Publication :
octobre 2008
Mise
à jour : Avril 2026
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Prologue
Guillaume PORCHET,
son arrière-arrière petit-neveu, nous dit en mai 2006 :
« Voici le parcours succinct d’Henri TRISTANT, brigadier de la classe
1901 au travers de sa correspondance. Ses différentes incorporations se
résument ainsi :
20ème RAL jusqu’au 31 septembre 1915 - 114ème RAL du 1er octobre 1915 au
15 janvier 1918 - 115ème RAL du 16 janvier 1918 au 11 février 1918 - 18ème
Escadron du Train du 12 février 1918 jusqu’à la fin de la guerre.
Les renseignements soulignés indiquent la représentation des cartes
postales. Ces dernières furent envoyées à sa famille.
Important : Sont présents, seulement, les
renseignements relatifs au régiment et au déroulement de la guerre. Les autres
cartes sont d’ordre privées et n’apportent rien à 14/18 »
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Contacts avec des internautes depuis la mise en
ligne (en 2006) :
Aucun contact.
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Remerciements
Merci à Philippe S. pour les
corrections éventuelles et certaines recherches.
Nous avons ajouté du texte en bleu pour la compréhension de certains termes
et pour aller « plus loin » dans l’analyse du récit. Pour
une meilleure lecture, j’ai volontairement ajouté des chapitres, sinon le reste
est exactement conforme à l’original.
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Introduction
Henri Louis TRISTANT est né en mai 1881 à Coulon (Deux-Sèvres). À 18 ans, cultivateur, il s’engage pour trois ans e est affecté au 20ème régiment d’artillerie de campagne. Il sort brigadier en 1902.
En août 1914, il rejoint le groupe
territorial du 3ème régiment d’artillerie lourde, il a 34 ans.
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Sommaire :
Torpillage de la Dives : 01 février 1918
18ème Escadron du Train : Février 1918
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Début du carnet
Harbonnières – L’Hôtel de
Ville
Le 2 octobre 1914
Alveringhem
– Pastory – La Cure
Le 6 novembre 1914.
Alveringhem – De Plaats – La Place
Le 14 novembre 1914.
A Senlis – Hôtel incendié par
les Allemands
Le 12 février 1915.
Artillerie de 120 remorquée par un tracteur automobile.
Nos vaillants artilleurs à l’œuvre
Le 14 avril 1915.
Albert – Après le bombardement
Le 8 juin 1915.
Bataille de la Marne du 6 au
12 sept – Heitz-Le Maurupt
– La Mairie
Le 26 août 1915.
Marson
– L’Église incendiée le 8 septembre
Le 17 novembre 1915
"Nous voilà sortis de nos bois, pour nous retirer un peu au repos, ce n’est pas trop tôt, depuis 16 mois je crois que c’est bien notre tour. Je suis toujours en bonne santé mais ce qu’il fait froid, de la neige du grésil de la gelée c’est un bien mauvais temps qu’il faut supporter avec courage, ce serait pourtant bien temps que cette maudite guerre finisse mais quand ! "
Remiremont – Les Nouveaux
Bains
Le 7 décembre 1915
Bussang – Vue générale
Le 22 décembre 1915
"Pour ma santé, elle est toujours bonne, le neige recommence à
tomber heureusement que notre travail n’est pas bien dur en ce moment, puis
comme vous savez j’ai un bon lit pour me coucher, espérons au plus vite des
jours meilleurs."
Bussang – La Vallée de la
Hutte
Le 28 décembre 1915
Bussang – L’hôtel des Sources
Le 10 janvier 1916
Valence – Place de la
République et monument Émile-Augier
Valence le 5 février 1917,
"Hier nous nous réjouissions du radoucissement de la température,
hélas ce matin au réveil la neige tombait en quantité et probable que l’on en
tient pour toute la journée, car il est une heure de l’après-midi et elle ne
cesse point, au contraire, je ne sais point ce que l’on a à devenir, mais nous
souffrons beaucoup du froid, que doivent dire les pauvres diables qui sont au
front."
Valence – Vue panoramique du
Boulevard Bancel
Le 25 février 1917
Valence – Les Boulevards –
E.R.
Valence le 4 avril 1917
Valence – Intérieur de la Gare
– P.S.V.
Valence le 19 juillet 1917
Valence – Place de la
République et Monument Émile-Augier
Le 9 août 1917
Valence – Parc Jouvet – Les
Serres
Valence le 21 septembre 1917
(*) : Attention : Le parcours d’Henri
TRISTANT au sien du 115ème régiment d’artillerie lourde n’est pas représentatif
de tous les hommes qui font partie de cette unité. Il existe en effet plus
d’une dizaine de groupe d’artillerie qui composent le 115éme, ils ont tous
combattu dans des secteurs différents.
Nîmes – La Maison Carrée
Nîmes le 22 janvier 1918,
"Je suis toujours à Nîmes loin de vous autres tous, mais ma pensée
ne vous quitte guère ; j’attends toujours l’heure du départ et dire qu’il
faudra peut-être passer une huitaine à Marseille ; je voudrais tant être
rendu à destination afin d’être tranquille."
Tarascon – Le Cours National
Tarascon le 26 janvier 1918,
"Je suis parti de Nîmes ce matin. En ce moment j’attends la
correspondance.
Ici pour Marseille, en descendant du train je suis tombé et me suis
foulé le poignet droit, je me suis fait faire un massage à l’hôpital où on
voulait me garder. Je n’ai pas voulu, je ne crois pas la destination bien
mauvaise après, je ne sais pas où on aurait pu m’expédier, puis je ne crois pas
que ce soit bien grave."
Marseille – L’Entrée du Vieux
Port et le Pont Transbordeur
Marseille le 27 janvier 1918
"Nous voici à Marseille, de cette nuit.
Mon poignet est à peu près toujours pareil, il faut donner le temps, cela ne m’empêche ni de manger, ni de dormir, cela me gênera un peu pour me promener. Je ne sais pas si on sera longtemps ici, j’en dirai plus long quand j’écrirai mieux à mon aise, puis pour le moment je ne connais rien de nouveau."
Marseille – Les Quais – La
Cathédrale
Marseille le 28 janvier 1918
"Hier j’ai visité un peu la ville où il y a foule et un va et
vient comme à Paris.
Aujourd’hui je suis commandé pour conduire un détachement de prisonnier
au château d’If, cela fera encore une promenade car le temps est bien beau.
Pour le départ d’ici on en sait encore rien, mais ce ne sera sans doute pas long."
Marseille – Sortie du Vieux
Port
Marseille le 29 janvier 1918
" L’embarquement est annoncé pour demain 13 heures.
Le moment devient donc critique mais je ne m’épouvante point, la mer
est calme, reste les sous-marins. Inutile de redire mes recommandations pour
les petits, j’ai confiance en vous tous ; j’écrirai aussitôt rendu ou
j’enverrai une dépêche si c’est possible.
Nous embarquons sur la Dive."
Lettre
Bougie le 2 février 1918
"Chère sœur, ce matin j’ai envoyé une dépêche t’annonçant mon
arrivée à Bougie.
Partant de Marseille je t’avais dit que l’on embarquait sur "La
Dives", hélas ce bateau n’a pu arriver jusqu’ici : nous avons été
torpillés environ 5 heures avant d’entrer. C’était hier à 1 heure du soir au
moment où tout le monde commençait à respirer à l’aise car on apercevait les
côtes d’algérie.
J’étais à même d’écouter jouer de la mandoline, un permissionnaire et
un autre chantait en même temps."
"Tout à coup on aperçut sur la gauche du bateau le sillage d’une
torpille.
Immédiatement je prends mon gilet de sauvetage, je le mets sans
m’émotionner et on jette les barques et les radeaux à la mer. Malheureusement
le radeau sur lequel j’étais désigné en cas d’accident ne m’a
pas donné le temps de l’attraper, j’ai donc sauté par dessus le bord et fait un
plongeon dans le royaume des poissons.
Je me sentais toujours descendre la tête en bas et prenais un peu d’eau
par le nez, l’avant du bateau sombrant presque en même temps. Je me croyais
bien parti dans les remous, ne perdant pas pour cela mon sang-froid, je passe
le bras gauche sous ma ceinture de sauvetage et immédiatement ce mouvement me
fait changer de bout et je remonte à la surface.
Je me suis trouvé tout surpris lorsque j’ai eu la tête hors de l’eau.
Je ne me rendais pas bien compte ayant un peu bu, avec mes mains, je cherchais
de droite et de gauche, une épave quelconque, je réussis à rattraper une
deuxième ceinture qui se promenait par là, ensuite une planche mais cette
dernière faisait toujours le moulinet, j’étais donc forcé de me rattraper à
tout moment."
"Heureusement une vague me rapproche d’un radeau et je grimpe
dessus en vitesse.
J’étais donc sauvé mais tout trempé bien entendu et le petit moment que
je suis resté sur le radeau je commençais d’avoir sérieusement froid, le
chalutier qui nous aperçût s’est porté immédiatement à notre secours et a tout
pris à son bord les rescapés de la Dives.
Mais à bord de ce chalutier il y avait beaucoup de monde et pas moyen
de se faire sécher, on était autour d’un petit poêle les uns sur les autres,
pas moyen de me réchauffer et rien à avaler, puisque toutes les musettes,
paquetages, bidons étaient restés sur le bateau que nous montions.
J’ai donc grelotté ainsi jusqu’à l’arrivée à Bougie à 10 heures du
soir, tu parles que le temps me paraissait long."
"A la sortie du bateau je n’avais pu vomir le peu d’eau que
j’avais avalé et cela m’étouffait, et fatigué comme j’étais d’être toujours debout et tremblant
je ne pouvais plus me tenir, j’étais plié en deux et j’étouffais, j’avais
pourtant fait mon possible pour vomir, pas moyen.
J’avais beau m’enfoncer les doigts dans la bouche, les entrailles me
seraient plus tôt sorties que de vomir.
Lorsque j’ai été à terre un brave monsieur s’approche de moi et me fait
suivre chez lui, là, il me fait préparer un bon lit, une bonne infusion et tout
cela m’a sauvé la vie. Je n’ai guère dormi de la nuit, j’étais si fatigué, de
plus c’était encore assez loin du port chez ce monsieur. Je marchais toujours
le nez sur le bout des papiers, cela m’a provoqué un point de côté que je me
sens encore un peu ce soir, mais beaucoup moins."
"Ce matin ces braves gens m’ont fait sécher mes effets, ce qui
n’était pas un petit travail, et ce soir je suis monté à la caserne pour me
faire porter rentrant. Sur 35 que nous étions de notre détachement, il en est
disparu 5 ; 4 brigadiers et un maréchal.
Dans les brigadiers, un a été retiré mort et ce pauvre TAURAULT n’a pas
repassé lui aussi.
Nous étions 3 brigadiers du 114, les 2 autres ont disparus. Tu vois que
je peux m’estimer heureux ; pour TAURAULT il est descendu à l’eau avant
moi, il venait même de me faire dénouer sa ceinture qui était le derrière
devant, je lui disais bien qu’il n’y avait pas d’inconvénient, enfin il a
insisté je n’ai pu lui refuser ce qu’il me demandait, mais je ne crois pas
qu’il ait eu le temps de la remettre et il est probablement parti dans les
remous quand le bateau s’est enfoncé.
A moins qu’il ait été recueilli par d’autres, mais par le chalutier qui
était avec nous, il n’y était pas. Comme il n’y avait que celui-ci dans les
parages, je ne conserve guère d’espoir de le retrouver."
(*) : Marcel Aldéric
TAURAULT, brigadier au 115ème régiment d’artillerie lourde, 36 ans, né à Cherves (Vienne) en janvier 1881. Voir
sa fiche.
" Du moment où la torpille a frappé le bateau jusqu’à ce qu’il ait
sombré complètement, ce fût la durée de 7 min.
Tu vois que ce n’était pas bien long.
Pas besoin de te dire que quand je prenais la direction du fond de la
mer, ma pensée était avec vous tous, je n’ai perdu à aucun moment mon
sang-froid. Je craignais la congestion car il n’y avait guère qu’une heure et
demie que l’on avait fini de manger ; enfin tout s’est passé à peu près
encore pour cette fois puisque j’ai la vie sauve, mais tu sais j’en ai passé de
bien près, le front français n’est rien auprès d’une catastrophe pareille, puis
à tout moment il me revient devant les yeux, cette vision épouvantable :
c’est bien triste.
Heureusement que j’ai rencontré ce brave monsieur qui lui comme moi est
aussi veuf avec 2 enfants. Il y a que 17 mois lui, tu vois que notre malheur
est arrivé à peu près dans le même temps.
Il a une servante veuve aussi avec 2 enfants dont 1 fils au front et
qui est loin d’être tranquille. Elle est tout à fait convenable aussi. "
"Je crois que nous partirons de Bougie demain matin pour Alger,
mais par le train, en fait de bateau il n’y a plus rien à faire, et personne de
vous autres ne sera surpris si vous ne me voyez pas avant la fin de la guerre,
à moins que je sois commandé pour rentrer en France.
Il n’y a pas de permissions qui tiennent, j’ai échappé cette fois,
c’est bien beau."
Le 1er jour de la traversée, nous avions déjà fait demi-tour sur
Marseille car nous étions poursuivi par un sous-marin, le lendemain il a mieux
fait, il nous a attrapé. S’il peut exister des choses pareilles, c’est
abominable ! Pour mon poignet, il va bien mieux je ne m’en sens presque
plus. J’aurais peut-être mieux fait de rester à l’hôpital à Tarascon, d’un
autre côté je ne suis pas fâché d’être arrivé ici malgré mon plongeon.
Je vous enverrais mon adresse afin de savoir ce que vous devenez tous,
je vous espère toujours tous en bonne santé ; mais pour ces lettres, elles
ne parviendront point toutes, ainsi toutes celles qui étaient sur la Dives ont
été perdues puis les courriers sont rares ; enfin il faut bien se
contenter de sa situation puisqu’on ne peut faire autrement ; armons-nous
donc plus que jamais de patience et maintenons nous dans l’espérance de nous
voir bientôt réunis.
Si cette lettre arrive tu la montreras à la famille car je ne veux pas
la redire à tout le monde, c’est un peu fatiguant pour moi d’énumérer un
passage pareil."
"J’ai réussi à sauver avec moi l’argent qui était dans mes poches,
autrement tout le reste est foutu, rasoir, paquetage, mais ceci n’est rien,
j’étais même pieds nus, tout le monde avait quitté ses chaussures avant de
sauter dans le bouillon. Ne vous émotionnez pas pour la lecture de cette
lettre, le péril est passé, la mort n’a pas voulu de moi encore pour cette
fois.
J’espère bien vous revoir tous dès la fin de la guerre qui ne peut
durer bien longtemps.
"Embrasse plus fort que jamais tous les enfants et toujours je
leur recommande d’être bien obéissants après avoir échappé à ce péril, j’espère
qu’ils doivent comprendre les sacrifices qu’ils doivent s’imposer.
Recevez tous les meilleurs amitiés de celui qui ne vous oublie point
même en descendant dans l’eau, Henri."
PS : Les chemins de fer ne vont pas vite dans ces pays, s’il faut
que j’aille à Oran, je ne suis pas tout à l’heure rendu.
PS : Ce matin j’ai déjeuné avec ces messieurs dames et ce soir je
suis invité à y dîner. J’y coucherai encore cette nuit. Tu vois que je ne serai
donc pas bien malheureux je ne peux leur refuser, c’est offert de si bon cœur
pourtant, ce n’est qu’un modeste ouvrier marchand d’armes et de bicyclettes
ALGER – Les rues de la Liberté
et de Constantine
Alger le 4 février 1918,
"Demain matin je vais aller à la visite puisque à présent nous
sommes rentrés à la caserne du 17ème train à Alger ; nous ne sommes pas
tous pour rester ici, une partie doit aller à Oran, puis pour la suite ce n’est
pas le rêve non plus, nous sommes venus ici pour encadrer des arabes et des
indigènes partant en formation pour Salonique.
Après avoir pris un bain une première fois, cela ne me sourit guère de
refaire une autre traversée encore bien plus longue. Enfin laissons venir.
Je serai bien encore quelques jours sans recevoir de vos nouvelles,
c’est ce qui me fatigue beaucoup. Je vous espère toujours en bonne santé et
avoir échappé au bombardement des Boches."
Alger – La Gare et la Rampe
Marengo
Oran le 12 février 1918,
"Pas grand chose de nouveau pour aujourd’hui, le temps a passé et
c’est tout. Je crois bien m’habituer un peu avec les Arabes mais ce n’est pas
bien gai, puis nous sommes mal nourris, enfin je tâcherai de m’échapper quand
même en ville, on trouve à peu près ce que l’on veut, puis le pain est si blanc
ici, on dirait du gâteau ; je n’ai pas encore de vos nouvelles, j’espère
que vous aurez reçu mon adresse par télégramme, cela avancera ainsi d’une
huitaine.
Nous avons un très beau temps, il faudrait finir la guerre ici car ce
voyage à Salonique ne me plait guère depuis que j’ai un pris un bain. "
Bizerte – La Nouvelle Gare du
B.G.
Bizerte le 21 février 1918,
"Hier j’ai envoyé une dépêche afin que vous me répondiez de même
quelques mots au sujet de votre santé car je n’ai pas de vos nouvelles depuis
le 20 janvier, c’est long. Je vous espère tous en bonne santé ; pour moi
je me porte à merveille en attendant mon départ pour Salonique.
Le traversée sera peut-être meilleure que l’autre."
Campagne d’Orient 1914-1917 –
Salonique – Ancien type de Femme Turque
Le 9 mai 1918
La Macédoine pittoresque –
Vieille maison
Le 28 août 1918
"Les lettres mettent sérieusement du temps à venir ce moment,
j’espère quand même que vous êtes tous en bonne santé, pour moi ne vous inquiétez
pas non plus, je me porte à merveille : il passe encore des journées où il
fait grand chaud, ce n’est pas pour rire !
Je n’ai pas grandes nouvelles à vous dire pour aujourd’hui sinon que
les puces ne sont pas encore toutes disparues. Oh les sales bêtes, quelles
mauvaises nuits elles nous font passer. "
Lettre
Le 23 septembre 1918
"Je suis toujours dans un état d’énervement qui fatigue même
quelquefois, tout m’insupporte, encore quelques puces, la chaleur et tous ces
imbéciles d’arabes que je ne peux souffrir.
On pourra m’en parler de l’Algérie après la guerre, le stage que j’ai
fais ici avec ses habitants la traversée que j’ai faite pour y aller, tout cela
ne m’aide guère à me la faire estimer, j’aime pourtant assez me promener, à
présent j’en suis fatigué, surtout de tous ces voyages de guerre.
La chaleur est forte encore le tantôt, je me porte toujours bien,
malgré que les malades ne manquent pas autour de moi. Je t’assure que mes
poules pourraient en pondre des œufs, je ne suis pas en peine pour m’en débarrasser,
m’en privant même pour les vendre aux malades puisque je ne peux pas faire de
lettres sans parler de mes poules.
Je te dirai donc qu’aujourd’hui j’ai ramassé le 53ème de ma poule,
jamais je n’aurais cru qu’une poule pouvait pondre tant d’œufs sans s’arrêter,
je crois que toutes les poulettes que j’ai acheté vont pondre avant l’hiver,
car elles ont toutes bien bonne mine, le poulailler serait ainsi vite
payé."
Lettre
Le 1er octobre 1918
"Je prends cinq minutes pour donner de mes nouvelles car jamais
encore je n’avais été surchargé de travail comme en ce moment, presque tout le
monde est malade. C’est la plus mauvaise saison paraît-il car les nuits, les
matinées et les soirées sont très fraîches et le milieu de la journée est aussi
brûlant qu’au mois de juillet, juge de la température.
Je ne m’épouvante point car j’ai toujours bon appétit et je me soigne
de mon mieux.
J’ai l’ordinaire sur les bras en ce moment j’ai donc toutes les
facilités pour ne pas me négliger. C’est avec un réel plaisir que j’ai lu hier
soir sur le journal la fin des hostilités avec la Bulgarie, il y avait 2 jours
que l’on nous parlait que les parlementaires étaient passés sur la voie de
chemin de fer qui longe notre camp, on n’y croyait pas et pourtant à présent,
il faut bien se rendre à l’évidence d’après les journaux.
C’est donc le commencement de la débâcle, ce n’est pas trop tôt, comme
partant les nouvelles de la guerre sont bonnes, les Boches vont être obligés de
plier bientôt."
Lettre
Le 7 octobre 1918
"Je viens de recevoir ta lettre du 20 septembre complétant celle
d’Élise et d’Edmond, où tu m’annonces la blessure du cousin Edmond B.
J’espère que ce ne sera pas bien grave, quoique l’endroit atteint ne
soit pas de ces meilleurs, ce doit être terrible en ce moment sur le front
français car les Boches ne doivent lâcher prise qu’après de terribles efforts.
Vivement la fin de tout cela !
Par ici ce n’est pas ce danger qui nous menace, surtout à présent
depuis que la Bulgarie a lâché prise, mais ces maudites fièvres vous abattent
dans 48 heures, on ne reconnaît plus un homme.
Jusqu’à présent je n’ai encore rien eu puis l’eau a commencé à tomber
hier, aussi la température est bien rafraîchie, on est beaucoup mieux, je
m’estime heureux de n’avoir rien eu, le nombre en est rare, il faut absolument
jouir d’une forte santé, il est vrai que je ne me suis jamais laissé aller, il
s’est passé pourtant des jours où j’étais fatigué mais la grande envie de ne
pas tomber me faisait marcher comme le travail ne me manquait jamais, je ne
m’ennuyais pas du tout à présent j’espère être plus tranquille, les copains
vont se remettre et d’ici quelques jours. »
« J’espère bien avoir mes galons de sous-officier.
Ma bonne santé m’a valu beaucoup et ensuite je me suis gêné le plus
possible pour arriver à ce but, aussi je peux dire que pour le moment je suis
bien vu des officiers, je suis donc jamais ennuyé.
En même temps que ta lettre, j’en avais une d’Alexandre me procurant
son adresse, je vais lui répondre aussi ce soir, les puces ont l’air de me
laisser un peu plus tranquille. Oh les sales bêtes !
Ce qu’elles m’ont impatienté et pas moyen de s’en défaire.
Autrement pas grand chose de plus à te parler, toujours la même
rengaine ici, on est exilé au milieu d’une prairie, le village qui est à côté
de nous, ne nous offrant aucune distraction, c’est tout comme s’il n’y en avait
pas, c’est une drôle d’existence que nous passons ici tous les jours et
travail, et travail sans cesse, ne connaissant ni fête, ni dimanche. Ce n’est presque
pas du métier militaire, les journées étant commencées au lever du soleil
jusqu’à la nuit, la sieste étant à présent presque complètement
supprimée."
Henri.
Fin des écrits
Il survit à la guerre. Il décède
en 1955 à 77 ans.
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