Carnet de guerre d’elie Albanhac des 124e RIT,312e RI et  112e RI

>>>>>Vers 1914<<<<<

 

JAN 15

 

 

 vendredi 1 jan 1915

Pas de départ aujourd'hui. Dîner : mouton, haricots, mandarines, bananes, pâté, vin vieux, champagne, mousseux, cigares, pipe. à 2h concert. le soir souper ordinaire avec pommes, noix, et mousseux [une bouteille à six] le matin une bouteille de vin vieux et  champagne à quatre.

 

samedi 2 janvier

On nous donne un fusil et un sac et à ceux qui n’en ont pas une chemise, tricot, cache-nez, gants et chaussettes. En plus petite tablette de chocolat, savonnettes. Enfin vers midi vingt nous quittons le dépôt et arrivons à la gare à 1 heure moins le quart.

Nous sommes à peine une cinquantaine de partants sous-officiers compris. Nous quittons Neufchâteau à 1h 1/2. Gares: Liffol le Grand, Prez,  Lafauche, St Blin, Manois, Rimancourt, Bologne. Nous arrivons à Chaumont à la tombée de la nuit vers 4h 1/2. Les casernes sont un peu loin de la gare à plus d'un kilomètre et nous y allons avec un peu de pluie fine. Dès notre arrivée nous avons un peu de bouillon et nous reposons ensuite sur une assez bonne couche de paille.

 

dimanche 3 janvier

A la visite que nous passons vers 10 heures le major me met disponible il ne me fait pas vacciner contre la fièvre typhoïde car on ne vaccine guère après 32 ou 33 ans. Je croyais partir pour l 'avant ce soir même, car il y a eu ce soir à 7h 1/2 une dépêche pour le 15 corps mais je n'ai pas été appelé, ce sera donc probablement pour 3 ou 4 jours.

 

lundi 4 janvier

Ces jours ci un vent sud est mêlé de pluie portant en lui une certaine froideur. Aujourd'hui brille un beau soleil. Mais il souffle un vent d'ouest froid et le soir le temps se couvre à nouveau et il est qq peu brumeux. Le soir je sors en ville pour acheter qq médicaments: teinture d'iode, alcool de menthe, pastilles pectorales.

 

mardi 5 janvier

On nous donne aujourd'hui ceinturon et cartouchières et je prends aussi une serviette car celle que j'avais me fut volée avant hier. Ecrit à H Lanié.

 

mercredi 6 janvier

Toujours un temps couvert pas trop froid cependant mais qui semble toujours porter de la pluie. Ici nous sommes moins ennuyés qu'à Neufchâteau moins de corvées de quartier au même point car les cours ne sont encore qu'ébauchées entre les bâtiments. Pour la nourriture nous sommes aussi mieux qu'à Neufchâteau c'est à dire meilleur soupe et riz ou rata et un peu plus abondant avec un quart de vin, mais un pain seulement à six au repas. Il y en a eu néanmoins assez. Le soir à 7h 1/2 environ nous quittons le départ pour rejoindre notre cie.

 

jeudi 7 janvier

Nous voyageons toute la nuit et nous arrivons à Dombasle à 4h 40. Il a plu toute la nuit avec vent et il pleut encore. Nous descendons du train à 7h 1/2 et allons à Dombasle où nous attendons qu ' un gendarme vienne conduire ceux qui doivent être dirigés sur Récécourt. C'est par une pluie fine battue par le vent que nous allons à Récécourt. Le gendarme me conduit avec mon collègue; nous ne sommes que deux du 112. au poste de police. ils nous y laissent. C'est le 12 qui est de garde. Mais la 1 et la 2 cie sont au cantonnement de Récécourt et partent ce soir même vers midi et 1/2 pour les tranchées. Je ne pars pas avec ma cie, mais demain je dois la rejoindre avec le convoi régimentaire.

 

vendredi 8 janvier

Ecrit le matin à la famille. Toujours vent sud-est froid. Je vais diner avec le convoi et je pars avec le convoi de ravitaillement. Nous passons à Bethainville où sont cantonnés plusieurs régiments d'artillerie ou d'infanterie. Ensuite nous arrivons à Aisne lieu de ravitaillement.

Je retrouve aussitôt le cuisinier Moreau de mon escouade et je vois aussi le sergent fourrier François mais par mégarde je les perds de vue car il est complètement nuit. Je demande de chercher où ils peuvent bien cantonner mais nul ne le sait. Je vais voir chez les muletiers du 112 qui portent l'ordinaire aux tranchées et je couche avec eux dans une grange où nous avons de la paille à discrétion.

 

samedi 8 janvier

Le matin je pars avec les muletiers vers le 4h 1/2 et nous arrivons au poste de commandant avant le jour. Là je retrouve le sergent François et Moreau et avec eux je rejoins ma Cie.

Mes camarades sont tous heureux de me revoir et je suis même touché du bon souvenir qu'ils avaient conservé de moi. Je vais voir le sergent-major et lui demande de rester à mon escouade. Il me demande si je suis un bon soldat car me dit-il mon escouade fait partie de sa section. Je lui dis simplement que dans mon active je n'ai pas eu même un jour de consigne et que j'espère mériter son estime.

Il me dit alors de rester à mon escouade, la 7e comme précédemment. Je vois aussi le lieutenant Chalons commandant la Cie ainsi que Rigal. Le soir je prends la faction dans un boyau avancé au devant des tranchées avec la 8 escouade. 3h intermittentes 6h à minuit.

 

dimanche 10 janvier

Dans la guitoune que nous occupons il ne fait pas trop froid car il y a parfois deux feux.

 

lundi 11 janvier

Il a plu pendant la 2e partie de la nuit, mais je n'ai pas été de garde de minuit à 6 h. Les tranchées et tous les passages du bois sont pleins d'eau. Le soir vers 9h nous sommes relevés par la 11e cie et sortons du bois par un chemin extrêmement boueux. L'eau pénètre facilement dans les souliers. Nous arrivons au cantonnement de Dombasle vers 3h du matin.

mardi 12 janvier

Mon premier soin est de changer de chaussettes dès mon arrivée. Ensuite un petit réveillon avec du fromage de camembert touché aux tranchées et puis repos. Je me réveille qu'il est déjà jour vers 8 heures.

 

mercredi 13 janvier

Nettoyé le fusil et lavé des habits. Ecrit à la famille et à M Lanié, à Fréjaville, au vague- mestre de Toulon

 

jeudi 14 janvier

Reçu une lettre de la famille datée du 14 décembre avec inclus une circulaire de la Maison Dollé. Répondu aussitôt.

 

vendredi 15 janvier

Messe ce matin à l'église de Dombasle. Temps toujours pluvieux. Nous repartons aux tranchées. Nous y arrivons à la nuit complètement noire passant par la boue jusqu'aux chevilles.

 

samedi 16 janvier

Nous sommes revenus aux même tranchées et guitounes que les derniers jours. Aujourd'hui un orage avec tonnerre éclate sur nous. On me propose d'être ordonnance d'un sous-lieutenant nouvellement arrivé.

 

dimanche 17 janvier                                    

Je reçois une lettre de M Costes curé de Claunhac. J'écris un mot à la famille. Le soir à notre droite duel d'artilleries. Petite alerte occasionnée par une patrouille ennemie sans doute. Rafale de neige à la tombée de la nuit.

 

lundi 18 janvier

Mince couche de neige au matin tombée de la nuit. Beau soleil le matin. Le Sous-Lieutenant Morel dont je dois être ordonnance me donne un paquet de tabac. Je suis alerté par suite de fusillade sur notre droite.

Nous sommes relevés à la nuit vers 8h1/2 . Par un temps clair nous quittons nos tranchées. Le froid a glacé qq peu le sol du champ que nous traversons après avoir quitté le bois et grâce à la clarté du ciel malgré la nuit il s'y voit un peu pour éviter dans le bois les grandes flaques boueuses du chemin. La route est sèche et en marchant nous n'avons pas froid. Nous arrivons à Dombasle à 3h du matin.

 

mardi 19 janvier

Je commence aujourd'hui mon service d'ordonnance. Nettoyer capote, molletière, les souliers, lit. Reçu paquet biscuit, allumettes et papier, 1/4 de vin. Reçu une lettre de la famille du 13.

 

mercredi 20 janvier

Reçu une autre lettre de la famille du 13. Continué mon service d'ordonnance. Ecrit à la famille.

 

jeudi 21 janvier

Reçu une lettre de la famille et de M Turq. Ecrit à la famille. Le 1er peloton de ma cie est de garde aujourd'hui dès 11h par une pluie froide battue par le vent.

Etant ordonnance je ne suis pas de garde

 

vendredi 22 janvier

Il est tombé un peu de neige la nuit. Vers 2h nous repartons pour les tranchées. Le ciel est clair et avec la mince couche de neige bien qu'arrivés tard nous y voyons un peu pour éviter parfois les flaques de boue, mais souvent c'est impossible de les éviter. Je ne vais pas avec mon escouade. Je reste dans la guitoune avec le s. lieutenant Morel.

 

samedi 23 janvier

Grâce à un bon feu, il ne fait point froid dans la guitoune qui d'ailleurs est bien abritée et le s. lieutenant dort d'un bon somme. Je dors aussi un peu. L'après-midi je vais couper du bois, un chêne, pour le chauffage. Je partage le soir le souper du s. lieutenant.

 

dimanche 24 janvier

Je reçois deux lettres de la famille l'une du 11 l'autre du 19. Ecrit aussi à la famille.

 

lundi 25 janvier

Reçu une lettre de la famille du 20. Ecrit.

 

mardi 26 janvier

Le soir nous sommes relevés et rentrons à Dombasle.

 

Mercredi 27 janvier

Froid avec brise glaciale.

 

jeudi 28 jan

Froid vif. Ecrit à la famille.

 

vendredi 29 janvier

Froid vif écrit à la famille.

 

samedi 30 janvier

Nous repartons aux tranchées. Pas de boue car le temps est sec. Ecrit à la famille.

 

dimanche 31 janvier

Temps sec quoique couvert. Carte à la famille. Lettre à la maison H.Sarda à Besançon.

 

 

 

 

FEV 15

 

 

lundi 1 février

Reçu deux lettres de la famille du 26 et 27 et une d'Henri. Ecrit à la famille.

 

mardi 2 février

Alertes la nuit pour exercice. Le canon gronde sans discontinuer la nuit et le matin, à notre gauche.

 

mercredi 3 février

Nous retournons le soir au cantonnement de Dombasle.

 

jeudi 4 février

Le sous-lieutenant Morel loge chez un cousin du Président de la République au no 1 Place de la mairie. Temps beau.

 

 vendredi 5 février

Le s lieut. Morel change de logement et cantonne au no 33 de l’ave de la République. Temps beau.

 

samedi 6 février

Temps un peu pluvieux. Envoyé un colis en gare à la maison.

 

dimanche 7 février

Nous repartons cet après-midi pour les tranchées et allons au même emplacement que nous étions lorsque arriva le sous lieutenant Morel.

 

lundi 8 février

Il a plu un peu cette nuit. Envoyé une carte.

 

mardi 9 février

Ma principale occupation est d'aller chercher du bois pour alimenter le feu de la guitoune.

 

mercredi 10 février

Ecrit une lettre à la famille.

 

jeudi 11 février

Nous sommes relevés des tranchées et retournons à Dombasle.

 

vendredi 12 février

Temps un peu boubrossé.

 

samedi 13 février

Tourmente de neige le matin mais elle fond à mesure.

 

dimanche 14 février

Vent froid. Ecrit à la famille.

 

lundi 15 février

Ecrit à la famille et envoyé un billet de 5 francs. Retourné aux tranchées l'après-midi.

 

mardi 16 février

Reçu la lettre du 11 février. Attaque à notre droite et gauche.

 

mercredi 17 février

Ecrit à la famille. Nous sommes sur le qui vive depuis hier soir 3h. Nos canons ont bombardé la région sans discontinuer avec une intensité effroyable. Les canons ennemis ne répondent presque pas.

 

jeudi 18 février

La mitraille continue à notre droite et principalement à notre gauche.

 

vendredi 19 février

Hier soir temps clair, pluie vers 9h et le reste de la nuit clair à nouveau.

 

samedi 20 février

Nous quittons les tranchées à 2h du matin que nous occupons pour aller en occuper d'autres plus à droite et bien plus dangereuses à cause des balles. L'ennemi n'est en certains endroits qu'à 10 mètres environ de nos tranchées. Il lance des bombes, et à la cie il y a des blessés et un mort par balles ou bombes.

 

dimanche 21 février

Dans la nuit diverses alertes et fusillades. L’artillerie donne et puis calme. Rigal est blessé à la tête par une balle étant de faction. Il est pansé aussitôt et une heure après environ il est descendu des tranchées par les brancardiers. Le soir nous sommes relevés par le 3e et allons aux baraquements de Longléchamp non loin de Monzéville.

 

lundi 22 février

Dans le bois nous occupons les baraquements construits par le génie.

 

mardi 23 février

Je reçois un colis de la famille. Le soir nous allons cantonner à Esne.

 

mercredi 24 fev

Cantonnement à Esne.

 

jeudi 25 fev

Nous cantonnons à Esne.

 

vendredi 26 fev

L'après-midi vers 2h nous partons par alertes et allons occuper des tranchées de 2e ligne l'ennemi ayant détruit la tranchée que nous occupions en dernier lieu et ayant par suite aussi gagné d'autres tranchées. Nos troupes reprennent en partie le terrain perdu.

 

samedi 27 février

Nous avons passé la nuit à la belle étoile grelottants sans feu dans la tranchée. Fusillade intermittente, avant et à notre gauche.

 

dimanche 28 février

Nous faisons un peu de feu dans la tranchée le jour et la nuit et nous n'avons pas autant de froid que la nuit dernière. On vient nous relever dans l'après-midi et nous allons camper dans le bois non loin du poste du colonel. Pas d'abris ici. Quelques-uns s'en font un avec des toiles de tente - la plupart couchent à la belle étoile.

 

 

                             

MARS 15

 

 

lundi 1 mars

Malgré le froid je n'ai pas eu trop de froid la nuit et j'ai dormi au pied d'un arbre sur un matelas de branchages. Vive canonnade durant le jour et fusillade intense à la tombée de la nuit non loin de nous, sans résultat, effarement probable des sentinelles.

 

mardi 2 mars

Une partie de la cie est aux tranchées, l'autre qui reste campée dans le bois est employée à des corvées.

 

mercredi 3 mars

Une partie de la cie reste aux tranchées, l'autre va en construire d'autres - fusillade la nuit.

 

jeudi 4 mars

Dans la nuit au matin nous sommes relevés et allons cantonner à Esne.

 

vendredi 5 mars

Le soir vers 9 heures le sous-lieutenant Morel me dit à l'improviste que nous allons partir pour Dombasle lui étant nommé à la 11e cie, il m'emmène avec lui et nous partons aussitôt - en effet avec les voitures du convoi. Nous arrivons à Dombasle vers les 9 heures et je vais coucher avec la 1ére section de la 11e cie.

 

samedi 6 mars

Envoyé une carte au sergent Escarpit, une lettre à la famille et à M Burg. Pluvieux.

 

dimanche 7 mars

Nous partons le soir vers les 4h 1/2 pour les tranchées et par la boue plein les jambes nous arrivons dans l'obscurité complète et au sifflement des balles. Ecrit.

 

lundi 8 mars

Nous avons passé la nuit dans la tranchée sans abri et sans feu par une nuit froide et humide aux tranchées nouvellement construites par suite de notre recul récent. Nous nous mettons en train de construire une guitoune.

 

mardi 9 mars

Dans la guitoune à peu près creusée et couverte de toiles de tente nous avons dormi tant bien que mal, mais par une nuit glaciale et souffrant du froid.

 

 

mercredi 10 mars

Nous continuons l'achèvement de la guitoune.

 

jeudi 11 mars

II a neigé quelque peu la nuit, mais peu. Ecrit à la famille.

 

vendredi 12 mars

Fusillade des sentinelles presque continue toutes les nuits - nous allons camper dans le bois à la nuit.

 

samedi 13 mars

Rien à signaler. Dans le bois au poste du colonel où j'avais déjà campé avec le 2e cie nous ne trouvons guère de guitounes - toutefois je passe la nuit avec deux sergents sous des tôles ondulées fermées avec des toiles de tente.

 

dimanche 14 mars

Je façonne une canne pour le sous-lieutenant avec des ciselures.

 

lundi 15 mars

Je continue la canne mais je pars vers les 2 heures pour Esne afin d'aller préparer la chambre du s. lieutenant pour le cantonnement de repos.

 

mardi 16 mars

Je profite de mes loisirs pour laver pour le s. lieut. Morel. Je reçois aujourd'hui une montre nickel de la maison Sarda de Besançon. Ecrit à la famille.

 

mercredi 17 mars

Je reçois la facture Sarda du 12 mars, de la montre reçue hier de 12,50. Continue le lavage.

 

jeudi 18 mars

Le soir nous retournons aux tranchées.

 

vendredi 19 mars

Nous sommes à la tranchée de l'observatoire, le 1ere section en 1ere ligne, la 2e en seconde, la 3 et 4 au poste du commandement.

 

samedi 20 mars

Les nuits sont froides car notre brasero ne fonctionne guère n'ayant pas de charbon de bois pour l'allumer.

 

dimanche 21 mars

Hier soir on est venu installer le téléphone dans notre guitoune un peu petite déjà.

 

lundi 22 mars

Nous sommes relevés des tranchées et pars avant la cie vers 1h pour Dombasle afin de préparer la chambre du s lieut. Morel.

 

mardi 23 mars

La cie arrive vers les 2 heures du matin au cantonnement. L'après-midi nous allons à Récécourt pour nous changer de capote et de képi.

 

mercredi 24 mars

Dans notre nouvelle tenue réséda nous semblons des nouvelles recrues.

 

jeudi 25 mars

Malgré le temps un peu pluvieux je m'occupe du nettoyage des effets pour le s. lieut. et moi.

 

vendredi 26 mars

Beau jour nous repartons de Dombasle vers 9 h du soir pour les tranchées les mêmes que nous occupions les 4 derniers jours, tranchées de l'observatoire. Hier j'ai versé 12,50 au vaguemestre pour un mandat à recevoir pour le paiement de la montre Sarda.

 

samedi 27 mars

Par un beau soleil mais attiédi par un vent qq. peu froid je continue la canne du s. lieut. .

 

dimanche 28 mars

Nous ne sommes pas la 1ere section le lieut. et moi dans les tranchées.

 

lundi 29 mars

Je continue la canne du s lieutenant et achève le serpent en relief.

 

 

mardi 30 mars

La cie est relevée le soir . Je la devance et pars vers 3 heures pour Dombasle alors que l'ennemi avait déjà commencé d'envoyer des bombes dans nos tranchées, notre artillerie répondait par des obus. Nous avons la pluie d'Esne jusqu'à Dombasle où, j 'arrive à la nuit.

 

mercredi 31 mars

Il a un peu neigé la nuit mais la neige fond dès le matin, et le soir il est clair. Le vaguemestre me donne le mandat de 12 .50 pour la maison Sarda.

 

 

AVRIL 15

 

jeudi 1 avril

Je profite du beau temps pour laver. Acheté divers, couteau 1,9f, savon, cartes, lettres.

 

vendredi 2 avril

Envoyé à la maison Sarda à Besançon le mandat de 12,50 montant de la montre. Ecrit à Henri et à la famille. Reçu une lettre de Marie Vayre Laboire de Brive.

 

samedi 3 avril

Ecrit à la famille et à Marie Laboire. Pluie.

 

dimanche 4 avril

Pâques. Bon nombre de soldats et d'officiers à la messe et à la communion. Ecrit à la famille et envoyé un bt de 5 frs. Ecrit à M Burg au sujet de l'allocation. Pluie.

 

lundi 5 avril

Pluie. Nous retournons à la tranchée de l'observatoire (la Courtine) et partons vers 5h sans trop de pluie.

 

mardi 6 avril

A cause de la pluie des jours précédents, la tranchée est dans un très mauvais état. Les guitounes presque toutes effondrées.

 

mercredi 7 avril

Il pleut encore la nuit et dans la guitoune où nous sommes six avec le s.lieut et moi. Le jour il ne pleut guère et grâce à notre brasero, nous séchons nos habits mouillés et notre guitoune sèche aussi. Calme relatif sur la ligne - mais lundi soir au moment ou nous venions aux tranchées ainsi que hier soir, vive canonnade du coté de Vauquois. Ecrit à la famille.

 

 

jeudi 8 avril

Toujours qq ondées intermittentes.

 

vendredi 9 avril

A 7 h au matin on fait sauter un petit poste ennemi à notre gauche un moment après 10 minutes ou 1/4 d'heure, l'ennemi fait sauter un des nôtres. Immense nuée de poussière et de terre qui vient tomber jusqu'à dans notre tranchée. Ensuite nos canons tirent dans les tranchées ennemies en face de nous.

Les canons allemands répondent ensuite et tombent non loin de notre tranchée et en réserve de la cie. Un tué et quelques blessés. Je pars l'après-midi pour Dombasle où nous revenons cantonner. Le soir le bombardement des tranchées continue.

 

samedi 10 avril

Toujours qq ondées intermittentes.

 

dimanche 11 avril

Encore un peu de pluie.

 

lundi 12 avril

Avec un temps 1/2 couvert je lave.

 

mardi 13 avril

Temps beau. Nous retournons le soir aux tranchées. Passant par Concourt nous n'avons pas de boue.

 

 

Mercredi 14 avril

Très beau. Quelques obus sont envoyés de part et d'autre. Ecrit une carte à Ch Roques à Rodez 124e, 13 cie.

 

jeudi 15 avril        le temps est

vendredi 16           beau durant

Samedi 17              ces jours.

Dimanche 18          Je suis en réserve.

 

lundi 19 avril

Nous retournons au cantonnement de Dombasle et pars dès l'après-midi.

 

mardi 20 avril

Beau temps

 

mercredi 21 avril

Beau temps.

 

jeudi 22 avril

J’ai reçu le 20 un colis de ma cousine Marie de Brive. Par nomination en date de 20 avril je suis soldat de 1 classe. Ecrit à la maison Dollé au sujet de la traite qu'elle a l'intention de mettre en circulation pour fin avril.

 

vendredi 23 avril

Je donne à M Allongue une lettre au ministre de l'intérieur au sujet de l'allocation, qui lui, l’enverra au lieutenant-député Becanoski. Celui-ci la transmettra au ministre.

Le soir nous retournons aux tranchées.

 

 

samedi 24 avril

Pluie fine mais peu abondante.

 

 

dimanche 25 avril

Ecrit à la famille

 

 

lundi 26 avril

Ecrit un mot à la famille. Le canon tonne mais pas sur nous.

Orage avec qq peu de pluie le soir.

 

mardi 27 avril et mercredi 28 avril

Le temps est beau et tout est à peu près calme dans nos tranchées

 

jeudi 29 avril

Reçu la carte de ma cousine Marie m'annonçant le colis déjà reçu le 20 avril. Le soir nous retournons au cantonnement de Dombasle.

 

vendredi 30 avril

Temps toujours beau.

 

 

MAI 15

 

                                  

samedi 1 mai

Trois avions ennemis viennent lancer une dizaine de bombes sur Dombasle et occasionnent qq victimes et un incendie.

 

dimanche 2 mai

Temps pluvieux. Messe réconfortante. Ecrit à ma cousine Marie de Brive.

 

lundi 3 mai

J'envoie un billet à la famille de 5frs. Ecrit à M Burg.

 

mardi 4 mai

Orage l'après-midi. Je finis la canne du s. lieut Morel.

 

 

mercredi 5 mai

Ecrit à la famille et envoyé un billet de 5 frs.

 Nous retournons le soir aux tranchees. Payé pour le s. lieut 5,50 pour réparations de souliers. Nous partons vers 5h 1/2 et arrivés à Esne nous avons l'ordre de retourner à Dombasle. Les 17 kilom de marche par temps d'orage nous sont très fatigants.

 

jeudi 6 mai

Vers minuit 1/2 nous pouvons reposer. Nouvel orage avant le départ.

Nous partons à 6 heures du soir pour les tranchées . Nous occupons une tranchée plus à droite que les précédentes, non loin d 'Ancourt.

 

 

vendredi 7 mai

L'artillerie allemande tire sur une de nos batteries.

 

samedi 8 mai

 

Rien à signaler. Puisse l’intercession de Jeanne d'Arc invoquée généralement dans toute la France, pour obtenir la fin prochaine de la guerre.

 

dimanche 9 mai

Temps toujours beau.

 

lundi 10 mai

Ecrit à M Denoit à viviez. Le soir à la nuit le canon-revolver ennemi bombarde une tranchée à notre droite.

 

mardi 11 mai

Le soir nous sommes relevés et allons au bois de Lambéchamp.

 

mercredi 12 mai

Nous arrivons au bois vers le 2h 1/2 du matin.

 

jeudi 13 mai

Aujourd'hui jour de l 'Ascension deux messes sont célébrées sous un grand arbre avec sermon et cantiques.

 

vendredi 14 mai

Pluie la nuit rafraîchit la température.

 

samedi 15 mai

Nous quittons le bois le soir pour aller en réserve.

 

dimanche 16 mai

Beau temps, journée agréable dans le bois.

 

lundi 17 mai

L'après-midi orage avec pluie. Nous quittons les bois pour retourner aux mêmes tranchées que la dernière fois. Les boyaux et les tranchées sont pleins de boue.

 

mardi 18 mai

Guère de soleil. L'ennemi vers midi bombarde Hancourt.

 

mercredi 19 mai

qq brumes et pas de soleil. Journée calme.

 

jeudi 20 mai

Temps toujours couvert. Reçu deux lettres de la famille le matin, vers le soir et une de Marie Laborie. Ecrit à la famille et à Alfred Vayre 322e - 23 cie S.P. 138.

Reçue le soir la photographie de la famille.

 

vendredi 21 mai

Je travaille ces jours-ci à la nouvelle canne.

 

samedi 22 mai

L'ennemi bombarde un peu à notre gauche - le poste du ct.

 

dimanche 23 mai

Notre artillerie bombarde au devant de nous à gauche. Nous quittons le soir les tranchées pour aller au repos à Lambéchamp.

 

lundi 24 mai

Je reçois aujourd'hui 3 lettres de la famille du 18, 20 et 21.

J'écris à la famille. L'Italie est en guerre à partir d'aujourd'hui.

 

mardi 25 mai

Beau.

 

mercredi 26 mai

Reçu le colis de la famille. Ecrit.

 

 

jeudi 27 mai

Le soir nous revenons au bois en réserve. Reçu une lettre de ma cousine Sr Zacharie de St Anne.

 

vendredi 28 mai

Travaillé à la nouvelle canne.

 

samedi 29 mai

Nous retournons le soir aux même tranchées que précédemment.

 

dimanche 30 mai

Ecrit à la famille et envoyé une pièce dans une carte liège.

 

lundi 31 mai

Reçu une lettre de la famille et de M Burg. Ecrit à la famille et à ma cousine Sr M Zacharie de St Anne asile départemental d’Alençon.

                              

 

JUIN 15

mardi 1 juin

Il souffle ces jours-ci une brise froide qui nous rappelle les jours de mars. Reçu une lettre de la famille d'Alf Vayre et une carte d'Henri L. Ecrit à la famille et à Henri. Le soir les tranchées à notre droite sont bombardées.

 

mercredi 2 juin

Ecrit à la famille et reçu une lettre.

 

jeudi 3 juin

Une escadrille d'avions français passe sur nos lignes malgré le bombardement de l'ennemi et se dirigent vers le nord. Il y en a bien une quinzaine environ.

Ecrit à la famille.

 

 

vendredi 4 juin

4 ou 5 avions ennemis passent sur nos lignes et vont semble-t-il sur Dombasle. Le soir nous quittons les tranchées et retournons à Lambéchamp.

 

samedi 5 juin

Reçu une lettre et un colis de la famille. Ecrit.

Le soir à 7 h un avion ennemi survole le bois et soit sur nous soit sur une batterie proche, l'ennemi bombarde et les obus tombent dans le bois.

 

dimanche 6 juin

L'ennemi tirait hier sur la batterie. Le matin les avions planent et un des nôtres abat un ennemi avec qq coups de mitrailleuse.

 

lundi 7 juin

Le soir nous recevons l'ordre de nous tenir prêts à partir au premier moment, mais vers 10 1/2 nous ne devons partir que demain à 3 h.

 

mardi 8 juin

Nous préparons notre départ. Nous quittons Lambéchamp à 4h - allons à Dombasle et là des camions automobiles nous emportent jusqu'à Ste Menehould où nous reposons sur une bonne couche de paille.

 

mercredi 9 juin

Ste Menehould est une assez belle ville, nous quittons notre cantonnement à 11 h du  soir et la ville vers minuit - un camion automobile avait porté la plupart de nos sacs .

 

jeudi 10 juin

Vers 3h du matin nous arrivons au cantonnement de Mafrécourt petit bourg composé de quelques grandes fermes.

 

vendredi 11 juin

Ici nous ne serions pas trop mal, assez loin de l'ennemi, mais nous repartons dans la nuit vers 11h du soir.

 

samedi 12 juin

Au petit jour nous arrivons à Vienne le Château.

Nous cantonnons dans un abri construit sur le flanc d'un petit ravin.

 

dimanche 13 juin

Nous avons eu la messe avec procession du Sacré Cœur.

 

lundi 14 juin

Duel d'artillerie très vif chaque jour.

 

 

 

 

Elie ALBANHAC est tué le lendemain, le 15 juin

bois de la Gruerie (Marne)

 

 

 

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