L’histoire
de la Flèche, c’est d’abord l’histoire des Fléchois.
Il
y a trois quarts de siècle, nombre d’entre eux, loin de la terre natale, ont
connu l’épreuve d’une guerre qui les a marqués pour toujours. Jean Edon, qui a
la chance de posséder les notes manuscrites et divers documents rassemblés par
un Fléchois, Julien Bouré, nous livre ici ses souvenirs de « l’enfer de
Verdun ».
Julien Bouré est né le 24 Novembre
1892 à la Flèche. Ses affectations successives pendant la guerre de
1914-1918 :
Merci à Eric pour le carnet et à Patrick pour la recopie
![]()
« ….Octobre 1916… A partir de Bar-le-Duc, que
nous avons gagné en chemin de fer, nous prenons la route de Verdun, appelée la
voie Sacrée, dans des camions Renault à bandage pleins qui se suivent tous les
dix mètres environ.
Nous sommes
entassés à vingt par véhicule avec notre fourniment. Tout camion qui tombe en
panne est immédiatement poussé dans le fossé de façon à ne pas interrompre la chaîne sans fin. Ses passagers
montent alors dans les camions suivants
où la place devient plus exiguë.
De nombreux
Indochinois et des territoriaux sont chargés de l’entretien de
Après plusieurs
heures de route, nous descendons un peu avant Souilly, puis, en colonne par
quatre, drapeau et musique en tête, nous défilons devant la mairie de cette
ville où, sur le perron auquel on accède par un double escalier, se tient le
général Pétain entouré de Mangin et de Nivelle. Seul Pétain salue.
Lorsque nous
arrivons dans Verdun, nous sommes surpris de voir dans de nombreuses maisons
abandonnées des pièces d’artillerie dont nous ignorons le calibre.
Nous rentrons dans
la citadelle par une grande porte en fer qui ne peut plus se refermer, car le
pilier droit faisant plus d’1m2 de surface de base a été ébranlé par l’impact
proche d’un obus de 210 ou 380.
Je suis désigné
avec deux autres, en tant que mitrailleurs, pour mettre en batterie une pièce
d’artillerie légère sur une tour carrée de la cathédrale contre les avions qui,
sans arrêt, viennent survoler le secteur. Sur l’autre tour, un clairon sonne l’alerte lorsqu’un aéroplane
allemand est en vue.
Dans des vitrines
brisées de l’évêché tout proche, des objets de valeur (surtout des livres et
des pierres) sont toujours exposés. Apparemment cela n’intéresse personne.
Non loin de là, une
grosse pièce de marine montée sur un train blindé se met à tirer. Je m’en
approche dans l’intention de la photographier avec un Zeiss Iéna 6x9 à bobine
pris sur un officier allemand tué lors de l’attaque du 25 septembre 1915.
Le départ d’un
coup me jette à terre et déclenche l’obturateur de l’appareil.
On peut suivre à
l’œil nu la trajectoire de chaque obus de 400, dont un semblable défoncera le
23 octobre 1916 la voûte du fort de Douaumont. Après chaque coup, la pièce, qui
porte en lettres peintes le nom « Bretagne », doit être réglée de
nouveau, ce qui demande plusieurs minutes : 40 obus furent tirés de 10 à
Ce jour-là, je vois
des artilleurs rentrer avec une voiture à bras dans une maison abandonnée et
charger le ravitaillement qu’ils y trouvent : confitures, conserves,
bouteilles de vin et surtout des dragées. « Surtout que ce soit nous qui
le mangions plutôt que les rats », déclarent-ils, « cela sera mieux
dans notre estomac que sous les décombres ».
La garde terminée,
nous rentrons dans la citadelle où nous sommes protégés par des voûtes de béton
très épaisses. Nous couchons sur de la paille réduite en poussière où la
vermine (poux, « totos » gros comme des grains de mil) abonde et nous
empêche de dormir. A force de nous gratter, nous ressemblons très vite à des
homards cuits.
Ne pouvant dormir,
je me promène dan les couloirs du fort : partout des petites casemates
éclairées à l’électricité ou avec des lampes à pétrole. Je vois des femmes
habillées en infirmières ou en conductrices d’ambulances, portant la capote et
le casque, rentrer avec des officiers dans leur casemate personnelle.
Ces gradés ont aussi des cyclistes attachés à leur service, qui
font 10 à 20 km par jour pour aller chercher ce qu’ils ont besoin.
Pendant notre
attente, nous apprenons deux nouvelles. Notre colonel a été tué le 23 sur les côtes
de Belleville en allant reconnaître le secteur. Le fort de Douaumont a été
repris le 24 vers
Nous touchons un
second bidon de deux litres devin ou de café avec trois jours de vivres de
réserve. Cela sent l’attaque imminente.
Nous quittons la
citadelle de Verdun dans la soirée du
En chemin nous
croisons de pauvres Noirs revenant de l’attaque du 24.
Beaucoup n’ont pour seule arme qu’un coupe-coupe, car, ils ne
savent pas se servir d’un fusil. Ce sont des Africains que l’on a tirés de leur
brousse et qu’il faut utiliser avant l’hiver. La plupart ne parlent pas
français. On raconte qu’ils ont pour consigne de ne pas faire de prisonniers,
qu’ils n’en font pas et que certains ont même dans leur musette une tête tranchée.
Nous laissons sur
notre droite la fameuse chapelle Sainte-Fine peu avant d’atteindre les ruines
du village de Fleury, qui, pris et repris une quinzaine de fois, n’est plus
qu’un tas de décombres accumulés sur notre gauche. Lorsque la nuit tombe, un
ordre circule : « Défense de fumer, défense d’allumer une lampe
électrique, silence complet », car les saucisses allemandes nous
observent.
Bientôt des fusées éclairantes allemandes de toutes les couleurs
illuminent le ciel en redescendant en parachute. De temps en temps, un fusant
de 105 ou 77 éclate sur le semblant de piste que nous devons emprunter.
Partout des trous
d’obus pleins d’eau avec des cadavres qui pourrissent et empestent l’air.
Très souvent il faut se coucher à plat ventre, la face dans la
terre gluante pour ne pas être fauché par les mitrailleuses ennemies qui
balayent de temps en temps la plaine. Nos vêtements, nos chaussures, nos mains,
imprégnés de boue, sentent

Le narrateur, debout au centre
au dernier rang, pose devant l’objectif dans une église près de Verdun. Il a
lui-même écrit au dos de la photographie :
« Tous tués au Chemin des
Dames et en Belgique à l’attaque du mont Kemmel et des Cats ».
Tout
à coup nous sommes pris sous l’éclairage aveuglant de fusées au magnésium et à
parachute. Il fait clair comme en plein jour et tout le monde se couche dans la
boue. En même temps, nous parvienne des hurlements : je ne veux pas
mourir, les boches vont nous tuer.
Il
faut fuir. La position n’est pas tenable .[1]
Les
cris attirent l’attention des allemands qui redoublent l’éclairage et envoient
Des fusées rouges pour demander l’artillerie. Bientôt un tir de barrage de 105
et de 77 s’abat sur nous. Il y a très vite des morts et des blessés. Sur ce
terrain lunaire et détrempé, c’est la panique et la débandade. Nous avons perdu
nos officiers et nos guides. Nous marchons à l’aveuglette vers un monticule que
nous supposons être le fort. Nous essayons de nous repérer sur la couleur et
l’origine des fusées.
En fait nous
traversons sans le vouloir les fossés du fort aux trois quarts comblés.
Heureusement, je butte sur un cadavre et une fusée éclairante me montre qu’il s’agit
d’un allemand qui tient encore la hampe d’un drapeau. Sans cet incident
providentiel, je crois que notre groupe de cinq hommes se serait retrouvé
prisonnier dans les lignes ennemies. Avant de rectifier notre route, je prends
le temps de récupérer le drapeau en le séparant de la hampe et je le glisse
entre ma veste et ma capote.[2]
Après quelques
tâtonnements, nous trouvons enfin un trou dans la terre qui donne dans un
couloir.
Nous sautons et nous nous retrouvons dans le fort.
Ce drapeau allemand a flotté sur le fort de Douaumont du 26
février 1916, date de sa prise par le 24e régiment brandebourgeois
commandé par le lieutenant Kurt von Brandis, jusqu’au 24 octobre 1916, date de
la contre-attaque victorieuse des coloniaux du commandant Nicolay.
Il s’agit
maintenant de retrouver notre régiment.
Dans le fort, nous trouvons sur notre chemin des blessés, des
morts, des malades ayant participé à l’attaque du 24.
Je suis surpris de la propreté relative des lieux. Partout dans
les couloirs des fils électriques courent le long des murs avec de place en
place une ampoule électrique doublée par une lanterne au pétrole allumée.
Nous retrouvons enfin notre adjudant, qui à moitié saoul, nous
engueule parce que nous avions perdu notre chemin. Il ordonne le démontage et
le nettoyage des armes. L’une d’elles est incomplète : celui qui portait
la pièce manquante a été tué avant d’arriver au fort. En tant qu’armurier, je
suis chargé d’aller chercher cette pièce à
l’armurerie de Verdun.
Je suis chargé en
même temps par le commandant de passer aux cuisines :
« Voilà un bidon de deux litres, tu me le rapportera plein
de pinard et du bon ! Tu demanderas aussi au chef cuistot une musette de
ravitaillement ».
Je me mêle à la
file des brancardiers qui serpente sur plus de cent mètres. Des prisonniers
allemands avec un brassard de la Croix-Rouge transportent leurs camarades
blessés. En cours de route, nous sommes bombardés. Plusieurs brancardiers sont
tués et les blessés doivent être abandonnés sur place.
Enfin, au petit jour,
nous arrivons route de Fleury où nous prenons la direction de
Je traverse les décombres de Fleury.[3]
A Verdun, je me
procure à l’armurerie un support de mitrailleuse « Saint-Étienne ».
Je passe aux cuisines où l’on me met pour l’adjudant deux bidons de pinard plus
une musette contenant un fromage, une boule, une bouteille de bordeaux rouge.
Avec cette charge de 25kg, je refais en sens inverse le même
chemin. Un tir de barrage qui tombe sur la piste me fait trébucher. Je tombe et
la bouteille se casse.
A l’arrivée, cela
me vaut une belle engueulade de l’adjudant. J’écope de huit jours de corvée de
soupe, c'est-à-dire que, pendant une semaine, je dois aller avec un caporal et
quatre hommes chercher le ravitaillement à 4km de là.
Lors de ces déplacements, les rencontres sont souvent tragiques.
Je me souviens par exemple de ce jeune Allemand aux jambes garrottées par du
fil téléphonique avec des pansements
pleins de sang, dont les brancardiers tués par un tir de mitrailleuse.
Le sixième jour, notre position fut violement
« marmitée » par des obus de 150 et de 210.
Je suggère alors au caporal de changer de position en profitant
de la fumée. Il refuse. Sachant par expérience que deux obus tombent rarement
de suite dans le même trou, je saute dans un entonnoir qui vient d’être creusé.
Quelques minutes plus tard, un nouvel obus tombait à l’endroit où était resté
le caporal et ses hommes. Je sentis la chaleur et le souffle de l’obus qui
venait de tout pulvériser, de tout volatiliser.
L’instant d’après, mon épaule est en sang. Un éclat d’obus,
traversant le cuir de mon harnachement, ma capote, ma veste et ma chemise,
s’est enfoncé dans les chairs et a paralysé tout un coté du corps. Je suis
bloqué dans mon trou, je ne puis rien faire si ce n’est mettre un pansement
individuel pour essayer d’arrêter le sang.
Toute la journée,
je reste les pieds dans l’eau ; bientôt, je ne les sens plus, Ils sont
comme gelés.
La nuit venue, je parviens à faire les cinquante mètres qui me séparent
du fort. Un infirmier retire de ma blessure, avec une pince chirurgicale et
sans anesthésie, un éclat d’obus gros comme un œuf de pigeon. La plaie est
lavée à l’eau oxygénée mise dans des bouteilles d’eau de Seltz comme celles des
cafés.
Je reçois un gros pansement et une fiche est accrochée à mon
vêtement :
« Evacuation immédiate
par ses propres moyens ».
Impossible de se
laver, il n’y a pas d’eau. Des odeurs suffocantes d’urine et de sang coagulé se
mélangent. Tout ce que l’on touche pue, surtout le pain dans les musettes. Une
seule nourriture acceptable : les conserves de viande que l’on trouve dans
les sacs des morts et des blessés et que l’on ouvre après avoir essuyé
sommairement le couvercle avec son mouchoir ou sa chemise.
Il n’est pas étonnant dans ces conditions que nous ayons tous la
dysenterie. Il n’y a pas de cabinets.
L’urine et les déjections sont recueillies dans des récipients
divers qui sont vidés chaque soir dans les trous d’obus situés à vingt ou
trente mètres. Le vent apporte dans les couloirs des bouffées d’odeur de
pourriture qui donnent la nausée.
Pour réchauffer mes
pieds qui sont toujours glacés, je cherche en vain dans des musettes
abandonnées une paire de chaussettes. Un autre blessé me déchausse, me frotte
les pieds et les enveloppes dans des bandes molletières récupérées sur un mort.
Malgré la fièvre, je réussis à dormir, calé sur des sacs remplis de terre
servant à faire des chicanes.
Le lendemain, je me
rends à l’infirmerie en passant par des couloirs encombrés de blessés. Les voûtes ont été renforcées par
les Allemands et on voit toujours sur des planchettes fixées au mur des
inscriptions en langue allemande. Je suis les flèches avec
l’inscription « Lazaret », car les Français utilisent les installations de leurs prédécesseurs.
L’infirmerie est installée dans une grande salle voûtée où sont entassés,
superposés par deux, plus de 200 lits en bois ; un gros treillage tient
lieu de sommier.
La saleté est repoussante. Les draps et les couvertures sont
souillés de sang et d’excréments. Il faut ajouter à cela une forte odeur
d’éther et les plaintes, appels et gémissements des blessés.
Des soldats allemands et
français nettoient tant bien que mal le sol. Un infirmier allemand me soigne et
me raconte ce qu’il a vécu lors de la contre-attaque de nos troupes :
« Un obus de gros calibre a défoncé le 23
octobre la voûte de l’infirmerie, tuant une cinquantaine de blessés. D’autres
tombèrent dans une casemate contenant des munitions qui explosèrent en faisant
de nombreuses victimes. Bientôt nous fûmes privés de lumière tandis que les
éclairages de fortune s’éteignaient faute d’air, provoquant une panique
générale. Le commandant du fort fit alors évacuer les grands blessés dans la
nuit du 23 au 24. Les morts furent rassemblés dans un abri que l’on mura.
Le 24 à l’aube,
le commandant profita d’un brouillard épais pour faire Evacuer l’essentiel de
la garnison en ne laissant sur place que quelques troupes Sacrifiées.
Nous avons été très surpris lorsque
nous avons vu vos soldats arriver dans un brouillard si épais que l’on ne
voyait presque rien. Vos pertes ont dû être très légères tant l’effet de
surprise fut grand. Les troupes qui avaient mené l’attaque étaient des Noirs
encadrés par des coloniaux, mais elles ne sont pas rentrées dans le fort où,
avec nos blessés, étaient resté un capitaine, deux majors, des infirmiers et
deux aumôniers, un catholique et un protestant. Ces troupes contournèrent le fort pour prendre la
direction de Vaux et Damloup ».
Dans le fort il y a
une chapelle avec un autel mal éclairé par des lampes électriques et des
cierges.
La Sainte Table est recouverte par une nappe blanche. Des
moribonds se font transporter jusqu’à sa porte qui reste grande ouverte. Là,
l’aumônier reçoit leurs dernières volontés qu’il inscrit sur un calepin avec le
nom et l’adresse pour prévenir la famille.
La communion leur est donnée non avec une hostie car il n’y en a
plus, mais avec un morceau de pain. La messe du matin est célébrée conjointement par les aumôniers
français et allemand avec la présence de
militaires de chaque camp.
Je reste pendant
trois jours dans le fort. Les boites de « singe » ou de pâté allemand
ne manquent pas, par contre, l’eau se fait rare. En errant dans les couloirs,
je découvre la centrale électrique où un moteur à essence entraîne une dynamo
qui charge des accus. Je rencontre aussi un chat qui appartenait sans doute à
des officiers allemands et qui cherche ses maîtres en miaulant.
Au matin du
troisième jour, je me décide à regagner Verdun et je me joins à un convoi de
brancardiers. Parmi les cadavres au bord de la route, je remarque quatre corps
avec des capotes propres et des musettes garnies, certainement des
permissionnaires qui regagnaient le front. Sur l’un des paquetages, je trouve
et je prends une paire de chaussettes très épaisses que je chausse
immédiatement.
Arrivé à Verdun, je
suis évacué par camion sur l’ambulance ¼ à Regrets puis sur l’ambulance 5/11 à
Soumesmes. Je souffre davantage des pieds que de l’épaule.
Je séjourne ensuite pendant quinze jours à l’hôpital n°26 de
Baccarat.
Le 28 décembre, je bénéficie de trente jours de convalescence que
je passe chez mes parents. Mais comme la plaie à l’épaule n’est pas guérie, je
suis envoyé à l’hôpital du Mans où je reste encore un mois.
J’apprends que mon
frère a été porté disparu au Chemin des Dames. Un
ordre arrive : tous les blessés pouvant marcher et travailler doivent
regagner le front. Sans être guéri, j’y retourne donc. Je ne peux porter aucun
équipement car ma plaie est toujours à vif, et pendant un mois je fais les
corvées de soupe dans les cuisines alimentant les tranchées.
En mars 1917, je
suis muté du 315e
régiment d’infanterie au 103e d’infanterie, 16e compagnie, 3e
section, 5e escouade. Exempté du port du sac, je fais des patrouilles
et pose des barbelés jusqu’au
En mai 1918, au
mont Kemmel en Belgique, je suis blessé à nouveau, cette fois-ci à la main
gauche. Je suis évacué sur l’hôpital d’Alençon où je reçois la visite de deux
gendarmes, car une erreur de fiche m’avait fait porté déserteur.
Je termine la
guerre à Orléans avec les tankistes…
![]()
Il a exercé la profession de mécanicien-garagiste route du Mans à
la Flèche.
Décédé le 6 février 1984.
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EXTRAIT de L’HISTORIQUE du 315e RI ,
1916
« Mais
le repos est de courte durée ; là bataille fait rage à VERDUN ; presque tous
les régiments sont appelés à passer dans la fournaise;' dès-le 20 août, le 315e
est enlevé en camions automobiles, il arrive le soir même à la citadelle de
VERDUN. Dès le lendemain, il occupe un secteur.
Le
4 septembre, le Régiment est en première ligne dans le secteur de THIAUMONT. Le
5 au soir il se lance à, l'attaque (6e Bataillon et une partie du 5°) ; la lutte
se poursuit à la grenade ; l'ennemi se défend avec acharnement, les
mitrailleuses couchant des rangs entiers ; les assaillants doivent s'arrêter,
ils se lancent de nouveau en avant les 8 et 9 septembre, mais un infernal
bombardement empêche la progression.
Le
315, très affaibli, est renvoyé à l'arrière le 21 septembre. Mais la bataille
de VERDUN n'est pas finie et nous voyons ' le Régiment y revenir le 23 octobre
dans la région de
DOUAUMONT,
où il est salué par un violent bombardement. Le Colonel " DEVAUX est tué
en ramenant le Régiment à VERDUN ; ce sont alors l'occupation du quartier de la
COULEUVRE et du bois ALBIN, les travaux en vue d'une offensive vers la côte du
Poivre.
Le
315e quitte enfin «l'enfer» de VERDUN, et s'embarque à BALAICOURT pour prendre
un peu de repos près de SAINT-DIZIER.
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Nous
apprenons plus tard que la voix était celle d’un lieutenant-colonel, Qui, pour
abandon de poste en présence de l’ennemi, comparut plus tard en conseil De
guerre mais fut acquitté (note de J. Edom).
[2]
Monsieur Bouré le proposa en 1920 à
l’Hôtel des Invalides, qui lui fit les reproches de ne pas l’avoir remis à ses
supérieurs et de ne pas l’avoir recueilli intact. Devant ce manque
d’enthousiasme, Monsieur Bouré n’insista pas. A trois Reprises, en 1957, 1967
et 1970, il proposa alors à l’ambassade d’Allemagne Fédérale un échange :
le drapeau contre des photographies extraites d’un film d’actualités tourné à
La Flèche par les Allemands lors des festivités organisées pour le départ du 615e
régiment d’artillerie pour le front de l’Est, le 20 mai 1941. Cette proposition
n’ayant pas été acceptée, Monsieur Bouré, déçu, brûla le drapeau en 1974 (note
J. Edom).
[3]
A cet endroit du récit, Julien Bouré
affirme avoir été témoin, dans les ruines Du village, de scènes de cannibalisme
de la part de territoriaux d’origine africains.
Nous n’avons pas jugé bon de les reproduire, car nous nous demandons si le chroniqueur n’a pas laissé galoper un peu trop vite son imagination (note J. Edom)