annonce que la 41ème division, qui était à Mulhouse, a été attaquée par deux corps allemands. L’effort n'a pu être soutenu et, après une bataille d'une journée, nous reculons.
Le 35ème, le 42ème et le 23ème sont dans un état lamentable, un bataillon reste à peine par régiment, mais ils ont vendu chèrement leurs vies.
Mais quoi faire, hélas, une poignée d'hommes devant près de 100000 ! Il faut voir ces pauvres gars, tous noirs, la plupart sans sac, fatigués à tomber, mais ils sont contents d'avoir fait leur devoir jusqu'au bout.
Maintenant, il serait à souhaiter que l'on vienne à notre secours, car la marche en avant nous est impossible. Sans cesse, les aéroplanes allemands sont au-dessus de nous, et c'est eux qui ont si bien renseigné sur nos positions.
Le soir, seulement, un aéroplane français passe et va voir les positions ennemies. Il est salué par une violente canonnade des allemands, mais il n'est pas atteint.
Dans la retraite, c'est un fouillis d'artillerie, de cavalerie, d'infanterie, des chasseurs à pied des 15, 21 et 45ème bataillons. Ces pauvres diables sont particulièrement fatigués : ils luttent depuis deux jours sans avoir mangé.
L'alerte faite par les Allemands à Mulhouse a eu lieu vers une heure du matin. Quelques civils allemands tiraient dans la nuit, en ville, à bout portant, avec des revolvers et des fusils de chasse, sur nos soldats.
Le soir, nous arrivons pour coucher à Bellemagny où, quoique toujours en alerte et mélangés, nous passons une nuit bien gagnée.
Le matin, j'ai vu GOBET et l'adjudant-chef RIBAUT se rendant à Altkirch avec le 260ème. Que vont-ils faire ?
Réveil à 5h.
Nous nous dirigeons du côté de la France et nous nous arrêtons à un kilomètre de la frontière, dans un petit bois où nous resterons tout le jour. Nous sommes en face d'un observatoire allemand que nous voyions déjà depuis Frais.
Le soir, nous faisons des baraquements (bivouacs en feuillage). C’est la première fois de la campagne, nous coupons paille, blé, avoine, pour nous servir de couche.
Toute la soirée, des aéroplanes des deux partis nous survolent et cherchent des indications.
La nuit se passe sans incident, quoiqu'il ait fait très frais, surtout quand on n'a pas l'habitude de camper en plein air.
Réveil à 3 heures. Nous sommes un peu tranquilles jusqu'à 8 heures.
tout-a-coup, un aéroplane allemand passe, et, peu après, une violente canonnade nous est envoyée par les Allemands. L’aéroplane est passé sur nos convois et a lancé quelques plaquettes extrêmement brillantes, comme du mica. Les Allemands, qui suivaient le voyage aérien de leur aéroplane, ont vu ces plaques brillantes et, de ce fait, ont eu le temps de repérer exactement l'emplacement des convois.
Malgré cet ouragan de fer, un seul chasseur à cheval est tué, et un cheval blessé. Nos pièces leur répondent, puis tout se tait et le calme revient, peut-être pas pour longtemps. Voici un aéroplane français qui vient de faire une excursion chez eux.
Midi. Voici un dragon qui revient à cheval, il est pâle, il est blessé.
Etant allé en reconnaissance à Traubac, il a été blessé à la jambe, rien de bien sérieux. Dans quinze jours, il reprendra son service. Maintenant, on commence à s'aguerrir, et le bruit des obus impressionne un peu moins que le premier jour.
Le soir, vers 3 heures, les Allemands font entendre leur fusillade. Trois fois de suite, nous passons la frontière, trois fois nous rentrons en Alsace, et le soir, malgré l'ennemi, nous restons sur nos positions.
On nous annonce que l'ennemi a encore amené à Dannerkirch (Dannemarie) un régiment d'infanterie et un fort groupe d'artillerie.
Ce soir, nous sommes encore bien fatigués, et les distributions ne se font que fort tard dans la nuit, comme d'habitude d'ailleurs. Les avant-postes sont pris règlementairement, tout paraît calme.
Nous avons couché à Reppe, village français.
Le matin, au moment de faire la soupe, presque terminée même, il nous faut partir, l'ennemi étant signalé et préparant une attaque sérieuse. Nous reculons jusqu'à Fontaine avec le drapeau. Puis le 60ème et le 44ème reprennent l'offensive, soutenus par le 47ème d'artillerie.
La lutte s'engage, chaude, et la fusillade dure pendant plus de 3 heures. La veille, heureusement, nous n'étions pas restés inactifs, et la place que nous occupions avait été solidement retranchée, c'est sur ces retranchements que les Allemands viennent s'écraser. Les balles sifflent de tous côtés, l'une coupe une branche au-dessus de ma tête, nous avons plusieurs blessés, entre autres le jeune sous-lieutenant qui a remplacé le capitaine de la 6ème compagnie, et un seul mort, le soldat DEQUAY, toujours de la 6ème compagnie.
Les Allemands ont eu de fortes pertes.
Le soir, je suis passé sur tout le champ de bataille et j'ai encore vu les blessures horribles, faites surtout par l'artillerie.
Là, un éclat d'obus a enlevé une tête, plus loin, une jambe est à côté d'un corps, un pied est ouvert comme si on lui avait donné un coup de hache. Je vois aussi les blessés (allemands), quand on approche pour les ramasser, ils hurlent, ils se traînent, ce qui ferait presque croire qu'ils nous l'ont fait à Mulhouse, mais non, nous sommes français !
Nous leur donnons de l'eau-de-vie et des cigarettes, qu'ils fument par saccades, s'arrêtant parfois pour souffrir. Nous avons plusieurs prisonniers, toujours en habits gris : impossible de les voir.
Le soir, nous regagnons nos cantonnements à Fontaine, toujours éreintés, car nous sommes toujours seuls et nous tapons tous les jours.
Grasse matinée à Fontaine.
Nous sommes logés chez un docteur et, là, nous sommes très bien. Nous apercevons dans la journée l'aéroplane allemand qui vient nous rendre visite, il passe sur son champ de bataille de la veille.
Il parait que nous concentrons beaucoup de forces et que nous allons reprendre la marche en avant et rentrer en Alsace. Le général PAU a remplacé le général BONNEAU au commandement.
J'avais omis de dire, dès le début de mon journal, que chaque fois que nous passions dans un pays, une cloche sonnait, et, si c'était l'état-major, deux cloches, je crois que cet état de choses va finir.
J'ai vu un caporal du 35ème qui était à Mulhouse et qui reculait un des derniers. Il a vu une femme allemande et ses deux fils qui, sur le champ de bataille, dépouillaient les blessés et les achevaient ensuite. Il les a fusillés sur-le-champ.
A 4 heures du soir, nous partons et nous traversons encore une fois la frontière, est-ce la bonne ? Nous allons cantonner à Elbach, un des premiers villages allemands, où nous arrivons à 7h.
Nous faisons le café et nous touchons la viande, le pain n'est pas encore arrivé.
Quelle différence avec le même jour il y a un mois !
Bonne nuit à Elbach.
A mon réveil, je pense à la fête de l'Assomption, jour où, peut-être, j'aurais dû être en permission près de mes parents. Mais la destinée a voulu qu'il en soit tout autrement.
Nous avons toujours la visite d'aéroplanes allemands, ils ont vraiment une audace incroyable.
A midi, le 1er bataillon part pour Dannemarie. Le temps s'est un peu brouillé et une légère pluie se fait sentir. Dans tous les villages allemands, les maisons et les fermes, même isolées, sont numérotés, absolument comme dans les villes Françaises.
J'apprends aussi que, pendant notre retraite de Mulhouse, les Allemands ont employé un stratagème peu loyal : ils sonnèrent le refrain du 42ème et le rassemblement, et eurent ainsi plus facile de tirer sur nos malheureux soldats.
Pendant la nuit, j'ai pris le planton au poste de police et, à cinq heures, départ.
La pluie a cessé et le temps est beaucoup plus frais. Nous partons avec le 2ème bataillon, nous passons à R....dorf, Obertraubach, Gildwiller, petit village sur une crête où nous faisons halte.
On m'apprend qu'au combat de Reppe, où nous avons eu 80 prisonniers qui ont été repris ensuite par le 235ème de réserve, les Allemands avaient emmené un de nos blessés, l'avaient mis sur une crête sous notre feu, et le sommaient de dire combien ils avaient d'hommes devant eux. Le pauvre diable reçut trois balles françaises.
Reculant devant nos troupes, les Allemands le précipitèrent dans le canal où nous le trouvâmes et il put, avant d'expirer, raconter son histoire.
Nous avons passé une nuit tranquille à Gildwiller.
La pluie a repris de plus belle, c'est très ennuyeux, surtout pour faire la soupe en plein air. Je viens de voir passer un chasseur à cheval avec deux prisonniers, ils ont l'air contents d'être pris, ils ne doivent pas être bien aux avant-postes, comme les nôtres d'ailleurs.
Tous nos chevaux couchent dans le bois et, par la pluie, beaucoup ont le rhume, il est à craindre que certains tombent d'ici peu.
Hier, nous sommes passés le long d'un canal, les Allemands ont fait sauter les digues retenant l'eau, inondant le vallon et rendant le canal inutilisable.
Nous quittons Gildwiller à 4h du matin pour une destination inconnue, toujours par une pluie qui nous transperce. Nous traversons des bois par des chemins défoncés, de la boue jusqu'aux genoux, nous sommes méconnaissables. Pendant toute la journée, confection de tranchées.
Le soir, nous cantonnons à Burnhaupt, mais avant d'arriver, quelle désolation : les Allemands avaient fait autour du village un véritable camp retranché, des centaines de gros cerisiers bien droits, qui feraient de si belles planches, ont été abattus. C'est horrible.
Dans un village proche, ils ont brûlé 50 maisons dans leur retraite, ayant trouvé 1200 bouteilles de bon vin, ils en buvaient une gorgée et cassaient les bouteilles, ne voulant rien laisser après leur passage.
Sur la route, de temps à autre, un petit monticule de terre fraîchement remuée, une croix de fortune : c'est un pauvre camarade qui reste là et dont les parents n'auront jamais plus de nouvelles.
Voici deux jours que je couche près d'ESTIER, celà fait du bien de revoir les camarades. Je voudrais bien voir GOBET, il doit moisir dans son 260ème.
Nous sommes au pays, chez une dame dont le mari est parti soldat en Allemagne, elle a l'air de ne guère songer à lui. Dans un jardin, derrière une maison, les Allemands ont brûlé tous nos sacs, nos fusils, les bidons, les bouthéons, sont tous transpercés de coups de baïonnette. je me demande avec anxiété quel sort ont eu ces pauvres soldats français.
Nous avons passé une nuit calme et quittons le village à 6h du matin.
Le canon se fait entendre de tous côtés, en effet, dans la journée, il y aura du grabuge. Quelques coups de canon dès les 8h, puis des coups de fusil viennent ensuite. En quittant le village, le matin, le 35ème a pris notre gauche. C'est lui qui prend contact avec deux régiments allemands venus avec l'idée de nous attaquer.
Nous traversons plusieurs villages et la bataille s'engage, très chaude, devant Dornach, faubourg de Mulhouse. L'artillerie allemande est détruite, en très peu de temps, par l'infanterie et l'artillerie françaises et, à la fin du combat, nous avons 24 pièces et une douzaine de chevaux en notre possession.
Les ennemis sont retranchés dans toutes les maisons et tirent à coup sûr sur nos tirailleurs. Je vois, côte à côte, cinq morts du 42ème, dont un lieutenant et un sergent, tous sont touchés à la tête, et la cervelle coule par des trous béants. La victoire nous a coûté pas mal de monde, mais l'ennemi a eu du mal aussi, nous avons fait au moins 300 prisonniers.
Nous traversons Dornach, et nous fouillons toutes les maisons où nous cueillons quelques prisonniers et même des civils dont le sort n'est pas enviable. Nous arrivons à Mulhouse, qui est une très jolie ville, nous sommes reçus à bras ouverts, est-il bien réel, ce sentiment, après ce qui s'est passé il y a huit jours ? Nous passons la ville et nous campons, la nuit, en plein air, au milieu des champs de blé.
La nuit se passe calmement mais, le matin,
il ne fait pas chaud. Cela ne vaut pas le bon lit de Saint-Broing.
(*)
Nous sommes dans une contrée très fertile, les récoltes sont magnifiques, mais saccagées, je n'ai jamais vu une telle épaisseur de terre, dans les tranchées, que l'on fait pour tireur debout, on ne rencontre même pas un caillou.
(*) : Son village natal
Il fait beau.
Les unités placées à notre droite nous disent qu'il y a contreattaque des Allemands plus au sud. la nouvelle n'est pas encore confirmée. Un aéroplane allemand a été capturé par les nôtres (le pilote ayant été blessé, l'aéroplane a été obligé d'atterrir sur le terrain conquis). A Mulhouse, on a trouvé quantité de sacs abandonnés par les Allemands pendant leur fuite éperdue.
Comme je l'ai dit plus haut, j'ai eu frais cette nuit, aussi ai-je attrapé un rhume qui m'a l'air de s'enraciner sérieusement.
Le soir, nous quittons notre emplacement, et nous allons coucher dans une caserne du 5ème chasseurs (allemands).
J'ai passé une excellente nuit, car il y a bien longtemps que je n'avais couché sur un matelas, mais pas de drap.
Je ne puis que louer l'installation splendide des casernes allemandes : eau, électricité, jardin potager, verdure partout, en un mot, tout le confort moderne. Les chambres des sous-officiers mariés sont très bien installées, partout double lit car, ici, leurs femmes logent à la caserne, il y a même un certain luxe.
Une bande de cambrioleurs et de vandales est passée avant nous et, vraiment, cela fait peine de voir tous ces meubles brisés, ces glaces broyées, ces portes enfoncées, le linge fin, les toilettes neuves des dames et des sous-officiers, tout piétinés et boueux. Plus rien de valeur ne reste, tout est détruit ou emporté.
Dans les magasins, il y a des quantités de couvertures, quant aux magasins à vivres et à fourrage, tout est brûlé.
Dans la journée, l'aéroplane allemand nous survole deux fois, il prépare encore quelque chose.
Enfin, nous ne sommes pas mal, je ne sais jusqu'à quand cela va durer.
Le soir, orage de courte durée. Je viens de voir des fascicules de mobilisation de réservistes allemands, j'en suis resté ébahi : ils devaient rejoindre, le quinzième jour de la mobilisation, à Reims, Verdun, Châlons-s-Marne, Nancy.
Vraiment, c'est à n'y pas croire.
Réveil de bon matin, il paraît que nous quittons la caserne. Il n'en est rien, nous partons seulement en dehors où nous abattons des arbres pour faciliter le tir de l'infanterie et de l'artillerie. Je suis allé à Mulhouse hier soir et j'ai trouvé la ville charmante, elle a l'air d'être très industrielle et très peuplée.
Le soir, réparation d'un avant-train jusqu'à minuit.
Réparation de limonières chez un charron, en ville. Temps superbe. On entend le canon dans le lointain.
En ville, j'ai parlé à plusieurs personnes, des civils, qui m'ont entretenu des vexations qu'ils enduraient de la part des Allemands. Enfin, nous sommes fort bien à Mulhouse : bon vin du Rhin, etc.., je garderai, si je peux, un bon souvenir de cette ville.
Le soir, on nous fait préparer et monter tous nos sacs, car il paraît que l'on quitte pendant la nuit.
J'apprends à l'instant la mort du sergent COLIN, tué dans un combat. C'était mon ancien sergent au casernement, un brave garçon, il était au 260ème avec GOBET dont je n'ai pas de nouvelles depuis 20 jours.
Nous restons toute la journée encore à Mulhouse, car un contrordre pour notre départ est arrivé à 9h du soir. Nous devions aller au secours d'une division placée à notre gauche mais, cette unité étant restée maître du terrain, nous sommes restés à la caserne.
Toute la journée, nous avons continué à faire des brancards pour voitures.
A 6 heures du soir, nous recevons l'ordre de quitter Mulhouse avec tout le 7ème corps, sauf une division, nous allons retourner du côté de la France et, de là, où ? Mystère. Il paraît que nous allons à Bréchaumont, ce qui fait une perspective de 30 kilomètres, en partant à 8h, c'est une nuit de marche.
Les habitants de Mulhouse sont inquiets de notre départ, ils ont une peur énorme du retour des Allemands.
De toute ma vie militaire, je n'ai été tant fatigué : nous sommes venus directement de Mulhouse à Lachapelle, où il y a eu grande halte, puis nous avons continué jusqu'à Offemont, soit en tout quarante-huit kilomètres.
Tout le long du chemin, ce n'est que cavalerie, artillerie, camions automobiles. Un aéroplane allemand vient nous survoler, deux des nôtres sortent de Belfort et lui font la reconduite. Nous avons bien besoin de repos.
Il paraît que nous embarquons demain matin à Belfort pour Valenciennes. J'ai vu le journal d'Alsace: on dit qu'il faut en mettre dans le Nord, nous allons aller aider nos camarades pour la grande cause.
La nuit a été bonne, nous avons couché dans une grange avec soixante-dix vieux papas territoriaux qui nous ont fait bien rire, ils sont tous de l'artillerie de forteresse et font des tranchées au fort de Rappe. Ils préparent aussi une sorte de barrage qui permettrait de former un lac au pied du fort en cas d'attaque.
Nous quittons Offemont à 8 h et demie, à Belfort, nous partons à onze heures. Nous voilà partis, nous passons dans ce vieux Besançon, partout, ce ne sont qu'ovations, questions de toutes natures, on nous jette des vivres, le train est couvert de fleurs, enfin, voici la nuit qui arrive, et je m'endors avec mes quarante camarades, assis dans le wagon.
Je n'ai pas vu passer Dijon, je dormais. Je me réveille à Sens et je continue ma route.
Nous sommes acclamés formidablement près de Paris, quand nous passons sur le chemin de fer de ceinture, nous continuons par Creil, et, enfin, nous nous arrêtons le soir entre Amiens et Arras, à Guillaucourt.
Nous sommes fatigués par cette journée de voyage, surtout après les 50 kilomètres de Mulhouse à Belfort. On nous dit que les Allemands sont à Cambrai, dévastant et pillant tout sur leur passage. Le 7ème corps se chargera bien d'arrêter cette horde barbare et bien germanique.
Le soir, nous logeons encore dans une grange.
Bonne nuit réparatrice.
Les trains se succèdent sans arrêt, amenant des troupes de l'Est et, là, je revois quelques camarades. Le temps est brumeux : c'est le temps du Nord.
A 8 heures, nous partons à Bayonvillers, distant de 2 kilomètres (tous ces pays sont dans la Somme). On entend, dans le lointain, une forte canonnade. Un aéroplane allemand et un français sont passés au-dessus de nous. On annonce qu'une division de cavalerie allemande a été anéantie près de la frontière : elle s'est trouvé coincée, s'étant fait rejeter sur un pont miné par le génie, et ensuite a été détruite par les bataillons de chasseurs alpins.
Souvenir au sujet des Turcos (*).
(*) : Les tirailleurs algériens, appelés aussi Turcos,
sont des unités d'infanterie.
Nous quittons le village à 5 heures du matin, par la brume, et nous allons nous placer entre Bayonvillers et Harbonnières. Je viens de voir quelques alpins égarés. Aujourd'hui sera une journée terrible.
Plusieurs aéroplanes allemands nous survolent et, sûrement, doivent repérer nos points. La place que nous occupons est une vaste plaine de 4 km au carré de toutes faces, les Allemands occupent le bois et une colline situés en arrière du village d'Harbonnières. L'artillerie allemande attaque à 8h10, et le bruit atroce des balles et le ronflement des obus dureront jusqu'au soir.
Jamais pareil choc n'avait encore eu lieu, ce fut horrible. Ayant cantonné la nuit dans les villages environnant, nous ne comptions pas subir déjà l'attaque allemande, mais eux, sachant que le 7ème corps avait débarqué, et débarquait encore, avaient fait une marche forcée, traversé Péronne, et arrivaient sur nous au matin.
Le 60ème et le 44ème avaient, avec le 47ème d'artillerie, la mission d'honneur de les tenir le plus longtemps possible. Je passerai sur le combat, et je ne donnerai que quelques détails. Beaucoup de camarades, aujourd'hui, vont tomber ou seront faits prisonniers. GEOFFROY, de la 8ème, reçoit une balle en plein front, GUY reçoit trois balles, dont une en pleine poitrine, COUDRY, de la 8ème, a la tête emportée par un obus, on voit la colonne vertébrale à nu, ses habits sont en feu. (*)
Le soir, le 35ème et le 42ème arrivent à notre aide : heureusement, car, sans eux, pas un ne serait revenu. Il faut nous replier, et l'artillerie protège la retraite qui s'effectue en assez bon ordre. Mais, hélas, nos effectifs sont diminués : la 5ème compagnie n'a plus que vingt hommes. En un mot, le 60ème laisse de mille à onze cents hommes, tant tués que blessés et disparus.
Au 2ème bataillon, douze officiers sur dix-huit sont absents. En tout, sept capitaines manquent. Dans les autres régiments, il en est à peu près de même. Nous nous replions, soutenus par le 5ème d'artillerie qui n'est arrivé que le soir, il se trouvait à notre droite et n'a même pas reçu l'ordre de venir nous donner un coup de main.
Il paraît que le général PERCIN, celui qui a oublié de donner l'ordre reçu, a été fusillé à Amiens : c'est un bon exemple, que toute la troupe approuve. (**)
Le soir, nous reculons.
On nous disait toujours qu'on arrêtait dans tel et tel pays, mais, arrivés là, toujours plus loin. Et nous ne pouvions plus marcher, c'était la fatigue à un point maximum.
Vers les 11 heures du soir, nous ne pouvons pas aller plus loin, et nous arrêtons à Péronney où nous couchons sur le trottoir.
Drôle de nuit !
(*) : Louis Auguste Charles GEOFFROY, soldat de la 8ème
compagnie du 60ème régiment d’infanterie, mort pour la France à Harbonnières
(Somme). Voir sa fiche.
Célestin César GUY, soldat au 60ème régiment
d’infanterie, mort pour la France à Harbonnières (Somme). Voir
sa fiche.
Arnault Ernest COUDRY, soldat de la 8ème compagnie du
60ème régiment d’infanterie, mort pour la France à Harbonnières (Somme). Voir sa fiche.
(**) : Aucun général a été fusillé en 14/18. Alexandre
PERCIN très critiqué pour ses actions militaires sera sommis
à enquête, puis blanchit.
Nous partons dès le matin et toujours à la même vitesse, et les kilomètres s'ajoutent aux kilomètres. Nous arrêtons à 11 heures à Gratibus, à 8 km de Montdidier. Nous croyons être tranquilles mais, hélas, il n'en est rien : à 2 heures, il faut partir et la marche lente reprend, avec des pauses toutes les 20 minutes, tellement les hommes sont fatigués.
Le soir, nous couchons à Lahérelle. Nous avons rencontré des turcos sur la route.
Reprise de notre marche et, toute la journée, kilomètres et kilomètres : c'est affreux. Les compagnies ont réquisitionné des voitures pour mettre les sacs des hommes, et nous n'avons pas été réapprovisionnés depuis deux jours. On voit quelques aéroplanes dans la journée, et nous rencontrons beaucoup de soldats. J'ai mis mon sac dans la voiture (*) : c'est la première fois.
Nous arrivons à 7 heures du soir à Etouy, et nous nous couchons de suite.
(*) : Rappel : Ce sont des voitures hippomobiles.
Nous avons passé une bonne nuit à Etouy et nous comptons rester au village la journée, si aucun ordre ne vient nous faire partir. J'ai vu un mitrailleur du 42ème qui est devenu complètement fou : il a les yeux hagards, remue la tête de droite à gauche, il a toujours le bras droit avancé, et fait le mouvement de tirer sur la gachette de sa pièce. Il répète sans cesse :
" Roger, passemoi une bande ! Mon
lieutenant, la pièce est foutue ! ".
En effet, ces pauvres mitrailleuses ont reçu un fameux choc, au 60ème, elles sont pour la plupart détruites, ou bien la moitié des pièces est perdue. Il en est de même pour les mitrailleurs, qui ont fait bravement leur devoir.
Tous les gens émigrent, il paraît que c'est un ordre ministériel, ils n'emportent que le strict nécessaire, ils sont montés sur de lourds chariots, comme au temps des Romains. Je viens de voir une pauvre femme, toute pâle, elle est accouchée de la veille, et elle marche quand même.
Toute la journée, nous avons réparé des limons de voitures.
Nous quittons Etouy à 7h du matin.
La nuit, pour moi, a été peu tranquille car, la compagnie étant restreinte, il a fallu prendre la garde, avec mes sapeurs, aux issues du village. Le 42ème, qui se trouvait aux avant-postes, a tué trois uhlans et en a fait prisonniers trois.
Nous marchons vite, car on entend le canon, les patrouilles allemandes sont à nos trousses et, dans la situation où nous sommes, après la bagarre de l'autre jour, il serait difficile d'accepter le combat.
Nous passons à la Neuville-en-Hez, Thury, Hondainville, Augy, Mouy, Bury, Cires-les-Mello, et là, nous arrêtons pour faire la pause, après 25 kilomètres de marche.
Le canon s'est un peu tu. Il fait une chaleur sénégalaise et, vraiment, depuis que nous sommes dans cette région du Nord, jamais je n'ai bu autant de cidre. Dans le lointain, en arrière de nous, on voit de gros nuages de fumée : sûrement quelques maisons détruites par l'envahisseur. Un dragon nous apprend à l'instant que les Allemands se sont fait battre à Pont-Ste Maxence : les Anglais avaient été surpris pendant le pansage de leurs montures, les Français sont arrivés juste à temps pour changer la face des choses.
Le soir, nous arrivons éreintés à Neuilly-en-Thelle et, là, j'espère passer une bonne nuit.
La nuit a été bonne.
Nous avons couché pêle-mêle dans une grange avec les émigrants. Sur tous les chemins où nous passons, ce ne sont que caravanes qui fuient à l'approche de l'envahisseur. Il fait toujours la même chaleur, et les kilomètres sont toujours nombreux, nous passons au Mesnil-en-Thelle, à Persan, Beaumont, St-Martin-en-Tertre, Fontenay (en-Parisis), Louvres.
Nous arrivons au cantonnement, le soir, à 9 heures, en prenant toutes les précautions voulues, car l'ennemi est près de nous : il est, pour ainsi dire, arrivé avant nous à Paris. Tous les villages sont complètement abandonnés, car il va se passer un grand choc, ici, dans quelques jours.
Le Génie détruit tous les ouvrages d'art, à Beaumont, cela faisait peine à voir : un pont en fer, d'au moins 100 mètres de long, était tout prêt à être détruit. Dans le village, ce ne sont que troupes de toutes armes, la nuit, nous bivouaquons en plein air dans le parc d'un château.
La nuit a été fraîche et, le matin, au réveil, les membres sont raides. Je ne sais si, aujourd'hui, nous pourrons faire un peu de cuisine, car voici deux jours que nous n'avons pas le temps de rien faire cuire.
Près de moi, je vois le Génie qui installe un poste de télégraphie sans fil. Il paraît que nous sommes maintenant en réserve, vraiment, ce n'est pas malheureux, après toutes nos fatigues, nous avons bien besoin de repos. Nous partons à 7 heures, à 2 km du village, dans un chemin creux et à l'ombre des arbres fruitiers, nous prenons une bonne sieste en passant.
Le soir, cantonnement à Marly-la-Ville où, paraît-il, nous allons prendre du repos.
Nous avons bien reposé, seulement, toujours la même chose : le matin, réveil à 3 heures et départ à 6 heures. Nous reprenons directement vers le Nord, car les Allemands se replient. (*)
Il paraît qu'ils auraient été coupés, ce qui aurait
déterminé ce mouvement de recul. Nous arrivons à Mortefontaine, après St-Witz,
où nous trouvons beaucoup d'outils, sacs et vestes, que les Allemands avaient
pris au 154ème, qui avait cantonné ici il y a quelques jours. (**)
Je viens de voir passer deux cyclistes allemands que les chasseurs ont fait prisonniers.
Dans le lointain, du côté de Meaux, on entend une vive canonnade, ce bruit dure jusqu'au soir, on semble même entendre le bruit des fusils.
(*) : En effet, l’aile droite des armées allemandes commence à
se replier. La 6éme armée française prend l’offensive vers l’Est. La 14ème
division d’infanterie (dont fait partie le 60e RI, en autres) forme
l’avant-garde colonne de gauche de la 6ème armée. La bataille de la Marne va
commencer le lendemain sur tout le front, de Paris à Verdun.
(**) : Mortefoitaine serait donc l’extrème avancée des Allemands ? 30 km de Paris.
Nous comptions faire la grasse matinée, mais, comme de coutume, on part à 2 heures du matin, sans même avoir le temps de prendre le café, et, de toute la journée, nous n'aurons pas le temps de manger. Les Allemands nous sont signalés à 15 km, au sud-est, c'est à ne plus comprendre quel est leur mouvement. Ils étaient près de Paris, les voilà qui quittent pour aller vers le sud-est, et, toute la journée, le 60ème a pour mission de harceler leur arrière-garde.
Nous traversons différents pays où ils ont tout pillé, allant jusqu'à briser ce qu'ils ne pouvaient emporter, et vider le vin dans les caves.
Nous passons à Plessis, où je vois neuf prisonniers allemands. La canonnade commence le matin, à 6 heures, à Bouillancy, et ce ne sera que fusillade jusqu'au soir, mais, à mon avis, toujours la même chose, l'infanterie est trop active et empêche l'artillerie de tire : les unités opposées se tirent à deux cents mètres.
Mais, c'est épouvantable, il ne va plus rien rester de ce pauvre 60ème, le colonel est blessé, deux chefs de bataillon aussi, un autre chef de bataillon est disparu. Beaucoup de camarades sont tombés, mais nous maintenons nos positions. Le peu d'avantage qu'ils (les Allemands) obtiennent provient uniquement de leur grosse artillerie, qui bombarde les nôtres, et à laquelle nous ne pouvons répondre.
Le soir à 8 heures, c'est à dire à la nuit noire, la charge sonne et les clairons de répéter, sur notre ligne, le même refrain: alors, c'est la tuerie. La baïonnette fait son oeuvre, et même les coups de fusil : il paraîtrait que la 10ème compagnie a tiré sur la 12ème. Avant cette charge, une batterie du 47ème avait été prise par l'ennemi, cette charge permet au 35ème d'en reprendre possession.
Le soir, nous couchons dans une avoine, en plein champ, et, pendant toute la nuit, nous ne pouvons pas fermer l'oeil, à un certain moment, des chevaux, dont les cavaliers ont été tués pendant la journée, passent sur nous au grand galop de charge, heureusement sans accident.
Ont pris part à l'action : le 60ème, le 44ème, le 35ème, le 42ème, et trois régiments d'artillerie.
La comédie recommence à 4 heures du matin, et la lutte aussi, plus molle que la veille.
Il paraît que les Allemands sont sur le point d'être cernés. Ils sont quatre corps d'armée actifs et un corps de réserve. Nous en avons neuf à leur opposer.
On annonce qu'une division de réserve débarque à Nanteuil, celà va nous donner un bon coup de main, car nous sommes vraiment fatigués après deux jours de marche et de lutte.
Le soir, vers 4 heures, la lutte devient terrible
Nous voulons faire une attaque violente, et les Allemands ont la même idée, alors, c'est un choc formidable, je suis placé dans une tranchée et les obus pleuvent de tous côtés, c'est horrible à voir. De gros obus de siège allemands font des trous énormes, l'un tombe dans la tranchée où nous sommes, huit hommes sautent en l'air, dont quatre tués et quatre blessés, l'un a les deux jambes coupées.
C'est une vision affreuse, que ces pauvres gens allongés l'un sur l'autre, qui se crispent, se raidissent, tout noirs, comme calcinés.
Au début de la contre-attaque allemande, nous avions légèrement fléchi, surtout les divisions de réserve et les chasseurs alpins qui n'avaient pas encore vu le feu, mais, l'artillerie se mettant de la partie, et la baïonnette aidant, les Allemands reculèrent à 8 heures du soir.
La seconde journée de bataille, nous couchons au même emplacement que la veille, en songeant à tous ces pauvres camarades qui gémissent.
Réveil à 3h.
A cinq heures du matin, la fusillade recommence, plus terrible que jamais. Il semble, au début, que nous avons un léger avantage, mais, vraiment, nos adversaires sont de bonnes troupes, qui ne lâchent pas un pouce de terrain. Les aéroplanes allemands passent sans cesse au-dessus de nous, hier, j'ai vu un français, il y a longtemps que je n'en avais vu.
Vers les sept heures, l'acharnement est à son comble, des hommes éperdus reviennent du feu, ce qui nous manque, maintenant, sur la ligne de combat, ce sont des officiers et des sous-officiers pour maintenir ces hommes éperdus. La journée est donc rude des deux côtés.
Sur le soir, on voit arriver de fortes colonnes d'infanterie qui viennent nous soutenir, les longues pièces allemandes les ont bien vues et les couvrent de mitraille au moins dix kilomètres avant leur arrivée. Cette lutte gigantesque se termine à la nuit, et le 60ème se trouve de plus en plus réduit: il n'y a plus que deux capitaines et sept cents hommes, près de trois mille manquent donc à l'appel !
La guerre est une chose horrible, inqualifiable, surtout pour des peuples civilisés.
Le capitaine PEYROTTE, commandant ma compagnie, a été légèrement blessé et évacué.
Le soir, nous couchons sur la paille et, pour la première fois depuis trois jours, il nous est permis de faire du café sur des feux bien dissimulés: il ne faut pas oublier que nous sommes toujours face à face avec l'ennemi, et que ses projecteurs nous trouveraient bien. Quelques accidents regrettables dans la journée. Le matin, l'attaque ayant eu lieu de bonne heure, il y a eu des méprises : nos mitrailleuses, et une batterie du 5ème, ont tiré sur nos soldats, en tuant et blessant plusieurs.
Même réveil, et çà recommence. Il parait que le 4ème corps arrive à notre aide, mais il est en retard de 48 heures et cela aurait permis aux Allemands de se retirer.
Le canon recommence, mais, jusqu'à 11 heures, ce n'est que le canon, le fusil ne se fait pas entendre, j'en ai le tympan abîmé. Le village de Bouillancy est littéralement détruit, toute la journée, il a été bombardé par l'ennemi, le feu est en plusieurs endroits et, le soir, c'est une vision bien triste que l'incendie régnant dans les deux camps. Le ciel est noir de fumée et bordé à l'horizon de grandes taches rouges, d'où sortent par endroit les flammes provenant des meules de blé et de foin embrasées.
Vers les 4 heures du soir, nous avons tous failli être tués ou blessés par l'artillerie allemande : celle-ci nous ayant repérés, une canonnade s'ensuivit et Fe...t, un de mes camarades, recevait trois éclats d'obus. Un obus arrivant dans une tranchée où, à un certain moment, j'étais sur le point d'entrer, tuait sept hommes, dont un capitaine et un lieutenant du 35ème, cela faisait peine à voir tant ils étaient mutilés et déchiquetés.
Le soir, nous couchons toujours sur les mêmes positions, complètement abasourdis par ces quatres journées inoubliables.
Réveil à une heure du matin. Trois compagnies du 60ème restent à Bouillancy, le reste se porte près du village de Chèvreville pour faire des tranchées. On entend le canon dans le lointain, j'espère que nous ne l'aurons pas aujourd'hui car, vraiment, j'en suis malade. Je viens de voir passer mille hommes du dépôt de Besançon, ils viennent remplacer les manquants, ils ont eu le baptême du feu en débarquant, le train a même dû faire machine arrière pour effectuer le débarquement.
Les Allemands ont bombardé Nanteuil et y ont même pénétré avec leur infanterie, mais n'y sont pas restés, il y a eu aussi un engagement entre chasseurs et uhlans, dont je ne connais pas l'issue.
Hier, j'ai vu de beaux faits de courage : Un bataillon du 44ème, déployé en tirailleurs, le commandant en avant, debout, impassible sous les rafales de mitraille, se retournant après chaque volée et disant :
" C’est très bien, les enfants ".
Autre fait : un servant du 47ème répare ses fils téléphoniques, à chaque bordée, il se couche, la rafale passée, il se redresse et continue son travail. Tous sont braves et font leur devoir. Je dirai même que les officiers sont téméraires, la preuve en est qu'au 60ème tous sont tués ou blessés, souvent, au lieu de se coucher, ils restent debout, donnant à l'ennemi une cible facile.
Cantonnement à Chèvreville.
Réveil à 5 heures et préparatifs pour le départ.
Diverses réparations ayant été nécessaires aux voitures, je reste aux convois. Tout le long du chemin, ce fut une journée pluvieuse et, pour comble, une voiture est restée en route, ce qui a conduit à se procurer une voiture de réquisition, laquelle est aussi tombée en panne, ce qui m'a obligé à rester sur la route toute la nuit.
Triste nuit, j'ai été glacé.
Nous trouvons le matin une voiture de réquisition et nous repartons à 9h 1/2. Nous entrons dans le département de l'Aisne et nous nous dirigeons sur Haramont.
Pendant le trajet, nous devons nous arrêter à l'entrée d'un bois où des ennemis isolés ont été signalés, en fait, il n'en est rien, et je continue ma route, tâchant de trouver le drapeau. On entend le canon dans le lointain.
Enfin, avec mes deux sapeurs détachés, nous retrouvons le convoi et nous partons, par une pluie battante, à la recherche du régiment.
Après trois heures de marche et de contre-marche, nous revenons à l'endroit même d'où nous étions partis, en revanche, nous sommes bien mouillés et le régiment s'est encore éloigné. Le convoi est commandé par le lieutenant MAGNIN et, pendant le trajet, quelques épisodes me font beaucoup rire, surtout à la distance où nous étions de l'ennemi. Par exemple :
" Déploiement
en tirailleurs ! Chef-armurier, apportez-moi un fusil ! Ouvrez l'oeil, et le bon ! ‘’
‘’ Les hommes
disponibles, en avant, avec baïonnette au canon ! etc..."
Quand la nuit arrive, ce sont les lanternes :
" Il n'y a
point de bougies ".
Distribution des bougies.
‘’ Il n'y a point d'allumettes ".
" Allumez
quand même ! Cycliste, allez reconnaître le terrain ! "
" Mon
lieutenant, ma bécane est crevée "
" Faites voir
"
Etc, etc...
Le soir, à 11 heures, je trouve cependant une bonne femme qui me donne un matelas pour me reposer.
Réveil à 5 heures.
Il paraît que nous partons tout de suite, il n'en est rien et nous ne quittons le village qu'à 7 heures, encore tout humides de la veille. Nous faisons une pause près d'une grande ferme, puis nous passons à Pouy où nous trouvons le train de ravitaillement du 60ème qui attend le soir pour aller près du régiment, car, en ce moment, une bataille se livre en face de nous, à cinq ou six kilomètres, sur les bords de l'Aisne.
Tout le long du chemin, ce ne sont que traces de passage de l'armée allemande, tout ce qu'ils ne peuvent pas emporter est détruit, ils brûlent les bicyclettes, les automobiles, les bords de la route sont jonchés de canards, poules, lapins, en décomposition. Je viens de voir, au milieu d'un champ, les tombes de deux dragons français : deux simples croix marquent l'endroit où reposent ces fils de France et, sur les croix, leurs casques sont placés, la criniére volant au vent. Une tombe allemande est à leur côté, là, c'est l'union dans la mort.
Le soir, du côté du combat, tout est en feu. La lutte se livre de l'autre côté de l'Aisne et, à cet endroit, les Allemands occupent un bon emplacement et tiennent leurs positions. Nous ne pouvons pas encore rejoindre le régiment et nous revenons coucher en arrière de Pouy, dans une ferme magnifique (ferme de Belle-Epine). Je prends la garde au poste de police du convoi.
(*) : La ferme de Pouy. Voir.
Toujours la pluie battante et toujours le canon. Vraiment, pendant ces quatre jours, j'ai été plus tranquille que mes compagnons d'arme, qui ont dû lutter tous les jours, et sûrement coucher dehors, à la belle étoile, par cette pluie diluvienne.
Nous partons à trois heures du soir, et nous nous dirigeons sur Vic-sur-Aisne où nous arrivons à sept heures, le convoi se forme en plein champ, à l'entrée du bourg.
Le soir, nous couchons avec des chasseurs-alpins, VIENNET, TRÉPO, ESTIER et moi sur un bon matelas. Tout le long du chemin, c'est toujours la dévastation : incendies lugubres, automobiles culbutées et brûlées, les pneus tranchés à coups de couteau, boeufs tués et abandonnés.
Réveil pour moi à 5 heures, et je pars à 7 heures avec mes sapeurs pour tâcher de rejoindre le régiment. Point de direction : le canon. Je traverse l'Aisne, où le 4ème génie répare le pont que les Allemands avaient tenté de faire sauter, heureusement sans y réussir.
La canonnade a recommencé ce matin à 2 heures, vraiment, l'ennemi est tenace sur ses positions.
Dans le village de Vic-sur-Aisne, je remarque qu'un violent engagement a dû avoir lieu à cet endroit. Les Allemands ont abandonné dix-huit pièces d'artillerie de campagne et beaucoup de matériel, à la gare, huit cents sacs de farine et du sucre.
Je suis allé voir les blessés au château : Français et Allemands sont côte à côte et se regardent, sans pouvoir se comprendre. Je vois un camarade, HÉNARD, de la 2ème compagnie, il a été légèrement blessé par un shrapnell à la jambe et au dos, et il attend son expédition sur un hôpital militaire. Cela fait peine de voir tous ces pauvres diables, pleins de sang et mangés par les mouches.
Nous avons visité une maison où est tombé un obus allemand : tout est complètement ravagé, plus de toit, plus de chambre, seul l'escalier monte, comme un squelette, dans le vide, les pauvres gens sont tout éperdus. Je rencontre le train de combat et, avec mes sapeurs, nous remettons en état flèches et freins dont la réparation est urgente.
Dans la matinée, poursuite des réparations. On entend toujours le canon et la situation n'a pas changé depuis trois jours, car les Allemands se sont formidablement retranchés. J'ai vu passer un régiment de spahis, ils sont beaucoup trop visibles avec leurs burnous rouges. Je ne puis rien mettre d'intéressant sur la bataille depuis quelques jours, puisque je n'y participe pas, mais je puis dire que ce doit être très sérieux, vu le nombre considérable de blessés que je vois passer.
Il y a eu beaucoup d'attaques de nuit, à 11 heures du soir et à 2 heures du matin, les Allemands sont assez forts pour ce genre de sport.
Le soir, le train de combat va ravitailler à St-Christophe, deux voitures restent en panne, un limon cassé, et nous couchons dans une écurie à Vizières.
Le matin, nous ne savons où jeter nos pas, enfin, nous repartons pour Vic-sur-Aisne où, en arrivant, nous retrouvons une partie de notre convoi. Nous continuons nos réparations.
Sur la ligne de feu, c'est un vrai carnage, à en juger par le nombre des blessés qui reviennent, ce doit être terrible. Les villages de Rivière, Hautebraye, Autrèches, Chevillecourt, sont complètement détruits. Des quantités de chevaux sont tués. Une femme, deux jeunes filles, sont tuées. Le feu est partout. Le Drapeau (*) et les Sapeurs sont dans une cave, la maison éboule sur eux. Et tout ce travail par les obus, rien par les balles. Je ne sais trop quelle sera l'issue de cette lutte qui dure depuis cinq jours.
Le soir, en allant ravitailler en munitions, notre train de combat a huit chevaux et un conducteur tués, les voitures sont brisées, voilà du travail pour les sapeurs, maintenant, il faut retrouver des chevaux : quel carnage, ces pauvres bêtes sont restées debout contre les caissons. Et tout cela par une pluie battante, les combattants sont méconnaissables, pleins de boue, les tranchées sont pleines d'eau.
Mon sac est volatilisé.
(*) : C’est le soldat qui a la charge du
drapeau du régiment.
Nous continuons les réparations pendant que la lutte se poursuit avec le même acharnement de part et d'autre. De temps à autre, les Allemands, qui sont à plus de dix kilomètres, envoient, avec leurs grosses pièces, des obus jusque sur Vic-sur-Aisne, où cependant ils ont encore beaucoup de blessés.
Le soir, nous partons chercher les caissons de mitrailleuse brisés, nous sommes obligés d'attendre la nuit pour avancer, car nous sommes reçus par les obus, nous parvenons tout de même à emmener les caissons et nous rentrons à 11 heures du soir.
La nuit a été mouvementée, les Allemands ont envoyé des obus sur la ville. De tous côtés, les civils, éperdus, se sauvent. La lumière est coupée et cela produit une vraie panique. Heureusement que le jour arrive, ramenant un peu de calme. Je vois, dans la journée, beaucoup de prisonniers allemands: ils ont l'air heureux d'être en notre possession.
Toute la journée, réparation au fourgon. GUYOT est venu nous aider, il nous a donné des nouvelles du Drapeau : le lieutenant-télégraphiste BULL est nommé à la 3ème compagnie, le lieutenant (Henri) ROCHET est officier-adjoint au colonel.
Jour de la fête de St-Broing.
Il fait un temps affreux, mais cela n'empêche pas la bataille, car, depuis le matin, avant le lever du jour, les Allemands ont tenté une contre-attaque qui me parait avoir sensiblement réussi, à en juger au bruit des armes qui semble se rapprocher.
En effet, la panique se met un peu dans nos rangs, ce qui occasionne une certaine avance chez l'ennemi, ainsi que beaucoup de blessés et de prisonniers. Jamais pareille mitraille ne donna aussi fort. C'est un vrai déluge de balles, et cela simplement parce que le 154ème a quitté les avant-postes à 4 heures du matin, avant son remplacement. Je vois passer beaucoup de prisonniers allemands (250).
Le lieutenant BULL, télégraphiste, passé à la 3ème compagnie, est fait prisonnier.
Le tantôt, la canonnade devenant trop forte, nous devons nous porter en arrière, et nous ne rentrons occuper Vic-sur-Aisne qu'à dix heures du soir. Malgré tout, la nuit est assez bonne (pluie battante).
Aujourd'hui arrivent des hommes du dépôt du 60ème, entre autres DURAND resté à Besançon, cela n'a pas l'air de lui aller beaucoup.
Nous continuons toujours et activement la réparation de notre caisson en cas d'alerte. Tous nos hommes sont dans les tranchées, il paraît qu'ils sont dans l'eau et ne peuvent avoir à manger que la nuit.
Toujours beaucoup de blessés.
La nuit a été calme, bien qu'une batterie ait tiré plus de 150 coups de canon sans arrêt : elle avait sûrement vu un but ..... On n'entend pas trop le canon allemand, pas plus qu'hier d'ailleurs, je ne sais pas trop quel tour ils veulent nous jouer. Je pense que la libération (fin du service militaire normal de 2 ans) devrait être venue, car la date du 23/9 est proche, hélas, quand sera-ce le jour ? Pour moi, peut-être jamais ?
Il paraît que nous avons reçu de grosses pièces, ce doit être vrai car, au bruit, ce ne sont sûrement pas des 75. De tous côtés, on ne voit que blessés, et cela fait mal au coeur.
Le train de combat reçoit l'ordre d'aller à la ferme St-Victor, mais il ne peut y parvenir à cause de la grêle d'obus qu'il reçoit, il rentre donc à Vic-sur-Aisne. Au dire des combattants de première ligne, les Allemands n'ont pas bougé, et la fusillade est plus vive que jamais de part et d'autre, il y a des compagnies où il ne reste plus que quelques hommes de l'active, et cela fait de la peine de voir passer ces vieux pères de famille qui vont si bravement faire leur devoir.
C'est surtout dans les mouvements d'offensive à la baïonnette que la plupart des hommes tombent. On voit, depuis quelques jours, plusieurs aéroplanes français qui survolent les lignes ennemies. On annonce que toutes les voitures médicales et les médecins du 60ème sont fait prisonniers, dans la journée, on confirme encore le fait, je plains le pauvre sergent MONNETTE.
Il paraît que les Allemands abusent beaucoup de nos prisonniers : ainsi, ils font ramasser leurs blessés par les soldats qu'ils nous ont pris, à Chevillecourt, nous avions barré toutes les entrées du village avec des barricades : les Allemands ont amené nos prisonniers pour les défaire, de sorte que nous ne pouvions pas tirer sur eux et, quand le passage fut fait, les ennemis passèrent (récit d'un blessé du 44ème).
On m'annonce beaucoup de nouveau à la C.H.R. (*)
Le sergent RAMEIL est nommé adjudant et blessé grièvement le même jour, le sergent GANNARD passe sous-lieutenant, le fourrier THOMAS passe chef, les caporaux-télégraphistes BOILLET et MONTBARDON passent sergents, même emploi, au train de combat, le sergent BILLET passe sous-lieutenant à la 2ème compagnie.
(*) : Compagnie Hors Rang.
Les nuits sont tout à fait froides maintenant, cela me rappelle les bons instants de la vie civile, où je préparais le feu à l'atelier.
Dès le matin, toujours ce canon qui nous fend la tête, et sûrement pour tout le jour. Les voitures de blessés commencent à rouler dès 6 heures du matin, Français et Allemands sont conduits en automobile d'un commun accord.
Depuis le début de la campagne, je n'ai jamais vu autant de blessures diverses et affreuses, surtout faites par les obus. Les Allemands sont à plaindre autant que nous.
Ayant eu un lieutenant tué, nous avions fait creuser une tombe par un prisonnier allemand, ce pauvre diable pleurait à chaudes larmes, il était père de quatre enfants, nous ne comprenions pas le motif de sa tritesse, mais, finalement, nous avons compris qu'il croyait creuser sa propre tombe et que sa dernière heure était venue.
Nous eûmes toutes les peines du monde à le rassurer, mais, quand il a su ce qu'il faisait, il est devenu radieux et voulait faire tous les travaux pénibles (récit d'un soldat du 65ème Bat. chasseurs alpins).
Nuit bonne, sauf réveil en fantaisie à minuit par les obus et, de là, jusqu'au matin. La fusillade est très vive sur toute la ligne, après un violent combat, nous prenons la ferme St-Victor et un bois placé en arrière.
Avant d'abandonner le bois, les Allemands avaient placé autour des arbres des pétards reliés à eux par des fils, quand nous sommes entrés, explosion formidable, les arbres tombant de tous côtés, tuant et écrasant, un vrai fouillis, heureusement qu'ils n'ont pas eu le courage de revenir, car tout le monde y serait passé.
L'adjudant RAMEIL est mort hier, il n'a pas porté longtemps ses nouveaux galons, ce cher garçon. (*)
Mes sapeurs travaillent toujours au train de combat.
(*) : Élie Auguste RAMEIL, adjudant au 60ème régiment
d’infanterie, mort pour la France le 25 septembre 1914 aux environ e
Vic-sur-Seine. Voir sa fiche.
Toujours la même situation.
Il est arrivé un peu de renfort: ce doit être la fin des dépôts. Douze cents hommes du 23ème de Bourges sont arrivés pour remplacer le bataillon du 35ème fait prisonnier il y a huit jours.
Deux femmes ont, paraît-il, été fusillées à Vic : depuis plusieurs jours, elles entretenaient des relations par téléphone avec les Allemands. Il paraît aussi que l'ennemi se rend coupable d'atrocités inavouables. Ils ont broyé les mains à un jeune homme de dix-huit ans, dans une ferme, que je crois être la ferme St-Victor, ils ont ouvert le ventre à une femme enceinte, coupé les seins à une autre, jeté à l'eau deux enfants, l'un de trois et l'autre de six ans. C’est ce dernier qui a tout révélé.
Ils ont toutes les malices pour eux : J'ai vu, ce matin, le caporal BONNAMOUR, de la 5ème compagnie qui, étant allé en patrouille avec quatre hommes, et bien qu'agissant prudemment sous bois, est subitement arrêté par le cri de :
"
Halte-là ! Qui vive ? "
Lui, répond :
" France
! ".
Une fusillade éclate, trois hommes sont tués.
Et, tous les jours, ce sont de nouveaux faits.
Un de nos biplans est tombé dans les lignes allemandes, pauvre gars, quelle chute il a faite !
Pendant la nuit, une vive fusillade a eu lieu sur la droite, je ne connais pas encore les causes et les effets, peut-être une sentinelle a-t-elle déchaîné tout cet ouragan.
Contrairement aux autres dimanches, la journée est calme, le bruit de l'artillerie est bien amoindri, toutefois, les pièces françaises n'ont pas beaucoup changé de place, ce qui porte à croire que les emplacements de part et d'autre sont restés les mêmes.
Mais pourquoi ce silence du côté allemand ?
Le matin, nous achevons les réparations au train de combat.
Dans la matinée, je vois passer le 66ème chasseurs à pied et le 154ème de ligne, qui se portent en arrière pour prendre du repos, à quand notre tour ?
Je vois passer quelques gardes républicains, trente environ, qui viennent pour être affectés comme sous-officiers dans les compagnies.
Enfin, le soir, nous rejoignons, et je trouve mes sapeurs dans un chemin creux, où ils sont depuis quinze jours : ils ont fait de petites baraques couvertes de paille et vivent là en sauvages.
Sur la gauche, on entend une canonnade assez violente, mais lointaine, il paraît que c'est l'armée de Castelnau qui fait un mouvement tournant. Quant à nous, la position n'est pas changée.
Le soir, nous allons coucher à Sacy.
La nuit a été assez calme, malgré le passage de quelques obus et le bruit de fusillades, de temps en temps. Le soir, plusieurs aéroplanes nous survolent, mais rien de changé à la situation.
Le matin, le temps est brumeux et très frais. Tout est assez calme, à peine quelques coups de l'artillerie allemande, la nôtre ne répondant pas du tout, par moment, même, on se croirait à une journée de manoeuvres.
Un aéroplane français passe, il est salué par l'artillerie allemande, les obus éclatent loin derrière lui.
Je vois de plus en plus que, dans la position où nous nous trouvons, il nous est impossible d'entamer les lignes allemandes, tous les essais que nous avons faits ont donné des résultats médiocres et nous ont causé beaucoup de pertes.
Le service d'observation a, paraît-il, signalé des colonnes ennemies se dirigeant vers le Nord, d'après les journaux, l'ennemi se fortifierait autour de Bruxelles.
Vraiment, c'est bien la guerre moderne où les armées, avec leurs armes terribles, se craignent tant qu'elles restent face à face des mois entiers, sans oser s'entamer.
Rien à signaler pour la nuit, sauf que le froid se fait sentir de plus en plus.
Le matin, le lieutenant TURNESSE, porte-drapeau du 35ème, me demande si je connais le caporal-fourrier qui est devant moi. Je réponds affirmativement, étonné de la question.
Il me dit que, dans la région, on a signalé un officier allemand déguisé en caporal-fourrier. Vraiment, si c'est exact, c'est d'un toupet déconcertant.
Nous avons un nouveau lieutenant-colonel, venant de l'état-major.
Le soir, à 8 heures, une violente fusillade de mitrailleuses se fait entendre, cela glace le sang d'entendre ce bruit systématique et foudroyant, enfin, après un instant, le calme revient, il paraît que c'était une simple rencontre de patrouilles de reconnaissance.
Toujours le même temps, mais avec beaucoup de brouillard sur le matin, nous sommes toujours au village de Sacy. Ceux qui sont restés la nuit dans la tranchée n'ont pas dû avoir chaud.
Toute la nuit, l'ennemi travaille, remue la terre, pelles et pioches se font entendre, il se fortifie, vraiment, plus cela va, plus je remarque que les Allemands préfèrent la tranchée à l'attaque de face.
La soirée se passe calmement, on nous dit que les Allemands se retirent vers le Nord, par petits paquets, mais rien ne le confirme.
J'ai vu, ce soir, le sous-lieutenant GUET qui commande la 7ème compagnie.
A droite de Sacy, j'ai vu, en plein champ, un obus non éclaté d'une grosse pièce allemande, vraiment, il faut une réelle force pour envoyer ces projectiles à une telle distance.
Le soir, un gros obus est arrivé sur le moulin de Cagny, qui est le point de mire depuis le début de la campagne, dix-sept hommes du 35ème, qui mangeaient la soupe, ont été tués.
Bonne nuit.
Toute la matinée, on entend sur la gauche une canonnade assez nourrie qui semble se rapprocher. Le soir, on me demande à Vic avec un sapeur pour réparer au train de combat, je pars avec MARTIN. Rien de changé, sauf que deux obus sont tombés sur les toits voisins de la cour où est abrité le train de combat, tuant un cheval.
Jusqu'au soir, le canon continue et la fusillade se met aussi de la partie.
Toute la nuit, le bruit se fait entendre.
Au matin, l'ennemi envoie de gros obus sur Vic, il y en a un qui tombe près de la maison où nous réparons une voiture, une cheminée et un pignon tombent à terre avec fracas.
Le soir, nous regagnons Sacy et, quand nous arrivons à la ferme, je suis étonné de ne plus retrouver la maison où nous étions couchés la veille : ce n'est plus qu'un monceau de ruines fumantes.
En effet, nous étions à peine partis que cinq obus sont arrivés et ont mis le feu. Des sapeurs, qui jouaient aux cartes, ont eu juste le temps de se sauver : en moins de cinq minutes, tout était en feu.
Nous sommes venus coucher près de la maison du colonel.
Le matin, BEL ARBI, le tirailleur qui était avec nous, a rejoint son régiment.
Le soir, plusieurs avions allemands passent au-dessus de nous, cela suffit pour voir que le village est occupé, un bombardement s'ensuit. Un obus tombe encore sur la grange où nous nous trouvons, heureusement qu'il y a un plafond et que nous avons eu la sage précaution de nous abriter dans une cave, nous sommes néanmoins arrosés par les gravas et la poussière.
Le soir, BEL ARBI revient, n'ayant pu savoir à la division l'endroit où se trouve son régiment.
Quelques grosses marmites encore, le matin, aucune ne nous est destinée.
Hier, à Cagny, il y a eu un tué et six blessés par un obus ennemi, cela est fatal, ces obus arrivant inopinément et dans un champ de tir très irrégulier.
Aujourd'hui, le colonel a fait appeler MARTINET et LAGRANGE. Un cultivateur du village m'a dit que, lors de l'occupation allemande, il avait remarqué un sous-lieutenant dont le visage ne lui était pas inconnu. Lui ayant fait part de son impression, le sous-lieutenant lui répondit :
"Mais oui,
c'est moi qui vous vendais du café, chaque vendredi, avec ma petite voiture du Caïffa".
Vraiment, ils étaient partout.
Dans la soirée, quelques coups de canon isolés de part et d'autre. Le 60ème reçoit 227 hommes du dépôt, à leur arrivée, ils sont salués par les batteries allemandes, n'ayant pas encore vu le feu, c'est risible de les voir détaler comme des lapins, mais deux sont blessés, dont un assez grièvement. (*)
(*) : L’épisode du bombardement pendant l’arrivée du renfort est
tout à fait exact, ainsi que les deux blessés. Le renfort est de presque 250
hommes (JMO).
Le médecin-major nous fait demander pour réparer une voiture médicale à Vic, je pars avec MARTINET et LAGRANGE. A peine arrivés, nous devons nous blottir dans une cave, car les Allemands recommencent leur bombardement.
Le château de Vic, où se trouve le général de Villaret, est littéralement transpercé, six chevaux sont tués et plusieurs autres, blessés, sont abattus. Vraiment, les Allemands doivent être renseignés sur la place, plusieurs arrestations ont été opérées.
Près de la cave où nous nous trouvons, des soldats du 35ème s'étaient abrités dans une autre cave, un obus a traversé la voûte, en blessant trois, les autres viennent se blottir près de nous.
Bonne nuit passée à Vic.
On entend toujours le canon et, vers midi, la fusillade sur notre droite. Nos canons se mettent à répondre. Il paraît, de plus en plus, qu'une attaque va avoir lieu sur la ligne.
Cependant, le soir, rien de nouveau à signaler.
Nous restons à Vic-sur-Aisne pour des réparations au train de combat. Il paraît que nous avons avancé de 700 mètres sur la droite. Les tranchées sont infestées.
Le soir, nous revenons à Sacy. Rien de nouveau, sauf que nous allons toucher, d'ici peu, des tricots et des tentes.
Hier soir, à 9 heures, violente fusillade, mais pas de suites sérieuses. Il est à craindre que les Allemands aient fait des fougasses dans les tranchées que nous avons occupées.
Ainsi, deux chasseurs conduisaient un boeuf dans un chemin creux, l'ennemi avait dissimulé deux pétards de mélinite, qui firent explosion, tuant les deux hommes et l'animal. Heureusement qu'il n'y avait pas beaucoup de monde, sans quoi les effets auraient été terribles.
Toute la matinée, quelques coups de canon ennemis.
Le soir, le régiment reçoit des couvertures qui sont distribuées aux compagnies.
Le tantôt, le village est un peu bombardé, nous sommes obligés de nous abriter dans les caves.
Le soir, quelques grosses marmites tombent sur les tranchées occupées par la 2ème compagnie : un tué et trois blessés. Je suis allé voir un des blessés, cela fait peine à voir, il a l'avant-bras gauche quasi coupé, l'os apparent.
Malgré celà, il garde un grand sang-froid, on va sûrement l'amputer.
Le soir, à 8 heures, il arrive encore 700 flanelles qui seront distribuées aux compagnies demain.
Depuis le début de la campagne, je n'ai jamais eu aussi froid et, jusqu'à neuf heures, j'ai été glacé.
Je suis monté sur un monticule, derrière le village, pour voir la ferme Saint-Victor, occupée par les Allemands. La ferme a été bien démantelée par notre artillerie, par endroits, on voit les ouvertures pratiquées, dans les pans de mur, par l'infanterie ennemie, à 150 mètres de là, on voit notre première tranchée : Là, il ne fait pas bon mettre son nez en dehors.
Toujours par instant, le canon, et les aéroplanes des deux parties, en reconnaissance.
On dit qu'Anvers serait aux mains des Allemands, gare à la secousse car, sûrement, l'ennemi va envoyer des forces nouvelles contre nous, et le choc sera encore plus terrible.
Pendant la nuit, le canon n'a pas cessé.
On m'annonce que, hier soir, une de nos batteries a démonté une batterie allemande.
Le soir, nous recevons un fort bombardement, qui dure une heure, mais sans résultat : poudre dépensée en pure perte. Nous recevons encore des couvertures (817). Pluie.
Temps brumeux et pluie.
Nous entendons, dans le lointain, une violente canonnade et une fusillade, qui paraît même se rapprocher sensiblement.
Voici déjà plusieurs jours que je n'ai pas reçu de nouvelles, j'en attends avec impatience. Un détachement de 200 hommes du 60ème vient d'arriver, il est salué par des obus, je vois BERNOLLIN et DESVIGNES
Le soir, je pars avec MARTIN et LAGRANGE, pour réparations au train de combat.
Bonne nuit à Vic.
Il paraît que, à dix heures, les Allemands ont bombardé Sacy, la grange où étaient les sapeurs s'est effondrée et, pour ne pas être à la belle étoile, ils ont déménagé.
Voici la deuxième fois que cela se produit en mon absence, ils ont été couverts de poussière, mais pas de blessés.
Nous continuons les réparations.
Au loin, on entend la voix des canons. Le bombardement de Sacy a repris de plus belle ce matin, il paraît même que ce sont des obus de 220. On m'annonce une triste nouvelle : un de mes sapeurs aurait été tué, cela me fait beaucoup de peine, pourvu que cela ne soit pas ! J'ai encore une lueur d'espoir.
Il paraît que c'est affreux à voir : hommes, femmes, boeufs, dans les étables, gémissant sous le poids des pierres qui les écrasent.
En ce moment, il est trois heures, et voilà le bombardement de Vic qui recommence. Quel métier ! On ne sait à quel moment son heure dernière va sonner. J'ai hâte d'aller, demain, voir par moi-même ce qu'il en est de ces racontars, fasse le ciel qu'ils soient exagérés et que la réalité soit meilleure.
7 heures du soir. Je suis allé à Sacy, il n'y a pas de sapeur blessé, mais le village offre un triste spectacle. Dans la grosse ferme où nous étions, ce n'est plus qu'un monceau de décombres. Quatre soldats sont enfouis, un maréchal des logis du 47ème, un gaillard pas froussard pourtant, et très gentil, est écrasé sous les poutres d'un plafond, on voit à peine le bras et la jambe de ce malheureux qui, sûrement, a la poitrine défoncée.
Dans un autre endroit, on voit un coin de chemise et un lambeau de pantalon rouge : c'est un télégraphiste du 44ème, triste fin que cette mort brutale et inattendue. (*)
Le soir, on entend une fusillade assez vive, quelques reconnaissances, sans doute.
(*) : Le seul tué du 44ème régiment d’infanterie qui pourrait
correspondre est le soldat Marie Alfred Hipppolyte
SALOMON. Les autres tués de ce régiment appartiennent à divers compagnie, alors
qu’un télégraphiste fait partie de la CHR. Voir sa fiche.
Bonne nuit.
Journée calme. Nous continuons nos travaux. Toujours pas de nouvelles de chez moi, je serais cependant bien content d'en recevoir. Aujourd'hui, on m'a parlé des affiches du Bouillon Kub, que je n'avais même pas encore remarquées. Il paraît que les Allemands, par cet intermédiaire, savaient où tout posait. L'affiche représentait des boîtes de bouillon Kub, placées de différentes manières, formant différents signes, de telle façon que l'ennemi savait où tout se trouvait, surtout du point de vue approvisionnement et défense.
Suis toujours à Vic : confection de 100 manches de pioche.
Tout est à peu près calme, sauf le canon allemand qui se dispute de temps à autre avec le nôtre: quelques rares blessés et tués.
Rien à signaler, continuation des travaux.
Temps brumeux. Guerre de siège. Quelques rares coups de canon.
Le soir, vers les neuf heures, violente fusillade du côté du 44. (*)
On m'annonce que le maire de Bonval, près de Sacy, a été arrêté, ayant été surpris, à minuit, à faire des signaux aux Allemands, avec une lanterne, depuis sa grange, ces derniers, en partant, avaient pris son fils comme otage, sûrement pour cacher la supercherie. J'ai aussi vu passer beaucoup de civils escortés par des gendarmes : des personnes soupçonnées, sans doute.
(*) : Du 44ème régiment d’infanterie
Temps pluvieux et frais, un ou deux coups de canon rompent la monotonie de l'endroit.
Il y a eu quarante prisonniers allemands, dont un officier. Ils ont été pris d'une façon bizarre : un détachement du 44ème allait faire la relève et, s'étant trompé, est tombé sur une tranchée allemande, d'où bataille et prise des ennemis.
Les Français s'installèrent dans la tranchée prise et attendirent les Allemands qui furent reçus à coups de fusil.
Toujours à Vic. Rien de changé aux positions.
Temps frais.
Toujours la même vie.
Quelques coups de canon rompent la monotonie. Un aéroplane allemand passe au-dessus de nous, les compagnies, placées dans les tranchées et en réserve, lui envoient quelques salves, mais sans résultat.
Dans la journée, quelques visites réciproques d'avions. Une batterie ennemie a été anéantie par notre artillerie, hier soir, ce qui fait que, aujourd'hui, les Allemands ont peu fait entendre leurs pièces. L'ennemi a un peu bombardé les tranchées à Passy, nous avons eu un tué et onze blessés au 60ème.
Pendant la nuit, une fusillade assez violente s'est produite, à minuit : je n'en connais pas le résultat.
Temps magnifique. Cela fait de la peine de se trouver ici par un temps aussi radieux.
Jamais, depuis le début de la campagne, nous n'avons connu pareil calme : on se croirait chez soi, par un beau dimanche de la Toussaint.
Tous ces jours arrive beaucoup d'artillerie de 95 mm, elle se place, en majeure partie, à droite du village de Vic-sur-Aisne.
Rien à signaler. Temps brumeux.
Pluie légère le matin.
Le soir, je vais à Tanières (?) où se trouve le ravitaillement.
Pluie la matinée. On recommence à voir ceux qui sont dans la tranchée, pleins de boue.
Dans la journée, il passe plusieurs pièces de 155 venant d'Attichy où, paraît-il, il n'y a plus rien devant eux, ils viennent à notre aide.
Le soir, il fait bon, le travail que nous devons faire s'avançant, je renvoie MARTIN et CAMELIN à Sacy.
Le temps est calme.
Mais, le soir, il n'en est plus de même, et c'est un vrai bombardement à Vic. Deux obus tombent sur la maison où nous sommes, deux hommes venant du train régimentaire sont blessés. Pour manger la soupe, nous sommes obligés d'aller dans la cave, un instant après, des sifflements d'obus se font entendre, ils rasent le toit de la maison et nous passons par des transes terribles.
Il y a un musicien de tué, un nommé GLOECKLER, il n'a plus de tête et est coupé par le milieu. (*)
Sur la place, deux obus sont tombés, le quincailler JAMA est tué en fermant sa porte. (**)
Dans le lointain, la fusillade se fait dure et pressante. Nous nous couchons fort tard, le bruit dans les oreilles, impossible de dormir.
(*) : Eugène Ferdinand GLOECKLER, 22
ans, né à Belfort, mort pour la France le 29 octobre 1914 à Vic-sur-Aisne. Voir sa fiche.
(**) : Georges JAMA, né en 1882,
est effectivement quincailler à Vic-sur-Aisne et habite le N° 14 de la plave de Vic. (Source : recensement de 1911).
Le matin, pluvieux.
Le soir, à 2 heures, la division reçoit l'ordre d'attaquer, et la musique recommence. Je regagne le régiment à Sacy et, là, nous sommes en plein dans la ligne de combat. L'artillerie fait rage et cela continue une bonne partie de la nuit. Le ciel est en feu.
Du côté du 60ème et du 44ème, peu d'avance, par contre, à notre droite, le 42ème et le 35ème ont progressé de façon notable. Toute la nuit, nous ne dormons que d'un oeil.
La matinée est calme.
Avec mes sapeurs, nous arrangeons les tombes de nos chers morts et, le soir, nous faisons un abri pour le général et pour le colonel, abri qui serait utilisé aussitôt que les Allemands auraient l'intention de bombarder le village.
Bonne nuit. Temps radieux. Fête de la Toussaint.
Je pars avec GUY, à Tanières, faire des réparations au train régimentaire.
Le soir, je vais voir MARTINET à Mortefontaine.
On entend un peu le canon, au loin. Journée magnifique.
Reçu une carte de Friez (?). Toujours la guerre de siège, cela devient assommant.
Passages continuels d'aéros français et allemands, quelques-uns se font bombarder par l'artillerie.
Le soir, je suis allé à Vic, couper des verres de lanterne. Je viens de voir passer 340 hommes du dépôt, j'en ai reconnu beaucoup, car la plupart sont des blessés qui reviennent au combat.
Sur la ligne de feu, nous harcelons continuellement les Allemands. Le génie est placé en première ligne, dans les tranchées et, à l'aide d'espèces d'arbalètes, il lance des bombes sur les réseaux de fils de fer, pour les démolir.
Dans le dépôt, j'ai vu (Marie) BÉPOIX et BONNARDEL, passés adjudant.
Rien à signaler. Pluie pendant la nuit.
Dans les fils de fer des tranchées, nous avons placé des sonnettes et des grelots, de manière à être avertis au moindre mouvement. Certains disent que les Allemands auraient électrifié les leurs. Un bataillon, qui était au repos à Ressons, vient de venir à Courtieux, car il est arrivé de l'artillerie de 120 qui, paraît-il, va bombarder dur pendant 24 heures.
Rien à signaler. Beau temps, brumeux le matin.
On entend le canon, dans le lointain, à droite.
Le bataillon qui était au repos à Courtieux est reparti le soir à Sacy et a été remplacé par un bataillon du 44ème. Rien à signaler: les Allemands n'ont même pas envoyé un obus aujourd'hui.
Le soir, à 7 heures, DURAND et THÉVENOT arrivent à Tanières pour réparer une voiture (peinture).
Beau temps.
Toujours guerre de siège. Un Allemand a été fait prisonnier à Chevillecourt.
Rien à signaler. Quelques aéros nous survolent.
Des conducteurs venant du train des équipages sont arrivés pour remplacer les conducteurs de l'active du 44ème, il en sera peut-être bientôt de même au 60ème. (*)
Quelques coups de feu sur la ligne. A la 9ème compagnie, un mort par imprudence :
Pendant la nuit, une de nos sentinelles abat une sentinelle ennemie, le matin, il dit à son frère, qui était avec lui, qu'il avait l'intention d'aller chercher le cadavre, qui était à proximité, pour voir ce qu'il avait, hélas, il ne devait pas revenir, il est tombé, foudroyé par une balle allemande, sous l'ennemi qu'il rapportait. (**)
Aujourd'hui, les avions ne font pas de sorties, le brouillard est très intense, le froid fait son apparition.
(*) : Les conducteurs (hippomobile) de l’active sont des hommes
plutôt jeunes qui partiront donc en tranchées, et ils seront remplacés par des
hommes plus vieux qui, logiquement, sont conducteurs du train des équipages
militaires, dont les voitures hippomobiles sont stationnées plus loin des
combats.
(**) : Joseph CHARBONNIER, soldat de la 9ème compagnie au 60ème
régiment d’infanterie. Je n’ai pas trouvé sa fiche…

Extrait du JMO du 60ème
régiment d’infanterie à la date du 10 novembre.
Journée calme, temps brumeux. A une heure, le tantôt, quelques coups de canon.
Il y a aujourd'hui deux mois que nous sommes ici, sans beaucoup de changement.
Pendant la nuit passée, le canon et la fusillade se sont fait entendre sans discontinuer jusqu'au matin, pour continuer encore toute la journée. Tout le temps, notre artillerie fait rage, même à la brume, où de grands éclairs sillonnent les nues. Je ne connais pas encore le résultat de l'attaque, mais il paraîtrait que nous aurions beaucoup de pertes.
Attendons, et espérons qu'il n'en sera rien.
Mes pressentiments étaient fondés, l'attaque lancée par la division n'a pas produit le résultat attendu et désiré. Les Allemands, solidement retranchés près de la ferme St-Victor, où a eu lieu l'action principale, étaient abrités par des réseaux de fils de fer placés dans des tranchées en dents de scie, un vrai fouillis. Des boyaux bien dissimulés leur permirent de revenir en arrière de nos troupes, après leur passage, et de les mitrailler à discrétion.
Nous aurions 150 morts, 120 prisonniers et 200 blessés. Parmi les morts, l'adjudant (Marie) BÉPOIX, revenu il y a seulement quelques jours du dépôt : il avait placé son testament dans ma sacoche. (*)
Triste journée, pluie glaciale. Quelques coups de canon pendant tout le jour.
(*) : Curieusement deux BÉPOIX du 60ème régiment d’infanterie
sont tués le même jour, dans le même village, mais un seul est adjudant :
Marie Séraphin Abel BÉPOIX, adjudant au 60ème régiment
d’infanterie, mort pour la France le 12 novembre 1914 à Hautebraye
(60). Voir sa fiche.
Voir la fiche du second : Pierre
BÉPOIX.
Temps très froid, on sent l'approche de l'hiver.
Aujourd'hui sont encore arrivés quelques hommes du dépôt et une quarantaine de jeunes soldats, par compagnie, de la classe 1914, ils ont l'air bien jeunes, et il faudra qu'ils soient bien encadrés, pour marcher, mais ils ont la volonté de bien faire, c'est déjà quelque chose de beau.
Apparition des
premiers flocons de neige. Il fait un temps glacial : pluie et neige
fondue.
Différentes
anecdotes sur l'attaque du 12 :
Quand nos soldats
arrivèrent près des réseaux de fils de fer allemands, ils entendirent les
commandements :
" Ein, zwei, drei
"
Au commandement de
"trois", c'était le feu de salve, impitoyable, puisque nous avons eu
des hommes touchés de cinq et six balles.
Le soir, des blessés étaient restés près des lignes ennemies, ceux-ci entendirent les gémissements et dirent en bon français :
"Si vous êtes
blessé, levezvous ! "
Un de ces pauvres diables, moins blessé que les autres, se souleva et fut aussitôt tué d'une balle.
Les autres attendirent un peu, et revinrent en rampant jusqu'à nos tranchées, où ils racontèrent ces péripéties et l'angoisse terrible des longues heures passées à quelques pas de l'ennemi.
Le soir, sur les sept heures, notre artillerie envoie quelques obus, sans doute, un convoi a été signalé.
La nuit a été fraîche et, le matin, une légère croûte a durci le terrain. Nos pauvres soldats sont toujours étendus entre les deux lignes.
Avant l'assaut du 12, une section de la 4ème compagnie du 60ème, commandée par un sergent-prêtre, a reçu, de celui-ci, l'absolution. Sur 26 au départ, 4 sont revenus, le pauvre sergent est tombé trois mètres en avant de la tranchée d'où il était sorti. Un camarade de la 12ème compagnie, étant allé faire une reconnaissance avec un lieutenant, a trouvé à Hautebraye, près d'une meule de paille, les cadavres de huit soldats français, la tête et les bras entièrement sectionnés. Vraiment, toutes ces choses sont horribles.
Le génie, qui creuse des tranchées à l'avant, a fait un prisonnier : un Allemand, qui s'amenait directement dans leurs boyaux, avec trois fusils français et deux allemands, le pauvre, d'abord confondu en voyant qu'il s'était trompé, était ensuite tout heureux et ne pouvait se contenir de rire.
Rien d'intéressant. Le 54ème territorial fait des tranchées de tous les côtés.
Il gèle fort.
Nuit glaciale. De la glace et du givre partout.
Un incident bizarre :
Sur les tranchées en face de St-Victor, un caporal du 44ème a été appelé depuis les tranchées allemandes, ne craignant rien, il s'y est rendu et, là, un capitaine allemand l'a fort bien reçu, en lui disant qu'ils n'en voulaient pas aux Français, mais aux Anglais, et il lui a remis des cigares, des cigarettes.
Les Français sont alors sortis de leurs réduits, les Allemands ont fait de même. Que penser de cette manière d'agir? Le général, avisé, a donné l'ordre de redoubler de surveillance.
La nuit a été glaciale, si cela continue, ce sera terrible.
A neuf heures du matin, les Allemands ont renouvelé leurs idées fraternisantes. Mais le général a donné l'ordre, sous peine de conseil de guerre, de cesser ces signes amicaux.
Je suis revenu de Vic hier soir.
On parle, au train de combat, de relever tous les conducteurs.
Les aéroplanes français ont survolé les lignes allemandes et ont jeté des annonces pour rassurer les soldats allemands qui seraient fait prisonniers, les détrompant ainsi des insinuations qui leur seraient faites.
Rien à signaler sur le front, sinon qu'il fait un froid de loup. Il paraît que, ce matin, le même fait qu'hier s'est reproduit en face des tranchées, nos avant-postes ont été doublés. Quelques coups de feu rappelèrent à la réalité. Je suis très inquiet de ne pas recevoir de nouvelles de chez moi. Que penser ?
Dans la journée, il fait un peu plus chaud, mais le soir, la nuit se prépare, glaciale.
Je suis monté à Sacy, le colonel me fait poser des vitres à son bureau.
Toujours même temps et même vie.
Reçu un paquet de vivres de chez moi.
Reçu lettre de mes parents. Cela m'a fait beaucoup de plaisir.
A midi, alerte. Tout le monde en branle-bas. Le 1er bataillon du 60ème et le 2ème bataillon du 35ème, qui étaient au repos à Vic, sont emmenés par automobiles du côté de Soissons : il faut croire que cela presse de ce côté.
Le soir, le train de combat du 1er bataillon part pour Ploisy et Berzy-le-Sec, au sud de Soissons.
Rien à signaler.
Neige le matin. Vilain temps.
Quelques coups de canon, une vive fusillade a eu lieu, on aurait dit que les Allemands connaissaient le départ des deux bataillons, tout s'est déclenché à cause d'une simple corvée de bois que nous avions faite, trois blessés.
Le bataillon parti il y a deux jours est rentré par la même voie, ce déplacement avait eu lieu en cas d'une attaque des forces allemandes du côté de Soissons.
On parle vaguement de quitter Vic, je ne sais si cela est fondé.
Cependant, le 44ème a été retiré de ses tranchées et remplacé par le 316ème, il est, en ce moment, en repos à Vic. Un bataillon du 35ème est aussi parti pour une destination inconnue. Impossible d'en savoir davantage, personne ne sait rien.
Temps magnifique et chaud, on se croirait au printemps, rien de changé à la situation. Un Allemand a été fait prisonnier et amené à la division : ils sont comme nous, loin d'être propres, pleins de terre de la tête jusqu'aux pieds.
Rien de nouveau.
Trois coups de canon ont été tirés sur Sacy. La brigade (*) quitte Sacy et vient s'installer à Vic-sur-Aisne.
(*) : Il s’agit de la 27ème brigade d’infanterie qui comprend
les 44ème et 60ème régiments d’infanterie
Rien d'intéressant, le bataillon qui était au repos est remonté dans les tranchées, un autre bataillon est redescendu.
Quelques coups de canon sur Sacy.
Temps pluvieux et venteux.
Temps pluvieux. Rien de nouveau.
Je suis allé à Sacy. Quelques coups de canon sur la première ligne.
Beau temps. Aucun changement notable.
Beau temps. Même état.
Quelques blessés tous les jours.
Violente canonnade sur Sacy : peu de résultats pour les Allemands. On amène toujours des quantités de rails, solives, fils de fer.
Le soir, vent violent, nuit épouvantable.
Suis allé à Mortefontaine. Rien de nouveau.
Rien de nouveau. Temps chaud.
Visite de nombreux aéroplanes.
Temps pluvieux.
Violente canonnade sur Vic-sur Aisne : il y a longtemps que nous n'avions eu pareille sauce.
Quelques coups de canon fusants sur Sacy. Rien de nouveau.
Toujours construction intense de tranchées.
Temps bas et pluvieux.
Le 3ème bataillon remonte aux tranchées ce soir, et est remplacé par le 2ème bataillon. Quelques coups de canon, donc, peu intéressant.
Même vie que la veille.
Deux compagnies du 54ème territorial sont arrivées à Vic, il semble qu'on veuille peu à peu les substituer à nous.
Deux coups de canon sur la ville, le soir, pas d'effet : on dirait que l'ennemi a reçu l'ordre d'économiser ses munitions.
Temps froid.
Les compagnies territoriales sont occupées à faire des tranchées. Quartier consigné pour tout le monde. On parle de plus en plus de notre prochain départ, il paraît que nous allons être remplacés par le 170ème, si nous partons demain, cela fera exactement trois mois depuis notre arrivée.
Quelques coups de fusil se font entendre. Il est bien vrai que nous partons demain matin. Le 170ème est arrivé, ils ont peu l'habitude des tranchées et, dès le soir, un lieutenant est tué : cela donne à réfléchir aux hommes.
Le 54ème territorial est aussi monté aux tranchées.
Le matin, le 1er bataillon est parti.
Le soir, je remonte à Sacy.
Départ de Sacy à trois heures du matin, par la pluie.
Le sac est terriblement lourd, et les côtes sont pénibles, vraiment, nous n'avons plus guère d'entraînement.
Nous passons à Vic, C..s, St-Pierre-Aigle, et nous cantonnons à Dommiers (15 km). Nous en avons assez, logement dans une bergerie de moutons, nous partageons la place avec ces derniers.
Dans le lointain, j'entends le canon : quoique la distance que nous avons parcourue soit assez grande, nous sommes peu éloignés, ayant marché parallèlement à l'ennemi.
Demain, nous continuerons la route. Où allons-nous ?
Départ 7 h et quart.
Vent très violent. Routes boueuses.
Nous passons à Chaudun, Villemontoire, et nous arrivons à Percy-Tigny. Pluie.
Le cantonnement est très mal fait. Nous sommes logés dans le fumier, et il paraît que nous sommes là pour 15 jours. Je suis de plus en plus dégoûté.
Ce matin, exercice.
Voilà près de 15 mois que je n'y étais pas allé, cela me fait beaucoup de changement, j'en avais complètement perdu l'habitude, cela va nous dérouiller un peu.
Toujours une légère pluie.
Visite d'avions du matin au soir.
A une heure, vaccination antityphoïdique. Nous sommes toujours logés au même endroit, et pas moyen de s'approvisionner en quoi que ce soit.
Temps très froid, ce matin.
La vaccination s'est très bien passée, je n'ai presque pas eu mal à l'épaule, beaucoup de mes camarades ont plus souffert que moi. Rien de particulier, la vie est monotone et peu intéressante.
Aujourd'hui, on n'entend pas le canon.
Rien à signaler.
Le matin, à 8 h et demie, présentation du drapeau aux jeunes soldats
Le soir, quartier libre. Beau temps.
Rien à signaler.
On parle vaguement de départ. Journée très fraîche. 37-Mercredi 23 décembre 1914
Le colonel Bourquin est nommé général de la 63ème brigade (XVème corps). La neige, mélangée de pluie, tombe un peu à midi : c'est un vrai temps de Noël.
Tous les jours, les journaux annoncent de légères avances sur la ligne : je crois qu'un grand coup se prépare et que nous n'allons pas rester bien longtemps à Tigny.
Le commandant (André) THIBAULOT a pris provisoirement le commandement du régiment.
Temps froid.
Jour de Noël.
Je suis malade comme une bête à la suite de la deuxième piqûre antityphoïdique.
Le soir, musique à trois heures, pendant que le canon tonne, au loin.
Le soir, à trois heures, présentation du drapeau pour la remise de la médaille militaire au sergent Français.
Il paraît qu'une visite va être passée dans les compagnies, et que cinquante hommes par compagnie, choisis parmi les plus faibles, seront envoyés plus en arrière pour prendre du repos.
Rien à signaler
Temps épouvantable.
Vent et pluie.
Le canon tonne beaucoup du côté de Vailly et de Tracy-le-Val.
Le colonel GRAUX, venant du 135ème d'infanterie, prend le commandement du 60ème, son régiment a été très éprouvé à Charleroi, où restèrent 18 officiers et 1800 hommes.
Ce régiment aurait eu dix colonels tués et trois blessés, dont le colonel GRAUX.
Pendant la nuit, de violentes rafales d'artillerie se sont fait entendre du côté de Soissons.
Temps clair et froid.
Nouvel An. Temps pluvieux.
Le nouveau colonel nous a donné, à chacun, un paquet de cigarettes et 250 grammes de chocolat. A l'occasion de la nouvelle année, nous avons eu champagne, mandarines, cigares, noix, pommes, jambon.
Le soir, le bruit court que nous partons le lendemain.
Temps affreux pendant la nuit.
Effectivement, nous partons à 8 heures du matin, et nous sommes remplacés par le 47ème d'artillerie. Nous passons à Hartennes, Neuville, Droizy, et nous arrêtons à midi à Chacrise.
On entend bien le canon, car, dans cette marche latérale, nous nous sommes un peu rapprochés (du front). Nous sommes bien logés, mais pour combien de temps sommes-nous là ?
Pluie. Mal de dent.
On entend un peu le canon, au nord.
Toujours mal aux dents. La nuit m'a semblé longue : souffrir, et entendre le canon, et être dans la paille, tout cela ne me va guère. Nous avons reformé des ateliers de réparations.
Ici, on entend le canon, et même un peu la fusillade, et pourtant nous sommes assez loin de la ligne. Devant nous se trouve un régiment de noirs.
Le mal aux dents continue.
Néanmoins, le soir, je vais à Soissons avec le sapeur BOISSON, la distance est de 13 km, que je fais avec peine, dans beaucoup d'endroits, la route est pavée et roule mal.
Soissons se trouve dans une cuvette, en haut, sur le plateau, Allemands et Français sont face à face. La ville a souffert du bombardement, à la cathédrale, un des clochetons est coupé, en haut, dans la ville, des obus et des éclats un peu partout.
Construction de silhouettes.
Pluie, le soir.
Triste nuit. Toujours mal aux dents.
Ce matin, le canon se fait entendre du côté de Vailly, il fait rage, la canonnade est aussi forte que dans les plus grands combats qu'il y ait jamais eus. Nous pourrions bien partir.
Le soir, à 2 heures, je reçois l'ordre d'aller dans la forêt pour confectionner 24 échelles de 3 mètres, travail pénible par la pluie, et terminé tardivement.
Réveil à 3 heures. Départ à 4 heures.
Le régiment va au sud de Soissons, pour se placer en réserve, en cas d'une contre-attaque allemande, car il paraît que l'attaque faite hier par une brigade de marocains et un bataillon de chasseurs, a permis d'enlever deux lignes de tranchées, et, vu les mouvements qu'ils pourraient faire, il est nécessaire de prendre des précautions.
Je suis resté à Chacrise avec quelques sapeurs pour régler les comptes laissés par le régiment. Au loin, le canon tape dur, on entend même la fusillade.
Il fait un temps merveilleux.
Départ de Chacrise à 11 h et demie pour se rendre à Courmelles.
Je ne pars pas avec mes sapeurs, je ne partirai que demain, avec le ravitaillement. Une lutte doit se préparer.
Je pars avec le ravitaillement et j'arrive à Courmelles : plus de régiment, ou, plutôt, plus rien des deux bataillons qui se trouvaient ici, ils sont partis aux tranchées, où est ma compagnie.
Il faut traverser Soissons, ce qui nécessite un laisser-passer, et le régiment est tout dispersé.
Depuis le matin, la lutte est terrible, le choc est, sans nul doute, plus rude que la bataille de la Marne, la fusillade, les mitrailleuses, les batteries font rage.
A dix heures, la lutte est à son paroxysme.
A ce moment, le combat flotte, il paraît même que nous aurions un peu fléchi. Aussi, le soir, l'autre bataillon du 60ème, un bataillon du 44ème, des chasseurs à pied, le 35ème, un bataillon du 42ème, passent en camions automobiles.
Pauvres soldats qui sortaint des tranchées, c'est affreux à voir : ce ne sont plus des hommes, mais des loques pleines de terre grasse, musettes, bidons, cartouchières méconnaissables, et le fusil, dont on ne voit plus ni guidon ni hausse, il est inutilisable : jamais je n'ai vu pareille chose.
La lutte recommence, plus âpre que jamais.
J'ai rejoint le régiment à la verrerie de Soissons, là, c'est un ouragan de shrapnells, car l'ennemi voit la route depuis ses postes d'observation, et c'est la seule route qui permette le ravitaillement.
Soissons a déjà beaucoup souffert des horreurs de la guerre, tous les ponts sont emportés, même le pont de péniches a été enlevé et on passe sur une espèce de radeau.
Sur le plateau, le combat fait rage. Les Allemands ont reçu des renforts considérables et, malgré les renforts que nous avons reçus, nous ne pouvons tenir. Le sol est mouvant, on enfonce de la profondeur d'un litre. Un peu de fusil au début, puis, après, à la baïonnette, on se fusille à vingt pas, mais les Allemands, avec une bravoure incontestable, avancent en rangs serrés et colonne par quatre : rien ne peut les arrêter.
Des deux côtés, l'artillerie fait entendre sa voix. Les éclats font tomber, creusent de grands trous parmi les nôtres, vides qu'on ne peut combler.
Le colonel, le capitaine (Henri) ROCHET (*), le commandant (André) THIBAULOT (**), le médecin-major BORNAY, qui s'étaient placés dans une grotte, sont ensevelis, broyés ou tués par l'éboulement, on ne peut les sortir. Dans cette grotte, nos pertes sont énormes.
Les Allemands, arrivant en masse, fusillent à bout portant, les survivants sont faits prisonniers. La plaine tout entière est jonchée de cadavres, dans certains endroits, sur plusieurs épaisseurs, les blessés sont enfouis dans la boue.
On voit des cas atroces, que l'on ne peut raconter : un de mes camarades revient, blessé à la tête, je vois qu'il sort quelque chose de son oreille, vision atroce, c'est de la cervelle humaine, celle du jeune sous-lieutenant MARJOULET, fils du général du même nom…etc..etc...
Beaucoup d'officiers sont tombés, cinq mitrailleuses sur six nous sont prises par l'ennemi. Le 45ème d'artillerie a deux pièces prises, heureusement que la cavalerie allemande n'a pas pu charger. Que de blessés, on n'ose pas regarder, et, avec çà, il pleut toujours.
Le soir, je couche sur la dure, mais à l'abri. Malgré tous nos efforts, nous n'avons pu conserver les tranchées prises et, le soir, on à l’ oeil aux aguets.
(*) : Henri Marie Hippolyte Joseph ROCHET, capitaine au 60ème
régiment d’infanterie, mort pour la France le 12 janvier 1915. Voir sa fiche.
(**) : André THIBAULOT, commandant du 60ème régiment
d’infanterie, mort pour la France le 12 janvier 1915. Voir
sa fiche.
Le matin, à 2 heures, on fait repasser l'Aisne à toutes les troupes et c'est un amalgame de toutes catégories, je n'y comprends plus rien. Que vont penser les Allemands ? L'artillerie prend de nouvelles positions, çà va recogner.
Nous passons à Vauxhuin, Courmelles, et nous arrêtons à Vignolles. On entend toujours le fusil, le crépitement est surtout intense sur le soir. Je me demande ce que l'on va faire : je m'attends à une reprise désespérée, bientôt.
C'est mon anniversaire (24 ans).
Les Allemands ont avancé jusque dans les faubourgs de Soissons, près de la verrerie. Nous avons là un bataillon qui se défend énergiquement mais, depuis le début de l'attaque, nous sommes en mauvaise posture sur ce trop fameux éperon 132, exposé au feu de toutes parts.
Le canon tonne moins fort sur le soir, mais, toute la nuit, le fusil se fait entendre de maison en maison. Le 3ème bataillon, qui était venu avec nous, a repris les tranchées hier soir : ses hommes n'étaient même pas nettoyés, pleins de boue.
Je viens de voir PÉQUIGNOT, qui m'a donné les chiffres suivants : 3247 hommes avant l'attaque, 1186 après, ensemble du régiment.
Tout le monde quitte Soissons.
Les camions automobiles emmènent les civils apeurés : pauvres femmes, pauvres enfants. On entend quelques coups de feu et un peu de canon.
Temps radieux, mais attristé par les souvenirs présents. Quelques Soissonnais émigrent encore. Le 3ème bataillon est toujours dans les tranchées, en arrière de Soissons, il paraît qu'il a eu dix hommes blessés et un tué par une marmite. On me dit aussi que le commandant (André) THIBAULOT, la veille de sa triste fin, aurait tiré sur une automobile où se trouvaient deux officiers allemands déguisés en anglais, mais sans résultat.
Ce matin sont passés beaucoup de camions automobiles se dirigeant vers Soissons, mais je ne sais pas quel régiment.
On entend un peu le canon provenant de la batterie située à droite de Vignolles, au-dessus de la côte. La nuit a été fraîche et, le tantôt, il tombe un peu de neige.
On parle de départ.
En effet, à 6 h et demie, on s'en va, rassemblement à Courmelles, d'où le départ n'a lieu qu'à 9 h et demie du soir, car on attend le 3ème bataillon, qui n'était pas encore rentré des tranchées.
La marche est très dure par cette nuit noire, les chemins sont mauvais, nous traversons l'interminable forêt de Villers-Cotterets, nous passons à Chaudun, Vivières, etc, et nous arrivons à 5 heures du matin à Taillefontaine.
Je suis éreinté.
Nous sommes bien cantonnés.
La journée se passe sans incident remarquable.
Bonne nuit réparatrice.
Il y a longtemps que je n'avais aussi bien reposé.
Temps pluvieux. Par ces temps, tout est triste.
Il fait meilleur aujourd'hui. Nous attendons le dépôt, qui, paraît-il, doit arriver incessamment.
Ensuite, itinéraire encore inconnu.
Une partie du dépôt est arrivée.
J'ai vu LAVERTU et BERTIN. Le 60ème n'a pas pu tout fournir, les dépôts des 44ème, 35ème, 42ème, et 172ème ont dû aider à compléter l'effectif.
Rien d'intéressant : deux nouveaux commandants sont arrivés, je crois qu'il y en a un qui vient du 52ème.

Toujours à Taillefontaine. Même vie.
Il y a encore du dépôt qui arrive sur le soir.
Matinée calme.
Le soir, je vais à Villers-Cotterets en bécane. Ce qui m'a frappé le plus, c'est le nombre considérable des jeunes qui ont encore des emplois à l'arrière, vraiment, à mon point de vue, il semble qu'une répartition plus judicieuse serait utile.
Le soir, je rentre à six heures.
Le matin, nous nous préparons pour aller à l'exercice, mais il y a contrordre. Depuis que nous avons perdu le capitaine (Henri) ROCHET, c'est le lieutenant MAGNIN, officier-payeur, qui commande la C.H.R.
Une centaine d'hommes sont encore arrivés du dépôt. J'ai vu le sergent-major GAILLARD.
Il fait frais, aujourd'hui.
Toutefois, je préfère ces temps secs aux temps pluvieux des semaines écoulées.
Ce matin, nous avons fait une petite marche, par un temps radieux de gelée. Plusieurs avions français passent au-dessus de nous, se dirigeant vers le Nord.
On parle vaguement de départ.
Beaucoup d'avions passent au-dessus du village, un seul allemand, qui fuit en apercevant deux des nôtres.
Le matin, une revue de la brigade par le général devait avoir lieu, mais elle est décommandée à 10 heures.
Un bataillon part, le soir, pour Ambleny et Fontenoy, à l'est de Vic-sur-Aisne, et, demain, nous partirons à notre tour.
Nous relevons la 63ème division de réserve.
Nous quittons Taillefontaine à 8 heures du matin, nous passons à Mortefontaine, Coeuvres, Laversine, Ambleny, et nous arrivons à midi dans un petit pays nommé Le Soulier.
Déjà, à la sortie d'Ambleny, les
Allemands nous saluent de huit coups de canon, deux hommes sont blessés. (*)
Il tombe de la neige. Nous attendons la nuit pour repartir.
A 5 h et demie, nous partons pour Fontenoy, nous traversons l'Aisne, et nous arrivons au pays à 8 heures du soir. Jamais je n'ai vu pays aussi détruit: pas une seule maison intacte, l'église et le clocher sont à terre.
Nous logeons dans les dépendances d'un château, pourvu que nous passions une bonne nuit réparatrice.
(*) : Les 2 soldats blessés par éclats d’obus sont : Le
caporal-fourrier BAUD et le caporal DACLIN (JMO).
Bonne nuit.
Tout aux alentours du château, il y a des baraquements très bien faits où loge une compagnie. Ce château est en plein dans l'axe de tir de l'ennemi, aussi, continuellement, des balles sillonnent l'air et vont se perdre ou se planter dans les arbres, au fond du parc. Le château n'a pas autant souffert que le village du feu de l'artillerie ennemie, c'est, sûrement, par suite de sa position, isolé et caché par les arbres. Un autre château, placé un peu avant le nôtre, est occupé par la brigade.
Les Allemands nous envoient quelques obus, il y en a un qui tombe à quinze mètres de nous, personne n'est touché.
Toute la nuit, quelques coups de fusil.
Nuit avec coups de feu. Un peu de bombardement le soir. Temps magnifique.
Beau temps. Les obus tombent de temps en temps.
Temps magnifique. Quelques obus tombent près de l'église.
Pluie.
Confection de créneaux.
Journée calme. Quelques obus.
Beau temps.
Le soir, à 2 heures, au château de la brigade, remise de la légion d'honneur au commandant POUPINEL et aux capitaines KAH et DUFFET.
La nuit a été fraîche.
Le soir, dans la cour du château, un homme placé près de moi a reçu une balle perdue dans le mollet, un autre, à la brigade, en a reçu une dans le ventre et a été tué.
Nuit fraîche.
Nous commençons un abri pour le colonel.
Nous continuons l'abri.Quelques marmites tombent près de nous, les éclats ronflent.
Nous avons simulé une attaque pour faire venir les Allemands dans leurs tranchées, afin que l'artillerie puisse tirer, à cet effet, la musique et les clairons sonnent la charge et la marseillaise : la fusillade crépite et le canon se fait entendre.
La neige est tombée, il ne fait pas bon travailler à notre abri, on a les pieds dans l'eau. Nouveau simulacre d'attaque et même duel d'artillerie : tout tremble.
Le soir, il y a conseil de guerre pour trois soldats de la 8ème, de Besançon : (Lucien) BERSOT, (Élie) COTTET et MOHN, pour refus d'obéissance et mutinerie (au sujet d'un pantalon).
L'un, (Lucien) BERSOT, sera passé par les armes, à moins qu'un pourvoi en grâce soit envoyé, (Élie) COTTET, 10 ans de travaux publics et (André) MOHN, acquitté, (*)
(*) : Élie COTTET-DUMOULIN sera condamné aux travaux publics,
mais il repartira au front au sein de plusieurs régiment d’Afrique. Il mourra
de ses multiples blessures en Serbie. Voir sa fiche
matriculaire.
André MOHN est né à Saint-Vit (25). A cette date, il est âgé de 33 ans. Il sera tué en
septembre 1915 à Jonchery (Marne). Voir
sa fiche matriculaire.
Pluie épouvantable dans la matinée.
A 6h30, exécution de (Lucien) BERSOT, en dehors du village. Ce pauvre diable a dû passer une nuit atroce. Il est pris, comme une loque, et porté au lieu d'exécution par le lieutenant BILLEY (*) et l'aumônier du 60ème. Le peloton d'exécution se compose de 4 sergents, 4 caporaux et 4 hommes. Ses deux camarades de la veille sont là, comme témoins.
Derrière viennent quatre hommes avec une pioche, et quatre autres avec une pelle. Sous le commandement d'un adjudant, une rafale, et c'est tout. Le coup de grâce, deux fois. Avant de mourir, le condamné appelle sa femme et sa fille Camille : triste chose que les nécessités de la guerre. (**)
Le soir, nous escortons le drapeau à la brigade, pour décorer un blessé du 47ème, simple soldat, déjà cité trois fois à l'ordre du jour. Il a été traversé, de part en part, par un éclat d'obus.
(*) : Le sous-lieutenant BILLEY est le porte-drapeau du régiment
(**) : Gabriel DEGOIX dit à son fils après
guerre :
‘’ Une
distribution d'effets malpropres était à l'origine de l'affaire, elle avait
donné lieu à une vive altercation. Par la suite, BERSOT a été réhabilité. Je
pense qu'il faut se garder de juger, mais seulement considérer combien, après
des mois d'une guerre atroce, la vie humaine avait pu perdre de sa valeur. ‘’
D'ailleurs, Gabriel DEGOIX, d'ordinaire si sensible à la misère
des gens, ne voit dans les faits que la conséquence des "nécessités de la
guerre’’. Lucien BERSOT sera réhabilité en 1922.
Vent très violent.
Quelques obus tombent autour du château.
Bourrasques de neige. Quelques gros obus. Fusillade sur le soir. Le soldat décoré avant-hier de la médaille militaire est décédé aujourd'hui.
Beau temps.
A midi, branle-bas général : on recommence la fausse attaque faite il y a deux jours, toute la soirée, ce n'est que canonnade et fusillade. Il ne fait pas gras dans les tranchées : de la boue jusqu'aux genoux.
Les Allemands ont répondu à notre bombardement et, le soir, nous avons un tué (*) et quatre ou cinq blessés, une marmite étant tombée sur un des gourbis. Je ne sais pas trop si les Allemands vont nous laisser dormir tranquilles.
Il paraît que c'est aujourd'hui carnaval (**): nous sommes dans un drôle d'accoutrement.
(*) : François PESSÉ-GIROD, soldat à la 9ème compagnie du 60ème
régiment d’infanterie, mort pour la France le 16 février 1915 à Fontenoy. Voir sa fiche.
(**) : Mardis gras
Pendant toute la nuit, violente canonnade, on roupille néanmoins. Dans la journée, vers les 2 h et demie, alerte : ce mouvement est dû à l'officier de quart, qui a entendu les Allemands donner des coups de trompe dans leurs tranchées. Le canon tape dur, vraiment, que de kilos d'acier passent dans les airs.
Le colonel, qui était monté dans les tranchées pendant l'alerte, redescend le soir au château de Fontenoy.
Rien à signaler.
Reçu un colis de la société de la Sentinelle (société de tir de St-Broing).
Rien à signaler. Toujours un peu de canon.
Reçu deux mitrailleuses pour le régiment, chaque régiment aura maintenant sa compagnie de mitrailleuses, sous la direction d'un capitaine.
Le soir, j'ai failli être touché d'une balle, qui a frappé ma visière de képi après être passé devant MARTINET.
Temps calme.
On croirait presque que l'ennemi est parti, quelques obus, et c'est tout.
Beau temps.
Rien à signaler.
Beau temps, pluie le soir.
Les Allemands envoient pas mal de saucisses sur les tranchées.
Journée calme.
Il gèle. Temps superbe. Les avions se font voir.
Toute la journée, l'ennemi nous bombarde, mais avec peu de résultat : un seul blessé au 60ème. Tout laisse prévoir une attaque ennemie.
(*) : Le JMO signale 2 blessés : Jules DEFIENNE et Charles
ALARD.
Nuit calme. Journée froide.
Beaucoup d'avions des deux partis.
Vent très violent. Un peu de canon.
Violent bombardement, tout tremble. Cependant, résultats insignifiants.
Le bombardement recommence, nos batteries ne répondent pas : sûrement qu'elles en ont reçu l'ordre.
Journée calme.
Le soir, un peu de mitrailleuse. Nos batteries se sont un peu fait entendre.
Belle journée.
L'ennemi se fait un peu entendre. Nous avons fait des croix pour les camarades tombés au champ d'honneur. Un camarade m'a dit que, sur la tranchée ennemie, les Allemands font apparaître des mannequins, pour nous faire tirer dessus, mais ce petit jeu ne prend pas.
Rien à signaler.
Journée calme. Le soir, les Allemands lancent sur nos tranchées d'énormes torpilles aériennes qui nous font subir quelques pertes. Notre artillerie répond et les calme.
Rien à signaler, sauf pour le bombardement, analogue à la veille.
Beau temps, un peu pluvieux sur le soir.
Même vie.
Mauvais temps. Bourrasques de neige. Très froid.
Peu d'activité de part et d'autre.
Le temps froid continue.
Quelques obus. L'un arrive dans un arbre, devant le château : l'arbre est coupé net.
Les Allemands ont fait sauter une mine près du 44ème.
Deux sapeurs du génie et trois soldats du 44ème ont été tués, les restes ont été ramassés par lambeaux, placés dans une petite caisse et inhumés.
Les hommes sont bien fatigués : beaucoup de service de garde, de corvées, travaux de défense et d'entretien.
La journée a été assez calme, sauf vers les 2 heures, où les mitrailleuses ennemies se sont mises en action, je croyais à une attaque, mais il n'en fut rien. Le canon se fit un peu entendre et, à 3 heures, tout était redevenu calme.
La vie est donc assez tranquille, mais tout fait pressentir que cela ne sera pas éternel.
Journée belle.
Les Allemands envoient pas mal d'obus de 210 sur le village : ce sont des craquements formidables. Le général MAUNOURY (commandant la 6ème armée) et le général DE VILLARET (commandant le 7ème corps), étant venus visiter les tranchées de première ligne, ont été blessés tous les deux par une balle qui est passée par un créneau. Le premier a eu le nez emporté, le second a aussi été blessé à la tête, et plus grièvement.
Cette nuit, il y a encore eu un tué et quelques blessés, en fait, il ne se passe presque pas de jour sans avoir des manquants à l'appel le soir.
Journée splendide.
Les Allemands ont envoyé quelques obus sur les tranchées, entre autres sur le 44ème, où une mitrailleuse a été démolie, cinq hommes tués et deux blessés.
Vers les 3 heures, une sorte d’alerte : nos hommes placés en première ligne avaient cru voir, au-dessus des tranchées, des baïonnettes, d'où des préparatifs pour une riposte en cas d'attaque.
Il n'en a rien été et, le soir, tout était rentré dans le calme.
Rien à signaler. Temps superbe.
Nous avons un nouveau capitaine venant des cuirassiers : M. de TALODE du GRAIL. Le lieutenant MAGNIN passe capitaine aux mitrailleuses. (*)
(*) : Il était adjoint au commandant du régiment.
Temps magnifique.
Sur le soir, notre artillerie tire beaucoup.
Beau temps. Rien à signaler.
Journée calme. Quelques rares coups de feu.
La nuit, en revanche, ils envoient de grosses bombes qui ébranlent tout par leur éclatement, c'est vraiment formidable.
Toujours beau temps.
Dans la nuit, les Allemands ont encore envoyé de leurs grosses bombes. Un homme et un caporal (*) ont été tués d'une balle en plein front à travers un créneau.
En première ligne, dans un endroit fort rapproché, les belligérants se signalent leurs balles depuis leurs tranchées respectives : quand la balle passe dans le créneau, ils lèvent un objet quelconque au-dessus de la tranchée, quand la balle manque, c'est balai.
Dans le secteur du bord de l'Aisne, le terrain qui sépare les deux lignes est rempli de toutes sortes de matériaux et de cadavres : boeufs, chevaux, et même leur conducteur, sans doute le propriétaire qui emmenait ses bestiaux et qui a été tué dans sa fuite. Dans ce secteur se trouve aussi une ferme avancée, presque détruite, où, chaque soir, patrouilles françaises et allemandes se rencontrent : échanges de coups de feu réciproques.
Dans la tranchée du bord de l'Aisne passe un petit ruisseau. Les soldats ont installé de petits moulins à eau, une corde fait office de courroie et actionne un bonhomme de carton faisant la gymnastique : cela dissipe l'ennui et fait oublier, aux pères de famille, les foyers si tristes en certains endroits. J'ai lu, dans le journal, que le général MAUMOURY était décoré de la médaille militaire, et le général DE VILLARET fait commandeur de la légion d'honneur.
(*) : Le seul caporal tué se jour là est Joseph GOUGET, caporal à la 10ème compagnie du
60ème régiment d’infanterie. Voir sa fiche.
Pendant la nuit, les Allemands envoient quelques grosses bombes qui contiennent 18 kilos de poudre, cela cause un grand ravage dans nos tranchées. Nous avons eu deux tués et cinq blessés. (*)
(*) : Pour avoir les compte des pertes le soir de chaque journée,
il ne doit pas être loin de l’officier qui rédige le journal du régiment !
L'ennemi envoie toujours de ces grosses bombes. Décès du caporal CAMELIN, le 19 mars. (*)
C’était le frère d'un de mes sapeurs, un bien brave garçon, déjà blessé à la bataille de la Marne.
Aujourd'hui, un obus de 210 est arrivé sur un abri de la 11ème compagnie : trois tués, six blessés. Temps magnifique.
(*) : Gustave Édouard Gilbert CAMELIN, caporal au 60ème régiment
d’infanterie. Voir sa fiche. Il a 7 frères.
Journée magnifique. Visite d'avions.
Nous avons touché les képis et les capotes de la nouvelle tenue (tenue bleu horizon).
Toute la journée, beaucoup d'avions se font entendre. On ne se croirait presque pas en guerre.
Les fusils et les canons sont muets.
Journée splendide.
Toujours le même calme. Notre artillerie se fait à peine entendre.
Journée un peu pluvieuse.
Pas un coup de canon de la part de l'ennemi.
Sale temps. Pluie et vent.
L'ennemi ne se fait pas du tout entendre.
Beau temps.
L'ennemi est calme, ce calme est même impressionnant : on sent quelque chose dans l'air.
Dans la journée, presqu'aucun bruit, la nuit, toujours un peu de fusillade.
Beau temps, mais froid.
Rien à signaler.
Très froid. L'ennemi est calme.
Toujours même temps glacé. Je crois que je vais prendre le rhume.
On voit quelques avions. Toujours même calme apparent.
Journée froide et calme.
Journée calme.
Violent bombardement de notre artillerie dans la matinée : en récompense, pendant la nuit, l'ennemi nous envoie des minenwerfer. Le tir allemand produit peu d'effet.
Journée calme. Beau temps.
Construction à outrance de réseaux de fil de fer.
Pluie.
A onze heures, le tantôt, alerte, nous restons équipés jusqu'à cinq heures du soir, c'est un exercice fait pour toute la brigade. Toujours même calme relatif de la part de l'ennemi.
Jour de Pâques. Temps de pluie, dégoûtant.
Activité de notre artillerie.
L'ennemi répond un peu au tir de notre artillerie. On parle vaguement de départ. On pousse fiévreusement la construction des réseaux de fil de fer.
Temps pluvieux.
Notre artillerie est particulièrement violente et active. Tous ces jours, quelques blessés.
Activité de notre artillerie.
Le matin, un pénible accident se produit dans la tranchée de Labran. Un de nos obus de 80 de montagne, touchant un arbre près de nos tranchées, a tué un de nos soldats en le décapitant complètement. (*)
(*) : Le seul tué répertorié est le soldat Pierre Henri BROYER,
22 ans. Voir sa fiche.
Vive fusillade du côté de Vic-sur-Aisne. Continuation de la pose des réseaux portatifs. Les Allemands, pendant la nuit, en ont pris, qu'ils ont placés devant leurs tranchées. L'ennemi bombarde un peu le village de Fontenoy, beaucoup de leurs obus n'éclatent pas.
Beau temps.
Pendant la nuit, les Allemands envoient toujours leurs torpilles aériennes, qui éclatent avec fracas. Notre artillerie répond toujours deux coups pour un.
Justesse remarquable du tir d'artillerie.
Le matin, à trois heures, alerte.
Les mitrailleuses marchent, mais ce n'est rien. Nos canons tapent sur les tranchées ennemies.
Violente canonnade toute la journée.
Le soir, au château de la brigade, décoration du soldat DURAND, de la 9ème compagnie : le pauvre garçon a été blessé d'une balle à la jambe, ce qui a nécessité l'amputation, son état est très précaire.


Gabriel DURAND, 38 ans, a été blessé le 5 avril 1915. Il décede le 10 avril. Pourquoi le génral
s’est déplacé personnellement pour le décorer ?
Sur sa fiche matriculaire deux erreurs :
-La décoration n’est pas indiquée
-Sa blessure est datée du même jour
que son déces.
Beau temps.
Bombardement de Fontenoy par l'ennemi.
Beau temps.
L'ennemi bombarde toujours.
Au milieu du village, arrive un 150 fusant, qui tue un homme et en blesse huit.
Beau jour. Rien à signaler.
Belle journée.
Le soir, avec une trentaine d'hommes, nous confectionnons à l'arrière des réseaux de fils de fer, nous avons sans doute été repérés par un avion allemand et trois obus nous arrivent dessus : heureusement, ils étaient débouchés cinquante mètres trop long, sans quoi nous étions tous nettoyés.
Les avions se promènent de bon matin.
A trois heures, bombardement de vingt minutes, par notre artillerie, sur les lignes ennemies. Encore trois obus où nous travaillons, toujours un peu long, c'est une veine. Gare à une troisième fois !
Beau temps.
Le soir, j'ai visité le secteur de l’Aisne : tout est en parfait état et largement pourvu en réseaux de fils de fer. Je suis allé jusqu'à l'Aisne, qui est très grosse à cette époque : s'il fallait se replier, il faudrait boire le bouillon.
En revenant, j'ai vu des hommes de la 5ème compagnie qui faisaient cuire du rat et le mangeaient de bon appétit, cela sentait bon, toutefois, je n'y tiens pas, car l'ordinaire remplace avantageusement un tel menu.
Belle journée.
Toujours un peu de canon.
Nuit fraîche, beau dans l'après-midi.
Cela fait de la peine d'être ici, seulement, on sait que c'est un devoir.
Beau temps.
Rien d'intéressant.
Journée calme. Toutefois, pendant la nuit, l'ennemi a encore réussi à nous prendre une vingtaine de réseaux portatifs.
Beau.
Construction d'un abri-caverne.
Le capitaine LACROIX, décoré dernièrement à la brigade, est décédé cette nuit. (*)
(*) : Jean Baptiste Firmin Eugène LACROIX, 48 ans, a été blessé
gravement par balle le 18 avril. Le soir même, il a été décoré de la légion
d’honneur par le général DE VILLARET (JMO). Voir sa fiche.
Il était sur la tranchée avec ses hommes pour installer des
défenses accessoires.
L'ennemi est calme. Quelques rares coups d'artillerie.
Aujourd'hui, un peu pluvieux.
On parle toujours vaguement de départ. Nous avons toujours quelques légères pertes chaque jour.
Je suis allé à Ambleny, je ne peux m'empêcher de dire que j'ai été écoeuré des moeurs de certaines femmes, qui pour la plupart sont mariées, enfin, c'est la guerre.
Je suis rentré le soir à onze heures. Nuit calme.
A dix heures, les Allemands bombardent nos tranchées avec violence. On parle toujours de départ, mais rien d'officiel.
De 10 heures du matin à 5 heures du soir, violent bombardement des lignes ennemies par notre artillerie. L'effet des grosses pièces est foudroyant. Un dépôt de munitions allemand saute, on entend les éclatements de balles de fusil comme une mitrailleuse.
Nuit calme.
Journée magnifique.
Journée magnifique et très chaude. Le 44ème d'infanterie est parti, le 65ème territorial a pris sa place avec le 60ème, cela fait un beau mélange et une armée de tous les âges.
Journée très chaude, comme au mois de juillet.
Pendant la nuit, bombardement des tranchées par les Allemands : deux tués et sept blessés. Nous faisons un prisonnier dans le secteur de l'Aisne, il avait dû venir volontairement, en rampant.
Il a été emmené tout de suite.
Belle journée.
L'ennemi bombarde nos tranchées à la suite de l'envoi, par nous, de grosses torpilles aériennes de 35 kilos d'explosif.
Tonnerre.
Journée très chaude et très calme.
Toute la nuit, l'ennemi envoie des grenades et des marmites sur nos tranchées : nous avons trois morts, ce nouveau secteur est donc plus périlleux que le premier. Près d'un entonnoir, ils ont eu l'audace de planter un poteau-frontière, tricolore d'un côté, et l'aigle de l'autre: c'est audacieux.
La journée est belle et calme.
Journée belle durant la matinée.
Le soir, tonnerre et orage : cela se mélange avec le bruit du canon.
Rien à signaler. Journée calme.
Orage.
Pluie pendant la nuit.
Travail de nuit pour la confection d’un abri de l'autre côté de l'Aisne, il faut traverser l'eau sur une barque -moi qui ne sais pas nager- cela ne me va guère.
Beau temps.
Rien à signaler.
Temps orageux.
Le secteur est calme, les canons, de part et d'autre, ne se font pas entendre. Nous nous sommes tous fait photographier et j'ai envoyé les vues un peu partout.
Le soir, alerte : il semble qu'un grand mouvement se fasse dans les tranchées ennemies, tout le monde est à son poste. Il paraît qu'une section ennemie est sortie en face de la 11ème compagnie, mais est rentrée de suite sous les feux de salve de notre infanterie.
Nuit relativement calme. Les bruits de la veille sont éteints.
Beau temps.
Rien à signaler, sauf alerte dans la nuit.
Malgré l'alerte, nuit calme. Quelques coups de canon vers les dix heures.
Pendant la nuit, l'ennemi bombarde beaucoup nos tranchées, le tremblement est épouvantable, et le bruit inconcevable.
Belle journée. On tire de part et d'autre.
Journée tranquille.
Les journaux annoncent de forts progrès du côté d'Arras.
Notre colonel est appelé au commandement d'un régiment marocain.
Avant de partir, il est venu près de notre atelier et m'a serré la main. Nous ne connaissons pas encore son remplaçant. Toujours même vie monotone.
Temps un peu brumeux.
Beau temps. Journée calme de part et d'autre.
Le matin, j'assiste à une poursuite d’avions : l'allemand rentre prestement dans ses lignes, poursuivi par le français à coups de carabine.
Je suis allé à Amblény.
Journée agréable.
Dans la journée, dans un secteur rapproché, il paraît que Français et Allemands auraient fraternisé : quarante Allemands seraient sortis de la tranchée, un d'entre eux et un Français auraient bu la bière ensemble.
C'est très drôle.
Temps pluvieux.
Le bruit d'hier est confirmé : je ne sais ce qu'il en ai.
Je viens d'apercevoir notre nouveau colonel. Il a l'air assez sévère, néanmoins, il a levé toutes les punitions en prenant le commandement.
Rien à signaler. Pluie qui rend les tranchées dégoûtantes. D'après les communiqués, les avances sont sensibles du côté d'Arras et l'Italie serait sur le point de déclarer la guerre à l'Autriche.
Le soir, alerte à 3 heures : une reconnaissance allemande s'était avancée jusque près de nos tranchées du fortin et, par un coup d'adresse, soit insuffisance des sentinelles ou malveillance, avait sauté dans la tranchée de première ligne.
Notre infanterie se ressaisit et une fusillade se produit : les Allemands reculent. Aucune perte de notre part. L'ennemi, en s'en allant, emporte deux sacs et la musette d'un soldat, laquelle contenait un colis qu'il venait de recevoir.
L'ennemi laisse un fusil et des cartouchières, sans doute un blessé.
Nuit calme.
Plus rien sur l'affaire de la veille. Ce temps pluvieux a raffaîchi l'atmosphère.
Toute la nuit, alerte, une forte reconnaissance de chez nous doit aller, depuis le fortin, reconnaître les lignes ennemies : tout est sur pied. Par suite de circonstances malheureuses -un homme ayant toussé- la reconnaissance n'arrive pas à ses fins, nous laissons deux hommes sur le terrain.
Beau temps. Calme des deux côtés.
Le soir, la nuit est peu calme. Vive fusillade et grenades à main le long de l'Aisne.
Les Allemands, profitant du courant, envoient une barque avec deux mannequins. Notre infanterie ouvre le feu. La barque, par suite du courant, approche du rivage où on l'amarre solidement. Ils ont sans doute fait cela pour voir exactement l'emplacement de nos petits postes. Mais leur ruse est déjouée
Les mannequins sont enlevés avec précaution : sous l'un, une fausse bombe attachée avec une ficelle, sous l'autre, une bombe réelle reliée au bonhomme.
Heureusement que la fumisterie est découverte et le câble coupé avant d'enlever le mannequin.
Nuit relativement calme. Beau temps.
Nuit tranquille. Temps beau mais frais.
De part et d'autre, calme à peu près complet.
Pentecôte. Journée magnifique.
Calme.
Beau temps.
Rien à signaler. L'Italie a déclaré la guerre à l'Autriche. Nous avons préparé de petits drapeaux italiens avec inscription "Vive l'Italie", ils seront placés devant la tranchée.
A 5 heures, les Allemands nous envoient pas mal d'obus qui tombent de 20 à 50 mètres de nous, çà siffle, mais personne n'est touché.
Nuit calme. Temps magnifique.
Notre nouveau colonel, arrivé voici huit jours, est tué par un obus de 77. C'est une malchance pour le 60ème. C'était un brave coeur, que l'on commençait à estimer à sa juste valeur.
Toujours beau temps.
Rien à signaler.
Beau temps.
Le soir, un Allemand est venu se rendre dans nos lignes, il était du 72ème et avait déjà combattu contre nous à Soissons. Il paraissait très fatigué et était malpropre.
Temps très rafraîchi.
A cinq heures du matin, l'ennemi nous envoie quelques obus pour nous réveiller.
Un camarade m'a conté l'arrivée de l'Allemand au petit poste. Nos soldats mangeaient la soupe quand, soudain, une tête surmontée du béret allemand a émergé d'un massif situé à une vingtaine de mètres. Alerte.
Nos hommes sautent sur leurs fusils et l'Allemand n'est pas très crâne quand il voit dix-huit fusils braqués sur lui. On lui fait signe d'avancer en levant les bras en l'air : ce qu'il fait.
Arrivé au petit poste, il serre la main à tous en criant : "camarade", puis, on lui donne à manger. Il faut voir avec quelle gloutonnerie il ingurgite trois portions de viande, une assiette de macaronis et trois quarts de vin. "Gut Wein", dit-il.
Il dit que, en face de nous, est la 2ème compagnie du 72ème règiment d'infanterie.
Pendant une heure, il reste au petit poste, où il parle avec un alsacien, caporal, qui a une connaissance parfaite de la langue allemande.
Nous avons reçu 200 hommes du dépôt. Les Allemands envoient de gros obus sur nos tranchées de première ligne.
Je suis allé à Ambleny. Toujours la même vie dans ce pays : il y en a qui ne s'en font pas.
Beau temps. Calme relatif, sauf quelques coups de canon de la part de notre infanterie.
Notre artillerie des tranchées a été assez violente pendant la nuit.
On dit que le 42ème est allé du côté de Tracy-le-Val.
Dans la journée, calme absolu. Nous avons eu un lieutenant tué par l'éclatement inexpliqué d'un fusil-tromblon : il a été littéralement haché (s/Lt BAUDIER 9ème compagnie). (*)
(*) : Fernand BAUDIER, sous-lieutenant au 30ème régiment
d’infanterie. Voir sa fiche.
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Temps splendide.
Les Allemands tirent assez violemment sur nos tranchées, sans doute pour savoir ce que nous avons exactement comme artillerie, car, tous ces jours, les pièces ont été changées : les 120 sont partis et ont été remplacés par du 95, ainsi que quelques batteries du 47ème.
Rien à signaler. Temps très chaud.
Beau temps.
Le soir, quelques obus allemands sur les tranchées de
l'Aisne : un seul obus tue trois hommes de la 7ème compagnie et en blesse un. (*)
Nous n'avons toujours pas de colonel.
(*) : Les 3 tués : Jules Célestin VALTRE, 21 ans. Voir sa fiche. -- Joanny (Joannès) DUDILLY,
25 ans. Voir sa fiche. --
Marius LAMBERT, 33 ans. Voir sa fiche. -- Le blessé : Paul Ernest MALDINEZ,
blessé ce jour (aus deux jambes), sera finalement ‘’
déclaré tué ‘’ à 29 ans, le jour de l’offensive du Chemin des Dames, le 16
avril 1917. Son corps n’a jamais été retrouvé. Voir sa
fiche.
Beau temps.
Peu d'activité de part et d'autre.
Alerte à deux heures du matin.
Il paraît qu'il y a attaque de notre part à Tracy-le-Val et, bien que ne prenant pas part à l'action, nous sommes sur le qui-vive.
En effet, à quatre heures, commence une violente canonnade qui dure une heure et demie sans discontinuer. Ensuite, le feu continue, avec des intervalles d'arrêt et de reprise.
C'est épouvantable d'entendre ces bruits sinistres, mon coeur se serre : que d'hommes doivent tomber. Il me semble entendre à nouveau ces mitrailleuses qui fauchent tout. La canonnade se tait un peu vers les sept heures, mais elle reprend de plus belle à huit heures. Nous sommes toujours sur le qui-vive, prêts à entrer en danse si le besoin s'en fait sentir.
Dimanche bien triste, beaucoup de combattants quitteront cette terre. Quelle chose que la guerre !
Le soir, à trois heures, le lieutenant BILLEY nous apprend que le 35ème a progressé en face de Vingrey, prenant deux lignes de tranchées et plusieurs canons.
La lutte continue.
Temps magnifique.
On entend un peu le canon, au loin. Je n'ai pas d'autres nouvelles sur l'action d'hier.
Notre nouveau colonel est arrivé à onze heures : c'est le Lt-Colonel MITTELHAUSER, du 3ème Tirailleur, officier de la légion d'honneur, décoré de la croix de guerre, il est venu directement nous rendre visite.
Un peu orageux. Rien à signaler.
Beau temps.
Nous avons souvent la visite du nouveau colonel.
Beau temps. Très calme.
Toujours calme parfait.
Deux tués, l'un d'une balle, l'autre par un obus. (*)
(*) : Les deux tués sont :
Marie Louis BLOT, 34 ans, caporal. Sa fiche.
Augustin Eugène LACREUSE, 20 ans. Sa
fiche.
Rien à signaler. Vie monotone.
Un tué (*), deux blessés. Ce pauvre malheureux était
littéralement haché, jambes d'un côté, tête de l'autre.
Toujours visite des avions de part et d'autre, canonnade pour les faire fuir.
(*) : Henri DACLIN, 22 ans, Voir sa fiche.
Rien à signaler. Toujours vie analogue.
La nuit a cependant été un peu fraîche.
Beau temps.
A 12h30, alerte pour le régiment, je ne sais s'il s'agit d'une attaque ou d'une démonstration d'artillerie.
Attendons.
Réveil à trois heures.
Violent bombardement des tranchées par notre artillerie. Tous ces jours, en première ligne, nous plaçons de grandes pancartes annonçant aux Allemands les victoires russes et italiennes. Les Allemands en ont mis une où il est écrit : "Français trop bêtes".
Un de nos bataillons, le 3ème, est allé du côté de Bitry, au sud de la ferme Tout-Vent, je ne sais ce qui se prépare de ce côté.
Le bombardement cesse le matin à dix heures.
Dans la nuit, deux tués, dont un nommé BOZINO, qui était de mes camarades.
La journée est relativement calme. Temps magnifique.
(*) : Les deux tués (les 2 tués par balle à la tête) sont :
Eugène Camille BOZINO, 25 ans. Voir sa
fiche.
Georges GIRARD, caporal, 34 ans. Voir sa
fiche.
On m'apprend que les Allemands auraient bombardé Villers-Cotterets : six obus seraient tombés à la gare, à 24 kilomètres d'ici. Je me demande avec quelle pièce ils arrivent à exécuter de tels tirs.
On me dit aussi que le 42ème d'infanterie, qui était allé à Tracy-le-Val, aurait perdu 1800 hommes, dont 360 prisonniers (sous toute réserve).
Pendant la nuit, à deux heures du matin, violente canonnade des deux partis : pendant un instant, j'ai cru à une attaque de l'ennemi, mais il n'en a rien été, le jour a ramené le calme.
Temps magnifique.
Rien à signaler.
Journée belle. Les Allemands envoient quelques gros obus sur Ambleny.
La nuit a été assez tourmentée : fusillades réitérées, canon, minenwerfer.
A la 2ème compagnie, un soldat est tué, ainsi que le sergent BONNET (*) et, un garçon très énergique. Détail curieux, il est tué par la seule commotion produite par l'explosion d'une saucisse de 50 kgs.
Nous construisons toujours, à outrance, des réseaux cylindriques : un minimum de cent par jour.
Depuis quelques jours, nous répondons avec de grosses torpilles à ailettes de 30, 40 et 50 kilos : ils ne doivent pas trouver cela à leur goût. L'autre nuit, une de nos torpilles est tombée juste sur un de leurs abris, qui s'est immédiatement enflammé : s'il y avait des hommes couchés, ils ont sûrement été tués ou blessés.
A plusieurs reprises, l'ennemi a essayé de dégager dans les décombres de l'abri, à chaque fois, la mitrailleuse balayait le dessus de la tranchée et empêchait tout travail.
Même chose la nuit dernière.
(*) : Georges Louis Joseph BONNET, sergent au 60ème régiment
d’infanterie. Voir sa fiche.
Rien à signaler.
Journée pluvieuse. Orage.
Tranchées épouvantables.
Temps lourd. Pluies passagères.
Tous ces jours sont assez calmes. Je ne sais pas ce qui se prépare, mais tout ce calme est impressionnant.
Rien à signaler.
Beau temps.
Tous ces jours, nous avons beaucoup de blessés : six ou sept par jour.
Rien à signaler. De gros calibres tombent sur nos lignes.
Beau temps.
Le préfet de l'Aisne et sa jeune femme sont venus déjeuner avec le colonel : j'avouerai que cela vous trouble de revoir une toilette féminine portée avec tant de grâce.
On parle vaguement de départ. Voilà bientôt cinq mois que nous sommes ici.
Beau temps.
On travaille ardemment à la confection des réseaux de fils de fer.
Journée calme.
Sur le soir, les Allemands envoient de fortes rafales sur les tranchées : pas de blessés.
Pluie.
Belle journée.
A neuf heures du matin, les Allemands bombardent le village avec de gros calibres. Un homme est grièvement blessé : un éclat d'obus lui emporte un pied, au-dessus de la cheville, il perd beaucoup de sang, dans un endroit, il y en a au moins 30 mm d'épaisseur. Un autre homme est blessé.
À la 12ème compagnie, un homme se coupe trois doigts en dévissant une grenade à fusil allemande. La 3ème compagnie, qui était au fortin, a eu des pertes sensibles pendant ses dix jours de garde : six tués et seize blessés. C'est un des plus mauvais endroits, il y a un mois, l'ennemi n'y bombardait jamais.
Nous confectionnons toujours des sphères barbelées en quantité : je me demande où tout cela passe.
Rien à signaler. Le temps est splendide.
Nuit mouvementée dans les tranchées. L'ennemi nous écrase de marmites, grenades à fusil, torpilles, etc..
Nous avons trois tués, ils ont les jambes broyées, c'est affreux.
Nouveau genre de travail : comme à Carency, nous allons réunir toutes les caves du pays par des boyaux souterrains, c'est un travail qui demandera, pour le moins, deux mois et demi.
A dix heures, les Allemands nous bombardent avec intensité : un obus tombe à 20 mètres de nous, en découvrant complètement une maison. Personne n'est touché.
Beau temps. Rien à signaler.
L'ennemi bombarde toujours le pays avec violence, mais sans résultat.
Dans la nuit, une de nos patrouilles a blessé un soldat allemand qui est mort un quart d'heure après. C'est un nommé Asmus, 10ème compagnie, 36ème Régt Landwehr. Il paraissait fort jeune.
Temps beau.
Beau temps.
Il paraît que l'allemand tué hier s'est défendu avec une rare énergie, ne voulant pas se rendre et même, sur le brancard, se retenant aux fils de fer barbelés autour de lui : cela est tout à son honneur.
Nous travaillons toujours dans nos sapes, comme de vraies taupes.
Beau temps.
Ce matin, à cinq heures, violente canonnade de part et d'autre. Demain part un premier contingent de permissionnaires: trois pour cent par compagnie.
Belle journée, calme.
Depuis le début de la campagne de Fontenoy, nous n'avons jamais été aussi tranquilles : trois jours sans tué ni blessé.
Je suis allé à la grotte aux munitions et j'ai vu, pour la première fois, ces grosses torpilles aériennes de 50 kilos : c'est véritablement impressionnant de voir cette masse d'acier et d'explosif, de 25cm de diamètre sur 1,90m de haut. On peut juger de l'effet produit par une semblable charge.
Très calme.
Hier soir, les Allemands ont bombardé pendant une heure, violemment, le secteur du 44ème, néanmoins, la nuit a été calme.
Aujourd'hui, pluie. Temps triste.
Fête nationale. Belle journée. Copieuses libations.
L'ennemi bombarde violemment nos lignes, sur le soir : personne n'est touché. Le 170ème est arrivé à Ressons-le-Long, le 174ème à Jolzy. Je ne sais s'ils viennent pour nous relever.
Pluie.
Continuation de nos travaux de sape. Il ne fait pas bon faire ce métier dans la boue.
Le soir, de trois heures à sept heures, les Allemands bombardent le fortin, c'est un bruit assourdissant, d'après le rapport de l'artillerie, près de 4000 obus sont tombés sur nos tranchées.
Tous les boyaux du fortin sont bouleversés. L'ennemi, profitant de ce que nos hommes sont obligés de se terrer, monte la pente et arrive, sans être vu, jusqu'à nos postes d'écoute. Mais la panique provoquée par cette brusque attaque est vite maîtrisée et les Allemands redescendent la pente. Notre artillerie, n'étant pas prévenue par suite de la rupture des lignes, ne pouvait tirer
Le soir, il ne nous manque que deux hommes : sont-ils encerclés, ou fait prisonniers ? (*)
Malgré tout ce bombardement, nous n'avons, comme perte, que quatre blessés.

(*) : Les deux hommes disparus sont Léon BESSON et Marc BRETON.
Quoiqu’en alerte, la nuit est calme. Beau temps.
Journée calme.
Dans la nuit, un soldat et deux sergents tués, en posant des fils de fer en avant de la première ligne. Beaucoup à faire pour réparer les effets du bombardement du 15.
(*) : Les 2 sergents sont :
Jules Samuel VANNIER. Voir sa fiche.
Paul Étienne MOREL. Voir sa fiche.
Rien à signaler, sauf pendant la nuit, où les Allemands nous ont enfoncé au moins dix gourbis, un seul homme tué.
La journée est calme.
Rien à signaler dans la journée.
On parle sérieusement de relever la division.
La nuit est assez mouvementée. Dans le secteur de Sabran, les Allemands nous envoient d'énormes torpilles, lesquelles font beaucoup de dégâts. Journée belle. On pense partir le 25.
Dès le matin, les avions se pourchassent. Un avion allemand est chassé par deux des nôtres. On entend le bruit de la mitrailleuse, dans les airs.
Aujourd'hui, plusieurs officiers du 2ème régt mixte - formé des 2ème et 3ème tirailleurs et du 4ème zouaves - sont venus reconnaître notre secteur, sans doute vont-ils nous remplacer.
Belle journée.
Nuit assez calme.
Dans le secteur de Sabran, nous avons eu un tué et un blessé. Ce matin, je vois encore quatre officiers de tirailleurs qui montent aux tranchées.
Belle journée chaude.
Dans la nuit, nous avons eu un tué par grenade à fusil.
Nous sommes relevés dans la nuit du 25 au 26, et nous allons à Vivières, une vingtaine de kilomètres en perspective. Ce qu'il y a de plus long, c'est cette relève, ces à-coups, dans la nuit : il faut deux grandes heures pour se remplacer. Et puis, si on fait du bruit, gare aux marmites !
Toute la nuit, il a plu. De la boue jusqu'à mi-jambe.
Le 3ème bataillon est parti. Rien à signaler.
Pluie.
Le soir, le 2ème bataillon part à Montgobert.
Beau temps.
Les sapeurs du 54ème territorial sont venus nous remplacer.
Nous partons le soir à dix heures, la pluie tombe un peu. Nous marchons toute la nuit et nous arrivons à six heures du matin à Vivières, où nous arrêtons. Logement médiocre. Je pense que nous ne sommes pas là pour longtemps.
Le matin, je vois passer un peloton de tirailleurs, ce sont tous de beaux gars, bien bâtis.
Le temps se met au beau.
Beau temps. Nous sommes bien installés.
Là, je vois passer toutes les automobiles du ravitaillement : que de dépenses pour entretenir une armée !
Nous avons une revue, passée par le colonel.
Rien à signaler.
Temps magnifique.
On parle vaguement de départ.
Ce matin, le colonel a présenté le drapeau du régiment aux jeunes soldats de la classe 15.
Il fait un temps magnifique et nous sommes bien dans ce pays.
Beau temps.
Le soir, à huit heures, nous quittons Vivières pour nous diriger vers Oulchy-la-Ville (28 kilomètres).
Il fait un temps abominable, nous arrivons à quatre heures du matin.
Nous sommes assez bien logés. Nous avons pris le cantonnement laissé par les tirailleurs : j'ai bien peur qu'il y ait des "cavaliers" dans la paille.
Le soir, je vais chercher des planches à Oulchy-le-Château, c'est un joli pays. Je vois des batteries de 155 court et de 105 nouveau modèle, ce sont de magnifiques pièces.
Belle nuit réparatrice.
Toute la journée, on voit passer des troupes, surtout de la cavalerie.
Le soir, concert sur la place par la musique du 60ème.
Ce matin est passé le 7ème Chasseurs.
A cette heure, toute notre division est relevée, le 44, le 35 et le 42ème sont cantonnés dans les pays que nous occupions ces jours derniers.
Toujours bonne nuit.
Le général de brigade passe une revue du régiment, mais nous n'y assistons pas.
D'après les dires, il semble que notre séjour dans ce pays s'achève.
Matinée calme.
Le soir, à 1 h et quart, nous partons pour une grande revue de la division, à Chouy. La marche est longue, nous faisons un grand détour pour permettre à tous les régiments de se concentrer.
Il tombe une pluie battante, ce qui nous met en joli état pour nous présenter. Le long de la route, on nous annonce que la revue va être passée par le général JOFFRE. Nous arrivons, et nous sommes dans un grand champ labouré : sale terrain pour un défilé. La masse est imposante : quatre régiments d'infanterie avec les mitrailleuses, un régiment d'artillerie, une compagnie du génie et l'escadron divisionnaire.
Toutes les musiques sonnent "Aux champs" et la marseillaise, les officiers saluent de l'épée. Le général en chef passe devant le front, à quatre mètres de moi, à deux reprises, il salue le drapeau.
Son colonel d'état-major annonce :
"60ème d'infanterie, Lt-colonel
MITTELHAUSER".
C'est un homme de taille moyenne, l'oeil vif, bien comme sur les photographies.
Puis, le défilé commence : infanterie, cavalerie, artillerie. Quelques cavaliers roulent à terre, une pièce se retourne, mais enfin, point de mort. Ce qui m'a beaucoup impressionné, ce sont les civils, les petits enfants qui le saluaient, les femmes agitant leurs mouchoirs et pleurant.
Après la revue, le général DE VILLARET (7ème corps) rassemble tous les colonels et leur rapporte les paroles flatteuses que le général JOFFRE a eues pour la division :
" Il compte toujours sur elle et, d'ici peu, il
aura encore besoin de ses services ".
Pendant ce temps, les avions survolent la revue, prêts à foncer sur l'avion allemand qui pourrait survenir.
Le soir, nous rentrons à Oulchy en passant à travers champs, nous sommes bien fatigués, soif surtout.
Bonne nuit. Nettoyage de tout le truc.
Le chef d'E.M. du général JOFFRE a donné au colonel quelques pipes portant l'inscription "Souvenir du Gal en Chef JOFFRE ".
Le colonel me les a remises.
Temps très chaud. Rien à signaler.
Beau temps. Orage violent le soir.
Temps très chaud.
Nous sommes toujours à Oulchy-la-Ville, et très tranquilles, c'est un vrai repos.
On parle de départ, d'embarquement pour ce soir, mais je n'y crois plus, depuis qu'on le dit.
Toujours même chaleur.
Temps très chaud.
Le soir, le général DE VILLARET doit passer une revue, mais il ne passe pas. Il arrive et s'entretient plus particulièrement avec les officiers.
Rien à signaler.
Rien à signaler.
On parle toujours de départ.
Rien à signaler.
Cette fois-ci, on part, mais tout est sous silence, un vrai secret. Nous quittons donc Oulchy-la-Ville à dix heures du soir pour aller embarquer à Neuilly-StFront, à 8 kilomètres. Il pleut un peu, la marche est un peu pénible, et surtout l'attente à l'arrivée, car les trains passent et nous ne partons qu'à trois heures.
Nous voilà, encore une fois, empilés dans des wagons à bestiaux, debout, sans sièges, gare à nous si le trajet est long !
Nous passons à Château-Thierry, Dorman, Epernay, où je vois les entrepôts de Mercier et autres champagnes -comme les Allemands ont dû en liquider en passant !
Nous arrivons près de Châlons-sur-Marne et nous montons vers le nord, pour débarquer à St-Hilaire. Nous sommes en pleine Champagne pouilleuse : c'est désert, muet, peu productif.
Nous allons cantonner à Recy, en passant par la Veuve, où je vois le 35ème et le 42ème, cette marche de douze kilomètres nous amène dans un pays à 500 mètres duquel nous étions passés avec le train, nous ne devons y rester qu'une journée.
Nous quittons Recy à deux heures du matin pour aller à Dompierre-au-Temple (à 10 kms) où nous arrivons à sept heures du matin. Nous n'allons pas vite, la colonne étant continuellement coupée par l'artillerie et par des régiments de tirailleurs et de zouaves : il y a une concentration énorme en ce point, gare à la casse ! (*)
Nous sommes, maintenant, en face de l'armée du Kronprinz. Il paraît que nous allons être quatorze corps d'armée. Nous logeons sous un grand hangar où nous installons nos toiles de tente, nous sommes sûrement mieux que dans certains cantonnements pleins de camarades peu obligeants.
Toute la journée, les avions passent au-dessus de nous : ce sont les pilotes du grand camp de Mourmelon. Toujours des débarquements de troupes : si le Kronprinz n'est pas sur ses gardes, gare à ses lignes ! Il paraît aussi que nous allons avoir cinq lignes d'artillerie, gare à la danse.
Nous pensons rester ici une douzaine de jours, ensuite, c'est l'inconnu, toujours du nouveau, au bout le bout.
(*) : C’est la préparation de la bataille de Champagne de
septembre 1915.
Rien à signaler.
La masse d'hommes augmente de plus en plus. Beau temps
Beau temps.
J'ai revu ce matin ESTIER, qui est au 101ème, il est à dix kilomètres de moi.
Je vais à Châlons faire des courses.
Je suis frappé par la sévérité de la police : je serais heureux de les voir un peu sur le front, et puis, que d'embusqués se pavanant au bras d'une jolie femme, avec une croix de guerre gagnée je ne sais où.
Le soir, je rentre à six heures, tout ébahi de mon voyage, et j'apprends que nous quittons Dompierre le soir même, à onze heures.
La marche de nuit est toujours pénible pour moi : je dors en marchant.
Nous traversons quelques villages, entre autres Cuperly, presqu'entièrement brûlé par les Allemands lors de la retraite de la Marne. Nous passons à gauche de Suippes, et nous campons en plein champ, sous nos toiles de tente. Il n'y a aucune végétation dans les terrains que nous traversons.
Nous sommes dans un grand champ, avec le 44ème, et je suis surpris que les avions ne nous repèrent pas. On entend des coups de fusil.
Toute la journée, au lieu de nous reposer, il faut travailler dur.
Belle journée.
La nuit a été assez bonne sous nos toiles de tente.
Du matin au soir, ce ne sont que combats d'avions dans les airs, les mitrailleuses fonctionnent. La troupe augmente de plus en plus, il y en a de tous les côtés, les pays étant éloignés les uns des autres, tous les bois sont pleins. Je m'étonne que les Allemands ne nous tirent pas dessus, car on aperçoit fort bien leurs saucisses d'observation.
Nous travaillons dans le camp.
Je vais à Suippes, faire des fanions pour la signalisation. L'ennemi envoie deux obus fusants sur le pays : les habitants disent que c'est l'habitude, et qu'il est utile de se placer dans les caves. Je vais un peu loin, sur la route de Souain : là, il y a au moins cinquante maisons brûlées par l'ennemi dans sa retraite, çà et là sont, éparses, des machines agricoles, une dynamo rougie par la rouille.
Je vais aussi voir le train de combat et le train régimentaire, ils sont cantonnés à huit kilomètres en arrière, dans les bois.
En revenant, un avion allemand passe au-dessus de Suippes et lance deux bombes qui, heureusement, ne font pas de dégâts. Je vois un groupe de 120 long, avec tracteurs automobiles, allant prendre position. Sur la route, derrière mon gourbi, c'est un va-et-vient continu de camions de matériel et de munitions : je me demande toujours pourquoi l'ennemi ne tire pas.
Tous les soirs, deux bataillons du régiment vont faire d'énormes tranchées à Jonchery : 2,75m de profondeur sur 2m de largeur, pour pouvoir faire passer l'artillerie, la cavalerie, les masses d'infanterie.
C'est à trois kilomètres en arrière des lignes, cependant, un aspirant de la 3ème compagnie, un nommé (René) VOIRGARD (*), est tué d'une balle perdue en pleine tempe : pauvre fils de France, mort sans combattre.
(*) : René François VOIRGARD, 20 ans, aspirant au 60ème régiment
d’infanterie, tué par balle à la tête dans la tranchée Friant, près de Jonchery (51). Voir sa fiche.
Toute la journée, rien à signaler.
Nous achevons nos fanions à Suippes.
Le soir, nous partons un peu plus loin, je ne sais pour quel motif. Nous couchons en plein champ, il ne fait pas chaud, surtout le matin. Nous revenons à six heures à notre camp primitif, et nous nous mettons immédiatement à installer des gourbis, car la brigade s'est installée près de nous.
A dix heures du matin, triste nouvelle pour moi. Le capitaine me fait appeler et me dit que je vais passer, comme sergent-sapeur, dans une compagnie de pionniers en formation au régiment.
Cela me fait beaucoup de peine - au lieu de me combler de joie - car je vais quitter mes braves sapeurs, qui étaient avec moi depuis deux ans, j'aurais tant voulu être avec eux jusqu'au bout de cette guerre.
La vie, pour moi, va beaucoup changer, les périls ne seront plus les mêmes, personne ne peut savoir la peine que j'ai de laisser mes hommes.
Le soir, il est question de départ, mais nous restons.
Pour moi, la nuit a été agitée. On parle toujours de départ.
Le soir, nous passons une revue de la nouvelle équipe de pionniers. Je vois toujours mes vieux sapeurs, et cela me fait de la peine de quitter ces haches que je portais depuis deux ans. (*)
Enfin, c'est la destinée qui prime, plus tôt fini, mieux ce sera.
(*) : Deux haches croisées sont l’insigne des saeurs, cousu sur les manches de l’avant-bras de
l’uniforme.
Une section est partie au travail ce matin, je n'y suis pas allé. La journée est chaude, mais calme.
On parle toujours de départ pour ce soir.
Ce soir, c'est à mon tour de marcher.
Avec 40 hommes, je pars et vais travailler à l'emplacement de batteries de 75 pour le 47ème.
La journée est chaude.
Le soir, au retour, on m'annonce que l'on part pour Jonchery à 6h45. Je pars avec mes anciens sapeurs, car le capitaine m'a dit de marcher avec eux. Nous sommes surpris par un orage épouvantable, il fait une nuit noire, je tombe dans un fossé plein d'eau, je suis obligé d'entrer au poste de police du 44ème pour vider l'eau de mes poches.
Enfin, nous arrivons dans ce pays inconnu, heureusement, nous sommes bien installés dans des abris souterrains, car il n'y a plus de maison debout.
Rien à signaler.
Je suis toujours avec mes sapeurs et nous faisons des caisses pour mitrailleuses. Le canon tonne beaucoup.
Le soir, à quatre heures, on annonce que nous repartons au camp près de Suippes, d'où nous partions voici deux jours: que de marches et de contremarches et de fatigues non évitées.
Nous partons de Jonchery à sept heures et arrivons au camp à huit heures. Il faut réinstaller nos gourbis, il y a vraiment des régiments peu raisonnables : ils ont tout démoli pendant notre absence.
Nous logeons avec le 44ème, et le 3ème Zouaves est à côté de nous.
Les travaux et les préparatifs d'attaque se poursuivent fiévreusement. Des compagnies entières travaillent jour et nuit à la confection de boyaux larges, pour permettre l'arrivée rapide de beaucoup d'hommes sur la ligne de feu. Le temps est toujours très frais.
On parle encore de départ.
Je pars à cinq heures faire des achats de matériel à Châlons. Toujours même vie calme et tranquille, dans cette ville : on ne croirait pas que c'est la guerre. Je rentre le soir, à sept heures.
Journée fatigante.
Temps de pluie, dégoûtant.
Toujours beaucoup de travail. On pousse les travaux.
Le soir, à cinq heures, mes sapeurs partent pour Jonchery. Ce sera mon tour demain matin, à six heures. Ils vont avoir bien mauvais temps, car il pleut beaucoup.
Je pars à six heures et me dirige sur Suippes. Avec bien de la peine, je parviens à faire charger mes voitures par le génie, et je conduis les matériaux dans un petit bois. Ce n'est pas le rêve et, toute la journée, je cours comme un diable. Mes sapeurs construisent un gourbi, car ils ont couché à la belle étoile cette nuit.
Je suis toujours ennuyé : le capitaine me fait rester avec les sapeurs, et le lieutenant me demande aux pionniers, quelle vie.
Enfin, ce soir, il fait beau.
Beau temps
Toujours de nouvelles troupes (4ème corps).
Toujours à Jonchery pour transport de matériel. C'est incroyable de voir tout ce matériel.
L'ennemi envoie quelques obus, depuis notre arrivée, nous avons déjà eu cinq morts et une vingtaine de blessés.
Toujours beaucoup de travail.
Tous les jours, on voit de nouveaux régiments d'artillerie.
Un de mes sapeurs-pionniers se fait blesser assez grièvement par un éclat de torpille à l'épaule. (*)
On remue de la terre de tous côtés : c'est une vraie tour de Babel.
(*) : Aucun blessé siganlé au JMO du
60ème régiment d’infanterie.
Journée calme, sauf pour le canon, qui ne se tait pas.
Nous avons fait, cette nuit, une tranchée entre les deux lignes: aussi l'ennemi ne se lasse-t-il pas d'envoyer des torpilles sur nos ouvrages.
Anniversaire de la bataille de la Marne.
Les compagnies ont repos mais, pour nous, c'est le même travail. Les quelques rares habitants des villages du front ont reçu l'ordre d'évacuer immédiatement.
Travail toujours intense. Construction de quantités de places d'armes, pour situer les troupes en vue de l'attaque.
Vers sept heures du soir, l'ennemi bombarde nos tranchées d'une façon extraordinaire, c'est une véritable musique.
Beau temps.
Nous numérotons toutes les tranchées. Je reçois une dépêche de la famille de MARTINET, parti hier en permission : sa mère est morte.
Il paraît que, de deux heures à quatre heures, nous évacuons la première ligne de tranchées, car nos canons de gros calibre doivent effectuer un tir de·repérage.
On ne remarque pas que c'est dimanche, car le travail ne change pas d'intensité.
Le soir, je vais à Suippes, pour voir Albert CHAMEROIS, mais mon voyage est nul : je ne trouve personne. L'ennemi nous envoie beaucoup d'obus fusants.
A notre droite, les zouaves ont eu neuf tués. Les Allemands doivent bien se douter de quelque chose car, depuis hier, ils ont cinq ballons-saucisses d'observation.
Toujours belle journée.
Toutes les permissions sont suspendues, donc bientôt l'attaque.
A midi, nous sommes soumis à un violent bombardement, les éclats volent de tous côtés. A mon idée, l'ennemi voudrait nous amener à dévoiler ce que nous avons comme grosse artillerie, mais nos chefs ne s'y laissent pas prendre.
A midi, même séance qu'hier, il faut se terrer bien bas.
Toute notre première ligne est littéralement retournée, anéantie, et, la nuit, même métier.
Deux soldats sont tués, ainsi qu'un sergent de la 11ème compagnie.
Toujours des tués et des blessés. Le secteur devient mauvais et, à mon point de vue, le moral n'est pas fameux : les hommes sont trop épuisés.
Arrivée, du dépôt, de quinze sapeurs-ouvriers d'art. J'ai maintenant une formidable équipe.
Les Allemands paraissent plus calmes.
La nuit a été très fraîche.
Un tué et quelques blessés. On voit toujours arriver de l'artillerie.
MARTINET rentre de permission et me conte longuement les impressions de son voyage. Il a vu beaucoup de mutilés et d'embusqués.
Je suis allé, avec le lieutenant BILLEY, voir les tirs de repérage effectués par le 220.
Beau temps. Jour de la fête de St-Broing.
Je crois que, cette fois, nous approchons de la date fatale.
La nuit, nous avons amené beaucoup de rondins. Rien à signaler.
Arrivage de 250000 cartouches et de 9000 grenades. Continuation des travaux.
Le grand jour approche.
A six heures, déclanchement d'un violent bombardement, qui dure toute la journée.
Depuis le début de la guerre, je n'ai jamais entendu autant de coups de canon. C'est une fumée et une poussière incroyables. L'ennemi répond, nous avons quelques tués et des blessés. Quelle séance ! J'en suis sourd.
Sans doute demain l'attaque, ou après ? Et puis...
Toute la nuit, même bombardement.
La journée, c'est encore pis, et l'ennemi n'a pas abandonné ses tranchées. Il s'est caché dans des abris-cavernes car, à dix heures du soir, notre artillerie cessant le feu et l'infanterie criant :
" En avant! A la
baïonnette ! "
Nous sommes accueillis par
une vive fusillade.
Heureusement que l'ordre n'était pas donné de sortir : c'était seulement pour voir ce que contenaient encore les tranchées. Je crois que le bombardement durera encore toute la nuit, ensuite, demain et samedi matin, le sale fourbi.
L'artillerie se fait entendre de plus belle. Cest assourdissant.
Il paraît que nous marchons, demain, à 8 h et quart, avec la deuxième vague, gare au carnage. L'ennemi nous envoie de grosses marmites. Nous chargeons des grenades, qui seront distribuées ce soir, ainsi que les passerelles pour franchir les boyaux.
Alors, à demain matin.
Ce soir, nous couchons dehors, dans une place d'armes, en attendant l'heure finale.
En effet, c'est le grand jour.
A huit heures et demie, je pars à l'assaut avec mes pionniers. Quel serrement de coeur quand je passe le parapet, la baïonnette au canon. Tout tombe autour de moi.
Le capitaine REVERCHON, blessé d'une balle en pleine figure, me crie : "Couchez-vous ! ".
Je tombe, et là, jusqu'à trois heures et demie du soir, à vingt mètres de la ligne allemande, je revois toute ma famille. Je reste, étendu, jusqu'à ce que les 150 allemands qui occupent la tranchée, se rendent.
Ces heures sont inoubliables.
Le soir, nous faisons un boyau de communication entre les lignes (françaises et allemandes). Les balles sifflent, car l'ennemi n'a pas évacué le fortin qu'il occupait, nos troupes ont avancé et les ont laissés en arrière. Mais, que de cadavres, et des blessures horribles, c'est inconcevable.
Le lendemain matin, je pars, et j'arrive près du colonel, quatre kilomètres plus loin. Nous nous heurtons à un énorme réseau de fils de fer : dix fois, nous essayons de le traverser et, dix fois, la mitraille nous fauche. Je vois un zouave poignardant un officier allemand qui, au même instant, lui brûle la cervelle. Et bien d'autres choses qui sont trop longues à conter.
Il pleut sans cesse, on couche dehors, les hommes sont éreintés et nous sommes sous une mitraille de fer, c'est inconcevable. (*)
(*) : Mon père parlait souvent de l'attaque du 25 septembre
1915. Il disait avoir connu là le pire moment de son existence : allongé,
pendant plus de six heures, sous le parapet de la tranchée allemande, tandis
que passaient, juste au-dessus de lui, les rafales de la mitrailleuse française
tirant sur les créneaux allemands. Il faisait des prières pour que le tireur ne
relève pas la crosse de son arme et le coupe en deux.
Le cinquième jour, il n'y a plus que trois officiers : les compagnies sont commandées par des adjudants. L'effectif est de 1000 hommes. Notre capitaine, DU GRAIL, est blessé au genou, le colonel a le mollet emporté, toute la liaison est tuée, et personne ne vient nous remplacer.
Nous grelottons sous la pluie.
Vers le soir, le 401ème vient nous aider. Nous avons pris - le régiment - cinq mitrailleuses, plusieurs canons de 105 et de 150, mais je me demande si nous pourrons poursuivre notre offensive. Il faut voir comme ces tranchées allemandes sont bien faites, ces abris-cavernes, etc..
Enfin, le cinquième jour, nous revenons en arrière, sur la cote 139, au milieu des sapins, il ne fait pas chaud. Sommes-nous là pour longtemps ? C'est l'énigme.
Nous ne pourrons partir que lorsque nous serons remplacés.
Nous sommes toujours dans notre fameux bois. Les obus tombent un peu de tous les côtés. Vraiment, j'ai un serrement de coeur en voyant ce pauvre régiment, où manquent tant de camarades.
Il fait très froid, et chacun se demande si on va rester longtemps dans ce coin sinistre.
Nous restons là encore tout le jour, cela est loin de nous rétablir.
Enfin, le soir, le 120ème bataillon de chasseurs à pieds vient nous relever. Nous ne partons qu'à dix heures du soir et nous nous dirigeons sur le camp de Suippes. Nous traversons le champ de bataille où s'est battu le 35ème d'infanterie: tous les morts sont encore là, et ils sont nombreux, car ce régiment avait cinq cents mètres à parcourir sous le feu de l'ennemi.
Nous arrivons au camp de Suippes et nous couchons dehors, pour ne pas changer.
Nous partons à huit heures et demie du matin, et nous allons bivouaquer au bois d'Ailly, à environ 18 km de Suippes. La marche est longue, beaucoup d'hommes sont fatigués et tombent en route.
Nous passons à Bouy-Aviation et nous arrivons à deux heures le tantôt. Aussitôt, pour nous remettre, construction d'abris.
Le soir, mes hommes n'en peuvent plus. Et toujours coucher dehors.
Continuation des abris.
Dans ces bois de sapins, il fait très froid, quelle perspective, s'il faut y passer l'hiver.
Au loin, on entend sans cesse le canon. Il faut avoir un coeur bien trempé pour ne pas se laisser abattre. On est là, on ne sait pas pour combien de temps, on attend, peut-être va-t-on retourner les voir ?
Le canon est encore plus intense qu'hier. La vie que nous menons ne donne guère de forces. Pour ma part, je suis toujours fatigué, j'ai des coliques continuellement. Il paraît que, ce soir, nous avons une revue du général de division.
En effet, la revue a lieu à trois heures du soir.
L'effectif du régiment est bien maigre. Nous recevons un renfort de 1000 hommes (*), provenant du 57ème, ils viennent de Lorraine et paraissent bien fatigués, par ailleurs ils sont, pour la plupart, âgés. Il paraît que nous partons à neuf heures pour aller à Bussy-le-Ch.: encore vingt kilomètres de nuit. Nous avons bien travaillé ici, il faut tout laisser pour recommencer là-bas, voilà ce qu'on appelle du repos.
(*) : 895 hommes selon le JMO.
Nous sommes partis de nos sapins à neuf heures du soir, et toujours l'interminable marche de nuit. Il fait un brouillard froid, affreux, on ne se voit pas à dix mètres.
Nous passons à Bouy, Cuperly, Bussy-le-Château, et nous allons nous cantonner dans les sapins, à deux kilomètres au nord de ce dernier village. Le canon se fait entendre très fort.
Il paraît que nous sommes division de réserve ou division de poursuite. Nous sommes réellement tous très fatigués et peut-être va-t-il falloir encore y retourner. C'est un vrai temps d'octobre, sans soleil et froid.
Nous ne sommes pas partis et nous avons passé une bonne nuit réparatrice. Au loin, on entend toujours le canon, il paraît que le 8ème corps est devant nous. Nous avons dormi sous nos toiles de tente : on commence à s'y habituer (visions de l'attaque, vue d'un tirailleur couvert d'amulettes, un zouave tuant d'un coup de poignard un officier d'artillerie, et en même temps tué par ce dernier d'un coup de revolver). Nous attendons de nouveaux ordres.
Maintenant, je doute fort que nous puissions arriver à une percée sur ce front : l'attaque dure trop, et l'ennemi doit certainement se retrancher solidement dans ses nouvelles positions.
La nuit a été bonne. Le temps s'est un peu radouci.
Le matin, le lieutenant BILLEY nous a passé une petite revue, les compagnies sont allées à l'exercice afin de prendre en main les nouveaux arrivés.
Le soir, je vais à St-Remy pour une corvée de lavage : l'eau est infecte, impossible de laver.
Nous avons l'ordre de nous tenir prêts à partir à midi. Direction inconnue. Toujours les mêmes commérages. C'est toujours un sale fourbi, quand il faut partir, ramasser tout son bazar et porter ses viandes ailleurs.
En effet, nous partons à une heure. Nous passons à Suippes, et nous arrivons dans un petit bois, un kilomètre plus au nord. Je repars aussitôt avec le campement et, à huit heures, nous sommes au milieu du bois, dans notre nouvel emplacement. C'est toujours le même chantier, au milieu de tous les gourbis allemands. Ils sont presque tous occupés, soit par du 114ème alpins, soit par du 31ème d'artillerie, il faut faire évacuer, au milieu des récriminations
Le régiment doit arriver à onze heures mais, à dix heures, contrordre : il ne vient qu'à quatre heures. D'où, nuit blanche
Installation du régiment. Travaux de toutes sortes. Je suis logé dans un assez bon gourbi.
Les pièces d'artillerie tonnent de tous les côtés autour de nous. Attendons les évènements. Le 47ème d'artillerie a été relevé. Pendant ces jours d'attaque, il a subi des pertes plus fortes que dans toutes les attaques précédentes.
Dans le premier groupe, il y avait des batteries où une seule pièce pouvait tirer, faute de servants.
Dans ce même groupe, il ne reste qu'un officier, les caissons et les pièces ne sont plus tirés que par trois ou quatre chevaux, au lieu de six.
Dans l'attaque, les compagnies du génie ont beaucoup souffert, ayant été envoyées pour couper les fils de fer : à mon point de vue, c'est chose quasi impossible sous le feu. D'ailleurs, les fils sont énormes et l'opération nécessiterait des coupe-boulons. Avant l'attaque, le capitaine GRÉLIER faisait allusion à cette impossibilité et le disait à un colonel faisant fonction de général, celui-ci lui a répondu :
"Mais, coupez-les avec
vos dents ! ".
Je ne sais si l'offensive va se poursuivre, mais je trouve que, depuis quinze jours, cela serait déjà fait. Dans ce laps de temps, l'ennemi a dû prendre des précautions solides contre la possibilité d'un retour offensif de notre part.
Pendant la nuit, plusieurs compagnies sont allées travailler. Je ne sais si nous allons rester ici pour organiser le secteur -c'est-à-dire faire une ligne de résistance simple, pour rester,ou simplement creuser une tranchée et, ensuite, pousser de l'avant.
En somme, on est toujours dans l'attente, ne sachant pas ce que l'on doit faire.
L'ennemi nous envoie pas mal d'obus, moins que nous toutefois, car j'en ai les oreilles cassées.
Ce pays est plutôt froid et, s'il faut coucher sous la tente encore longtemps, beaucoup tomberont malades.
A neuf heures, l'ennemi bombarde notre bois. Au premier coup, par surprise, un obus tombe en plein sur le poste de police, tuant neuf hommes et en blessant trois. Horrible vision : ces pauvres malheureux sont hachés, broyés, des morceaux de chair de tous les côtés, non, c'est incompréhensible de voir des choses pareilles.
Tout le monde, plus que jamais, a peur de ces maudits obus.
A dix heures, autre chose non moins terrible : un de nos avions, pousuivi par un allemand, tombe en feu dans les lignes ennemies, une mort non moins cruelle que la première. Hier, déjà, un des nôtres a dû descendre dans les lignes allemandes, mais je ne l'ai pas vu de mes yeux. Que nous réserve donc la journée ?
A midi, on nous annonce que nous repartons un peu en arrière, sans doute est-ce à cause des évènements de la matinée. Je ne sais pas où nous allons.
Nous avons quitté notre bois, mais le logement ne vaut pas mieux. Nous sommes dans nos vieux gourbis, dans les tranchées que nous occupions avant l'attaque. Cela m'attriste, le coeur n'est pas gai quand on revoit ces lieux sinistres. Combien je serais heureux de revoir un peu un village, des civils, de revivre un instant.
Le soir, je vais à Jonchery chercher des outils.
Temps très brumeux, on ne voit pas à dix mètres. C'est l'automne.
Cette nuit, l'ennemi a envoyé quelques obus, dont un n'est pas tombé bien loin de notre abri. Dans la journée, les Allemands bombardent un peu nos emplacements. Peu s'en faut qu'ils ne touchent des compagnies qui sont à l'exercice.
Nuit calme.
A huit heures du matin, un avion ennemi, sans doute trompé par le brouillard, ou se payant de toupet, passe à 300 mètres au-dessus de nos lignes, il reçoit quelques coups de fusil. Nous nous attendons à être bombardés.
Le soir arrive. Rien à signaler.
Toujours activité intense des avions allemands : on dirait qu'ils veulent savoir, à tout prix, combien nous sommes. Rien ne les arrête, ni canons, ni mitrailleuses.
J'effectue un transport de matériel.
Ce matin, çà cogne de tous les côtés.
A midi, six télégraphistes du régiment sont blessés par une fléchette trouvée par l'un d'eux.
Le soir, reprise de l'installation de nos abris. Toutes ces nuits, je dors peu, les rats font un vacarme épouvantable, vous passent sur la figure, et ils sont gros comme des petits chats. Et puis, sur le corps il faut se tenir très propre, car la vermine ne fait pas défaut. Nous travaillons donc dur, et c'est à prévoir que nous allons rester longtemps dans ces parages.
Les compagnies vont à l'exercice matin et soir, il faut beaucoup de temps pour prendre en main tout ce monde, car le 60ème en a reçu d'au moins six régiments.
Triste journée de dimanche, où sont donc les anciens dimanches en famille ? Temps brumeux d'automne, il commence à faire froid aux pieds. Voilà que nous sommes à peu près installés, et on parle à nouveau de départ : vraiment, on ne peut pas nous laisser huit jours au même endroit.
Hier soir, et une bonne partie de la nuit, les canons se sont fait beaucoup entendre.
On parle d'un nouveau colonel, ce serait le commandant Antoine DE PIREY, qui vient du 35ème. Je l'ai eu, à Besançon, comme chef du 2ème bataillon. Mais rien n'est encore officiel à ce sujet.
Aujourd'hui, nous confectionnons des croix et il y en a beaucoup à faire, malheureusement, c'est triste de faire ce travail, surtout quand on revoit les noms de nombreux camarades.
On m'a dit, hier, que nous étions passés division d'attaque, ce qui n'est pas précisément le rêve, il serait bien préférable d'avoir un petit secteur comme Fontenoy ou Sacy.
Toujours le même travail, mais temps très froid. Je vais à Cuperly, faire signer un bon au colonel du génie. Quelle différence avec notre vie de tranchées. Le cdt DE PIREY passe lt-colonel au régiment.
Temps très froid.
De onze heures à deux heures, violente canonnade sur notre droite, du côté de Tahure.
A onze heures, on annonce la suspension des travaux en cours : nous devons partir demain soir prendre les tranchées. Voilà le repos qu'on nous donne, pourtant, tout le monde attendait bien une relève, pour aller un peu en arrière, dans un village.
Mais rien.
Nous repartons toujours vers le nord. Je ne sais si nous allons continuer nos croix et notre monument. Car nous avions aussi commencé un petit monument en pierre, rappelant les tristes journées du 25 au 30 septembre.
Tous ces pays sont mornes. Je ne sais si cette tristesse vient du spectacle de toutes ces tombes, ou plutôt si la vue de ces terrains froids, dénudés, agit sur le système nerveux, en tout cas, ce sont de vrais pays perdus qui ne valent pas le plus mauvais coin de ma chère Bourgogne.
Le matin, le général DE VILLARET passe en revue le 60ème et remet quelques décorations.
Mon lieutenant (BILLEY) est décoré de la croix de guerre. Nous partons donc ce soir pour notre nouveau secteur. J'ai vu ce matin plusieurs soldats du 54ème territorial : les permissions sont rétablies chez eux, ainsi qu'au génie, j'espère que cela ne va pas tarder pour nous. Avec quelle joie je reverrais ma famille : Dieu veuille entendre ma demande !
Aujourd'hui, la plaine est plus calme qu'hier, moins d'obus. Cependant, j'ai parlé trop vite, car en voici un qui éclate à la crête : il faut voir comment se couchent les hommes qui sont dans les parages.
Nous ne sommes pas encore partis pour notre nouvel emplacement, mais les bataillons ont fait mouvement cette nuit. Je dois rejoindre dans la journée avec une voiture de matériel. Je pars, et j'arrive à notre nouvel emplacement où le travail ne manque pas. Nous devons loger à la belle étoile, ceux qui nous précédaient n'étant pas encore partis.
Je parcours un peu le secteur. L'avancée a été de la même importance que dans l'endroit où nous avons attaqué. Les pertes ont dû être sérieuses, car les fils de fer allemands sont peu endommagés.
Le spectacle le plus affreux se trouve en face de notre dernière tranchée, à l'endroit où la ligne allemande n'est qu'à 80 mètres: dans cet espace gisent des centaines de cadavres français. Ils sont dans les fils de fer, pris dans les ronces, dans des positions sans nom. Il y a beaucoup à faire, car les tranchées sont insuffisamment profondes et il n'y a pas d'abris.
De plus, l'ennemi envoie sans cesse des rafales de gros fusants.
Aujourd'hui, nous travaillons un peu à l'arrière pour faire un abri au colonel.
Rien à signaler.
Calme relatif de part et d'autre. Toujours quelques blessés.
Anniversaire de l'attaque du 25 septembre. Dans la nuit, un peu de pluie.
Je me suis installé dans un gourbi avec MONTBARDON. Il faut voir cette installation fin de siècle : sommiers métalliques et la fameuse cheminée à feu visible, mais il fait un vent du nord terrible qui gêne beaucoup le tirage.
BOISSON, un de mes sapeurs, part ce soir en permission, je crois que mon tour approche : comme mes parents vont être heureux !
THÉVENOT part en permission. Je suis allé à Cuperly, au génie, pour du matériel.
A l'arrière, toujours la même vie tranquille.
Il a plu cette nuit et la matinée. Toujours transport de matériel et travaux de construction.
Dans les tranchées, les hommes ont beaucoup travaillé, on voit que le 60ème est passé par là : à peine si l'on se reconnaît tant les travaux sont poussés hâtivement.
Temps très brumeux.
Je vais au bois N pour transporter du matériel. Les obus tombent de tous côtés : pourvu qu'il n'arrive rien à mes attelages
Le soir, rien à signaler. Calme relatif.
Depuis l'aube, terrible canonnade à notre droite, le bruit ne cesse pas une seconde, je ne sais qui attaque. Le vent du nord-est pousse les gaz vers nous. Ce bruit vous rend fiévreux. Il en est ainsi toute la soirée puis, à cinq heures, c'est à notre gauche: fusillade, canonnade, fusées éclairantes, cela est à la fois triste et grandiose.
Pourvu que l'on puisse dormir sur ses deux oreilles.
La nuit a été calme.
Le bruit entendu hier provenait de quatre attaques faites par l'ennemi à Tahure, contre les positions que nous avons prises il y a quelques jours: la tentative a échoué. Temps très froid.
Continuation des travaux. Charroi d'explosifs de toutes sortes.
Le matin, je suis allé à la messe qui avait lieu dans le nouvel abri du lieutenant BILLEY.
Fête de la Toussaint.
Tout est triste. Il pleut toute la journée. Calme à peu près complet, à peine quelques coups de canon. Dans les tranchées, ces temps humides nous gênent beaucoup, car la terre colle aux chaussures : on ne peut se sortir de tous ces trous.
Sale temps. Pluie toute la journée.
Aucun permissionnaire n'est encore rentré. Rien d'intéressant à signaler, c'est une vie longue et monotone.
Rien à signaler. Toujours la pluie.
Vers quatre heures, l'artillerie allemande envoie quelques obus de gros calibre sur notre gauche.
Rien à signaler.
Je pars ce soir en permission. Je suis heureux.
Arrivée à Recey à huit heures et demie du matin, et à St-Broing à midi.
Permission qui passe vite. Il faut repartir.
Je suis rentré de permission, à Suippes, à une heure du matin. Le voyage a été long : quoiqu'on en dise, j'ai été heureux de revoir ma famille pendant ces six jours.
Mais, à la descente du train, quel changement avec mon pays : il a neigé, il fait froid, le terrain est glissant et peu praticable. Nous arrivons néanmoins dans nos tranchées à cinq heures du matin : je me repose un instant en attendant le jour.
Rien de changé, ou peu. Il paraît qu'il a fait un temps affreux pendant mon absence. L'artillerie allemande est calme.
Continuation des travaux. Il paraît que nous allons être relevés d'ici peu. La compagnie de pionniers a été reformée et j'y suis repassé comme sergent, ce qui ne me plait pas tellement.
Toujours un temps glacial.
Pendant mon absence, le régiment a subi quelques pertes, notamment l'adjudant PERTON (*), de la compagnie de mitrailleuses, un de mes meilleurs camarades, un ancien de la classe 1911.
L'ennemi est assez calme mais, le temps étant plus clair qu'hier, son artillerie s'est faite un peu plus entendre.
(*) : Benoit PERTON, adjudant au 60ème régiment d’infanterie. Voir sa fiche.
Toujours froid. Rien à signaler.
Froid et dégel : tout se combine.
Le colonel m'a fait passer aux sapeurs du régiment rectifiant ainsi ma position.
Extrait de la décision du 18 novembre :
" le .... faisant partie de l'équipe des sapeurs-pionniers sera chargé
de diriger en permanence les sapeurs du régiment et cessera le 18 novembre la
subsistance à la 3ème compagnie".
Rien à signaler. Passage de quelques-uns de nos avions. Trois obus de gros calibre tombent à quatre cents mètres en avant de nos abris.
Beau temps, mais un peu frais. Les travaux s'achèvent.
On parle d'un départ prochain, peut-être dans deux jours. Nous avons confectionné un monument à la mémoire des soldats du 60ème tombés pendant les combats du mois de septembre.
Ce monument sera dressé à l'endroit exact de l'attaque.
Réapparition du soleil et, avec lui, des avions. Toute la journée, ce ne sont que luttes dans les airs.
A notre droite, du côté de Tahure, le bombardement n'arrête pas, je n'ai, pour l'instant, aucun détail à ce sujet.
Journée excessivement glaciale. Rien ne dégèle. Brouillard intense. Aussi, pas d'action d'infanterie ni d'artillerie de toute la journée.
Nous partons demain soir, nous allons au sud de Châlons, mais je ne sais pas encore où, d'ailleurs, cela n'a rien de bien intéressant: deux étapes et, en perspective, une nuit à coucher dehors.
Nous sommes relevés par le 350ème d'infanterie (56ème division) : quelques éléments, et d'abord les mitrailleuses, doivent venir ce soir.
Rien à signaler.
Nous partons aujourd'hui, ou plutôt ce soir, en fait, je ne pars pas encore : je dois rester pour passer le matériel à l'autre régiment. Je reste avec le sergent GOUBIT et le caporal-téléphoniste DANTRÈGUES.
Le régiment part à une heure du matin et doit aller cantonner à St-Etienne-au-Temple.
Journée calme. Je suis avec un sergent-major du 350ème, je passe le matériel le matin et, le soir, je vais près des territoriaux du 54ème: je me fais vieux ici, vivement le 27, que l'on regagne le régiment, car nous sommes ici jusqu'à cette date.
La nuit a été peu calme.
Le bombardement ennemi a été assez violent et il en a été de même toute la journée. Le 60ème a de la chance d'être parti car, depuis qu'il a pris notre secteur, le 350ème a pas mal de pertes, surtout par les obus de gros calibre.
Enfin, demain matin, nous partons, et ce sera avec plaisir car nous mangeons avec les chevaux de bois. Tout le matériel est passé au régiment suivant.
Il est trois heures, l'ennemi envoie des obus de 210, tout tremble dans la baraque et il n'y en a pas un seul qui rate, notre artillerie ne répond pas.
Je pars le matin, en automobile, pour notre nouveau cantonnement, il ne fait pas chaud.
A Châlons, casse-croûte. J'arrive à St-Quentin-sur-Coole où je retrouve les camarades. Je fais popote avec le tambour-major, Devaux et Montbarbon. Jusqu'ici, tout va bien, les gens sont aimables.
Journée glaciale.
Je passe une revue des voitures. Beaucoup de réparations urgentes.
Dans ce pays, on trouve à peu près tout ce que l'on veut.
Temps affreux. Rien à signaler. On entend le canon dans le lointain. Pour l'instant, tout va bien.
Dégel.
Les compagnies sont à l'exercice. Genre caserne.
Toujours le même temps.
Pas de canon. Rien à signaler. Je reçois peu de nouvelles tous ces jours.
Pluie.
Rien de nouveau, sauf une remise de décorations à Cernon.
Toute la nuit, pluie violente.
Nous sommes tranquilles, mais la vie est tout à fait monotone. Nous devons toujours faire les réparations aux voitures, mais on ne peut pas avoir de matériel. Notre atelier est installé au château : on n'a rien pour faire, il y a un vieux concierge qui nous fait la chasse chaque fois que nous avons le malheur de prendre une planche.
Hier, le caporal MOIRET a été nommé sergent-téléphoniste : un de plus à la popote. Le sapeur DURAND est parti en permission hier soir.
Actuellement, à la compagnie, il en part cinq par jour, si cela continue, un deuxième tour va bientôt commencer.
Toujours le même temps.
Rien à signaler.
Le temps est un peu meilleur.
Le soir, la musique joue à St-Quentin. Tantôt, on m'a parlé de départ : je ne sais si c'est réel ou si c'est un vaste canard. Attendons.
Rien à signaler. Beaucoup de vent, la pluie pourrait bien retomber.
On parle toujours de départ, mais rien de plus.
Aujourd'hui, manoeuvre de division.
Nous partons de St-Quentin à huit heures, nous passons à Breuvery, Nuisement et Ecury où commence la manoeuvre.
Toute la journée, nous marchons, et le soir, à six heures, retour au cantonnement, toujours sous la pluie. On va bien reposer car, avec notre peu d'entraînement, on est un peu fatigué.
Le matin, on fait une bonne sieste au lit. Il pleut.
Le soir, à trois heures, alerte : on doit se tenir prêt à partir. Il est maintenant neuf heures et nous sommes toujours là. Attendons d'autres ordres pour la nuit.
Si nous ne partons pas ce soir, nous irons à Châlons, caserne Chanzy : la vraie vie militaire.
Ordre de départ pour dix heures. Le régiment va cantonner à Coole, à environ seize kilomètres. Je ne quitte St-Quentin qu'à deux heures du soir, car je reste pour charger du matériel dans quatre camions qui vont à Stainville, au sud de Bar-le Duc. Nous passons à Cernon, Coupetz, etc, et j'arrive à Coole sous une pluie battante. Ici, on couche dans la paille. Je ne sais à quelle heure nous partirons demain matin.
Départ à six heures du matin par une pluie battante. Nous passons à Vitryle-François, etc, et nous arrivons à Farémont à quatre heures du soir. Je suis éreinté, et on repart demain !
Dans ce pays, il y a au moins cinq cents camions.
Toujours la pluie.
Nous partons à sept heures et nous nous dirigeons vers le sud. Nous passons par Thiéblemont, Vouillers et Villiers-en-Lieu où nous arrivons à midi
Nous cantonnons dans ce pays. Je pense que, demain, nous arriverons à destination.
Nous quittons le pays à six heures du matin. Nous passons à St-Dizier, la ville est longue à traverser au pas cadencé.
Au sortir de la ville, nous sommes pris par une pluie battante mélangée de neige, et ce temps nous accompagnera jusqu'à notre arrivée. C'est un temps abominable, nous sommes tout traversés.
Après avoir traversé plusieurs petits pays, nous arrivons à Bazincourt. La rivière la Saulx longe la route et il s'en faut de peu que l'eau barre le passage.
Nous sommes assez bien logés.
J'ai eu froid toute la nuit, couché dans la paille, dans un immense grenier.
La journée est assez tranquille.
Temps glacial. Journée tranquille.
C'est un pays qui me plaît peu. Je pense que nous ne moisirons pas longtemps ici.
Rien à signaler.
Rétablissement des permissions qui avaient été provisoirement suspendues pendant notre marche.
Temps doux. On entend très bien le canon.
Rien à signaler.
Je crois que nous sommes ici pour un temps assez long, les cours spéciaux, provisoirement suspendus, sont rétablis.
Temps humide.
Tout le jour, le canon se fait entendre du côté de St-Mihiel. Continuation de nos travaux.
Temps un peu plus froid.
Aujourd'hui, c'est repos, et la musique se fait entendre. Dans tous les pays que nous avons traversés, la vie est assez tranquille, mais la débauche a pris beaucoup d'amplitude. Heureusement que toutes les personnes ne suivent pas cette marche vers la décadence car, vraiment, quelle misère ce serait après la guerre.
Toute la journée, le canon se fait entendre du côté de St-Mihiel.
Temps froid. Rien à signaler.
Rien à signaler. Neige le soir.
Toujours même vie monotone. Pluie.
Pluie. Rien à signaler.
Je vais, en voiture, faire des courses à Bar-le-Duc. Il fait un sale temps. C'est une assez jolie petite ville, encaissée, une partie haute, et une partie basse traversée par la Meuse. J'ai peu de temps pour visiter, vu l'abondance de mes commissions.
Le soir, je suis de retour à Bazincourt à cinq heures et demie.
J'assiste à la messe de minuit, en musique, et ensuite, nous réveillonnons jusqu'à trois heures du matin.
Noël. Toujours la pluie. Quelle tristesse.
Quelques soldats se promènent dans les rues et c'est tout. Tout est mort.
Toujours le calme. On parle toujours de départ.
Le soir, je vais à Rupt. Cela me procure une petite promenade agréable. Rien à signaler.
Le lieutenant BILLEY est parti hier soir en permission pour la seconde fois. Il en est de même pour le tambour-major qui part ce soir. Il fait toujours un sale temps. Rien à signaler, sauf que les ordres sont donnés pour faire des exercices d’embarquement : cela sent mauvais.
De plus en plus, je crois que mes idées de départ sont fondées. Tout le monde est habillé de neuf, cuirs et chaussures neufs, fusils à chargeur. A part cela, les exercices continuent.
Rien à signaler.
Aujourd'hui, il y a eu manoeuvre de régiment, mais je n'y assistais pas.
On parle d'une alerte demain, je ne sais pas l'heure, mais c'est vraiment mal choisi pour une St-Sylvestre.
Alerte à 5h30. Nous partons à 7h20 et passons à Lavincourt, puis nous nous dirigeons au sud de Stainville où nous faisons un simulacre d'embarquement en automobiles.
Nous rentrons à Bazincourt à 11h45. Il fait bon, et la promenade a été assez jolie.
Le soir, tranquillité absolue.
Voici donc le Nouvel An : que nous réserve cette année nouvelle ?
Nouvel An. Journée toujours triste.
Je n'aime pas ces jours de fête, qui rappellent les souvenirs du passé.
On parle beaucoup de départ. Les officiers qui étaient à des cours spéciaux sont rappelés, mais il y a subitement contrordre et ils regagnent leurs postes. La 48ème division (marocaine) est cependant partie pour une destination que j'ignore, on parle de Vauquois.
Rien à signaler.
Au lointain, on entend un peu la canonnade. Tous ces jours, il fait un sale temps.
Les compagnies font des exercices de tir. Beau temps. Je ne sais quand aura lieu le départ, mais je crois que ce sera à bref délai : il y a des bruits très différents à ce propos.
Journée pluvieuse. Rien à signaler.
Manoeuvre de brigade. Nous n'y assistons pas.
Le soir, MONTBARBON et DEVAUX vont coucher à Bar-le-Duc. Le tambour-major rentre de permission à minuit et me fait relever avec MOIRET : bombe jusqu'à quatre heures du matin. Ce qui me fait le plus plaisir, c'est qu'il a vu un de mes parents dans le train de Dijon à Is-sur-Tille.
Un peu mal aux cheveux. La journée est calme.
Rien à signaler. Les bruits de départ se dissipent.
On entend une forte canonnade du côté de St Mihiel.
Le 2ème bataillon donne une petite soirée dans une grange.
Brouillard. On entend toujours le canon au même endroit.
Rien à signaler. On reparle de départ.
Pluie.
Vie d'exercices, peu intéressante.
Cette fois-ci, on va partir : il paraît que l'on se dirige sur le camp-de-Mailly et que c'est dimanche le départ.
Rien à signaler. Le départ est confirmé.
Aujourd'hui, on fait les caisses, départ à sept heures demain matin. Il fait mauvais, nous aurons bien encore cette malchance, car nous devons faire cinq ou six étapes.
Nous sommes partis à sept heures et demie, un peu peinés, routes boueuses et montagneuses.
Nous passons à Aulnois, Savonnières, Narey, Prez-sur-Marne et Troisfontaines, soit environ 24 kilomètres. Nous arrivons à deux heures, chez des personnes aimables, le mari, qui a été blessé au 160ème d'infanterie, est en congé de convalescence.
Départ à 6h45.
Nous passons à Wassy et nous arrivons à onze heures à Voillecomte.
Journée magnifique. Population civile très aimable.
Marche de 23 kilomètres, pluie sur la fin de l'étape. Nous passons à Montier-en-Der, puis à Droyes, à Bailly-le-Franc et Outines. Toujours bien logés. Demain, départ à 8h45.
Départ à 6h45 et non 8h45.
Passage à Chassericourt, Margerie, Chapelaine et arrivée à Corbeil à une heure (18 km). Ici, le logement n'est déjà plus le même. Nous entendons le canon au camp-de-Mailly.
Demain, continuation de l'usure des jambes.
Départ à 6h20.
Pluie battante toute la journée. Nous passons à St-Ouen, Lhuître, plusieurs petits villages, et nous arrivons au camp-de-Mailly (31 km). C'est le même cantonnement qu'au Valdahon.
Installation. Vie de la caserne.
Le soir, je vais à Mailly : cafés, boîtes de toutes sortes.
Près du camp se trouvent des pièces de 305 mm sur wagon.
Belle journée.
Je me fais des cheveux dans ce camp. Manoeuvre de régiment, je n'y assiste pas. Je suis allé au pays, il n'y a pas seulement moyen d'entrer dans un café, tellement les troupes sont nombreuses au camp (20 000 hommes).
Visite d'une maison joyeuse. Rien de bien intéressant.
Le soir, manoeuvre de brigade dans le camp. C'est plutôt une promenade.
Nous rentrons à quatre heures et demie.
Brouillard intense.
Le soir, grande revue de la division, passée par le général DE LANGLE DE CARY. C'est un général encore jeune (*), qui m'a laissé une assez bonne impression.
(*) : 66 ans !!
Manoeuvre de cadres de la division. Je n'y assiste pas.
Beau temps. Repos fictif.
On parle de départ en chemin de fer mais, comme toujours, il faut attendre pour voir.
Le soir, manoeuvre de division. La marche est assez longue, mais il fait bon. Le thème de la manoeuvre est assez obscur, surtout quand on a déjà vu la réalité à plusieurs reprises.
Journée à peu près calme.
Le soir, on parle d'alerte et de marche de nuit.
Effectivement, alerte à 2h50 du matin. Il fait très froid.
Nous parcourons le camp jusqu'à onze heures : je suis complètement vanné et des bruits font croire à une manoeuvre identique la nuit prochaine.
Temps très froid.
Le bruit de marche de nuit n'était pas fondé.
Départ demain. Rien de nouveau.
Je ne sais pas encore où nous allons.
Départ à quatre heures pour embarquement à Arcis-sur-Aube, à 17 kilomètres. Nous arrivons à huit heures et nous partons à midi. Cinq heures de chemin de fer : nous passons à Sommesous, Huiron, Vitry-le-François, Sermaize, Revigny et Mussey, où nous débarquons.
Notre cantonnement est à Robert-Espagne, où nous arrivons à neuf heures. Le couchage n'est pas merveilleux, il faut espérer que l'on s'arrangera mieux demain.
Les zouaves encore au cantonnement partent ce matin.
Rien à signaler.
J'ai trouvé un bon lit, de ce fait, la nuit dernière a été bonne.
Ce soir, la pluie.
Journée calme. Les compagnies vont à l'exercice.
Pluie.
Confection de cibles.
Belle journée.
Les compagnies vont au tir.
Rien à signaler.
Beau temps. Le pays est vraiment charmant.
Il paraît que nous allons être soumis à une vaccination antityphoïdique, comme l'an dernier à Tigny : c'est une affaire qui ne me plait pas, on souffre trop.
Aujourd'hui, il neige. C'est un pays dont je conserverai un bon souvenir.
On parle de départ, certains disent dans trois jours.
Neige
Les officiers sont allés reconnaître le secteur. Subitement, à une heure, alerte, les officiers rentrent, il paraît que nous partons du côté de Verdun. Nous sommes tout près.
On reste encore à Robert-Espagne.
Départ demain matin.
On quitte ce cher Robert-Espagne à 8h 50. Nous passons à Beurey, Trémont, Combles, Bar-le-Duc, puis Behonne, où nous cantonnons.
Je me fais flanquer quatre jours d'arrêts, pour avoir pris trop d'initiative je crois.
Nous sommes bien logés.
Départ de Behonne à sept heures. Nous passons à Vavincourt, Rumont-le-Petit, Erize-la-Brûlée, Rosnes, Erize-la-Grande.
Nous couchons sur la paille. Cantonnement très étroit.
Il a plu toute la nuit.
Heureusement, nous ne partons pas aujourd'hui. Depuis le matin passent beaucoup de voitures d'émigrés: il paraît que dix-sept communes entre Argonne et Meuse vont être évacuées.
Départ à sept heures. Toute la nuit, il a plu et fait grand vent. Heureusement que la pluie cesse au matin. Nous passons à Erize-la-Petite et nous cantonnons à Neuxdoux. La plupart de ces villages sont en partie détruits.
On s'attend à un départ pendant la nuit.
En effet, à minuit, réveil et départ immédiat. Il fait un vent épouvantable et il pleut.
Nous passons à Beauzée, un beau village en temps de paix, aujourd'hui quelques maisons à peine. Sous la pluie fine, nous attendons une bonne heure les camions automobiles qui doivent nous emmener, le départ se fait enfin vers deux heures.
Nous roulons toute la nuit, passons à Verdun, et débarquons en plein champ, à 4 km plus au nord. Notre cantonnement est à Eix, où nous arrivons à dix heures et demie par des chemins boueux. Il pleut toujours.
Le cantonnement est très mal fait, par suite du trop grand nombre de troupes. Je ne crois d'ailleurs pas que nous sommes là pour longtemps, car la compagnie du génie qui était venue avec nous est déjà repartie, du côté de Verdun, paraît-il.
Nous avons quitté Eix hier soir à dix heures et demie, et nous sommes maintenant dans une caserne à Verdun. Je ne sais pas pour combien de temps, en tout cas, c'est une fameuse vie de nomades.
Il fait toujours un temps épouvantable.
Toujours la pluie, et la caserne à Verdun.
Revue par le colonel à trois heures. Rien à signaler.
A une heure du matin, nous apprenons que l'on quitte la caserne pour aller dans une autre.
Départ à huit heures. Nous allons à la caserne Chevert, à 5 km de la ville. Nous y dormirons. Un peu de pluie pour nous y rendre.
De Bar-le-Duc à Verdun, le trajet suit la R.N.35.
Nous sommes comme dans un nid d'aigle, et pas mal ventés. Le régiment qui s'y trouvait avant nous était le 310ème, il part aussi dans une autre caserne.
Il fait beau. Le canon cogne dur. Les avions se promènent dans un ciel sans nuages.
Je ne sais pour combien de temps nous sommes ici, nous allons sûrement encore voyager d'ici peu.
Matinée calme. Le tantôt, alerte, nous partons à midi du côté de Bras et de Charny. Nous passons la journée dans une tranchée où l'on gèle.
Le soir, à neuf heures, arrive l'ordre de rentrer à la caserne Chavert, distante de dix kilomètres. Nous y sommes à minuit.
Je suis éreinté, pourvu que l'on passe une bonne nuit.
Alerte à trois heures du matin, le régiment va reprendre les mêmes emplacements qu'hier. Jusqu'à trois heures, nous gardons ces mêmes emplacements, puis nous nous portons en avant, dans un ravin à l'est de Bras.
Au bout d'une heure, les bataillons se portent en avant. Je reste sur place avec le drapeau. Il paraît que les Allemands ont attaqué. Nous couchons à la belle étoile et il fait froid.
Le tir de l'artillerie allemande est épouvantable : les feux de barrage sont suivis. Il y a des pertes sensibles au régiment et les Allemands avancent malgré des pertes énormes. Ils s'emparent du bois d'Hormons et du village d'Haumont.
Temps glacial.
L'offensive allemande se poursuit. L'ennemi est à Samogneux. Nous avons beaucoup de prisonniers et, un certain moment, on dit que le colonel est prisonnier, heureusement, il n'en est rien : le soir, il est retrouvé.
A sept heures, nous nous reportons un peu en arrière et nous nous installons dans un abri, à 100 mètres à l'est de Bras. De tous côtés passent des soldats allant et venant.
A neuf heures, ordre est donné au régiment de regagner la caserne Chevert. Nous y arriverons à minuit. Il y a un peu de tous les régiments.
Bonne nuit.
(Rectif: le 1er bataillon du 60ème est encore en ligne).
De tous côtés, on récupère les hommes. Les Allemands recommencent leurs bombardements, seulement, il paraît que nous avons amené deux corps d'armée de troupes fraîches.
On parle encore de départ. Le régiment a été très éprouvé, tant en hommes qu'en officiers, mais je ne connais pas encore les pertes.
Le soir, à 5h45, nous partons loger à Belleville (faubourg de Verdun). Nous sommes tous empilés.
Il ne fait pas bon dans ce faubourg, car nous sommes bombardés. Plusieurs obus tombent successivement, quelques blessés. Si l'ennemi se met à bombarder sérieusement, nous aurons de lourdes pertes, car les zouaves sont aussi venus dans notre cantonnement. Un obus tombe près de notre cuisine roulante, brisant tout : la soupe est faite! Je ne crois pas que nous resterons longtemps ici, surtout si le bombardement continue.
Il fait beau, beaucoup d'avions ennemis nous survolent, et il faut prendre des précautions pour ne pas se faire voir. A quatre heures, le bombardement recommence et un obus tombe sur le local occupé par les téléphonistes et les musiciens : le caporal (André) CARRÈRE (*) est tué, littéralement coupé en deux, il parle pendant vingt minutes, puis il agonise. Voici la nuit, allons-nous bien reposer ?
Aujourd'hui, en tout cas, nous n'avons pas manqué de vin, la maison ayant été abandonnée en hâte par ses habitants.
Espérons que la nuit sera bonne. A moins que les obus ne nous réveillent ?
(*) : André CARRÈRE, caporal au 60ème régiment d’infanterie. Voir sa fiche.
Réveil à trois heures et départ à quatre heures. Nous allons au fort de Souville.
En fait, nous restons jusqu'à midi dans un bois, sous la neige, puis nous recevons l'ordre de nous porter en avant. Je crois bien que le 60ème va entrer dans la fournaise. Pour une fournaise, c'en est une : bombardement épouvantable, surtout du gros calibre, bien pis que l'autre jour.
Nous éprouvons des pertes sensibles.
A deux reprises, les Allemands tentent de sortir des tranchées, mais ils sont arrêtés par le feu des 75. D'abord, nous sommes dans un ravin, dans un trou que nous avons creusé, puis nous gagnons une casemate, heureusement pour nous car, une heure après notre départ, un obus tombe sur notre ancien emplacement.
Le bombardement se calme vers les six heures.
Toujours le bombardement, mais moins violent qu'hier. Le 44ème est relevé par le 170ème, je ne sais quand sera notre tour.
A cinq heures ce matin, notre artillerie est très active. L'artillerie allemande aussi. Par suite du feu intense, nos pertes sont assez sensibles.
A la même heure qu'hier, notre artillerie se met à bombarder. On parle de relève pour ce soir: si c'est le cas, ce ne sera pas pour aller bien loin. Hier soir, les Allemands auraient tenté une sortie sur notre droite, du côté d'Etain, ils auraient été arrêtés aussitôt par nos tirs de barrage. On parle encore de relève ce soir.
Nous sommes relevés à une heure du matin par la 303ème brigade (408 et 409 d'inf.).
Nous partons pour Haudainville où nous arrivons à six heures du matin.
Marche très fatigante à cause des à-coups. Nous logeons dans des péniches, sur le canal, c'est une chose à laquelle je n'aurais jamais songé.
Bonne nuit dans les péniches.
Le soir, nous partons et nous nous dirigeons sur Verdun où nous devons prendre des automobiles qui ont amené le 109ème et le 21ème d'infanterie.
Nous arrivons sur place à dix heures et quart et, jusqu'à cinq heures du matin, nous attendons : nous sommes gelés. Quelle nuit pénible.
Nous arrivons à neuf heures du matin à Rembercourt, le pays est aux trois quarts démoli ou brûlé. Mauvais logement.
Mais nous le quittons et allons coucher à l'Isle-en-Barrois, où le cantonnement est meilleur.
A neuf heures du matin, départ : il faut laisser la place au 44ème. Cinq kilomètres à faire, et nous sommes à Villotte. Le cantonnement est bon, mais y resterons-nous ?
Nous logeons dans une véritable boîte à rigolades.
Réveil matinal, on repart, et pour une longue étape. Départ à 7 h et demie. Nous passons à Louppy-le Château, Laimont, Mussey, Trémont, Ville-sur-Saulx, puis nous arrivons à Haironville, où nous cantonnons (en tout 32 km)
Un bataillon loge à Rupt-aux-Nonains, près de Bazincourt.
Nous sommes passés à 1400 mètres de Robert-Espagne. Pendant tout le trajet, nous avons eu la neige, et nous sommes bien fatigués à l'arrivée à cinq heures.
J'ai trouvé un bon lit. Combien de temps ici? Toujours l'énigme.
La neige se maintient. On parle toujours de départ, certains disent demain, mais je ne crois pas. Toujours pas de nouvelles. Les aviateurs allemands auraient bombardé la gare de Revigny, où les voies seraient assez sérieusement endommagées.
Nous ne sommes pas partis, mais il paraît que ce serait pour demain. J'ai fait une partie de pêche dans la Saulx. La neige a quitté mais il gèle et, s'il faut partir, ce ne sera pas commode.
Départ d'Haironville à sept heures. Gelée pour le début de la marche (30 km). Nous passons à Rupt-aux-Nonains, Bazincourt -notre ancien cantonnement- Lavincourt, Stainville, Dammarie, le Bouchon, Morley, Moutiers-sur-Saulx. Cantonnement très chic.
Demain, départ à sept heures pour Delouze, marche franchement à l'est.
Nuit passée dans un bon lit. Départ à sept heures. Les chemins sont très mauvais, vingt centimètres de neige, terrain très escarpé. Nous passons dans plusieurs petits villages et un assez important, Haudelaincourt, nous arrivons à Delouze à une heure, assez fatigués par cette marche pénible.
Départ de Delouze à 6h30.
Marche très pénible dans un terrain très accidenté, de plus, il tombe une neige fine.
Nous passons à Rozières, Badonvilliers, Epiez, Burey-en-Vaux, Sepvigny, Pagny, Uruffe. Nous sommes bien cantonnés. Départ demain matin pour la dernière étape.
Huit kilomètres à faire. Départ à 7h50.
Passage à Vannes et cantonnement à Saulxures-lès-Vannes. Pays accidenté et pittoresque (Meurthe-et-Moselle).
Le cantonnement est bon. Nous réparons les voitures.
Aujourd'hui sont arrivés 300 hommes du dépôt du 55ème d'infanterie, tous de la classe 1916.
Temps magnifique.
Il paraît que nous partons demain. C'est ennuyeux car j'avais toutes facilités pour les travaux.
Départ à sept heures. Il pleut un peu.
Nous traversons cinq villages, puis nous arrivons à Toul, où nous logeons à la caserne Lamarche. Nous couchons dans de bons lits, mais nous repartons demain matin.
Douze kilomètres et arrivée à Andilly. Bonne popote.
Temps magnifique. Rien à signaler.
Arrivée d'un renfort de 150 hommes venant d'Orléans.
Beau temps.
Musique à quatre heures.
Je suis allé à Boucq, à huit kilomètres d'Andilly. Temps magnifique, mais journée fatigante.
Arrivée d'un renfort venant d'un dépôt du 60ème.
Toujours le beau temps.
Arrivée d'un petit renfort du 80ème d'infanterie. Toujours rien au sujet de la durée de notre séjour à Andilly.
Continuation de nos travaux de réparation. Rien à signaler.
Il fait un temps magnifique.
Deux bataillons sont partis cette nuit : l'un pour Noviant et Bernécourt, où il va faire des travaux, l'autre pour Toul, comme bataillon de manoeuvre.
Il pleut. Rien à signaler.
J'ai trouvé un lit, au prix d'un franc par nuit.
Rien à signaler. On entend le canon dans le lointain.
Nous sommes toujours tranquilles.
Le soir, je me foule le poignet droit : c'est bien ennuyeux.
Rien à signaler. Temps très froid.
Par un temps épouvantable, je vais à Boucq chercher du matériel.
Beau temps.
Les compagnies sont toujours à l'avant pour travailler.
Rien à signaler.
Toujours la même vie tranquille.
Temps magnifique.
Différents bruits assez vagues circulent au sujet de notre départ.
J'écris sur la route d'Andilly à Francheville, il fait un temps merveilleux.
Le tambour-major est parti hier soir en permission. L'équipe des sapeurs-pionniers est reformée et je reste avec mes anciens sapeurs.
Beau temps. Rien à signaler.
Toujours le même temps. Les travaux continuent.
Temps orageux. On m'annonce le décès d'Hippolyte BRESSON.
Toujours rien d'intéressant.
Il est arrivé un petit dépôt (25 hommes) de Besançon. Un de mes sapeurs (VINCENT) va travailler à Limoges.
Rien à signaler.
Concert à Andilly.
Il paraît que nous partons demain et que nous sommes remplacés par un bataillon du 157ème venant de Verdun.
Départ à trois heures. Embarquement en autos sur la route de Toul. Il fait une poussière épouvantable. Nous passons à Bar-le-Duc, puis nous remontons sur Verdun (par la trop fameuse voie sacrée).
La pluie tombe. Après 110 kilomètres de trajet, nous débarquons à l'endroit même où nous avions embarqué (il y a un peu plus d'un mois). Nous cantonnons à Haudainville, près des péniches où nous avons déjà logé.
La nuit a été assez tranquille. Il paraît qu'il y a repos aujourd'hui, et demain sans doute la danse.
Le colonel est allé reconnaître le secteur. Cette nuit, il a fait un temps affreux. Dans le pays où nous sommes, il n'y a rien à se mettre sous la dent, ou quelques rares occasions, vin: cinq francs la bouteille, fromage: 1f ,75, tabac: 0f ,65, sardines: 1f , allumettes: 0f ,10 la boîte, etc.. Nous partons demain.
Forte canonnade hier soir et pluie continuelle toute la nuit. Nous montons ce soir à l'abri du Mardi-Gras, au sud d'Eix. Route pénible, de la boue jusqu'aux genoux, des embarras de voitures, la canonnade : une vraie fournaise.
Enfin, à dix heures, nous arrivons. Je loge dans un bois de sapins, dans un petit abri, avec le sergent Moiret. Il pleut toujours.
Toujours pluie et neige. Travaux de toutes sortes. Camouflage de l'abri du colonel.
Le soir, violente canonnade et fusillade du côté de Vaux et de Douaumont, une attaque sans doute, mais j'ignore par qui.
Nous sommes toujours dans la boue.
A cette heure l'ennemi cogne assez durement sur nos batteries. Nous sommes terriblement gênés pour le ravitaillement, mais enfin, il faut se résigner à tous ces petits déboires.
Rien à signaler, sauf le bombardement intense que nous font subir les Allemands.
Le matin, tout est calme mais, le tantôt, le bombardement reprend.
A quatre heures, un obus éclate à huit mètres de moi et me blesse. J'ai les deux bras traversés.
Au bras droit, une blessure en séton de deux centimètres carrés sur huit centimètres de longueur, l'autre bras est plus touché : une large plaie enlevant la moitié du biceps.

Je suis évacué le soir, par le fort de Tavannes, c'est le calvaire à travers tous ces chemins remplis de trous d'obus. Puis, transport en automobile à la caserne Bévaux, nous allons vite car les passages sont dangereux.
Il est minuit.
Départ de la caserne Bévaux après avoir reçu un second pansement puis une piqûre antitétanique.
Là, ce n'est plus le calvaire, mais le martyre : on nous conduit à Bar-le-Duc dans de simples camions automobiles, à chaque secousse, c'est une plainte, un serrement de dents.
Nous arrivons à sept heures. On fait un classement : je pars à l'intérieur.
Auparavant, il faut encore faire un pansement : alors la jouissance ! Pose de drains, couper les chairs mortes : pendant une demi-heure, je suis allongé sur la planche, et je souffre, et je sue.
Trois trains de trois cents blessés se forment, je pars avec le troisième, à six heures du soir, destination inconnue.
Nous passons à Troyes.
Tout le long de la route, nous sommes largement ravitaillés, mais le trajet est fatiguant. Nous remontons vers Paris. On commence à laisser quelques blessés à Fontainebleau, puis je descends à Melun.
Une automobile nous attend, et en route pour l'hôpital 24. Le médecin-chef et les infirmiers sont très gentils.
Un nouveau pansement le soir, puis au lit.
Journée morose. Je suis logé dans une chambre de sous-officier et je mange avec un adjudant du 31ème.
Bonne nourriture.
Pansement. Jouissance.
On m'annonce mon départ pour le Midi. Visite de M. et Mme DESCHAMPS.
Pâques.
Temps magnifique. M. et Mme DESCHAMPS viennent me voir.
Journée longue.
Ce matin, pansement : jamais je n'ai autant souffert. Nettoyage des plaies avec de l'alcool à 90°. Il arrive encore des blessés de Verdun.
Je ne reçois pas encore de lettres.
Visite de M. DESCHAMPS : il a reçu une dépêche de mes parents annonçant l'arrivée de mon père demain.
Beau temps.
Je suis content de voir mon père bientôt.
Mon père est venu me voir hier soir, puis je suis sorti avec lui chez M. DESCHAMPS. Pansement.
Je suis sorti aussi aujourd'hui.
Temps magnifique.
Aujourd'hui, encore promenade avec mon père.
Pansement, auquel il assiste.
Mon père est reparti ce matin à sept heures. Me voici dans ma cage.
Toujours un beau temps, un ciel sans nuage, il fait même trop chaud.
Je sors en ville.
Promenade en ville. Toujours pas de lettre du front.
Rien à signaler. Les blessures vont bien.
Rien à signaler.
Visite de M. DESCHAMPS.
Toujours un temps magnifique.
Une partie des blessés arrivés avec moi partent dans le Midi, je devais partir avec eux, mais je préfère rester ici.
Le soir, orage terrible.
Je sors ce soir avec OBERLÉ, sergent au 60ème, venu à Melun en permission de quatre jours.
Je vais chez M. DESCHAMPS, où je déjeune.
Rien à signaler.
Visite d'un colonel-major.
Il nous dit qu'il faut nous dépêcher de guérir, car on a besoin de sous-officiers sur le front (hilarité).
Rien à signaler.
Temps pluvieux.
Mes blessures vont très bien.
Je sors en ville et j'ai le plaisir de rencontrer un camarade du 60ème en permission : DECRETTE, télégraphiste. Il m'annonce que le régiment est au repos dans la Marne, par suite de l'état sanitaire déplorable.
Les permissions ont été rétablies, mais six jours seulement, voyage compris.
Rien à signaler.
Je déjeune chez DECRETTE, agréable soirée.
Journée d'une monotonie sans pareille. Un des blessés venant de Verdun, touché au cou, est décédé ce matin.
Aujourd'hui, encore un nouveau décès.
Je vais à l'enterrement.
Rien à signaler.
Temps magnifique.
Beau temps.
Je déjeune chez M. DESCHAMPS.
Pluie, orage tout le jour.
Pluie.
Sortie en ville.
Je vais voir DECRETTE à l'hôpital mixte. De nouveaux blessés arrivent, toujours de Verdun.
Pluie.
Temps sombre.
Je sors en ville. Visite chez M. DESCHAMPS.
Je fais une gentille promenade le long de la Seine.
Vingt-quatre blessés quittent l'hôpital et vont à Montpellier, il y a quatre sous-officiers, dont l'adjudant Ouren (?) et le sergent Koch.
Je ne sors pas. Aujourd'hui, la vie de l'hôpital me pèse. Sous prétexte qu'il y a des femmes qui viennent sous nos fenêtres, on nous cloître comme des collégiens ou des jeunes filles de pensionnat. Il paraît que l'on va visser les fenêtres et peindre les carreaux.
Toujours même vie.
Beaucoup de choses se sont passées.
Le sergent LORNE est parti à son dépôt. L'adjudant BARTHE, du 249ème, est venu prendre sa place. MUTALE et RUMEAU sont partis au dépôt de Ferrières. La place de Melun devient de plus en plus mauvaise.
Le 1er, jour de l'Ascension, pas de permission : c'est vraiment malheureux de voir ce traitement ignoble en remerciement de votre bonne volonté au feu.
Pendant toute cette période, de petits ennuis, mais d'agréables moments pour compenser. Puis, voilà Pentecôte, alors, c'est le bouquet : pas de permission. Je suis résolu à tout, d'autant que j'ai eu la visite d'Henri et de Célina RIGAULT. Heureusement, je compte partir d'ici peu à la mécano à Fontainebleau.
C'est inconcevable de voir pareil traitement. C’est à se demander quel crime on a commis, c'est peut-être d'avoir fait vingt-et-un mois de front ?
Que de choses à revoir plus tard.
Départ du caporal-fourrier LAFON pour Fontainebleau.
Ce fut toujours un bon camarade et je me souviendrai des heureux instants passés ensemble.
Semaine calme.
Je sors presque journellement. Rien d'intéressant à l'hôpital.
Le 12, je sors toute la journée avec Henri et Célina, je déjeune et dîne avec eux. Pendant ce temps, madame Suzanne HÉRAUDET vient de Paris pour me voir, naturellement, elle ne m'a pas trouvé, cela m'ennuie beaucoup.
RUMEAU est en convalescence. Le sergent LORNE, sorti dernièrement, est reparti au front comme volontaire.
Pendant la semaine, je fais de très agréables promenades. Je devais aller à Fontainebleau, mais il paraît que je n'y vais plus: je vais faire un peu de mécano et, ensuite, en permission. Mais je ne sais pas à quelle date.
Il y a juste deux mois que j'étais blessé. Journée magnifique.
Promenade splendide. Souvenir inoubliable.
Je ne sors pas. Il fait beau. Depuis une semaine, je vais chaque matin à la mécano, à l'hôpital mixte. On parle d'évacuation dans le Midi.
Toujours très bien.
Le 21, journée mémorable, le 24 aussi, mais il va falloir partir à Auxerre, et c'est lundi 3 juillet qu'a lieu le départ. Je conserverai toujours un excellent souvenir de Melun.
L'adjudant BARTHE est parti hier dans le Midi.
Je passe une bonne soirée avec N.. et le dimanche complet chez M. DESCHAMPS.
Le soir, je dîne chez DECRETTE.
Départ de Melun à 7h49. M. et Mme DESCHAMPS m'accompagnent à la gare. Temps épouvantable.
Arrivée à Auxerre à 13h07. Ce dépôt de convalescents est une vraie caserne. Le médecin-chef m'examine et me propose pour quinze jours de convalescence: si je peux les avoir, ce sera fort beau, car il paraît que c'est très difficile.
Bonne nuit dans ma petite chambre.
A onze heures, Mme DANTONEL vient me chercher, je déjeune et dîne chez eux. Auxerre est une petite ville, toute simple, sans rien d'extraordinaire, ce qu'il y a de mieux, c'est une belle cathédrale datant de 1215. En tout cas, je me fais vieux ici, et j'attends avec impatience le conseil, samedi prochain.
La nourriture est bonne et, pourtant, je ne me plais pas: la vue continuelle de tous ces boiteux et amputés me pèse trop.
Le 30 juin, j'ai reçu une lettre du front annonçant que j'avais été cité le 22 du même mois, je voudrais bien avoir le libellé de ma citation.

Rien à signaler.
Mme DANTONEL vient toujours me chercher.
Le jeudi, je vais au cinéma, c'est très bien et je passe une agréable soirée. Mais il pleut toujours, il n'y a pas de soleil, quel ennui.
Pas de nouvelles de ma famille. Je ne comprends pas.
J'ai enfin reçu mes papiers et je pars le mardi 11. (*)
(*) : Il part en permission de
convalescence.
A Châtillon, je vois le cousin LÉVÈQUE qui me garde toute la journée près de lui.
J'arrive à St-Broing.
Je suis heureux, je vais à Minot, Essarois, Moitron, Aignay. Que de douces, mais courtes, heures passées à St-Broing.
Enfin, mon séjour se termine et il faut repartir. Je passe une journée à Villegusien, puis une à Dijon, et j'arrive à Besançon le 28 juillet à quatre heures du matin. Je vois tout en noir, j'ai un cafard épouvantable. (*)
(*) : Il retourne donc à la caserne du
60ème régiment d’infanterie à Besançon.
Je suis arrivé depuis quelques heures seulement, mais je ne vis plus. Quel bazar ! J'en suis presque fou.
J'avais perdu l'habitude du métier militaire. Quoique dangereuse, la vie du front est préférable à cette boutique. Je n'en mets pas plus pour aujourd'hui, je suis trop en rogne.
Enfin, je me fais un peu au milieu. Je n'ai rien à faire et, comme sous-officiers, nous ne sommes pas tenus.
Dans la journée, j'ai vu M. MIGNARD. Besançon est débauché comme jamais je ne l'ai connu.
Je suis de planton à la tenue à Charmont. Il fait une chaleur atroce.
Toute la journée, au poste, ce n'est qu'une succession de gracieuses midinettes.
Le soir, je vais à Duras faire l'instruction aux auxiliaires : il y a de quoi se tordre à voir cette manoeuvre.
Toujours cette vie monotone. Rien à faire. On sort en ville de temps en temps.
C'est tout.
Toute la semaine, peu de travail : quelques séances de gymnastique aux auxiliaires. Il y a aussi vaccination, mais j'y coupe.
Vendredi, je suis allé passer une visite au casino : je suivrai un traitement radiothérapique pendant quelque temps.
Suis allé à Dijon en permission de vingt-quatre heures. Journée chaude et belle. Suis allé chez le cousin DUCOL.
Rien à signaler.
Toujours pas grand-chose à faire. J'ai eu la visite de MARTINET, il a beaucoup maigri.
Visite décadaire. (*)
Pour le moment, je reste encore à la 25ème compagnie. Je passe l'après-midi avec Journiac puis, à cinq heures, théorie aux auxiliaires à Duras.
(*) : Décadaire = 10 jours
Deuxième séance de vaccination. Je n'y vais pas, sachant trop les souffrances que j'ai endurées en 1914 à Tigny.
Mon bras gauche va mieux, lundi prochain, séance radiothérapique au casino de la Mouillère.
A la visite passée hier, 47 hommes inaptes en traitement passent à la 26ème compagnie, inaptes à entraîner.
Belle journée. Promenade du matin au soir.
Toujours le repos le plus complet. Je suis allé voir Maria MAGNIER chez M. GRÉLIER (fabrique de limonade, rue Charles Nodier).
Pas de nouvelles du régiment.
Je passe une agréable journée chez M. MIGNARD.
Je vais au casino pour suivre mon traitement radiothérapique.
A l'heure actuelle, le régiment doit être engagé.
Le soir, je dîne avec JOURNIAC. Belle et bonne journée.
Des avions seraient venus sur la ville cette nuit, je ne sais si cela est vrai, n'ayant rien entendu.
Effectivement, un avion allemand est venu. Aucun accident de personne, à peine quelques vitres brisées.
Rien à signaler.
Visite décadaire.
Inapte pour dix jours encore à la 25ème compagnie. Je pars à St-Broing.
Journées charmantes en famille. Hélas trop courtes.
Rentré à cinq heures du matin. Rien de nouveau.
Le capitaine fait faire des promenades journalières.
Rien à signaler.
Je prends la semaine samedi prochain. Ce sera la semaine sans sortir.
Séance de radiothérapie.
Rien à signaler.
Je suis de semaine, donc peu de sorties en ville. Il y a eu visite décadaire, mais je ne l'ai pas passée. Beaucoup de camarades sont passés à la 26ème, ce sera sûrement mon tour la prochaine fois.
Je ne suis pas fâché que cette semaine soit terminée, ce n'est pas le rêve, j'en ai plein le dos.
Semaine terminée.
Le lundi, je pars à St-Broing, d'où je ne rentre que le vendredi. Belles journées en famille et avec Yvonne.
Visite décadaire le samedi.
Je reste encore à la 25ème.
Rien à signaler.
Rien à signaler. Depuis quelques jours, nous avons changé de capitaine : c'est le capitaine MASSÉ.
Séance de radiothérapie.
Je suis allé passer trois jours à St-Broing où je me suis trouvé avec Albert MISSET que je n'avais pas vu depuis vingt-six mois. A la visite décadaire, je suis encore inapte et je reste à la 25ème compagnie jusqu'au 29.
Aujourd'hui vendredi, à Besançon, on se serait cru en guerre : les canons des forts se sont fait entendre, tirant sur un avion ennemi qui survolait la ville à une grande hauteur.
Rien à signaler.
Toujours tranquille. On dit que le 60ème est revenu à Châlons-sur-Marne et va prendre un secteur en Champagne.
Anniversaire de la bataille de Champagne. Triste journée.
Rien à signaler.
Entrée. Tout va bien.
Pluie.
Visite décadaire. Je reste à la 25ème compagnie. Beaucoup de camarades passent à la 26ème, donc plus de travail à assurer.
Granvelle. Tout va bien.
Service de garde à Chamart et à Charmont. Aujourd'hui, à St-Broing, doit avoir lieu le mariage d'E. Ch. (*)
Tous ces temps, beaucoup de départs pour différents régiments.
Pas moyen d'aller en permission. Aussi le temps me semble long.
(*) : Pas de mariage à St Broing en 1916. Voir.
Séminaire.
Pendant ce temps, certains jours, il a fait très froid, et la pluie s'est souvent mise de la partie. Nous avons eu, une nuit, la visite d'avions ennemis, une bombe est tombée à Granvelle, non loin du séminaire, mais elle n'a pas éclaté. Au Dépôt, il y a eu des départs presque chaque jour.
J'ai vu CHAMPION, venu en permission de six jours, ainsi que CHATELAIN, sous-lieutenant.
Je passe le 3 novembre à la 26ème compagnie.
Fête de la Toussaint.
Je suis à St-Broing.
Je monte à la 26ème compagnie, à la citadelle, on est un peu moins tranquille qu'en bas et, surtout, la montée est fatigante. Je suis au peloton d'entraînement.
Rien à signaler.
Je pars à St-Broing en permission de sept jours. C'est un vrai bonheur, je suis vraiment heureux pendant ce laps de temps.
Mais il faut rejoindre avec le cafard.
Retour à Besançon, l'âme en peine. La séparation, plus que jamais, a été triste.
Mardi 14 novembre 1916
Nous sommes depuis quatre jours dans une période de beau temps. J'ai fait une demande pour une permission agricole de quinze jours, la réussite est très aléatoire.
Ma demande de permission agricole n'a pas réussi.
Dimanche, je suis allé à Dijon, agréable soirée.
Le samedi, visite décadaire : je passe à la 28ème compagnie, à Valdahon.
Départ à 6h39 pour le camp du Valdahon, arrivée à 8h. Il ne fait pas chaud dans notre nouvelle installation, et la neige couvre les hauteurs. Enfin, on arrive quand même à s'installer. La nourriture est très bonne.
Quelques marches, des exercices, beaucoup de travaux de campagne.
Toute la semaine, travaux. Le samedi soir, je pars en permission à St-Broing et je rentre le mardi matin. Quels beaux jours ! Mais il faut rentrer.
J'ai reçu une lettre de l'adjudant-chef STRIBLEN m'annonçant que le colonel du 60ème me réclamait. Je compte donc partir d'ici peu.
Ce matin, vendredi, est arrivé un nouveau renfort de Besançon. Nous sommes au moins trente sous-officiers à la compagnie. Attention au vidage, qui certainement ne va pas tarder.
Je suis allé à Besançon dimanche. Aujourd'hui, neige épaisse.
Départ d'un renfort pour la 130ème division : trois sergents et soixante-dix hommes.
Mardi, on annonce un nouveau départ : deux sergents et trente hommes pour le 333ème, je descends avec eux à Besançon. Je dois rejoindre le 60ème avec MAROTTE, le cycliste du colonel.
Je descends donc le mercredi 6 et je demande au chef de bataillon une permission pour aller dans ma famille, ce qui m'est accordé.
Le samedi 9, le colonel du 60ème, en permission, passe une revue au dépôt : je lui suis présenté et il me dit d'aller le rejoindre le plus tôt possible.
MAROTTE est parti à Paris pour sept jours, moi, j'ai quatre jours, qui sont des jours de bonheur. La séparation avec la famille et avec Yvette est pénible, mais enfin, il ne faut pas se laisser attendrir, et partir.
Je rentre donc le mercredi, à quatre heures du matin.
Rien à signaler. Je vais attendre MAROTTE pour partir avec lui, sans doute mardi ou mercredi.
Rien à signaler. Il fait beau.
MAROTTE n'est pas encore rentré. Enfin, mon départ approche, et j'arriverai au 60ème juste pour le réveillon.
MAROTTE est rentré ce matin.
Départ demain, sans doute, ou après-demain. Il est tombé dix centimètres de neige et cela continue.
Départ de Besançon pour le front.
Arrivée sans encombre à Dijon, où je dois prendre le train de permissionnaires pour Jessains à neuf heures le 21.
A neuf heures, je viens pour prendre le train. Le commissaire-régulateur ne veut pas, me disant de revenir à dix heures, qu'il va téléphoner à Paris, au bureau des statistiques, pour savoir où est le 60ème, chose que je sais fort bien, mais mes dires ne sont pas suffisants.
A dix heures, je reviens : je ne partirai qu'à 15h50, par un train de rassemblement. L'employé de la commission de gare me dit encore qu'il n'avait pas bien fait attention à mon ordre de transport, que c'était un ordre de transport direct et que, de ce fait, j'aurais pu partir le matin à neuf heures.
Enfin, départ à 15h50, marche lente, arrivée à St-Florentin à 21 heures. Je couche dans une baraque Adrian pleine d'eau, on y gèle, la paille est infecte, toute pourrie. Aussi, toute la nuit, je suis debout, attendant 6h10, heure à laquelle un train doit partir pour Troyes.
Nous sommes au moins une cinquantaine dans les mêmes conditions.
Quand le supplice a commencé, il faut qu'il continue : à 6h10 donc, départ de St-Florentin, wagon gelé, mais c'est secondaire, à 9h20, arrivée à Troyes, visite à la régulatrice : je ne pars que ce soir à 22h50. C'est à n'en plus finir, je suis tout mouillé et dégoûté.
Tout cela vient du Dépôt, à mon point de vue, il aurait fallu mettre via Jessains au lieu de via Troyes, et je serais arrivé depuis ce matin. Enfin, j'espère en voir bientôt la fin et être demain sans encombre à Valmy.
Le voyage s'est bien effectué jusqu'à Valmy où j'arrive à neuf heures du matin.
A deux heures, le tantôt, je pars avec MAROTTE par le Decauville.
A cinq heures, je suis près de mes anciens sapeurs. J'habite dans l'index de la Main de Massiges. (Il s'agit d'une butte de 190 mètres d'altitude où se déroulèrent de grands combats).
Jamais je n'ai vu autant de travaux, la terre est bouleversée comme par un cataclysme, et les cimetières de coloniaux ne manquent pas. Je loge dans une sape solide, je ne m'y plais pas beaucoup, préférant le grand air. A première vue, le secteur est calme, nous avons eu deux petits postes enlevés la nuit dernière.
Bonne nuit réparatrice.
J'examine un peu autour de moi et je suis stupéfait de voir tous les travaux sur les flancs de cette trop fameuse Main de Massiges.
Ce soir, Noël, je serai près de MOIRET, ce brave vieux camarade, toujours le même.
Les Allemands envoient quelques obus, mais beaucoup n'éclatent pas à cause du terrain marécageux. Le ravitaillement se fait, jusqu'en seconde ligne, par un Decauville qui amène tout sur place. Toute la journée, on a parlé d'attaque allemande, mais rien n'est venu. On devait être relevés le 28, mais il y a contrordre et on reste. Par suite du dégel et de la boue, le secteur devient de plus en plus mauvais: on ne tient plus debout, les tranchées s'éboulent, il pleut dans les abris. De beaux moineaux dans leurs cages !
Si les Boches avaient la fantaisie de nous arroser une bonne fois, je crois qu'ils auraient vite fini le travail commencé par le dégel.
Jour de Noël, mauvais temps.
Journée assez calme, la nuit dernière, un tué et quelques blessés, dont le s/Lt CARDOT, revenu dernièrement sur le front.
Les 37ème et 48ème divisions, où se trouvaient les zouaves et les tirailleurs, ne sont plus avec nous : c'est la 41ème division qui les remplace. Elle se compose des 23ème, 133ème, 229ème et 363ème d'infanterie.
Ce soir, on reparle de départ. Vrai ou faux ? Je n'en sais rien.
L'artillerie est calme : une dizaine d'obus dans la journée.
Toujours dans la boue jusqu'aux genoux.
La nuit dernière, nous avons fait une patrouille, un homme a été blessé. De temps en temps, quelques obus. Le Cdt PEYROTTE, qui était en permission, a été rappelé par dépêche.
On parle de relève le 31 décembre, peut-être un canard, comme d'habitude.
Temps un peu plus sec que de coutume. L'activité de l'artillerie et des avions allemands est assez grande.
Aujourd'hui est arrivé un sous-officier du génie, avec quelques hommes, pour installer un moteur de 220 CV qui assurera l'éclairage des postes de commandement et de quelques sapes.
Pas de lettres aujourd'hui, la poste va mal.
Officiellement, nous quittons le secteur dimanche prochain, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, nous serons relevés par les éléments du 32ème C.A.
Le 1er janvier, nous devons être à Dampierre, et le 2 à Hermont.
Le colonel DE PIREY, qui commandait la brigade par intérim, est rentré hier soir.
Aujourd'hui, toujours un bien sale temps : il pleut et un grand vent s'est levé ce matin. Nous n'avons jamais de chance pour nos relèves: de beaux barbets en perspective pour le nouvel an, et beau temps pour se souhaiter la bonne année.
Calme relatif de part et d'autre.
Sur le soir, l'ennemi tente une attaque par gaz du côté de la Butte du Mesnil : toutes les précautions sont prises dans notre secteur. J'ai aperçu les officiers du 161ème qui doivent venir nous remplacer.
A trois heures, l'artillerie allemande bombarde violemment la gauche de notre secteur, vers les quatre heures, le calme renaît un peu. Je ne vois pas bien la possibilité d'une attaque par gaz de notre côté, le vent étant très violent, cependant, il est favorable aux Allemands.
Toute la journée, il fait un temps dégoûtant.
L'artillerie ennemie tire beaucoup, on dirait qu'ils savent que la relève doit avoir lieu ce soir. Il est vrai qu'avec la TPS (?), et malgré les précautions prises, ils ont eu quelques indices du changement. Le soir surtout, le tir de l'artillerie est plus intense.
En ce moment, c'est un tir de grosse artillerie, tout tremble, enfin, c'est demain le départ pour quelque temps. Ce ne sera sans doute pas pour longtemps, car le général DE BAZELAIRE, qui commande le 7ème C.A. a conçu un ordre du jour à peu près en ces termes :
"Mes enfants, nous allons partir en arrière pour un court repos, puis une petite période d'instruction, ensuite, nous aurons l'honneur d'être de la dernière poussée".
Il y a longtemps qu'on nous a déjà dit cela. Et la pluie tombe toujours.
Journée du dimanche, calme mais pluvieuse.
Le soir, à six heures, départ. Nous passons à Massiges, Virginy, Courtémont, où nous arrivons à neuf heures du soir. Douze kilomètres dans la boue infecte, de beaux barbets.
Demain, départ : voilà le commencement de l'usure des jambes.
Départ de Courtémont à dix heures du matin. Le plus important des villages que nous traversons est Maffrécourt, et nous logeons dans un camp près de Dommartin-la-Planchette. Nous n'y sommes pas mal, mais nous y resterons peu : arrivé aujourd'hui à une heure et demie, nous devons repartir demain matin, direction sud-ouest.
Toujours le même temps de brouillard, on commence à revoir quelques habitants.
Je commence à avoir sérieusement mal aux pieds, c'est assez fatigant quand on n'a pas marché depuis plus de huit mois.
Départ de Dommartin à sept heures. Toujours pluvieux. Nous passons à Voilemont, Rapsécourt, Dampierre-le-Château, et nous cantonnons à Epense, ayant parcouru 18 kilomètres en tout. Le cantonnement n'est pas mauvais. Départ demain matin.
Départ à huit heures du matin, direction ouest. Toujours le brouillard.
Nous passons à Noirlieu, Contault, et nous arrivons à midi à Bussy-le-Repos (15 km).
Demain, continuation de la route, puis repos une journée.
Départ à 7 h 45 de Bussy-le-Repos. Nous passons à Vanault-le-Châtel, Bassu, grande halte avant le village de Lisse-en-Champagne. Cette localité a beaucoup 105souffert du passage des Allemands.
Nous arrivons à deux heures à St-Amand-sur-Fion où nous cantonnons. En tout, 17 km. Demain, repos. La pluie reprend sur le soir.
Repos. Revue d'armes et d'effets. Il fait beau. Demain matin, départ à sept heures.
Voilà la pluie et la neige qui tombent, et nous avons 32 kilomètres à faire.
Itinéraire : Aulnay-l'Aître, Ablancourt, Songy, Coole, Sompuis, Humbauville. Nous cantonnons à le Meix-Tiercelin, dans des baraquements. Je ne peux plus mettre un pied devant l'autre, je suis tout à fait vaseux, fourbu, je n'en ai jamais autant bavé.
Départ à 7h40. Routes bonnes. Il fait un peu frisquet.
Nous passons à Bréban, Dampierre, Vaucogne, Romaines, Ramerupt, Chaudrey, où nous arrivons à trois heures et demie. Pas trop fatigué. Le cantonnement n'est pas mauvais. Je pense que nous sommes là pour quelques jours.
Il pleut à torrents toute la journée, heureusement que nous n'avons pas à marcher, sans quoi, nous serions propres. J'ai trouvé un bon lit où je pourrai me reposer des fatigues de ces jours derniers. Les permissions, provisoirement suspendues, reprennent aujourd'hui. CAMELIN et MARTIN partent ce soir.
Notre popote est très bonne et, hier soir, malgré les kilomètres de la journée, au son d'un accordéon, nous avons passé quelques heures de gaieté, rappelant les bons moments d'autrefois.
Il serait à souhaiter que l'on reste ici assez longtemps.
Toujours la pluie.
Un de nos bataillons, qui était à Ortillon, a quitté son cantonnement pour s'installer à Ramerupt. Je suis de jour. Il y a un programme d'instruction pour une huitaine de jours, des tirs seront exécutés. Les compagnies sont déjà allées à l'exercice ce matin, malgré le mauvais temps. Il va falloir confectionner cibles et silhouettes, et cela sans matériel, enfin, le logement est bon, et cela compense un peu les peines.
Confection de cibles et de silhouettes pour le champ de tir. Travail embêtant, surtout quand il n'y a pas de matériel.
Continuation de la confection des cibles. Beau temps.
N'ayant pas de planches, il faut aller dans le bois couper des petits sapins pour faire des chassis.
Il fait mauvais. Rien à signaler. Travaux de réparation aux voitures.
Toujours la pluie. Les compagnies vont au tir.
Aujourd'hui, j'entre dans ma vingt-septième année.
Un détachement de 180 hommes arrive du dépôt divisionnaire, le sapeur GUYOT est du nombre et est affecté à la 7ème compagnie: je vais faire tout mon possible pour qu'il reprenne sa place.
Match de foot-ball entre l'équipe de la 7ème et celle de la C.H.R., cette dernière est battue par 4 à 0.
Le beau temps revient. Le régiment a commencé des manoeuvres de bataillon.
Apparition de la neige, 15 centimètres. Rien à signaler.
Le matin, je fais le greffier au conseil de guerre, c'est assez intéressant. La neige a cessé de tomber, mais ne fond pas. Les bataillons sont à l'exercice.
Une manoeuvre de cadres a lieu dans le camp de Mailly, en préparation d'une manoeuvre de la division.
A sept heures, les officiers et sous-officiers désignés partent, puis il y a contrordre à cause de la neige qui se met à tomber. La manoeuvre est, paraît-il, remise à demain.
Demain aussi, nous devons commencer la pose de freins aux caissons de mitrailleuses.
L'ordre pour la manoeuvre de cadres a été renouvelé mais, au moment du départ et par suite du mauvais temps, il y a de nouveau contrordre.
Tous ces jours, à la popote, nous avons lièvre et sanglier à volonté.
Il y a de vagues bruits de départ, je crois bien qu'ils sont fondés, car le génie de la division part ce matin. Dans quelques jours, ce sera notre tour, toujours destination inconnue.
La neige a cessé, mais il gèle très fort.
Rien à signaler. Je vais à la messe.
Le soir, il y a musique.
Le matin, au saut du lit, annonce du départ. Cela fait un peu mal au coeur, surtout si précipitamment. Je garderai un excellent souvenir de Mme LEPAGE, chez qui j'étais logé. Rassemblement à midi.
Il faut encore faire une manoeuvre devant une mission anglaise, quel truc ! C'est un régiment d'infanterie de marine qui nous remplace.
Après la manoeuvre, nous repassons à Chaudrey que nous quittons à cinq heures, puis Ortillon, Torcy-le-Petit, et Torcy-le-Grand, où nous cantonnons (8 km, sans compter la manoeuvre).
Cette nuit, couché sur la paille, j'ai été gelé, transi.
Ce matin, le service téléphonique installe une ligne jusqu'à Ramerupt. Je ne sais encore rien sur la date de notre départ. Ici ne vaut pas Chaudrey.
Toujours une mauvaise nuit, glaciale. Repos la journée.
Demain, départ pour Longueville-sur-Aube. Je crois que notre destination sera entre Reims et Soissons.
Départ de Torcy à neuf heures du matin. La route est bonne, superbe. Nous passons à Arcis-sur-Aube, où nous défilons devant le général DE BAZELAIRE, puis à Villette, Pouan, Rhèges et arrivons à Longueville (18 km). Le pays est assez plaisant, mais il fait toujours des nuits très fraîches, glaciales même.
Départ de Longueville à sept heures du matin. La marche est de 28 kilomètres. Il fait beaucoup plus froid qu'hier.
Nous passons dans plusieurs villages, dont Anglure, et nous cantonnons à Sézanne, un joli petit chef-lieu de canton de cinq mille habitants. Nous sommes chez de bien braves gens, très aimables, et, tous, nous avons des lits.
Journée de repos. Le pays est très gentil, mais la température est toujours mauvaise.
Musique à deux heures.
Messe le matin. Le soleil se montre un peu.
On parle de départ pour demain matin, cela fait de la peine de quitter ce petit coin, enfin... Je pense toujours que la direction générale de la division sera Reims.
Départ à sept heures et demie. Beau temps avec gelée. Nous passons à Chapton, la Villeneuve, Corfélix, le Thoult et Fromentières (20 km). Assez bien logé. Je couche dans un lit, pas très bon, mais cela ne fait rien.
Départ de Fromentières à 7h 55. La route est toujours belle et sèche, et le temps froid. Nous passons à la Chapelle, Orbais, l'Abbaye, la Ville-sous-Orbais et le Breuil, où nous cantonnons (14 km). L'étape n'a donc pas été fatigante. L'atmosphère s'est un peu radoucie et il tombe quelques flocons de neige.
Départ du Breuil à 8h25.
Routes très mauvaises et accidentées, beaucoup de verglas. Nous passons à le Moncet, l'Huis, la Chapelle-Monthodon, Chavenay, Dormans, où nous défilons, Verneuil, Passy-Grigny, où nous devions cantonner. Mais nous cantonnons à Ste-Gemme.
La marche a été d'environ 22 kilomètres. Le civil est très gentil, à notre cantonnement, le patron nous offre ce qu'il a de meilleur. Il paraît que l'on a repos demain.
Une neige fine tombe toujours.
Beaucoup de troupes sont passées devant nous. J'ai vu des éléments des 20ème, 21ème et 5ème corps d'armée.
Repos.
Bonne journée, bien que je sois pris en permanence par le conseil de guerre.
Le temps s'est un peu adouci. CHAMPION est rentré de permission hier soir.
Départ à huit heures du matin. Il tombe une petite neige fine et il ne fait pas bon marcher, on ne tient pas debout. Tout le long de la route, on s'aperçoit de l'approche du front : va-et-vient continuel d'automobiles, de camions, de troupes de toutes armes, on sent que quelque chose se prépare. Nous passons à Romigny, Ville-en-Tardenois, Sarcy, Bouleuse, MéryPrémecy et Germigny, au total 23 km.
Je couche dans un grenier très froid.
Départ de Germigny à neuf heures. Marche difficile par le gel. Il n'y a pas beaucoup de travaux de défense. Nous passons à Gueux, Thillois et arrivons à St-Brice, soit 10 km. Bon cantonnement.
C'est vraiment extraordinaire de voir des pays non bombardés aussi près des lignes. Le civil est tranquille et le ravitaillement en tout fonctionne très bien.
Rien à signaler.
23° au-dessous de zéro. On ne sait rien sur ce que nous devons faire.
Aucun coup de canon, nous ne sommes pourtant qu'à quatre kilomètres des lignes.
Journée calme. Nous avons installé un atelier de réparations.
Rien à signaler.
Rien à signaler. Les permissions reprennent. Le sapeur PÉQUEGNOT est parti ce matin pour sept jours.
On entend le canon un peu plus que de coutume.
Il fait un peu moins froid. J'ai une affaire en conseil de guerre.
Les compagnies vont commencer des travaux. Quelques avions allemands profitent du beau temps pour survoler nos cantonnements.
Rien à signaler.
Les correspondances n'arrivent pas régulièrement. Confection de pancartes pour placer sur les voitures.
On parle de départ pour neuf heures du matin, mais il n'en est rien.
Toutefois, dans la soirée, on annonce officieusement le départ pour demain : on dit que nous allons à Reims. L'activité de l'artillerie est grande, depuis que nous sommes ici, c'est le premier jour que les canons se font entendre autant.
Il fait moins froid, le temps est clair, ce qui permet aux avions de faire des reconnaissances.
Toujours des bruits de départ.
En effet, le soir, on parle de relever le 410ème d'infanterie, ou les Russes qui sont à leur droite, à la Pompelle.
Les officiers du régiment sont allés reconnaître le secteur ce matin à sept heures.
Ce soir, je serai exactement fixé sur notre nouvel emplacement. Les 2ème et 3ème bataillons du régiment sont partis de Thillois et de Champigny hier soir, ils sont dans un faubourg de Reims.
Une partie du régiment est déjà en ligne. Nous prenons le secteur en face de Reims, notre cantonnement est dans la ville même, au faubourg de Laon. Il paraît que c'est très bien. Les téléphonistes sont montés ce soir et je reste donc seul à la popote.
Demain matin, à sept heures, nous montons au secteur, ou plutôt à Reims, endroit qui paraît de tout repos. Je ne crois pas que nous y resterons longtemps, c'est beaucoup trop beau pour nous. Je laisse les sapeurs PROUVIER, THÉVENOT et COLIN à St-Brice pour la réparation des voitures du train régimentaire.
Reçu aujourd'hui un colis de N.., cela met du baume au coeur.
Départ de St-Brice à sept heures.
A huit heures, nous sommes à Reims, installés dans notre nouveau cantonnement (avenue de Laon). Le logement est merveilleux: un secteur de ce genre n'a pas de prix, jamais nous n'avons été aussi bien logés. J'ai un bon lit dans une villa dont nous nous sommes institués propriétaires.
Notre arrivée est marquée par un violent bombardement par notre artillerie, un coup de main devant être tenté par le régiment qui est à notre droite, le 293ème. L'ennemi envoie quelques obus fusants sur notre quartier.
Bonne nuit, bien au chaud dans un lit. Le calme revient. Pas un obus aujourd'hui sur notre coin, et quatre ou cinq coups de départ de notre artillerie. On me dit que le 10ème R.I. occupe nos anciens cantonnements de St-Brice.
Rien à signaler. L'artillerie est tout à fait calme.
Le soleil se montre bien, la neige fond. Le soir, violente cannonade sur notre gauche. Conseil de guerre.
Belle journée chaude.
Le lieutenant CATTIER, qui avait été évacué, est rentré aujourd'hui. Rien à signaler. L'artillerie, de part et d'autre, est calme. Le 3ème zouaves (37ème division) a relevé à notre droite le 293ème R.I.
Il me semble que nous ne sommes pas à notre place et que, d'ici peu, on pourrait bien nous faire changer.
Beau temps. Le froid a disparu, aussi, dans les tranchées, c'est l'inondation. Tout éboule, il va falloir tout remonter.
L'ennemi est calme, dans ce secteur, on ne se croirait pas à la guerre. Rien à signaler.
Le secteur est toujours calme, pas même un coup de canon.
Journée pluvieuse. Sale temps, car toutes les tranchées vont ébouler. Je crois que notre relève approche, ce sera avec peine qu'il faudra quitter ce beau secteur.
J'ai mal au talon du pied droit, cela m'ennuie beaucoup car, s'il faut marcher, malgré toute ma bonne volonté, je ne le pourrai pas.
Rien à signaler. Départ de quelques permissionnaires.
Pluie légère. J'ai toujours très mal au pied droit.
BOISSON part en permission. Toujours très bien dans notre secteur.
Temp doux délicieux.
A deux heures, sur la place de l'église St-Thomas, remise de décorations au Lt SCHLOTTAUBER, aux adjudants STRIBLEN, LAFFARGUE, BARTHOLLET, ainsi qu'au tambour-major VERNIER. Tout est calme, à peine un coup de canon de temps en temps. Dans les tranchées, un travail fou s’impose : il n'y a plus de boyaux, tout est éboulé par suite du dégel.
Dans certains endroits, même en première ligne, on est obligé de marcher sur le terrain, à découvert.
Toute la nuit, l'artillerie a été assez active et quelques obus sont tombés à une cinquantaine de mètres de la maison.
Journée magnifique, splendide, jamais pareil dimanche. Les rémoises se promènent.
Moins beau qu'hier. L'ennemi envoie encore quelques obus. Les tranchées sont tout éboulées.
J'ai toujours sérieusement mal au pied droit.
Toute la nuit, l'ennemi a envoyé des obus sur notre quartier. Quelques-uns sont tombés à côté de notre maison : nous n'avons pas bougé. Si, par hasard, il en était tombé un dessus, nous étions tous pulvérisés.
Belle journée.
Le lieutenant CATTIER et le sergent NICOLLET sont partis à la brigade. Je crois que notre relève approche.
Pendant la nuit, toujours quelques obus. Un, de gros calibre, est tombé sur la route, crevant une conduite d'eau. Le coin devient mauvais. Beau temps. Mon pied va beaucoup mieux, dans quelques jours, si je ne marche pas, tout sera remis.
Beau temps.
Quelques obus. Aujourd'hui, une chose pas ordinaire : on parle de faire des croix d'avance, pour notre prochaine offensive ! C'est un peu dur à avaler. Je ne crois pas qu'on passe à exécution.
Temps un peu froid. Je commence à faire l'inventaire du matériel du secteur, car il paraît que notre départ est fixé au 7. Cette date est officieuse. Le sergent LOUMIAN part suivre un cours à la division.
Poursuite de mon inventaire.
Un soldat du 60ème a été tué à la Neuvillette par les éclats d'un schrapnell : il avait vingt-sept blessures.
L'artillerie ennemie envoie tous les jours davantage d'obus.
Beau temps, il a gelé fort pendant la nuit. Le sergent MOIRET est parti à la division, avec une voiture, chercher du matériel pour tout le régiment (des fanions) : donc préparation à une attaque prochaine.
A quatre heures du matin, l'artillerie ennemie ouvre un feu nourri sur le secteur à notre droite, pendant une heure, tout tremble. Notre artillerie s'en mêle. Tout le monde croit à une attaque de nuit, ce qui n'a rien d'intéressant.
Enfin, vers les six heures, tout rentre dans le calme. La neige tombe, épaisse, le soir, c'est la pluie qui arrive à son tour.
Sauf sur le matin, la journée a finalement été assez calme.
Rien à signaler. Grande activité de l'aviation.
Moiret part pour six jours, suivre un cours à la division.
Le soir, il y a une énorme bourrasque de neige. Le sapeur PROUVIER part en permission.
Le sergent PÉLIER rentre de permission. Quinze centimètres de neige.
Violente canonnade à notre droite, elle dure toute la nuit. On parle de départ pour dans trois jours.
Rien à signaler. Calme relatif.
Séance de conseil de guerre.
Mon pied, qui guérissait, me fait mal à nouveau. On dit que la relève aura lieu du treize au quinze.
La nuit a été un peu mouvementée, par suite du tir de notre artillerie : un Allemand est venu se constituer prisonnier au 363ème, sur notre gauche, il a déclaré que l'ennemi devait tenter une sortie entre quatre et six heures du matin, c'est ce qui a fait déchaîner la canonnade.
Beau temps. Rien à signaler.
Dans l'avenue de Laon, en voyant promeneurs et promeneuses, on ne croirait pas que c'est la guerre. A St-Brice est arrivé un régiment russe qui doit relever le 363ème. Nous devons être relevés par le 410ème, régiment qui était ici avant nous.
Temps brumeux.
Dans la journée, quelques Russes sont venus au central téléphonique : leur tenue ressemble beaucoup à la tenue allemande. Un chef de bataillon du 410ème est venu reconnaître le secteur.
Alors, notre départ approche, pour où ? Ce sera avec peine que je quitterai ce secteur, car nous étions tous bien logés, et le ravitaillement se faisait très bien, en toutes façons. Certains disent que nous allons au repos, à l'arrière, pour quinze jours, d'autres que nous allons de suite dans des baraquements près du 44ème, pour faire des travaux dans notre nouveau secteur.
Nous devons partir le 15 au matin.
Ce soir, déjà, un bataillon du 410ème relève un des bataillons du 60ème. Je suis en rogne contre cette relève : je ne comprends pas que l'on ramène ici le même régiment qui, déjà, y fut tranquille pendant six mois. Nous, pendant ce temps-là, on aura toujours les mauvais coins.
Nous devons aller à Chaumuzy. Les pionniers se rendent directement demain à Chenay pour commencer les travaux. L'adjudant DEVAUX a reçu une dépêche lui annonçant le décès de sa mère, il est parti aussitôt en permission à titre exceptionnel.
Journée très calme. Beau temps.
Une partie du 410ème est déjà arrivée. L'artillerie allemande bombarde la Neuvillette avec des obus de gros calibre. Notre voiture d'outils est expédiée à St-Brice.
Demain, départ à dix heures.
Départ de Reims à dix heures. Nous n'allons plus à Chaumuzy, mais à Champfleury, à dix kilomètres, c'est une promenade. Je trouve un changement avec l'avenue de Laon : il va falloir coucher sur la paille. Beau temps. Les civils chez qui nous sommes sont des émigrés, ils sont aimables.
Hier, dans ce cantonnement, se trouvait le 3ème tirailleurs.
Pendant cette marche, mon pied s'est assez bien comporté. Je ne sais si nous resterons longtemps, car le régiment me paraît bien dispersé.
Beau temps. Rien à signaler. Repos et nettoyage.
Depuis ce pays, on aperçoit très bien Reims.
Rien à signaler.
Beau temps. Messe le matin.
Le soir, musique sur la place du village. Remise de décorations et de croix de guerre (Cdt CHENOST, du 1er bataillon, officier de la Légion d'honneur).
Temps brumeux. Rien à signaler.
Nous sommes en réserve d'armée et, de ce fait, nous pouvons être appelés à partir d'un moment à l'autre.
Ce matin, on nous annonce pour jeudi la visite du cardinal LUçon, Archevêque de Reims.
La neige fait sa réapparition et la pluie se met à tomber.
Le soir, nous apprenons notre départ, nous devons aller à Poilly, à 4 km au nord-est de Ville-en-Tardenois : E.M., C.H.R. et 2ème bataillon au village, 1er et 3ème bataillons au camp. Le 363ème occupe ces emplacements et doit venir à Champfleury dans la nuit du 21 au 22.
Donc, encore demain ici, et marche la nuit suivante.
Nous quittons Champfleury à 14h30 au lieu de 18h30, comme l'ordre avait d'abord été donné. Heureux changement, car les chemins sont affreux : les trous de cinquante centimètres de profondeur ne sont pas rares. La route est encombrée de camions automobiles.
Nous passons à Ecueil, Sacy, Ville-Domange, Sarcy et Poilly, environ dix kilomètres. Nous arrivons de nuit. Cantonnement sale. Nous logeons dans un grenier exposé à tous les vents.
On gèle.
Nettoyage et installation du cantonnement.
Il fait toujours froid et la neige tombe.
Je pensais aller bientôt en permission, mais on annonce aujourd'hui que le pourcentage est ramené de treize à trois : adieu la permission.
Toujours le vilain temps et la boue en quantité. On entend beaucoup le canon du côté de Berry-au-Bac.
Il y a de vagues bruits de départ pour le 26, toujours direction inconnue.
Il fait toujours frisquet.
Les compagnies vont à l'exercice. Beaucoup de signalisation. Sur la route, c'est un passage continu de camions automobiles, ils doivent transporter des obus.
Je suis allé à une conférence sur les gaz. Le capitaine m'a chargé de ce service à la compagnie.
Je suis allé à la messe dans une baraque, au camp. J'ai vu tomber un avion ennemi : un des aviateurs avait trois balles dans le dos et un poignet fracassé, l'autre était tué.
On annonce notre départ demain, pour aller à Janvry, à huit kilomètres, et quelques jours après, sans doute, reprise d'un secteur.
Nous quittons Poilly à sept heures. Il pleut. Nous passons à Bouleuse, MéryPrémecy, Germigny et Janvry, où nous cantonnons. Le logement est exécrable, pas de popote. Il paraît que nous ne sommes pas ici pour longtemps. On commence à voir beaucoup de préparatifs pour la nouvelle offensive, un de ces jours, gare à la casse.
L'adjudant DEVEAUX est rentré de permission.
MOIRET, qui était à un cours, a été rappelé. Je crois que ça va barder.
On parle de départ pour demain soir, direction Chenay, Hermonville. Il pleut, c'est un bien vilain temps pour une offensive. De partout, on voit des concentrations de troupes, des parcs à munitions.
Nous quittons Janvry à quatre heures du soir. La marche st assez fatigante par suite des à-coups dans la colonne.
Nous passons à Rosnay, Courcelles-Sapicourt, Prouilly, Trigny et arrivons à Hermonville (18 km) vers 21 heures. Le cantonnement est très dispersé.
Le soir, étant sorti pour aller manger à la popote, je m'égare. Il fait un temps affreux.
Pendant deux heures, je cherche de tous côtés. Ne trouvant rien, fou de colère, je vais au poste de police où j'attends le jour. Il fait un temps épouvantable, je suis gelé.
A quatre heures et demie, enfin, je rejoins mes sapeurs, tout rageant.
A huit heures, reconnaissance du secteur. Tout me paraît dégoûtant : il neige, il pleut, vingt centimètres de boue.
Ce soir, relève du 35ème en première ligne. Il paraît qu'il y a, pour s'y rendre, trois kilomètres de boyaux.
Toujours la pluie. Le colonel est monté en ligne. Mais c'est une vraie bouteille à encre : un bataillon monte, redescend le soir, remplace les zouaves, etc..
L'ennemi bombarde Hermonville, mais il n'y a pas de pertes à déplorer.
Toute la journée, passage d'artillerie.
Journée assez calme. Le colonel est descendu à Hermonville.
Le soir, il reçoit de la division l'ordre d'aller occuper les abris qui se trouvent à l'avancée de Cauroy.
Cette nuit, je vais reconnaître ce secteur.
A huit heures et demie, je pars avec les sapeurs et une douzaine de bombardiers pour aménager le nouvel emplacement. Travail intense toute la nuit. Ces abris étaient occupés par la section de discipline : ils sont dans un état repoussant. Tout est à installer, il n'y a rien de préparé.
Toute la nuit, l'ennemi bombarde assez intensément.
Pendant toute la nuit passée, je n'ai pas eu chaud, et la journée entière se passe encore à l'aménagement des abris. Quelques-unes de nos grosses pièces commencent à faire des tirs de réglage.
Le soir, je reviens à Hermonville, demain matin, je retournerai aux avancées de Cauroy. Deux de nos brancardiers ont été tués, dont un nommé BAUDY, un de mes rares camarades d'active de la 6ème compagnie. (*)
(*) : Joseph BAUDY. Voir sa fiche.
Continuation des travaux à l'avancée de Cauroy. Il fait toujours froid.
Plusieurs obus tombent pas très loin, entre autres un à la porte de notre abri.
Je ne suis monté qu'après la soupe à l'avancée de Cauroy. L'artillerie ennemie a beaucoup tiré sur nos batteries. C'est incroyable le nombre de camions qui circulent à la nuit tombante entre Hermonville et Cauroy : heureusement que les Allemands ne tirent pas beaucoup sur la route. Rien ne désigne sûrement la date de l'attaque, mais je crois que ce sera sous peu.
Encore un tué à la compagnie de mitrailleuses n°2, un nommé Eglizaud. (*)
(*) : Jean ÉGLIZAUD. Voir sa fiche.
Journée pluvieuse.
A trois heures, l'artillerie allemande ouvre un feu roulant sur nos tranchées : on n'y voit plus rien. Toutes les communications sont coupées. A certains moments, on dit que l'ennemi a franchi le canal, toutefois, ce ne serait pas en face du secteur du 60ème.
Vers les huit heures, le calme renaît.
Attendons demain pour de plus amples détails.
Toute la nuit, la lutte a continué, âpre et terrible.
Pied à pied, nous avons reconquis le terrain perdu, car l'ennemi s'était avancé presque jusqu'au canal, en laissant de nombreux morts sur le terrain. Le 2ème bataillon étant en ligne, le 1er et le 3ème étaient montés en renfort, mais ils n'ont pas eu besoin d'intervenir. A un certain moment, l'ennemi occupait presque toute la partie nord du canal, à mesure qu'il avançait, protégé par le feu roulant de son artillerie, il envahissait nos abris, y mettait le feu, ne s'occupant pas des blessés amis ou ennemis qui gémissaient à l'intérieur.
Dans cette affaire, nous avons eu des pertes assez sensibles, beaucoup d'hommes se trouvèrent pris, enfouis dans la boue, quelques-uns tombèrent et restèrent au fond du canal, ce fut pour eux une mort atroce. Toute la nuit, à la grenade, il a fallu reconquérir les boyaux, ce corps à corps fut terrible. Le Lt CATTIER, qui était monté en ligne, s'est trouvé pris dans l'affaire et peu s'en fallu qu'il y restât. Plusieurs pionniers et le sergent JOURNET, de ma compagnie, y sont restés, mais je n'ai pas de certitude. (*)
De leur côté, les Allemands ont laissé beaucoup d'hommes sur le terrain et, ce matin encore, plusieurs gémissent dans les fils de fer barbelés. Ils ont attaqué avec douze compagnies appartenant à quatre régiments différents, et trois compagnies de mitrailleuses. Je ne crois pas que leur but principal était de prendre du terrain, mais bien plutôt de faire des prisonniers afin d'avoir des renseignements précis sur nos préparatifs, peut-être ont-ils réussi.
A midi, le calme renaît, l'artillerie ennemie ne se fait même plus entendre.
A huit heures et demie, un feu terrible recommence. Que va-t-il encore se produire ? Tout fait présager une nouvelle attaque ennemie. Si cela continue, le régiment sera complètement démembré.
(*) : Le sergent JOURNET n’a pas été tué mais prisonnier le 4
avril 1917 comme sa fiche de prisonnier l’indique.
Beau temps. Très grande activité de notre aviation, qui doit faire le réglage de l'artillerie lourde.
De ce fait, dans la journée, plusieurs combats d'avions, on dit qu'un avion ennemi est tombé vers les dix-huit heures dans le bois Allongé.
La neige et la pluie recommencent à tomber, en rendant les boyaux presque impraticables. J'ai entendu dire que le bombardement, qui devait commencer aujourd'hui à onze heures, avait été retardé de quarante-huit heures. Une·équipe de sapeurs travaille à Solférino, poste de commandement du colonel pour l'attaque, une autre travaille au poste de secours.
Jour de Pâques.
Que c'est triste pour un aussi grand jour. Les heures semblent plus longues que de coutume.
Pendant la nuit, deux camions sont restés en panne près de la Maison Blanche : alors l'artillerie ennemie s'amuse à tirer dessus.
Hier, il y a eu une alerte aux gaz, un nuage blanc s'étant élevé subitement au-dessus de la tranchée allemande, l'alarme a été donnée chez nous, mais ce ne fut qu'une fausse alerte. Le bombardement doit commencer demain à onze heures.
Mon point de vue, cette offensive paraît assez bizarre. D'abord, nous occupons une position plutôt défavorable et, si jamais notre artillerie n'a pas immédiatement la supériorité sur les canons ennemis, je ne vois pas la partie bien engagée pour les troupes qui auraient franchi le canal. Il n'y a pas d'abris solides et, si les obus tombent de façon continue, il y a beaucoup de chances pour que les pertes soient sensibles dès avant l'attaque.
Pluie et neige toute la journée. De ce fait, notre aviation est beaucoup gênée.
Malgré cela, le tir de notre artillerie continue.
Un instant, le matin, il semble qu'il va faire beau : il n'en est rien, le temps s'assombrit et la neige retombe.
Toute la nuit, l'ennemi a bombardé nos lignes et l'arrière, surtout Hermonville. Une quinzaine de chevaux ont été tués à la division. Le beau temps revient un peu, aussi les avions sillonnent les nues. Les ballons d'observation se sont également levés. La canonnade continue sur les lignes allemandes, mais les Allemands ne marchandent pas non plus la ferraille sur nos lignes.
Tout tremble.
Il a plu toute la nuit.
Le canon se fait entendre de plus en plus du côté de Berry-au-Bac. Un pénible accident est arrivé au peloton des pionniers : le lieutenant CATTIER, l'adjudant BURGLIN, le sergent GRAZIA, un caporal et quelques hommes ont été blessés par des grenades en manipulation.
De ce fait, le peloton est quasi tout désorganisé.
L'artillerie tire peu, on ne croirait pas que l'attaque présumée approche. Les avions se montrent, eux aussi. Hier soir, deux des nôtres ont été descendus, un dans les lignes ennemies, l'autre près d'Hermonville.
Enfin, vivement que le grand jour arrive, on sera fixé sur son sort et moins dans l'anxiété.
Je viens d'apprendre que l'attaque est fixée à dimanche matin. Je ne comprends rien à cette offensive, car notre artillerie ne fait pas un tir continu de démolition sur les tranchées allemandes, tant s'en faut.
Le temps est beau, pourvu qu'il fasse ce temps-là dimanche. Je monte en ligne à trois heures pour poser des pancartes indicatrices aux places d'armes des compagnies. Dans certains boyaux, il y a quarante centimètres de boue, à peine si l'on peut marcher et se sortir de ce bourbier. De plus, c'est un véritable chaos de matériel : tout est retourné, bouleversé, des amas de fils de fer et de piquets gisent pêle-mêle, les obus et les torpilles tombent là-dedans, faisant un fouillis inextricable.
La ligne allemande est là, à cent mètres, et c'est dans ce petit coin où les balles sifflent qu'il va falloir bondir, et sauter en vainqueur au milieu de l'ennemi. Le silence fera beaucoup pour la réussite de l'attaque. Je ne sais pas encore à quelle heure aura lieu la sortie.
Un avion français est descendu dans les lignes ennemies. Trois musiciens ont été tués près de la passerelle, des pertes sont aussi à déplorer dans les compagnies.
Beau temps.
Un avion allemand tombe à dix heures dans le secteur des zouaves, il est entouré de flammes. Quelle mort affreuse. Notre artillerie est toujours calme, on ne dirait pas que c'est pour demain.
A midi, on dit que l'attaque est reculée de vingt-quatre heures, ce serait donc pour lundi. Il paraît aussi que nous aurions attaqué près de Berry-au-Bac et que cela n'aurait pas réussi. Notre secteur redevient calme.
Le ciel s'assombrit un peu. Il faut souhaiter qu'il ne pleuve pas demain.
Nous avons toujours des pertes, chaque jour, un ou deux tués et quelques blessés.
Le soir, à huit heures, nous montons en ligne. Pas de bruit, pas un mot, voilà la consigne. Comme des ombres fuyantes nous allons, courbés, nous baissant dans le marais, démasqués par la lueur des fusées éclairantes.
A minuit, nous allons couper les fils de fer, en première ligne. Minutes longues, angoissantes. Ensuite, c'est la veillée des batailles dans mon petit trou, tressaillant, sursautant, quand les obus ennemis tombent à proximité.
A cinq heures du matin, notre artillerie fait rage, à six heures, notre première vague part. Quelle pétarade, c'est affreux, pourquoi des visions semblables ?
A six heures dix, je pars avec mes sapeurs, dix pionniers et un caporal. Nous bondissons à toute vitesse à travers les balles et les éclats d’obus : enfin, nous voici dans les fils de fer ennemis, puis dans la tranchée. Ouf, on respire déjà un peu. Jusqu'ici, peu de cadavres français, l'attaque a été bien conduite. Nous obliquons à droite pour marcher sur le fort de Brimont. En moins de temps que ce qu'il nous était donné, nous arrivons à Berméricourt et à la voie ferrée.
A ce moment, l'artillerie ennemie, calme depuis près de deux heures, reprend son tir et balaie notre ligne de tirailleurs, nous tenons quand même. A notre gauche, le 44ème a perdu son colonel, attaqué par l'ennemi, il se replie en débandade, c'est une vraie panique.
Nos troupes, de ce fait, se replient aussi. A cent cinquante mètres en arrière de la voie ferrée, je suis dans une tranchée avec le colonel, mes hommes, les téléphonistes et quelques hommes de divers régiments. Nous faisons le coup de feu.
L'ennemi s'arrête mais, à notre gauche, progressant toujours, il nous prend en enfilade dans notre boyau. Les balles sifflent et il ne fait pas bon. DEROCHE, PÉQUEGNOT et le caporal CARDINEAU sont blessés. Les sergents LOUMIAN et PARIS sont aussi touchés.
Bon gré mal gré, il faut se replier, malheureusement, le repli se fait en pagaille. C'est une chance que l'ennemi tire mal, sans quoi pas un ne rentrerait. Enfin, nous arrivons dans un boyau allemand, il y a déjà là des éléments de tout le corps d'armée. Il y a aussi le 363ème qui vient nous soutenir. L'ennemi arrête alors sa progression. Ce mouvement tournant aurait dû être décelé par notre aviation. Depuis le matin, les avions ennemis survolent nos lignes, et c'est à peine si l'on voit un ou deux des nôtres.
Enfin, la nuit arrive, nuit de souffrances : il pleut, il fait noir, et nous sommes tout près de l'ennemi.
A minuit, l'ordre arrive au 60ème de se porter de l'autre côté du canal, le 363ème prenant notre place. C'est encore tout un travail que le franchissement du marais : les passerelles sont brisées, nous sommes transis sous la pluie, et nous nous installons, blottis l'un contre l'autre, dans un boyau parallèle au canal.
A l'aube, nous changeons un peu de place et nous nous portons dans des abris allemands. Il fait un temps affreux. L'ennemi, s'étant repris, bombarde nos lignes avec fureur.
On parle de nous faire remonter ce soir : je ne le crois pas, car les pertes sont sensibles, surtout en cadres.
Nous ne sommes pas partis pendant la nuit. Il a dû y avoir attaque de notre part hier, mais je n'ai aucune nouvelle. A mon avis, nous allons partir ce soir et retourner en ligne.
Enfin, attendons flegmatiquement les événements. On dit que le 363ème et le 229ème vont attaquer ce soir.
La nuit, tous les sous-officiers de la compagnie ont pris le quart à la popote du Colonel. A l'heure où j'écris ces lignes, je suis donc de service, je suis transi et voici quatre jours que je ne dors pas. Il va encore pleuvoir et cela gênera sans doute l'attaque qui doit se déclencher aujourd'hui. Je suis bien fatigué, tant au moral qu'au physique.
(Plus tard, dans la journée) Une attaque du 363ème et du 229ème a lieu, deux bataillons du 60ème y sont engagés.
Le bois du Champ du Seigneur est repris. Je suis désigné pour prendre le commandement des sapeurs et des pionniers.
Je suis maintenant installé près de la route 44
De nombreuses corvées sont à fournir pour le ravitaillement en munitions de la première ligne. Les hommes sont bien fatigués et je crois que, cette fois, la relève ne se fera pas attendre.
Ce matin, à trois heures, nous sommes allés, dans les lignes allemandes, chercher des grenades et un minenwerfer. Avec beaucoup de peine, nous avons pû les ramener sur la route 444.
Ce soir, relève par le 128ème R.I. Nous sommes bien fatigués, moi, en particulier, je ne tiens plus sur mes jambes.
Le secteur est assez calme, sauf de temps en temps, quand se déclenchent de violents tirs de barrage. Départ ce soir à huit heures, je ne sais si je pourrai bien marcher, car j'ai été saisi de malaises violents.
A force de courage, nous arrivons quand même au camp de Châlons-surVesle où je m'étends d'un seul coup sur la paille, je n'ai pas le courage de me déchausser.
Cela va un peu mieux. Nous prenons des camions automobiles qui nous conduisent à Ay (à 4km d'Epernay). A nouveau, j'ai des malaises, cela m'ennuie beaucoup et je souffre.
'ai un bon lit : peut-être serai-je mieux pour reposer et me remettre.
J'ai bien reposé et je suis un peu mieux.
Les civils sont très aimables, de plus, Ay est une gentille petite ville où rien ne manque. Il serait souhaitable de rester ici quelque temps.
On m'a annoncé à 6 heures et quart mon départ en permission pour huit heures du matin. Je vais donc prendre le train à Epernay à onze heures. Je suis fatigué et malade.
Le soir, je passe par Paris et je voyage toute la nuit.
Je suis passé à Dijon sans arrêt et j'arrive à St-Broing à midi. Stupéfaction générale après les heures d'attente et d'angoisse. Je suis heureux de retrouver Albert MISSET et toute la famille. Je vais pouvoir enfin me soigner et, peut-être, me rétablir.
Hier soir, j'ai vu Yvonne. Est-elle contente ! Neuf jours de bonheur !
Rien à signaler. Un avion passe au-dessus du village.
Beau temps.
Quelle tranquillité à côté du front. Aucun bruit, tout vit en paix.
Beau temps. Je suis heureux de vivre et d'être en permission. Je suis moins oppressé, mais ce n'est pas encore comme auparavant.
Toujours un beau soleil. J'ai visité mes abeilles : toutes sont en bon état et prêtes à travailler. Collage de cire sur cadres.
Toujours un soleil magnifique. Vraiment, c'est une belle permission. Ce sera dur pour repartir. Je pars à Minot. Retour de Minot à 18 heures.
Une véritable sécheresse, tant pis, ce temps est préférable à la pluie.
Adrien LIBANET et Marcel MAGNIER sont en permission.
Je passe toujours d'agréables moments, mais que le départ sera dur.
Émile LASSET arrive en permission.
Toujours un temps magnifique. Que ce calme est beau, pourquoi faut-il aller dans un endroit moins bon ?
C'est le devoir.
Demain, départ, séparation bien triste en perspective, mais il faut tout souffrir, se résigner. Tout est en fleurs, que la nature est belle! Que la vie est triste !
Demain, 6 mai, séparation. Enfin, il faut se résigner, accomplir le devoir jusqu'au bout en attendant les jours de bonheur qui viendront effacer les peines. Courage, ma pensée t’accompagne !
Il pleut un peu. Je pars le soir avec Pierre CHAUCHE. A Is-sur-Tille, je peux prendre un train de ravitaillement et j'arrive à Dijon à une heure du matin. Je ne parlerai pas de la séparation, c'est trop pénible.
Je rencontre le musicien Bride. Le régiment est à Ville-en-Tardenois. Le 60ème a la fourragère.
Je reste la journée entière chez le cousin DUCOL et je prends le train le soir à onze heures.
J'arrive à Paris à onze heures du matin, à la gare de l'Est. Je quitte à deux heures pour arriver à Dormans à six heures du soir.
A huit heures du soir, un petit tramway m'amène au camp de Ville-en-Tardenois où je retrouve les camarades.
Je n'ai pas pu dormir de la nuit. Ma pensée était bien loin du camp. Je songeais aux douces heures passées. Il faut que je m'occupe des sapeurs et pionniers.
Le travail me désennuiera peut-être un peu.
Il fait une forte chaleur. J'ai passé une meilleure nuit. Je pense toujours au bonheur écoulé, pourquoi cela ne dure-t-il pas toujours ?
Travail considérable de tous les côtés.
Toujours très chaud. On ne parle pas de départ.
Ce matin, le 133ème est passé en autos, se rendant vers l'arrière. Beaucoup de travail au conseil de guerre.
Il fait une chaleur torride.
Hier soir, représentation cinématographique au foyer du soldat. Film principal : l'attaque près du Godat. Très bien réussi.
Toujours pas de nouvelles de départ. Il est arrivé 830 hommes du 342ème et 23 officiers. Voilà le régiment remis à neuf tout d'un coup. Les hommes de ce renfort sont plutôt âgés, ils viennent du Mort Homme et de la Côte 304.
Beau temps.
Une manoeuvre qui devait avoir lieu a été décommandée.
Le sergent PÉLIER est évacué pour rougeole. Comme nous étions ensemble, dans la même chambre, avec le sergent MOIRET, nous voici consignés. Il y a aussi eu un cas de rougeole à la 5ème compagnie : il paraît que cela va faire arrêter les permissions.
Ce matin, une violente canonnade a eu lieu du côté de Reims.
Il fait toujours un temps splendide. Je vais me faire vieux dans ma cabane.
Voici la pluie.
Je suis toujours dans la chambre avec MOIRET. Je m'ennuie dans cette atmosphère de rougeole.
Le renfort du 342ème a été réparti entre les différentes unités et le surplus renvoyé au D.D.
J'ai complété le peloton des sapeurs-pionniers.
Jour de l'Ascension. Rien à signaler. Conseil de guerre. Musique le soir à Ville-en-Tardenois.
Vendredi 18 mai 1917
Pluie le matin.
Le soir, la division a été passée en revue par le général DE BAUEZLAIRE. Plusieurs médailles militaires ont été distribuées, ainsi qu'une légion d'honneur à un simple soldat du 60ème. (*)
Nous sommes rentrés à sept heures et demie.
(*) : Fait assez rare qu’un simple soldat obtient cette
décoration. Il s’agit de Joseph Marie GOURVES :

Il paraît que notre départ approche. Le 44ème part ce soir. On dit que l'on va prendre un secteur à droite ou à gauche de Reims.
Beau temps. Toujours rien sur notre départ, sinon différents bruits plus ou moins fondés.
Nous devons partir ce soir à 22 heures. Notre cantonnement sera à Champigny, près de Reims.
L'itinéraire est : Chambrecy, Bligny, station de Jouy-Ormes. Une bonne étape à faire. Le plus ennuyeux, c'est qu'il pleut et, s'il fait ce temps la nuit prochaine, ce ne sera pas bon.
La marche a été des plus pénibles. J'étais garde pour ramasser les traînards.
Enfin, nous sommes arrivés à Champigny à quatre heures du matin, traversés jusqu'aux os. Le 44ème, qui se trouvait là, est parti en ligne.
A 5h45, je monte reconnaître le secteur.
Nous remplaçons le 15ème bataillon de Chasseurs et notre nouvel emplacement se trouve à côté, légèrement à droite, de notre ancien secteur d'attaque. Nous sommes justes en face de Villers-Franqueux. Au premier abord, tout paraît calme. Seuls quelques obus tombent sur notre droite.
Beau temps.
Un peu moins calme qu'hier. Les avions voyagent beaucoup. Je suis allé dans le secteur avec le Lt DE MILLEVILLE, il y a beaucoup de boue et nous avons eu chaud. Je me demande pourquoi l'ennemi ne nous tire pas dessus, attendu que, dans beaucoup d'endroits, le fort dominant complètement, nous sommes vus comme dans un champ.
Ce matin, je suis monté au 1er bataillon. A l'aube, l'ennemi avait pas mal canardé notre première ligne mais, en ce moment, tout est calme.
Il fait un temps superbe, les permissions marchent toujours à treize pour cent.
Toujours un temps magnifique. Les Allemands sont calmes.
Aujourd'hui, je prends le galon d'adjudant. Je prends le commandement effectif des pionniers, que j'assurais provisoirement depuis plus d'un mois.
Pentecôte.
Que c'est triste d'être en guerre par un aussi beau temps ! Il ferait si bon près de son aimée !
L'ennemi est assez calme. Les avions ont un toupet énorme : ils descendent à cent mètres de hauteur et mitraillent nos hommes dans les tranchées.
Rien à signaler d'intéressant. Un avion allemand nous survole constamment, pas un des nôtres pour le chasser.
Le 114ème à notre gauche, est relevé.
Toujours un temps splendide. Que de belles journées perdues ! Je suis fatigué par toutes ces nuits d'insomnie.
Un avion allemand abat un de nos ballons d'observation. Il fait chaud et lourd. Le 44ème est relevé ce soir par le 35ème, dans huit jours, ce sera notre tour et le roulement s'établira ainsi.
Le temps me semble long et monotone. Cette vie ne me plait plus guère, d'ailleurs, je suis malade.
Toujours un temps magnifique. J'ai visité le secteur de Loivre, les Allemands ont violé toutes les sépultures du cimetière, couchant dans les caveaux, pêle-mêle avec les cercueils. Le secteur est toujours calme, je ne suis pas trop mal.
Cette nuit, à quatre heures du matin, l'ennemi a tenté un coup de main sur le 2ème bataillon. Nous avons eu deux blessés et sans doute un prisonnier. Plusieurs blessés allemands sont restés entre nos mains. L'ennemi n'a pas pu prendre pied dans nos tranchées.
Sur les cadavres qu'il a laissés, nous n'avons trouvé aucun papier, même le numéro du régiment avait été préalablement enlevé. Cependant, comme nous avons ramassé des blessés, il nous sera facile d'avoir des renseignements.
L'aviation allemande est très active, surtout à l'aube où les avions survolent nos lignes à une altitude de 100 à 200 mètres.
Vers minuit, des aéroplanes ennemis lancent des bombes, l'une tombe pas loin de nos abris.
Le 44ème a été relevé hier soir par le 35ème, il est parti au repos dans un village de l'arrière et, dans quelques jours, le 7 ou le 8, ce sera notre tour : le 44ème viendra nous relever. En ligne, nous poussons activement nos travaux, je ne crois pas que nous attaquerons ici, rien, en tout cas, ne le fait présager.
A dix heures du soir, une fusillade se fait entendre du côté du 1er bataillon. Ce n'est qu'une fausse alerte, cependant, notre artillerie exécute un tir de barrage.
La nuit a été calme. Depuis les quatre heures, ce ne sont que combats d'avions. Il fait toujours un temps extraordinairement beau.
A onze heures, je vois un prisonnier allemand blessé, il n'a pas de patte d'épaule mais me dit être du 67ème régiment.
Ce pauvre diable est content et sourit en me disant que la guerre est finie pour lui. Il me dit aussi que, dans Brimont, il y a peu de troupes mais beaucoup de mitrailleuses.
A onze heures, l'ennemi bombarde notre première ligne, notre artillerie fait un tir de représailles. Nous avons quelques blessés.
L'après-midi se passe calmement.
Ce matin, on voit beaucoup plus de ballons ennemis que de coutume.
Il fait un temps magnifique.
CHAMPION et MARTIN sont partis en permission.
L'artillerie allemande ne marchande pas ses munitions, les obus tombent épais sur nos batteries et sur nos tranchées. Nous n'avons pas suffisamment de grosse artillerie pour répondre et faire des tirs de représailles.
A cinq heures et demie, un avion allemand survolant nos lignes est abattu par un de nos avions de chasse. Il tombe comme une masse dans les lignes françaises, à quatre cents mètres d'où je suis.
De huit à dix heures du soir, une violente canonnade sur notre gauche. Je ne sais pas ce que c'est.
Le 44ème va nous relever demain et après-demain. Nous retournerons à Champigny.
Pendant la nuit, il a fait un orage formidable. Le 1er bataillon est relevé ce soir par un bataillon du 44ème.
Dans l'aprèsmidi, notre artillerie est très active : six cents obus de 155 sont envoyés. Le tir doit être réglé sur les batteries allemandes. Le soir, pluie battante, sale temps pour la relève d'un bataillon.
Temps brumeux.
Pas un coup de canon : on croirait que l'ennemi est parti. Tous mes inventaires de matériel sont faits et j'attends l'adjudant-pionnier du 44ème pour lui passer le matériel et les munitions en compte.
On dit que nous allons au repos pour seize jours, et qu'ensuite nous viendrons relever le 44ème.
Nous quittons le P.C. Rome à dix heures du soir par une petite pluie. Nous marchons à une bonne allure et, à minuit trente, juste au moment où la pluie se met à tomber avec violence, nous arrivons à Champigny. Un bon lit m'attend et, ma cantine m'ayant suivi, je peux me changer. Tout va bien.
Bonne nuit réparatrice, le cantonnement est très bien et il faut souhaiter que l'on ne nous promène pas de droite et de gauche pendant ces seize jours, si seize jours il y a.
Pendant la nuit, réveil en fantaisie : il y a le feu à Courcelles. Quand je suis prêt à partir, il y a contrordre.
La journée est belle et, le soir, il y a musique sur la place de Champigny.
Le soir, un orage épouvantable s'est abattu sur la localité et, le matin, la pluie tombe encore.
A trois heures, le capitaine passe en revue la compagnie. Il est content de mon peloton.
Pluie battante le soir.
Le matin, exercice de la pompe. Toujours aussi tranquilles. On dit qu'un bataillon du 42ème va venir cantonner ici.
Beau temps. Exercice.
Le soir, la musique donne un concert dans le parc.
Je complète le peloton.
Le soir, un bataillon du 42ème cantonne ici, demain soir, il ira relever le 35ème qui était en ligne à notre droite.
Un nouveau bataillon du 42ème est arrivé.
A six heures, musique dans le parc.
Conseil de guerre.
Nous devons remonter en ligne le 20 : encore quatre jours de tranquillité.
Beau temps. Messe le matin. Musique le soir.
Violent orage le matin.
Un renfort d'une centaine d'hommes, venant du D.D., est arrivé ce matin.
Il fait très chaud.
L'ennemi envoie quelques obus aux abords du village, il tire même à fusant sur une de nos saucisses.
Demain matin, je monte au secteur pour reconnaissance.
Je monte à huit heures avec l'adjudant Devaux. Le secteur paraît toujours calme, mais les boyaux sont sales par suite des orages de ces·jours derniers. Le 1er et le 3 ème bataillons sont en ligne. Demain, on va recommencer les travaux.
Temps pluvieux.
La relève s'est bien passée, aucun incident à signaler. Mais tous nos boyaux sont pleins d'eau. A deux heures, la pluie se met à tomber de plus belle : cela va devenir embêtant.
Rien à signaler. Pluie.
Temps un peu meilleur. Il serait à souhaiter qu'il fasse beau, mais le soleil se montre à peine.
On fait une consommation énorme de caillebotis.
Le beau temps semble revenir un peu.
Ce matin, messe au Poste de secours. Il paraît que nous allons faire un coup de main un de ces soirs.
Beau temps.
Je ne sais si l'ennemi a remarqué quelque chose d'anormal dans notre coin, mais il cogne beaucoup. Voilà déjà six jours passés ici, encore autant et nous descendrons au repos. Peut-être serons-nous relevés avant ? De vagues bruits circulent sur la relève complète du corps d'armées.
En ligne, quelques rencontres de patrouilles.
Temps toujours assez beau, mais il semble que la pluie va revenir. L'aviation allemande est très active. Je crois savoir que le coup de main que nous devions tenter n'aura pas lieu, à cause de ces rencontres de patrouilles sur le front de notre secteur.
Rien à signaler. Temps beau.
L'ennemi est toujours calme et nous travaillons dur.
Le matin, un peu de pluie.
Le soir, je suis allé au Camp maco pour essayer une veste neuve faite par BRIOT. Ceux qui sont là-bas sont vraiment tranquilles, et le séjour dans ce coin, sous les sapins, est vraiment enchanteur.
Toute la nuit dernière, notre artillerie a effectué un tir de destruction sur le bois des Chèvres.
Cette nuit, l'orage a rempli d'eau tous nos boyaux. On me dit qu'à la 9ème compagnie, un obus allemand a enfoncé un abri, écrasant huit hommes qui se trouvaient à l'intérieur. Parmi eux se trouverait l'adjudant GIRARD : c'était un brave s'il en fut, il s'était distingué dans maints combats et, aujourd'hui, il n'a pas même l'honneur de mourir au soleil, en combattant pour son pays. (*)
(*) : Adjudant-chef Émile Joseph GIRARD. Voir
sa fiche.
Rien à signaler. Toujours un sale temps pluvieux.
Pas un avion dans les airs : au moins on est un peu tranquilles.
Toujours brumeux et pluvieux. Pas de coups de canon. Nous serons relevés par le 44ème dans la nuit du 3 au 4. Je pense que c'est la dernière fois et que tout le corps va être relevé.
Le beau temps fait mine de réapparaître. L'ennemi est assez calme : quelques rencontres de patrouilles et c'est tout.
Ce soir, un bataillon du 44ème relève le premier bataillon du 60ème. Les pionniers affectés au 1er bataillon viennent loger cette nuit à la route 44.
Journée relativement calme.
Nous partons le soir à dix heures. L'artillerie ennemie nous salue sérieusement : un de mes hommes est blessé au genou par un éclat d'obus.
Enfin, j'arrive à minuit et demie, je retrouve ma petite chambre et je passe une bonne nuit.
Orage violent sur le matin.
Rien à signaler.
Belle journée. Rien à signaler. On annonce le départ pour la nuit du 10 au 11. On va dans un village près d'Epernay.
Temps beau et chaud. Une violente canonnade à la droite de Reims, c'est une véritable préparation d'artillerie. Le soir, un bataillon du 44ème vient loger à Champigny, cela me fait déménager et je dois habiter avec Devaux.
Beau temps. On attend encore un bataillon du 252ème. C'est un régiment qui vient prendre le secteur.
Il va falloir encore se resserrer.
Pluie.
Messe à onze heures et quart. Il devait y avoir musique à quatre heures, mais la pluie a empêché le concert.
Tonnerre et pluie. Quel sale temps pour demain soir.
Nous devons aller à Aubilly.
Ce matin, vers trois heures et demie, violente canonnade et tirs de mitrailleuses du côté de la Neuvillette, je ne sais pas encore ce qu'il en était. C'est le 214ème qui vient prendre nos emplacements.
Nous partons ce soir à 23h30 pour Aubilly, environ quinze kilomètres. Le temps est à peu près beau.
Nous arrivons à Aubilly après être passés par Thillois, Gueux, Coulommes, Méry-Prémecy. Nous sommes cantonnés dans un immense château. Il y a un parc charmant où il fait bon faire la sieste.
Départ d'Aubilly à cinq heures. Nous passons à Bligny, Chaumuzy, la Neuville, Cuchery, Baslieux, Meillerai, pour arriver à Reuil à treize heures.
Beau temps. Marche très pittoresque. Le pays, traversé par la Marne, est assez joli.
Les permissions reprennent à vingt-cinq pour cent.
Temps splendide.
Nettoyage du cantonnement, qui avait été laissé dans un état infect par nos prédécesseurs. Je suis assez bien logé. J'espère aller en permission sur la fin du mois ou les premiers jours d'août, si rien ne survient.
Fête des soldats. Amélioration de l'ordinaire.
Rien à signaler.
Beau temps. Les équipes agricoles fonctionnent de tous côtés. Le peloton se réduit de plus en plus.
Rien à signaler.
La délégation qui accompagnait le drapeau à Paris est rentrée hier soir, émerveillée du moral des parisiens et de leur accueil.
Rien à signaler. Musique le soir à six heures.
Beau temps.
Je pars en permission demain. Encore de la joie et du bonheur en perspective. Rien d'autre à signaler.
Départ de Port-à-Binson à 14h52. Arrivée à Paris à 5h17.
Départ de Paris à 12. Arrivée à Dijon à 4 heures du matin.
Je reste à Dijon toute la journée.
Départ de Dijon à 5h19. Arrivée à Recey à 8h30. Route à pied avec Henri MISSET.
Je suis heureux de revoir Yvonne et toute la famille.
Beau temps. Joie tout le jour. Le soir, je vais aux écrevisses. Bonne pêche.
Mardi 24 juillet 1917
Matin, extraction de miel. Soir, pêche aux écrevisses.
Extraction de miel.
Voyage à Minot. Journée très chaude. Retour à sept heures.
Belle journée le matin, pluie le soir.
Belle journée quand même en douce compagnie.
Demain, départ.
Adieux toujours touchants. Départ à deux heures et demie.
Arrivée à Dijon à huit heures du soir.
Je quitte Dijon à 14h38. Arrivée à Paris à 3h15 du matin.
Départ de Paris à 7h55, arrivée à Port-à-Binson à 10h36.
Le régiment est toujours au même endroit, aussi suis-je heureux de retrouver mon petit coin et les camarades.
Il fait mauvais. La vie est reprise, mais avec un peu de cafard. Il a l'air plus tenace qu'après les permissions précédentes.
Les permissionnaires rentrent. Le pourcentage des permissions est ramené à dix-huit.
Vagues bruits de départ.
Rien à signaler. Musique à quatre heures et demie.
J'ai reçu des nouvelles du pays, alors, cela va un peu mieux.
Exercice. Rien à signaler.
Tir dans la matinée. Rien à signaler.
Rien à signaler. Le lieutenant SAILLARD prend le commandement du peloton.
Rien à signaler.
Rien à signaler.
Rien à signaler.
Rien à signaler. La vie est toujours d'une monotonie sans pareille.
Rien à signaler.
Rien à signaler. Temps pluvieux. Vagues bruits de départ.
Départ demain. Direction de l'Est, sans doute Verdun.
Nous partons en camions automobiles.
Départ en camions à sept heures du matin. Nous passons à Tincourt, Venteuil, Damery, Cumières, Dizy-Magenta, Ay, Mareuil, Bisseuil, Tours, Condé, Aigny, Vraux, Juvigny, Recy, Châlons-sur-Marne, l'Epine, Somme-Yèvre, Varimont, Epense où nous arrivons à dix-huit heures, assez fatigués par les 80 kilomètres de route.
Nous sommes logés à l'étroit avec un bataillon du 60ème et un du 44ème.
Beau temps. Repos. On ne sait pas pour combien de temps nous sommes dans ces parages. Sûrement direction Verdun. Demain, continuation du programme d’instruction : manoeuvre de la pompe.
Installations pour un concours de grenadiers.
Continuation de l'installation et concours de grenadiers.
Beau temps. On parle de départ par alerte.
Beau temps. Rien à signaler.
Nous avons attaqué à Verdun, et conquis la côte du Poivre et la montagne du Talou, faisant 4000 prisonniers.
Notre avance a continué à Verdun et nous sommes maintenant à Samogneux. Nous quittons Epense à dix heures en camions, nous passons à la Neuvilleau-Bois, Givry-en-Argonne, les Charmontois, Senard, Triancourt-en-Argonne, Evres, Bulainville, St-André, Souilly, Lemmes.
Nous débarquons à Glorieux (faubourg ouest de Verdun) et occupons le camp Augereau.
Nous logeons dans des baraques Adriant et ne savons pour combien de temps.
La nuit a été un peu mouvementée, des avions ennemis ayant lancé quelques bombes, sans résultat d'ailleurs. La journée est occupée au nettoyage. Le soir, à sept heures, nous partons pour Verdun où nous arrivons à neuf heures.
Nous logeons à la citadelle.
Nuit bonne.
L'ennemi est calme, aucun obus sur la ville. Nous devons monter ce soir.
A huit heures, nous quittons la citadelle, la marche est longue et pénible, enfin, à minuit et demie, nous arrivons à la côte du Poivre, au P.C. Alger. Là, rien n'est installé, et nous logeons dans une cage d'escalier, sur les marches, car le fond est plein d'eau et nous ne pouvons pas l'occuper.
La nuit a été fraîche dans ce coin de fortune. Près de notre abri, un sergent et un pionnier du 35ème ont été tués. Il paraît que nous avons fait un coup de main cette nuit, mais sans résultat.
Je ne vois pas trop comment le ravitaillement va fonctionner, à première vue, cela a l'air assez difficile. Ce soir, nous devons nous porter plus en avant. Le Colonel, qui est en permission, va sans doute rentrer ce soir ou demain.
Hier soir, nous avons changé d'emplacement et nous nous sommes rapprochés.
Ce matin, à quatre heures, nous avons pris place au P.C. du colonel du 411ème. Nous sommes assez mal situés, à flanc de coteau, face à l'ennemi, et les obus tombent assez près.
Il paraît que, ce matin, les troupes qui sont à notre droite ont pris le village de Beaumont. Enfin, le coin n'est pas bien bon. C'est un continuel bruit de canon, jamais je n'ai entendu pareil vacarme.
Il pleut. La situation des hommes en première ligne est atroce. Il n'y a pas d'abris, c'est incroyable. Par suite du temps couvert, il y a un peu moins de canon.
Temps couvert et pluie. C'est un secteur épouvantable et nos pertes sont plutôt cruelles.
Toujours le même temps. L'ennemi bombarde continuellement notre dépôt de matériel.
Pas une minute à moi : voici huit jours que je ne me suis pas lavé.
Pertes toujours sensibles.
De temps en temps, l'ennemi nous envoie de bonnes rafales d'artillerie. Tous les jours, je me lève à cinq heures et je me couche à une heure du matin. C'est une vie très dure.
Toujours la même nervosité. L'ennemi bombarde notre dépôt de matériel de la route de Vacherauville et nous démolit tout.
Le pionnier BOURGET.
Toujours temps couvert. Mes hommes sont bien fatigués. Aucun bruit de relève.
Matinée calme.
A huit heures du soir, violente canonnade de part et d'autre, mais pas d'action d'infanterie.
Beau temps. Cela est une gêne pour nos travaux : les avions ennemis nous survolent, très bas, nous allons sûrement être repérés et alors, gare à la casse. Et l'on ne voit aucun de nos aviateurs.
Beau temps. Le travail se poursuit activement.
Bertrand part en permission pour se marier. Pendant la nuit, violent bombardement de l'artillerie ennemie, à plusieurs reprises, j'ai peur pour mon gourbi dont la terre se détache par fragments.
Dans l'après-midi, les avions ennemis nous survolent tandis que les grosses pièces nous envoient des obus un par un, c'est sans doute du repérage, gare à la nuit.
Effectivement, la nuit n'a pas été calme. L'artillerie ennemie a continué son tir et un obus est tombé sur la cuisine du colonel, ensevelissant tout ce qui s'y trouvait. Cet abri étant à une dizaine mètres du mien, j'ai sauté une bonne fois. Ma bougie s'est renversée et, par extraordinaire, ne s'est pas éteinte : le feu s'est mis rapidement aux toiles de tente que j'avais placées comme tenture.
Le matin, encore quelques obus, mais plus loin.
Matinée calme.
Le soir, préparation d'artillerie. A sept heures, une compagnie et un peloton du 3ème bataillon attaquent. Le plateau (cote 344) disparaît dans la fumée. Il paraît que nos objectifs sont atteints.
Nos objectifs ont bien été atteints mais, malheureusement, nous n'avons pu les tenir, le 44ème, à notre droite, n'ayant pu progresser. Après la contre-attaque allemande qui a eu lieu à deux heures du matin, nous avons dû revenir à notre point de départ. Le matin, brouillard et, à notre droite, canonnade assez forte du côté de Beaumont. Quelques-uns parlent de relève mais je ne crois pas que ce soit vrai.
Réveil en fantaisie à quatre heures et demie.
L'ennemi bombarde avec une violence inouïe nos premières lignes et le point où je suis. Un brouillard intense empêche de rien voir. Une attaque d'infanterie se déclenche, l'ennemi, que l'artillerie ne peut gêner, progresse et pénètre dans notre première ligne, puis dans notre deuxième ligne. C'est une pétarade atroce.
Pourtant, nous réagissons avec énergie, c'est une mêlée indescriptible et la vaillance de nos troupes vient à bout de la fougue ennemie.
A dix heures, nous avons repris tous nos anciens emplacements. Nous avons eu des pertes cruelles.
Pour ma part, j'ai quatre tués DESCHAMPS, GAZELLE, GOYARD, FERRIER et cinq blessés BAZIN, RÉGNAULT, ETCHENIQUE, GEORGELIN, GIRARD. (*)
La nuit ramène le calme, mais j'ai toujours l'oeil aux aguets.
(*) : Léon Félix Julien DESCHAMPS. Voir
sa fiche.
Jean Baptiste GAZELLE. Voir sa fiche.
Jean Baptiste GOYARD. Voir sa fiche.
Jean Marie FERRIER. Voir sa fiche.
La nuit a été calme et employée au ravitaillement en munitions. Quel changement avec hier. On parle de relève pour demain soir.
Le soir, à deux reprises, violent tir de barrage réciproque, c'est à se demander ce qui va encore se passer.
Le calme revient.
Le calme renaît tout à fait.
Ce soir, relève par le 48ème R.I. (10ème corps). Ce sera dur pour partir sans casse, car l'artillerie ennemie bombarde autant l'arrière que l'avant.
Nous partons à dix heures et demie et arrivons à la Côte du Poivre à minuit et demie.
Nuit passée dans le boyau.
Nous partons par fractions à partir de onze heures et nous arrivons à trois heures à la citadelle. Le trajet s'est bien effectué, nous n'avons pas été inquiétés par l'artillerie ennemie. Il paraît que nous partons demain.
Nous quittons Verdun à treize heures pour aller embarquer au circuit Glorieux à quinze heures. Il n'y a pas assez de camions et je dois rester avec quelques hommes. Comme aucun camion ne vient, je vais en demander un à Verdun, au bureau de la Place. Je pars donc à dix-sept heures.
Au passage à Souilly, une panne, nous réparons.
A Beauzée, dans la nuit, une nouvelle panne. Je pars avec mes hommes et, aprés une dizaine de kilomètres, nous arrivons vers vingt-trois heures à Rembercourt-aux-Pots.
Cantonnement mauvais.
Beaucoup trop de travail. Etat de pertes. Conseil de guerre.
La vie dans ce pays me dégoûte. Je n'ai pas une minute à moi.
Rien à signaler. Beau temps.
Musique à quatre heures.
Beau temps. Travaux de toutes sortes pour le major du cantonnement.
Beau temps. J'ai un travail fou au conseil de guerre.
Je n'ai pas une minute à moi dans ce repos.
Rien à signaler. On m'annonce que le Lt CATTIER, ancien lieutenant-pionnier, est de retour au dépôt divisionnaire.
Beau temps. Nous avons eu la visite du duc de Connaught. On parle d'une grande revue par un haut dignitaire belge, près de Souilly. De mon point de vue, je m'en passerais bien.
Beau temps.
Demain matin, à Souilly, aura lieu une grande revue devant le président de la République, le roi des Belges, le général Pétain, le général Fayolle, le général Guillaumat. Je n'y vais pas.
Je crois que le départ a lieu en camions demain matin à quatre heures.
La revue s'est passée en effet à Souilly à huit heures, et les deux bataillons du régiment sont rentrés à midi.
Beau temps. Musique à quatre heures.
Je vais à Bar-le-Duc avec DEVAUX. Bonne journée.
Nous rentrons le soir à vingt heures.
Il fait un temps très chaud.
Quelques bruits circulent à propos de notre départ, mais rien d'officiel.
Mercredi 26 septembre 1917
Beau temps. Le 2ème bataillon donne une soirée récréative à Rembercourt-aux-Pots, c'est très bien réussi. Le drapeau du 60ème part ce soir pour une revue qui doit être passée par le roi d'Italie.
Je vais sans doute partir, demain ou après-demain, à un cours d'armée pour pionniers à Rupt-aux-Nonains, ce cours doit se dérouler du 30 septembre au 21 octobre inclus.
Je vais donc me trouver à quelques kilomètres de Bazincourt.
Le tantôt passe tout l'équipage du roi d'Italie, mais il ne s'arrête pas. Je suis cité à la division.
Je pars dimanche au cours avec le sergent (Victor) MAILLOT. (*)
(*) : Vistor MAILLOT est né en janvier
1889 à Xirocourt (54). Il sera nommé de nombreuses
fois dans le carnet. A 20 ans, il est propriétaire commencant,
et intègre le 156ème régiment d’infanterie en 1910. Il en sort caporal en 1912.
En août 1914, il reste au 156ème régiment d’infanterie et passe sergent en
septembre 1914. Blessé. Il arrive au 60ème régiment d’infanterie en septembre
1916, nous en reparlerons.
Le théatre aux armées vient à Rembercourt donner une représentation demain. Rien à signaler.
Départ de Rembercourt à cinq heures du matin. Je vais en voiture avec le sergent (Victor) MAILLOT jusqu'à Condé où nous prenons un camion automobile.
Nous passons dans différents pays : Bar-le-Duc, Saudrupt, Haironville et Rupt-aux-Nonains où nous arrivons à onze heures et demie. Je crois que nous serons bien ici.
D'ailleurs, j'ai trouvé une bonne chambre, la popote semble bien installée et je pense que tout ira pour le mieux.
Réveil à six heures, rassemblement à sept heures et demie au polygone du génie, route de la Houpette.
Matinée très intéressante et instructive.
Retour à dix heures.
Conférence à trois heures, nous examinons un peu toutes les matières.
A quatre heures et demie, nous sommes libres. Si cela continue, ce sera épatant.
Travaux de planimétrie et explosifs au polygone.
Le soir, conférence sur la balle et l'obus.
A la nuit noire, on entend passer des avions allant certainement sur Bar-le-Duc pour bombarder la ville.
Il pleut. Nous allons cependant au polygone où nous avons un cours de charpente et de planimétrie.
Le soir, conférence sur l'organisation du génie français, du génie allemand et sur les compagnies de lance-flammes.
Polygone à 7h30.
Etude sur la perforeuse Binet et sur le géophone.
Le soir, conférence sur l'outillage et le matériel. Beau temps. On m'annonce que le régiment monte en ligne (Cote 304 ou Mort-Homme).
Polygone à 7h30.
C'est une matinée assez pénible : il faut travailler manuellement à la confection et à la réparation d'une route, et les mains ne sont pas accoutumées à ce genre d'exercice.
Le soir, conférence sur la confection et l'entretien d'une tranchée.
A sept heures et demie, école de ponts le long de la Saulx, c'est certainement très intéressant, mais il fait trop froid et la boue gèle les pieds. Le soir, conférence sur l'organisation défensive d'un terrain.
Bonne nuit.
La journée est monotone, on se fait vieux dans ce pays: aucun amusement.
Le matin, je suis allé me promener à Bazincourt.
Après-midi assez gai, surtout le soir, à table, avec nos deux invitées et le président.
Je couche avec le gosse.
Polygone à 7h30. Travaux de sape.
Le soir, conférence sur les défenses accessoires.
Il a fait toute la nuit un temps épouvantable et, au matin, nous devenons de jolis barbets au polygone où nous travaillons à la sape profonde et à la sape à deux formes
Le soir, conférence sur les abris.
A sept heures et demie, école de ponts sur la Saulx.
C'est un métier de chiens, nous revenons tout mouillés et pleins de boue.
Le soir, conférence sur la préparation d'un terrain pour l'attaque.
A 7h30, théorie sur les démolitions d'un champ de bataille.
Le soir, au polygone, travaux manuels dans un puits.
A 7h30, au polygone, travaux de sape. Temps épouvantable, pluie, on gèle.
Le soir, conférence sur les explosifs.
A sept heures et demie, exercice de pontage sur la Saulx.
Il pleut toujours. Nous sommes pleins de boue, c'est dégoûtant.
Le s/Lt CHATELAIN et un sous-lieutenant du 272ème tombent à l'eau : on les repêche.
Le soir, théorie sur les sapes et l'aménagement d'un terrain.
Repos. Il fait un peu meilleur, mais la pluie tombe toujours par moment, très fine.
Le matin, je suis allé à Bazincourt. Le soir, comme un solitaire, je reste dans ma chambre, écrivant et lisant. La fine équipe est allée à Brion voir nos deux invitées de dimanche dernier.
Je ne reçois pas de nouvelles du régiment.
A sept heures trente, polygone. Nous travaillons dans un puits, à la boule. Il fait beau.
Le soir, conférence sur l'évolution de l'armée allemande en matière de défense.
A sept heures trente, polygone. Travail dans une sape en châssis coffrants. Théorie sur la méthode de travail.
Le soir, théorie sur l'installation d'un camp.
A sept heures trente, polygone. Travaux avec la perforatrice Guillat.
Le soir, conférence sur la guerre de mines.
A sept heures trente, polygone. Expériences avec la grenade incendiaire 1916. Confection de béton armé.
Le soir, conférence sur l'amélioration d'une position défensive.
A sept heures trente, polygone. Béton. Conférence.
A sept heures trente, polygone. Charges allongées.
Le soir, conférence. Demain, départ vers onze heures.
A onze heures, départ en camion automobile.
Nous arrivons à Jouy-en-Argonne vers les dix-huit heures. Nous allons au camp des Bois-Bourrus (5 km à l'ouest de Verdun) où je retrouve tout mon peloton.
Je dois monter en ligne ce soir avec les pionniers. Nous relevons le 35ème et nous devons rester là dix-huit jours. Nous quittons le camp des Bois-Bourrus à quatre heures, derrière le 3ème bataillon, et nous arrivons au P.C. à huit heures, après être passés à Chattancourt.
Le secteur est assez tranquille et la relève s'effectue bien.
J'ai couché avec les agents de liaison.
Le colonel monte ce soir avec tout son personnel. Je ne sais pas trop où je vais me loger, car la place est plutôt étroite.
L'ennemi est calme.
Nous sommes à peu près installés, mais fort mal. Depuis ce matin, je ne fais que déménager et je n'ai pas seulement une petite place pour installer un endroit propice au travail. Je suis bien découragé, et pourtant l'ouvrage ne manque pas.
Travail fou.
Installation du colonel, du capitaine... On ne sait par quel bout commencer.
Le soir, je vais à la 3ème compagnie, voir le capitaine MONTANDOU : pour faire 1500 mètres, je marche au moins cinq kilomètres.
Je rentre plein de terre.
Voici la pluie qui tombe. Toujours beaucoup de travail et on ne peut pas se remuer dans ces abris allemands. Nous recevons quelques obus de gros calibre autour de notre gourbi.
Violente canonnade sur la droite, du côté de la cote 344.
La nuit vient, mais le canon ne se tait pas : c'est un véritable feu d'artifice. Toujours beaucoup de travail, plus qu'on en peut faire. On ne sait plus à quel saint se vouer.
La pluie se remet à tomber.
Le travail va un peu mieux.
Rien à signaler.
Un avion allemand est tombé.
La nuit, il a un peu gelé, de sorte que l'on a le pied un peu plus sec. Nous sommes très gênés dans nos travaux par ce temps clair.
Le Lt CATTIER prend le commandement du peloton.
Brouillard. Travail à outrance.
Toussaint. Temps superbe. Rien à signaler.
Aujourd'hui, changement de temps. Un brouillard intense nous cache complètement aux vues de l'ennemi, nous sommes mieux pour le travail mais, la nuit, on n'y voit plus goutte.
Temps brumeux. Violente canonnade vers la cote 344.
Les permissions sont suspendues jusqu'au 9 novembre.
Les travaux sont vivement poussés : on profite du brouillard. Construction d'une cuisine pour le colonel.
Les nuits deviennent de plus en plus noires, les corvées sont très difficiles à faire.
Journée belle.
La voie de 40 passant près de mon gourbi le fait salement repérer. Le sergent ROCHAT rentre de permission.
Violente canonnade à droite, du côté de Beaumont, Douaumont.
Le soir, on m'annonce mon départ en permission.
Je quitte mon poste le matin à sept heures pour me rendre, avec BERTRAND, aux Bois-Bourrus. Il pleut, il ne manquait que cela, c'est dégoûtant.
J'arrive au camp à dix heures, je déjeune avec le sergent-major ADNOT et, le soir, je pars au camp des Clairs-Chênes avec les voitures du ravitaillement. J'y arrive à cinq heures et je pense pouvoir prendre, demain, à Souhesmes, le petit meusien.
Toujours la pluie.
Je quitte le camp des Clairs-Chênes à quatre heures du matin. J'ai la chance de trouver une voiture pour me rendre à Souhesmes, sans quoi j'aurais manqué le train.
J'arrive à Bar-le-Duc à 10 heures. Je repars à 16h30 et je suis à onze heures du soir à Chaumont où je couche.
Je quitte Chaumont à 7h43 et j'arrive à Châtillon à onze heures. Je déjeune avec le cousin LÉVÈQUE.
A 15 heures, je prends le train pour Recey, où j'ai la bonne fortune de trouver une voiture qui a amené Maurice DRUETTE en gare.
A 18 heures, je suis arrivé à St-Broing. (59 heures après avoir quitté les tranchées !)
Toujours le temps de pluie. Dans la matinée, je fais quelques visites.
Préparation du fusil pour aller à la chasse.
Heureux jour. Doux instants.
Rien à signaler.
Journée de chasse.
Journée heureuse.
Souvenir inoubliable.
Voyage à Minot. La journée me paraît longue..longue...
Journée belle. Dans huit jours, le départ : plus que jamais, la séparation sera dure. Et, de la main de ma mère.
Les jours passent, heureux, mais hélas trop vite, cette permission, bien que longue, paraît encore trop courte et, de penser à la séparation, mon coeur se serre.
Parce que tu vas encore repartir vers cet inconnu si triste, dans cet exil si pénible.
Rien à signaler.
Chasse. Un sanglier tué.
Les jours passent.
Rien à signaler.
Rien à signaler.
Souvenir. Rien à signaler.
Demain, départ, séparation.
Départ de St-Broing à sept heures.
Arrivée à Châtillon à onze heures. J'y passe la journée.
Départ de Châtillon à 13h24.
Arrivée à Revigny à une heure du matin.
Nuit fatigante et triste.
Arrivée à Lemmes à dix heures et au camp des Bois-Bourrus à onze heures et demie. J'y trouve BERTRAND et, de suite, je monte en ligne (cote 304) (près du Mort-Homme), le secteur est toujours assez calme. Il n'en va pas de même à droite (Côte 344) où il y a eu attaque dans la matinée.
Le temps me pèse terriblement après ces douze journées de bonheur.
L'artillerie ennemie a beaucoup tiré aujourd'hui dans notre coin. Heureusement que c'était un peu long, sans quoi il aurait pu y avoir de la casse.
Il neige.
La nuit dernière, le régiment a fait une patrouille : nous avons fait des prisonniers, un aspirant et deux sous-officiers.
Il fait un sale temps de brouillard. Les nuits sont un peu mouvementées. Les mitrailleuses ennemies marchent beaucoup depuis notre reconnaissance de lundi soir.
Ce matin, une canonnade assez vive m'a fait lever en sursaut. Je ne me fie plus à ces bruits depuis l'attaque de la cote 344. Ce n'était qu'une fausse alerte, à six heures, tout était rentré dans le calme.
Rien à signaler d'intéressant dans le secteur. L'aviation fonctionne un peu. L'artillerie ennemie bombarde moins notre coin .
Rien à signaler. Activité de l'aviation.
Aujourd'hui, le froid s'est fait un peu sentir et, même, il gèle le soir. Au cours de la nuit dernière, il y a eu une forte canonnade à notre gauche.
Neige. Une légère couche recouvre le sol.
Il fait toujours froid. Une petite couche de neige couvre le sol.
Ce matin, nous avons fait prisonnier un Allemand.
R.A.S.
Avec bien de la peine, nous avons pu ramener un canon allemand dans nos tranchées (un obusier de 105).
Le soir, relève par le 44ème. Il fait un temps splendide. Nous venons cantonner à Sivry-la-Perche, à quinze kilomètres. La marche est fatigante.
Travaux de nettoyage.
Pluie. Je suis pas mal installé et, si rien ne survient, on pourra passer ici une douzaine de jours dans la tranquillité.
Rien à signaler.
Toutes mes équipes travaillent: confection de couchettes, réparation de murs, installation d'une salle de conférences.
Rien à signaler. Le sergent ROCHAT part en permission.
Il fait froid. Il gèle toutes les nuits. Le canon se fait beaucoup entendre du côté de notre secteur.
Le temps est clair et les avions se promènent. L'artillerie donne beaucoup. Temps froid.
Rien à signaler.
Rien à signaler, sauf le feu dans la cheminée de la popote.
Rien à signaler. Messe en musique. Musique le soir du 44ème.
Neige, dix centimètres d'épaisseur. Demain soir, je monte au secteur. Relève.
Mardi 18 décembre 1917
Préparatifs de départ. A deux heures, je monte avec Bertrand, les chemins sont glissants et peu commodes.
A quatre heures, nous sommes rendus, mais tout a changé et mon admirable petit gourbi a disparu : tout est à refaire.
Il faut donc se réinstaller ailleurs, on se met bravement à l'oeuvre car il ne fait pas chaud. L'ennemi est assez calme : quelques coups de canon dans la journée et c'est tout.
Rien à signaler.
Il fait toujours très froid mais, notre aménagement étant terminé, nous sommes bien.
Beau temps. Rien à signaler.
Beau temps sec.
Activité de l'aviation. Le secteur est vraiment trop tranquille pour que cela dure bien longtemps. Je ne sais trop comment on ferait si l'ennemi attaquait : le front à garder est trop étendu.
R.A.S.
Le Lt CATTIER rentre du cours de Rupt-aux-Nonains.
Le neige refait son apparition.
Dans la journée, activité de l'aviation ennemie.
Jour de Noël.
Je fais une tournée générale de tous les chantiers du secteur.
En rentrant, on m'annonce qu'il faut que j'aille à Jouy pour une affaire de conseil de guerre. Drôle de perspective, car il neige.
Je pars donc à onze heures et, tant bien que mal, je rentre coucher aux Bois-Bourrus à neuf heures du soir.
Je rejoins le P.C. à dix heures du matin. Je suis fatigué par cette marche dans la neige. Deux officiers américains sont arrivés dans chaque bataillon du secteur.
On dit que nous ne serons pas relevés par le 44ème, mais par une autre division.
Ces bruits se confirment. Il neige à gros flocons.
Il fait moins froid. Secteur toujours calme.
Temps doux. Nous devons être relevés dans la nuit du 2 au 3 avec, je crois, Bar-le-Duc comme point de direction.
Temps doux. L'artillerie allemande a beaucoup tiré sur la cote 304. Enfin, la relève approche.
Le soir, nous sommes relevés par le 59ème R.I. Tout est calme, mais il ne fait pas bon marcher, le terrain est trop glissant. Je ramasse quelques bonnes pelles. Le soir, cantonnement aux Bois-Bourrus.
Pas un coup de canon dangereux pendant la relève.
Nous restons aux Bois-Bourrus toute la journée.
Départ demain à six heures.
Nous partons donc à six heures et nous allons prendre les autos au circuit de Blercourt, à douze kilomètres. Nous y arrivons à neuf heures.
Il fait très froid. Nous sommes le soir, à cinq heures, à Culey, à quinze kilomètres à l'Est de Bar-le-Duc.
Toute la nuit, j'ai été gelé.
Ce soir, j'ai trouvé un lit. Il faut fournir tous les jours des corvées de bois. On prépare des équipes d'embarquement.
Rien à signaler.
On parle d'embarquement en chemin de fer pour le 8.
L'atmosphère s'est un peu adoucie. Journée très calme.
La pluie a fait son apparition.
Demain, départ. Embarquement à Longeville à 18h30. On parle de la Lorraine comme point de direction.
Départ de Culey à 16h.
Nous embarquons à Longeville à 19h et nous roulons toute la nuit. Nuit atroce, je suis gelé.
Après être passés par Nancy, nous arrivons à 14 heures à Rambervillers.
A 16 heures, nous partons pour Deneuvre, près de Baccarat, à dix-sept kilomètres. Il neige et nous sommes contents d'arriver, il y a un mètre de neige.
Enfin, nous sommes plus ou moins bien installés, et nous ignorons pour combien de temps.
Je ne suis pas mal dans ce pays de Deneuvre. Le dégel s'accentue. Nous partons le 13. Le soir, je vais visiter la cristallerie: c'est vraiment très intéressant.
Rien à signaler.
Départ de Deneuvre à six heures et demie. Il fait un sale temps: pluie, neige. Le terrain glissant rend la marche difficile. Nous passons à Domptail, St-Pierremont, Magnières, Mattexey, Giriviller, où nous arrivons à une heure de l'après-midi, ayant parcouru 22 kilomètres. Demain, continuation de la marche.
Départ de Giriviller à 8h. Il fait très mauvais marcher.
Nous passons à Rozelieures, Bayon, Neuviller, et arrivons à 14 heures à Crévéchamps, après 22 kilomètres. Le cantonnement est très mauvais. On dit que nous sommes ici pour quinze jours.
Temps pluvieux. La nuit a été assez bonne. Formation d'équipes pour la coupe du bois. 147-Mercredi 16 janvier 1918- Rien à signaler.
La neige a complètement disparu. Toujours pas de permissions.
Rien à signaler.
Les permissions reprennent à treize pour cent.
Nous sommes toujours dans le calme. On n'entend même pas le canon.
Musique à trois heures.
On parle d'un concours d'escrime à la baïonnette pour le dimanche 27. Je suis désigné pour prendre le commandement de la fraction.
Cela ne me plait qu'à demi.
Théorie et pratique sur les explosifs.
Un cinématographe militaire donne une représentation à Crévéchamps.
Le soir, je vais près de Rosières assister à une séance d'émission de gaz.
Rien à signaler.
Manoeuvre de régiment. Le peloton y participe.
Départ à onze heures, retour à quatre heures.
Concours d'escrime à la baïonnette et de lancement de grenades.
Manoeuvre de division. Nous n'y participons pas. On parle de départ pour le 30.
Rien à signaler.
Nous quittons Crévéchamps demain.
Nous quittons Crévéchamps à sept heures moins le quart. Beau temps.
Nous passons à Velle, Haussonville, Blainville, Damelevières, Mont-sur-Meurthe, Rehainviller et Lunéville où nous arrivons à trois heures. Je ne suis pas mal logé et la soirée se passe agréablement.
Je pars avec le Colonel à la reconnaissance du secteur.
Nous passons à Bénaménil et arrivons à Domjevin à dix heures du matin. Le secteur paraît très tranquille. Le lieutenant CATTIER part en permission.
Répartition des équipes à Blémerey et à Reillon. Le soir, violente canonnade : le secteur n'est pas aussi calme qu'on le disait, j'espère que cela ne durera pas.
Le bombardement n'a pas eu de suite.
Il y a eu un tué à la 7ème compagnie.
Rien à signaler. Quelques avions se promènent, mais tout est tranquille.
Les travaux abondent toujours dans le secteur. L'ennemi reste calme.
Rien à signaler.
Le fhéatre aux armées vient donner une représentation à Domjevin. Je ne peux y assister, étant allé faire une tournée au 1er bataillon.
Arrivée à Domjevin de 300 italiens (Génie).
Rien à signaler. Huit jours d'arrêts (voitures envoyées avant l'heure à Blémerey).
Le cinéma fonctionne tous les jours. Je n'y vais pas, ayant du travail par dessus la tête.
Rien à signaler. Pendant la nuit, l'artillerie ennemie bombarde les abords du village, mais il n'y a pas de casse.
Beau temps. Les avions se montrent mais, dans ce secteur, on n'y fait pas attention.
Je vais, avec le capitaine Bourgeois, reconnaître le P.C. de combat du colonel, et, dès demain, au travail pour l'aménager.
Rien à signaler.
Pluie.
Retour du lieutenant CATTIER. On parle vaguement de suspendre les permissions. Toujours calme.
Les Américains doivent arriver demain dans le secteur.
Journée splendide, bien qu'un peu fraîche. Les américains sont, en effet, arrivés dans le secteur. A première vue, ils ne donnent pas l'impression d'une armée de première valeur, il semble que la discipline manque un peu. L'avenir montrera ce qu'ils savent faire.
A part cela, le secteur est toujours calme et j'attends avec impatience l'heure de la permission.
Il fait un temps splendide, aussi les avions en profitent-ils. Quelques officiers américains sont allés reconnaître le secteur de Blémerey.
Dans un régiment d'infanterie, il y a trente-six officiers à l'état-major, le Colonel a une automobile.
Temps splendide. Dans la matinée, je suis allé en reconnaissance sur la ligne 1 bis, pour construire des abris à munitions. L'artillerie ennemie a envoyé quelques gros obus aux abords du village.
Violent bombardement à notre gauche. La canonnade dure jusqu'au soir.
Le bruit court que le bombardement entendu hier était dû à une attaque par nos troupes, où nous aurions fait 400 prisonniers. La neige a fait une petite réapparition.
Le soir, à quatre heures, présentation du drapeau par les américains, qui donnent un petit concert, lequel est d'ailleurs assez bien réussi.
Le matin ,je suis allé à Reillon, en toute première ligne. L'ennemi remue beaucoup de terre.
Le soir, pluie battante.
Les Américains sont montés en ligne au C.R. Ragnelle. On voit qu'ils n'ont jamais été dans les tranchées, car ils ne prennent aucune précaution. L'avenir montrera ce qu'ils savent faire.
Présentation aux Américains du drapeau du 60ème. Musique. Remise de décorations.
Aujourd'hui beaucoup de travail avec les américains. C'est une rude affaire quand on ne se comprend pas.
Quelques avions ennemis survolent la région à très basse altitude. Chaque jour, à seize heures, les Américains font une prise du drapeau. Rien à signaler.
Temps pluvieux. J'espère partir bientôt en permission. Que l'attente est longue quand il n'y a plus que quelques jours, surtout quand on est attendu avec impatience.
Rien à signaler.
Temps toujours pluvieux. Rien à signaler.
L'ennemi s'est un peu départi de son calme. Toute la journée, une de ses batteries a pris à partie une batterie de 75 située près du village. Tout tremblait dans le pays.
La nuit dernière, nous avons eu deux tués par un obus au C.R. Zeppelin.
Je suis monté à Reillon, avec le lieutenant CATTIER, pour voir les travaux.
Ce soir, (Victor) MAILLOT, BERNARDET et ROCHAT vont reconnaître un réseau de fils de fer dans le but d'y faire des brèches pour un coup de main à exécuter un de ces jours.
Toute la nuit dernière, notre artillerie a beaucoup tiré, à certains moments, on aurait pu croire à une attaque. Mais ce n'était qu'une fausse alerte. Aujourd'hui avait lieu l'enterrement d'un américain tué d'une balle, c'était impressionnant.
Journée triste, depuis ce matin, je suis comme un fou. Ordre avait été donné de préparer des brèches dans un réseau de fils de fer, en vue d'un coup de main.
Ce travail avait été exécuté sans encombre et l'équipe rentrait lorsqu'un violent tir de barrage s'est déclenché. Pas d'abri, un tunnel, avec une très faible épaisseur de terre, se trouvait à proximité : les hommes s'y réfugièrent. Un obus de 210 est arrivé en plein dessus, écrasant tout.
Le sergent (Victor) MAILLOT (*), le caporal (François) CHATELET (**), les soldats (Jean Baptiste) CASTAGNIER (***) et (Henri) BURTIN (****) étaient tués, les soldats COURTITARAT, DUBOST et VALEYE, blessés.
Tout le monde est triste.
Quelle peine pour la femme (*****) du sergent (Victor) MAILLOT, qui devait partir en permission dans quelques jours. Horrible journée. Je ne sais plus où donner de la tête.
A part cela, l'ennemi a opéré un coup de main sur le 44ème : il y a eu quatre tués. Et chez nous, trois autres, de plus, une patrouille n'est pas rentrée, dont le s/lt BRUNE.
De leur côté, les Américains ont eu un tué et deux blessés. Enfin, les Allemands ont laissé un tué et un blessé dans nos lignes (des soldats du 44ème Bavarois). Je ne sais pas si le coup de main sera retardé à la suite de cette attaque allemande, en tout cas, les préparatifs continuent et les torpilles montent à foison pour le bombardement.
Nous devons aussi aller couper les fils de fer et continuer les brèches si dramatiquement interrompues.
(*) : Sergent Louis Victor MAILLOT. Voir
sa fiche de décès. Sa fiche matriculaire (recontituée).comporte
une erreur. Voir.
(**) : Caporal François CHATELET. Voir
sa fiche.
(***) : Jean Baptiste Marius CASTAGNIER. Voir sa fiche.
(****) : Henri Léon BURTIN. Voir sa
fiche.
(*****) : Marie-Josephine-Julie
CROCTAINE 1889-1973
Temps beau et sec. La tristesse m'entoure, la gaieté m'a quitté. Les préparatifs pour le coup de main se poursuivent. Demain, obsèques de tous ces chers camarades. Je commande le piquet de service.
Aujourd'hui, il a fallu ranger tout ce qui appartenait à ce cher (Victor) MAILLOT, c'est le coeur bien serré que j'ai fait le triage de son petit avoir personnel.
A neuf heures, messe et obsèques de nos chers camarades. Huit cercueils sont alignés, couverts des emblèmes américains et français. Un piquet de garde est fourni par le 166ème R.I.A.
La musique, le colonel du 60ème et celui du 166ème R.I.A. assistent à la cérémonie. C'est grandiose et impressionnant. Nous avons voulu acheter deux couronnes à nos amis : nous avons recueilli plus qu'il ne fallait. Le souvenir de ces camarades tombés pour la grande cause est à jamais gravé au fond de mon coeur. Les préparatifs pour le coup de main se continuent toujours fiévreusement.
Je voudrais que l'on soit déjà demain pour qu'on n'en parle plus.
Le coup de main devait avoir lieu demain, il est remis à une date ultérieure. Je n'ai pas encore de nouvelles au sujet de ma permission.
Beau temps. On m'apprend mon départ en permission le 11. Espérons que rien de fâcheux ne se produira d'ici là.
Coup de main en avant de Reillon. Après un bombardement d'une heure, nous avons pénétré dans les lignes allemandes. L'ennemi avait eu soin d'évacuer.
Pas de prisonniers. J'ai eu un homme blessé légèrement par un éclat d'obus.
Départ en permission le soir. Je prends le train à Lunéville à 20h37.
J'arrive à Dijon à 10h37.
Je quitte Dijon à 5h19 et arrive à Recey à midi. Je suis heureux de retrouver toute la famille et surtout ma chère Yvonne.
Quelle joie, quel bonheur enfin ! Journée bien douce. Je n'ai pas de paroles assez grandes pour manifester mon extrême joie.
Ecriture de ma mère : Voilà enfin le bonheur tant attendu de la permission. Les jours sont trop courts. Ce sont des heures inoubliables qui s'écoulent. Qu'il fait bon vivre à deux. Comme Yette, je dirai : jour béni, pourquoi faut-il se quitter?
Nous serions si heureux ensemble.
Temps superbe.
Les journées passent trop vite.
Je vais à Minot.
Belle journée de bonheur.
Temps superbe.
Voici la permission arrivée à moitié.
Pluie.
Confection de ruches. Albert arrive en permission.
Pluie. Nous sommes heureux, l'un près de l'autre.
Mais, déjà, le cafard du départ me hante. Avoir été si heureux, puis partir, toujours repartir.
Beau temps.
Je travaille toujours à la confection de mes ruches.
Beau temps. Jour mémorable.
Hélas, tout bonheur a une fin et il faut se quitter. Arthur, Yvonne et mon père me reconduisent à Recey. Les dernières minutes sont heureuses, mais hélas bien pénibles.
Le soir, je couche à Dijon.
Lundi 25 mars 1918
Je déjeune chez le cousin Ducol et, à treize heures, je pars avec un aspirant du 60ème. A Lunéville, je dîne avec lui chez un de ses parents. Rencontre avec le sergent Monnette.
Arrivée à Blainville à minuit
Départ de Blainville à cinq heures et arrivée à Lunéville à six heures et demie. Je pars pour Domjevin où j'arrive à neuf heures. Depuis mon départ, tout a changé: l'ennemi a bombardé le village et tout le monde est réfugié dans les caves. J'ai eu trois hommes tués et six intoxiqués par les gaz.
Le pays, qui était animé il y a dix jours, est devenu triste et monotone. De tous côtés, on ne voit que des trous d'obus nouvellemnet tombés. L'ennemi a aussi tenté deux coups de main sur nos lignes, mais sans aucun résultat.
Quelques obus sur le village. Renforcement des caves. Construction de tranchées. Les permissions sont suspendues.
On parle de départ. Cela ne serait pas étonnant avec ce qui se passe dans la Somme, à la suite de l'offensive allemande. L'artillerie ennemie a encore bombardé toute la nuit. Le secteur devient de plus en plus mauvais. Dans la Somme, d'après les communiqués, la bataille fait rage et nos troupes sont obligées de se replier.
Un bataillon du 60ème est relevé, ce soir, par un bataillon du 168ème. Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, le 41ème bataillon de Chasseurs à pied relèvera un autre bataillon du 60ème. L'artillerie ennemie se fait toujours entendre et bombarde surtout notre artillerie. Voici la pluie : toujours la chance pour faire mouvement.
La pluie tombe sans discontinuer et, par ce beau temps, nous partons demain matin, à quatre heures. Nous n'avons encore vu personne pour la relève de nos services.
Départ de Domjevin à quatre heures du matin. Il fait beau. Nous passons à Bénaménil, traversons la forêt de Mondon, passons à Chenevières, Vathiménil et arrivons à Moyen à neuf heures et demie (18 km). Le cantonnement est bon et le civil affable.
Demain, continuation de la route. Je suis allé à la messe (solennité de Pâques), l'église était pleine de monde, civils et soldats.
Départ de Moyen à sept heures et demie. Nous passons à Gerbéviller, pays célèbre par les atrocités qui y ont été commises, puis nous arrivons vers neuf heures et quart à Remenoville où nous cantonnons.
Le pays est bien et nous sommes bien logés.
Il pleut toujours. Nous restons au pays toute la journée.
Beau temps. Le 2ème bataillon part à quinze heures pour embarquer. Nous partons cette nuit, à minuit et demie. Embarquement à Einvaux à trois heures du matin.
Nous voyageons toute la journée. Nous passons à Neufchâteau, Mirecourt, Troyes, Paris (Grande Ceinture).
Nous arrivons à Chantilly vers huit heures du matin. Comme la voie est encombrée, il faut débarquer là, et nous allons avoir 24 kilomètres pour nous rendre à Catenoy (Oise).
Nous passons à Creil, Liancourt, tous ces pays sont charmants, mais les hommes sont trop fatigués.
Arrivée à Catenoy à six heures du soir.
C'est un gentil pays (env. 25 km à l'ouest de Compiègne). Nous devons y passer la journée. Je ne sais rien encore sur notre prochain départ.
J'ai vu passer ce soir de magnifiques pièces d'artillerie à tracteurs, ainsi que plusieurs avions complètement démolis.
Beau temps. Musique dans la journée.
Toujours le même mouvement de troupes et de camions.
Pluie. Mauvais temps.
Nos voitures sont parties ce matin et le régiment embarque demain matin vers sept heures, direction Amiens. Le 49ème R.I. vient de passer, revenant des lignes.
Il y a encore contrordre et nous ne partons pas. J'ai vu M. GARANDET. Le canon ne se fait pas beaucoup entendre. Il paraît que nous avons reculé du côté de Coucy.
Je crois que, si nous ne sommes pas partis, c'est faute de camions automobiles pour notre transport. Mais il faut s'attendre à partir d'un moment à l'autre, cela ne peut plus guère tarder maintenant.
Exercice et théorie, matin et soir. Il pleut un peu.
Temps magnifique.
A Catenoy, on ne peut plus passer dans les rues tellement il y a de troupes: 88ème R.A.L., 19ème Dragons. Nous sommes toujours là à attendre.
Nous embarquons le matin à sept heures. Nous passons à Clermont, Beauvais et nous nous dirigeons sur Amiens.
Nous débarquons à Clairy-Saulchois vers seize heures. Nous sommes bien fatigués à cause de la poussière. Si nous restons la nuit, cela ira encore bien. Mais non, à vingt-trois heures, il faut partir.
La marche est pénible et les hommes sont très fatigués. Nous passons à Ferrières, Saveuse, Longpré-lès-Amiens, Poulainville, Coisy, Rainneville et Molliensau-Bois : 27 kilomètres. Je n'en puis plus, et on parle de repartir ce soir.
Nous nous trouvons ici avec un bataillon d'australiens, ce sont des hommes qui me paraissent avoir envie de bien faire.
Départ le matin à neuf heures. Il a plu un peu pendant la nuit et il fait un vent terrible qui rend la marche très difficile.
Nous passons à Pierregot, Rubempré, Puchevillers, Marieux et nous cantonnons à Thièvres : 16 kilomètres. Nous sommes dans le Pas-de-Calais. La population civile est contente de revoir des Français : elle n'en avait pas vu depuis près de trois ans.
J'ai parlé à un officier anglais du génie, il m'a donné un couteau. Dans cette région, les Anglais travaillent dur à faire des tranchées : il est bien temps maintenant ! Nous marchons donc tous les jours et les chevaux, comme les hommes, sont fatigués : il en tombe chaque jour plusieurs.
Nous ne faisons pas mouvement aujourd'hui. Dans le village a lieu l'enterrement d'un enfant intoxiqué par les gaz.
Ce que je trouve bien dans l'armée britannique, c'est le bon état du matériel. J'ai entendu dire que nous avions encore deux étapes à faire. Un bataillon du 60ème vient encore loger ici, ainsi qu'une compagnie d'aérostiers. On ne sait plus où se mettre.
Le président de la république doit venir visiter les cantonnements.
Nous ne sommes pas partis.
Le matin, exercice, le soir, exercice de liaison avec les téléphonistes.
Rien à signaler. Exercice. Je suis très ennuyé par les lettres reçues.
Exercice. Le 2ème bataillon monte prendre les avant-postes, derrière les Anglais. Je me demande comment les Anglais trouvent ce système.
Il fait très froid, la neige tombe.
Rien à signaler. Lettres plus rassurantes.
Il fait toujours très froid.
Je viens de voir passer des camions automobiles français ayant conduit en Belgique le 14ème corps.
Exercice toute la journée.
Le soir, musique et match de foot-ball entre une équipe anglaise et une équipe française.
Pendant la nuit, il y a eu un violent bombardement, mais je ne sais absolument rien sur ce qui s'est passé.
Il fait beau. Le calme règne toujours dans notre petit coin. Si nous restons ici assez longtemps, il ne faudra pas se plaindre, bien au contraire. La compagnie d'aérostiers qui était avec nous est partie, plus en arrière. Les avions ennemis survolent beaucoup notre région, je ne sais ce que cela signifie.
Le matin, je suis allé près de Pas-en-Artois pour faire du piquetage. Il fait un temps de brouillard qui nous préserve de la vue des avions. Toute la nuit, le canon a beaucoup grondé.
Exercice d'alerte. Beau temps.
Exercice comme de coutume. Beau temps.
D'ici peu, nous allons travailler à une piste allant de Thièvres à Pas-en-Artois.
Départ du régiment à neuf heures du matin. Nous allons cantonner à Vauchelle-lès-Authie, à 4 kilomètres. Le cantonnement est mauvais. Il y a toujours beaucoup d'Anglais.
Il a plu toute la nuit.
Je suis installé dans un grenier avec le lieutenant. Je crois que je pourrai m'habituer quand même au cantonnement.
Une partie du peloton nettoie les rues du village.
A treize heures, on m'apprend que le 47ème R.A.C. fait mouvement.
Et, le soir, on dit que nos équipages font mouvement demain matin.
Nos voitures sont parties à cinq heures du côté de Nuncq, puis doivent aller le 1er mai vers Coupelle : nous montons donc vers le nord.
Le régiment doit partir demain matin en camions.
Nous devions partir en camions ce matin à six heures, le départ, remis à neuf heures, fut ensuite repoussé à midi. Nous passons à Doullens, Frévent, St-Pol, Anvin, Fruges, Fauquembergues et Thiembronne, où nous cantonnons.
Arrivée à vingt heures (après 70 km de parcours environ). Je trouve la température beaucoup plus douce que dans les pays d'où nous venons.
Bonne nuit.
Grand nettoyage partout, car le cantonnement est très sale.
Départ de Thiembronne à 5h40 en camions automobiles. Nous passons à Fauquembergues, St-Omer et cantonnons à Renescure où nous arrivons à 14 heures
Le pays est rempli d'immigrés. Demain, je crois que nous allons nous porter du côté de Cassel.
Départ de Renescure à 8h25. J'ai passé une bonne nuit dans un lit sans pareil. Nous passons à Cassel et arrivons à Hardifort (14 km). Cantonnement sous la toile de tente.
Je ne sais pas si nous resterons longtemps, en tout cas, c'est un drôle de fourbi.
Le lieutenant CATTIER et le sergent VERDANT vont reconnaître les travaux du côté d’Eecke.
La compagnie fait mouvement. Départ de Hardifort à huit heures et demie. Nous passons à St-Sylvestre-Cappel et arrivons à Eecke à midi. Le soir, reconnaissance des travaux près du mont des Cats. Le sergent ROCHAT part en permission de trois jours.
La pluie tombe de façon continue.
Toute la nuit, la canonnade a été violente. La campagne, quoique plate, est assez jolie et gaie: des maisons un peu partout sur un tapis de verdure.
Le soir, pose de fils de fer au pied du mont des Cats. Le terrain est boueux et je rentre bien fatigué.
Beau temps.
Nous n'allons pas au travail. Des ordres sont venus pour notre départ, qui est fixé à demain : région de l'étang de Dikkebus, au nord du Kemmel, et au sud d'Ypres. C'est la première fois que le régiment va en Belgique.
A midi, alerte. On part à seize heures. On dit que les Allemands ont attaqué du côté de Kemmel. Nous arrivons à huit heures du soir près de l'Abeele.
Il fait une canonnade épouvantable : on n'entend que la voix du canon.
Toute la nuit, ce bruit épouvantable n'a pas cessé. C'est un peu plus calme ce matin, mais je ne crois pas que nous resterons longtemps ici. Tout près, il y a une pièce lourde anglaise qui fait trembler la maison à chaque départ.
Départ à six heures et demie.
Quelques kilomètres et nous arrivons, vers sept heures, dans un camp à 1500 mètres au sud-ouest de Poperinge. Il faisait très beau hier, aujourd'hui, il fait froid : quel drôle de pays. Dans cette nouvelle zône, l'artillerie ennemie se fait davantage sentir, il faut s'attendre à chaque instant à être bombardés.
A six heures et demie, je pars à bicyclette reconnaître le secteur. Nous devons aller près de l'étang de Dikkebus, la désolation règne dans les parages, où nous relevons la 19ème D.I. britannique. Je suis de retour à onze heures.
Le soir, départ à six heures. Nous passons à Bunelbrom (?), Ouderdom, près de Dikkebus, et nous arrivons sans trop de mal à notre poste. Toute la nuit, par contre, violent bombardement, mais pas d'action d'infanterie.
Pluie fine.
L'artillerie se fait toujours entendre, heureusement, notre coin ne se fait pas trop repérer, mais il ne faudrait pas trop se montrer.
Dans le courant de la nuit, quelques obus sont tombés à proximité de nos cagnas : le coin a l'air d'être repéré. C'est vrai que, tous ces jours, il y a eu beaucoup de circulation.
La nuit a encore été mouvementée.
A partir de deux heures, canonnade, les obus tombent un peu de tous les côtés, on ne sait plus où se mettre.
A quatre heures, les gaz : cette fois, il faut conserver le masque pendant une heure. A chaque instant, il faut donc s'attendre à recevoir un obus sur la figure: drôle de perspective. L'aviation se montre particulièrement active.
A deux heures, un avion allemand est descendu par un des nôtres. Un peu plus tard, deux ballons d'observation français tombent en flammes. L'ennemi bombarde notre coin d'une façon continuelle et je suis obligé de me déplacer. Si cela continue, on ne saura plus où se mettre, car les abris solides ne sont pas nombreux, et ceux qui existent sont tous occupés.
Le bazar a duré toute la nuit : obus de tous calibres, barrages, etc.. Je n'ai donc pas pu fermer l'oeil. ETCHENIQUE a été blessé.
Un obus est tombé près de moi, à trois métres : du feu, de la flamme, mais pas touché. Je crois que le P.C. va devenir intenable : il n'est pas bien solide et un 150 pourrait l'enfoncer facilement.
A la nuit, bombardement du P.C. par obus toxiques.
A trois heures, le barrage recommence dans notre coin, quelle vie ! Le soldat THIVEL est tué, coupé en deux par un obus.
Enfin, voici le jour, les gaz ont fait leur œuvre : dans notre coin, plus de cinquante hommes sont évacués, pour ma part, j'en ai une vingtaine sur vingt-sept. Quant à moi, cela ne va qu'à demi : je ne peux plus respirer et mes yeux sont complètement troubles. Si ce malaise continue, je serai obligé d'abandonner ma place à mon tour. Il y a cinq minutes, j'ai failli être blessé par un éclat d'obus. La position n'est pas brillante et je me souviendrai longtemps de la Belgique.
(*) : Robert Paul Adrien THIVEL. Voir
sa fiche.
La nuit a été assez calme mais, au matin, je n'y vois plus rien et je suis obligé de descendre au ... Régimentaire. Beaucoup encore sont évacués. Je suis donc à l'infirmerie régimentaire : traitement au bicarbonate et à la cocaïne.
Je suis un peu mieux, mais le mal s'est porté aux bronches et aux cordes vocales : je peux à peine parler. Il y a toujours des évacuations, moi, je ne demande pas à être évacué, au contraire.
Pentecôte. Triste fête pour moi. Je vais jusqu'à Watou, où je fais quelques achats.
Les permissions marchent à huit pour cent.
Mon mal s'aggrave au lieu de guérir. Je tousse et je saigne du nez, constamment. Je suis bien ennuyé, car une évacuation m'ennuierait beaucoup et, maintenant, cela paraît inévitable, je n'y tiens plus.
Situation inchangée pour moi. Le sergent Verdant est évacué pour gaz. Il paraît que le régiment, au lieu d'être relevé, va rester encore quelques jours.
Chaleur torride.
Je tousse toujours, c'est très embêtant, j'ai comme du feu dans la gorge.
Il fait un vent épouvantable. On ne parle toujours pas de relève.
Il y a déjà huit cents hommes évacués au régiment, blessés ou intoxiqués.
Hier, l'ennemi a lancé quelques obus dans nos parages : deux civils tués et un blessé.
Il a plu toute la nuit. En ligne, les hommes sont bien fatigués et attendent la relève.
Quant à moi, cela ne va pas beaucoup mieux : je tousse comme un vieillard.
Je suis toujours dans le même état. Aucune amélioration sensible.
J'ai envoyé une lettre spéciale.
Je suis allé à Watou. Il y a toujours des évacués pour intoxication. Je me demande vraiment ce que l'on veut faire de nous, à nous laisser si longtemps en ligne.
Toute la nuit, bombardement épouvantable. L'ennemi aurait attaqué le 35ème, en face de nous, et la division britannique à notre gauche. Les Allemands auraient avancé un peu, puis auraient été chassés, nous aurions fait cinquante prisonniers. Nous sommes donc toujours en ligne. Il y a environ cinquante hommes par compagnie.
A la 1ère C.M., vinqt-deux hommes: je me demande comment les mitrailleuses feraient pour marcher.
Le régiment a été relevé pendant la nuit par le 47ème bataillon de chasseurs alpins, venant d'Italie. Il doivent trouver du changement. Ils ont même contre-attaqué ce matin pour un coin de terrain que nous n'avions pu reprendre. Le capitaine ROBERT, de la 6ème compagnie, aurait été tué lors de la contre-attaque, et le lieutenant VOISIN, de la 2ème compagnie, fait prisonnier. Nos pertes seraient donc entre 1200 et 1300 hommes.
Le vétérinaire TUDÈS a été tué ce matin d'un éclat d'obus en plein coeur. (*)
Nous devons embarquer ce soir à trois heures en camions automobiles, direction Cassel. Le départ a lieu à l'heure indiquée, nous passons à Abeele, Watou et cantonnon à Herzeele. Le trajet n'a duré qu'une heure. Je ne crois pas que nous partirons demain.
J'apprends qu'une dizaine d'officiers sont tombés dans l'affaire d'hier.
(*) : Barthélémy Achille Joseph TUDÈS. Voir
sa fiche.
il fait un temps superbe. J'apprends que l'ennemi a déclenché une nouvelle offensive du côté de Reims. Il paraît qu'il progresse, je pense qu'il s'arrêtera bien.
Départ à pied de Herzeele à huit heures du matin. Il fait chaud. Nous passons à Oudezeele, Cassel, Bavinchove, le Nieppe et arrivons à Ebblinghem (21 km environ). Quoique sans sac, les hommes sont bien fatigués. Je ne sais pas si nous resterons là longtemps, mais le cantonnement n'est pas merveilleux.
On m'annonce que les permissions sont à nouveau supprimées, par suite, sans doute, de l'attaque allemande en Champagne.
Installation du cantonnement.
La nuit dernière, j'ai dormi dans un bon lit, mais ces satanés gothas sont venus toute le nuit jeter des bombes et nous réveiller. Il paraît qu'il en est tombé dans un cantonnement du 3ème, tuant et blessant plusieurs soldats. Je suis allé à Renescure, voir mon ancien cantonnement.
Mauvaises nouvelles de la bataille de l'Aisne.
Beau temps.
La nuit dernière, les avions sont venus, comme de coutume, rendre visite à notre cantonnement.
Fête-Dieu.
Je vais à la messe. La procession, les enfants jetant des fleurs, cela me rappelle les belles journées d'antan.
Beau temps.
Il arrive un peu de renfort au régiment : 150 hommes venant du C.I.D.
Aujourd'hui, reprise de l'exercice.
Les Australiens ont attaqué du côté de Merville, qu'ils ont repris en faisant 500 prisonniers.
Beau temps. Rien à signaler.
On annonce notre départ pour demain, par voie ferrée. Un renfort de cinq cents hommes arrive du 28ème et du 105ème. J'en prends quatorze au peloton. Ce sont tous des jeunes gens de la classe 18.
Nous partons le soir à 8h45 et allons embarquer à Wizernes (14 km). Cela me fait de la peine de quitter Ebblinghem où nous étions maintenant bien installés.
Toute la journée, nous voyageons en chemin de fer.
Nous passons près de Calais, où je vois la mer pour la première fois, à Boulogne-sur-Mer, Eu et arrivons à St-Paul (près de Beauvais) le 9 à quatre heures du matin.
Nous allons cantonner à Pierrefitte où nous arrivons à huit heures. Journée très chaude.
Dans ce pays, il y a beaucoup de civils venus de Beauvais pour échapper aux bombes que les Allemands lancent chaque nuit sur la ville.
Il pleut.
Installation du cantonnement. Le colonel passe la revue de cantonnement. Je suis logé dans un grenier où je me plais assez car j'y suis tranquille.
Le soir, des camions arrivent dans le village, il paraît qu'ils doivent nous emmener.
Nous avons passé une bonne nuit et je ne sais quand nous partirons. Toutefois, il faut nous attendre à être enlevés : on entend beaucoup le canon dans la direction Noyon, Montdidier. Je ne sais pas trop quelle figure le régiment va faire, car il n'est pas très en forme, et surtout pas en main de ses chefs.
Enfin, avec du courage et de la bonne volonté, on arrivera toujours à faire quelque chose.
Hier soir, j'ai pris au peloton Lucien GALLIMARDET, venu en renfort.
Ce matin, départ en camions à 6h45. Nous passons à Beauvais et débarquons vers treize heures à Fransures (Somme), dans la région de Breteuil. Nous sommes à environ 15 kilomètres de Montdidier.
Rien à signaler.
Les avions allemands ont jeté quelques bombes dans les prés, près du village.
Le général PHILIPOT prend le commandement du 2ème corps d'armée. Le nouveau général de division est le général BASTON, il est venu visiter le cantonnement hier soir.
Départ du régiment à huit heures. Nous passons à Essertaux et arrivons cantonner à Oresmaux (15 km au sud d'Amiens). Le village est presque complètement évacué par les civils. Il paraît que le pays a été bombardé par obus il y a huit jours.
Nous sommes bien installés. On dit que nous allons occuper une ligne de soutien. Le peloton prend la garde aux issues.
Au réveil, j'apprends que nous avons bien failli partir dans le courant de la nuit.
Dans la matinée, le colonel et les chefs de bataillon font la reconnaissance de l'emplacement que le régiment devrait occuper en cas d'alerte.
Je devais aller en reconnaissance avec le lieutenant, mais nous sommes allés à une prise d'armes (remise de décorations au Lt DURAND, à l'adjudant DUREY et à un sergent).
Un avion ennemi a été contraint, par les nôtres, d'atterrir à proximité de la revue. Alerte à trois heures et demie: nous ne partons pas, simplement un exercice.
Beau temps. Exercice.
Il a plu la nuit et, la journée, cela continue. Hier soir, avec le Lt CATTIER, je suis allé reconnaître le P.C. de combat du Colonel.
Il a encore plu toute la nuit. Rien à signaler. On n'entend absolument rien du côté du front.
Rien à signaler. Beaucoup de lettres.
Beau temps. Les permissions reprennent à huit pour cent.
Rien à signaler.
Le colonel allant commander la brigade, le chef de bataillon DUFFET et prend le commandement du régiment.
Rien à signaler.
Rien à signaler.
Beau temps.
Rien à signaler.
Lettres..
Rien à signaler.
Beau temps. R.A.S.
Temps superbe.
Activité de l'aviation. Un de nos ballons d'observation est brûlé par un avion allemand.
Je suis allé à la messe. Il paraît qu'il y a un grande manoeuvre demain.
Beau temps.
Vers deux heures, on nous annonce une alerte pour quatre heures. L'heure passe et nous attendons des ordres. Divers bruits circulent, on ne sait lequel croire.
A huit heures quarante, nous sommes alertés. Départ à neuf heures. Nous allons prendre nos emplacements de combat près de Jumel, Ailly-sur-Noye. Nous y passons toute la nuit et creusons des tranchées.
Toute la journée, nous restons sur place et travaillons. Il fait beau.
Vers 19 heures, nous rejoignons Oresmaux.
Travaux de propreté. Temps beau.
Fête de l'indépendance américaine. Concert. Repos.
On entend beaucoup le canon du côté de Villers-Bretonneux.
Toute la nuit, le canon a fait rage. A chaque instant, je m'attendais à une alerte, mais il n'y a rien eu.
Beau temps. Rien à signaler.
Rien à signaler.
On parle vaguement d'aller prendre les lignes par ici.
Violent orage vers seize heures.
On prépare un grand concours pour le 14 juillet. Nomination du caporal GOUSSEAU au grade de sergent.
Rien à signaler. Pluie d'orage.
Hier soir, grand bruit de départ, non confirmé.
Installation de jeux pour le 14 juillet.
On annonce le départ pour ce soir ou demain. Adieu la fête de demain.
Toujours temps orageux.
Départ d'Oresmaux à onze heures. Nous embarquons à Loeuilly, nous passons à Beauvais, Paris-Ceinture, Troyes.
Nous débarquons à Oiry (Marne, 5 km à l'ouest d'Epernay) à 21 heures et nous logeons à la belle étoile.
A sept heures, ordre de départ, nous passons à Ay, Dizy-Magenta, Hautvillers où nous arrivons à onze heures. Nous cantonnons au milieu des bois et par la pluie. Le canon fait rage en ligne.
L'ennemi a attaqué hier, mais il a été contenu sur presque toute la ligne. Il paraît que, demain soir, nos allons relever la 8ème division italienne.
Toute la nuit, nous avons été en alerte et soumis à un bombardement de gros obus. Il y en a un qui est tombé près de nous, heureusement sans éclater. Je ne sais pas si nous monterons en ligne ce soir, en tout cas, il y a beaucoup de troupes dans cette région. A midi, départ, nous allons du côté de Fleury-la-Rivière et nous cantonnons au milieu des bois.
Toute la nuit, ce n'est qu'orage, bombardement, pluie battante.
Le sapeur THÉVENOT est blessé par un éclat d'obus au ventre. Le régiment doit attaquer ce matin à neuf heures. L'attaque a réussi sans trop de casse.
Le temps est redevenu beau. Nous avons eu pas mal de pertes du fait des obus.
Vers quinze heures, les Allemands attaquent sur les 1er et 3ème bataillons avec des forces assez considérables. Un instant, il y a fléchissement, mais nous reprenons le dessus et, le soir, la ligne est rétablie. Le capitaine Montandon est tué, j'ai trois blessés.
Cette nuit, deux divisions anglaises sont passées près de nous et ce matin, à huit heures, s'engage une attaque d'assez grande envergure, je n'en connais pas encore les résultats.
Vers les dix-huit heures, j'apprends que l'avance réalisée est de deux à trois kilomètres. Gabach).
Le 19, j'ai eu trois blessés : un caporal (GiIRARD) et deux hommes (RETOULT) et toute la nuit, bombardement de la nouvelle ligne.
Je crois que nous allons nous porter deux à trois kilomètres plus avant, du côté de Nanteuil. Depuis le recul allemand, nous avons un peu plus de tranquillité, un peu moins d'obus dans notre coin.
A dix-sept heures, nous quittons le bois où nous sommes pour aller cantonner à Nanteuil-la-Forêt.
J'ai passé une bonne nuit, calme, dans une cave, car le pays est un peu bombardé. Toutefois, la position est très tenable si les Allemands ne viennent pas contre-attaquer trop fort.
Ce matin, avec le lieutenant MONTBARBON, je suis allé visiter un coin de bois où le combat d'avant-hier fut des plus violent. Triste vision: des cadavres allemands, noirs et gonflés par la chaleur, jonchent le terrain, je n'ai pas vu un seul cadavre français : ils avaient déjà dû être ramassés.
Ce matin, à six heures, attaque avec tanks. Ce sont les Anglais qui attaquent, nous sommes en soutien. Je ne sais pas encore le résultat. Certains disent, 1500 mètres d'avance. C'est peu étant donné la préparation d'artillerie.
Beaucoup de tanks auraient été brûlés : çà ne doit pas être le rêve d'être dans ces machines infernales. Je viens effectivement d'apprendre que les Écossais ont avancé de quinze cents mètres, mais au prix de lourdes pertes, l'ennemi se défendant avec acharnement, allant jusqu'à placer des mitrailleuses dans les arbres. Des centaines de blessés sont passés, atteints aux bras et aux jambes.
Nous faisons partie de la Vème armée (Général BERTHELOT).
Rien à signaler pour la nuit.
Nous subissons des pertes sensibles, tant en tués qu'en blessés, du fait du bombardement. Il paraît que, ce soir, nous allons à Hautvillers. Le soir, violent tir de barrage de part et d'autre.
Nous quittons Nanteuil à neuf heures et allons à St-Imoges. Nous se serons pas mal, mais le pays est violemment bombardé la nuit par les avions. Je crois que nous ne serons pas là longtemps et que, bientôt, nous remonterons en ligne, mais pas dans le même secteur.
Cette nuit, les avions sont venus nous rendre visite. Aucun dégât, ni en hommes, ni en matériel. Il y a un grand mouvement de troupes dans cette région.
La nuit a été tranquille.
Vers quinze heures, on nous annonce que l'ennemi se replie méthodiquement. Alors, grand branle-bas. Nous nous dirigeons vers Fleury-la-Rivière, puis la ferme du Paradis, que nous avions attaquée la veille sans succès, Belval, où se trouvent quelques cadavres de français, nous passons à la Neuville-aux-Lorris, puis nous arrivons à minuit à Champlat.
Tout le long de la route, nous avons eu un temps de pluie épouvantable. Les villages sont complètement broyés, les routes brisées par les obus, et c'est avec mille peines que nous progressons.
J'ai passé une bien mauvaise nuit, car j'ai eu très froid. Il n'y a pas une maison intacte, c'est un véritable cataclysme qui est passé par là. J'écris ces mémoires au milieu des ruines toutes fumantes.
On entend quelques tirs de mitrailleuses, mais peu de canon. Le repli doit se poursuivre.
A quinze heures, le 2ème bataillon attaque devant Ville-en-Tardenois. Nous avons légèrement progressé mais nous avons des pertes assez sérieuses, surtout en blessés. L'ennemi bombarde assez violemment Champlat.
La nuit a été assez calme, ou tout au moins je n'ai rien entendu, car j'étais très fatigué.
A l'attaque d'hier soir, nous n'avons eu que deux ou trois tués, mais une centaine de blessés, tous par mitrailleuses. Le ravitaillement en munitions et en vivres se fait assez difficilement, le village de Boujacourt étant très bombardé.
Sur le soir, bombardement assez violent par obus à gaz.
La nuit a été relativement calme.
Au matin, l'ennemi bombarde violemment les écossais qui sont à notre droite. Une section entière de la première compagnie aurait été évacuée du fait des gaz.
Pendant la journée, l'ennemi est assez calme, pas d'obus sur Champlat.
A 17 heures, les 2ème et 3ème bataillons attaquent de nouveau. C'est un véritable hurlement : les grosses pièces d'un côté, les 75 de l'autre, font entendre leurs miaulements. L'ennemi réagit violemment avec des obus de gros calibre et des obus toxiques sur les lignes. Sur la ligne de feu, ce n'est qu'un nuage de fumée: les flocons blancs des obus de petit calibre, les gros champignons noirs dûs à l'éclatement des obus de gros calibre.
Le ravitaillement en munitions est assez dur, les Allemands ayant de bons observatoires terrestres.Nous sommes près de Ville-en-Tardenois et le morceau est dur à avaler, car les hommes sont fatigués : voici douze jours que dure cette lutte gigantesque. Sur la première ligne, l'ennemi n'envoie presque que des obus à gaz, on entend leur faible éclatement, sans en avoir l'air, ces obus sont bien plus terribles que les explosifs ou les fusants.
J'ai eu un blessé par balle : le soldat BUGEL.
Un obus est tombé sur le coin de ma cagna : tout a tremblé, mais pas de mal.
Ce soir, un bataillon du 46ème R.I. relève le 2ème bataillon. L'ennemi envoie toujours beaucoup d'obus toxiques.
Le village a été bombardé toute la nuit. Pas de casse.
Il paraît que l'ennemi se replie encore, cette nuit, pas un coup de canon ne s'est fait entendre: c'était extraordinaire. Nous devions être relevés ce soir pour aller à Fleury-la-Rivière: avec ce mouvement (de repli des Allemands), je crois qu'il nous faudra courir encore. Les hommes sont fatigués, mais le moral est bon.
Le 44ème R.I. est monté en ligne à notre droite, relevant des écossais. A midi passent le 35ème R.I. et le 47ème R.A.C., allant prendre de nouvelles positions pour talonner les boches. Je m'attends à partir à chaque instant.
Nous n'avons pas fait mouvement, l'ennemi se replie toujours. Le 44ème R.I., à sa poursuite, est à Sapicourt et Muizon. Nous avons enlevé un canon de 105. Le lieutenant CATTIER est parti en permission. Demain, je crois que nous allons à la Neuville-aux-Larris.
Le soir, nous partons pour Fleury-la-Rivière (10 km), la marche est pénible : il fait noir et la pluie tombe.
La pluie est tombée toute la nuit sans discontinuer.
Je ne pense pas que nous sommes ici pour longtemps : on parle vaguement d'embarquement en chemin de fer. Toute la division est relevée: le 35ème se trouve dans la région de Champlat et le 44ème près de Ville-en-Tardenois.
Bon nombre de civils sont revenus, ils font une triste mine.
Toujours temps pluvieux. Je voudrais bien que l'on quitte Fleury, car le séjour au milieu des ruines ne réjouit pas la vue. De plus, j'ai le cafard, je voudrais aller en permission mais, hélas, mon tour est encore bien loin.
Le 44ème est descendu à Cumières et le 35ème à Damery. Le 2ème bataillon du 60ème est monté à Belval. Je ne sais pas si nous serons longtemps ici, j'en doute.
Installation du cantonnement. On dirait qu'on va rester.
Cette nuit, les avions ennemis sont venus bombarder du côté d'Epernay.
Les permissions, qui étaient à 8 pour cent, passent à 13. Le 2ème bataillon, qui était à Belval, va à Damery. Je ne crois pas que l'on aille plus en arrière.
Rien à signaler.
Les civils reviennent de plus en plus.
Rien à signaler. Il fait une chaleur épouvantable.
Musique à 16 heures.
Temps superbe.
Toujours beau.
L'état sanitaire laisse à désirer, beaucoup d'hommes ont des coliques.
Les avions ennemis sont passés cette nuit, allant bombarder Epernay.
En ce moment, les permissions marchent bien, pourvu que cela dure.
Assomption. Messe à onze heures.
Les environs sont toujours bombardés par avion. Musique.
Journée très chaude. Rien à signaler.
On parle de départ, mais rien d'officiel.
Le départ est annoncé pour ce soir. Le général BERTHELOT (Vème armée) arrive juste au moment du départ.
Nous partons à dix-huit heures trente.
Nous marchons une bonne partie de la nuit. Nous passons à Damery, Vauciennes, St-Martin d'Ablois, le Baizil et Corribert. Le terrain est très accidenté.
Nous arrivons vers une heure du matin et logeons au bivouac.
Départ de Corribert à minuit. Il pleut un peu.
Nous passons à la Chapelle-sous-Orbais, Fromentières, le Thoult, Corfélix, Charleville et arrivons à six heures à le Recoude (22 km). Je suis un peu fatigué mais, comme j'ai trouvé un coin potable, il ne faut pas trop se plaindre.
Rien à signaler.
Je pars en permission demain matin, je prends le train à 6h25 à Esternay.
Départ de le Recoude à bicyclette jusqu'à Esternay.
J'arrive à Paris à 10h30 et pars pour Dijon à 20h35.
Mon train est arrivé à Dijon avec cinq heures de retard et j'ai manqué la correspondance pour Is-sur-Tille. Je quitte Dijon à 13 heures et je couche à Is-sur-Tille.
Départ d'Is à neuf heures du matin et arrivée à Recey où m'attend Henri MISSET. Je trouve toute la famille en bonne santé et des Américains dans le pays.
Beaucoup de peines de toute façon.
Rien à signaler.
Rien à signaler
Voyage à Minot.
Rien à signaler.
Rien à signaler.
Beau temps.
La permission s'achève.
Rien à signaler.
Demain, départ.
Départ par le train de quatre heures et demie (de l'après-midi). A Is-surTille, la correspondance manque.
Arrivée à Dijon le 6 à six heures du matin.
Départ de Dijon à 13 heures.
Arrivée à Paris à 19 heures. Je couche à Paris.
Départ de Paris à 8 heures.
Arrivée à le Gault-la Forêt à 16 heures. Je retrouve tous mes camarades à le Recoude.
Repos.
Le régiment est commandé par le commandant DUFFET.
Le matin, exercice à sept heures. Cela semble dur, il faudra pourtant bien s'y remettre.
Jeudi prochain, grande manoeuvre avec construction de ponts sur le petit Morin, c'est avec plaisir que je verrai ce jour passer. Les permissions continuent avec un pourcentage réduit.
Il a plu toute la journée.
Néanmoins, je suis allé près de Biffontaine, sur le petit Morin, pour examiner l'emplacement des passerelles projetées.
Il a plu toute la journée.
La manoeuvre, qui devait avoir lieu à sept heures demain, est remise à onze heures par suite du mauvais temps.
La manoeuvre a très bien réussi, sans trop de pluie.
Le soir, on dit que que le 47ème R.A. s'en va, donc, sûrement, notre tour n'est pas loin.
Rien à signaler.
Samedi 14 septembre 1918- Les américains ont attaqué du côté de St-Mihiel. On parle toujours de départ, cela ne peut plus tarder maintenant. A la division, remise de la Croix de guerre aux soldats Mérieult, Lacour, Pironon, Mathias.
Journée splendide.
Musique à six heures le soir. On n'entend rien dire au sujet du départ.
Belle journée.
J'ai entendu dire qu'un groupe du 107ème A. et un groupe du 47ème R.A.C. avaient pris position du côté de Fismes. Tout fait croire à notre prochain départ.
Un peu de pluie dans la matinée. Des éléments de la 48ème D.I., faisant mouvement, sont passés ce matin.
A quinze heures, on nous annonce que nos voitures partent ce soir.
En effet, vers vingt et une heures, elles font mouvement sous une pluie battante. Nous allons sans doute suivre en camions.
J'ai passé une bonne nuit et nous attendons toujours le départ.
Pluie battante. Nous sommes toujours à le Recoude.
La 9ème compagnie, qui avait exécuté et bien réussi des exercices de gaz, est partie ce matin en permission presque en totalité. Le lieutenant-colonel DE PIREY, commandant le 60ème, est nommé colonel. Je doute fort qu'il reste au régiment, s'il part, ce sera une perte pour le régiment, car il est très aimé de ses hommes.
Nuit tranquille.
Embarquement en camions automobiles le soir à 19 heures.
Partis à 19 heures, nous avons voyagé toute la nuit et sommes arrivés à Somme-Vesle à 3 heures du matin. Le voyage a été très fatiguant : il n'y avait pas assez de camions et nous étions empilés.
Je crois que nous partirons ce soir à pied. Les civils nous disent que beaucoup de troupes sont déjà passées.
Nous devions partir hier soir plus en avant, mais il y a eu contrordre : ce sera sans doute pour ce soir. Le pays est rempli de femmes de mauvaise vie, c'est une vraie débauche.
Départ de Somme-Vesle à vingt heures sous une pluie battante. La route est très encombrée, à peine si l'on peut passer. Nous faisons une huitaine de kilomètres, nous passons à Tilloy et nous cantonnons dans un bois de sapins. Le montage des tentes se fait sous la pluie, nous sommes plutôt mouillés.
J'ai eu froid pendant toute la nuit. Je ne sais pas si nous resterons longtemps dans ce coin, mais ce n'est pas le rêve.
Hier soir, nous sommes partis à cinq heures pour aller plus avant.
Arrivée à dix heures dans un bois près de Somme-Tourbe (16 km).
Nuit fraîche. Roulement formidable sur les routes.
Hier soir, nous nous sommes portés cinq kilomètres au nord-ouest de Somme-Tourbe, toujours dans les bois et par la pluie. Ce soir, nous montons en ligne. Je ne sais rien sur la date (de l'attaque), mais les événements se précipitent et cela ne doit pas tarder.
C'est l'anniversaire de Champagne 1915. Presque au même endroit, nous allons recommencer : butte du Mesnil, Trapèze, etc..
A huit heures, nous montons au P.C. de combat du colonel et nous arrivons à onze heures, lorsque commence le bombardement.
Le bombardement intense de la ligne allemande dure jusqu'à cinq heures et demie (du matin), heure à laquelle sort l'infanterie. Nous progressons sans trop de pertes.
La butte du Mesnil est enlevée puis, sur le soir, la butte de Tahure, par le 1er bataillon. Le nombre des prisonniers est assez grand. Enfin, c'est une avance d'au moins cinq à six kilomètres.
Pendant la progression, en arrivant au P.C. du colonel, j'ai été pris dans un violent tir de barrage.
Vendredi 27 septembre 1918
Prise de la butte de Tahure. La progression continue au-delà, mais plus lentement, une division de la garde se trouvant devant nous. Une contre-attaque est repoussée. Sur le soir, je loge en haut de la butte de Tahure : c'est une véritable désolation, il ne reste plus rien du village et le terrain n'est qu'un chaos indescriptible.
Contre-attaques allemandes repoussées. La progression est de plus en plus difficile. PAULIN est blessé par une balle à la poitrine. Nous avons pris beaucoup de canons à l'ennemi.
Toute la journée, la canonnade est très violente. Attaques et contre-attaques se succèdent. Ce sont les mitrailleuses qui donnent le plus de mal. Et voici que la pluie se met à tomber, il ne manquait plus que cela.
Pendant la nuit, des éléments de la 48ème D.I. sont passés devant nous pour enlever le morceau que, à trois reprises différentes, nous n'avons pu enlever hier. Après une préparation d'artillerie d'une heure, les zouaves sont partis, mais je crois qu'une fois encore l'attaque n'a pas réussi.
A midi, nous changeons d'emplacement et nous nous portons plus en avant, dans un ravin, au nord de la butte de Tahure. Il y a de beaux abris allemands, mais l'ennemi a bien vue sur nous. On dit que la progression sur notre gauche, ce matin, a été de trois kilomètres, cela me paraît beaucoup.
Sur le soir, le régiment est retiré en deuxième position.
L'ennemi, en face de nous, attaqué par la 48ème D.I., s'est encore replié. Nous sommes toujours au nord de la butte de Tahure, pour nous reformer et sans doute partir à nouveau. Le Président de la République est venu cet après-midi nous voir, ou plutôt voir les vainqueurs de la butte de Tahure. Espérons la fourragère jaune.
Nous sommes toujours au même endroit. Toute la journée, la lutte a continué, âpre, en face de nous.
Toute la matinée, j'ai été occupé à enlever des canons allemands. En face de nous, cela cogne dur depuis ce matin, je ne sais ce que c'est, sans doute une contreattaque de l'ennemi, la crête est couverte de fumée.
Sur le soir, on parle de faire mouvement et de se porter plus en avant.
Ce matin, il a dû y avoir une violente attaque de notre·part, l'ennemi a dû encore se replier, car on entend à peine le bruit des mitrailleuses, de plus, les ballons d'observation se sont rapprochés. Il paraît que nous allons monter aujourd'hui, mais pas pour relever la 48ème D.I.: nous monterions plus à gauche. Le lieutenant TRÉPO est allé reconnaître ce matin.
Vers seize heures, l'ennemi déclenche sur nos lignes un formidable tir de barrage. Je crois que nous montons ce soir.
Nous devions partir hier soir, mais il y a eu contrordre. Nous sommes restés au même point. Au cours de la nuit, le 44ème est monté en ligne, je ne sais pas exactement où.
Le soir, à neuf heures, nous montons en ligne et nous nous dirigeons vers le ravin d'Aure, à environ 4,5 km.
Pas de casse pendant le trajet.
A onze heures, le régiment attaque, et c'est un vacarme épouvantable. L'ennemi a amené une quantité énorme d'artillerie et de minen. Un de nos bataillons arrive quand même à prendre la première position. Mais il ne peut parvenir à la seconde, placée à contre-pente, derrière des fils de fer non démolis.
Le régiment n'a pas attaqué aujourd'hui, ce sera sans doute pour demain. Le génie est monté avec des charges allongées pour faire sauter les réseaux. Nous avons eu dans les cent-vingt hommes mis hors de combat.
L'Allemagne fait des propositions de paix.
Nuit calme.
Il n'en est pas de même l'après-midi, avec un bombardement intense sur toute la ligne. Je crois que, demain matin, le régiment va se lancer à nouveau: espérons que cela réussira mieux. Les chars d'assaut montent en ligne ce soir.
Le régiment a attaqué ce matin à cinq heures. C'est un véritable enfer, les lignes sont couvertes d'une fumée intense. Nous n'avons pu progresser à cause des mitrailleuses : l'ennemi en a mis partout. Nous avons eu pas mal de pertes, je ne sais pas encore le chiffre officiel. Le capitaine PERTHUIS a été tué. Huit chars d'assaut ont pris part à l'action. Sept ont été mis hors service et le huitième serait, dit-on, prisonnier.
Je crois, vraiment, que nous nous limons les dents sur cette position, capitale pour l'ennemi. Très souvent, notre artillerie a tiré trop court, nous faisant subir, de ce fait, des pertes sensibles.
J'ai entendu dire qu'il y avait, en arrière, deux divisions, peut-être pour notre relève? On me dit que mon capitaine, le capitaine Bourgeois, part aujourd'hui ou demain dans l'aviation (service technique).
Toute la nuit, l'ennemi a envoyé beaucoup d'obus toxiques : il y a donc beaucoup d'évacués.
Ce soir, nous serons relevés par le 13ème tirailleurs (48ème D.I.) et nous devons nous rendre dans un camp près de St-Jean-sur-Tourbe.
Nous avons quitté le P.C. à sept heures hier soir et nous sommes allés loger dans une sape, entre Tahure et Perthes. J'ai eu bien froid toute la nuit. A treize heures, nous sommes repartis pour un camp près de SommeTourbe, à quinze kilomètres. Nous y arrivons vers dix-sept heures, bien fatigués.
Bonne nuit dans un baraquement. Au loin, on entend beaucoup le canon. Où nous étions, l'ennemi recule toujours. Je crois que la fin approche.
R.A.S. Il pleut. Sale temps pour les troupes en ligne.
Dès le matin, nous apprenons notre départ.
Nous partons à onze heures. Nous passons à Somme-Bionne, Valmy et arrivons à Gizaucourt vers quinze heures (10 km). Cantonnement mauvais, mais je ne crois pas que nous resterons longtemps dans ce pays.
Départ de Gizaucourt à sept heures et demie. Nous passons à Voilemont, Rapsécourt, Dampierre-le-Château et Noirlieu où nous cantonnons (15 km). Le parcours n'a pas été grand, mais les hommes sont fatigués, les sacs étant très chargés.
Demain, continuation de la route.
Départ de Noirlieu à sept heures et demie. Nous passons à Bussy-le-Repos, Vanault-le-Châtel, Bassu, Lisse-en-Champagne et nous arrivons à St-Amand-sur-Fion vers seize heures (23 km).
Le cantonnement est très bien et les gens sont affables.
Nous ne faisons pas mouvement aujourd'hui. Temps pluvieux -Jeudi 17 octobre 1918- Travaux de propreté. Pays charmant.
Vendredi 18 octobre 1918
Ce matin, je suis allé à Loisy-sur-Marne, à la division, pour le conseil de guerre. Le lieutenant CATTIER quitte le peloton et passe à la 11ème compagnie.
Rien à signaler. Vagues bruits de départ.
Pluie.
Rien à signaler.
Commencement de l'exercice. Rien à signaler. Les permissions marchent bien.
Permissions portées à 40 pour cent.
Mercredi 13 octobre 1918
Rien à signaler.
Rien à signaler. Un cinéma de l'armée donne deux représentations.
Rien à signaler. On dit vaguement que le 47ème R.A.C. part cette nuit.
Je suis nommé adjudant-chef.
Le 47ème R.A.C. et le 107ème R.A.L. sont partis ce matin. Rien de nouveau pour nous, mais cela ne saurait tarder.
L'ordre était venu de partir demain, mais je crois que le départ est remis à après-demain. Je suis allé à Vitry-le-François faire quelques achats. Beaucoup d'évacués pour la grippe.
Rien à signaler. Je suis allé à Vitry avec le capitaine CATTIER.
Départ de St-Amand à dix heures. Marche assez pénible. Nous passons à la Cense-aux-Prés, Poix et arrivons à Somme-Vesle à seize heures. Distance: 23 km.
La nuit a été fraîche dans les baraquements, surtout avec la gelée blanche.
Nous quittons Somme-Vesle à une heure du matin. Nous passons à Tilloy, la Croix-en-Champagne, et arrivons à Somme-Tourbe vers six heures du matin. Il fait très froid. Il paraît qu'une forte attaque est en préparation : si nous ne sommes pas de la première danse, nous serons sûrement de la seconde.
Nous avons quitté Somme-Tourbe à 22 heures. Avant le départ, j'ai été bien malade, et je ne croyais pas pouvoir faire la marche, qui a été longue et pénible. Nous passons à St-Jean-sur-Tourbe, Perthes-les-Hurlus, Tahure, et arrivons vers la voie ferrée où nous logeons dans des abris allemands.
Enfin, je me suis un peu reposé : ce n'était pas sans besoin. Nous avons attaqué en face hier matin et nous aurions progressé de trois kilomètres. Je ne pense pas que nous ferons mouvement ce soir.
Il pleut, sale temps, dans la craie.
Nous faisons mouvement aujourd'hui. Nous nous portons toujours au nord, direction Mont-St-Martin. Ce matin, on dit que les Américains sont arrivés à Buzancy : je crois que l'ennemi sera obligé de se replier en face de Vouziers, son front formant une trop vaste poche. Départ à 13 heures.
Nous passons à Aure, où j'étais déjà à la dernière attaque du régiment, puis à Liry, presqu'entièrement détruit, et nous cantonnons à Mont-St-Martin. Le pays, abandonné en hâte par l'ennemi, a peu souffert. Je ne pense pas que nous y resterons longtemps : on parle même de partir cette nuit. Ce serait une sale affaire, car il fait très mauvais.
Le chef de bataillon DUFFET prend le commandement du Régiment. Comme de coutume, au lieu de nous reposer, il nous faut faire une formidable corvée de quartier. On dit que l'ennemi s'est replié en face Vouziers, il faudra donc lui courir après, mais cela vaut toujours mieux que se replier. L'Autriche a signé l'armistice, voici la fin de l'Allemagne.
Tôt ou tard, elle succombera, et peut-être que, d'ici peu, sur les ailes de la victoire, nous rentrerons dans nos familles, heureux d'avoir participé au plus grand acte du siècle.
Nous sommes en position d’alerte : peut-être partirons-nous ce soir. Nous sommes à la disposition du 14ème corps (corps Marjoulet). L'ennemi recule toujours en face Vouziers. Je me demande ce qu'il va advenir de tout cela : qu'attend le Kaiser pour abdiquer? Car je ne vois pas comment il va se sortir de cette histoire. Pour lui, continuer la guerre, c'est tout simplement faire des sacrifices en hommes et se faire imposer des conditions plus lourdes.
Dans le pays où nous sommes (Mont-St-Martin) c'est un va- et-vient continuel de troupes. A certains moments, on ne peut même plus passer dans la rue.
Nous quittons Mont-St-Martin à 13 heures. Nous passons à Sugny, Ste-Marie, Blaise, Mars-sous-Bourcq, Tourcelles, Quilly, où nous arrivons à 17 heures. Distance : 15 km.
Le pays a été assez malmené, en grande partie brûlé. Malgré cela, nous sommes assez bien logés dans une petite maison. Le soir, on parle de départ par alerte.
Nous ne sommes pas partis. La division nous annonce qu'un radio lancé par l'Allemagne demande à quelle heure et à quel point elle pourra envoyer ses parlementaires.
Je crois que les affaires se précipitent, d'ailleurs, l'ennemi bat en retraite sur toute la ligne.
Je crois que la fin des hostilités approche. Les parlementaires allemands sont arrivés hier soir près du maréchal Foch. On n'entend presque plus le canon. Les Américains sont à Sedan.
Samedi 9 novembre 1918
Au contraire d'hier, je n'ai plus confiance dans la fin prochaine des hostilités : les conditions posées par notre haut commandement me paraissent dures à digérer. L'ennemi est encore fort et je présume qu'il essaiera encore de résister.
Enfin, dans peu de temps, nous serons fixés. En attendant, nous travaillons à la réfection des routes, qui sont dans un état épouvantable. On m'a même dit que certaines unités, en ligne, avaient été trois jours sans ravitaillement.
Départ de Quilly à cinq heures et demie. Nous passons à Chardeny, Coulommes, Attigny, Charbogne, et cantonnons à Tourteron (20 km). Attigny est complètement détruit par l'ennemi, soit brûlé, soit sauté à la mine. C'est épouvantable. Il faudra bien que tout cela se paie. Pendant ce temps, l'ennemi fuit toujours. Je crois et j'attends la fin : puisse-telle venir vite ! On parle de révolution en Allemagne, de proclamation de la république en Bavière.
L'armistice a été signé ce matin à cinq heures, cessation des hostilités à onze heures. Le maréchal Foch a donné à toutes les troupes alliées l'ordre de rester sur place jusqu'à nouvel ordre. Les civils nous racontent toutes les peines qu'ils ont endurées pendant quatre années avec les Allemands.
Nous sommes assez bien installés dans ce pays.
Il fait un temps superbe.
Les civils qui avaient été emmenés par l'ennemi rentrent au pays. Nous sommes bien ici, mais le temps me dure dans l'inaction : je voudrais courir après les Fritz.
Nous quittons Tourteron à sept heures et demie, et nous arrivons à treize heures à Quilly, d'où nos étions partis voici quelques jours.
Départ de Quilly à sept heures et quart. Nous croyions prendre les autos, mais non, ce sont toujours les jambes qui fonctionnent. Nous passons à Mazagran, Pauvres, Bignicourt, Juniville, et cantonnons à Alincourt à treize heures. Distance: 20 km.
Je crois que nous repartons demain matin.
Nous sommes restés à Alincourt. Le cantonnement est assez bon. Quelques civils nous racontent toutes les atrocités que les Allemands leur ont fait subir.
Je suis allé voir une gare de ravitaillement que nos avions ont bombardée : tout est brisé, un véritable cataclysme.
Il paraît que l'on part mardi pour l'Alsace.
Au lieu de mardi, nous partons aujourd'hui à onze heures. Nous passons à Aussonce, la Neuville, Hautviné (14 km). Nous arrivons à deux heures et demie. Je pense que nous repartirons demain matin.
Départ de Hautviné à sept heures. Nous passons à Bétheniville, St-Martin-l'Heureux, Dontrien, Vaudesincourt, Aubérive, St-Hilaire-le-Grand et cantonnons au lieu-dit l'Arsenal (25 km).
Pendant cette marche, nous avons traversé nos lignes et les lignes allemandes.
Nous sommes assez bien logés. Nous ne savons pas si nous resterons ici longtemps.
Il circule des canards de toutes sortes. En fait d'occupation, je crois que nous allons faire l'occupation du camp de Châlons.
Dans l'après-midi, je suis allé me promener à Mourmelon-le-Grand. Rien d'intéressant. En tout cas, je m'embête sérieusement dans ce pays.
Rien de nouveau. Bruits de départ non fondés.
Reprise de l'exercice. Différents canards circulent : Défilé à Paris devant le président Wilson, occupation d'Aix-la-Chapelle, plus tard, etc, etc..
Rien à signaler.
Le principal travail de mes hommes consiste à faire démolir les abris se trouvant dans la région. Je crois que les permissions vont être de vingt jours à partir du 1er décembre, et toujours par période de quatre mois.
Rien à signaler.
Musique.
Toute la journée, j'ai été à la recherche d'outils de tailleur de pierre. En effet, je dois faire un monument en face de Jonchery. C'est une tâche difficile, surtout quand on n'a ni matériel, ni outils.
A sept heures et demie, je pars en voiture dans l'ancien secteur (des combats) de 1915, pour reconnaître le travail. Le sergent GOUSSEAUet M. l'Aumônier m'accompagnent. Je suis de retour à quinze heures et j'organise mon expédition.
Départ de Mourmelon à sept heures et demie avec une trentaine d'hommes et une cuisine roulante. Arrivée à onze heures. Installation dans l'après-midi. Que de souvenirs me rappelle ce coin où j'ai bien failli rester le 25 septembre 1915 !
Demain, on commence le travail : il y a au moins quatre cents tombes.
Ce matin, reconnaissance du secteur. J'ai retrouvé les tombes de plusieurs camarades. Le travail va assez vite, mais il faudrait que le beau temps continue.
Je suis allé faire un tour jusqu'au point extrême de notre avance du 25 septembre 1915 : je n'ai rien reconnu, tellement tout a été martelé et retourné. On se croirait à la butte de Tahure.
Il fait un temps superbe, le soleil est chaud. C'est une note gaie sur notre champ de bataillle.
Tous les jours, je retrouve des tombes nouvelles, mais beaucoup sont retournées par les obus : un crâne d'un côté, un soulier avec les os décharnés d'un autre côté, on dirait un porte-allumettes géant.
Soirée repos. Je me suis fait vieux tout l'après-midi car, ici, on est un peu exilé.
Dans la soirée, le C.I.D. et M. l'Aumônier sont venus rendre visite au champ de bataille. Au point terminus de notre attaque de 1915, les cadavres sont restés sur le terrain, c'est affreux de voir tous ces squelettes. Il n'y a plus d'effets, seuls les équipements et le métal ont résisté. En fouillant dans un squelette, on trouve 3f ,65. Nous allons ramasser tous ces débris et les enterrer.
Je crois que la question du monument revient. Cela m'est fort égal, pourvu que j'aie le temps de l'achever.
Demain matin, on commence le monument. On parle toujours de départ. J'apprends le décès de Gaston CHEVALLIER (un cousin de ma mère).
Nous avons commencé le monument, mais on parle de départ le 9, et dixsept étapes à faire, c'est quelque chose.
Par une belle journée, le monument est bien avancé. Le régiment a été passé en revue aujourd'hui par le général DÉNENEY.
Le monument est terminé, il a un très bel aspect. Le commandant DE CORDON est venu nous rendre visite : il est satisfait du travail (d'ailleurs, je crois qu'il ne pouvait pas dire autrement).
Nous quittons St-Hilaire à sept heures et arrivons à Mourelon à dix heures. Demain matin, départ du régiment en direction d'Epernay.
Voyage par un mauvais temps. Nous quittons à huit heures Mourmelon-le-Petit. Nous devions cantonner à Bouzy, mais nous allons jusqu'à Tauxières (22 km). Le cantonnement est mauvais. Heureusement que nous devons partir demain, pour aller du côté d'Epernay.
Départ de Tauxières à 6h40. Nous passons à Mareuil-sur-Ay, Ay, Dizy, et arrivons à Hauvillers (5 km au nord d'Epernay) à 13 heures. Cantonnement assez bon. J'ai un bon lit, il y a longtemps que je n'en avais pas eu un. Nous pensons rester quelques jours.
Journée avec beaucoup d'occupations. Le Cmdt DUFFET commande le régiment et ce n'est pas le rêve. Vingt travaux vous sont demandés à la fois, on ne sait pas ce qu'il faut faire et cela n'en va que plus mal.
Il pleut sans discontinuer.
Les permissions ne marchent pas : un départ par jour, c'est peu, avec 314 hommes à l'effectif.
Rien à signaler. Installation du cantonnement. Ma permission approche. Peut-être la reculerai-je pour motifs me concernant.
Aujourd'hui, beaucoup de travail. Nous avons installé une scène pour un théâtre. Continuation demain matin.
Je suis allé à Epernay avec le lieutenant Catelon. Nous avons passé une après-midi très agréable.
Rien à signaler.
Les permissions marchent normalement.
Rien à signaler.
Les permissions marchent bon train. Je crois que, dans le courant de la semaine, je partirai.
Fin
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