Publication : Janvier
2010
Mise à jour : Mars
2026

Henri
SAUER du 50ème régiment d’infanterie
Prologue
Mireille SAUER nous dit en 2010 :
« Je viens
de transcrire une petite centaine de lettres écrites par les trois frères
SAUER. Il s’agit d’Henri (mon grand-père), Gaston et René, tous au front, dans
des endroits différents ; lettres écrites à leur maman, leur sœur (Claire),
tante ou fiancée (restées en Algérie), cousin ou entre eux.
Tous trois
ont eu le bonheur de rentrer à la fin de la guerre. »
« À partir
de 1917, mon grand-père Henri SAUER, déclare son amour à sa cousine germaine
(Claire BROGAT), ma future grand-mère, puis ils se marient à l’occasion d’une
permission, en 1918, et les courriers deviennent plus amoureux, et plus
impatients, l’attente est longue…
Henry a
devancé l’appel, les premières lettres sont datées de 1913. »
![]()
Contacts avec des internautes depuis la
mise en ligne, en 2010 :
Contact avec Brune SOUBEYRAT en mai 2016 :
« Bonjour
Monsieur. Je suis, ainsi que mes trois camarades, étudiante de lettres
supérieures en hypokhâgne au lycée du Parc et nous devons rédiger en groupe un
mémoire sur un carnet ou une correspondance de soldat au cours de la grande
guerre. Nous avons choisi la correspondance des frères SAUER, mais aimerions
également étudier, à titre de comparaison, le carnet de Joseph LAFORGE dont la
propriétaire stipule que toute utilisation du carnet doit se faire avec son
accord préalable qui doit être demandé par votre intermédiaire.
Je vous
serai donc extrêmement gré de transmettre notre requête à Sylvie, comme vous la
nommez vous-même au début du carnet, ou du moins de nous transmettre un moyen
de la contacter.
Je vous
remercie d'avance et tenais à vous dire que votre site nous a été d'une grande
aide pour notre mémoire et les recherches qu'il a occasionnées.
Cordialement. »
PROST Mathilde, DEBAS Adrien, SOUBEYRAT DE GANTHO Brune, GARABEDIAN Manon.
Contact avec Jean-Louis OVEDA en janvier 2016 :
« Je fais
partie d’une association de généalogie et prépare un travail sur le parcours
militaire de mes ancêtres qui ont participé à la grande guerre. J’étudie
actuellement le parcours d’un certain LANDESQUE François né en 1886 (classe
1906) du 50e RI basé à Périgueux, MPLF le 09 mars 1917 à Maisons en Champagne
(51). Je possède sa FM, sa fiche Mémoire des Hommes. Ma difficulté demeure dans
le fait que je ne trouve pas de renseignements sur le JMO de ce régiment.
Toutefois, en surfant sur le net, j’ai pu trouver les nombreuses lettres que
votre grand père avait adressées à sa famille. J’ai également vu les 6 photos
que vous avez déposées. De mon côté, je n’ai malheureusement aucun document qui
puisse compléter ou enrichir votre page. J’ai pensé que vous aviez peut-être
d’autres renseignements aussi je me hasarde à répondre à l’invitation de vous
contacter par le biais du site chtimiste. D’avance, je vous remercie de votre
réponse. Cordialement. »
Contact avec Hélène DUPUIS en avril 2014 :
« Monsieur,
étudiante en première année de Master Conflictualités et Médiation à
l'Université Catholique de l'Ouest d'Angers (49), je dois réaliser un mémoire
de recherche afin de valider mon diplôme. Mon travail porte sur les soldats
durant la première guerre mondiale et sur leur perception du temps. Je cherche
à mettre en parallèle la manière dont ils expriment leur rapport au temps à
travers leurs carnets de guerre dans lesquels leur parole est tout à fait libre
et à travers leur correspondance qui subit la censure officielle et l'auto-censure. Je viens de parcourir la correspondance de
vos ancêtres mise en ligne sur le site www.chtimiste.com et j'aurais souhaité
savoir si vous accepteriez que je l'exploite dans le cadre de mes recherches en
tant que source.
n effet, la
durée couverte et l'abondance de lettres en ferait un excellent document de
travail. Je
vous remercie par avance de votre aide. Bien cordialement. Hélène. »
Contact avec Christophe DUTRÔNE en juillet 2012 :
« Bonjour. Je travaille actuellement à un
projet de commémoration du centenaire de la grande guerre en Dordogne et j'ai
découvert sur le site Chtimiste que vous possédiez les correspondances d'un
soldat du 50e RI de Périgueux. J'aimerai savoir si vous seriez d'accord pour
que nous puissions exploiter des extraits de ces correspondance dans le cadre d’une
exposition sur la première guerre mondiale en Périgord et que nous publier
certaines d'entre-elles dans le cadre d'un livre reprenant les expositions
présentées au public. Cette exposition, en l'état actuel des choses, serait pilotée
par l'équipe du musée militaire, en liaison avec les archives départementales,
et avec le soutien du conseil général. En vous remerciant par avance pour votre
réponse. Cordialement. Christophe. »
![]()
Remerciements
Merci à Mireille pour les lettres.
Merci à Philippe S. pour les corrections éventuelles et certaines recherches.
Nous avons ajouté du texte en bleu pour la compréhension de certains termes et pour aller « plus loin » dans l’analyse du récit.
Pour une meilleure lecture, j’ai volontairement ajouté des chapitres, sinon le reste est exactement conforme à l’original.
![]()
Introduction - Les personnages
principaux :
Les parents :
Émile Jean Michel SAUER. Né le 26 mai 1858 à Sainte-Léonie, Algérie. Il est receveur des contributions directes, décédé en 1908.
Thérèse Franciel BAUDIER. Née le 22 janvier 1863 - Ouled-Fayet, Algérie
Les 3 frères :
Henri René Francis SAUER est né à Oran en novembre 1892. Il y est employé de la compagnie de gaz. Il s’engage pour trois ans en mars 1913, et part au 50ème régiment d’infanterie.
Gaston SAUER est né à à Tassigne en août 1994. Il est clerc de notaire, et commencera à effectuer son service militaire au 1er Zouaves, en Algérie, en septembre 1914
René Charles Louis SAUER est né à Nostaganem en juin 1896.
La sœur :
Claire Anne Marie Lucie SAUER est né en 1891 à Lamoricière (Algérie). Mariée en septembre 1913 avec Albert BOUVE.

![]()
Début des écrits
Lettre de Monsieur CABANEL à Thérèse SAUER, née
BAUDIER après le décès de son époux Émile SAUER, père de Claire, d’Henri, de
Gaston et de René :
« Chère
Madame,
Je ne puis
croire encore au terrible malheur qui vous frappe si cruellement et qui m’a
enlevé mon meilleur ami. Je reste confondu devant ce désastre si prompt et que
rien ne laissait prévoir.
Lorsque
votre Henri m’a annoncé la maladie de son père j’ai été un peu effrayé, mais
j’espérais que cela ne serait qu’une X, qu’une maladie bénigne que vos soins
enrayeraient très vite. Votre télégramme m’a révélé la gravité du mal qui a
terrassé mon cher SAUER en quelques jours.
Mon émotion
est si intense depuis samedi que je n’ai pas eu le courage de vous écrire, et
en ce moment encore les mots me manquent pour vous exprimer ma douleur et vous
apporter des paroles de consolation qui je le sais bien ne pourront calmer
votre profond désespoir.
Pleurez,
chère amie, si cruellement éprouvée, pleurez ce mari si bon, ce père si aimé,
pleurez une perte irréparable, mais aussi ne vous laissez pas abattre, soyez
courageuse devant cette terrible épreuve, songez à vos chers enfants qui n’ont
plus que vous et qui comptent sur votre tendresse et votre fermeté.
J’aurais
voulu rendre les derniers adieux à mon pauvre ami, malheureusement votre
télégramme ne m’ait parvenu que samedi matin à 10 heures, c’est-à-dire trop
tard pour pouvoir prendre le train d’Alger-Oran.
Que comptez-vous
faire ? Quelles résolutions avez-vous prises ?
Restez-vous
à Oran ou irez-vous demeurer auprès de vos parents ?
Veuillez, je
vous prie, me mettre au courant de vos projets. Si je puis être utile à quoique
ce soit, disposez entièrement de moi.
J’attends
toujours ma nomination pour Alger, elle se fait bien attendre et je commence à
désespérer.
Recevez,
Chère Madame et amie, avec l’expression de mes sentiments attristés mes
respectueuses amitiés. Embrassez bien vos chers enfants de ma part et dites-leur
combien je pense à eux. »
CABANEL
![]()

Lettre d’Henri :
Périgueux le 28 mai 1913 (*)
« Ma
chère Maman,
Enfin nous
voilà de retour à Périgueux après 4 jours de marche et 184 km dans les jambes.
Jamais je n’aurais cru que l’on pouvait faire tant de chemin à pied, et surtout
chargés comme nous l’étions.
Il a fait
pendant ces 15 jours un temps splendide et une chaleur algérienne pendant les 4
jours de retour.
Dans la
carte que je t’ai envoyée de Nontron, je t’ai dit que nous étions logés chez
l’habitant. J’étais avec un de mes camarades logé chez de très braves gens, une
famille d’ouvriers charrons, dont le père est un vétéran de 1870. Nous avons
pris possession de notre chambre dès notre arrivée, on nous a préparé à chacun
un grand verre de vin rosé qui nous a un peu remontés, et après nous être
changés, ils nous ont fait manger la soupe avec eux, ne nous retenant pas car
ils avaient juste pour eux, car ils ne nous attendaient que vers midi.
Avant de
partir, ils nous ont fait promettre de dîner avec eux, voyant que cela leur
faisait réellement plaisir, nous n’avons pu refuser. Nous avons très bien dîné
le soir avec eux et nous avions apporté une douzaine de gâteaux.
A Nontron,
les soldats sont très bien vus et les habitants étaient tous sur notre passage
pour nous voir passer.
A Brantome,
les habitants sont moins enthousiastes, l’écurie où nous étions logés était si
dégoûtante et sentait tellement le fumier que j’ai loué un lit pour la nuit. Je
t’assure que je ne mettais pas beaucoup de temps à m’endormir aussi bien dans
la paille que dans le lit.
Ces quinze
jours de manœuvres se sont passés très vite ; si l’on a eu un peu de fatigue,
par contre la vie a été moins monotone, néanmoins c’est avec beaucoup de
plaisir que je suis entré ce matin dans une chambrée et c’est encore avec plus
de charme que je me suis couché pour faire la sieste.
L’étape
Brantome-Périgueux a été assez dure, 26km, car le soleil tapait fort sur moi.
A la
dernière pose, le capitaine nous a fait un discours patriotique au sujet de la
loi des trois ans recommandant aussi aux hommes de la classe de ne se livrer à
aucune manifestation car elles seraient sévèrement réprimées. (**)
Je ne crois
pas qu’avec le 50e une manifestation soit à craindre car la discipline est
sévère et en général les capitaines ont tous leurs hommes dans la main.
Comme je te
l’ai dit dans une lettre, j’ai reçu mon mandat qu’à Brantome et je t’assure
qu’il me faisait bien besoin ; quant à l’état de mes finances, puisque tu me
demandes où il en est, j’ai en poche 28 sous ; tu vois que ce n’est pas
beaucoup, et je t’assure que je n’ai dépensé que le strict nécessaire.
Au
commencement du mois prochain, vers le 5 ou le 6, envoie-moi 5f (auxquels tu
ajouteras les 5f de tante Lucie que je remercie beaucoup de penser à moi et à
laquelle je vais écrire au plus tôt pour la remercier. J’ai plusieurs lettres
en retard, je les écrirai demain. Il est 8 heures et demi, je vais faire mon
lit et me coucher.
Je te quitte
ma chère mère en t’embrassant bien fort et en embrassant tout le monde de chez
tante et à la maison. Je vais écrire aussi le plus tôt à Louis. Ton fils qui
t’aime bien, Henri
Pourquoi ne
m’envoies tu pas ma photo, celle qu’Albert m’a faite, joins y plusieurs prises
par lui avant mon départ et celles de Gaston, René et Claire. »
(*) : Henri SAUER est à cette date depuis 2 mois au 50ème
régiment d’infanterie à Périgueux.
(**) : Le service militaire venait de passer de 2 à 3
ans. Certains journaux pacifistes d’époque interpellèrent le gouvernement et
beaucoup d’hommes sous les drapeaux manifestèrent leur mécontentement sous
diverses formes.

Périgueux le 14 mai 1913 – Photo prise le 11 mai
devant le poste de police, 4 jours avant le départ pour « la Braconne »
Henri est derrière la grille, le premier à gauche.
À côté de lui, LACRETELLE Armand, tué le 24 août 1914
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère maman,
Excuse-moi
si j’ai un peu tardé à t’écrire, je n’avais absolument rien d’intéressant à te
raconter, la vie ici est tellement pareille ! Les actes de chaque jour sont à
peu de chose près une répétition de ceux de la veille.
Les marches
se font maintenant de très bonne heure, à cause de la chaleur, nous partons à 4
heures du matin et sommes de retour vers 10 h. Heureusement que les routes sont
bordées presque toutes d’arbres qui nous protègent des ardeurs du soleil.
Presque tous
les arbres commencent à être couverts de fruits mais, défense d’y toucher, les
cerises et les fraises sont en assez grandes quantités. Hier pendant une
marche, je faisais partie d’une patrouille devant aller explorer une forêt ;
nous sommes tombés sur des fraises sauvages en assez grande quantité, je
t’assure que j’en ai mangées avec plaisir, elles n’étaient pas tout à fait
mûres mais elles étaient bonnes quand même ;
Gaston et
René (ses frères) ne vont sans doute pas tarder à passer leur
examen.
Ont-ils
l’espoir d’être reçus ? Je pense qu’ils piochent dur ; surtout René qui est un
peu en retard je crois.
A propos
d’examen, celui d’élève-caporal pour la compagnie est fini, je me suis classé
4ème sur 17 et je suis le 1er des engagés qui sont au nombre de 6. Il est vrai
que j’ai culotté et que c’est un peu la récompense de mes efforts. Cette
nouvelle n’est pas encore officielle c'est-à-dire que le capitaine ne nous en a
pas encore fait part.
Je sais ces
résultats par BESSRIRH qui a fait le classement (j’ai souligné pour la
compagnie parce qu’il y aura peut-être un examen pour le bataillon).
Je n’ai
encore aujourd’hui aucune nouvelle de la maison, comment cela se fait-il ?
Si tu n’as
pas le temps de m’écrire, que Gaston ou René le fassent. Claire (sa
sœur) ne m’a pas encore envoyé un mot depuis 3 mois que je suis ici. Je
vais lui envoyer une carte et lui passer un savon. Je n’ai pas encore écrit à
Albert, je ne sais ce qu’il doit penser de moi ; tu devrais m’excuser auprès de
lui car ma préparation à mon examen me prenait tout mon temps. Je vais tacher
de lui écrire cette semaine. »
« Autre
sujet, mes chaussettes sont presque usées, et presque plus mettables ! Si tu as
l’occasion de m’envoyer une caisse (fermant à clef de 30cm de long, 15 de haut
et 25 de large) mets y donc quelques paires, j’en achèterai dès que j’aurai
reçu ton mandat.
Ne sais-tu
pas si monsieur LASSERE viendra cette année à Périgueux ? Je sais que monsieur
GAVOREAU doit y venir mais je ne connais pas la date de son départ.
Dans tous
les cas, chaque fois que tu pourras m’envoyer par quelqu’un une petite caisse
de conserves d’épicerie, elle sera la bienvenue. »
« Ma
chère mère, je te quitte en t’embrassant bien fort et en te priant d’embrasser
tout le monde à la maison et chez tante. Encore un baiser de ton fils, Henri.
Envoie moi
des photos je n’en ai que deux de celles qui ont été prises par Albert chez
tante. Je tiens absolument à avoir les autres, il en a pris huit.
Je te
remercie d’avance et je t’embrasse encore ; ton fils Henri »
(*) : Il passe officiellement caporal le 8 novembre 1913.

Henri SAUER, 50ème régiment d’infanterie –
debout derrière, 3ème en partant de la droite, bras croisés
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère maman
Ne marchant
pas aujourd’hui, car je remplace le caporal de la semaine, j’ai un peu de temps
pour t’écrire. Je suis dans la chambre des malades (qui sont peu atteints), et
je dois les surveiller. J’en profite pour étudier une leçon de géographie que
l’on doit réciter ce soir.
Le nombre de
malades diminue beaucoup ; et à la compagnie il n’y en a que trois ou quatre
(peu atteints).
Hier en fait
de mardi gras, quoiqu’ayant quartier libre l’après-midi, nous avons travaillé
notre géographie. En ville, quand nous sommes sortis, il y avait très peu
d’animation, quelques masques et encore quels masques qui se promenaient.
J’espère
qu’à Oran, les Oranais se sont un peu plus amusés que les Périgourdins, qui ma
foi, ont l’esprit bien tranquille et peu bruyant !
Je n’ai pas
reçu ta lettre aujourd’hui, je l’aurai peut-être ce soir. J’ai reçu ton
médicament ; comme en ce moment on ne fatigue pas beaucoup, je ne prendrai de
ces pilules que quelques temps avant les marches, qui seront sans doute
retardées à cause de l’état sanitaire.
Dimanche dernier,
nous devions encore aller à Bordeaux ; tout le monde avait ses permissions,
quand au dernier moment a paru un ordre du ministre de la guerre supprimant
toutes les permissions pendant les fêtes de carnaval. Tu penses si nous étions
contents !!! Il a fallu immédiatement télégraphier à
l’équipe qui nous attendait et à laquelle nous avons joué deux fois le même
tour.
Le temps est
à la pluie depuis samedi dernier, et je crois que maintenant jusqu’au mois
d’avril, on ne verra plus souvent le soleil. Enfin, étant soldat, je dois aimer
la pluie, car pendant qu’il pleut on ne marche pas, du reste un proverbe qui a
cours ici, est celui-ci :
« Pompez,
pompez Seigneur pour le bien de la terre et le repos du militaire. »
Quand on ne
marche pas, je fais à mon escouade des théories, et cela me fait revoir mon
règlement militaire, sur lequel il faut être très calé à l’examen.
Je te
charge, maman d’embrasser mes frères pour moi, et reçois de gros baisers de ton
fils Henri.
J’attends
une lettre de Gaston et René (dont je n’ai pas encore vu une lettre) me donnant
des nouvelles du carnaval à Oran.
J’ai reçu
aujourd’hui ta lettre, j’espère que tu vas te soigner. Je vais écrire de
nouveau à tante, car je l’ai déjà fait dès réception de son mandat. Je
t’embrasse. »
Henri
![]()
Lettre de Gaston
« Ma
chère maman,
Tu as du
recevoir mon télégramme t’annonçant mon séjour à Bordeaux puis mon séjour à Pompignac à 12 km de Bordeaux. Nous restons ici quelques
temps encore, nous rentrons les foins achetés par le gouvernement aux
propriétaires du village.
Nous sommes
bien ici, tu n’en doutes pas. Couchons et dormons à l’hôtel et sommes d’une
façon générale très bien reçus. Je t’avoue volontiers que je resterai ici
jusqu’à la fin et davantage et même plus longtemps encore.
Si tu as des
nouvelles de René et d’Henri, je voudrais bien que tu m’en donnes mais il
faudra attendre que j’aie une adresse fixe.
Tu peux tout
de même m’adresser une lettre à l’adresse suivante :
Nom et
qualité, 2ème zouaves, 51e compagnie, camp de Satonnay
(Lyon).
Peut-être la
recevrais-je. J’embrasse tout le monde chez tante Lucie et x chez la famille
JOUVE, à toi mille gros baisers de Gaston. »
(*) : Gaston SAUER a été incorporé le 18 septembre 1914
au 1er régiment de Zouaves
![]()
Télégramme d’Henri
« Mes
chers parents, ma chère maman
C’est le
dernier jour aujourd’hui que nous puissions sortir ; l’ordre de mobilisation
est lancé, c’est avec beaucoup de regret que je partirai sans vous avoir
embrassés à tous ; mais espérons que le dieu de la guerre me sera favorable, et
quoiqu’en faisant toujours mon devoir j’aurai peut-être la chance d’être un peu
épargné.
Advienne que
pourra, et comme les arabes, je pars en disant « mecktoub
».
Dans la
chambre que nous avons en ville, différentes choses m’appartenant s’y trouvent.
C’est la cousine de madame Lacretelle qui aura la clef de cette chambre ; mais
je n’ai rien de bien important que l’on puisse t’envoyer dès maintenant.
Bettrich ne tardera
pas à partir en congé de convalescence pour Oran ; il te donnera de nos
nouvelles de vive voix, il regrette beaucoup de ne pas partir avec nous ; il a
beaucoup pleuré mais les médecins n’ont pas voulu le laisser partir.
Tu m’écriras
toujours à la même adresse. Tu as du recevoir une dépêche te disant de
m’envoyer un mandat télégraphique ; tu ne m’enverras plus d’argent à partir de
ce moment-là car beaucoup de lettres doivent se perdre et ce ne sera pas
prudent, à moins d’une demande de ma part, ne m’envoie donc plus d’argent.
Je te charge
ma chère maman, d’embrasser tout le monde chez tante Adèle de ma part, dis leur
bien qu’ils m’écrivent quelques fois car si quelques lettres s’égarent d’autres
au moins arriveront, et que je ne sois plus très longtemps sans de vos
nouvelles. Chez cousine Maria embrasse les tous pour moi ; beaucoup de baisers,
à cousine.
Quant à toi,
ma chère mère je t’embrasse de toutes mes forces et pense bien que ma pensée
ira toujours et à tous les moments vers toi.
Embrasse
aussi mes frères, je penserai beaucoup à eux. Encore une fois je vous embrasse
tous.
Votre enfant
Henri »
![]()
Lettre d’Henri
Ma chère
maman,
« Je
t’écris sur le bord d’une route française, nous sommes à la poursuite de
l’armée allemande. Comme tu t’en doutes, puisque je t’écris, je suis sain et
sauf jusqu’à présent. MARIE et FRIESS aussi, quant à ce pauvre Armand (**), il a été tué par un éclat d’obus au cœur. Tu
penses si la mort de mon meilleur ami m’a désespéré.
Il n’avait
aucune blessure extérieure mais le choc a dû lui briser une côte qui est entrée
sans doute dans le cœur. Il est mort sur le coup. Je t’enverrai sa ceinture où
il avait de l’argent, tu la remettras à sa pauvre mère. (***)
Le cycliste
des postes ne va pas tarder à passer, aussi je te quitte et t’écrirai au plus
tôt, envoie moi beaucoup de nouvelles
Je
t’embrasse de toutes mes forces. Henri »
(*) : Entre le 23 août et le 6 septembre, le 50ème
régiment d’infanterie a perdu 31 officiers, 98 sous-officiers et 1478 soldats
tués, blessés ou disparus. (JMO). Et encore plus de 200 hommes entre le 6 et le
12 septembre, date à laquelle le régiment est effectivement à la poursuite des
Allemands, secteur de Togny-aux-Bœufs (51).
(**) : Armand Félix Charles LACRETELLE, sergent au 50ème
régiment d’infanterie, mort pour la France le 27 août 1914 à Mouzon (88). Voir sa fiche.
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère maman
Voilà 1 mois
moins 2 jours que j’ai reçu le baptême du feu, plus heureux que bien d’autres
je suis encore sain et sauf. Cela durera-t-il longtemps ? Après avoir évité la
mort tant de fois j’espère retrouver un jour ma chère maman et alors quel
bonheur ! !
La France
aura finalement la victoire et connaîtra la folle tranquillité !!
Comme le
font mes camarades je vais faire venir de Périgueux un peu de chocolat. Ne
t’étonne pas de recevoir un jour une facture. MARIE et FRIESS se portent bien.
Embrasse tout
le monde pour moi. Ton fils Henri. »
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère maman,
Toujours une
santé aussi bonne ; le froid seul m’est un peu sensible, mais je m’y habitué.
Je reçois régulièrement de vos nouvelles, est-ce pour vous la même chose ?
Nous sommes
très bien nourris, et je t’assure que si le canon ne tonnait pas si souvent et
si fort l’on se croirait en manœuvre. Si la victoire nous sourit, la fin de la
guerre ne tardera pas, et alors quel long repos !!
Je vous
embrasse tous bien fort. De gros baisers de ton fils Henri. »
![]()
Lettre d’Henri à Claire, sa sœur
« Ma
chère Claire, c’est donc moi qui suis obligé de t’écrire le premier, j’espère
que dès réception de cette carte, vite une réponse. Et le petit Henri (*) se porte bien, j’espère ? Envoies moi donc une
de ses photos petit format. Je me porte toujours bien ; les balles m’épargnent
jusqu’à présent. Serais-je parmi les heureux qui reviennent ?
Mecktoub disent les
arabes, et je pense comme eux. Vie en ce moment pas trop fatigante, parce
qu’inactive, mais que nous réserve l’avenir. Je te charge d’embrasser pour moi
la famille JOUVE.
De grosses
caresses à Henri. Et pour toi et Albert des baisers de votre frère. »
(*) : Henri BOUVE, le fils de quelques mois de Claire et
Albert BOUVE
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère Maman
J’ai bien
reçu hier soir les cartes que tu m’as envoyées, je les ai tout de suite
expédiées aux adresses indiquées.
Tâche de
m’envoyer 2 cravates genre régate ou cavalière assez longues pour remplacer mes
cravates de soldat. As-tu reçu une lettre recommandée.
IL commence
à faire froid, ces deux nuits passées surtout, mais comme j’ai la veine de ne
pas prendre la garde, grâce à mes fonctions (*),
je dors presque toutes mes nuits tranquillement dans une tranchée où un bon
poêle brûle presque toute la nuit. Je te quitte ma chère maman et t’embrasse
bien fort ainsi que René dont j’attends toujours les nouvelles. Henri
Avec les
chaussettes, envoie moi aussi au moins 1m de toile cirée très souple. »
(*) : Henri était devenu sergent-fourrier depuis le 13
septembre 1914.
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère maman, j’ai reçu aujourd’hui ta carte du 26 octobre et le paquet de
chocolat et chaussettes de laine que tu as eu la gentillesse de m’envoyer.
Les
pastilles de réglisse me seront bien utiles ; je les ai mises de côté pour le
cas, fort peu probable, où je m’enrhumerai (tu sais que j’ai la gorge très
forte). Ne m’envoie plus rien avant que je te le demande, car j’ai absolument
tout ce qu’il me faut.
Mon sac est
plein d’effets de rechange. J’ai des effets pour plus d’un mois, car tu penses
bien qu’on ne se change pas de linge toutes les semaines.
Encore une
fois merci. Embrasse tout le monde pour moi.
De gros
baisers de ton fils. Henri
Je t’ai envoyé
quelques lettres à Tlemcen, je ne le ferai plus jusqu’à ce que tu m’avises de
ton changement »
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère maman,
Toujours
rien de nouveau à te raconter, toujours en position d’attente.
Je suis allé
voir MARIE et FRIESS que je n’avais pas vus depuis 4 ou 5 jours ; nous avons
causé plus de 2 heures ensemble de nos bons moments passés à Périgueux.
Au sujet de
la ceinture d’Armand, t’ai-je dit que celui à qui je l’avais remise a eu une
certaine somme de cet argent volée à l’hôpital de Chalons. J’espère quand même
qu’il aura expédié la ceinture et le restant de l’argent.
Suis toujours
bien portant. Pas reçu de lettres de toi depuis 2 jours. Je t’embrasse. Ton
fils. Henri »
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère Maman,
Je suis
toujours bien portant, toujours au même endroit. Temps horrible pendant deux
jours, mais aujourd’hui un soleil magnifique sèche la
boue.
Reçu ta
longue lettre et les nouvelles que tu m’y donnes m’ont fait bien plaisir.
Je t’écrirai
la prochaine fois une longue lettre.
Je t’embrasse
bien fort. Ton fils. Henri »
![]()
Lettre d’Henri
Ma Chère
maman,
Nous sommes
toujours au même endroit, tout est calme par ici où les Allemands ne sont pas
bien nombreux. Toujours bien nourris, nous ne serions pas trop à plaindre si le
froid n’avait pas augmenté ; mais il gèle toutes les nuits depuis trois jours.
Heureusement que dans la journée un bon soleil nous remet un peu.
Je n’ai pas
de lettre de toi depuis 3 jours ; ceci est peut-être dû aux courriers qui ne
doivent pas traverser en grande confiance la méditerranée.
On nous
apprend l’échec complet des allemands dans le Nord, et la marche victorieuse
des Russes, ce qui va, je l’espère, hâter la fin de cette guerre.
L’hiver
rigoureux de l’année dernière m’a accoutumé au froid, et j’espère ne pas trop
souffrir, ou du moins le supporter sans être malade.
L’état
sanitaire est ici excellent, pas une seule trace de maladie épidémique ; un peu
de dysenterie au début a été vite combattue et vaincue.
Vois-tu
quelques fois cette pauvre madame LACRETELLE ? Je n’ose lui écrire, puisqu’elle
a l’espoir que son fils vit !
Mais
j’aimerais bien savoir sur quoi elle se base pour affirmer cela, et qui lui a
donné des nouvelles d’Armand.
Renseignes
moi car je voudrais bien le croire encore vivant, même prisonnier ! Cela me
consolerait.
Gaston
est-il toujours à Alger ? Ne sait-il pas encore quand
il partira ?
Beaucoup de
blessés des premiers jours reviennent sur le front. Dans le régiment nous ne
sommes pas bien nombreux, ceux qui ont fait toute la campagne sans
interruption, à peine 25 par compagnie sur 250. Nous avons été bien éprouvés au
début.
Donne de mes
nouvelles à toute la famille et embrasse bien tout le monde pour moi. Et pour
toi de gros baisers de ton fils.
Henri »
Certaines lettres ont été complétées par les
destinataires qui les faisaient suivre pour informer d’autres membres de la
famille, ces ajouts sont inscrits en rouge sur le site, et sont principalement
du fait de Thérèse SAUER, et sa fille Claire épouse JOUVE.
« Chère cousine, je vous envoie cette lettre d’Henri et
une lettre de tante Clotilde.
Je ne vous écris qu’un petit mot car il est tard et mon fils
commence à s’impatienter, il a faim. Petit Riquet vous envoie une grosse
bisette et moi, ma chère cousine je vous embrasse bien fort.
Votre Clairette » (sœur d’Henri)
![]()
Lettre d’Henri
« Ma
chère maman, il fait depuis hier un temps magnifique et malgré le ciel
découvert, il ne fait pas trop froid. Je reviens de prendre mon chocolat du
matin avec du pain grillé ; cela t’étonnera et pourtant c’est vrai. Nous sommes
en 2è ligne et nous trouvons au village quoique qu’inhabité, du lait ; j’ai eu
l’occasion d’acheter du chocolat et j’en fais faire. (*)
On trouve à
acheter différentes choses par l’intermédiaire des infirmiers quand ils vont en
arrière pour amener des malades ou des blessés.
Avant-hier
au soir nous avons fait un grand « chahut », pour célébrer la victoire russe,
le général d’armée avait prescrit qu’à 10h l’artillerie tirerait pendant ¼
d’heure et qu’à ce moment-là nous crierions tous ensemble « vive la France ».
Tu penses si nous avons crié fort à l’heure dite. Tout d’un coup, tous les
canons de notre ligne se mirent à tirer à toute vitesse.
Je t’assure que
joints à nos cris cela devait faire un joli « chahut » et qu’ils ont dû avoir
une belle alerte, ceux d’en face. »
« Le 4
décembre
Je continue
cette lettre commencée que j’avais cru égarée et que je retrouve maintenant
dans la poche de ma capote. Nous venons de passer trois nuits en première
ligne, nuits très tranquilles. Nous retournons ce soir en 2è ligne et c’est
ainsi la navette depuis le 18 octobre, c'est-à-dire depuis 56 jours.
J’ai reçu
hier au soir 5 lettres, 3 de toi, 1 de Claire et une de Maurice. Tu penses que
j’étais content et dans la tienne j’ai trouvé des journaux et dans celle de
Claire, 1 lettre de Gaston et 2 photos du superbe bébé qui est Henri.
Au sujet des
journaux, je n’ai absolument rien à craindre quand tu m’en envoies. Nous lisons
ici les journaux qui ont paru le matin ou la veille à Paris. Tu vois que l’on a
des nouvelles fraîches. Si je tiens à avoir l’Écho, c’est pour les nouvelles
locales ou spéciales à l’Algérie. J’ai expédié, je te l’ai, je crois, déjà dit,
les cartes où tu avais mis les adresses. J’ai rectifié aussi l’adresse
d’Albert. »
« Avant-hier
au soir, je suis allé rendre visite à FRIESS, je suis arrivé juste au bon
moment pour me voir offrir des crêpes qu’ils venaient de faire cuire dans la
tranchée ; elles ne valaient assurément pas celles que je mangeais à la maison
; mais à la guerre comme à la guerre, et je t’assure que je les ai trouvées
très bonnes.
Pour la
Noël, nous nous sommes promis de réveillonner dans une de nos tranchées. On
réveillonnera sans doute ici, à moins que les Allemands soient repoussés. Nous
devons chacun de nous apporter notre cote part, et tacher d’ici là de
rassembler des provisions nécessaires.
Temps
toujours beau et pas froid du tout. Nous n’allumons les poêles dans les
tranchées que vers le matin de très bonne heure.
Je te quitte
ma chère maman. Embrasse cousine Maria pour moi quand tu les verras, un baiser
à René et à tous chez tante Adèle. Je t’embrasse mille fois. Henri »
« Tlemcen le 16 décembre.
Mon cher Gaston. Je t’envoie la lettre d’Henri. J’ai eu
aujourd’hui aussi des nouvelles de mon Albert. Il va bien, mais fait souvent un
travail pénible et parfois triste. As-tu reçu ce que je t’ai envoyé ? J’espère
te voir bientôt mon cher Gaston et t’envoie avec la bisette de mon Riquet, mes baisers
affectueux. Embrasse tout le monde à OF (**) et à Alger. Ta sœur
Clairette. »
(*) : Le régiment se trouvait dans la Marne, près de
Prosnes.
(**) : OF = Ouled-Fayet,
commune à l’ouest d’Alger.
![]()
Lettre d’Henri à sa sœur Claire
« Ma
chère Clairette
J’ai reçu
aujourd’hui un paquet dû à ta gentillesse.
Quelques
jours avant j’ai reçu les photos de ton petit Riquet. Tu ne peux te figurer
combien ces photos m’ont causé de plaisir. Ton petit gosse vraiment est
charmant, et je suis fier d’avoir un neveu pareil. Sur une des photos, il a un
air étonné qui lui va à ravir ; sur l’autre où il rit, il m’a communiqué
l’envie de rire. J’espère avoir le bonheur de connaître mon neveu, si cela
n’arrive pas tu lui parleras souvent de son tonton qui l’aurait bien aimé, bien
gâté. Merci beaucoup pour ton paquet.
Ecris-moi le
plus souvent possible car tu ne peux pas te figurer combien une lettre ou
simplement une simple carte cause du plaisir.
Nous sommes
toujours au même endroit et je suis toujours bien portant ; Embrasse pour moi
ton petit Riquet, mes amitiés à la famille JOUVE. De gros baisers pour toi de
ton frère Henri. Ma lettre arrivera aux environs de la Noël. Bonnes fêtes de
Noël.
Je joins à
ma lettre une poésie de Miguel Zamacois, Auteur des
Bouffons.
Henri »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Je n’ai pas
aujourd’hui le temps de t’écrire longuement. Nous faisons une nouvelle cahute,
et aussi pendant son installation, impossible de séjourner dans le trou. Je me
porte toujours bien quoique depuis 5 jours je n’ai pas du tout de nouvelles de
la maison.
Je t’embrasse
bien fort. Henri »
![]()
« Ma
chère maman, je t’ai promis sur ma dernière lettre de t’écrire longuement.
D’abord, j’ai bien des choses à te raconter. Nous sommes au repos depuis
quelques jours très en arrière de la ligne de feu.
On entend
mais de très loin la canonnade. Dans la petite ville où nous sommes il y a
beaucoup d’animation et les habitants et les gens n’ont pas trop souffert du
passage des Allemands. Nous resterons ici 10 jours pour aller ensuite relever
un bataillon qui viendra se reposer, et ainsi de suite.
Entre tous
les sous-offs de la compagnie, nous nous sommes arrangés une vie à part et
avons formé une espèce de mess où la plus franche cordialité règne. On trouve à
acheter presque tout ce que l’on veut dans ce village mais à des prix
horriblement chers.
Tu ne peux
pas t’imaginer l’émotion que l’on ressent quand après 3 mois de vie
souterraine, nous nous sommes revus au milieu de civils, de voitures, d’autos.
Dans
quelques jours, il est vrai, cela va cesser, mais enfin nous avons un peu vécu.
Tu n’as
toujours pas de nouvelles de Louis (FOUQUE) ? Fais-moi savoir dès que
tu en auras.
Je comprends
bien l’angoisse de vous tous mais il ne faut pas s’alarmer outre mesure quand
un courrier ne vous apporte pas de nouvelles. Que de choses peuvent retarder
l’arrivée des lettres, ou être cause de leur perte !
Dans le
dernier écho que tu m’as envoyé, j’ai vu que le fils de Mr Garreau est mort sur
le champ de bataille de Louis. J’ai immédiatement écrit à ce monsieur
J’ai reçu
ton colis où il y avait la toile cirée ; merci beaucoup ; je vais m’en faire un
couvre-nuque assez long et qui me couvrira les épaules !
Je te quitte
ma chère maman, je vais à un concert organisé par les territoriaux. Je
t’embrasse bien fort. Ton fils Henri
Je te
donnerai des détails sur cette matinée. »
Oran jeudi
« Ai reçu le 26, le programme et une carte ; Imite,
Gaston, l’exemple de ton frère et écris un peu plus souvent. As-tu reçu la
lettre carte mais les 5f ??? Je t’ai dit t’écrire à ta
tante, l’as-tu fait ?
Hier je sais par Gaby qu’il n’y a pas de lettre, quoique je
n’aie pas dit que je t’avais engagé à écrire.
As-tu reçu une lettre de ta sœur ? Je t’embrasse. Si tu
envoies ces lettres à O.F. que l’on me les retourne. »

Henri
SAUER, 50ème régiment d’infanterie , 23 janvier 1915 à
Mourmelon-le-Petit
‘’
Premier repos réel du régiment après 1 mois de campagne - Henri ‘’
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Hier je t’ai
envoyé une simple carte ce qui fait que depuis 4 jours je ne suis pas resté une
seule journée sans t’écrire. J’ai tort, je crois, d’écrire aussi souvent car si
pour une raison quelconque je restais seulement 4 ou 5 jours sans t’écrire, tu
te ferais beaucoup de mauvais sang, et cela je ne le veux pas.
Aussi je ne
t’écrirai dorénavant que 2 : au maximum tous les deux jours et au minimum une
fois par semaine.
Donc, pas de
tourments quand régulièrement à chaque courrier tu n’auras pas de lettre de moi
; énormément de causes peuvent empêcher l’arrivée de mes lettres ; et il me
semble te voir quand tu ne reçois rien de moi.
Reçu hier
lettre de tante Victorine et de Chemeau.
Temps
printanier depuis 3 jours, pas de froid du tout, et aujourd’hui un soleil
d’été. Aussi les aéroplanes se baladent à qui mieux mieux. J’embrasse tout le
monde, de gros baisers pour toi. Henri »
![]()

Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman, j’ai reçu hier un colis de Mme GRADVOHL, j’ai accusé réception
immédiatement ; tu vas remercier cette dame pour moi ; comme je dis dans la
lettre à Suzanne, le colis est justement arrivé un jour où par suite de
circonstances que je ne peux pas dire (*), on
n’avait pu toucher de vivres.
Nous avons
toujours un temps splendide et à part quelque pluies qui durent une ou 2
heures, le soleil parait toujours ;
Tache de
m’envoyer dans un petit colis quelques mouchoirs ; mais surtout n’en achète pas
; envoie m’en des vieux, car le plus souvent on ne peut pas les laver et on est
obligé de les jeter ; joins y 2 ou 3 bons cigares que tu feras acheter par
René.
Je
t’embrasse bien fort ma chère maman et te charge d’embrasser tout le monde pour
moi.
Ton fils Henri.
A quand une lettre de René qui doit être guéri. »
(*) : 3 jours auparavant, 11 hommes avaient été tués,
ensevelis sous leur abris, c’était des hommes de la section d’Henri (JMO)
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman, je te demande dans une lettre d’hier de m’envoyer quelques colis ;
joins-y une ou deux paires de chaussettes de coton, que je mets sous les
chaussettes de laine
De bons
baisers à cousin, à grand-mère et les meilleurs de ton fils
Henri »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman
Nous sommes
toujours au repos, et avons reçu la première inoculation contre la fièvre
typhoïde ; nous en subirons une 2è et nous serons ensuite complètement à l’abri
de cette maladie ; peu ou point de souffrance après la vaccination, quelques
hommes sont malades, la fièvre monte même à 40° mais retombe presque tout de
suite.
Comme je te
l’ai déjà dit, j’ai installé mon bureau dans un camion forge ; où je me réfugie
toute la journée, quand mes occupations ne me forcent pas à courir.
Je prends
mes repas avec les sous-officiers de la 12è compagnie où je retrouve tous mes
anciens camarades, plus sociables et qui me sont plus sympathiques que la
plupart de ceux de ma compagnie. Nous faisons des repas épatants, nous nous
mettons à table à 11h ½ et n’en sortons qu’à 1h1/2 ; et le soir de 8 à 9h. Nous
prolongeons toujours la soirée, soit à causer, soit à chanter ; car quand nous
sommes, comme cela au repos, nous tachons d’être le moins triste possible pour
ne pas nous croire en guerre ou si près de l’ennemi.
Le temps est
ici toujours clément, très peu de pluie, mais beaucoup de brouillard. Le froid
n’est guère intense et est très supportable.
On nous
donne de nouveaux des ordres très sévères pour nous défendre de communiquer, à
nos parents ou amis, ce qui se passe devant nous ou chez nous ; un adjudant a
même été cassé pour avoir divulgué des mouvements de troupes, à ses parents.
Ne t’étonne
donc pas si je ne te parle pas de ce qui se passe ici. Je puis quand même te
dire que c’est à peu près calme.
On a
toujours, d’après les journaux, de bonnes nouvelles de ce qui se passe sur le
reste du front, et je crois que les Russes font du bon travail.
A mon avis,
j’estime que la guerre ne durera maintenant pas bien longtemps et espérons que
bientôt, nous serons tous réunis !
J’ai écrit,
voilà pas mal de temps à Louis, à Albert, mais ces mêmes ne me répondent
toujours pas. Qu’attendent –ils donc ?
Monsieur
CHEMEAU est parti pour France ; il a dû aller te voir avant son départ. C’est
un copain de plus sur la ligne et je pense qu’il s’en tirera lui aussi.
Tu porteras,
j’espère mes lettres chez Tante ; embrasse les tous pour moi, et dis leur que
si je ne l’ai leur pas écrit depuis plusieurs jours, c’est dû à mon travail, et
tout le dérangement causé par ce travail.
Embrasse
René pour moi et reçois les meilleurs baisers de ton fils. Henri.
Une bisette à
Marcel (BELIVERT) et Bichette et mon meilleur souvenir à Mr et
Mme JOUVE. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Mes lettres sont
comme les communiqués officiels, toujours rien de nouveau ou d’intéressant à te
signaler. Je reçois régulièrement de tes nouvelles, ce qui prouve que les
boches n’ont pas encore empêché les relations avec la métropole malgré leurs
annonces.
Maurice CHEMEAU
s’est embarqué pour la France, il vient lui aussi nous prêter son concours.
René culotte dur j’espère et je l’excuse presque de ne pas m’écrire ; pourtant
que serait-ce de me sacrifier 10mn ? Gaston non plus ne m’écrit pas.
J’espère que
s’il vient sur le front il le fera plus souvent.
Je t’embrasse
bien fort ainsi que René, grand-mère, cousine et tout le monde chez tante, ton
fils qui pense à toi. Henri »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Voilà 4 ou 5
jours que j‘étais malade (*), ou
plutôt fatigué dans une ambulance, je ne te l’avais pas dit plus tôt pour ne
pas d’inquiéter, mais maintenant que ce gros rhume est passé, tu n’as plus à te
faire de mauvais sang. Le major, un chic type, m’envoie pour 15 jours au repos
à Châlons ; ce qui fait que jusqu’au 15 mars, je vais
pouvoir un peu profiter de la vie de garnison.
Ma foi,
après, je reprendrai ma place avec les autres, jusqu’au repos final conséquence
de notre victoire sur les boches !
Je tousse
encore un peu mais les pastilles que Mme Lacretelle m’a envoyées, et que j’ai
encore, vont me servir. Je t’écrirai plus longuement demain car je prends à
2h1/2 le train pour Chalons.
Envoie moi toujours mes lettres au même endroit on me les fait parvenir. Je t’embrasse bien fort. Henri »
(*) : Sa maladie n’est pas indiquée sur sa fiche
matriculaire, pourtant il va partir à l’hôpital de Roanne. Il semblerait que
cela soit un grave problème de dents (il le dit plus tard)
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Me voici
arrivé à ma dernière destination. Je suis pour quelques jours dans un hôpital
de convalescence à Roanne dans la Loire.
Dorénavant
ne m’écris plus, car je peux changer d’un moment à l’autre. Envoie-moi si tu le
peux un mandat télégraphique mais ne m’envoie pas moins de 10f.
Je pense que
j’aurais la bonne fortune d’aller peut-être en permission te voir. Quelle joie
si cela se réalise. Mais je n’y passerai sans doute que 8 jours.
Je t’écrirai
longuement demain.
Ton fils
Henri »
![]()
Lettre de Gaston à sa mère (*)
« Ma
chère maman, j’ai fait un très bon voyage.
Le train
était bondé et pour pouvoir me reposer, j’ai été obligé de prendre un
supplément de 2ème classe à Perrégaux. (**)
J’étais avec
CHATROUNE et nous avons eu un compartiment à nous seuls. J’ai pu dormir 5
heures de suite ce qui m’a grandement reposé et préparé à mon examen de ce
matin et à celui de ce soir. Je ne sais si c’est parce que c’était lendemain de
fête et de permission mais on nous a fait faire aujourd’hui 9 heures d’exercice
et ce qui m’étonne le plus dans tout cela c’est d’être encore dispo ce soir.
Je t’écris
de la devanture d’un café et dans la salle il y a un soldat qui joue du piano.
Il joue très bien et cela me rappelle le temps où j’écoutais Claire. Comme il
s’est passé de choses depuis ce temps –là et comme il s’en passera encore
beaucoup avant que cela revienne. J’ai bon espoir et l’espoir fait vivre.
Je me suis
laissé annoncer ce soir une bonne nouvelle qui m’a été donnée sous toutes
réserves. Il parait qu’une grande quantité de cadres existant actuellement à
Orléans ville seront pris pour instruire la classe 16 à Alger.
Tu penses
bien que je serais heureux d’aller faire l’instruction de René ; nous pourrions
facilement être dans la même compagnie et tu serais bien plus tranquille de le
savoir près de moi. Mais rien n’est encore fait et c’est peut-être comme nous
disons un rapport de « tinette ».
Le temps a
été splendide aujourd’hui, le soleil piquait un peu mais une bise assez fraîche
adoucissait la chaleur.
Je te
quitte.
J’ai reçu
aujourd’hui une lettre d’un copain parti au dernier convoi et qui trouve mon
silence un peu long, je vais lui répondre.
Embrasse
tout le monde pour moi sans oublier Riquet et toi reçois de gros baisers de ton
fils »
(*) : Gaston SAUER est au 1er régiment de Zouaves.
Caporal depuis le 1er décembre 1914, il n’est pas encore parti au front. Depuis
septembre, il est en Algérie faire son service militaire. Il va être affecté au
4ème régiment de Zouaves, qui est en France.
(**) : Chlef, qui a été
rebaptisée Orléansville à l'époque française, est une
commune algérienne située dans le nord de l'Algérie,
(***) : Perrégaux est une ville en Algérie,
maintenant Mohammadia.
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman, je viens de passer la visite pour les congés de convalescence ;
j’ai obtenu 1 mois que j’irai passer auprès de toi !
Tu
t’imagines ma joie !
Revoir ceux
que l’on ne pensait plus jamais revoir : Je ne pars pas encore car je travaille
ici dans le bureau de l’hôpital ; mais ma permission ne sera datée que le jour
de mon départ ; j’espère et je pense passer par Alger, j’en profiterai donc
pour voir Gaston et toute la famille et même je pousserai jusqu’à OA. Ne
m’attends pas avant 8 ou 10 jours. Ne m’écris plus dès réception de cette
lettre. Te préviendrai pour mon arrivée.
Je t’embrasse
bien fort. Henri »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Je fais
aujourd’hui ma correspondance, tu es la 6è personne à qui j’écris car j’ai un
assez long moment à moi. Je crois que je ne vais pas tarder à quitter Périgueux
pour aller dans un camp d’instruction « Sieurac » qui
joue le même rôle qu’Orléansville pour le 1er
Zouaves.
Enfin tout
ceci n’a rien d’officiel et il pourrait très bien se faire que je reste une
quinzaine de jours environ.
J’ai déjeuné
dimanche chez Mr FERRARI et j’ai passé une bonne après-midi avec eux. J’ai
retrouvé ici un colis d’oranges toutes moisies que Monsieur CABANEL m’avait
envoyé ; tache de savoir son adresse et de me l’envoyer que je lui écrive au
plus tôt.
J’espère que
maintenant tu iras voir madame LACRETELLE qui a été si gentille pour moi ainsi
que Mmes CHESNIAN et MARIE.
Je n’écris
pas directement à cousine Maria mais je sais que tu lui montres mes lettres et
qu’elle a par suite toujours de mes nouvelles.
Temps ici
toujours pluvieux et particulièrement le dimanche où l’on est obligé de
s’enfermer dans les bistrots.
Gaston m’a
écrit il y a quelques jours et il a de la veine de ne pas être encore parti ;
il ne reste pas ici un seul homme de la classe 14, et très peu de la classe 15.
Il ne serait pas trop tôt que la chance nous favorise.
Je t’embrasse
ma chère maman bien affectueusement. Henri. »
![]()
Lettre de Claire à son frère René (*)
« Mon
cher René. Maman m’a envoyé aujourd’hui une lettre de chacun de vous. Je
t’envoie celle d’Henri et lui enverrai la tienne et celle de Gaston. Je suis
heureuse de savoir que tu écris assez régulièrement à notre chère maman.
Ecris-lui le plus souvent possible, René, et dans ta prochaine lettre donne-lui
beaucoup de détails du départ de Gaston. Tu dois penser qu’elle se fait
beaucoup de mauvais sang depuis qu’elle sait qu’il s’en va.
Espérons
qu’il ne lui arrivera rien, et qu’il reviendra bientôt avec tous nos chers
soldats.
Je t’envoie
la dernière photo de Riquet avec moi ; Tu me diras ce que tu en penses. Petit
Riquet t’embrasse bien fort et moi je t’envoie d’affectueux baisers. Ta sœur,
Clairette. »
(*) : Rappel : René SAUER a 18 ans à cette date, il
est étudiant. Il sera mobilisable, théoriquement à partir de ses 20 ans, en
août 1916.
Mais il semble qu’il soit déjà en France

1915
- Gaston – 1er debout à droite
![]()
« Ma
chère maman. Alors, voilà, Gaston est parti !
Ne te
désespère pas ma chère maman, tu vois bien que je m’en suis sorti et pendant 7
mois ; ce qu’il faut, c’est avoir la persuasion intense que l’on revient et
cela arrivera. Je suis appelé moi aussi, et d’un jour à l’autre dès que mes
dents seront soignées, je t’assure que je repartirai sans trop d’appréhension.
J’ai bien
envoyé à René un billet de 5f. Je ne comprends pas pourquoi il ne l’a pas reçu,
pour le moment je ne puis lui en envoyer d’autre ; quelques plus ou moins vague
vaguemestre a dû s’en rendre possesseur. C’est réellement malheureux.
Tu
m’enverras dès que tu l’auras l’adresse de Gaston, je lui écrirai
immédiatement.
Vas voir
souvent tante et grand-mère, ne crains pas de les déranger, ils sont, tu le
sais mieux que moi, très gentils pour nous.
As-tu
toujours des écritures ? J’espère que oui, et j’en suis content car quand tu
écriras tu te feras un peu moins d’idée noire, et pourtant tu ne devrais pas
être trop triste, si tu avais comme l’assurance que nous reviendrons tous les
trois.
De bons
baisers chez tante et cousine, les plus affectueux pour toi de ton fils
Henri »
(*) : Henri passe au 1er régiment de Zouaves le 1er juin
1915
![]()
Lettre de la mère à sa fille Claire
« Ma chère enfant, j’ai ta lettre – suis très occupée,
je sors et laisse un mot à M Duret pour qu’il voir l’Insp.-
Je ne puis voir le Proviseur aujourd’hui.-
Je vais bien et commence les préparatifs pour déménager
dimanche- J’ai reçu une caisse de x et n’ai pas encore écrit. Ecris pour moi et
remercie Albert, je lui écrirai ces jours-ci et t’écrirai longuement. J’avais
cette lettre dans le panier avec du beurre tout a été tâché.
Mille baisers T. J’ai reçu lundi aussi ta lettre. Baisers
pour mon tout petit chéri. »
Rappel : Certaines
lettres ont été complétées par les destinataires qui les faisaient suivre pour
informer d’autres membres de la famille, ces ajouts sont inscrits en rouge sur
le site, et sont principalement du fait de Thérèse SAUER, et sa fille Claire
JOUVE.
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
J’ai reçu
aujourd’hui ta lettre contenant le billet de 5f merci beaucoup ; il est arrivé
on ne peut plus à temps, car j’étais ce que l’on appelle vulgairement « fauché
». Comme je te l’ai dit, on dépense beaucoup d’argent à Paris, surtout que
j’étais obligé quand j’allais me faire soigner les dents de prendre un express
à Paris, et sans faire beaucoup de folies, je dépensais facilement 2f50 pour un
repas + les frais de tramway (0,25 jusqu’à porte maillot +0,15 métro + le
retour)
Maintenant
mes soins sont terminés, et, à moins de complication me voilà tranquille pour
quelques temps tout au moins de ce côté-là. Nous avons fait mercredi et jeudi
un déplacement de 24 km, nous avons cantonné dans une petite ville (Sartrouville)
où nous avons été très bien reçus ; la marche ne fut pas trop fatigante malgré
la chaleur. Au cantonnement les gens furent très chics et généreux pour les
hommes.
Aujourd’hui
vendredi, je n’ai encore rien reçu de Mr DURET ; tu peux être sûre que, prenant
le service dimanche prochain, justement je vais être invité par eux ce jour-là
; ce sera bien ma guigne.
Je voulais
faire ce soir tout un tas de lettres mais sur deux ampoules électriques que
j’avais dans ma chambre, aucune ne va plus, elles meurent d’être brûlées par je
ne sais quel excès de courant, je profite un peu du jour qui reste, et en
m’approchant de la lumière, pour terminer ma lettre.
Je vais
passer ces jours-ci mon brevet de chef de section pour essayer d’être nommé
sous-lieutenant ; je vais voir si je peux causer à Mr DURET et s’il peut
intervenir un tout petit peu en ma faveur ; je crois que je l’ai bien mérité.
Embrasse
pour moi cousine Maria, et dis-lui que si je ne lui écrit pas, c’est parce que
je sais que tu lui montres toutes mes lettres. De bons baisers à tante,
grand-mère, tonton et Gaby (*) et
reçois les baisers affectueux de ton fils qui t’aime
Henri. As-tu
bonnes nouvelles de Gaston. Comme demain matin nous n’avons rien à faire, je
lui écrirai. Henri. »
(*) : Gabrielle FOUQUE
![]()
Lucien BELLVERT à Claire BROGAT (*)
« Chère
cousine. Parlons de choses sérieuses. M’as-tu envoyé un autre colis ?
Lorsque tu le
feras, n’oublie pas du coco et de l’alcool de menthe, car l’eau est très
malsaine, le thé devient trop ordinaire, et ce que j’avais de coco et de menthe
commence à diminuer.
As-tu des
nouvelles fraîches de Sandro (**).
Qu’est devenu Henri dans les zouaves, je ne comprends pas ce qu’il a voulu
faire, peut-être a-t-il avant l’instruction des x
Gaston ou René.
Toujours en
bonne santé. Embrasse bien fort toute la maisonnée pour moi. Lucien. »
(*) : Claire BROGAT (1892-1977), la future épouse
d’Henri, à ne pas confondre avec Claire sa sœur.
(**) : Alexandre BROGAT (dit Sandro), frère de
Claire BROGAT. Sandro est enterré à Canet (66).
![]()
Le 21
juillet 1915, il passe au 3ème régiment mixte Zouaves Tirailleurs.
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman. Nous voilà pour quelques jours au repos en France. Je te fais
parvenir une lettre pour un sergent de ma compagnie parti en permission.
Toujours pas de lettres de la maison.
Heureusement
que j’ai su par Julot LONG que tu étais à OF (*)
avec Claire, car j’aurais continué à t’écrire à Oran.
Embrasse
tout le monde, beaucoup de caresses à Riquet et reçois les meilleurs de ton
fils. Henri. »
(*) : OF = Ouled-Fayet, commune
à l’ouest d’Alger.
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman. Cette carte sera remise à la poste d’Oran par mon camarade POTEL.
Envoie donc dès réception, si tu ne l’as déjà fait, l’appareil photographique
avec 2 rouleaux à Oran, chez tante, où il les fera prendre.
Je me porte
bien. Régiment toujours au repos. Je ferai parvenir les rouleaux, une fois
tirés, dans un petit colis et à chaque réception renvoies moi un autre rouleau
neuf.
Quand il y
aura des photos pouvant être placées dans les journaux (toutefois quand cela ne
pourra pas nuire à notre défense) que monsieur X ou monsieur Auguste les
envoie, mais sans indiquer leur provenance. En fin de compte, qu’il fasse comme
il l’entendra.
Mais je sais
qu’il y a des photos qui rapportent facilement 50f et c’est bon à prendre.
Je vous
embrasse tous affectueusement. Henri. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Voilà une
vie tranquille à peu près terminée ; à partir de demain je commence à suivre
les cours de chef de section à l’arrière, cours qui dureront approximativement
un mois ; c’est moi qui ai demandé à suivre ces cours, comme la prochaine place
vacante de sergent-major dans une compagnie était pour moi, je préfère suivre
ces cours qui me faciliteront adjudant ou sous-lieutenant.
Comme je te
l’ai écrit j’ai reçu l’appareil par POTEL. Merci aussi pour les dragées. Je
t’embrasse affectueusement. Henri. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman. C’est dimanche aujourd’hui il a fait une journée magnifique et
tout ensoleillée, et malgré le travail assez pressant je n’ai pu résister au
plaisir d’aller faire une partie de foot Ball : aussi j’ai maintenant les
jambes assez fatiguées. Et je vais ce soir me coucher de bien bonne heure.
Comme j’ai
depuis quelques jours la bonne fortune d’avoir certaines nuits un lit, je
bouquine très tard dans mon « plumard ». Je suis tombé (sans me faire mal) sur
une collection « Victor Hugo, et les vers de ce poète m’enlèvent mon cafard
quand je n’ai pas de lettres. Ce qui arrive quelques fois quand tu restes
quatre ou cinq jours sans m’écrire…(Soit dit sans
reproche) car je sais bien que, quand tu ne m’écris pas, c’est que cela ne
t’est pas possible.
J’ai un de
mes camarades, un caporal-fourrier, qui est de Miliana qui va voir tante
Clotilde. Il lui donnera quelques tuyaux que tante t’écrira.
Rien de bien
sensationnel que tu ne saches déjà.
As-tu reçu
ce que je t’ai fait envoyer de Paris. Dis le moi.
Embrasse
pour moi tout le monde chez les JOUVE et chez tante Victorine.
J’ai une
carte de Simone (*), lui
enverrai quelques vues photos quand j’en aurai l’occasion et que cela ne pourra
nuire
Bons baisers
à Claire et à mon petit Riquet. Baisers affectueux de ton fils. Henri. »
(*) : Simone BROGAT, sœur de Claire, sa future femme.
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Je n’ai pas
beaucoup le temps d’écrire aujourd’hui. Suis en excellente santé.
Dimanche
j’ai fait un match de football très intéressant puisque les deux équipes
étaient composées de bons joueurs. Je me voyais presque revenu au temps heureux
où je passais tous les après-midi de dimanche à faire du sport.
Sommes
toujours au même endroit, et continuons à mener une vie pas trop fatigante.
Reçu hier une lettre de toi. J’ai en ce moment une « flemme » d’écrire peu
croyable.
Je néglige
tous mes amis. Il est vrai que pour moi, qui, toute la journée suis plongé dans
la paperasse, ce n’est guère un délassement de reprendre la plume quand mon
travail est fini.
Aujourd’hui
jour du prêt, je ne pense pas avoir beaucoup de temps de libre Il est en ce
moment 5h1/2 du matin et comme je ne peux entrer dans la chambre…(…)
Deuxième partie de la
carte absente
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman. Je suis en très bonne santé. Un temps splendide nous permet de
faire tous les soirs des matches de football passionnants, entre les diverses
compagnies du régiment. Les journées se terminent ainsi assez agréablement, et
le temps passe plus vite. Il fait le soir un temps si beau et si doux que l’on
reste dehors jusqu’à 10 et 11 h avant de se coucher.
J’attends
toujours la réponse au sujet de ce que je t’ai envoyé.
Aujourd’hui
une lettre de toi contenant l’adresse de Gaston à qui je vais écrire ce soir. Je
t’embrasse affectueusement ainsi que tous.
Henri. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Je suis
toujours à l’ambulance, je ne suis pas assez gravement blessé pour espérer
entrer dans un hôpital d’où j’aurais pu avoir une permission. Je serai obligé
d’attendre mon tour normal quand je serai de retour à ma compagnie pour pouvoir
te revoir.
PLAT, qui a
été traîné par les chevaux sur un parcours plus long que moi, n’est touché
qu’aux jambes et sera guéri d’ici peu.
Moi qui suis
tombé sur la tête, j’ai l’arcade sourcilière droite fendue mais l’œil n’a
absolument rien. Dans la journée, je ne souffre pas du tout, à l’heure des
pansements, seulement le major me fait un peu souffrir.
Je reçois
tes lettres régulièrement encore une de toi aujourd’hui.
Il fait
depuis quelques jours un temps magnifique, aussi tu t’imagines bien que je ne
reste pas dans les salles de l’ambulance, et avec PLAT nous faisons de longues
balades dans les bois. De bons baisers à tous les plus affectueux pour toi de
ton fils.
Henri. »

![]()
« Ma
chère tante,
Suis
toujours à l’ambulance. J’en ai encore jusqu’au 24. Toujours rien de certain
pour une permission. J’ai quand même un peu l’espoir de revoir l’Algérie et
surtout son beau soleil ; car ici, il est bien pâle, Phébus ! Visite des taubes cette nuit ; mais ils ont rasé la ville.
Bons baisers à
tous. Henri. »
![]()
Lettre de René à sa mère
« Ma
chère Maman,
Je suis à
Alger depuis hier au soir. Notre ordre de départ est arrivé tellement vite
qu’il m’a été impossible de te prévenir. Nous sommes partis de Boghari mercredi matin à 5h30. A 11h nous étions à Blida
après un voyage pas trop fatigant.
Nous avons
quitté Blida à 2h de l’après-midi et à 5 h nous débarquions à Alger. Il faisait
une chaleur atroce et je t’avoue que nous avons tous transpiré pour monter à la
caserne. La fanfare d’Alger nous précédait et nous avons traversé toute la vile
au pas cadencé l’arme sur l’épaule droite. Le soir je suis sorti chez Tante, et
comme j’étais très fatigué je suis allé me coucher de suite après souper.
Le matin, on
nous a habillés en tenue de guerre.
A 10 heures,
je suis sorti et suis rentré vers 2 heures à la caserne. Nous devions passer
une revue à 5 heures, mais à 6 heures nous ne savions pas comment nous devions
faire le sac ni avec quelle tenue nous vêtir. Enfin nous sommes fixés. Nous
partons en tenue réséda et je crois que nous allons passablement souffrir pour
descendre au bateau.
Heureusement
que nous n’aurons pas froid avec cette tenue pendant la traversée.
Nous ne
savons pas encore le jour de notre embarquement, les uns parlent de demain, les
autres d’après-demain, etc. Au juste, il n’y a rien d’officiel. Pourvu que nous
restions à Alger le plus longtemps possible, c’est tout ce qu’il faut.
Ne te fais
pas de mauvais sang, ma chère maman, je ne suis pas encore sur le front et même
si j’y étais il ne serait pas nécessaire que tu t’en fasses car heureusement
tous ne restent pas là-bas et moi je veux être de ceux qui reviendront une fois
leur devoir accompli.
Embrasse
bien tout le monde chez tante Victorine et chez Mme JOUVE. Mille baisers de ton
fils.
René. »
Voici ma nouvelle adresse
SAUER R. 9e Zouaves - Bataillon I - 2ème compagnie - 3ème section - Caserne d’Orléans à Alger (à faire suivre !).
« Préviens
Tante Adèle car je ne sais pas si je pourrais lui écrire Encore un baiser de
ton fils. René.
Tout le monde
chez Tante vous embrasse bien. »
![]()
Lettre de René à sa mère
Adresse de René : au 9e Rgt de zouaves 3e bataillon - 10è compagnie - Secteur 165.
« Ma
chère maman,
Nous voilà
au grand repos sans doute pour un mois ½ ou 2 mois. Nous ne devons pas restés
dans le bled où nous nous trouvons en ce moment. Nous devons partir dans 2 ou 3
jours à Berque-plage qui est parait-il un charmant petit patelin. Ce qu’il y a
de chic c’est que l’on pourra prendre des bains.
Et je
t’assure que je m’en vais m’en payer car il y a déjà quelques temps que je ne
me suis pas lavé le corps et l’on a pour habitude de ne pas redescendre très
propres des tranchées.
Les 15 jours
que nous y avons passés ont été particulièrement durs. Surtout que nous avons
eu deux attaques à faire pour prendre le patelin. Si tu voyais le village, il
n’y a plus un pan de mur encore debout. La terre est complètement retournée. (*)
Il n’y a
plus 1 cm2 de terre qui n’ait pas reçu un obus ; et tu vois l’effet produit
lorsqu’un seul de ces obus te fait un trou de 3 à 4 mètres de profondeur et un
diamètre de 7 à 8 mètres.
Enfin, tout
cela est horrible et je t’assure qu’il me tardait de sortir de cet enfer.
J’ai reçu ta
lettre contenant celle de Claire. Tu me dis que tu as envoyé un mandat
télégraphique mais je n’ai encore rien reçu. Il est vrai que ce mandat a dû
voyager dans tous les endroits où je suis passé. J’attends encore une quinzaine
de jours. Si dans ce laps de temps je n’ai rien reçu, je te préviendrai et tu
iras réclamer à la poste. Quand tu recevras ma lettre Henri sera sans doute
retournée en France.
Donne-moi
son adresse.
Embrasse
bien pour moi tout le monde chez Tante et chez Mr JOUVE.
Mille
baisers de ton fils René. »
(*) : Le 9e Zouaves était en Artois, au nord d’Arras. Il
s’agit certainement de Neuville-Saint-Vaast ou Souchez (à confirmer)
![]()
Lettre de René à sa mère
« Ma
chère maman,
Nous voilà à
Berck.
C’est une ville
d’environ 1500 habitants où nous avons été très bien reçus. Nous sommes
cantonnés dans des maisons inoccupées et si ce n’était le lit en paille que
nous avons, on pourrait se croire chez soi !
J’ai reçu
deux lettres de toi contenant des lettres d’Henri et de Claire. Je n’ai pas
encore reçu le mandat et je t’assure qu’il me serait bien utile surtout ici où
trouve ce que l’on veut. Je n’ai pas reçu non plus le colis que tu devais
m’envoyer (n’oublies pas les cigarettes).
J’ai reçu un
petit colis de Tante Adèle avec des conserves et du chocolat. Les conserves ne
peuvent m’être utiles que dans les tranchées.
J’ai reçu
une très gentille lettre de tata Adèle. Elle est très bonne pour nous tata. Je
vais lui répondre immédiatement et la remercier.
Embrasse bien
tout le monde pour moi chez tante Victoire et chez Mr JOUVE.
Mille
baisers de ton fils. René. »
(*) : René est au 1er régiment de Zouaves depuis le 6
août 1916. Pourquoi est-il à Berck (62) ???
![]()
Lettre de René à sa mère
« Ma
chère maman. A l’instant je reçois ta lettre datée du 22.
Cette lettre
n’a mis que 7 jours pour arriver. Ce n’est pas beaucoup, mais il y en a qui se ballade
depuis une éternité. Les mandats et les colis n’arrivent pas. Je n’ai pas reçu
le colis de Mr JOUVE.
Avant-hier
j’ai reçu une lettre de Gaston. Il est toujours à Caen. Il était allé en
Normandie pour y travailler, malheureusement ils ont été très mal reçus, aussi
se sont-ils débinés en vitesse. Les Normands ne sont pas comme les Berckois. Hier il faisait un temps horrible.
La patronne
de notre établissement a pris tous nos bidons de deux litres et les a remplis
de bière. Ce n’était pas pour elle une bien grosse dépense (car elle est riche)
mais cela nous a fait grand plaisir.
Le temps n’a
pas changé. Heureusement car nous devions faire aujourd’hui une marche de 20 km
(entre parenthèse nous sommes au repos)
Je plains
les pauvres malheureux qui sont en ce moment dans les tranchées.
Surtout où
nous étions car dès qu’il tombe une goutte d’eau la terre s’éboule et il est
impossible de rester dans la tranchée.
Tu te
représentes la vue que l’on peut avoir accroupi dans la boue en regardant l’eau
qui vous tombe dessus.
Tu as sans
doute vue que la Roumanie avait déclaré la guerre à l’Autriche. Cela nous
diminuera sans doute la durée de la guerre. Il faut le souhaiter.
Embrasse
bien tout le monde pour moi chez Tante et chez Mr JOUVE.
Les meilleurs
baisers de ton fils. René. »
![]()
Destinataire Henri
« Monsieur
SAUER. Que d’événements depuis votre départ. D’abord nous avons eu la grande
joie de voir le retour de notre famille de Lille et tous en bonne santé, c’est
le principal.
Malgré leur
souffrance et les privations, ces pauvres lillois ont toujours confiance. Du
reste, il parait que les soldats boches sont mal nourris et qu’ils perdent courage.
Nous avons été contents d’apprendre cela par ma tante. Puis nous avons vu notre
département complètement déboché encore une grande
joie. Pourvu que tous ces succès continuent.
Nous
verrions bientôt la fin de la guerre et vous auriez enfin la grande permission.
Voyez-vous que le tsar est toujours comme au temps de Raissa.
Les affaires
de cœur avant tout. Tant pis pour lui.
Mes parents
me chargent de vous envoyer leurs meilleurs souvenirs et moi je vous prie de
recevoir mes amitiés les plus sincères.
Marcelle. »
![]()
Lettre de René à son oncle
« Mon
cher Tonton. IL y a quelques jours que je suis descendu des lignes. La
température n’avait encore pas changé et, je te prie de croire qu’il faisait
froid et que j’aurais bien voulu avoir un peu de soleil d’Algérie pour me
réchauffer. Enfin, les mauvais jours sont passés pour quelques temps et nous
voilà au repos.
Quel calme,
quel silence à côté de l’enfer d’où nous sortons.
Tu as dû
voir sur les journaux le début de l’offensive française. Nous étions les
premiers dans l’attaque et après un bombardement de plusieurs heures, nous
sommes sortis de la tranchée. Si tu avais vu les boches lever les mains. Des
compagnies entières se rendaient. (*)
Nous avons
avancé ainsi sans aucune résistance pendant près de 3 kilomètres. Là nous nous
sommes arrêtés dans un ravin qui était anciennement une popote d’officiers
boches.
Que de
trouvailles il y avait dans les « cagibis », que de boissons ! Si les soldats
sont mal nourris, les officiers par contre ne se privent pas. Ils avaient
laissé toutes leurs affaires en désordre et s’étaient sauvés précipitamment. Il
y en avait des souvenirs à rapporter !
Malheureusement
je ne suis pas prêt de retourner en permission aussi n’ai-je rien pris, que
quelques bricoles.
En route
nous avons aussi abattu un aéroplane boche avec une mitraillette. Tu vois que
nous n’avons pas trop mal travaillé.
J’espère que
grand-mère, tante et Louis sont en bonne santé. Tu les embrasseras bien fort
pour moi
Les
meilleurs baisers de ton neveu. René. »
(*) : Il s’agit de l’offensive désastreuse du Chemin des
Dames.
![]()
« Ma
chère tante,
Me voilà
enfin arrivé après 5 jours d’un long et pénible voyage à une destination
dernière. Je suis un peu fatigué et pas trop bien logé, puisque je couche dans
une grange, sur la paille, mais … pour moi la guerre recommence et je ne veux
plus me plaindre.
Comme je
l’avais promis à Clairette, je vais te faire une confidence très grave puisque
c’est de mon bonheur futur et celui de clairette que je vais te causer.
J’aime
Claire passionnément depuis plusieurs années, tu t’en es peut être douté et
Clairette te l’a sans doute dit. C’est d’accord avec elle que je t’écris et
c’est toi qui la première sera la confidente de notre secret.
Oui, j’aime
Clairette et mon plus cher désir est de m’unir à elle pour la vie. (*)
Pendant mon
trop court séjour à Alger nous nous sommes avoués notre amour et jurés d’être
l’un à l’autre pour toujours.
Comme tu as
été pour moi une très gentille tante et que Claire te confie tous ses secrets,
d’autre part ayant une confiance absolue dans tes conseils, je viens te demander
ton aide et te prier de m’indiquer ce qu’il faut que je fasse.
Dois-je
écrire directement à Tante Claire ou bien charger maman (pas encore prévenue)
de faire une demande officielle ?
Conseille-moi.
Dans tous les cas j’écrirai à Clairette pendant quelques temps chez toi. Cela
n’est peut-être pas très régulier, mais du moins que mes intentions sont bonnes
je pense que tu n’y verras pas d’inconvénients. J’attends avec beaucoup,
beaucoup d’impatience ta réponse et tes conseils qui seront ma ligne de conduite
; causes de cela avec Clairette et dis-moi franchement tes objections, je n’en
vois aucune car j’aime trop Clairette et je serai trop malheureux si notre
union ne pouvait se faire.
Ecris-moi
vite. Je t’embrasse bien fort et te charge d’embrasser pour moi ma future
petite femme. Henri. »
(*) : Claire Joséphine BROGAT deviendra sa femme en 1919.
![]()
Lettre d’Henri à Claire BROGAT
« Ma
chère aimée, j’ai bien reçu hier ta lettre N° 1.
Je ferai
comme tu le désires et je numéroterai mes lettres : naturellement les cartes
postales ne comptent pas et je ne les numéroterai pas.
Je ne puis
t’écrire une longue carte j’irai en visite ce matin et comme il faut
pratiquement attendre son tour, j’ai perdu toute ma matinée.
Je vais
t’écrire cet après-midi un peu plus longuement.
Je t’aime ma
chérie et attends avec beaucoup d’impatience le jour qui nous réunira.
Je vais
beaucoup mieux, mais le major me fait suivre toujours le même traitement que je
me garde bien de prendre car il compliquerait ma maladie. Je me soigne moi-même
et m’en porte mieux. Je t’embrasse. Henri.
Garde moi ces
deux cartes postales, avec du reste toutes celles que je t’envoie ; je serai
très heureux de les revoir plus tard. Je t’envoie une lettre par le même
courrier. Bons baisers à tous. A toi, les plus affectueux de ton Henry »
![]()
Lettre d’Henri à Claire BROGAT
« Ma Chérie,
me voilà dans un dépôt d’éclopés (*) et
cette fois aussi heureux qu’il est possible de l’être quand on dépend de
l’autorité militaire.
Je suis
libre toute la journée et je passe mon temps à lire et à songer à toi ma bien
aimée, à notre vie future, à notre bonheur !
Je vais
faire tout mon possible pour essayer d’avoir une convalescence. Réussirais-je ?
C’est peu
probable ; mais je vis un tout petit peu dans cet espoir. Je n’ai toujours pas
de lettre de toi et vais être encore plusieurs jours sans avoir de tes
nouvelles. Je pense malgré tout que tu te portes toujours bien. Je t’aime et je
t’embrasse. Henri. »
(*) : Après leur blessure, tous les soldats rétablis
passe par le dépôt de leur division d’infanterie pour être ré-orienté
vers une nouvelle unité. Comme il s’y trouve beaucoup d’hommes de retour de
blessure, ces dépôt sont appelés ‘’ dépôt des éclopés. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman, ma lettre dans laquelle je t’annonçais mes fiançailles avec
Clairette a du te suggérer pas mal de réflexions que je n’ai pas encore reçues.
J’espère que tu as accepté cette affirmative et que tu ne me feras pas trop de
reproche.
Pendant mes trois
ans de pérégrinations à travers la France, j’ai eu l’occasion de rencontrer pas
mal de femmes de tous les mondes ; j’ai lié avec quelques une des relations
plus ou moins étroites, à aucune de confiance je n’ai donné mon cœur ; la
plupart étaient réellement trop viles, et je n’aurais pu, avec mon caractère
tout à fait spécial être heureux avec aucune d’elle.
Par contre
j’aime Clairette depuis la première fois que je l’ai vue, par l’absence son
image avait paru s’effacer de mon cœur. Dès que j’ai revu celle qui sera ma
femme, j’ai compris qu’avec elle, et avec elle seule je pourrai être heureux et
tranquille. Claire par son caractère, par son cœur, m’a pris tout entier, et je
ne voudrai qu’elle comme femme. Tu verras que je serai heureux avec elle et qu’elle
sera pour moi un bon guide, presqu’une seconde maman.
J’attends ta
lettre avec impatience, je t’embrasse affectueusement. Ton fils. Henri. »
![]()
Le 3 août 1917 lettre d’Henri à sa sœur, Claire
« Ma
chère clairette, je suis au Bourget depuis hier au soir.
Inutile de
te décrire le dépôt où l’on nous a conduits pour prendre notre train, c’est
dégouttant. J’ai pu aller diner et coucher en ville, mais je n’ai point essayé
de pousser jusqu’à Paris, il est trop difficile d’y entrer ou d’en sortir.
Je rejoins mon
corps dans la journée. Bons baisers à tous, les meilleurs pour toi
d’Henri »
![]()
Lettre d’Henri à son beau-frère Albert JOUVE
« Mon
cher Albert, ma lettre te trouvera sûrement à Tlemcen où tu dois être à présent
depuis quelques jours, et où tu pourras te reposer des fatigues endurées
pendant ton séjour à Alger. Je t’envoie quelques timbres procurés par un ami.
Un seul a je
crois de la valeur, le possèdes-tu, et pourras-tu me dire, son prix au
catalogue ! (à titre de curiosité, mon camarade tiendrait à le savoir)
Comment
as-tu trouvé ma fiancée. Tu l’as parait-il photographiée, ne m’oublies pas et
envoies moi de chaque genre d’épreuve.
Bons baisers à
Clairette, à Riquet et à toi d’Henri. »
![]()
Lettre de Gaston à sa mère
« Ma chère
maman,
Toujours
rien de nouveau. Continuons nos exercices d’entrainement. Sommes par le fait
pas trop malheureux pour le moment. Je voudrais bien avoir de tes nouvelles
aujourd’hui ; voilà cinq jours que je n’ai rien de toi. Cette carte militaire a
été drôlement coupée.
Ça n’a pas
grande importance. Je n’ai pas non plus de nouvelles de René ni d’Henri, mais
les lettres entre militaires sont si longues à parvenir à leur adresse que je
ne m’étonne pas.
Peut-être
aurais-je un peu de courrier ce soir. Je te quitte, embrasse tout le monde chez
tante et Claire.
Amitiés à la
famille JOUVE. A toi mes meilleurs baisers. Gaston. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Je suis
toujours en bonne santé, et cela me permet d’accomplir facilement mon lourd
travail. Après avoir passé un mois au repos nous voilà de nouveau dans la zone
dévastée, cela ne nous change guère, et nous trouvons plus facilement à nous
caser dans les villages à moitié abandonnés que dans les grandes villes.
J’ai reçu
des nouvelles de Gaston et de René. Je fixe mon départ en permission et par
suite mon mariage pour la 2ème quinzaine de décembre. Je pense avoir fait d’ici
là suffisamment d’économie pour pouvoir subvenir aux frais que cela entraînera.
Je pense que
tu me feras le plaisir d’assister à mon mariage et que tu y amèneras Clairette,
Albert et Riquet.
Dis-moi ce
que doit coûter une bague de fiançailles ; je pense disposer de 150frs ; est-ce
suffisant ? Il me semble que oui. Si tu es de mon avis charge ma sœur de faire
le choix, j’enverrai l’argent immédiatement.
Si ce n’est
pas suffisant, j’attendrai encore un peu. J’ai du reste décidé de ne pas
m’endetter et tiens à payer de suite.
Si, Albert
venait pour mon mariage, je serais heureux de l’avoir comme témoin, mais voilà,
voudra-t-il venir ?
Je
t’embrasse ma chère maman, bien fort. Bises à tous. Henri.
J’écrirai à Albert et lui causerai de ses timbres. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
J’ai reçu
aujourd’hui ta longue lettre où tu me donnes tant de conseils, qui tous seront
suivis.
J’ai écrit à
Claire SAUER au sujet de la bague et j’attends sa réponse pour lui envoyer les
150f, naturellement si c’est un peu plus cher qu’elle prenne quand même la
bague et qu’elle complète la somme que je tiendrai à sa disposition.
Comme je te
l’ai du reste dit je ne pense partir en permission qu’en fin
Décembre,
j’aurai alors la somme nécessaire pour subvenir à tous mes frais de séjour
là-bas, et mes frais de mariage qui ne seront pas très élevés n’est-ce pas
puisque nous nous marierons simplement et que nous n’irons pas à l’église,
comme c’est convenu du reste avec Clairette
Je continue
toujours à bûcher pendant les quelques instants que j’ai de libre la nuit. J’ai
toujours beaucoup d’occupations pour la compagnie, et peu de temps pour moi.
Je n’ai pas
encore choisi le genre de représentation dans laquelle je me lancerai ; je
crois bien que ce sera les machines agricoles ; nous en recauserons du reste à
ma prochaine permission, puisque tu penses pouvoir venir à mon mariage.
Marcel
Cloître n’est plus ordonnance du commandant, celui-ci ayant été appelé au
ministère. Naturellement tous ses copains sont ennuyés pour lui car il reprend
sa place de combattant, ce qui est moins rigolo que d’être cavalier. J’en suis
peiné pour Marcel car c’était un bon camarade. Il va partir en permission, nous
aurons peut-être le temps de lui trouver un filon. Je te quitte maman pour
faire un tour à cheval, je t’embrasse Henri. »
« Voilà
une ballade terminée, il faisait dehors, par extraordinaire un temps magnifique
j’ai donc bien profité de mon après-midi ; mais le travail que je n’ai pas fait
pendant ce temps-là, il faudra que je le fasse cette nuit.
Je t’embrasse
ainsi que Claire et Albert et tante Victorine. Ton fils Henri. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman. J’ai envoyé ce soir par Paris le mandat en question que tu auras
peut être reçu avant cette carte.
Je suis de
ton avis, envoie 150f ou 175 à tante Clo qui choisira
une bague avec Clairette. Comme nous déménageons demain je n’ai pas le temps de
t’écrire bien longuement. J’ai reçu une carte de Gaston, rien de René.
Ne t’étonne
pas si tu restes quelques jours sans nouvelles, mais je ferai mon possible pour
t’envoyer une carte.
Embrasse
Tante Victoria pour moi, reçois mes meilleurs baisers
Henri. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
As-tu reçu
le mandat de 2OO f que par un camarade je t’ai fait envoyer de Paris.
Ici, nous
avons pas mal de difficultés pour les expédier et j’ai préféré le faire partir
par un ami. Clairette me dit que je tache de me marier vers le 20. C’est bien
la date que nous avons à peu près fixée mais elle ne peut être certaine, mon
départ en permission pouvant être, pour bien des raisons, retardé.
Au moment de
mon arrivée à Marseille, j’enverrai du reste aux intéressés un télégramme.
J’ai écrit à
René en traitement à Toul, et lui ai donné pas mal de conseils. Je voudrais
bien qu’il ait la chance d’être évacué dans l’intérieur pendant la période
d’hiver, cela lui éviterait bien des souffrances et bien des fatigues.
Embrasse
bien pour moi tante Victorine, dis-lui qu’elle ne m’en veuille pas de mon
silence, et plaide ma cause qui en vaut la peine, pour qu’elle m’excuse.
Alexandre
doit être maintenant parmi vous ; embrasse-le pour moi ainsi que BELLOT (*) bien heureuse sûrement du retour de son mari.
Reçois, ma chère maman, mes plus affectueux baisers. Henri. »
(*) : BELLOT = surnom de Gabrielle TEUFEL épouse
d’Alexandre SAUER.
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman. Peu de temps à moi aujourd’hui pour t’écrire longuement et posément.
Rien de bien particulier aussi si ce n’est qu’après plus de 10 jours de pluie,
nous avons enfin aperçu le soleil, mais un soleil bien pâle et peu vif. Malgré
cela tout le monde paraissait plus heureux, plus allègre.
J’ai bien
reçu des nouvelles de René sur le point de reprendre son corps. Il passera
peut-être par le dépôt divisionnaire où il sera toujours plus en sécurité que
dans une compagnie de ligne.
J’ai écrit à
Tante Adèle, il y a déjà quelques jours ; naturellement je lui parle de mon
mariage et lui demande d’y assister si possible. En un mot je suis tous les
conseils que tu me donnes, ils sont toujours bons à suivre et t’en remercie.
Embrasse pour
moi tout le monde chez JOUVE, tante Victorine, Alex et BELLOT (Alexandre et sa
première épouse Gabrielle), reçois mes plus affectueux baisers. Henri. »
![]()
Lettre d’Henri à sa sœur
« Je t’envoie ma
chère Clairette mes meilleurs vœux de bonheur et de bonne santé et mes plus
affectueux baisers de ton Henry »
Lettre de Gaston à sa mère
« Ma
chère maman,
Nous
changeons encore de cantonnement. Je me suis rencontré hier avec Louis qui
appartient à la même division que nous. Nous avons passé la soirée ensemble, tu
peux juger de notre joie de nous revoir.
Je reverrai
sans doute Louis souvent maintenant. Nous allons probablement manœuvrer
ensemble
Bons baisers à
tous, je t’embrasse. Gaston.
![]()
Lettre de Gaston à sa frère Henri
« Mon
cher Henri, j’ai eu ta carte il y a quelques jours déjà mais comme j’étais en
ligne je n’ai guère eu le temps d’y répondre.
Après une
nuit de veille au petit poste tu dois penser que le jour venu on n’aspire qu’à
une tente pour roupiller.
Nous sommes
en réserve depuis trois jours, comme j’ai dormi ce matin jusqu’à la soupe, je
me sens plus frais et plus dispo pour écrire.
Ta carte m’a
rejoint à la 43e compagnie où je suis affecté comme 2ème classe depuis 15 jours
et j’ai pensé en lisant tes recommandations à propos des galons de
sous-officier, qu’à toi aussi ma cassation allait te peiner, et je t’assure que
c’est le seul regret que j’ai d’avoir perdu ces galons. » (*)
« Maman
m’écrit qu’elle t’envoie ma lettre lui annonçant l’événement. C’est bien simple
et c’est vrai.
Un homme de
mon petit poste a quitté sa place et celui qui le remplaçait ne s’est pas mis
exactement à l’endroit qu’il fallait, d’où l’officier de ronde a couché que
personne chez moi ne veillait. Je lui en ai montré non pas un mais deux et lui
a répondu en me montrant l’emplacement « Là, il n’y a personne ». Et ce qu’il y
a de plus fou, c’est qu’au moment où la surprise a été faite, j’étais au petit
poste voisin pour y répartir le casse-croute entre 4 hommes.
Je ne
pouvais pas être partout.
Mais comme
je me sentais visé je n’ai rien ajouté et ai été cassé et je t’assure que cela
ne me déplait pas. Je ne serai jamais passé sergent ne pouvant pas faire un bon
caporal, il était donc inutile que je continue à faire un mauvais caporal, il
vaut mieux que je fasse un humble 2ème classe qui ne
doit rien à personne.
Comme dit
maman, pourvu que nous revenions tous trois, c’est la seule chose à demander
L’armée de
gloire ne m’étouffe pas, je n’aspire qu’à une seule chose, qu’à sauver ma peau
et surtout pas les galons de sergent qui m’auraient donné plus
d’invulnérabilité.
Parlons de
choses plus intéressantes.
Tu as du
quitter ta femme le cœur gros et je comprends que tu as dû pendant quelques
jours posséder un cafard mous.
Heureusement
que tu as quelques avantages matériels et que tu es bien placé pour te
distraire un peu. Peut-être es-tu déjà à Epinal à suivre ces cours de signalisation.
Je me demande à quoi ce changement est dû. Ce n’est pas toi qui as demandé à
quitter ta compagnie, je pense.
C’était là
un bon filon qu’il te sera difficile de retrouver peut-être.
Tu me dis
bien que les cours, finis tu entreras comme secrétaire chez le trésorier, mais
en es-tu sûr. Je pense que tu ne feras rien pour passer sous-lieutenant et que
tu te contenteras des galons de chef qui sont de beaucoup plus avantageux.
Je te
quitte. Je t’embrasse affectueusement. Gaston. »
(*) : Il est caporal au 2ème Zouaves et devait passer sergent.
![]()

Henri
SAUER s’est-il marié à Alger ? Nous n’avons pas retrouvé l’acte !
dommage !!
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Toujours en Meurthe-et-Moselle
et en bonne santé, j’ai eu une lettre de René me disant son entrée à
l’ambulance pour intoxication mais plus rien depuis. Donne-moi de ses
nouvelles.
Ne peux
t’écrire longuement faisons beaucoup d’entraînement en vue de la 2ème partie de
la pièce se jouant.
Je ne
demande pas un premier rôle et me contenterai de celui de figurant.
Je m’en fais
moins que jamais et ai bon espoir.
Baisers à tous
à toi les meilleurs de Gaston. Henri. »
![]()
Lettre de René à sa mère
Ma chère
maman, nous avons changé de cantonnement avant-hier.
Heureusement
que notre déplacement a été de courte durée car il faisait une chaleur atroce
et par les grandes chaleurs il ne fait pas bon se promener en tenue de campagne
complète les routes.
Notre
cantonnement n’est pas comparable à celui que nous occupions, de plus nous
n’avons pas trouvé de personnes complaisantes pour nous faire la cuisine. Avons
crèmes, flancs, gâteaux de riz, etc. Enfin tout cela reviendra peut-être un
jour.
En attendant
de monter en ligne les poilus font des tranchées à l’arrière en cas d’un
nouveau repli anglais.
Mais je ne
crois pas que cela arrive une 2ème fois car ils ont eu des ordres très sérieux
et ceux qui ont reculé lors de la dernière offensive boche doivent reprendre le
terrain perdu. Pourvu qu’ils réussissent seuls sans notre intervention, c’est
tout ce qu’il faut.
Je te quitte
Maman en t’embrassant bien bien fort
Bons baisers à
tous. Ton fils René. »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma
chère maman
Je suis
toujours en excellente santé, un temps splendide rend notre vie moins pénible
et nous fait tout paraître plus beau. Mais je suis toujours loin de toi et de
ma Clairette et il m’est impossible de rien apprécier.
Il est près
de 1h du matin, je vais aller dormir et oublier toutes ces misères.
Bons baiser à
tous, reçois les plus affectueux de ton fils. Henri. »
![]()
Lettre de René à sa mère
« Ma
chère maman, toujours à l’arrière en réserve des Anglais. Ils veulent se faire
un honneur de reprendre le terrain perdu mais le commandement trouve quand même
prudent de mettre des troupes françaises à l’arrière en cas de nouvelles
attaques boches. Nous sommes en ce moment dans un cantonnement à peu près
tranquille.
Nous avons
perdu, dernièrement, un chef de bataillon qui était plutôt ennuyeux aussi
maintenant sommes-nous à peu près tranquilles. Dans notre bureau j’ai réussi à trouver
un lit. Ce n’est pas le « plumard » rêvé, mais le soir je peux me déshabiller
pour me coucher et le repos est ainsi beaucoup plus profitable.
Dans quelques
jours nous allons changer de village et il va falloir recommencer à coucher sur
la paille.
Hier j’ai
écrit à Tante A, ainsi qu’à Henri et à Gaston. J’espère qu’ils me répondront.
Je te
quitte, maman. Embrasse bien pour moi tout le monde chez Tante et chez Monsieur
JOUVE.
Les
meilleurs baisers de ton fils. René. »
« Tache
de m’envoyer des cigarettes ! »
![]()
Lettre d’Henri à sa mère
« Ma chère
maman. Je vais t’écrire aujourd’hui un peu plus longuement que d’habitude, mais
j’ai toujours beaucoup de travail et quelquefois pas le temps de penser à moi.
Il fait beau
depuis plusieurs jours et je rage souvent de ne pouvoir aller me promener.
Ce beau
temps est très agréable pour nous qui vivons continuellement sous les bois,
C’est une véritable cure d’air que nous faisons, et pourtant je ne grossis pas.
Les fatigues endurées dans la Somme ne m’ont pas fait du bien et quand je suis
revenu dans cette région, bien des gens que je connaissais m’ont trouvé maigri.
Si nous restons quelques temps dans ce secteur calme, je me remplumerai
certainement.
J’ai reçu
hier une carte de René toujours dans la Somme, de Franciel
près de Reims, de Gaston rien encore.
J’espère que
tata Victorine se porte bien et qu’elle a de bonnes nouvelles d’Alexandre.
Embrasse la bien pour moi ainsi que mon petit Riquet, Clairette et Albert,
qu’ils m’excusent tous si je les laisse sans nouvelles. Un nommé LANDELLE ira
voir les JOUVE de ma part, il vous dira où je suis, notre vie. Je t’embrasse
affectueusement. Henri. »
(*) : Depuis le 8 mai 1918, Henri SAUER est affecté au
6ème régiment de Tirailleurs.
![]()
Gaston à sa mère
« Ma
chère maman
Un petit mot
avant que le sergent de jour ne s’en aille au vaguemestre. Toujours dans le
même coin et pas près d’en sortir. Il vaut peut-être encore mieux y rester puisque
d’après ce que l’on nous a laissé entendre nous ne sommes pas près d’aller au
repos. Et jusqu’à ce que les américains entrent en ligne, il en sera ainsi sans
doute.
C’est une
belle perspective. Comme notre secteur reste plutôt calme, il vaut mieux que
nous n’en bougions pas.
Bons baisers à
tous je t’embrasse mille fois. Gaston. »
« Chers
tous. En quelques mots nous allons bien, toutes ces cartes ou lettres reçus
depuis quelques jours des enfants. Cela vous occupera votre dimanche si vous
les recevez.
Clairette me
gardera les principales de Gaston et René, les vues aussi et les apportera
quand elle viendra. Je vais écrire à Henri, chaque jour c’est le tour de l’un
d’eux. Je lis ces combats devant Villers-Cotterêts et je suis effrayée de .. ?..
Ai reçu
lettre de Clo, je trouve qu’elle devrait bien revoir
encore Mr BABIBÉ et se soigner sérieusement.
Mille baisers
de tous ici, de tata V aussi les meilleurs de T. »
![]()
Gaston à sa mère
« Ma
chère maman, Toujours rien de nouveau quant à moi.
J’ai eu hier
au soir ta lettre et mandat y contenu. Je vais faire des économies faciles les
occasions de surprises étant plutôt rares. Baisers chez tante et Claire,
amitiés à la famille JOUVE.
Je t’embrasse
mille fois. Gaston. »
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman,
Toujours au
même endroit, pas pour longtemps sûrement car depuis le début de l’offensive
boche notre régiment n’a pas encore donné et il va falloir remplacer les
copains. On se bat chacun à son tour là-haut !
J’ai reçu
aujourd’hui une courte lettre de Gaston, nous étions tout près l’un de l’autre
sans nous en douter, mais maintenant nous sommes loin sans doute.
Bons baisers à
tous, les meilleurs de ton fils. René. »
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman,
Je reçois
aujourd’hui ta lettre du 3. Tu as tort de te faire du mauvais sang tu sais très
bien que les courriers ne sont pas réguliers en ce moment. Toujours dans le
même secteur.
Nous sommes
dans une cave qui nous protège tout juste contre les éclats et les boches ne se
gênent pas pour nous canarder.
Ce matin ils
nous sont sonné un drôle de réveil. Ils ont attaqué mais ils ont été repoussés
immédiatement. L’artillerie les a arrosés copieusement.
Cette nuit
ils vont surement recommencer et ils nous laisseront pas dormir tranquilles.
J’ai reçu
aujourd’hui des nouvelles d’Ouled FAYET et d’Aim TEDELES.
La lettre de
Simone était datée du 4 juin et elle avait des nouvelles d’Henri du 24. Tu as
du sans doute en avoir toi aussi.
Je n’ai rien
eu de Gaston. Tout ce que je sais c’est que nous ne sommes pas dans la même
région. Il se trouvait il y a une quinzaine de jours en Lorraine. Son secteur
est surement plus tranquille que le nôtre.
Je te quitte
maman, je voudrais que le vaguemestre emporte ma lettre ce soir. Embrasse bien
tout le monde pour moi chez tante et chez monsieur JOUVE. Bons baisers à
Riquet. Les meilleurs de ton fils. René.
PS peux-tu
m’envoyer de cigarettes ? »
![]()
Henri à sa femme
« Ma
chérie,
J’ai enfin
pu trouver de l’encre à mettre dans mon stylo et je vais maintenant t’écrire un
peu plus lisiblement peut être.
Je suis
rentré vers 7h de Mayex où je t’ai dit que j’allais
faire un match de football. Pour la première fois depuis mon retour de perm,
nous fumes battus, aussi inutile de te dire si j’étais en rage tout à l’heure.
Enfin ce
n’est qu’un petit malheur que nous tacherons de réparer dimanche prochain, si
toutefois d’ici là les événements importants ne se sont pas produits.
Inutile de
te dire que si les boches ne signaient pas, ils en prendraient plein la vue,
mais il vaudrait mieux ne pas en venir là.
Je n’ai pas
eu de lettre de toi aujourd’hui ; aussi ai un peu le cafard, maintenant.
Comme il
m’aurait été doux de m’endormir en relisant une lettre toute nouvelle…
J’attends
demain après-midi avec impatience pour pouvoir te lire.
Ma chérie,
je suis fatigué, je te quitte et je t’embrasse de tout mon moi. Mille caresses
de ton Henry. »
(*) : Son régiment est parti en Italie.
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman,
Voilà
plusieurs jours que je n’ai pas reçus de tes nouvelles. Pourtant il y a eu
courrier d’Algérie.
Je suis
toujours en ligne.
Heureusement
que nous avons des grottes. Cela nous permet d’être à l’abri du bombardement et
ensuite de pouvoir faire cuire sans risque lapins et poulets que nous
avons eu le bonheur de trouver dans un village pas loin des lignes.
Je te prie
de croire que depuis 3 jours nous nous nourrissons bien. Tous nos repas sont
arrosés de vin bouché et nous les terminons par des bouteilles de champagne
(Marque Mottier-Chandon).
Si tu
pouvais voir ce linge d’hommes et de femmes qui se gaspille dans ce village, ce
n’est pas croyable. Certains poilus mettent des chemises propres tous les
jours. S’ils n’en trouvent pas d’hommes, ils ne se gênent pas pour mettre des
chemises de femmes. De cette façon, les « totos » n’ont pas le temps de moisir.
Il faut dire aussi que le village où nous prenons toutes ces affaires sera
sûrement rasé dans 3 ou 4 jours et que tout le matériel que nous avons pris
aurait été brisé par les obus.
Aussi au
bureau nous avons pris nos précautions et nous avons monté notre bureau. Nous
avons même pris une machine à écrire, toute neuve, de nombreux encriers en
verre, presse papier etc, etc…
Pauvres gens
lorsqu’ils vont retourner chez eux. Je ne voudrais pas être à leur place. Je te
quitte ma chère maman, la corvée de soupe va partir.
Bons baisers à
tous. Grosses caresses à Riquet. Les meilleurs baisers de ton fils.
René. »
![]()
Henri à sa sœur Claire
« Ma
chère Clairette,
Voici
quelques temps que je ne t’ai pas écrit ; il est vrai que de tels événements se
sont passés depuis plus de deux mois que je n’avais guère de temps à consacrer
à ma correspondance ; tout juste quelques fois le temps d’écrire une carte à ma
femme.
Je suis même
resté, au cours de la dernière retraite 4 jours sans pouvoir faire partir le
moindre mot.
Maintenant
que le front se stabilise de nouveau, nous avons un peu plus de temps à nous ;
mais seul notre esprit peut s’évader et quitter ces lieux plutôt dangereux,
notre corps (*) reste toujours là,
toujours prêt à tout, et pendant combien de temps encore !!
Ma femme m’a
envoyé une longue lettre que tu lui as écrite, j’ai vu que vous aviez des
nouvelles assez récentes (22 mai) de Gaston et de René ; moi, moins veinard je
ne reçois rien d’eux et pourtant je leur écris ; j’étais sûr de l’adresse de
Gaston, je lui ai envoyé 5f dans une lettre, j’espère qu’il m’en accusera
réception.
Quant à
René, je ne puis que lui écrire au CID (**), je
ne connais pas le N° de sa compagnie depuis son retour de l’hôpital.
Sois donc
assez gentille pour m’envoyer leur adresse à tous deux.
Maman a du
te dire que nous avions changé de division, ceci nous a valu de rester une
dizaine de jours sans courrier d’aucune sorte ; aussi, inutile de te dire si
j’avais le cafard.
Clairette
passera les vacances près de toi ; conserve là le plus longtemps possible ;
j’aime mieux qu’elle soit à Tlemcen où elle s’ennuiera moins qu’à OF. Je
n’aurai pas la veine d’être à ce moment-là au départ de Tlemcen, ce serait
alors trop de chance, et tu sais qu’elle ne m’a pas souvent adressé de beaux
sourires, la chance !!
J’espère
qu’Albert se porte toujours bien de même que mon diable de petit neveu qui, je
l’espère n’oublie pas ses tontons.
Embrasse les
pour moi, ton petit gosse et ton « homme » comme dit une chanson.
Transmets
mes bonnes amitiés à la famille JOUVE. Embrasse maman et tante Victorine.
Reçois de ton frère ses meilleurs baisers.
Henry.
SAUER Henry,
Sergent-major, 6è Tirailleurs de Marche, 3è compagnie de Meuse, SP
57. » »
(*) : Il s’agit du 12e corps d’armée, tout entier parti
en Italie.
(**) : Centre d’Instruction Divisionnaire.
![]()
René à Adèle FOUQUE
« Bien
chère tante
Excuse-moi
si je ne t’ai pas écrit depuis quelques temps. Depuis 20 jours nous sommes en
ligne constamment sur le qui-vive.
J’ai reçu
aujourd’hui des nouvelles de Gaston qui avait été blessé le 8 juin à la jambe
gauche. On a été obligé de lui couper la jambe. Maman doit le savoir sans doute
mais quand même je n’ose lui en parler.
Bons baisers
à grand-mère, tonton, Marianne, Gaby et Georges. Les meilleurs de ton neveu.
René.
Excuse mon
écriture je suis au fond d’un trou. René. »
![]()
Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Enfin, j’ai
reçu hier une lettre de ce pauvre Gaston ; tu connais surement maintenant la
terrible nouvelle ; moins terrible toutefois que ce qui aurait pu lui arriver.
Il a
quelques mois de souffrance à endurer, de mauvais instants encore à passer,
mais je crois qu’il n’y a plus de gros dangers maintenant puisque c’est
seulement pendant les 10 premiers jours qui suivent l’opération que des suites
sont à craindre.
Il aura une
jambe en moins, mais cela ne l’empêchera pas de vivre et de bien gagner sa vie
; avec son caractère plutôt gai, il ne se frappera pas et il ne faut pas que
toi, tu te frappes !
Il faut
qu’au contraire tu lui remontes un peu le moral par tes si affectueuses lettres
car, malheureusement personne de notre famille ne peut se rendre auprès de
lui. »
« J’ai
un faible, très faible espoir de pouvoir obtenir 24 heures de permissions dès
que j’aurai reçu un certificat de son docteur, mais ce cas n’est pas prévu par
le règlement, et je crains fort que le colonel ne refuse de me laisser aller le
voir.
Dès
réception de la lettre de Gaston, je lui ai envoyé un mandat télégraphique,
15f, un colis de cigarettes (25 paquets) et une longue lettre. Je lui écrirai
souvent.
Je pense
qu’il sera bien soigné ; comme du reste le sont tous les grands blessés, tu
n’as pas à t’en faire à ce sujet-là ; les dames de France (si souvent prises à
partie par certaines gens…) font bien leur devoir et savent bien s’arranger
pour faire allégrement supporter leurs souffrances aux malheureux
blessés. »
« Je serais
maintenant très heureux de recevoir des nouvelles de René.
Je lui ai
écrit plusieurs fois, mais je n’ai pas exactement son adresse, donc envoie la-moi le plutôt possible.
A-t-on de
bonnes nouvelles d’Alexandre ? Parle m’en dans ta prochaine lettre.
Ne t’en fais
pas trop ma chère maman, songe que dans 5 à 6 mois tu auras un de tes fils
continuellement auprès de toi, un glorieux blessé et que tu pourras être fière
de lui…
Je te quitte
ma chère maman, embrasse bien pour moi tante V. Riquet Albert et Claire.
Reçois les
plus affectueux baisers de ton fils. Henry. »
(*) : Gaston SAUER, du 2éme régiment de zouaves, a été
blessé le 8 juin 1918 à Hangard (Somme), éclat d’obus
à la jambe
![]()
René à sa mère
« Aujourd’hui
un peu mieux comme installation, mais pas pour longtemps. Quelle vie ! Vivement
que j’en sorte.
Voilà 20
jours que nous sommes en ligne sans avoir pu dormir une nuit tranquille, sans
cesse alerté, attaquant tous les 4 ou 5 jours. Les boches qui sont devant nous
se sauvent comme des fous ou se rendent lâchement. Nous sommes contents sur le
moment, nous avançons rapidement sans songer à la fatigue mais lorsque nous
arrivons à nos positions présentes, c’est alors que nous nous en ressentons.
As-tu des nouvelles de Gaston ?
Bons baisers à
tous les meilleurs de René. »
![]()
René à tante Claire, épouse BAUDIER
"Chère
Tante
Je reçois à
l’instant ton mandat et je t’en remercie. Tu m’excuseras si ces jours ci, je
n’ai pas écrit plus souvent.
Depuis le 13
juin je suis en ligne et presque constamment en première ligne. En ce moment je
suis en réserve mais au lieu de recevoir de petits obus, nous recevons les
gros. La musique est moins charmante mais le bruit final est beaucoup plus
assourdissant.
Il me tarde
d’être relevé définitivement pour pouvoir me changer un peu. Nous avons attaqué
ces jours-ci et nous avons fait du bon boulot, avancé de 2 kilomètres, 1500
prisonniers, un matériel considérable.
J’ai eu ces
jours-ci des nouvelles de Gaston. Tu as du savoir qu’il avait été blessé et
qu’on avait dû lui couper la jambe au-dessous du genou, afin de lui sauver la
vie. Pauvre Gaston, je ne voudrais pas être à sa place.
Je te quitte
ma chère tante en t’embrassant bien fort et en te chargeant de mille baisers
pour toute la famille.
René.
Ps – As-tu
des nouvelles de Cendro ?
Excuse mon
écriture, la corvée de soupe attend que j’ai fini pour
partir et emporter ma lettre. »
![]()
René à sa mère.
« Ma
chère maman, toujours en ligne et pas de sitôt au repos.
Nous sommes
tous éreintés. On ne se rend pas compte de la fatigue des hommes. Fatigue aussi
bien morale que physique accompagnée d’un état de surexcitation extraordinaire,
l’esprit constamment tendu, l’oreille au guet ne sont pas faits pour reposer les
hommes. Enfin il faut patienter toujours, patienter pour attendre la fin de
cette maudite guerre.
J’ai reçu il
y a quelques jours un mandat de Tante Lucie, sans aucune nouvelle. Je n’ai pas
non plus de nouvelles d’Oran et pourtant chaque fois que je le peux je leur
envoie une carte.
Je n’ai
toujours pas vu Alexandre. Je te quitte, maman, en te chargeant de bien des
baisers pour tous.
Les meilleurs
de ton fils René. »
![]()
« Ma
chère Adèle. J’ai reçu ta lettre du 14. Ci-joint quelques-unes des enfants.
Gaston
s’impatiente de ne pas avoir de lettres, cela se comprend, le 25 juin seulement
nous recevions son adresse de Solesmes, nos lettres de ce jour pour peu
qu’elles aient attendu quelques jours un départ, lui parviendront à peine après
le 10.
Je comprends
qu’il s’impatiente ; il a su écrire, causer, il a aussi le temps de réfléchir.
Je suppose qu’il le fait par une température moins x que celle que je supporte
en ce moment, il est 8 h du soir j’écris dans la salle à manger de Vict.
Il y a 30° quelque .. ?.. qu’à Relizane, mais j’ai bien chaud. Je viens de trier les
lettres de mon sac qui était bourré.
Je fais la répartition .. ?.. un peu à OF puis à mon cousin, les lettres .. ?.., à toi celles-ci.
J’ai la tête
en feu et je vais me hâter d’aller un peu au balcon en attendant V. elle était
sortie avant mon arrivée, elle va revenir en criant …
Que…j’ai
chaud que … je suis fatiguée …C’est bien fait pour elle et je la dispute sans
cesse mais elle reste impossible, elle ne fait que ce qu’elle veut, ce qui en
somme est matériel, elle est d’âge à savoir se contenir ; et elle veut
travailler au lieu de se reposer.
Je n’y puis
rien.
Baisers à
tous, à petit Georges pour qu’il soit bien sage. Claire et Riquet étaient
sortis à 6h je ne les ai pas vus, elle a eu le courage de quitter son .. ?.., elle a bien fait elle est allée chez
BELLOT.
Je ne crois
pas pourtant qu’elle soit restée chez .. ?..
Victorine et moi vous embrassons tous bien fort. Thérèse. »
![]()
René à sa mère.
« Ma
chère maman, je t’ai envoyé une carte hier t’annonçant que j’avais vu Alexandre
et même déjeuné avec lui. Il n’a pas été très surpris de me voir arriver
puisqu’il savait que notre régiment avait été relevé la veille. Alexandre n’a
pas changé du tout (il est vrai que je l’ai vu pour la dernière fois le jour où
il repartait de permission). Il est toujours aussi gai et a toujours aussi bon
appétit.
Pour ma
part, l’appétit n’est pas ce qu’il était il y a 3 mois. Je ne sais pas si c’est
l’effet des 24 jours passés en ligne, ou bien la joie de revoir Alexandre. Je
n’ai pas pu manger. J’ai été obligé de quitter Alexandre si tôt le repas
terminé car le soir nous nous déplacions et malheureusement je me suis éloigné
d’Alexandre. »
« Nous
sommes en ce moment dans un petit patelin pas très loin du front.
Les avions viennent
y faire des visites presque tous les soirs : aussi les civils ont évacué le
patelin depuis pas mal de jours. Cela nous permet de nous installer beaucoup
plus commodément dans les maisons abandonnées.
Nous nous
servons aussi bien de la vaisselle et des tables que des plumards, c’est ce
qu’il y a de plus chic surtout lorsque l’on vient de coucher sur la dune. Notre
prétendu repos ne sera sans doute pas de longue durée.
La France en
ce moment a besoin d’hommes plus que jamais. Les Américains ne feraient pas mal
de venir nous remplacer un peu sur notre front et de prendre pour 1 ou 2 ans la
totalité du front français. Je dis 1 ou 2 ans comme je dirais 6 mois, rien ne
peut faire supposer la fin de la guerre.
Mais tout
peut faire croire que nous, ici, ne sommes pas encore au bout. J’ai reçu
aujourd’hui des nouvelles de Gaston.
Tu sois
savoir qu’il a eu la jambe coupée. La dernière fois que je t’ai parlé, je savais déjà qu’il n’avait plus qu’une jambe. Je me
suis un peu remonté depuis et je comprends maintenant que Gaston a la vie
sauve.
Il a une jambe en moins il est vrai mais il a la vie, c’est le principal. (* »
« Le
jour où j’apprenais l’accident de Gaston, j’ai eu mon meilleur camarade du
régiment qui a eu le nez et les yeux emportés à côté de moi. Le pauvre
malheureux n’est pas mort.
Cela serait
préférable car quoi de plus triste que de perdre la vue à 29 ans, en pleine
vie, pleine jeunesse et surtout rempli de gaité et d’amabilité pour ses
camarades comme l’était mon copain.
Nous ne
sommes plus que deux au bureau. Nous avons beaucoup de travail mais j’ai tout «
plaqué » et je me suis sauvé à la popote pour pouvoir t’écrire plus longuement
comme je te l’avais promis dans ma carte d’hier.
Il y a
quelques jours que je n’ai pas eu de tes nouvelles.
Alexandre m’a dit hier que Riquet avait été fatigué. J’espère qu’il se porte
bien maintenant.
Il parait
que tante Victorine reçoit des nouvelles d’Alexandre beaucoup plus souvent que
tu n’en reçois des miennes. Je ne sais plus comment faire depuis que
Je suis en ligne,
tous les jours ou au maximum tous les deux jours et souvent tous les jours. Une
fois au repos une lettre tous les jours n’est pas nécessaire puisqu’il y a des
courriers tous les 3 ou 4 jours. Et de plus que veux-tu que je te raconte, les
bêtises que nous faisons, des amusements que nous avons (néant).
Alexandre
m’a montré le filon pour envoyer des cigarettes. Tu n’as qu’à demander à Tante.
Embrasse bien pour moi Tante.
Dis-lui que
j’ai embrassé son fils pour elle. Bien des choses à la famille JOUVE. Baisers à
Albert Clairette et Riquet.
Les
meilleurs de ton fils René. »
(*) : René son régiment avait participé aux attaques du
28 juin. Ils avaient repris des villages et fait des prisonniers. C’est Alex
qui en a parlé à Victorine, c’est après le 28 qu’Alex et lui s’étaient
rencontrés. –
![]()
René à sa mère
Ma chère
maman,
Nous avons
changé de région. Nous sommes partis le 11 à 6 heures du soir et jusqu’ au lendemain
2 heures de l’après-midi nous nous sommes promenés en auto.
Je ne te
parle pas longuement de la nuit que nous avons passée, sans cesse secoués dans
ces limousines nouveau genre jusqu’au moment où le chauffeur qui s’était sans doute
endormi sur son siège nous a culbuté dans le fossé. Drôle de réveil que j’ai
eu. J’ai été projeté sur mon camarade vis-à-vis. Heureusement il n’y a pas eu
de casse.
Enfin après
3 heures d’attente, l’auto a quand même pu se dégager et nous sommes arrivés en
même temps que ceux qui étaient partis 4 heures après nous.
Il a fallu
chercher le cantonnement des hommes et officiers et je ne te prie de croire
que, le soir je me suis couché avec plaisir. J’ai dormi 14 heures sans me
réveiller. C’est te dire si j’étais fatigué.
Nous voilà
donc à 10 km de Provins. Tu pourras d’après la carte que nous nous trouvons
beaucoup plus près du front. Nous ne tarderons pas à monter en ligne.
Notre repos
étant fini. C’est chacun son tour à se faire casser la figure. Le régiment de
BUISSÉ n’est plus avec nous. Il nous a quitté hier.
Je t’ai
écrit ce mot à la hâte, excuse mon écriture. Bons baisers à tous. Les meilleurs
de ton fils
René. »
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman,
C’est
aujourd’hui 14 juillet jour où l’on a l’habitude de faire une prise d’armes et
de poiroter pendant des heures sur un champ de manœuvre.
Eh bien
aujourd’hui nous avons continué la coutume française. Le matin nous avons fait
une prise d’arme mais une petite et discrète pour remettre quelques croix de
guerre aux régiments.
J’ai été
parmi ceux qui ont eu l’honneur de recevoir cette distinction et j’en suis très
très heureux. Je t’envoie ma citation.
C’est moi
qui ai écrit à la machine à écrire le libellé de ma citation. Tu vois que je
commence à savoir me servir d’une machine. Il est vrai que j’ai mis du temps
pour le faire. Mais avec du temps et de la pratique on arrive à tout.
J’ai reçu
hier une lettre d’Henri, il était en colère parce qu’il n’avait pas de mes
nouvelles. J’avais égaré sa carte contenant son adresse et il m’était
impossible de lui écrire. Je l’ai fait longuement hier au soir.
J’ai aussi
écrit à Gaston une longue lettre. Si j’avais le temps, je lui écrirais tous les
jours longuement mais j’ai du travail par-dessus la tête, et je profite de ce
jour un peu plus calme pour faire ma correspondance. »
« Aujourd’hui
reçu ta lettre du 1er juillet. Tu ne me donnes pas des nouvelles de Riquet qui
était fatigué. Tu me fais des recommandations pour que je ne m’avilisse pas à
piller et à détruire ce qui appartient à de pauvres exilés.
Il est
permis, maman, de prendre dans un village en première ligne tout ce que l’on y
trouve, car tout ce que l’on retire du village est à peu près sauvé du
bombardement.
Figure-toi
que la dernière fois que j’étais en ligne, je descends avec mon lieutenant dans
un village extrêmement bombardé. Nous rentrons dans une villa magnifique, après
avoir fouillé un peu partout nous découvrons une « chambre noire » magnifique
remplie d’appareils photographiques de toutes sortes ainsi que tout le matériel
nécessaire à la photo. Nous nous promettons de revenir le soir et d’emporter le
plus grand nombre d’objets possible. Nous descendons donc le soir. »
« Malheureusement
un obus était, comme un fait exprès, tombé au milieu de cette chambre. Il n’y
avait plus un appareil entier, tout était brisé en mille morceaux. Crois-tu
maman que nous n’aurions pas bien fait de tout ramasser le matin, nous aurions
sauvé, pour des milliers de francs, des appareils qui auraient encore pu nous
servir. Bref, tu vois que si le pillage est odieux à l’arrière, il est utile en
ligne.
J’ai reçu
aujourd’hui des nouvelles de Simone (BROGET) qui me donnent des
détails sur tous les poilus de la famille. Il faut que je la remercie.
J’ai reçu
aussi un colis de cigarettes, seulement j’ignore si c’est le tien ou celui que
BELLOT m’a envoyé
Bons baisers
à tous, grosses caresses à Riquet, son papa et sa maman.
Les
meilleurs de ton fils. René.
L’envoi d’ici
étant très difficile, j’avais prié BELLOT d’en envoyer »
![]()
René à sa mère.
« Ma
chère maman,
Je suis dans
un hôpital à Dieppe.
J’ai été
blessé le 19 à 7 heures du soir, au bras droit par une balle. J’ai eu le
triceps traversé et tu peux voir d’après mon écriture que ma blessure ne me
fait pas très souffrir. (*)
Ne te fais
pas de mauvais sang à mon sujet, je n’ai presque rien et je ne resterais sans
doute pas que quelques jours à l’hôpital. Tu continueras à m’écrire à
l’hôpital. Envoie-moi un mandat télégraphique car j’ai perdu le peu d’argent
que j’avais sur moi.
Cette
blessure m’a sauvé d’une passe terrible car nous étions sur une position
presque intenable. Maintenant tout pour le mieux et je me prélasse dans mon
plumard toute la journée en attendant de pouvoir me lever.
Je te
quitte, maman, en te chargeant de bien des baisers pour tous, les plus
affectueux pour ton petit fils. René. »
(*) : Il a été blessé le 19 juillet, secteur Soissons
(02)
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman. Je ne t’ai donné aucun détail sur ma blessure.
Le 19
juillet à 6 heures du soir nous partions à l’attaque des positions ennemies que
nous n’avions pu prendre le matin.
De
nombreuses mitrailleuses boches nous arrosaient copieusement. Nous sortions des
tranchées avec l’idée que plusieurs d’entre nous allaient être touchés.
Cela n’a pas
manqué !
Plusieurs
sont tombés dès la sortie. Notre progression continuait quand même, nous avons
avancé pendant une heure environ, il nous restait à franchir une route pour
atteindre les positions qui nous étaient assignées. C’était l’endroit le mieux
gardé.
A 10 mètres
de la route, les boches ouvrent un feu terrible de mitrailleuse. Nous nous
aplatissons le plus que nous pouvons mais les balles rasaient le sol, si bien
que mon fusil qui était par terre est traversé par une balle. Quelques minutes
après une balle traverse mon casque sur le côté et vient traverser mon
bras. »
« J’attends
un instant toujours allongé. Enfin les boches se calment.
Je me
déséquipe et me sauve vers le poste de secours le plus vite que mes jambes
pouvaient courir. J’arrive au poste de secours situé à 2 kilomètres après avoir
fait de nombreux plat ventre pour me garer des obus qui tombaient à foison. Là,
mon premier pansement fut fait. Il me restait encore un passage difficile à
traverser pour arriver aux autos.
Là enfin,
une fois en auto je me suis senti en sécurité. »
« L’auto
nous a transportés à 50 kilomètres de là à une vitesse incroyable. Il était
environ 3 heures du matin lorsque nous sommes arrivés à une ambulance où nos
pansements ont été refaits ainsi qu’une piqûre antitétanique.
A 9 heures,
nous prenions un train sanitaire pour arriver le soir à Dieppe où je me trouve
en ce moment.
Je suis très
bien dans cet hôpital. Les plumards sont excellents, la nourriture aussi, les
infirmières sont charmantes et essaient le plus qu’elles le peuvent de nous
faire oublier nos misères passées ; En un mot, je me sens revivre depuis 3
jours. »
« Hier
je suis allé me promener sur la plage de Dieppe, de nombreuses élégantes se
baignaient et j’ai eu le plaisir d’admirer les beaux mollets des dieppoises.
Aujourd’hui
il fait mauvais et je ne sais pas si je sortirais. Tu as sans doute reçu mon télégramme
où je te demandais de l’argent. J’ai pas mal de choses à acheter car je n’ai
plus rien de mes affaires.
Je te
quitte, maman, embrasse bien pour moi Albert, Claire et Riquet.
Bons baisers
chez tante et chez Mr JOUVE. Les meilleurs baisers de ton fils. René. »
![]()
René à sa mère
« Ma
Chère Maman,
Je parie que
tu es en train de te demander quel est ce village au nom baroque dans lequel je
me trouve !? Eh bien, je t’assure que si le nom est
bizarre, le village et les gens le sont bien aussi. Un petit trou de 200 ou 300
habitants.
J’y suis
arrivé aujourd’hui après un voyage de 48 heures. Je ne regrette tout de même
pas l’ambulance où je me trouvais car nous couchions sur des paillasses et la
nourriture n’était pas très satisfaisante. Si ici elle laisse aussi un peu à
désirer on a au moins une consolation, celle de coucher dans des draps et cela
repose beaucoup plus. »
« Je
suis obligé, maman, de te réclamer de l’argent car dans tous les voyages que
j’ai fait dernièrement j’ai, pas mal dépensé pour me nourrir car je t’assure
qu’étant malade je n’avais pas beaucoup envie de m’amuser. Envoie moi donc un
mandat télégraphique dès réception de ma lettre car je n’ai plus le rond.
J’ai appris
en arrivant ici une bonne nouvelle.
C’est qu’à
ma sortie de l’hôpital, je rejoindrai le dépôt d’Alger. Je n’aurais sans doute
pas de convalescence mais je préfère cela et retourner à Alger. Là-bas je
réussirai à avoir une permission. Voici ma nouvelle adresse :
Caporal-fourrier,
9e Zouaves, hôpital complémentaire N°72, Plouguernevel
(Côtes-du-Nord). »
« Envoie
moi des cigarettes, maman, on en trouve pas ici et notre seule distraction est
d’en ‘’griller une’’ de temps en temps. La postière ne pourra pas te refuser le
paquet puisque je suis dans un hôpital.
Embrasse
bien pour moi tout le monde chez tante et chez Monsieur JOUVE.
Reçois les
meilleurs baisers de ton fils. René. »
![]()
Henri à sa femme
« Ma
chérie,
J’ai devant
les yeux 4 longues lettres de toi reçues hier du 15 au 18 juillet. Je suis très
content de te savoir au milieu de ces personnes si gentilles pour toi, et je me
demande qu’une seule chose c’est que tu t’amuses le plus possible.
Les bains ne
peuvent que te faire le plus grand bien, car en dehors de la distraction
elle-même, s’ils sont pris modérément, (et j’espère que tu ne t’attardes pas
trop dans l’eau) ils te feront maigrir un peu mais t’assoupliront beaucoup,
surtout si tu arrives à savoir nager.
Oui, je
regrette beaucoup de ne pouvoir te donner des leçons de natation.
Mais je ne
sais si tu aurais fait beaucoup de progrès, car je crois que j’aurai plutôt
passé mon temps à t’embrasser qu’à te faire nager… Pouvoir te serrer dans mes
bras est mon plus cher et plus grand désir, car je t’aime ma chérie toujours
plus, et je souffre du désir de toi, je souffre de ne pouvoir prendre tes
lèvres, baisers tes yeux aimés, t’avoir à moi… !
Et dire
qu’il faut que j’attende peut être encore de longs mois ! »
« Merci
pour Nénette et Rintintin, ils sont tous les deux mignons comme tout ; ils
dorment en ce moment, bien tranquillement au fond de ma poche, et je n’ose les
déranger car ils doivent surement s’aimer comme deux fous. Ils ont, dans cette
même poche, comme voisin de nuit, ta petite montre ; tu es bien gentille ma
chérie d’avoir pensé ainsi à moi, et cette montre me sera d’autant plus
précieuses qu’elle vient de toi, qu’elle a longtemps été portée contre ta
poitrine, quand tu étais une petite jeune fille innocente que j’aimais déjà de
tout mon moi.
Je n’ai eu
le temps de t’écrire hier et pour pouvoir le faire aujourd’hui, je suis obligé de
me lever de bonne heure. Ma journée sera encore bien occupé et jusqu’au 1er
août prochain je ne chômerai pas beaucoup. »
« Nous
sommes au grand repos après avoir supporté 6 journées de durs combats.
La route de
Château-Thierry à Soissons fut plusieurs fois prise et reperdue par nous au
cours de ces pénibles journées. Naturellement beaucoup de pertes chez nous,
mais une proportion de blessés phénoménales qui rassure un peu ceux qui
restent.
Pour
récompenser tous ces combattants de leur effort merveilleux, on nous met au
repos dans un affreux patelin de l’Oise ; les hommes parqués dans toutes les
granges couchent sur une maigre épaisseur de paille ; cela ne leur donne guère
envie de recommencer à se faire abimer la figure, pour tout un tas de gens qui
se foutent de lui.
Nos chefs
directs, ceux qui prennent part directement à l’attaque avec les poilus
souffrent de cet état de chose et se démènent pour essayer d’obtenir mieux,
mais il faut, avant nous, que les automobilistes soient logés, qu’ils aient
leur popote, leur chambre à coucher etc …
Notre
commandant, un très craint et très chic type, était dans une colère effrayante
hier, à notre descente d’auto quand il eut vu le cantonnement. Je t’assure que
l’officier chargé du cantonnement a pris quelque chose pour son rhume. »
« Je
suis avec beaucoup d’intérêt l‘histoire de ta blonde enfant et de ton bon géant
; il me tarde d’en connaître la fin, de savoir s’ils s’aiment bien et surtout
s’ils s’aimèrent longtemps…
J’envoie
cette lettre à Tlemcen, à l’adresse de Tata Victorine, car je n’ai pas
l’adresse exacte de maman. Embrasse-la bien pour moi ma chère maman, et dis-lui
qu’elle ne se fasse pas trop de bile.
J’embrasse ta
bouche de tout moi. Ton Henry. »
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman. J’ai eu de tes nouvelles un peu indirectement puisque tu as
télégraphié à l’hôpital pour avoir des nouvelles. Je parie que tu t’es encore
fait du mauvais sang. Et tu dois le savoir maintenant, bien inutilement, car je
t’assure que lorsque j’ai été blessé j’étais plus heureux que ceux qui étaient
obligé de rester en lignes.
J’ai reçu
ton mandat télégraphique. Merci maman.
J’ai
totalement oublié l’adresse d’Henri et de Gaston. Pourrais-tu me l’envoyer.
Bons baisers à
tous, les meilleurs de ton fils. René. »
![]()
« Ma
chère maman, Je me porte de mieux en mieux et je ne tarderai pas à sortir. Je ne
crois pas pouvoir obtenir de convalescence pour l’Algérie. C’est vraiment
dommage et moi qui comptais diminuer un peu le temps que je devais rester sans
te revoir. 1 an c’est long pour un poilu. Enfin, voilà toujours 6 mois de
passés, encore 6 mois à attendre ! !
J’ai reçu le
mandat télégraphique.
Bons baisers à
tous. Les meilleurs de ton fils. René. »
![]()
Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Vers le 8 ou
9 novembre je sortirai de l’hôpital, et comme je te l’ai laissé entendre
j’aurais fort probablement 10 j de convalescence que j’irai passer auprès de
Gaston. Je lui ai déjà dit qu’il tâche de me trouver un chambre meublée pour
mes dix jours, cela me reviendra moins cher que dans un hôtel.
Je tacherai
ensuite pour la question nourriture de manger de temps en temps à l’hôpital. Je
réduirai le plus possible mes frais divers, et ainsi j’arriverai à passer 10j
agréablement et économiquement.
Tu dois t’imaginer
ce qui me fait tant souhaiter une convalescence. Ce sera 10 jours de pris et
sur l’hiver et sur les fatigues ; comme la paix n’est peut-être pas bien loin,
c’est certainement ma vie d’assurée, ce qui n’est pas désagréable pour une fois
quand depuis 4 ans et quelques mois on a été continuellement exposé.
J’ai reçu
hier une lettre de René parti en renfort au régiment, mais qui n’avait pas
encore trouvé son corps. Hier, on nous a annoncé de bonnes nouvelles ;
armistice signée avec l’Autriche, démission de Guillaume et troupes allemandes
retirées du front. Nous attendons les journaux qui nous confirmeront ces
novelles avec beaucoup d’impatience.
J’espère que
tante a toujours de bonnes nouvelles d’Alexandre, et que tout le monde se porte
bien.
Bons baisers à
tous les plus affectueux de ton fils. Henri. »
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman,
Je suis
toujours à l’ambulance. Je ne peux encore te donner mon adresse car nous allons
pour la 8ème fois déménager. C’est très agréable de voyager par des temps
pareils.
Enfin,
j’espère bien que la prochaine fois sera la dernière et que de là je pourrais
aller passer quelques jours à Tlemcen. Il y a déjà pas mal de jours que je n’ai
pas de lettres et je ne compte pas en avoir avant une dizaine de jours, ne
pouvant donner mon adresse à ma compagnie.
Je te quitte
ma chère maman, en t’embrassant bien bien fort. René. »
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman,
Je monte au
régiment. Dans deux jours je serais en ligne. Les souffrances vont recommencer.
C’est mon tour, il y a 3 mois que je suis à l’arrière. Tache de m’envoyer de
l’argent et des cigarettes.
Bons baisers
à tous. Les meilleurs de ton fils. René. »
« J’ai
reçu hier ta lettre du 2 octobre. J’ai eu hier aussi une lettre de Gaston. Il
attend sa jambe ; dans une dizaine de jours il serait peut-être en route pour
Oran. »
(*) : Tout à fait exact : Sa fiche matriculaire indique bien la date du 28 octobre comme retour aux armées
![]()
Henri à sa femme
« Ma
chérie, j’ai quitté Gaston hier matin à 5 heures.
J’ai reçu le
2e télégramme la veille au soir, et encore que d’histoire pour toucher ces 50f
(et non 1OO comme je te l’avais demandé) avant d’arriver à rejoindre le corps
je vais sûrement passer une dizaine de jours à « vadrouiller » en tous sens à
sa recherche et je n’ai que 15f en poche !
Enfin tu as
eu tort de ne pas m’écouter cela aurait évité bien des ennuis.
Quand je
serai arrivé à destination, je t’expliquerai pourquoi j’ai tenu à avoir une
convalescence, malgré les frais.
Je ne t’en veux
pas et t’embrasse de tout moi. Henry. »
![]()
« Ma
chère maman,
Voilà deux
jours que je suis occupé au bureau et c’est pour cela que je ne t’ai pas écrit.
La vie me parait ainsi moins triste et les jours sont beaucoup moins longs que
lorsque j’étais obligé de les passer dans mon lit. Enfin maintenant, tout va
pour le mieux.
Il n’y a que
la nourriture qui laisse à désirer car imparablement, tous les jours matin et
soir, nous mangeons du bœuf gros sel et de la purée de pomme de terre.
Au début
cela nous changeait du front car nous ne trouvions pas de patates comme nous
voulions.
Mais
maintenant cela devient vraiment intolérable.
Purée le
matin, purée le soir, à me demander si je ne vais pas devenir « purée »
moi-même.
Heureusement
que nous trouvons du lait excellent, du beurre tout ce qu’il y a de plus frais
et du chocolat. Alors nous prenons notre petit chocolat au lait et tartine de
pain beurré tous les jours à deux heures : cela, je crois, ne peut pas nous
faire de mal.
Je te quitte
ma chère maman.
Je n’ai pas
encore eu de tes nouvelles aujourd’hui.
J’ai hâte de
voir arriver le courrier de demain. Bons baisers à tous, les meilleurs de ton
fils. René. »
![]()
Un ami d’Henri
« Mon
cher SAUER
Te serait-il
possible de me céder un peu de sucre, ainsi que quelques paquets de tabac ?
Si oui, je te
serait très obligé de vouloir bien me faire un petit paquet fermé que tu me
ferait parvenir par la vaguemestre du bataillon, sans oublie de me dire ce que
je dois.
Avec mes
remerciements. Bien à Toi. L. POLLIN. »
![]()
Henri à sa mère
« Ma
chère maman,
Je suis
inexcusable de ne pas t’avoir écrit depuis plusieurs jours.
J’ai quitté
Gaston le 26 nov. et jusqu’au 30 je ne fis que voyager chemin de fer, auto,
voitures, et très peu de chemin à pieds.
J’ai
retrouvé mon régiment à Couvin, en Belgique, et deux jours après nous
reprenions le chemin de la France ; trois jours de marche nous conduisirent
auprès de Le Nouvion.
Nous sommes
bien installés en ce moment, et j’aurai, presque sans impatience attendu ma
permission, mais voilà, il faut reprendre le soir, et dans deux ou trois jours,
nous devons nous rendre vers Valenciennes.
Bel avantage
pour la reconstruction des cités envahies que de nous faire ainsi arpenter les
routes !!
Cela ne
changera pas du reste et, je suis certain que jusqu’à une libération, nous
marcherons, nous marcherons….. ! Comme si nous n’en
avions pas assez parcouru de ces kilomètres depuis le début de la guerre. Mais je
ne veux pas m’en faire, mais pas du tout sur ce sujet-là, et mon plus grand
bonheur ce sera le jour où j’irai chez un tailleur acheter un complet civil…. !
J’apprends
avec beaucoup de peine la mort de BELLOT.
Quel chagrin
à la maison, Alexandre doit maintenant être auprès de sa mère. Je lui écrirai
sans doute demain.
Sais-tu
quelle heure il est 11h1/2 du soir, je viens seulement de terminer mon travail,
tu vois que celui-ci ne manque pas. Aussi il me tarde au plus haut point que ma
permission arrive.
Je n’ai pas
de nouvelles de René et je ne sais dans quel hôpital il se trouve, j’espère
qu’il n’est pas trop gravement atteint et qu’il obtiendra 40 j de permission.
Je ne sais
pas quand j’aurai la mienne, car le tour ne marche pas si vite.
Bons baisers
à Tata Victorine.
Mon souvenir
ému aux Teufel.
A toi mes
plus affectueux baisers. Ton fils Henri. »
(*) : BELLOT = surnom de Gabrielle Teufel épouse
Alexandre SAUER.
![]()
René à sa mère
« Ma
chère maman,
Pas de
lettres depuis plus de 10 jours. Je ne comprends pas ton silence. Il est vrai
que c’est pendant cette semaine que tu as été à Alger et là-bas on n’a pas du
te laisser le temps de m’écrire.
J’espère
avoir de tes nouvelles demain ou après-demain.
Ici toujours
le même travail. La température s’est rafraîchie sensiblement car hier il y
avait 17° en dessous de zéro. Ce n’était pas le moment de mettre le nez dehors,
on aurait eu des glaçons sous les narines.
Certains tramways
étaient arrêtés par suite de l’impossibilité de faire marcher les aiguilles.
Aujourd’hui tout est encore recouvert de neige, mais le temps est superbe.
Si le soleil
d’Algérie était là, il se chargerait bien de faire fondre toute la glace, mais
celui d’ici semble plutôt les durcir pour pouvoir admirer les gens qui se
fichent par terre. Les permissions pour l’Algérie sont toujours suspendues, je
ne m’en plains pas trop, il ne fait pas bon voyager en ce moment.
Bons baisers à
tous, les meilleurs de ton fils. René. »
![]()
Henri à sa femme
« Ma chérie, reçois à l’instant colis et lettre de toi. Je vais bien, ne t’inquiète pas. Le travail afflue par suite de départ en Orient, où je n’irai du reste pas. N’oublie pas d’adresser mes lettres chez Barbier, Saint-Leu-D’esserent, Oise. Merci et caresses de ton Henri »
![]()
Henri à sa femme
« C’était
sur cette route qu’un va et vient de gens endimanchés (car on trouva le moyen
de nous faire voyager le 2 juin de pentecôte) qui, pour des vaincus n’avaient
pas du tout l’air de s’en faire beaucoup.
Des couples s’enlaçaient
tendrement, et ce n’était que rire et jeux dans tous les groupes.
Naturellement
cela me rendait un peu jaloux de voir tous ces jeunes gens en civil alors que
moi qui nous, plutôt, les vainqueurs, avec des 6 et 7 ans de service, sommes
encore là, loin de chez nous, de nos intérêts.
Oui ! Je
puis dire que l’on se fiche de nous. Ah ! Ils me font rire les Français quand
ils se disent indisciplinés, je suis certain que si on les tenait encore 5 ou 6
mois, pas un seul ne manquerait.
Je n’ai pas
de lettre de toi depuis plusieurs jours. Je ne m’en étonne pas à cause de ce
déplacement.
Continue à
m’écrire à Saint-Leu-d’Esserent, nous sommes de nouveau appelés à changer d’adresse.
Je t’envoie
mes meilleurs baisers ma chérie, et toutes mes caresses les meilleures. Ton
Henry.
10h1/2,
souvent je vais me coucher en pensant beaucoup à toi ma belle. H. »
![]()
Henri à sa femme
« Ma
petite femme
Ce soir je
vais me coucher de bonne heure, car demain dimanche je vais avoir à passer une
journée assez fatigante. Je vais faire à Mayence un match de football, une
sixte ; c'est-à-dire que notre équipe devra jouer contre les six meilleures
équipes de la Xe armée. Je doute fort que nous soyons vainqueurs, car notre
équipe est sérieusement handicapée par l’absence de deux de nos meilleurs
joueurs. Enfin, cela occupera ma journée, puisque je pars à 5 h du matin et que
je ne rentrerais que vers 11 h du soir.
Que
feras-tu, toi ma chérie, de ton dimanche ?
J’espère que
tu consacreras une petite demi-heure à m’écrire. Je te l’ai déjà dit, j’ai bien
besoin de tes lettres. Aussi ne me néglige pas, je t’en prie. Les affaires ne
marchent pas aussi bien que je l’espérais et j’ai bien peur que le boche ne
relève la tête.
Que peut-il
faire le malheureux ? Cela malgré tout nous coutera encore la vie de quelques
hommes, mais qu’est-ce qu’il va prendre le boche !
La chaleur
ici continue à être étouffante. Je ne sais ce que vous devez supporter là-bas.
Et pourtant, même s’il fait très chaud, n’est-ce-pas, auprès de toi, que je
serai le plus heureux des hommes ?
Qu’il me
tarde de t’avoir dans mes bras et de t’aimer comme tu sais que je t’aime.
Je t’embrasse
tout toi de tout moi. Ton Henry. »
![]()
Henri à sa femme
« Ma
chérie
Voilà un
petit coin agréable de ce pays où je loge. La rivière s’appelle le Main, son
cours est relativement large.
C’est à ce
bac que je termine souvent mes promenades après déjeuner. Tout est calme pour
le moment ; en sera-t-il de même à la fin de la semaine ?
Mille bons
baisers et meilleures caresses de ton Henry. »
Lettre d’ Henry SAUER à ses trois enfants ;
remise de la médaille commémorative à « ceux de Verdun ».
Lettre dactylographiée à la manière habituelle de mon grand-père, avec du papier carbone et en 3 exemplaires.
« Chers
Lucette, René, Gilou et familles
Vous
trouverez ci-joint un article sur « Ceux de Verdun », ainsi qu’une photo qui
vous permettra de me reconnaître.
Ayant désiré,
depuis déjà plusieurs mois, d’adhérer à la section régionale de l’association
des rescapés de cette longue et pénible bataille, j’ai donc dû fournir quelques
pièces militaires justificatives de ma présence dans une unité combattante
ayant participé à ces combats un peu particuliers, et extrêmement dangereux
puisque, en six mois, il y a eu 400 000 tués et un nombre considérable de
blessés uniquement dans ce secteur de 50 km de long.
Le président
du groupe catalan m’ayant demandé si j’acceptais de recevoir la médaille
commémorative j’ai naturellement accepté et, dimanche dernier, une réunion
importante organisée comme tous les ans du reste, nous rassemblait sur la place
de Verdun, place voisine de la mairie et de la préfecture. »
« Un
défilé (auquel je ne pus prendre part) précédait une réunion générale et a
parcouru les rues principales de la ville : la musique municipale participait
et animait ce groupement… Tout le monde se retrouva sur la place prévue ;
maman, tata Lucienne et moi-même attendions à la terrasse d’un café voisin
l’arrivée des participants et des récipiendaires (4) auxquels j’eus vite fait
de me joindre.
Musique, et
voilà le général qui passe…etc… qui signale l’arrivée du préfet et sa suite.
Marseillaise, puis chants patriotiques exécutés par une chorale importante,
salut aux morts, et les quatre passent sur le podium (voir photo) 3 pieds noirs
et un catalan ; nous sommes épinglés par le président, et le préfet nous rend
nos diplômes. La musique se remet en route et entraîne un groupe important vers
la salle ARAGO (salon d’honneur du maire) ou un apéritif était offert par le
maire. »
« J’ai
omis de me rendre à l’abreuvoir et grand mie m’a rappelé cette réunion alors
que nous avions déjà entamé les hors-d’œuvre (nous déjeunions au restaurant de la
Loge, placé en face de la mairie) lorsque nous vîmes les convives invités
arriver et s’introduire dans la mairie ; je ne pouvais pas abandonner mes
convives pour aller déguster une anisette…. n’est-ce pas ?
Vous
remarquerez sur cette photo la magnifique grille en fer forgé ainsi que le
disque de circulation / sens interdit et les médaillés dons la médaille sur
laquelle est inscrit : « on ne passe pas » : tout cela semble indiquer qu’il
n‘est pas facile de voir le maire. »
« Me voilà donc titulaire
de SIX décorations, mais, malheureusement pas une seule ne donne droit à
pension… Il serait question d’attribuer médaille militaire avec pension (3FN
par an) aux soldats qui ont été blessés et ont séjourné plusieurs années sur le
front dans une unité combattante… je réponds aux conditions prévues : avec 7
ans et 2 mois de service militaire et une blessure, je devrais même avoir droit
à une retraite de sous-officier tout au moins la moitié puisque je suis resté 1
300 jours et nuits sur le front, soit 3 ans et 5 mois.
Vous êtes
maintenant fixés et même si l’un de vous ou de vos descendants sont exonérés du
service militaire je considère que j’ai fait leur part et pour moi et pour
plusieurs d’entre eux. »

Henry
SAUER – 1er à droite
Complément
« Au
cours de cette journée, j’ai vécu certains moments avec beaucoup d’émotion en
pensant à mes deux jeunes frères, Gaston et René.
Le premier
appelé dès le début de la guerre fut envoyé au front comme zouave, après 5 mois
d’instruction militaire, sérieusement blessé à a fin de la guerre, blessure qui
entraîna l’amputation d’une jambe, et il n’avait que 24 ans….
;
Quant à
René, également appelé en fin 1914, il fut naturellement incorporé aux zouaves
et rapidement envoyé en lignes pour y être blessé après plusieurs mois de
combat, puis gazé à l’ypérite, il ne quitta pas pour autant la zone de combat
où, mal soigné, il en supporta les conséquences tout le long de sa vie.
Tous les
deux vécurent leurs dernières années de vie en supportant tous les troubles
occasionnés par ces blessures et furent emportés prématurément.
Il en fut de
même pour Albert JOUVE, qui, intoxiqué au cours du traitement d’un blessé
supporta toute sa vie les troubles occasionnés par les séquelles d’un
empoisonnement du sang, il partit prématurément lui aussi. »
« Je
n’oublierai pas naturellement mes cousins germains Louis FOUQUE et Alexandre
SAUER, l’un artilleur, l’autre zouave, mon 2ème beau-frère BROGAT, chasseur d’Afrique
et également Lucien BELLVERT qui lui alla combattre en extrême orient ; tous
firent la guerre en entier. »
« Enfin
toutes les familles françaises ou espagnoles ou italiennes d’origine que l’on
insulte en les dénommant « pieds noirs » subirent les mêmes sacrifices que les
familles françaises de notre patrie.
A noter
qu’en 1939 et en 1944-45 les sacrifices des français algériens furent encore supérieurs à ceux des français (toutes
proportions gardées).
«
« Mais
tout cela mes chers parents le savent bien et seuls les Français de France
semblent l’ignorer.
Je ne
comprends du reste pas pourquoi les dirigeants des associations des Algériens
chrétiens ne publient pas, dans leurs journaux, les statistiques officielles
détaillées des sacrifices supportés par toutes les familles algériennes
chrétiennes.
Je souligne
ce mot car je considère les tirailleurs musulmans à classer dans une autre
série (à l’exception des cadres français toutefois, puisque j’en étais) à noter
que dans cette série, qui ne fut pas épargnée, il y eu un pourcentage de morts
aussi élevé que dans les régiments d’infanterie française… et leur souvenir
reste présent dans ma mémoire puisque j’étais avec eux pendant 4 ans au cours
de la guerre. »
« Je
termine donc cet exposé et je désirerais qu’il soit communiqué à mes
petits-enfants ; je ne parle pas toutefois de Didier, Caroline et Laétitia. »
Contacter
le propriétaire des lettres des frères SAUER
Voir
la fiche matriculaire d’Henri SAUER
Voir
la fiche matriculaire de Gaston SAUER
Voir
la fiche matriculaire de René SAUER
Suivre sur X la publication journalière de
photos de groupes de soldats envoyés par les internautes
Vers d’autres témoignages
de guerre 1418