Correspondance 1914-1918

du Lieutenant Robert (Marie Adrien) MAZEL

8e régiment de Chasseurs à cheval.

1916

 

Mise à jour : novembre 2014

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En juillet 1916, le régiment est divisé. Tandis que le colonel et les 1°, 2°, 5° et 6° escadrons suivaient le 5° corps dans la Somme, les 3° et 4° escadrons partaient pour Verdun avec la 9° division.

En décembre 1916, les six escadrons du régiment sont à nouveau réunis dans la région de Berry-au-Bac où se préparait une offensive.

 

Janvier 1916

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

 

Janvier 1916

Ma chère Odette.

J'espère que tu vas toujours bien et je te remercie de ta lettre reçue hier. Mon imbécile de vaguemestre a dû mettre mes fondants dans ma chambre, car je n'ai pas reçu ton paquet de fondants. Enfin, ils seront les bienvenus en rentrant.

J'ai écrit à DAUDY avant-hier. S'il n'est pas encore parti, il y aura reçu ma lettre pour vous, et je lui dis d'aller vous voir mercredi.

Ici rien de neuf. Mon séjour tire à sa fin. ! Nous n'avons aucun blessé jusqu'ici. C'est qu'il y a de plus embêtant, se sont les rats qui viennent de se promener autour de vous la nuit !

Le pauvre aspirant Henry dont je te parlais l'autre jour et qui avait mon ancien peloton est décédé des suites de ses blessures. Ses plaies du crâne même en apparence insignifiante sont toujours très dangereuses et le casque ne protège pas toujours.

 

Le temps après deux jours d'accalmie semble vouloir se remettre à la pluie. C'est gai !

Il me tarde de vous revoir, nous aurons bien des choses intéressantes à dire. J'apercevrai peut-être l'Embusqué. Il sera sans doute fort gêné. Il paraît qu'un projet de loi de verser dans leur arme d'origine et les attachés de l'intendance qui étaient avant la guerre dans la troupe. Cela doit le viser ?

Mon appareil Kodak que j'avais emporté avec moi vient de se détraquer et je vais être obligé de le faire réparer à Paris

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

7 janvier 1916

Ma chère mère.

Je reçois aujourd'hui vos deux lettres du premier et du deux. Je vois avec regret que vous trouvez le temps bien long au Terminus. (*)  Il me semble cependant, que vous y voyez plus de mouvement qu'à Sibeaumont ?

Il est vrai qu'on se plaît difficilement hors de chez soi. Le temps n'est pas fait non plus pour égayer les cœurs !

 

Rien de nouveau ici où les heures de repos ne passent pas bien vite ; DAUDY part en permission vers le 20, quand je serai aux tranchées, mon colonel part demain, retour des tranchées. Falguière part le neuf pour six semaines suivre son cours. Je le crois assez content.

De la Guillonière n'est pas toujours remplacé. Peut-être Lefève sera-t-il nommé à titre temporaire.

La mutation de Lafont est en effet très avantageuse pour lui, et il a toutes les aptitudes voulues pour exercer ce brillant commandement. Il était d'ailleurs très coté.

Rien de Paimboeuf. Ils auraient pu m'envoyer un mot alors qu'ils n’ont rien à faire !!!

Il est probable, que Ray se tirera des pattes encore cette fois ! On parle beaucoup contre les embusqués. On agit peu.

 

Il y a une escorte de division près de moi, un sous-lieutenant de mon âge (neveu de Balcque).

Pendant ce temps nous avions des territoriaux comme officiers !!

M. le Boysson (du contrôle) a été disgrâce et à la suite du scandale des marchés de la guerre.

 

(*) : Hôtel « Le Terminus » à Paris.

 

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

11 janvier 1916.

Ma chère mère.

Un mot pour mot dire, que j'ai bien reçu votre lettre du 8 et 9 et je suis heureux de voir que votre angine est guérie. Il est exact en effet qu’on remet dans la troupe tous les officiers d'état-major non brevetés. Certains vont faire un nez !!

Je suis assez pris en ce moment, par des questions de cantonnements. En plus, la pluie ne cesse pas.

 

Grand-mère ne m'a rien envoyé comme étrennes. Elle aurait pu prélever un brillant sur le cadeau fait à Berthe !!! Décidément, Tante Laurence (*) et elle, ont eu une bien curieuse mentalité, et bien peu digne d'une Française.

La lettre de Ray m'a amusé. Il ne se prend pas pour peu de choses !

Reçu lettre de papa, ce matin.

Je ne sais si Cédié est passé lieutenant-colonel, mais je tacherai de voir l'Officiel des dernières promotions.

 

(*) : Laurence MAZEL, sœur du père de Robert.

 

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Lettre de Tante GRABIAS à Odette, sa nièce

 

Ma chère Odette.

Je te remercie de tes vœux qui s'y résument naturellement dans le retour de notre bien-aimé René.

Je t'envoie les miens avec l'espoir que Dieu te ramènera ton cher père et ton cher frère..... Le cours de cette nouvelle année, tu dois être bien heureuse de revoir de temps en temps et de la perspective de la venue prochaine de Robert.

Je passe les jours dans la tristesse la plus profonde n'attendant que la miséricorde de Dieu m'éclaircisse au mystère affreux qui plane depuis si longtemps sur le sort de notre pauvre enfant. (*)

S'il ne revient pas, notre existence est brisée à tout jamais.

 

(*) : La Tante de Robert MAZEL, tante GRABIAS est en train de vivre la disparition de son fils, Paul GRABIAS

 

 

 

Extrait du journal du 8e régiment de Chasseurs à Cheval

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Samedi soir

Ma chère mère.

Rien de vous, aujourd'hui. Je pense que vous avez toujours bien.

Me voici revenu au repos pour quelques jours, suis pas loin de mon ancien cantonnement. Contrairement à ce que vous pensez, le pâté s'était très bien conservé et a fait notre bonheur !

Je vais probablement renvoyer un de ces jours des affaires diverses à Sibeaumont et des illustrations. Les colis ont l'air de mieux marcher.

Quand vous serez à Sibeaumont, je vous demanderai de m'expédier quelques affaires d'été.

Le temps est devenu très beau et on oublie le cauchemar de la boue.

Aperçu Collinet, hier. Il va à Paris bientôt. Si j'ai des commissions. Je les lui donnerais pour vous. Il a appris dans le train par un officier riz-pain-sel qu'il connaissait que papa avait la cinquième armée !

C'est drôle comme coïncidence.

 

Avez-vous des nouvelles de papa ? Il a un beau commandement.

Non de Paul, mais pas sous mes ordres. Il est du côté de Nieuport avec une division volante.

Une partie de son régiment est ici, l'autre prêt de Nancy. Ils ne sont donc plus avec papa.

Rien de neuf.

J'ai vu ces jours-ci des prisonniers faits du côté d'Avocourt. Ils sont malingres et sortaient presque tous ceux de l'hôpital les lettres prises sur eux, attestent une profonde misère en Allemagne. Ils sont assez abattus, mais les officiers ont conservé toute leur morgue.

L'attitude de Tante Grabias est bien ridicule, bien d'autres personnes qui ont perdu des êtres chers, et ce n'est pas une raison d'être jalouse de sa sœur, à laquelle la fortune a souri jusqu'ici.

Papa a-t-il répondu à l'oncle Edgard ?

Je suis chargé au repos d'un cours d'élèves brigadiers. Cela m'occupe un peu.

Avez-vous été chez la comtesse ? Quoi de neuf ?

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

31 janvier 1916.

Ma chère Odette.

Je reçois ce matin la lettre de moment du 27.

Je n'ai pu partir en permission, j'ai vu le colonel, mais il y a un micmac extraordinaire et trois camarades m'ont passé sur le dos, je ne sais encore comment. Comme le 13, je retourne aux tranchées. Je ne pourrais pas venir avant le 20 février au plus tôt.

Le sous-officier de réserve qui a fait toute la campagne de mouvement et de Belgique dans une escorte de corps d'armée, à 10 mois de service à la guerre, et a été évacué deux mois, qui vient de passer sous-lieutenant me passe sur le dos !

On n’a aucun égard pour les gens qui sont au régiment depuis le début et ont payé de leur personne. C'est écœurant.

Tout est d'ailleurs en ce moment et dans la même note. On nomme sous-lieutenants des officiers de réserve incapables. Le réveil sera dur si on n’a jamais à se servir de cavalerie.

L'histoire des Zeppelins à Paris nous a assez amusé sur le front en pensant à la tête des Parisiens et les Edgards !!! Ils vont refiler à Paimboeuf.

J'espère que vous aurez trouvé papa en bonne santé et qu'il vous aura dit des choses intéressantes ! Le temps a l'air de se remettre au beau ici et je vais bien.

Je ne fais pas partie de l'escadron à pied des grenadiers d'élite. Je n'ai rien demandé, et étant assez ancien, n'ai pas été désigné

 

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Février 1916

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

2 février 1916

Ma chère Odette.

J'ai vu DAUDY cinq minutes aujourd'hui, et il m'a donné des nouvelles de vous. J'étais bien heureux de vous savoir tous bien. Je verrai plus longtemps demain en allant déjeuner chez lui.

Comme tu penses, j'étais furieux du contretemps apporté à ma permission. Je ne l'ai pas caché à Bobowitz qui ne s'occupe pas assez de son affaire. Quant au colonel, je l'ai vu, il a eu l'air très étonné que je m'expose mes griefs ! Encore un qui est mûr pour Limoges ! (*)

Finalement, je n'ai pu partir, car il y avait deux officiers absents. J'espère venir le 20 après les tranchées.

Rien de neuf ici. Le temps se remit au sec.

Reçu ce matin la lettre de maman dimanche.

DAUDY m'a dit que vous lui aviez demandé si j'avais toujours un aussi sale caractère !!!

Il vous trouve très aimable ainsi que le « patron ».

 

(*) : Après la bataille des frontières en août 1914, et les premières défaites françaises, JOFFRE a relevé de leur commandement de nombreux officiers généraux, loin du front. Les généraux furent donc assignés à résidence à Limoges. Le terme « limogeage » est donc né à cette époque.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

4 février 1916

Ma chère Odette.

En revenant de déjeuner en mon ancien escadron qui est détaché. Je trouve ta lettre de mardi.

Il est bien difficile de répondre à des questions !!! Je n'ai jamais su ce que faisait D. exactement dans le civil, mais je tacherai de me renseigner.

Au régiment, ce qui l'ont connu avant la guerre n'en savent pas beaucoup plus que moi. Je sais qu'il a cherché à être titularisé dans la cavalerie depuis la guerre, mais c'est impossible actuellement.

Son père était en Égypte au moment de la guerre et doit être également dans les affaires. Il est catholique et même je crois aussi pieux au fond, quoiqu'aimant bien la vie ! C'est un très gentil camarade comme cela, mais il est, je crois, léger et je ne pense pas qu'il soit très enclin au mariage. Enfin, je verrai. Pour le moment il est détaché encore pour une dizaine, et avec ce service de tranchées et d'escadron divisionnaire, on ne se voit pas souvent.

Il ne m’a rien dit de spécial au sujet de sa visite chez vous. Le patron lui a paru « très aimable ». Il lui a dit, paraît-il, qui y allait avoir des remaniements importants de mon côté. Qu'est-ce que cela veut dire ?

 

Le temps est au beau et on peut remonter à cheval. Le soleil égaye un peu les heures. Elles en ont besoin.

Le colonel nous inspecte demain à cheval. Il ne peut pas rester tranquille une minute, même quand la moitié de notre effectif est aux tranchées.

Rien de neuf ici. On parlait d'une attaque boche incessante. Je n'y crois pas

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

6 février 1916

Ma chère Odette.

Tu m'as l'air un peu affolé par la visite de D. !!!

Il n'est guère facile de répondre à toutes tes questions n'étant pas aussi bien renseigné que tu peux le croire. De plus nous sommes à une vingtaine de mètres l'un de l'autre et je pourrais juste lui serrer la main (il s'appelle Roger !). J'ai avancé mon tour de tranchées d'une relève afin de pouvoir partir en permission ce mois-ci. Je compte partir après-demain et revenir le 14 au matin des Courtes Chausses. (*)

 

 

 

Extrait du journal du 8e régiment de Chasseurs à Cheval

 

 

Le 14 au soir (Bobo m'a promis comme garderait mon tour de permission), je filerais sur Paris.

Ici, il n’y a rien de neuf. Il faudra en effet que je sois rentré le 23 pour remplacer mon capitaine. Je t’expliquerai tout cela. Je vais avec Allier, de Catheu et de Penguern comme officiers aux tranchées. Les boches sont assez agités.

Ce serait très chic si le patron avait une armée. Il si je ne peux rien savoir. Ce que tu me dis au sujet de F. ne m'étonne pas. Je le savais malade.

Rien de neuf ici. Nous avons constitué l'escadron dont je t'avais parlé et D. ont fait partie. Comme lieutenant en premier, je n'ai pas été désigné.

D  n'est pas un agent de change, mais je tacherai de me renseigner.

Rien reçu de papa.

 

(*) : Ravin des Courtes-Chausses : En Argonne, entre La Chalade et Le Four-de-Paris, Meuse.

 

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

9 février 1916

Ma chère Odette.

Je suis de nouveau depuis hier matin à mes tranchées des Courtes-Chaussées et vais bien. J'espère partir le 14 au soir, j'arriverai par l'express de neuf heures du soir.

Violent bombardement hier, mon agent de liaison a été blessé et évacué. Ses sales Allemands ne manquent pas de munitions.

Rien de vous depuis deux jours. J'ai reçu avant de partir la lettre de papa dont tu m'avais parlé. Je tacherai d'avoir les renseignements, mais tu sais, ce n'est pas facile. Je sais que D est un charmant camarade (mon âge à un an près) très intelligent ayant beaucoup voyagé, ayant du cœur, mais je crains assez léger d'après ce que j'ai pu voir depuis 18 mois que nous sommes en guerre.

Enfin, je te promets d’étudier la question. Je pourrais juste lui serrer la main en descendant des tranchées avant de partir en permission.

J'espère qu'ils auront de la place au Terminus ? (*)

Papa me dit que je pourrais le voir en permission je ne sais ce que cela veut dire ? Que fait-il ?

 

(*) : Hôtel « Le Terminus » à Paris.

 

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Lettre de Tante GRABIAS à son neveu, Robert

21 février 1916, Toulouse

Mon cher Robert.

Votre tante et votre oncle me chargent de vous d'apprendre une bien triste nouvelle.

Votre cousin René a trouvé la mort en se défendant, vaillamment, le 2 octobre 1914, au moulin de Gravelles (Pas-de-Calais). C'est par l'intermédiaire de l'attaché de l'ambassade de l'Espagne de Berlin que nous avons appris cet épouvantable événement.

L'identification absolue du corps, reposant entre quatre de ses dragons, n'a pu être faite. Mais les précisions fournies ne doivent laisser subsister aucun doute.

Grabias.

 

La Tante de Robert MAZEL, tante GRABIAS a vécu la disparition de son fils :

GRABIAS BAGNERIS Paul Marie, sous-lieutenant au 23e régiment de Dragons, mort pour la France le 2 octobre 1914 au moulin de Gavrelle (62), déclaré disparu. Il était né à Montauban, le 12 février 1892.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Jeudi 24 février 1916

Ma chère mère.

Pour je n'ai pas pu vous écrire hier, car je suis arrivé après moult péripéties et j'ai trouvé mon escadron changé. Nous sommes en pleine bataille et j'ai appuyé un peu à droite. Fanfaron est un peu souffrant en ce moment. (*)

J'ai mis huit heures !!! Pour aller de Paris à Chalons, par la suite, j'ai manqué la correspondance, etc. enfin je me trouvais, en panne, à midi à 30 km de l'endroit où je devais rejoindre. Heureusement que j'ai pu téléphoner au Q. G et l'on m'a envoyé une auto.

 

Le canon tonne fort, et les avions boches nous bombardent dans la nouvelle résidence.

Je commande 2 pelotons, mon capitaine ayant rejoint l'escadron. Nous n'avons plus de journaux !

Reçu quelques mots de DAUDY qui est resté à mon P. Il n'a pas encore vu la circulaire dont parler papa, et est encore un peu embarrassé par suite. Je lui dis de s'informer aux corps d'armée.

J'ai été bien heureux de passer les huit jours auprès de vous et de vous trouver bien portantes malgré votre solitude. J'ai eu de la chance d'avoir une permission, car elles vont probablement être suspendues vu la situation !

Je suis arrivé au bon moment pour voir des choses intéressantes. .

Les boches ont sûrement perdu du monde dans leurs essais de prendre Verdun. En attendant ils bombardent fort et je sais que notre rue est très abîmée.

 

Que raconte papa ?

Il est probable, que mes lettres mettront plus de temps à arriver pendant quelques jours !

Peut-être, ne pourrais-je pas écrire tous les jours, car je n'ai pas toujours de boîtes, mais cela ne durera pas longtemps.

Ne vous inquiétez donc pas. Le monotone de notre existence est rompu pour le moment.

Je ne pourrais manger le pâté avant quelques jours, mangeant en ce moment avec mes sous-officiers, car je suis seul pour quelques jours. S'attendant de refaire un peu la guerre !!!

Nous sommes relevés des tranchées.

 

(*) : Son cheval

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

Ma chère mère

Je profite d'un retard dans le départ du courrier pour vous envoyer ce nouveau mot.

100 de nos grenadiers avec Roger et deux autres officiers partent ce matin pour un coup de main du côté de notre ancien secteur.

J'espère vivement qu'ils réussiront brillamment si la veine les favorise un peu. Il s'agit de prendre deux entonnoirs perdus par l'infanterie. Ce bon Roger a jusqu'ici de la chance et j'espère qu'il ne lui arrivera rien. Il est très brave.

 

J'ai appris hier soir par celle d'hier la mort du général Marchand tué dans la Somme. C'est un deuil cruel pour la France et une grosse perte pour l'armée. Également dans mon secteur, celle du plus jeune capitaine d'infanterie de mon corps d'armée, un camarade de promotion de ce pauvre René, ancien cavalier, que je connaissais un peu.

La lutte se poursuit toujours terrible du côté de 304. C’est inimaginable, le duel d'artillerie.

Rien qu'à entendre de loin, on finit par avoir les nerfs à l'envers.

Comment vous portez-vous dans le bonheur de Sibeaumont ? Que racontent les naturels du pays ? Vous vous ravitaillez à Sarlat ?

Il paraît que le corps de Mitry a été relevé des tranchées. Je n'ai pas pu savoir où était L.

Roger a dîné l'autre soir avec le maire d'Épernay qui était venu voir une propriété à lui où loge justement l'escadron de DAUDY. La conversation est tombée sur vous savez qui, et le maire a dit que papa avait fait des travaux de défense merveilleux dans toute la région de Reims. Il en a fait un grand éloge.

C’est Roger qui me l'a répété.

MARS 1916

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

2 mars 1916

Ma chère mère.

Je n’ai aucune nouvelle de vous depuis mon départ sauf votre carte du 24 et la lettre du 27. C'est probablement que les lettres sont retardées.

Rien de neuf ici.

Je suis au repos pour quelques jours et vais bien. La situation est bonne pour nous, car les boches ont eu des pertes énormes et non pas abouti sur Verdun.

Il paraît que Laclos n'est plus depuis longtemps auprès de Buyer. Il commande un escadron. Je ne sais où.

C'est Falguière qui me l'a dit. Je n'ai pu voir D. que très peu, juste le temps de lui remettre l'image. Il est très sensible à l'attention. Je compte voir dimanche, s'il est libre.

 

Le mauvais temps qui avait cessé, 48 heures, à l'air de reprendre de plus belle. C'est navrant.

Avez-vous de bonnes nouvelles de papa ? Je ne sais pas si qui se passe de son côté, mais il est probable, qu'il aura aussi une action de son côté. Ces animaux de boches bombardent fort la voie ferrée et portent loin. Ils ont l'air en somme de vouloir continuer leur offensive. Aperçu Joffre l'autre jour en auto avec Poincarré.

 

Vous me dites de dans votre carte du 24 que je n'avais pas l'air d'avoir goûté ma permission auprès de vous !!! Vous savez que je ne suis pas très expansif !

D'autres par le moment où l'on se quitte dans de pareilles circonstances sont toujours pénibles, et il faut avoir du courage, et ne prenez donc pas pour de l'indifférence ce qui était de la maîtrise de son émotion !

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

11 mars 1916

Ma chère mère.

Je reçois vos lettres du huit et celle d'Odette du sept. Merci.

Je suis heureux de voir que les Chalés vous invitent à déjeuner et qu'ils songent à Odette. Vous me direz ce qu’ils vous ont raconté. Les potins dont vous m'entretenez au sujet de H…r et de H …t m'ont déjà été dit ici.

Il est officier de savoir ce qui en est exactement. Pour le premier cela semble exact. J'espère que vous savez qui aura ce que vous pensez.

Quoiqu’être sous les ordres de D. ne soit pas prêt à souhaiter.

 

Au sujet de la demande de DAUDY, je ne comprends pas ce que vous dit papa. La demande écrite a été faite, est partie le 27 février avec avis favorable du corps d'armée.

Ce dernier avait oublié de communiquer la circulaire en question au régiment, et sans ma lettre de Paris, DAUDY n'aurait rien su. C'est formidable comme négligence !!

Son frère qui s'était engagé à la guerre, a été très malade et est actuellement dans un dépôt. Il paraît que c'était et plus intelligent que Roger. Ce dernier l'est cependant très.

Il n'a rien dit de particulier au sujet de l'image, sauf une phrase polie.

C'est un très gentil garçon, mais je crois la solution CHALÉS plus sérieuse, si possible.

L'attitude de tante Grabias est vraiment ridicule. Il y a des gens plus à plaindre qu’elle.

Merci pour la promesse de pâté. En ce moment les colis militaires ne marchent plus, j’ai écrit à mon tailleur.

J'ai trouvé un filon pour faire envoyer ma vareuse.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

17 mars 1916

Ma chère mère.

Merci pour vos nombreuses lettres, celles d’hier et aujourd'hui.

J'ai regagné mon ancien cantonnement de Passavant ou mon régiment se trouve.

La mort du pauvre Bob est triste, et dénote bien la sombre incurie des praticiens et hidouanes du pays. La pauvre bête a dû souffrir ?

Ce sera encore moins gai pour vous d'habiter la campagne.

HERR est toujours à Verdun, mais en sous-ordre de PÉTAIN. CASTELNAU est également sur les lieux et dirige de haut.

Il est d'ailleurs le second de JOFFRE depuis longtemps et n'a pas de groupe d'armées. Je ne sais quelle est la différence entre la septième armée et la 10e armée. Je croyais que c'était la même chose.

Il est encore possible qu'on attende la fin des opérations de Verdun pour ce dont vous me parlez. Ce serait bien la table qui n’est rien de fait après ce que dit d’E.

 

On parle de Charles HUMBERT du Général LYAUTEY pour le ministère.

Le DE BEAUREGARD qui est affecté à mon régiment est inconnu de moi, il est d'ailleurs au dépôt et simplement sur le papier peut être.

Pas vu DAUDY qui n'est pas encore entré de liaison. Je verrai ce soir, car le capitaine de Chevigné qui a remplacé le pauvre capitaine de Coutard m'a invité à dîner.

Très flatté de voir que j'ai plu à la comtesse ! Qu'elle pense à moi pour un parti !

Quel journal a parlé de papa et Pétain ?

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

20 mars 1916

Ma chère mère.

J'espère que vous allez toujours bien et que vous jouissez comme nous du beau temps.

La lettre de date du 18 ne me dit rien sur le remplaçant de R. Je crains que ce ne soit pas « qui vous savez ». Il y a tant d'intrigue.

Passer pour un beau soldat. Il laissera certes aussi bien que l'autre.

J'ai vu hier le capitaine de Busnel que vous avez connu à Dinan. Il s'est remarié et est en garnison à Alençon. Aperçu colonel de Jussieu.

La bataille de Verdun à l'air de tirer à sa fin, les boches ne faisant plus aucun progrès. Ce sera un rude pour eux et avancera la fin de la guerre ! Notre service est toujours le même ici, utile, mais pas très intéressant.

Je n'ai pas de nouvelles de Paimboeuf, il est probable que la disposition du jeune Olivier doit les plonger dans la plus grande anxiété !! Drôle famille.

Roger m'a demandé l'adresse du patron. Il veut lui écrire pour le remercier de ce qu'il a fait pour lui. Nous sommes toujours bien ensemble malgré mon « mauvais caractère ». Il aura 27 ans en juillet.

Avez-vous reçu le praticien qui m'opérait le matin de mon départ ?

Vous pouvez m'envoyer le pâté par la poste (ne pas mettre « pâté » sur le paquet).

Pas plus de un kilo de poids 

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

Carte postale représentant un chasseur.

22 mars 1916

Chère Odette, bien reçu ta lettre, et suis heureux de voir que tu as bien chantée à Saint-Cyr.

Le jeune Montferrand est bien. Il fait partie de mon demi-régiment et est de l'escadron qui est détaché en ce moment du côté de Verdun. Nous sommes à peu près sûrs de ne pas y aller, nous, et j'espère peut-être rejoindre Roger dans le nord. Il est en ce moment à la Valbonne où il suit un cours de mitrailleuses. M'a envoyé un mot.

Je suis heureux de voir que vous avez la même opinion que moi sur les de B..d

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

22 mars 1916

Ma chère mère.

Après une courte période est assez agitée et me voici de nouveau à peu près au repos et dans mon ancien cantonnement au retour de Belgique.

Je vais toujours très bien et je suis bien heureux d'avoir de vos nouvelles.

Papa m'a écrit le 17. Il allait bien, mais n'a pas l'air de croire qu'on bougera beaucoup.

 

J'espère bien qu’on ne finira pas percer définitivement du côté de Perthes où se trouve Montoussé. Cela a rudement chauffé là-bas.

Le pauvre Robusson n'a pas de veine, c'est son ancienneté qu'il l’a désigné. Comme il a fallu prendre des gens d'office, on a voulu les avantager. Il sera nommé capitaine et gagnera quatre ou cinq ans sur ses camarades.

Je vous ai dit que Villaret commandait le septième corps d'armée. Ce doit être Dubois qui a remplacé Maunoury.

 

J'ai eu un mot de gens me félicitant de ma citation ! Il va bien. Reçut également une carte de l'oncle Albert.

Je ne vois pas la fin de la campagne avant août ; l'Allemagne usée et incapable d'assurer son ravitaillement plus longtemps devra demander la paix.

Quant à l'intervention des neutres, j'y crois peu. Si on pouvait prendre rapidement Constantinople, cela activerait les choses et nous serait un gros appoint au point de vue moral.

 

Tante Grabias a-t-elle eu des renseignements sur René par la Croix-Rouge de Genève ? Ainsi que vous je vous l'avais fait pressentir, l'offensive a été prise depuis plus d'un mois en Champagne. Cela coûte cher des deux côtés.

Nous avons à Passavant ou je suis actuellement un homme qui va à Paris toutes les semaines. La première fois qu'il ira, je lui donnerai des lettres pour vous. Vous les aurez plus vite. Il fait bien les commissions. Nous lui en avions déjà fait faire en décembre.

Avez-vous reçu la photo des officiers du huitième 

 

Il se confirme que le lieutenant-colonel de Maistre est blessé légèrement et prisonnier. Il faisait une ronde dans les tranchées et n'avait pas d'armes quand il a été pris, les fantassins ayant fiché le camp le piétinent en même alors qu'il essayait de les arrêter.

Cela n'est pas étonnant du trop fameux 15e corps !

 

Dullin va bien. Il trouve la guerre embêtante !! N'est pas proposé pour l'infanterie. Je crois que Champgrand va revenir.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

24 mars 1916.

Je reçois la lettre d'Odette et sa prophétie (*) qui m'ont vivement intéressé. Je ne crois pas beaucoup à ces prédictions ; on ne peut d'ailleurs prédire l'avenir !

On espère la fin de la guerre avant l'hiver prochain, mais il faut voir d'abord ce que feront les Russes. Je crois que les Anglais ne feront jamais grand-chose. Ils se bornent à nous admirer dans leurs journaux !

 

La mort de ce vieux Bob est bien triste. Ces sous-vétérinaires du Sarladais sont des ânes rouges et il aurait mieux valu demander une consultation un vétérinaire de Sarlat.

La pauvre bête a dû souffrir beaucoup, que le fait de retourner au château est très curieux. Bob a dû en effet penser qu'il trouvait peut-être un soulagement là-bas !

Il est bien heureux que Fanjanet ait pu trouver un ménage, quoique 1700 F sont un prix cher ! Je me souviens très bien de ces gens-là, je crois que la femme était bien. Comment se fait-il que le mari ne soit pas mobilisé ?

Je n'ai pas encore reçu mon Kodak et l'attends. Il va falloir avoir l'autorisation du Général commandant l'armée pour faire de la photo. Tout appareil sans cela est interdit.

 

Les boches ont rapproché leur zone d'action de mon corps. Ils en sont justes à la limite et je n'en suis pas très loin quand je vais comme escadron divisionnaire. Je crois d'ailleurs que ce n'est pas très sérieux de ce côté et qu'ils vont attaquer ailleurs.

Avez-vous vu l'éloge de Castelnau et Pétain dans les journaux aussi Balfourier est également très en cours. Et comme il a son corps d'armée depuis la Marne, il est probable qu'il aura une armée.

Pétain a toujours son armée, je crois (elle s'est accrue voilà tout)

 

(*) : Prophétie d’Odette :

Une légende circule, en ce moment, dans la cité de Londres, qui n'est pas précisément l'endroit où l'imagination, la fantaisie ou le surnaturel se plaisent à séjourner d'habitude. Et c'est un des plus sérieux journaux financiers anglais qui s'en fait l'écho, recueilli par Excelsior :

Dans le deuxième semestre de 1915, un officier se rendit chez son banquier, avant de partir, pour le front.

Vous ne serez pas longtemps absent, remarqua le banquier ; vous reviendrez sous peu, blessé à la main.

En effet, quelques semaines après, l'officier reçut une légère blessure à la main. Puis, guéri et prêt à repartir, il alla de nouveau dire adieu à son ami le banquier

     « Cette fois, lui dit ce dernier, vous serez absent plus longtemps et puis vous serez assez gravement blessé à la jambe. »

Lorsque l'officier, qui effectivement fut blessé à la jambe, revint à Londres, il se hâta d'aller revoir son perspicace ami

    « Puisque vous avez si bien prédit mes blessures, lui dit-il, ne pourriez-vous pas me fixer la date à laquelle la guerre se terminera ? »

Et le banquier répondit

    « La guerre finira le 17 juin 1916. Mais je ne vivrai pas pour voir cela. Je vivrai tout juste pour fêter le jour de l'an. »

 

Le banquier prophète est mort la 2 janvier. Et l'officier et toute la cité de Londres attendent le 17 juin prochain avec une curiosité et un intérêt que nous partageons pleinement.

Attendons le 17 juin ! Ce n'est, somme toute, qu’une affaire de trois mois.

 

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Lettre de Laurence à sa nièce, Odette (sœur de Robert)

 

25 mars 1916, Paimboeuf

Ma chère Odette.

Ta lettre m'étant arrivée hier soir, envoyant en écriture.

Ce matin je me disais qu'il y avait du nouveau, et, en effet, c'est un beau rameau qui nous arrive ! N'est-ce pas aujourd'hui l'anniversaire de ta naissance ? Je crois bien que oui ; nous sommes vraiment très fiers de ce beau grade qui ne peut guère être dépassé ; je vous envoie dans mes bien sincères félicitations. Je regrette de ne pas être à Paris pour voir le nouvel élu !

 

Maintenant il faut souhaiter la victoire prompte, car cela semble bien long.

Le temps s'est beaucoup refroidi ; qui me demande ce que je fais ? Et bien ! Je n'ai fait que lire. La bibliothèque contient des volumes de tous genres, mais extrêmement sérieux, il ne pouvait en être autrement avec l'aîné des Querbez, ce sont donc des livres instructifs et élevés. Je ne sors presque pas, les pavés étant pénibles, le jardin devenant agréable.

Tu me dis que Bob est mort, il n'aurait pas dû avoir de médecins et pharmaciens !

Mon petit Rees est toujours solide, il n'a pas eu la maladie, mais il est toujours bruyant chassant les chats et les rats.

De musique, pas de piano. Je suis content de te voir reprendre ton chant ! C'est ce qu'il y a de plus joli.

Nous attendons avec impatience la photo de Robert. Je vois que tu t'en eu pas à Paris au milieu de belles relations. Pouvais-tu me donner des nouvelles ?

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

28 mars 1916

Ma chère mère.

Un mot rapide pour vous dire que je vais toujours bien. Reçu lettre d'Odette de samedi. Ai reçu, pâté. Je croyais que vous pouviez l'envoyer par la poste.

Si vous l’avez expédié en gare de Villers-Daucourt. Je l'aurais peut-être, a-t-on demain pour inviter Roger. Si c'est à Sainte-Menehould, ce sera plus tard. C'est un fâcheux contretemps.

 

Je pars mercredi plus à l'est près d'une division.

Nous avons eu hier 2 colonels et un général de tués près de notre secteur par malchance. Car cela ne bombardait pas plus que ces temps derniers. Les boches ont cependant montré une certaine activité.

J'espère que « vous savez qui » aura été satisfait de sa visite à D, qu'on dit bien changer depuis le début de la guerre. La première armée est en Woëvre et Lorraine, je pense.

Buyer doit être sous ses ordres.

Le monde ici, toujours très chic et m’a félicité.

Tout le summum de la carrière militaire atteint.

J'ai écrit hier à papa par voie rapide.

Que dit la comtesse ?

 

AVRIL 1916

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

1er avril 1916

Ma chère mère.

Reçu ce matin de lettres de vous, où je vois que vous ne vous doutez pas encore de la nomination de D. je n'ai encore rien eu de papa, je pense qu'il est très occupé.

Vu aujourd'hui deux escadrons du régiment de mon ami de Paul ; malheureusement, lui est toujours du côté de Nieuport.

C'est Scherer qui commande le régiment comme lieutenant-colonel après avoir été longtemps le sous-chef de Dubail.

Je n'ai pas vu de figure de connaissance.

Reçu ce matin, le barbeau d'Odette, merci. Je mangerai demain avec Roger qui vient me voir.

On annonce un paquet ce soir, je pense que ce doit être mon malheureux pâté !

 

Temps superbe ici, la bataille se poursuit toujours à l'ouest de la Meuse. Je me demande où les boches puisent cette force d'offensive. Cette bataille sera je crois la dernière grande crise de la guerre, mais que des gens tombés.

Vu Artus toujours gai et bien portant. Il n'a pas fait sa demande finalement.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

4 avril 1916

Ma chère mère.

J'ai été très heureux de voir confirmer par la lettre d'Odette reçue ce matin, la nouvelle officieuse de papa hier.

C'est une mutation avantageuse à tous les points de vue, d'abord, un commandement plus important comme effectifs, ensuite région connue, puis à proximité de vous.

Ce brave Roger, qui est un peu léger, a dû oublier en effet d'écrire. Je trouverai moyen de lui rappeler discrètement.

 

Fortes chaleurs, ici. Je ne m'amuse pas beaucoup. Car je ne fais pas grand-chose d'intéressant. Je pars dans deux jours, rejoindre mon régiment, je ne sais où. Tous ces changements ne sont pas folichons, mais il y a des gens plus malheureux !

C'est toi qui m'as appris la nouvelle la première après papa. Falguière que j'ai vu ce matin avait l'air de ne rien savoir. Peut-être n’a-t-il rien voulu me dire, car il est devenu très discret ! Enfin, tout est bien qui finit bien.

J'ai dans mon peloton un jeune brigadier, qui vient d'être nommé chez moi, de Baudreuil (cousin de Champgrand) très gentil et que DAUDY m'a fait envoyer de chez lui pour lui apprendre son métier et en faire un sous-officier rapidement.

Est-ce que Fanjanet entretient un peu mon harnachement ?

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

23 avril 1916, samedi soir

Ma chère mère.

M. Collinet que j'ai vu, a complètement oublié de vous téléphoner. Il me dit si vous avez quelque chose à me faire parvenir rapidement de l'adresser à M.Turbour,  « À la ville de Meaux » en face de la guerre de l'Est.

C'est son expéditeur, il lui envoie tous les deux jours des wagons qui arrivent en 24 heures. Si vous avez un pâté, vous n'avez qu'à lui adresser en étant dans un coin, pour M. Gaston Collinet et pour M. Mazel.

 

Le mauvais temps continu impitoyable ici. C'est lamentable.

Je savais que Léopold était à la côte de Poivre où il a remplacé Guillaumat.

Ils risquent, en effet comme brancardier d'artillerie.

Cette lutte a l'air de vouloir diminuer d'intensité au moins en certains points. Je pense que d'ici un mois, nous pourrons avoir l'avantage nettement en d'autres régions.

La situation générale est d'ailleurs bonne d'après les journaux.

Je voudrais bien que vous eussiez pu avoir un chien pour emmener à Sibeaumont. Ce compagnon aurait égayé un peu votre solitude.

 

J'espère que je pourrais vous voir d'ici trois mois, si les permissions ne sont pas de nouveau suspendues. Mon fidèle ordonnance repart ces jours-ci. Pour quelle époque comptez-vous avoir mon appartement ?

Je crois les Hamelin assez mal renseignés au point de vue du gouvernement. Ce que vous me dites m'étonne beaucoup.

D'après ce que vous me dites, Maud'huy aurait la quatrième armée, car c'est là que se trouvait le 15e corps d'armée avec Corvisar et Muteau.

Le jeune DAUDY s'est fait venir un caoutchouc identique au mien de chez Ciret, 90 F. Cela prouve qu'il a trouvé que vous aviez eu bon goût.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

25 avril 1916

Ma chère mère.

J'ai été bien heureux de recevoir hier vos excellents chocolats et c'est bien gentil à vous d'avoir ainsi pensé à moi au milieu de vos préoccupations. La boîte était ravissante et le contenu très bon.

 

J'ai rejoint mon escadron pour le commander, en l'absence de mon capitaine en permission.

J'ai vu pas mal des cavaliers ces temps-ci. JOUINOT commande le septième Hussard. (*)

Je vais toujours bien, et le beau temps est revenu. Ce n'est pas malheureux. Je suis très heureux de voir que l'on pense sérieusement à la jeune Odette.

Le banquier de Paris ce serait peut-être ce qu'il y a de plus agréable. Enfin, il faut voir les autres qualités. Je serais bien content. Si une des trois solutions aboutissait.

 

Nous allons probablement reprendre, d'ici peu notre ancien secteur de tranchées et ce n'est pas trop tôt. Je crois que la bataille de Verdun est à peu près terminée, mais je ne serais pas étonné si les boches essayaient autre chose ailleurs et vers la Somme.

J'ai appris hier que le « Canard » commandait une brigade d'infanterie. Le frère de mon ancien capitaine (le fantassin breveté) vient d'être nommé colonel et un également une brigade.

 

J'ai fait mes Pâques ce matin.

Maurice Coquellicot m'écrit lui-même, monsieur le lieutenant de Mazel !! Je l'avais attrapé par lettre à cause d'un envoi que j'attends plus d'un mois et dont je n'avais pas de nouvelles. Le paquet a dû être volé, et il s'excuse.

Il a une écriture très chic.

 

(*) : 7éme Régiments de Hussards :

En avril 1916, le 7e Hussards suit à Verdun le 9e CA, qui a pour mission de défendre le Mort-Homme.

De mai à septembre 1916, il occupe le secteur de Cuperly, et d’octobre 191, à février 1917, il exécute dans la Somme (secteur de Merval, Sailly-Saillisel), le service des liaisons, d’observation, ainsi que le ravitaillement par bâts, de l’artillerie, l’état du terrain rendant impossible le ravitaillement normal des batteries.

 

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

27 avril 1916

Ma chère Odette.

J'ai de nouveau changé de cantonnement et je suis dans un coquet village pas loin. Bonne chambre, etc..

J'ai vu ces jours derniers des zouaves qui étaient tout récemment avec papa et ils étaient très aimables. J'ai su que papa allait peut-être changer de résidence. J'ai pris quelques photos de tirailleurs. C'était assez intéressant.

Le jeune Roger est absent pour le moment avec son escadron. Mon cantonnement se rapprochait du sien. Nous nous voyons d'ailleurs très souvent et c'est presque un inséparable. Si je vois demain je compte faire goûter les chocolats qui sont excellents. Vous avez bien pensé à mes péchés capitaux !

 

Je vais probablement dîner avec Falguière demain et assurer de savoir ce que tu demandes. Mon capitaine est absent pour 10 jours et j'ai le lourd fardeau d'un escadron ! Mes instances sont assez bien employées en ce moment et j'en suis bien heureux, car en ce moment j'ai le cafard.

Reçu, lettre de papa, ce matin qui m'engage à ne pas changer d'arme.

 

As-tu de nouveaux tuyaux sur la question mariage dont tu m'as parlé l'autre jour ?

Je vous écrierai, encore une fois au Terminus puisque vous partez le 30. Je ne pense pas voir Léopold et il n'est pas près de moi. Cela va bien de son côté.

Ton papier à lettres est épatant, les enveloppes ont une taille importante.

Mon camarade Prax vient de passer capitaine à l'ancienneté !!!

Il est toujours au Tonkin.

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

30 avril 1916

Ma chère mère.

J'ai reçu ce matin la lettre d'Odette du 27 me disant que vous aviez bien mieux et que vous restiez jusqu'au 7 à Paris. Il était bien heureux quand vous le pensez.

Nous continuons à avoir très beau temps, et n'était le canon, quand on est au repos. On se croirait aux manœuvres !

Rien de bien neuf de mon côté ou les boches ont l'air d'avoir renoncé à leur grande entreprise. Ils vont probablement essayer mieux ailleurs ! Je pense que ce brave Léopold s’est sorti sans anicroche des attaques de son secteur.

L'artillerie a eu pas mal de pertes dans cette bataille en comparaison de celle qui avait depuis la Marne.

 

Je n'ai pas entendu parler de ce que dit Odette au sujet de Mitry. J'ai su qu’EBENEY prenait une région ? Il est probable que Balfourier aura un commandement supérieur, pour le remercier des services rendus à Verdun.

J'ai reçu une courte lettre de papa l'autre jour. Il allait bien et disait être très occupé ! J'ai vu dans un journal la mort de mon camarade de promotion Malcor, quelques jours avant d'un autre Prisse qui était 25e Dragons.

De Paul et Fustier vont toujours bien.

 

Toujours rien au sujet de la titularisation de Roger.

C'est bizarre, il est toujours aussi agité, mais c'est un gentil camarade.

Odette est-elle passée chez l'armurier ? J’ai écrit à Gastinne Renette ce matin. (*)

Envoyé à Sibeaumont un colis postal et un colis grande vitesse à Fanganet. L'encrier qui est dans l'un, est pour Odette.

Vos chocolats continuent à être très appréciés dans ma popote.

DAUDY qui est détaché jusqu'à demain n'a pas encore goûté.

 

(*) : GASTINNE-RENETTE Louis. Arquebusier à Paris, épouse la fille d'Albert RENETTE, son employeur, en 1834.

Lui succède en 1840 créant ainsi la maison GASTINNE-RENETTE. Il sera arquebusier de l'Empereur Napoléon III et du Roi d'Espagne.

Son fils, Jules, lui succédera en 1870, puis sera remplacé par Paul Gastinne-Renette en 1901. Le fils de ce dernier, René, tiendra la maison de 1936 à 1973. Ensuite, la maison est dirigée par Patrick LALLOUR. Fabrique toutes sortes de fusils, pistolets de combat, canons damas et rubans, breveté pour un fusil se chargeant par derrière, fermant par excentrique qui culasse le canon comme un fusil à baguette et pouvant ainsi se charger sans cartouche

 

MAI 1916

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Lettre de Laurence à sa nièce, Odette sœur de Robert

1er mai 1916, Paimboeuf

Ma chère Odette.

Ta lettre reçue à l'instant nous a bien attristés, maman garde la chambre avec une bronchite ; elle ne descend pas. Je pense qu'avec des soins éclairés la mère va se rétablir.

Mais je vous plains bien d'être l'hôtel en ce moment. Je ne suis pas étonné de l'absence du docteur Belvin, à Pâques, il en a l'habitude. Le temps est de nouveau à la pluie après avoir été beau et chaud pendant huit jours. Le rez-de-chaussée étant très froid, j'ai empêché maman d'y venir.

La santé est un peu meilleure et ce n'est pas trop tôt. Voilà un an que je lisais dans la presque mobilité. C'est un miracle si la maison a pu marcher et encore la cuisinière dont le mari est au front, est bien préoccupée et nous pouvons la perdre d'un moment à l'autre, car ces gens-là trouvent le temps long et leur morale a besoin d'être soutenue.

 

J'ai vu ces temps-ci mon ami d'enfance, Mme de Goujou avec ses deux fils ; a de la chance de les voir échapper à cette affreuse guerre. Le plus jeune a 14 ans. L'aîné, 24 ans, est exempté (maladies du cœur), a-t-on constaté.

Nous sommes heureuses de savoir qu’Olivier et Robert vont bien ; ce dernier est-il toujours à Avocourt ?

Quand tu auras vu ton père, écrit nous pourrons nous en parler et ne tarde pas à nous donner des nouvelles de ta mère.

Jean va bien.

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

2 mai 1916

Ma chère Odette.

Rien de vous, ni hier et aujourd'hui ; j'espère qu'il n'y a rien de spécial et que maman va toujours mieux.

J'ai vu hier le fils Talicourt dont l'escadron avait été dissous, il y a longtemps, et qui avait été versé dans l'artillerie. Il a passé ainsi quelque temps à l'intérieur, et depuis peu et dans l'artillerie de tranchées de mon côté.

Il me dit que tante Grabias qu'il aperçut à Auch est méconnaissable. La pauvre femme ne se remettra pas de ce chagrin. (*) 

Il a vu de Cardes qui est à Auch en convalescence. Il y a toujours une jambe très abîmée et marche avec des béquilles. Il a un moral épatant, il voudrait à tout prix retourner au feu.

Le pauvre de Bazon était dans un état-major de brigade. Il a été tué d'une balle à la tête. (**) 

 

J'ai vu aujourd'hui des officiers de l'ancien régiment du capitaine de Boysson. Ils viennent d'être sous les ordres de papa et arrivent avec leur corps d'armée.

Vu en particulier un des bons amis de ce pauvre René, Monjean, qui était cavalier de sa promotion et camarade de lycée. Reçu premier à Saint-Cyr. C'est lui qui m'a reconnu et est venu me dire bonjour et demander si j'avais du nouveau sur René.

 

Le temps est toujours au beau ici. Je pense que maman pourra sortir en voiture au bois.

Je suis au repos pour l'instant et fais de l'instruction.

Tu trouveras quelques pistolets chez l'armurier. J'ai peur que ce soit très cher en ce moment.

 

(*) : La Tante de Robert MAZEL, tante GRABIAS, a vécu la disparition de son fils.

 

(**) : DE BAZON Gabriel, lieutenant au 10e régiment de Dragons, mort pour la France le 15 février 1916 au bois d’Ailly (Meuse), tué à l’ennemi. Il était né à Lectoure (Gers), le 28 décembre 1887.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

4 mai 1916

Ma chère mère.

 J'ai été bien heureux de recevoir de vos nouvelles aujourd'hui. Je n'avais rien depuis deux jours et je commençais à être inquiet. Je vois que votre grippe est en bonne voie de guérison. Tout est bien qui finit bien. Je pense que le bon air de Sibeaumont fera tout disparaître. Il est certain que vous n’êtes pas favorisés par la température à Paris et surtout à l'hôtel.

J'espère que vous avez trouvé papa en bonne santé.

J'ai vu la circulaire de Joffre, à laquelle il vous fait allusion. Je risque en effet un jour, dans un régiment de corps, avoir un coup assez scabreux à entreprendre, mais après tout c'est notre métier, et comme vous vous doutez, jamais je ne chercherai à quitter mon poste au moment où il peut être plus dangereux.

Ce serait trop « mufle », est digne d'un descendant de la branche Edgard. Je suis ma destinée, et ferai mon devoir là où on me le demandera. Ainsi, je n'aurais rien à me reprocher.

 

Je crois que la jeune Odette a oublié de faire la commission à l'armurier.

J'ai d'ailleurs écrit directement ces jours-ci et j'ai peur que ce ne soit très cher en ce moment, la plupart de ces armes ayant été réquisitionnées dès le début pour l'armée.

Les affaires marchent bien du côté de Verdun. Je crois que les boches préparent quelque chose du côté des Anglais.

 

Je regrette de voir que le Terminus (*) n'est pas plus d'égards pour de vieux clients comme nous. Lorsque vous aurez un appartement, vous serez bien mieux.

Attaché de vous mettre quelque temps au régime afin de soigner votre estomac et que je puisse vous trouver en parfaite santé à ma prochaine permission dans deux mois, si rien n'est suspendu.

 

(*) : Hôtel « Le Terminus » à Paris.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

5 mai 1916, vendredi soir

Ma chère mère.

J'étais bien heureux de vous voir par la lettre d'Odette d’aujourd'hui que vous alliez bien mieux et que vous aviez fait une agréable promenade au bois après un bon déjeuner de Weber.

Le bon air de Sibeaumont achèvera de vous remettre en forme.

Je savais que Nivelle avait succédé à Pétain dans son commandement. Je vais d'ailleurs me trouver sous les ordres du premier tout en restant dans les parages. Je ne sais ce que l’on fera de H.

Nous travaillons beaucoup en repos en ce moment, et faisons des manœuvres. Dans une huitaine, je rejoindrais la division Valdant. (*)

Les affaires semblent très bien aller et nous prenons peu à peu la supériorité partout.

 

J'espère que vous aurez trouvé papa en bonne santé. Que vous a-t-il dit d'intéressant ?

Rupied doit être aux anges !

Nous avons toujours le même beau temps, mais un peu orageux ici.

À ce propos je demanderai à Odette de me dire ce que je possède comme linge de demi-saison, à Sibeaumont (j'en ai renvoyé) en août. Une fois que je serais fixé, je lui donnerai un moyen de me faire parvenir tout cela rapidement. Et lui dirai ce que je désire.

Je pense que Fanjanet a reçu mes colis pour vous, dont un, à grande vitesse ?

 

(*) : Henri Charles VALDANT, général de la 10e division d’infanterie.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

11 mai 1916

Ma chère mère.

J'étais heureux de voir par votre carte du Buisson que vous étiez arrivées pas trop fatiguées. Je pense que la pluie n'aura pas trop duré, car ici il fait très beau.

Je pars après-demain à rejoindre la division Valdant pour quelques jours. J'apercevrai peut-être dans cette région Artus. Finalement, il est resté, je crois auprès de son officier d'administration.

Rien de neuf ici. Je mène toujours la même vie tranquille avec quantité de manœuvres, d'instruction de cadres, etc., nous n'avons pas encore repris notre ancien secteur de tranchées. On a besoin de nous ailleurs. Le jeune Roger est toujours très bien avec moi. C'est un très gentil garçon, mais il ne se livre pas beaucoup ! Il doit se méfier. Nous allons tacher d'aller en permission ensemble prochaine fois.

 

Êtes-vous contente de votre nouvelle cuisinière à Sibeaumont ? Il faut bien vous nourrir, et tachez de remettre de l'estomac pour être d'attaque lors de ma venue dans deux mois !

Les gens du pays doivent avoir pas mal des leurs du côté de Verdun, si leur traitement est le même que pour Léopold, et alors il doit y avoir des deuils.

On prétend qu'avant Verdun il n’y avait pas plus de 600 000 tués, 150 000 disparus, 300 000 prisonniers. C'est M. Linhilhac, sénateur, qui disait cela tout récemment.

Après Verdun, je pense que les Anglais et les Russes vont faire un gros effort chez nous. Les boches s'usent en ce moment dans les grosses attaques et le moral de leurs prisonniers est très bas.

Par contre, les officiers ont toujours la morgue du début.

 

Je vous écrierai dans quelques jours pour mes affaires expédiées, une fois que vous serez installées.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

13 mai 1916

Ma chère Odette.

Rien de vous, aujourd'hui. Je pense que votre installation dans votre vieille demeure seigneuriale s'est bien effectuée.

Je pars je pars cette nuit, rejoindre avec mon escadron la division Valdant.

J'ai vu dans les journaux que Nivelle faisait pas mal de réclame autour de ses talents hippiques,

Aperçu aujourd'hui le commandant Légerand qui commande le deuxième escadron de réserve.

Je n'ai pas pu lui parler.

 

Le temps est toujours beau. J'espère que cela durera durant mon séjour à la division. J'ai dit à Roger que vous étiez dans le Périgord.

Il est toujours gai et prend la vie du bon côté. Les fonctions de grenadiers sont assez périlleuses, mais il aime assez le danger. La titularisation ne marche pas vite.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

15 mai 1916

Ma chère mère.

J'étais heureux de voir par la lettre d'Odette reçue hier que vous n’étiez pas trop fatiguées de votre voyage, et que vous étiez satisfaites de votre nouvelle cuisinière. Il est fort heureux que vous soyez si bien tombées, car le service ne doit être pas facile à Sibeaumont.

J'ai aperçu hier Artus toujours bien portant, à une musique militaire dans un cantonnement de repos non loin de Rarecourt. Il m'a demandé de vos nouvelles.

La mentalité des Foussard, Chaunac et Boysson est assez curieuse, ont, en effet. Ce sont des profiteurs qui savent bien se servirent de vous quand il le faut. Charlotte était toujours dans le même bled !

 

Avons de nouveau des pluies orageuses, et j'aurais préféré le soleil pour mon séjour à la division. Le terrain est criblé de trop d'obus de 210 où l'on pourrait enterrer 12 hommes debout.

C'est effrayant comme effets. On ne peut pas se l'imaginer.

Les villages situés sur la ligne de feu sont en monceaux de ruines, et j'ai trouvé dans l’un d’eux, un pan de mur avec la plaque « rue Mazel » ! Je vais prendre quelques photos un jour où cela ne bombardera pas.

 

J'ai vu une belle allocution du colonel du 23e Dragon prononcé sur la tombe de mon camarade Prisse tué aux tranchées le 25 mars en Lorraine. (*)

Le Général de l’Espée l’a cité à l'ordre de la division et de Buyer a donné son nom à un camp. Mon pauvre camarade à lutter huit jours contre la mort, et un cavalier s'est dévoué pour la transfusion du sang.

Malgré cela il est mort.

 

La sœur qui avait épousé pendant que j'étais à Saumur un officier d'infanterie à son mari tué. L'autre sœur son mari aveugle. C'était les seuls enfants.

Je vais toujours bien et je pense à la prochaine permission qui sera un peu avancée, car il y a eu pas mal d'officiers évacués depuis ma dernière, et qui perdent leur tour.

Dans deux mois, je compte partir.

 

(*) : PRISSE Joseph Marie Albert Charles, lieutenant au 25e dragons, mort pour la France le 2 avril 1916 à 19 heures à l’hôpital de Lunéville, suite de blessures contractée en service commandé. Il était né le 15 janvier 1891 à Lille.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

17 mai 1916

Ma chère Odette.

J'ai été très content de voir que mon encrier t’avait fait plaisir. C'est un modeste cadeau !

Je ne sais pas où se trouve L. Il est difficile de le savoir. Car il faudrait quelqu'un le connaissant, je ne sais même pas si Falguière est renseigné. Je vois d'ailleurs très rarement ce dernier depuis qu'il est aux corps d'armée. Enfin si je peux avoir des tuyaux je te les donnerais.

 

Rien de neuf ici.

Le fleuve va faire un troisième cours à l'arrière, comme instructeur de futurs commandants de compagnie. Cela lui fera trois mois passés assez agréablement.

Le capitaine de Coutard est toujours en convalescence et je crains qu'il en ait pour quelque temps. Il va venir au régiment un commandant Meyer du G.Q.G. Le connaissez-vous ?

 

Roger va toujours bien, du moins il allait bien quand j'ai quitté il y a quatre jours.

Aperçu de nouveau Artus aujourd'hui. Et n'a pas l'air de trop s'ennuyer dans ses fonctions sédentaires !. Les boches sont un peu plus calmes depuis quelques jours, mais je ne crois pas qu'ils renoncent à leur attaque sur Verdun.

J'ai reçu un mot de grand-mère et de l'oncle Albert.

Tante Laurence (*) est, paraît-il, souffrante. En tout cas, elle ne se fatigue pas !!!

 

Au sujet de mes affaires, il faudra mettre de côté :

- premièrement. Mes deux vestes blanches (les galons, écussons, boutons sont à part et servent aux deux)

- deuxièmement : une paire de bottines vernies (les plus vieilles) avec éperons à boîte.

- troisièmement : le fouet de chasse.

- quatrièmement : quatre caleçons en coton, quatre caleçons toile écrue, genre tussor, quatre paires de chaussettes en coton.

J'ai trouvé des chaussettes de coton, et des chemises d’été ici. Je ne pense pas que vous en ayez d'autres.

Tu verras en même temps dans mon armoire ou dans le tiroir de la table de ma chambre des photos de Saumur. Tu m’enverrais une où je suis à pied ou à cheval ou sautant !

Cela me rappellera aux heures de cafard des bonnes heures de Saumur !

Tu m'as jamais dit, si ma photo de Pirou été bonne ? Grand-mère n'en souffle pas mot.

 

(*) : Laurence MAZEL, sœur du père de Robert

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

18 mai 1916

Ma chère Odette.

Tu as dû voir que les boches recommencent leur attaque contre l'herbe. C'est curieux de voir cette obstination. Nivelle fait en effet beaucoup parler de lui dans les journaux !

Je pense que papa a quatre corps sous ses ordres ? (*) 

Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de sérieux de son côté. Les boches ont assez à faire pour élire de réussir à Verdun !

Je vous envoie ci-joint la carte de remerciement de Mme de Mazenod. Sa compagnie va vous manquer et ce n'est pas la famille Houssai qui pourra la remplacer !

Je remercie Odette de ces renseignements sur l'armurier. J'ai pris chez Gastinne-Renette un pistolet un peu plus cher, mais de marque française, même calibre à neuf coups. C'est ce qu'il vend à tous les officiers dit-il.

J'en aurais pour une centaine de francs (105) avec une soixantaine de cartouches.

Avec cela, le revolver d'ordonnance, j'ai de quoi me défendre si l'occasion s'en présente.

 

Figure-toi que le fils Valecourt m'écrit pour me demander de le recommander au commandant Grévy chez qui j'ai été hébergé quelques jours dernièrement et qui est une grosse légume dans l'artillerie de tranchées afin de l'envoyer suivre un cours d'aspirant à Bourges.

Tu comprends que :

-Je ne connais pas assez ce commandant.

-Je n'ai aucune idée de la valeur militaire de ce jeune Valicourt et s'il a vraiment du talent. Il doit arriver par ses propres moyens en temps de guerre !

Il ne doute de rien dans le Midi. Je vais lui répondre poliment que je ne peux pas.

Mon capitaine est rentré, toujours aussi bizarre.

Roger va toujours bien, et est assez occupé par ses grenadiers.

Aperçu ce matin le colonel de France qui commande un régiment d'infanterie.

 

(*) : Le général Olivier MAZEL était à cette période le commandant de la 5ème armée.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

19 mai 1916

Ma chère mère.

Je suis content de voir que vous vous installez et que vous êtes satisfaites de votre nouvelle cuisinière.

Je rejoins demain en régiments et j'assiste à une revue où l'on décore Falguière. Mon séjour à la division a été intéressant. Un prisonnier boche fait ces jours-ci a déclaré qu'ils ne pourraient plus tenir après le 16 septembre !

Déjà ils ont plus le droit de recevoir des colis de chez eux et ils se disent mal nourris. De notre côté au contraire tous les soldats sont pleins d'enthousiasme et disent tous « on les aura ».

 

Le canon tonne de nouveaux renforts du côté d’Avocourt. Je ne crois pas d'ailleurs que les boches renoncent à leurs attaques sur la Meuse.

Le colonel de France que j'ai aperçu dernièrement est adjoint à un colonel d'infanterie, mais ne commande pas le régiment. Il a l'air vieilli et soucieux.

Je vais toujours bien, et je voudrais bien changer un peu de secteur. Cet horizon finit par être monotone ! Le temps est toujours superbe et vous devez bien en profiter à la campagne.

Je m'étonne qu'à moitié des difficultés que vous rencontrez dans ce pays plutôt de sauvages ! Pour le ravitaillement et autres besoins, surtout après deux ans de guerre. Au sujet du pain, je crois que la mesure est générale et que la farine n'est plus la même. Il est d'ailleurs aussi nourrissant.

Je ne sais si vous trouverez un hôtel convenable à Bar.

En tout cas, il faudrait que les attaques sur Verdun cessent, car la ville regorge du monde, et je ne voudrais pas que vous fissiez ce voyage fatigant pour ne pas trouver à vous abriter convenablement

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

Le 19 mai 1916

Ma chère Odette.

J'ai rejoint mon régiment ce matin et j'ai assisté à la décoration de Falguière. Il m'a invité demain et je demanderai pour L.

Vu Segerand ce matin qui commande un groupe d'escadrons de réserve. Il a toujours l'air un peu dans la lune, et n'ai pas aimé de ses officiers qu'il embête pas mal. Paraît-il ?

Il m'a demandé des nouvelles de papa.

Corvisard est passé ces jours-ci dans les parages allant du côté de la grande bataille. Il a la réputation de ne pas être commode !

 

J'ai répondu à Valicourt, et je lui dis qu'il m'était impossible de ne rien faire pour lui, étant donné le peu de relations que j'ai avec le commandant en question. Je lui dis d'ailleurs, les recommandations ne pèsent pas lourd dans la balance en temps de guerre, et je suis sûr que vous êtes trop modestes et que vous serez proposé numéro un pas au chef ! Bing !

Il fait très beau et dans le cantonnement où je suis rentré ce matin, qu'on ne se doute pas de la bataille qui fait rage en ce moment. Quand je suis parti ce matin à cinq heures, c'était inimaginable le roulement du canon. Ses sales boches ont une artillerie lourde énorme en nombre et très bonne.

 

J'attends les paquets que j'ai demandés par la poste.

Je n'amènerai pas relever à Sibeaumont sois tranquille !!

Il part ces jours-ci du côté de Saint-Dizier pour une huitaine, pour suivre un cours.

Avez-vous pris le jeune Belge dont parle maman ?

Le capitaine de Coutard revient à la fin du mois.

 

 

Extrait du journal du 8e régiment de Chasseurs à Cheval

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

23 mai 1916

Ma chère Odette.

Je reçus aujourd'hui vos trois cartes et je suis étonné que vous n'ayez pas mes lettres plus régulièrement.

Je vais toujours bien, et j'attends avec une certaine impatience les résultats de l'affaire dont je vous ai parlé l'autre jour. Roger est toujours dans les bois. Et cela n'a lieu que dans quelques jours.

Il devait partir le jour même suivre un cours à l'arrière, et sachant ce qui allait se passer, il est allé insister auprès du colonel pour être au poste d'honneur.

J'espère qu'il ne lui arrivera rien, mais l'affaire pourrait être coûteuse.

Il m'a dit avoir pris ses dispositions et laisser une lettre pour ouvrir en cas de malheur !

 

Il fait toujours très chaud et orageux. Ce climat n'est pas agréable, car on ne reste jamais dans un juste milieu. Tu dois voir dans les journaux que la lutte continue acharnée au Mort-Homme et 304. C'est effrayant.

Léopold doit en voir de dures s'il est dans cette région que l'artillerie est très exposée dans cette bataille.

 

J'ai reçu mon pistolet Gastinne-Renette que je suis en train de l'essayer, car il faut connaître son arme. Il a une grosse supériorité sur le revolver d'ordonnance, car on peut tirer plus et beaucoup plus vite. En plus, il est très en main.

 

J'espère que maman va tout à fait bien et que tu respires à pleins poumons le bonheur de la campagne. Quand y reviendrons-nous !

Qui me dira où est paru la photo de papa, je lui écris ces jours-ci.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

24 mai 1916

Ma chère mère.

Bien reçu aujourd'hui votre lettre et celle d'Odette. Je crois que les miennes mettent un temps fou à vous parvenir. Je n'ai rien de bien neuf à vous raconter.

Je suis toujours très pris, car nous faisons quantité de manœuvre et service en campagne, quand nous sommes au repos. Reçu un mot de daudy ce matin. Il a eu de la chance jusqu'ici, car a reçu une grenade à ses pieds qui n'a pas éclaté ! Ils n'ont pas encore donné pour le coup de main et je crains fort que nous n’y laissions des plumes.

Nous vous avons déjà perdu un sous-officier ces jours-ci qui était avec lui.

J'ai envoyé quelques photos à Kodak à développer.

Je vous les enverrai quand on me les aura renvoyées.

 

Temps fatigant, orageux et chaud ici. Il n'y a pas de milieux dans ce pays.

Ce que vous me dites des Chaunac et Boysson ne m'étonne pas. Car ils m'ont toujours eu l'air assez légers dans leurs relations ! Vous pouvez d'ailleurs aisément vous passer de leur société !!

Je crois que Léopold doit être repos avec son corps.

Les affaires semblent bien marcher là-bas, et la reprise du fort de Douaumont aura un gros effet moral. De Bazelaire commande toujours du côté du Mort-Homme un groupement. Il est très chic, et j'ai été sous ses ordres quelques jours sur l'Yser. Cela est déjà loin ! Je ne crois pas à une nouvelle campagne d'hiver et je pense que les Anglais et les Russes vont venir nous donner un sérieux coup de main.

 

Êtes-vous contentes de votre nouvelle femme de chambre ?

Y aura-t-il du vin cette année ?

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

26 mai 1916

Ma chère Odette.

Je reçois ce matin vos lettres et vous en remercie.

Je pense que vous avez reçu mon paquet de lettres au Terminus et que vous avez fait bon voyage.

Comme je vous l'ai écrit, les permissions sont virtuellement suspendues dans notre armée. Nous ne nous verrons donc qu'après la victoire.

Je t'assure que cette vie de demi-inaction nous pèse et que je voudrais revoir les beaux jours de la guerre en rase campagne. On finit par avoir le spleen.

 

La réflexion de la petite Charlotte m'a amusé. Elle est d'ailleurs assez juste !

Ce qu'on dit de d'Amale, doit être inexact. Toujours est-il qu'au début de la guerre, et il devait commander l'armée d'Italie chargée d'opérer contre les Italiens. À présent ce sont ces derniers qui sont nos alliés !

Papa croit qu'il est encore longtemps dans ce secteur ? Est-il toujours avec Franchet d’Esperey ?

Vous le direz bien des choses de ma part quand vous le verrez. Je vais d'ailleurs lui écrire ces jours.

 

Je vous envoie ci-joint à certaines photos prises en Argonne dans ma dernière liaison. Tu vois qu'on fait des chemins de rondins pour ne pas s'enliser dans la boue !

Le poste de commandement que tu vois sous terre et à l'épreuve des marmites, avec trois couches de traverses. Drôle de guerre !

Je ne sais pas ce que l'on fera de la classe 13. Probablement renvoyée.

Ce n'est sûrement pas Joffre que Fanjanet a vu !

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

 

26 mai 1916

Ma chère Odette.

Je reçois ce matin vos lettres du 22 et je suis peiné de voir que papa n'est pas satisfait de son commandement. Il est certain qu'en cette période de stagnation des opérations, les intrigues de tous genres se font jour, et bien des gens cherchent à pêcher en eaux troubles.

J'espère que le canon menaçant de Verdun arrêtera les politiciens sur la pente dangereuse où ils sont lancés, en voulant s'immiscer dans les affaires militaires.

H…t doit s'en aller bientôt prendre un important commandement, je ne sais où.

 

J'ai eu hier la visite de d'Urbal. C'est un très bel homme, et à l'air très grand seigneur et un peu orgueilleux. Il est venu voir les chevaux de mon escadron, et nous a réunis ensuite pour parler des différentes questions de l'arme.

Il m'a dit, j'ai vu, récemment votre père puis a ajouter :

« Inutile de vous ajouter qu'il allait très bien. »

 

 Il avait avec lui Wemaëre était instructeur à Saumur de mon temps et il n'est pas non plus commode ! Je crois que le colonel C… a été assez mal noté par d'Urbal. Il craint d'être remercié

Ce dernier d'ailleurs n'est pas commode dans ses inspections !

 

J'espère que vous êtes contentes de la jeune Belge (*) et que maman va tout à fait bien. Recevez-vous quelques revues ?

J’attends les paquets que je t'ai demandés. Je ne me souviens pas où sont placés les boutons, écussons, galons de mes vestes blanches. Je redemanderai au tailleur.

Inutile de m'envoyer les Têtes de Turc. Simplement de bonnes photos de Saumur à pied ou à cheval. Ce n'est pas pour Simone !

Pas de nouvelles de Roger. Je pense qu'ils ne vont pas tarder à agir. Il y a déjà eu quelques blessés et un tué.

Taché de remonter papa. Je crains qu'il ne se « frappe » trop.

Je savais la mort de M. Henry des Hautchamps.

Je crois qu'il vaut mieux renoncer à revenir à Bar (**) en juin (début). Il y a un monde fou par là et vous serez très mal.

Falguière a été fait chevalier, à cause de son ancienneté et des campagnes. Il va fort probablement passer à une brigade d'infanterie.

De Coutard, rentre.

Très content de mon pistolet. N'oublie pas toutes les affaires que je t'ai demandées, et qui existent.

 

(*) : Il doit s’agir de la nouvelle femme de chambre

(**) : Bar-le-Duc

 

JUIN 1916

 

Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Deux juin 1916

Ma chère mère.

J'espère que vous avez fait bon voyage et que vous pourrez voir papa. Roger est revenu ce matin, au dernier moment ils n'ont pas donné, car on a su que les boches prévenus les attendaient pour les faire sauter sans doute. Enfin, cette affaire ne nous aura coûté qu'un sous-officier tué.

Roger est parti aussitôt en permission, par suite de circonstances heureuses, et a ainsi avancé son retour. Je n'ai pu lui parler longuement, mais il m'envoie un mot lui disant de lui écrire : 188 bd Malherbes, et me demandant si vous êtes à Paris afin de vous présenter ses respects.

Je lui réponds ce soir et vous pouvez vous attendre à voir sa visite !

 

Rien de neuf ici, nous retournant aux tranchées du côté de Four-de-Paris, demain, première ligne je crois, et j'en suis fort aise. Mon capitaine et Romatet y vont demain, par moi cette fois.

Il passe toujours du monde ici allant à la grande bataille. Les boches ont une artillerie lourde formidable.

La division de l’Espée a bien été dissoute. Il doit faire un nez.

Quant à nous, on va nous rendre la lance. C'est bon signe !

Que raconte papa ?

 

 

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Extrait du journal du 8e régiment de Chasseurs à Cheval

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

 

6 juin 1916

Ma chère Odette.

J'espère que vous n'aurez pas eu trop chaud pour retourner à Sibeaumont. Ici, il fait une chaleur tropicale ! J'ai vu avec plaisir que vous aviez passé une bonne après-midi avec papa à Épernay. J'ai reçu une lettre lui hier.

Il n'est pas placé dans un secteur très intéressant en ce moment.

 

Rien de neuf ici. Je pars demain avec mon escadron pour huit jours, attaché à une division d'infanterie. Cela sera peut-être intéressant.

Rien de la famille. Je ne leur écrirai puisqu'ils ont cette attitude envers vous. J'ai reçu l'autre jour une neuvaine mystique. Je ne sais pas de qui ?

Ce doit être Jane, car cela vient rue de Vaugirard. D'autre part, il faut quelqu'un me connaissant de près pour avoir mon secteur postal récemment changé, et mon escadron. Je n'y donnerais pas suite et vous l’envoie par curiosité !

Je suis toujours à table avec le colonel de Saint Hilier. Il est un drôle ! Au fond très gentil.

 

Tu as dû voir que les boches tapent sur Verdun. Cela n'a pas plus d'importance que Dunkerque. Pendant un combat, ce matin un de nos aviateurs leur a descendu un avion dans nos parages.

Vu la mort du capitaine des Hauts Champs.

Je vous envoie aujourd'hui par paquet postal mes derniers Rassurel d’hiver.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

7 juin 1916, lundi après-midi

Ma chère mère.

J'ai reçu de la nuit aux deux lettres du 31 et pense qu'à l'heure actuelle vous êtes à Paris. Je suis actuellement aux tranchées du côté de F de P (*) pas loin de mon ancien secteur, est en première ligne à 100 mètres de ses sales boches qui hier encore sont venus faire un coup de main sur les fantassins à ma droite, en plein jour !

Le secteur est assez agité, et assez fatigant à cause de la surveillance à exercer. Pas mal d'obus, mais pas de torpilles. ! Un seul blessé depuis 48 heures.

Je vais bien, sans le mauvais temps, je serai tout à fait heureux ! J'espère que vous avez trouvé papa en bonne santé et pas trop préoccupé. La bataille de Verdun continue acharnée, et on n'en voit pas la fin.

Je pense néanmoins qu'avec ces batailles incessantes la guerre sera finie pour l'hiver.

Avez-vous vu le jeune Roger ? Je n'ai pas de nouvelles du colis que vous m’avez expédié.

Je vous quitte, car ma lettre doit partir par un agent de liaison.

Reçu les photos d'Odette. On n'a pas choisi celle où je suis avantagé à cheval !!

 

(*) : Four-de-Paris, en Argonne, Meuse

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

7 juin 1916, mardi soir

Ma chère mère.

Je vais toujours bien et compte revenir au repos dans quelques jours.

Notre secteur est assez agité, mon poste de commandement est en ce moment fortement bombardé ! Il n'est heureusement pas encore tombé de torpilles dessus. L'autre nuit à minuit, j'ai eu l'entrée de ma cagna à moitié obstruée par des pierres et terres démolies par obus.

Une heure avant j'ai été surpris avec deux guetteurs en première ligne par une rafale d'obus de 74 et je n’ai eu que le temps de me jeter dans un abri avec deux hommes serrés contre moi. C'était tordant comme situation, et avec cela la tranchée remplie d'une fumée âcre !

Il pleut toujours pour changer et les boyaux sont de petits canaux !

Messieurs les boches deviennent agressifs ; ils tirent sans discontinuer avec leur artillerie, et presque tous les jours cherchent à faire un petit coup de main. N'était le mauvais temps, ce secteur où l'on est assez bien (100 mètres) pour ne pas craindre de « sauter » est assez intéressant et mouvementé.

 

Je ne sais ce qu'Odette parle en parlant du successeur de papa au 38e. Taufflieb a fait son chemin.

Je n'ai pas de nouvelles du colis que vous m'avez expédié, mais il est possible qu'il soit arrivé, car on avait fait pas suivre aux tranchées. J'espère que vous aurez trouvé papa en bonne santé.

Vous avez dû voir que les boches avaient bombardé Bar-le-Duc par avion. Ce n'est pas le moment d'y venir !

Que vous a raconté Roger ?

Il m’avait demandé l'adresse de papa la veille de son départ pour son expédition.

 

Si le mauvais temps cesse, je tacherai de faire quelques photos aux tranchées.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Le 8 juin 1916, dimanche soir

Ma chère mère.

Rien de vous, aujourd'hui. Je pense que vous avez trouvé papa en bonne santé et pas trop préoccupé.

Vous avez dû voir que les Boches avaient attaqué de plus belle sur Verdun ou plutôt, à la côte 304 et au Mort Homme.

C'est ancien corps de Dubois qui est là, et ils trouveront à qui parler. La menace des Russes et de notre offensive doit les inquiéter, et il veut prendre les devants !

 

Je m'achète chez Gastinne-Rennette un bon pistolet automatique avec un nombre respectable de cartouches. C'est cher, mais j'aurais ainsi une arme très précise et très supérieure au revolver d'ordonnance. C'est prudent.

Voilà la pluie revenue, j'espère que vous ne l'aurez pas à votre arrivée à Sibeaumont. Dit à Fanjanet que mon deuxième colis est parti plus tard et grande vitesse. Il recevra après le premier. C'est dans ce deuxième colis que se trouve un encrier destiné à Odette et mes Illustrations.

J'espère qu'il lui plaira.

 

La lettre de Fanjanet est courte et il n'a plus l'air d'avoir la gaieté d'antan. Il doit craindre pour Léopold et d'autre part ne pas s'amuser beaucoup son autre pic.

Je crois comme répit qu'il y aura une solution d'ici six mois, mais ne suis pas aussi sûr que lui de ce qu'il dit.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

11 juin 1916, dimanche soir

Ma chère mère.

Je pense que vous avez fait bon voyage et que l'on vous aura fait suivre ma lettre du Terminus. (*)

J’ai déjeuné ce matin avec Roger qui m’a eu l'air enchanté de son déjeuner avec vous ! Il a reçu une lettre aimable de papa qui lui dit. Je sais que vous êtes très sympathiques à mes enfants….. Et termine en lui disant qu'il est prêt à lui rendre service quand il voudra.

Le manche d'ombrelle dont il a parlé à Odette est un petit cadeau qu'il compte faire, et il voulait faire croire sans doute que c'était moi !

 

Demain je déjeune en scène escadron que le capitaine de Coutard a repris. Je pars dans une huitaine de jours, l'escadron divisionnaire et en rentrant aux tranchées.

Aujourd'hui St Barnabé, il pleut à seaux. Entre-temps. Nous sommes tous très contents des succès des Russes et attendons impatiemment notre heure. Après cet exemple, il n'est plus douteux qu'un front puisse être enfoncé si on n'y met les moyens matériels nécessaires.

 

Je reçus aujourd'hui votre colis, mais je ne l'ai pas encore ouvert (bonneterie).

Le pâté était très bon et a fait les délices de ma popote. Les chocolats d'Odette me consolent également dans mes heures de cafard !

Je vous envoie ci-joint quelques photos : -- tirailleurs algériens allant sur le Mort-Homme. Les ruines de villages bombardés depuis la bataille de Verdun. Région où je vais comme escadron divisionnaire, (vous verrez les trous de marmites), etc...

Ensuite la maison où j'habite actuellement avec devant la plaque « rue Mazel » trouvée dans un village bombardé et en ruines.

 

(*) : Hôtel « Le Terminus » à Paris. Sa mère s’y trouvait.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

Le 11 juin 1916

Ma chère Odette.

Relevé des tranchées ce matin vers trois heures, suis rentré à mon cantonnement vers neuf heures et j'ai eu la visite de Roger qui m'apportait et les lettres et vos paquets.

Merci.

Je suis un peu fatigué de mon séjour aux tranchées, car le secteur était un peu agité et nouveau. Il fallait ouvrir l'œil pas mal, et j'ai la fâcheuse habitude de circuler tout le temps. Cela fait pas mal de kilomètres en fin de compte !

Nous avons eu trois blessés, dont un mourant, actuellement. Complètement abîmé par une torpille. Le médecin a été le voir aujourd'hui à l'hôpital et le pauvre garçon disait qu'il se sentait mourir et qu'il serait bien heureux de revoir son colonel avant sa mort ! Tout cela n'est pas gai et ses sales boches remplacent leur infanterie très inférieure par une artillerie formidable.

J'ai vu un peu Roger, mais je lui ai demandé de venir déjeuner demain. Il m'a dit avoir été invité par vous ! Et n'avoir pas trop cassé dessus sur mon dos. Je pense que demain nous pourrons parler plus longuement.

 

Je verrai demain pour ta bague. Je n'ai pas eu le temps aujourd'hui.

Les neuvième et 10e division de cavalerie sont dissoutes. Les régiments de dragons remplacent dans les autres divisions et sixième régiment de cuirassiers supprimés. Je ne sais ce qu'est devenu BLACQUE.

Ray a de la veine de profiter ainsi de la guerre, mais c'est un pleutre et une famille pas estimable. Tout cela se dira après la guerre.

 

Les Russes ont l'air de marcher rondement ; s'il pouvait enfoncer les Autrichiens, cela amènerait bien des changements. La prise du fort de Vaux a peu d'importance, je crois. De ce train de tortue, ils n'arriveront jamais à Verdun. Et il faut voir leurs pertes. Je crois que Léopold va quitter la région.

Le pâté sera mangé demain matin avec papa.

Quel est ce manche d'ombrelle dont tu me parles.

 

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Lettre d’Élisabeth à son fils, Robert

20 juin 1916

Mon cher Robert.

Odette a reçu ta carte ce matin dans laquelle je constate que tu n'as pas l'air de regretter outre mesure de n'avoir pu rejoindre l'état-major de tu sais qui.

Si tu n'avais pu y aller, nous aurions eu des chances de te voir et j'ai bien peur maintenant qu'il faudra attendre longtemps.

Le beau temps est revenu depuis ce matin, mais toute la semaine il faisait triste et froid.

Comptes-tu changer de place ?

Le corps (*) de Léopold est du côté d'Avocourt en ce moment, il n'a pas l'air de se plaindre.

 

Les gens sont bêtes ici, ils prétendent que tous les médecins mobilisés dans les hôpitaux au front ou à l'intérieur, jeunes ou vieux, touché désappointement de 20 à 30 000 F ! Quelle bêtise, il me semble !

Pourquoi plus un médecin qu'un avocat, un notaire ?

Son aîné prétend qu'un petit médecin de chez lui qui ne gagnait peut-être pas 6 000 F par an en, auxquelles on a proposé d'aller dans un hôpital militaire à lâcher de suite sa petite situation. Il gagne à présent comme médecin dans un hôpital 25 000 F. Il a 32 ans. Tout cela doit être de la blague.

C'est effrayant tout ce que les gens jasent dans les campagnes ! Je me demande cependant comment l'État arrivera à payer toutes ces pensions !

Papa n'a pas écrit ce matin. Silence de Tante Grabias et des Edgard.

 

(*) : Il s’agit du corps d’armée.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Jeudi 22 juin 1916

Ma chère mère.

Je reçois aujourd'hui votre lettre du 19 et vous en remercie.

Je vois que l'avance de l'heure a changé vos habitudes et qu'elle n'est pas très populaire chez les paysans. Je trouve à également assez incommode, mais il devait y avoir des raisons d'économie à faire. En entendant, au cantonnement je monte du jour à cheval à l'instruction à six heures (nouvelle heure) une couche en moyenne à 10.

 

Comme vous pouvez le voir dans les journaux les affaires militaires vont bien en ce moment. L'action allemande sur Verdun est bien ralentie également, et l'heure de la poussée générale approche.

J'ai vu dans l'Illustration le portrait de Léautey et l'annonce de ceux de Gérard, Villaret, Nivelle. Ils ne perdent pas de temps. Est-ce que papa n'aura pas le sien ? !

Que raconte-t-il d'intéressant. Je compte lui écrire ces jours-ci en revenant à mon cantonnement.

Le temps est beau, et l'on souffre même de la poussière avec ce perpétuel va et vient.

 

J'espère que vous êtes à peu près installés à Sibeaumont et que vous ne vous ennuyez pas trop.

L'attitude de M. de Boysson est évidemment pas très adroit et tous et au bureau du Périgord sont ou bien rustres ou bien légers.

On ne recommande d'ailleurs pas une vague deuxième classe à un général d'armée !

Rien de neuf dans mon régiment.

Les récentes circulaires sur les droits au commandement des officiers de réserve ont fait que l’Hérinette n'est plus lieutenant en premier dans son escadron (il a un mois d'ancienneté de plus que moi).

Régulièrement, on aurait dû donner ma place à DAUDY qui est plus ancien, mais le colonel ne veut pas et mon capitaine n'y tient pas.

C'était une occasion pour moi de revenir au deuxième escadron !

Enfin on ne veut pas m'enlever la place d'honneur et j'en suis très flatté.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

23 juin 1916

Ma chère Odette.

Je te remercie ton mot du 18 reçu hier.

J'ai reçu en même temps une carte aimable de Tante Marie-Thérèse me félicitant de ma croix.

Je suis toujours comme port d'attache au même cantonnement médiatique souvent en dehors pour des missions plus ou moins diverses et longues.

J'ai vu ce matin le capitaine Falguière m'a dit que Mme Morel s'était cramponné avec ses filles à l'hôtel du commandement ne voulant pas le lâcher !

Le colonel Durant de Mareuil a dû s'installer ailleurs et il trouve la plaisanterie mauvaise ! À la quand même un certain toupet.

Dullin est toujours à l'escadron Falguière. Il a l'air assez dégoûté ces temps-ci. Je crois qu'il devait bien s'en aller ; il est probable d'ailleurs que sa demande pour l'aviation sera agréée.

 

Quant à moi je suis toujours très content de mon sort. En somme, j j'ai un excellent peloton se, un capitaine charmant et le colonel très aimable pour moi. En attendant d'avoir définitivement chassé les boches, je ne puis être mieux !

Les affaires ont l'air de marcher en France, il est probable que la cavalerie va avoir sous peu un rôle important à jouer. Les Russes s'en servent beaucoup et très bien, ce qui leur manquent malheureusement, ce sont les munitions et moyens de transport.

Je t'envoie un programme de la rue vu jouer l'autre jour. J'ai dans mon peloton annexe artiste des Folies Bergères (du moins il le prétend) Souk

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

25 juin 1915

Ma chère mère.

Je ne comprends pas que vous n'ayez aucune nouvelle de ma malle. J'ai vu cette personne au mois de septembre. Ayant en pension les deux chevaux de mon camarade de Paul et était bien. Toutes mes affaires sont restées à Saumur, toute la sellerie et harnachement est emballée et fermée à clé dans la caisse à selles que je lui avais donnée en consigne. Ma malle était faite par moi.

Mais 2 sacs de voyage garnis dans ma chambre.

Je lui avais dit son assentiment de tout mettre chez elle qui habitait en face, si ma maison était louée ce qui est arrivé. Si j'avais pu prévoir une pareille durée de la guerre j'aurais tout mis en garde meuble.

Vous serez peut être obligé de faire un tour à Saumur si rien ne vient, à votre premier voyage à Paris ?

C'est bien en des temps de ne pouvoir avoir 48 heures pour aller régler ses affaires.

 

Ici rien de neuf. Très beau temps, je ne comprends pas que vous ayez tant de pluies.

Les affaires n'ont pas l'air d'aller très vite. Peut-être la Bulgarie va-t-elle à intervenir contre la Turquie.

Pour ma part je ne vois pas trop quand je quitterai ce secteur. Nous serons les derniers à partir.

Qui a raconté la mort d'Arthur ? Où était-il ?

 

Mon régiment est aux tranchées en ce moment. Je n'y suis pas cette fois-ci étant de service.

Les hommes sont partis fous de joie et chantant. Quels braves gens.

Je vous enverrai une photo de la revue de décorations un de ces jours.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Lundi 26 juin 1916

Ma chère mère.

Je reçois ce matin votre lettre du 22. Vous pouvez annoncer à Odette que ses madeleines sont parties avant-hier de Saint-Dizier. Un de mes camarades qui était à l'escorte de mon corps d'armée les a expédiés en gare de Vezac. J'espère qu'elles sont bonnes.

Je rentre demain au cantonnement et verrai pour la bague d'après les mesures données.

Le temps est toujours orageux ici, les récoltes sont belles et l'on ne manque pas de main-d’œuvre par ici. Il est bien regrettable que l'on ne vous donne rien de vos côtés, il y a pourtant du monde dans les dépôts et il serait facile de contenter tout le monde.

 

Je ne suis pas très partisan des prisonniers, ils ont son droit, sale et l’on est obligé de nourrir leur escorte.

Rien de bien neuf par ici.

Je ne suis plus sous les ordres de Herr. Mais sous ceux de Nivelle. (*)

Le premier est parti ailleurs pour une mission importante. Les combats continuent avec plus d'acharnement que jamais prés de Verdun. On dit les Anglais archi prêts ; ils feraient bien de nous aider un peu.

Je suis d'ailleurs persuadé que d'ici un mois il y aura du changement sérieux à notre avantage.

Si les Russes continuent à avancer dans le sud, il est peu à peu près certain que les Roumains marcheront avec nous contre les Bulgares.

En attendant de remonter à cheval, nous continuerons les tranchées dans notre nouveau secteur qui est plus agité que nos dernières et à 100 mètres des boches. Nous avons à chaque relève un peu de casse.

Je compte y aller dans huit jours avec daudy. Au moins on y fait la vraie guerre.

J'attends la photo de papa dans l'Illustration et son portrait.

 

(*) : HERR Frédéric-Georges. Général de division, 09/08/15-26/02/16 commandant de la région fortifiée de Verdun, 27/02/16-13/01/17 président du centre d'études d'artillerie aux armées.

NIVELLE Robert-Georges. Général de division. 23/12/15-21/04/16 commandant du 3e corps d'armée puis 05/04/16 devient groupement Nivelle. 01/05/16-15/12/16 commandant de la 2e armée.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

27 juin 1916

Ma chère Odette.

Je reçois ce matin ta lettre de mardi, hier, rien de vous. Je pense que tu pourras m'envoyer un autre modèle de bague.

J'ai commandé les madeleines un officier de l'escorte du corps d'armée qui va à Chalons ces jours-ci. Tu les recevras donc bientôt en gare de Vezac, je te dirai, quand il les aura envoyés.

 

Je suis toujours à la division Valdant et rentre mardi au cantonnement.

Je n'espère guerre comme je vous l'ai dit venir en permission ; enfin on ne sait jamais. Serez-vous à Sibeaumont?

La mentalité des gens de la campagne n'est pas brillante, et le peuple a assez mauvais esprit. Cette stagnation de la guerre ne peut qu'avoir une déplorable influence. Ne va-t-on pas revivre bientôt les commissaires aux armées !

Tous députaillons étaient bien petits garçons en septembre 1914. Quels honteux!

Nous avons quelques orages ce moment ce qui rafraichit un peu la température. On commençait à étouffer.

Je n'ai pas vu Artus depuis quelque temps mais je présume qu'il va toujours bien.

 

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JUILLET 1916

 

Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

1er juillet 1916, samedi soir

Ma chère mère.

Rien de vous, aujourd'hui. J'espère que vous allez toujours bien ? Reçu, hier une lettre de l'oncle Albert me demandant de mes nouvelles.

Je quitte demain à mon cantonnement pour retourner provisoirement à Passavant et dans de mauvaises conditions. On ne saurait s'imaginer les petites mesquineries que l'on sort autour de soi et les petits ennuis des régiments de corps. Si cela continu, je demanderai à passer dans un régiment léger (régiment de cavalerie à pied). On est entre les cavaliers et c'est une troupe d'élite.

Au moins, on fera la guerre et on ne sera pas empoisonné à droite et à gauche.

Ce qu'il faudrait faire c'est un peu de marche en avant afin de faire taire toutes ces mesquines jalousies entre différents armes et états-majors.

 

Les Russes continuent à bien marcher et on prétend que les Anglais font une préparation d'artillerie formidable qui durera assez longtemps.

Je ne sais encore si j'irai en permission. Ce n'est pas supprimé dans nos parages.

Je compte en attendant, retourner dans quelques jours aux tranchées y rester un certain temps.

La chaleur est revenue ici et je suis bien aise d'avoir récupéré mes affaires d'été. Je n'ai pu m'occuper de la bague d'Odette avec tous ces changements.

Vu dans le « Matin » une photo de Général Fayolle avec quelques mots élogieux. Celle de papa n'a pas paru dans l'Illustration.

Ci joint photo prise de moi aux tranchées à mon dernier séjour, dans ma première ligne. Je parais un peu noir, vu le temps maussade.

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

3 juillet 1916

Ma chère Odette.

Les journaux ont dû vous apporter les bonnes nouvelles de nos premiers succès. J’espère qu'à l'heure où parviendra cette lettre, ils seront plus complets encore. (*)

C'est une opération de longue haleine, et je crois que la percée sera obtenue au bout d'une série de batailles distantes.

Enfin, les boches vont être obligés de dégarnir Verdun et doivent être bien dans le pétrin !

J'ai reçu aujourd'hui trois lettres de vous. Je pense que tu auras reçu mes madeleines ?

Merci pour les cours que tu m'envoies. Tant pis, si tu n'as pas pu trouver tout.

Je verrai demain pour la bague et demanderais à papa ce que tu veux exactement.

 

Je vais aux tranchées dans deux jours avec mon capitaine, DAUDY et Martignon. Les boches n’ont qu'à bien se tenir !!

 

 

Je suis depuis hier dans mon ancien cantonnement de Passavant. J'espère qu'on nous y laissera jusqu'à la poursuite. C'est presque une garnison pour le régiment ! Le nouveau grand chef Nivelle n'a pas l'air aimable dans les circulaires.

J’aurais préféré être avec le voisin de droite de tu sais qui.

Je ne suis pas à la Dead Girl, mais à l'autre endroit dont tu me parles.

 

Que raconte Léopold ? Son corps d'armée passe pour très beau a toujours été dans de chaudes actions.

Je ne sais toujours pas si je pourrais venir vous voir dans trois semaines. Il est probable que si tous continuent à l'est bien, je pourrais. Enfin, il vaut mieux cela.

Ce n'est pas Huvé qui a acheté les madeleines, mais l'officier commandant l'escorte du corps d'armée, Viatte.

Tout ce que maman m'a raconté sur Charlotte m'a bien amusé un est bien pleine d'elle est sans raison !

Elle ferait mieux de penser à tous les soldats qui tombent pour défendre son pays, et soigner les blessés.

Triste mentalité.

 

(*) : La bataille de la Somme a débuté le 1e juillet 1916.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

9 juillet 1916, vendredi soir

Ma chère mère.

Je vous envoie ce mot pour mot dire que je vais toujours bien où on m'a fait déménager et je suis en réserve un peu en arrière avec une mission éventuelle de contre-attaque.

Pour le moment, je n'ai personnellement que peu à faire. Les boches ont l'air d'avoir dégarni sérieusement depuis mon dernier séjour.

Le temps est toujours à l'orage, ce sont des ondées et continuelles.

Rien de neuf heures à vous dire. Je suis heureux que vous receviez quelques visites sur votre pic. De plus, les journaux doivent fort vous intéresser. Foch à l'air d'avoir bien préparé son offensive ! Tous ces événements et ce qui se prépare ailleurs nous amèneront, je pense la fin de la guerre et la victoire complète en octobre.

J'espère que la cavalerie aura d'ici peu à montrer des capacités manœuvrières.

 

Roger est aux tranchées avec moi. C'est un gentil garçon, mais bizarre. Ainsi en ce moment il a un gros chien qui ne le quitte plus et qu'il a recueilli.

J'ai commandé la bague d'Odette, mais 4,5 cm de tour de doigt me paraît bien gros ?

Je ne sais encore si je pourrais venir vous voir et le désirerais bien.

Quelques jours de calme feraient du bien ?

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

 

10 juillet 1916

Ma chère Odette.

Je pars ce soir aux tranchées. Je ne pouvais donc vous envoyer sans doute que des cartes.

J'y resterai sauf contre ordre de six jours.

La frénésie des boches s'est calmée de notre côté. Ils ont reçu une bonne tape.

Un sous-lieutenant qui vient de nous arriver d'Alsace m'a donné des détails sur la mort de Rochambeau, à l'attaque de Metzerel, il portait un ordre de son général quand il a été atteint par une rafale.

Le commandant Brun est enterré également là-bas. Sa mort est due à une imprudence héroïque.

J'ai écrit à Viel. Je ne compte pas avoir de congé avant milieu d'août et d'ici là ?

Je crois papa bien pessimiste au sujet de votre déménagement.

Il est certain que les boches vont essayer de faire un gros effort.

L'amour idyllique de la petite Charlotte m'a bien amusé. Enfin tant mieux pour elle, si cela doit réussir.

Il fait une chaleur très forte ici.

J'ai reçu un mot de papa m’indiquant son secteur postal. Je crois néanmoins qu'il est toujours au même endroit.

De Lastour a-il toujours sa division ?

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

11 juillet 1916

J'ai reçu hier soir votre lettre du mercredi soir 5. J'espère que vous aurez trouvé papa en bonne santé et qu'il vous aura dit des choses intéressantes.

Je quitte mes tranchées ce soir. Les boches nous ont consciencieusement sonnés hier avec des torpilles pour se venger du petit coup de main que vous avez dû lire dans le communiqué d'aujourd'hui. Il a tué huit boches du XIXe Uhlan dans un petit poste tout près de mon secteur.

Rien de neuf à part cela. Les affaires ont toujours l'air de bien marcher sur la Somme. Je crois néanmoins qu'il faudra du temps avant d'arriver à un résultat sérieux.

Il est probable qu’il cherche d'ici peu à quitter du huitième, car nous faisons un service absolument ingrat la moitié du temps, je vois trop de gens qui cherchent à avancer par tous les moyens autour de moi, et trop de récompenses comme la croix de guerre donnée à tort ou à travers.

On se croirait revenu en temps de paix.

 

Les divisions de cavalerie ont l'avantage sur nous de prendre toujours les tranchées.

Mon ancien ordonnance Fauconnot a été blessé hier légèrement par un éclat de torpilles devant ma cagna. Ce n'est pas grand-chose et il est assez fier, car il pourra dire qu'il a été blessé.

J'espère que la fin du mois je pourrais venir vous voir.

Je ne sais où est Cornulier, Lucinnière.

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

Mercredi 12 juillet 1916. Lettre de Robert.

Ma chère mère.

Je reçois ce matin en rentrant des tranchées votre lettre du Terminus et je vous en remercie. Trouvé également les excellents chocolats d'Odette qui sont fort appréciés.

Je vais bien et je suis ennuyé que papa ait des sifflements d'oreilles comme l'an dernier. Je crois qu'il est extrêmement nerveux et qu'il broie trop de noir en « ruminants » ?.

Je pense avec lui que la guerre sera terminée pour l'hiver. Tout va bien en ce moment. Quant aux histoires de paix proposée par l'Allemagne. Je n'y crois pas.

Le jeune Roger est revenu assez fatigué de son séjour aux tranchées, il a été deux fois malade. Il est trop nerveux.

J'espère, si rien de nouveau ne surgit, avoir ma permission le 27 et venir me retremper dans le calme de Sibeaumont.

Je comptais voir Fustier en lui fixant rendez-vous à Chalons, mais il est probable que si c'est que vous me dites au sujet du corps de Mitry est exact. Je ne le pourrais.

Le corps d'Agrafeil est à Verdun.

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

16 juillet 1916

Ma chère mère.

Reçu ce matin votre lettre du 12. Toujours la pluie ici. C'est un temps lamentable. Je ne crois pas qu'il y ait eu de titularisations depuis février.

Je crains en effet que papa n'est pas de chance. Je ne sais si je pourrais venir en permission ou si je vais aller ailleurs.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

18 juillet 1916

Ma chère mère.

Je reçois aujourd'hui vos trois lettres écrites il y a quatre jours, elles dataient du 14 et du 15. C'est effrayant de voir le temps qu'il faut.

Je compte partir le 26 août en permission, mais mon train n'arrivant qu'à neuf heures du soir ou plus tôt à Paris. Je ne quitterais la capitale que le lendemain soir.

Répondez-moi ici si je dois descendre à Vezac (je pense qu'il y a toujours un train). Je vous télégraphierais de Paris pour vous avertir de mon arrivée.

 

Ici rien de neuf, toujours le même temps épouvantable. C'est désolant. Les affaires ont l'air de bien marcher sur la Somme, les Anglais ces jours-ci ont fait du très bon travail et il est probable, que de notre côté nous allons continuer. Vous avez vu que la cavalerie anglaise à charger, les journalistes se remettent à parler de la cavalerie dans les journaux. Je vous envoie ci-joint à l'article du Matin.

 

Le jeune Roger a vu les photos de Sibeaumont et les a trouvées très réussies. Son chien est une imitation de berger, tout jeune. Il avait reçu un coup de pied de cheval et avait été abandonné par un officier d'artillerie de passage.

Roger l'a recueilli et soigné. Il y tient beaucoup.

Artus occupe une situation encore bien moins périlleuse que celle de Léopold ; quant aux obus, il n'envoie jamais ! Il n'est pas bien malheureux et ne devrait pas se plaindre.

Le corps d'Agrafeil est passé dans ma région. Je n'avais pas vu la mort du sous-chef d'état-major de Micheler. Cette armée ne doit pas être très importante ?

Je pense que Sarrail va faire quelque chose d'ici peu. Ils ne font rien de plus longtemps et il y a du monde.

Robusson ne doit pas être loin de moi. J'amènerais mon Kodak.

 

Si le train va jusqu'à Vezac. Je descendrais à Vezac. Sinon je vous trouverais un moyen de locomotion à Sarlat. Je descendrais pour la nuit à Orsay.

J'envoie cette lettre par la poste civile, afin qu'elle parvienne plus vite.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

19 juillet ? 1916.

Ma chère mère.

Je n'ai rien reçu de vous hier et pense que votre déjeuner rue Lavoisier ce sera bien passé ! Je suis aux tranchées avec le capitaine de Tortou qui est charmant. Il est camarade de promotion de de la Brosse et avait quitté l'armée.

Cette région commence quand même à devenir monotone et je voudrais bien pour changer si nous devons encore repasser un hiver.

Les affaires russes sont toujours en bonne voie, mais je commence à douter qu'il puisse amener l'Autriche à une paix séparée avant novembre. Les Allemands prennent en main la direction des affaires militaires et politiques en Autriche. Ils doivent se douter du coup !

Toujours le même temps orageux, il sera dit que je n'aurais jamais beau temps aux tranchées !

 

Avez-vous reçu les photos de Sibeaumont ? Je crains fort que les dernières ne soient voilées.

Je n'ai pas reçu de lettres de Roger depuis sa dernière, et je lui avais envoyé mes félicitations de Paris. Il exagère un peu comme mon éducation.

Je l'ai toujours bien jugé à ce point de vue-là, et c'est malheureux, car il a d'autres qualités de cœur.

Vos bonbons de la Marquise de Sévigné étaient exquis et je m'en délecte aux tranchées. Les boches sont assez tranquilles sauf avec le bombardement.

L'auteur du livre « En Campagne » que je vous ai envoyé est dans mon cantonnement. Il se nomme Béchu (septième chasseur) et est gentil. (*)

 

(*) : « Marcel Ernest Béchu, en campagne, 1914-1915, impressions d’un officier »

Cet ouvrage est téléchargeable en entier >>> ici <<<

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

20 juillet 1916

Ma chère mère.

Je reçois ce matin votre lettre et celle d'Odette.

Je compte toujours partir le 27 et vais arriver le 29. Je m'arrêterai probablement à l'aller à Chalon voir Fustier qui est dans les parages. Papa m'écrira également si je puis le voir aller au retour.

Mon train n'arrive qu'à neuf heures du soir à Paris. Ce qui fait qu'on ne peut prendre la correspondance. Vous devez avoir beau temps à la campagne, car il si on n'est pas favorisé ! Toujours de la pluie et les récoltes ne seront pas brillantes.

J'ai failli aller suivre un cours de trois semaines à Vincennes (mitrailleuses). Le colonel voulait me désigner, au dernier moment Pergnuen qui était là, a emporté le morceau. Je ne tiens d'ailleurs pas à suivre le cours à l'intérieur. On a autre chose à faire en ce moment.

 

La mentalité de cette brave Mathilde est en effet assez bizarre !

Je ne pense pas que son fils arrive aux Ponts et Chaussées. C'est assez dur et il n'a pas bien réussi jusqu'ici. De plus après la guerre, ce qui sont restés à l'intérieur et auront pu travailler, auront un gros avantage sur ceux qui sont restés deux ans au front !

Je trouve que de donner qu'il n'en fait pas sa carrière, Léopold doit suivre sa destinée et rester où il est en faisant bien son service. Ce n'est pas comme pour un officier.

Je tâcherai de trouver les Madeleines en question, mais ne réponds pas, sauf contre ordre.

On me prendra à Vezac le 29 au train du matin. Sinon je vous aviserai à temps.

 

Je n'ai pas de nouvelles de Paimboeuf à part l'oncle Albert qui m'envoyait une carte hier disant que tous trois étaient inquiets de mon long silence.

J'ai répondu assez tard à sa dernière carte et nos cartes ont dû se croiser.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

23 juillet 1916

Ma chère Odette.

Me voici, escadron divisionnaire jusqu'à mon départ en permission. Jeudi soir je pense.

Je serais fixé d'ici deux jours. En tout cas, je ne pourrais arriver que le surlendemain à cause des trains. Peut-être irai-je voir papa à l'aller ou Fustier.

Je suis baraqué dans les bois et j'ai un temps superbe.

Mon vieux camarade Roger va partir bientôt avec mon ancien demi-régiment à la suite de la division Valdant, pour une destination encore inconnue.

C'est le commencement de la désagrégation du régiment, et je voudrais bien qu'il nous revienne un jour, car c'était un bon camarade. C'est mon demi-régiment qui devait partir régulièrement, mais je ne sais pourquoi on a changé.

J'aurais bien désiré changer un peu d'air.

 

Rien de bien neuf ici. La bague sera prête, je pense ; quant aux madeleines, je ne réponds pas de trouver celles que tu demandes. Je vous ai fait expédier par Collinet des colis contenant les faits d'hiver et Illustrations.

Je n'ai pas eu de courrier hier.

Les événements militaires ont toujours bonne tournure, mais ce sera long. Il ne faut pas trop demander. Tout vient à qui sait attendre, et je suis convaincu que nous n'aurons pas de campagne d'hiver.

Un samedi matin donc je pense. Si je ne vois pas Fustier ou papa à Chalons ou ailleurs. Je serais à Orsay.

Lettre aimable de Mme Mizor.

 

 

AOUT 1916

 

 

Extrait du Journal du 8e chasseurs, 3e et 4e escadrons. Cliquez sur l’image pour agrandir.

 

 

 

À partir du 2 août 1916, le 3e groupe (3e et 4e escadrons) du 8e régiment de Chasseur à cheval est séparé du régiment, et constitué en groupe attaché à la 125e division d’infanterie. (JMO du 8e RCC, 2 août)

 

 

 

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

8 août 1916

Ma chère Odette.

Je pense que cette lettre vous parviendra à Paris.

Je suis arrivé hier en pleine période de départ. Mon colonel est parti ce matin avec son état-major et je vais être sous les ordres du commandant Leps qui n'aura d'ailleurs aucun escadron de son régiment !

J'espère bien qu'on va nous faire rejoindre notre corps d'armée.

 

Les attaques récentes sur Verdun ont amené quelques changements et je sais plus quand notre division sera relevée, les autres, dont Roger, vont au camp de Mailly. Pour le moment nous sommes avec des escadrons de deux régiments différents et un colonel d'un troisième régiment.

Quelle foire !

J'ai vu pas mal de camarade à Paris, aviation, cavalerie ou infanterie et ai appris pas mal de choses intéressantes.

Vu également Pustier à Épernay où je vis Pétain et son état-major.

 

J'ai été voir à l'hôpital à Chalons un de mes camarades du 22e dragon qui était très grièvement blessé par grenade il y a une huitaine. Il a un poumon perdu et de nombreuses autres blessures. Cela m'a fait bien de la peine de voir ainsi, moi qui ne l'avais pas vu depuis Saumur. On espère le sauver. Il souffrait beaucoup et était très faible.

Il paraît que le commandant Leps a son fils aîné prisonnier est blessé grièvement. Celui qui sort de Saint-Cyr avait également été blessé. Je compte présenter à lui quand il rentrera ce soir.

Il est allé voir Grossetti aujourd'hui sous les ordres duquel je suis actuellement.

 

J'espère que comme nous ici vous n'avez pas trop chaud. Et que votre voyage à Paris ne sera pas fatigant.

Roger ne m’a pas écrit depuis son départ, ce n'est pas très aimable, car je n'ai lui avait pas écrit après avoir dîné avec papa.

Montjour commande comme colonel la brigade de Fustier, Cornulier, la cinquième division de cavalerie.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

9 août 1916. Mercredi soir

Ma chère mère.

Rien de vous ni hier et aujourd'hui. Je pense que vous allez toujours bien ?

Je suis au cantonnement depuis hier, mais probablement changé ces jours-ci pour aller m'installer dans les bois.

Ces perpétuels changements de bivouac sont bien ennuyeux, surtout quand on n’en sent pas l'utilité.

J'aimerais cent fois mieux être aux tranchées, et la prochaine fois que j'irai, demanderai à rester un relevé de plus. Il est temps qu'on reprenne la marche en avant !

Les journaux ne donnent pas grand détails sur « l'offensive anglaise ».

J'espère qu'ils vont faire de grandes choses.

 

Je n'ai pas pu voir X. pour la bague d'Odette. Il est toujours par monts et par vaux à l'affût du sanglier. Quel phénomène !!! Léger comme la plume, petite cervelle.

Odette a-t-elle reçu les Madeleines ?

Nous avons très vilain temps ici ! Pluie et température très fraîche. On ne sait comment se vêtir avec ses changements de température.

 

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

10 août 1916

Ma chère mère.

Je n'ai encore rien reçu de vous depuis que je suis parti. Nos correspondances arrivent d'ailleurs en retard, avec tous ces changements.

Enfin, il faut écrire secteur neuf, désormais. Je pense que vous avez trouvé papa en bonne santé. Il doit être fort occupé, je crois, en ce moment.

 

Ici, rien de neuf, je crois être dans la région encore quelque temps et j'ai bien peur de ne plus rejoindre mon ancien corps qui est parti à Mailly.

Le jeune Roger doit se trouver dans ces parages. Il paraît (d'après une lettre écrite à Falguière, qu'il est prêt d'être titularisé).

Il n’a pas écrit.

Le colonel Leps qui me commande actuellement et beaucoup plus agréable que Chassot dans son commandement et tout le monde est content de l'avoir.

Il a toujours l'air aussi sombre !

 

Le jeune Agrafeil a dû être au fort de l'action à Verdun. Il doit revenir dans cette région ensuite.

Mon escadron va aussi aux tranchées demain, mais mon capitaine ne part qu'à son retour et je n'irai donc que dans une semaine.

M. Collinet a envoyé pendant mon absence mes colis à Vézac. Je ne sais pourquoi !

La bague d'Odette n'est pas prête, j'ai vu l'ouvrier aujourd'hui, il n'est plus avec moi, mais doit me l'envoyer.

 

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Mardi 11 août 1916, Sommedieu, près de Verdun.

Ma chère mère.

Je ne sais si cette lettre vous parvenait, mais je vous écris quand même.

Je n'ai pas encore vu et demie, et je suis sur la frontière. Vous avez dû voir nos victoires.

C'était à temps je ne vous donne aucun détail, afin d'éviter les indiscrétions.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

14 août 1916

Ma chère Odette.

Bien reçu ce matin ta lettre et c'est le moment au sujet de papa. Je ne suis pas plus étonné que cela. Comme je vous l'ai toujours dit, il est très gentil, plein de cœur et intelligent, mais manquant un peu de tact. Ce qui lui fait souvent du tort.

Il ne m'a pas soufflé mot de cette histoire. Peut-être ne s'en souvient-il même pas!!! Il m'a par contre remis mon retour votre lettre.

 

Rien de neuf ici, sinon une pluie diluvienne. C'est lamentable.

Les Russes progressent victorieusement et ont l'air de marcher fort. Je ne crois pas que ce soit encore leur grande offensive. Les Anglais ne vont pas beaucoup tarder, je pense, j'espère qu'aux vacances nous reconduirons les boches de chez eux.

Mangin vient de prendre le commandement du 11e corps.

Que raconte papa ? Son coin a l'air relativement calme en ce moment ?

Le temps est bien rafraîchi et je ne vous envoie pas encore le restant de mes effets d'hiver.

R. ne m'a rien dit, sauf en riant que tu lui avais dit de ne pas aller dans l'aviation par ce que j'irai.

Je ne vais pas au cours de Saint-Dizier, du moins pour le moment.

Avant d'avoir ma permission, je ne compte pas avant un bon mois, et d'ici là.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

14 août 1916

Ma chère Odette.

Je reçus aujourd'hui vos lettres du six et sept de Sibeaumont et celle du 11 de Paris. Je t'envoie la lettre de Roger, je suis étonné qu'il ne soit pas écrit à Father.

 

Je monte aux tranchées après-demain avec le capitaine de Toitou (je ne connais pas l'orthographe) de réserve du XIIe Hussard. C'est un ancien s'est fait rien, démissionnaire, très chic. Je ne sais quand nous quitterons cette région où je ne connais plus grand monde ! Je crains de ne plus rejoindre mon ancien corps et de devenir division volante. Le pauvre Agrafeil a dû sans doute « écoper » à Verdun, car c'est sa division qui a repris Thiaumont, il y a une huitaine. Je crois que c'est elle qui viendra me remplacer.

 

La « suffisante » Mathilde ne m'a pas dit au revoir, pas plus que son imbécile de fils. M. Cusset m'a dit des choses banales, quand camp du pays et considérations stratégiques sur la guerre ! C'est un homme aimable.

Je suis étonné que vous ayez si chaud à Sibeaumont, ici il fait relativement frais. Je voudrais bien que tu m'envoies les pellicules photographiques qui accompagnaient les clichés de Kodak, et sa notice.

Je ne comprends pas qu'il y ait eu tant de ratés.

Mon régiment doit être à Mailly.

Je ne sais quel commandant est le détachement d'Artois. Je crois que Mondésir est plutôt du côté de Nieuport.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

 

16 août 1916

Ma chère Odette.

J'ai reçu une longue lettre de maman retour du château qui m'a bien intéressé. Je suis très étonné après la lettre que j'ai reçue de lui que Roger n'est pas écrit à papa. C'est extraordinaire !!

Je pars aux tranchées ce soir avec un escadron du XIIe Hussard, toujours en même endroit dans le secteur actuel du Général Mesples.

Papa n'est pas très loin de moi sans le savoir ces jours-ci, car Nettancourt est l'ancien Q. G de Humbert. Les événements en Occident ne vont pas bien vite, mais j'ai confiance en Orient.

Peut-être cela sera-t-il fini plutôt qu'on ne le pense dans cette région, ici, cela commence à devenir monotone depuis deux ans que je la connais, et j'aurais bien voulu rejoindre mon corps.

Mon régiment doit être à Mailly.

J'espère que papa va pouvoir se reposer si l'on ne fait rien de son côté.

La solution d'abandonner toute exploitation à Sibeaumont vaut mieux, puisqu'on n’arrive pas à couvrir les frais. Il est à craindre qu'après la guerre on ne trouve pas facilement de main-d’œuvre et les kabyles s'ils ressemblent aux Annamites que je ne vois pas ici, ne doivent pas travailler lourd !

 

Je pars aux tranchées tout à l'heure et il est probable que vous aurez un petit retard dans ma correspondance.

Quand allez-vous chez les Chalés ?

Il paraît que les escadrons 5 et 6 de mon régiment qui étaient partis avec le colonel sont dissous pour être envoyés dans l'artillerie, et remplacés par des escadrons de division de cavalerie mises à pied.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

20 août 1916

Ma chère mère.

Bien reçu votre lettre du 18 et vous remercie des détails qui m'ont bien intéressé. Ce serait vraiment de la guigne que je ne puisse venir vous voir, mais d'après les renseignements que j'ai, il est fort à craindre que cela ne soit plus possible en ce moment.

Enfin, espérons. Je pourrais prendre le train dont vous me parlez. Par conséquent serai le surlendemain matin de mon départ à Sibeaumont.

 

Mon régiment est retourné aux tranchées, je compte y aller incessamment. Je vais toujours très bien et je suis bien heureux à l'idée de vous revoir tous.

Viel a dû laisser le linge dans mes sacs de voyage ainsi que ce qu’il a pu mettre dans cette caisse. Le manteau dont vous me parlez devra être déroulé. Mon ordonnance ne m'avait pas dit l'avoir roulé. C'est bien du loden bleu.

Ray m'a envoyé des « bocks » de bois de 50, il y en a pour 60 F.

Nous allons prochainement avoir le casque. Dès que je l'aurais, je vous enverrai ma tête ! daudy doit me rapporter ces jours-ci des photos que j'avais prises dans ma tranchée.

Je vous en donnerais.

La prise de Kovno est bien désagréable pour les Russes. Les boches d'où l'on annonçait avec une multitude de petits papiers enthousiastes. J'espère bien que nous allons leur faire payer tout cela d'ici peu.

Que pensez-vous du bruit des marmites !!

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

11 août 1916

Ma chère mère.

Je pense que vous êtes à Paris et que vous avez pu voir papa. Je n'ai aucun courrier depuis que je suis rentré, à cause de mon changement de secteur postal, et je crains que cela ne dure encore quelques jours. C'est une administration qui fonctionne tout à fait mal.

Je compte être encore dans cette région pour une quinzaine et espère bien la quitter pour rejoindre mon régiment plus tard.

 

Comme vous devez le voir sur les journaux, les affaires continuent à aller bien en Russie et Italie. On peut espérer avoir des résultats décisifs pour novembre, mais il faudra probablement passer l'hiver en attente.

Le temps est redevenu normal, je n'ai pas été privilégié pendant ma permission ! Les récoltes sont belles de mon côté et les habitants ont tout ce qu'ils veulent comme main-d’œuvre militaire. Je crains que nos contrées du Périgord ne soient uniques au point de vue manque de bras.

Les commandants de dépôts doivent favoriser l'agriculture et ils ne le font pas. Mon capitaine est aux tranchées en ce moment, je l’y remplace dans quelques jours et je commande l'escadron en ce moment.

On m'a montré une très bonne photo de papa dans le Pays de France du 10 août.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

24 août 1916

Ma chère mère.

Rien de vous, aujourd'hui j'espère que vous n'avez pas trop chaud à Sibeaumont et que vous ne vous ennuyiez pas trop. J'ai eu, ce matin, une lettre de daudy qui est très inquiet de mon silence !!!

Il prétend avoir écrit deux fois avant cette lettre. C'est donc que ces lettres se seraient égarées. Il a fait une demande pour aller aux spahis au Maroc où la cavalerie, paraît-il, a fort à faire. C'est un agité !

Je lui ai répondu une lettre où je lui fais comprendre qu'il a eu une attitude bizarre.

 

Rien de neuf ici.

Je ne sais pas du tout ce que nous allons devenir. Nous sommes assez isolés et les camarades manquent un peu. Tout va lentement et il paraît probable, que nous passerons l'hiver dans les mêmes régions. Les Russes, eux-mêmes, ont affaire à forte partie en ce moment, et subissent un temps d'arrêt.

Je pars après-demain avec mon escadron auprès d'une division. (*)

Mon capitaine ne rentre que dans six jours. Nous avons pas mal de services, étant employés de droite et de gauche, et on n'est pas souvent au cantonnement.

Je n'ai pas de nouvelles de la bague d’Odette. On m'a promis de me l'envoyer quand elle serait faite.

 

(*) : Il s’agit du 4e escadron qui part (avec le 3e) pour être affecté à la 125e division d’infanterie

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

25 août 1916

Ma chère Odette.

Bien reçu hier ta lettre du 19.

Je n'ai pas vu Dullin, car il est parti en mission pour quelques jours, mais je lui parlerai de la Comble. Un sergent-fourrier s'occupe de la comptabilité de sa compagnie et paperasse. Il est donc naturel que ce soit lui qui est renvoyé la lettre de ce pauvre Montoussé.

 

J'ai vu ces jours-ci un officier du sixième Chasseur qui était aux Éparges. Il paraît que la lutte aussi a été terrible. Léopold d’ailleurs dans cette région a dû voir bien des blessés.

C’est Descoings qui doit commander son corps d'armée.

Ici, rien de neuf pour le moment, je ne crois pas qu’on aura une paix bâtarde. Ce serait recommencé dans 10 ans et maintenant qu'on est en bonne posture pour aller jusqu'à l'écrasement des boches.

L'Italie va sûrement intervenir dans le courant de mai. Ce sera quand même un appoint.

 

J'envoie un mot à l'oncle Albert qui m'a annoncé la citation de son fils et j'ai envoyé une carte de remerciements à Tante Marie-Thérèse pour son paquet. Vous me direz quand vous aurez reçu mon colis postal parti avant-hier.

 

Le temps superbe depuis une dizaine de jours et redevenu pluvieux. Sibeaumont doit être bien agréable en ce moment.

Le sous-lieutenant de Périne qui est allé vous voir au Terminus, nous a écrit récemment. Il est avec ses chasseurs à pied du côté de St Menehould et a été blessé très légèrement au pied.

Bonne nouvelle de Paul, mais je n'ai pas vu. Je ne connaissais personne au sixième Chasseur.

On n'a jamais perdu de terrain au Bois Sabot. Tu as mal lu le journal.

Ils ont perdu leur colonel et lieutenant-colonel tués depuis le début.

Ci-joint la photo prise avant une revue de décoration il y a quelque temps.

Tu reconnaîtras le commandant de St Hilier, mon capitaine, Lefève, Dullin, les autres sont des médecins et vétérinaires.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

26 août 1916 (écrit au crayon de bois)

Sivry-le-Sec, Verdun

Ma chère maman, nous venons de livrer une bataille terrible pendant 5 jours et je suis intact, mais quelle veine !

Nous étions, notre armée du côté de Longwy et, sommes tombés sur des forces très supérieures et formidablement retranchées.

J’étais affecté avec mon escadron à une division d’infanterie et étais tous les jours en reconnaissance.

J’ai tué en 2 jours 12 uhlans et hussards et n’ai perdu qu’un homme qui a reçu un coup de lance. Mon cheval a reçu 2 balles, mais continue à faire son métier.

J’ai été sous le feu des mitrailleuses, le 1 er jour de ma reconnaissance et mes sacoches sont traversées ! 2 chevaux tués, mon ordonnance est démonté.

C’était atroce comme spectacle. Les habitants fuyant devant l’ennemi. Les villages sont brûlés.

Notre armée esquintée a dû se replier en arrière de la Meuse, ce que nous faisons aujourd’hui. L’ennemi a dû subir lui aussi des pertes énormes. Il donne, je crois tout son effort de notre côté pour trouer.

Le 14e Hussard qui fait partie de mon armée a été blessé. Il reste à peine de quoi former un escadron 

Lt-col de Hautecloque a reçu 2 balles et doit être mort.

Presque tous les officiers tués ou blessés. C’est bien, triste. Ils ont été surpris en Belgique par l’infanterie.

Sans les autres armés, nous avons la victoire.

Je suis assez fatigué comme tout le monde. J’ai pu me nourrir à peu près. Avec de l’argent, on trouve encore.

 

Je pense bien à vous. Reçu 3 lettres de vous ce matin. J’étais perdu dans le monde depuis 6 jours.

Le capitaine de Maistre est à mon régiment, est commandant de l’escadron de réserve.

Je n’ai rien reçu de papa depuis sa 1ère lettre.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

26 août 1916

Ma chère mère.

Je reçois aujourd'hui vos trois lettres du 20,21, 22.

Franchien ne change pas de région, car la cinquième division a remplacé la huitième.

J'ai reçu un mot de Fustier.

Le général de Latour est également dans cette région, et on le voit souvent à Nancy avec sa fille. Ils ne font pas grand-chose de ce côté-là, et mènent au cantonnement la vie de temps de paix.

Je suis en ce moment dans un escadron divisionnaire, mon capitaine rentre dans deux jours, mais repartira presque tout de suite aux tranchées, si qui me fera commander l'escadron assez longtemps et ce n'est pas désagréable !

 

Rien de nouveau pour mon changement de pays, je verrai Huvé demain, peut-être saura t’il quelque chose. Le temps est à l'orage et il tombe de pluies diluviennes ! Ce n'est pas gai au mois d'août.

Les chevaux et les hommes des régiments supprimés ont été bel et bien versés dans l'artillerie (section de munitions) ce qui n'a rien d'agréable et est une véritable panne. Les officiers restent dans leur arme.

Je n'ai pas lu la prédiction dont vous me parlez et n'y croit d'ailleurs pas !!

À part la prise de Lemberg je ne vois rien de probable prochainement. Je pense que la danse doit commencer du côté de Noyon d'ici peu. Peut-être mon ancien corps en sera-t-il.

 

Les boches ont eu malheureusement le temps de se fortifier à fond partout depuis deux ans.

J'ai vu sur le journal la mort du colonel Astruc (je ne sais où il était sur le front) et du père de Vaulchier qui était très gentil. Fait la connaissance aujourd'hui du fils du général Hache qui est officier au VIIe chasseur à cheval et revient d'évacuation, fortement abîmé par les gaz.

Il est heureux que DAUDY ait écrit à papa. Il aurait pu se presser un peu plus et ma dernière lettre lui secouera un peu les puces !

Il a un peu trop de sans-gênes.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

27 août 1916

Ma chère mère.

Je vous remercie de votre bonne lettre reçue ce matin et du cadeau du casque. Il est à peu près certain que je pourrais prendre mon congé dans cinq jours.

Papa me l'a dit également. Je ne pourrais pas prendre plus de huit jours, car le colonel a été assez mécontent que daudy ait pris 11 jours ; les délais de route, dit-il, sont faits pour les troupes qui ne peuvent voyager aussi rapidement que nous. Avec le jour du départ qui ne compte pas, cela sera neuf jours.

J'irai voir papa au retour.

 

Il faudra qu'Odette me dise l'heure des trains à ToursChâteauroux et Souillac.

À quelle heure arrive-t-on à Sarlat ? Je n'ai plus de lettres où elle me donne toutes ces indications.

Je viens d'être assez fortement secoué par une grippe qui n'a pas pu s'épanouir !

Aujourd'hui cela va mieux, mais j'ai encore l'estomac tout détraqué. Je vais nettoyer tout cela demain !

Il fait très chaud maintenant, mais nous avons eu à ses frais, et il y a eu une épidémie de grippe.

J'irai voir à Artus avant mon départ s'il est toujours au même endroit.

Je ne vois pas pourquoi cette imbécile de Berthe est jalouse de moi. Ce sont des sentiments bien mesquins. Vous pourrez plutôt avoir une lettre de son mari qui ne risque rien dans les parcs.

 

Je devais aller ce soir aux tranchées, mais on m'a changé mon tour.

Car il y a de nouveaux officiers qui n'y ont pas encore été. L'un de nos hommes a eu un de ces jours ci la tête sectionnée au-dessus de la mâchoire par un obus. On n'a pas retrouvé la tête !

Il avait été blessé et prisonnier au début de la guerre et venait de revenir.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

 

28 août soir 1916

Ma chère Odette.

J'ai appris cet après-midi par coup de téléphone la déclaration de guerre de la Roumanie. C'est une bonne chose, qui hâtera, je le pense, des événements sur le front oriental. Espérons que nous passerons l'hiver ailleurs !

 

Au capitaine, rentre de mission demain, je viens d'avoir une journée de pluies diluviennes. On n'a jamais vu un pareil temps au mois d'août ! J'espère que vous ne souffrez pas trop de la chaleur à Sibeaumont et que vous passerez un séjour agréable chez les Chalés. Donnez-moi votre adresse.

Rien de neuf de mon côté, je compte rester dans cette région au moins 15 jours encore. Où irai-je après !

Je déjeune demain avec un camarade de promotion qui commande une escadrille de bombardiers de mon côté, il dîne après-demain avec un ancien camarade du 25e Dragon qui est officier à une autre escadrille.

Je compte monter en avion un de ces jours. Tous ses aviateurs sont enchantés de leur sort et ne regrettent pas d'avoir quitté la cavalerie.

Il est certain que notre métier est bien ingrat en ce moment. Peut-être des événements vont-ils changer, mais je ne vois pas encore les cavaliers agissant sérieusement à cheval.

Je n'ai pas eu la lettre de DAUDY depuis sa dernière missive un peu affolée.

C'est un bon garçon, mais il lui manque pas mal de plomb dans la cervelle.

Le fils Lefratel va venir me remplacer dans la région.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

29 août 1916

Ma chère mère.

J'espère que vous êtes arrivés à bon port après un voyage pas trop fatigant.

Nous avons annoncé l'intervention de la Roumanie aux boches par un véritable feu d'artifice et dont de nombreuses salves de 75. Ils doivent se sentir en mauvaise posture.

J'ai rejoint mon cantonnement dans deux jours.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

30 août 1916. Mercredi, soir

Demain mes 26 printemps.

Je vous écris de ma cabane située dans les bois, et la pluie tombe à torrents sur le papier bitumé qui recouvre le toit.

Je n'ai jamais vu un temps aussi détestable, et je crains que les récoltes ne soient très abîmées. C'est navrant dire que toute l'année nous avons été inondés !

 

J'espère que vous n'avez pas trop chaud et que vous passez un séjour agréable.

Le jeune Chalés doit être loin du front, car les corps de cavalerie sont en réserve de groupes d'armées ! Je ne pense pas qu'ils puissent donner encore.

Nous sommes relevés des tranchées, je n'y retournerai donc pas avant de quitter cette région et inhospitalière. Ce qui aura lieu dans la première semaine de septembre, je pense.

Où irais-je.... Mais ne sait ?

Le lieutenant qui signe Marcel Dupont est prêt de passer à l'ancienneté et sort de Saumur, très spirituel et ayant pas mal « vécu ».

Je ne crois pas que son livre donne une idée très exacte de lui. Pour le moment il prépare un autre bouquin.

Je n'ai pas de nouvelles de ta bague. On devrait me l'envoyer quand elle serait finie. Si je ne vois rien venir, j’en commanderais une à un vrai guillemet « poilu » de mon peloton.

 

C'est moi qui aie remplacé Meignen comme lieutenant premier au quatrième escadron. Il était parti il y a un an dans l'aviation et est passé il y a trois mois environ dans l'infanterie, trouvant qu’il n’y avait plus davantage.

Il est venu me voir et est XXIe corps et parfait content.

 

SEPTEMBRE 1916

 

Lettre de Robert à sa sœur, Odette

6 septembre 1916, vendredi soir

Ma chère Odette.

Je t'envoie ci-joint quelques photos prises par moi, il y a quelque trois mois lors du passage d’un régiment de spahi dans mon cantonnement de repos.

Tu me les renverras après avoir tiré.

 

J'espère que vous passez agréablement votre temps chez les Chalés ? que racontent-t-ils ?.

Je contente d'ici peu de jours du côté de St Dizier, et probablement, rejoindre plus tard mon corps. Il doit être en ce moment dans la Somme.

Toujours le même temps insipide ici. Je reste jusqu'à mon départ définitif de ces pays, l'escadron divisionnaire. Je ne fais pas grand-chose d'intéressant.

 

Roger m'a écrit une lettre vraiment bien, à la suite de la lettre un peu dure que je lui avais envoyée. C'est vraiment un bon garçon et un bon ami, mais sa légèreté lui fera du tort.

J'ai envoyé la bague en recommander.

Le commandant Leps va récupérer son régiment à notre place. Il est toujours aimable et c'est un chef à tous les points de vue. Je crois que ce mois-ci sera décisif en ce qui concerne la durée de la guerre.

Il faudrait que les événements se précipitent en Orient, mais Sarrail n'a pas l'air de bouger.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

8 septembre 1916, vendredi.

Ma chère Odette.

J'espère que le beau temps vous favorise un peu à Sibeaumont et que vous ne nous souffrez pas trop de la chaleur. Je suis toujours au même endroit à 50 km du front. (*) Ma division se reforme.

Il est probable que j'irais dans un camp après et dans le Nord après. Roger est dans la Somme. Ils doivent être engagés dans une huitaine, je crois.

Les affaires marchent bien, les experts ont passé l'hiver dans d'autres régions.

 

On parle du Micheler en ce moment. D’ici peu, je pense qu'on parlera d’Humbert.

Je connais très peu « Marcel Dupont », c'est un lieutenant ancien de 35 ans, je crois. Sortant de Saumur, qui a pas mal vécu et à l'air assez blasé. Je trouve que l'idée qu'on fait de lui d'après son livre ne correspond pas très bien à ce qu'il est dans la réalité.

Le livre est gentiment écrit. Il en prépare à un autre actuellement « Heures de veille ».

Je n'ai aucune nouvelle de Paimboeuf. Quelle famille !!

Il est rare de voir un aussi peu d'union et c'est triste.

 

Je ne sais quand je rejoindrais mon régiment, mais ais heureusement un chic escadron et un chic peloton. Nous nous entendons très bien avec Schwartz, RomaTtet et Demange. (**)

Ce dernier se mariait en octobre !!!

Son père a fait son cours de chef d'escadron de la première année à Saumur.

Comment va ton jeune chat ?

Je pense que tu as reçu ta bague expédiée en Gironde et qu'elle te plaira. Il y a plus qu'à faire graver les initiales.

Cet imbécile d’Hauteserre doit bien savoir par son ami Artus que je ne suis pas « embusqué » comme ce dernier. Ces Périgourdins sont des bruts.

 

(*) : À Mognéville (Meuse)

(**) : Les autres officiers du 4e escadron

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

12 septembre 1916

Ma chère Odette.

J'espère que vous avez reçu les cartes que je vous ai envoyées aujourd'hui de Bar. Figure-toi que mon commandement m'a offert 24 heures pour Paris, et je pars demain.

Comme nous sommes au repos, il donne des permissions exceptionnelles.

 

Rien de neuf ici. L'escadron qui faisait groupe avec moi vient de partir du côté de Verdun. Il est probable que nous lui suivrons avec la division.

C'est assez chaud en ce moment et on entend un roulement ininterrompu. J'aurais préféré aller rejoindre Roger. Enfin, l'homme propose et Dieu dispose.

 

Je suis heureux de voir que la bague t’a plu. Tu ne m'avais guère donné d'indications.  !!!

Nous avons beau temps, ici ! Je pense que vous en profiterez à Lormont. Tachez de vous distraire un peu.

J'avais écrit à papa pour lui recommander un de mes amis, ancien camarade de Saint-Cyr, Deliève, qui a été évacué il y a un an pour ne plus revenir au front, et ses officiers au 11e Cuirassier à pieds au dépôt et voudrait à tout prix revenir sur le front et dans un régiment monté.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

23 septembre

Ma chère mère.

J'espère que vous passez un séjour agréable, avec le beau temps que nous avons ici, en Gironde. J'ai reçu ce matin un mot aimable entre de mon ami Roger est actuellement près de Lyon à la Valbonne qui me demande si vous serez à Paris ainsi qu'Odette vers le 14 date de de son retour. Il avait sans doute l'intention de vous présenter ses hommages !

 

Toujours au même endroit, quant à moi je ne sais où nous allons échouer d'ici peu. Mon camarade d'escadron Demange doit se marier dans peu de jours, à sa première permission. Je lui ai conseillé de se presser avant d'aller se faire mettre en capilotade !

Il faisait un nez.

Je crois que mon régiment est engagé, tout au moins mon ancien corps, du côté de Combles.

Vous avez dû voir dans les journaux l'épilogue de l'affaire Sarrail. Il y a dû y avoir quelque chose quand même, car, pas de fumée sans feu.

 

Aucune réponse de l'oncle Edgard, j’espérais qu'il le fera, car je n'étais pas forcé de le faire étant donné leur attitude méprisable du début de la guerre.

Reçu un mot de papa ces jours-ci. Il ne dit rien de neuf.

J'ai su que de l'ESPEE (*) dont la division avait été est supprimée été sans commandement à l'arrière.

Ce qu'a dit le jeune Bastan était en partie vrai puisqu'un escadron de chez moi est parti de ce côté garder les prisonniers. Montferrand en était ! Mais c'est simplement pendant notre repos, je pense.

 

(*) : Jean de L’ESPEE, général commandant de la 9e division de cavalerie.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

26 septembre 1916

Ma chère Odette.

C'est décidé, nous allons à Verdun rive droite (Fleury, Thiaumont) d'ici quelques jours.

Au fond je n'en suis pas fâché, car c’est un endroit où il faut être passé. Nous avons été vu ce matin avec toute la division par Nivelle. C'est un bel homme, chic et beau cavalier. (*)

Je ne sais si nous resterons ensuite dans le secteur.

Ce qu'il y a de plus ennuyeux dans l'affaire, c'est de rester demi-régiment isolé. Enfin, on verra. Ce qui aura à faire.

J'ai appris cet après-midi une triste nouvelle, le frère de Montferrand, qui est une de mes recrues de Saint-Cyr et avec qui j'avais dîné il y a un mois, au moment où sa division de cavalerie venait d'être dissoute, vient être tué en Champagne.

Il était devenu escadron divisionnaire comme moi.

C'était un bel officier, joli garçon plein d'entrain et très chic. Son frère vient de partir l'enterrer à Somme-Suippes.

 

Nous jouissons toujours d'un temps superbe. Vous devez en profiter à Sibeaumont. Ces Périgourdins sont en effet de vrais sauvages et sans aucun égard pour ce qui les fait travailler et vivre comme nous depuis 20 ans.

La France est un pays où il ne fait pas bon vivre la campagne. Le paysan est jaloux, bête et haineux.

 

Je compte s'il n’y a rien de nouveau prendre ma permission en novembre, mais d'ici là il pourrait y avoir du changement. J'ai eu des nouvelles de Roger par un camarade revenant de permission.

Il paraît très occupé à son cours, et à l'air, assez dans la lune.

 

(*) : NIVELLE commande en septembre 1916 la 2e armée.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

27 septembre 1916

Ma chère mère.

Je reçois aujourd'hui vos lettres me disant que vous restez quelques jours de plus à Lormont. Je suis bien heureux de voir le charmant accueil que vous avez reçu. Je suis toujours au repos et pense partir d'ici huit jours pour Verdun (rive droite) ainsi que je vous l'ai annoncé hier.

Je serai sous les ordres de Mangin probablement.

Les affaires vont très bien sur la Somme. Il serait à souhaiter que les corps de cavalerie puissent faire quelque chose, car le rallye-paper n'est peut-être pas une occupation suffisante.

Ils ont peut-être une vue toute différente des régiments de corps scindés comme le mien et à qui l'on fait faire toutes les besognes.

 

Très beau temps ici. Il fait même trop chaud.

L'instruction se poursuit intensive ici. C'est pire qu'au quartier !

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

1/10/16

Ma chère Odette,

Je reçois la carte de maman du 26. On reçoit peu de lettres en ce moment !

Je vais toujours bien. Fanfaron, toujours à peu près la même chose.

Le temps a l’air de se remettre. Mon pied est à peu près guéri.

Envoyez-moi par postal (secteur 7) mes lainages et gants d’hiver (pas le gilet noir, ni les caleçons légers)

 

OCTOBRE 1916

 

Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

7/10/16

Ma chère mère :

Comme je vous l’ai écrit hier, je compte prendre 24 h le 12 avant de partir pour Verdun et revoir en même temps daudy retour des Balkans. Si vous pouvez vous trouver à Paris à ce moment-là. Je serai heureux de vous embrasser.

Je comptais partir le 12, arriver dans l’après-midi et repartir le 14. Je descendrai à hôtel Édouard III, rue Édouard II (près du gramophone Pathé), hôtel récent et très bien faisant des réductions aux officiers.

 

Au cas, où votre lettre me donnerait votre arrivée à Paris, et au cas possible, en ces temps, où je partirai pour Verdun avant la date fixée. Je vous télégraphierai à Sibeaumont afin de ne pas vous déranger inutilement.

En tout cas, ici me fixera sur votre venue ou non.

Si j’avançais la date de mon départ, je vous télégraphierais également en tout cas si vous ne recevez pas de dépêches, je serai à Paris le 12 après midi et tout le 13.

Je serai sur le point de monter à Verdun.

 

Ici, rien de neuf. Temps détestable.

Il est probable qu’en revenant de Verdun à la fin du mois. Je demanderai à Papa de chercher à me faire muter dans une D.C. (*)

Si je peux partir, je ne le saurai vraisemblablement que le jour de mon départ, donc afin de recevoir mon télégramme, partez le même jour que moi, c’est à dire le 12. Ce sera plus sûr. À moins que vous préfériez tenter votre chance le 12 à Paris, quitte à risquer de ne pas m’y trouver.

Je confie cette lettre à mon sous-officier qui part 24 h pour Paris.

J’espère que Jane continuera d’aller mieux.

Nous sommes sûrs d’une campagne d’hiver et même de printemps.

Vu les officiers actuellement en permission. Je ne peux espérer partir avant le 11.

 

(*) : D.C. : Division de cavalerie.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

9 octobre 1916, mercredi soir

Ma chère mère.

Reçu ce matin la lettre de Odette de Sibeaumont. Je suis toujours dans la même région en attendant la très grosse affaire qu'on prépare pour nous ! Le temps est malheureusement détestable et cette pluie persistante rend bien triste les repos.

Je vous demanderai avant de quitter Sibeaumont m'expédier mes affaires diverses vers le milieu du mois.

Avez-vous reçu le paquet que j'avais expédié à Sibeaumont avant de quitter Passavant ?

Je ne sais si les Collinet ont pensé à l'expédier.

Je ferai de la commission à Roger quand je lui écrirai. Il viendra sûrement vous voir.

J'espère vous voir en novembre autour de /// si rien n'arrive de fâcheux.

 

Avez-vous vu dans l'Illustration la citation du capitaine Guy de Chaunac ? Ce doit être le fils de Mme de Chaunac de Monbet ?

Vous ai je dis, que les deux officiers mitrailleurs de mon régiment avaient été blessés, et leur section assez éprouvée.

Je n'ai pas de nouvelles du reste du régiment qui était disséminé un peu partout.

Il paraît que le général Valdant est à Limoges.

De Larnage (sous-lieutenant de réserve) a été pris comme officier d'ordonnance par le Général Hallouin.

Que raconte papa ?

Je pense, qu'il obtiendra facilement ces deux jours par mois cet hiver.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

10 octobre 1916, mardi soir

Ma chère mère.

La guigne a voulu que j'aille faire une reconnaissance de secteur du côté de Fleury et de Thiaumont. Le jour où je devais partir 24 heures. Je coucherais à Verdun. Ce sera assez curieux !!

Je regrette bien ce contretemps, car sont cela nous aurions pu nous voir avant la permission de sept jours. Je ne sais encore ce que je ferai à Verdun. Quand nous serons engagés, probablement des liaisons.

J'ai eu des nouvelles de mon régiment par un vétérinaire en revenant qui nous a rejoint ce matin à part les mitrailleurs, il y a eu et des pertes insignifiantes. C'est formidable ce qu'il y a de monde, paraît-il, là-haut. Et les Anglais amènent toujours des renforts.

Je comprends que papa n'est pas gros intérêt de son côté en ce moment. Tout va là-bas, ou de mon côté.

Je crois d'ailleurs que l'hiver oblige tout le monde à s'arrêter.

 

Le jeune Montferrand qui vient de trouver une mort glorieuse en Champagne, dont le père est sous-officier de mon demi-régiment, est une de mes recrues de St Cyr.

Il était parfaitement bien. Sa mort a été due à la malchance.

Il revenait après avoir opéré un brillant coup de main avec ses cavaliers, quand d'une grenade jetée dans un abri a fait exploser un dépôt de munitions.

Il a eu la moitié du corps déchiqueté et ramené mourant sur le dos de son sous-officier.

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Mercredi 11 octobre soir

Ma chère mère.

J'étais heureux d'apprendre par Odette que votre malle était retrouvée. Vous deviez être bien ennuyées de l'avoir égarée ! Enfin, tout est bien qui finit bien.

Je pars demain soir faire la reconnaissance et reviendrais le surlendemain soir.

Ce sera assez curieux et intéressant.

 

Le beau temps est enfin revenu de nos côtés et je pense qu'il permettra à Fanfaron de se promener.

Mes camarades blessés dans la Somme l'ont été légèrement.

Il m'a écrit pensant me voir à Paris, mais je pense qu'il leur a reçu ma seconde lettre disant que je ne puis venir. Je lui ai fait la commission prescrite, mais il n’en pipe pas mot !!!

Ce qu'on m'a dit pour Valdant n'était pas faux. Du moins pour le moment.

Je n'ai pas entendu parler de ce qu'a écrit le jeune Chalés au sujet de sa division. Cela doit d'ailleurs arriver un jour ou l'autre !

 

Le temps passe monotone ici, et le village n'est pas folichon. Les habitants avec cela, commencent en avoir assez d'être toujours envahis !

Que diraient les Périgourdins !

La situation de lieutenant au courrier de l'armée est généralement donnée aux grands blessés. J'ai eu de la chance. Au point de vue risques ou gloire. C'est à peu près la même chose que son ancienne place.

Quand fait-on les vendanges ?

Ce que vous me dites au sujet des prisonniers boches m'étonne. Car généralement ils sont bien contents de l'être.

L'histoire de la visite de P. m'a amusé. C'est bien le genre réserviste ! Il doit être très bien, s'il a fait toute cette épouvantable retraite de Serbie.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Jeudi 12/10/16

Ma chère mère

Je pars à l’instant pour Verdun. Je suis détaché pour un certain temps auprès du Général Mangin.

Vous ne recevrez plus que des cartes de moi et peut-être irrégulièrement.

Pas d’inquiétudes.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Lundi, le 16 octobre 1916

Ma chère mère.

Un mot à la hâte pour vous dire que j'ai précédé ma division d'infanterie et suis observateur détaché au groupement Mangin.

C'est un poste de choix, où je verrais des choses intéressantes, si les boches ne me marmitaient pas trop.

Ce qu'a dit le colonel de Chaunac au sujet de mon escadron était inexact, car nous marchons avec ma division d'infanterie. À quel régiment est-il ?

Je le verrai peut-être.

 

Il fait à temps atroce, froid et noir. Avec une boue glacée et collante, et un bon rhume de cerveau !!

On ne peut se faire une idée de ce paysage. C'est un chaos, et on navigue au milieu des fondrières ou de cadavres mal enterrés.

 

J'espère que vous aurez trouvé papa en bonne santé. Que dit-il ?

Je ne sais combien de temps, je resterai ici pour le moment, je ne sais ce qui reste du fort de S. (*)

 

La lettre de cette pauvre tante Grabias est révoltante.

Quelle jalousie et quels sentiments bas.

Il vaut mieux ne pas occuper.

Je tacherais de vous donner de mes nouvelles tous les jours, mais cela ne sera pas facile.

 

(*) : Il était interdit de citer les lieux dans les lettre, mais là il doit agir du fort de Souville.

 

 

 

Extrait du Journal du 8e chasseurs, 3e et 4e escadrons.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

18 octobre 1916

Ma chère Odette.

Rien de vous depuis deux jours. Je pense que vous étiez à Paris et que vous avez vu papa.

Je suis toujours au même poste avec mon ordonnance et un officier des réserves de l'autre escadron.

Voilà huit jours demain que je suis parti, et je ne sais combien de temps, je resterai. Ma division est toujours à l'arrière.

Il fait à temps épouvantable, froid, vent, pluie. On ne peut se faire une idée de ce terrain et qu'il n'est qu'un chaos.

 

Je trouvais heureusement des officiers de chasseurs d’Afrique dont le capitaine Chevallier (a fait son cours en même temps que Gouraud), de Kerzog (le frère de M. Richon et de Voillemont, le frère de mon ami. Je fais popote avec eux. Je me balade le reste du temps dans le secteur de S et de F. (*)

Les boches marmitent encore assez. Je suis passé l'autre jour dans ma rue et traversé ma place. C'est en ruines.

Les Roumains ont l'air de recevoir une pile inquiétante. C'est mal commencer l'hiver.

J'ai reçu hier un superbe gilet de peau de papa. Il est le bienvenu.

 

(*) : Souville et Fleury.

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

20 octobre 1916

Ma chère mère.

Je reçois ce matin votre lettre de Paris du 16. Je vois que vous me croyez à un tout autre poste que le véritable.

Je suis au groupement Mangin (demander à papa des tuyaux sur lui) et naturellement suis détaché par son état-major pour remplir le rôle que devrait faire des officiers d'état-major !

Nous sommes plusieurs officiers de cavalerie dans ce cas. On a trouvé plus commode de prendre des officiers de cavalerie, car on doit être bon à tout ! Je suis très près du fort de Souville et il dégringole quelque chose ! Ma division et mon escadron sont à 60 km au repos.

Je ne sais pour combien de temps je suis ici. Cela dépend du baromètre !

Si j'étais dans une division indépendante. Il aurait évidemment une situation plus stable et plus douce, mais il y a des gens plus malheureux que moi dans cette pauvre infanterie

 

Quant à cette pauvre tante Grabias, elle est méprisable comme sentiments. Vous pouvez lui dire où je me trouve et je vais tous les jours en première ligne voir les fantassins dans la boue.

C'est une drôle de guerre. Où l'on est mis à toutes les sauces ? Pour le moment je suis observateur terrestre.

Le froid commence à venir et j'espère bientôt recevoir votre colis. J'avais d'ailleurs quelques affaires à livrer ici.

Mon rhume de cerveau se guérit tout seul.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Dimanche 22 octobre 1916

Ma chère mère.

Je vais toujours bien et suis au même poste. Aucune lettre de vous depuis deux jours et aucune de mon escadron qui est loin à l'arrière !

C'est bien ennuyeux d'être assis sans nouvelles et loin de sa troupe !.

Je compte voir « Fanfaron » après-demain. J'espère qu'il ne me fichera pas par terre !

Le froid était arrivé et il gèle la nuit. Je crois que l'hiver sera rude, avec cela on voit écrire tellement d'âneries et de choses fausses dans les journaux. Que c'est à vous rendre la sceptique sur la mentalité de l'arrière ! En France, on se paye de mots et des belles paroles !

 

Je compte venir en permission après toutes ces affaires. Serez-vous à Paris ou à Sibeaumont en novembre ?

L’ancien directeur de cavalerie A… et dans mes parages avec une brigade d'infanterie.

Il paraît que Baratier a une division d'infanterie.

Savez-vous qui a remplacé Balfourier ?

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

Mardi 24 octobre 1916

Ma chère mère.

J'ai été blessé légèrement cet après-midi au combat de Douaumont et suis évacué, je ne sais où.

Je vais à Dugny (Meuse) en attendant.

Vous réécrirai, ai écrit à papa. Ne vous tracassez pas.

 

 

Extrait du Journal du 8e chasseurs, 3e et 4e escadrons.

 

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25 octobre 1916

Ma chère Odette.

Je vais toujours bien. Je suis spectateur d'un tableau grandiose comme lutte d'artillerie. C'est magnifique.

Les boches doivent se méfier, car cet après-midi, j'en ai vu défiler une cinquantaine des prisonniers, dont trois officiers.

Ce matin, hommes employés un peu partout.

Romatet sera à mes côtés demain. J'aime mieux cela, car nous pourrons examiner la situation plus froidement et c'est un « as » comme disent les aviateurs.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

25 octobre 1916

Ma chère Odette.

Je prends un train sanitaire ce soir, j'espère pour l'intérieur. Je ne sais où je serais comme hôpital. Jusqu'ici j'ai fait deux ambulances, et c'est bien long !

Ma blessure ne va pas mal. Je n'ai pas de fièvre et peux circuler. J'ai la tête tout enveloppée. C'est un curieux spectacle !

Rien de grave comme blessure, mais c'est assez douloureux.

Je vous écrierai quand je serai l'hôpital où je serais et j'espère pouvoir vous s'embrasser.

J'ai une chance énorme dans mon malheur, car cela aurait pu être plus mauvais.

 

" En 1916, Robert Mazel prit part à la défense de Verdun. Il se distingua tout particulièrement par son entrain, son perçant et son hardiesse. Frappé le 24 octobre au fort de Souville d’une balle à la mâchoire gauche, il fut cité à l’ordre du 8e régiment de chasseurs le 16 novembre "

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

29 octobre 1916

Hôpital numéro 30. Saint-Gilles à Moulins (Allier).

Dimanche.

Ma chère mère.

Un mot pour vous dire que je suis arrivé ce matin à une heure à Moulins après un voyage assez pénible de 34 heures dans un wagon à chevaux aménagé avec brancards 

Je n'envoie pas de dépêche, car je ne sais si vous avez reçu mes autres lettres je ne voudrais pas vous inquiéter. Ma blessure est en bonne voie. J'ai un petit morceau du bas de l'oreille d'enlevé et une plaie en séton de la région, en dessous. J'ai eu de la chance !

Je crois que dans une quinzaine de jours je serais rétabli, du moins je l'espère.

J'ai écrit à papa en même temps que vous le 24 au soir, mais il a dû être prévenu avant, car le 26 il téléphonait à l'armée, et le 27 j'ai eu la visite d'un de ses officiers d'état-major venu me voir.

Aussitôt, on a été très empressé à l'hôpital, et on m'a expédié le jour même. J'étais mal là-bas. Nous sommes cet officier dans cet hôpital et avons chacun une petite chambre.

Sommes tous arrivés le même jour de Verdun.

 

Je voudrais bien être guéri de rejoindre mon escadron, car ce séjour inaction va paraître bien long. Si vous pouvez venir sans trop de difficultés, je vous embrasserais volontiers. Les dames de la Croix-Rouge qui me soignent sont très bien. Je ne connais pas encore leurs noms.

Je peux circuler, et sortirai demain en ville faire quelques achats.

Les gens vous regardent comme un « glorieux blessé de Verdun »

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

30 octobre 1916

Ma chère mère.

Je suis dans un hôpital d'évacuation de l'arrière et compte être évacué sur l'intérieur probablement ce soir.

Je suis très mal installé dans un village, des baraquements qui viennent d'être faits, aucune installation et personnel insuffisant.

C'est une véritable honte au bout de deux ans de guerre de ne pas avoir plus d'égards pour les blessés. Quelle foire !

 

Ma blessure n'est pas grave, je n'ai pas de fièvre. Je circule la tête bandée et ne souffre presque pas. Il va falloir recoudre une partie de l'oreille gauche.

J'ai avec cela une plaie contuse de la région avoisinante. L'éclat d'obus aurait pu être plus mal placé.

J'espère que ce ne sera pas long et que je pourrais venir dans une quinzaine de jours reprendre ma place de bataille. Je serais fixé une fois à l'hôpital à l'intérieur, ici on ne n'a rien dit.

 

Le Général Ancelin a été tué non loin de moi au début de l'attaque. Il a eu la carotide coupée par un éclat d'obus. Il commandait une brigade d'infanterie.

Nos troupes ont été admirables. De mon pic, je suivais admirablement l'attaque, mais aussi nous fûmes bien marmités. J'ai été chargé de renseigner Mangin, sur notre progression.

Je n’ai jamais entendu pareil vacarme d'artillerie. On aurait dit l'enfer !!

Je vous écrierai ou télégraphierai, selon pour vous dire où je serais évacué.

NOVEMBRE 1916

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

 

8 novembre 1916

Ma chère Odette.

Je reçois ce matin vos lettres du 22 et 23. Merci d'avoir été chez Burberry. (*)

Je vous envoie ci-joint mes mesures. J'avais déjà écrit à Lussan pour avoir un caoutchouc Torrilhon, bonne marque de Clermont-Ferrand. Il demande trois mois pour cet imperméable ou deux mois pour un autre. C'est trop long !

Si vous trouvez quelque chose de bien imperméable et ample (genre cloche) sans martingale, commandez le mois dans un magasin. Il paraît que chez Ciret, rue de Rivoli, en face de chez Réveillon, il y a de bons caoutchoucs. Je trouve que 100 F à 110 F est un bon prix et je ne désirais pas mettre plus. Le caoutchouc Torrilhon valait 70 F. S'il était possible d'avoir une nuance analogue à celle de l'échantillon ci-inclus, je préférerais.

Bref caoutchouc ciré noir ou gabardine imperméable, cela m'est égal pourvu que ce soit sérieux.

Reçu une lettre très aimable de Berthe qui m'exprime son affection et m'annonce son mariage !!! Elle me dit qu'elle me récrira quand la date sera fixée, mais ne me demande rien.

Je ne le répondrai pas, d'autant plus qu’elle ne souffle pas mot de vous alors que tu l’as vue.

Je vais toujours bien, le froid a un peu diminué.

Je quitte mon cantonnement samedi soir pour Passavant. DAUDY sera juste revenu des tranchées.

As-tu vu la mort de ce pauvre Dullin dans l'Écho du 23 ?

 

(*) : Burberry a été fondée en 1856 lorsque de 21 ans, Thomas Burberry (1835 - 1926), un ancien draper de l'apprenti, a ouvert sa propre boutique à Basingstoke, Hampshire, en Angleterre. En 1870 les milieux d'affaires s'est établi en se concentrant sur le développement de l'extérieur vestimentaire. En 1880 Thomas Burberry invente gabardine, une hardwearing, résistant à l'eau, tissu respirant encore, dans laquelle le fils est imperméabilisé avant le tissage. Gabardine a été breveté en 1888. Burberry était le nom initial, mais plus tard, pour Burberrys, après de nombreux clients à travers le monde a commencé à l'appeler Burberrys de Londres. Ce nom est encore visible sur de nombreux produits Burberry âgées.

En 1914 Burberry a été commandé par le Bureau de la guerre à adapter son manteau d'officier, afin de satisfaire les conditions de la guerre moderne britannique, entraînant dans la vie moderne "tranchée manteau". Après la guerre, la tranchée manteau est devenue populaire avec les civils. Le iconique Burberry vérification a été créée dans les années 1920 et utilisé comme doublure dans sa tranchée manteaux. Au fil des ans, il a été popularisé par Humphrey Bogart dans Casablanca, Peter Sellers dans la Panthère Rose de films, et Audrey Hepburn dans Breakfast à Tiffany.

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Caoutchouc col serré

Longueur de la couture du col à la taille : 43

Longueur totale : 125

Demi-carrure : 20

Longueur au coude : 55

Longueur totale de la manche, semi carrure comprise : 83

Demi-grosseur sous les bras : 51

Demi-grosseur de ceinture : 47

Encolure prise sur un col de tunique : 40

Auteur du col de. Cinq et demi

Toutes ces mesures sont prises sur une tunique, col saxe-caoutchouc.

 

 

Revenu au front, il fut affecté au 5e Régiment de Chasseurs   le 15 novembre 1916 

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

13 novembre 1916

Ma chère mère.

Je partirai jeudi matin 16 de Moulins et serais à Paris vers 9 h 40.

Je n’ai pas voulu partir le vingt et avoir une convalescence plus longue, car j'estime qu'il ne faut pas abuser des meilleures choses et que je n'ai pas été assez touché pour abuser du séjour à l'intérieur !

Il faut penser que les simples cavaliers n'obtiennent pas si facilement des convalescences, et en somme sept jours pleins passés à Paris, c'est déjà bien !

Reçu ce matin une lettre de papa me disant qu'il a été décoré.

J'espère qu'il pourra me faire mettre au cinquième Chasseur.

 

Je descendrai au Édouard VII, car c'est moins cher, s'il y a de la place.

Je vous trouverais au Terminus dans votre chambre pour dîner.

Et m'enlever mon pansement et bandeau. Je ne suis pas trop laid. Je veux encore me faire nettoyer l'oreille un jour ou deux.

Ce que vous me dites au sujet de Gouraud ne m'étonne pas, car il était intime avec Sarrail.

 

Robert est affecté, après sa blessure, au 5e régiment de Chasseurs, le 15 novembre 1916.

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

20 novembre 1916

Ma chère mère.

Reçois un instant votre lettre du 15. Je suis étonné que vous n'ayez rien reçu de moi. Je suis toujours au même endroit, et aie précédé ma division et mon escadron qui sont toujours au repos.

Il fait un temps épouvantable, on ne peut imaginer cette boue.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

27 novembre 1916

Ma chère Odette.

Un mot pour te dire que je viens de recevoir la citation suivante à l'ordre du huitième chasseur.

« C'est présenté comme volontaire pour être observateur d'infanterie, au cours d'une attaque et dans un poste particulièrement dangereux. A été blessé en accomplissant sa mission avec son courage habituel. »

 

Aucune réponse de mon nouveau colonel !

À moins qu'il ne m'ait écrit à l'hôtel Édouard VII, il me dit avoir renvoyé deux lettres au huitième.

C'est la « purée »

 

DECEMBRE 1916

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

 

2 décembre 1916

Cercle militaire d'Alençon. (*)

Ma chère mère.

Un mot pour vous remercier de votre lettre et vous dire que je vais bien.

J'avais reçu une lettre de papa me disant qu'il essayait de m'envoyer à la septième division. C'est en effet la septième division de cavalerie.

Il fait froid ici. L'hiver s'annonce rigoureux. Je compte faire rejoindre la cantine avec les chevaux une fois au front, puisque je vais probablement partir incessamment.

Je vois très peu le commandant de Costa sauf au café le soir, ils mangent avec le capitaine du cinquième. C'est un bel homme, assez aimable.

 

(*) : Alençon possède aussi un dépôt de remonte. (Remonte = Remettre les cavaliers sur leur monture et les entrainer)

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

3 décembre 1916

Cercle militaire d'Alençon.

Ma chère Odette,

j'espère que votre réunion mondaine au Crillon se sera bien passée, et que la jeune et charmante damoiselle de la rue de Verneuil t'aura demandé de mes nouvelles !!!

 

Je suis ici, avec le service de semaine sur les bras. Ce qui ne me permet pas de m’absenter. J'espère être muté au front cette semaine, sans cela j'irai peut-être dimanche à Paris.

Je ne parle que rarement et peu au commandant De Costa. Je ne l'aperçois que le soir au café, et je n'aime pas me frotter aux grands chefs!!!!

Je l'ai déjà entendu parler de M. de la Fressange.

On attend ici une inspection du colonel Cochin qui vient tous les mois, le général Sordet tous les deux ou trois mois ainsi que « Mardochée ».

J'espère bien de n’être là à ce moment, car ce qu'on peut montrer n'est pas brillant.

Je suis allé au cinéma, seule distraction de cette délicieuse garnison. On gelait et il n'y avait personne.

J'espère que vous n’avez pas trop froid à votre hôtel.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

Mardi cinq décembre 1916

Ma chère Odette.

Bien reçu vos lettres hier et aujourd'hui.

Papa m’écrit qu'il sera demain et après-demain à Paris.

Je tacherai d'avoir une permission de 24 heures pour jeudi et dans ce cas-là si le commandant.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

5 décembre 1916

Ma chère Odette.

Bien reçu vos lettres hier et aujourd'hui. Papa m'a écrit qu'il sera demain et après-demain à Paris.

Je tacherai d'avoir une permission de 24 heures pour jeudi et dans ce cas-là, si le commandant me la signe au rapport, demain. J'arriverai dans la soirée à sept heures aux Invalides par l'express de Granville.

 

Reçu une lettre du colonel Chassot me disant que la place de lieutenant en premier au sixième escadron (il a actuellement sous ses ordres le premier, deuxième, cinquième, sixième) est libre et que si je veux il me la réservera. Si la solution du septième dragon ne marchait pas. Ce serait une corde.

Rien de mon colonel du cinquième chasseur qui est en permission. Il est paraît-il très mal avec le colonel de M.… !

Mon commandant du huitième m'a écrit hier qu'il ne pouvait m'envoyer mes chevaux au dépôt, mais qu'il me les enverrait une fois au front. J'ai demandé qu'on fasse voyager mes affaires personnelles avec.

Il se prépare un gros coup dans le secteur où j'ai été blessé. Vous verrez les résultats d'ici peu dans les journaux.

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

7 décembre 1916

Cercle militaire d'Alençon.

Ma chère Odette.

Reçu ce matin vos deux lettres. Rien de neuf.

Il me tarde à partir, car il n'y a rien à faire ici au dépôt, où l'on a un homme pour huit chevaux, des gens ramollis ou des gosses et en plus changeants tout le temps.

Alençon est une ville très inférieure à Moulin. Pas un magasin propre !

Il y a cependant un pâtissier convenable.

 

Reçu un mot très aimable de DAUDY disant qui vient d'apprendre la citation en rentrant au régiment et en m'en félicitant.

Je suis très étonné qu'il ne soit pas allé vous voir.

Le régiment est au repos et ils comptent revenir en Argonne.

J'espère être fixé la semaine prochaine sur mon départ. Il y a sûrement des places quelque part au front. Papa m’a envoyé ce matin une lettre aimable du colonel de Montfon que je vous renvoie, il ne peut rien, s'il n'y a pas de place.

Mon capitaine du cinquième chasseur (dépôt) va probablement demain à Paris pour 24 heures. Tu verras sa tête, car il descend au Terminus, je crois !

Il boite bas, célibataire !

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

9 décembre 1916

Cercle militaire d'Alençon.

Ma chère Odette.

Rien de neuf à vous apprendre.

Comme je vous l'ai dit hier, on m'a expédié mes affaires et sellerie le cinq à la gare de Souhesmes.

Destination du dépôt.

J'espère au moins comme je l'avais demandé la première fois qu'il avait été question à ma mutation. On l'aura fait grande vitesse. J'aurais des détails après-demain par mon ordonnance. Romatet n'a pas répondu.

Il a dû partir en permission arrivé au Plessis. Peut-être mon ordonnance aura-t-il pu reprendre les affaires à temps à la gare, car il a dû recevoir une lettre de moi lui recommandant de ne rien expédier (chose que j'avais demandée quelques jours avant au capitaine de Brem).

 

Il est probable que ces affaires n'arriveront pas avant mon départ et je vais être forcé d'acheter une cantine et quelques petites choses pour attendre le gros. Ce qui aura de plus difficile, sera de trouver un harnachement d'occasion à louer en attendant, j'ai écrit hier à Janin.

 

C'est la guigne, est bien amende de complaisance de la part de ce phénomène qu’était mon capitaine.

L'officier de 48 ans du septième chasseur dont je vous parlais l'autre jour vient de partir brusquement pour Salonique dans l'infanterie comme chef de section dans les mitrailleuses. On a demandé des officiers dans les dépôts de cavalerie et comme il était le premier à partir par son tour, il a été désigné.

Il était marié et c'était engagé pour la guerre.

 

Je pense que ma mutation paraîtra lundi au mardi, au cinquième chasseur, il s'attend également à me voir.

Le dépôt m'a désigné pour suivre un cours de mitrailleuses à Vincennes le 18. J'espère bien être muté avant !

Vu sur le supplément du Petit Journal du 10 paru aujourd'hui le portrait de papa avec une courte notice. C'est plus ressemblant que le Pays de France.

 

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10 décembre 1916

Cercle militaire d'Alençon.

Bien reçu votre lettre. Je vois que vous étiez en bonne société à l'enterrement.

Rien de neuf au sujet de mon départ. Je sais que le cinquième chasseur au front a demandé deux officiers, dont moi (le commandant de Costa a été prévenu par le colonel qu'une demande était faite).

Je pense que la demande du septième Dragon aboutira, et voir les mutations à l'Officiel demain ou après-demain.

 

La situation extérieure n'est en effet pas brillante, pas plus que la politique.

Je ne crois pas que papa puisse subir le contrecoup du départ de Joffre, car on n'a rien à lui reprocher.

Je vous envoie ci-joint un article du vrai « Journal de Genève » édité en Suisse, est toujours bien renseigné.

Les changements annoncés paraîtront peut-être demain. On parle de donner quelque chose à Lanzerac qui commandait à Charleroi.

Toujours le même temps à « crachin » ici. Ce n'est pas gai. Pas vu le commandant de Loste depuis mon retour.

Je vais être obligé d'acheter un certain nombre de choses avant de partir si je ne reçois pas mes affaires.

Avec de la chance elles peuvent arriver en huit jours par grande vitesse où j'aurais toujours quatre jours, du jour je serais prévenu, avant mon départ.

Tout cela va faire des dépenses ! Je serai demain une lettre de mon ordonnance me disant la façon exacte dont ses colis ont été expédiés.

Par guigne, Romatet est en permission et n'aura ma lettre qu'à son retour au centre d'aviation !

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

11 décembre 1916

Cercle militaire d'Alençon.

Ma chère Odette.

Rien sur l'Officiel, ce matin pour moi.

Reçu le mot de Romatet, enchanté de sa nouvelle vie. Il n'a pas reçu ma lettre de Paris. Ils me demandent si j'ai reçu mes bagages partis le même jour que les siens. Il ne les a pas encore.

À la gare, on m'a dit que les bagages devaient être envoyés avec ordre de transport, c'est-à-dire gratuit. Cela peut mettre un jour. C'est gai.

J'avais demandé à Romatet de les envoyer grande vitesse, il est probable qu’il n’a pas pu.

 

Toujours le même sale temps ici.

Le colonel Cochin vient nous inspecter vendredi.

Vu dans le dernier « Monde Illustré » une photo de papa avec le duc De Connaught. C'était reproduction de la photo que vous aviez l'autre jour.

L'officier dont je vous parlais, est lieutenant, et c'est lui qui connaissait le jeune De Maillé.

Je tacherai de venir 24 heures à Paris avant mon départ. Quand j'aurai trois ou quatre jours devant moi, vous dire au revoir.

D'ici je partirai directement sur Noisy-le-Sec avec chevaux et ordonnances.

Impossible de trouver un harnachement d'occasion. Si je n'en trouve pas à louer, je me servirais d'une selle de troupes en attendant d'avoir reçu la mienne.

Si je partais brusquement pour Paris, je vous télégraphierais.

Reçu une lettre de Fanjanet me demandant de mes nouvelles et me félicitant de ma bravoure !

Qu'est-ce qui lui prend ?

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

12 décembre 1916

Cercle militaire d'Alençon.

Ma chère mère.

Bien reçu votre lettre d'hier.

Rien à l'Officiel d'aujourd'hui.

Ce qu'il y aurait d'ennuyeux à passer comme mitrailleur au cinquième chasseur serait, qu'on me forcerait à suivre un cours avant de partir, ce qui n'était pas du reste dans les idées du colonel Parlange.

Je pense que la mutation au 7e dragon ne va pas tarder. Je ne sais si j'aurais mes affaires avant de partir. Mon imbécile d'ordonnance ne me précise pas si les a envoyées, grande vitesse.

C'est probable, c'est venu au titre transport militaire cela peut mettre jusqu'à 15 jours. Enfin, il n'y a qu'à attendre.

J'ai trouvé une cantine, et un vague harnachement anglais arrangé pour servir de harnachement d'armes à louer.

D'ici je ferais envoyer mes affaires en grande vitesse à une adresse civile.

 

Mon ancienne division est partie au repos. Mon capitaine m'a écrit une lettre aimable (la première depuis mon départ pour Verdun) me disant qu'il me réservait mes chevaux et ordonnance.

 

Je tacherai de venir 24 heures à Paris vous voir et que je serais fixé sur ma mutation. D'ici je voyagerai ensuite les chevaux et ordonnance que doit me fournir le dépôt.

Il est arrivé un officier du XVIIIe chasseur, De Lisle de Dreneux (promotion de Dullin), vous avez dû le connaître à Lunéville, qui vient un escadron dissous de l’armée de papa. Il y tarde de filer à lui aussi ; d'ailleurs, sa mutation était au front et non au dépôt.

Il y a un micmac insensé dans tout cela. Il paraît que V. (que vous avez connu à Lunéville et bluffeur formidable).

 

Aux revues les hommes s'amusent à faire des dessins avec du feuillage, ou de l'eau, représentant cette phrase-

« Qui est, qui nous conduit, jusqu’au Rhin »

« C’est le Général V. »

« c'est inouï !!! Et il prend ça pour de l'argent comptant. »

« Il neige cette nuit Dégel. »

« Il est à peu près sûr que le nouveau gouvernement ne changera rien de plus aux embusqués. Ray est solide au poste, et a de l'argent !!

 

Aujourd'hui je me rase copieusement

 

Robert passe au 7e Dragons le 20 décembre.

Il y demeura peu sur sa demande ; dès le 24 janvier 1917, il rentrait au 8e Chasseurs et était nommé le 22 mars adjoint au Commandant du 2e Groupe.

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

Dimanche 17 décembre 1916.

Ma chère Odette.

Me voici arrivé des pluies hier après-midi avec une pluie battante ! Mon régiment est presque tout entier aux tranchées en ce moment. Les autres officiers ont des cours ou sont en permission ce qui fait que j'ai eu très peu de monde.

Le lieutenant-colonel Limbourg commande le régiment. Il est en ce moment aux tranchées. Vu le commandant Balaÿ seul chef d'escadron du régiment, et le Général Zeude.

Je ne saurai que demain l'escadron où je ne compte guère, il y a deux places. Je serai avec le capitaine Dummesnil ou le capitaine Touroutte.

Cantonnements très médiocres et tout le régiment est éparpillé. En plus, les escadrons passent leur temps depuis leur arrivée à changer de cantonnement et ils sont furieux !

 

J'espère recevoir aujourd'hui mon d'ordonnance et chevaux partis avant-hier.

Les officiers sont plutôt âgés par rapport à moi. Personne de ma promotion ou de celles d'après moi.

Vous écrirai plus longuement demain quand je serais fixé sur mon nouvel escadron.

N'oubliez pas à la ‘salopette’ à envoyer par la poste si possible afin que je l'aie avant de partir aux tranchées dans une quinzaine.

Bonne chose, la victoire de Verdun

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

Lundi soir, 20 décembre 1916

Ma chère Odette.

Me voici installer dans mon nouveau cantonnement depuis ce matin, je n'ai d'ailleurs jamais été aussi mal-logé moi et mon peloton depuis, le début de la guerre. À cette distance du front.

Je vais partager une modeste chambre avec Massena qui revient demain.

Il fait froid et l'on est dans la boue.

La brigade légère est au contraire très bien cantonnée.

Dans mon régiment nous sommes à 12 km les uns des autres.

Je compte aller suivre un cours dans une semaine environ, est allé aux tranchées au début de l'année prochaine.

Je voudrais bien recevoir d'ici là mes cantines.

Pas vu de figure de connaissance. Il fait froid pour se balader pour son plaisir et j'ai hérité d'un peloton qui est une foire, et qu'il faut que je remette en mains. Tout cela n'a rien d'agréable et je n'ai pas de veine depuis la blessure.

Je regrette que vous n'ayez rien trouvé de propre comme cote et salopette. Si vous vouliez quelque chose à la Belle Jardinière, pensez à moi.

À Sibeaumont vous pouvez m'envoyer des affaires d'hiver (sauf passe-montagne)

 

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Lettre de Robert à sa sœur, Odette

 

Jeudi 21 décembre 1916

Ma chère Odette.

Rien de vous, hier. Après deux journées très froides, le temps s'est radouci aujourd'hui et il tombe de l'eau.

Je m'ennuie ici comme un rat mort, j'ai un peloton tout ce qu'il y a de plus mal tenu, hommes et chevaux, et personne en ce moment, le régiment étant aux tranchées.

C'est un régiment auquel je ne resterai pas après la guerre, car il n'y a pas de la camaraderie entre les escadrons et genres assez poseurs, je crois.

Déjeuné hier avec un camarade de promo au 10e chasseur qui fait brigade avec le 11e chasseur. Il m'a dit également que le septième Dragon était un régiment bizarre.

 

Je vais suivre un cours ces jours-ci et cela me changera un peu les idées, j'en ai un peu besoin.

Mon ancien régiment est dans le pays, mais assez loin de moi.

Que devenez-vous ? as-tu vu le banquier ?!.

Aucune nouvelle de Roger. Peut-être est-il passé dans l'aviation.

 

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Extrait du Journal du 7e Dragons. On y note l’arrivée de Robert MAZEL après sa blessure

 

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Lettre de Robert à sa mère, Élisabeth

23 décembre 1916.

Ma chère mère.

Je vous écris à Paris ne sachant si vous êtes à Sibeaumont où l'on voit également une carte.

Je suis au premier escadron, capitaine Dumény qui a fait son cours comme cuirassier, je crois l'année d'avant Wattel, prêche froid très chic et très aimable, les autres officiers, Mallet sortant de Saumur, lieutenant en premier brave garçon pas très gai, Massena et de Soubeyran (neveu du Général Brécard). C'est un escadron où les camarades sont gentils, mais pas très drôles !

 

On réorganise encore cette pauvre cavalerie et on supprime un officier par escadron. C'est de Soubeyran qui est désigné. Il a d'ailleurs demandé à passer dans les (tanks), l'artillerie et Massena dans les tanks.

Je vais demain sur un cours de lieutenant d'infanterie.

J'espère que ce sera intéressant.

 

Il fait un temps épouvantable et cela augmente encore la tristesse de ce cantonnement.

Si vous pouvez venir à La Ferté-sous-Jouarre le 31, prévenez-moi, car je pourrais y aller.

J'ai reçu mon ordonnance et mes chevaux, et cela m'a fait bien plaisir de retrouver cette brave (illisible) et d'avoir des nouvelles de mes anciens cavaliers.

V.. a comme officier d'ordonnance son gendre, officier de réserve. Il est dans les parages je n'ai pas encore vu mon colonel, car il est resté une relève de plus aux tranchées.

Pas de nouvelles de mes affaires, j'ai écrit à Bar (*) au chef de gare pour lui demander si elles n'y étaient pas en panne !

Romatet n'a pas encore les siennes et il a vu embarquer le tout le quatre.

 

(*) : Bar-le-Duc

 

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Suite, vers 1917

 

Vers les lettres de 1917 de son père, le Général Olivier MAZEL

 

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Je désire contacter le propriétaire

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