Carnets de guerre de Louis LECOMTE,

Chef de pièce au 32e régiment d’artillerie

 

Année 1915

 

Mise à jour avril 2014

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Merci à : Marcelle, Anne, Mireille, Jean-Paul, Gilles, Robert, André, Philippe, Patrick, Alain pour la recopie des carnets et tout particulièrement Philippe, qui à lui seul, a dû recopier plus de 400 pages

 

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Sommaire (N’existe pas dans le carnet)

 

Janvier 1915 : Oise puis Flandres belges

Février-avril 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

Mai 1915 : Flandres belges, visite détaillée de Dunkerque et de Nieuport

Juin 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

Juillet 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport, le drame de l’abri

Août 1915 : La permission, Paris

Septembre-décembre 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

Ø  1915

Ø  1916

Ø  1917

Ø  1918

 

 

Parcours durant l’année 1915

 

 

 

 

Janvier 1915 : Oise puis Flandres belges

 

1er janvier 1915

Le train est mis en marche, on ne sait où l’on va ! Avons touché 2 jours de vivres sans doute allons-nous faire un assez long trajet ! Pensons toujours aller dans l’est !!

Sommes tous fatigués on ne pense pas à manger et chacun s’enveloppe de son mieux pour achever la nuit. Il ne fait pas trop froid.

Passons bientôt à Hazebrouck.

Il fait jour et nous nous retrouvons sur notre itinéraire de l’aller.

Nanguise, Boulogne, Étaples, etc..

Nous revoyons la mer.

Puis passons Abbeville, Amiens. Quittons cette ligne à Longueau et embranchons sur Montdidier et là sur Moyenville où nous débarquons.

 

Arrivons à 2h de l’après-midi.

Avions envisagés tous les débarquements possibles sauf un ici !!! Surtout avec 48h de vivres pour un trajet de 12h.

La pluie commence à tomber, traditionnel temps pour un débarquement !! Il fait un froid de chien, débarquement assez long, manque de dispositif.

Quittons enfin la gare de Bailleul et passant par St Martin-aux-Bois, arrivons à Montigny (*) à 10h du soir.

 

Il pleut toujours et sommes gelés.

Après avoir dételé et casé les chevaux, n’aspirons qu’à nous coucher.

Je passe la nuit dans une ancienne chambre, sur la paille. Et nous poussons un bon roupillon jusqu’au lendemain matin.

 

(*) : Dans l’Oise

2 janvier 1915

Assez beau.

Lever 7h1/2. Nettoyage.

Bon casse-croûte au troquet du coin, sardines et beurre, fromage et vin blanc ! Café, pousse café ! à 11h1/2 nous administrons un excellent déjeuner : choux et saucisses, sardines, foie gras, miel, confitures de fraises, vin rouge et champagne !! Café. Popotons chez de bonnes vieilles gens.

Le soir, bon dîner aussi. Quelques chansons avant de s’endormir !

On est presque convaincu que la guerre est finie !!

Douce illusion !

Dimanche 3 janv. 15

Réveil 7h – 9h.

Rassemblement des gradés pour diverses communications.

Visite de l’église, très gentille et très propre pour un petit pays de 800 habitants.

11h apéritif

 

11h1/2, Déjeuner maouch, sardines, beurre frais, saucisson aux choux, miel, gruyère, pain frais, vin à discrétion en l’achetant ! café, c’est un régal !!

 

L’après-midi, visite au grand orgue dans l’église. Le curé est un compagnon.

L’instrument est en très mauvais état impossible de jouer dessus. Passe avec quelques camarades à l’harmonium du chœur. Chantons quelques fragments.

Partie de billard, huîtres et vin blanc.

 

Le soir, double apéritif. Bon dîner, pâté de lièvre, foie gras, lapin sauté chasseur, macaroni gratin, miel, oranges, cidre bouché, champagne (les étrennes).

Lundi 4 janvier 1915

Réveil 7h1/2. Pluie

1h, promenade des chevaux. Distribution de quelques dons d’effets.

5h, je suis de garde. Nous faisons encore un bon dîner : pâté d’alouettes, canard rôti et petits pois, gruyère, pommes, noix, orange, vin. Pour le moment nous ne buvons plus d’eau.

Mardi 5 janv. 15

Réveil 7h assez beau pas de pluie de la journée.

Bon déjeuner. Promenade des chevaux à 9h.

 

1h écris un pneumatique pour ma chère Petite. Je le porte à la gare au train de 2h le remettant à une personne qui me le déposera dans une boite en descendant à Paris.

Je vois déjà ce pli réjouir ma pauvre Alice !

Sera-t-il possible que nous ayons quelques instants de bonheur ! Se revoir après plus de cinq mois de séparation aussi pénible ! N’aurons-nous pas quitté ce pays lorsque ma pauvre petite croira déjà voir devant elle son troupier !!

 J’ai confiance et j’espère quand même !

Mercredi 6/1/15

Beau. 7h ½

Appel de la batterie près de l’église.

 

10h. Revue des chevaux par le commandant. Promenade.

Après diner vais à la gare au train de 10h, en compagnie de deux collègues comme moi plein d’espoir, mais nous revenons tous trois aussi malheureux !

Nous remettons donc à demain et rentrons bien tranquillement.

Jeudi 7/1/15

Assez beau. Appel.

À 10 h, revue des chevaux par le Ct major Vét. (*) 

Ne peux donc aller au train de 10h mais j’ai plutôt quelqu’espoir dans celui de ce soir !

 

11h fin de la revue.

Apprend tout à coup qu’un brigadier me demande !!

Soupçonne aussitôt le bonheur que j’étais loin d’entrevoir avant notre arrivée ici ! Aurais bien dû écrire tout de suite, mais n’avait-on pas déjà lancé le bruit d’un réembarquement !

Le lendemain de notre installation à Montigny. Les habitants nous ont fait un bon accueil. Je viens de trouver une chambre, où est cantonnée ma pièce. (**)

Je quitte la revue et ramène mes chevaux lorsqu’en passant devant une épicerie, j’entends mon nom dans un cri provenant d’une des fenêtres !

J’ai reconnu la voix et me retournant j’aperçois aussitôt celle que je quittai si douloureusement il y a 5 mois !

………………….(***)

Nous descendons aussitôt. Vus mon cantonnement. Une valise lourdement chargée nous accompagne.

Que de gâteries il doit y avoir dedans !

Nous arrivons bientôt à cette petite chambre que j’ai eu la bonne fortune de trouver.

 

Après quelques instants débarrassons la valise, il n’y en a pas moins d’une pleine table ronde. De tout.

Puis nous déjeunons.

 

Après-midi revue de harnachement et d’armes.

 

Le soir, diner à la popote des s/off. !

Hors-d’œuvre variés, ragoût, épaule de mouton rôtie, petit pois, fromage, desserts nombreux ! Champagne ! Thé, rhum et Kummel ! C’était quelque chose ! Et « une affaire » qui n’avait rien de sale !!!

 

 À 8h ½ retour au logis.

Bon petit feu dans la cheminée. Quoique depuis cinq mois je n’ai plus l’habitude de coucher dans un lit !

On s’y trouve vraiment bien tout de même !! Et c’est pour moi un heureux retour au repos déshabillé.

 

(*) : Commandant Major Vétérinaire.

(**) : Sa pièce d’artillerie.

(***) : Sa femme Alice.

Vendredi 8/1/15

Réveil 6h ½, assez beau.

Appel.

Promenade des chevaux. Déjeuner en tête en tête.

 

2h30, même revue qu’hier. Rapport quotidien de 4h et à 5h ½ nous dînons dans notre petit coin bien tranquille et bien heureux !!

 

Après dîner, on fait la valise, car ma pauvre Alice doit déjà reprendre le train à 8h demain matin.

Je lui donne à remporter quelques souvenirs, mon 1er carnet de notes, éclats de projectiles, lettres, etc.

Samedi 8/1/15.

Un nouveau jour de séparation !

Nous nous levons à 6h, puis déjeunons d’un bon chocolat.

 

À 7h, je conduis ma chère petite à la gare afin d’être revenu pour l’appel de 7h ½. Il est certes bien pénible de se quitter encore, mais l’on est au moins aussi heureux d’avoir eu 2 jours de ce bonheur inespéré !!

Cinq mois ne s’écouleront peut-être pas avant qu’il ne se renouvelle !!

 

9h. Promenade des chevaux.

 

Après-midi, revue des cantonnements par le commandant.

Dimanche 10/1/15

Pluvieux. Appel.

À 8h ½ je vais à la messe.

Rien de particulier. Peu de monde. Pas de service de commandé pour aujourd’hui, ce qui arrive rarement !

 

Après le déjeuner, le temps est assez beau et nous allons faire un tour à Maignelay, 880 mètres.

Dîner.

Nous continuons nos bons repas et nous nous soignons bien !

Lundi 11/1/15

Pluvieux, appel. Promenade des chevaux.

 

Après-midi revue de linge.

Mardi 12/1/15

Pluvieux.

Appel. Prom. D. ch.

 

Après-midi assez tranquille. Travaux de défense : claies et gabions.

Mercredi 13/1/15

Pluvieux. Comme les jours précédents.

Rien l’après-midi.

 

À 5h, de garde.

Jeudi 14/1/15

Pluvieux.

À 7h la batterie de tir quitte Montigny pour aller à une remise de décorations près de Morainvillers (croix à capitaine 4e Bie).

Après-midi tranquille.

 

 

Extrait du journal du régiment

 

Vendredi 15/1/15

Couvert et doux. Appel.

Promenade rien de particulier. Comme hier je vais au train du soir, 10h ½, au cas où ma chère petite aurait entrepris un nouveau voyage vers Montigny ; lui ayant écrit en effet que nous étions toujours ici et qu’elle tâche de venir si elle le pouvait.

Ne la trouve pas ! Rentre à 11h ½ me coucher seul !

Samedi 16/1/15

Froid et pluie.

Appel. Promenade des chevaux attelés.

Envoie un pneumatique à ma chère Alice l’engageant à venir.

 

Le soir reçoit une lettre où elle m’annonce qu’elle partira de Paris demain matin, et viendra avec son père.

Dimanche 17/1/15

Assez beau.

Bruits de départ devenant bientôt tout à fait fondés. Les Zouaves embarqueraient aujourd’hui et nous autres demain matin !

On parle aussi de suspension des trains de voyageurs !

Alors je ne ris plus tant ! Et c’est assez anxieusement que je vais au train de 10h !

Je n’ai qu’à moitié l’espérance qu’il arrivera à Montigny ! Et beaucoup d’autres sont comme moi ! Aussi est-ce avec une grande joie qu’on le voit entrer en gare !

J’aperçois bientôt ma chère Petite et son père. Ils ont pu arriver sans encombre.

Descendons vers mon cantonnement et déjeunons.

Nouvelles provisions de la valise ! Bon petit feu.

 

À 2h mon père reprend le train et nous l’accompagnons à la gare. Revenons ensuite tranquillement à la 7e pièce.

 

L’après-midi est vite parti !

L’heure du départ est maintenant officielle, et fixée demain matin à 4h ½.

Embarquons à Montdidier.

 

À 6h nous dînons. Il me semble plus que nous soyons en guerre !! La nuit ne va pas non plus être bien longue !

Ma pauvre petite qui pensait rester plusieurs jours arrive juste à temps pour ne pas trouver le 32e parti ! Mais il faut encore s’en estimer bien heureux. C’est un deuxième bonheur !

Beaucoup n’ont pu avoir les leurs même une fois.

Remerciements à la fermière qui fut très complaisante pour nous. Elle vient trinquer avec nous, son fils vient d’arriver, un du 4e Zouaves qui a passé par mes misères !

Fut blessé et vient en permission de 7 jours.

Lundi 18 janv. 15

Réveil 3h. Affreux temps vent et giboulées de neige !

La fermière est levée et fait un bon chocolat pour la plupart des hommes. Un bon bol avant de partir par ce temps n’est pas de l’inutile !

Le temps passe vite ! Je n’ai pas longtemps à rester près de ma pauvre petite !

4h. je lui dis au revoir et l’embrasse, souhaitant que nous ne soyions pas cinq mois avant que Dieu permette de nous retrouver ensemble quelques instants.

 

À 4h ½ nous sommes prêts à partir.

 

5h nous quittons Montigny ! Ce bon petit pays qui nous hospitalisa durant ces deux semaines.

Les temps est froid. La neige recommence à tomber, c’est bientôt une vraie rafale ! On ne peut ouvrir les yeux, et à peine avancer !! Joli début pour notre retour à la misère !!

À l’aube l’air devient plus vif, et la neige gèle sur les manteaux.

Bientôt les chevaux glissent sur la route et nous devons prendre un bas-côté.

 

Vers 8h ½ sommes à Montdidier. Avons la chance d’embarquer entre deux averses de neige !

 

À 10h sommes dans le train, et de superbes flocons blancs arrivent poussés par le vent s’infiltrant par toutes les issues du wagon !

 

Vers 11h départ de Montdidier. Avons un très mauvais confortable ! Wagons à bestiaux, mais non aménagés (sans banquettes) et sans paille !! Direction inconnue, comme toujours !

Avec un repas de vivres allons sans doute faire 5 à 6 Hres de chemin de fer ?

Mais nous voilà dans la direction d’Amiens !

Après Amiens, nous passons Abbeville !! Les craintes d’un retour en Belgique commencent à prendre corps ! Il fait nuit. On bat la semelle pour se réchauffer.

Longtemps j’hésite à m’allonger sur un plancher pas très propre et assez ajouré mais le train roulant toujours, on ne peut rester debout éternellement.

 

9h ½ Calais, arrêt de 46 minutes. Touchons 1 repas de vivres. Filons ensuite sur Dunkerque.

Mardi 19

À 3h arrivons au point de débarquement : Coudekerque. Il fait assez beau pour débarquer. Le capitaine a fait préparer du café dans une maison spéciale. Passons à tour de rôle avaler un bon bouillon ou du café servi par de charmantes jeunes filles.

J’en prends 3 pour ma part ainsi que du bouillon. Il fallait bien cela pour nous réchauffer !

 

À 7h quittons Coudekerque. Passons à Bergues que nous traversons (petite ville fortifiée) et allons cantonner à Killem près de la frontière. Nul doute que nous sommes une fois de plus destinés à la boue de Belgique !!

Sommes bien placés pour Ypres ou Dixmude.

Enfin attendons. Sommes dans une ferme assez bien.

Mercredi 20/1/15

Réveil 7h ½ J’ai bien dormi, nous en avions vraiment besoin !

Avons couché, mes collègues et moi, dans la cuisine sur de la paille et un matelas. Étions très bien.

Le temps est pluvieux. Journée tranquille. En position d’attente.

Jeudi 21/1/15

Réveil 7h. Pluie à plein ciel !

Canonnade intermittente vers la côte.

Vendredi 22/1/15

Réveil 7h. Assez beau.

Bruits d’un nouvel embarquement, région d’Argonne. Beau soleil toute la journée.

Samedi 23/1/15

Réveil 7h. Gelée et beau.

9h30, revue à pied par le commandant. Canonnade sur un front très étendu, et presque ininterrompue.

Dimanche 24/1/15

Doux et couvert.

On entend peu le canon.

Lundi 25/1/15

Couvert. Revue de chevaux.

Canonnade intermittente.

Mardi 26/1/15

Beau temps. Revue de cantonnements.

Rien de particulier.

Mercredi 27/1/15.

Promenade chevaux. Froid et neigeux.

Jeudi 28/1/15

Gelée assez forte, temps couvert.

Promenade chevaux attelés. Canonnade assez forte.

Vendredi 29/1/15

Il a gelé très fort. Beau temps avec soleil.

(Bonne « bosse » pour accouchement de deux vaches).

Samedi 30/1/15

Petite neige et verglas. Beau temps.

Avions boches. Revue en tenue de départ. Un dirigeable vers Dunkerque.

Dimanche 31/1/15

Dégel partiel, averses de neige.

 

Février 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

 

Lundi 1er février 1915

Doux pluvieux. Rien de particulier. Bruits de départ pour jeudi prochain 4, région de Nieuport.

Le capitaine rassemble la batterie pour la remercier de sa conduite passée. Conduite qui a toujours été digne d’elle. Aucune perte en matériel ; pas un boulon resté à l’ennemi !

Nous allons retourner au front et le capitaine espère qu’il en sera de même que par le passé. Lecture d’une lettre (magnifique) qu’il adresse à la mère (veuve infirme et nécessiteuse) d’un canonnier de la batterie mort au champ d’honneur.

Produit d’une collecte faite dans la batterie pour lui envoyer 140 frs environ. Le capitaine part demain matin pour 3 jours en reconnaissance. Notre départ se confirme donc d’une manière certaine.

Mardi 2 février 15

Pluie, de mauvaise augure pour notre nouvelle entrée en Belgique

Mercredi 3/2/15

Assez beau.

Départ demain matin vers 8h.

Jeudi 4 février 15

Quittons Killem à 7h ½ pour Coxyde par un beau temps. Passant par Hondschoite, les Moères, Gyvelde, Adinkerque et La Panne, nous allons cantonner dans une ferme entre Furnes et Coxyde.

Le soleil est bon, presque chaud.

Lorsque nous arrivons dans les dunes à La Panne on se croirait en mai !

Avons longé les dunes à partir de Bray-Dunes-Gde route de Dunkerque à Nieuport.

Halte d’une heure vers 11h. Avoine, nous déjeunons. Beaucoup de vent et froid. Quantité effrayante d’autos circulant sur cette route !

 

À 12h18 passons la frontière belge !!

Nous sommes à 14h à Coxyde. Parc d’aviation.

Longue attente dans le pré de la ferme, on ne sait si les hommes vont pouvoir coucher. Dînons sur le parc et faisons le café. 6h il fait nuit.

 Allons coucher dans une autre ferme située à 1200 m environ (station aviation) chevaux restent attelés. Par une échelle ….. ? arrivons dans un grenier où nous ne sommes pas trop mal.

Vendredi 5/2/15

Réveil 4h. Départ 5h.

Quittons la ferme avec toutes sortes d’avatars (à ma pièce surtout). Chevaux tombant et voitures ne voulant pas démarrer ! Il est 6h lorsque la dernière voiture est sortie du pré !! Pas eu pareil accroc depuis 6 mois !!

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Passons le village de Coxyde et arrivons à Oostduinkerke où nous cantonnons dans une immense horticulture. Tous les chevaux de la batterie sont dans une grande serre.

Difficulté pour abreuver les chevaux. L’ensemble du cantonnement est bon. Les hommes dans le grenier d’une villa. Notre petite popote ; pas trop mal.

Sommes à 1 km de la mer, dans les dunes.

Il fait aujourd’hui un temps splendide. Le soleil est chaud, et l’on pourrait presque rester en chemise.

 

Vers midi, j’avance jusqu’à la mer. C’est toujours admirable. Sable dunes, villas, hôtels. Tout a subi de bien grandes transformations et n’a plus qu’un aspect militaire.

Nombreux avions boches, sérieusement canonnés par nos batteries spéciales.

La batterie de tir a quitté le cantonnement ce matin à 2h et a mis en batterie dans les dunes, près de la mer (600m)(hommes en blanc).

Installation bonne.

 

Après-midi, quelques 77 percutants sur le village à 200m de nous. Notre situation fait contraste avec celle que nous avions à Boesinghe et à Ypres. Ici pas de boue ! Du sable, du sable partout !! On est presque heureux quant aux pieds !

Samedi 6/2/15

Réveil 6h. Froid et pluvieux, 7h promenons les chevaux.

 

Après-midi quelques salves de 77 sur Oostduinkerke. Poursuivons notre installation.

Dimanche 7/2/15

Réveil 7h. Journée de notre canon de 75 m/m.

À 7h ½. Promenade des chevaux dans les dunes ; très agréable. Beau temps, quoiqu’il ait plu un peu cette nuit.

Lundi 8/2/15

Réveil 7h. Promenade des chevaux, dunes et bord de mer. Giboulées de grêle.

 

Le soir ravitaillement avec avaros.

 

10h : avion français, 3 projecteurs boches.

Mardi 9/2/15

Il a plu cette nuit avec un vent fantastique. Promenade dans les dunes, beaucoup de vent emportant le sable pourtant mouillé. Quelques vagues sur la mer.

Aperçu 2 navires à l’horizon.

Il pleut tout l’après-midi.

Mercredi 10/2

Promenade quotidienne. Assez beau.

Duel passionnant entre un aviateur et un Tarman.

Jeudi 11/2

Frais. Promenade dunes. Aperçu sur la mer cinq bâtiments, je ne sais si ce sont des contre torpilleurs ou autre chose. L’un deux est assez rapproché de la côte, on aperçoit un tube de canon de 6 à 8 m de longueur. Canonnade sur le pays.

Dégâts insignifiants.

 

16h30.

Ravitaillement de jour à la batterie, lequel se passe le plus tranquillement du monde. Bonne route. (Obus de marine).

Vendredi 12/2

Giboulées de neige, froid.

Promenade, deux bâtiments sur la mer ; quelques avions français.

Samedi 13/2

Gelée, très froid et pluie. Promenade.

Dimanche 14/2/15

Vent de la mer. Promenade habituelle, abrégée par un arrivage de marmites sur Coxyde-Bains.

Rentrons vers 10h ½

Bombardement d’Oostduinkerke, mais aujourd’hui ce sont des marmites ! Et toutes éclatent !! Bientôt elles tombent à 150m environ de nos installations ! Des éclats passent au-travers des serres, plusieurs tombent près de moi.

L’ordre arrive d’évacuer pendant la durée du bombardement tous nos cantonnements. Nous nous retirons dans les dunes, et restons là jusqu’au soir, sous la pluie !

 

A la nuit, trempés, nous réintégrons les serres. Le bombardement avait duré une heure environ. Quelques dégâts matériels, plusieurs morts et blessés.

Chez nous, aucune perte.

Lundi 15/2

Vent et pluvieux. Promenade à la mer.

Après-midi tranquille.

Mardi 16/2

Beau temps, promenade à la mer. Bombardement vers Oostduinkerke-Plage, marmites battant la route qui va vers Nieuport-bains.

Avions boches et français.

Mercredi 17 février 15

Anniversaire de ma pauvre Alice ! Qui ne suis-je près d’elle pour ses vingt ans !!

Grand vent et pluie glaciale. Ordre de se retirer dans les dunes. Nous voici donc sous la pluie, et sans qu’il y ait eu bombardement.

Belle journée en perspective.

Sommes littéralement gelés. Aucun moyen pour s’abriter.

 

Dans l’après-midi, un nouvel ordre arrive prescrivant de rentrer. C’est fort heureux. Génie. Explosion d’un projectile allemand de 150 mm tombé sans éclater à 200m environ de nos serres.

Le projectile n’explose pas mais est complètement sectionné en deux.

Jeudi 18/2

Assez beau. Promenade à la mer.

Vers 2h ½ Bombardement du pays évacuons les serres en vitesse de multiples éclats viennent tomber autour de nous. J’en ramasse un, au bout de mon pied gauche. Un demi-seau devant la maison..

Dégâts matériels, 4 morts, une vingtaine de blessés.

Chez nous ; 8 chevaux tués à la 8e Bie. 9e aucune perte. Une trentaine de projectiles sont tombés, trois n’ont pas éclaté.

Vendredi 19/2/15

6h30 alerte (par exercice).

7h promenade.

9h ordre de quitter les serres, en route pour les dunes. Le temps n’est pas trop mauvais.

Rentrons à la nuit.

Samedi 20/2

Beau temps. 9h dunes.

Il se confirme que nous allons aller un peu plus en arrière.

Dimanche 21/2/15

9h promenade à la mer, beau temps : restons ensuite dans les dunes.

Vive canonnade sur le front. Avions. Un boche arrive jusqu’au-dessus de la maison sans avoir été inquiété. Je viens pour déjeuner. Une pièce de 75 commence le tir d’autres suivent.

Le boche fait un demi-tour en vitesse. Le culot d’un projectile vient avec bruit tomber à 2m de moi, et s’enfoncer à 35cm dans la terre.

Lundi 22/2/15

Gelée, brumeux. Promenade et dunes.

Canonnade sur le front.

Mardi 23/2

Assez beau.

Promenade à la mer. Dunes.

 

Vers le soir, apprenons que 2 hommes ont été blessés à la batterie. L’un d’eux légèrement l’autre, mon brigadier, plus gravement. Une marmite éclatant à une vingtaine de mètres de lui. Les éclats qu’il reçut lui firent une quinzaine de blessures un peu partout le corps, y compris la figure. Il souffrait beaucoup et fut transporté aussitôt vers un hôpital.

Toutefois, ses blessures ne sont pas mortelles.

C’est miracle qu’il n’ait pas été tué sur le coup !

De ma classe et bon camarade.

Le 24/2. Mercredi

À 4h effectue un ravitaillement à la batterie. Temps très mauvais. Toute la journée, ordre est donné de rester dans les serres et n’allons pas aux dunes.

Bruit d’après lequel nous quitterions bientôt la région, et aussi une suspension de courrier pendant 15 jours, motivée par d’importants mouvements de troupe.

Espérons que ce n’est qu’un canard !!

Jeudi 25 février

Violente canonnade hier soir vers Nieuport.

Aujourd’hui la journée commence par une giboulée de neige. Restons aux serres.

 

Vers 10h Bombardement d’Oostduinkerke. Les projectiles n’éclatent pas, aucun. Quittons immédiatement les serres pour les dunes.

Promenade à la mer, un peu houleuse et très belle.

Une sous-marine sur le rivage. Le génie la fait éclater dans l’après-midi.

Vendredi 26/2

Gelée et brume.

Dunes. Un avion boche invisible laisse tomber quelques bombes vers Coxyde-plage.

 

Vers 11h ½, la brume s’étant dissipée, c’est toute une escadrille boche (5 ou 6) qui apparait dans le ciel. Nous la canonnons fortement. Nombreuses bombes dans la région de La Panne, Coxyde et Coxyde-plage.

Tout l’après-midi, avons de fréquents passages d’avions boches. Nous nous en tirons sains et saufs.

Samedi 27/2

Mauvais temps. Vent. Sommes très mal dans les dunes.

Dimanche 28/2

Encore un mois qui s’achève.

Dunes. Rien de particulier.

 

Mars 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

 

Lundi 1er mars

Gd vent, froid et giboulées. Promenade, la mer est belle.

Dunes, où nous avalons pas mal de sable.

Mardi 2/3

Assez beau. Restons dans les serres.

Mercredi 3/3

Pluie. Restons aux serres.

Rien de particulier.

Jeudi 4/3

Mauvais temps. Doit partir demain matin avec ma pièce dans les dunes entre Coxyde et Coxyde-Plage, pour commencer la construction de baraquements en planches.

Mesure prise pour éviter le bombardement assez fréquent du pays.

Vendredi 5/3

Je quitte Oostduinkerke à 6 h, avec ma pièce et des matériaux (planches).

Vent et giboulées.

Dans la cuvette qui m’a été désignée, commençons l’édification de notre baraque de fortune ! Chacun y coopère activement et le soir, la carcasse en est montée.

Pendant ce temps, le ravitaillement en munition est assuré par la 6e pièce. Les chevaux passent la nuit à la corde.

Nous couchons dans une maison voisine.

Samedi 6/3

Reprenons notre travail à 7h. Temps affreux !

Pluie et grand vent. Travaillons assez bien tout de même.

Dimanche 7/3

Même temps !

Le soir, notre installation est bien dégrossie. Restent un carton bitumé à mettre sur la toiture, et quelques perfectionnements.

Bombardement d’Oostduinkerke / marmites

Lundi 8/3

Très froid, vent du Nord qui vous traverse !! Nous sommes gelés !

Continuons notre baraquement.

Giboulées de neige et vent glacial. Les autres pièces ont commencé leurs constructions.

Ma pièce est presque terminée, sauf pour les chevaux ; nous serons assez bien lorsque nous seront complètement installés.

Mardi 9/3

Un peu moins froid. Et moins de vent.

Continuons notre installation.

Un avion boche canonné de près. Reprenons le service en remplacement de la 6e pièce.

Mercredi 10 mars.

Assez beau.

La 2e nuit que nous passons dans notre baraquement. Il n’y fait pas froid et l’on y dort très bien. Rien de particulier.

Jeudi 11/3/15

Brouillards et Beau temps.

 

Dans l’après-midi, assistons du haut des dunes, à une opération toute nouvelle pour moi. Une escadre alliée est en vue et assez rapprochée de la côte.

On aperçoit très bien un gros bâtiment (croiseur ou cuirassé), et 10 à 12 autres petits, des torpilleurs probablement. Nous assistons aux tirs de ces bâtiments, dirigés parait-il sur Westende. Une batterie allemande riposte. Les projectiles arrivent souvent dans l’eau.

Le bombardement dure une bonne partie de l’après-midi.

Vendredi 12/3

Temps doux. On est bien dans les dunes, pas de vent.

Pourvu que nous restions par ici quelque temps.

Samedi 13/3

Beau temps.

Le capitaine vient voir nos installations.

 

Après-midi avions boches fortement canonnés. 2 bombes vers les dépôts de munitions ; emplacement donné par des espions belges.

L’un d’eux a été arrêté cette nuit, il lançait du haut d’une dune des fusées auxquelles il fut répondu du front.

Bombes vers Coxyde-Plage.

Dimanche 14/3

Beau temps.

Un avion boche.

Bombardement par l’escadre anglaise. Aperçu seulement 2 canonnières.

Brumeux. Rien d’autre de particulier.

Lundi 15/3

Beau temps.

À 3 h de l’après-midi, vaccination contre la typhoïde ; roulement par pièce, c’est moi qui commence. La piqure est faite sous l’omoplate gauche et nous ne sommes pas longs à ressentir les effets.

Une petite douleur et le bras engourdi, vous empêchant durant toute la nuit de reposer sur le dos ou le côté gauche.

Et l’on dort peu.

Mardi 16/3

Un peu de fièvre et mal à la tête. On ne peut faire aucun mouvement avec le bras. Exempts de service jusqu’à demain soir.

C’est une petite incommodité, mais qui ne va pas durer longtemps.

Temps couvert. Rien de particulier.

Avons passé une visite médicale à 10h et sommes restés couchés une bonne partie de la journée.

Mercredi 17/3

Doux et brumeux.

Cette nuit tout le monde a pu dormir.

La douleur est beaucoup moindre, et l’on peut mettre sa cravate !

Jeudi 18/3

Temps doux. On ne s’aperçoit plus de la vaccination.

Reprenons le service.

Après-midi, pluie.

Vendredi 19/3

Froid et giboulées de neiges.

Promenade à la mer.

Samedi 20/3

Petite gelée. Beau temps.

Promenade à la mer. Rien de particulier.

Dimanche 21/3

Temps magnifique. Beau soleil.

Nombreux avions, quelques boches.

Lundi 22/3

Beau temps.

Avions boches. Rien de particulier.

Mardi 23/3

Très doux.

Grande promenade à cheval par Furnes et les dunes.

 

À 14h deuxième séance de vaccination. Il parait qu’on nous a bien servis. 2 c3 au lieu de 1c3 la 1re fois.

En effet, nous ne tardons pas à nous en apercevoir.

Nuit blanche et sommes une fois plus malades qu’à la première séance.

Nous bénissons le major !!

Mercredi 24/3

Tout le monde reste couché. Chacun geint à qui mieux mieux !

On déjeune Chacun se contente d’un peu de bouillon. Nous ne sortons de la maison que pour la soupe du soir.

Jeudi 25/3

Pluie.

On a pu dormir un peu cette nuit, mais il n’y a pas encore un mieux très sensible. Gros colis de ma chère Alice !

Vendredi 26/3

Assez beau. Il reste peu de souvenirs de notre séance du 23.

Je monte à cheval.

Samedi 27/3

Froid assez beau.

Promenade des chevaux.

 

Après-midi, au-dessus de nous, évolutions de 12 avions (alliés).

Dimanche 28/3

Les Rameaux. Grand vent du Nord très froid. Beau temps.

Avions boches dès 6h du matin.

Depuis quelque temps les batteries ne tirent presque plus.

Le dépôt de munitions ne recevant plus rien, nous voici avec plus rien à l’échelon.

Lundi 29/3

Gelée. Beau temps.

Avions boches.

Mardi 30/3

Gelée, beau temps. Avions boches ; l’un d’eux passe au-dessus de notre hameau, ce qui nous vaut de récolter 5 ou 6 de nos projectiles qui viennent éclater percutants tout autour de nous.

Aucun d’eux ne nous atteint heureusement.

Carte de ma bien chère petite m’annonçant un monstrueux paquet : mes « œufs de Pâques ».

 

Le soir petite réunion à l’église de Coxyde, sorte de petite retraite pascale ; organisée par l’aumônier de notre division et celui du 2e fusiliers-marins.

Petit intérieur d’église assez gentil. L’église est remplie, mais de marins, en grande partie. Quelques artilleurs et territoriaux d’infanterie. On débute par une courte prière, suivie d’un cantique.

Petite allocution et salut terminé par un cantique.

Bonne petite réunion familiale, où l’on se trouve quelques instants de repos dans une prière commune où l’on se transporte sur notre terre française près de ceux qu’on y a laissés ! Une petite visite au cimetière, où il y a quelques tombes françaises dont plusieurs appartenant au 32e d’artie.

Mauvais entretien des tombes civiles ; les sépultures sont toutes négligées.

Mercredi 31 mars 15

Beau temps.

Promenade des chevaux.

 

Le soir réunion à Coxyde comme hier.

 

Avril 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

 

Jeudi 1e avril 1915

Le beau temps continue. Promenade à la mer.

 

À 14h 3e séance de vaccination à Oostduinkerke. C’est la dernière et nous en sommes contents.

 

Le soir à 5h ½ je vais à l’église de Coxyde comme les jours précédents.

Cette fois il y a peu de marins, ils sont aux tranchées. Ce sont alors des territoriaux d’infanterie qui sont venus remplir la petite église, qui ne peut nous contenir tous.

Il doit en rester dehors.

Quel spectacle imposant que cette assistance uniquement militaire.

Mille à douze cents soldats sont là entassés jusque sur les marches de l’autel. C’est un mélange de vieux territoriaux barbus, avec des marins tout équipés, d’autres sont sans armes, en sabots paillés. Beaucoup de brancardiers. On commence déjà à ramasser de la poussière. Tous sont plus ou moins blancs. Des têtes rasées ou des cheveux ébouriffés. Quelques blessés également.

On a formé le tombeau dans une chapelle latérale.

 

L’aumônier des marins est visiblement satisfait d’une pareille assistance, quoiqu’elle ne sorte pas de son unité. C’est un sermon de la Passion que l’on devrait entendre aujourd’hui. Mais il faut abréger.

Après il y aura la population civile qui prendra possession de son église. Pas de salut aujourd’hui cantique et allocution. Exhortation du devoir pascal.

L’aumônier sut pendant quelques instants capter tous les cœurs et les étreindra en nous mettant face à notre triste réalité. c.à.d. près de l’ennemi.

Dans une église étrangère, et en terre étrangère.

 

Tandis que là-bas, sur notre chère Terre de France, en ces jours de prières, dans les églises françaises, sont agenouillés « Celles » qui sollicitent la grâce de Dieu pour un frère. Pour un père. Pour un époux bien-aimé ! Pour un fils que l’on a choyé ! Et pour tous ceux qui sont partis déjà depuis longtemps ! Pointer leurs efforts pour la défense du pays !!

De profundis, pour les âmes décédées sur le champ de bataille. Cantique.

Vendredi Saint 2/4/15

Assez beau, le temps de couvre.

Nous avons passé une bonne nuit, et l’on se sent très peu du sérum. Seulement une petite douleur de la piqûre. C’est l’affaire d’un jour.

Pas d’avions.

Samedi 3/4/15

Il a plu cette nuit. Couvert.

Cinq obus sur Oostduinkerke, tirés par une canonnière allemande !

Laquelle n’est pas longtemps en action devant l’arrivée de navires anglais. Pensais aller jusqu’à l’église de Coxyde mais un ravitaillement à la bie m’en empêche.

Pâques 1915

4 avril

À 5h ½ suis à Coxyde pour la messe, car je sais que je ne serai pas libre de la matinée. L’église est pleine.

 

À 6h je peux entendre la messe. Quel spectacle inoubliable !

Dehors, aéros, autos, canon. Ce sont les cloches d’aujourd’hui. La pluie tombe.

Je rentre aux dunes.

Revue par le capitaine. Nous l’attendons depuis à partir de 8h moins ¼ et il vient à 10h ½. Tout le monde est de mauvaise humeur. Et il y a vraiment de quoi. Une revue de détail ne s’imposait pas aujourd’hui.

Simple déjeuner. Après, approvisionnement en munitions me prenant presque tout mon après-midi.

Tout le monde est triste aujourd’hui. Il faudrait mieux ignorer que c’est Pâques aujourd’hui.

Heureusement un énorme paquet, de ma pauvre Alice, arrive juste à temps pour me terminer ma journée de Pâques par une bonne joie. Je passe un bon moment pour déballer toutes les bonnes choses qu’il contient. En plus de mille gourmandises, j’y trouve une assiette, un couvert, une timbale en aluminium, un magnifique couteau, un bidon de (banyuls) des cigares, cigarettes, etc.

C’est donc Pâques tout de même !

Oui, c’est la fin d’une journée de tristesse !!

Lundi 5 avril 15

Pluvieux.

Suis occupé jusqu’au soir pour différentes choses.

Rien de particulier. Aujourd’hui l’humeur fut bonne.

Mardi 6/4

Pluie. Grand vent.

Consommation quotidienne d’une partie de mes gourmandises !

Situation toujours aussi calme. Je reçois une carte de ma chère petite, en gare de Blois, à destination de Romorantin où elle est allée pour passer les fêtes de Pâques.

Elle a quitté Paris vendredi soir 2 cf.[note de traduction : deuxième signe de ce type vu déjà sur un précédent carnet. ???]

Mercredi 7/4

Il a plu toute la nuit. Averses et Gd vent. Bombardement un peu plus sérieux d’Oostduinkerke.

Quelques victimes.

Cartes m’annonçant l’arrivée de ma chère Alice au milieu des parents qui sont en bonne santé et très heureux à l’idée de pouvoir obtenir quelques détails inédits sur leur troupier !

Jeudi 8/4

Pluvieux.

Le commandant (*) a été blessé hier d’un éclat d’obus qui lui est resté dans la jambe. Trois chevaux tués dans une écurie près de lui.

Ma chère Alice a quitté Romorantin lundi soir.

 

(*) : Il s’agit du commandant BELLANDO Fernand.

Vendredi 9/4

Vent froid. Assez beau.

Promenade vers Coxyde-Plage. La mer est belle !

Ma chère petite est rentrée à Paris après un bon voyage.

Samedi 10/4

Vent froid. Giboulées.

Promenade. Dans l’après-midi, avions français. Un biplan se rie du feu des boches ! Et encadré par les éclatements, exécute de magnifiques virages sur l’aile.

Puis avec un autre, évolue ensuite d’une manière très intéressante. Il quitte la ligne de feu et vient atterrir sur la plage non loin de nous.

Depuis deux jours retour d’activité, dans le tir de nos batteries. Les boches y répondent par un feu plus nourri également.

Aujourd’hui sérieuse canonnade. Bombardement d’Oostduinkerke.

Un tué et quelques blessés.

Dimanche 11/4/15

À 5h ½ suis à l’église de Coxyde. J’assiste à la messe de 6h et y fais mes pâques.

Beaucoup de monde.

Beau temps. Frais. Bel après-midi.

Avions alliés. Je vais jusqu’à Coxyde-plage acheter quelques cartes postales.

 

En fin de journée 3 avions boches au-dessus de notre zone

L’un d’entre eux est très bas. Ils sont largement canonnés. Longue lettre de ma chère Alice me détaillant dans 22 pages tout son voyage sur Romorantin.

Lundi 12/4

Temps doux. Promenade à la mer.

Notre région doit être visitée par quelconque grosse tête.

 

De 15 à 18 heures une consigne très sévère interdit toute circulation sur les routes sauf pour les ambulances. Dans tous les cantonnements rectification générale de la tenue.

Nous ne voyons rien de la journée. Nombreuses évolutions d’avions, ne dépassant pas la ligne de feu.

Mardi 13 avril

Beau temps.

Dès 4 heures, l’alouette chante maintenant tous les matins.

Bombardement de Furnes ; repris du reste depuis 3 ou 4 jours.

 

À midi, un avion boche très élevé et dans les nuages. Bombes vers le centre d’aviation situé près de Coxyde. Il parait que les personnages venus hier nous visiter ne sont rien moins que le père JOFFRE, le ministre de la guerre et le Président de la République.

Bombardement de baraquements vers Westende. Éclatements d’un canon 8e Bie. Un blessé.

Mercredi 14/4

Pluvieux.

Rien de particulier.

Jeudi 15/4

Beau temps.

Dans l’après-midi quelques bâtiments canonnent un petit pays au-dessus de Westende.

Vendredi 16/4

Beau temps. Bonne promenade à St Idesbald, jusqu’à La Panne. Avions boches.

Bruits de départ pour l’Orient.

Notre courrier n’est pas arrivé.

Samedi 17/4

Beau temps.

Promenade. La question de l’Orient prend corps !

On en parle sérieusement. On va même jusqu’à dire une date ! le 24 c/ [note de traduction : toujours le même signe ??] , ce qui ne serait sans doute pas comme si c’était vrai !

Dimanche 18/4/15

Beau temps.

Gd messe à 10h ½. Tout le monde ne peut entrer, église pleine. Je suis debout.

Le célébrant fait un sermon assez long en flamand. Il en est de même pour les prières, évangile, etc. Langue dure et énervante vraie langue boche.

Très mauvais chant. Je me permets de ne pas y retourner.

Visite aux tombes françaises, quelques nouvelles.

 

En sortant j’apprends qu’il vient de descendre 3 ou 4 bombes sur le village. L’avion était français parait-il, on se demande s’il était piloté par des boches ou s’il y a eu méprise du pilote français ? Ce qui parait impossible.

Avant diner, promenade à Coxyde plage où nous mangeons quelques gâteaux chez le pâtissier. J’achète un petit souvenir pour la 1re communion de Fernand.

C’est une petite coquille avec Christ et bénitier.

Lundi 19/4/15

Temps magnifique.

Bonne promenade vers St Idesbald, La Panne.

J’avance avec Jacqueline (*) jusqu’aux premières vagues, pour approcher des pêcheurs qui commencent à devenir nombreux dans cette zone non militarisée.

Avions en quantité, canonnades, etc.

Bombardement vers Oost-Dunkerque plage et Coxyde-plage.

 

(*) : Sa jument

Mardi 20/4

Frais et couvert. Promenade vers La Panne, ascension des dunes.

Rien de particulier.

Mercredi 21/4

Pluie.

À 9h, à Zuydcoote, enterrement du commandant (*), mort des suites de sa blessure qu’il avait contractée il y a quelques temps : éclat d’obus dans la jambe. Beau temps l’après-midi.

Avions.

Apprenons que GARROS obligé d’atterrir à 10 km de Courtrai, a été fait prisonnier des boches.

 

(*) : BELLANDO Fernand, commandant au 32e d’artillerie, mort pour la France le 18 avril 1915 à l’hôpital de Zuydcoote (Nord), blessures de guerre.

Il était né à Menton, le 8 septembre 1864. Il est inhumé à la nécropole nationale de Zuydcoote.

Jeudi 22/4

Gelée. Beau temps.

Canonnade de jour et de nuit depuis avant-hier vers Dixmude, Reminghe, etc.  Toutes les nuits passage de nos avions au-dessus de nos baraquements.

Vendredi 23/4

Gelée. Grand vent.

Bonne promenade vers La Panne. Rentrons dans la mer avec nos chevaux quelque peu effrayés des vagues qui ce matin sont assez belles.

 

Au retour, nous apprenons que le 2e groupe part dans une heure, ainsi que des Zouaves.

Le bruit court que les troupes belges ont cédé du terrain dans la région d’où l’on entend une assez vive canonnade depuis 2 jours.

Toute la journée le canon tonne dans cette direction, et nous commençons à nous sentir en équilibre instable ! Va-t-on partir ?

Que s’est-il passé exactement ?

Samedi 24/4

Grand vent assez froid. La canonnade vers DixmudeYpres a continué cette nuit et s’est poursuivie toute la journée. Différentes versions ont circulé.

Les Belges auraient reculé de plusieurs km.

Les Anglais auraient fait une sérieuse avance.

En troisième lieu, il parait que ce serait un coup dur, ayant enfoncé les Belges, fait capturer 24 pièces du 60e artie ! Lequel matériel serait déjà repris et notre ligne antérieure poussée de 2 km plus avant !

Attendons pour savoir quelque chose de plus précis.

Ravitaillement assez embêtant, projectiles à balles à prendre 7 et 8 Bie pour notre pièce contre avions.

 

Rentrons à 11h au cantonnement.

Dimanche 25/4

Messe à 9h. Beaucoup de monde.

La canonnade continue vers Ypres.

Temps assez beau.

On apprend que c’est sous l’effet de bombes asphyxiantes, en grande quantité, dont l’effet se faisait sentir à 2 km en arrière de nos lignes, que nos troupes ont dû reculer momentanément.

Une vigoureuse contre-attaque nous a remis en possession de notre artillerie (on ne sait quel régiment) et l’attaque est enrayée.

 

Dans l’après-midi je fais un aller-retour à Coxyde-plage.

Lundi 26/4

Assez beau.

La canonnade qui n’a pas cessé de la nuit, se poursuit, effrayante, vue d’Ypres.

 

Tout l’après-midi c’est un roulement sans arrêt !

Avions alliés en reconnaissance. La 6e Bie du 2e groupe parti le 23, n’a pas consommé moins de 24 caissons de projectiles dans une même journée !

L’action continuerait à notre avantage. On dit également que d’importantes forces de cavalerie se tiennent à Poperinghe, et que le père JOFFRE est dans les parages !

Depuis 2 jours ma pauvre Jacqueline (*) a des coliques de sable et elle est assez malade ce qui m’ennuie bien.

 

(*) : Sa jument

Mardi 27/4

Beau temps.

Promenade au bord de la mer.

Aperçu 5 bâtiments de guerre, et un plus gros (croiseur ou cuirassé).

La canonnade vers Ypres est plus faible. On ne sait pas grand-chose des évènements qui s’y sont déroulés ! Néanmoins on dit notre situation bonne.

 

Après-midi violente reprise de la canonnade.

Le soir le bruit court que nous aurions occupé Roulers, mais il est impossible d’en avoir confirmation.

Mercredi 28/4

La canonnade continue moins violente. Beau temps.

Nous sommes toujours prêts à partir dans le plus bref délai, mais je commence à croire qu’on va nous laisser ici. Nombreux avions, quelques boches.

Dans la première moitié de la nuit, jusqu’à minuit, randonnée d’avions boches vers un parc d’aviation situé non loin de nous. Une quarantaine de bombes descendent aux environs et éclatent avec un fracas épouvantable.

Ce doit être de beaux engins !

Dunkerque aurait été bombardé, on ne sait pas encore comment ? (*)

 

(*) : Cette partie a été barrée, mais je la reproduis.

Jeudi 29/4

Beau temps.

Promenade à St Idesbald.

La canonnade n’est plus qu’intermittente (vers Ypres).

Dans la 1re partie de la nuit, jusqu’à minuit, randonnée d’avions boches vers un parc d’aviation situé non loin de nous. Une quarantaine de bombes descendent aux environs et éclatent avec un fracas épouvantable. Ce doit être de beaux engins !

Dunkerque aurait été bombardé, on ne sait pas encore comment ?

Vendredi 30/4

Beau temps.

Nombreux avions. Il parait que Dunkerque aurait été bombardé avec du 305 (*) émanant de navires boches ! Ce qui serait assez curieux !

Il y aurait aussi pas mal de victimes.

 

(*) : 305 mm : C’est un très gros calibre d’artillerie, qui équipe certains cuirassiers.

 

Mai 1915 : Flandres belges, visite détaillée de Dunkerque et de Nieuport

 

Samedi 1er mai 1915

Temps couvert.

Vers Ypres, nos progrès ont continué, sans avoir toutefois repris la totalité du terrain perdu.

Les Allemands ont subi d’effroyables pertes.

C’est peut-être la bataille la plus sanglante qui se soit lancée depuis le commencement de la campagne. Ce serait une pièce à longue portée qui tirerait sur Dunkerque, mais là-dessus, on n’a encore rien de précis.

Dunkerque est quelque peu sens dessus-dessous de cette surprise, et l’on aurait déjà à déplorer une centaine de victimes.

Toutefois il convient d’attendre.

Dimanche 2 mai 15.

Beau temps.

Je vais à la messe de 9h. Pas de journaux, et nous ne savons rien comme nouvelles ! Toutes les hypothèses circulent à propos du bombardement de Dunkerque.

Il reste acquis néanmoins que la ville a été bombardée par terre et avions.

Lundi 3 mai 1915

Beau temps.

Le bombardement de Dunkerque a recommencé. On compte environ 170 victimes, tués ou blessés.

Dégâts matériels importants. Les projectiles viendraient d’une pièce énorme de marine, ayant pu une batterie sur terre, recevoir une plus forte inclinaison.

Le bombardement a vivement surpris toute la population !

Beaucoup de personnes se sont réfugiées dans les caves, et plus encore ont quitté la ville.

On fait queue à la gare.

Mardi 4 mai

Doux et pluvieux.

Avions. Dunkerque a cessé d’être bombardé. Le fameux canon, en raison de son fort calibre, 380, et de sa portée qui serait de 38 km, est peut-être déjà détérioré !

On croit que cette pièce est située entre Roulers et Dixmude.

 

Dans l’après-midi vive canonnade vers Dixmude.

 

Le soir, fleur de muguet de ma chère Alice.

Mercredi 5 mai

Le bombardement de Dunkerque n’a pas continué. La pièce est parait-il à Clerken. Il est probable qu’elle est déjà détériorée.

Temps magnifique. Chaud.

Promenade à la mer et dans l’eau.

Avions. Rien de particulier.

Jeudi 6 mai

Temps splendide.

1re communion de Fernand.

Promenade à la mer. Retour des Zouaves partis l’autre jour à Ypres.

Ils passent en voitures sur la route de Coxyde à Coxyde plage, chantant la Marseillaise criant : Vive le 32 ! Et rapportant une quantité de casques à pointe dont les 2/3 sont coiffés !

Ainsi que d’autres objets !

Quel état d’esprit !! Ils ont fait 13 jours de tranchées.

Vendredi 7 mai

Temps magnifique.

Promenade à la mer. En cours de route, faisons halte pour assister à une belle remise de décorations.

Les troupes sont massées sur une route près de la côte entre Coxyde plage et St Idesbald. Il y a des Zouaves, musique et drapeau ; des fusiliers marins avec leur drapeau également, ainsi que de l’infanterie territoriale.

Revue par le général de division, assisté d’un officier supérieur anglais ; et magnifique défilé. Belle tenue des territoriaux.

Nombreux avions protégeant cette belle cérémonie, par mille évolutions aux virages audacieux.

À La Panne, sur la plage, l’armée belge semble elle aussi disposée pour une revue.

Samedi 8 mai

Fête de Jeanne d’Arc. Beau temps.

Promenade sur la plage de La Panne. Canonnade assez vive en face nous. On s’attend à une nouvelle offensive boche front Nieuport-Ypres.

Dimanche 9 mai

Temps frais.

Je vais à la messe de 9 h.

Canonnade entendue toute la nuit, et qui continue ce matin, d’Ypres à Nieuport. Tir fusant vers Oostduinkerke allongeant vers le dépôt de munitions.

Grand vent.

 

Vers midi attaque boche, vers St Georges ou la gde dune.

L’artillerie allemande arrose à peu près toute la région. Nous commençons bientôt le ravitaillement de la Bie par 2 caissons.

 

Le soir, nous contre attaquons. Je conduis 3 caissons, la batterie n’avait pas 20 coups à tirer lorsque j’arrive au trot. C’est un feu d’enfer qui part de toutes les batteries.

Les boches sont morts.

On entend bientôt une vive fusillade et le crépitement des moulins à café. Nous ramenons encore de trois autres caissons.

A chaque retour nous approvisionnons au dépôt de munitions.

 

Avant minuit, tout est devenu plus calme. Ces messieurs se sont buttés encore une fois. 7e Bie éclatement d’un canon.

Deux hommes tués, deux blessés horriblement et mortellement atteints, deux autres plus légèrement.

Le bruit court que les Allemands auraient cédé dans le nord de la France, et que des troupes importantes franco-anglaises sont à leur poursuite. Si ça pouvait être vrai.

Du front des dunes joli coup d’œil sur les lueurs de la canonnade qui s’étend de Nieuport à Dixmude.

Lundi 10 mai

Le canon a tonné un peu toute la nuit.

Beau temps. Vent moins fort.

Violente canonnade vers DixmudeYpres. Notre secteur calme. Avions boches. Des prisonniers viennent de passer sur la route qui est près de nous. Ils sont tout joyeux.

11 mai

Assez beau.

Promenade à la mer. Avions. Rien de particulier. Dunkerque aurait été à nouveau bombardé ainsi que Bergues.

Mercredi 12 mai

Couvert et doux.

Promenade à la plage de la Panne, la mer est bien calme. Le canon est absolument silencieux.

Au nord d’Arras nos progrès sont sensibles  sur un front de 7 kms nous avons enlevé les trois premières lignes des tranchées allemandes.

13/5. Jeudi. Ascension.

Pluie toute la journée.

Je vais à la messe de 9 h00. Beaucoup de monde. La messe est une messe des morts, car un corps de soldat français repose dans le sanctuaire, pour être inhumé après l’office.

Vendredi 14/5

Pluvieux et froid. Gd vent.

Promenade à la mer qui est magnifique quelles jolies vagues !

Notre situation s’affirme bonne au nord d’Arras. Depuis dimanche nous avons fait 4000 prisonniers, des officiers, des mitrailleurs, canons, etc.

Samedi 15 mai

Beau temps.

Bonne promenade des chevaux, traversée de la Panne et plage. Notre action à Arras s’est poursuivie avec quelques progrès nouveaux.

Dimanche 16

Beau.

Je vais à la messe à 9h. Quelques nouvelles tombes françaises au cimetière fièrement bien entretenues.

 R., de sortie, vient faire un bridge et un match d’échecs. Je vais avec lui à Coxyde-village. Les promeneurs sont nombreux, il y a aujourd’hui quantité de jeunes filles aux toilettes fraîches !

Tout le monde devise gaiment ! Le petit village est très animé et fortement habité, aussi la circulation est-elle assez importante.

Un régiment d’infie belge traverse Coxyde en chantant il se dirige vers les tranchées.

 

Après avoir diné, je fais un aller et retour à Coxyde où je donne un coup d’œil sur cette belle mer. Après quelques emplettes je rentre aux dunes.

Quel temps délicieux. Et il semble bon de se promener aussi tranquillement.

Le canon est muet, et rien ne fait croire à l’état de guerre. Et pourtant combien mieux encore on serait ailleurs.

Vers Arras, nous restons sur nos positions conquises.

Lundi 17 mai

La pluie tombe une partie de la matinée. Le temps est très doux.

Secteur calme. Canonnade vers Dixmude.

 

Ce matin, vers 3h ½ un Zeppelin a été aperçu sur la mer, se dirigeant vers Ostende. Il a été poursuivi par une nuée d’aéroplanes alliés fortement canonnés par l’artie boche.

Que sera-t-il devenu ?

 

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Extrait du journal du régiment

Mardi 18 mai 1915

Il a plu toute la nuit à plein ciel, et ce matin ça continue.

Je suis détaché pour 7h avec une vingtaine d’hommes pour aller assister à une remise de décorations. Nous restons environ 3h sous la pluie et rentrons trempés jusqu’aux os, la pluie n’ayant pas cessé une minute.

Défilé assez important.

Beaucoup d’infie terle, Zouaves et cuirassiers. Les drapeaux de 4 régiments et 3 musiques. C’est regrettable que le temps soit aussi mauvais.

Il plut toute la journée. Front calme.

Mercredi 19 mai

Pluvieux.

Notre secteur est toujours aussi calme.

Notre adjudant est nommé s/lieutenant et passe à la 8e Bie. Nous allons donc avoir une nouvelle tête. Le temps se relève.

Rien de particulier.

 

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Extrait du journal du régiment

Jeudi 20 mai 1915

Beau.

Bonne promenade de 2 heures au-delà de la Panne par la plage, avec retour par la route. Le bruit court que l’Italie doit faire cette nuit à 2h une déclaration officielle de guerre.

Vendredi 21 mai

Jacqueline (*) étant prise de coliques de sable pour la 2e fois, je ne vais pas à la promenade.

Beau temps.

 

Après-midi, Renette vient à l’échelon et nous faisons une partie. Je dois aller demain à Dunkerque effectuer des achats pour la batterie.

 

(*) : Son cheval

Samedi 22 mai

A 3h ½, je pars pour Dunkerque, avec le fourgon et son conducteur.

J’ai un temps magnifique. Je suis bien content de sortir un peu des dunes, la campagne est belle. Quel joli mois de mai.

 

Ça me fait une bonne balade 23 km environ, et autant pour revenir. Nous passons à Adinkerque, Bray-Dunes et bientôt avons la joie de rouler sur le sol de la France.

La gde route est gardée par des sentinelles à intervalles de 100m environ. Aperçu le sanatorium de Zuydecoote, très important.

 

Bientôt je trouve les défenses avancées de Dunkerque, tranchées et réseaux de fil de fer, puis deux ou trois autres lignes avec des batteries sous abris. Aperçu aussi un des forts.

A Rosandaël, je laisse une commande de charbon et un de légumes chez un jardinier. Quelques instants après, nous sommes à l’entrée de Dunkerque.

On aperçoit de loin en loin les emplacements dévastés par l’explosion des projectiles. Ici ce sont les arbres qui bordent le canal complètement hachés.

Là, une toute petite maison, celle qui a reçu le premier obus, est complètement à terre. Plus loin dans un cimetière deux emplacements : un projectile tombé sur la rive, un autre qui a arraché les tombes et les a projetées en tous sens !

C’est maintenant la ville, les écluses (très importantes) semblent avoir été particulièrement visées.

Un pont en fer sur le canal situé tout près a failli descendre d’un seul morceau dans l’eau. Le projectile tombé à l’une des extrémités a mis l’un des piliers en mauvaise posture et tordu comme une étoffe, un épais tablier. Autour des écluses quelques maisons complètement anéanties.

Les projectiles étaient certainement de bonne qualité. Près de la gare, à peine à 50 mètres, un autre est tombé, endommageant un poste, déjà réparé.

Partout les trous ont été comblés, les toitures réparées. Seules les vitres sont absentes, car il y en a un trop grand nombre. Dans toute la ville une maison plus ou moins abîmée par ci par là.

Toutes les entrées de caves, les soupiraux plutôt, sont bouchés. On a fermé avec des sacs à terre toutes les ouvertures des principaux monuments.

 

Je commence par aller à la gare expédier des paquets d’effets. Puis après avoir dételé, je fais mes achats, qui sont assez nombreux. Je donne un coup d’œil au port. Je demande partout le 27e d’infanterie territorial (cousin LEVRARD) mais ils sont maintenant en dehors de Dunkerque.

 

A midi, je déjeune assez bien. La ville reprend de sa vie active.

La moitié des boutiques sont ouvertes, d’abord à cause des fêtes de la Pentecôte. La circulation est très forte.

Beaucoup d’Anglais, marins surtout. Nombreux véhicules et quantité de motos. Tout cela fait pas mal de poussière et un bruit infernal.

Les troupes de la place sont assez nombreuses.

On découvre aussi pas mal d’embusqués. Quantité de Mrs pomponnés, se baladant à travers les rues, l’air hautain et presque dédaigneux. S’offrant tout ce qui peut leur convenir. devisant gaiment avec des poupées aux toilettes claires et engageantes en un mot ne vivant absolument rien de la situation.

 

Le commerce est très actif, la ville semble très bien, quelques jolis monuments. Après avoir déjeuné nous attelons et ramassons mes commandes du matin.

 

Nous quittons Dunkerque vers 3h et j’arrête de nouveau à Rosentaël. La grande route si tranquille ce matin est maintenant sillonnée par les véhicules de toutes sortes qui se croisent sans interruption.

On bouffe pas mal de poussière.

Bientôt, il faut quitter la France pour rentrer en Belgique. Il est 7h ½ lorsque je suis de retour à Coxyde.

 

Ma journée s’est très bien passée, j’ai seulement ramassé mal à la tête.

Cela m’a fait une bonne sortie.

Je rapporte un petit souvenir pour ma chère Alice : une broche, petit navire avec banderole inscription de Dunkerque.

Dimanche 23 mai, la Pentecôte

Temps magnifique.

Je vais à la messe de 9h, toujours beaucoup de monde.

Situation calme sur le front.

Lundi 24 mai

Le temps continue.

Service en campagne. Eclaireurs et liaisons. L’Italie a décrété hier la mobilisation générale.

Canonnade vers Ypres. Avions.

Mardi 25 mai

Bonne promenade vers la Panne, les chevaux prennent un bon bain de mer. Le temps aujourd’hui est plus chaud.

Avions boches.

L’Italie a fait une déclaration de guerre à l’Autriche le 23. Les hostilités commencent le 24 mai. Cette heureuse nouvelle fait un immense plaisir à tous. La campagne sera certainement un peu moins longue !

Peut-être cela nous empêchera-t-il de recommencer un 2e hiver ! On attend maintenant anxieusement les opérations.

Mercredi 26 mai

Les hostilités italo-autrichiennes sont commencées. Le beau temps continue. Il fait un peu plus chaud qu’hier.

Service en campagne.

Quelques avions boches. Situation assez calme.

Jeudi 27 mai

Temps considérablement rafraîchi, presque froid. Promenade des chevaux. J’envoie à ma chère petite quelque chose qui ne manquera pas de lui faire plaisir.

C’est une carte photo de ma pièce (un groupe) pose que nous avons faite le 4 mai. Depuis nous attendions impatiemment, il y avait toujours quelqu’entrave, manque de produits photographiques, etc.

Les troupes italiennes sont entrées en Autriche.

Au nord d‘Arras, notre progression a repris.

Vent fantastique. Secteur toujours calme.

28 mai vendredi

Arrivés à Oxyde le 5 février, nous voici donc dans cette région de Nieuport depuis bientôt quatre mois.

Un vrai bail. Notre plus long stationnement depuis le commencement de la campagne. Au début, nous nous trouvions très heureux ; après Ypres, la boue de chaque jour, le sable des dunes semblait bon.

Les attraits de cette belle mer toujours intéressante. Les promenades de chevaux à travers les dunes. C’était pour nous le Paradis !

Une très bonne position de batterie, un ravitaillement facile et espacé, avec une distance de 5km. Tout était donc au mieux.

Mais maintenant, tout est devenu monotone. C’est trop longtemps rester au même endroit, nous sommes trop inoccupés. Voici qu’apparaissent toutes les petites vexations ou niaiseries de cette vieille routine militaire dont on a peine à se dépêtrer.

On ne vit plus.

La situation, laquelle se métamorphose peu à peu en vraie vie de quartier.

On embête les hommes avec une « revue de ceci », une « revue de cela ». de la manœuvre à pied etc...

Ce qui nous amène tous à souhaiter de quitter la région (où nous serions tout à fait bien) le plus tôt possible.

Une foule de détails plus ou moins puérils ne s’accommodent plus avec des hommes de 30 ans. Malgré cela nous sommes très patients, et nous espérons que ça va peut-être changer bientôt.

 

Aujourd’hui 28, rien de particulier, la situation est toujours à peu près la même. Le temps très beau.

29 mai samedi

Beau temps.

Promenade des chevaux. Rien d’intéressant.

30 mai dimanche

Beau temps.

Je vais à la messe de 9h. Avions boches. Rien de particulier.

Je dois aller demain passer la journée aux tranchées avec un s/off. Observateur de la Bie. Une note du régiment ayant paru il y a quelques jours, et précisant pour tous les gradés d’aller passer une journée à l’observation des tranchées.

J’en suis très content.

31 mai lundi Nieuport

Il fait beau temps. Comme je l’avais souhaité, à 5h, je quitte Coxyde avec Jacqueline que je laisse à Nieuport-Bains, où je prends mon collègue observateur.

J’y suis à 6h.

Nous traversons Nieuport, moi pour la première fois. Tous les immeubles sont bien esquintés. L’église cependant n’a pas encore trop souffert.

Un peu partout des petits cimetières aux croix de bois. Dans la rue de solides barricades avec toutes les cabines de bains et des sacs de sable, avec bon nombre de toutes sortes d’objets pris partout, ustensiles portes et fenêtres, etc.

Je remarque quelques immeubles très jolis et qui étaient certainement de belles habitations avant la guerre.

Voici la Villa Hurle-bise. Une nouvelle inscription a remplacé l’ancienne.

Aujourd’hui c’est la Villa Hurle-obus ! Voici maintenant le kiosque à musique ; il n’en reste presque plus rien.

 

Il n’y a plus aucun civil dans Nieuport. Par contre toutes les caves sont bien occupées par différentes troupes. Dans les ruines quelques postes d’observation. Nous arrivons au bout du pays.

Voici les jetées, d’où l’on aperçoit facilement Dunkerque, et l’embouchure de l’Yser. Les deux rives communiquent par deux ponts de tonneaux (avantage sur les ponts de bateaux). En cas de rupture de ces ponts, des radeaux sont là tout prêts.

Nous traversons l’Yser sur le « pont-neuf », et entrons aussitôt dans les boyaux conduisant aux tranchées. Nous allons marcher ainsi dans le sable pendant une heure environ, ayant entre 4 et 5 km à parcourir. Les boyaux ont en effet une configuration très irrégulière.

 

Il y en a bien des km d’ouverts, que de terre déplacée. Souvent on arrive à une bifurcation ou à un carrefour où se croisent 4 à 5 boyaux.

Quelques uns portent des noms : rue Pau, tunnel de Vincennes, rue des poilus, av. Rase-balles, boyau de ma Chérie, etc.,etc. Tout le long courent bon nombre de fils téléphoniques.

De temps en temps, on rencontre une boîte téléphonique tel un avertisseur d’incendie.

Comme dans une rue, il y a une véritable circulation. On rencontre un zouave, deux pionniers, un artilleur, d’autres emportant les marmites au jus. Ils se disent bonjour se serrent la main, etc.

 

Nous marchons debout de temps en temps il faut se baisser. Lorsqu’un affaissement a bouché le boyau, il faut passer à plat ventre. Tout képi dépassant légèrement [le haut du parapet ne manque pas d’amener quelques bzz. bzz.

 

Mon collègue me montre la Villa Crombez, le Château d’eau, la Gde Dune.

Nous sommes arrivés à l’éclusette où sont les troupes de réserve. Il y a là une quantité de « guitounes ».

Je peux voir l’observatoire (le clocheton) de la 8 Bie, Maggi, l’ancien de la 9e et l’éclusier maison d’où elle observe actuellement. On voit encore le bois triangulaire, Nieuport-ville, etc.

 

Nous voici enfin aux tranchées secteur D. Il fait déjà chaud, surtout qu’il est très pénible de marcher dans ce sable mouvant.

Nous arrivons au poste de commandement avec poste téléphonique. Il y a là le capitaine comt la Cie de Zouaves qui occupe la 1re ligne du secteur. C’est un brave homme très gentil.

Après avoir déposé notre équipement, mon collègue m’emmène à la tranchée de 1re ligne.

 

(*) : Les balles font un bruit d’abeilles.

 

Dans cette région de Nieuport, on n’a pu creuser des tranchées, et la défense est constituée par un mur de sacs à terre d’une bonne épaisseur et d’une hauteur de 1.80 à 2 m. Des abris pour les hommes sont faits de madriers, 2 épaisseurs croisées avec, dessus 1m de sacs de sable. Quelques abris en ciment armé. Dans le mur, des créneaux ont été aménagés.

A cet endroit la tranchée ennemie est distante d’une cinquantaine de mètres. En d’autres points, 100, 150 et 200m. Voici la maison 3, poste avancé de l’ennemi pendant la nuit.

A gauche la grande-dune, dont il faut se défier, car on est facilement vu par les observateurs boches. Devant on aperçoit Westende, et la route de Lombaerzyde à la mer. Par un boyau (il y a maintenant peu d’espaces à franchir à découvert) nous revenons au poste de commandement.

De front, nous sommes en deuxième ligne, et de flanc droit en 1re ligne face à Lombaertzyde, complètement démoli.

On aperçoit le « Mamelon Vert », et la tranchée ennemie très rapprochée qui lui fait face. Entre les deux on voit des cadavres boches qui n’ont pu être enterrés.

A la jumelle je distingue très bien le détail des travaux ; mais de la journée je n’aurai pu voir un seul boche circuler.

Voici maintenant près de nous, différentes

Maisons classées : la maison ALBERT, la maison RAYMOND, la maison 7, 4, etc. Je visite 4 ou 5 mitrailleuses en position, dont plusieurs sous abri.

Au-dessus de nous des avions, ennemis ou alliés, mais presque sans discontinuer.

 

Bientôt une batterie ennemie tire sur notre secteur, pendant ¼ heure environ, du 150 qui tombe à 30 – 50 mètres de nous. Nous nous abritons, aucun mal.

Un peu plus tard c’est du 77, mais trop long (à 60 – 80 m). Nous ne tardons pas à voir arriver sur le secteur (C mamelon vert) des bombes, petites et grosses ainsi que les fameuses torpilles. Leur effet est vraiment fantastique, une explosion effrayante avec beaucoup de fumée.

Il parait que des hommes ont déjà été tués, rien que par le déplacement d’air. Quant à ceux qui se trouvent à côté du point de chute, ils s’en vont en morceaux ! Nous ripostons, et envoyons facilement 3 bombes contre une.

 

À 11h, nous déjeunons, en société du capitaine et d’un jeune s/lieutenant. Très gentils ils nous offrent différentes choses, et nous prenons le café avec eux.

Je leur offre une « bénédictine », car j’en ai un petit flacon reçu dans le dernier paquet de ma chère petite.

 

Nous prenons ensuite une offensive, une marche oblique. Puis à quatre on fait une manille.

Tir de 2 grosses pièces anglaises vers Ostende.

Riposte allemande. Nouveau tir de 77 sur notre secteur. Mon collègue réclame par téléphone une salve sur la batterie 28.

Tout revient au calme.

 

Nouveaux duels d’artillerie.

Torpilles sur le mamelon Vert. Une portion de parapet est bouleversée. Notre 155 commence maintenant à tirer sur Lombaerzyde, vers le mortier qui a lancé les torpilles. L’explosion, proportionnellement semble moins forte que celle du 75 explosif.

Par contre il doit faire un beau trou car une immense gerbe de terre et de fumée s’élève à 30 ou 40 m en l’air lors de l’explosion.

Une batterie ennemie tire maintenant vers Groenendick.

À différentes reprises, je peux constater la terrible explosion de notre explosif de 75. Quel déchirement !

Il correspond à mieux qu’un 150 allemand, presque un 210. Je ne m’étonne plus qu’il ait fait parler de lui.

 

La journée se termine dans la petite courette qui précède l’entrée de la guitoune du capitaine. Il y fait assez chaud.

Je m’assois sur un rouleau à fils téléphoniques, et je dors à moitié, comme les autres. Car à part les factionnaires tout le monde roupille ou joue aux cartes.

 

À 4h nous avons cassé une croûte.

Il est maintenant 6h et l’on s’apprête à partir, mais soudain arrive à bonne vitesse un 105 percutant qui tombe à 30 m. Les éclats reviennent au-dessus de nous. Tout le monde d’un bond avait disparu dans la cabane.

Un 2e arrive bientôt, puis un 3e, etc, et cela pendant ¾ d’heure. Tout tombe à côté de nous, quelques-uns à moins de 10 mètres. Nous sommes remplis de sable et de fumée, mais personne n’est atteint.

Mon collègue s’empare d’un téléphone et demande un tir contre la batterie 33. Maintenant les 75 nous passent également au-dessus de la tête. Plusieurs projectiles ennemis sont tombés à l’entrée du boyau que nous devions prendre pour revenir.

 

Beaucoup de mouches à se promener sur les détritus de nourriture. Les baquets aux excréments, etc.

Ca sent mauvais.

À noter aussi quelques balles envoyées par l’ami « Fritz » très probablement, ou l’ami Joseph excellents guetteurs, réputés dans toute la région. Et qui ne manquent pas de faire un carton dès que l’occasion se présente.

Aussi il faut faire très attention.

On ne sort de la petite courette quasi qu’à plat ventre. Étant très bien vu de la grand-dune.

Aperçu la maison du Trou-rouge.

 

Vers 7h le tir ennemi est terminé et nous nous apprêtons à quitter les tranchées. Après avoir serré la main du capitaine de Zouaves, nous reprenons les boyaux pour rentrer à Nieuport.

 

Sur le bord de l’Yser je ramasse quelques coquillages.

Dans la petite courette j’ai écrit aussi comme souvenir, 2 cartes à ma chère Alice, et cueilli quelques fleurs sur le parapet de sacs de terre. Nous retrouvons l’Yser sur le pont du Genl JOFFRE.

Des jetées on aperçoit Dunkerque très nettement, le temps étant clair. (Dans le secteur D petit cimetière, où les petites croix de bois sont assez nombreuses.).

Toutes sortes de vestiges, débris de jardin, polis carrés de trèfle incarnat fleuri, etc, etc.

 

À Nieuport, (peintures, dessins plutôt) portrait de jeunes mariés dans la rue.  Les rues sont très animées, les militaires jouent, foot-bal, gymnase, musique et chants, etc.

Personne ne songe à un bombardement toujours probable.

 

Je dine avec mon collègue, sous-sol d’une villa au bout de la rue.

Joli coucher de soleil. Dirigeable prenant la mer à une quinzaine de km de nous, et se dirigeant sur l’Angleterre. Quelques avions s’élèvent et essaient de lui barrer la route. Tout disparaît bientôt à l’horizon.

Avant de quitter la villa, je passe dans le salon où est resté le malheureux piano dans un coin tout seul. Au milieu de débris de toutes sortes.

Et pendant ½ heure ne je lâche pas le clavier, à ma plus grande joie.

 

Il est au moins 9 h lorsque je quitte Nieuport pour Coxyde où j’arrive vers 10 h enchanté de ma journée.

 

Juin 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

Mardi 1er juin

Beau temps.

Rien d’intéressant.

Mercredi 2/6

Même temps.

Avions.

Promenade habituelle.

Jeudi 3/6

Beau.

Toujours avec la même situation.

Il paraît que notre nouvel adjudant va déjà nous quitter.

Vendredi 4/6

Très beau. Notre vie devient de plus en plus mauvaise dans les dunes, où l’on multiplie les embêtements.

À 7h ce matin le capitaine nous a passé une revue en tenue de départ. Laquelle a duré à peu près toute la matinée.

Notre nouvel adjudant était là.

 

Après-midi, rien de particulier.

Samedi 5/6

Beau.

Belle promenade en campagne où tout est si joli maintenant.

Nous voici avec un nouvel adjudant, et je crois que plus nous en changeons, moins ils ne me sont sympathiques !

Dimanche 6/6

Beau temps.

Je ne peux aller à la messe, le service étant quelque peu dérangé.

Nous sommes pour avoir d’autres tracasseries. Car il y a tout un ensemble de prescriptions, plus futiles, stupides et inutiles, les unes que les autres, qui vient de paraître.

Nous approchons de la véritable vie de quartier!!

 

Après-diner, violent incendie dans un hôpital de La Panne renfermant des milliers de blessés. On ne sait encore s’il y a des victimes ?

Je me suis ennuyé à peu près toute la journée.

Lundi 7/6

Beau.

Promenade des chevaux, les faisons manger de l’herbe.

L’incendie d’hier n’aurait pas fait de victimes.

Mardi 8/6

Je vais ravitailler à la batterie à 3h.

Temps mou ; très chaud jusqu’à midi.

La 1re journée de gde chaleur cette année, tout le monde en est plus ou moins incommodé. Le sable des dunes est brûlant.

 

Après-midi, orage qui dure assez longtemps. Il tombe un peu de pluie ; ce qui rafraîchit légèrement.

Rien de particulier.

Mercredi 9/6

La pluie n’a pas continué et le temps est encore orageux.

Promenade vers La Panne. Les belges font une baignade en mer.

Nous mettons nos chevaux à manger de l’herbe. Même situation.

Jeudi 10/6

Pluie une partie de la matinée, et reprise après-midi.

Rien de particulier.

Vendredi 11/6

Il a plu à plein ciel presque toute la nuit.

À 8h revue du groupe des échelons par le colonel ; revue en tenue de départ.

Situation sans changement.

Samedi 12/6

Beau temps.

À 4h je vais faire un ravitaillement à la batterie.

En fin de journée attaque française (1er marins et belges).

Violente canonnade.

 

Le soir, du haut des dunes, le spectacle est magnifique. Le ciel n’est que lueurs : départs, arrivées de projectiles, fusées, etc. Le feu se prolonge jusqu’à la moitié de la nuit. Nombreux avions alliés, beau temps.

Notre coin ne bouge pas.

Dimanche 13/6

Beau temps, mais frais.

Je vais à la messe à 9h comme d’habitude. Situation calme.

Lors de l’attaque d’hier nous aurions gagné une tranchée.

Lundi 14 juin.

Temps presque froid et couvert.

Promenade des chevaux. Rien à noter.

Mardi 15 juin.

Temps frais.

Rien de particulier.

Mercredi 16 juin.

Beau temps, plus chaud.

Même situation.

Jeudi 17

Couvert.

Promenade à la mer.

Vendredi 18 juin.

Frais.

Promenade. Rien de particulier.

Samedi 19 juin

Beau temps.

Promenade.

 

Après-midi, je vais présenter deux avant-trains, mouchetés kaki sur fond bleu, essai de peinture tout nouveau. Situation très calme.

Dimanche 20 juin

Beau.

Promenade à la mer. Je vais à la messe à 10h. Rien de particulier.

Lundi 21 juin 1915.

Sainte Alice

La fête de ma chère petite et toujours ici. Avec une situation inchangée !

Temps splendide.

Promenade à la mer. Front calme.

Mardi 22/6

Vers 3h du matin, avions boches, quelque temps après il y en a 4 ou 5 dans la région.

Voilà environ 1 mois que nous n’en avions autant vu. C’était à croire qu’ils n’en avaient plus par ici.

Erreur, les voici aujourd’hui.

Beau temps.

Promenade des chevaux. Situation calme.

Mercredi 23/6

Il a plu un peu cette nuit. Temps frais.

Promenade à La Panne. Pas de journaux, Dunkerque aurait été bombardé hier de 41 projectiles.

Pourvu que le courrier nous arrive. Nous avons nos lettres à 5 h du soir.

Jeudi 24 juin

Beau.

Promenade le soir à 8h. Bombardement d’Oostduinkerke. Le bombardement de Dunkerque aurait fait plus de 30 victimes.

Certains bâtiments où se trouvaient 40 hommes du génie, 100 Zouaves, etc, s’étant écroulés sous les obus. Des projectiles sont également tombés sur Cassel, Hondschoote, St Pol, Malo-les-Bains, Bergues, etc.

Pas de journaux encore aujourd’hui.

Le courrier est arrivé.

Vendredi 25/6

Doux et pluie.

Promenade. Même situation. Bombardement d’Oostduinkerke 20h.

Samedi 26/6

Il a plu à torrents hier soir et cette nuit.

Ce matin, beau temps. Promenade.

À 11h je vais me présenter, avec plusieurs autres gradés, au Lt-colonel qui tient à nous voir à tour de rôle.

 

À 14h revue d’armes par l’adjt. Comme au quartier !

À quand les permissions de 24 heures ….. !

Dimanche 27 juin

Pluvieux.

Pris par le service, je ne peux aller à la messe.

Un peu avant midi, orage assez fort, et pluie torrentielle.

Projectiles sur Furnes, et sur Oostduinkerke ; dans ce dernier 4 marins tués, 3 territoriaux blessés.

Lundi 28/6

Beau temps. Promenade vers Adinkerque. Une division belge quitte La Panne même situation.

Mardi 29/6

Doux et couvert. Promenade. Restauration de la baraque en vue d’un séjour prolongé. Rien de particulier.

Mercredi 30/6

Beau temps. Promenade. Continuons de reconsolider notre habitation.

Front excessivement calme.

 

Juillet 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport, le drame de l’abri

 

Jeudi 1er juillet.

Beau temps. Promenade. Rien de particulier.

Vendredi 2/7

Très doux. Même situation.

Samedi 3/7

Assez chaud. Temps lourd.

Promenade voitures attelées. Véritable instruction de bleus sur la conduite des voitures.

Après 10 mois de campagne c’est tout simplement risible.

Stupide et ridicule !

 

A ..  heures, épouvantable accident à la batterie de tir, la perte la plus cruelle que nous ayons à enregistrer depuis le début de la campagne.

Un 150 vient tomber à l’entrée de l’abri des hommes de la 3e pièce.

Le chef de pièce absent se trouve à la 5ep. Les 6 servants sont dans l’abri. L’explosion du projectile est terrible et détruit la cabane qui s’effondre, ensevelissant les malheureuses victimes. (*)

4 hommes sont tués sur le coup et les 2 autres blessés mortellement.

C’est avec peine qu’ils peuvent être dégagés et retirés en lambeaux de dessous les décombres. Ils sont méconnaissables et affreusement mutilés, déchiquetés !

L’un n’a plus de tête, l’autre les deux jambes en bouillie la poitrine trouée, les autres, un œil emporté, les parties sectionnées, le foie prêt à sortir du corps, les bras retournés, un corps a sa longueur réduite de moitié.

Une tête est aplatie comme une lame de couteau et scalpée. Etc. etc

Les deux blessés sont également affreux à voir. C’est horrible !

On a de grandes difficultés pour les fouiller.

 

Le soir les corps sont amenés à l’hôpital de Coxyde. L’un des blessés meurt pendant le transport.

Le projectile fatal fut le seul qui arriva vers la batterie ; il était donc tout à fait en dehors du tir puisque les autres tombèrent comme d’habitude 200m trop court.

L’erreur de l’ennemi n’en avait pas moins jeté la consternation dans toute la batterie.

J’ai à déplorer la mort d’un homme de ma pièce, brancardier qui se trouvait là accidentellement.

 

(*) :

DUVAL Lucien, 2e canonnier-servant au 32e d’artillerie, mort pour la France le 3 juillet 1915 à Nieuport (Belgique), tué à l’ennemi. Il était né à Saint-Ouen

MALLET André Julien, 2e canonnier-servant au 32e d’artillerie, mort pour la France le 3 juillet 1915 à Nieuport (Belgique), tué à l’ennemi. Il était né à Cheny (Loir-et-Cher)

JARLAND Gabriel Pierre, maître-pointeur au 32e d’artillerie, mort pour la France le 3 juillet 1915 à Nieuport (Belgique), tué à l’ennemi. Il était né à Reims

PILLARD Raoul Ferdinand Paul, 2e canonnier-servant au 32e d’artillerie, mort pour la France le 3 juillet 1915 à Nieuport (Belgique), tué à l’ennemi. Il était né à Châtillon-Coligny (Loiret) en 1893

SUCHET Georges Henri, 2e canonnier-conducteur au 32e d’artillerie, mort pour la France le 3 juillet 1915 à Nieuport (Belgique), tué à l’ennemi. Il était né à Saint-Maur en 1893

Dimanche 4/7

Temps orageux.

Je ne peux aller à la messe, étant tenu d’avoir deux caissons prêts à partir d’un moment à l’autre.

Il fait excessivement chaud.

 

À 16h30 baignade en mer. Pas de chance. Les méduses. Rentrons furieux !

Nous sommes tous aujourd’hui à moitié malades.

 

Le soir nous nous préparons pour les obsèques de nos malheureux camarades qui doivent avoir lieu demain matin.

Chaque pièce fait une couronne de fleurs.

Lundi 5/7

À 5h30 tout le monde est rassemblé. Un piquet de 12 hommes en armes, et 5 caissons attelés à 6 chevaux.

On charge les corps à l’hôpital et on se rend à l’église où a lieu le service.

Ce spectacle est vraiment impressionnant. Et heureusement il n’est pas donné de le voir bien souvent.

Mon pauvre brancardier se trouve à revenir sur le même caisson qui le transportait depuis le mois d’août.

En tête du cortège marchent 2 hommes en armes. Sur les côtés de chaque caisson 1 homme l’arme sous le bras droit ; derrière, les porteurs de couronnes. Immédiatement après les 5 voitures, viennent les officiers de tous les hommes disponibles.

(Attitude des gens du pays)

On décharge les corps puis à lieu le service. Il est chanté quelques fragments de la messe.

Après l’absoute (*), les cercueils sont transportés au cimetière attenant à l’église, par les hommes.

À l’église, un 2e piquet de 12 hommes est arrivé de la batterie pour rendre les honneurs. Une seule fosse renfermera les cinq corps.

Après les prières d’usage, le capitaine prononce un petit discours, puis à son tour le colonel lit quelques phrases. Les cercueils sont ensuite descendus.

Le petit cimetière renferme désormais cinq braves français de plus. Nous rentrons tous au cantonnement avec une émotion mal contenue.

 

(*) : Absoute = prière pénitentielle pour le pardon des péchés du défunt

Mardi 6/7

Chaud, beau temps.

Promenade. Canonnade vers DixmudeYpres.

Mercredi 7/7

Temps frais. Vent.

Il est question depuis 2 ou 3 jours d’accorder des permissions sur le front. Grande animation pour ce gros évènement plutôt extraordinaire. Aussitôt l’ordre arrivé avant-hier, on avait désigné 4h. par Bie à partir le lendemain matin.

C’était rapide.

Mais on les fit rappeler, tout n’étant pas définitivement arrêté. Ils étaient déjà arrivés à la gare d’embarquement, et furent quelque peu désabusés.

Tout le monde est heureux de cette décision, qui va nous couper un peu la campagne, mais qui confirme malheureusement qu’elle n’est pas près de finir !

Quelle grande joie pour quelques familles et quelle tristesse pour beaucoup d’autres.

Jeudi 8 juillet

Pluvieux et beaucoup de vent.

Cette nuit a eu lieu le 1er départ de permissionnaires : 1 s/off et 3 hommes par Bie et pour 6 jours.

Promenade à la mer très belle et houleuse.

Un ordre de départ pour les permissionnaires est adopté dans les batteries. D’après cet ordre qui comprend d’abord les pères de famille et les hommes mariés, il se pourrait que mon tour vienne avant la fin de ce mois.

Quelle affaire ! Je ne l’écris pas à ma chère petite et attends qu’elle m’en parle.

Vendredi 9 juillet

Beau temps.

Promenade, belles vagues sur la mer.

Je reçois une longue lettre de ma chère Alice. Elle n’a pas manqué de voir dans les journaux les deux lignes ayant trait aux permissions accordées aux hommes sur le front.

Ce bonheur inespéré se réaliserait-il ? La chose commence à devenir vraisemblable.

Samedi 10 juillet

Assez beau.

Promenade. Rien de particulier. Dans une carte ma pauvre petite fonde les plus grands espoirs sur mon congé prochain !

Je lui écris dans ce sens, l’engageant cependant à ne pas se réjouir trop tôt.

Dimanche 11/7

Beau temps.

Je vais à la messe à 9h.

Petite visite au cimetière, aux cinq tombes de nos malheureux camarades. On ne parle pas encore du 2e départ de permissionnaires qui doit s’effectuer cette nuit.

Tout me semble pas encore définitivement organisé !

Lundi 12/7

Beau et frais.

Il n’y a pas eu départ en permission. On commence déjà à être inquiet ?

Mardi 13/7

Beau.

Promenade sur la plage et Bray-dunes. Un avion boche après-midi. Ils sont très rares ces temps-ci.

Bombardement d’Oostduinkerke.

Mercredi 14/7

Fête nationale.

Frais.

Rien de particulier aujourd’hui, tout est calme comme les autres jours.

Remises de décoration un peu partout, pas de défilés ni revues. Petit supplément à l’ordinaire, confitures et cigares.

Le soir, pluie.

Jeudi 15/7

Pluvieux.

Promenade. Rien de particulier.

Vendredi 16/7

Pluvieux.

Le 2e départ de permissionnaires n’a pas encore eu lieu. On parle du 19. Je crois qu’on aurait mieux fait de ne pas nous laisser entrevoir une joie que l’on croirait maintenant entravée à plaisir !

Un certain mécontentement commence à se manifester.

Samedi 17/7

Il a plu toute la nuit.

Promenade. Toute la journée affreux temps et pluie.

On ne parle plus de permissions.

Dimanche 18/7

Beau temps.

Je vais à la messe de 9h (orgue). Rien de particulier.

Lundi 19/7

Assez beau.

Promenade à La Panne. Rien de nouveau quant aux permissions.

 

Le soir, nous apprenons enfin que le 2e départ a lieu ce soir à 9h.

Et autre chose de meilleur vient s’y ajouter : c’est la durée de la permission ramenée comme elle avait été annoncée au début, à 8 jours (au lieu de 6 actuellement)

Mardi 20/7

Doux et couvert.

Promenade à la mer. Même situation.

Mercredi 21/7

Beau.

Promenade rien de particulier

Jeudi 22

Pluie.

On n’a toujours rien de précis en ce qui concerne les permissions.

Vendredi 23

Pluie et froid. Rien de particulier

Samedi 24

Pluie.

Remise de décorations. 9h à Coxyde-plage, le capitaine reçoit la croix de chevalier, ration de vin aux hommes et cigares.

Dimanche 25

Beau temps.

Je ne peux aller à la messe.

À 10h, de garde à la prison. Aucun changement dans la situation.

Lundi 26

Il a plu cette nuit.

Je suis désigné pour le prochain départ de permissionnaires. Mais à quelle date ?

Mardi 27

Pluvieux.

Orage. Rien de particulier

Mercredi 28

Assez beau.

Il est question du 2 août pour le prochain départ de permissionnaires.

Dans l’après-midi, un avion boche, sur lequel il est tiré environ 2 caissons de projectiles. Sans qu’on puisse le descendre !

Jeudi 29

Beau temps.

Un avion boche lance 5 ou 6 bombes vers des hangars à avions.

Dans l’après-midi, nouvelle sortie d’avions boches.

Vendredi 30

Très doux.

Rien de particulier.

Samedi 31

Assez beau.

Le prochain départ de permissionnaires est toujours fixé à demain soir.

 

Août 1915 : La permission, Paris

 

Dimanche 1er août

(*)

Orageux.

Je ne peux aller à la messe.

Depuis hier midi le service ne me laisse pas une minute. Visite dans l’après-midi, du Président de la République et du Ministre de la Guerre. Piquet en armes. Pas encore d’heure de départ pour cette nuit.

 

 Bientôt je suis averti d’avoir à quitter la Belgique, pour une permission de 8 jours !

Rassemblement à 22h – intersection des routes de La PanneCoxydeFurnes. C’est une affaire ultra – sérieusement intéressante ! Je ne puis croire encore à pareille joie. Et j’attends d’être embarqué dans le train pour avoir la certitude d’aller passer une bonne semaine de tranquillité bien loin… des dunes de Coxyde….. !

Tout mon paquetage ramassé, je suis prêt à partir bien avant l’heure fixée. Les heures sont longues. La troupe du soir n’arrive pas.

Je serre bientôt la main à ceux que je vais laisser ici pendant 8 jours, et avec mes 3 compagnons de route, je quitte enfin à 9h30 mon cantonnement pour le point de rassemblement.

 

Là, les permissionnaires sont assez nombreux : tout le secteur s’y trouve rassemblé, zouaves, tirailleurs, fusiliers, artie, génie, etc.

 

À 10h 15 le détachement du régiment prend le chemin d’Adinkerque gare d’embarquement.

Nous prenons une bonne suée. Le temps est orageux et la course assez longue, 6 km environ. Mais tout cela est largement compensé par une espérance qui va maintenant grandissant.

 

Vers 11h30 nous arrivons à Adinkerque où l’on commence à nous sectionner par régions. Je me retrouve aussitôt seul de ma batterie à prendre la direction de Paris.

Au bout d’une ½ heure nous montons dans le train.

 

(*) : Les guillemets sont en noir et en gras dans le carnet. Certainement pour signaler la permission.

Lundi 2 août

Ya bon comm’ dit l’autre. (*)

Il est presque 2h30 lorsqu’enfin le train quitte Adinkerque à destination de la France. Tout le monde ressent la même joie. Immense.

 

À 5 heures nous sommes à Dunkerque.

Arrêt de 15 à 20 minutes pendant lequel les permissions sont timbrées et remises aux hommes. On avale 1 ou 2 jus, et j’achète les journaux (d’hier).

Nous avons maintenant quitté Dunkerque ; et roulons très lentement, avec de fréquents arrêts jusque vers Abbeville.

 

La campagne commence à devenir belle, des vallées verdoyantes. À Amiens des bois. On s’aperçoit que l’on n’est plus en Flandre !

À partir de maintenant notre train va mieux et file à bonne vitesse jusqu’aux environs de Creil.

Muni de provisions, j’ai cassé la croûte ce matin à 7h, fait un bon déjeuner à midi, et à 3h ½ un petit goûter. Le dîner sera certainement meilleur encore. Quelle que soit l’heure ?

 

De Creil à Paris notre train n’avance plus. Nous arrêtons à toutes les petites gares. Chantilly passé, nous commençons à sentir cette vieille capitale, sur laquelle on avait pu avoir quelqu’inquiétude au mois d’août de l’an dernier.

Les ovations commencent à droite et à gauche des voies.

Voici St Denis, en même temps que l’enthousiasme des permissionnaires grandit à chaque seconde, les ovations se multiplient et les mouchoirs s’agitent tout autour de nous. L’émotion grandit partout maintenant jusqu’à l’entrée en gare.

 

Enfin. La voici cette gare du Nord tant convoitée !

Avant que le train ne soit complètement arrêté, tous les permissionnaires sont sur le quai. Nous arrivons avec une bonne ½ heure de retard ?

Il est exactement 20H10. Arrêté pendant quelques instants pour diverses formalités, je me mets aussitôt après à la recherche de ma chère Alice au point de rencontre qu’elle m’avait donné.

Je ne vois personne car elle était repartie depuis cinq minutes.

Déception.

Je m’embarque alors dans un taxi, et peu après je suis, rue de Bourgogne, la joie de tous !

La tante E. est là aussi. On commençait déjà à désespérer de me voir aujourd’hui.

Je n’essaierai pas ici, d’écrire cet immense bonheur. Mais j’eus vite fait de changer l’humeur du dîner. Le dîner terminé, nous prenons le chemin de la rue St Dominique.

Quel bonheur de se retrouver chez soi, après une année de campagne. Comme on s’y trouve bien. Situation presqu’incroyable. Tout le pays en guerre. Et je vais pouvoir vivre une semaine de tranquillité, de sécurité, et de joies complètes !

Ce n’est rien moins qu’extraordinaire. Coïncidence très curieuse il y un an à peine à pareille date (2 août) la mobilisation générale était décrétée !

Et demain au lieu d’adieux pénibles, et d’avoir à me rendre à la gare d’Ivry je serai bien tranquille chez moi, entouré de l’affectation de celle qui m’est le plus cher, et dont la joie ne sera pas moins grande que la mienne !

 

(*) : « Ya bon comm, dit l’autre » : S’agirait-il de Banania, marque créée en août 14 et diffusée assez rapidement sur le front ?

3 août. Mardi

Visas de permission. Visite aux invalides. B.d.F.

Mercredi 4 août

Nous restons à Paris.

Jeudi 5 août

À 8h 27 nous quittons Paris pour aller passer quelques jours au milieu de mes parents.

 

Vers 13h nous sommes arrivés à la plus grande joie de tous. Qui aurait osé espérer qu’après 1 an d’une guerre affreuse. On reviendrait pendant quelques jours revoir son pays natal et tous les siens.

Nous déjeunons et l’on cause de … la guerre, naturellement.

Vendredi 6 août

Nous passons la journée à Romo. Quelques visites aux parents proches et promenades aux vignes. (Fruits).

Samedi 7 août

Aujourd’hui la matinée va être très courte et s’achever tristement.

Préparatifs de retour à Paris. (Provision de fruits, légumes, etc.)

 

À 11h déjeuner.

 

À 13h13, nous quittons Romorantin.

Vers 18.30 nous sommes rue de Bourgogne où nous dînons.

Dimanche 8 août

Messe à St Pierre du Gros Caillou.

Déjeuner au 46 . tante E ?, tante du R., Mme B. oncle J. Marguerite vient dans l’après-midi, et repart à 5 heures.

Dînons encore tous ensemble excepté l’oncle J.

 

Après dîner, cousine H. et son beau-père. Quelles bonnes réunions de famille. Combien de malheureux n’auront jamais ce bonheur ?

Lundi 9 août

Veille du départ.

Marguerite vient déjeuner avec nous rue St Dominique et nous quitte à 16h.

Mardi 10 août

Le mauvais jour.

Quelques courses et achats. Dîne avant de partir rue de Bourgogne, où je quitte mes parents à 17h ¾.

Ma chère petite vient m’accompagner à la gare du Nord, où après une nouvelle et cruelle séparation, je me dirige vers mon train.

 

À 19h15, nous quittons la capitale.

Ce Paris qui n’a pas l’aspect de la guerre. Où la vie est presque normale. Ce Paris, où au milieu des miens, je viens d’être comblé et choyé pendant 8 jours !

Journées de joie où le bruit du canon était devenu imperceptible. Et où je pouvais croire la guerre terminée. Hélas. Le rêve est achevé, et une fois de plus le train nous emporte vers la Belgique.

Je suis heureux de ces moments inoubliables, et confiant dans l’avenir, espérant qu’une autre année ne pourra s’écouler avant que nous jouissions à jamais d’un bonheur plus complet.

Mercredi 11 août

Le temps est resté beau toute cette semaine, orageux et assez chaud.

 

À 10h du matin nous sommes à Dunkerque.

Déposons nos paquets dans un cantonnement proche. Déjeunons, et après une petite promenade, reprenons le train d’Adinkerque à 16 heures.

 

Vers 18h nous débarquons.

Nous voilà encore dans ce sale pays. Un charaban dans lequel nous montons nous évite à peu près 2km de route.

 

À 17h30, c’est Coxyde et aussitôt nos baraquements des dunes. Rien n’est changé. Il ne reste plus qu’à reprendre la vie de guerrier.

 

Les Boches viennent de tenter de descendre une « saucisse ». Quelques coups de canon arrivant en bonne direction, la prudence nous la fait descendre à terre.

En même temps un de nos avions leur fait brûler plus de 300 coups sans qu’ils puissent l’atteindre. J’arrive à ma pièce où je retrouve tout en bon ordre, ainsi que ma bonne Jacqueline (*)

J’apprends qu’un nouveau convoi de permissionnaires est parti du 9.

 

(*) : Sa jument

Le 12 août. Jeudi

Même temps.

Je reprends mon service – mais je suis encore tout entier à Paris.

Le 13. Vendredi

Beau temps.

Promenade à la mer et vers La Panne.

Après-midi, avions alliés fortement canonnés.

Vendredi. Le 14 août.

Beau.

Je commence à me remettre à mon ancienne vie. Quand l’abandonnera-t-on complètement ?

Un avion sur lequel les Boches tirent plus de 200 projectiles sans résultat. Je reçois un mot de ma chère Petite.

Demain 15 août. Encore une fête de plus à passer sur le front !

Dimanche 15 août 1915

5 heures.

Orage, la pluie tombe à torrents. Dans le courant de la journée assez beau ; quelques averses. Je vais à la messe de 9 heures.

Visite au cimetière.

Nos cinq tombes du 3 juillet ont maintenant un magnifique entourage en bois : cinq carrés solidaires les uns des autres, avec croix, inscriptions, etc.

Nos tombes sont des mieux parmi toutes celles que renferme le cimetière. Comme toutes l autres fêtes précédentes, et plus encore. Cette journée est fort triste. Je m’ennuie tout le long du jour.

 

Ici, que tous ces dimanches sont pénibles ! Mais le réconfort est facile, il suffit d’évoquer la semaine de bonheur et de joie immenses.

Qu’il m’a été donné de passer au milieu de la tendresse de ma chère petite. Il est doux de se remémorer ces chers moments. Et d’espérer que peut-être bientôt, dans l’avenir, plus rien ne viendra les suspendre pour des heures aussi angoissantes !

Lundi 16 août

Orage et averses.

Promenade vers la mer.

 

À 14h, je vais à Coxyde, avec quelques camarades, assister à des expériences de gaz asphyxiants. Nous sommes enfermés dans une sorte de cave remplie d’émanations de chlore, ayant été préalablement munis de différents appareils.

Je me sers d’une « cagoule ».

Tout se passe très bien, et malgré plusieurs entrées et sorties, avec séjours de 15 à 20 minutes dans la chambre « Kulturale », personne n’est incommodé.

La cagoule semble affirmer des avantages sur les autres appareils.

(Quelques prises reniflées à la portée avant la cagoule mise, nous font connaître ce qu’est la nouvelle invention boche, et juger des souffrances qu’ont dû endurer nos camarades, lors des premières surprises. Ce devait certainement être terrible.)

Croix de guerre, boutons éperons, etc. brunis par le chlore

Mardi 17 août

Assez beau.

7 heures. Deux hydravions boches viennent à la faveur de nuages très bas, au-dessus de la région de Coxyde-La Panne.

À faible hauteur ils laissent tomber 7 à 8 bombes vers la plage sans causer de dégâts. Quelques instants après, un aviatrèles laisse tomber une bombe vers Coxyde.

Après quelques coups de canon tout rentre dans le calme.

 

10 heures, je prends la garde à la prison.

Mercredi 18 août

Beau temps.

De très bonne heure, 2 avions ennemis survolent la région sans être inquiétés.

Une saucisse est amenée et montée au-dessus des cantonnements du régiment, face à l’hôpital militaire récemment installé.

 

Vers 11 heures quelques obus percutants arrivent en pleine direction de nos cantonnements. Un peu courts.

Un percutant vient toucher un baraquement de la 103e Bie situé en bordure de la route Coxyde-V – Coxyde-bains.

Malheureusement il y a des victimes à déplorer : 2 morts et 8 blessés dont 3 grièvement.

De plus 6 ou 8 chevaux tués ou blessés.

En même temps bombardement de Furnes et d’Oostduinkerke.

 

Ensuite quelques fusants en bonne direction sur la saucisse, mais trop courts. On la recule aussitôt vers La Panne. Les boches lui envoient encore quelques obus et à midi tout était rentré dans le calme, en ce qui concerne notre région.

Jeudi 19 août

Temps frais.

Promenade.

Quatre des blessés lors de l’épouvantable accident survenu hier à la 103e Bie sont morts. Ce qui en porte le nombre à 6, avec deux blessés.

On apprend aussi qu’un autre projectile a tué dans les dunes 2 hommes, en même temps que 7 chevaux étaient tués ou blessés.

 

Aujourd’hui, la saucisse n’est pas apparue. On ne sait où elle a été emmenée ? On affirme maintenant que seule cette saucisse est cause du tir ennemi.

Les obus percutants se rattachaient au tracteur, à la machinerie, avec la possibilité de couper le câble. Ils tiraient à la fois percutant et fusant. On dit que des plaintes ont été déposées près le Général Ct le groupement.

L’hôpital se trouvait aussi dans l’axe de tir.

Vendredi 20 août

Assez beau.

La saucisse est montée mais plus en arrière. Travaux de défense exécutés près de nous, réseau de fils de fer, tranchées en ciment armé, abris fortifiés pour mitrailleuses, etc.

Même situation, et rien de particulier.

 

Ce soir 5e départ de permissionnaires (6 jours) 8 hommes, 1 brig. Et un s/officier.

Samedi 21 août

Pluvieux et frais.

Aucun fait nouveau.

Dimanche 22/8

Beau temps. Je ne peux aller à la messe. Sur le front, l’artillerie montre un peu d’activité. Un avion boche.

Lundi 23/8

Beau.

Promenade vers La Panne. Entendu cette nuit canonnade sur mer, laquelle a continué ce matin.

Rien de particulier.

Mardi 24/8

Beau temps.

Situation inchangée.

Mercredi 25/8.

St Louis

Beau temps. Rien à noter.

Jeudi 26/8

Beau temps.

Promenade à la mer. Canonnade vers Ypres et dans notre secteur. Bruit de départ de la division vers le 15 septembre.

Vendredi 27/8

Beau temps, assez chaud.

Aucun changement (gros colis de ma chère petite pour ma fête.)

Samedi 28/8

Chaud.

Toujours la même situation. Tirs des batteries sur tranchées boches.

Dimanche 29/8

Orageux.

Pluie. Je vais à la messe de 9h. Cimetière. Je m’ennuie pas mal toute la journée.

Une activité de l’artillerie assez marquée dans notre secteur. J’interromps certains faux assez singulièrement.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, il n’a pas été tiré un seul coup de canon français jusqu’à 5 h de l’après-midi. Et pas un seul coup de canon boche de toute la journée !

C’est un détail unique, et que l’on n’avait pas encore vu depuis le commencement de la campagne !

Lundi 30/8

Pluie et temps frais.

On travaille beaucoup depuis quelques temps, à l’installation d’une pièce de gros calibre (240mm), à quelques cent mètres de la Bie.

Travaux très importants. Solide abri, bétonnage, cave pour les projectiles, rien n’est épargné. L’objectif de la pièce serait Ostende.

Mardi 31/8

Affreux temps, froid et pluvieux. Situation sans changement et rien de particulier à signaler.

 

Septembre 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

 

Mercredi 1er

Orage, pluie torrentielle.

Il y a deux ans, veille de mon mariage…..

Front calme

Jeudi 2

Orageux, pluie.

Anniversaire de mon mariage. Deux ans déjà. J’ai peine à le croire.

Quel triste rapprochement !

Anniversaire de ma permission de « poilu ». Il y a un mois je me retrouvais à Paris entouré d’une tendre affection.

Vendredi 3

Frais et pluvieux.

Rien de particulier.

Samedi 4

Orage, grêle et pluie torrentielle. Affreux temps.

Quel pays.

Situation assez calme

Dimanche 5.

Averses

Je vais à la messe de 9 heures

(lettre de ma chère petite du 2 septembre.)

Canonnade dans le secteur

Lundi 6

Frais

Rien de particulier.

Mardi 7

Assez beau.

Violente canonnade allemande à laquelle ripostent vivement nos batteries. Bombardement par la flotte britannique.

Escadrille d’avions alliés se dirigeant vers les lignes ennemies pour effectuer un bombardement.

 

Dans l’après-midi, nouvelles activités de l’artillerie

Mercredi 8

Beau

Rien de particulier

Jeudi 9

Assez chaud.

Front calme

Vendredi 10

Beau temps

Suis de garde à la prison.

Samedi 11

Très beau

Situation calme

Dimanche 12

Beau

Je vais à la messe de 9 H. N’ai pas une minute à moi du reste de la journée.

Lundi 13

Beau temps

Rien de particulier

Mardi 14

Frais

Même situation

Mercredi 15

Beau

Rien à noter

Jeudi 16

Assez beau

Front calme

Vendredi 17

Beau

Avions boches

Samedi 18

Beau

A notre  …..   Certaine activité de l’artillerie

Dimanche 19

Beau

Je vais à la messe de 9 heures. Cimetière. (Pièce anglaise de 230 sur rail)

 

Après-midi, bombardement de la côte belge par la flotte anglaise. Nombreux avions alliés.

Tirs de nos batteries, contre battant les batteries de côte allemandes.

Lundi 20

Plus frais

Canonnades.

Mardi 21

Nuit froide, assez beau

Canonnades assez fréquentes.

Bruit de départ.

Mercredi 22

Les nuits deviennent froides. Beau.

Nouveau bruit de départ. Les permissions sont, dans la division, partiellement suspendues. On parle d’Ypres, d’un embarquement, des Dardanelles. Etc.

Préparatifs pour une revue en tenue de départ. Avions boches.

Jeudi 23

Orageux

Nombreux avions. Front assez calme.

Vendredi 24

Pluvieux

Demain revue. Rien à noter.

Samedi 25

Pluie

À 6h, revue en tenue de départ. Après avoir attendu jusqu’ à 8h ½, personne ne venant la passer nous rentrons au  cantonnement.

 

9h. La batterie fait demander 2 caissons au trot.

Actions d’artillerie dans notre secteur. Avions alliés.

Pendant 2h bombardement par la flotte britannique.

 

De 3h à 9h, canonnade importante et ininterrompue entre Dixmude et Ypres.

 

Après-midi assez calme.

Dimanche 26

Assez beau

Je vais à la messe de 9heures. On ne parle plus de quitter la région.

Depuis hier soir une heureuse nouvelle circule concernant notre front.

À la suite d’une action offensive nos troupes auraient rompu les lignes allemandes en deux endroits. (Artois et Champagne). Les anglais auraient de leur côté remportés un succès dans la région d’Ypres.

Grosse nouvelle dont il convient d’attendre la confirmation.

Front assez actif.

Lundi 27

Couvert et brumeux.

Situation plutôt calme. La flotte tire quelques salves. Les bruits de notre offensive prennent corps et se confirment par la réception de plusieurs communiqués  téléphoniques. La joie est grande.

Serait-ce enfin l’action attendue depuis si longtemps ?

Les débuts semblent heureux.

En Champagne sur un front de 2 km gain en profondeur de 1 à 4 km. Une autre progression au nord d’Arras, en liaison avec les anglais. 24 pièces, 36000 prisonniers, du matériel, un nombreux butin non évalué encore  sont le couronnement de ces premiers efforts.

Souhaitons que ces actions heureuses se poursuivent avec le même succès.

Tous les français attendent avec cet espoir.

Mardi 28

Couvert

Calme complet dans le secteur. Les journaux que nous avons aujourd’hui nous confirment par les communiqués officiels du 26, nos gains annoncés précédemment.

« Une progression franco-anglaise au nord d’Arras, de 1k à 4 k, en Champagne sur un front de 25 km

24 canons, un butin non encore évalué. Et 16000 prisonniers (et non 36000) Pour ces deux journées, au total 20000 prisonniers. C’est un bon début.

Mercredi 29

Temps épouvantable. Toute la nuit et toute la journée pluie ininterrompue.

Secteur tout à fait calme.

Les communiqués  officiels du 27 sont très bons. Ils fixent la progression accomplie avec un chiffre de prisonniers passant 20000. dont 3000 officiers et plus de 70 canons !

En fin de journée arrivent quelques messages téléphoniques plaçant nos troupes dans une heureuse situation.

Il est déplorable que la température ne soit pas plus clémente.

Jeudi 30

Pluvieux

Alertes ! 1 heure du matin. De la batterie arrive un ordre de départ, pour 5h30.

En un clin d’ œil tout le monde est debout. Et les préparatifs se poursuivent rapidement. Nous avons du reste beaucoup plus de temps qu’il ne faut pour être prêts. Nous sommes aussi favorisés par un bon clair de lune.

La surprise est assez grande car on ne s’y attendait plus. Le point de direction semble bien être la région d’Ypres. Il n’y a du reste que notre groupe de déplacé.

 

À 8h, nous quittons les « dunes » et Coxyde.

Les reverra-t-on jamais ?

Après avoir contourné Furnes nous sommes sur la route d’Ypres.

 

Midi. Halte, avoine et déjeuner. Nous sommes favorisés par un beau temps.

 

13h. nous repartons, et passant par Oostvleteren  Hoogstade, nous arrivons dans la région de Woesten – Elverdinghe.

 

Vers 17 heures. Nombreux avions boches fortement canonnés, et de très près.

Nous bivouaquons dans un grand pré.

La batterie que nous venons remplacer occupant encore pour cette nuit les cantonnements de la ferme, nous couchons dehors.

Je m’installe près d’un tas de paille. La nuit n’est pas bien chaude et quelques averses nous tombent sur la figure. La région ne nous est pas inconnue. Et nous venons de revoir routes et pays qui nous étaient familiers l’an dernier. Il y a surtout une chose que l’on retrouve encore : c’est « la boue » !

 

22 heures. La Bie part prendre position.

Canonnade assez vive, coups de fusil. Je ne sais encore dans quelles conditions se trouve placée la Bie, probablement à la jonction des fronts anglo-belge, car nous trouvons ici, troupes anglaises et troupes belges.

Notre action offensive se poursuit dans de bonnes conditions.

 

Octobre 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

 

Vendredi 1er

Beau.

À 6 h nous nous réveillons, ayant passé une assez bonne nuit, mais fraîche.

Nous rompons le parc pour dissimuler le matériel le long des haies. Abritons une partie des chevaux. Ma pièce est assez bien.

Cependant la ferme n’est qu’un trou. Et la cour qu’une boue. Tout est très sale ! Pas d’eau potable.

Je m’installe dans une petite cabane en terre avec mon collègue B. Nous remplaçons une batterie du 58e.

Quels gens dégoûtants et sans goût. C’est affreux.

Nous avions ce matin les journaux à 6h. Notre offensive a été marquée d’un léger temps d’arrêt, passé à consolider les gains. Notre situation n’en demeure pas moins excellente.

Samedi 2

Beau temps. Gelée.

Réveil à 5h ½.

J’ai très bien dormi dans ma nouvelle demeure.

 

À 6h, nous faisons un excellent chocolat ayant pu avoir du lait à la ferme. Commençons nos installations.

Aujourd’hui encore nos communiqués sont excellents. Notre progression a continué en Artois et en Champagne, ainsi que chez nos alliés anglais. Le nombre de canons pris dépasse maintenant 121 et les pertes ennemies se chiffrent par plus de trois corps d’armée !

Ces magnifiques débuts permettent les plus grands espoirs.

Canonnade dans notre région.

Dimanche 3

Comme hier gelée blanche. Brumeux.

Construction d’écuries. Nombreux avions alliés. Beau temps.

Activité de l‘artillerie. Léger temps d’arrêt dans notre offensive, néanmoins quelques progrès sont encore acquis.

Lundi 4

Pluvieux.

Canonnade vers Dixmude. Secteur assez actif.

Mardi 5

Pluvieux.

De 3 à 8h violente canonnade dans notre secteur. Notre offensive est au repos. Un nouvel effort est-il en préparation ?

Nous sommes presque installés, et voici qu’on parle de nous déloger pour nous envoyer 2 ou 3 km plus en arrière. Laissant nos cantonnements pour l’infanterie. C’est très amusant !

 

Midi. Nous partons demain matin à 8h.

Mercredi 6.

Assez beau.

À 4h ½ tout le monde est debout.

 

À 8h nous quittons la ferme, emportant nos matériels de première installation. Nous passons des environs d’Elverdinghe aux environs immédiats de Woesten, mais sans nous éloigner davantage de la position de la batterie. La position est de Woesten très tranquille. Nous tirons peu.

 

À 9h ½ nous sommes à notre nouveau cantonnement. Nous y trouvons de magnifiques écuries. Pour tous les chevaux (écuries de campagne). Une bonne petite cabane (chalet du Jura) va abriter mes collègues et moi.

Nous n’avons pas trop de boue.

C’est encore l’eau potable qui manque. En résumé nous avons gagné au change.

Jeudi 7

Beau temps.

J’ai fait une bonne nuit. Les hommes ont été en lutte avec les rats toute la nuit. Il y en a une quantité fantastique. Pire que les boches.

Front assez calme. Avions. Notre offensive en Champagne aurait repris ?

Vendredi 8

Brumeux et couvert. Nous avons marqué un nouveau succès en Champagne (prise du village et de la butte de Tahure) où nous avons fait plus d’un millier de prisonniers.

Dans notre région, vive canonnade vers Ypres.

Samedi 9

Frais et couvert. On parle du rétablissement des permissions avec un départ du 11 au 12.

Front assez calme.

Dimanche 10

Assez beau.

Nombreux avions alliés. Rien de particulier.

Lundi 11

Beau temps.

Violente canonnade vers Ypres. Avions alliés. Front calme.

Mardi 12

Brouillard, beau temps.

Promenade quotidienne des chevaux. Nombreux avions alliés.

 

Le soir, canonnade.

Obus boches sur Poperinghe et les environs. Départ de permissionnaires.

Mercredi 13

Pluvieux.

Canonnade. Avions alliés. Front assez calme dans notre secteur, sauf arrivée de torpilles boches assez nombreuses. (Lettre de ma chère petite Alice en date du 11 oct. contredisant celle du 2 sept.......

 

Le soir, violente canonnade de courte durée vers Ypres.

Jeudi 14

Brouillard.

Dans le courant de la journée, bruits de départ.

Front assez calme. L’ordre arrive pour partir demain matin. Nous rejoignons parait-il Coxyde. Un bruit ayant les Balkans comme objectif circule naturellement.

Mais il convient d’attendre.

Vendredi 15

Brumeux.

À 6h quittons Woesten pour Coxyde.

 

11h Halte repas.

 

Vers 3h nous retrouvons les dunes.

Le lt-Colonel nous attendait à l’entrée du pays. On retrouve peu de chose de changé. Les cantonnements ayant été bien gardés, rien n’a été détérioré et nous retrouvons tout ce que nous avions laissé il y a quinze jours.

Un bon nettoyage et nous voici installés comme précédemment.

Le sable remplace la boue. Ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Samedi 16

Brumeux et pas froid.

On commence à se sentir chez soi. Front très calme.

Dimanche 17

Couvert.

Le service m’empêche d’aller à la messe. Avions alliés.

Rien de particulier. On ne parle plus d’aller en Serbie.

Lundi 18

Beau temps.

Rien de particulier.

Mardi 19

Beau temps.

À 10h suis de garde à la prison. Même situation.

Mercredi 20

Beau temps.

Rien de particulier.

Jeudi 21

Beau temps.

Nous n’avons pas tiré un seul coup de canon.

 

Ce soir, départ de permissionnaires.

Vendredi 22

Brumeux assez froid.

Premier ravitaillement. (1 av. tr.) (*)

Même situation.

 

(*) : Un avant-train.

Samedi 23

Froid et brouillard.

Rien de particulier.

Dimanche 24

Brouillard et froid.

Je vais à la messe de 9h (où j’accompagne).

 

Après déjeuner je sors à Coxyde-plage avec mon camarade F. musique du 11e terrle. Petit goûter, quelques achats.

Pluie.

 

Le soir, reprise de nos anciennes parties de bridge.

Lundi 25

Brumeux et froid.

Je reçois un gros colis de ma chère Petite, effets de laine et gourmandises.

Mardi 26

Pluvieux.

Rien de particulier.

Mercredi 27

Mauvais, pluie, moins froid.

Gros paquet de friandises de ma chère Alice.

Jeudi 28

Le temps continu épouvantable. Pluie froide. Front calme.

Vendredi 29

Pluie.

Rien de particulier.

Samedi 30

Pluvieux.

Même situation.

Dimanche 31

Pluie.

Messe à 9h.

 

Novembre 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

 

1er novembre

Je vais à la messe à 9h.

Après la messe, cimetière, déposons quelques fleurs sur nos cinq tombes. Pas un des héros n’a été oublié. Et tout le cimetière français est bien fleuri. Ce qui fait un contraste frappant avec toutes les tombes belges qui sont restées, toutes sans exception, dans leurs chiendents et sans une seule fleur !

En fin de journée, pluie et grand vent.

Mardi 2

Fête des Morts. Ils sont hélas nombreux cette année. La pluie qui n’a pas cessé de la nuit continue ce matin… quel affreux temps.

Mercredi 3.

Pluie.

Quelques obus sur Oostduinkerque, Coxyde et Furnes.

Jeudi 4.

La pluie a cessé. Belle journée.

Nombreux avions alliés. Quelques boches.

Bombardement de la batterie : 122 obus de 150, l’encadrent par des chutes à 25 m en avant, et 25m en arrière des pièces. Seuls un abri de pièce et une flèche sont quelque peu détériorés.

Aucun homme n’est blessé. Nous n’avions pas encore subi de bombardement aussi important. Et on en cherche les motifs !

Vendredi 5

Il a plu toute la nuit et ça continue.

Depuis le 1er nov. avons un nouvel adjt l’autre étant parti au dépôt à Valence. La journée se passe assez bien. Avions boches. Front calme.

Samedi 6

Pluvieux.

À 10h, je prends la garde à la prison. Rien de particulier.

Dimanche 7

Assez beau.

Après-midi je fais un tour à Coxyde-plage.

Lundi 8

Pluvieux.

Même situation.

Mardi 9

Pluvieux.

Gros paquet de ma chère petite à l’occasion de mes 27 ans (14 nov.).

Corvée de nuit à Nieuport par un affreux temps.

Mercredi 10

Pluvieux.

Situation sans changement. Départ de permissionnaires.

Jeudi 11

Pluvieux.

Rien de particulier.

Vendredi 12

Pluie.

(Lettre de ma chère Alice.) X

Samedi 13

Assez beau.

Rien de particulier.

Dimanche 14

Assez beau.

J’ai aujourd’hui 27 ans. 2e anniversaire en campagne. C’est épouvantable. Combien encore ?

 

À 9h je vais à la messe (Orgue). Cimetière. Je passe une assez bonne journée. Copieux déjeuner et dîner avec toutes les bonnes gâteries dont on m’a comblé pour mes 27 ans. Que de bonnes choses. Plus délicieuses les unes que les autres.

Et combien on les apprécie ! Mais ne vaudrait-il pas mieux n’avoir que du pain sec, et se trouver au milieu des siens.

Lundi 15

Pluvieux et froid.

Rien à noter.

Mardi 16

Gelée (glace). Brouillards épais.

Revue de détail. Canonnade qui a duré à peu près toute la journée.

 

À 19h bombardement par la flotte.

Mercredi 17

Froid et pluvieux.

Rien de particulier.

Jeudi 18

Gelée.

Canonnade intermittente. Avions.

Vendredi 19

Froid. Gelée, assez beau.

Canonnade dans le secteur. Bombardement par la flotte. Atterrissage dans les dunes d’un petit sphérique boche porteur d’un sac de journaux, dépêches, etc.

Samedi 20

Beau temps.

Canonnade assez vive. Même situation.

Dimanche 21

Gelée et beau temps.

Je vais à la messe à Coxyde (orgue). Canonnade vers DixmudeYpres.

Lundi 22

Gelée. Rien de particulier

Mardi 23

Couvert et moins froid. Situation sans changement.

Mercredi 24

Pluvieux.

À 10h je suis de garde à la prison. Rien de particulier.

Jeudi 25

Froid et pluvieux.

Même situation.

Vendredi 26

Giboulées de grêle et de neige toute la journée !

Le soit une petite couche de neige recouvre la terre, c’est la première. Il fait froid, et une gelée est probable.

Rien de particulier.

Samedi 27

Gelée.

Le temps est moins froid.

Vers 10h violente canonnade boche sur nos tranchées. Dans tout le secteur.

 

À 11h je conduis deux caissons de ravitaillement à la Bie la canonnade est presque terminée. Nombreux avions.

 

Après-midi assez calme.

Depuis quelques jours, la continuation des permissions est officiellement décidée. Quelle affaire ! Nous avons donc l’espoir d’aller bientôt faire un petit séjour à la Capitale pour la 2e fois.

Encore quelques départs. Et avec ferveur si rien ne vient déranger mon immense bonheur du mois d’août sera renouvelé ! Patientons donc quelque peu !

Dimanche 28

Très froid.

Messe à 9h (orgues). Grosse sortie d’avions boches (sept). Bombardement de la voie ferrée AdinkerqueFurnes – Station d’aviation, et vers La Panne. Bombes et torpilles.

On a malheureusement des victimes à déplorer, une trentaine de français et une vingtaine de belges, soit plus de cinquante tués, et autant de blessés.

À Coxyde, rien.

 

Après-midi, je vais à Coxyde plage, avion boche au-dessus du pays. Ogive de projectile français emportant le képi d’un capitaine de Zouaves qui passait dans la rue à cheval. Front assez calme.

Lundi 29

Le froid s’est abaissé, commencement de dégel.

Rien de particulier.

Mardi 30

Dégel, pluvieux. Temps couvert. Même situation.

 

Décembre 1915 : Flandres belges, secteur de Nieuport

 

Mercredi 1er

Assez beau. Départ de permissionnaires, avec effectif réduit de 13 à 8. Mesure temporaire, qui espérons-le ne durera pas longtemps.

Jeudi 2

Beau temps.

Rien de particulier.

Vendredi 3

Doux et couvert.

Le soir canonnade vers Nieuport.

Samedi 4

Pluie. Ste Barbe.

Nous célébrons la Ste Barbe par un peu d’extra, acheté hier à Dunkerque. Poisson, saucisson, fromage, pruneaux, vin et cigares sont les bienvenus !

Le capitaine donne « repos » ; mais en réalité, c’est peu différent des autres jours. Secteur tout à fait calme.

Dimanche 5

Beau.

Messe à 9h (orgue). Cimetière.

Après déjeuner je vais faire un tour à Coxyde bains. Concert (12e territorial).

Rien de particulier.

Lundi 6

Gd vent.

À 10h, je suis de garde à la prison. Rien à noter.

Mardi 7

Pluvieux.

Rien à noter.

Mercredi 8

Assez beau.

14h épreuve de gaz asphyxiants à Oost.D.

Rien de particulier.

Jeudi 9

Pluie.

Même situation

Vendredi 10

Pluie et vent.

Départ de permissionnaires. Situation inchangée.

Samedi 11

Pluie.

Rien de particulier.

Dimanche 12

Froid et pluvieux.

Messe à 9 heures. La flotte tire quelques coups. Quelques canonnades sur le front.

Lundi 13

Grand vent froid.

Rien de particulier.

Mardi 14

Froid et pluvieux. Un avion allemand est descendu au large de Coxyde. Il était en flammes avant de toucher la mer.

Toute la journée nombreux vols.

Mercredi 15

Pluie.

Front toujours assez calme.

Jeudi 16

Couvert.

Bruit de départ pour la région d’Ypres.

Vendredi 17

Brouillard assez froid.

Rien à noter

Samedi 18

Couvert.

Canonnade dans tout le secteur. Le bruit concernant un nouveau déplacement vers Ypres nous laisse ici.

L’affaire est réglée avec une autre unité.

Dimanche 19

Assez beau.

Messe à 9 heures. Avions alliés. Feu d’artillerie lourde. Tir de la flotte. Secteur assez actif.

Le soir, tout revient au calme.

Lundi 20

Assez froid.

Rien de particulier.

Mardi 21

Pluie.

Rien à noter

Mercredi 22

Pluie

Jeudi 23

Pluie.

Tir de la flotte.

Vendredi 24

Pluvieux.

Veille de Noël pas de messe de minuit à Coxyde. Je fais un excellent dîner.

 

À 11h30, avec J., je vais à Coxyde-plage où une messe de minuit est dite dans une petite chapelle improvisée. C’est évidemment beaucoup trop petit pour l’assistance.

 

À 2 heures du matin, réveillon.

 

Il est 4h lorsque nous nous couchons. Gros colis de ma chère petite. Une foule de gourmandises pour mon Noël !

Qui aurait cru pareille chose il y a un an.

Samedi 25

Noël.

Pluvieux.

À 9h, messe militaire. Quelques chanteurs nous laissent entendre le « Minuit Chrétien », un Notre Père, deux noëls. La musique du 5e territorial a pris place dans le sanctuaire, et se fait entendre au commencement et à la fin de la messe.

Nombreuse assistance.

Il fait beau temps à peu près toute la journée.

Petit colis de Romo et de Marguerite. Avions avec front très calme.

Dimanche 26

Assez beau.

À 9h je vais à la messe (orgue). Journée tranquille.

Hier et aujourd’hui deux bonnes journées à faire d’excellents repas avec toutes les bonnes choses dont je suis comblé.

Lundi 27

Grand vent.

Tir démonstratif vers la « grande dune ». (crapouillots et toutes les batteries du secteur). Aucune riposte allemande.

Bombardement par la flotte.

Mardi 28

Assez beau.

La batterie vient au repos pour quelques temps.

(Mercredi 29 voir page suivante)

Jeudi 30

Beau.

6h ½ alerte, pour la mise des masques de protection contre les gaz. On garnit les chevaux en conservant les cagoules.

Les masques sont conservés pendant 1 heure. Continuation des manœuvres de batterie attelées.

 

10 h Je suis de garde à la prison

Mercredi 29

Beau.

8 h.

Commencement des exercices de batterie attelée. Retour aux premières journées d’arrivée au régiment, à l’incorporation. Série d’idioties.

Qui ne peuvent faire que dégoûter les hommes. On n’a bientôt plus un instant à soi !

Vendredi 31

Assez beau.

Manœuvre. Revue de détail, etc., etc. !

Je suis officieusement prévenu de mon prochain départ en 2e permission !

 

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Vers 1916

 

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