Carnets de guerre de Louis LECOMTE,

Chef de pièce au 32e régiment d’artillerie

 

Année 1914

 

Mise à jour : avril 2014

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Merci à : Marcelle, Anne, Mireille, Jean-Paul, Gilles, Robert, André, Philippe, Patrick, Alain pour la recopie des carnets et tout particulièrement Philippe, qui à lui seul, a dû recopier plus de 400 pages

 

 

Présentation du régiment

 

Le 32e régiment d’artillerie est composé de 3 groupes d’artillerie, composé eux-mêmes de 3 batteries de canons (batteries, numérotées de 1 à 9, de 4 canons), environ 1500 hommes.

Il est composé aussi d’un parc d’artillerie qui regroupe 2 sections de munitions d’infanterie et 3 sections de munitions d’artillerie.

Chaque groupe et le parc est commandé chacun par un petit état-major. L’état-major du régiment est composé, lui, de 7 officiers dont le colonel JULLIAN, commandant le régiment.

Le régiment est basé à Orléans et Fontainebleau et est l’artillerie de la 38e division d’infanterie.

Louis LECOMTE est chef de pièce à la 9e batterie (3e groupe)

 

 

Sommaire (N’existe pas dans le carnet)

 

Ø  Août 1914 :

ü  La mobilisation - En Belgique - La retraite

Ø  Septembre 1914 :

ü  La retraite - Aisne - La Marne - La marche en avant - Les pillages – Les Anglais

Ø  Octobre 1914 :

ü  Aisne – La funeste journée du 13 – Départ pour le Nord

Ø  Novembre 1914 :

ü  Belgique – Flandres belges

Ø  Décembre 1914 :

ü  Belgique – Flandres belges

Ø  1915

Ø  1916

Ø  1917

Ø  1918

 

 

Parcours durant l’année 1914

 

 

 

Août 1914 :

La mobilisation - En Belgique - La retraite

 

Notes

Campagne 1914

À qui trouvera, je serais reconnaissant que l’on veuille bien faire parvenir ce carnet ainsi que la correspondance qui l’accompagne à Madame Alice Lecomte, 46 rue de Bourgogne à Paris VIIème.

 

Le 3 août 1914, lundi

Paris, départ d’Ivry marchandises à 8 h ½ du matin.

Roulons lentement, ovations à chaque station.

Une douzaine d’arrêts. Nombreuses sentinelles le long des voies ferrées.

 

Arrivée à Orléans à 1 h ½. Le 32ème est maintenant en garnison à Fontainebleau.

Comme l’on n’avait pas encore eu le temps d’échanger tous les fascicules, le bureau de la place nous renvoit à Fontainebleau.

Nous repartons d’Orléans à 3 h 50 et arrivons à 9 h ½. Quartier à 3 km.

Couché aussitôt, dans un couloir avec peu de paille.

Nuit froide

Les Aubrais. Train fleuri et garni de verdure.

4 août – mardi.

Après l’appel, je suis habillé et le reste du jour partiellement équipé.

5 août – mercredi

Promenade des chevaux. Revue des effets.

Indemnité de vivres de 2,50 F.

Du 6 au 12 août.

Réception des chevaux de réquisition. Ajustage du harnachement. Sortie et attelage des chevaux. (*)

Quelques manœuvres.

Achèvement de l’équipement des hommes. Sabres aiguisés.

 

(*) : À titre d’information, un régiment comme le 32e RAC (régiment d’artillerie de campagne) possède environ 1600 chevaux.

Le 12

Présentation de l’étendard. Allocution du colonel.

Le 11 août

Ma chère Alice peut, non sans grandes difficultés, venir me voir à Fontainebleau. Nous pouvons déjeuner ensemble.

Ayant trouvé une chambre, elle reste à coucher à Fontainebleau.

 

Le soir à 7 h, manœuvre de nuit.

Rentré au quartier à 11 h, je la rejoins et restons ensemble jusqu’à l’appel du matin, 6 h ½.

 

A 11 h ½, nous déjeunons, et nous nous quittons à 1 h ½, très heureux d’avoir pu nous retrouver ensemble durant ces instants pourtant trop courts.

 

à 6 h 50, ma chère Petite reprend le train pour Paris.

Le 13 août, jeudi.

Départ du quartier à 5 h ½. Embarquons au quai militaire d’Avon. Il fait très chaud.

Le train s’ébranle à 9 h ½.

Nous passons en gare de Fontainebleau.

 

Plusieurs arrêts en cours de route durant lesquels nous abreuvons les chevaux.

Dans beaucoup de stations, grâce au dévouement et à la généreuse organisation de la Croix-Rouge et des Sociétés de boyscouts, tous les trains arrêtant en gare sont pris d’assaut par les jeunes garçons qui distribuent à profusion toutes sortes de victuailles, et des seaux entiers de boissons rafraichissantes.

Sur tout le parcours, ce ne sont qu’enthousiasme et acclamations.

 

A 11 h ½ du soir, nous arrivons en gare d’Anor, à 6 km de la frontière belge.

Débarquement en pleine voie et allons bivouaquer à quelques kilomètres de là. Café.

 

À 5 h ½ départ. Pour la 1ère fois, entendu 2 coups de canon de siège (Liège). (*)

 

(*) : Liège était en effet sous le bombardement de l’artillerie lourde allemande. Il s’agissait plus exactement des forts entourant Liège. Les Allemands ont utilisé un canon de 420 mm, dont le bruit, très particulier, devait être entendu à 50 km.

Vendredi 14 août

5 h ½, départ.

Passons la frontière belge (à Ohain), sommes accueillis avec un enthousiasme extraordinaire !

Les habitants accourent vers nous avec des boissons, de la bière, des fruits, des paniers d’œufs, des pastilles de menthe, tartines de beurre, pain, cigares, tabac, cigarettes, allumettes, drapeaux et petites insignes, etc

 

La colonne étant toujours en marche, chacun happe au passage, à l’aide de son képi, tabac, fruits, œufs, un verre de bière ou de lait.

D’immenses cris de Vive la France !

Auxquels nous répondons par les cris de Vive la Belgique !

Tout le monde agite les mains ou un mouchoir ! Y compris les tout-petits enfants avec leurs deux bras ! Nous couvrons les voitures de drapeaux belges et français.

 

Arrivés à 7 h à Villers-la-Tour.

Bivouac.

Samedi, le 15 août.

Fausse alerte à 3 h. On attelle et départ à 6 h ½ seulement.

Arrivés à 10 h à Saint-Rémy.

De garde.

Dimanche, le 16 août.

Restons à Saint-Rémy, pluie 12 h durant.

Le temps est considérablement rafraichi.

Lundi, le 17 août

Saint-Rémy, pluvieux.

Mardi, le 18 août

Départ de Saint-Rémy à 4 h ½. Beau temps, arrivée à 11 h à Froid-Chapelle.

Mercredi, le 19 août

Temps assez chaud, départ de Froid-Chapelle à 11 h ¼.

Longue colonne 2ème et 3ème groupe, zouaves et tirailleurs algériens. Nous marchons au pas avec des arrêts tous les 7 à 800 mètres, et n’arrivons à Silenrieux qu’à 8 h du soir.

Il fait nuit, ce qui gêne assez les différentes distributions de vivres et de fourrage, ainsi que l’abreuvage des chevaux.

Nous nous couchons à 10 h sans avoir pu nous laver d’une épaisse couche de poussière blanche.

Jeudi, le 20 août.

Très chaud.

Aperçu un dirigeable et 4 aéroplanes français. Sommes dans une grande ferme où l’on est très bien.

Couchons dans un bon magasin à fourrage (ferme de Bethléem).

Le 21 août, vendredi.

Silenrieux.

Frais et brumeux.

Vers 5 h de l’après midi apparaît le 1er ennemi.

C’est un monoplan allemand qui se dessine dans le ciel. Immédiatement jumelles et lunettes sont braquées. Le poste de zouaves ouvre le feu, suivi bientôt de plusieurs compagnies.

Puis l’appareil survolant des lignes d’infanterie essuie un feu nourri, les salves succèdent aux salves après un virage, il change de direction, nous ne savons pas si des balles l’ont atteint car il est maintenant à une assez grande hauteur (7 à  800 m).

Mais le soir nous apprenons qu’il a du atterrir à 2 km environ d’où nous étions, il était monté par 2 officiers qui sont faits prisonniers.

Samedi, le 22 août.

Alerte à minuit 1/2.

Départ de la ferme Bethléem à 1 h ¼. Le Temps est frais.

Nous marchons au pas et par Gerlimpont et Walcourt atteignons la route de Charleroi.

Nous formons une immense colonne de plusieurs Km. de longueur.

 

L’aube parait et quelques coups de canon commencent à se faire entendre au loin. Bientôt après c’est la canonnade, de plus en plus forte.

Ce sont les pièces de siège des forts de Namur qui donnent.

À 7 h, le régiment quitte la route de Charleroi, puis à quelques cents mètres dans les champs effectue une mise en batterie. Notre échelon de combat est légèrement en arrière.

Notre artillerie est toute encadrée par les Zouaves et des Tirailleurs algériens. (*)

 

8h. Un biplan allemand apparaît. Les balles crépitent aussitôt vers lui, mais il se tient au moins à 1500 à 2000 m. de hauteur.

Après avoir plané au-dessus de nous, et fait demi-tour en arrière il revient essuyer une nouvelle fusillade et disparait tout à fait.

Le brouillard est dissipé, le temps est beau.

 

 

Une liste de noms et d’adresses figure sur cette page du carnet.

Cliquez sur l’image pour agrandissement

 

Vers 9h un monoplan allemand apparait mais il est si élevé que les tirs dirigés contre lui sont nuls. Quelque temps après c’est un monoplan français qui vient planer au-dessus de nos têtes pour se diriger vers les lignes ennemies.

À partir de ce moment on voit alternativement appareils français et allemands.

 

Un combat sérieux est engagé environ 15 Km. en avant des crêtes qu’occupent en éventail les 43e, 32e et 11e d’artillerie.

Nous sommes ainsi toute la journée en position d’attente et couchons sur la ligne de combat.

Je suis de garde.

Nuit froide. Ne peut rester plus de 10 mtes couché.

L’infanterie subit de graves pertes 74e, 129e et 1eTir (**)

 

Depuis le matin jusqu’au soir, un spectacle qui nous serre le cœur s’offre à nos yeux sur les routes qui nous environnent et convergent en arrière de nos positions.

C’est le défilé de pauvres gens désertant leur village, leur mais.. leurs biens, tout un mot.

Tantôt ce sont des petits paquets de 5, 6 ou 10, et souvent de longues files de plusieurs centaines. Quelques chevaux, quelques grandes carrioles renfermant matelas et couvertures.

 

Chacun a son petit baluchon femmes et enfants. Les tout petits sont portés à dos. Une mère allaite son enfant en marchant. Quelques berceaux sont portés à deux. Les vieillards donnent le bras aux plus jeunes.

Tous ces malheureux sont plus ou moins exténués, ayant fait pour tâcher de se mettre en lieu sûr, souvent 15, 20 et 25 Km. Beaucoup sont, à peine vêtus ou chaussés.

L’évacuation des villages a été ordonnée pour faciliter les opérations militaires et éviter le massacre des habitants. Nombreux bétail abandonné dans les champs.

 

(*) : Le 32e d’artillerie est l’artillerie de la 38e division d’infanterie qui est composé entièrement de régiments de Zouaves et de Tirailleurs.

(**) : Le texte est barré sur le carnet.

Le 23 août. Dimanche

L’aube amène les premiers coups de canon.

Les 11e, 32e, 43e et 13e d’artillerie occupent les meilleures crêtes près de Somzée. Peu à peu la canonnade augmente et un terrible duel d’artillerie est engagé.

Cette canonnade effrayante durera toute la journée sans accalmie.

 

Nous avons l’avantage jusque vers 4h et causons de sérieuses pertes dans les lignes ennemies.

 

Vers la fin du jour sous le feu de renforts ennemis d’artillerie lourde surtout, ordre est donné de nous replier. (*)

Nous nous retirons assez précipitamment région de Walcour.

L’ennemi a subi des pertes terribles. Ma batterie a fauché une batterie allemande toute entière au moment où elle prenait position au galop. Notre infanterie a souffert assez sérieusement.

Chez nous pertes légères. 1 de mes conducteurs tué lorsque nous nous replions et traversions le village de Somzée.

En tout à ma batterie 2 tués et 1 blessé. (**)

La région du combat était le Châtelet, environs de Charleroi, Tarciennes, etc.

 

On s’inquiète un peu et on s’affole inutilement. Plusieurs passages difficiles.

Arrivée et halte à 1h du matin près de Civry.

 

Départ à 3h. (Mangeons poulets passés au feu, pas de pain avec, biscuits).

 

(*) : C’est le début de la longue retraite

(**) : Il y a eu 3 tués au régiment, dont 2 à la 9e batterie (c’est donc la batterie de Louis)

Il s’agit de PERRUCHON Jules Louis et ANDRÉ Louis Baptiste, canonniers-conducteurs de la 9e batterie.

--> PERRUCHON Jules Louis, 2e canonnier-conducteur, mort pour la France à Somzée (Aisne), tué à l’ennemi, le 23 août 1914. Il était né à St Martin-sur-Armançon (Yonne), le 28 mars 1893. Pas de sépulture militaire connue.

--> ANDRÉ Louis Jean Baptiste, 2e canonnier-conducteur, mort pour la France à Somzée (Aisne), tué à l’ennemi, le 23 août 1914. Il était né à Nanterre, le 9 mai 1892. Pas de sépulture militaire connue.

Le 24. Lundi

Marchons toute la journée jusqu’à 11h du soir.

Halte dans une ferme ; réapprovisionnement toute la nuit.

Il pleut à plein ciel. Affreux temps, sommes exténués et l’on s’assied volontiers sous la pluie et sur le sol trempé pour fermer immédiatement les yeux !

Nous laissons quelques chevaux en route.

Distribution d’eau-de-vie

Le 25. Mardi

Départ à 5h.

Nous continuons notre mouvement de retraite à marche forcée.

Le 26. Mercredi

Alerte et départ à 3h du matin. Reculons toujours.

Bivouac à la Rouillerie à 11h. vive alerte. Des chasseurs éclaireurs signalent l’approche d’uhlans. Tout le monde est tranquillement éparpillé à 100 ou 200 m et s’occupe de cuisiner.

Pour la 1ère fois on apporte du vin à distribuer.

 

Grand branlebas, on court en tout sens et l’on s’affole beaucoup trop.

Une pièce est mise en batterie. Les batteries de tir rompent le parc. Les échelons se flanquent contre les haies, revolver au point. Les servants en tête et en queue de la colonne.

Des détachements de Zouaves s’avancent sur la route. Bientôt nous rompons le par cet nous retirons vers La Capelle. Un petit engagement a lieu avec un détachement de cavalerie allemande.

Nous leur faisons quelques tués et blessés, mais n’ont-ils pas eu le courage de s’approcher derrière une colonne d’émigrés ? Néanmoins ils se retirent.

 

À 3 h, départ et halte vers 6h.

 

7h ½ marche forcée de nuit. Très pénible. Nous sommes très fatigués.

 

Arrivons minuit ferme région d’Avesnes.

 

 

Une liste de noms et d’adresses figure sur cette page du carnet.

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Le 27. – Jeudi

Départ à 4h 1/2. Halte à Laigny.

Le 28 Vendredi

5h départ de Laigny. Engagement de Sissy. Combat assez important.

Bivouac à Monceau-le-Neuf.

Le 29. Samedi.

Départ de Monceau-le-Neuf à 3h ½.

Combat région de Ribémont. Sommes obligés de nous replier. Couchons en pleins champs ferme de la Ferrière.

Immense association allemande et centre d’espionnage important.

Approvisionnement monstre. Bétail, blé, avoine pour le corps d’armée, porcs plus de 200. 7000 l de cidre, 250 l de rhum, etc. plus des lits bien préparés.

Arrestation des habitants de la ferme qui défoncent les tonneaux. Découverte en plus du téléphone d’un poste de télégraphie sans fil après avoir tué le bétail.

On y met le feu.

 

Le soir, la grand-ferme n’est plus qu’un immense brasier.

Le 30 – Dimanche

À l’aube combat même zone. Bivouac à Renonsard.

Le 31 lundi

Départ du Renonsard et marche vers Laon.

Bivouac à St Marcel/Laon (3km de Laon)

(Économat. approvisionnement, 1kg de sucre, rhum, vin etc.)

Couchons dans une ferme.

 

 

Septembre 1914 :

La retraite - Aisne - La Marne - La marche en avant - Les pillages – Les Anglais

Mardi 1er septembre

Départ et marche sur Soissons

Le 2 mercredi

Continuons notre mouvement en arrière

Le 3 jeudi

Départ à 2 h du matin. Traversée de la Marne à Passy/Marne.

Marche pénible région très accidentée vers Bazoches que nous traversons.

L’échelon prend les batteries de tir.

Couchons en lisière d’un bois.

Le 4 vendredi

Départ à 6h

Vallée de la marne. Traversons Montmirail, nous dirigeons vers Provins.

Le 5. Samedi.

Départ à 4h1/2.

Nous nous replions toujours.

 

Vers midi, arrivons région de St Brice à la ferme de Lugnand.

Le 6. Dimanche

Départ à 5 h

Pour la 1ère fois, marche en avant, ce qui apporte un grand changement dans l’humeur des troupes,

Nullement découragés, mais dont cependant, cette marche en arrière répétées avaient quelque peu diminué l’élan. Le moral se trouvait un peu affaibli.

L’infanterie avait particulièrement souffert de toutes ces marches forcées en Belgique, étant déjà épuisée par les incessants combats qu’elle venait de soutenir.

On croyait tout d’ abord que ce recul continuel était dicté par la tactique, mais on finit par forger quelques critiques et à évoquer des soupçons sur le commandant de corps d’armée.

On finissait par se désintéresser de nos mouvements, ne comprenant rien à cet état de choses et ne pouvant obtenir aucun renseignement, aucun éclaircissement sur notre situation.

À partir d’aujourd’hui il en sera tout autrement.

Bivouac en pleins champs.

Lundi le 7

Temps chaud

Départ à 4h1/2

Continuons notre mouvement en avant.

Halte à Saint Martin-du-Champs.

Mardi le 8

Très chaud

3h1/2 Départ. Halte en plein champ.

 

Vers midi gros orage.

Mercredi le 9

Beau temps.

Départ à 6h.

Nous traversons les dernières lignes occupées par l’ennemi.

Triste spectacle. Pillage affreux. Maisons incendiées et bombardées.

Région de Fontenel, pour la  1ère fois nous voyons par ci par là quelques morts français et aussi des allemands.

 

La batterie présente les armes. (Toute literie dehors)

Halte à la Malmaison-Haute. Bivouac à Nesles-en-Brie près de Château-Thierry.

Le soir pluie.

Le 10. Jeudi

Pluie.

Départ à 6h. Marche en avant sans combat pour le régiment

Arrivée à Château-Thierry

Pillage offrant un spectacle lamentable.

Beaucoup d’immeubles atteints par des projectiles français. Arbres coupés en deux.

Toute la population accueille avec joie l’armée française remplaçant aujourd’hui dans la ville, ces êtres barbares qui hier encore tout enivrés de boisson pillaient et dévastaient tout, suscitant le mépris et le dégoût des paisibles habitants.

 

Halte sur la Gde place. Beaucoup de troupes.

Je trouve à acheter  du vin, quelques gâteaux, boites de sardines et pruneaux ce qui fait plaisir. Par contre il est impossible d’avoir du pain, ce qui nous manque depuis deux jours.

Bivouaquons à 3 km de Château-Thierry.

Le 11. Vendredi.

6h Temps couvert.

Le capitaine fait un communiqué du Cdt de corps d’armée sur la situation des opérations relativement bonne. Il nous prévient que dans notre marche en avant, nous allons changer de direction et aller maintenant vers l’Est.

Départ à 7h de Bézu-St-Germain.

Halte de Mr et Mme EMERY,  81 rue Dominique,  2h.

 

Vers 1 h de l’après-midi, pluie poussée par un vent violent.

Temps très rafraichi.

Bivouac à Chéry-Chartreuve. Nous ruisselons d’eau et de boue. Grand feu pour nous réchauffer un peu. Convoi d’une centaine de prisonniers allemands.

Par bonheur couchons dans une ferme.

Le 12. Samedi

Frais et pluvieux départ à 5h

Poursuivons l’ennemi de très près.

À peine avons-nous fait 1 km qu’une fusillade nourrie se fait entendre accompagnés des obusiers allemands. Nous avançons. Halte à Saint-Gilles.

Combat acharnés au-delà de Fismes (2km)

Furieuse canonnade française à laquelle les allemands répondent à peine, car ils rétrogradent en hâte pressés par les avant-gardes françaises.

 

Nous occupons Fismes depuis le matin mais ne pouvons en sortir sans passer une rivière sur laquelle sont dirigées des batteries allemandes dissimulées derrière les crêtes voisines.

Nous réussissons à déloger les Allemands et en fin de journée toute l’armée s’avance au-delà de Fismes.

 

Pertes  importantes du coté ennemi, moins sérieuses pour nous.

Je reste en arrière 1h pour rallier 3 caissons de munitions laissés au 14e.

Caissons ne sont pas venus.

Ne retrouve pas mon groupe car il n’a pas suivi la direction qui m’avait été laissée.

Il fait un temps affreux, pluie à plein ciel. Je trouve les 2 autres groupes.

Reste avec le 1er.

 

Mais au bout de 3h comme il attend encore son ordre de cantonnement, recherche un abri car je suis traversé. Trouve un hangar où  je rentre avec ma jument et m’assied sur une brassée de paille au village de Baslieux. Je me passe de manger et ne dors pas de la nuit car je n’ai pas bien chaud

Le vent la pluie s’engouffrant  sous la remise. Couvert de boue de la tête aux pieds.

Le 3e groupe était tout simplement resté à bivouaquer à Fismes.

Les hommes en cantonnement.

Le 13 dimanche

À la pointe du jour, je me mets de nouveau à la recherche du 3e groupe. Sur différentes indications, je fais 2 ou 3 routes sans résultat.

 

Au bout d’une heure, je découvre enfin une section 9e Bie en position aux avants postes. Je retourne alors à Fismes.

Bon approvisionnement, pain, rhum, quinquina, et une escalope en passant.

 

9h. départ, passons à BASLIEUX.

Bivouac à Maizy-sur-Aisne, cantonnons dans une ferme.

Convoi de 250 prisonniers allemands.

Le 14 lundi

Départ à 6h  Pluie

Halte près de Bouvancourt.

 

Vers 7 h du soir avançons en silence vers les lignes ennemies et passons la nuit à faible distance au village d’ Hermonville. Je suis de garde et ne dors pas beaucoup.

Le 15. Mardi

Réveil 3h ½

Mise en batterie 500 m en avant. Deux groupes ouvrent le faux et la canonnade  devient terrible. Quelques obusiers allemands seulement répondent et envoient des projectiles sur le village.

Incendie d’une maison.

 

4h de l’après midi

Quelques gros projectiles ennemis provoquent le déplacement de l’échelon.

On dit que les tirailleurs auraient capturé 9 grosses pièces allemandes.

Les batteries ont beaucoup tiré et nécessite un assez fort ravitaillement.

Sur la route, dans le village 2 brancardiers portent un blessé.

Un projectile tombe sur le brancard, tue le blessé, les 2 brancardiers sont indemnes.

Nous couchons sous la pluie.

Le 16. Mercredi

Réveil 5h pluvieux.

Restons sur nos positions.

10h Changement de position, halte à Guyencourt et cantonnement d’alerte.

Le 17 – jeudi

Départ à 5h30 temps couvert.

Traversons Roncy et rencontrons longue file de fantassins blessés ; beaucoup aux bras et aux mains.

Bon déjeuner, pluie.

 

Alerte vers midi. Temps affreux.

Près de nous fosse creusée pour des morts. 2 tombereaux arrivent.

Je prête mes brancardiers pour donner la main et descendre les corps. Spectacle poignant.

Les servants de l’échelon se détachent ainsi qu’un homme sur deux, d’un escadron de chasseurs qui se trouve près de nous pour rendre les honneurs.

Au milieu d’un silence respectueux les corps sont descendus entre la double haie que forme le détachement présentant les armes. L’émotion est visible sur tous les visages et chacun salue pour la dernière fois ces malheureux tombés à l’honneur pour la France et que nous suivrons peut-être dans quelques jours.

 

Vers 5h en repassant par Maizy allons bivouaquer à Révillon. Véritable trombe d’eau à l’entrée du village.

Couchons dans une ferme.

Le 18 vendredi.

Réveil 5h

Vent et temps couvert.

Nous déplaçons seulement de 300m.

Restons la journée à Révillon et couchons à la ferme. Quelques coups de canon pendant la nuit.

Samedi le 19

Pluie

Réveil et alerte 4h. Les batteries vont se déplacer en surveillance, restons ici.

Quittons position vers 11h, arrivons vers Beaurieux près Maizy.

Halte à 1h.

Bivouac.

Hommes cantonnons dans une ferme, projectiles bivouac, cheval tué.

 

Nota : une croix dessinée avant la date du jour du 20/09 : a-t-elle une signification ?

 

Dimanche 20 sept.

Réveil 2h30 – dép. 3h45

Pluvieux - Journée fameuse.

Positions des batteries très difficiles à prendre vu l’état des terrains et les fortes pentes qu’il faut gravir. Mise en batterie à 2k de l’ennemi, 1 cheval tué aussitôt.

Voitures attelées à 8 chevaux.

 

Feux intenses toute la journée.

L’artillerie allemande envoie, sans interruption, une vraie rafale de projectiles. Mais nous lui répondons largement.

Nous faisons face à l’extrême droite allemande qui n’a pas comme le centre et la gauche continué son mouvement de retraite et qui, depuis 8 jours, tient position dans des ouvrages fortement retranchés de la région de Craonne d’où nous pûmes encore les déloger.

 

Nous occupons Beaurieux, plateau de Paissy, avec parait-il une cinquantaine de batteries, dont plusieurs d’artillerie lourde.

Ravitaillement extrêmement difficile.

Chemins épouvantables.

Voitures attelées à 12 chevaux (*). Boue jusqu’aux genoux et moyeux des roues.

Tout terrain glaiseux. Arrêtons ravitaillement à 1h des pièces – continuation par transbordement à bras, les hommes marchant dans la boue glaiseuse de 0m50 entourés d’une grêle de projectiles ouvrant devant eux des trous de 1m50 de diamètre sur 1m de profondeur.

Deux conducteurs sont tués.

 

Au ravitaillement.

Abrité chemin encaissé et contre talus. 2 hommes et quelques chevaux blessés près de moi, recouvert d’une pluie de terre par projectiles éclatant à 7 à 8m.

Ramassé un éclat près de ma tête.

Ai pu faire mon ravitaillement sans autre accident.

 

Le soir venu, les batteries quittent leurs positions. Bivouac dans la vallée un peu en arrière. Couchons dans la ferme d’hier.

Canonnade un peu toute la nuit. Feu d’infanterie avec mitrailleuses. Plusieurs projectiles tombent sur la ferme;

Mon régiment éprouve des pertes assez sensibles, pertes causées par les positions des batteries dont on ne pouvait bouger sans risquer gros et que nous avions mission d’occuper jusqu’au bout.

 

À ma batterie, le capitaine gravement blessé (**), deux hommes tués (***), cinq blessés 5 à 6 chevaux tués ou blessés.

Notre plus fameuse journée  depuis que nous avons commencé la campagne en tant que pertes, importance du tir, mauvaise température et difficultés de toutes sorties.

Les hommes ont les pieds dans l’eau et sont trempés. Les chevaux n’en peuvent plus.

 

À peine si l’on peut faire un feu craignant toujours d’être repéré par l’ennemi.

 

Aujourd’hui nous avons trouvé pour la première fois un contact avec l’armée anglaise qui a les batteries à côté des nôtres.

Nous fraternisons sans pouvoir nous comprendre, ce qui est assez taquinant. Remarque : bonne tenue des hommes, bon fonctionnement ambulances ; beaux chevaux et approvisionnement supérieur au nôtre. Beaucoup de sang-froid.

Echange de divers objets.

Canons de 81mm, portée égale à la nôtre, frein au-dessus du tube, la pièce a aussi son frein de rouel. Elle semble plus complexe et elle parait en être moins simple que chez nous.

L’artillerie anglaise a aujourd’hui sa part de souffrances. Une pièce détruite sans doute quelques morts et blessés.

Plusieurs pièces furent mises hors service, en retirant culasses et appareils de pointage. Impossible de les ramasser. Etat du terrain et feu de l’ennemi.

Néanmoins les pertes ne sont pas, chez les alliés, proportionnelles à l’importance du feu de l’ennemi. Il serait intéressant de voir ce qu’ont éprouvé les Allemands.

 

(*) : Si les voitures sont attelées à 12 chevaux, c’est que le terrain devait être très très difficile.

(**) : Capitaine BIONNEAU

(***) : En effet, 2 canonniers-conducteurs de la 9e batterie ont été tués ce jour-là ; Il s’agit de GAUTHE Auguste et de SILARD Marcel Pierre.

--> GAUTHE Auguste, 2e canonnier-conducteur, mort pour la France à Paissy (Aisne), tué à l’ennemi, le 20 septembre 1914. Il était né à Essonnes (78), le 28 janvier 1892. Pas de sépulture militaire connue.

--> SILARD Marcel Pierre, 2e canonnier-conducteur, mort pour la France à Paissy (Aisne), tué à l’ennemi, le 20 septembre 1914. Il était né à Paris, le 16 juin 1894. Pas de sépulture militaire connue.

 

Le 21 Lundi

Réveil à 6 h – pluie

Ravitaillement.

Ne pouvons plus rester au bivouac sur le terrain, reculons sur un emplacement meilleur à quelques mètres. Temps un peu meilleur.

 

Repos tout l’après-midi. Nous en profitons pour nous nettoyer un peu ce qui n’est pas un luxe !

Feu d’artillerie moins nourri qu’hier.

Nous couchons à la ferme pour la 3e fois et passons une bonne nuit de 8h du soir à 5h du matin.

 

À 6h1/2 le lieutenant a réuni toute la batterie pour rendre un dernier hommage aux deux camarades tombés hier victimes de leur devoir.

Le 22 mardi

Départ 7h.

Assez beau, 3e groupe, même zone, région d’Oeuilly  en position d’attente.

Mise en batterie et quittons positions presque aussitôt pour un nouveau bivouac d’alerte à Moulins couchons au moulin.

Aujourd’hui ralentissement dans le feu ennemi.

Sommes toujours avec nos confrères anglais.

Le 23 mercredi

Beau temps

Dép. 6h

Positions de la veille après-midi essuyons par 2 fois un bon feu d’artillerie ennemi trop long heureusement de 200 à 300 m

Bivouac à Moulins. Couchons dans le moulin

Le 24 jeudi

Départ 5h ½. Il a gelé un peu. Très beau.

Mêmes positions. Journée de tranquillité, essuyons à peine 20 à 30 coups assez proches.

Bivouac à MOULINS, couchons au moulin.

Le 25 vendredi

Départ 6h. Très beau, mêmes positions.

 

Vers 10h, le feu de l’artillerie allemande qui nous environnait à 3 ou 400m se rapproche et plusieurs projectiles éclatent à quelques mètres de nous.

Deux chevaux sont tués. Aucun homme blessé.

Nous nous abritons fortement dans de bonnes excavations que nous avons creusées dans la pente d’un talus jusqu’à une accalmie du feu.

Nous quittons notre place aussitôt pour aller 1 km en arrière vers le moulin où nous bivouaquons. Je regrette ma petite grotte que je venais de terminer depuis ½ h à peine.

 

Vers 4 ½, un projectile ennemi incendie une maison du village où sont encore 2 enfants.

Un autre vient détruire la maison où cuisaient les haricots de ce soir (7 ????) ils sont perdus.

Personne de blessé.

Très braves gens chez qui nous cuisinons depuis 3 jours.

 

Vers 5h, quittons Moulins par Ailly et arrivons après 8 ou 10 h à Merval où nous bivouaquons. Le groupe se retire en arrière pour prendre un peu de repos (2 jours).

Le capitaine est revenu parmi nous.

Samedi 26 sept

Réveil 6h. Très beau. Pansage, nettoyage matériel et personnel.

Sommes sous un plateau d’où belles vues sur les lignes françaises d’où viennent éclater les projectiles allemands.

Chacun fait sa petite lessive. Bon séchage.

Sommes dans un petit pays de 120 habitants où il n’y a plus grand-chose.

Couchons dans une ferme.

Dimanche 27 sept.

Réveil 6h ½. Très beau. Continuons les nettoyages.

La petite, très petite église du village se trouve près de nous.

Messes depuis 4h du matin par les divers prêtres et aumôniers du corps (*) des services de santé.

À 9h messe officielle à laquelle j’assiste. Plus de monde dehors que dans l’église où l’on ne peut tenir guère qu’une centaine de personnes.

Quelques femmes endeuillées et enfants du village, tout le reste militaires, principalement des services de santé.

Chantons la messe (1er ton de DUMONT, O salutaris, Ave MARISTELLA. Je suis chrétien).

Instants sublimes qui remplissent d’émotion tous les assistants.

Après la messe De Profondis pour les Français qui ont déjà donné leur sang pour la France (Souvenir inoubliable).

 

À 11h on rejoint le bivouac.

 

Après-midi, ordre est donné de se tenir prêt à partir à 5h.

Quelques instants plus tard apprenons que nous couchons ici, à la ferme d’hier.

 

Réveil à 1h, départ à 2h allons prendre position région de Beaurieux.

 

(*) : Corps = corps d’armée

Lundi le 28 sept.

Couvert. Départ 2h. Brouillard.

Mise en batterie un peu en arrière du plateau meurtrier du 20 sept à 500m de Bas-Beaurieux.

Échelon dissimulé en arrière d’un bois, chevaux et hommes, rentrons sous bois.

Couchons les soirs dans une ferme située à quelques cents mètres. La batterie couche sur ses positions à 1500m environ.

 

Vers 9h, alerte canonnade extraordinaire ! Y compris l’artillerie lourde et feu d’infanterie.

Tout le monde est debout. On ne sait trop ce qui se passe.

 

Au bout de ¾ d’heure environ tout rentre dans le silence et nous nous recouchons.

C’était une contre-attaque allemande repoussée.

Mardi le 29 sept.

Réveil à 6h - brumeux - mêmes positions.

 

Dans l’après-midi, nous nous rapprochons de la batterie et couchons sur place dehors (je couchais sous un petit toit). - nuit assez calme. N’avons pu réapprovisionner en munitions.

Mercredi 30 sept.

Couvert. Réveil 6h, mêmes positions.

Échelon déplaçons de 7 à 800m. Conduis à Fismes sur un avant-train, un camarade malade.

Je le dépose à l’hôpital où la sœur supérieure nous donne un bon déjeuner. 26 Km aller et retour.

Couchons sur les positions échelon dans une ferme voisine.

Pas de munitions de la journée.

 

 

Octobre 1914 :

Aisne – La funeste journée du 13 – Départ pour le Nord

Jeudi 1er octobre

Froid, gelée blanche et brouillards.

Départ 3h ½, par Oeuilly, Bourg-et-Comin allons prendre position à Moulins.

Revenons ainsi avec nos confrères anglais.

 

Vers 9h soleil et temps magnifique.

Village de Moulins très éprouvé depuis que nous l’avons quitté l’autre jour.

Ferme entièrement écroulée et incendiée, bien des maisons mi-écroulées l’église également.

Aucune vitre ne reste dans le pays.

Pas ???? section de munition aujourd’hui.

Couchons dans une sorte de cave voûtée où nous sommes très bien, car il n’y fait pas froid, une grande chaudière y cuit du grain. Les gens sont très avenants.

Journée d’inaction hommes très tranquilles.

La batterie n’a tiré que 40 coups.

Vendredi 2 oct.

Réveil 5h pluvieux.

Comme hier journée tranquille, mêmes positions, ne sommes pas encore ravitaillés. La batterie ne tire qu’une vingtaine de projectiles. Assez beau temps.

Couchons dans notre cave d’hier et sommes très bien.

Reçois ce soir de ma chère Alice, une bonne chemise de tricot qui va m’être précieuse bientôt sans doute.

Samedi 3 octobre

Réveil 6h. Beau temps.

Mêmes postions. Journée calme.

Couchons comme hier.

Dimanche 4 oct.

Réveil 6h ½. Beau comme les jours précédents.

Nous nous rapprochons de la batterie de tir.

Couchons comme hier.. Sommes ravitaillés de 2 voit 6e ???

Lundi 5 oct.

Beau.

Quittons Moulins à 4h.

Sommes remplacés par le 1er groupe et allons nous reposer à Merval.

Vers 10h, un aéroplane allemand laisse tomber une bombe au milieu de tirailleurs algériens. Aucun blessé, seule une maison à ses vitres brisées.

Couchons dans une ferme (toute la journée nettoyage général).

Mardi 6 oct. 1914

Réveil 6h. Pluvieux.

Nettoyage._ promenade des chevaux (ce qui me semble assez drôle !) visite d’aéroplanes allemands poursuivis par des appareils français.

Couchons dans la ferme d’hier.

Mercredi 7 oct. 14

Réveil 6h. Beau. Promenade des chevaux. Je vais au réapprovisionnement pour les officiers à Fismes avec 3 hommes. Trouvons à peu près rien.

(Revue de détail ! et 10 minutes de manœuvre à pied !!)

Couchons ferme d’hier. Recevons comme hier la visite d’avions ennemis.

4 pièces mises en batterie sur le plateau leur font prendre le large.

Vers la fin de la journée stupéfaction de voir arriver

Quelques salves de 150 allemands absolument dans notre direction. Le dernier coup vient même de toucher terre à 50 m d’une corde de chevaux et un éclat arrive sur un de mes caissons !

Pas de blessés. Heureusement ça s’en tient là.

Couchons comme pierre.

Jeudi 8 oct. 14

Gelée et beau temps. Réveil 6 h.

Pour la 1ère fois j’ai fait le tour du cadran, m’étant couché hier soir vers 6h ! (Je mange un bon café au lait).

Revue des chevaux.

Avions allemands.

Même cantonnements.

Vendredi 9 oct. 14

Gelée, beau temps. Réveil 1h.

Quittons Merval à 2h pour prendre position à Moulins. L’échelon reste à Oeuilly.

 

Dès le jour, nous essuyons quelques coups longs et plusieurs éclatements de 105 arrivent au dessus de nous. J’échappe même à un éclat large comme la main qui me passant au dessus de la tête fait une forte incision dans la cuisse d’un cheval à 4 m de moi, puis par sa rotation, touche terre et s’en va donner sur un peuplier situé à 40m pour retomber au pied de mes marmites où cuit la soupe !

Heureusement le feu ne dure pas.

 

Vers 5h de l’après-midi, nous nous rapprochons de la batterie, emplacement précédent. Nous nous retrouvons au milieu des Anglais qui occupent toujours leurs mêmes positions.

J’ai reçu aujourd’hui de ma chère petite un passe-montagne et une livre de bon chocolat.

Je couche à Moulins comme l’autre fois, dans la cave voûtée, où l’on est très bien.

Samedi 10 oct. 1914

Temps couvert. Réveil 5h.

Nous nous installons dans le bois, chevaux et voitures.

Les hommes font des abris. (Cuisines très gentillettes !). (Genièvres et champignons).

Je couche avec mes cuisiniers, à Moulins dans une chambre démeublée, cheminée, feu ; sommes très bien.

Dimanche 11 oct. 14

Beau temps. Réveil 6h.

Sommes bien tranquilles sous nos sapins.

 

Le soir vers 5h, nous essuyons cependant une demi-douzaine de salves de 105 fusants ! Au beau milieu de notre diner.

On s’abrite et tout rentre dans le calme.

 

Le soir, nous couchons comme hier.

 

Vers 11h le capitaine vient donner des ordres au chef et s/chef, en vue d’une attaque pour demain matin.

 

À minuit on amène 3 caissons de ravitaillement.

 

Nota : une croix dessinée avant la date du jour du 12.10 : a-t-elle une signification ?

 

Lundi 12 oct. 14

Gelée. Brouillards. Beau temps. Réveil 2h1/2.

L’échelon se tient prêt à 4h pour le cas de départ.

 

4h ½. Commencement de l’attaque.

Vive fusillade et canonnade franco-anglaise durant la matinée. Nous ne bougeons pas de place.

On dit que notre infanterie a gagné quelques tranchées.

 

Vers 8h nous recevons à l’échelon quelques salves de fusants 105 : deux hommes sont très légèrement blessés.

 

À midi la journée devient cruelle pour notre échelon et en particulier pour ma pièce.

Ayant fini de manger depuis dix minutes environ me dispose à conduire un caisson de ravitaillement à la batterie. Prêt à sortir du bois arrive un 105 percutant au pied de l’arrière-train.

L’adjudant (*) commandant l’échelon et que nous estimons tous se trouve à passer juste à ce moment, le projectile tombe à ses pieds et en éclatant le cloue contre la roue de l’arrière-train. Il est mort, la figure arrachée !

N’ayant pas eu le temps de pousser qu’un faible cri. (15 ans de service marié et père de 2 fillettes 7 à 10 ans)

Deux conducteurs sont blessés l’un à la cuisse, l’autre à l’épaule et à la poitrine.

Un servant est atteint aussi au-dessus du rein gauche.

Après pante-vient on est heureux de constater que ces blessures ne seront sans doute pas mortelles. Un cheval seulement est blessé. Le caisson légèrement endommagé.

 

(*) : MOREAU Paul Louis, adjudant, mort pour la France à Moulins (Aisne) le 12 octobre 1914, tué à l’ennemi. Il était né à Châteauroux le 14 novembre 1877.

 

Remercie Dieu d’avoir échappé cette fois encore à la mort.

Me trouvais à 5 ou 6 m du caisson, à cheval. Le projectile est passé entre ma tête et celle de mon brigadier distant de 1m50, déplaçant nos deux képis !

 

Quelques instants s’écoulent et un 2ème projectile percutant arrive, tombant à 10m du 1er près d’autres caissons non attelés.

Un arrière-train est complètement brisé, une roue arrachée, une pioche coupée en deux, le corps du caisson troué de part en part. Deux ou 3 caissons voisins ont des rets ou des jantes brisées.

J’ai un sac d’avoine et un de pommes.

 

Ayant retiré l’adjudant, je fais mon ravitaillement tandis que mes brancardiers s’occupent des blessés. Les blessés et le mort sont, après visite du major, amenés à Moulins. Le corps du malheureux adjudant est déposé dans l’église où il sera veillé cette nuit.

 

L’échelon se déplace et nous retournons près d’Oeuilly.

 

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Nota.

Moi et mes cuisiniers, ainsi que l’adjudant, avions justement fait un déjeuner princier, ayant trouvé deux poulets à acheter que nous avions fait à la broche. Distribution de vin et confitures anglaises.

Fatalité, je venais de dire en plaisantant à mes hommes du caisson que j’emmenais, de ne pas oublier leur pansement individuel !

On aurait pu croire la voiture poursuivie par un sort mortel, ayant replacé de nouveaux conducteurs sur les chevaux, nous avions fait environ 200m qu’un nouveau percutant 105 tombe à 20m de nous.

Heureusement personne ne fut blessé.

Nous étions près d’Oeuilly, au bord de l’Aisne que tout n’était pas encore fini car à peine étions-nous couché, sous un frêle abri tout ajouré qu’une demi-douzaine de salves de 77 viennent éclater au dessus de nous.

Sans résultat fâcheux heureusement.

Journée de deuil qui nous émotionne tous et nous priva d’un chef qui était un excellent camarade.

 

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Le repas du soir fut bref et je ne mangeais presque pas.

De plus j’ai à déplorer la perte d’un petit sachet contenant entre autres choses : mon flacon de menthe, un d’eau de vie, un autre de Kola. Plus tout mon courrier reçu depuis le commencement de la campagne.

J’en suis bien contrarié.

 

Les caissons sont plus touchés que l’on ne l’avais cru.

Petits éclats dans tous les sacs des galeries.

Portrait de femme troué dans les cheveux : 2 cordes à chevaux coupées en 3 ou 4 endroits. Un éclat a traversé 3 caissons. Volant de frein (cuivre) haché, etc.

Mardi 13 octobre 1914.

Pluvieux. Réveil vers 5h ½.

J’ai passé une mauvaise nuit. J’ai mal dormi, avec froid aux pieds depuis 2 ou 3 h du matin. Je réorganise ma pièce un peu démantelée.

Je n’ai plus de cuisinier mes quatre brancardiers étant restés à Moulins. Essuyons quelques salves de 77 !

 

À 5h de l’après-midi.

Enterrement de l’adjudant.

J’y suis délégué avec un brigadier pour représenter l’échelon distant maintenant de Moulins de 5 km. Le corps mis en bière est déposé dans une chapelle latérale.

Sont présents : le capitaine, le lieutenant en 1er, le maréchal-des-Logis chef, presque tous les s/off.

Et brigadiers de la batterie et un piquet de servants en armes.

Sont présents également le lieutenant-colonel, le chef d’escadron commandant le 1er groupe et plusieurs officiers. Il y a aussi quelques Anglais, et bon nombre d’habitants du village.

L’aumônier divisionnaire fait la levée de corps recouvert de fleurs des jardins et de plusieurs couronnes, puis après le chant de la Prose et du Libera donne l’absolution.

 

Simple cérémonie vraiment lugubre sous une voute trouée en plusieurs endroits et une toiture bien endommagée. De temps en temps, les coups secs des batteries anglaises ébranlent les vitraux et font descendre les tuiles qui ont été déplacées et brisées et ne demandent qu’à tomber.

Les Anglais, dont est rempli le village sont dehors, dans une tenue impeccable saluent le mort lors de son passage. Les sentinelles présentent les armes.

 

Arrivons au cimetière, quelques salves ennemies sont encore venues éclater près de sa tombe ; et tandis que tonnent quelques batteries anglaises, le capitaine, le corps ayant été descendu, donne lecture d’un petit discours qui nous étreint tous et l’oblige lui-même à s’arrêter à cinq fois.

Il fait son éloge en rappelant son état de service, et les larmes sont sur tous les yeux lorsqu’il fait allusion à l’épouse : maman dont les deux mignonnes fillettes ne reverront jamais leur papa !!

 

Il fait très noir lorsque je réintègre l’échelon.

 

Nota :

Un petit fait qui me cause une grande joie est d’avoir retrouvé le petit sachet que je croyais perdu hier, et qu’un bon camarade m’avait simplement bien rangé, étant absent lors du déplacement de l’échelon.

(Petite collecte dans la batterie pour offrir une couronne à l’adjudant.)

Mercredi 14 octobre 14

Pluvieux. Réveil 4 H

Départ 5 H

Pour la 3e fois nous retournons à Merval prendre un peu de repos.

Bivouac à l’arrivée.

Nettoyages habituels.

Difficulté pour faire du feu, pour l’eau, et pour trouver des pommes de terre.

 

Le soir arrive à nouveau une nouvelle fatale atteignant l’échelon et ma pièce en particulier. Le cycliste de la batterie (brigadier depuis quelques jours seulement) a été atteint, hier soir à Beaurieux (où il se trouvait détaché) par un éclat de projectile qui l’a tué sur le coup !. (*)

C’est une vraie liste funèbre pour ma pièce !

Cette fois encore nous déplorons tous la perde d’un charmant garçon qui était pour tous un excellent camarade.

Couchons à la ferme de Merval.

 

(*) : AUCOMPTE Marcel Auguste, brigadier, mort pour la France à Beaurieux (Aisne) le 13 octobre 1914, tué à l’ennemi. Il était né à Paris le 25 août 1893.

Jeudi 15 octobre 14

Réveil 6 h. Pluie

Nettoyages. Cantonnement d’hier.

Vendredi 16 octobre 14

Réveil 5 H. Couvert

Promenade des chevaux. Visite du matériel, des chevaux et après midi revue des hommes.

Samedi 17 octobre 14

Pluvieux

Réveil 1 H – Départ 2 H

Allons prendre position à Beaurieux région qui nous a déjà vu il y a quelque temps (Engagement du 20 septembre plateau de Paissy).

L’échelon est dans un bois humide et marécageux.

Sommes bien mal installés.

Dimanche 18 octobre 14

Réveil 3 H – Départ 4 H. Pluie

Changement de position, allons à Moulins, remplaçons les batteries anglaises.

Échelon près de  Bourg-et-Comin. Sommes bien installés dans une grande ferme. Couchons dans un grenier sur un bon lit de foin.

Il est environ 5H ¾ !!

Journée calme.

Lundi 19 octobre 1914

Réveil 6 H- Temps couvert.

Passé une bonne nuit et pour la 2e fois ai fait le tour du cadran ! Avec un sou de lait ai pu m’offrir un bon café au lait. Journée assez calme. Coucher d’hier.

Mardi le 20 octobre 1914

Pluvieux. Réveil 6 H ¼

Ai fait pour la 3e fois le tour de l’horloge !

L’état major de la 38e division venant s’installer dans la ferme, nous changeons de cantonnement pour coucher.

(Cuisiniers et moi couchons dans une petite cabane anglaise que nous restaurons.)

Mercredi 21 octobre 14

Réveil 6 H ½ - Pluie.

Bon feu à 1m50 de notre lit de paille !

Journée calme. Couche aux cuisines.

Jeudi le 22 octobre 14

Réveil 6 H ½ - Beau

Bonne journée. Je reçois de ma chère petite 4 lettres ou cartes et deux petits paquets contenant quelques objets d’hiver et aussi des petites gourmandises.

Je m’inquiétais un peu n’ayant rien reçu depuis le 15 où elle m’écrivait une carte datée du 5.

Journée calme. Avions.

Vendredi 23 octobre 14

Beau temps – Réveil 6 H ½.

Rien de particulier. Les avions qui n’avaient pas pu sortir depuis 5 à 6 jours à cause de la brume ont commencé depuis hier leurs randonnées habituelles.

Journée calme.

Samedi 24 octobre 1914

Temps superbe. Réveil 4 H.

Je vais au logement. Quittons Bourg-et-Comin pour un repos de 3 jours entre Révillon et Glennes.

Nettoyages habituels.

Bon local pour notre petit tripot de pièce. Assez bien couchés.

Touchons aujourd’hui quelques gourmandises ! Chocolat, jambon, confitures, gruyère, thé et sucre. Complément d’effet d’hiver.

Ferme morte, hôpital, blessures graves. Autrefois 25 chevaux, 54 bœufs.

Dimanche 25 octobre 14

Temps magnifique. Réveil 5 H.

Promenade de chevaux.

Revue de chevaux et de harnachement.

Lundi 26 octobre 14

Pluie toute la nuit. Temps couvert et vent.

Le bruit courant hier soir que notre séjour ici allait être interrompu et que nous allions partir dans la nuit a été confirmé et ordre a été donné de se tenir tous prêts.

Réveil a lieu à 3 H ½ et le départ à 5 H.

Tous les racontars possibles sont entendus.

Une seule probabilité s’en dégage : notre déplacement vers le Nord de la France. Déplacement de toute la division (38e).  Le régiment vient de fixer en stationnement à Cuiry-lès-Chaudardes.

Grande ferme (Château) chevaux et voitures dans le bois ; les hommes assez bien cantonnés.

Je suis de garde.

Mardi 27 octobre 14

Temps frais.

La nuit n’a pas été froide. J’ai peu dormi car j’ai été dérangé assez souvent pour le service. Nous apprenons que nous allons cantonner à la Fère-en-Tardenois et embarquer demain.

Distribution de vivres d’embarquement, complément d’équipement et d’effets de bas...(?)

Ravitaillement en munition.

Femmes émigrées quittant la ferme pour chercher du travail, arrachage de betteraves, etc…

A la ferme quelques hommes passant la soixantaine travaillant avec jeunes gens de 13 à 15 ans à ensemencer un peu de blé.

 

13 H départ. Je vais faire le logement.

Arrivée à Fère-en-Tardenois, petit pays d’un peu plus de 2000 habitants. On est étonné en y entrant de trouver le calme et la tranquillité ! On respire !

La moitié des commerçants ont rouvert leurs magasins. C’est pour nous la ville paradis. On peut se

Réapprovisionner en tout. Charcuterie, pain, chocolat, vin, alcool, papier, cartes, tabac etc, etc.. (J’achète du chocolat, sardines, pain, vin, cartes, crayons, 1 carnet pour continuer mes notes, 1 almanach de la région, etc..)

Nous cantonnons dans des granges et couchons dans des greniers.

J’ai aussi acheté des journaux. (J’envoie des vues du pays) Très bon accueil.

Mercredi 28 oct. 14

Réveil 6h1/2, couvert.

Café au lait.

Départ pour la gare à 2h (située à 1500m). Embarquement sous la pluie (café dans le bois).

 

Le train démarre à 6h30, tout s’est passé sans incident.

 

Vers minuit approchons de la capitale et bientôt arrêtons à Plaine-St-Denis ! Grand brouhaha sur toute la longueur du train ! Tout le monde est réveillé ouvre et regarde aux fenêtres !

Le capitaine descendu le premier sur le quai crie :

« Pantruche-les-bains ! Vous pouvez descendre vous réchauffer les pieds ! »

C’est à propos car tous nous les avons à la glace !!

 

Les wagons sont assez mal clos, surtout le plancher. En un clin d’œil nous sommes tous descendus. Le ciel est sillonné par bon nombre de projecteurs.

Je regarde vers Paris, en pensant que ma chère petite est là si près et que je ne peux la voir, tout le monde écrit des cartes !

Je ne manque pas de faire la mienne ! Nous remettons tout cela à des employés sur les voies, qui, ô bonheur, nous disent que ce sera remis aux destinataires probablement aujourd’hui ! Les conversations sont très animées, chacun chante et cris, tout est de la partie !

L’un voit le Panthéon, un autre la Tour Eiffel, un 3e la butte Montmartre mais en fait on n’aperçoit rien, le temps étant brumeux.

 

Après avoir échangé notre locomotive, nous prenons la direction du Nord.

L’arrêt a duré 20 minutes environ.

Tout le monde est remonté. Le silence se fait, le train démarre, plus de clameurs joyeuses !

Les conversations cessent et chacun recommence à sommeiller. On entend bientôt quelques ronflements !

Maintenant Paris tant convoité s’éloigne de nous !

Jeudi 29

Quelques arrêts de temps en temps.

Nous passons successivement Creil, Péquigny, Hangest, Longpré, Amiens (café), Abbeville où des personnes de la Croix Rouge nous  apportent du thé, Étaples, Cormiers, Pont-de-Briques, Boulogne.

 

À partir d’Étaples le voyage devient intéressant on aperçoit la mer durant 20 minutes. Paris-Plage, bateaux pêcheurs, un vapeur, dunes.

Puis Boulogne-sur-Mer, ses matelots, ses gentilles boulonnaises, le port, (phares).

Acclamations ! Digue, plage.

Embranchons sur Calais (fabrique de plumes à écrire Blanzy) Pépinières de houblon. Ancien fort de Napoléon.

Passons à Wimereux, très jolies vues sur la mer Marquise, Rinxent.

Aux Tontinettes (?) près Calais changeons de ligne, passons Pont-de-Coulogne, Pont d’Ardres, Hazebrouck et arrivons à Cassel à 8h 1/2, point de débarquement.

 

Avons trouvé le parcours long quoique coupé par de bonnes parties de cartes. Ovation sur le parcours.

Débarquement sous la pluie, vent froid.

Allons cantonner à 3 km (à Oxelaëre). Chevaux dehors, couchons dans une grange, il est plus de 11h.

Trouvons une différence sensible comme température d’avec la région où nous étions. Suis obligé de me couvrir un peu plus.

Vendredi 30 oct

Froid pluvieux.

Réveil 6h

À midi départ.

Longue étape de avec quelques arrêts de 5 minutes, arrivons à Hondschoote.

 

Il est 8h1/2, lorsque nous formons le bivouac près des 7e et 8e batteries à l’entrée de Furnes.

Chevaux dehors et les hommes à 800m dans une grange où nous sommes les uns sur les autres, nous couchons à 10h1/2.

Samedi 31 oct. 14

Froid brumeux.

Réveil 2h1/2, départ 9h1/2.

Traversons Furnes (un peu plus de 2000 habitants) et prenons position à 5 ou 6 km de là.

Terrain plat et très grande plaine, brumes et grands fossés.

Prenons contact avec l’armée belge.

Pauvres soldats dépenaillés et fatigués, plus ou moins boueux, abandonnés souvent à eux-mêmes, plus d’officiers pour les encadrer, conduits au feu et ramenés par la gendarmerie, donnent l’aspect de débris et restes d’une armée écrasée par la force brutale en dépit de son courage et de son héroïsme !

Sommes à peu près à égale distance de Nieuport et de Furnes. Et à environ 5k de la mer près de Nieuport on aperçoit Ramscappelle.

 

Le feu semble assez ralenti, on avait cependant craint parait-il que nous soyons débordé dans ce coin là, l’armée belge se trouvant seule et un peu démoralisée.

Il n’en est rien au contraire.

Un village vient d’être repris cette nuit par les français (Ramscappelle), ainsi qu’une voie ferrée qui a son importance. Les Allemands sont contraints de reculer de 1 ou 2 km. On dit qu’une des dignes vient d’être rompue et qu’une partie des troupes ennemies est dans l’eau jusqu’à la ceinture !

À souhaiter qu’il y en ait le plus possible dans cette position !

À l’échelon, couchons le soir dans un petit grenier, les chevaux à la corde.

Remarqué tenue et propreté de tous les intérieurs des habitations.

Nombreux estaminets, très gentillets.

 

 

Novembre 1914 :

Belgique – Flandres belges

Dimanche La Toussaint

Assez beau.

Réveil 3h1/2, départ 4h

Reprenons la direction de Furnes sans y passer. Arrêtons à Hoogstade où nous trouvons les zouaves et les spahis marocains. (Moutons à la broche)

 

Depuis notre départ ce matin rencontrons bon nombre de personnes endimanchées et se rendant à la messe.

C’est en effet la fête de la Toussaint.

Tous ces braves belges nous regardent défiler avec intérêt, mais sont muets. Ce n’est l’entrée enthousiaste à Ohain !  Tout est silencieux on aperçoit sur ces visages endeuillés un mélange de tristesse, de désolation et d’espérance quand même !

Pauvre Belgique ! bien petit est l’espace qui n’a pas encore connu l’invasion !

Après un arrêt d’une heure, reprenons notre chemin et allons faire halte à Linde.

 

Ne nous apercevons guère que c’est dimanche et de plus jour de fête que par ces nombreuses familles belges restées jusqu’ici au foyer et qui ont voulu aujourd’hui faire un peu de toilette au milieu de ces importants mouvements de troupes, du bruit fantastique des camions automobiles  et de ces interminables convois !!

On entend pourtant de temps en temps les cloches des églises se répéter entre chaque petit pays (lesquels sont très rapprochés) des sons dont on ne saurait dire si ce sont les notes joyeuses de la fête qui nous parviennent ou bien plutôt les glas de tous ces héros qui tombent à chaque instant trop nombreux sous l’explosion mortelle dont le bruit infernal arrive jusqu’à nous !

Douloureuse vue que tous ces pauvres enfants pour qui tout cela

Est une énigme et dont les mères inquiètes se demandent à chaque minute, si l’ordre d’évacuation ne va pas les chasser de leur foyer pour jamais !!

 

Je pense qu’en ce moment ma chère petite, elle aussi a fait toilette, et penchée vers DIEU prie pour son LOUIS et pour la FRANCE ! …

 

Sommes donc arrêtés à Lendé, il fait un temps superbe.

Le régiment est en réserve d’armée et par conséquent à la disposition de l’état major.

C’est par ici que nous devions venir tout d’abord, et c’était pour donner la main aux Belges que nous avions fait hier cette marche forcée vers Wulpen et Ramscappelle

 

À 3 heures de l’après-midi, alerte !

Départ 15 minutes après.

Nous continuons notre route et arrêtons un peu avant Poperinghe où nous faisons halte et cantonnons, chevaux et voitures en lisière de haies et les hommes dans une ferme.

(Avant Poperinghe passons Oostvleteren et Nestvleteren 8 et 7 Km de Poperinghe).

Lundi 2 novembre

Fête des Morts.

Les évènements en sont aujourd’hui un grand jour ! Que de prières vont monter vers les cieux.

Que de pèlerinages aux cimetières, d’arrêts devant toutes ces petites croix de bois dont le nombre s’augmente quotidiennement en un endroit quelconque du village ! 

La France entière honore ses morts et prie pour le succès de ses armes !

 

Réveil à 6 heures, froid et couvert, 

Nous tenons prêts à partir d’un moment à l’autre, entendons la fameuse bataille région d’Ypres. La journée se passe assez bien pour nous.

Cantonnement d’hier. Les habitants parlent difficilement le français.

Mardi 3 novembre

Assez beau.

Réveil 5 heures et ½.

Nous sommes à quelques cents mètres d’une station importante d’avions anglais. Il fait à peine jour que nous voyons s’effectuer une dizaine de départs à quelques minutes d’intervalle.

Toute la journée il y a 5 à 6 appareils à évoluer. Quelques visites aussi d’avions allemands dont un nous lance des bombes. Une nous tue 2 chevaux et blesse 2 hommes légèrement ; deux autres tombent sur Poperinghe sans résultats.

Vendeurs belges, tabac, allumettes, savonnettes, etc…

 

La canonnade semble aujourd’hui s’être éloignée.

Première distribution de nos lettres restées en litige depuis le 27.

Mercredi 4 novembre

Réveil 6 heures. Brouillard, et beau temps.

Sommes toujours sur le qui-vive ! – rien de nouveau. Nettoyages.

Nombreux avions franco-anglais.

 

Le soir, pluie à plein.

Jeudi 5 novembre

Réveil 5 heures 1/2.

Couvert.

Promenade des chevaux. Nettoyages et revues.

Visite à l’aérodrome anglo-belge qui est 700 ou 800 mètres de nous et compte une vingtaine d’appareils.- Très intéressant, bombes différentes, flèches, etc…

Le soleil fait son apparition. Je n’ai jamais vu le ciel sillonné par autant d’appareils.

Je vois le premier accident depuis que je suis en campagne un avion heurtant des branches d’arbre au départ capote et vient se renverser sur le sol l’appareil se brise, le pilote est blessé mortellement et l’autre passager assez gravement.

Même coucher.

Vendredi 6 novembre

Brumeux, beau temps.

Toujours de nombreux avions dans le ciel par contre peu d’allemands même aujourd’hui pas un seul. (Petite tracasseries régimentaires ! revue de quartier !)

Samedi 7 novembre

Brumeux beau temps.

Réveil 6 heures. Promenade des chevaux. Sommes à peu près au repos.

Les 1er et 2ème groupes sont au feu pour le 18ème corps. Nous autres faisons partie du 16ème qui n’a pas même l’emploi de toute son artillerie.

La situation n’est donc pas mauvaise.

Je reçois un paquet de ma chère petite. Passe-montagne de Mme de BEAUMONT, une compote de pommes, le tout enroulé dans une bonne poignée de journaux qui vont être le plus agréable passe-temps !

Toujours notre petit grenier pour coucher, ne sommes pas bien, peu de paille, trop serrés et courant d’air !

Dimanche 8 novembre

Brumeux, beau temps.

Réveil 6 heures. Promenade des chevaux.

 

Cette nuit, terrible canonnade et fusillade aussi.

Journée très calme, on croirait le repos du dimanche observé. Toujours beaucoup d’avions franco-anglo-belges

Lundi 9 novembre

Pluvieux.

Réveil 6 heures. Promenade des chevaux.

Le capitaine rassemble la batterie pour deux communiqués.

 

Le 1er, le colonel JULLIAN est nommé par intérim au commandement de l’artillerie du 15ème corps. Le lieutenant-colonel PAINOT remplira les fonctions de colonel.

Le colonel fait exprimer à tous ses adieux et remerciements pour la belle tenue, l’entraide et le courage qu’a déployés le 32ème sur le champ de bataille. Il est heureux d’avoir eu l’honneur de le commander durant 3 ans et demi et estime qu’on peur être fier de servir dans un aussi beau régiment, déjà noble par ses traditions.

 

Le 2ème ordre émanant du général commandant en chef de l’armée de l’Est rend hommage à ce qu’a dû déjà supporter le 32ème depuis le début de la campagne, tant en privations qu’en difficultés de tout genre, déclare qu’il leur en demandera encore plus (ce qui ne saurait être au-dessus de nos forces et de notre courage) pour achever l’œuvre commencée de libération de la France.

Il déclare que l’ennemi ne travaille plus en ce moment que pour masquer son échec final.

Mardi 10 novembre

Réveil 5 heures ¾.

Promenade des chevaux. On parle de départ !

Mercredi 11 novembre

Vent froid.

Réveil 1 heure ½, départ 2 heures ½.

Repassons Westvleteren, Oostvleteren et restons en position d’attente environ 500 mètres plus loin. Suis détaché aussitôt avec 6 caissons pour aller près de Reninghe, pays suivant, ravitailler le 46ème (un groupe). Quelques 77 descendent sur le pays légèrement endommagé.

Un soldat du génie est tué devant nous par une balle d’infanterie allemande.

 

Ravitaillement terminé, suis de retour à l’échelon vers 11 heure ½.

 

À midi ½, départ, le groupe va prendre positions aux environ de Reninghe. Après avoir fait fausse route, l’échelon n’arrive qu’à la nuit par un temps affreux : pluie et un vent à décorner le diable.

Couchons encore sous un toit. Canonnade nocturne. Clocher et coq de Reninghe.

Prisonniers.

Jeudi 12 novembre

Affreux temps. Réveil 6 heures ½. Difficulté pour avoir de l’eau et du bois. Chevaux, corde et dégarnis ! Nombreuse artillerie dans la région (90, 155 et 75).

 

Dans l’après-midi, la batterie change de position et se porte en avant, à 1500 mètre de l’infanterie ennemie ! Et il parait que l’on entend les balles siffler !!

Couchons à l’abri.

Vendredi 13 novembre

Même temps : vent et pluie toute la journée. Réveil 6 heures ½. Rien de particulier.

Samedi 14 novembre

(Mon anniversaire)

À 5 heures, réveil un peu vif ! Salve de 105 à quelque cent mètres de nous et deux viennent éclater à 10 mètres ! Sans blesser personne.

Nous évacuons aussitôt le grenier et moi mon petit toit.

 

Au bout de quelques instants, tout est fini. Je reviens passer une demi-heure dans mon toit à je ne sais quel bétail !

 

Réveil 6 heures ½. Même temps, un peu plus froid.

Dans la journée, apprenons que la batterie a eu un tué (conducteur) (*) et un blessé gravement (conducteur). Un projectile étant tombé sur la ferme où s’abritaient les avant-trains.

Y met le feu, et l’homme tué est brûlé sans qu’on ait pu le secourir. Le capitaine ayant tenté d’aller le chercher au milieu des flammes est grièvement brûlé aux mains et tout à demi asphyxié.

C’est un sous-officier qui s’élance à son tour pour le retirer.

Le dernier cheval sortait de la fournaise lorsque la toiture s’effondra !

 

(*) : REDELSPERGER Eugène, 21 ans, 2e canonnier-conducteur de la 9e batterie, mort pour la France à Noordschote, le 14 novembre 1914. Il était né à Charenton-le-Pont le 9 février 1893.

 

 

 

Extrait du journal du régiment

 

Le soir ravitaillement.

C’est moi qui y vais avec 3 caissons. Il fait noir, 1 heure ½ de chemin !

 

Grand détour, au moins 5 kilomètres. 1 kilomètre de chemin affreux !

Trous d’obus plein d’eau, fossés de 2 mètres chaque côté, nombreuses mares, arbres coupés en travers, tout un pan de mur écroulé ! Chevaux s’enfonçant jusqu’au ventre !

Tout au long du chemin, maisons en miettes, d’autres sont en feu. Le bétail en part, s’abritant vers quelques meules de paille. Ici une vache est morte, là c’est un mouton, plus loin un veau.

Nous sommes encadrés par des 105 fusants et perçants. Et du 210 ! Quelques balles de fusil aussi.

Ciel illuminé par les lueurs des projectiles ! Aspect sinistre et navrant !!

 

La batterie est en position près de Noordschote, une section est détachée en avant. Tout le terrain ne forme qu’une nappe d’eau et de boue !!

Le ravitaillement s’effectue bien et nous rentrons ensuite à l’échelon.

Le 15 nov.

Dimanche. Froid, gd vent matinée de neige et pluie.

Réveil 6h ½.

Pataugeons dans la boue partout !

Compagnie de « joyeux » le soir. Frôles de citoyens ! (capitaine et s/ off.).

Lundi 16 nov.

Même temps.

Réveil 6h ½.

Bie 1 homme Cr tué et brûlé, 1 homme blessé gravement.

Mardi 17 nov.

Même temps, un peu moins froid.

Réveil 7h.

 

À 8h promenons les chevaux. Rien de particulier.

Mercredi 18 nov.

Réveil 7h.

Gelée assez forte. Promenade des chevaux.

Bie (5 chevaux tués, 1 blessé).

Mon brigadier blessé légèrement

Jeudi 19 nov.

Gelée. Réveil 7h.

Promenade des chevaux. Situation précédente, sans changement.

Vendredi 20 nov.

Forte gelée. Réveil 7h.

Promenons les chevaux. Comme presque chaque matin de 4 à 5h quelques salves dans notre direction.

Samedi 21 nov.

Forte gelée. Réveil 7h.

Promenade des chevaux. Coupe de bois pour commencer des abris pour les chevaux. Je reçois un paquet de ma chère petite. (Pipe, cigares et cigarette, chocolat, etc.).

Batterie a changé de position et se trouve un peu plus en arrière.

Dimanche 22 nov.

Réveil 7h.

Gelée plus forte encore. Bise aigüe. Sommes gelés pour commencer nos abris.

Promenade des chevaux. On ne sait guère si c’est un dimanche !

Lundi 23 nov.

J’ai assez mal dormi.

Bruit des chevaux et des veaux.

Quelques projectiles au-dessus de la ferme. Plusieurs atteignent l’échelon 7e et 8e et tuent 2 chevaux.

Réveil 6h ¾.

Il fait moins froid. Le temps se couvre et il voltige un peu de neige.

Continuons nos abris. Les hommes commencent à se faire des casemates.

 

Midi, promenade des chevaux.

 

Le soir à 8h, je ravitaille avec 1 caisson. Une attaque française commence sommes aveuglés par les lueurs.

Arrivons vers la fin.

Tout se passe bien et je rentre à l’échelon à 9h.

Mardi 24

Il a plu légèrement cette nuit, verglas. Commencement de dégel.

Réveil 7h.

À 1h promenons les chevaux.

Mercredi 25

Toujours quelques salves allemandes venant se balader dans notre région. À peu près chaque nuit.

Le dégel continue.

Réveil 7h.

Promenade à 8h ½

Un obusier français de 220 sur plateforme vient d’être monté non loin de la batterie.

Beau temps.

 

À 4h ½ ravitaillement normal à la batterie.

Suis de retour à 6h.

Jeudi 26

Le dégel continue mais lentement.

Réveil 7h.

Rien de particulier.

Vendredi 27 nov.

Assez beau et pas froid.

Réveil à 7h.

Promenade des chevaux comme chaque jour. Journée aussi calme que les précédentes.

Dons de la « Société du paquetage africain ».

Samedi 28 nov.

Réveil 7h. Pluvieux.

Rien de particulier.

Dimanche 29

Réveil 7h beau temps.

Comme les jours précédents.

Lundi 30 nov.

Comme précédemment.

 

 

Décembre 1914 :

Belgique – Flandres belges

Mardi 1er Xbre

Réveil 7h. Vent et pluie.

Rien de particulier

Mercredi 2 Xbre

Réveil 7h. Giboulées.

Comme les jours précédents reçois un paquet de gourmandises

Jeudi 3 Xbre

Réveil 6h ½

Giboulées et vent froid.

Accident épouvantable à la pièce de 220 située près de nous.

Sont tués : 1 lieutenant, 1 s/off. Et 4 servants.

Le projectile éclate en sortant du tube.

Vendredi 4 Xbre

Réveil à 7h. Froid, giboulées.

La batterie a tiré davantage, 2 ravitaillements. Notre infanterie prend une maison et cinq tranchées.

Le soir éclairs d’orage !

Samedi 5 Xbre

3h du matin, orage extraordinaire !

Dix minutes de grêle poussée avec violence !

 

À 4h, je sors dehors, il y en a 3 à 4 centim. d’épaisseur et beaucoup plus en certains endroits.

Il fait un vent glacial.

Nos cabanes souterraines ont de l’eau plus ou moins. Nous nageons partout dans une boue et un gadouillis épouvantables !  Suite de giboulées toute la journée !

Et temps affreux !

 

Le soir, zouaves à la ferme, le colonel, et le « drapeau » (4e régiment).

Dimanche 6 Xbre

Pluvieux.

Réveil 7 ¼ même situation.

Ces jours-ci nombreux avions (Voisin)

Lundi 7 Xbre

Réveil 7h ¼ pluie.

Situation inchangée, un brigadier blessé hier d’une balle à la main

Mardi 8 Xbre

Réveil 7h.

À 1h ½, quittons notre ferme formons bivouac dans une autre voisine où nous passons la nuit. (Lion belge).

À 1 km. environ. (Marins nu-pieds)

Mercredi 9 Xbre

Réveil 5h.

Il pleut depuis 3 h du matin.

 

Départ 7h, par Woesten, Elverdinghe, Poperinghe.

Arrêtons à l’entrée de Wlamertinghe, il est 1h. Temps affreux depuis notre départ, pluie continuelle. Halte dans un champ. En repartons à la nuit pour aller cantonner dans une ferme située à 1 km environ.

Train régimentaire (*) de joyeux gorilles magnifique !

Restons attelés.

Sommes heureux de nous laisser tomber sur la paille dans un grenier. N’avons à peu près rien mangé de la journée.

 

(*) : Le train régimentaire : ensemble des moyens d’un régiment destinés à fournir ce qui est nécessaire aux unités pour subsister. Ce sont des voitures hippomobiles. Voir ici le détail de sa constitution

Jeudi 10 Xbre

Réveil 7h ½,

Pluvieux en position d’attente toute la journée, dans la boue et sous la pluie !

Les joyeux quittent la ferme le soir (scènes tragi-comiques (Langue flamande).

Les gens sont très accueillants.

Vendredi 11 Xbre

Froid et pluie. Sommes toujours dans l’attente, on trouve difficilement parait-il un sol clément pour les chevaux et les voitures.

Sommes à 6 ou 7 km. De la batterie, devions nous en rapprocher, mais malheureusement plus on avance sur Ypres, plus la boue augmente et ce ne font que nappes d’eau.

Peu de fermes pour cantonner et toute sont prises. Vivons de nos plus mauvaises journées de campagne !

Souvenirs fameux !!

Les chevaux sont sans fourrage et sans paille, sous la pluie.

 

5h. La pluie qui avait cessé un peu, reprend. Je m’attendais d’aller ravitailler la batterie, mais suis bien heureux qu’aucun ordre n’arrive par un pareil temps, noir comme terre !

Ne recevons pas de lettres et ne pouvons en faire partir.

Nous avons dételé et mis nos malheureux chevaux à la corde.

Samedi 12 Xbre

Réveil 7 ½. Le temps est plus doux, mais voici que la pluie fait sa réapparition !

Dans l’attente encore !

Dimanche 3Xbre

Même temps. Réveil 7h ½

L’ordre de partir arrive à midi ½, nous quittons la ferme, pour aller prendre cantonnement non loin de là à Millecapelle, ferme située sur la route de Beninghelst à Wlamertinghe.

Sommes avec la 8e et très bien.

Gens très accueillants. Petite soirée chantante !

Dimanche 13 Xbre

Pluviaux.

Midi ½, quittons la ferme de Millecapelle pour une autre proche de quelques cent mètres.

Occupation précédente de tirailleurs, vrai désinfection !

Gens peu aimables. Sommes très mal installés.

Pluie

Lundi 14 Xbre

Réveil 7h ½.

Même temps

Mardi 15 Xbre

Pluie.

Après-midi quittons la ferme sans regret, et nous rapprochons un peu de la batterie qui est à Vormezeele en position avancée, au fond d’un …; position dangereuse, nombreuses balles !

Routes difficiles, trous d’obus, etc. Nous nous installons dans une grande ferme où nous pouvons mettre les chevaux à l’abri.

Bon cantonnement et braves gens. Je couche dans une pièce démeublée sur la paille.

Quelques malades à la batterie.

 

Cliquez sur l’image pour agrandir

Mercredi 16 Xbre

Assez beau même situation.

Jeudi 17 Xbre

Pluvieux.

Rien de particulier.

Vendredi 18 Xbre

Pluie.

Situation inchangée

Samedi 19 Xbre

Pluie.

Même situation

Dimanche 20 Xbre

Assez beau.

Soirée artistique. Chasseurs à pied, zouaves etc.

Chansons flamandes.

Lundi 21

Pluvieux.

Bruits circulant que nous allons être délogés !

Mardi 22

Assez beau.

À 2h ½ recevons l’ordre d’évacuer, à 3h quittons notre cantonnement avec regrets !

Allons cantonner à 1500m de là, dans de petites maisons où nous logeons avec difficulté. Les chevaux restent attelés. Couche dans une chambre avec toute ma pièce.

Mercredi 23 Xbre

3h du matin, la batterie prend position 3 km au-delà d’Ypres, environs de Potyse.

 

7h ½ quittons notre cantonnement pour aller prendre une ferme, route de

Millecapelle à Dickebusch chevaux en partie à l’abri, bon cantonnement. Avons une bonne pièce pour notre petit tripotage. Gens un peu sauvages et mal endurants.

 

Le soir, je vais ravitailler.

Parti à 7h1/2, je rentre à 3h1/2 le lendemain matin !

Traversée d’Ypres, arrêt aux postes de circulation ! Crochets épouvantables 25 à 28 km !

Rentrons gelés.

Achats de la batterie, longues allumettes, thé, chocolat, confitures, gruyère, rhum, sabots, couvertures etc, vin bouché.

Beau temps journée d’avions.

Jeudi 24

Beau

Avions.

Bruits de départ en repos. Messe de minuit à Dickebusch, assistance nombreuse, il fait froid, clocher démoli.

Le temps semble se mettre à la gelée. Temps vif et clair de lune.

Dans l’église on remue les pieds, on tousse etc. pas d’éclairage. 4 petits cierges à l’autel, canonnade de 75.

Sermon, Minuit Chrétien ! Noëls De Profondis, le divin enfant, retour, la boue est gelée

Réveillon !

Je me couche à 3h1/2 comme hier.

Vendredi 25

Noël

Gelée assez forte le temps se couvre. Je me lève à 8h rien de particulier.

Passons une bonne journée (Echecs)

Samedi 26

Il a gelé un peu plus fort, on espère une belle journée mais le temps se couvre.

Brise très froide.

À 3h de l’après-midi, la neige commence à tomber abondamment.

Dimanche 27 déc.

Temps affreux et froid, grésil, pluie et vent.

Le soir, ravitaillement, rentre à minuit ½.

Nouvelle traversée d ‘Ypres.

Lundi 28 déc.

Pluie.

Apprenons que nous sommes rattachés à la 42e division et resteront encore quelques jours en position.

Mardi 29 déc.

Réveil à 3h pour ravitaillement.

Depuis hier soir temps épouvantable ! Pluie et vent extraordinaire !

 

3h1/2 orage.

 

4h, je pars, le vent nous emporte ! Il fait noir à ce point que je peux voir ma route ! Je prends le milieu des arbres qui la bordent ! Collision avec fantassins engagement sur la voie ferrée ! Il pleut.

Traversée d’Ypres sans encombre, craignait fort par ce grand vent : éboulements de pans de mur, de toitures suspendues !

Tout se passe bien, néanmoins. En repassant dans Ypres nous enfilons chacun 2 bons cafés avec pousse café, ce qui nous retape un peu, nous sommes trempés et gelés !

Repasse aux sections de munitions, et rentrons à l’échelon à 11h1/2.

 

Après-midi, repos.

Bruit courant que nous allons quitter la région sous peu.

 

6h, ordre de départ pour demain matin 6h.

Mercredi 30 déc.

Réveil 4h 1/2 assez beau.

Nous partons à 6h et quittons la région d’Ypres par Reningelst, Poperinghe etc. pour aller cantonner près d’Heksken.

Gens très affables. Sommes assez bien cantonnés.

Espérons rester là plusieurs jours.

Je couche dans une grange.

Avons passé la frontière avec joie, exactement à 2h43 de l’après-midi ! Nous étions à hauteur du poteau frontière !

Presque toute la colonne se découvre, agitant les képis en signe d’adieu vers cette malheureuse Belgique qui nous a valu tant de souffrances et que nous sommes heureux de quitter pour entrer aujourd’hui sur notre sol de France.

Comme toujours avons été mouillés pour faire ce bon déplacement, une bonne partie du trajet.

Jeudi 31 déc.

Pluvieux

On se trouve bien d’être un peu en arrière, et de ne plus entendre le canon !

Chocolats et bon casse-croûte. Le bruit circule déjà que nous allons embarquer aujourd’hui.

 

9h1/2 ordre de départ pour 2h1/2 cet après-midi !

Ramassons vivement tout notre bazar !

Faisons un excellent déjeuner, bouteille de Chablis (*) – café – rhum.

Les gens nous offrent le café à nouveau, cognac et deux tournées de genièvre ! (**)

Terminons bien l’année !

 

2h1/2 Départ par Winnezeele, Steenvoorde, Castres, Méteren, etc, arrivons après un long ruban de route à Bailleul.

Il fait nuit depuis quelque temps déjà. Longs convois d’approvisionnement anglais, traction automobile.

Arrêtons quelques temps avant la gare.

Les Anglais nous prodiguent des cigarettes en quantité en boîtes et en vrac ! alcool (wiski) par quarts !! Corned-beef, la même chose !

Embarquement assez long – Clair de lune, temps assez beau.

Départ de la gare de Bailleul vers 1h05 du matin (1915).

Après minuit, échange de souhaits de nouvelle année.

 

(*) : Vin de Chablis en Bourgogne

(**) : Le genièvre est un alcool fort fabriqué à base d'eau-de-vie de grains (orge maltée, blé, seigle, parfois avoine) aromatisée à l'aide de baies de genévrier.

 Cet alcool est une spécialité de Belgique et du nord de la France.

 

 

 

Vers 1915

 

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