Notes et Souvenirs de Julien BOURE

Du 315e, puis 103e Régiment d’Infanterie

 

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L’histoire de la Flèche, c’est d’abord l’histoire des Fléchois.

Il y a trois quarts de siècle, nombre d’entre eux, loin de la terre natale, ont connu l’épreuve d’une guerre qui les a marqués pour toujours. Jean Edon, qui a la chance de posséder les notes manuscrites et divers documents rassemblés par un Fléchois, Julien Bouré, nous livre ici ses souvenirs de « l’enfer de Verdun ».

 

         Julien Bouré est né le 24 Novembre 1892 à la Flèche. Ses affectations successives pendant la guerre de 1914-1918 :

  • 21 novembre 1914 : 115e régiment d’infanterie de Mamers.
  • Envoyé au front le 15 septembre 1915 et versé au 315e d’infanterie.
  • Blessé le 3 novembre 1916 à Douaumont.
  • Muté le 1er février 1917 au 103e d’infanterie.
  • Blessé à nouveau le 23 mai 1918 en Belgique au mont Kemmel.
  • Libéré le 23 avril 1919.

 

Merci à Eric pour le carnet et à Patrick pour la recopie

 

 

 

 

 

 

         « ….Octobre 1916… A partir de Bar-le-Duc, que nous avons gagné en chemin de fer, nous prenons la route de Verdun, appelée la voie Sacrée, dans des camions Renault à bandage pleins qui se suivent tous les dix mètres environ.

         Nous sommes entassés à vingt par véhicule avec notre fourniment. Tout camion qui tombe en panne est immédiatement poussé dans le fossé de façon à ne pas  interrompre la chaîne sans fin. Ses passagers montent alors dans les camions suivants  où la place devient plus exiguë.

         De nombreux Indochinois et des territoriaux sont chargés de l’entretien de la route. Ils vont chercher dans les champs et les carrières des pierres qu’ils  transportent dans des paniers accrochés aux extrémités d’un balancier posé sur l’épaule. Ils versent les pierres sur la route sous les bandages des camions qui  les écrasent.

 

         Après plusieurs heures de route, nous descendons un peu avant Souilly, puis, en colonne par quatre, drapeau et musique en tête, nous défilons devant la mairie de cette ville où, sur le perron auquel on accède par un double escalier, se tient le général Pétain entouré de Mangin et de Nivelle. Seul Pétain salue.

 

         Lorsque nous arrivons dans Verdun, nous sommes surpris de voir dans de nombreuses maisons abandonnées des pièces d’artillerie dont nous ignorons le calibre.

         Nous rentrons dans la citadelle par une grande porte en fer qui ne peut plus se refermer, car le pilier droit faisant plus d’1m2 de surface de base a été ébranlé par l’impact proche d’un obus de 210 ou 380.

         Je suis désigné avec deux autres, en tant que mitrailleurs, pour mettre en batterie une pièce d’artillerie légère sur une tour carrée de la cathédrale contre les avions qui, sans arrêt, viennent survoler le secteur. Sur l’autre tour, un  clairon sonne l’alerte lorsqu’un aéroplane allemand est en vue.

         Dans des vitrines brisées de l’évêché tout proche, des objets de valeur (surtout des livres et des pierres) sont toujours exposés. Apparemment cela n’intéresse personne.

 

         Non loin de là, une grosse pièce de marine montée sur un train blindé se met à tirer. Je m’en approche dans l’intention de la photographier avec un Zeiss Iéna 6x9 à bobine pris sur un officier allemand tué lors de l’attaque du 25 septembre  1915.

 

         Le départ d’un coup me jette à terre et déclenche l’obturateur de l’appareil.

         On peut suivre à l’œil nu la trajectoire de chaque obus de 400, dont un semblable défoncera le 23 octobre 1916 la voûte du fort de Douaumont. Après chaque coup, la pièce, qui porte en lettres peintes le nom « Bretagne », doit être réglée de nouveau, ce qui demande plusieurs minutes : 40 obus furent tirés de 10 à 14h. L’un d’eux dut frapper un dépôt de munitions, car nous vîmes au point d’impact une énorme lueur rougeâtre. J’ai pris plusieurs photos de cette pièce sur son train blindé.

               

 

         Ce jour-là, je vois des artilleurs rentrer avec une voiture à bras dans une maison abandonnée et charger le ravitaillement qu’ils y trouvent : confitures, conserves, bouteilles de vin et surtout des dragées. « Surtout que ce soit nous qui le mangions plutôt que les rats », déclarent-ils, « cela sera mieux dans notre estomac que sous les décombres ».

 

 

         La garde terminée, nous rentrons dans la citadelle où nous sommes protégés par des voûtes de béton très épaisses. Nous couchons sur de la paille réduite en poussière où la vermine (poux, « totos » gros comme des grains de mil) abonde et nous empêche de dormir. A force de nous gratter, nous ressemblons très vite à des homards cuits.

 

         Ne pouvant dormir, je me promène dan les couloirs du fort : partout des petites casemates éclairées à l’électricité ou avec des lampes à pétrole. Je vois des femmes habillées en infirmières ou en conductrices d’ambulances, portant la capote et le casque, rentrer avec des officiers dans leur casemate personnelle.

Ces gradés ont aussi des cyclistes attachés à leur service, qui font 10 à 20 km par jour pour aller chercher ce qu’ils ont besoin.

 

         Pendant notre attente, nous apprenons deux nouvelles. Notre colonel a été tué le 23 sur les côtes de Belleville en allant reconnaître le secteur. Le fort de Douaumont a été repris le 24 vers 12h par les troupes coloniales, surtout des Noirs, sous les ordres de Mangin.

         Nous touchons un second bidon de deux litres devin ou de café avec trois jours de vivres de réserve. Cela sent l’attaque imminente.

 

         Nous quittons la citadelle de Verdun dans la soirée du 25 octobre 1916, chargés comme des bêtes, 40kgs environ sur le dos, avec fusil, cartouches, grenades et vivres pour trois jours, plus une couverture et une toile de tente. Nous passons par le « Faubourg Pavé ». Personne n’a envie de plaisanter quand nous voyons sur des planches arrachées à des portes ou à des volets, écrits en lettres de sang, l’inscription « chemin de l’abattoir », car nous savons que pour être relevé du  front dans ce secteur, il faut 80% de pertes.

         En chemin nous croisons de pauvres Noirs revenant de l’attaque du 24.

Beaucoup n’ont pour seule arme qu’un coupe-coupe, car, ils ne savent pas se servir d’un fusil. Ce sont des Africains que l’on a tirés de leur brousse et qu’il faut utiliser avant l’hiver. La plupart ne parlent pas français. On raconte qu’ils ont pour consigne de ne pas faire de prisonniers, qu’ils n’en font pas et que certains ont même dans leur musette une tête tranchée.

 

 

         Nous laissons sur notre droite la fameuse chapelle Sainte-Fine peu avant d’atteindre les ruines du village de Fleury, qui, pris et repris une quinzaine de fois, n’est plus qu’un tas de décombres accumulés sur notre gauche. Lorsque la nuit tombe, un ordre circule : « Défense de fumer, défense d’allumer une lampe électrique, silence complet », car les saucisses allemandes nous observent.

Bientôt des fusées éclairantes allemandes de toutes les couleurs illuminent le ciel en redescendant en parachute. De temps en temps, un fusant de 105 ou 77 éclate sur le semblant de piste que nous devons emprunter.

        Partout des trous d’obus pleins d’eau avec des cadavres qui pourrissent et empestent l’air.

Très souvent il faut se coucher à plat ventre, la face dans la terre gluante pour ne pas être fauché par les mitrailleuses ennemies qui balayent de temps en temps la plaine. Nos vêtements, nos chaussures, nos mains, imprégnés de boue, sentent la charogne. Nous progressons péniblement de quelques centaines de mètres seulement en une heure en risquant de nous enliser à chaque pas. Certains perdent leurs godillots qu’ils ne peuvent décoller de la terre gluante. Ils doivent continuer pieds nus au risque de se blesser au contact de débris d’obus et des barbelés.

 

 

Le narrateur, debout au centre au dernier rang, pose devant l’objectif dans une église près de Verdun. Il a lui-même écrit au dos de la photographie :

« Tous tués au Chemin des Dames et en Belgique à l’attaque du mont Kemmel et des Cats ».

 

 

 

Tout à coup nous sommes pris sous l’éclairage aveuglant de fusées au magnésium et à parachute. Il fait clair comme en plein jour et tout le monde se couche dans la boue. En même temps, nous parvienne des hurlements : je ne veux pas mourir, les boches vont nous tuer.

Il faut fuir. La position n’est pas tenable .[1]

 

Les cris attirent l’attention des allemands qui redoublent l’éclairage et envoient Des fusées rouges pour demander l’artillerie. Bientôt un tir de barrage de 105 et de 77 s’abat sur nous. Il y a très vite des morts et des blessés. Sur ce terrain lunaire et détrempé, c’est la panique et la débandade. Nous avons perdu nos officiers et nos guides. Nous marchons à l’aveuglette vers un monticule que nous supposons être le fort. Nous essayons de nous repérer sur la couleur et l’origine des fusées.

 

         En fait nous traversons sans le vouloir les fossés du fort aux trois quarts comblés. Heureusement, je butte sur un cadavre et une fusée éclairante me montre qu’il s’agit d’un allemand qui tient encore la hampe d’un drapeau. Sans cet incident providentiel, je crois que notre groupe de cinq hommes se serait retrouvé prisonnier dans les lignes ennemies. Avant de rectifier notre route, je prends le temps de récupérer le drapeau en le séparant de la hampe et je le glisse entre ma veste et ma capote.[2]

         Après quelques tâtonnements, nous trouvons enfin un trou dans la terre qui donne dans un couloir.

Nous sautons et nous nous retrouvons dans le fort.

Ce drapeau allemand a flotté sur le fort de Douaumont du 26 février 1916, date de sa prise par le 24e régiment brandebourgeois commandé par le lieutenant Kurt von Brandis, jusqu’au 24 octobre 1916, date de la contre-attaque victorieuse des coloniaux du commandant Nicolay.

 

         Il s’agit maintenant de retrouver notre régiment.

Dans le fort, nous trouvons sur notre chemin des blessés, des morts, des malades ayant participé à l’attaque du 24.

Je suis surpris de la propreté relative des lieux. Partout dans les couloirs des fils électriques courent le long des murs avec de place en place une ampoule électrique doublée par une lanterne au pétrole allumée.

Nous retrouvons enfin notre adjudant, qui à moitié saoul, nous engueule parce que nous avions perdu notre chemin. Il ordonne le démontage et le nettoyage des armes. L’une d’elles est incomplète : celui qui portait la pièce manquante a été tué avant d’arriver au fort. En tant qu’armurier, je suis chargé d’aller chercher cette pièce à  l’armurerie de Verdun.

 

         Je suis chargé en même temps par le commandant de passer aux cuisines :

« Voilà un bidon de deux litres, tu me le rapportera plein de pinard et du bon ! Tu demanderas aussi au chef cuistot une musette de ravitaillement ».

         Je me mêle à la file des brancardiers qui serpente sur plus de cent mètres. Des prisonniers allemands avec un brassard de la Croix-Rouge transportent leurs camarades blessés. En cours de route, nous sommes bombardés. Plusieurs brancardiers sont tués et les blessés doivent être abandonnés sur place.

         Enfin, au petit jour, nous arrivons route de Fleury où nous prenons la direction  de la chapelle Saint-Fine. Là des petits camions prennent en charge les blessés et les emmènent à Verdun ou ailleurs.

Je traverse les décombres de Fleury.[3]

         La chapelle Saint-Fine est presque intacte extérieurement. Au-dessus de la porte d’entrée, toujours ouverte, flotte un grand drapeau de la Croix-Rouge. Les bancs et les chaises ont été remplacés par des caisses de grenades ou de fusées que l’on cherche à protéger de la pluie. A terre des blessés attendent les ambulances tandis que des soldats viennent se ravitailler en eau à des robinets scellés le long du mur.

 

         A Verdun, je me procure à l’armurerie un support de mitrailleuse « Saint-Étienne ». Je passe aux cuisines où l’on me met pour l’adjudant deux bidons de pinard plus une musette contenant un fromage, une boule, une bouteille de bordeaux rouge.

Avec cette charge de 25kg, je refais en sens inverse le même chemin. Un tir de barrage qui tombe sur la piste me fait trébucher. Je tombe et la bouteille se casse.

         A l’arrivée, cela me vaut une belle engueulade de l’adjudant. J’écope de huit jours de corvée de soupe, c'est-à-dire que, pendant une semaine, je dois aller avec un caporal et quatre hommes chercher le ravitaillement à 4km de là.

 

Lors de ces déplacements, les rencontres sont souvent tragiques. Je me souviens par exemple de ce jeune Allemand aux jambes garrottées par du fil téléphonique avec  des pansements pleins de sang, dont les brancardiers tués par un tir de mitrailleuse.

Le sixième jour, notre position fut violement « marmitée » par des obus de 150 et de 210.

 

Je suggère alors au caporal de changer de position en profitant de la fumée. Il refuse. Sachant par expérience que deux obus tombent rarement de suite dans le même trou, je saute dans un entonnoir qui vient d’être creusé. Quelques minutes plus tard, un nouvel obus tombait à l’endroit où était resté le caporal et ses hommes. Je sentis la chaleur et le souffle de l’obus qui venait de tout pulvériser, de tout volatiliser.

L’instant d’après, mon épaule est en sang. Un éclat d’obus, traversant le cuir de mon harnachement, ma capote, ma veste et ma chemise, s’est enfoncé dans les chairs et a paralysé tout un coté du corps. Je suis bloqué dans mon trou, je ne puis rien faire si ce n’est mettre un pansement individuel pour essayer d’arrêter le sang.

         Toute la journée, je reste les pieds dans l’eau ; bientôt, je ne les sens plus, Ils sont comme gelés.

La nuit venue, je parviens à faire les cinquante mètres qui me séparent du fort. Un infirmier retire de ma blessure, avec une pince chirurgicale et sans anesthésie, un éclat d’obus gros comme un œuf de pigeon. La plaie est lavée à l’eau oxygénée mise dans des bouteilles d’eau de Seltz comme celles des cafés.

Je reçois un gros pansement et une fiche est accrochée à mon vêtement :

« Evacuation immédiate par ses propres moyens ».

 

         Impossible de se laver, il n’y a pas d’eau. Des odeurs suffocantes d’urine et de sang coagulé se mélangent. Tout ce que l’on touche pue, surtout le pain dans les musettes. Une seule nourriture acceptable : les conserves de viande que l’on trouve dans les sacs des morts et des blessés et que l’on ouvre après avoir essuyé sommairement le couvercle avec son mouchoir ou sa chemise.

Il n’est pas étonnant dans ces conditions que nous ayons tous la dysenterie. Il n’y a pas de cabinets.

L’urine et les déjections sont recueillies dans des récipients divers qui sont vidés chaque soir dans les trous d’obus situés à vingt ou trente mètres. Le vent apporte dans les couloirs des bouffées d’odeur de pourriture qui donnent la nausée.

         Pour réchauffer mes pieds qui sont toujours glacés, je cherche en vain dans des musettes abandonnées une paire de chaussettes. Un autre blessé me déchausse, me frotte les pieds et les enveloppes dans des bandes molletières récupérées sur un mort. Malgré la fièvre, je réussis à dormir, calé sur des sacs remplis de terre servant à faire des chicanes.

 

         Le lendemain, je me rends à l’infirmerie en passant par des couloirs encombrés  de blessés. Les voûtes ont été renforcées par les Allemands et on voit toujours sur des planchettes fixées au mur des inscriptions en langue allemande. Je suis les flèches avec l’inscription « Lazaret », car les Français utilisent les  installations de leurs prédécesseurs. L’infirmerie est installée dans une grande salle voûtée où sont entassés, superposés par deux, plus de 200 lits en bois ; un gros treillage tient lieu de sommier.

La saleté est repoussante. Les draps et les couvertures sont souillés de sang et d’excréments. Il faut ajouter à cela une forte odeur d’éther et les plaintes, appels et gémissements des blessés.

Des  soldats allemands et français nettoient tant bien que mal le sol. Un infirmier allemand me soigne et me raconte ce qu’il a vécu lors de la contre-attaque de nos troupes :

 

         « Un obus de gros calibre a défoncé le 23 octobre la voûte de l’infirmerie, tuant une cinquantaine de blessés. D’autres tombèrent dans une casemate contenant des munitions qui explosèrent en faisant de nombreuses victimes. Bientôt nous fûmes privés de lumière tandis que les éclairages de fortune s’éteignaient faute d’air, provoquant une panique générale. Le commandant du fort fit alors évacuer les grands blessés dans la nuit du 23 au 24. Les morts furent rassemblés dans un abri que l’on mura.

Le 24 à l’aube, le commandant profita d’un brouillard épais pour faire Evacuer l’essentiel de la garnison en ne laissant sur place que quelques troupes Sacrifiées

         Nous avons été très surpris lorsque nous avons vu vos soldats arriver dans un brouillard si épais que l’on ne voyait presque rien. Vos pertes ont dû être très légères tant l’effet de surprise fut grand. Les troupes qui avaient mené l’attaque étaient des Noirs encadrés par des coloniaux, mais elles ne sont pas rentrées dans le fort où, avec nos blessés, étaient resté un capitaine, deux majors, des infirmiers et deux aumôniers, un catholique et un protestant. Ces troupes   contournèrent le fort pour prendre la direction de Vaux et Damloup ».

 

         Dans le fort il y a une chapelle avec un autel mal éclairé par des lampes électriques et des cierges.

La Sainte Table est recouverte par une nappe blanche. Des moribonds se font transporter jusqu’à sa porte qui reste grande ouverte. Là, l’aumônier reçoit leurs dernières volontés qu’il inscrit sur un calepin avec le nom et l’adresse pour prévenir la famille.

La communion leur est donnée non avec une hostie car il n’y en a plus, mais avec un morceau de pain. La messe du matin  est célébrée conjointement par les aumôniers français et allemand avec la présence  de militaires de chaque camp.

         Je reste pendant trois jours dans le fort. Les boites de « singe » ou de pâté allemand ne manquent pas, par contre, l’eau se fait rare. En errant dans les couloirs, je découvre la centrale électrique où un moteur à essence entraîne une dynamo qui charge des accus. Je rencontre aussi un chat qui appartenait sans doute à des officiers allemands et qui cherche ses maîtres en miaulant.

 

         Au matin du troisième jour, je me décide à regagner Verdun et je me joins à un convoi de brancardiers. Parmi les cadavres au bord de la route, je remarque quatre corps avec des capotes propres et des musettes garnies, certainement des permissionnaires qui regagnaient le front. Sur l’un des paquetages, je trouve et je prends une paire de chaussettes très épaisses que je chausse immédiatement.

         Arrivé à Verdun, je suis évacué par camion sur l’ambulance ¼ à Regrets puis sur l’ambulance 5/11 à Soumesmes. Je souffre davantage des pieds que de l’épaule.

Je séjourne ensuite pendant quinze jours à l’hôpital n°26 de Baccarat.

 

Le 28 décembre, je bénéficie de trente jours de convalescence que je passe chez mes parents. Mais comme la plaie à l’épaule n’est pas guérie, je suis envoyé à l’hôpital du Mans où je reste encore un mois.

 

         J’apprends que mon frère a été porté disparu au Chemin des Dames. Un ordre arrive : tous les blessés pouvant marcher et travailler doivent regagner le front. Sans être guéri, j’y retourne donc. Je ne peux porter aucun équipement car ma plaie est toujours à vif, et pendant un mois je fais les corvées de soupe dans les cuisines alimentant les tranchées.

 

         En mars 1917, je suis muté du 315e régiment d’infanterie au 103e d’infanterie, 16e compagnie, 3e section, 5e escouade. Exempté du port du sac, je fais des patrouilles et pose des barbelés jusqu’au 7 juin 1917, date à laquelle je suis versé comme armurier à la 2e compagnie de mitrailleurs du 103e.

 

         En mai 1918, au mont Kemmel en Belgique, je suis blessé à nouveau, cette fois-ci à la main gauche. Je suis évacué sur l’hôpital d’Alençon où je reçois la visite de deux gendarmes, car une erreur de fiche m’avait fait porté déserteur.

         Je termine la guerre à Orléans avec les tankistes…

 

 

 

 

 

Il a exercé la profession de mécanicien-garagiste route du Mans à la Flèche.

Décédé le 6 février 1984.

 

 

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EXTRAIT de L’HISTORIQUE du 315e RI , 1916

 

« Mais le repos est de courte durée ; là bataille fait rage à VERDUN ; presque tous les régiments sont appelés à passer dans la fournaise;' dès-le 20 août, le 315e est enlevé en camions automobiles, il arrive le soir même à la citadelle de VERDUN. Dès le lendemain, il occupe un secteur.

Le 4 septembre, le Régiment est en première ligne dans le secteur de THIAUMONT. Le 5 au soir il se lance à, l'attaque (6e Bataillon et une partie du 5°) ; la lutte se poursuit à la grenade ; l'ennemi se défend avec acharnement, les mitrailleuses couchant des rangs entiers ; les assaillants doivent s'arrêter, ils se lancent de nouveau en avant les 8 et 9 septembre, mais un infernal bombardement empêche la progression.

Le 315, très affaibli, est renvoyé à l'arrière le 21 septembre. Mais la bataille de VERDUN n'est pas finie et nous voyons ' le Régiment y revenir le 23 octobre dans la région de

DOUAUMONT, où il est salué par un violent bombardement. Le Colonel " DEVAUX est tué en ramenant le Régiment à VERDUN ; ce sont alors l'occupation du quartier de la COULEUVRE et du bois ALBIN, les travaux en vue d'une offensive vers la côte du Poivre.

Le 315e quitte enfin «l'enfer» de VERDUN, et s'embarque à BALAICOURT pour prendre un peu de repos près de SAINT-DIZIER.

 

 

 

 

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[1]

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Nous apprenons plus tard que la voix était celle d’un lieutenant-colonel, Qui, pour abandon de poste en présence de l’ennemi, comparut plus tard en conseil De guerre mais fut acquitté (note de J. Edom).

 

[2] Monsieur Bouré le proposa en 1920 à l’Hôtel des Invalides, qui lui fit les reproches de ne pas l’avoir remis à ses supérieurs et de ne pas l’avoir recueilli intact. Devant ce manque d’enthousiasme, Monsieur Bouré n’insista pas. A trois Reprises, en 1957, 1967 et 1970, il proposa alors à l’ambassade d’Allemagne Fédérale un échange : le drapeau contre des photographies extraites d’un film d’actualités tourné à La Flèche par les Allemands lors des festivités organisées pour le départ du 615e régiment d’artillerie pour le front de l’Est, le 20 mai 1941. Cette proposition n’ayant pas été acceptée, Monsieur Bouré, déçu, brûla le drapeau en 1974 (note J. Edom).

 

[3] A cet endroit du récit, Julien Bouré affirme avoir été témoin, dans les ruines Du village, de scènes de cannibalisme de la part de territoriaux d’origine africains.

Nous n’avons pas jugé bon de les reproduire, car nous nous demandons si le chroniqueur n’a pas laissé galoper un peu trop vite son imagination (note J. Edom)