Moibilisé
à 36 ans, blessé
15
mars (1916) :
« Mais au moins
vous avez vos cuillères et fourchettes ! Alors faites comme moi » me
dit-il « Creusez un trou pour mettre votre tête et trempez votre casque
dans la boue. »
Ce que je fis ainsi
que les camarades qui avaient entendu la conversation. Alors que nous étions
toujours occupés à creuser, passe à côté de nous un capitaine de mitrailleur
qui dit au lieutenant : « dans une demi-heure nous devons
attaquer ! ».
A ces mots, un
frisson parcourut notre corps, car pour moi comme pour beaucoup de poilus du
267e, c’étais la première fois que l’on devait faire ce travail, car notre
régiment avait toujours été en réserve.
Au 9e
régiment territorial : mars 1915-oct.1915
Aisne :
Soupir, Paon, Dhuizel (oct. 1915-fév. 1916)
En Champagne
: Suippes, Saint-Hilaire, Souain
VERDUN :
Cumières, le Bois Bourru : mars-mai 1916
La Blessure
: 24 mai 1916, secteur de Cumières
Hôpitaux de
Châtel-Guyon, puis Royat : juin-août 1916
Au dépôt du
67e RI : Dreux, Août 1916-mars 1917
Départ Armée
d’Orient : juin 1917
« Quand
survint cette maudite guerre que l’Empereur d’Allemagne déclare à
C’est
donc avec regret que je vis partir mes camarades, mes frères et beaux frères,
lors de la mobilisation.
Je
ne parlerai pas des reproches que je reçus, ainsi que d’autres qui étaient dans
le même cas, de la part de gens qui avaient quelqu’un des leurs partis à
l’armée pour défendre le sol sacré de
Après
la retraite de
Cette
décision me réjouissait en moi même et ce fut d’un pas allégé que nous partons d’Oger
avec quelques camarades, nous présenter au conseil de révision qui se tenait à Epernay. »
C’était le
Je
fus reconnu « bon pour le service ».
Enfin
j’allais donc à mon tour être soldat.
Ma
petite famille apprit à mon retour, cette décision. D’abord elle croyait que je
riais, mais finalement, dut se rendre à l’évidence quand je leur ai assuré.
Mon
Dieu, comme toutes les familles françaises, elle se résigna à son sort.
Je
ne fus appelé que le
Je
partis donc de chez moi, quittant ma famille bien aimée, laquelle se compose de
ma femme[2] et de deux fillettes[3], lesquelles pleuraient bien
de quitter leur père et mari et voulant réagir contre ma peine que j’avais moi
aussi à les quitter.[4]
Je
m’en fus vivement prendre le train. Arrivé à Dreux avec un camarade
d’Avize, un nommé Petit Pas, nous fîmes connaissance avec un camarade de Saint
Mard les Rouffy, nommé Roger.
Nous
fûmes par notre âge[5], versés aux 9èmeterritorial et dirigés sur une ferme
des environs, située à 8 kms de Dreux. [6]
Cette
ferme s’appelait «
Nous
y restons une semaine à faire l’exercice en civil, et c’est là aussi, que je
fis connaissance d’un des mes meilleurs camarades. Il était de Bouy et
s’appelait Loche, un négociant en vins, qui, quoique riche, avait le cœur très
franc et bon.
Après
avoir passé la semaine dans cette ferme, où nous étions peut être 300, nous
sommes dirigés, après avoir été habillés en militaires, sur
C’est
dans cette petite ville que tous les soirs, avec mon camarade Loche, nous
allons écrire à nos familles, les tranquillisant de notre mieux sur notre sort.
Cette correspondance se faisait dans un petit café, où le tenancier était très
convenable.
Puis
vient alors un rapport à la compagnie, demandant des automobilistes.
Je
ne pus me faire inscrire et mon ami Loche, qui était sur les rangs et avait son
permis de conduire de chauffeur se fit inscrire, et un mois après, se séparait
de moi, en nous promettant de nous écrire souvent. Ce que nous fîmes.
Il
faut dire aussi que ma section logeait chez une bonne femme, veuve, 8 route du
Mans, Madame Lessard.
C’était
une excellente femme, se mettant à la disposition de nous autres pour nous
rendre service. Le cantonnement était très bien, très propre. Moi, je logeais
seul dans une petite chambre avec une petite table, placards et une chaise mise
à ma disposition par cette bonne femme.
Les sept mois que je passais là furent
vite écoulés car, pour la circonstance, je peux dire que j’étais heureux. Entre
temps, j’allais travailler dans un jardin chez une autre dame veuve, Madame
Reudiat.
Ce
jardin était entouré d’une jolie treille et, comme je suis vigneron, c’était
avec soin que je travaillais à cette vigne.
La
récolte fut magnifique aux dires de cette dame et les blessés eurent leur large
part, car cette dame faisait partie des « Dames de France »[7] ainsi que sa fille, et
elles allaient toutes les deux et tous les jours, dans les hôpitaux de cette
petite ville soigner nos blessés.
Ensuite,
je fus gratifié d’une permission agricole en remplacement d’un camarade et
c’est à Daugeau[8], chez Madame Dumont
d’abord, où je fus très mal, puis chez Madame Seigneur ensuite, où je fus très
bien, et où je fis la fenaison
Enfin,
mon village ne faisant plus parti de la
zone des armées, à mon retour de cette permission agricole, je demandais une
permission pour aller chez moi.
Cette
permission étant accordée, c’est donc le cœur en joie que je pris le train et
arrivais à Epernay à dix heures du soir. Alors, ne voulant plus attendre
jusqu’à six heures du matin à la gare, je fis donc mes 12 kms à pied et ce fut
une grande surprise pour ma petite famille que je n’avais pas prévenue.
Quelle
allégresse, mon Dieu, et combien de baiser furent échangés, nul ne le
sait !
Je
restais donc quinze jours et repartais à mon dépôt où, deux jours après,
j’obtenais une seconde permission, mais hélas ce devait être un an après que je
revenais au pays.
Cette
seconde permission terminée, je dis donc au revoir à ma chère petite famille
lui promettant de revenir bientôt.
Mais
j’avais le pressentiment que je ne viendrais pas de sitôt. Et de fait, car le
Je
quittais donc aussi à regret les bonnes gens de la Ferté-Bernard.
Dans
ce renfort qui se composait de tout homme de ma classe, se trouvait également
mon camarade Royer, mais quand nous eûmes rejoint notre régiment qui se
trouvait dans le secteur de Soupir[9],
nous ne fumes pas dans la même compagnie.
Je
fus affecté à la 17ème et lui à la 23ème. Mais il est bon de dire aussi que la
plupart des hommes de ce renfort m’aimaient bien, car il m’arrivait très
souvent, qu’étant au dépôt, on allait pour des travaux de campagne et, alors,
j’avais toujours le mot pour rire et finalement, avec d’autres, on improvisait
des petits concerts.
Cela
distrayait un peu et chassait le cafard que chacun pouvait avoir.
Donc
en arrivant à Mont Notre-dame[10] la gare où nous descendions, je rencontre un
poilu de mon pays, Germain Moussy qui fut très surpris de me voir là.
Nous
bûmes une bonne bouteille ensemble et nous nous quittâmes après nous avoir
souhaité mutuellement bonne chance. Alors en route pour Dhuizel, pays de
l’Aisne où se trouvait mon bataillon au repos.
Je
me sépare de Roger qui lui rejoignait les tranchées car son bataillon était en
ligne.
Arrivé
à
Je
fus affecté à la 6ème escouade, caporal Baril, un parisien qui arrivait de
notre renfort, puis un appelé, Dumont qui était des environs de Château-Thierry.
Celui là fut pour nous ce que l’on peut appeler « un pourvoyeur »
très riche, il arrive avec nous et nous tint ce langage : « Camarades, ici pas de riches, tous des égaux ;
si vous manquez de quelque chose, et qu’il soit en mon pouvoir de vous le
donner, ne vous gênez pas, je me ferai un plaisir de vous être utile ».
Et
la première nuit se prolongea en un petit concert où je tins aussi ma place.
Après
trois jours, nous allions à notre tour prendre possession des tranchées faisant
ainsi, la relève du 6ème bataillon.
Vraiment,
je ne me faisais pas une idée de ce que c’était. Partant la nuit pour franchir
les 7 Kms qui nous séparaient des tranchées, je posai en cours de route
quelques questions aux anciens qui me répondaient à voix basses :
« Tu verras, vieux »
Ils
cherchaient à me rassurer.
Enfin,
après avoir pataugé dans la boue, descendus dans des trous de marmites, l’on
arrive au « bois de la source », ainsi nommé parce qu’il y
avait une source très proche ; un éclatement terrible me déchire tout à
coup les oreilles.
Je
ne m’attendais pas à cela, c’était les « boches » qui fêtaient notre
arrivée et nous arrosaient de torpilles.
J’en
fus abasourdi et pour la première fois en ligne, je pouvais bien avoir la
frousse.
La
nuit se passe sans incident. Toutes les deux heures nous montons la garde et le
jour chacun son tour car il n’y avait besoin que d’une sentinelle. Je montais
donc bonne garde, faisant de mon mieux.
La
période de huit jours passée, nous sommes, à notre tour relevés par le 6ème
bataillon, mais hélas nous devons laisser là un pauvre camarade, le caporal
Marly tué par un obus qui blesse aussi un homme de mon renfort, lequel succombe
lui aussi huit jours après. Ce furent les seuls tués pendant les quatre mois et
demi[11], que mon bataillon passa à
cet endroit ou plutôt que je passais là car le régiment reste à cet endroit dix
neuf mois.
Nous
sommes alors au repos à Dhuizel, à Paon et à Pont-Arcy.[12]
Dans
ce village, je remplace un cuisinier parti en permission.
La
cuisine faite, nous allions, nous les cuisiniers, porter cette nourriture à
quatre heures du matin aux camarades qui étaient en ligne.
Etant
en ligne, il nous fallait aller avec précaution et sans bruit, poser des fils
barbelés devant nos tranchées. Les « boches » lançaient très souvent
des fusées éclairantes et, comme j’étais un peu sourd, mon caporal s’offrit
pour me remplacer.
Mais
le sergent ne voulut rien savoir et j’allais donc pour la seconde fois faire la
pause des barbelés.
Or
il advint qu’un jour, les « boches » nous lancèrent environs
200 torpilles à très peu de distance, car
L’adjudant
qui passe dans la tranchée où j’étais de faction, sachant que j’étais sourd, me
demande si j’entends le départ des torpilles. Je lui dis « non ».
Alors, il me fit faire attention au premier départ.
Je
l’entendais à peine, mais il me montra l’engin dans les
airs : « quand vous verrez
cela, garez vous ». Je le remerciais et comme les « boches »
ne cessaient pas leurs tirs, je me garais souvent. C’est à ces moments que le
sergent qui n’avait pas voulu que je sois remplacé pour la pose des barbelés,
me voyant contre un pare-éclat, me fit des reproches en me disant que là n’était
pas ma place.
Je
lui fis la réflexion que l’adjudant m’avait commandé. Il ne voulut rien
entendre et me prenant par le bras, me fit monter de force à mon poste
d’observation où l’on pouvait me découvrir.
Quand
mon tour de garde fut terminé, je racontais la chose aux camarades qui prirent
parti pour moi, et quand ce sergent vint faire une visite dans notre abri, le
camarade Sigler lui passa une leçon qui lui donna à réfléchir, mais hélas pas
pour longtemps, car à mon camarade Dumane qui avait froid aux pieds et battait
la semelle tout en étant en faction, il lui reprocha de ne pas être à son poste
d’observation, et finalement, lui fit donner quatre jours de prison par le
capitaine.
Ce
pauvre Dumane pleurait car c’était sa première punition.
Etant
à Paon, j’eus l’heureux plaisir de rencontrer un camarade du pays,
Julien Roger qui était au 206ème et ensuite, Milan chez qui je
travaillais en temps de paix et qui s’était engagé comme automobiliste pour la
durée de la guerre.
Il
m’invite plusieurs fois à aller déjeuner avec lui à Longueval, distant
de 2 Kms de Dhuizel. Je fus très bien reçu à chaque fois que j’y allais
lui rendre visite.
Il
me fit faire connaissance de ses camarades qui étaient tous de bonnes familles.
Enfin
de mon séjour dans ce secteur, rien de bien important à signaler, si ce n’est
que le 28 décembre (1915) un éclat de torpille vint tomber sur
mon casque, le bosselant.
J’en
fus quitte pour la peur.
Je
ne parlerai pas des rats qui pullulaient, des totos[13] qui nous trottaient sur
tout le corps, ainsi que des puces. Cela donnait de la distraction à leur faire
la chasse. C’était pittoresque de voir des fantassins devenir tueurs de
vermine.
Le
Cette
nuit, il fit un froid terrible et dans notre wagon à bestiaux, nous étions tous
transis de froid car le plancher était à claire voie et la vitesse du train
activait le vent soufflant ferme par ces ouvertures ; ce qui fit qu’à Epernay
un sergent fourrier fut frappé de congestion et dut rester en cette ville.
Etre
si près de son pays[16] et ne pouvoir y aller, quel
crève cœur ! Et dans la gare où le train arrête un moment, personne de
connaissance à qui j’aurais aimé parler.
Bref,
il fallu continuer le voyage et moi qui croyais passer par Châlons[17], je fus très surpris de me
voir sur une voie nouvelle et ne me reconnu qu’à Saint Hilaire le Grand, que
nous laissons sans nous arrêter, pour aller jusqu’au Petit Mourmelon.
Avant
de notifier ici nos souvenirs de Champagne, il me faut auparavant, et c’est un
devoir auquel je ne puis me dérober, parler de mes camarades que j’eus dans ma
demi section
Les 5ème et 6ème
escouades, étaient sans vantardise, une demi section qui fraternisait et
souvent nous logions dans le même abri.
Le
caporal de la 5ème s’appelait Granger, un parisien, bon garçon,
débrouillard, qui avec notre caporal, formait un bon duo. Avec eux, jamais nous
ne manquions de quelque chose, et, ce que les autres escouades dédaignaient
d’emporter, tel que potages en boites, thé, ils nous le faisaient ramasser pour
porter aux tranchées, ce que nous faisions volontiers et quand nous prenions la
faction, ces caporaux ne manquaient pas de nous apporter un bon quart de thé
bien chaud ou du potage, car eux s’occupaient de préparer ces breuvages
réconfortants et aussi nous les aimions.
Dumont
venait ensuite…Que de fois à t’il fait rapporter des bidons de vin par les
cuistots, combien de colis de victuailles a t’il pu partager avec nous ?
Au
pays de repos où nous nous réunissions autour d’une table chez de braves gens,
et, où l’on pouvait s’offrir pour peu d’argent quelques mets
supplémentaires que le cycliste Bourdin
allait nous chercher. Notre Dumont y allait de sa large part. Aussi ce brave
Sigler, parce que je lui rendais quelques
petits services en écrivant ses lettres (car le pauvre garçon ne savait pas
écrire), alors il était aux petits soins pour moi.
Il parle beaucoup de ces 2 soldats, DUMONT
et SIGLER, ils seront tués presque sous ses yeux
Nous
nous quittions rarement, et combien de fois a-t-il allégé mon sac pour alourdir
le sien !
Etant
de corvée, il me fait éviter « des trous de marmite »[18] ; en un mot, sur seize
hommes de ma demi-section, seize bons camarades.
Parmi
notre compagnie se trouvait un prêtre brancardier qui passait chaque fois que
nous descendions au repos et faisait des cérémonies religieuses.
La
première fois que j’assistais à une cérémonie,
je ne le connaissais pas mais voyant un groupe de poilus au lutrin[19] je m’enhardis à aller
jusqu’à eux, et comme chez moi je faisais fonction de chantre[20] et suisse[21] à notre église, ayant toujours
gardé mes convictions religieuses, je chantais le premier cantique du salut.
Est-ce
que ma voix a plu à ce prêtre, car après les prières, il vint me trouver, me
remercier et me complimenter, me demandant ce que je faisais dans le civil, à
quelle escouade j’appartenais. Je lui répondis volontiers ce qui lui fit
plaisir.
Il
m’invita à venir très souvent à ses prières, ce qui je fis de bonne grâce.
Ce
brave prêtre était ami de nous tous. Il s’appelait Orry et il parcourait les
tranchées causant avec les poilus, leur offrant des cigares. Il faut si peu de
choses pour contenter un soldat surtout pendant la guerre !
J’aimais
beaucoup causer avec cet homme de piété.
Je
reprends ici mes souvenirs de mon séjour en Champagne. Donc, arrivé à Mourmelon,
le régiment descendit du train.
Chacun
se demandait « où va-t-on aller ? » et faisait mille
suppositions. Bref, quand nous fûmes débarqués nous traversâmes le village.
C’est pendant ce parcours que j’eus le plaisir de rencontrer Monsieur Lundy, un
pauvre émigré qui était réfugié chez une de mes belles sœurs.
Je
l’appelais donc mais lui ne me reconnaissait pas, car les effets militaires
nous changent un homme. Je me fis reconnaître et le priais de donner bien le
bonjour à ma petite famille et qu’il la rassure de son mieux de mon sort.
A la sortie du
village, nous fîmes halte pour manger puis ensuite, nous nous dirigeâmes sur Bouy
où nous devions cantonner.
Quand je sus que
c’était à ce village que nous allions, cela me remplit de joie car c’était le
pays de mon ami Loche dont j’ai parlé plus haut ; comme son épouse était
venue lui rendre visite à la Ferté Bernard où il me fit faire sa
connaissance, je me promis d’aller lui rendre visite, ce que je fis après avoir
été installé dans notre cantonnement.
Tout d’abord elle
ne me reconnut pas, mais lui rappelant la visite qu’elle fit à son mari, elle
se souvint de me voir sur le front, cela lui fit de la peine et c’est toute
surprise qu’elle me dit : « comment, c’est vous, jamais je n’aurais
pensé cela ».
Enfin nous
causons de son mari et elle m’invite à partager le repas de famille. J’acceptai
car je ne sais pas me faire prier et, en guerre, un repas de famille, cela vous
réconforte. Cela me faisait penser à mon foyer.
Nous restons là
pendant 8 jours et quelque fois j’allais aider la femme de mon ami à des
travaux vinicoles car elle continuait le commerce du vin.
Ce séjour fut
pour moi le meilleur de ma campagne sur le front.
De
Bouy, nous nous rendons aux Grandes Loges, y séjournons 2 jours, puis par une
matinée très maussade, la pluie et la neige faisant rage, nous fîmes à pied la
traversée du camp de Châlons pour nous rendre à Suippes.
Pataugeant
dans la neige, nous arrivons à Suippes où nous faisons une halte à
l’entrée de la ville vers deux heures de l’après
Nous
restons ainsi jusqu’à quatre heures à grelotter mais enfin, on se remit en
marche pour se rendre à une école, où ce que fut une école, lieu de notre
cantonnement.
De
la paille humide nous attendait et il fallait entendre les murmures. De plus,
pas de vitres aux fenêtres, mais il est bon de faire savoir que la ville avait
été occupée par les « boches » lesquels, en l’abandonnant, laissaient
un amoncellement de ruines.
L’église
dont le clocher avait été abattu était à peu près intacte.
Des
obus avaient percé le toit par place, mais l’intérieur, tout en ayant des
traces de bombardements, était encore magnifique.
J’ai
remarqué que la statue de Jeanne d’Arc avait reçu à son piédestal, des
fragments d’obus. Les cloches gisaient de chaque côté du chœur et c’était bien
arrangé pour imposer le respect au profane.
Là,
un dimanche une surprise m’attendait au sortir de la messe.
Je
m’entends appelé : « eh, Monsieur Gabriel ».
Je
me retourne, et jugez de mon plaisir : un soldat de mon pays, un enfant
plutôt, car il avait la mine d’une fillette…C’était Marcel Gilmert qui était
aux mitrailleuses et qui arrivait lui aussi pour se rendre aux tranchées.
Un
gamin qui me questionnait sur bien des choses. Je le renseignais de mon mieux
lui donnant quelques conseils pour le réconforter, ce qui parut le rendre
heureux. Aussi, tant que dura son séjour, il vint me rendre visite.
Là
aussi, je fis la rencontre de Georges Velch. Ah ! Celui-là, le bougre, il
n’avait pas l’air de s’en faire trop. Puis Brossier, on est heureux quand loin
des siens et près du danger, l’on peut parler avec des camarades du pays natal.
Enfin,
comme le 6ème bataillon était en ligne, il vint un jour où à notre
tour il fallut aller le relever (on ne peut pas être toujours au repos)
Nous
prîmes donc le chemin du front par la gelée ayant un homme de liaison pour nous
montrer notre route. Nous passons près de Souain, mais notre guide
s’était-il trompé ?
Voilà
que nous prenons une autre route, revenant sur nos pas et nous passons près de
la ferme des Wacques.
Nous
atteignîmes tout de même les boyaux, mais combien de temps dura cette marche à
travers ce dédale de tranchées ?
Ce
dont je me souviens, c’est que nous sommes partis de Suippes à sept
heures du soir, pour arriver à notre poste vers une heure du matin ayant
parcourus 15 à 18 kms.
La
première période se passa sans incident notoire, seul le froid, les mauvais
abris et la neige, et pas bien nourris, sans eau.
J’ai
vu des camarades confectionner des boules de neige pour y apposer leurs lèvres
pour se désaltérer, car étant aux tranchées, très souvent l’on nous donnait des
harengs salés ; c’était bien là ce qu’il nous fallait pour nous altérer.
Nous
n’avions pas non plus de feu pour réchauffer les aliments.
C’était
dur et triste et c’est avec une grande joie que nous vîmes arriver le jour de
la relève.
Lors
de la deuxième prise de tranchée par notre régiment, il n’en fut pas de même
que la précédente. Avant de partir de Suippes notre camarade Dumont qui
était agent de liaison avait acheté quelques harengs saurs et comme on pouvait
facilement se ravitailler il nous dit :
«
Les copains, nous allons manger un
hareng, boire un coup et l’autre hareng, nous le mangerons qu’au moment où nous
serons relevés, afin que le sel de ce hareng nous altère et que nous puissions
boire au moins un bon coup de pinard. Si je viens a être tué partagez vous
l’argent que j’aurais sur moi ».
Alors
je lui fis la réflexion qu’il ne fallait pas penser à des choses pareilles,
qu’il fallait partir avec confiance et l’espoir d’en revenir.
Et
mon vieux copain me dit : « Oui
c’est vrai ce que tu dis là, mais tu sais que là haut il n’y a rien de bon à
prétendre ».
Bref,
nous remontons donc aux tranchées et le 15 mars (1916), date mémorable pour
notre escouade, commença le démembrement de notre section.
Le
294e avait attaqué ; nous étions en renfort, l’ordre vint de nous porter
en avant.
Nous
nous mettons en marche, nous garantissant le mieux possible de obus qui
pleuvaient tout autour de nous.
Avant
de partir nous cherchions après Dumont et deux autres camarades de notre
escouade, Sigler et Dunio, mais l’on apprend qu’ils sont partis devant.
Mais
pour nous porter en avant, ce n’était pas chose facile car des tirs de barrage
très proches l’un de l’autre, nous retardaient et combien en reste t’il à ce
mauvais endroit.
Chemin
faisant, nous rencontrons le corps d’un jeune sous-lieutenant de la 19ème.
Pauvre
jeune homme, il avait le bassin emporté.
A
quelques mètres de lui, pendait sur une traverse de bois, le corps déchiqueté
d’un sergent, également de la 19ème. C’était la première fois que
j’assistais à ces tueries, cela me fit peur et devant ces cadavres, une
terrible impression. Mais réagissant et ayant toujours confiance, je marchais
courageusement là où le devoir m’appelait, ne pensant plus qu’à une chose,
défendre la Patrie en prenant mes précautions contre le danger.
C’est
en arrivant à notre poste que je vis quelques prisonniers, dont un officier
« boche » qui nous dit : « allez vous faire casser la gueule ».
Nous
le regardâmes avec mépris puis vint le triste cortège des blessés.
Ceux
dont les blessures ne les faisaient pas trop souffrir évacuaient seuls, et
c’est parmi eux que l’on rencontra le caporal de la 8ème escouade,
Ruffin, méconnaissable, et c’est à sa voix que nous le reconnaissons.
Nous
fûmes attristés à cette triste nouvelle.
Hélas,
il fallait bien se rendre à l’évidence quand nous dûmes passer sur leurs corps
pour nous porter toujours en avant.
Ce
n’était pas les seuls morts que nous avions à déplorer.
Plus
tard, on nous appris que 26 hommes de la 1ère section avaient été
tués par un obus asphyxiant, écrasant leur abri.
Ce
qui fit que cette journée du 15 mars réduisait notre compagnie à moitié de son
effectif car en plus de ces pertes mortelles, nous avions des blessés dont
notre capitaine, blessé à la tête ; il s’appelait Lalauron.
Notre
commandant fut lui, englouti dans son abri mais il en sortit sain et sauf.
Cette
dure journée, malgré nos pertes ne servit à rien, car nous dûmes revenir à
notre position initiale.
La
fin de notre séjour aux tranchées se passa tranquillement si l’on peut dire, et
quand nous revînmes à Suippes, ce fut le cœur bien gros, regrettant nos
chers camarades.
Combien
alors d’anciennes anecdotes ne racontait-on pas comme souvenirs où nos chers
disparus avaient leur place.
Et
aussi, quand notre aumônier fit un service religieux pour le repos de l’âme des
soldats du 267e, morts au champ d’honneur, il est inutile de dire je crois, que
l’église était au complet tellement les soldats de notre régiment, et d’autres
étaient venus pour assister à cette cérémonie au cours de laquelle l’aumônier
nous fit un discours sur la guerre, sur notre devoir envers la France et envers
Dieu.
Plus
d’un parmi nous pleurait…
Nous
ne restâmes dans ce secteur qu’un mois et nous le quittâmes sans regret. Seul
le souvenir de nos chers morts nous restait.
Quittant
Suippes, nous nous rendons à Cuperly où nous restons cinq jours et c’est
à ce pays que je fus proposé pour être signaleur et je fis donc ma première
leçon dès le second jour. Nous restons à ce village cinq jours et heureusement
que l’on allait à l’exercice, cela nous désennuyait car aussitôt rentrés, nous avions l’air
triste.
Nous
causions de nos absents pour toujours qui étaient tombés au champ de bataille.
Aussi,
à partir de ce jour, l’on dit adieu à nos petits concerts, car nous étions trop
en deuil pour pouvoir nous divertir en chantant.
Or,
le cinquième jour, un tuyau soit disant excellent parvint à notre section nous
apprenant que nous devons embarquer le soir, pour aller au repos dans l’Oise.
Ah
oui ! L’Oise !
Ce
n’était pas par là que la locomotive était tournée, et c’est donc vers Verdun
que le train devait aller.
A
cinq heures, nous embarquons par une pluie fine et froide et la vitesse que
notre train nous fit arriver à Sivry-sur-Ante[22] à deux heures du matin
ayant embarqué à Villers-en-Argonne à
Dans
ce village, nous restons deux jours et pendant ce court séjour, nous eûmes une
mauvaise impression en rencontrant sur notre trajet et en nous promenant, des
tombes de soldats français au nombre de cinq qui avaient été fusillés pour
avoir refusé de marcher.
Triste
tableau !
Pauvres
parents !
Après
Sivry-sur-Ante nous nous dirigeâmes sur Pretz[23],
distant de 20 kms.
En
cours de route, comme mon sac pesait lourd, je demande à notre nouveau
sous-lieutenant appelé Guyot, la permission de nous reposer. Alors, il eut le
bon cœur de me prendre mon sac et de le porter le reste de l’étape.
Aussi,
arrivé au terme je le remercie.
A Pretz, c’est là
aussi que j’ai vu les restes du passage de ces maudits « boches ». Ce
n’était qu’un amoncellement de ruines.
C’est
aussi dans ce village paraît-il, qu’après avoir fait entrer une trentaine
d’homme dans une grange, ils mirent le feu à l’église, et quand ces malheureux
enfermés essayaient de sortir, ils les fusillaient à bout portant.
Cette
terrible histoire me fut contée par des gens du pays.
Triste
anecdote…
Nous avons ordre de ne pas déboucler nos
sacs car on pourrait avoir besoin de nous faire partir au premier signal.
Alors
nous passons là une nuit blanche et nous repartons le lendemain pour Bulainville[24]. Des tombes de soldats sont
disséminées dans les champs et, arrivés à Bulainville, nous voyons les
mêmes ruines qu’à Pretz, mais l’église est intacte et notre aumônier en
profite pour nous inviter à assister à la prière.
Pendant cet office, il nous fit un serment très
patriotique sur Verdun.
Ce
discours nous fit une profonde impression et là aussi il nous rappela son
sentiment religieux.
Ah !
Il faut avoir vu le front, habité les tranchées et frôlé le danger et quand un
prêtre vous tient de semblables langages, l’on est forcé de tressaillir et de
reconnaître l’existence de l’Etre Suprême.
A Bulainville, nous y
restons un jour et nous partons le lendemain qui était un dimanche pour Levoncourt[25].
De
ce village l’on entendait très bien la canonnade et par différents endroits
nous pouvons voir les jets de flemmes que lançaient nos batteries.
Nous
sommes au mois d’avril (1916), après être restés
dans ce village une journée, nous partons pour le Bois Bourru.
Le mauvais temps se remet de la partie et
c’est par une pluie diluvienne que nous arrivons au terme de l’étape. Mais
chacun met peu d’empressement à monter la tente car le terrain est détrempé. De
plus, la nuit est obscure, les objets mouillés.
Nous
attendons le jour pour nous installer.
Au
matin, le soleil se lève radieux et nous en profitons pour sécher nos effets et
préparer notre abri. Là, nous avons un jour de repos, quelle aubaine !
La seconde nuit, nous partons tout équipé
mais sans nos sacs que nous laissons, et munis de pelles et de pioches nous
allons à Cumières faire des tranchées.
Le
chemin semble long, le terrain est détrempé.
Nous
passons près de cadavres de chevaux dont l’odeur de putréfaction nous provoque
des hauts le cœur.
Nous partons à sept heures du soir pour
revenir à quatre heures du matin.
(J’ai omis dans mes souvenirs, et j’en
signale l’oubli, de dire que de Lemmes, nous vînmes à Jouy en Argonne et c’est
là que je rencontrai le fils Geoffroy, le boucher d’Avize, Paul Chapuy, Armand
Descôtes et Ferdinand Bonnet, et c’est de Jouy que nous allâmes au Bois
Bouchet).
A
notre retour de cette première corvée qui se passe sans incident notoire, les
« boches » ayant repéré notre refuge nous envoyaient plusieurs obus
dont malheureusement quelques uns tuèrent ou blessèrent plusieurs hommes de
notre régiment.
Aussitôt,
l’ordre vint de faire des tranchées de bombardement pour nous mettre à l’abri.
Dans
ce bois, nous restons cinq jours ; le cinquième jour l’on demande après moi.
Je sors et je vois avec surprise Gaston Chevalier, le frère de mon beau frère.
Il
était désorienté.
Je
le revois avec son air triste et (à ma vue), il semblait heureux de me voir là.
Je
lui demandai d’où il venait. Il faisait partie du 206ème et de la
même division que notre régiment. J’appris qu’il venait de Vaux et qu’il avait
été, lui et ses camarades, bien malheureux car à leur arrivée aucune tranchée
n’était faite, et c’était, c’est vrai, les premiers moments de cette fameuse
bataille de Verdun.
Avant
de partir, le lieutenant qui commandait notre compagnie me fait savoir par un
sergent que nous devions faire attention, car sans doute, nous allions au front
dans un endroit où il n’y avait pas ou peu de tranchées et qu’il ne fallait pas
avoir peur ; recommandations inutiles d’ailleurs ! Nous partons donc plein d’espoir et Dieu soit
loué.
L’endroit dont où nous
prenons possession est occupé par le 91ème que nous relevons, et des
tranchées y sont creusées peu profondes par endroits, mais on peut tout de même
s’abriter quelques fois du danger des éclatements d’obus.
Les deux premiers jours se passèrent assez
bien, bombardements réciproques mais jusque là pas de perte dans notre
compagnie.
Mais
il n’en fut pas de même la troisième journée qui était le 15.
A
Ma faction était presque terminée ;
cinq minutes à peine restaient encore pour que je retourne à mon abri, quand le
lieutenant Caubale qui commandait le 3ème section me donne l’ordre
d’aller trouver le commandant de compagnie et lui demander de faire monter un
brancard, car il y avait un homme blessé grave.
En effet, au retour de ma
mission, je rencontre ce blessé qui était un de mes camarades du même renfort
et qui était de
C’est
lui qui me disait en montant aux tranchées :
« Je n’ai pas bon
espoir de revenir »
Hélas,
ses pressentiments ne l’avaient pas trompé.
Il
était blessé à la tête. Un éclat d’obus lui avait fracassé une partie de la
figure et l’épaule. Le pauvre copain est mort quelques jours après à Chattaucourt[26] près de Verdun et c’est là,
je crois, qu’il est enterré.
Après ce séjour aux
tranchées, nous allons au repos à Ippécourt où là aussi les boches se
sont signalés en accumulant les ruines.
L’église
est à peu près intacte et, comme toujours, il y a prière le soir et, comme de
coutume, il y a beaucoup de soldats et passablement de civils que l’on voyait à
la sortie causer entre eux de ce qu’ils avaient entendu.
Tous
les soldats chantaient des cantiques, cela est impressionnant de voir tous ces
poilus, jeunes ou vieux, mettant de l’ardeur pour chanter à qui mieux mieux.
De ce repos, nous retournons aux tranchées,
mais pendant notre séjour, nous avons eu à subir seulement quelques petits
bombardements.
Mais
la 291, qui était au Mort Homme avec le 306ème attaquent avec
succès, et comme nous étions près de cette position, l’on avait reçu l’ordre de
se tenir prêt à marcher au premier signal. Nous mettons donc baïonnette au
canon et attendons.
Mais
nous n’avons pas eu à intervenir.
Dès le retour au bois Bouchet où,
comme le premier septembre, nous allons la nuit faire des tranchées sur Chattancourt.
Après six jours de cantonnement dans ce bois, nous retournons en ligne et nous
sommes au
A
Julvécourt, joli petit pays et jolie petite église dans laquelle il y avait
deux harmoniums pour accompagner le chant.
Or,
nous voici donc encore en ligne où l’on se disait que c’était pour la dernière
fois. Pendant ce séjour, terrible bombardement pendant deux jours.
Je
me souviens que nos tranchées étaient bien repérées car il y avait un tas
d’ustensiles, de toiles de tentes qui étaient restées sur le bord du parapet.
Le
sergent Ménard faisant une ronde nous dit en s’adressant à plusieurs de mon
escouade :
« Allez,
Desautels ! Debout Baril, Quentin, Gallois et un autre qui était du
Mans ! »
Sans
me vanter, je suis le premier à me lever et à demander ce qu’il faut faire,
« Voilà, la tranchée
étant repérée, il faut ramener tout ce qui traîne, sur le parapet »
Et
je pars aussitôt.
Je
passe devant l’abri de Quentin et Baril, suivant le sergent.
« Bande de ….dit
Quentin, bombardés comme cela et de plus obliger de ramener cela, c’est nous
faire tuer ! ».
Le
pauvre garçon, avait-il peur, je ne le sais, mais il ne mettait pas grand
empressement à nous suivre.
Hélas,
un obus arrive mettant en bouillie ce pauvre Quentin. Sa tête a été emportée à
une grande distance. Son corps, qui n’était plus qu’un débris innommable, était
projeté par dessus un pare-éclats. La commotion faisait tomber notre caporal
baril qui se trouvait contre Quentin. Moi, deux mètres à peine me séparaient
d’eux, j’ai été garanti ainsi que le sergent, par un pare éclats. Leclerc,
celui qui était du Mans, a reçu une commotion dans les bras.
Je
l’ai vu après, on aurait dit qu’il avait la danse de saint Guy[27].
Cela
faisait frissonner, pensant que l’on aurait pu y rester aussi… Alors, il faut
quand même exécuter la consigne, l’on ramasse tous les objets puis ensuite, je
me mettais en devoir de regagner mon petit abri.
Comme
la nuit était venue, je le regagnais à tâtons. Quand j’y arrivai, je sens mon
fusil, je le prends, mais, oh ! Terreur, en le ramassant, je ramasse en
même temps les deux mains de ce pauvre Quentin. Elles avaient été projetées là,
ainsi que, je le vis au jour, des débris de matière[28] et du sang maculaient mon
abri ; les éclats d’obus ne détruisirent pas cela.
Mais
en mettant la main sur ces restes, je l’avoue, je reculais en frissonnant,
pauvre Quentin !
Je crois que dans ce séjour,
nous eûmes 6 tués et une douzaine de blessés.
A
cette relève, il faisait un clair de lune brillant.
L’on
nous fit partir des tranchées par section, plutôt en pagaille, car, sans ordre,
l’on marchait et il fallait se desserrer. Les troupes qui nous relevaient,
occupaient tous les boyaux et nous devions marcher sur la route en plein
découvert et, les « boches » qui étaient à cent mètres de nous, nous
bombardaient de leurs canons revolver.
Que
Dieu me pardonne cette faiblesse, sentant les obus frôler sa tête pour éclater
à quelques mètres de soi, c’était je crois à vous donner la peur et, comme de
fait je l’eus. Je baissais donc la tête en ayant relevé mon sac pour m’abriter
et, à la suite des copains, je prenais le pas de course jusque dans les ruines
de Cumières où l’on se sentait un peu à l’abri.
Arrivés
à la station l’on respire un peu.
Puis
alors, on regagne le Bois Bouchet, mais notre sergent que je ne veux pas nommer
ici, à force de nous faire marcher à la bonne franquette, ne connaissait plus
le chemin et, au lieu d’arriver à une heure du matin, nous arrivons à quatre
heures bien fatigués.
Nous
restons là une journée et, par une pluie battante nous partons pour Saint-André[29]où nous arrivons toujours
sous la pluie.
Ce
n’était plus des hommes, c’était plutôt de la boue mouvante, ruisselant d’eau.
Quelle
journée aussi que celle là !
C’est aussi à cet endroit que fut décoré de
Cette
décoration fut, sans contredit, une récompense bien méritée. Après la remise de
cette décoration combien nous allâmes le voir pour le complimenter, car nous
l’avions vu à l’œuvre !
A Saint André toujours des
« tuyaux de cuisine » ; l’on apprend que l’on ne doit plus
remonter au front, aux tranchées…
Nous
voulons bien le croire et, de plus, les permissions sont rétablies, alors c’est
un bon présage. Alors, un groupe de dix sept hommes part et le second départ
aura lieu à leur retour au nombre de vingt cinq ; et parmi les vingt cinq,
je figurais le vingt troisième.
J’étais
donc heureux, j’allais pouvoir aussi aller rassurer ma petite famille que je
n’avais pas vu depuis le
Mais
hélas, l’homme propose et Dieu dispose et alors, le 22 mai arrive un ordre à
dix heures, d’avoir à se rendre à Nixéville,
et de là, sur Cumières.
Alors,
au revoir les chimères et châteaux en Espagne !
Nous
partons donc à une heure de l’après
« Je crois, vieux, que
l’on va y laisser sa peau ; regarde un peu, l’on ne devait plus y
retourner, on devait partir en permission, et voilà qu’on y regrimpe. Cela
dégoûte, qu’est ce que t’en dis ! »
« Ma foi vieux, que je
lui réplique, oui j’étais content d’apprendre que je partais en perm au
prochain départ, mais que veux tu, si l’on regrimpe là-haut, ce n’est peut être
pas pour longtemps et pourquoi dis tu d’y laisser sa peau, faut pas penser à
cela !
Tiens, moi, j’ai toujours
pensé que je serais blessé un jour mais peut être pas tué !
Jamais je n’ai pensé une
chose pareille, t’es pas fou ! »
Enfin
il faut bien se consoler l’un l’autre.
Nous passons donc la nuit à Nixéville
et au matin, je rencontre avec surprise le gros Guyot d’Avize. Cela me fit bien
plaisir de voir un gars du pays et je lui dis que je devais bientôt partir chez
moi ; nous buvons un litre ensemble puis j’allais à la messe.
Le
soir arrive ; l’on se met sur le départ à cinq heures[31] .
Etant
sur le rang, le fourrier me demande la gare où je devrai descendre quand je
serai en perm[32] ! Car nous devions
rentrer incessamment !
Le
premier départ devant rentrer le lendemain 24 (mai 1916)
Puis on partit pour prendre nos positions.
Nous arrivons donc sur la route qui va de Marre
à la station de Chattancourt (Cumières se trouvant au dessus)
vers trois heures du matin mais nous ne pouvons aller plus lion car les
mitrailleuses « boches » arrosent copieusement la route.
L’on
nous fit coucher derrière nos sacs, les balles sifflant aux dessus de nos têtes
sans répit. Le sergent Godin, je ne sais ce qu’il pouvait ressentir à ce
moment, mais ne mettait pas d’empressement pour se coucher quoique ses
camarades et nous lui disions :
« Couches toi
donc ! » mais il fut coucher forcément : une balle de mitrailleuse vint le
frapper à la poitrine et se logea dans sa poitrine. Cela, je le sus plus tard
par lui-même.
Comme
nous ne pouvions avancer plus loin, notre capitaine prenant sans doute la
responsabilité, commanda aux autres responsables des autres compagnies de se
replier jusqu’aux tranchées de Marre.
Je
me souviens que le lieutenant Guyot lui tint ces paroles :
« Alors mon capitaine,
vous me donnez l’ordre de faire demi-tour ! »
« Mais oui, dit le
capitaine, et je l’exige même, car ce serait folie de vouloir tenter de
passer ! »
Nous
nous repliâmes donc jusqu’aux tranchées qui étaient occupées par le bataillon
et d’autres régiments qui étaient là en réserve.
A
peine avait–on retiré son sac, qu’un ordre vint pour nous faire descendre le
long d’un petit cours d’eau qui se trouvait à environs
Peu
d’instant après notre arrivée, un autre ordre est tombé nous enjoignant de
laisser nos sacs près de ce cours d’eau et d’aller prendre position le long du
talus de chemin de fer.
Alors
nous partîmes par petits groupes ou
isolement, au pas de gymnastique, car nous avions à parcourir un terrain
découvert alors que les tirs de barrages étaient proches l’un de l’autre.
Le
bombardement continu et la terre soulevée par les éclats d’obus, mélangés avec
la fumée, on eu dit des nuages sortant du sol.
La
terre tremblait.
Enfin
nous arrivons sans trop d’avaries. Le talus avait à peine
Je
vis ce lieutenant prendre son couteau et fouiller le sol. Je le regardais quand
il me demandait si j’avais un outil.
Je
lui répondis que mon outil était resté avec mon sac. « Tant pis » me
dit-il, « Mais au moins vous avez vos cuillères et fourchettes !
Alors faites comme moi » me dit-il « Creusez un trou pour mettre
votre tête et trempez votre casque dans la boue. »
Ce
que je fis ainsi que les camarades qui avaient entendu la conversation. Alors
que nous étions toujours occupés à creuser, passe à côté de nous un capitaine
de mitrailleur qui dit au lieutenant : « dans une demi-heure nous
devons attaquer ! ».
A
ces mots, un frisson parcourut notre corps, car pour moi comme pour beaucoup de
poilus du 267e, c’étais la première fois que l’on devait faire ce travail, car
notre régiment avait toujours été en réserve.
Plus tard, des camarades m’ont dit que
notre commandant avait déclaré au colonel qu’il ne pouvait attaquer avec des
hommes de notre age dont la plupart étaient fatigués et peu apte à aller
attaquer à l’arme blanche. Le colonel en aurait référé au général de brigade
qui aurait répondu : « aujourd’hui plus de réserve et il faut, coûte
que coûte, attaquer ! »
Tout cela est sous réserve, car je ne l’ai
pas contrôlé mais je veux bien le croire.
Alors, en effet une demie heure se passe et
on nous fit changer de place. Marchant tout courbé vers le sol jusqu’à la cours
de la gare où se trouvait un quai, après avoir traversé un ruisseau d’eau
boueuse, mais on ne pense plus à rien qu’à se garer comme on peut et nous nous
enfonçâmes jusqu’aux genoux dans ce ruisseau.
Quand
ce ruisseau fut franchi, nous avions à traverser un tir de barrage qui se
faisait au croisement de la route à un rond point en forme de croix.
Combien
de cadavres gisaient déjà là !
Les
uns sur les bords d’un trou de marmite, les jambes emportées, d’autres un bras.
Triste
tableau que l’on revoit après, car dans le moment d’un bombardement on n’a pas
le temps de s’apitoyer sur le sort de ces malheureux.
Enfin,
à mon tour, j’arrive à cet endroit où les obus tombent drus comme grêle…et
j’étais accompagné d’un nommé Achain.
Miracle,
nous venons à bout de traverser ce mauvais passage et nous nous croyons à
l’abri en arrivant contre la station, quand un obus tombe à nos pieds, ce qui
me fait faire un bond, me sentant soulevé de terre.
« Ah
m…. » dit Achain.
Aussitôt
je me retourne, jugez de ma stupéfaction, je ne vois plus personne et je crois
que mon camarade avait été réduit en bouillie.
Je
ne reste pas longtemps à cette place et allai rejoindre mon escouade, mais ne
voyant pas le caporal, je dis à celui de la 5ème :
« Viens Grangez, pour
moi Achain est zigouillé ! ».
Je
lui racontai l’aventure, mais, plus tard j’apprends par ce même caporal que
celui que je croyais tué par cet obus, avait été simplement enseveli et qu’il
n’avait eu que quelques égratignures insignifiantes. C’est incompréhensible et
je ne pouvais le croire, mais, Grand Dieu, c’était réel !
A cette station se trouvait un cimetière de
soldats français morts au champ d’honneur. L’espace était restreint et,
au-dessus, une haie derrière laquelle nous nous abritons de notre mieux en nous
couchant sur le sol.
De
l’autre côté de cette haie, une tranchée qui était occupée par la 19ème
Cie et, après avoir rampé quelques mètres, nous franchissons, à quelques uns,
l’espace qui nous séparait pour arriver à cette tranchée, car nous avions vu
qu’il y avait de la place.
Mais,
à peine arrivés l’on nous fit sortir en nous donnant l’ordre d’aller sur la
route et de marcher en rampant. C’est là qu’un obus éclate, blessant un nommé
Douaire, dès la sortie de la tranchée dont il obstrua donc le passage.
Nous
lui disons :
« Mais, marche donc,
bon sang, ou alors, laisses nous passer ! »
Car nous croyons qu’il avait peur.
Hélas,
mon camarade nous dit :
« Ne faites pas
attention à moi, passez moi dessus car j’ai la jambe broyée ».
Ce
n’était que trop vrai et nous nous repentîmes de ce moment de vivacité. Alors
l’on se fit le plus léger que l’on pu pour ne pas le faire souffrir davantage.
Et nous voici alors sur la route de Cumières,
et nous nous mettons à marcher en rampant.
Pas
un seul fossé sur le bord de la route qui était uni comme un miroir.
Seule
une terre labourée anciennement du côté droit nous tenait lieu de pare balle.
Je suivais donc mes camarades mais à peine avais je fait
Je
sentis à la tête comme un fort coup de poing et en même temps, comme une
brûlure. « Ah ! Mon Dieu, je suis tué » sont les paroles dont je
me souviens très bien avoir dites au moment où je recevais cette blessure.
Je
sentais le sang couler abondamment, mais je ne m’évanouissais pas, ne perdant
pas connaissance. Comme j’avais été blessé du côté gauche, j’élevai un peu ma
tête sur le versant de la terre labourée à ma droite. Mais le sang coulait
encore. Alors je me souvins que j’avais de l’eau dans mon bidon. Je le pris
mais celui-ci était troué par un petit éclat d’obus.
Heureusement,
il restait encore de l’eau. Je pris mon mouchoir que je mouillais de cette eau.
A ce moment, ayant besoin de ma main gauche, je voulus faire aller ce bras,
mais celui-ci refusa tout service. Je croyais qu’il était engourdi du fait
d’une mauvaise position. Mais non, j’étais aussi blessé au coude du bras gauche
par deux petits éclats.
« Allons
bon, voilà que j’ai le bras cassé » pensais je et aussitôt me vint une
idée de faire manœuvrer mes doigts.
Ceux-ci
fonctionnaient assez pour me faire voir que cette blessure n’est pas sérieuse,
mais gênante, puisqu’elle m’empêchait de me servir de mon bras. Tant bien que
mal, je lavai comme je pouvais la blessure à la tête, mais plus je mettais de
l’eau plus je saignais.
Je
ne pouvais pas rester dans cette position.
Je
songeai à ma famille car je croyais mourir là.
Vint à passer le lieutenant, celui qui
commanda « en avant ». Alors, je lui dis que j’étais blessé à la
tête. Il le vit bien, et aussi au bras. Alors il me dit que je pouvais
m’évacuer seul, mais que j’attende que cela ne bombarde plus trop…mais, ironie,
ce bombardement continuait toujours.
Enfin, combien de temps restai-je là !
Je
ne le sais au juste, peut-être deux heures !
Voulant
me tourner sur le côté droit, me sentant fatigué, je sens une nouvelle douleur
à la cuisse gauche, tandis que mon genou ne voulait pas plier.
C’est
incompréhensible, je ne pourrais pas partir, car, à part la blessure à la tête,
j’étais donc blessé de deux éclats au coude, un éclat à la jambe, un éclat dans
la région thoracique gauche, sur le derrière de l’épaule et en dessous.
(Cette blessure avait été produite par un éclat d’obus de forme
ogivale et m’avait labouré les chairs sans trop y pénétrer et ce n’est qu’à mon
arrivée à l’hôpital que je retrouvai cet éclat dans mon pantalon. Mes bretelles
de suspension étaient également coupées ainsi que la courroie de ma musette.)
Après un certain temps, reprenant mon sang
froid et mon courage, je me dis « tant pis, coûte que coûte, je vais
tâcher de gagner le sous-sol de la station », mais me lever eût été folie,
je montai donc, ou plutôt je rampai comme je pus, grinçant des dents pour ne
pas crier, car mes blessures me faisaient souffrir.
Je
dus passer contre le corps de quatre camarades qui étaient étendus sans vie,
tués par l’obus qui me blessa.
En arrivant à la haie, dix mètres à peu
près me restant à franchir pour que je sois à l’abri, surmontant ma douleur, je
me lève et me précipite dans ce sous-sol ; il était temps, au même moment
arrivait un obus balayant l’endroit d’où je sortais. Je l’avais échappé belle
une seconde fois.
Mais
je vis une chose terrible, un sergent porté sur un brancard par deux
hommes : l’obus tua le sergent et l’un des brancardiers et blessa
l’autre !
Puis
combien d’autres, hélas !
Dans l’abri, un camarade de mon renfort me
mit mon pansement individuel, ce qui arrêta l’écoulement de sang.
Après
moi, arrive le caporal Favry porté sur un brancard. Il avait la poitrine trouée
d’une balle qui était sortie par le dos.
Arrive
aussi Cotel, auquel Favry, le reconnaissant et sentant ses forces l’abandonner,
croyant mourir, fit ses recommandations
pour sa famille. « Cela vous tire les larmes des
yeux ! »... Mais plus tard, au
repos, j’eus le plaisir de revoir ce caporal complètement rétabli, « il
fallut le voir pour pouvoir y croire ».
De ce sous-sol, je dus aller au moulin de
Marre où je savais qu’il y avait un poste de secours ; la distance était
peut-être d’un kilomètre.
Alors
Cotel me dit :
« Vieux, si tu te sens
assez de force pour arriver jusque là, allons-y ! »
Alors
tant pis, je ramassai un bout de bois pour me servir de canne et me voilà parti
cahin-caha. Les obus pleuvaient bien encore, mais grâce à Dieu, aucun ne
m’atteignit de nouveau.
Cotel
qui n’était blessé qu’aux mains, marchait très vite, donc je restais seul.
Rencontrant
un ruisseau large d’un mètre à peine, je croyais pouvoir le franchir, mais
après de vains efforts, je dus y renoncer car ma jambe ne voulait plus suivre
l’autre et je dus aller rejoindre la route, à partir de ce point, je ne fus
plus inquiet, j’étais caché par les blés qui étaient déjà assez grands pour
nous soustraire à la vue et au bout d’une heure peut-être de marche, j’arrivai
à ce moulin où un infirmier se trouvait.
Il
coupa ma veste et ma chemise pour pouvoir me panser et je dus attendre jusqu’au
lendemain à 4 heurs du matin pour être pansé de nouveau par le major.
Ayant abandonné ma musette dans laquelle se
trouvaient mes vivres, ce soir-là, je ne mangeais pas et pour cause, le mal me
faisait oublier la faim.
Le 25 (mai 1916) donc, le major arracha mon pansement et
m’en fit un autre. Je lui demandai si la blessure était grave.
« Oh
non » me dit-il, mais je le vis qui hochait la tête avec une moue qui
signifiait : rien de bon.
Une fois pansé, je restai encore la journée
à Marre, mais la faim me tiraillait tout de même et comme nourriture, je
dus me contenter d’un quart d’eau mélangé d’alcool de menthe qu’un infirmier
voulut bien me donner.
Le
soir arrive, des autos viennent prendre les blessés et nous étions nombreux.
Elles nous conduisirent à Sivry-La-Perche[33] où je croyais avoir une
ambulance.
L’on
nous fit entrer dans une salle où il n’y avait qu’un banc et nous étions pour
la plupart debout. Ma jambe me faisait souffrir et ne pouvant résister, je me
laissai choir sur le pavé. L’on nous donna du thé avec du lait concentré puis
je trouvai à avoir un morceau de pain, cela me fit du bien.
Après avoir passé la nuit sans pouvoir
dormir, l’on nous conduisit, toujours en auto, à Julvécourt. En cours de
route, l’auto dérapa, vint à descendre un petit talus pouis rentra dans un
champ, ce qui nous fit souffrir encore par les secousses.
Mais
l’auto n’ayant rien d’abîmé, put rejoindre la route et nous arrivons à Julvécourt
à
A
« Oh !
la la ! Quelles souffrances ! ». Après avoir été pansé, je
me demandai si je pouvais avoir une chemise et une veste, car depuis le 24, je
n’avais plus ces vêtements, mais seulement ma capote pour me couvrir alors que
la température pluvieuse n’était pas chaude.
On
me dit que oui, mais ce ne fut qu’à Lemmes où nous devions prendre le
train que je reçus ces objets et qu’un infirmier Jeunet, voyant ma blessure
sous le bras qui n’avait pas été pansée, me fit un pansement puis me conduisit
à une cuisine me faisant donner un peu de bouillon. « Ah, je le remerciai
bien ! »
Puis je montais dans le train qui nous
conduisit à Bar-Le-Duc.
Après
une visite à l’hôpital général, suivant la gravité de nos blessures, l’on nous
marquait d’une lettre de l’alphabet sur nos capotes.
Ensuite, l’on descendit à la gare de Bar Le
Duc où après avoir été restauré, l’on nous monta dans le train qui devait
m’emmener à Châtel-Guyon[34] où j’arrivai le 28 mai
(1916) à
Le trajet fut long mais, en cours de route,
lorsque le train s’arrêtait, des dames de
A
Cosne d’Allier, des œufs nous furent distribués par les enfants des
écoles des environs de Cosne, et sur chaque œuf, le petit ou la petite
donatrice avait marqué son nom avec ses souhaits de prompt rétablissement.
A l’hôpital de Châtel-Guyon, j’y
suis resté jusqu’au 17 juin et je le quittais sans regret car, soins et
nourriture, cela laissait à désirer.
Au
cours de mes promenades, une dame me fit cadeau d’une pipe et une infirmière
anglaise nous offrit, à une douzaine de blessés, l’entrée au théâtre.
La
ville est assez belle mais peu peuplée ; c’est une station thermale. Comme
curiosité, une croix de mission érigée sur une hauteur, à côté il y a une table
d’orientation.
De Châtel-Guyon, je fus dirigé sur Royat[35] pour ma blessure reçue à
l’oreille et cet hôpital était un centre pour ce genre de blessure, mais après
deux visites du major, je savais que l’on ne pouvait pas me guérir de ma
surdité ayant le tympan perforé.
Royat est aussi une station thermale près de Clermont-Ferrand
et, comme j’y suis resté jusqu’au 8 août[36], j’en ai profité pour
visiter ces deux villes et parcourir la montagne, l’observatoire du puy de
Dôme, la fontaine pétrifiante, la cathédrale et plusieurs églises.
Sur les derniers jours que j’y passais,
j’eus le plaisir de rencontrer Roux d’Avize, ce qui me divertit un peu.
Puis, je partis de Clermont-Ferrand
avec un congé de convalescence de quinze jours et ma famille fut très heureuse de
me revoir et c’est les larmes aux yeux que j’embrassais tout mon petit monde,
et il y avait un an que je ne les avais pas vues.
Ma
permission hélas fut vite passée et le 18 août (1916), je
dus quitter de nouveau les miens pour me rendre à Dreux, siège de mon
dépôt, et là, j’appris avec surprise que j’y étais porté disparu.
Je
n’en pouvais rien croire.
Enfin,
de ma vie de dépôt, je n’ai pas à me plaindre, car j’y suis resté jusqu’au
Ce
fut pendant ce temps que je suis passé agronome une semaine, puis batteur de
moissons, laboureur.
Tous
travaux de culture où j’eus le plaisir de travailler chez de bonnes gens. Je
fis aussi la rencontre de plusieurs de mes anciens camarades du 267ème qui
avaient été aussi blessé sur Verdun.
Bref,
un jour je partis vers le Mans pour avoir un …… .Dans cette ville, je suis
resté 12 jours, puis retour à Chérizy[37], ensuit dirigé sur
Là,
je retrouvai aussi d’anciennes connaissances parmi la population civile. Je fis
un stage aux bombardiers et dans ce pas, j’apprends la mort de mon père. Je
suis resté trois semaines à
J’étais
très heureux.
Pour
faire plaisir à ma petite famille qui craignait toujours le danger pour moi, je
fis plusieurs demandes pour entrer dans
le service automobile, où je fus accepté et c’est le
A
Chartres, où je suis allé plusieurs fois, je visitais la cathédrale.
Parti à Orléans le 10 mars[39], on y arrive à onze heures
du soir le lendemain. Incorporés dans le service automobile, nous débutons au
camp des Tourelles pour des théories.
Deux
jours après, déménagement pour les Tuileries. Alors là, trois jours de noviciat
et trois jours de perfectionnement et beaucoup de théorie.
Mais
j’eus le temps quand même, de visiter la ville qui est très belle. Jeanne
d’Arc, statue équestre tout en bronze, est un monument qui figure très bien sur
la place. La cathédrale est fort jolie à voir avec Jeanne d’Arc en statue au
maître d’autel.
Après
Orléans, je fus dirigé sur Sainte Mesmes et Dourdan[40]. Ah, c’est là que l’on
« boulonne » et à cette époque, il y faisait bien froid. Parmi les
instructeurs, il y en a qui m’ont laissé des biens mauvais souvenirs car, sans
mépris, c’était plutôt des brutes ayant peur que l’on prenne leur place.
Enfin,
quittant ces deux écoles pour terminer l’instruction à Versailles où,
après examen, qui signifie peu de choses, l’on nous classe premier ou second
conducteur, mais ce n’est pas sérieux. Je fus donc second. Mais à Versailles le
travail consistait à prendre la garde tous les deux jours, puis, à aller
chercher des camions à Boulogne.
Mais,
après visite du major, je fus déclaré apte pour l’armée d’Orient. Pour le
moment, je n’avais pas pensé à cette chose et, il fallu se rendre à l’évidence
quand l’on me fis entrer dans ce groupe. Je fis part de la nouvelle à ma
famille, et cela ne lui allait qu’à moitié, à moi aussi du reste. Partir si loin
n’était pas égayant (plaisant) pour moi.
Enfin,
après être resté six semaines à Versailles, que j’ai visité ainsi que Paris,
j’ai une permission de 7 jours et ensuite « au revoir ! »
Car
quelques jours après ma rentrée de permission nous quittions Versailles
pour Lyon en passant par Corbeil, Montereau, Macon, Beaune, Dijon.
A
Lyon, nous restons 4 jours à la caserne « Pardieu ».
Ensuite
départ pour Marseille où nous restons 3 jours.
Le
2 juillet[41], nous montons dans le train
qui longe toute
Mais
à Vintimille, l’on changea de train et c’est à regret que nous quittâmes notre
wagon de deuxième classe pour monter dans un wagon à bestiaux où l’on était
très mal. Après être passés sous de nombreux tunnels, nous arrivâmes à Gênes……
Ici s’arrête le carnet.
Nous savons qu’il est allé faire la guerre
des Balkans, qu’il y a rencontré Raoul Tailleur d’Oger, un camarade qui devint
plus tard le beau père de ses deux filles.
Gabriel Desautels fut tué lors de l’exode
de la seconde guerre mondiale, à Feuges près de Troyes, par un char devenu fou,
qui faucha une colonne d’émigrés.
Il est mort à l’âge de 63 ans le
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[1] Eure et Loir
[2] Alice
[3] Julienne et Régine
[4] Photo page 3
[5] G.Deshautels né en 1878 (36 ans)
[6] Carte page 3
[7] Association fondée le 18
août : première société de dames établie en France pour préparer en temps
de paix des ambulancières et du matériel d’ambulance. (elle reconnaît les
principes fondamentaux de
[8] Canton de Brou (Eure et Loire)
[9] Canton de Beaurieux (Aisne)
[10] Aisne – Carte page 4
[11] Donc jusqu’à fin février 1916.
[12] Ces villages sont dans l’Aisne.
[13] Des poux.
[14] Aisne
[15] Marne - carte page 5
[16] Pays = village (il était
à
[17] Marne
[18] Trous faits par les obus
[19] Pupitre à musique
[20] Celui qui chante lors des offices religieux.
[21] Laïc chargé dans une église du bon ordre des processions, des cérémonies, vêtu d’un uniforme chamarré avec baudrier, bicorne, canne et hallebarde.
[22] Près de Sainte Ménéhould
[23] Village de Meuse près de Triancourt – Carte page 6
[24] Meuse
[25] Meuse
[26] Meuse
[27] Il tremblait
[28] Matière fécale
[29] Saint André en Barrois Meuse
[30] Plus d’un an
[31]
[32] Permission
[33] Meuse
[34] Puy de Dôme
[35] Puy de Dôme
[36] 1916
[37] Proche de Dreux
[38] Militaire chargé de la gestion de l’agence postale.
[39] 1917
[40] Yvelines, ancienne Seine et Oise
[41] 1917