Carnet de campagne de Louis MICHEL-VILLAZ
de la 296ème section TM (transport
matériel) du 14ème escadron du train des équipages militaires
Publication :
Août 2025
Mise
à jour : Décembre 2025

Louis
Michel-Villaz en 1914
Jean-Pierre nous dit :
« Je vous ai
transmis 2 carnets de guerre de mes grands-parents : André
LESTY qui fera la guerre en tant que canonnier et Louis Michel-VILLAZ qui
fera la guerre dans les transports notamment le transport de matériels pour
alimenter le front. Voilà donc celui de Louis.
Il y a quelques
fautes d'orthographes que je vous laisserai le soin de corriger. Il peut y
avoir aussi quelques erreurs sur les noms pas toujours très lisibles.
Je souhaite par ailleurs être informé des
personnes qui vous feront part
d'un retour éventuel sur ces 2 mémoires ou qui souhaiteraient utiliser les
photos personnelles.
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Introduction
Louis Michel-Villaz est né le 23 juillet 1883 à St-Barthélémy-de-Beaurepaire (Isère) dans la ferme de ses grands-parents maternels les Frandon située chemin du Pouloux.
Après 4 années d’études à l’école Vaucanson à Grenoble, il entre en 1903 dans l’entreprise de son père, concessionnaire de la distribution électrique à Beaurepaire dont il fut l’un des pionniers de l’éclairage électrique en France, en éclairant la commune de Beaurepaire dès 1883, officiellement en 1886.
Service militaire ajourné en 1904 il est déclaré ‘’bon‘’ en 1905, et est affecté le 10 octobre 1915 au 99ème régiment d’infanterie où il déclare être ‘’ingénieur-électricien’’.
Il est finalement réformé pour bronchite chronique et imminence de tuberculisation 4 jours plus tard
Entre temps, Louis s’est marié en 1904 avec Blanche Robin. De ce mariage naîtront 3 enfants Germaine le 2 décembre 1906, Henry le 6 avril 1910 et Renée en 1914 précisément le 27 mai.
Dès la déclaration de guerre à l’Allemagne par la France le 3 août 1914, Louis décide de s’engager comme volontaire. Il est convoqué à Lyon pour son recrutement et affecté au 14ème train des équipages, section automobile. Il appartient à la 296ème section TM (transport matériel) qui fait partie de la 2eme armée.
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Remerciements
Merci à Jean-Pierre pour le carnet.
Merci à Philippe S. pour les
corrections éventuelles et certaines recherches.
Nous avons ajouté, Jean-Pierre, Didier
et Philippe) du texte en bleu pour la
compréhension de certains termes et pour aller « plus loin » dans l’analyse du
récit.
Pour une meilleure lecture, j’ai
volontairement ajouté des chapitres, sinon le reste est exactement conforme à
l’original.
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Je suis engagé volontaire au 14ème escadron du train. J’espère que m’être engagé un 13 et un vendredi, cela me portera bonheur.
(*) : Sa fiche matriculaire stipule que son engagement le 14
novembre 1914.
Cantonné à Montplaisir à Lyon dans une école des filles. La vie est monotone et ennuyeuse. Enfin, au bout de huit jours, j’ai trouvé un filon. Je dresse des bleus à conduire des camions et à transporter différents matériels de guerre. Ce travail m’intéresse étant donné qu’il a un but utile. Il est question de m’envoyer comme ingénieur à la réception des camions. Je n’y tiens pas et veux partir (au front).
Louis à son épouse - Lyon le 30 novembre 1914
« Ma chère
petite Blanche
Je ne puis m’empêcher
de te passer deux petits mots. Je suis arrivé de corvée à 10h 1/2 ce matin mais
j’ai trouvé la cage vide de mon petit Amour, et ce soir que je t’écris à 10h
après avoir fait ma comédie pour sortir, je la trouve encore plus vide. Enfin
je vais m’endormir en pensant à toi petite sotte ; fais en de même si tu m’aime
un peu.
Avez-vous fait bon
retour avec Riri (*). On n’a pas encore enlevé son petit lit et je me figure qu’il y est.
Enfin à bientôt ; j’espère que nous aurons encore le plaisir de nous revoir
quoique l’on ne sache jamais ce qui vous attend le lendemain. Adieu ma Chérie,
sois sage et aime moi comme je t’aime.
Ton Louis qui
t’embrasse bien fort »
(*) : Appellation de son fils Henry.
Enfin, on m’apprend à midi que je fais partie d’un convoi, convoi Sylvain. On me transporte au cantonnement Garibaldi.
15 décembre Nous partons demain en convoi de camions pour le front.
Direction présumée ; Dunkerque. Je suis au complet ; j’ai acheté tout ce qu’il faut.
Nous partons de Lyon à 7 heures du matin en convoi Berliet : direction Dijon. Il fait un temps relativement beau pour l’époque.
Nous allons sans arrêt jusqu’à Crêches-sur-Saône, en Saône-et-Loire où nous avons fait une halte de 1h pour déjeuner. Ensuite nous sommes allés coucher à Sermay-le-Grand. Accueil charmant de tout le monde. Je suis logé chez un vieux docteur qui m’a renvoyé à l’hôtel avec mon 2ème conducteur M. Rebellet de Lyon que j’avais dépanné une fois à Beaurepaire et amené à Lyon.
Le hasard nous a mis ensemble pour toute la campagne.
Nous repartons de Sermay et allons déjeuner à Nuits-sous- Ravières où il y a eu une grande bataille en 1870 ; déjeuné à l’hôtel. Nous continuons sur Dijon où nous arrivons à 2 heures et demie.
Demain nous avons repos au quartier des camions.
Louis à son épouse Blanche - Dijon le 17 décembre 1914
« Mon cher
petit Blanc-Blanc
Nous venons
d’arriver à Dijon en bon port avec un convoi de camions Berliet neufs. Tu as dû
recevoir mes lettres et cartes précédentes. Je vais te donner quelques détails
sur mon départ.
Nous nous sommes mis
en route de Lyon mercredi matin à 7 heures par un temps relativement beau pour
l’époque ; nous sommes allés sans arrêt jusqu’à Crêches
en Saône-et-Loire où nous avons eu une petite halte de 1 heure pour déjeuner.
Ensuite nous sommes allés coucher à Sermay-le-Grand. J’étais logé chez un vieux
docteur qui m’a renvoyé à l’hôtel avec mon 2ème conducteur M. Rebellet de Lyon dont tu te rappelles
puisqu’il était en panne à Beaurepaire et que je devais aller à Lyon le soir
même avec lui. Le hasard nous a mis ensemble.
Moi, je suis 1er
conducteur et lui 2ème ; c’est un charmant garçon très débrouillard et bon
camarade. Nous sommes ensemble pour toute la campagne. Nous sommes repartis ce
matin de Sermay et sommes allés déjeuner à Nuits-sous-Ravières où il y a eu une
grande bataille en 1870 ; nous sommes encore allés déjeuner à l’hôtel et
ensuite nous sommes repartis sur Dijon où nous y sommes depuis 2 heures et
demie mais libre seulement depuis 3 heures ; j’en profite pour t’écrire ces
deux mots.
Demain nous avons
repos au quartier, vérification des camions et ensuite samedi matin, nous
allons partir sur Versailles et de là dans le Nord, Amiens, Dunkerque, etc.
Voici ma nouvelle adresse :
Mon nom, 14e escadron du train;
élément de convois G P A R Dijon, Côte d’Or. Tes lettres me suivent
toujours où je serai quand elles pourront m’attraper.
J’ai vu M. Bordaz à Lyon ; je lui ai dit que
c’était entendu pour la lampe à 1f50 mais qu’on ne les reprendrait pas une fois
usagée. Ma mère qui s’est trouvé de venir à Lyon comme je te l’avais dit, m’a
encore oublié tout ce qui me manquait ; pour le moment, je n’ai besoin de rien.
Ici, il fait un peu
plus froid. Ecris moi souvent avec des enveloppes à mon en tête de manière que
si elles ne me parvenaient pas, elles te feraient toujours retour.
Soit bien gentille
et j’espère quand je reviendrai un jour, trouver ma petite Blanche d’autrefois
; c’est tout ce que je demande, le bonheur que j’éprouverai me fera tout
oublier ? Adieu ma petite Chérie ; embrasse bien Manon et Riri
pour moi et à toi, toutes mes caresses.
Louis »

23 mars 1915, Villers-Bretonneux
- Louis à gauche, devant son camion
Nous restons à Dijon toute la journée ; notre convoi est à moitié disloqué ; 16 des nôtres restent à Dijon ainsi que notre chef M. Sylvain.
Nous passons sous les ordres du lieutenant Morras et devons partir demain pour Amiens.
En effet, nous partons le lendemain destination : Amiens ; notre 1ère étape sera Bar-sur-Seine ; nous démarrons à 8h.
Après 26 km, halte au Val Suzon, petite gorge bien pittoresque où nous déjeunons. Nous en repartons à 11h1/2 pour Bar ; nous traversons une région vallonnée et triste qui sépare les deux bassins de la Loire et du Rhône. Nous trouvons la Seine à (illisible). Nous la longeons jusqu’à Bar où elle devient plus importante.
Couchons à Bar-sur-Seine à l’hôtel.
Carte de Louis à ses enfants - Val-Suzon le 19 décembre 1914
« Votre Papa
vous embrasse tous les deux de tout cœur, soyez bien sages car mon petit doigt me dit tout ce que vous faîtes.
Mille caresses.
Louis »
Carte de Louis à son épouse - Val Suzon le 19 décembre 1914
« Ma petite
Chérie
Nous sommes de halte
dans ce charmant petit pays qui rappelle par son pittoresque le Dauphiné. Nous
avons eu un temps horrible mais malgré cela tout va bien. Voici notre
itinéraire : ce soir nous couchons à Bar-sur-Seine ; ensuite nous faisons tous
les champs de bataille de la Marne, Signy, Épernay,
Meaux ensuite Villers-Cotterêts, Amiens. De tout cœur, je t’embrasse.
Louis »
Départ de Bar-sur-Seine à 8h après mille misères pour démarrer le camion par suite du terrain détrempé. La pluie nous prend tout le long jusqu’à Troyes ; grande halte de 1 heure pour un déjeuner préparé par l’ordinaire.
Le temps s’est un peu élevé sur le midi. Nous repartons pour Montmirail à 12h1/2.
Nous traversons la Seine à (illisible) et l’Aube à Anglure ; traversons la petite ville de L. et ensuite rentrons dans le champ de bataille d’Esternay ; tout le long de la route, des tranchées, des tombes, des moissons incendiées ; c’est triste ; encore paraît-il, cela n’est rien, les Prussiens n’y sont pas assez restés ; l’énergique contre-attaque des Français ne leur a pas laissé le temps de commettre tous leurs méfaits.
Nous couchons à Montmirail.
Là également, les Allemands n’ont pas eu le temps de commettre du mal toutefois, ils ont fusillé une jeune fille qui n’a pas voulu se soumettre à leurs orgies.
Louis à son épouse - Montmirail le 20 décembre 1914

Lettre écrite sur l’en-tête de l’hôtel du Grand Condé, Martin
Clément Montmirail (Marne).
« Mon cher Petit
Nous venons
d’arriver à Montmirail de nuit sans lanternes dans des chemins affreux Depuis
Sermay, nous sommes en plein dans le champ de bataille de la Marne. Nous avons
traversé Esternay qui a moitié brûlé et partout on voit des tombes avec une
petite croix dessus.7A Montmirail, les Prussiens sont restés cinq jours et
n’ont pas eu le temps de commettre beaucoup de dégâts. Nous avions déjeuné
aujourd’hui à Troyes. Tu as du recevoir les cartes que je t’ai envoyées des
différents pays.
Demain nous allons à
Compiègne et après demain mardi, nous coucherons à Amiens. Tout va bien jusqu’à
présent ; mon camion va très bien et ne me crée pas d’embêtements.
Le temps est très
pluvieux et les chemins ont une boue grasse où on se met en bel état mais à la
guerre comme à la guerre, tant pis. Le temps me dure d’entendre un peu péter
les canons et d’aller au feu. Je pense qu’après demain, je serai satisfait ;
nous devons faire l’approvisionnement de la ligne Roye-Albert et Longwy.
Voici comment il
faudra m’adresser mes lettres : Michel-Villaz
Louis T. M. 296. Dijon
Je les recevrai
quand je pourrai ; en tous cas écris-moi 2 fois par semaine régulièrement en me
donnant des nouvelles de tout.
Je termine ma lettre
en vous embrassant tous, de tout cœur, ton petit mari qui t’adore.
Louis »
Nous partons de Montmirail à 7h1/2 du matin pour aller à Compiègne ; grande halte pour déjeuner à Château-Thierry. Nous arrivons à Compiègne à 5h du soir après avoir longé la ligne de feu dans la forêt de Compiègne à 6 km environ.
Nous avons vu un combat d’aéroplanes à Pierrefond.
Louis à son épouse - Château-Thierry 21 décembre 1914
« Chère
Blanche,
Nous venons de faire
halte pour 1h le temps de dîner et graisser les camions. Ensuite nous filons à
Compiègne en traversant toute la forêt. Nous passons à 15 km des Boches
environs ; nous entendrons certainement le canon.
Grosses caresse à
toi et aux enfants
Louis »
Nous partons de Compiègne à 8h du matin. Nous devons arriver à 12h à Amiens mais nous n’y arriverons qu’à 5h1/2.
Nous faisons halte à La Neuville-le-Roy ; nous sommes deux voitures en retard sur le convoi.
Comme il est midi, nous allons manger au frais de notre porte-monnaie. Nous avons encore 60 km avant d’arriver à Amiens.
Nous longeons la ligne de feu de Lassigny à Roye sur 10 km. Nous entendons le canon assez distinctement.
Nous arrivons à Amiens à 5h½. Paraît-il que demain, nous devons filer sur Dunkerque. Nous couchons à Amiens. Nos camions (*) sont cantonnés place du Cirque. Une bonne dame nous offre gratuitement une chambre et un bon déjeuner le matin que Rebellet et moi nous nous empressons d’accepter.
(*) : Ce sont des Berliet CBA, des camions utilitaires de 3,5 à
5 tonnes de charge utile, fabriqués et commercialisés par le constructeur
français Berliet entre 1913 et 1932. Ils sont les poids lourds emblématiques de
l'armée française lors de la première guerre mondiale durant laquelle ils joueront
un rôle prépondérant sur la Voie Sacrée en acheminant hommes, vivres, matériel
et munitions jusqu'au front de la bataille de Verdun.
En fait de grande étape, on nous dirige sur St-Fuscien au lieu de Dunkerque. Nous resterons attachés au dépôt d’Amiens.
La section (*) que nous remplaçons, va paraît-il à Dunkerque à notre place. Nous arrivons à St-Fuscien à 10 heures. C’est à 6 km au sud d’Amiens. C’est un petit village de 200 habitants où nous sommes au moins 300 militaires. On ne trouve ni chambre, ni grange. On couche derrière les vaches. Nous ne savons pas combien de temps nous resterons. Nos camions restent garés le long de la route car ce sera, paraît-il notre point d’attache.
J’ai rencontré avant hier à Compiègne, Louis Midalin. Il se porte bien ; j’ai également trouvé Pommier de Vienne. Nous sommes ensembles mais pas dans la même section.
Nous sommes condamnés à manger la gamelle en plein air, qu’il pleuve ou qu’il neige.
(*) : Une section comprend en général 17 à 18 camions plus un
camion atelier ; il existe les sections de transport de matériel (TM) et les
sections de transport de personnel (TP), ces dernières étant souvent composées
d’autobus. Au cours de la guerre et notamment dans le courant 1915 dans
l’Artois et au cours des attaques dans la Somme, le service automobile évoluera
selon l’organisation suivante : plusieurs sections constituent un groupement,
plusieurs groupements forment une réserve qui porte le nom de l’officier qui la
commande alors que les sections sont désignées par leur numéro.
Carte de Louis à son épouse - St-Fuscien le 23 décembre 1914
Ma chère Blanche
« Au lieu de la
direction de Dunkerque, on nous a mis au repos dans ce petit pays de 200
habitants où nous sommes au moins 300 militaires. On ne trouve ni chambre, ni
granges. On couche derrière les vaches. Nous ne savons combien de temps nous
resterons. J’ai rencontré avant-hier à Compiègne Louis Midalin, il se porte bien. J’ai également trouvé Paumier de Vienne ; nous sommes
ensembles mais pas dans la même section. Nous sommes condamnés à manger la
gamelle en plein air qu’il pleuve ou qu’il neige. Bonnes caresses. »
Louis
Nous commençons à nettoyer nos camions dans la boue du pays.
Ce soir, c’est Noël, mais c’est un Noël bien triste cette année. Nous avons, histoire de passer la soirée, acheté deux oies échappées aux Boches que nous allons mettre à la broche. Ensuite, nous irons à la messe de minuit et ensuite nous coucher, cette fois-ci dans un lit, car nous avons déniché, Rebellet et moi une chambre dans un petit pays à 1 km du notre que des braves gens ont mis à notre disposition. Dans ces pays picards, l’accueil aux militaires est charmant. On se le dispute pour le loger, mais hélas, les chambres sont rares.
Quand elles sont prises, il reste la paille derrière les vaches.
Louis à son épouse - St-Fuscien le 24 décembre 1914
« Ma chère
petite Blanche
Je profite d’un
instant de libre pour t’écrire cette carte lettre. Ce soir nous allons nous
aussi faire notre noël, mais un noël bien triste sans toi. Enfin dans ce petit,
petit pays perdu, nous avons histoire de passer la soirée, acheté deux oies
échappées aux Boches que nous allons mettre à la broche. Ensuite nous irons à
la messe de minuit et ensuite nous coucher, cette fois dans un lit car nous
avons déniché, Rebellet et moi,
une chambre dans un petit pays à 1 km du nôtre, que des braves gens ont mis
gratuitement à notre disposition. Dans ces pays picards, l’accueil aux
militaires est charmant ; on se les dispute pour les loger, mais hélas les
chambres sont rares. Quand elles sont prises il reste la paille derrière les
vaches.
Nous avons organisé
notre camion chiquement ; nous avons mis une glace en mica devant, deux rideaux
par côté et deux portes comme à une torpédo. Derrière, nous avons un espace de
0,40m dans le fond ; nous en avons fait un placard où nous mettons nos
cantines, sacs, vêtements etc. et sur le côté un coffre où nous mettons notre
épicerie, boite de sardines etc. que j’avais apporté de Lyon. Enfin, nous nous
sommes, Rebellet et moi, assez
bien installés pour braver les intempéries et protéger nos affaires contre les
chapardeurs.
Nous entendons toute
la journée le canon dans la direction d’Albert-Roye. Aujourd’hui surtout cela
n’a pas cessé ; cela a dû chauffer dur. Nous nous sommes toujours au repos ;
nous vérifions nos camions pour prendre campagne, nous ne savons quand.
As-tu reçu mes
cartes ? Je t’en ai envoyé de partout où je suis passé et toi, m’as-tu écrit ?
Ecris moi à Dijon à l’adresse que je t’ai indiqué ; je te la renouvelle de
crainte que tu ne l’ai reçu :
Michel-Villaz - Section auto T. M 296e
Dijon.
Je vous embrasse
tous bien fort et passez un bon réveillon. Ton Loulou qui t’adore.
Louis »

Louis (à
gauche) et son ami Rebellet

Louis au centre
devant son camion à St Fuscien
A gauche Rebellet, un inconnu, Louis
MICHEL-VILLAZ et Porazi
Nous astiquons nos camions ; le temps reste pluvieux. Le cantonnement est dans la boue.
Louis à son épouse - Le 25 décembre 1914
« Ma chère
petite Blanche
Deux mots seulement
: n’oublie pas de faire vider le radiateur de la voiture Berliet car si le
froid est aussi vif à Beaurepaire qu’ici, cela pourrait abîmer la voiture.
Nous avons passé
Noël et aujourd’hui en qualité de fête, nous avons lavé nos camions et à mesure
l’eau gelait ; enfin nous sommes prêts à partir en cas d’alerte. Ne
t’ennuies-tu pas trop toute seule ? Et les enfants, comment vont-ils ainsi que
tes parents ? J’ai envoyé une carte à tante Louise. A demain, ton petit Loulou.
Louis »
Le temps s’est subitement refroidi ; nous nous occupons toujours à nos camions.
Je suis chargé de remorquer à Amiens un camion en panne.
Nous partons à 10h et sommes de retour à 1h.
___________________________
Louis à son épouse - St-Fuscien le 27 décembre 1914
« Ma chère
petite Blanche, chers enfants, chers parents
En deux mots
seulement je viens souhaiter à tous, bonne et heureuse année, bonne santé avec
l’espoir que bientôt cette maudite guerre sera bien
finie et que nous serons tous réunis.
Je n’ai toujours
point reçu de vos nouvelles ; je sais que c’est long à nous arriver car on ne
sait jamais où nous prendre. Nous sommes toujours ici au repos en attendant une
alerte. Le temps est très mauvais ; il fait bien froid, mais je le supporte
bien. Nous entendons continuellement le ronflement du canon entre Albert et
Roye où tous les jours on se bat dur.
A l’année prochaine,
ma petite Chérie et vous tous et espérons qu’elle soit plus heureuse que celle
qui va se terminer. Mille baisers à tous.
Louis »
Nous profitons des loisirs que nous avons pour aménager notre camion, pour notre confort personnel. Nous installons une glace en mica devant, deux rideaux sur les côtés et deux portes comme à une torpédo. Derrière, il reste 40 cm au fond. Nous en avons fait un placard où nous mettons nos cantines, nos sacs et vêtements… et sur le côté, un coffre où nous plaçons notre épicerie, boites de sardines…
Enfin nous nous sommes, Rebellet et moi, assez bien installés pour braver les intempéries et protéger nos affaires contre les chapardeurs.
Toute la journée le canon tonne dans la direction d’Albert et Roye. Aujourd’hui surtout, cela n’a pas cessé ; ça doit chauffer dur. L’après-midi, nous vérifions la mécanique du camion. Puis nous descendons tous à Amiens au Parc (militaire) pour passer la revue ; nous revenons à la nuit.
Nous préparons nos camions et faisons le plein d’essence. Nous devons partir demain faire des transports de troupes.
L’après-midi nous sommes de repos. Nous en profitons pour nous faire raser; hélas dans ce petit pays, quel coiffeur ! Un véritable écorcheur. Il est vrai qu’on est en guerre !
Nous partons à 3 heures du matin direction Albert avec 200 camions autobus et divers…Nous allons prendre le 1er colonial pour le transporter à Mortemer.
Le matin tempête affreuse, pluie, vent et surtout pas de lanternes. C’est à perdre la vue pour conduire. Nous repartons des environs d’Albert avec les 1800 hommes restant du 1er colonial sur 3000 ; pauvres diables ! Nous sommes des princes à côté d’eux.
Enfin, nous les débarquons à la nuit à Mortemer par un temps affreux.
Au moment de partir, je fais mon plein d’essence ; hélas, il y avait autant d’eau que d’essence dans les bidons. Résultat ; panne complète. Le convoi me laisse tour seul. Je tube mon réservoir et remets de la nouvelle essence et enfin repars tout seul à travers la nuit sans phares et sans lanternes.
Enfin j’abats mes 50 km et arrive à minuit à St Fuscien. Je n’ai rien mangé depuis la veille. Aussi j’ai trouvé mon lit avec un immense plaisir. Nous avons fait au total plus de 168 km et 19 heures de volant.
Je ne sais plus quel jour on est ; je confonds les jours les uns pour les autres. Aujourd’hui, nous avons vu 3 aéros qui évoluaient au-dessus d’Amiens. C’étaient des français qui surveillaient les taubes.
Nous avons encore astiqué nos camions. Quelle idiotie ! Un quart d’heure après le nettoyage, ils sont aussi sales qu’avant. L’Etat ne sait pas comment nous faire dépenser de l’argent ! On dirait que le pétrole ne lui coûte rien.
L’après-midi, le lieutenant m’avertit qu’il me faudra quitter ma chambre à Petit Cagny sous prétexte qu’elle est trop loin de nos camions et qu’en cas d’alerte de nuit, nous ne pourrions être exact (au rendez-vous). Nous étions bien chez nos Belges. Nous voilà encore à la paille en attendant de trouver une autre chambre à St-Fuscien ce qui est très difficile car elles sont toutes occupées.
Pour le dernier jour de l’année, nous avons un temps affreux ; il pleut à verse et le cantonnement est dans la boue. C’est pire qu’un marécage ; aussi on a toute la journée les pieds.
Comme pour terminer l’année, la pluie recommence. Nous sommes libres toute la journée à la condition de ne pas s’écarter de St-Fuscien.
En l’honneur du 1er jour de l’année, notre menu est un peu plus soigné. En sus de l’éternelle gamelle, nous avons un demi-litre de vin, une orange, quatre noix, six châtaignes deux paquets de tabac, une bouteille de champagne à 4 et un cigare.
A part cela, la journée se passe aussi monotone que les autres jours.
Ecrit à Blanche n°1
On nous apprend qu’un régiment d’infanterie, le 151e RI va venir au repos à St-Fuscien et qu’il faut laisser nos chambres pour les officiers. Nous allons donc nous coucher ce soir avec la perspective demain de coucher à la paille.
Le 151e de ligne fait son entrée à St-Fuscien mais heureusement n’y laisse qu’un bataillon et nous, nous gardons nos chambres. J’en profite pour changer de chambre.
Nous quittons, Rebellet et moi, notre chambre de Petit-Cagny pour en prendre une à St-Fuscien même, chez M. Vasseur. Nous y sommes admirablement bien et à 100 m de nos camions.
Nous questionnons les soldats du 151e de ligne. Ils arrivent directement des tranchées près d’Ypres. Ils ont enlevé un fortin allemand et comme récompense, on les envoie au repos. Ils font pitié ces malheureux à voir dans quel état ils sont ; tout sales, tout mouillés. Par-dessus le marché, ils n’ont rien mangé depuis deux jours, c’est à dire depuis qu’on les a relevés des tranchées et embarqués dans le train, débarqués à Amiens et amenés à St-Fuscien en une seule étape. Le plus fort, c’est qu’on n’a rien à leur donner.
J’en fais déjeuner quatre avec moi et le soir, j’en fais souper huit. Ce sont presque tous des jeunes gens de la classe 1914. Cela fait plaisir de les voir manger. Il y a longtemps qu’ils n’avaient pas mangé de la soupe et bu du vin.
Le matin, au risque de me faire attraper, j’ai pris mon camion et j’ai conduit sans permission une douzaine de pauvres diables qui ne pouvaient plus marcher, car ils avaient les pieds gelés, à Estrées-sur-Noye, village à 10 km de St-Fuscien où ils doivent cantonner.
Tout s’est bien passé ; personne ne m’a vu. M’aurait-on pris, j’aurais fait la punition avec plaisir car cela faisait trop pitié à voir ces pauvres diables ne pouvant pas marcher alors que 200 camions étaient là à ne rien faire.
Notre lieutenant M. Morras nous apprend qu’il va nous quitter. Nous sommes tous navrés ; il était charmant et connaissait très bien son affaire. Au nom de tous mes camarades, je lui demande de vouloir bien faire son possible de ne pas nous quitter ou tout au moins, de tous nous emmener avec lui.
Hélas, rien à faire. Les ordres sont les ordres, mais attendons le contre ordre, cela arrive souvent.
Nous faisons encore dîner avec nous trois militaires du 151e. C’est ridicule, ils n’ont toujours pas touché de vivre et se serrent toujours la ceinture. Oh Administrâââ…tion, quand cesseras-tu de fonctionner pour que tout marche bien ?
Comme il fait mauvais temps, nous avons l’autorisation de rester dans nos cantonnements. J’en profite pour terminer mes notes et emballer du tabac anglais que les camarades du 151e m’ont donné pour l’envoyer à mon beau-père (Antoine Frandon).
Ecris à Blanche n° 2.
Nous sommes avisés que demain nous partons à 4 h ; je ne sais pas où pour faire un transport de troupes. L’après-midi, dernier coup d’œil à nos camions et attendons demain.
Nous partons à 5h du matin toute la section. Nous allons à Montdidier prendre le 21e RI de ligne qui revient des tranchées de Bouvernay et nous le conduisons à Villers-Bocage.
Nous sommes de retour à St-Fuscien à 5h.
Astiquage des camions. Reçu des nouvelles de Blanche et de ma mère ; écris à Blanche n°3 et à ma mère.
Rien de particulier ; inaction complète.
Le lieutenant me charge de lui faire un croquis pour mettre des glaces et des bâches aux camions pour protéger les conducteurs.
Rien de particulier ; j’étudie l’aménagement des camions en partant de ce que j’ai fait sur le mien.
Le soir, nous allons à la chasse aux petits oiseaux et aux lapins à la lanterne.
Je confectionne des pare-brise aux camions. Départ du 151e de ligne pour l’Est. Les aviateurs français ont démoli un taube sur deux qui venaient pour lancer des bombes sur Amiens.
Reçu une lettre de Blanche datée du 6 ainsi que de ma mère du 7 et du 8. Je leur réponds par ce même courrier n°4 ainsi qu’à tante Louise.
Reçu de Blanche sa lettre du 10 adressée à M. Vasseur Leroy ; elles arriveront plus vite ainsi qu’adressée à Dijon (lieu de regroupement des courriers militaires).
Après un dur travail, nous venons de terminer la pose des parebrises sur les camions. Ecris à Blanche n°5.
Ecris à Emile lettre de condoléances.
Ecris à ma mère.
Ce matin, je suis désigné pour la corvée de vivre. Je vais à Boves, canton à côté de St-Fuscien. Nous sommes partis à 7h et revenus à 10 h et demi.
L’après-midi, il y a un orage en provenance du Sud-ouest épouvantable.
Ecris à Blanche n° 7.
Repos toute la journée ; j’ai reçu une lettre de Maman et 100 f ainsi qu’une lettre de Blanche. Ecris à Blanche n°8 et à ma mère n°3.
Nous avons installé deux portes de côté à notre camion. Il est de plus en plus question que nous allons quitter St-Fuscien pour l’Est.
Ecris à Blanche n°9.
Sommes toujours dans l’attente d’un départ ou d’une sortie qui ne vient pas souvent.
Ecris et répondu à Blanche n°10.
On nous a lu au rapport qu’ils étaient désormais, interdit d’indiquer l’endroit où nous serons.
Répondu à Blanche n°11 et à ma mère.
Atteint d’un peu de dysenterie, je suis allé voir le major. Il m’a donné du …..(illisible) et une pilule d’opium. Mauvais temps continuel.
Ecris à Blanche n°12.
On nous prévient de tout tenir prêt en vue d’un départ éventuel dont l’ordre peut arriver d’un moment à l’autre.
Nous nous attendons toujours à partir. Sommes sur le qui-vive. Un taube est venu lancer une bombe sur l’état- major de Castelnau à Cagny mais elle n’a pas éclatée. Cela doit chauffer dur à Albert et à Lassigny ; le canon ne cesse de tonner.
Ecris à ma mère n°5.
Nous partons à 5 heures du matin pour Vauchelle-les-Authies avec tout le groupe pour ramener au repos le 18e de ligne à Talmas sur la route d’Amiens à Doullens.
Le temps est brumeux toute la journée. Nous y allons par Doullens et revenons par le même chemin.
Reçu une lettre de Blanche arrivée par la poste militaire.
Ecris à Blanche n° 13.
Nous partons à 5 heures du matin toujours pour Vauchelles-les-Authies pour prendre le restant du 18e de ligne et le mener au repos à Talmas. Nous sommes de retour à 3h de l’après-midi. Nous nous préparons pour demain où nous repartons pour trois jours.
Ecris à Blanche n°14.
Nous partons à 9h1/2, tout le groupe du capitaine Dufour. Nous allons coucher à Auxi-le-Château, près d’Arras. Nous y arrivons vers 3h de l’après-midi et nous sommes libres à 4 h.
Avec Rebellet, nous nous mettons en quête d’une chambre que nous trouvons chez un brave cordonnier. Nous lui payons à souper ainsi qu’à son neveu.
Le lendemain 28, nous partons à 9h environ emmenant avec nous le 8e cuirassier de Douai qui servait comme fantassin dans les tranchées jusqu’à ce jour. Nous les conduisons à Ansvilliers au sud-est de Breteuil dans l’Oise. Nous y arrivons à 2h1/2.
Après avoir débarqué tout ce monde, nous revenons à St-Fuscien à 6 heures du soir. Joli temps mais vent du nord très froid ; nous avons fait 220 km environ.
En arrivant je trouve une lettre de Blanche ; je lui répondrai demain si j’ai un moment. Réflexion faite j’écris à Blanche n°15.
Nous préparons nos camions en vue d’un départ pour demain. Nous entendons une violente canonnade toute la journée du côté d’Albert, Roye et Lassigny.
Ecris à Blanche n°16 et à maman.
Le lieutenant me charge de faire des graisseurs pour les chaînes des camions et de régler encore l’éclairage électrique de sa voiture qui se détraque toujours. Je me mets tout de suite à l’ouvrage.
Voilà le premier mois de l’année fini. Combien encore allons-nous en passer ainsi ? Enfin, j’espère que les beaux jours nous amèneront d’agréables surprises.
Reçu lettre de Blanche envoyée par Paris, une de ma mère et une de tante Louise.
J’écris à Genin et à Gaillard.
Louis à son fils Henry - St-Fuscien le 31 janvier 1915
« Mon petit Riri
A toi mon petit doigt
m’a dit que tu étais gentil aussi je t’envoie la plus jolie vue du pays. C’est
le château de l’Evêque d’Amiens. C’est là où logent les officiers.
Aujourd’hui, il fait
bien mauvais temps ; il tombe de la neige et la bise souffle bien fort. Il
ferait bon autour d’un bon feu. Continue à être gentil et si je puis en prendre
un, je t’enverrais, puis un casque d’ « Amant », ton petit père qui t’aime
bien.
Louis »

Extrait du
carnet de Louis Michel-Villaz
J’ai réparé définitivement l’éclairage électrique de la voiture du lieutenant.
Le soir, avec lui, nous l’avons essayé sur la route de Breteuil. Envoyé une carte à Riri, et à Germaine (ses 2 enfants), ma mère, oncle Ferdinand et Pascal.
Mauvais temps ; la température s’est radoucie et la pluie est revenue ; l’après-midi, j’envoie une carte à Manon et Henry.
Aujourd’hui c’est une vraie journée de printemps. Le soleil vient un peu nous donner de baume dans le cœur et de gaîté mais je crois que cela ne durera guère.
Mon lieutenant me charge de faire un essai de graissage des chaînes de camion. Je me suis occupé toute la journée après ce petit travail.

St-Fuscien 2
février 1915 hameau pittoresque
Carte de Louis à son fils Henry - Le 3 février 1915
« Mon petit
garçon chéri,
Nous avons retrouvé
aujourd’hui un peu de soleil du Midi ; il fait chaud et on se croirait au printemps
mais je crois que cela ne va pas durer longtemps. Es-tu toujours gentil ? Je
pense que quand je vais revenir, tu vas savoir lire et écrire. Le canon que tu
vois est un gros canon de la Marine pour couler les bateaux des Am… .
Si demain le marchand
de cartes passe, j’en achèterai encore quelques-unes que je t’enverrai si mon
petit doigt me dit que tu es sage. Ton petit père qui t’embrasse. »
Louis
Le temps continue à être beau.
Demain nous devons faire une sortie du côté de Breteuil, Roye et Lassigny pour transporter des troupes au front. L’après-midi, je suis désigné pour aller aux bains. Ce n’est pas malheureux qu’on puisse se nettoyer un peu. Je profite d’être à Amiens pour acheter en vitesse une pipe au Papa (Frandon, son beau-père) que je lui fais suivre le soir même par pli recommandé.
J’écris une carte à Germaine, Henri, à ma mère et à tante Louise.
Carte de Louis à son fils Henry - Le 4 février 1915
« Mon petit Riri
A toi aussi je
t’envoie une jolie carte ; tu diras à petite Mère que j’ai reçu
sa lettre du 1er février. Un gros baiser, ton petit Père. »
Louis
Nous partons à 7 heures du matin prendre à Wavignies (Oise) en passant par Breteuil, les Dragons que nous avions ramenés d’Auxi-le-Château en repos dans cette région. Nous les conduisons à Mortemer en passant par Cuvilly
De là, ils doivent rejoindre les tranchées aux environ de Lassigny. Nous revenons par Montdidier où il paraît que quelques heures avant notre passage, deux taubes allemands ont jeté deux bombes sur la ville qui n’ont fait aucun mal si ce n’est de réveiller un soldat.
De retour à St-Fuscien à 5 heures du soir. Nous avons eu toute la journée un temps superbe.
Envoyé une carte à Manon, Riri et à ma mère.
Reçu la n°13 de Blanche mais point la n°17 ; peut-être la recevrais-je demain. Je lui réponds deux mots ce soir seulement car j’ai le noir, la gorge serrée et pas du tout l’envie d’écrire.
Notre lieutenant Morras nous présente son successeur, le sous-lieutenant Perraud qui prend le commandement de la section demain dimanche.
Le lieutenant Morras nous a quitté aujourd’hui. Le sous-lieutenant Perraud a pris le commandement de la section. Il a l’air d’un homme très posé et très carré. Je crois que nous n’aurons pas perdu au change.
Je me suis promené tout seul cet après-midi. J’ai trouvé des petites clochettes. J’en ai fait un bouquet pour Blanche avec quelques plantes qu’elle pourra replanter. (Lettre n°18)
La journée s’est passée triste et monotone. C’est dans ces moments que l’on désire les siens surtout quand on voit les autres que leur femme et enfants viennent voir. Ils ont la chance d’être plus près (de leur famille) ; tant mieux pour eux.
Aujourd’hui, grand astiquage des camions ; drôle de guerre quand même car nous avons revue dans 5 ou 6 jours par le commandant Ballut. On a le temps de les salir trois ou quatre fois avant, mais il est vrai qu’au régiment, le temps, l’essence et le pétrole ne coûtent pas chers !
En tous cas à 4 heures, nous avons revue par notre nouveau lieutenant. Demain il y aura revue des effets. Enfin nous rentrons dans une période (agitée) ce qui signifie à mon avis que sous peu, nous allons marcher ferme. Tant mieux ; qu’on en finisse avec ces oiseaux-là. A vrai dire, si la guerre était aussi monotone que cela, il y aurait de quoi devenir antimilitaire.
Ecris à Blanche n°19 et à ma mère.
Aujourd’hui notre sous-lieutenant nous passe en revue d’armes et revue d’effets. Nous effectuons aussi des mouvements d’armes divers en prévision d’une revue du commandant Ballut.
Mauvais temps, pluies diluviennes.
Aujourd’hui est arrivé tout un état-major de division, revenant de Noret qui va rester deux jours à St-Fuscien. Ce n’est pas dit que ce soir, je couche dans mon lit. Il faudra peut-être céder la place à un officier.
Enfin tout se passe bien pour aujourd’hui ; j’y couche encore ce soir.
Nous allons au bois faire des gabions et des claies pour nous sortir des pattes de tout cet état-major.
Nous arrivons du bois plus tôt que je ne pensais ; j’ai donc le temps d’écrire une lettre plus longue à ma petite femme chérie.
Louis à son fils Henry - Le 11 février 1915
« Mon cher Riri
Je t’envoie des petits
nègres aujourd’hui. Je pense que tu as reçu mes autres cartes et que tu restes
toujours bien sage. Ton petit père chéri. »
Louis
Hier au soir à 9 heures, nous sommes avisés que nous partons demain matin pour reprendre les dragons et cuirassiers que nous avions menés aux tranchées, il y a juste huit jours. Nous les prenons à Orvillers-Sorel au-dessus de Cuvilly et les menons à Wavignies dans l’Oise. Nous rentrons à St-Fuscien à 6 heures.
En route, j’ai eu une panne à la courroie de mon ventilateur.
Temps nuageux et froid ; journée très fatigante. Nous devons repartir demain.

Dessin par L
M-V de son parcours du 12 février 1915
Carte de Louis à son épouse - Le 12 février 1915,6h du soir
« Chère petite
Blanche,
Nous arrivons à
l’instant d’une grande course. Demain nous repartons sans doute. Je te passe
juste cette carte pour te faire voir que je pense à toi. Si demain j’ai le
temps, je t’écrirai une grande lettre.
Une grosse caresse
de ton Louis. »
En fait de sortie, il y a astiquage à nouveau des camions en prévision de la revue puisque nous les avons salis hier.
Aujourd’hui, je suis de planton au téléphone pour 24 heures. J’en profite pour écrire à mon Loulou ; je n’ai rien reçu de lui, petite sotte, elle m’oublie !
Terminé ma garde au téléphone à 10 heures.
L’après-midi, revue d’effets. Ecris à Blanche.
J’ai obtenu la permission d’aller à Amiens avec Rebellet pour y faire diverses emplettes. Nous y avons déjeuné ; revenus au cantonnement à 5 heures du soir.
Aujourd’hui grand branle-bas. La fameuse revue doit se faire à une heure et demi. Toute la matinée re-fignolage de l’astiquage des camions.
Et à 2 heures, après avoir poireauté une heure et demi au mauvais temps, M. le commandant s’amène et s’en va satisfait. Je pense que nous aurons un peu la paix pour quelques jours.
Poursuite de la construction de gabions et de claies toute la journée
J’ai reçu une lettre d’Albert Vaillard (parc aviation à Epinal) et une de M. Genin. J’attendais une lettre de Blanche mais je n’ai rien reçu ; la petite sotte, elle m’oublie ; pourtant elle me l’avait bien promise. Ce sera pour demain, j’espère
Ecris à Blanche
Fabrication de gabions et de claies toute la journée ; reçu de Blanche un mandat de 200 F et sa lettre.
Continuation de la fabrication de nos gabions et de nos claies.
Belle journée ; reçu une lettre de Blanche ; je lui réponds et lui fais porter la lettre par Mme Rebellet.
Même travail.
Nous restons auprès de nos camions pour installer les outils sur la porte du coffre.
Reçu une carte de Marcel Davin.
De garde au téléphone 24h à partir de 10h ce matin ; écris à Blanche et à ma mère.
Je devais aller porter des gabions au front à Neuville-les-Bray sur la Somme prés de Bray, mais au dernier moment, j’ai une soupape qui colle et je reste pour la réparer.
Le soir, Guillermier nous a payé à souper chez Creil à Petit-Cagny.
Je poursuis le réglage de mes soupapes ; tempête de neige.
Envoi carte à Henry
adressée ; Villa Robin, avenue de la gare, Beaurepaire.
« Mon petit Riri (*),
Petite Mère me dit que tu es malade ; fais bien attention de ne pas prendre froid
et de ne pas désobéir à Petite Mère si elle te défend d’aller dehors. Ton Petit
Père qui souhaite que tu sois vite guéri et qui t’embrasse bien fort. »
(*) : Appellation de son fils Henry qui va fêter ses 5 ans
Nous faisons encore des gabions toute la journée.
Aujourd’hui, on vaccine une partie de la section contre la typhoïde et on nous distribue nos fusils mousquetons Lebel avec 100 cartouches par cartouchière.
Le matin je suis allé à Boves en corvée vivre. J’ai rencontré Chabrié et Eydam.
A midi, nous sommes allés dîner à Petit-Cagny avec Rebellet, Renault et Guillionnier.

7 mars
1915 : On sort de manger la pintade et les gaufres
J’ai ramassé un bon rhume. Je me fais porter malade.
Mes camarades pendant ce temps-là, font un transport d’avoine du côté d’Albert.
Nous effectuons un transport de troupes prises à Villers-Bretonneux près d’Acheux-en-Amiénois.

En attendant l’arrivée des troupes - Villers-Bretonneux - mars 1915

13 mars
1915 : Embarquement du 117e de ligne : Villers-Bretonneux

13 mars 1915 :
Débarquement de la 117 près du ..

13 mars 1915 :
Débarquement du 117
Le lieutenant Pascal m’avertit qu’il me fera porter élève-officier.
Nous partons à 6 h du matin pour Amiens où nous chargeons 22 camions d’avoine que nous transportons direction d’Albert à Franvillers. Retour à St-Fuscien à midi.
L’après-midi, je vais aux bains à Amiens.
Nettoyage complet des camions.
Nous sommes prévenus que le commandant Ballut doit venir voir les élèves-officiers. On l’attendait mais sa visite est renvoyée.
Nous partons à 4 heures du matin, 5 camions de ma section avec le 289e. Nous allons à la gare de Mondicourt à l’est de Doullens, charger des rondins de sapin. Par suite du manque de rondins, pour compléter le chargement, la section, 4 camions y compris le mien, sommes allés charger à Grincourt-les-Pas à 3 km à l’est de Mondicourt.
Une fois chargé, nous partons directement transporter ce matériel à Foncquevillers, à 3 km avant le village. Nos camions y vont un par un étant donné que la route est balayée par le feu de l’artillerie allemande sur un parcours à découvert de 8 kilomètres environ. Cette précaution est prise afin que la poussière soulevée par un convoi, n’attire pas leur attention. Nous y arrivons sans encombre et en repartons de même.
J’assiste aux tirs sur des aéros français par les Allemands que ceux-ci bombardent royalement sans toutefois les atteindre mais les aéros français prennent plaisir à les narguer.
Enfin, tout s’est bien passé. J’ai eu le plaisir de prendre quelques photos du village dévasté par les obus entre autre l’église, le cimetière etc….

Église de
Foncquevillers bombardée le 4 février 1915 (Collection privée)

L’église vue de
l’extérieur

Ce qui reste de
Foncquevillers le 21 mars 1915 à 500 m des lignes allemandes
De retour au cantonnement à 10 h du soir.
En arrivant, je trouve une lettre de Blanche. Je n’ai pas pu lui écrire.
Ce matin, à 6 heures nous repartons pour le même travail mais nous prenons des rondins de bois destinés aux tranchées aux bois à Villers-Bretonneux. Nous passons par Corbie (Somme) et filons sur Suzanne après avoir fait halte pour déjeuner à La Neuville-les-Bray où nous laissons une partie de notre chargement.
Onze camions, dont le mien, filons sur Suzanne. Je vois avec plaisir nos rimailho faire du bon travail. Les Allemands ont bien tiré quelques obus sur le pays sans trop y faire du mal sauf l’église naturellement.
Nous débarquons notre bois dans la cours du château de Suzanne. Au moment où nous repartons, Messieurs les Allemands nous souhaitent bon retour avec une volée de coups de canons qui tombent dans la Somme à 300 mètres de nous sans nous faire aucun mal.
Nous sommes de retour à St-Fuscien à 4 heures. Trouvé une lettre de Blanche et de maman.

Suzanne le 22
mars 1915
Rien de particulier ; répondu à Blanche et à ma mère.
Relevé les planches ridelles pour le lieutenant.
Nous partons à 6 heures du matin pour Allonville au nord d’Amiens, 5 camions pour prendre des rondins de bois et les transporter à Ribemont-sur-Ancre avant Albert.
Nous sommes de retour au cantonnement à midi.
Le matin, nous sommes partis toute la section mener de l’avoine à Franvillers sur la route d’Amiens à Albert. Un taube a survolé un moment notre convoi puis a disparu à l’apparition des aéros français.
Planton au téléphone jusqu’à demain matin 10h.
Rien reçu de Blanche aujourd’hui.
Je suis de planton au téléphone jusqu’à 10 heures.
Un taube est venu vers les 8 heures rendre visite à Amiens et ses environs.
Reçu de Blanche deux lettres ; je lui réponds deux mots ce même jour et je lui envoie différentes photos.
Nous transportons de l’avoine à Franvillers. Au moment où nous déchargions, le général de Castelnau s’arrête et donne quelques ordres au chef de convoi.
Ecris à Blanche.
Repos aujourd’hui. Un taube a survolé St-Fuscien vers les 8 heures du matin.
Rien reçu de Blanche. Je lui écris une lettre.
Marie Michel-Villaz à son fils Louis - Beaurepaire le 29 mars 1915
Mon cher Louis
Je reçois
aujourd’hui 29 mars ta lettre du 26 n° 24. Je suis étonné que tu n’aies pas
reçu les miennes où je te disais peu de choses. De crainte que tu ne les aies
reçues, je vais te le répéter aussi longuement et explicite que je peux.
J’ai vu M. Joubert samedi 20 courant ; j’avais
l’intention d’y aller seule mais j’ai trouvé plus convenable de prendre Pierre.
J’avais donc porté deux pintades, une que j’ai laissé aux Puteaux et l’autre
que j’ai porté comme prétexte de ne pas aller à l’usine Berliet. En outre, il
n’est pas facile de le voir. Nous l’avons donc trouvé au moment où il arrivait dîner (5 rue d’Algérie). Je lui ai demandé où en était ton
affaire. Il m’a dit que le nécessaire avait été fait pour toi et un autre dont
je n’ai pas compris le nom.
Mais que Monsieur …
dont je ne me souviens plus du nom, était chargé de vous recommander tous deux
au C. B. (commandant Ballut) Mais qu’il n’avait pu avoir l’autorisation
d’aller sur le front. Dès qu’il l’aurait, il ferait le nécessaire (cet homme
devait avoir affaire avec le C B. et devait probablement être de l’usine
Berliet).
Tout cela je n’ai
pas osé le demander. Alors j’ai précisé que tu devais être présenté par tes
chefs incessamment et qu’il ne fallait pas que ta recommandation arrive après
le choix fait par le commandant.
Dans ces conditions,
il m’a dit qu’il allait t’écrire ou faire écrire de suite le soir même au
commandant. J’ai été reçue très poliment ou plutôt nous avons été reçus puisque
Pierre était avec moi. Voilà donc mon pauvre Louis le plus intéressant de notre
conversation et que je t’explique pour la 3ème fois, mais hélas les noms
m’échappent, surtout ne connaissant pas les individus.
La famille Point doit venir passer les derniers
jours de la semaine avant Pâques c’est à dire peut-être mercredi, jeudi,
vendredi et samedi de cette semaine. Je vais faire tous les trains du soir à 5h
½ qui arrivent de Lyon. Je ferai celle de porter une lettre ou attendre
quelqu’un.
Je désire ardemment
que rien de fâcheux ne t’arrive et que bientôt tu reviennes voir ta petite
famille. Ici, voilà deux jours que la pluie est revenue et même pas trop
chaude. Aussi nous aimerions toujours mieux un temps sec et froid mais que
faire ? Prendre le temps et les gens comme ils sont.
Je t’ai dit que
Joseph Frandon, est parti
directement pour Belfort depuis le 20 et la tante n’a encore rien reçu. Joseph Ponçin est aussi parti de tes côtés ;
il travaille aux routes. Marius Chosson
est à Grenoble ; il compte partir d’un jour à l’autre. Aucun ne restera, tous
en goûteront sauf ton beau voisin Pra
qui est encore là à blaguer des autres. Il est de l’auxiliaire ; pourtant
beaucoup sont partis. Si tu pouvais t’y faire mettre dans l’auxiliaire, ne
serais-tu pas plus en sécurité ?
Nous allons tous
bien, pas sans travail ; Frédéric est toujours au fond de la Drôme. Et toi
supporteras-tu bien toutes ces fatigues ? Et ne prendras-tu pas quelques
mauvaises bronchites ? Demande-moi ce que tu peux avoir besoin ; je t’enverrai
ce que je pourrai. Je te remercie de tes photos ; cela me fait bien plaisir.
Auguste Revol est au 5e colonial
à Lyon ce que viennent de me dire les Verrier
qui sont allés hier dimanche à Marcilloles.
En attendant de tes
nouvelles le plus souvent possible, je t’embrasse de tout cœur.
Marie M V
J’irai voir Mme Rebellet la 1e fois que j’irai à Lyon ;
je ne l ‘ai pas revu depuis son retour d’Amiens. »
Le matin, je vais en corvée à Boves avec Rebellet, par le lieutenant du groupe et celui de la section.
J’ai vu Chabrit, Jaud et Eydam. J’ai assisté à un combat entre un taube et un aéro français. Le taube a eu le dessous et a été abattu.
Reçu une lettre de Blanche ; je lui réponds.
Reçu une lettre de maman et une de Blanche. Répondu à Blanche.
Lecture au rapport de ne plus stationner dans les rues nos camions quand un taube ou un zeppelin survole le cantonnement. Nous avons encore eu ce matin la visite de ces vilains oiseaux.
Marie Michel-Villaz à son fils - Beaurepaire le 1er avril 1915
« Mon cher
Louis
J’ai vu hier à la
gare la famille Point, seul
Pierre manquait. J’ai demandé à Henri ; il m’a dit qu’il ne savait rien de
nouveau. Mais que M. Imbert étant
un homme sérieux, le nécessaire avait dû être fait. Je tâcherai d’aller à Lyon
sur la fin de la semaine de Pâques, soit le samedi ou le dimanche ; je me
paierai de toupet et j’irai le voir chez lui pour savoir s’il y a du neuf. Je
n’ose pas trop insister ; plutôt prendre patience et attendre les évènements.
Dis-moi, je te prie
si une brioche ou une pogne te ferait plaisir ; je te l’enverrai avec un
saucisson.
Réponds moi et écris
je te prie le plus souvent possible. Rien de nouveau à t’apprendre ; nous allons
tous bien et souhaite de tout cœur que tu sois de même. Je t’enverrai de suite
un mot si j’apprends du nouveau mais n’y compte pas sans que j’aille à Lyon.
En attendant de tes
nouvelles, patience et courage. Reçois la meilleure affection de ta
mère. »
Marie M-V
En fait de vendredi saint, nous partons à 5 heures du matin destination Villers-Bretonneux pour y prendre le 101e de ligne qui était au repos et le conduire à Montdidier par Moreuil. Nous sommes de retour à St-Fuscien à 3 heures de l’après-midi. Comme repas froid, nous avions 3 œufs durs, une boite de singe à deux, un petit suisse et un litre de vin.
Aux environs de Montdidier, nous avons vu le ballon observateur ressemblant à un zeppelin qui se trouvait à (illisible) que nous avons traversé au nord de Montdidier.
Trouvé en arrivant deux lettres de Blanche, l’une du 30 n°30 et l’autre du 31 mars, n°31.
Dans l’une se trouve une lettre de Thibaudin de Tyard revenu d’Oran que Blanche m’avez envoyé en communication. Je réponds à M. Thibaudin ce jour même.
Ecris à Maman n°26.

Itinéraire du 2
avril 1915

Casse-croûte à
Montdidier 2 avril 1915
Le matin, je suis allé à Amiens en corvée de vivre. J’en ai profité pour faire quelques emplettes pour moi : képi, bretelles…
Rien reçu de Blanche ; reçu lettre de maman du 1er avril n°23 ; répondu à maman n° 27
Pâques ; en l’honneur de Pâques, pas d’appel aujourd’hui. Repas plus soigné qu’à l’ordinaire. Nous le touchons cru et le préparons nous-mêmes. Renault s’en charge.
Je vais à la messe de 13 heures et demi en attendant que le déjeuner soit prêt. Je n’y suis pas depuis 5 minutes qu’un camarade vient me prévenir qu’il y a ordre de départ pour 11 heures.
Je sors en vitesse ; à peine ai-je le temps de toucher à notre excellent dîner dont pour souvenir, j’inscris le menu : hors d’œuvre saucisson-beurre, saumon sauce mayonnaise, beefsteack aux pommes, dessert varié, le tout offert par l’ordinaire.
Enfin, bref je me précipite au camion avec 10 minutes de retard. Abattage du lieutenant.
Nous partons où ? Je n’en sais rien tant que le camion peut en mettre. Nous arrivons après 2h10 de course folle à Cappy après Bray, à 1500 mètres des Boches.
Là, nous chargeons 300 sacs de blé barbotés aux Boches. Nous profitons du jour de Pâques où les Allemands ne bombardent pas Cappy pour les transporter à l’arrière. Nous les menons en gare de Villers-Bretonneux. Là nous nous appuyons le déchargement : drôle de dimanche de Pâques ! Enfin nous arrivons à St-Fuscien à 7 heures du soir complètement vannées, perclus.
Rien reçu de Blanche.
Sept camions seulement de la section marchent aujourd’hui, le reste dont je fais partie, attend les ordres.
Marie Michel-Villaz à son fils
Beaurepaire le 5
avril 1915
« Mon cher
Louis
Je reçois
aujourd’hui ton N° 26 du 2 avril. Je viens de suite te dire que tu devrais un
peu mieux me renseigner pour ton cache poussière ; Comment le veux-tu ? Blanc,
bis, marron, etc., en quelle étoffe : toile ordinaire ou caoutchoutée ? Et la
pointure de ta taille ; est-ce pour mettre sur la capote ou sur ta veste
fourrée ou sur la veste ordinaire. Pour ta pointure, si tu ne l’as pas, je
mesurerai ta peau de bique.
Pour ton affaire,
puisque c’est ton idée, pourquoi ne ferais-tu pas ta demande sans rien savoir
puisque tu m’as promis de faire le nécessaire auprès de qui de droit ? Je le
crois assez sérieux et de bonne foi et que tout a dû être fait. Peut-être
n’a-t-il pas de réponse ? Enfin à mon 1er voyage, dès que j’aurai la réponse à
cette lettre, j’irai à Lyon et ferais tout le nécessaire (cache poussière
etc.).
Crois-tu que je dois
porter une nouvelle volaille ? Je pense que cela ne les fâche pas ; pourtant
lorsque l’on ne les connaît pas, on est incertain.
Nous avons eu la
pluie tous ces jours-ci mais aujourd’hui il fait bien beau. Germaine et Henri
sont là qui s’amusent de bon cœur et heureusement ne pensent guerre à la
guerre. Il y en a assez qui y pensent pour eux. Maintenant les conseils que je
te donne, sont pour calmer ton impatience car je vois que tu languis. Mais je
ne voudrais pas que mes moindres conseils agissent sur ta destinée ; j’en aurais
trop de regret. D’ailleurs vous n’en aurez pas besoin, fais pour le mieux ; je
t’ai dit ce que je croyais utile. Dans l’attente de ta réponse aussitôt que
possible, je t’embrasse affectueusement.
Marie .M-V
Dis-nous aussi si tu
veux une pogne, je te l’enverrai. Tâche moyen (*)
de te conserver en bonne santé, nous le souhaitons tous de tout cœur.
Est-ce à Mme Jeanne Levasseur-Leroy ou à Mme Vasseur-Leroy à que je dois écrire ? Excuse mon
barbouillage, mes deux petits lutins en sont la cause. »
(*) : Expression populaire signifie fais en sorte.
Germaine à son père
« Mon cher Papa
Nous sommes en
vacances pour 13 jours. On recommencera vendredi prochain. Je suis à la gare
avec Henri ; nous nous amusons bien. Tes deux petits gosses qui t’aiment et pensent
à toi et qui t’embrassent de tout leur petit cœur attendant que tu nous
reviennes. »
Germaine

5 avril 1915 Un
bon repas. Louis tout à gauche
Aujourd’hui notre lieutenant nous passe en revue d’armes et nous fait photographier. Passage d’une section d’infirmiers à St-Fuscien : un peu plus et ma chambre allait être prise.
Marie Michel-Villaz à son fils
Beaurepaire le 6
avril 1915
« Mon cher
Louis,
Je reçois ta lettre
du 3 avril n°27; j’ai répondu hier à ta lettre n°26. Je viens de nouveau te
dire que dès que j’aurai du nouveau, je t’informerai. J’irai à Lyon dimanche ;
j’irai chez M. Imbert si je pense
le voir ce jour-là, s’il est chez lui ; et s’il n’y est pas, je le verrai
lundi. S’il y a quelque chose de bon et de nouveau, j’enverrai une dépêche à
Mme Vasseur-Leroy bureau etc… que
je signerai Frandon. Préviens-là,
je pense que ma dépêche sera acceptée par la poste ; si elle ne l’est pas,
comme d’habitude je t’écrirai.
Ne t’impatiente pas,
ne te décourage pas, tu es peut-être mieux comme tu es que tu ne le serais. Tu
as plus de peine mais aussi moins de responsabilité et que ce changement que tu
désires, ne te fasse pas partir trop loin. Je fais ce que tu me demandes ; ce
serait gentil d’être officier, mais ne le regretterons nous pas ?
Supporte tout mais
tâche de nous revenir avec la peau. Tes chaussettes en coton ne doivent pas
bien te presser puisqu’il fait si froid là-haut. Ici, il ne fait que pleuvoir
et avec cela, il ne fait pas chaud.
Aujourd’hui nous
avons eu une retournée de brise avec une pluie froide qui a duré toute la
matinée. Je n’ai plus que Germaine ; Riri est rentré
chez vous (*) hier soir.
Je ne pourrai pas
avoir la réponse à cette lettre et à celle d’hier avant dimanche. Donc réponds
moi deux mots pour ton cache poussière chez Mme Roux, 129 rue du 4 août Villeurbanne, comme cela je serai
sure d’être renseignée sur ce que tu veux. Frédéric est maintenant dans le
Vaucluse ; Joseph Frandon à
Belfort pas parti, content, lui qui a une oreille qui n’entend rien ; peut-être
le versera-t-on dans l’auxiliaire ou le réformeront-ils là-haut. Je t’enverrai
ton cache poussière de Lyon. Je ferai demander quelques chaussettes et je les
joindrai.
En attendant ton
retour, je t’embrasse de tout cœur. »
Marie M-V
(*) : Louis habite habituellement chez ses beaux-parents Robin, tandis que sa mère demeure dans
la maison familiale attenante à la ferme, chemin du Pouloux
à Beaurepaire.
Germaine à son père
« Mon cher
Papa
Riri est parti hier soir et moi je pense y
rester (chez sa grand-mère paternelle) toutes les vacances. J’aide un peu à
Bonne Maman et à tous. Nous avons deux petits veaux et à fin mai, 2 ou trois ;
il y aura bien du lait. Bonne Maman me dit que je les mènerai en champ ceux que
l’on ne vendra pas. Le 14 avril, il y aura aussi des petits chevreaux. Ta
petite Germaine qui t’embrasse de tout cœur.
G. Michel-Villaz »
Départ 10h½ pour Amiens où nous chargeons des créneaux pour les tranchées. Nous devons les transporter à Lihons et à Méhancourt à l’est de Rosières. Nous ne pouvons atteindre ces deux villages étant donné la canonnade des Boches qui nous en interdisent l’accès. Nous les déchargeons à Rosières-en-Santerre.
A Rosières était le 4eme génie de Grenoble. Je fais donner le bonjour par un soldat, au fils Brochet de Manthes qui se trouvait dans les tranchées en ce moment.
J’ai vu à Harbonnières où nous avons stationné une heure en attendant l’ordre d’avancer sur Rosières, le cimetière des Français. Ils étaient là, plus de mille avec leurs petites croix. J’en ai remarqué une : Badin Aimé 30ème régiment d’infanterie 15 janvier 1915 (*).
Serait-ce Badin de Beaurepaire ?
En revenant, je prends la garde du téléphone jusqu’à demain 10 heures.
(*) : Aimée Alfred Badin né à Charponnay
(Isère) le 9 janvier 1894, est mort le 13 janvier 1915 à Harbonnières dans la
Somme des suites de ses blessures sur le
front ; il était 2ème classe au 30e RI. Il avait 21 ans. Son nom est inscrit
sur le monument au mort de Charponnay.

Montdidier ; en
attendant les troupes 7 avril 1915
Je suis de planton au téléphone jusqu’à 10 heures. J’en profite pour écrire à Blanche car cet après-midi il est probable que nous sortirons.
Contre-ordre, nous ne sortirons pas aujourd’hui.
Reçu lettre de Blanche.
Nous partons le matin à 8 heures charger des rondins de bois près de Ailly-sur-Noye et les transportons à Etelfay au nord-est de Montdidier; retour à 4 heures ; mauvais temps toute la journée.
Marie Michel-Villaz à son fils - Beaurepaire le 9 avril 1915
« Mon cher
Louis,
Je réponds à ton
n°28 qui fait suite à ton n°27 reçu le 6 et répondu le même jour. Il est
vraiment regrettable que vous n’ayez pu déguster votre bon dîner ; heureusement
que tu as pu le goûter vivement ; cela t’a servi. Mais si tous les malheurs
étaient là, je ne me plaindrais pas ; tant pis pour une fois même pour deux. La
guerre est ainsi faite ; pourvu que tu nous reviennes, passons un peu sur le
reste. Il est vrai qu’un bon dîner fait plaisir mais la paix nous le ferait
bien davantage. Et si tu avais été puni ? Comme je te l’ai dit, j’irai à Lyon
dimanche ; j’irai voir Mme Rebellet.
Je ne l’ai pas vu depuis son retour de St-Fuscien. Je verrai Imbert et ferai ce que je t’ai dit ; je
télégraphierai ou si nécessaire, on t’écrirait.
Je compte trouver ta
réponse au sujet de ton pardessus (chez Mme Roux)
et des dessous qu’elle peut me faire. Germaine est toujours à la maison.
Aujourd’hui Jeanne Blanc qui est
en congé, est venue la chercher pour dîner et vient de me la ramener. Qu’elle a
été heureuse de cette escapade ; il est vrai que Jeanne est très gentille et
caresse bien Germaine.
Je te redis
l’adresse de Victor Blanc :
Compagnie 14/21 de
parc 4ème génie, 14ème corps, secteur postal 122 (comme toi à St-Fuscien) ; il
est à Marcelcave (Somme).
On vient de
m’apprendre la mort de M. Georges… .Francisque Ponçin n’est pas encore reparti ; il devait pourtant partir
hier mais je ne sais si sa blessure de la tête à tourner en abcès ou si ce
n’est un coup de froid dans l’oreille. Il est alité voilà bientôt 8 jours (M. Couturier le soigne) où il était en
convalescence. Je termine ces quelques lignes en y’embrassant de tout
cœur. »
Marie M-V
De tout son petit
cœur, Manon t’embrase et pense à toi.
Germaine
Nous repartons à 5 heures du matin charger à Amiens des planches et des liteaux de bois que nous transportons à Pas-en-Artois dans le Pas-de-Calais. Temps relativement beau.
Nous sommes de retour à 9 heures et demie du soir. La 23ème section est dissoute ; elle est remplacée par la 435ème.
Aujourd’hui astiquage complet des camions et ensuite, revue.
Ecris à Blanche à midi à St-Fuscien.
Marie Michel-Villaz à son fils - Lyon le 11 avril 1915
« Mon cher
Louis
Je viens de voir M. Imbert. La première chose qu’il m’a dite
: a-t-il réussi ? J’ai fait faire le nécessaire. J’ai dit que tu ne savais
absolument rien et que je croyais qu’il fallait de nouveau écrire. Il partait
pour l’usine. Ils travaillaient même le dimanche et il m’a dit qu’il allait
faire écrire de nouveau ce soir, par M. Perrin,
celui qui devait aller à Amiens voir le C. B. (le commandant Ballut) mais qui n’y est pas
encore allé. Je crois donc que tu pourras faire ta demande et ne pas attendre
qu’on t’appelle ; tu cours la chance d’être pris en considération si la
recommandation a été chaleureuse. Je ne pense rien de plus et n’en sais pas
davantage.
M. Imbert m’a promis de m’en informer dès
qu’il saurait quelque chose. Donc prends patience. Je ne sais qui est ce M. Perrin, mais ce doit être un bras de
Berliet puisqu’il doit aller voir le commandant Ballut.
Je ne peux faire
plus puisque nous sommes obligés d’attendre ce que ces messieurs font. A ta
place, je crois qu’il faudrait marcher en avant de suite. Maintenant, je ne
voudrais pas que mes conseils te soient nuisibles, j’en aurais trop de regrets
; fais pour le mieux et surtout pour ta santé. N’oublie pas qu’à Beaurepaire,
tes enfants ont besoin de leur père.
M. Imbert m’a aussi
demandé si je savais, s’il y en avait eu de nommés depuis. J’ai dit que je l’ignorais
mais que je savais qu’il y en avait beaucoup de proposés et que probablement,
ceux non recommandés, resteraient et que les recommandations étaient toujours
utiles.
Je suis allée cette
après-midi chez Mme Rebellet ;
elle était sortie ; j’y retournerai la voir demain matin. Ensuite j’achèterai
ton cache poussière et je rentrerai chez moi par le train de 8 heures car je
suis en lessive et il pleut tous les jours. Dans ma cave l’eau recommence à y sourcer ; les terres sont pleines d’eau et on ne peut pas
faire les pommes de terre. Vous ne devez pas avoir beau temps et je crois que
ton parapluie de chauffeur doit encore être bien de saison. Merci pour tes
photos ; cela fait toujours plaisir. En attendant le plaisir de te revoir
bientôt, reçois les meilleures caresses de ta mère.
Marie M-V
Je vais voir ce que
Mme Rebellet va me dire pour son
voyage et me décider pour ce que je ferai ; peut-être si je ne la gêne pas,
pourrais-je partir avec elle si elle n’y va pas trop tôt car il me faudrait
retourner à Beaurepaire. Que faut-il t’envoyer ou te porter qui puisse te faire
plaisir ? »
Repos. Achèvement de l’astiquage des camions.
Reçu une lettre de Maman (Celle datée du 11) et une de Blanche.
Nous partons à 5 heures du matin prendre des rondins à Ailly-au-Noye pour les transporter à Beaufort-en-Santerre, près du front au sud de Rosières.
Rien de Blanche ; je lui écris un petit mot.

Notre lieutenant nous quitte pour aller prendre le commandement d’une section du parc à Montières-les-Amiens. Il nous a quitté assez ému. Je reçois un mot de maman m’annonçant sans tambour ni trompette qu’elle arrivera demain.
Maman arrive à midi à St-Fuscienv; Mme Rebellet et son fils aussi. Par suite de l’absence du lieutenant, nous ne sortons pas.
Reçu de Maman sa lettre du 11 avril arrivée une demi-heure avant elle et une de Blanche du 12 avril.
Nous dînons tous ensemble chez Mme Maintenay.
Ce soir, nous inviterons Renault et Guillermier à souper.
Ce matin, un taube a laissé tomber sur Amiens 5 bombes qui ont fait 6 victimes et 4 blessés grièvement. Un deuxième est revenu le soir vers les 5 heures et a encore fait 7 victimes.
La moitié de la section sort ; moi je fais partie de la moitié de la section restante.
Nous dînons tous ensemble chez Mme Maintenay.
Nous partons à 6 heures pour un transport de rondins à Berny-sur-Noye au sud de St-Fuscien et les transportons à Bienvillers-au-Bois dans le Pas-de- Calais.
Rebellet était resté à St-Fuscien avec sa femme et j’ai emmené son fils avec moi. Nous sommes allés dans les tranchées françaises en face de Monchy-au-Bois où nous avons pu voir à 200 mètres environ éclater les marmites allemandes.
Retour à St-Fuscien à 6 heures du soir. Nous apprenons ce soir que nous changeons de cantonnement. Nous quittons définitivement St-Fuscien et partons demain à Herbécourt.
En arrivant je ne trouve rien de Blanche ; demain serais-je plus heureux ? Je l’espère.
Je me couche avec un mal de tête fou. J’ai écrit à Blanche pour lui dire de ne plus adresser mes lettres au S. P. (service postal).

Itinéraire du
19 avril 1915

Dans la
tranchée, nouvel uniforme d’adjudant
Nous quittons St-Fuscien à 2 h de l’après-midi et allons un peu plus au sud, à Herbécourt où nous sommes cantonnés provisoirement. Nous sommes contraints de coucher dans nos camions ne pouvant trouver de place chez l’habitant.
Rien reçu de Blanche ; laissons Maman et Mme Rebellet à St-Fuscien ; elles doivent partir demain.

Un abri au camp
de Noblette près de Chalons.
Joseph Frandon, un cousin est assis à droite
Nous organisons notre nouveau cantonnement ; reçu lettre de Blanche du 18 avril.
Nous faisons des gabions toute la journée.
Nous sommes prévenus que nous marchons demain : départ à 6 heures et demie.
Nous partons à 6h¾ à quatre camions sous la conduite du maréchal-des-logis Chopin pour prendre du bois à Cayeux-en-Santerre et les transporter à Famerville-Rainecourt où le 4e d’artillerie lourde a installé ses batteries de 120 long.
Je trouve en arrivant le soir à 6h, 2 lettres de Blanche celles du 20 et du 21 avril et une de Maman de Paris ; je lui répondrai demain

Trajet du 23 avril 1915
Rien reçu de Blanche ; je lui fais une petite lettre.
Le groupe part à 5 h du matin. Moi je reste pour aller à la visite ; le major (*) me reconnaît une bronchite. J’écris à Blanche ; reçu de Maman une carte et une lettre de Lyon du 22 avril.
(*) : médecin-major.
Rien de particulier.
Le major me reconnaît toujours fatigué. Nous couchons pour la 1ère fois dans notre nouvelle chambre.
Je vais à la visite le matin ; prend le planton au téléphone ; écris à Blanche et à Maman.
Je vais encore à la visite le matin mais je vais mieux. Demain j’ai envie de reprendre le service ; on s’embête moins.
Tous mes camarades ont marché. Le Major a voulu que je me repose.
Nous partons le matin à 6 h. Nous allons à Beaufort porter du bois pris dans les environs de St-Fuscien.
Repos toute la journée; écris à Blanche (lettre n° 70).
Le matin, je vais à Boves ; en revenant je passe par St-Fuscien.
Le soir, nous allons avec Rebellet à St-Fuscien voir l’instituteur et soupons chez madame Jeanne.
Nous partons à 5h du matin charger différents matériels à Amiens pour le transporter à Mesnil-St-Georges, à l’ouest de Montdidier. Comme nous sommes que trois camions, nous en profitons pour aller déjeuner à l’Hôtel de Montdidier. Je rencontre Thomas Ch. et causons un instant.
J’écris à Blanche et à Maman pour mettre les lettres à la gare de Montdidier. Nous rentrons à 8h.

Nous repartons à 5h du matin, avec huit camions prendre des rondins de bois dans la forêt d’Ailly pour les mener à Souastre (Pas-de-Calais), au nord-est de Pas-en-Artois.
De retour à Herbécourt vers les 5 heures ; mauvais temps en général toute la journée.

Itinéraire du 3 mai 1915
De planton au téléphone ; reçu les lettres de Maman et de Blanche.
Je reçois une lettre de Blanche et de Maman m’annonçant leur arrivée pour mercredi prochain. Notre nouveau lieutenant arrive aujourd’hui.

Louis appuyé sur son camion à droite ; 6 mai 1915 (Collection
privée)
Nous partons à 5h du matin prendre des claies et des gabions à Braches au sud de Moreuil et les menons aux Bouchoirs. En arrivant trouve une lettre de Blanche et une de Maman m’avisant de leur arrivée pour mercredi ; rencontre de Guillaumont au Quesnel ; vu Mme Chabrit à Boves.

Itinéraire du 7 mai 1915
Nous repartons à 5h du matin pour transporter des rondins de Moreuil à Beaufort. Je rencontre encore Guillaumier à Le Quesnel.

Itinéraire du 8 mai 1915
Repos toute la journée. J’avertis C. qu’il aura à prendre mercredi, Blanche et Maman à Amiens.
Présentation du nouveau lieutenant Dubois prenant le commandement de la section.
Je vais à Boves le matin chercher du vin pour en avoir à l’arrivée de Blanche et de Maman. Je vois Madame Chabrit qui était sur son départ. Laissé un mot à Gaude concernant Chabrit.
Retour à Herbecourt à 10h.
Nous sommes réveillés par la canonnade contre des Taubes. Ils sont trois paraît-il, venus lâcher des bombes sur Amiens ; Blanche et Maman partent aujourd’hui pour me voir.
Arrivée de Blanche et de Maman à midi et demi en gare d’Amiens.
J’avais obtenu une permission pour aller à leur rencontre. Nous déjeunons à l’hôtel de l’Écu d’Or. Nous faisons diverses commissions, visitons la cathédrale et filons ensuite sur Herbécourt où nous arrivons à peu près ensemble vers les 6h du soir. Nous logeons chez M. et Mlle Erny.
Blanche et Maman restent jusqu’au 20 mai.
Ce midi, on m’apprend à l’état-major, ma nomination de brigadier.
Je rentre immédiatement en fonction et pars le matin à 8h avec quatre camions prendre du bois à Braches et le conduire aux Bouchoirs-et-Beaufort-en-Sancerre. Je fais deux voyages de Beaufort à Braches.
Au deuxième voyage, je rencontre Guillaumier qui me donne une lettre pour ma femme.
De retour à Herbécourt à 2h de l’après-midi.

Itinéraire du 19 mai 1915
Nous apprenons que tous, nous devons quitter Herbécourt pour un nouveau cantonnement.
Je prends pour la 1ère fois comme brigadier la grande garde à 10h. Nous apprenons que nous quittons Herbécourt pour Blanzy-Tronville. Nous partons à 1h et demie.
En arrivant, je suis chargé du cantonnement des hommes et du poste de Police Je suis avisé que demain matin à 4h, je marche avec 10 camions.
Je passe une très mauvaise nuit ; (j’en profite pour passer un petit mot à Blanche).
Rebellet qui était parti avant avec la voiture du personnel, a trouvé un gentil logement ainsi qu’un endroit pour manger.

La 296e section T M au complet ; Louis à gauche au-dessus de la
croix
(collection privée)

Même photo partie droite
Je pars avec 10 camions comme chef de file et le maréchal-des-logis Chopin comme serre-file, prendre du bois à Authie et le transporter jusqu’à Sailly-au-Bois. Nous faisons deux voyages d’Authie à Sailly.
De retour vers 8h du soir ; tout a bien marché. Le lieutenant me félicite sur la marche du convoi - 110 km.

Itinéraire du 22 mai 1915
Ecris à Blanche et à Maman ; nous avons repos toute la journée.
Repos encore; divers travaux de propreté au cantonnement ; écris à Blanche.
Continuation par la corvée du jour : des travaux de propreté du cantonnement.
Je pars à 6h du matin avec un camion, mon ancien, charger à Boves au parc du génie, 800 pioches, 1000 fusées éclairantes que je transporte à Ribemont.

Itinéraire du 26 mai 1915
Nous partons ce soir faire un transport pour une destination inconnue.
Nous partons à 5h du soir tout le groupe et allons à Warfusée-Aboncourt à l’est de Villers-Bretonneux ; en passant par Marcelcave, on prend le 75e de ligne de Romans et le 140e de Grenoble pour les transporter pendant la nuit jusqu’à Authie.

Nous arrivons avec notre transport à 3h et demie du matin. Nous nous apprêtons à nouveau à repartir ce soir.
A 4h, nous repartons mais après quelques kilomètres de marche, un roulement à bille du changement de vitesse de mon camion m’oblige à faire demi-tour.

Reçu au courrier militaire lettre de Blanche. On démonte le changement de vitesse de mon camion.
L’après-midi, je suis désigné pour aller à Montières dans la banlieue d’Amiens pour embarquer le brigadier Gaillard et sa moto.
Impossible de trouver un instant pour écrire à Blanche.
Ecris à Blanche. Je me vois encore, toute la journée, embêté pour différentes bricoles.
Je pars le matin avec deux camions prendre à Marcelcave près de Warfusée, du matériel de guerre pour les mener à Cappy. Je rencontre à Marcelcave Marcel Baveil et Victor Blanc.
De retour de Cappy à 4h Madame Logré, Milhau était venue avec moi voir son fils ; nous avons déjeuné avec lui sur l’herbe.

Itinéraire du 31 mai 1915

Rebellet est évacué et nous quitte aujourd’hui ainsi que sa dame.
Le matin, je pars à 4h avec huit camions prendre des
rondins de bois à Blancfossé, à l’ouest de Breteuil
et au nord de Beauvais pour les transporter à Sailly-au-bois près d’Arras -

Fait diverses lettres dont une à Blanche et une à Maman.
Je vais à Amiens avec le lieutenant Dubois pour reconnaître les routes.
Nous partons à 6h du matin pour Plainville au nord-ouest de Montdidier, prendre des rondins pour les transporter à Roye.
Cinq camions étaient de trop ; le lieutenant me charge de les ramener au cantonnement.
Le matin, toute la section part.
Moi, je reste avec un camion pour aller à l’ordinaire à Amiens. Je me commande un complet kaki et me fais faire des réparations de mon lorgnon.
Je rentre trop tard pour écrire à ma chérie mais en arrivant je trouve sa lettre. Je fais une lettre à Fay de Tournon et à M. Goichot (*); je commence une lettre à ma chérie mais toutes ces lettres ne partiront que demain.
(*) : Directeur de la société des Forces motrices du Vercors qui
fournit à Louis l’électricité pour ses réseaux électriques.
Je prends la garde de 24h à 10h ; je passe la nuit au poste.
A 9h et demie, je suis avisé de partir avec un détachement de six camions prendre des munitions à Maignelay dans l’Oise au sud-ouest de Montdidier et les amener à Acheux où nos troupes progressent sérieusement.
Nous prenons 1100 prisonniers que nous voyons défiler.
Revenu à 1h du matin.

Nous repartons à 4h du matin prendre à Plainville des rondins et les mener à Ressons-sur-Mazt.

Nous partons à 5h du matin charger à Amiens des planches avec 16 camions. Je suis chef de file.
Nous les transportons à Pas-en-Artois et Bienvillers après Pommier-au-bois.
Moi, je vais à Bienvillers avec huit camions ; le reste décharge à Pas-en-Artois sous les ordres du maréchal-des-logis Durand. Nous sommes de retour à 6h du soir, retour par St-Amand, Souastre, Acheux jusqu’à Blanzy.

Nous partons à 6h du matin toute ma section prendre du bois à Brebières, plus 5 camions de la 289e. Nous chargeons ensemble à Brebières et de là, je file avec trois camions de la 289e à Mailly-Maillet.
De là, on me donne l’ordre d’aller plus en avant, à Collincamps. Nous y débarquons notre matériel vivement car les marmites commencent à pleuvoir. Nos poilus commençaient une attaque qui, je l’ai su plus tard, a été couronné de succès. Nous sommes repartis à 1h et demie ; avons cassé la croûte à Hédauville et sommes rentrés à Blanzy à 5h.
En arrivant le lieutenant m’a envoyé à Amiens pour prendre ma veste kaki.

Je pars avec 6 camions de ma section pour me joindre avec 5 de la 170e. Nous prenons du bois aux environs de Picquigny à l’ouest d’Amiens et le transportons à Bray-sur-Somme.
Retour à Blanzy à 3h10.
Nous partons à minuit prendre le 4e colonial à Revelles au sud-ouest d’Amiens et le transportons à Halloy près de Pas, dans le Pas-de-Calais. Nous rentrons à 1h de l’après-midi.
En arrivant, nous sommes avisés que nous repartons ce soir à 1h du matin.
Nous partons à 1h comme c’était prévu pour prendre à Crouy près de Picquigny le 23ème colonial que nous transportons à Authie. Nous arrivons au cantonnement à midi.
A 9 heures et demie du soir, nous sommes prévenus que nous partons encore à 1h du matin pour 3 jours pour nous tenir à la disposition du grand état-major à l’arrière. Une grande bataille s’engage à Hébuterne - Mailly-Maillet.
1h du matin au vendredi 18 juin : nous partons à 1h du matin pour Picquigny prendre encore le 21ème Colonial et le conduire au sud de Doullens.
De là, où nous arrivons à 9h du matin, nous filons entre Authie et Vauchelles où nous attendons jusqu’à vendredi matin 3 h le 75ème que nous ramenons se reformer à Bayonvillers à l’ouest de Villers-Bretonneux après les combats d’Hébuterne. Nous sommes de retour à 10h du matin à Blangy et nous nous apprêtons à repartir immédiatement.
Le 47ème d’artillerie lourde cantonne ce soir à Blangy.
Le groupe part à nouveau ; moi, je reste pour préparer mes cours.
Je ne marche pas ; je prépare mes examens d’admission à Beauvais depuis que je suis avisé que je suis présenté comme élève-officier.
Je vais à Amiens avec le lieutenant faire différentes emplettes.
En arrivant, je me remets à bûcher. (*)
(*) : Préparation de son examen pour être admis à l’école de
préparation des officiers à Beauvais.
Je suis avisé le même jour que l’adjudant Boris est seul admis à Beauvais.
Nous partons à 2h du matin prendre le 70e de ligne à Lavieville à côté d’Albert et les conduisons à Rollot.
Nous partons à 5h du matin prendre du bois à Amiens et le menons au Le Quesnel.
De retour à 5h.
Nous partons à 5h du matin prendre du bois à Amiens pour l’amener à Bray.
De retour à midi par un très mauvais temps.
Repos toute la journée.
La 5e section attachée au groupe est arrivée hier soir.
Carte de Louis à sa
grand-mère Frandon, le 3 juillet
1915
« Chère bonne
Maman
Je pense que ma
carte te trouvera toujours en bonne santé. Dans nos pays, tu serais mal
partagée pour aller tous les matins à la messe, car comme tu peux la juger par
l’échantillon que je t’envoie les églises n’existent plus. Une grosse
caresse.
Louis »
Je vais me baigner dans la Somme.
Je pars avec 10 camions prendre du bois à Molliens-au-Bois et le mener à Bray et à Suzanne.
Je repars à 5h à Picquigny avec tous les camions prendre des rondins et les conduire à Souastre.
De retour à 5h du soir ; journée fatigante, temps lourd.
Je vais prendre différentes marchandises à Amiens et les mener à Marcelcave (faux canons,…).
De retour à 11h.
Je pars avec 8 camions à Wailly au nord de Conty au sud-est d’Amiens pour prendre des rondins et les conduire au Le Quesnel ; de retour à 1h½.
Le lieutenant nous offre à tous un banquet à midi et le soir.
Molbiane est nommé maréchal-des-logis et je prends sa succession comme chef d’atelier. Il arrive ce même jour, 500 Chasseurs qui viennent cantonner également à Blangy.
Je vais le matin avec l’auto du lieutenant jusqu’à Herbécourt où est nommé Molliard. Je vois Mlle Erny (*) qui m’a remis le mouchoir de mon père qu’elle avait trouvé dans la poche du pantalon que ma mère lui avait envoyé.
(*) : Son ancienne logeuse à Herbécourt.
Nous partons 70 camions pour Occoches dans la Somme au bord de Doullens.
De là, nous chargeons des rondins que nous transportons par fraction de 8 camions à différentes destinations. Moi je pars avec 8 camions pour Souastre.
Nous dînons à Acheux et sommes de retour au cantonnement à 8h.
Nous partons à 4h du matin, moi avec 10 camions. Nous allons à Cuvillon à l’ouest d’Amiens pour prendre des rondins et les conduire à Marticourt.
De retour au cantonnement à 8h.
Resté au cantonnement pour faire exécuter différentes réparations à des camions.
Albert Renault nous quitte ; il est évacué.
A partir d’aujourd’hui, je mange à la popote des sous-officiers.
Le bruit se confirme que nous devons quitter la région et que provisoirement les permissions sont suspendues.
Je vais à Amiens ; j’achète une veste couleur bleue-horizon.
Le groupe Pascal où se trouve Brunel (de Beaurepaire) vient cantonner également à Blangy jusqu’à notre départ pour une destination inconnue.
Nous nous tenons prêt à partir à la première alerte pour changer de secteur.
Nous devons partir à 4h faire un transport de troupe de C. à Moreuil.
Les camions sont de retour à 7h du matin.
L’après-midi, je vais à Montières chercher un croisillon de canon pour le 106e.
Nous allons prendre au parc de Montières tout le matériel et approvisionnement concernant ce parc et le charger dans nos camions pour le transporter à notre nouvelle destination.
Nous partons demain.
A 6h du matin, nous démarrons de Blangy pour un départ définitif. Nous ignorons la direction.
Après avoir passé par Senlis, nous nous arrêtons à Dammartin près de Paris pour cantonner.
Je trouve moyen d’avoir un lit.
Nous repartons à 5h1/2 du matin toujours pour une destination inconnue.
Le soir, nous nous arrêtons à Esternay où nous cantonnons
Nous repartons pour Vitry-le-François.
Nous y arrivons à 2h de l’après-midi.
Le soir, Vouhé m’offre à souper chez lui et me procure un bon lit chez un de ses amis, M. Lebar, avoué.
Nous quittons Vitry-le-François à 1h de l’après-midi pour aller cantonner à 15km de là dans un petit pays, La Chaussée (-sur-Marne), sur les bords de la Marne.
Nous y arrivons de bonne heure. On a le temps d’emprunter une paillasse et deux draps pour se faire un lit plus ou moins confortable.
Nous emmenons le matériel du Parc à Sermaize dans les bâtiments de la sucrerie, les seuls qui restent dans le pays ; tout le reste ayant été incendié par les Boches.
En revenant mon camion atelier se fiche dans un fossé en voulant éviter un cheval d’artillerie. Nous le sortons assez vivement de sa position critique et en arrivant à La Chaussée-sur-Marne, le réparons.
Le 99e de Vienne vient de passage, cantonner à La Chaussée (-sur-Marne).
J’y rencontre Giroud,
Villoz, Revoire, Itier,
Blain, Dinon, Terray
et fils venus de St-Sorlin-et-Charrier.
La section va faire un transport à Suippes-sur-Sienne ; moi, je reste pour réparer le camion atelier.
Un homme se noie en se baignant dans la Marne.
On ne retrouve pas son corps.
On retire de la Marne le corps du baigneur. (*)
Le 99e nous quitte à 1h du matin.
A 8h, je vais à Vitry avec la voiture du lieutenant pour y faire placer des rideaux de côté.
(*) : Il s’agit de Pierre LEGUAY du 13ème régiment d’artillerie.
Voir sa fiche de décès. Voir sa
fiche matriculaire.
Je vais à Vitry chercher les rideaux du lieutenant et je suis de retour à midi. Je vais le soir à Songy me renseigner si je peux prendre un billet pour Paris.
Sur l’affirmative, je me prépare à venir prendre le train demain matin.
Je pars à 6h de Songy et arrive à Paris à 11h39 ; je reprends l’express de Lyon de 13h et arrive dans cette ville à 22 h15 où j’attends Blanche qui arrive de Beaurepaire à 23h35.
Nous nous retrouvons dans la gare.
En permission à Beaurepaire.
Départ et arrivée à Paris.
Le soir je suis avisé que je pars demain matin à 3h avec 3 camions au F (illisible) de Sermaize pour leur faire mettre des crochets d’attelage.
Je retourne à Sermaize à 8h du matin avec 6 camions et l’après-midi avec 3 autres.
Je retourne à Sermaize avec 3 camions. Je rencontre le lieutenant Thivolle à Pau de la 31e section.
À nouveau à Sermaize avec 3 camions.
Nous partons à 3h du matin faire un chargement à la Grande Romanie et transporter les rondins à Perthes-lès-Hurlus, à la côte 204. Nous faisons deux voyages.
Quoique près des Boches, nous n’avons pas d’incident à signaler.
Nous repartons à 2h du matin prendre à la gare de Valmy des rondins de bois et les transportons à Courtémont. Chemins affreux ; sur 20 camions, nous avons 17 embourbés.
Nous revenons assez tard.
Même mouvement que le 1er septembre ; nous faisons deux voyages.
Ce jour, nous avons à signaler le bombardement de nos
camions par les Boches. Pas de blessés heureusement quoique les obus éclatent à
Nous rentrons très tard.
A 8h du matin, je passe un examen oral devant une commission présidée par le commandant Ballut pour les admissions à Beauvais comme élève-officier.
Nous partons à 3h du matin pour prendre différents matériels en gare de Valmy et les transportons sur A en face de la ferme Beauséjour.
De retour au cantonnement à 7h du soir.
Départ à 4h du matin pour Auve, avec 22 camions, se mettrent à la disposition du génie et des chemins de fer.
La section est partie à 5h du matin pour les Hurlus.
De retour dans la nuit.
La section revient à 2h du matin sans incident.
Je suis fixé sur le résultat de l’examen d’admission à Beauvais : un seul brigadier est accepté sur 15.
Attendons le colonel pour passer la revue. Il ne vient pas.
Le matin, je vais jusqu’à Vitry-ville en corvée d’essence.
Toute la section est partie le matin à 5h.
Le matin à 7h, je vais avec les 3 derniers camions à St-Amand pour mettre les crochets d’attelage ; je suis de retour à midi.
Le matin, je suis allé à Vitry-le-François faire des emplettes. La section est partie le matin en deux groupes.
Le matin, je suis parti avec 2 camions pour Chalons, ensuite pour le parc du génie à Voilemont, Somme-Bionne, Hans et Valmy.
Jeudi 23 septembre
On nous lit la proclamation de Joffre au sujet de l’offensive. (*)
(*) : C’est la bataille de Champagne
Nous sommes en cantonnement d’alerte.
Nous partons à 5h du matin, 4 camions avec la 435ème prendre de la cheddite à Chalons, la mener à Bussy-le-Château.
Près de Bussy, nous chargeons des grenades que nous menons à Courtémont et Dommartin-sur- Hans. Nous sommes marmités par les Boches.
Nous retournons à Voilemont près de Valmy prendre des grenades et de la cheddite (explosif à base de chlorate de potassium et de sodium et de dinitrotoluène) pour les ramener à Dommartin.
Nous terminons notre mission à 5h du matin le 27 ; 24h de volant avec un temps épouvantable.
Nous arrivons à 5h du matin de notre mission très fatigués.
Toujours fatigué, je vais voir le major. Il me donne deux jours de repos.
Je ne vais toujours pas bien. Depuis samedi, nous apprenons* avec plaisir que les Boches reculent sur tout le front et particulièrement dans le secteur d’Auberive-Souain et de Ville-sur-Tourbe, laissant entre nos mains 25 000 prisonniers, 70 canons et un nombreux matériel.
Je pars à 8h avec un camion 23137 pour aller à Vitry-le-François prendre des musettes et des bidons et les conduire à Laval.
Je passe par Giry, Dommartin, Auve, Somme-Tourbe, Laval et retour par Marson. Je rentre à 7h1/2 du soir. Au magasin des Etapes, je trouve M. Réveillet de Voiron comme lieutenant.
Je pars à 7h du matin pour Villers-en-Argonne prendre des claies que je transporte à la ferme Araja au nord de Ste-Ménehould. Les chemins sont épouvantables ; mes camions font des têtes à queues continuellement, surtout de Villers-aux-Islettes.
Je trouve le soir, 3 lettres de Blanche du 7, 8 et 9 octobre. Elle m’apprend l’incendie de la maison de Sillans.
A 8h je pars pour Châlons-sur-Marne transporter des pommes de terre pour Auve.
Rentré à 8h du soir par Courtisol et Marson.

Autorisation de
prendre le repas de midi dans un restaurant
Le matin je vais à Vitry en corvée d’ordinaire. J’ai également porté chez Varhi mon fusil et mon sabre boches.
Le matin, je suis allé à Vitry-le-François.
J’ai vu Reveillet qui m’a changé ma couverture contre une plus chaude
Le matin à 8h, on accompagne avec Tessier et Fourvier, Michaud jusqu’au parc d’Aulnay où se forme le détachement d’automobilistes qui partent pour la Serbie.
Le groupe part faire un transport de troupes à 4h de Somme-Suippes à Dommartin-sur-Moires.
Ils sont de retour dans la nuit.
Le matin, avec 2 camions je vais à Somme-Yèvre prendre des rondins de bois et les mener à une batterie de 155 au-delà de Minancourt. Nous assistons au tir de cette batterie qui tire par rafale de 110 coups sans arrêt.
Sommes de retour à La Chaussée à 3h1/2
Nous partons à 11h du matin pour un transport de troupes ne devant rentrer que demain matin.
Nous rentrons de Minaucourt et Gizancourt à 10h du matin ; 24h de volant avec le mauvais temps et les embouteillages.
Le matin je vais à Vitry ; j’achète du papier à lettres et voit le major Petit du 6ème de ligne au sujet de mon entérite. Je suis de retour à midi.
Nous sommes partis le matin à 5h pour Norlieux prendre des rondins et les mener au nord-est de Laval au 60ème d’artillerie.
Nous sommes partis le matin pour un transport de troupes à Azilière au sud de Vitry, à Tilloy et Bellay.
Ne reçois rien aujourd’hui. J’envoie une carte aux enfants et une à Blanche.
Je suis triste ; tout l’état-major du groupe est rattaché en subsistance à notre section ainsi que les voitures de tourisme.
Je pars à 8h du matin pour Voilemont avec le 1069. Temps affreux, embouteillages répétés. Je prends de la marchandise au parc du génie et la mène à celui du génie de Laval. Retour à 4h du soir.
En arrivant trouve une lettre de Blanche du 8 décachetée et recachetée par la censure, puis deux du 9 de Maman Magenties.
Un an que je suis parti ; je me suis engagé ce jour-là, l’année passée. Pour combien de temps est-on encore ici ?
J’écris à Blanche une grande lettre d’affaire en réponse à ces lettres.
Écris également à Magenties au sujet des bruiteurs et au maire de Beaurepaire au sujet du remplacement des lampes municipales (*).
(*) : Louis est concessionnaire de la distribution d’électricité
de la commune de Beaurepaire sous la direction de la société des Forces
motrices du Vercors dirigée par M. Goichot.
MAGENTIES est le directeur de la compagnie continentale des compteurs
Reçu lettre de Blanche.
Reçu lettre de Blanche décachetée par la censure. (*)
J’écris à maman et à Imbert.
(*) : Les lettres des militaires doivent désormais être déposées
ouvertes dans les boîtes des vaguemestres et non plus dans les bureaux de poste
civils ; le colportage du courrier est interdit.
Reçu un petit mot de Blanche.
La neige qui avait fait son apparition depuis deux jours, tombe à gros flocons. Nous nous préparons à partir à 10h pour faire un transport de troupes de plusieurs jours. Rien reçu de Blanche.
Nous arrivons à 5h du matin de faire la relève du 156ème par le 418ème que nous avons pris au repos à Gizancourt et amené à Minaucourt.
Je pars à 4h1/2 du matin avec 4 camions prendre 4 remorques d’aviation à Chalons pour aller déménager 2 hangars d’aviation de l’escadrille d’Orbeval (*) et les transporter à Ste-Ménéhould.
Comme ce travail n’a pu être exécuté la même journée, nous recevons l’ordre de coucher sur place et de le terminer demain. Nous couchons mes hommes dans un hangar d’aéros et moi dans une cagna qu’un sous-officier met à ma disposition.
(*) : Il semblerait que cela concerne l’escadrille C51 composée
de Caudrons.
Nous continuons ce travail et le terminons à 7h1/2 du soir et rentrons à La Chaussée (-sur-Marne). Le lieutenant nous apporte notre correspondance ; je reçois lettre de Blanche du 16 et 17 novembre ainsi qu’une police d’éclairage. Je rentre trop tard pour répondre ; ce sera pour demain.
Répondu à Blanche.
Reçu lettre de Blanche et de maman. Nous apprenons aujourd’hui que nous allons quitter La Chaussée le 1er décembre pour aller cantonner à Herpont.
Je pars à 7h pour Tilloy et Bellay déménager un .. ?...
Je reviens le soir coucher à La Chaussée pour repartir demain le mener à destination au camp de Mailly
Je repars à 8h de Mailly à St-Ouen à 11h1/4 avec un … ?...
A 3h repassé par Chalons et arrivé à La Chaussée à 8h du soir.
Le matin je vais à Vitry ; je vois Revellet qui revient de permission.
En arrivant à midi je trouve une lettre de Blanche du 22 novembre ainsi qu’une lettre de M. Goichot.
Je pars en serre file avec toute la section à 5h du matin pour charger à Brome et le conduire à Laval de retour à 10h du soir.
Je repars à 4h du matin avec 5 camions pour Chalons charger des fascines et les mener à Hans ; de retour à 2h1/2 ; en arrivant je trouve 3 lettres de Blanche.
Restons au cantonnement aujourd’hui.
Notre dernier jour à La Chaussée ; demain nous partons pour Herpont.
Aujourd’hui tout le groupe est parti pour un transport de troupes. Je suis resté au cantonnement pour emballer tout le matériel. Rien reçu de Blanche ; le courrier paraît-il n’a pu partir de Paris à cause du verglas.
Nous partons de La Chaussée pour Herpont à 1h du matin.
Arrivons à Herpont notre nouveau cantonnement à 2h environ par un sale temps ; routes défoncées où nos camions s’embourbent jusqu’aux moyeux. Tant bien que mal, on s’installe Chapuis, Tessier, Fournier et moi dans le grenier de la mairie. Le cantonnement est impraticable tant il y a de boue.
Avant de partir reçu une lettre de Blanche du 27 ainsi que de Maman ; ne peux leur écrire ni à l’une ni à l’autre, j’ai trop à faire.
Nous nous installons dans notre nouveau cantonnement ; installé mon atelier.
Je pars à 6h du matin avec 2 camions d’une nouvelle section la 60 TM arrivée de Lyon en remplacement de la 170e section. Je charge à Chattin des paquets que je décharge à Laval au 20e corps
De retour à 4h du soir ; temps épouvantable, pluie diluvienne accompagnée d’un grand vent.
Le soir à 10h, j’apprends que je passe dès demain à la 152e TM groupe Pascal cantonnée à la Chaussée. Je vais donc retourner à La Chaussée.
(*) : TM : Transport matériel
Je pars à midi à La Chaussée.
Pour moi 1er jour à la 152e.
Je commence à partir de là à 5h du matin avec 4 camions. Je charge à Courtisols et transporté des planches à donner à Suippes. Je fais 2 voyages. Ce sont des prisonniers qui nous déchargent.
Rentré par Suippes et Chalons à 10h du soir. Ne peux écrire à Blanche.

Itinéraire du 5
décembre 1915
Après avoir couché 2 jours dans un camion, je trouve enfin une chambre chez une grand- mère Mme Veuve Champagne où je m’y installe de suite.
Ecris à Blanche n°76 et à maman.
Je pars à 5h du matin charger à Châlons-sur-Marne des planches à la scierie N. et les mener au Poualet près de Courtemont. Nous avons été marmité ; gros dégâts.
De retour à 8h ½.

Itinéraire du 7 décembre 1915

Photos prises par Louis, intitulée ‘’vraie tranchée en plaine’’
Repos aujourd’hui pour tout le groupe. J’en profite pour écrire à Blanche.
Le groupe est parti ; je suis resté au cantonnement.
Je reçois plusieurs lettres de Blanche et de maman. Ecris à la générale électrique de Manrey.
Texte absent page déchirée
Reçois lettres du 8 décembre de Blanche ; je lui réponds.
Écris à Magenties
et à Pupat pour l’affaire Perrier. (Industriel à Beaurepaire).
Suis présenté au capitaine Pascal.
Reçois lettre de Blanche du 8 décembre ; je lui réponds un petit mot.
Nous partons à 9h avec neuf camions prendre des planches à Valmy et les mener à Hans, parc du génie ; de retour à 6h.
Ne sortons pas ; écris à Blanche.
Je pars à 7h du matin avec 12 camions charger des rondins de la forêt de Bronne et les transporter au parc du génie de Laval au 20e corps. Le camion que je montais, a eu sa fusée AV gauche de cassée.
Trouvé en arrivant lettres de Blanche du 5 décembre et de Perrier et une de la générale électrique de Nancy.

Itinéraire du
16 décembre 1915
Rien reçu de Blanche. Je lui écris deux lettres, une d’affaire, l’autre intime.
J’écris aussi à Gramont, la compagnie générale électrique, à Perrier et à maman.
Le matin je vais à Vitry-le-François.
Fais envoyer aux enfants un obus pour Noël (*) et une boite de marrons à Blanche.
(*) : Le décor sculpté de douilles d’obus fait partie de l’artisanat
des Poilus pendant les périodes d’inactivité.
Reçu lettre de Blanche ; je lui réponds.
Je pars à 6h du matin pour charger à Chalons 17kg de
marchandise les porter à Argeteau et de là
prendre un logis de guerre et le mener à Piney à
De retour à 6h1/2 ; fait
J’ai envoyé une carte à Blanche de Piney. Pris en repassant à La Chaussée, mon courrier.

Je pars à 5h du matin pour faire un transport de troupe pour prendre le 26e de ligne à Somme-Bron et les transporter à côté de Vitry-en-Perthois.
Journée épouvantable ; il tombe de la neige, du vent, routes impraticables.
Arrivons à 8h du soir à Brienne-le-Château par Vitry-le-François et La Chaussée ; environ 190 km.


Reçois lettre de Blanche ; écris à Roger également T.M. 60.
Aujourd’hui le groupe part pour la relève des troupes. Je reste au cantonnement.
Reçois lettre de maman et 2 colis : dinde et du pâté de foie gras.
Nous partons à 6 h du matin à Suippes chercher le 81e d’infanterie et le ramenons au repos à Pogny.
Rentrons à 8h1/2 au cantonnement.
Le soir ; nous faisons un petit repas de Noël que nous n’avions pu faire à midi.
Reçu carte lettre de Blanche de jeudi 23 ; toujours pas reçu celle de Valence.
Reçu également celle de Riri.
Écris à Blanche, à Goichot et lui
ai envoyé l’exposé de l’affaire Perrier
(industriel
à Beaurepaire).
Reçu lettre de Blanche et celle de Valence.
Écris à nouveau à M. Goichot ; lui ai fait un plan de la ligne (électrique) Perrier.
Une lettre de Blanche ; je lui réponds.
Je pars le matin à 6h pour charger des rondins (au hameau) de la grande Romanie à Herpont.
Je suis en surnombre et reviens à la Chaussée après avoir déjeuné avec Tasnier et Lion.
Je suis reparti à 1h1/2, arrivé à la Chaussée à 6h.
Aujourd’hui nous avons repas à 11h.
Rassemblement du groupe auquel on a fait lecture de la proclamation du 1er janvier du général Joffre.
Reçu une lettre de Blanche du 28 ; je lui réponds et lui fait partir la lettre par Brunel Paul qui part en permission ce soir pour Beaurepaire.
Écris également à M. Goichot auquel je transmets a réponse de la générale électrique.
Je pars à 4h du matin avec 5 camions charger à la gare de Dommartin-Dampierre des gabions pliants que je porte à la côte 132.
Je suis de retour à 4h de l’après-midi.
Rien reçu de Blanche ; écris un petit mot.
Contrairement à ce que j’ai indiqué précédemment, j’ai reçu une lettre du jeudi 30. Je lui répondrai à nouveau à 7h du soir sous le N° 98 ainsi qu’à M. Goichot pour la location du moteur ; j’écris à M. Montal également.
Aujourd’hui le courrier n’est pas venu.
Écris à maman et à Sabatié de Chavanay et à Roger.
Rien reçu encore de Blanche. Le courrier a du s’égarer ce que je suppose car très peu de lettres ont été distribuées.
Nous apprenons que nous restons définitivement à La Chaussée pendant notre repas.
Reçu lettre de Blanche du 31 courant.
Le matin je vais à Vitry-le-François pour différents achats.
reçois lettre de Rebellet.
Rien reçu de Blanche ; cela tient à la transmission de la Poste civile à la Poste militaire.
Je suis allé voir le major ce matin pour mon entérite.
Le matin, je pars à Vitry-le-François avec le gars des vivres. Je me fais faire mon ordonnance ; j’achète une paire de molletières, une petite bague pour Manon, un flacon de Jythy ( ?) et cinq piles.
Je m’arrête à mon ancienne section et déjeune avec Chopin, Tessier, Lion et revient à La Chaussée avec le lieutenant Pascal.
Le lieutenant m’avertit que je serai brigadier d’ordinaire, nouvelle tuile ! (*)
(*) : Probablement en raison de son
entérite afin de lui éviter de conduire son camion sur des distances trop
importantes ; l’amaigrissement de Louis sera ultérieurement la cause de son
hospitalisation.
Je vais le matin à Vitry-le-François en corvée de vivres et rentre à midi. L’après-midi, je commence à organiser mes cuisines.
Le matin, je vais à Vitry pour les vivres.
En revenant je trouve une lettre de Blanche du mercredi 19 et lui réponds (n°116).
L’après-midi, j’assiste à la représentation de la Revue du Parc ; c’est un Loup.
Par suite du changement d’adresse, j’écris à la poste civile et à la poste militaire.
Je vais à Vitry-le-François aux vivres ; de retour à midi.
Comme je le prévoyais rien reçu de Blanche ; je lui écris (lettre n°120). Sommes avisés que nous partons demain 8h pour Sermaize.
Nous partons à Sermaize à 8h ½ du matin.
Arrivons à 11h ½. Je trouve immédiatement une chambre chez Mlle Darneger à 30f par mois. Avisé Blanche de m’adresser ses lettres chez Mlle Damegé.
Le matin à 6h, je vais avec le brigadier d’ordinaire du Parc aux vivres à Vitry.
De retour à 1h ½.
L’après-midi, je suis obligé de faire ma distribution de vivres à mes hommes ; je ne puis répondre à Blanche à sa lettre du 26 janvier.
Reçois lettre de Blanche et une de maman qui m’apprend l’enterrement de tante Pierrette.
Je vais voir M. Trusson à Andernay, commissionnaire de Sermaize.
Le soir avec Birot à l’hôtel des voyageurs.
Rien reçu de Blanche ; je lui écris lettre 128.
Je suis retourné voir M. Trusson à Andernay au sujet de la commission de Sermaize.
Reçu lettres de Blanche du 1 et 3 février.
Je vais à Bettancourt voir M. Péguy commissionnaire de ce pays au sujet du matériel à vendre.
Je n’écris pas à Blanche pensant partir en permission demain ou après-demain.
Ecris à M. Revol à Marcilloles au sujet de la mort d’Auguste et à Mme veuve Champagne à La Chaussée.
Je pars demain.
L’après-midi, je fais différents achats pour l’ordinaire en prévision de mon départ.
Je pars demain matin en permission à 6h35 en gare de Vitry-le François. Le lieutenant me donne la permission de filer aujourd’hui à midi avec le courrier.
Je pourrai ainsi coucher à Vitry et repartir le lendemain à 6h35.
Je pars à 6h35 de Vitry pour Beaurepaire.
J’arrive à Lyon à 2h du matin ; Blanche et Maman m’attendaient.
Nous allons nous reposer à l’hôtel quelques heures puis nous repartons pour Beaurepaire.
J’apprends par les journaux qu’un Zeppelin est abattu à Revigny à côté de Sermaize et que des avions boches lancent deux bombes sur Sermaize causant quelques dégâts en tuant un civil.
La grande offensive boche s’est déclenchée sur Verdun.

Je repars pour le front par le train de 7h du matin.
J’arrive à Lyon à 12h et n’en repars qu’à minuit. Blanche et maman m’accompagnent.
Roulé une partie de la nuit et toute la journée pour arriver à Vitry-le-François à 9h du soir.
Couché à Vitry-le-François.
Ma section est encore à Sermaize ; je la rejoins par le camion du parc de Sermaize.
L’offensive allemande bat son plein du côté de Verdun. Hier de Vitry et de Sermaize, j’ai écrit deux lettres à Blanche.
Nous devons partir aujourd’hui de Sermaize. En attendant je vais à Vitry toucher les vivres.
Quand je reviens, je trouve la section sur le départ pour Verdun. Moi avec mes cuisines, je repars immédiatement pour St-Dizier où j’arrive à 4h du soir et installe mes cuisines chez M. (illisible) dans la ferme du château qui servira de cantonnement pour la section.
La section doit revenir dans la nuit ou demain matin.
La section est rentrée dans la nuit ; je finis d’installer provisoirement car nous ne sommes ici que pendant l’attaque de Verdun ; écris à Blanche.
La section est repartie hier dans l’après-midi pour ravitailler Verdun.
Reçois lettre de Blanche du 26 ainsi que la demande de Dufour, limonadier, 17 avenue de Paris à Châlons-sur-Marne.
Lui réponds immédiatement : machine Singrim 11 000f moulin 3000 et un épurateur 1500 soit 15
500f le tout matériel prix usine paiement comptant à l’enlèvement ; (Louis
cherche à vendre son matériel pour la fabrication de glace qu’il avait adjoint
à son activité de concessionnaire de distribution d’électricité et d’éclairage
électrique à Beaurepaire)
Je passe un petit mot à Blanche.
Suis aux vivres le matin où je rencontre Roger Renault ; je rencontre également le lieutenant Dubois.
Cause au lieutenant Garnier de Beauvais qui me proposerait la prochaine fois.
Le bruit court que nous devons changer de cantonnement aujourd’hui ; de Saint-Dizier nous irions à Chancenay.
Nous reconstituons un groupe.
Nous changeons de cantonnement et partons à 2h de l’après-midi pour Chancenay à 3 km plus haut que St-Dizier (sur la route de Bar-le-Duc).
J’arrive tant bien que mal à installer mes cuisines.
Enfin je suis arrivé à installer tout mon bazar et j’ai trouvé une chambre.
Rien reçu de Blanche. Lui envoie un petit mot ainsi que des cartes aux enfants de Chancenay.
La section est partie à 3h1/2 ravitailler Verdun.
Le matin, je vais aux vivres à l’intendance de St-Dizier.
De retour à 11h. Reçu lettre de Blanche du 1er mars
Reçois lettre de Blanche ainsi qu’une lettre de J. Rogemond industriel aux Roches-de-Condrieu et une lettre de Germaine.
Je réponds à Rogemond à qui je ne fais pas de prix mais lui propose l’usine et le fond de commerce. (*)
(*) : Louis vend le matériel de l’ancienne usine électrique
(dont une locomobile) et sa fabrique de glace qu’il avait créée en 1913.
Reçois lettre de Blanche du 5 mars ainsi que la lettre qu’elle me joint au sujet de la demande de mon matériel à glace par M. Biot ingénieur chimiste usine à Bel air Macon.
Le matin, je vais à Saint-Dizier aux vivres.
De retour à midi.
Reçois lettre de Blanche du 7 mars, lui réponds.
Le matin, je vais à pied jusqu’à St-Dizier.
Je suis de retour à midi.
Je retourne à St-Dizier en corvée de vivres.
En revenant à midi trouve une lettre de Blanche du 10 mars et une de M. Doriol Moulin à Bourg-en- Bresse.
Je réponds à Doriol. Je lui fais la locomobile Brenier Neyret 2000f sur wagon en gare de Beaurepaire et au sujet de la machine à glace (*) lui propose l’ensemble de l’usine en entier.
(*) : Louis avait adjoint en 1913 à son activité de distributeur
d’électricité, une production de fabrique de glaces pour alimenter les hôtels
et restaurants de la région à l’ouest du département de l’Isère à laquelle il a
mis fin en s’engageant dans l’armée.
Le matin, je vais à St-Dizier chercher du vin pour la section. Impossible d’en avoir avec l’affluence de militaires qui s’y trouvent au repos.
Reçois lettre de Blanche et maman sur la même feuille.
Le soir je vais voir H. Bordaz qui a été cantonné à Baudonvilliers, à 3 km de Chancenay. Brunel m’a accompagné.
Reçu lettre de Blanche qui m’apprend que le Coquet (*) est vendu à l’oncle Ferdinand.
(*) : Nom d’un des chevaux de la ferme dirigée par sa mère qui
assurait en même temps la gestion de l’éclairage municipal de Beaurepaire en
l’absence de son fils Louis.
Je vais aux vivres le matin à St-Dizier.
Encore rien reçu de Blanche ; je lui passe un petit mot.
Ce soir, je vais à Vitry pour acheter du vin avec le camion de Bozzo qui a vu Arnaud pour se faire changer les bandages. Il doit me laisser à Vitry et me reprendra demain.
J’ai couché à Vitry à l’hôtel de la gare ; j’ai acheté du vin à 82f l’hectolitre.
Vu Mme Vachier et suis revenu à 6h à Chancenay. En arrivant, j’ai trouvé 2 lettres de Blanche, l’une du 14 mars décachetée par la censure, l’autre du 16 mars avec mes cartes de visite.
Le matin, je vais à la visite. Depuis longtemps déjà je ne me sens pas bien.
Le major me donne un jour de repos.
Je retourne à la visite ; j’indique mon poids au major 59 kg.
Il me fait évacuer sur le dépôt d’éclopés de
St-Amand-sur-Fion.
Je quitte la section à 6h du matin avec un camion de la 153e qui vient se faire changer les bandages à St-Amand-sur-Fion ; il me laissera au dépôt des éclopés.
Le major me passe la visite à 9h ½ du matin et m’ordonne un régime végétarien.
Je donne à Blanche ma nouvelle adresse.
Avant la visite j’écris à Blanche.
Je me trouve avec Meynier de ma section au dépôt des éclopés de St-Amand.
8h1/2 du matin j’écris un mot à Blanche avant la visite.
Pense que ce soir les lettres en retard me parviendront et toujours aux éclopés
Encore rien reçu de Blanche ce matin ; serais-je plus heureux ce soir ?
En attendant je lui écris en lui demandant de ne plus m’adresser mes lettres au dépôt des éclopés mais à la section.
Dans l’après-midi, je reçois deux lettres de Blanche.
Reçois aujourd’hui de Blanche une lettre qui revient de la section ; j’écris à Magenties.
Je lui rappelle ma lettre que je lui avais écrite en permission au sujet de son employé Laurent ; toujours chez les éclopés.
C’est mon dernier jour aux Eclopés ; je pars demain rejoindre ma section.
Je reviens du dépôt des éclopés vers midi.
Le matin, je vais à la visite. Le major me fait repeser 57 kg au lieu de 59 kg, quinze jours avant. (*)
(*) : Louis a perdu entre 20 et 25 kg. Notre grand-père Louis Michel-Villaz nous racontait qu’il
avait dû percer son siège de conducteur car il ne pouvait s’arrêter lors de ses
missions de transports, en raison des fortes diarrhées qui seront la cause d’un
amaigrissement de 23 kg, de son hospitalisation et de son retour chez lui.
Je retourne voir le docteur. Il m’évacue sur la zone d’évacuation de Saint-Dizier. Je plie mes bagages que j’expédie chez nous. Je partirai demain de ma section.
Je quitte la section à 7h du matin pour la gare de St-Dizier. Après la visite du major, je serai évacué sur Troyes dans la nuit vers 1h du matin.
Dans la gare, j’écris à Blanche.
Je quitte St-Dizier par un train sanitaire à 2h du matin, direction Troyes par Chaumont.
En route j’apprends que je vais être débarqué à Clairvaux. Je vais voir le major du train qui consent à me laisser aller à Troyes. J’y arrive à midi où je suis immédiatement dirigé sur l’hôpital du collège des filles.
Cinq minutes après, je suis transformé : cheveux coupés dans les chambres, en tenue d’hôpital ; ensuite déjeuné plus mauvais qu’à la section.
L’après-midi, visite du major.
Rien de neuf ; le major me fait comprendre qu’il veut que je reprenne mon service.
Je passe un mot au docteur Boulleul pour qu’il me fasse évacuer à l’extérieur.
L’après-midi, visite du major ; il me fait faire des cachets de bismuth magnésie pour cinq jours.
Je reçois la visite d’une dame venant de la part du docteur Bailleul prendre de mes nouvelles et voir ce qu’il pourra faire pour moi.
Le major lors de sa visite de 2h m’annonce que par le prochain train, je serai évacué sur l’intérieur.
Je l’annonce à Blanche
L’hôpital du lycée de jeunes filles se transforme en ambulance. Le personnel sanitaire change le matin ; le major a passé la visite avec son successeur.
Je pensais partir demain pour l’intérieur mais … Je viens d’apprendre à 5h que je pars demain pour l’intérieur. Je passe un mot à Blanche pour l’avertir.
Contre-ordre, c’est bien à l’intérieur mais dans un hôpital de Troyes.
Enfin aujourd’hui, je quitte le lycée de jeunes filles pour l’hôpital des Jacobins avec le docteur Boulleul.
Le matin à la messe de Saint-Pentaléon (à Troyes), j’ai vu Mlle Gay qui m’en avait prévenue.
Je passe la visite devant le docteur Lorpet qui fait analyser mes matières pour me prescrire un régime. Je pensais voir le docteur Bailleul ; je n’ai pas pu.
Le matin j ‘écris à maman et à Blanche.
Après analyse de mes matières, le docteur me présente le même régime et me fait prendre des suppositoires.
L’après-midi, je sors en ville et du café Bertrand, j’écris une lettre à Blanche.
Le soir, on nous conduit au cinéma de l’Olympia jusqu’à 8h 1/2.
Je n’ai toujours pas pu causer avec le docteur Bailleul.
Mauvais temps toujours.
Ecris au docteur Montal 19 rue d’Antin à Paris.
Écris à Blanche du café Bertrand.
Le matin j’écris à Roger.
L’après-midi, j’écris à Blanche du café Bertrand. J’ai acheté une chemise 11,25f et une paire de chaussure 1,45.
Le soir, on nous mène assister à une petite représentation au foyer du soldat.
Encore rien reçu de Blanche ; lui écris une petite lettre du café du Point central ; j’écris aussi à Roger Renault.
Reçu une lettre de P. Tessier.
Le matin, je vais à la messe à la cathédrale de Troyes. Ne reçois encore aucune lettre de Blanche.
Ce soir, nous avons permission de 8 heures.
A 9h du matin, le docteur Bailleul me fait appeler et me propose vendredi prochain pour ma convalescence que j’obtiendrai devant une commission spéciale.
J’écris à Tessier pour lui annoncer la nouvelle. Écris à maman et à Blanche pour leur annoncer également la nouvelle.
Rien de particulier ; reçu lettre de Blanche du dimanche 16. Je lui réponds ainsi qu’à Mme veuve Champagne. Envoi à Blanche de la lettre « ce n’était qu’un rêve ».
Reçu lettre de Blanche avec 50f ainsi qu’une lettre de maman avec 50f également. Je lui écris une première lettre du café du Point central ; ensuite une deuxième concernant Peyrard.
En rentrant à l’hôpital, on m’apprend que je ne puis partir sans avoir un certificat d’hébergement de Blanche. Je lui écris une troisième lettre de me l’envoyer tout de suite.
Je ne pourrai donc pas partir avant la semaine prochaine.
J’obtiens la permission de l’hôpital de me rendre en ville pour louer une chambre au Café du Point central M. Bertrand.

Sacoche de Louis pendant la guerre, lui servant à mettre ses
cartes routières
Reçu de Blanche toutes les lettres retardataires.
Je fais mettre dans le Petit Troyen l’annonce suivante :
« Glace artificielle-affaire exceptionnelle – à vendre- matériel
complet pour la fabrication de la glace transparente-matériel neuf, a
fonctionné six mois - s’adresser à Michel-Villaz,
ingénieur, café du Point Central de 12 à 17 heures jusqu’à mercredi inclus. »
Cette annonce doit paraître dimanche et lundi.
La journée commence bien triste temps pluvieux. je vais à la 1ère messe de St Urbain. Le petit Troyen a mis mon annonce.
J’envoie à la tante Louise une carte de Troyes ainsi que bonne Maman Frandon, ma mère et les enfants.
Reçois lettre pour mon certificat d’hébergement. Je réponds à Blanche pense partir mercredi matin.
L’après-midi je vais voir Brissaulier, fabriquant de glace.
La commission pour la convalescence ne signera que vendredi prochain
Le soir, je vais au cinéma du Cirque.
Reçois une petite lettre de Blanche ; je lui réponds.
L’après-midi, je vais chez M. Brissaulier ; j’y passe la fin de l’après-midi et y soupe le soir.
Je lui ai étudié sa transformation gaz pauvre (*) en électricité.
Demain je dois y retourner pour compléter mes notes.
(*) : Le gaz ‘’pauvre’’ est obtenu par pyrolyse (cuisson en
l’absence d’oxygène) du charbon. Le sous-produit principal est le coke. De très
nombreuses ‘’ usines à gaz’’ étaient implantées sur le territoire français. ‘’
Pauvre ‘’ car le pouvoir calorifiques est faible comparé à l’actuel gaz importé
en France.
Reçu une lettre de Blanche.
L’après-midi je retourne chez M. Brussautier.
Écris à Berthier 7 rue du Linge ; écris à Blanche.
FIN
Ainsi s’achève le carnet de guerre de Louis Michel-Villaz.
(Les documents originaux ont été déposés aux archives départementales
de l’Isère et sont consultables en partie sur leur site internet).

Louis reçoit son certificat de visite médical :
« Soussigné le
major de 2e classe Tournaire
certifie que le brigadier Louis Michel-Villaz
du 14e train 41e compagnie, âgé de 33 ans est malade depuis le 1er avril 1916 à
Verdun. Il a une entérite chronique intense avec amaigrissement prononcé (23
kg) ; son état général est médiocre. »
Le certificat de contre-visite est signé par le major de 2e classe Vuillaume le 12 août 1916 qui confirme la nécessité d’un congé de convalescence de deux mois à passer à Beaurepaire.
Louis reçoit son ordre de transport qui lui permet de prendre le train pour Beaurepaire. Il rentre à Beaurepaire le 28 août 1916.
Louis après plusieurs mois de convalescence, reprend son travail de distributeur d’énergie électrique au début de l’année 1918.
Ci-joint un sauf-conduit (ci-après) pour se déplacer muni d’une photo qui montre qu’il n’a pas récupérer encore son poids.

Il poursuivra sa carrière de distributeur d’électricité en éclairant plusieurs communes en Ardèche, puis dans les Hautes-Alpes, en Savoie et notamment assurera la distribution électrique de la commune de La Tronche où il résidera à partir de 1929.
Il décédera le 19 septembre 1971 et sera enterré dans sa commune de Beaurepaire (Isère).
Contacter le propriétaire
du carnet de Louis MICHEL-VILLAZ
Voir sa fiche matriculaire (page 19/145)
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