Carnet de route d’Yves KERVADEC
Soldat, puis sergent au 2e
régiment de marche de Zouaves.
Août à octobre 1914
Publication : août 2005
Mise à jour : Janvier 2026

Yves et Édouard
KERVADEC du 2ème régiment de Zouaves
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Prologue
Yves LAINÉ nous présente ici le carnet de route d’Yves KERVADEC. Il a d’ailleurs fait des recherches considérables sur cette fratrie (5 frères) qu’il regroupe dans un livre « Les ailes et le sang ».
Yves, j’ai vos coordonnées complètes (tel. et adresse), mais votre mail ne fonctionne plus, contactez-moi, merci.
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Contacts avec des internautes depuis la
mise en ligne (en 2005) :
Michel DENIS nous dit en 2007 :
« Bonjour. Bravo pour votre site, c'est très bien fait ! Mais
pas trop de pommades !
Je suis vice-président
de l'amicale des anciens Zouaves du Nord - Pas-de-Calais et dans le cadre de
nos activités, nous allons, lors de notre "journée des Zouaves", qui
aura lieu le 9 septembre 2007, faire une exposition à Saint-Pol-sur-Mer (62).
Nous souhaiterions que le carnet de route d'Yves KERVADEC soit affiché et
demandons donc l'autorisation. Je me mets un peu à la page avec internet !
Quand j'aurais la maîtrise, vous aurez des photos et documents, en attendant
j'attends votre réponse. Bien amicalement. »
Christophe NOAH nous dit en 2023 :
« Monsieur bonjour. Je
m'appelle NOAH Christophe, j'ai 19 ans et j'entreprends des recherches sur mon
arrière-arrière-grand-père Manuel MUNOS. Originaire d'Oran, ce dernier
participa à la grande guerre au sein du 1er Zouaves, du 2ème Zouaves et du 6ème
régiment de tirailleurs (Algériens?).
Dans son carnet,
Monsieur KERVADEC fait référence à un MUNOZ. Pensez-vous qu'il est possible de
contacter le descendant pour qu'il me donne plus d'infos sur les circonstances
de la nomination de cet homme dans le carnet ? Il est possible que ce soit mon
ancêtre ? »
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Remerciements
Merci à Yves pour le carnet.
Merci à Philippe S. pour les corrections éventuelles et certaines recherches.
Nous avons ajouté du texte en bleu pour la compréhension de certains termes et pour aller « plus loin ».
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Prélude
Avant la guerre l’appellation « 2ème régiment Zouaves (2e RZ) » était donné à 10 bataillons de Zouaves, 8 bataillons à Oran (Algérie) et 2 en France (Sathonay). À la mobilisation, ces 10 bataillons vont contribuer, le 20 août 1914, à « construire » quatre régiments bien distincts :
Ces régiments combattront séparément :
-Le 2ème régiment de marche de Zouaves formé avec les bataillons n° 1, 5 et 11. Les 1e et 11e bataillons étant basés à Oran, le 5e basé à Sathonay. Devient en décembre 1914 le 2ème régiment de Zouaves.
-Le 2ème régiment de Zouaves formé avec les bataillons n° 4, 12, 14. Dénommé, à partir du 20 août, 2ème régiment de marche de Zouaves de la 45e division d’infanterie. Devient, en décembre 1914, le 3ème régiment de marche de Zouaves. Puis change encore de nom et devient finalement le 2e bis régiment de marche de Zouaves (C’est celui d’Yves KERVADEC). Voir les changements de noms.
-Le 8ème régiment de Zouaves formé avec le bataillon n° 3 et deux bataillons d’autres unités.
-Le 2ème régiment de marche de la 3e brigade du Maroc formé avec les bataillons n° 2 et deux bataillons d’autres unités.
Total 8 bataillons sur 10. En 1914, où sont les 2 derniers ?
Yves KERVADEC est donc dans le 2e régiment de marche de Zouaves (bataillons 4, 12, 14) pour la période de ses écrits de 1914. Nous saurons aussi qu’il fait partie du 14ème bataillon.
Yves Marie Léon Auguste KERVADEC est né en août 1891 à Saint-Malo. A ses 20 ans, il est employé de commerce et habite à Cardiff en Angleterre (il parle l’anglais). Il demande et obtient un sursis (son frère Édouard étant à déjà à l’armée). Il est incorporé finalement en octobre 1913 au 2ème régiment de Zouaves basé en Algérie à Oran.
Il y rejoint son frère et y passe caporal en mars 1914.
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Début du carnet
Aujourd’hui 15 septembre 1914, je recommence à marquer quelques détails de notre vie depuis le départ d’Oran car mon premier carnet de route fut perdu il y a quelques jours en même temps que mon sac.
Accompagnés jusqu’au départ par des bravos enthousiastes mais aussi par des larmes car beaucoup parmi nous sont du pays et la plupart réservistes laissant femmes et enfants. (*)
(*) : Les 4 et 5 août 1914, 7 bataillons du 2e régiment de
Zouaves embarquent dans le port d’Oran dans un convoi de 7 navires de transport
et 11 navires de guerre. Le convoi part pour la France le 6 août. Le 12ème
bataillon partira quelques jours plus tard et rejoindra les 4ème et 14ème
bataillons en septembre près de Paris.
La traversée fut bonne et gaie et l’arrivée à Cette. (*)
Au port on fut très bien accueillis. Nous fûmes couchés dans une école.
La journée du lendemain se passa sans incident et le mercredi 19 août, nous prenions le train pour Montpellier. (**)
(*) : Ancien nom de Sète (34). Ils y arrivent le 8 août.
(**) : Seul le régiment d’Yves partira vers Montpellier ;
régiment qui prend officiellement le nom de ‘’ 2ème régiment de marche de
Zouaves ‘’.
Les commentaires vont grand train ! Où allons-nous cette fois ? Réception magnifique.
Tout le monde applaudit au passage et on entend « voilà les zouaves » casernées dans un collège ‘’ Don Bosco ‘’, nous y restons là dix jours.
Les hommes s’ennuient et on a hâte d’y aller !
Et l’on dit que les Allemands sont en France ; on dit même qu’ils sont près de Paris. Et que fait-on de nous ? Nous ne savons pas. On fait l’exercice comme à la caserne – et ça dégoutte les hommes. (*)
Pourtant, pour ma part, je ne m’ennuie pas trop. Nous avons reçu, Ed (**) et moi une lettre de maman qui nous donne beaucoup de courage. Et nous avons fait la connaissance de charmantes jeunes filles qui nous ont fait paraître les soirées courtes à (Auguste) BANDERIER (***), Ed et moi !
(*) : Du 21 au 28 août 1914, Le 2e RMZ (4e et 14e bataillons)
exécute des tirs, des marches, des manœuvres et des exercices de détails en vue
d’entrainer les unités.
(**) : Son frère Edouard KERVADEC est aussi mobilisé au 2e RMZ.
Il s’est engagé le 17 septembre 1913 à 19 ans.
(***) : Auguste Henri BANDERIER est né à Paris en 1892. Il est
aussi au 2e Zouaves. Il passé dans l’aviation en décembre 1914. Pilote et
sous-lieutenant, Il décède par accident d’avion le 26 septembre 1918. Voir sa fiche matriculaire.
Yves et Édouard KERVADEC à
Montpellier.
Enfin un beau jour, on nous met dans le train et nous partons vers l’ouest. (*)
Le bruit court que nous allons à Bordeaux et de là à Anvers. Nous passons bien sur la route jusqu’à Montauban, mais là, bifurcation et nous remontons vers le Nord et nous roulons toujours.
Partout sur la route nous rencontrons des dames de France et de la Croix Rouge qui nous fournissent tout : du café chaud, du rhum des œufs, du pain et aussi beaucoup de médailles de Lourdes.
(*) : Le 2e RZM embarque le 29 août dans deux trains.
…et après 45 heures de train nous débarquons à Rosny. (*)
Notre ami (Auguste) BANDERIER a le bonheur de voir sa famille et nous mettons sac au dos pour nous rendre à Bourg-la-Reine (on y resta trois jours et on nous envoya au Bourget). (**)
C’est alors la traversée totale de Paris, c’est le délire.
On nous donne de tout : du vin du rhum, des cigarettes, cigares et même de l’argent ! Tout le monde veut nous serrer les mains, les femmes nous embrassent. On nous appelle les sauveurs de Paris, etc, etc…La marche est même très fatigante dans ces conditions.
Enfin, vers une heure du matin, on nous arrête dans un fossé et nous restons là jusqu’au jour. Et alors là nous allons prendre nos positions de combat car l’on s’attendait à être attaqués – mais rien - et au soir on reprend la route pour Les Lilas. (***)
On nous met dans une école et pendant que tout le monde dort, il me faut m’occuper des autres (ou des vitres ?) car le capitaine a eu la bonne idée de me nommer caporal d’ordinaire. (****)
Je suis dégouté.
La nuit suivante, autre alerte.
(*) : Rosny-sous-Bois
(**) : Seules les 13e et 14e compagnies du 4e bataillon
cantonnent à Bourg-la-Reine. Il fait donc partie de l’une de ces compagnies du
4e bataillon.
(***) : Les Lilas est une commune française située dans le
département de la Seine-Saint-Denis.
(****) : Caporal qui s’occupe des cuisines.
Nota : Un troisième bataillon (le n° 12) arrive d’Algérie
le 29 août à Sète, rejoint et complète le 2e RMZ le 4 septembre au Lilas, qui
passe donc à l’effectif de trois bataillons.
Nous partons et nous faisons ce jour 35 à 40 km. Nous sommes en formation de combat et nous nous attendons à en découdre.
Enfin, non, le soir on aperçoit des vestiges de combat. Des chevaux crevés, des obus tirés, etc…
Les Allemands sont venus bien près.
Vous pouvez suivre le déroulement « officiel » de l’attaque ici – avec cette carte ici. On y retrouve la côte 124, comme citée dans le JMO
En effet, le lendemain matin 7 septembre date mémorable, réveil en sursaut et en route ! On prend la formation de lignes son ? par 4 pour marcher sous le feu de l’artillerie.
Alors, c’est la course à la mort. On court, on court, sans arrêt.
Vers 8 heures, on passe le village de Barcy et nous arrivons à la crête d’un champ de luzerne. On a été aperçus par l’ennemi qui commence à tirer. Les hommes baissent la tête quelque peu mais tout le monde est, ou, paraît décidé.
Arrivés à la bordure du champ, on nous tire dessus au fusil et à la mitrailleuse. Des hommes tombent, on avance quand même.
Nous sommes au beau milieu d’un champ de blé dont le blé est en bottes. De botte en botte, on avance et on essaie de tirer mais nous avons le soleil dans les yeux. Nous sommes vus et on ne voit rien.
Des hommes tombent toujours et j’ai perdu Édouard (KERVADEC) de vue et ça grêle.
Tout d’un coup dans la fumée et la poussière d’un obus, j’aperçois un caporal qui tombe à environ 150m de moi et je crois reconnaître Ed.
Je cours comme un fou. Tout me tombe autour, mais j’arrive sain et sauf.
Ce n’est pas Ed, je respire, mais c’est un ami et il a les deux bras cassés. Je coupe les courroies de son sac et je mets son sac soutenu par son fusil pour lui faire un abri et je repars en avant.
Tout d‘un coup je vois Édouard, et il me voit.
Tout d’un bond, il est à mes côtés et nous sommes là, derrière la même botte de paille, en train de tirer, quand il reçoit une balle qui traverse sa gamelle et son capuchon placés sur son sac. Il a déjà reçu un éclat d’obus qui lui a écorché le poignet.
Néanmoins nous continuons quand, tout d’un coup, il reçoit une balle dans le mollet. Il faut qu’il s’en aille, il ne peut plus rester !
Il peut encore marcher.
Je surveille sa retraite pour l’aider au besoin et je le laisse aller quand je le vois hors de portée des balles.
Une heure après, nous revenons nous-mêmes nous reformer en arrière.
Sur 1000 hommes de notre 4ème bataillon, il en restera 300 debout. (*)
Notre ami Henri tomba aussi blessé lors de ce même combat, et combien de morts ! Enfin c’est la guerre et ne nous décourageons pas.
Demain c’est sans doute notre tour.
(*) : Le bilan de cette journée pour le régiment est de 49 tués,
361 blessés et 622 disparus.
Nous nous reformons et nous passons la nuit sur une voie de chemin de fer en arrière de Barcy et le lendemain nous revenons nous rallier au village avec le 14e bataillon.
Nous apprenons nos pertes : nous avons perdu entre autres, notre colonel, notre commandant et tous les capitaines sont tués ou blessés. (*)
Avec les débris de ces deux bataillons si éprouvés on en forme un seul : le 14e. Le commandant du 1e prend le commandement du régiment : un capitaine de chasseurs prend le bataillon et nous repartons.
Toute la journée nous sommes sous le feu de l’artillerie. Le village est en feu et j’apprends tout à coup qu’Edouard n’a pas pu aller plus loin. Il est là, blessé et sous ce feu… les gros obus de siège pleuvent et nombreux sont les morts encore aujourd’hui.
Néanmoins nos canons font du travail.
Nous sommes en attente derrière des meules de paille à la sortie du village. J’en profite pour me sauver et à travers les obus j’arrive à une ambulance improvisée où je revois Édouard bien en vie. Je lui propose de l’emmener, mais où ? Et il ne peut pas marcher.
Il faut un brancard…
Enfin vers midi, je reviens encore avec des camarades brancardiers et on l’enlève le premier au milieu de 2 ou 300 autres dans son cas.
J’avais moi-même à le porter jusqu’à ce qu’il fut hors de danger et je rejoins mon poste qui n’avait pas bougé de derrière la paille.
A la tombée du jour, nous allons occuper des tranchées en avant du village car les Allemands décimés dans leurs tranchées par notre artillerie ne peuvent y rester et on s’attend à ce qu’ils tentent une attaque en avant.
Je vais le soir à 8 km en arrière chercher de la viande pour les hommes, et je revois Edouard, juché sur un camion qui se dirige sur Paris. C’est bien, il est sauvé, je n’ai plus que moi à m’occuper !
(*) : Le colonel tué est le lieutenant-colonel Victor Emile DUBUJADOUX commandant le régiment.
Le colonel a été blessé d’une balle à la cuisse près du
cimetière d’Étrépilly durant une attaque à la baïonnette de nuit (20h le
07/09/1914) vers ce village avec une partie du 4e bataillon du 2e RMZ. Son
corps sera retrouvé le 10 septembre. Une autopsie pratiquée par les médecins
conclue à une blessure faite par balle dum dum (interdites par la convention de Genèvre). (JMO)
Son chef de bataillon (4e bat.) est le commandant Henri d’URBAL.
C’est le commandant du 14e bataillon (Cdt DECHIZELLE) qui prend
le commandement du régiment (ce qu’il en reste).
J’arrive de retour dans la tranchée vers une heure du matin.
Rien n’a bougé ; au jour le canon recommence et continue toute la journée, nous infligeant encore de sérieuses pertes. J’ai vu un seul obus tuer 17 hommes et en blesser 6.
Enfin, au soir, cela cesse et l’attaque est attendue pour cette nuit.
On veille, mais rien…
Le lendemain matin, on s’aperçoit qu’ils ont décampé, alors on lâche ce fameux Barcy qui nous coûta tant d’hommes et l’on poursuit les Allemands, l’épée aux reins, partout sur la route on rencontre des morts. Tout est empesté, chevaux et hommes.
Le spectacle est horrible.
Passage de l’Aisne à Soissons
On arrive à Mareuil(-sur-Ourcq) et l’on passe la nuit dans une ferme ; au petit jour on repart et on marche toujours.
On se dirige sur Soissons.
Nous sommes au centre d’une ligne de plus de 100km que forment les Allemands sur toute la ligne aux portes de Soissons. On reçoit quelques coups de canon. On a rattrapé les boches, on se bat, un peu, et ils évacuent la ville et vont se poster sur les hauteurs (j’ai été interrompu par un obus qui vient de tuer mon voisin et d’en blesser quatre autres). Je continue le récit le lendemain 13 7bre.
Un mois que nous avons quitté Oran !
J’en étais à l’arrivée à Soissons.
Nous arrivons sous la pluie battante, d’ailleurs c’est ça depuis deux jours…et nous sommes trempés et fatigués. Nous passons le reste de la nuit dans une caserne en construction sans porte ni fenêtres. Il fait froid.
Le lendemain matin, nous partons pour traverser la ville et traverser l’Aisne dont les ponts sont sautés. A peine entrés en ville, le bombardement commence. Les maisons s’écroulent sur nous et prennent feu. Nous perdons beaucoup de monde et tous les chevaux des officiers qui à ce moment marchaient à pieds (les officiers) sont tués.
Vers midi, au moyen de planches et sous la mitraille on traverse un par un et nous allons nous établir au-delà, les obus tombent dans l’après-midi.
Au moment où, dans une grange, j’allumai une cigarette avec un camarade, celui-ci est blessé par un obus ainsi que trois autres de mon groupe.
Néanmoins nous restons là à passer la nuit.
Le lendemain matin 14 septembre, nous avons à peu près tout notre monde sauf ceux qui sont restés sur le terrain. Nous allons en réserve dans un village à la sortie de la ville et c’est là que j’ai recommencé mon journal et reprendre les jours antérieurs.
Nous restons là jusqu’à hier soir 15 septembre et alors nous venons occuper des tranchées à 400 m des positions allemandes. Je passe la nuit en avant-poste à la crête, pour éviter toute attaque, et ce matin, tout crache sur nous, canons, mitrailleuses… Ça ne fait rien, très peu tombent.
Nous sommes bien abrités et bien postés. Pour éviter tout retour offensif, je suis envoyé en patrouille avec 4 hommes pour voir ce qui se trouve à notre droite. Les balles sifflent. Je reste une heure à courir mais je ne vois personne.
Toute la journée, on nous canarde et c’est toujours ce formidable duel d’artillerie qui se confirme à nos dépens.
4 jours en tranchées.
Trempés jusqu’aux os, et malheureusement nous n’avons pas, nous les troupes d’Afrique, des effets suffisants pour résister à ce climat, nous passons la nuit tant bien que mal, sans dormir, les dents claquant par le froid et les vivres ne pouvant nous arriver où nous sommes, nous mangeons des conserves de bœuf et du biscuit.
Le lendemain matin, je suis appelé par le capitaine qui me charge d’une patrouille :
« Des Anglais, me dit-il, ont été vus sur notre droite, de l’autre côté
d’un bois, à 2 km de nous. Il faut me rapporter un renseignement précis sur
leurs forces et leurs positions. Vous parlez Anglais ? Allez !!! »
Je pars avec 4 volontaires et pour arriver là, il nous faut traverser un terrain à découvert sur environ 250m. C’est dangereux.
Il faut passer et l’on arrive quand même.
Je trouve une vingtaine d’Anglais et par eux j’ai des renseignements précis sur la position de leur régiment. Je rapporte ce renseignement qui ne servit pas qu’à nous.
J’avais quand même mené ma patrouille à bonne fin et je fus à la suite de celle-ci et du reste nommé sergent dans la tranchée même où nous nous trouvons face à l’ennemi et sous le canon. (le 18 7bre) …et toujours il mouille et toujours rien à manger.
Villeneuve St Germain – Cuffy- autres patrouilles.
Enfin, après 4 jours et 4 nuits passés dans ces conditions l’on est relevés par le 3e Zouaves (*) et la nuit nous partons sans bruit en arrière pour aller, à 4 km de là reformer et compléter notre effectif avec des hommes venant d’Alger du 1er Zouaves (**) et après 4 à 5 jours passés dans ce village (Villeneuve-Saint-Germain) nous repartons occuper d’autres tranchées sur la gauche au village de Cuffy.
Je suis encore envoyé en patrouille, parce qu’étant sergent, pour reconnaître l’emplacement des premières lignes des tirailleurs et des Allemands. J’y vais et sous les balles.
Je parcours tout le front des tranchées pendant 3 km quand je m’aperçois qu’à l’entrée d’un bois la ligne est interrompue pendant un km. Je parcours cet espace et je vois des patrouilleurs allemands dans ce bois.
Je reviens en hâte prévenir le commandement. Je trouve le capitaine, le commandant et le colonel étonnés après ces explications.
Le colonel me demande mon nom et le temps de grade et dit qu’il se souviendra de moi !!
Nous avons ensuite passé 8 jours dans cet emplacement, de temps en temps des coups de fusil et surtout du canon.
Un jour on entendit un mouvement du côté NE.
Les Allemands… les camions roulent, les canons se déplacent, etc…
On croit qu’ils partent.
(*) : Le renfort du 3ème Zouaves arrive le 18 septembre (JMO).
(**) : Le renfort par des troupes du 1er Zouaves a lieu de 20 septembre (JMO)
Il vient, vers 10h le soir, un ordre du commandant de faire partir à 4h du matin le sergent KERVADEC avec 4 hommes voir ce qui s’est passé et voir si les Allemands occupent encore leurs tranchées.
Je vois mon rôle, et s’ils y sont encore, il y a peu de chances d’en revenir. Nous sommes sur une crête, eux sur une butte en face séparés par un ravin, et sur chaque flanc des bois. Le fond du ravin est planté de betteraves ; Certainement dans ce bois qui garnit les flancs du mamelon où sont les Allemands des petits postes sont établis et vont nous tirer dessus quand nous allons traverser les betteraves.
Nous partons à 4 heures du matin.
Je marche devant après avoir expliqué à mes hommes ce que nous avions à faire. Nous descendons en silence à travers le bois et je commence à ramper sous les arbres et à travers les betteraves. Les hommes un par un suivent en silence.
Nous arrivons à la lisière côté allemand toujours en rampant et profitant des arbres. J’arrive en haut et je reconnais les tranchées des avant-postes qui sont évacuées. Pour voir ce qui se passe plus loin, il faut traverser un champ de luzerne. Nous avançons en rampant et nous arrivons à la faveur du brouillard à environ 50m des lignes allemandes.
Quand tout à coup une sentinelle allemande nous aperçoit et donne l’alarme ! Nous voyons les têtes allemandes dépasser la tranchée sur toute la ligne et deux patrouilles sortir en hâte de droite et de gauche pour nous cerner.
Notre mission est simple : nous n’avons qu’à rentrer, il est grand temps. J’incite les hommes à courir et je tiens les patrouilles en joue et quand ils ont rejoint le bois je pars d’un bond. Je n’ai plus le temps de ramper.
Les balles sifflent mais j’arrive quand même et nous pourrons retrouver la compagnie sans pertes.
…………une page
arrachée mais elle ne semble pas avoir été écrite
Deux jours après nous descendons à Villeneuve-Saint-Germain et nous nous reformons.
On repart pour nos premières tranchées que de nouveau on nous canarde de première, mais on fait tout de même une tranchée en avant de l’autre ce qui nous donne un meilleur champ de tir.
Tout à coup, une nuit, l’on apprendra que notre division est partie en arrière, seule notre compagnie est de reste, là ! On est remplacés à 1h du matin et nous descendons à Crouy.
Le bataillon est parti et on va tous se reposer à Mortefontaine. On marche donc, comptant rattraper la colonne et toute la nuit et jusqu’au matin. Enfin l’on arrive à Creuves, Quartier général.
On fait un repas de conserves et on demande les ordres au général.
Notre bataillon se dirige sur Compiègne ; des autos vont nous prendre pour les rejoindre.
16 camions automobiles arrivent au-devant de nous et on y monte. Et en route pour Compiègne ! A peine arrivés on apprend que le bataillon est parti vers le Nord en train. On nous colle aussi dans un train et en route !
Nous courrons toujours après eux … Nous en avons fait de la route depuis ce matin que nous avons quitté les tranchées de Crouy.
Entassés à 45 par wagon de marchandise (Pour nous reposer ?), nous roulons toute la nuit et le matin jusqu’à 11 heures environ et nous débarquons à Baumetz-lès-Logés à une quinzaine de km d’Arras.
Nous apprenons que notre bataillon est allé jusqu’à Arras.
Fin du carnet
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Épilogue
Yves KERVADEC, sergent, sera blessé le 27 novembre 1914 à Écurie (62).
Après rétablissement, il quittera le 2e régiment de zouaves en avril 1915.
Yves réussit, à Chartres, son examen de pilote et passe au 1er groupe d’aviation. Blessé à nouveau en septembre 1915. Cité à l’ordre de l’armée en novembre 1915 (médaille militaire), il combattra sur divers fronts de l’Ouest comme de l’Est, notamment sous Verdun, à Salonique, sur le front serbe.
Adjudant-pilote au 2ème groupe d’aviation en avril 1916. Il sera rapatrié sanitaire fin 1916 victime de paludisme.
Passe au 3ème groupe d’aviation en janvier 1917.
Fiche de l’aviateur Yves
KERVADEC

Ses avions seront des Nieuport, Spad, Caudron et autres Farman.
Yves reprend du service au Groupe de Divisions d’Entraînement (GDE), au Plessis-Belleville (près d’Ermenonville). Il est préposé aux essais.
Le 7 août, il se tue dans l’Oise à Eve en faisant les essais d’un nouveau bombardier.
Il a 26 ans et 300 heures de vol. Voir sa fiche.
Nota : un autre soldat du GDE (Paul ZINALEWSKY) a été tué le même jour à Eve (en fait le terrain du Plessis-Belleville) mais sa fiche matriculaire ne donne pas non plus d’information précise sur les circonstances de sa mort qui est peut-être commune avec celle d’Yves (étaient-ils 2 à bord de l’avion, Yves pilote et lui mécanicien ?)
Son frère, Édouard KERVADEC, soldat, passera au 2e tirailleurs algériens et sera tué à Quennevières, le 15 juin 1915, enseveli dans sa tranchée par un obus de mortier. Sa fiche.
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Noms de soldats inscrits sur le carnet
LARONNIER, capitaine – PLAZA - De BABEDA - PEREZ – LEBOEUF – MARTINEZ – COSSY – GUYOT – OLACHOBERY – ALVES – MUNOZ – ADAM – MONNÉ - Joseph LUTZ (de Mulhouse).
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