Publication :
juillet 2026
Mise
à jour : juillet 2026
Prologue
Marie-Do
PERRET-HERBILLON nous dit :
« Bonsoir Monsieur. Mon grand-oncle, le lieutenant André DUFRASNE,
a été tué à l'ennemi lors de la bataille de Virton le 22 août 1914.
Sa jeune veuve (marié en 1913-sans enfant) a reçu le témoignage du
caporal PRODHOMME sur cette journée. Ma maman (donc sa nièce...) a dans ses
papiers de famille une copie de ce document. Il est dactylographié. Est-ce son
format d'origine ? A-t-il été recopié pour une diffusion familiale ? y sont jointes les copies de son feuillet individuel de
campagne ainsi que des notes du feuillet du personnel.
J'ai retapé ce document en respectant l'orthographe et la mise en page.
Une mention manuscrite en marge précise que Jean, cité deux fois dans le texte,
est le lieutenant GUILLO-LPHAN. Il vous appartient de juger s'il représente un
intérêt à être diffusé sur votre site et, dans l'affirmative, je vous y autorise. Avec mes remerciements,
Sincères salutations. »

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Remerciements
Merci à Marie pour ce témoignage.
Merci à Philippe S. pour les corrections éventuelles et certaines recherches.
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Introduction
André DUFRASNE est né en juillet 1882 à Trouville (Calvados). A son incorporation, en 1903, il déclare être ‘’ étudiant ‘’ et est affecté au 32ème régiment d’infanterie. Caporal en 1904, il s’engage, puis sergent en 1908, puis se ré-engage pour trois ans. Admis à l’école militaire comme élève-officier en 1909.
Il en sort sous-lieutenant pour le 124ème régiment d’infanterie le 1er octobre 1910.
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Le vendredi 21 août, on nous réveille très tôt et nous étions prêts à partir quand l’ordre n’arriva pas.
Vers 6 heures seulement, nous partons de Witarville. Toute la division se trouvait alors en colonne ce qui occasionnait des à-coups terribles. Ils étaient quelquefois si prolongés que nous formions les faisceaux. Cette marche qui ne fut peut-être pas très longue, le parut. Nous arrivâmes à la frontière belge que nous passâmes à Velosnes.
Là, des troupes françaises fumaient les cigares de contrebande que les douaniers leurs avaient distribués.
Nous continuâmes et peu après avoir dépassé le village de Lamorteau nous nous installâmes dans un bois. Nous étions en réserve mais n’étions pas bien éloignés de la ligne de feu car nous entendions distinctement les fusils et les mitrailleuses.
Nous restâmes là très peu de temps :
« Cette fois, me dit mon sous-lieutenant (*), c’est pour de bon ! »
Nous ressortons du bois pour y entrer un peu plus loin. Le capitaine LEMAIRE (**) à cheval s’étant écarté de la colonne essuya un coup de feu.
Puis nous traversons les bois sous un orage épouvantable. Le bruit du canon se mêle à celui du tonnerre et nous ne distinguons plus l’un de l’autre.
À la sortie du bois nous passons derrière une ligne de soldats couchés en tirailleurs sur la plaine et nous arrivons à une route. Nous rentrons de nouveau en Belgique passant entre deux poteaux frontières que rejoignait une grande banderole blanche où était inscrit « Belgique ».
La pluie redouble, nous sommes trempés. Enfin, petit à petit, elle cesse et nous arrivons à Saint-Mard.
Au loin on entend le bombardement de Longwy.
Ici on nous fait une réception enthousiaste. Nous n’avions rien mangé de la journée, aussi nous jetons nous sur les tartines de pain beurré, les pommes que les belges nous offrent. Nous n’étions pas habitués à pareil accueil. Dans les seaux on puise à plein quart des sirops, tandis que les femmes servent du café au lait, de la bière, etc… Nous avons peine à nous arracher de chez ces braves gens où nous finissions même par entrer. Nous repartons et allons à quelques kilomètres de Virton.
Nous y arrivons très tard dans la nuit, fourbus. Tout le monde se couche aux endroits indiqués et pendant ce temps les plus courageux font du café. Et toujours pas de ravitaillement.
On doit nous distribuer des petits cochons de lait dans la nuit, mais nous n’en eûmes pas.
(*) : Sous-lieutenant Léopold joseph Charles DURAND, qui sera
tué le lendemain au combat de Virton. Voir sa fiche.

(**) : Le capitaine LEMAIRE commande la 8ème compagnie.
Le lendemain samedi 22 très tôt :
« Alerte ! ».
Dans la nuit de l’étable, chacun cherche ce qui lui appartient et s’équipe. Quelques minutes après nous étions prêts, rangés en colonne par quatre prêts à partir. Jean (*) vint alors me demander si je n’avais pas un biscuit à lui donner. N’ayant plus de sac je n’avais plus de vivres et ne puis lui en donner. Il était content et me dit :
« Cette fois on
va les voir »
Des compagnies réveillées avant nous réussissent à boire un peu de jus, mais nous, nous dûmes nous contenter d’un petit bout de gras de jambon qu’on nous avait donné.
Là-dessus nous partons. Nulle part nous ne pouvons avoir de pain. Les officiers envoient des hommes dans les maisons le long de la route pour voir s’ils vont trouver quelque chose.
Il n’y a rien. On arrive à Virton.
(*) : Le lieutenant Jean-Baptiste Marie GUILLO-LOHAN est à la
8ème compagnie.

Là, chacun se débrouille sans trop s’éloigner de la colonne arrêtée pour se procurer ce qu’il peut.
Moi j’obtiens un peu de pain d’un enfant. Plus loin je réussis à en avoir à la porte d’une communauté. On envoie des gosses nous chercher du chocolat, seule chose qui restait, mais ce genre de ravitaillement n’est pas pratique.
Moi par exemple, je n’ai revu ni gosse, ni argent, ni chocolat.
Pendant ce temps, on perçoit quelques rares coups de fusil. C’est, nous dit-on, une reconnaissance de chasseurs qui est partie dans le brouillard et est mal reçue. L’officier y fut tué et quelques cavaliers. Une fraction sans doute est engagée, car les coups de fusils se multiplient.
Un officier supérieur dit près de moi :
« Oh ! Ce n’est rien, une
escarmouche ! »
Mon bataillon prend un petit chemin où se trouve ce qui reste de la reconnaissance et aussitôt sous les murs de Virton, coupant les fils de fer bordant les champs, nous nous déployons. Les balles sifflent désagréablement au-dessus de nous.
Je suis envoyé en avant avec 8 hommes en liaison avec le capitaine de la 6e compagnie.
J’arrive avec ma patrouille à un petit sentier que nous suivons et, toujours dans le brouillard, nous avançons. Les boches ne nous voyaient pas, mais le sentier était battu et les balles passent très près.
Un de mes hommes me dit :
« Oh !
Caporal elle m’a rasé la figure ! ».
Des vitres se brisent derrière.
Nous nous joignons au capitaine et nous nous aplatissons derrière une pépinière.
Arrive ma compagnie qui se déploie à la même hauteur. Le premier blessé arrive au capitaine et se laisse tomber en pleurant. Il avait, nous dit-il, une balle dans l’épaule. Il repart et va se faire soigner à Virton.
Au bout de quelque temps, nous traversons la pépinière et attendons encore. Puis nous faisons des bonds à travers des champs de pomme de terre. Le brouillard s’était de plus en plus levé et à ce moment l’ennemi devait nous voir.
Nous trouvons une ligne de tirailleurs. (Si je me souviens bien, c’était le lieutenant PHÉLIZON de la 6e compagnie qui se trouvait là). Au même instant l’artillerie allemande nous envoie une salve d’artillerie nourrie et les balles se multiplient. Nous formons la carapace mais moi sans sac, je n’étais pas beaucoup protégé. Cette salve fut suivie de bien d’autres et peu après c’était une pluie continuelle.
Nous nous reformons en tirailleurs et faisons de temps en temps des bonds à travers des champs de blé où les gerbes en tas nous offraient de bien mauvais abris. Beaucoup s’étant mis en trop grand nombre derrière ces gerbes, furent pris comme cible par les mitrailleuses boches.
Jusque-là je n’avais vu que 3 blessés. L’un à Virton même porté sur un brancard. Le blessé à l’épaule, et près de moi, pendant la première salve d’artillerie, le clairon de la compagnie qui avait reçu un projectile dans le bras. Nous descendons dans un chemin creux (chemin qui doit conduire à la carrière qui se trouvait à gauche) où là nous avons une accalmie.
Puis, comme il faut toujours aller de l’avant, nous bondissons pour gagner quelques mètres, puis nous recommençons et ainsi de suite. L’artillerie tirait trop haut mais les balles semblaient passer bien près. Nous finissons alors par arriver sur le plateau et commençons à redescendre la dernière pente.
Et là alors, bien salués, nous nous précipitons dans une dernière bande d’avoine étroite pas coupée. De là nous découvrons tout le champ de bataille. Il est complètement désert ; on ne voit pas un cavalier.
Le grêle de balles qui s’abat sur nous nous force à nous allonger et nous indique bien que, si nous ne voyons pas les Allemands, eux nous voient bien. Maintenant le canon tonne avec rage mais ne nous fait pas trop de mal. Les obus éclatent un peu plus près, mais c’est encore trop haut. S’ils descendent encore un peu, nous sommes morts.
Tout à coup, à gauche, des mitrailleuses nous prennent d’enfilade. Balles et obus se croisent, nous sommes en bien vilaine posture !
A notre droite un régiment se replie déjà. Mon capitaine MOREL m’envoie prévenir le commandant de ce fait et lui demander si nous nous replions. Je traverse au plus vite les champs et trouve mon commandant tout debout, une belle pipe d’écume à la bouche, les deux mains sur les hanches, fouillant le versant en face.
Son calme m’impressionne et me rassure. Comment se fait-il que des centaines et des centaines de balles qui sifflent alors autour de nous ne nous touchent pas. Je retourne à ma compagnie et retrouve mon capitaine à qui je rends la fière réponse du commandant BRUNET (*) :
« Si nous nous
replions, repliez-vous en ordre ! ».
(*) : Le commandant BRUNET commande le 2ème bataillon.

Je prends place près du lieutenant (André) DUFRASNE.
Durant ma petite course à travers le champ de bataille je vis bien aux cadavres que je voyais que plus d’un manquerait à l’appel le soir. Le lieutenant (André) DUFRASNE, avec qui je me trouvais alors, s’intéressait beaucoup à la partie. Il était gai et ne semblait pas se rendre compte que sa haute taille servait de point de repère et de point de mire pour les fusils boches.
Quand un obus faisait entendre sa musique trop près de son oreille, il baissait simplement la tête et en blaguant nous donnait son impression. Dans une position aussi critique que celle où nous nous trouvions, j’étais stupéfait de le voir riant au milieu du danger et sa conduite me donnait courage et confiance. Je voulais le rendre compte de ce qu’était la bataille, l’effet des canons, tout. On ne voit pas grand-chose. On entend surtout.
Les canons qui nous tiraient de la crête en face étaient indiqués par les globes de fumée que l’on voyait au ras de la crête au moment du départ du coup.
Le lieutenant criait alors :
« Attention ! ».
Mais lui, ne se cachait pas.
Je n’attendais pas plus longtemps pour me baisser. Les tranchées boches d’où on nous tirait, étaient absolument invisibles, donc on ne voyait rien que l’éclatement des obus. L’artillerie française ne tirait toujours pas et quand enfin elle s’est mise à tirer, la partie a été plus intéressante pour nous :
« Feu ! À volonté ! Feu ! Feu ! »
criait le lieutenant (André) DUFRASNE fou de joie par le départ précipité de leur tranchée d’Allemands que nos 75 délogeaient. Ils étaient encore à bonne portée et la fumée brune de nos obus ne nous laissait pas voir le résultat de notre tir, et à peine avions nous envoyé quelques balles, que le « Couchez-vous ! » était suivi d’une rafale d’artillerie et d’une grêle de balles. Le lieutenant lui ne se couchait pas et continuait ses réflexions gaies.
Cette fois l’artillerie est au point, cela tombe juste dans la bande d’avoine. Autour de moi des cris.
« Ce n’est rien ! Ce n’est rien ! » Dit le lieutenant à un blessé étendu devant lui.
A ce moment, j’apprends que mon sergent et un autre de mes hommes sont morts. Cette nouvelle me glace, car je ne voyais que des blessés et n’avais pas pensé que l’on pouvait être tué si vite. Le tir d’artillerie au contraire m’avait donné de l’assurance. Mais il faut dire qu’il avait été jusque-là bien mauvais.
Une autre salve, encore des cris et d’autres suivent. Les cris se multiplient. Soudain :
« Sur la cavalerie ! Feu ! ».
C’était mon
lieutenant qui lui veillait :
« Feu ! Feu ! » - « 600
mètres ! ».
En un rien de
temps ceux qui restent tirent.
L’objectif est assez gros aussi quoique je ne je vise pas beaucoup, j’ai l’impression que je mets dedans.
Des obus français arrivent au milieu d’eux, suivis de colonnes brunes, puis plus rien. Je me recouche pour mettre des cartouches dans mon fusil. Je me relève, puis plus rien. Plus de chevaux, plus de cavaliers. Ils avaient donc déjà repassé la crête. Encore une fois sous les obus qui sifflent à ras du sol je repique le nez en terre.
J’en profite pour boire un peu de café que j’avais gardé de la veille et m’empêche de trop souffrir de la soif. Chose qui aurait été terrible dans un moment pareil.
Un homme affolé derrière moi tire, tire sans arrêt ; sur quoi, je n’en sais rien. Je regarde. Je ne vois rien.
Comme chaque coup de fusil me fait mal aux oreilles je lui dis d’avancer à ma hauteur mais il semble ne pas comprendre et continue à tirer. Il me force à reculer de quelques pas et je me trouve ainsi au bord de la bande d’avoine. Fort heureusement pour moi car quelques instants après un obus éclatait bien près de l’endroit que je venais de quitter.
Il faisait une chaleur accablante. Très fatigués, énervés, nous commencions tous un peu à affoler. Nous n’étions pas habitués à pareille musique et la situation devenait de plus en plus mauvaise.
Le lieutenant de riait plus. Il tâchait de consoler un pauvre diable que je ne pouvais voir et qui appelait sa maman. J’avais, il me semble, des alternatives de crainte, de faiblesse, de courage, je faisais même des imprudences, puis tout à coup je me jetais le nez en terre et ne bougeais plus. Je cambrais les reins quand il me passait un obus trop près dont je sentais le vent. Je disais vivement une prière et attendais le suivant. Le suivant passait ou éclatait sans me faire plus de mal.
Il m’est impossible de dire quelle heure il peut être. Le temps me parait long, bien long. Quand donc maintenant va-t-on nous faire replier ? Pensais-je en moi-même. Soudain :
« Feu !
Feu ! ».
Je me lève en hâte ; je cherche l’objectif, mais rien.
Je me recouche.
L’artillerie boche fait rage. Une fois ou deux j’ai encore tiré sur des Allemands quittant leurs tranchées mais les obus et les mitrailleuses nous balayent. Dès que nous nous levons, notre bande d’avoine est criblée de projectiles. Bientôt l’ennemi n’attend plus que nous nous levions pour tirer ; à chaque instant les obus tombent au milieu de nous.
Enfin arrive un agent de liaison qui dit au lieutenant (André) DUFRASNE s’il ne pouvait plus tenir, de se replier. Je n’affirme pas que c’est textuellement ce qu’on lui a dit, toujours est-il qu’il a répondu :
« Il me semble que le tir est encore allongé, je
reste encore ! ».
Quelques instants après, une section du 115 ou du 117 arrive pour nous renforcer. Nous en avions bien besoin.
Quelques minutes avant, mon camarade LEBLANC disait au lieutenant :
« On se
dégarnit beaucoup par ici mon lieutenant ».
Les cris des blessés se multipliaient en effet et les obus semblaient leur répondre avec plus de rage. L’adjudant menant la section de renfort qui avance se couche à quelques pas derrière moi ; mais au même instant un obus éclate. Il pousse un cri.
Je me détourne et l’aperçois la figure en sang :
« Ce n’est
rien, dit-il ! »
Il se soulève et fait signe à ses hommes de faire le dernier bond. Ceux-ci se lèvent mais au même instant une salve nous arrive juste. La section de renfort fait demi-tour et fuit à toutes jambes, laissant l’adjudant qui venait d’être tué par un autre obus. Je suis très ému et je m’aperçois que le lieutenant (*) l’est aussi. Il me regarde et me dit :
« Nous sommes
bien repérés cette fois ! »
Les obus tombent au milieu de nous partout. C’est un enfer ? Je dis au lieutenant :
« Nous ne
pouvons rester là. »
Il me fait un signe désolé et je le vois se détournant comme pour partir. Alors c’est une grêle d’obus et de balles. Je me mets à courir comme un fou, droit devant moi, dans la direction de Virton. De partout c’est une débandade éperdue. Je ne vois rien.
A un moment je suis projeté à terre. Je me crois touché et vais me tâter derrière une gerbe de blé. Je m’aperçois que je n’ai rien de cassé.
Je vois dans quantités de soldats qui sont touchés en se sauvant, piquent la tête en avant. D’autres se traînent à quatre pattes. Je repars.
Cette fois je suis moins fou. J’aide un blessé à se déséquiper et je m’arrête près du poste de secours en briques rouges, où je vois arriver quantité de mes camarades. Je vois encore mon camarade de Rengervé (**) arrivant, me causant, me donnant d’affreuses nouvelles.
Là, les obus ne tombaient presque pas. Je trouve des troupes fraîches arrivant et me mets avec elles : mais elles reçoivent l’ordre de faire demi-tour au plus vite et je les laisse. Une batterie d’artillerie se trouvait là et le commandant près de qui je me trouvais s’écrie désolé « Je ne puis repérer leurs batteries. » J’avais remarqué, au haut d’un chemin, des pièces que je lui indiquais, mais presque aussitôt les 75 partirent et allèrent s’installer sur la crête derrière Saint-Mard.
Je rentre alors à Virton et trouve
mon colonel à cheval pleurant.
Il m’appelle et me demande si l’ordre de repli est arrivé sur la ligne de feu. Me rappelant ce que j’avais entendu dire à mon lieutenant, je lui dis que oui mais que beaucoup ne rentreront pas.
Je m’occupe de confectionner une barricade sur le pont et je distribue des cartouches à ceux qui passent. Tant bien que mal le 124e se rassemble et nous partons prendre position en arrière près des batteries. Pendant ce temps j’apprends la mort d’une quantité de mes camarades et on me raconte la mort de Jean (GUILLO-LOHAN). (***)
Personne ne put me donner de renseignements certains, ce soir-là, et j’entendis plusieurs versions.
Le soir, nous nous en allons et retournons au village où nous avions passé la nuit précédente. Je suis heureux de retrouver encore quelques camarades et je me mets à la recherche de quelque à chose à me mettre sous la dent.
Un caporal de mes amis que je rencontre m’emmène chez une brave femme qui nous donna une tarte aux prunes que nous dévorâmes ; après quoi je voulus aller me coucher dans une grange, mais je n’en pouvais plus. Une section de génie arrive pour s’y coucher et me monte en haut mais après une journée d’épouvante comme celle que je venais de passer, je me mets à pleurer en pensant à tous ceux que je ne reverrai plus.
Caporal PRODHOMME. (****)
(*) Le lieutenant André Léon Théodule Marie DUFRASNE est donc
tué ce jour. Voir sa fiche de décès – Voir sa fiche matriculaire (on peut y remarquer qu’il
n’y est pas écrit la date de sa mort.)
(**) : Hameau d’Ille-et–Vilaine, commune de Sixt-sur-Aff.
(***) : Jean-Baptiste GUILLO-LOHAN est mort pour la France
le 22 août 1914 à Virton. Voir sa fiche. Pas retrouvé
sa fiche matriculaire. Pourquoi le caporal PRODHOMME l’appelle par son
prénom ?? C’est un officier et son supérieur. Le cannait-il dans la vie
civile ?
(****) : Le prénom de PRODHOMME n’est pas cité. Qui
est-il ?
Le seul ‘’ PRODHOMME ‘’ des classes de 1910 à 1914, ayant
appartenu au 124ème régiment d’infanterie et ayant eu un ‘’ camarade de Rengervé ‘’ (commune d’Ille et Vilaine citée dans la
lettre) est Théodore Francis PRODHOMME, né en septembre 1913 à Servon. Il sera fait prisonnier fin août 1914. Mais sur sa fiche matriculaire, il n’est pas caporal
en 1914.
Un autre homme pourrait correspondre mais s’appelant ‘’
PRUDHOMME ‘’ et qui est de la même région que le lieutenant Jean-Baptiste
GUILLO-LOHAN.
René Louis Marie Aimé PRUDHOMME, caporal en 1913 au 124éme
régiment. Voir sa fiche matriculaire. Il
survit à la guerre.
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