Carnet de route de Pourcelot Paul,

du 122e régiment d’infanterie

 

 

 

Paul est cultivateur à Passonfontaine, (Doubs), où il est né le 29 mai 1896.

 

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Introduction

  

Avant-propos,

« Vous qui allez consulter ce document, appréciez la qualité de l’orthographe et de l’écriture de ces notes rédigées à la plume sur un calepin de 15 x 9 cm² par un jeune paysan.

Paul va se retrouver plongé dans un terrible univers : les tranchées, les fils de fer, le feu de la mitraille, la mort des camarades, les bombardements incessants, les factions de nuit, l’eau, le gel, les rats, les poux, et cela pendant plusieurs années. Il restera parfois plusieurs mois sans voir sa famille, ou même un civil.

Il a su faire un compte-rendu précis et plein de pudeur de l’activité journalière, n’évoquant quasiment jamais les morts, les doutes, ou le désespoir…

Il faisait partie de cette jeunesse pleine d’allant, courageuse, qui n’hésitait pas à se sacrifier pour la France (« la chair à canon » diront certains).

Comme il aurait aimé passer sa jeunesse dans l’Europe unie, dans laquelle nous avons la chance de vivre moins d’un siècle plus tard ! »

 

Léandre, son fils.

 

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Sommaire (n’existe pas dans le carnet)

ü  1915

Ø  8 avril 1915 : Mobilisation de la classe 1916

ü  1916

Ø  Janvier-août 1916 : Secteur de Reims

Ø  Septembre 1916 : Meuse

Ø  Octobre-Novembre 1916 : Argonne

Ø  Décembre 1916 : Vauquois

ü  1917

Ø  Janvier 1917 : Vauquois

Ø  Février-Mars 1917 : Verdun, Le Mort-Homme, Avocourt

Ø  Avril 1917 : Repos

Ø  Mai 1917 : cote 304, secteur d’Esnes

Ø  Août-septembre 1917 : Le Mort-Homme, les gaz

Ø  Octobre-décembre 1917 : Alsace

ü  1918

Ø  Janvier-Mars 1918 : Alsace

Ø  Avril-Mai 1918 : Paris, Somme puis Flandres, combat de Locre

Ø  Juin-Juillet 1918 : Lorraine, le coup de main de Biencourt, la blessure

Ø  Août-Octobre 1918 : La convalescence, l’Aisne, la fin

ü  1919 : Dans le Nord

 

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Début du carnet

1915

8 avril 1915 : Mobilisation de la classe 1916

 

La guerre contre l’Allemagne fut déclarée le 2 août 1914 ; et celle-ci avança le départ de notre classe (la classe 1916), et après avoir profité très peu du temps des fêtes de la circonscription, je partais le 9 avril 1915 pour rejoindre le 60e R.I. à Besançon.

Nous fumes conduits en voiture à la gare d’Avoudrey par GAIFFE Émile et nos voyages en voiture et chemin de fer se firent à souhait.

À la gare de La Mouillère, des gradés du dépôt nous attendaient et avaient mission de nous emmener, mais nous passons outre et allons déjeuner en ville (dans la grand
rue).

 

Vers 16h après avoir assez bien fêté, nous nous séparons, les uns rejoignent l’infanterie d’autres l’artillerie.

 

À 16h30 nous passons la grille de la caserne Charmont et après avoir donné nos fiches d’appel au corps, nous sommes affectés par compagnies, et avec Georges BÔLE je vais à la 30e compagnie.

Nous attendons notre placement dans les chambres jusqu’à 20h, et à 20h30 des premières classes (soldats) de la classe 1915 nous placent dans les chambres et nous montrent notre matériel.

Comme camarade de connaissance dans la chambrée je n’avais que BÔLE Georges et le lendemain matin quand le réveil sonna et que le caporal-chef de chambrée nous dit de nous lever, je compris que nous étions soldat et qu’une nouvelle vie allait commencer avec de plus ou moins brusques variations.


Huit jours se passent assez bien et je ne fus victime que d’une corvée de balayage pendant laquelle je réussis à soustraire le balai dont on m’avait doté pour la circonstance, au profit de ma chambre, ce qui me valut une bonne note du chef de chambrée.

 

Deux jours après, j’étais inscrit comme élève-caporal, mais je n’assistai jamais aux réunions spéciales et théories ; ce jour nous fumes vaccinés sans succès contre la variole.

 

Le 25 avril, je me fais porter malade pour angine et après avoir passé la visite du médecin major, je sus à quoi m’en tenir sur les visites médicales passées au régiment : le major me demandant l’objet de ma visite me dit que pour un motif semblable, si je revenais, je serais puni et, après m’avoir ordonné un gargarisme, me dit de revenir le lendemain si cela n’allait pas mieux.

 

Pendant un mois tous les samedis nous reçûmes une piqure anti-typhoïdique ce qui porta à quatre le nombre des injections que nous reçûmes à Besançon.

Un dimanche étant commandé de corvée de réfectoire, j’oubliai de rentrer pour nettoyer (ceci est la faute de la bonne compagnie dans laquelle je me trouvais) mais le lendemain le sergent de semaine me fit appeler et me dit que le réfectoire n’avait pas été fait, et que j’aurais pour 20 jours à laver les plats à la cuisine : enfin je ne répondis rien et à midi je fis connaissance avec mon nouveau travail et surtout avec les cuisiniers ; j’en fus pour quelques litres de vin blanc et ensuite tous les jours je venais manger à la cuisine.

Ce fut ainsi que se passa ma punition ce qui est assez agréable.

 

Deux mois sont déjà passés et le 1er juin nous quittons la capitale de la Franche
Comté pour venir à Valdahon ; le lendemain je revis Papa et Marguerite (*) qui s’y trouvaient : le dimanche suivant j’étais en permission et jusqu’au mois de septembre, je viens tous les dimanches et même souvent pendant la semaine rendre visite à Passonfontaine.

 

(*) : Sa sœur

Au mois de septembre, j’obtins une permission de 20 jours.

 

Au mois d’octobre, j’obtins une autre perm. de 4 jours ; pendant ce mois la solde du poilu est augmentée, et nous touchons 25 centimes par jour.

 

Vers la fin novembre, nous retournons à Besançon et nous sommes habillés en bleu clair pour le départ dans la zone de Armées ; le dimanche nous venons passer 24h dans la famille, et le mardi nous embarquons sans savoir où nous allons.

 

Nous partons de la gare Viotte (Butte) et passons par Dijon, Saint Florentin, Troyes, Arcis-sur-Aube, Mailly-le-Camp, Sommesous, Sézanne, La Fère Champenoise et enfin nous arrivons à Mesnil-sur-Oger (Marne) le 6 décembre 1915, où nous formons le bataillon de marche du 44e régiment d’infanterie avec deux compagnies du 60e et deux du 44e.

Maurice POURCELOT, Joseph BÔLE et moi, sommes affectés à la 35e Cie et Georges BÔLE, comme ordonnance, passe à la 36e Cie ; dans le même village existe le bataillon de marche du 92e RI.

 

Nous exécutons des exercices très fatigants et nous passons un hiver assez mauvais : 2 exercices de nuit par semaine (et comme certain jour j’avais manqué à un je devais aller coucher en prison mais cela se passa à l’amiable), et le lendemain corvée de bois aller-retour 12k.

Une marche manœuvre par semaine et tous les exercices quotidiens s’exécutent avec chargement complet.

Aussi je me fis porter malade et le 15 décembre j’entrais en observation à l’infirmerie mais au bout de quatre jours le médecin de service me renvoya, avec cinq jours exempt de service, en me disant qu’il ne faut pas que j’y reste davantage car j’attraperais une maladie.

1916

Janvier-août 1916 : Secteur de Reims

 

Nous passâmes assez agréablement les fêtes de Noël et du jour de l’An et ensuite je retournai à l’exercice : pendant les mois de janvier et de février, je suivis les cours de grenadier et pendant les exercices du matin nous nous entrainions à la grenade.

 

Au mois de mars, part le 1er renfort pour les tranchées ; ce sont presque tous des volontaires et des punis ; nous voudrions tous partir mais on en accepte que 35 par compagnie ; ils rejoignent le 44e à Verdun.

Un avion vient survoler Avize et lance des bombes sur le grand quartier général De LANGLE De CARY ; le Général est très peu atteint mais sa maison est démolie ; des bombes tombent à peu de distance de nos cantonnements et nous réveillent en sursaut à minuit.

Pendant un exercice de nuit nous voyons brûler le Zeppelin qui fut abattu près de Revigny.

 

Au mois d’avril nous partons pour les tranchées de 3e position pour faire des travaux ; et après avoir passé par Viry, Mareuil, Jaulzy, Chalons, St Hilaire nous débarquons à Mourmelon-le-Petit.

Les avions boches nous survolent, aussi nous sommes obligés d’attendre la nuit pour venir à Verzy, chef-lieu du canton qui se trouve à 6 kil. des Allemands.

 

Pendant quinze jours nous creusons des tranchées, approfondissons des boyaux, confectionnons des abris, plaçons des fils de fer etc. dans la plaine en face de Thuisy, du fort de la Pompelle. Nous sommes aperçus et nous recevons des obus.

Ce sont les premiers que nous entendons et leur sifflement sinistre nous surprend ; nous écoutons et dès que quelques-uns ont éclaté, malgré les rappels des anciens, nous nous précipitons et allons voir les trous que les obus creusent, mais de nouvelles rafales arrivent et les éclats nous sifflent aux oreilles, aussi nous regagnons les tranchées et nous y cachons ; nous avons un camarade de blessé.

 

Nous passons la fête de Pâques à Verzy et nous y entendons de jolis sermons prêchés par un prêtre soldat venu des tranchées ; pendant ce jour nous grimpons sur la montagne et apercevons Reims qui se trouve à environ 14 k. dans la plaine.

Pendant notre séjour dans ce pays nous apprenons avec douleur que beaucoup de nos camarades partis du 44e ont été moissonnés par la grande faucheuse et que d’autres sont blessés. (*)

 

(*) : Le 44e régiment d’infanterie a perdu près de 800 hommes durant son passage à Verdun…

 

Au commencement du mois de mai nous revenons au cantonnement du Mesnil, et je suis le cours de signaleur
téléphoniste.

Le 20 mai nous revenons de nouveau à Mourmelon mais nous restons en cantonnement au camp de Châlons et nous creusons des boyaux dans les forêts de pins du côté de St Hilaire, Baconnes.

Une compagnie habite aux Petites Loges du côté de Sept
Saulx
et dans ces lieux nous apprenons à nos dépends ce que sont les gaz (qui à ce moment s’envoyaient par nappes) et heureusement nous n’avons pas de trop grands malades.

Nous y restons jusqu’au milieu du mois de juin ; en rapportant quelques souvenirs (des totos principalement)

 

Vers la fin juin, je pars en permission avec BÔLE Joseph et Maurice POURCELOT. Nous passons et changeons de train à Épernay, Noisy-le-Sec, Paris (Est), Corbeil, Dijon, Besançon et après 24 heures de voyage, débarquons à Avoudrey à 9h du matin.

La permission se passe très agréablement et le retour également, nous rentrons le 3 juillet, et à notre arrivée nous nous tenons prêts à partir pour le 122e R.I. mais nous en sommes exempts, et ce sont les plus faibles matricules qui partent les premiers.

Les exercices continuent et nous passons joyeusement les fêtes du 14 juillet ; toute la compagnie réunie dans un même local mangea dans des assiettes en porcelaine et les repas furent servis par des demoiselles du pays.  

Le menu était des mieux assortis !

 

Les exercices de spécialités et quotidiens continuent jusqu’au 19 août 1916, jour où nous partons Maurice et moi en renfort au 122e R.I.

Nous embarquons le 20 accompagnés à la gare par tous les camarades restants, et nous passons par Épernay, Châlons, Bar-le-
Duc
, et débarquons à Longeville ; nous nous installons dans les granges mais à peine avons-nous déballé nos affaires que le rassemblement sonne et une heure après nous repartons mais à pied.

   Nous devons rejoindre le 122e qui se trouve à Érize-la-Brulée, nous y arrivons à 23h exténués et souillés de sueur ; je couche sur une batteuse sans avoir eu le courage de changer de linge, mais par les nuits fraîches qu’il fait et auxquelles je ne suis pas habitué, à 5h du matin grelottant de froid force a été de me lever et de changer de linge.

   Le 22, rassemblés par spécialités Grenadiers, Fusils
mitrailleurs, signaleurs, etc. nous sommes affectés. Maurice échoue à la 11e Cie et moi à la 5e. (*)

 

(*) : La 5e compagnie fait partie du 2e bataillon

 

 

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Extrait du journal de marches du 122e RI.

On y retrouve l’arrivée du détachement de 226 soldats dont fait partie Paul

 

 

Service aux Armées

 

Mémoires des moments passés aux tranchées et au repos

 

Ici commence la vie du poilu dans la tranchée, boulotté par les rats et les poux, et à deux pour monter la faction derrière un réseau de fils de fer pendant des nuits entières par n’importe quel temps.

Rien n’est plus horripilant que de prendre la garde au créneau surtout par les nuits d’hiver …


Septembre 1916 : Meuse

Du 21 août au 1er septembre nous faisons des exercices de spécialités et rien de bien intéressant se passe : nous faisons connaissance complète, et à nos dépends, des gars du Midi ; mais grande chance pour nous, nous recevons de nombreux renforts des provinces de l’Ouest et de types du Nord.

 

Fin août, un gros renfort de soldats, provenant de divers dépôt, intègre le 122e RI. Le régiment avait subit des pertes très lourdes (1000 hommes), durant son séjour devant Verdun en août.

Septembre

Le 1er septembre, nous changeons de pays et Seigneulles est notre nouveau cantonnement.

 

Le 1 septembre, le 122e RI reçoit un renfort de 228 hommes, provenant de la dissolution du 322e RI.

 

Nous partons de Seignolles à 9h, faisons route à pied jusqu’à Bar-le –Duc (distance 17km) avec chargement complet, et embarquons à 16 heures. Après avoir voyagé la moitié de la nuit et passé Revigny, Sainte-Menehould.

Nous débarquons au lieu-dit Les Islettes à 24h ; nous voyageons encore pendant 3k pour venir cantonner au camp du Violet.

6 septembre

Départ à 12h du camp du Violet, pour les tranchées ; après avoir beaucoup fatigué et fait de nombreuses poses, car la chaleur est torride ; nous mangeons la soupe aux cuisines roulantes à environ 3 kilomètres des 1eres lignes, mais nous sommes dans les bois de l’Argonne et les boches ne peuvent pas nous apercevoir

Mon bataillon reste en 2e ligne et après 20 minutes de marche dans les boyaux, notre compagnie était rendue à son poste.

Les escouades sont partagées par abris, mais comme signaleur, je suis avec un camarade affecté à un poste de signaux ; l’abri est si étroit que c’est à peine si je peux y coucher.

Mon camarade Courgoy couche dans un angle formé par la tranchée sous une toile de tente.
Harassés par la fatigue, nous ne tardons pas à nous endormir d’un sommeil de plomb mais dans la nuit nous sommes réveillés et rappelés à la réalité par la voix du canon qui tonne violemment.

7 septembre

À 7 heures nous nous levons et nous inspectons les environs, et nous nous mettons en quête d’eau que nous découvrons peu après.

Où sommes-nous ? est la question que nous nous posons.

La réponse est des plus faible. Nous sommes dans les profondeurs des bois d’Argonne ayant en face de nous les boches.

Le restant de la journée se passe à reconnaitre le terrain.

 

(*) : Selon le JMO, le 2e bataillon se trouve dans le quartier Bec de Cheppe.

8 septembre

A six heures une forte détonation suivie d’un tremblement de terre nous réveille. C’est une mine qui explose dans le secteur voisin qui est celui du 4e R.I.

La journée s’écoule avec assez de calme à part quelques obus de 77 qui éclatent à proximité et auxquels notre artillerie répond.

 

Pour faire sauter une mine on creuse plusieurs galeries qui à l’endroit ou se trouve la mine ressemble à une chambre ; dans cette grotte on accumule de la poudre et la quantité varie suivant l’épaisseur de terre à faire sauter (les plus fortes ont été de 50000 kg de poudre) ; à cette poudre on met le feu au moyen de plusieurs détonateurs que fait exploser un courant électrique : le jet en hauteur monte jusqu’à 150 mètres et malheur à celui qui se trouve (là) au moment de l’éclatement.

9 septembre

Même réveil que la journée précédente, le 96e R.I. fait exploser une bombe. La matinée se passe avec calme.

L’après-midi, bombardement contre avions et tirs de mitrailleuses.

10 septembre

Deux mines sautent dans notre secteur ; bombardement contre avions, tirs de mitrailleuses.

Ne pouvant nous absenter tous les deux de notre poste, mon camarade assiste à la messe.

11 septembre

Dans la nuit, violent bombardement. Deux mines explosent et pour la première fois nous recevons les sceaux à charbon : grosses bombes à ailettes, auxquelles nos crapouilloteurs répondent.

12 septembre

Journée assez calme. Petit bombardement

13 septembre

Bombardement, bombes reçues.

14 septembre

Réveillé par une mine.

15 septembre

Bombardement, duel d’artillerie, duel de torpilles, nous avons des victimes.

16 septembre

Deux mines sautent et nous réveillent. Nous avons la visite du Général Castelnau lequel m’offre un cigare que j’accepte avec empressement.

Au soir, relève de notre bataillon par le 3/182.

 

(*) : 3ème bataillon du 182e RI.

17 septembre

Après dix jours passés en réserve mon bataillon se trouve engagé aux petits postes, ma compagnie reste en réserve.

Je n’ai pu assister à la messe.

Le soir nettoyage des effets et des armes.

18 septembre

Longue pose sous la pluie.

Je fais une corvée au 3e bataillon, distance 2km.

19 septembre

Lessivage de mon linge.

Destruction des totos. (*) 

Le soir je fais des corvées.

 

(*) : Les poux

20 septembre

Je travaille de 14h à 22h au tunnel qui existe au secteur Chevalier. Ce souterrain qui a déjà 100 mètres de long servira d’abris de bombardement.

Violente canonnade à 304.

22 septembre

Repos toute la journée ayant travaillé tard la veille.

23 septembre

Travail au tunnel de 6h à 14h, soir repos.

24 septembre

Repos pour la compagnie, messe dite par l’officier porte
drapeau Mr Freycinet.

25 septembre

Ayant mal à la gorge, je profite avant de retourner aux tranchées de me faire soigner pour une angine.

Le soir j’ai lavé mon linge et détruit mes pensionnaires. (*)

 

(*) : Les poux

26 septembre

Après dix jours passés en réserve, à la brume nous abordons la première ligne où nous arrivons après avoir suivi pendant un sérieux parcours de longs boyaux en zigzag.

La nuit est déjà fort avancée, et quand nous arrivons à notre poste nous sommes complètement désorientés ; je suis forcé de demander au camarade, que je remplace, de quel côté se trouvent les boches.

Duel de torpilles.

27 septembre

Je m’installe à poste téléphonique et aidé par des camarades nous réparons les fils qui ont été coupés par les torpilles.

Nous communiquons au poste du bataillon par chiffres

28 septembre

Exploration dans les environs, reconnaissance des tranchées.

29 septembre

Les boches travaillent avec ardeur dans leurs tranchées à 150 mètres environ de nous et avec un adjudant je pars voir ce qui se passe ; mais nous ne pouvons pas arriver à passer tous les réseaux de fil de fer et tout à coup le canon
revolver se fait entendre ; un éclat coupe ma bretelle de suspension, mais je n’ai aucun mal.

30 septembre

Nous apercevons des boches, mais avant qu’on ait pu les tirer ils ont disparu.

Près de mon appareil, le travail consiste à prendre la garde nuit et jour, et à deux nous avons 12h de garde chacun à assumer par 24h.

Nous profitons des moments de liberté pour visiter ces tranchées creusées depuis deux ans et qui sont chaque jour mieux organisées, et que pour la première fois nous y séjournons.

Les premiers froids se font sentir et nombreux sont indisposés et, comme les camarades, je souffre de diarrhées pendant plusieurs jours.

 

Octobre 1916 : Argonne

Quelques obus tombent à proximité de ma cagna et annoncent le commencement de ce dixième mois de l’année 1916.

Par le beau temps qu’il fait ma guérison est aussitôt terminée.

2 octobre

La pluie tombe en abondance, les boyaux sont bourbeux et mon appareil téléphonique ne fonctionne pas avec exactitude.

3 octobre

Mon camarade est évacué et je reste seul à prendre la garde.

4 octobre

Trois mines explosent ; jets réciproques de grenades, lancement de bombes, tirs de mitrailleuses, bombardements.

5 octobre

Le bombardement continu pendant toute la nuit et une de nos patrouilles va reconnaitre les avant-postes ennemis.

6 octobre

Bombardement avec gros obus sur notre poste d’observation.

Pendant la nuit relève par le 96e R.I.

7 octobre

Pendant la nuit nous sommes arrivés au camp Canart : nous avons été relevés après dix jours de tranchées et nous venons nous nettoyer : les douches et le lavage occupent toute la journée.

 

(*) : Canart : l’orthographe est correcte, Le camp Canart est cité de nombreuse fois dans le journal du régiment.

8 octobre

Menu militaire au camp Bourdelois ; revue d’armes et d’effets.

9 octobre

Exercice de signalisation, aménagement des cantonnements.

10 octobre

Signalisation
 Lavage.

11 octobre

Signalisation et le soir repos.

12 octobre

Exercice d’optique ; le soir je change de section

13 octobre

Optique et travaux aux abords du cantonnement.

14 octobre

Toute la semaine les camarades sont allés creuser des tranchées et mon plus grand travail a été l’optique.

15 octobre

Messe aux abris Canart ; journée pluvieuse qui nous oblige à rester aux cantonnements et cela ne nous gène pas beaucoup car dans les bois où nous nous trouvons il n’y a d’autres distractions que le travail.

16 octobre

Préparatifs de départ pour la 2e ligne. Le lieutenant me fait appeler et voudrait que je remplace son ordonnance ; après un long entretien je refuse de le faire ; mais lui m’ordonne de venir pendant quelques jours.

17 octobre

Départ pour la côte 139.

18 octobre

Nous nous installons dans des abris assez somptueux et mes nouvelles fonctions commencent.

19 octobre

Je sers à table, et fais le service complet d’ordonnance.

20 octobre

Notre artillerie tire violemment sur les positions ennemies.

21 octobre

Je pars en ballade et pousse une pointe jusqu’à Neuvilly, petit village journellement bombardé. Je récolte une grande quantité de pommes.

22 octobre

Mon nouvel emploi me plait assez, mais le matin je suis forcé d’être là et je ne fais pas ce que je voudrais.

23 octobre

Tirs contre avions

24 octobre

Je rends visite à un château démoli et rapporte quelques souvenirs.

25 octobre

Travaux de propreté.

26 octobre

Nous devons partir en première ligne le lendemain, aussi je profite avant notre départ d’aller rendre visite à Maurice et je le rencontre en 1ere ligne à Pélissier.

Pendant mon trajet le tir de torpilles se déclenche et une éclate à quelques mètres de moi. Pas de blessures mais une violente commotion.

27 octobre

Après avoir parcouru un long boyau boueux et boisé nous arrivons en première ligne au secteur des Merliers.

28 octobre

Sérieux bombardements, les obus tombent à proximité de nos abris.

29 octobre

Nous sommes envahis par l’eau et les rats rongent toutes nos affaires ; nous faisons la chasse aux poux.

30 octobre

Corvée de soupe et nettoyage de l’abri.

31 octobre

Tir de mitrailleuses, les balles nous passent au-dessus de la tête.

 

Novembre 1916 : Argonne

Toussaint. Depuis les premières lignes je suis autorisé à me rendre dans la 2e ligne, et je peux assister à la messe qui est célébrée en plein air ; l’autel est appuyé contre de petits chênes.

2 novembre

Nous enlevons l’eau de nos abris.

3 novembre

Corvée d’ordinaire.

4 novembre

Petite visite aux amis qui sont aux postes d’écoute.

5 novembre

Le lieutenant obtient une permission et je reste seul dans mon abri.

6 novembre

7 novembre

Avant le jour nous partons de la première ligne. C’est la relève ?...

8 novembre

Nous revenons à la côte 139 et nous reprenons nos anciens cantonnements.

9 novembre

Travaux d’installation (complète).

10 novembre

Le service de table devient plus difficile ; les cuisiniers se trouvent à une assez grande distance de la salle à manger.

11 novembre

Violent canonnade sur aéro. Les taules survolent nos positions et peu de temps après nous sommes bombardés. 

12 novembre

Pendant quatre jours de tout côté la canonnade se fait entendre ; le plus fort est à Verdun.

13 novembre

Travail et promenade ;

14 novembre

Nettoyage des armes et des effets.

15 novembre

Départ en permission de sept jours.

Après avoir sorti des profondeurs des bois d’Argonne, et parcouru au moins 15 kilomètres nous arrivons à la gare des Islettes, laquelle est assez souvent bombardée.

Nous arrivons vers midi à Sainte-Menehould, et en gare nous sommes bombardés par les taules, les trains restent en gare, le chef de gare se retire dans sa sape et nous abandonne sous le bombardement ; les bombes tombent à environ 20 mètres de nous et les pierres retombent sur les wagons.

Beaucoup se sauvent à travers champs et au bout d’une demi-heure nous repartons tout bouleversés.

 

Nous arrivons à Revigny ; nous y sommes à nouveau bombardés mais là nous n’avons pas de victimes à déplorer. Nous passons par Gray, Besançon et débarquons le 18 à Avoudrey.

 

C’est la première permission que nous obtenons, et depuis 3 mois que nous n’avons pas revu de civils, n’étant pas sortis des forêts, aussi cela fait quelque chose au premier abord de se rencontrer avec des personnes autres que les camarades.

Maurice vient en permission en même temps que moi.

Une permission il est vrai est une grande faveur qui vous comble de joie, car en ce moment pour quelques jours on est éloigné du front et on goûte un peu de la vie de l’arrière, …, sans crainte des balles et des obus ; aussi ces sept jours passés au milieu de familles sont-ils bien employés.     

C’est un réel bonheur que de se voir au milieu de ses parents et amis après de longs mois d’absence pendant lesquels nul ne peut être assuré de revoir sa famille.

Aussi il ne fallait pas être surpris si le cafard, cruelle maladie, sévissait beaucoup aussitôt l’heure du départ arrivée ; pour mon compte les premiers temps après mon retour, la vie me parait étrange et, les premiers jours, je désespère de m’y habituer à nouveau.

Le cafard n’est pas trop violent et dans les bois il disparaît.

27 novembre

Rentré de permission, je fais la fête avec les camarades, ayant rapporté quelques provisions.

28 novembre

Reprise du travail, lequel ne (me) plait pas du tout.

29 novembre

Cela reprend un peu, mais tout de même je ne suis pas très courageux.

30 novembre

Violente canonnade sur avions ennemis.

31 novembre

Les gelées commencent à apparaitre et le froid se fait sentir.

Décembre 1916 : Vauquois

 

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1 décembre

Par de belles journées claires, l’aviation se montre très active, et sans se soucier des obus qui éclatent autour de leurs appareils, les aviateurs reconnaissent le terrain.

2 décembre

Activité d’aviation, un des nôtres est abattu à Tanquois.

3 décembre

Au matin, deux mines sautent. Violent bombardement, des avions ennemis sont mis en fuite par les nôtres.

Dans l’après-midi je fais une excursion vers l’arrière à Lochères, Neuvilly ; nous rapportons du linge et des livres.

Au soir notre artillerie bombarde les positions ennemies avec des obus asphyxiants et comme nous sommes en réserve à proximité, le départ des coups de canon nous crèvent le tympan.

4 décembre

Comme il fait très beau, je lessive mon linge, mais je suis obligé de le mettre à sécher à l’abri des yeux des aviateurs de crainte des obus.

5 décembre

Je vais à Lochères chercher de la vaisselle ; à notre retour un obus fait ébouler l’abri du capitaine.

6 décembre

Nous intégrons les premières lignes pour dix jours et ma section se trouve aux avant-postes ; deux petits postes dans le secteur des Merliers.

7 décembre

Nettoyage des abris, tir de mitrailleuses.

8 décembre

Je suis désigné pour faire partie d’une reconnaissance le long de l’Aire (rivière) et comme c’est la première expédition dont je fais partie, je suis un peu intimidé et partout (soit dans les haies, soit dans les trous) je jette un coup d’œil inquiet.

Notre randonnée nocturne se passe sans incident.

9 décembre

Corvée de soupe et le soir patrouille.

Je suis plus à mon aise que la nuit précédente, mais dans les marais nous nous mouillons les pieds.

10 décembre

Avec le lieutenant dont je suis toujours ordonnance nous faisons une ronde de nuit.

11 décembre

Ayant été menacé d’un coup de fusil si nous allions à nouveau courir devant les fils de fer, je refuse de faire partie de la patrouille et celle-ci n’a pas lieu

12 décembre

Je lave mon linge dans les trous d’obus.

13 décembre

Le bombardement se fait avec violence à droite, à gauche et sur nous à Verdun et à la Fille Morte, le canon fait rage.

14 décembre

Les mitrailleurs boches nous arrosent copieusement, mais le soir nos mitrailleurs tirent sur le village de Boureilles et battent la plaine par des feux croisés.

15 décembre

Je vais chercher la soupe et fais du bois, car la saison est déjà froide.

17 décembre

Corvée de soupe. Pendant que je suis en corvée un obus mieux dirigé que les autres, éclate dans mon petit poste, bouscule fortement les deux sentinelles mais ne fait pas de victimes.

18 décembre

Nous sommes relevés du secteur des Merliers et c’est sans regret que nous quittons ces tranchées remplies de boue et d’eau, de rats et poux.

C’est le 3e Territorial qui nous remplace et après leur avoir passé les consignes et souhaité bonne chance, avec un chargement ultra
complet nous faisons un long parcours et dans la nuit nous arrivons au camp Canart (soit 18 km). Je couche sur deux bancs que je rapproche les uns des autres.

Mais bientôt par le froid qu’il fait, je suis réveillé et c’est tout transi de froid et engourdi que je me réveille.

19 décembre

Le Lieutenant part en permission.

20 décembre

Après avoir passé 48h au camp, nous allons cantonner à Neuvilly et je couche dans une cave.

Je réussis à récolter quelques pommes.

21 décembre

Nous rapprochons des lignes et je m’installe avec les cuisiniers au Mont des Allieux.

22 décembre

Je fais les fonctions d’aide cuisinier et cela ne me déplait pas.

23 décembre

Corvée de bois et nous abattons des arbres entiers.

24 décembre

La fête de Noël passe inaperçue.

25 décembre

Ma compagnie va occuper les postes d’écoute au sommet de la Butte de Vauquois.

26 décembre

Je porte la soupe aux tranchées, pour les officiers.

27 décembre

Corvée d’ordinaire.

28 décembre

Un violent bombardement a lieu et les obus tombent très près.

29 décembre

Je nettoie mes totos et lessive mon linge.

30 décembre

Violente canonnade contre avions.

31 décembre

Une mine explose soit disant par accident car elle ne devait exploser qu’au matin, et sans les réclamations d’un homme de ma compagnie qui demandait à aller manger, puisqu’il était minuit et que le travail de bourrage n’était pas fini, tout le groupe qui était employé au transport des poudres seraient certainement morts.

Et il n’y eu que 50 hommes du génie de tués et d’asphyxiés.

La nouvelle année se passe aux tranchées et cela n’a rien d’agréable par des pluies froides et continuelles.

Beaucoup pendant cette année ont trouvé la mort en faisant leur devoir de Français.

 

Adieu : terrible année.

 

 

1917

Janvier 1917 : Vauquois

Le 1er janvier est le deuxième que je passe loin de tous ceux qui me sont chers et pendant ces jours (autrefois lorsque j’étais petit enfant je réclamais les cadeaux de bonne année), je ne peux pas m’empêcher de songer longuement au passé.

Peut-on croire qu’il sera le dernier passé loin des parents…très peu d’espoir et pourtant ce sera la dernière année pour bon nombre.

Au soir, nous venons cantonner à Auzéville et y passons quelques jours de repos.

Dans ce village il y a encore quelques civils et nous sommes très contents d’en revoir, depuis ma rentrée de perm. Ce sont les premiers que je revois.

2 janvier

Le froid est de plus en plus rigoureux et la neige recouvre le sol.

Le Lieutenant rentre de permission. (*)

 

(*) : On remarque de suite que le lieutenant a bénéficié de 15 jours de permission, alors que Paul en avait eu 6.

3 janvier

Je reprends mon travail d’ordonnance, mais cela ne me plait pas et le Lt me disant de lui brosser sa capote, je lui réponds sur un ton assez bourru … que ma capote était mouillée et que je brosserai la sienne après la mienne.

4 janvier

Le lendemain se plaignant du froid, il veut que j’aille voler du bois, mais je refuse également d’y aller, mais plus malin il me prend avec lui et je tiens le sac pendant qu’il vole le bois.

Le soir, nettoyage des armes.

5 janvier

Revue de masques. (Vaccination) mais je refuse d’y passer.

6 janvier

Nous quittons Auzéville et retournons aux tranchées.

7 janvier

Ma compagnie se trouve en réserve et la neige tombe en abondance. Le Mamelon Blanc où nous sommes en réserve dans de très profonds abris est vraiment blanc.

8 janvier

Violentes bourrasques de pluie, de grêle, de neige fondue.

9 janvier

Corvée de soupe et je suis remplacé à mon grand contentement de mon travail d’ordonnance.

10 janvier

Je rentre à la section comme signaleur

11 janvier

Puisqu’il n’existe pas de poste de signalisation, on me colle de garde à un carrefour de boyaux.

 

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Carte provenant du journal des opérations du 122e RI (site SGA)

Cliquez sur la carte pour un agrandissement

12 janvier

Nous montons aux postes au sommet de la Butte de Vauquois laquelle a baissé de 7 mètres de hauteur, par l’explosion des mines.

Du village il n’existe plus qu’une pierre, et à l’endroit où se trouvait l’église existe un entonnoir large de 70 mètres et long de 110 mètres, et c’est au bord de ce ravin, car il est profond de 40 mètres, que je viens relever les camarades du 1er bataillon.

à peine sommes-nous à notre poste qu’un bombardement par torpilles commence et continue avec violence jusqu’à 24h 1/2 ; nous ne sommes remplacés de sentinelles qu’après le bombardement, et plus d’une fois pendant que les camarades sont à l’abri au fond de leur sape, (plus d’une fois) nous cachons notre tête sous les sacs à terre attendant à chaque instant qu’un « seau à charbon » nous tombe sur la tête.

Je suis légèrement blessé à un doigt, mais ce n’est pas grave.

13 janvier

Le bombardement reprend au matin

14 janvier

Le service de garde n’est pas trop pénible et je prends que 6 heures de factions (de 18h à 21h et de 6h à 9h), mais ce sont les plus mauvaises heures de veille, car à ce moment nos mines et les mines allemandes explosent (c’est l’heure conventionnelle et notre poste n’évacue pas) ; tous les autres et tous ceux qui occupent les abris sont obligés de sortir de peur d’être ensevelis.

Violent bombardement.

15 janvier

Deux mines éclatent à fleur de terre et ne cause d’autre accident, que de faire tomber un fusil
mitrailleur dans l’entonnoir, mais aucun ne veut aller le chercher.

 

Vers 7 heures du matin, de l’autre côté de l’entonnoir, j’aperçois un boche qui lui aussi me regarde, je veux le tirer mais mon camarade s’y oppose et pendant que nous discutons, le boche nous envoie une balle qui nous fait grêler la neige dessus.

Je me fâche, prends mon fusil, monte sur le parapet et tire deux fois dans la direction. Mais ce fut du délire, et le caporal de garde me dispute on ne peut mieux.

16 janvier

Bombardement avec torpilles.

17 janvier

Nous souffrons beaucoup du froid et les heures de garde deviennent pénibles.

18 janvier

C’est la relève et nous voyageons toute la nuit pour venir au camp Roland Brassieux.

19 janvier

Nettoyage des effets et des armes.

20 janvier

Lessivage de mon linge et destruction des totos.

21 janvier

Violente canonnade sur aéro. L’après-midi nous faisons une petite noce avec les camarades.

22 janvier

Nous sommes occupés à faire quelques corvées.

23 janvier

Préparatifs de départ pour les tranchées.

24 janvier

Nous allons occuper le secteur du bois Noir qui se trouve à gauche de Vauquois (lieu où habite la Souris Blanche).

La Souris Blanche était une souris que le Génie élevait et se servait : il la logeait dans une petite cage et au moyen d’une longue ficelle il descendait la cage au fonds des puits de mine. Si la souris crevait, inutile de descendre car c’est la mort, si au contraire elle revenait vivante, il n’y avait rien à craindre.

25 janvier

Avec mon camarade j’occupe un poste de nuit et à deux nous y restons toute la nuit et nous nous reposons dans le boyau.

26 janvier

Il fait un froid glacial et nous souffrons beaucoup.

27 janvier

Mon camarade est légèrement blessé par une balle à l’épaule droite.

J’ai les genoux gelés, mais je ne suis pas évacué.

 28 janvier

Il fait toujours un froid glacial et je souffre beaucoup de mes genoux.

29 janvier

Nous sommes relevés et venons coucher à Auzéville, et nous n’arrivons que le lendemain à 4 heure ; nous avons grand faim mais par suite du froid nous ne pouvons ni manger, ni boire (tout est gelé).

30 janvier

À 12h départ pour Ville-sur-Cousances où nous passons la nuit dans des baraquements en planches. Nous y avons froid et faisons dégeler notre pain auprès d’un feu.

31 janvier

Nous repartons du côté de Verdun et venons camper au Camp de la Redoute ou Camp Augerot.

 

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Carte du camp Augereau du journal des opérations du 122e RI (site SGA)

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Février 1917 : Verdun, Le Mort-Homme

 

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Pendant ce mois, par un vent froid nous cantonnons dans des baraquements en planches. Tous les aliments que nous mangeons sont gelés et nombreux sont les malades.

1 février

Installation des cantonnements

2 février

Exercice de spécialités et jeux

3 février au 5 février

Exercices de spécialités

6 février

Match de football : 128e contre 9e régiment d’artillerie (9e battu).

7 février

Douches et lavage.

8 février

Ma section est de garde et ce jour nous avons la visite du Général Herr, grand escogriffe, pas commode.

9 février au 15

Exercice, et jeux pour se réchauffer.

15 février au 21 février

Exercice de spécialités.

Par un brouillard nous partons à 16 heures pour les tranchées ; nous marchons toute la nuit et la boue à certains endroits atteint près de 40 centimètres.

Nous arrivons au matin en première ligne sur les pentes ouest du Mort-Homme.

 

 

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Carte du Mort-Homme, tirée du journal des opérations du 122e RI (site SGA)

Cliquez sur la carte pour un agrandissement

22 février

Nous examinons la position où nous nous trouvons, et constatons que nous sommes complètement isolés, et que dans ce secteur nombreux sont ceux qui y ont trouvé la mort.

P.C. du chef de Bataillon, P.C. de la Cie, et autres abris, tous sont sur la même ligne.

23 février

Je pars en corvée de soupe, l’unique boyau étant rempli d’eau, nous passons à découvert.

Le bombardement se déclenche et nous avons deux blessés.

24 février

Nous avons relevé le 217 R .I., lequel R.I. pour ne pas être embêté plaçait les fils de fer en plein jour, et en même temps que les boches, sans coup de fusil.

À notre arrivée les Allemands voulurent faire de même avec nous, mais nous les reçûmes avec des grenades à fusil.

25 février

Violent bombardement ; les boches nous arrosent avec de gros obus et de petites bombes à ailettes.

26 février

Pendant toute la durée de notre séjour notre artillerie se montre très active. Je prends la faction au poste de commandement.

Le colonel vient visiter les tranchées et comme je lui présente les armes, il me dit :

« Bonjour, mon brave ? »

27 février

Violent bombardement.

28 février

 Une attaque se déclenche à la cote 304 à notre gauche, et nous subissons les effets du bombardement.

Je fais partie d’une patrouille et nous rapportons les équipements d’un fusil-mitrailleur ; je garde la musette pour mon usage.

Mars 1917 : secteur d’Avocourt

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1er mars

Nous sommes relevés et au matin nous venons camper au camp du Clair Chêne près de Blercourt.

2 mars

Nous restons couchés toute la journée et sommes bien fatigués.

3 mars

Nettoyage des effets.

4 mars

Je travaille au bureau de ma compagnie.

5 mars

Tir à la grenade.

6 mars

Avec mon escouade je suis commandé de garde au Conseil de Guerre.

7 mars

Nous quittons le camp et passons par Domballe-en-Argonne, Récicourt (démoli) pour venir coucher au camp des Pommiers. Nous faisons ce trajet sans trop grande fatigue car ce sont les voitures qui amènent les sacs.

8 mars

Au soir, nous prenons les chemins détournés pour rejoindre la première ligne ; de tous côtés le canon fait rage et les obus pleuvent drus.

Le mot fatal se fait entendre, on parle d’attaque.

Malgré cela nous avançons toujours, et bientôt nous le saurons car nous approchons et quelques instants plus tard nous sommes dans les tranchées de première ligne.

Les sentinelles que nous relevons et qui sont du 143e R.I. sont encore tout épouvantées et le peu des hommes qui sont dans les abris ne veulent pas sortir.

L’épouvante par suite vient de ce que les boches ont attaqué et fait des prisonniers de trois divisions, de la 32e, de la 31e et de la … ; ceux qui sont de la 31e ne sont pas nombreux, il n’y a qu’un sous-officier de ma compagnie qui était en reconnaissance.

Donc c’est dans ce bouleversement que nous faisons la relève.

 

Je suis sentinelle dans un petit poste qui se trouve à 7 mètres du petit poste boche ; il est recouvert d’un treillis percé par les grenades et entouré de quelques chevaux de frise. Dans le poste se trouve un mort, qui sans le froid qu’il fait serait en décomposition.

Une caisse de grenades est complètement hors d’usage, car un obus de 75 a tombé dedans et en a fait éclater quelques-unes, et de peur qu’en les touchant le reste saute, par suite de la nuit nous n’y touchons pas.

Dans la tranchée faisant face dans une autre direction deux sentinelles veillent également.

 

Depuis près d’une heure, je suis dans mon coin à observer et à écouter. Les Allemands ont déjà boussé (?) et surement parlent de la réussite de leur coup de main quand un agent de liaison vient me chercher comme téléphoniste au P.C. du capitaine.

Je (le) suis pendant un temps assez long des boyaux obstrués et bouleversés, et sous la rafale d’obus, et enfin j’arrive sans encombre au terme du voyage.

Mais à peine suis-je engagé dans la sape qu’on me dit de retourner à ma section et que je suis remplacé par un camarade de la section de réserve : très peu satisfait, je retourne à ma section et me couche sous une tôle le long du parapet.

9 mars

Pendant la matinée, avec d’infinies précautions, nous débarrassons les grenades, les brancardiers enlèvent le mort, et nous couvrons le poste en y ménageant un créneau.

 

Le soir, entendant remuer les fils de fer, je débouche une caisse de grenades, et je commence un duel dans la direction du bruit, et ensuite sur le poste car les boches peu après se mettent à répondre ; quand j’ai vidé la caisse les boches cessent aussi et, pour ce soir, nous en restons là.

10 mars

La journée est assez belle et le terrain commence à dégeler, étant dans le bois d’Avocourt nous tirons sur des pinsons qui s’amusent sur les rares arbres qui restent.

Le soir, une grenade allemande éclate dans le poste où je me trouve et réduit en morceaux mon fusil ; c’est la faute à un officier qui a voulu tirer au fusil-mitrailleur.

11 mars

Les voisins d’en face sans se gêner, nettoient leurs tranchées et vident l’eau dans notre direction. Comme le terrain penche légèrement, elle vient de notre côté ; aussi essayons-nous de tirer celui qui vide l’eau, mais nous arrivons juste à couper le manche de son écope.

Voyant cela, ils cessent de travailler.

12 mars

Violent bombardement avec obus, grenades et torpilles.

13 mars

Nous sommes sur la défensive car les boches doivent attaquer.

Je suis couché et un camarade vient me réveiller en me disant d’être prêt de suite, que les boches allaient probablement attaquer.

Je saute dehors de mon trou et tombe le nez dans la terre, mes jambes par suite de l’humidité sont ankylosées et je reste pendant un quart d’heure sans pouvoir marcher.

Un jeune officier arrive à ma section, il est nouveau promu et ne connait pas les tranchées ; aussi c’est fièrement qu’il se promène dans la tranchée, quand à un certain endroit une balle lui siffle aux oreilles ; sans se soucier du danger, il retourne sur ses pas et veut voir le boche qui l’a tiré.

Hélas ! Si la première balle l’a manqué, la deuxième lui traverse la tête et c’est la mort après quelque secondes.

 

(*) : Il s’agit du sous-lieutenant FOURNIER des CORATS. Il était maréchal des Logis dans la cavalerie (notes JMO).

Cela confirme sa non-connaissance des tranchées.

Sa fiche déclare :

Henri Marie FOURNIER des CORATS, sous-lieutenant à titre temporaire, est mort pour la France le 22 mars 1917, aux tranchées, à l’est Avocourt, tué à l’ennemi. Il était né à Moulins (Allier), le 9 août 1896.

Sa fiche précise qu’il était du 3e régiment de Chasseurs, passé au 122e RI.

Nous savons donc par le JMO qu’il venait de la cavalerie, il s’agit du 3 Chasseurs à Cheval.

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État des pertes du mois de mars 1917 du 122e RI.(site SGA)

Cliquez pour un agrandissement

14 mars

Pendant la nuit, relève ; un sérieux bombardement a lieu pendant la relève et nous embourbons dans les boyaux.

15 mars

À 5heures du matin nous arrivons fatigués, exténués, au village de Brocourt ; nous avons marché toute la nuit, et nous couchons peu après notre arrivée.

16 mars

Nettoyage des effets et des armes. Je travaille au bureau à l’emploi de secrétaire.

17 mars

Après une petite randonnée dans le village, nous trouvons quelques litres de pinard et faisons un peu la fête.

18 mars

Pendant toute la journée le canon n’a cessé de tonner ; une saucisse des nôtres est brulée, et à 15 heures nous sommes alertés, mais nous ne partons pas.

À 21h, à peine sommes-nous couchés qu’on nous réveille et nous crie rassemblement de suite ; comme c’est un dimanche nous avons un peu mal à la tête car le pinard fait son effet, aussi les apprêts sont un peu plus longs.

Dans la nuit une voix se fait entendre, c’est celle du fourrier, il me dit que je suis permissionnaire et que je reste là ! (*)

 

(*) : Paul a de la chance. La 132e division d’infanterie, dont fait partie le 122e, a attaqué le 19 mars au matin les positions perdues des Quartiers Malleray et Gauthier (ordre N° 69 de la 132e DI). Le 122e RI a eu de nombreuses pertes.  Voir les pertes  >>> ici <<<

19 mars

Dans le cantonnement, étant resté seul, je ne dors guère et c’est de bonne heure que je prépare mes affaires, car je dois porter mon sac au Claire Chêne.

À 4 heures je monte dans le Meusien à Nixéville et viens jusqu’à Revigny ; je passe ensuite par Gray, Besançon et Avoudrey.

Je devais partir en permission en même temps que Maurice, mais son chef de bataillon n’a pas laissé partir de permissionnaires et il a été forcé de rester pour l’attaque. Je fus obligé de dire à ses parents que son bataillon était contaminé par les oreillons.

 

Avril 1917 : Repos

2 avril

Je rentre de permission au Camp Jeanne près du bois d’Avocourt et pendant quelques jours je travaille au bureau pendant que les camarades aménagent le secteur.

8 avril

Nous partons pour le camp du Clair Chêne et nous y passons deux jours.

10 avril

Nous arrivons dans de profonds souterrains qui ont été creusés par le Génie ; ils sont très résistants, vastes car on peut loger plus d’un régiment et assez bien aménagés.

À la côte 309, au-dessus de Montzéville, nous faisons des travaux de nuit jusqu’au 30 avril ; pendant la journée nous nous reposons. Nous sommes encore assez souvent bombardés mais dans nos abris nous ne craignons pas même les 420.

Mai 1917 : cote 304

2 mai

Nous revenons au Clair Chêne passer quelques jours de repos.

3 mai

Je vais voir Maurice à l’infirmerie au ravin de Placy près de Rampont.

4 mai

Revue d’armes et d’effets.

5 mai

Remise de décorations, pour les affaires d’Avocourt. (*)

 

(*) : Du 19 mars, Paul n’y a pas participé (permission)

6 mai

Revue en tenue de départ.

7 mai

Astiquage des armes et habits.

8 mai

Nous allons à Lemmes passer la revue du Général, et nous passons par l’hôpital d’évacuation où se trouve un cimetière contenant près de cinq mille morts.

9 mai

Nous passons par Béthelainville et Montzéville pour venir occuper les tranchées du Bec à la côte 304.

10 mai

Deux blessés à mon escouade par de petites bombes.

11 mai

Bombardement avec bombes et grenades.

12 mai

J’ai un blessé à ma section auquel je fais un pansement.

13 mai

Au matin cherchant une aventure, c’est à dire guettant un boche, je m’apprêtais à le tirer lorsqu’il tira le premier et fit éclater un sac en face ma figure ; j’eu chaud mais ce fut tout.

Voyant cela, je saisis un tromblon, j’ajuste et je tape en plein dans le créneau d’où il m’a tiré.

14 mai

Les boches sortent de leurs tranchées mais ne peuvent aborder les nôtres.

15 mai

Violent bombardement par bombes ; c’est par 30 ou 40 qu’elles tombent.

16 mai

Nous sommes relevés par le 3/122.

17 mai

Au matin nous arrivons au camp A.

18 mai

Par suite de la fatigue endurée pendant ce séjour en première ligne, je suis assez gravement malade et ne peux rien manger.

19 mai

Malgré ma maladie je ne suis pas évacué.

20 mai

Les camarades vont au travail.

21 mai

Je suis toujours malade.

22 mai

Préparatifs de départ.

23 mai

Nous venons en réserve à la côte 310.

24 mai

Nous allons travailler en arrière de la côte 307.

25 mai

Je suis fonctionnaire caporal et fait faire les corvées.

26 mai

Travail.  

27 mai

Ma section a repos.

28 mai

Nous allons travailler en dessus d’Esnes.

29 mai
 Nous plaçons des fils de fer.

30 mai

Nous retournons en première ligne et arrivé à 800 mètres des petits postes, un formidable bombardement a lieu, les mitrailleuses se mettent de la partie, les grenades éclatent aussi.

Nous sommes obligés de former la carapace.

La cause de tout cela sont deux coups de main.

31 mai

Quelques bombes sont lancées ; nous avons un blessé.

 

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Juin 1917 – secteur d’Esnes

1 juin

À 11 heures du matin, les Allemands tentent un coup de main ; il s’ensuit un violent bombardement. Je fais partie d’une équipe volante qui place les fils de fer.

2 juin

Un coup de main échoue, violent bombardement grenades à fusil.

3 juin

Avec mon équipe je place des fils de fer et par ce beau clair de lune nous sommes obligés d’attendre qu’elle se cache pour opérer.

Ce soir à peine sorti dehors au parapet, je vois derrière le réseau placé la veille une forme grise ; je saisis immédiatement mon revolver, et j’ajuste, mais aucun mouvement.

Comme je ne peux passer je me retire, et à peine ai je fais dix mètres qu’une grenade éclate à proximité.

4 juin

Violent bombardement avec bombes.

5 juin

Chaque matin nous recevons des coups de fusils à bout portant, mais aujourd’hui nous apercevons la tête du boche émergeant d’un trou d’obus communiquant avec une sape, et comme il n’est pas éloigné nous proposons de le faire cacher : avec des grenades, des coups de fusil nous tirons dans la direction mais nous ne revoyons rien.

6 juin

Violent bombardement avec obus : je place toujours des fils de fer.

Un blessé.

7 juin

Nous avons deux morts et quatre blessés.

8 juin

Nous avons tiré 3000 grenades à fusil en trois jours.

9 juin

Nous sommes relevés par le 143 R.I. et nous avons fait un jour de rabiot : il ne voulait pas monter en ligne.

10 juin

Notre repos au camp du Clair Chêne se passe assez bien.

11 juin

Nous faisons une petite nouba.

12 juin

Revue d’habillement.

13 juin

Nous partons pour le bois Bourras en passant par Germonville.

14 juin

La compagnie exécute des travaux.

Je suis employé au bureau.

27 juin

Je remplace l’ordonnance de l’Aumônier parti en permission.

29 juin

Nous partons pour le grand repos à l’arrière ; quelle joie, quel Bonheur.

Juillet 1917 : Permission

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4 juillet

Nous embarquons à Dombasle et après avoir passé par Bar-le-Duc, St Dizier, nous débarquons à Robert-Espagne et venons cantonner à Lisle-en-Rigault.

Tout va bien, et nous sommes très heureux de nous revoir loin du front.

9 juillet

Jusqu’au 9 juillet, je fais le service d’ordonnance.

Je pars en permission et passe par Revigny, Gray, Besançon, Avoudrey. La permission se passe à merveille et avec Maurice nous allons aux cerises à Lods. (*)

 

(*) : Lods se situe dans le département du Doubs

25 juillet

Je rentre de permission et travaille au bureau jusqu’au 10 août.

Août 1917 : Le Mort-Homme, les gaz

 

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10 août

Nous grimpons dans les voitures à viande et arrivons à Julvécourt dans l’après-midi ; nous y restons 48 heures et le 12 août, nous partons pour le Bois St Pierre.

Nous y restons encore six jours pendant lesquels malgré la pluie nous faisons des kilomètres pour trouver du pinard

Le 18

Au soir nous quittons Rampont et passons par Jouy pour venir occuper la parallèle de départ en arrière du Mort-Homme.

Les officiers nous abandonnent dans le boyau 4 et nous passons toute la journée du 19 à les chercher.

19 août

Enfin nous réussissons à les trouver dans une petite sape et à les ramener près de nous.

À 19 heures, je pars pour aller poster des papiers au colonel et comme il y a au moins 70 centimètres d’eau dans les boyaux, je passe à découvert et les obus à gaz ne tardent pas à faire leurs effets.

 

À 22h, je vais au commandant et ressens encore la bonne odeur des gaz.

 

À 24h, le fourrier de ma compagnie vient me chercher pour aller chercher des caisses de grenades ; je refuse d’y aller, puis je me décide.

Mais j’abandonne la caisse en route et rends tout ce que j’ai dans le corps ; je suis assez gravement atteint mais ne veux pas être évacué.

La nappe de gaz est toujours aussi forte, je remets mon masque et retourne à mon ancien trou mais je ne peux y rentrer et me couche sur le parapet.

 

Je ne dors presque pas et à 4h38 nous partons à l’assaut de la crête du Mort-Homme. Nous passons la première ligne, faisons quelques prisonniers, et continuons notre avance.

Un avion boche nous survole, tous les fusils et mitrailleuses tirent dessus et il s’en va avec du plomb dans l’aile.

Après 2 kilomètres de marche, je n’en peux plus et je tombe au bord d’un trou d’obus.

J’y reste près d’une demi-heure et un camarade qui voulait m’envoyer au poste de secours m’abandonne.

Je retrouve un peu d’énergie et dans ma musette saisis une bouteille d’alcool de menthe que je bois d’un seul trait ; cela me donna des jambes et je partais à nouveau. J’arrive auprès d’une tranchée, et vois trois boches, un me vise, mais plus vif que lui j’avais tiré et je le vois porter la main à son épaule.

Mais ce ne fut que pendant une seconde, et tous trois s’enfuirent.

 

Quelques instants plus tard, ils avaient rejoint un groupe d’une cinquantaine, qui commencèrent à nous appeler et à nous tirer dessus.

Cela nous mit en colère et nous arrivâmes à une cinquantaine de mètres d’eux et ouvrîmes le feu.

Je tirai près de 119 cartouches, et enfin cernés de tous côtés, ils se rendirent.

Nous arrivâmes au tunnel du Kronprinz ; et le sergent qui voulut y descendre fut tué, une mitrailleuse en défendait l’entrée.

Nous commençâmes par y lancer des grenades asphyxiantes et incendiaires, et à 10 heures cinq boches commencèrent à se rendre ; le reste qui comptait 400 hommes ne se rendit pas avant l’après-midi, et sous la menace d’être ensevelis.

Nous avançâmes un peu plus avant et fîmes emporter les blessés et les morts à certains prisonniers.

 

(*) : Les pertes du régiment, pour cette journée, s’établissent à 17 officiers (4 tués et 1 disparu) et 347 hommes (54 tués et 65 disparus)

 

 

 

Citation à l’ordre de l’Armée

Le Général GUILLAUMAT cite à l’ordre n° 900 de la 2e Armée du 20 septembre 1917, le 122e régiment d’infanterie.

« Chargée d’enlever deux importantes positions ennemies, sur un front de 900 mètres et une profondeur de 2 kilomètres, le 122e régiment d’infanterie, habilement dirigé par son chef, le lieutenant-colonel GRACY, s’est porté vaillamment à l’assaut et d’un seul bond, a enlevé tous ses objectifs malgré la résistance acharnée de mitrailleuses ennemies.

Sous un violent bombardement s’est immédiatement organisé sur la position conquise brisant les contre-attaques répétées de l’adversaire et s’emparant de 400 prisonniers, dont 6 officiers, de 21 mitrailleuses, 8 minenwerfer et d’un important matériel. »

(Mort-Homme le 20 août 1917). Le soldat POURCELOT Paul était présent à l’attaque.

 

 

21 août

Les boches essayent sans succès une contre-attaque

22

Violent bombardement et aménagement des trous d’obus

23

Le 3/122 avance jusqu’au ruisseau des Forges près de Béthincourt.

24

Je ne peux plus rien absorber, les gaz commencent leurs effets.

25

Contre-attaque allemande sans succès. Violent bombardement.

26

Bombardement avec les obus à gaz

27 août au 3 septembre

Nous occupons le secteur. Nous sommes mitraillés par les avions, lesquels viennent par 20 ou 30 nous tirer dessus dans les trous d’obus.

 

Septembre 1917 : Repos

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3 septembre

Mon bataillon seulement est relevé, car nous allons passer la revue des Généraux Guillaumat et Pétain, Joffre et Poincaré à Souilly ; nous venons cantonner à Julvécourt et y passons quatre jours.

7 septembre

Nous revenons en camions à Lisle-en-Rigault et nous venons y passer quelques jours de repos.

9 septembre

Un avion boche vient nous survoler et lance des bombes.

10 septembre

Nous repartons de Lisle-en-Rigault et venons débarquer à Longevelle (Hte Saône).

12

Nous nous installons à Longevelle et nous sommes assez bien ; je me ressens des gaz.

13

Repos.

14

Promenade auprès de l’Oignon.

15

Nous recevons des renforts.

16

Nous passons une revue et la fourragère est accordée au 81e RI et au 96e RI.

Le mois de septembre se passe très agréablement et je rends une visite à l’Hermitage de Villersexel ; le reste du temps s’emploie à travailler au bureau ou à aller à la pêche.

Octobre 1917 : Alsace

 

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Je pars à Épinal comme fonctionnaire caporal pour y assurer la garde de la gare, et nous y passons quinze jours assez agréables, car c’est assez gentil.

16 octobre

Nous passons par Aillevillers et venons débarquer à Belfort.

18

Nous arrivons à notre cantonnement de Phaffans et nous y sommes habillés à neuf. Comme ce n’est pas très loin de Rougemont, je saute dans le train et je vais voir la Tante.

25

Nous allons cantonner à Rougemont-le-Château et je vais coucher chez la Tante Sœur.

28

Nous partons pour Sentheim et passons par Lauw.

Nous y restons jusqu’au 30 octobre, et pendant ce temps nous allons couper du bois près de Bourbach-le-Haut.

30 octobre

Je pars en permission et monte dans tramway électrique à Santheim ; je passe par Belfort et Besançon.

Novembre 1917 : Alsace

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16 novembre

Je rentre de permission et arrive au cantonnement du Camp Mollans.

17 novembre

Je reprends mon rôle de fonctionnaire caporal.

18 novembre

Nous vivons dans des abris plein d’eau.

19 novembre

Nous faisons des tranchées

20 novembre

Nous venons en réserve au Kalberg.

21 novembre

Nous exécutons toujours des travaux ; activité aviation ennemie.

Un appareil allemand est descendu à Belfort.

22

Nous allons toujours au travail et nous nettoyons les tranchées

23 novembre

Nous recevons un violent bombardement.

24

Nous sommes relevés et partons pour le Camp Marquet.

25 novembre

Nous allons coucher à Aspach-le-Haut et nous récoltons des pommes et des poires.

26 novembre

Nous venons passer quelques jours à Rodern ; je reçois la croix de guerre pour les affaires du Mort-Homme.

27 novembre

Nous allons travailler à un boyau.

28 novembre

Travail de nuit.

29 novembre

Je fais partie d’une équipe spéciale et nous allons à la recherche des espions du côté de Leimbach, village qui se trouve près de Thann.

Nous y restons jusqu’à 2 heures du matin mais sans succès.

30 novembre

Nous allons placer des fils de fer.

31 novembre

Nous finissons un réseau de fils de fer.

Décembre 1917 : alsace

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1 décembre

Il fait très froid mais malgré cela nous exécutons des travaux de nuit jusqu’au 12

12 décembre

Nous allons occuper le secteur de la gare d’Aspach.

13 décembre

Nous recevons un sérieux bombardement

14 décembre

Nous avons deux blessés à ma section.

15 décembre

Je vais faire une tournée à Aspach et je rapporte quelques souvenirs.

16 décembre

Nous avons deux blessés à ma section.

17 décembre

Nous avons un tué.

18 décembre

Je fais une patrouille entre les lignes.

19 décembre

Le 3e bataillon fait un coup de main et ramène un prisonnier.

20 décembre

Je remplace un homme marié à qui la patrouille ne sourit pas.

21 décembre

Nous faisons une patrouille assez sensationnelle car nous rencontrons les boches.

 

(*) : S’agit-il d’un début de fraternisation ?

Le mot « sensationnelle » pour une patrouille, laisse perplexe

22 décembre

Nous sommes relevés et venons cantonner à Modem.

23 décembre

Nous venons à Bourbach-le-Bas.

24 décembre

Repos et nettoyage.

25 décembre

Nous assistons à la messe de Noël et faisons la fête.

26 décembre

Je fais une partie de chasse et réussis à tuer, en compagnie de quelques camarades, un petit marcassin.

27 décembre

Nous faisons des travaux de défense.

28 décembre

Nous allons placer des fils de fer.

29 décembre

Nous avons de la neige mais cela ne nous empêche pas de travailler.

30 et 31 décembre

Travaux.

 

1918

 

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Janvier 1918-Alsace

(*)

 

(*) : Écrit Alsass dans le carnet

1er janvier

Nous fêtons agréablement ce 1er jour de l’An, et nous faisons notre repas en famille à Bourbach.

2 janvier

Pose de fils de fer.

3 janvier

Nous allons placer des fils de fer.

4 janvier

Je vais à la chasse aux merles et réussi à en tuer un.

5 janvier

Je rends visite à la Tante Sœur à Rougemont-le-Château ; Grande réception.

6 janvier

Je suis de garde.

7 janvier

À 14h ½ départ pour les tranchées, nous passons par Guewenheim.

8 janvier

La neige tombe en abondance ; violent bombardement à Burnhaupt.

9

La neige continue à tomber ; j’occupe un poste téléphonique.

10 janvier

Nous partons à la chasse mais ne réussissons qu’à tuer un corbeau gris.

11 janvier

Dégel.

12 janvier

L’eau envahit l’abri que j’occupe.

13 janvier

Pluie et dégel, l’eau envahit le Moulin Schuller.

14 janvier

Départ pour les tranchées, je reste jusqu’au jour pour passer les consignes.

15 janvier

Nous sommes en secteur à la gare de Burnhaupt et je prends la garde ; je fais partie d’une patrouille et nous allons jusqu’au Pont d’Aspach.

16 janvier

Je prends le service de garde au Petit Port de Grenadiers ; quelques obus tombent à nos côtés.

17 janvier

La Doller déborde et l’eau envahit nos abris.

18 janvier

Nous partons en patrouille et les mitrailleurs nous tirent dessus.

19 janvier

Notre groupe-franc exécute un coup de main qui ne réussit pas.

20 janvier

Nous sommes relevés et venons en réserve au Camp Marquet.

21 janvier

La compagnie va au travail.

22 janvier

Mon cousin vient me rendre visite et les camarades vont au travail.

23 janvier

Travail.

24 janvier

Je vais revoir Maurice qui se trouve en première ligne.

25 janvier

Travail, creusement de boyaux.

26 janvier

Revue d’armes et d’effets.

27 janvier

Nous sommes en tranchées au Kalberg et ma section se trouve en relève

28 janvier

Nous exécutons quelques travaux de réparation de boyaux.

30 janvier

Je suis de veille de quart.

31 janvier

Il fait très froid et le service de quart n’est pas très agréable.

Février 1918 : Alsace

1 février

Veille de quart, violent bombardement, nuit agitée.

Les Allemands coupent les fils de fer en face notre poste, mais ne peuvent nous faire des prisonniers.

2 février

Journée calme, brouillard.

3 février

Nous devons être relevés mais c’est un nouveau régiment qui doit nous relever.

4

Nuit mouvementée, violent bombardement, un coup de main échoue.

5 février

Nous sommes relevés par le 80e R.I. et nous arrivons à Petite Fontaine à 4 heures du matin.

6 février

Revue d’armes.   

7 février

Revue d’équipement et de vivres.

8 février

Nous creusons des tranchées près du Poste de Douane.

9 février

Nous creusons des abris.

10 février

Je vais déjeuner avec la Tante Sœur.

11 février

Travaux ; départ du 3e bataillon pour Bretten.

12 février

Revue- Douches.

13 février

Travaux, creusement de tranchées.

14 février

Je suis malade ; Rhumatisme aux genoux.

15 février

Je me fais soigner au salicylate de méthyle et 3 pastilles de quinine.

16 février

Travaux de terrassement.

17 février

Je vais encore déjeuner avec la Tante Sœur.

18 février

Je fais, avec l’aide d’un architecte, la relève des plans de fils de fer et de tranchées.      

19 février

Douches ; repos

20 février

Nous relevons toujours des plans ; travaux de géométrie.

21 février

Travaux de terrassement. Neige.

22 février

Nous allons à la Chapelle-sous-Rougemont pour le service géographique.

23 février

Travaux de géométrie.

24 février

Déjeuner avec la Tante Sœur.

25 février

Nous faisons une partie de pêche.

26 février

Par suite de la pluie nous avons repos.

27 février

Malgré la pluie, nous allons au travail.

28 février

Relève des plans, Service géographique.

Mars 1918 : Alsace

1 mars

Pluie, travaux.

2 mars

Vaccination pour toute la compagnie mais comme je dois partir en permission, je refuse d’être vacciné.

3 mars

Je vais encore passer une journée auprès de Tante Sœur.

4 mars

Travaux.

5 mars

Je pars en permission et monte dans le train à la Chapelle-sur-Rougemont.

Du 6 mars au 21 mars

Je passe une agréable permission.

22 mars

Travaux pour abris.

23 mars

Je suis vacciné et ne suis pas trop malade.

L’après-midi je vais à la pêche aux grenouilles ; nous en trouvons un bon nombre.

24 mars

Je vais voir la Tante Sœur et y passe la journée.

25 mars

Dernière visite à Rougemont et dans la nuit départ de Petite Fontaine

26 mars

Nous arrivons à la Chapelle-sous-Chaux près de Belfort.

27 mars

Exercice, et pêche aux grenouilles.

28 mars

Exercice.

29

Je me fais porter malade pour assister aux offices de la semaine Sainte.

31

Nous faisons la fête de Pâques et le soir nous partons, et comme nous avons bu un peu plus que de coutume, je m’endors assez rapidement.

Avril 1918 : Paris, Somme puis Flandres

1 avril

Nous voyageons toujours.

2 avril

Nous débarquons à Cauly (Oise) et nous avons passé par Vesoul, St-Dizier, Vitry-le-François, Châlons-sur-Marne, Épernay, Château-Thierry.

3

Nous repartons à pied et venons cantonner à Angicourt (20 km)

4 avril

Départ d’Angicourt, arrivée à Monceaux.

5 avril

Exercice.

6 avril

Je ne veux pas assister à l’exercice et vais rendre visite au village.

7 avril

C’est dimanche, mais de nos voyages, c’est le seul village que je vois si peu pratiquant.

8 avril

Nous faisons des tranchées et nous défendons les 1eres lignes du camp retranché de Paris.

9 avril – 10 avril

Travaux.

11 avril

Nous quittons Monceaux, passons par Liancourt et venons camper à St Félix (25 kil. à pied).

12 avril

Nous repartons en camions et faisons encore 8 kilom. à pied pour venir à Rumaisnil.

14 avril

Nous partons de notre cantonnement et venons à Renancourt (faubourg d’Amiens) sans ravitaillement

15 avril

À 12h arrivée des cuisiniers et du train de combat.

Visite d’Amiens.

16 avril

Visite aux villages voisins. Pont de Metz, St Jean Salouël (Somme)

17 avril

Nous arrivons à Pierrecot.

18 avril

Nous venons coucher à Rubempré ; pendant notre marche nous avons de la pluie, de la neige, du gel etc.

19 avril

Nous cantonnons à Outrebois. Marche de 25 kilom.

20 avril

Nous venons à Ligny-sur-Canche (Pas de Calais) 18 kilom.

21 avril

Revue d’armes et d’effets.

22 avril

Tir au fusil-mitrailleur.

23 avril

Nous campons à Vieil-Hesdin ; marche de 18 kilom.

24 avril

Arrivée à Coupelle-Vieille (Vailly-sur-Aisne).

25 avril

Nous campons à Merck-St Liévin, et nous repartons le lendemain matin en auto.

26 avril

Pour Arneke (Nord), Fauquembergues.

27 avril

Étape Arneke-Steenvoorde (Cassel)

28 avril

Exercice de défense du village.

29 avril

Départ à 4h pour les lignes.

Nous quittons notre cantonnement à 4h du matin, nous passons à gauche de Steenvoorde et montons en colonne d’escouade jusqu’à Abeele (Belgique)

Nous faisons la pose et y mangeons la soupe (ensuite l’artillerie passe devant nous et se met en position) ; sitôt la soupe mangée nous repartons et marchons jusqu’au soir.

Nous recevons des bombes d’avions et le soir nous recevons des obus ; nous couchons dans des fermes abandonnées.

30 avril

Nous faisons une perquisition au village voisin et ramenons des conserves et des veaux, mais nous ne pouvons profiter de tout cela, et le soir nous attaquons.

Nous devons relever le 416 ou les chasseurs à cheval (qui sont à pied), mais la 6e Cie qui nous dépasse ne trouve que les boches.

Pendant ce temps nous faisons une attaque de flanc et les jeunes de la classe 1919 craignent les obus. Nous faisons des trous individuels dans un champ de blé et y passons la nuit sous un violent bombardement.

Mai 1918 : Flandres, combat de Locre puis Nord

1er mai

Pendant toute la journée nous restons en tirailleurs et craignons une attaque du côté de Neuve-Église : au soir nous allons remplacer la 6e compagnie près de l’Hospice de Locre.

2 mai

Nous y relevons la 6e dans les trous d’obus et nous creusons un petit boyau pour assurer notre existence pendant la journée.

Peu de temps après notre arrivée je pars avec un camarade à la recherche d’eau au village de Locre, mais nous ne trouvons que des pompes cassées et ne pouvons rien rapporter.

À notre retour, je travaille dans un trou d’obus à gaz et je souffre beaucoup des yeux.

3 mai

Pendant la journée, les boches nous ont aperçus et nous canardent, mais leurs obus tombent trop courts et ce sont eux qui ont les premiers blessés.

Peu de temps après nous avons deux blessés à ma section, et ils agonisent deux jours après.

Pendant la nuit nous devons attaquer l’Hospice mais à l’heure convenue une compagnie du 81e R.I. vient nous aider.

À peine suis-je endormi que l’on vient me réveiller car l’attaque est déclenchée.

 

Peu de temps après un officier du 81e revient me prévenir que l’attaque n’est pas réussie et qu’il ne peut pas déboucher.

De tous côtés les mitrailleuses se font entendre et les balles nous sifflent aux oreilles ; puis un coup de sifflet retentit et les boches sortent. Nos fusil-mitrailleur ont aussitôt fait de les faire coucher, mais le bombardement devient intense et de ma section je n’ai plus qu’une sentinelle, les autres ont le nez dans la terre pour ne pas recevoir les éclats d’obus.

Comme l’attaque n’a pas réussi et que nous voulons conquérir le point stratégique notre compagnie se replie et nous venons à gauche de Locre derrière une petite haie.

 

Pendant le trajet nous croyons notre dernière heure arrivée, car nous sommes visibles par suite du feu qui consume plusieurs maisons et les balles de mitrailleuses nous tombent au pied.

Nous faisons souvent des haltes dans les trous d’obus.

Puis à la fin fatigués de tous ces plats-ventres nous venons jusqu’à l’endroit fixé, sans arrêt. 

4 mai

À quatre heures du matin, je commande deux hommes pour m’accompagner en patrouille de liaison sur notre gauche, mais un seul me suit et après avoir parcouru pendant près de 500 mètres un terrain recouvert de cadavres (1 par 10 mètres carrés) et de trous d’obus, le tir de barrage se déclenche et les obus éclatent de tous côtés.

 

Du régiment de gauche (*) nulle trace et nous avançons pendant au moins 300 mètres sans rien voir, quand tout à coup dans la fumée et le brouillard, j’aperçois quatre brancardiers qui emportaient un blessé.

À ma vue et sous le bombardement ils abandonnent tout et se sauvent (le blessé avait probablement été achevé par un obus).

Immédiatement nous nous lançons à leurs trousses et nous ne les rattrapons qu’à leurs trous individuels.

Ma mission terminée il me faut rejoindre ma compagnie et c’est toujours sous un bombardement violent que notre retour s’effectue ; un homme de mon escouade est manquant depuis la veille et nous le trouvons blessé à la tête dans un trou d’obus.

Nous le ramenons avec nous et après mille difficultés nous arrivons à la section laquelle est en tirailleurs derrière une haie et tous les hommes ont le nez dans la terre.

Nous creusons des trous individuels, mais à peine avons-nous creusé 50 centimètres que l’eau vient nous trouver et nous sommes en plein sous le tir de barrage, lequel dure pendant 7 heures sans arrêt.

 

(*) : Il s’agit du 81e régiment d’infanterie

 

Je fume au moins 4 paquets de cigarettes et me cache la tête avec mon sac. Je crois que jamais je ne reverrai Passonfontaine et que ma mort est proche car les obus éclatent de 10-15 mètres, à 2 ou 3 mètres, et par rafales de 10 ou 20 à la fois et de tous calibres.

Enfin le calme renait un peu et on m’envoie chercher la relève.

 

Je dois amener un peloton du 81e et un du 122e : total une compagnie. Je vais les chercher au Chemin creux près de Moulin Rouge petit coin bien repéré.

 

Il est 10h du soir, et à ma demande qui est celle-ci : tout le monde est-il prêt ?

Le capitaine me répond affirmativement ; nous partons de suite.

Nous traversons le village de Locre et je vois les cantines où nous étions pendant les journées du 2 et 3 mai, mais je ne connais pas beaucoup le chemin et je suis assez embêté à certains moments.

 

À notre entrée dans le village, un chien se met à aboyer et il est certain que si j’avais été à ses côtés, je lui aurais coupé la tête, et je n’ai qu’une pensée : c’est de croire que les boches se sont infiltrés dans nos lignes car à certains endroits il y a des intervalles de 800 mètres où il n’y a personne.

Comme nous sortions du village le capitaine trouve le temps long et me demande si nous arrivons bientôt.

Je réponds oui et approvisionne mon fusil et notre marche continue toujours.

Le capitaine du groupe refuse de me suivre parce que l’incendie donne trop de clarté ; je lui dis que nous approchons et que s’il ne veut pas venir je m’en retourne. Il se décide à me suivre et nous continuons notre marche.

 

Nous arrivons dans le petit boyau que nous avons creusé la veille. Il est plein d’eau et les hommes ne veulent pas descendre dedans. Des murmures se font entendre et probablement les boches sont aux écoutes car la mitrailleuse se fait entendre et malgré l’eau nous sautons dedans.

Je conduis le capitaine dans son trou d’obus, lui montre l’objectif à attaquer et me décide à m’en retourner. Mais ce n’est pas une mince affaire et comme point de direction je prends la gauche du village de Locre car j’ai peur d’aller voir les boches.

 

Arrivé à une cinquantaine de mètres, je me couche dans un trou et appelle. Un camarade me répond d’avancer qu’ils ne tireront pas, puisqu’il me reconnait. Je rends compte au capitaine et peu de temps après nous partons pour venir en réserve et pendant la relève nous avons des gaz asphyxiants

5 mai

Nous venons en réserve derrière un assez haut talus, et là nous respirons un peu

6 mai

Je prends la garde, pour répéter les signaux.

Bombardement gaz.

7 mai

Le soir, nous devons aller attaquer des bois du côté de Bailleul. Violent bombardement (gaz) (2 blessés)

8 mai

Pendant cette journée je réussis à me laver et le soir ordre d’attaquer, laquelle (attaque) n’a pas lieu.

Bombardement gaz.

9 mai

Je suis de garde et les obus tombent à proximité de nous.

Nous avons 4 tués.

10 mai

Nous avons un sous-officier tué par un éclat d’obus.

11 mai

Il fait bien froid et le bombardement continue toujours.

12 mai

Un avion boche, portant des couleurs anglaises, vient nous repérer et nous recevons un violent bombardement.

13 mai

Bombardement avec obus de gros calibre, plusieurs blessés.

14 mai

La pluie n’a cessé de tomber toute la journée et le soir par un temps affreux nous retournons en première ligne.

Nous faisons au moins 20 culbutes dans les trous d’obus pleins d’eau et nous ne pouvons distinguer l’homme qui marche devant nous, et c’est dans cet état que nous relevons la 11e Cie.

14 mai

Nous passons la journée derrière un buisson et le reste de ma section derrière des cabinets anglais.

 

Au soir je fais une patrouille pour retrouver nos sections, et je vais voir les boches ; arrivés à peu près à 20 mètres d’eux la mitrailleuse nous tire dessus et je me couche immédiatement au milieu de la route que je traversais.

Je me traîne au talus plein d’eau ; dès que le tir cesse je me replie derrière une maison. Un sous-lieutenant me demande si je suis fou, puis me dit qu’il la fera taire ; hélas ! Le lendemain il était tué par cette mitrailleuse.

15 mai

Malgré un violent bombardement nous n’avons que des blessés.

16 mai

Nous sommes relevés par le 218e RI et je reste jusqu’au matin pour passer les consignes. Nous ne restons que deux pour la compagnie, et sitôt notre travail terminé, malgré un violent bombardement avec obus à gaz, nous revenons vers l’arrière, nous gardons le masque pendant un kilomètre, puis n’en pouvant plus nous le quittons et nous absorbons des gaz à satiété.

Nous tombons exténués à proximité d’un trou d’obus plein d’eau, nous buvons 1 bouteille d’alcool de menthe puis de l’eau de ce trou d’obus.

 

Ensuite nous continuons notre marche et passons un ravin où on ne voit que des cadavres déchiquetés et au moins 50 chevaux tués.

Mais les pieds commencent à me faire souffrir, ils dégèlent et je suis forcé de quitter mes chaussettes ; malgré cela c’est à peine si je peux remettre mes souliers

 

À 4h du matin nous arrivons à Boeschepe et mangeons la soupe avant d’embarquer dans les autos qui nous ramènent sur les bouts de mer à St Pol/mer.

Nous débarquons à l’entrée de la ville, mais nous ne pouvons pas rentrer au pas cadencé ; nous sommes sales, défigurés, pales, malades, et beaucoup de personnes pleurent en nous voyant dans cet état ; et nous logeons dans une école.

Sitôt arrivés nous nous couchons car nous sommes exténués et nous dormons jusqu’au lendemain matin.

17 mai (*)

Nous nous nettoyons et nous allons voir Dunkerque et la plage ; le port est démoli.

 

(*) : Le JMO du régiment stipule pour la période du 29 avril au 17 mai « 588 hommes hors de combat »

18 mai

Revue d’effets. Une bombe tombe à proximité de notre cantonnement et casse juste les carreaux.

19 mai

Visite au port et à la plage, nous mangeons une friture.

20 mai

Revue d’armes, nous allons à la plage.

21 mai

Revue d’effets, nous allons à Dunkerque.

22 mai

Revue en tenue de départ.

23 mai

Nous ne partons pas, et nous allons nous promener.

24 mai

Nous allons encore à la plage et nous y voyons des hydravions.

25 mai

À 4h du matin nous embarquons à Dunkerque, nous longeons la mer jusqu’à Boulogne, ensuite nous passons à St Denis, Pantin, Coulommiers, Sézanne, Fère-Champenoise, Vitry, Saint-Dizier, Joinville, Chaumont et débarquons à Bayon (Meurthe et Moselle).

Le 27 mai

Nous sommes très fatigués du voyage mais nous faisons encore 17 kilomètres à pied pour venir à Saffais dans des baraquements qu’occupaient les noirs.

28 mai

Par suite du voyage et des fatigues endurées pendant notre séjour en premières lignes et aussi des gaz, nous sommes tous malades et les uns ont près de 40,5° de fièvre.

Pour ma part je n’ai que 38,5, nous ne pouvons rien manger et nous sommes soignés à la quinine.

29 mai

Malade

30 mai

Malade

31 mai

Malade

Juin 1918-Lorraine

1 juin

Nous quittons Sassais et venons coucher à Saulxures-les-Nancy (distance 20 kilom.)

2 juin

Départ de Saulxures pour les baraquements de Champenoux (distance 11 kilom.)

3 juin

Nous nettoyons les baraques et nous nous installons.

4 juin

Nous allons creuser des tranchées.

5 juin

De garde dans le village de Champenoux lequel est à 3 kilomètres des boches.

6 juin

Nous avons la visite de civils qui viennent revoir leurs habitations.

7 juin

Nous sommes aux tranchées dans la forêt et mon poste de garde se trouve sur la route à la Corvée des Dames.

8 juin

Comme c’est la saison des nids, je vais à la recherche de jeunes oiseaux.

9 juin

J’ai la visite du colonel et j’agis de ruse.

Dans mon poste il demande un homme pour conduire sa bicyclette et il n’y a que la sentinelle présente.

10 juin

Nous avons la visite du colonel d’artillerie.

11 juin

Toujours de garde.

12 juin

Garde avec les territoriaux.

Nous discutons assez souvent, car ils veulent avoir plus souffert de la guerre que nous.

13 juin

Je vais voir Maurice au Chalet de Brin (sur Seille) et nous parlons du pays.

14 juin

De garde.

15 juin

Maurice vient me voir et nous faisons cuire une demi-douzaine de petits oiseaux.

16 juin

Messe militaire en plein air, belle assistance.

17 juin

Les premiers obus se font entendre, mais cela ne dure pas longtemps.

18 juin

La garde dans ce secteur n’est pas fatigante, et les balles et les obus y sont assez rares.

19 juin

Garde.

20 juin

Maurice vient me voir et nous goûtons à des oiseaux.

21 juin

Je me rends à Mazerulles, et je suis appelé par le commandant pour une proposition pour sous-officier.

22 juin

Le colonel vient nous rendre visite et me donne 5F pour acheter du pinard.

23 juin

Messe à Mazerulles à 1km des lignes.

24 juin

Nous sommes relevés et venons à Champenoux.

25 juin

Installation et revue.

26 juin

Nous sommes occupés à faire les foins.

27 juin

Corvée agricole.

28 juin

Nous entretenons les tombes des soldats tués en 1914.

29 juin

Tir au fusil mitrailleur.

30 juin

Nous venons au Camp de la Bouzule.

 

Juillet 1918 : Le coup de main de Biencourt, la blessure

 

1 et 2 juillet

Tir au fusil-mitrailleur.

3 juillet

Astiquage et revue car demain nous devons assister à une revue américaine.

4 juillet

Revue du général d’armée, défilé et remise de décorations.

Je reçois une étoile pour la citation que j’ai obtenue à Locre.

5 juillet

Nous arrivons en ligne et sommes à la corvée de Mazerulles.                

6 juillet

Garde.

7 juillet

Messe à l’Arboretum, maison forestière.

8 juillet

Notre compagnie franche fait un coup de main avec succès et ramène des prisonniers.

9 juillet

Garde.

10 juillet

Notre groupe franc exécute un coup de main qui ne réussit pas.

11 juillet

Nous avons la visite du général Martin.

12 juillet

On m’appelle au bureau pour une proposition pour sergent.

Car la première a échoué : je suis trop jeune.

13 juillet

Je fais la cueillette des framboises et nous en avons pour un bon dessert.

14 juillet

Nous faisons à merveille la fête.

Mais pendant la nuit, nous sommes dévorés par les moustiques.

15 juillet

Je suis volontaire pour un coup de main et pour former le corps franc.

Nous venons à Champenoux.

16 juillet

Nous sommes passés en revue par le colonel.

17 juillet

Nous faisons un mouvement d’attaque. Le même que nous devons effectuer lorsque nous ferons notre attaque.

18 juillet

Repos.

19 juillet

Nous allons voir le village de Laître-sous-Amance (Près du Plateau d’Amance lequel est passé de nos mains aux mains des boches pendant 7 fois) et nous y buvons quelques chopes de vin blanc.

20 juillet

Nous faisons une autre patrouille, et nous avons vu un autre village.

21 juillet

Messe, et le soir théâtre par les armées, nous réclamons des permissions au général Martin.

22 juillet

Repos

23 juillet

Le soir, nous partons en voiture pour exécuter un coup de main dans un secteur de territoriaux, et les conducteurs nous amènent à l’orée du bois.

 

Vers 22h, nous arrivons dans la plaine et les vieux poilus ne sont pas contents de nous voir agacer le secteur. Ils nous souhaitent la mort à tous.

Volontaire ainsi que deux camarades, nous partons en avant du groupe faire le passage ; nous coupons un premier réseau de fil de fer puis un deuxième, et à ce moment nous traversons une route dans les lignes allemandes.

Les coups de feu crépitent de tous côtés et les balles nous sifflent aux oreilles ; nous sommes à une trentaine de mètres d’eux mais nous nous couchons dans la grande herbe qui pousse le long de la Seille (rivière)

La rafale (*) passée, de peur d’un encerclement, nous nous replions, près du groupe. Je rends compte au lieutenant que nous ne pouvons pas passer à cet endroit, mais que nous pourrions peut-être essayer sur la droite. Nous coupons un réseau de fil de fer transversal et nous aboutissons dans une tranchée.

 

(*) : Sur ce mot, il est à signaler que Paul a fait une erreur d’orthographe, très rare dans ses écrits

 

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Avec le lieutenant, un aspirant et deux camarades, nous nous portons à une vingtaine de mètres en avant pour étudier le terrain.

Quand à peu près à quarante mètres de nous, je vois des boches, immédiatement j’en averti mes voisins. Pour toute réponse l’officier nous dit attendons-les et s’ils sont trop nombreux nous tirerons, au contraire s’ils ne sont que trois au quatre nous les laisserons passer.

 

Quelques minutes se passent et au commandement de feu, nous déchargeons mousquetons et révolvers. J’avais déjà rechargé mon revolver et tiré deux nouvelles balles, quand je me sens atteint à l’œil gauche.

Je le dis aux camarades et tire encore une balle. Les boches crient et avancent sur nous, ils ne sont plus qu’à quelques mètres. Je me retourne bouchant mon œil d’une main et de l’autre tenant mon pistolet.

 

Mais je ne vois plus personne ; voyant cela je suis au pas de course le boyau pendant quelques mètres et j’y vois l’aspirant étendu. Je le crois blessé à mort et comme je suis blessé moi-même je saute dehors de la tranchée et traverse des réseaux de fil de fer sous un grêle de balles.

À la lisière des bois, le Colonel nous attend et comme j’arrive un des premiers, je raconte brièvement ce qui s’est passé. Il me demande comment cela se fait que je suis déjà rendu ; je lui réponds que je suis blessé.

 

Vivement il m’indique le médecin lequel me fait un pansement.

L’aumônier m’entendant parler vient à son tour m’offrir ses meilleurs vœux, et accompagné de deux brancardiers je viens au Chalet de Brin.

Un nouveau médecin défait le pansement et examine la blessure ; il veut me faire attendre l’autre, et à ma demande il me laisse partir en voiture.

 

Arrivé à Champenoux, je vais revoir les camarades et comme le médecin n’a rien voulu me donner à boire.

Ils m’offrent vin, bière, café. Je préfère la bière, mais quelques minutes après, je rends mon souper.

Je ne veux partir qu’au jour et me couche en attendant. La fièvre commence ses effets et je ne dors que très peu.

 

Grace à la carte du journal du 122e RI et de google map, on peut retrouver très précisément le lieu de ce « coup de main » sur les rives de la Seille

 

 

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Cliquez sur les cartes pour agrandir

 

 24 juillet

À 5 heures du matin, je fais commander une auto américaine qui doit me conduire à l’hôpital.

Je passe à l’ambulance de Lénoncourt 3/16 me défait mon pansement, examine la blessure, me fait une piqure de sérum et me renvoie à l’Hôpital de St Nicolas-du-Port.

Je passe aux bureaux des entrées, et on me conduit au pavillon des blessés, je m’y installe et viens manger la soupe.

 

L’après-midi, l’oculiste m’examine et me fait placer sur le billard, je ne veux pas être endormi, et il me retire un éclat de balle, ensuite il fait plusieurs lavages et dans cette salle j’y reste près de deux heures.

25 juillet

Matin visite, lavage.

Soir : recherche à l’électro-aimant.

26 juillet

Je passe à la radio-photographie mais on ne voit qu’une tache de sang, pas d’éclats nouveaux ne sont visibles.

27 juillet

Lavage, soins à l’atropine, et le major veut que je reste couché et ferme les yeux.

28 juillet

Lavage et visite.

Ophtalmographie. Décollement de la sclérotite.

29 juillet

Ophtalmoscopie. Lavage.

30 juillet

Lavage, promenade à Varangéville.

31 juillet

Lavage, promenade à la gare.

Août 1918 : La convalescence

1 août

Visite et lavage ; nous allons au cinéma à St Nicolas.

2 août

Visite et lavage ; nous assistons au théâtre.

3 août

Visite et lavage.

4 août

Lavage ; nous faisons la cueillette de pommes.

5 août

Depuis trois jours le major qui me soignait, et qui trouvait mon cas très intéressant, est parti en permission, et le nouveau médecin me met sortant pour le 8, mais comme je ne suis pas guéri je ne veux pas encore partir, aussi je passe une visite d’un autre docteur et je rentre au 2e, fiévreux.

6 août

Je loge avec deux annamites et leur compagnie n’est pas désagréable. Bains sulfureux et pommade à l’oxyde de zinc.

7 août

Je vais au cinéma avec des camarades de ma compagnie.

8 août

Bains, Brosse et pommade.

9 août

Tranquillité complète, promenade.

10 août

J’obtiens une citation de P.C.D.T.

11 août

Promenade à Varangeville et St-Nicolas (2e …)

12 août

Je suis sortant de l’hôpital, et le docteur qui m’avait soigné le premier est rentré de permission. Aussi en me voyant, il me demande des nouvelles de ma santé et comme je lui dis que je pars le soir.

Il m’engage à venir passer sa visite.

Il me demande si je veux partir en permission et après m’avoir examiné pendant ½ heure environ, en me souhaitant bonne convalescence, il me dit de faire attention à mon œil.

Il pourrait te jouer un mauvais tour ; soigne le bien et ne le fatigue pas trop ; n’écris et ne lis pas beaucoup.

13 août

Après avoir passé Épinal, Aillevillers, Gray, Besançon, j’arrive à Passonfontaine.

La permission de convalescence se passe on ne peut mieux car j’arrive pour faire les moissons qui durent du 17 au 29.

Pendant six jours, du 31 au 6 septembre, j’assiste à des dîners de famille et le sixième jour je suis fatigué.

Septembre 1918 : Aisne

7 septembre

Je repars pour Is-sur-Tille et passe par Dijon.

8 septembre

Je reste toute la journée à Is-sur-Tille et y voit Rémi VUILLEMIN.

9 septembre

Au matin j’arrive à Neufchâteau et je suis équipé à neuf.

10 septembre

Je repars pour Le Bourget, et nous descendons à Chaumont, mais nous ne pouvons pas prendre l’express pour Paris.

11 septembre

Nous arrivons à Le Bourget et nous y passons la journée du 12.

13 septembre

Dans la nuit j’arrive à Vic-sur-Aisne.

14 septembre

Je dois me rendre à Montigny-Lengrain mais à Vic (*), j’apprends que le C.I.D. (**) que je dois rejoindre, loge aux grottes de Corcieux.

 

(*) : Il est rajouté « s/Aisne » au crayon, juste après « Vic », preuve que Paul a relu, plus tard son récit.

 

(**) : Centre d’instruction divisionnaire

15 septembre

Installation dans de vielles carrières.

16 septembre

Je passe la visite est suis reconnu apte à faire campagne.

17 septembre

Exercice, l’œil me fait mal.

Le soir, théorie sur le FM.

18 septembre

Tir au fusil 1886, théorie.

19 septembre

Manœuvre avec tank à Vic ; théorie.

20 septembre

Exercice, théorie.

21 septembre

Exercice de liaison, théorie, tir FM.

22 septembre

Nous allons visiter Vic et Jaulzy. Vu des tanks.

23 septembre

De garde.

24 septembre

Je suis de jour et m’occupe de faire porter la soupe.

25 septembre

Tir au F.M., nettoyage des fusils.

Novembre 1918 : Armistice

1er novembre

Préparatifs de départ, et pour un enterrement, je suis de piquet d’honneur. Nous visitons le pays et constatons que les civils ont vraiment souffert.

Je suis à nouveau commandé de service pour le lendemain, mais pendant la nuit nous partons pour Chèry-les-Pouilly.

Nous n’emportons pas nos sacs et les objets encombrants ; tout me fait croire à une attaque, et pourtant à la porte de l’armistice, ce ne serait pas beau de se faire buter

2 novembre

Nous passons la journée dans l’attente.

Je visite un cimetière où sont enterrés 29 camarades de ma compagnie.

3 novembre

Relève à 8h30 et dans la journée nous cantonnons à Cerny-lès-Bucy.

4 novembre

Repos.

5 novembre

À 24h départ en auto-camions.

Très tard dans la nuit nous arrivons à Marolles près de la Ferté-Milon

6 novembre

Nous visitons le château féodal de La Ferté.

7 novembre

Aménagement des cantonnements.

8 novembre

Revue du général, lequel dit que la guerre n’est pas terminée et que probablement on aura encore besoin de nos services.

9 novembre

Revues diverses.

10 novembre

De jour, pêche à la grenade.

11 novembre

Fête de la libération.

12 novembre

À Marolles retraite aux flambeaux.

13 novembre

Pêche dans le canal de l’Ourcq.

14 novembre

Nous venons cantonner à Tancrou-sur-Marne.

15 novembre

Nous changeons de cantonnement.

16 novembre

Revues diverses.

17 novembre

pêche ; promenade à Lizy-sur-Ourcq, Mairy-sur-Marne, etc..

18 novembre

Jeux, travail.  

19 novembre

Comblement des tranchées.

20 novembre

Enlèvement de fils de fer.

21 novembre

Revues.

22 novembre

Destruction des réseaux de fils de fer.

23 novembre

Nivellement des tranchées.

24 novembre

Départ de Tancrou, pour Voulangis ; nous prenons par Crécy-la-Chapelle et en arrivant après une étape de 25 kil., je suis de garde.

25 novembre

Étape Voulangis-Grisy 26 kil.   

26 novembre

Étape GrisyMaisons-Alfort, 28 kil., grande fatigue.

27 novembre

Nous sommes installés dans la banlieue de la capitale et nous sommes très heureux de nous y trouver.

28 novembre

Nettoyage et astiquage, revues.

29 novembre

De garde dans la rue de Rivoli, belle réception.

Roi d’Angleterre et ses fils.

30 novembre

Repos.

Soir : revue.

Décembre 1918 : Permission

1er décembre

Maurice vient me voir et nous buvons un verre ensemble ; pendant ce temps Mr Pégeot qui est venu me voir est obligé d’attendre.

2 décembre

Promenade au bois de Vincennes, vu un ancien camarade.

3 décembre

Douches.

4 décembre

Nettoyage, revues d’armes et d’effets.

5 décembre

Le régiment est de piquet à l’Élysée.

Roi des Belges, je vois René Vuillemin.

6 décembre

Je vais voir la cour de Vincennes St Mandé, Place de la Nation (4 crocodiles) etc.…

7 décembre

Visite de St Mandé ; j’y soupe et suis invité pour le lendemain.

8 décembre

Je déjeune chez Mr Pégeot, visite la Ste Chapelle, Notre-Dame, la Concorde, Le Chatelet, Le Louvre, Les Grands Jardins, les Finances, etc.

Le soir je vais diner à St Mandé.

9 décembre

Départ en permission.

Passe par Juvisy, Corbeil, Dijon, Besançon. 1ere permission de vingt jours et premier de l’An au pays depuis mon départ au régiment.

1919

Janvier 1919

5 janvier

Je rentre de permission et après avoir passé à Maisons-Alfort, je rentre à Juvisy.

Nous allons visiter Paris : Tour Eiffel, Concorde, Bastille, etc. Nous avons un peu de pluie.

La Seine est très forte et au soir nous pensons être inondés. Il y a de l’eau dans les rues, mais dans la nuit elle se retire.

6 janvier

Départ d’Ivry pour Achères, où nous passons la nuit. Je paye le pot à près de cent hommes avant de partir.

7 janvier

Nous arrivons à Mouy-Bury.

8 janvier

Je me repose, et reconnais que nous avons déjà passé dans ce pays lorsqu’au mois d’avril 1918 nous nous acheminions vers la Belgique.

9 janvier

Je travaille au bureau et tout y est en désordre, car il n’y reste plus qu’un sergent qui ne connait rien à la comptabilité.

22 janvier

Je suis appelé au bureau pour mon certificat d’origine de blessure.

Février 1919

1er février

La neige tombe en flocons serrés ; froid saisissant.

2 février

Neige.

3 février

Une compagnie du 143e R.I. vient nous remplacer et pendant la nuit, logeant dans le même baraquement, il y a des batailles.

4 février

Nous partons de Bury avec quelques regrets, et venons à St Obain-sous-Erquery  15 kil. sans grande halte.

5 février

Arrivée à Pronleroy (19 kil.) s.g.h. (*)

Neige tombe en flocons serrés.

 

(*) : Sans grande halte.

6 février

Nous cantonnons à Revenne commune de Braisnes.

7 février

Nous allons à la chasse et tuons 3 poules d’eau et un lièvre.

8 février

Arrivée à Pimprez (18 kil sgh). Lignes allemandes autrefois.

9 février

Nous campons à Bretigny (20 kil.). Nous passons par Noyon, le Mont Renaud et Appilly (ligne de chemin de fer pour Trosly-Loire).

10 février

Nous cantonnons à Viry-Noureuil, 18 kil. passé par Chauny, village qui comme Viry est entièrement démoli.

11 février

Jour de repos.

Nous sommes dans l’ancienne ligne des tranchées ; il n’existe plus de maisons, ni d’abris, et nous couchons sous des tôles que nous aménageons de notre mieux.

Nous allons à la chasse et tuons un héron et un lièvre pour la section.

12 février

Arrivée à Pont-à-Bucy (18 kil sgh)

Passés par La Fère et Le Nouvion, villes démolies mais encore habitées.

13 février

Nous venons à Colomssey (28 kil), arrivons à 15 heures sans manger, passons par Sains-du Nord, (neige).

14 février

Nous cantonnons à Leschelle (22 kil), passé par Guise (fort démoli) voie ferrée coupée.

15 février

Nous travaillons à la démobilisation des classes 1898 et 1899, dégel, pluie.

16 février

Je me sens malade et je voyage en auto jusqu’à Larouillies, j’ai une légère entorse qui me fait souffrir ; passé par Le Nouvion (brûlé)

17 février

Je me fais soigner mon entorse, mais le major ne veut pas m’évacuer.

18 février

Travail au bureau

19 février

Travail au bureau

20 février

Travail au bureau

21 février

Travail au bureau

22 février

Nous venons cantonner à Glageon (Nord) 15 kilomètres.

23 février

Je vais visiter Fourmies, jolie petite ville très peuplée, viaduc du chemin de fer a été épargné par un alsacien.

24 février

Dans ce village nous sommes très bien reçus de la part des civils (chocolat, cacao, etc,)

25 février

Arrivée à Trélon (2 kil) ; nous avons une coquette installation. Nous travaillons à la démobilisation des classes 1900-1901-1902.

Du 25 au 28 février

Travail de bureau et promenade.

Mars 1919 : Nord

1er mars

Travail de bureau.

2 mars

Je vais me promener à Glageon.

7 mars

Je rends visite à Sœur Marie Théophile

18 mars

Démobilisation des classes 1903-1904.

19 mars

Je vais me promener en bicyclette à la frontière belge ; Momignies.

20 mars

Le capitaine est démobilisé et je suis obligé de m’occuper de tout ce qui se passe dans la compagnie.

Violentes discussions avec le commandant.

Du 23 au 31

Démobilisation des classes 1905-1906.

30 mars

Départ de Trélon pour Sains du Nord.

Avril 1919 : Nord

1er avril

Arrivée à Pont/Sambre (25 kil.).

2 avril

Nous cantonnons à Jenlain.

3 avril

Arrivée à Quiévrechain, la compagnie s’installe à Blanc-Misseron.

4 avril

Étant embêté par le commandant qui m’appelait au téléphone à tout propos, je mets comme gardien à l’appareil, un marocain du 6e Tirailleurs. Nous avons bien ri de cette affaire.

Les sous-officiers du 65 nous payent à souper.

5 avril

De bon matin je quitte la rue des groseilliers à Quiévrechain et viens à Blanc-Misseron.

J’agrippe une auto anglaise et je pars pour Mons ; elle me conduit jusqu’au Boussu et depuis là, je monte dans le taco jusqu’à la gare.

Je traverse la ville et suis la rue de Nimy jusqu'au faubourg St Lazare où je trouve la demeure d’une Tante Religieuse inconnue, et nous causons longuement, et faisons connaissance.

J’y déjeune, je rends visite à la chapelle et après trois heures d’entretien avec ma Tante, je me décide à revenir à la frontière, car je dois partir en permission le soir.

 

Je reprends le tram jusqu’au Boussu et saute dans un camion anglais qui me ramène à Quiévrechain. Je mange un peu et saute dans une limousine, malgré les protestations du conducteur qui ne veut pas nous amener à Valenciennes.

Je pars de Valenciennes à 20 heures et passe par Survilliers, Corbeil, Besançon, Avoudrey.

Je suis nommé sergent.

La permission se passe on ne peut mieux.

Mai 1919 : Nord

2 mai

Passé à Orry-la-Ville.

3 mai

Arrivée à Valenciennes, par Aulnoye, retour à Blanc-Misseron.

4 mai

Je forme la compagnie en sections.

5 mai

Nous venons remplacer le 3e bataillon à Hérin.

6 mai

Installation et formation de la compagnie.

7 mai

Récupération des obus.

8 mai

Exercice.      

9 mai

Récupération.

10 mai

Exercice et jeux.

11 mai

Gymnastique et jeux.

12 mai

Récupération, tirailleurs à travers champs.

13 mai

Douches à Valenciennes.

14 mai

Repos.

15 mai

Promenade.

16 mai

Récupération.

17 mai

Exercice et jeux.

18 mai

Théorie.

19 mai

Repos

20 et 21 mai

Récupération.

22 mai

Balayage des rues.

23 mai

Promenade.

24 mai

Récupération.

25 mai

Promenade.

26 mai

Gymnastique et jeux.

27 mai

Douches à Valenciennes.

28 mai

Théorie et jeux.

29 mai

Exercice et théorie.

30 mai

Récupération.

Juin 1919 : Oisy (Nord)

Du 1er au 12 juin

Nous passons d’agréables moments, et les revues, exercices, jeux, gymnastique, etc., ne nous tourmentent pas.

13 juin

Nous formons le 3e bataillon, avec les classes 16, 17, 18 et 19, et je suis affecté à la 9e compagnie.

Je vais cantonner à Oisy. Je suis le seul sous-officier.

14 juin

Revue.

15 juin

Vaccination.

16 juin

Repos.

17 juin

Départ en permission : faisant partie d’un bataillon destiné à partir en Russie, nous partons 300 en permission le même jour.

La permission se passe on ne peut mieux, et je vais voir Dotal à Laviron.

Juillet 1919 : Oisy (Nord)

14 juillet

Je rentre de permission à Oisy mais je souffre des dents.

15 juillet

Revue.

16 juillet

Repos

17 juillet

Malade

18 juillet

Saignement de nez.

19 et 20 juillet

Malade.

21 juillet

De garde.

22 juillet

Extraction d’une dent.

23 juillet

Exempt de service.

24 juillet

Sueurs, malade.

25 juillet

Angine.

26 juillet

Malade.

27 juillet

Repos.

28 juillet

Exercice avec les punis de prison.

29 juillet

Repos.

30 juillet

Je fais fonction d’adjudant et ne vais pas à l’exercice.

31 juillet

Nettoyage des effets et armes.

Août 1919 : Nord

1er août

Nettoyage des cantonnements.   

2 août

Tenues diverses.

3 août

Promenade à Denain ; belle journée, rentrée 4h.

4 août

Exercice, jeux.     

5 août

Douches.

6 août

Nous avons près de quarante punis de prison pour retard de permission, pour la compagnie.

7 août

Promenade à Bellaing.

8 août

Promenade à Hérin.

9 août

Promenade à Bellaing.

10 août

Ciné à Denain ; chaleur très forte

11 août

Je rejoins la 5e compagnie à Raismes.

Nous y arrivons dans une franche gaieté, car nous avons fait halte dans tous les estaminets, bien qu’il y ait une défense de loger en ville, cela ne m’empêche pas de coucher dans un lit.

12 août

Revue du chef de bataillon et du colonel de compagnie.

13 août

Service de jour.

14 août

Je suis de garde et me fais disputer parce que toutes les voitures et les prisonniers ne sont pas présents.

15 août

Nous assistons à la procession, avec la Ste Vierge portée par les jeunes filles habillées en blanc. Le soir nous allons au cinéma à Anzin. 

16 août

Malade pour angine ; 2 jours exempt de service.

17 août

Nous allons au cinéma à Anzin.

18 août

Je prends une purge.

19 août

Je remplace l’adjudant démobilisé.

20 août

Exempt de service.

21 et 22 août

Exercice et jeux.

23 août

Revue du Cd de compagnie.

24 août

Ducasse d’Anzin, jolie fête, chevaux de bois, 2 paires de balançoires, bicyclettes, boxe, aéroplanes, et 35 bacs de marchands forains, passée avec Fernande.

25 août

Continuation de la ducasse.

26 août

Je vais au cinéma à Anzin.

27 août

Récupération des obus à Douchy près de Denain, le soir promenade au bois.

28 août

Promenade et ciné à Anzin.

29 août

Repos, souper chez Mme BOUTILLEUX

30 août

Nous quittons Maismes et nous n’avons pas assez de temps pour faire nos adieux, nous embarquons à Valenciennes et passons par Arras, Douai, Albert, nous mangeons la soupe à Longueau, nous continuons par Amiens, Paris (ceinture), Juvisy ; nous buvons le café à St Sulpice de Laurière, nous mangeons la soupe à Limoges, à Brive et à Capdenac.

Dans la nuit du 1er au 2 nous arrivons à Rodez et nous couchons dans le train.

Septembre 1919 : La libération

3 septembre

Nous sommes arrivés en retard, et la réception du régiment par la population civile a eu lieu avant notre rentrée au dépôt.

Mais malgré notre arrivée tardive, nous touchons biscuits, gâteaux, et des bons pour du vin.

4 septembre

Installation dans les casernes neuves du Foiral.

Visite de Rodez ; jolie citadelle, très ancienne.

5 septembre

Nettoyage des casernes et ballade dans Rodez.

6 septembre

Comme je fais fonction d’adjudant, j’ai beaucoup de travail, mais malgré ma bonne volonté, je n’en fais guère.

7 septembre

J’assiste à la messe de l’évêque de Rodez.

8 septembre

Théorie sur la reconstruction nationale par un sous-lieutenant dans la salle du théâtre.

9 septembre

Théorie faite par moi dans les chambres, et le soir visite à Melle blanc

10 septembre

Je fais arracher l’herbe dans la cour et vais voir de temps à autre le chef cuisinier ou la cantinière.

11 septembre

Promenade dans Rodez, tour de ville.

12 septembre

Théorie, mais je n’y assiste pas, et vais voir Melle Blanc.

13 septembre

Nettoyage de la cour et tour de ville dans Rodez

14 septembre

J’accompagne des camarades à la gare.

15 septembre

Nous continuons les fêtes de la démobilisation.

16 septembre

Dans la journée je vais faire mes adieux, et le soir nous fêtons notre départ de Rodez pour Besançon.

17 septembre

Au réveil, je vais rendre visite à l’officier démobilisateur et me fait porter partant.

 

À 9 heures, je vais chercher mes papiers au colonel.

 

À 10 heures, malgré mon violent mal de tête nous avons une longue discussion avec l’officier payeur. Ensuite nous venons diner (déjeuner) en ville, mais au commencement du repas cela ne va pas bien, mais après quelques absorptions cela va mieux.

 

À 2 heures, nous allons à la gare accompagnés des camarades restants et de Melle Blanc. Nous arrivons à Capdenac à 17 heures : nous soupons en ville et assistons à un bal privé malgré les protestations du châtelain.

Nous faisons concert dans la gare jusqu’à l’arrivée de l’express Bordeaux-Paris ; nous descendons à Limoges et changeons de train pour Lyon.

Nous passons par St Germain des Fossés et comme nous sommes en première classe, au matin après avoir dormi toute la nuit, un contrôleur vient nous inviter à descendre.

18 septembre

Nous arrivons à Lyon à 14 heures et nous passons notre après-midi dans la ville.

 

À 20 heures, nous sautons dans le rapide mais un officier vient nous faire descendre ; un autre rapide se trouve à coté : nous y montons et nous installons en deuxième classe. Deux contrôleurs viennent nous faire descendre, mais ils ont beau faire on ne veut pas changer de voiture.

Nous changeons de train à Dijon et arrivons à Besançon à 5 heures.

19 septembre

Nous grimpons à Charmont, endroit où commença mon service militaire, et ou va se terminer la vie qui me fait végéter depuis 4 ans, 4 mois, 11 jours.

 

Jusqu’à 11 heures, nous nous occupons de nos papiers, fiche de démobilisation.

Ensuite nous touchons les 250 francs, et l’habit Clémenceau ou costume Abrami.

Nous venons fêter copieusement notre libération et à 18 heures nous nous installons dans un wagon de 1ere classe dans le rapide Morteau-Besançon ; notre voyage, pendant lequel on s’humecte souvent le gosier, se passe on ne peut mieux, et j’arrive au foyer natal sans crier gare.

Malgré l’heure tardive, Papa est encore debout, et toute la famille est un peu surprise de me voir arriver en civil.

Quelques jours après, je retourne à Besançon faire arrêter mes carnets de pécule que je n’avais pas sur moi au moment de ma démobilisation.

 

Fin du carnet

 

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Fourragère :

Par ordre 141 F du Maréchal de France, commandant en chef les armées françaises de l’Est, le droit au de la fourragère est conféré au 122e régiment d’infanterie.

Le colonel commandant le régiment certifie que le sergent POURCELOT Paul ayant assisté au combat du Mort-Homme et à l’une des batailles des Flandres, de l’Ailette et de la Serre, la fourragère portant l’écusson du régiment est devenue sa propriété.

Signé GRACY

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Je désire contacter le propriétaire

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