visites depuis le 22/12/2018 Carnet de guerre d'Elie HARTE, du 33e régiment d'infanterie - 1914 1918

Carnet de guerre du caporal Élie HARTÉ

du 33e régiment d’infanterie

 

 

Mise à jour : décembre 2018

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Élie HARTÉ prisonnier en Allemagne

 

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Préambule

Élie HARTÉ, menuisier, est incorporé pour son service militaire en décembre 1914 au 50e régiment d’infanterie, il passe à la fin de sa formation au 73e RI en mai 1915, puis de suite au 33e RI, 10e compagnie, avec lequel il rejoint le front. Il est nommé caporal en octobre 1915. Voir sa fiche matriculaire.

Le capitaine commandant de cette 10e compagnie du 33e RI se nomme Charles DE GAULLE…

 

Le 33e régiment d’infanterie est le régiment d’infanterie d’Arras (62). Il fait partie en 1914 de la 3e brigade d’infanterie, de le 2e division d’infanterie, du 1e corps d’armée, de la 8e armée.

 

L’offensive des Allemands sur Verdun a débuté le 21 février 1916. Le 33e RI y arrive le 27 février. Entre cette date et le mars, il perdra environ 1500 hommes dont près de 1200 déclarés « disparus » (dont Élie et DE GAULLE).

La 2e division d’infanterie, elle, perdra au total plus de 4200 hommes (blessés, tués et disparus) durant la même période.

 

Merci à Jean-Yves, son petit-fils.

 

 

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Début des écrits

 

Le 27 février 1916

Après de longues heures passées en auto, nous débarquâmes enfin à Verdun au quartier Belleville où nous allons paraît-il passer la nuit.

A 10h du matin, le 33eme fait son entrée.

Après avoir trouvé une place pour la nuit nous attendons avec impatience que quelques vivres nous soient distribués, nous savions que nos cuisines roulantes n’avaient pu nous suivre donc pas de soupe habituelle.

Le chef de bataillon, le commandant CORDONNIER envoya chercher du pain à l’arsenal.

Les corvées partirent à la recherche de ravitaillement que tous attendaient avec inquiétude couchés sur quelques paillasses amassées ça et là. Il nous était défendu de sortir pour éviter de nous faire repérer par les avions ennemis qui lançaient des bombes sur les casernes.

 

Vers 2h de l’après-midi, les corvées reviennent et nous distribuent une boule de pain et une boite de singe.

 

A 4h on nous réveille pour nous faire équiper et tenir prêt à partir à la moindre alerte.

 

A la tombée de la nuit, le bataillon part.

Nous remontons la côte des forts qui est battue par les 380 ennemis, les obus tombent non loin de nous et éclatent sur la route immobilisant notre marche.

La nuit tombe, près de nous passent des canons, des voitures et auto ambulances en partie détruites par les obus, puis en sont des femmes portant des enfants dans leurs bras ou poussant des voitures de bébé où elles enfoui à la hâte quelques provisions et un peu de linge. Elles fuient la ville abandonnant les bestiaux que l’on voit errer sur les routes.

Nous arrivons dans un bois en pleine nuit, il neige, nous nous formons en ligne sur deux rangs pour former les faisceaux des fusils et des sacs puis on nous donne l’ordre de monter les toiles de tente.

Après avoir balayé la neige, nous finissons par nous coucher, les grosses pièces des forts de Souville et de Saint Michel grondent près de nous mais la nuit fût à peu près tranquille.

 

Le lendemain, nous remontons nos sacs, toujours prêts à partir à la moindre alerte.

Tout le régiment est au complet jusqu’aux compagnies de mitrailleuses.

Le colonel BAUDHOR qui fait office de général de brigade a couché avec nous sur un peu de foin.

Il gèle et pas de jus ! Notre 1ère section revient aux casernes pour trouver du ravitaillement pour la compagnie.

Dans les bois où nous faisons les cent pas pour nous réchauffer nous trouvons le 170e et le 174e d’infanterie puis la division marocaine, puis des troupes de différentes armes.

 

A 2h, les corvées quelques biscuits et du café mais il nous est interdit de faire du feu, nous croquons deux biscuits et c’est tout.

 

A 7 heures du soir, nous allons travailler près des lignes, nous partons sous une pluie de Shrapnels et restons 3 heures couchés mais pas de travail on nous menait là en cas de besoins de renfort car les marocains encadrées par les coloniaux devaient attaquer dans la nuit.

Nous retournons dans le bois et croisons des blessés qui nous crient de venir à leur secours, l’un d’eux couché dans le fossé près d’une auto ambulance abandonnée et à laquelle il manque 2 roues, nous crie de le porter avec nous, malgré la pitié qu’il nous inspirait nous dûmes l’abandonner car nous étions poursuivis par les 105 shrapnels ennemis qui nous canardaient d’importance.

C’était la débandade pour fuir ces maudits obus qui tombaient de plus en plus fort.

Les cadavres d’hommes et de chevaux ne se comptaient plus car il y en avait trop, enfin nous regagnons le bois au lever du jour.

 

A 9 heures du matin, l’artillerie allemande tire dans le bois, un obus shrapnel éclate sur nous, tuant et blessant plusieurs hommes de la compagnie notamment à ma section BREFORT et JOLY qui furent tués (*), MOUNAIN blessé à l’œil droit poussait des cris formidables, DUTOYA de Saint Sever (**) blessé au côté droit se retire seul au poste de secours.

Les brancardiers et l’aumônier couraient d’un côté et d’autres.

 

Nous quittons le bois et dévalons un ravin profond puis nous fîmes une petite tranchée pour nous protéger des obus qui semblaient nous dénicher partout.

 

(*) :

BREFORT Georges Théodore, soldat, mort pour la France le 28 février 1916 à Verdun, ambulance 7/20. Voir sa fiche.

JOLIE Adolphe, soldat, mort pour la France le 28 février 1916 au fort de Tavannes, près du fort de Douaumont. Voir sa fiche.

 

(**) : Saint-Sever est le village de naissance d’Élie HARTÉ.

DUTOYA Léon Dominique, né le 4 décembre 1895 à Saint Sever (40) : « Plaie de la hanche gauche par éclat d’obus ». Après 6 mois de soins, il rejoint le 54e RI en juillet 1916, puis au 22e régiment colonial en janvier 1918, puis au 3e RIC en avril 1918 avec lequel il partira en Orient jusqu’à son décès le 5 novembre 1918 en Serbie, par maladie (sur sa FM) ou par blessures (sur sa fiche SGA)

Le lendemain 1er mars

Nous apprenons que la 8e d’infanterie a perdu 800 hommes ainsi que le commandant GABY.

 

L’après-midi, on nous lit un ordre du jour du général PETAIN, ancien colonel du 33e puis on nous distribua des fusées et des grenades et 96 cartouches en plus soit 326 cartouches par hommes.

 

A 7h du soir, nous partons pour les premières lignes, nous passons par des chemins qui n’étaient pas battus par l’artillerie puis nous rejoignons le 1er bataillon sur la grande route.

A tout moments il nous fallait passer par les fossés pour laisser passer les convois de blessés sur des charrettes ou contourner des trous béants faits par des marmites qui avaient éclatées au milieu de la route et toujours nous trouvions des cadavres d’hommes et de chevaux laissés abandonnés sur la route.

Nous passons le village de Fleury, après avoir longé les murs de quelques restes de maisons.

 

Confronté à l’ennemi, nous faisons feu sur la première vague d’assaut.

L’effet de notre tir fut très efficace car on les voyait dégringoler les uns après les autres, puis arrivait la deuxième vague qui se mêlait au restant de la première, nos mitrailleuses ne pouvant plus fonctionner puisqu’elles étaient détruites, l’ennemi fut facilement maître de nous.

Ils bondirent dans la tranchée, ils arrivaient par la droite où se trouvait la 9e compagnie, nous à la 10eme nous faisions face à ceux qui arrivaient mais ceux qui étaient dans la tranchée avançaient toujours, tous ceux qui purent se défendre le firent avec énergie, mais le bombardement ayant fait trop de pertes et les 3 premières sections de ma compagnie furent faites prisonnières.

 

Ma section conduite par le lieutenant OVERLANT ne se rendit pas, nous formions avec nos sacs, nos musettes et jusqu’aux morts qui nous gênaient, un barrage derrière lequel nous jetâmes quelques grenades sur l’adversaire, ceux qui avaient encore leur fusils tiraient sans discontinuer, derrière ce barrage.

Je reçus un coup de revolver qui n’atteignait que le sommet du crâne.

Nous pûmes résister à l’ennemi qui nous lançait des grenades calendriers (?), mais nous tenions toujours.

 

L’ennemi était de l’autre côté du barrage, on en voyait dans les jardins sur les toits des maisons du village (*) se dissimulant derrière les cheminées et continuant de tirer sur nous.

Nous n’étions qu’une trentaine et les munitions diminuaient à vue d’œil car nous ne cessions de tirer. Nous étions rompus de fatigue et de faim bien que nous n’avions pas envie de manger, nos forces s’épuisaient, nous ne souhaitions plus que la mort mais pourtant nous tenions toujours.

 

(*) : Il s’agit du village de Douaumont

 

A 3h (le 2 à 3h du matin), on fit courir le bruit que les Zouaves venaient à notre secours, ce qui nous donna un peu de courage.

Mais le renfort n’arrivât pas.

 

Pendant ce temps, l’ennemi ayant pris le village nous contournait, nous étions cernés. Je sus par la suite que dans le village (Douaumont) où se tenait le poste de secours, l’ennemi envahit tout.

Notre aumônier, deux commandants DE BRUYGNAC et CORDONNIER furent tués, 8 compagnies sur 12 furent anéanties.

 

 

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Extrait du journal de la 3e brigade d’infanterie.

Le village de Douaumont était tenu par le 3e bataillon du 33e RI (commandant CORDONNIER).

La 10e compagnie de Théophile HARTÉ fait partie de ce bataillon

 

 

Le sous-lieutenant appela ses gradés, sur toute la section nous restions deux caporaux et vingt-quatre hommes, il nous dit que nous avions tous fait l’impossible pour résister, que les autres compagnies étaient faites prisonnières ou démolies, nous étant cernés nous serions massacrés ou pris dans la soirée.

Il ne nous restait plus qu’à attendre les événements, puisque nous n’avions plus de munitions et pas de moyens pour se retirer à l’arrière. Nous n’attendîmes pas longtemps car bientôt les Allemands descendirent vers nous baïonnette au canon et poussant des cris épouvantables.

Nous nous groupâmes tous les uns contre les autres voyant avec horreur arriver ces pointes effilées. Mais ils s’arrêtèrent à quelques mètres nous faisant signe de nous rendre et de nous déséquiper.

 

C’étaient des soldats du 47e et 87e Wurtembergeois.

Ils nous font emporter nos blessés et nous rejoignons leur ligne, chemin faisant ils nous offrirent des cigarettes.

 

Vers 8h du soir, les Hulans à cheval nous conduisirent dans un village à l’arrière à 36 km du front, nous dormions sur place sans manger depuis 48h.

 

Nous arrivâmes à 4h du matin au village où l’on nous enferma dans des écuries.

 

A 8h du matin, ils nous conduisirent dans une église presque démolie où l’on nous distribua une tasse de café et un morceau du fameux pain KK. Nous partîmes vers Pierrepont, nous passâmes devant des françaises qui étaient au village occupé, elles nous saluaient d’un léger signe de tête.

 

Après avoir passé 2 nuits dans une usine nous embarquâmes pour le camp de Darmstadt.

 

 

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Fiche de prisonnier – Pas trouvé la fiche P38141..Dommage !

 

 

 

Puis après dix jours, nous partîmes pour Hamelin-sur-Weser où l’on nous vaccina 6 fois sur les reins dans l’espace d’un mois, puis on nous désinfecta.

 

Un jour vint, l’on fit partir les simples soldats et les caporaux pour une grande ferme, nous dit-on, mais on nous débarqua dans une usine de munitions.

 

, je refusais de travailler alors je fus envoyé dans un camp de représailles à Magdebourg ( ?  illisible) où l’on nous fit travailler dans les marais et les canaux.

 

Le 15 mai, sur ma demande, je fus envoyé dans un kommando à Eischolt où je travaillais dans une ferme.

 

 

Le carnet s’arrête à cette date

 

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Mythes et réalités sur les conditions de la reddition du capitaine Charles de Gaulle.

La fameuse polémique sur DE GAULLE : s’est-il rendu « avec honneur ou sans » ?

 

 

Le 2 mars 1916, le capitaine Charles de Gaulle était capturé par les Allemands. Cet épisode est encore sujet à de nombreuses versions. Pour certains il s'est battu jusqu'au bout de ses forces, tandis que pour d'autres il s'est rendu sans honneur.

 

Élie HARTÉ faisait partie de la 10e compagnie du 33e régiment d’infanterie. Le commandant de cette compagnie était le capitaine Charles de Gaulle. Élie HARTÉ écrit :

 

« (…) nous à la 10eme (compagnie), nous faisions face à ceux qui arrivaient mais ceux qui étaient dans la tranchée, avançaient toujours, tous ceux qui purent se défendre le firent avec énergie, mais le bombardement ayant fait trop de pertes et les 3 premières sections de ma compagnie furent faites prisonnières.

Ma section conduite par le lieutenant OVERLANT ne se rendit pas, nous formions avec nos sacs, nos musettes et jusqu’aux morts qui nous gênaient, un barrage derrière lequel nous jetâmes quelques grenades sur l’adversaire, ceux qui avaient encore leur fusils tiraient sans discontinuer, derrière ce barrage. »

(…)

« Le sous-lieutenant appela ses gradés, sur toute la section nous restions deux caporaux et vingt-quatre hommes, il nous dit que nous avions tous fait l’impossible pour résister, que les autres compagnies étaient faites prisonnières ou démolies, nous étant cernés nous serions massacrés ou pris dans la soirée. »

 

Finalement, cette 4e section se rendra aussi aux Allemands.

 

Tous les survivants de la 10e compagnie se sont donc rendus aux Allemands, après (ou non) avoir utilisé toutes leurs munitions. Élie ne cite pas son capitaine de compagnie, mais si tous les hommes vivants de cette compagnie ont levé les bras, je ne vois pas pourquoi le futur général de Gaulle, restant quasiment seul, n’aurait pas fait la même chose…

Se rendre avec honneur ou sans honneur, qu’est-ce qui change ? Encerclés, sans munitions, ils se sont rendus, et ils ont eu bien raison.

 

Cela n’engage que moi.

 

 

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