J'ai ici les mémoires du lieutenant Fernand Dorémus qui était au
366ème R.I., si vous souhaitez je peux vous transmettre copie de ses mémoires
(15 pages)
J'ai l'impression que, ce faisant, je rendrais hommage à cet arrière
grand père dont le titre des mémoires est "pour que le souvenir ne
meure"...
Je suis personnellement passionné par la guerre 14-18 parce
qu'ému par l'horreur absolu qu'elle a représenté.
Cordialement
Vincent, mars 2005

Chemin de la Croix de guerre
Petit historique pour garder le souvenir
par Fernand DOREMUS
Présenté par vincent, son
arrière petit fils.
Recopié par Paul.
Merci à eux.
----o--O--o----
Bien
avant le mois d'août 1914, on parlait déjà de la guerre.
Le 4 la mobilisation est décrétée, mon ordre d'appel
entre les mains.
Demain
le suprême instant des adieux à Bouchain (Nord), je dois prendre le train pour
Verdun, Caserne Jardin Fontaine. Les quelques jours qui suivent sont employés à
notre habillement qui se fait au pas de course : Constitution des escouades,
distribution des armes et munitions et voilà la 8ème escouade de la 18ème Cie du 366ème R.I.
Prête
à partir en campagne sous les ordres du Capitaine Bartélémy.
C'est
la guerre de mouvement à Brocourt (Meuse) ; avec ma 8ème escouade, je reçois
l'ordre d'attaquer un convoi ennemi, résultat : coups de feu de part et
d'autre, le soldat Sautière accolé contre moi reçoit une balle qui le tue net pour
ainsi dire dans mes bras.
C'était
un gars du Nord, je ne l'ai jamais oublié.
En
rase campagne le
Il était de Ville-en-Tardenois (Aisne) lui aussi
comme Sautière accolé contre moi-même.
Vint
l'année 1915 ; en
avril je suis
nommé sergent et
je dois quitter la 18ème Cie pour être pris en subsistance par la 4ème Compagnie de
mitrailleuses en attendant la formation de la 5ème Cie qui sera commandée
par le Capitaine Ebrard.
A
la sortie d'Etain, pendant l'horreur d'une profonde nuit, le canon tonne, à
l'horizon sept villages sont en flammes les vaches beuglent de partout, les
enfants pleurent, leurs mamans les emmenant vers l'inconnu, que de tristes
souvenirs et ce même soir nous devions nous replier jusqu'au pied des Eparges,
cette montagne de boue véritable enfer quand les minenwerfer déchaînaient leurs
bourrasques.
Voici 1916 Février Mars autre enfer
jusqu'en Août toujours aux environs de Verdun.
Puis
un jour le 366ème R.I. est appelé dans la Somme l'offensive française se
déclenche, le 4 Septembre
les lisières de Deniecourt et de Berny sont atteintes, Soyecourt est enlevé
Vermandovillers est conquis en partie et le 17 conquête totale de
Vermandovillers.
Ma première citation à
l'ordre de la 142e division le
« Sous-officier intelligent et dévoué a
été pour ses hommes un exemple de courage et de dévouements lors des derniers
combats où le régiment fut engagé. »
Signé
Colonel Piazza.
J'ai
beaucoup apprécié le courage de mes mitrailleurs au cours du combat du
Combat
qui nous a couté si cher en hommes, entre autres j'ai vu tomber près de moi le
Capitaine Barthélémy tandis que les autres officiers étaient considérés comme
disparus.
Restant
seul gradé j'ai pris le commandement de la Cie en rendant compte de ma mission
au Capitaine Bars remplaçant le Chef de Bataillon blessé.
Autre
souvenance mon frère ainé classe 1890, soldat territorial cantonné dans le
secteur de Chaulnes est venu le lendemain de la bataille me devancer très
heureux de nous retrouver tous deux bien vivants.
Mars Avril 1917 cote 304.
Quelques
souvenirs émergent de ces heures de tranchée ; nous étions en appui du 80ème R.I. .
Un
Capitaine monte à mon créneau pour voir mon secteur il glisse, remonte et
reçoit une balle qui le tue net.
Ce
même jour le sergent Baussard, jeune marié rentrant de permission, est tué à la
porte de son abri, sa main crispée serrait la lettre qu'il venait d'écrire à sa
femme.
1917 le 28 Mai au mont Cornillet (Champagne) ma 2ème
citation :
6ème Corps d'Armée 34ème Corps d'Armée 132ème Division 366ème Régt d'Infanterie.
Le
Colonel de Lorquat de la Coulerie, commandant le 366ème R.I. cite à l'ordre du
régiment N°128 le
«
Sous officier mitrailleur d'un calme et
d'un sang froid admirable, le
Signé
de Lorquat de la Coulerie.
Après
la chute du mont Cornillet nous occupons avec ma section et deux mitrailleuses
le terrain nouvellement conquis 29 jours consécutifs sous les bombardements
continus de tous calibres et sans aucun abri. C'est rentrant vers le P.C. que
le Lieutenant Chottaud notre Commandant de Cie est tué par un obus et le
Lieutenant Bousquet est gravement blessé. Celui-ci me fait venir à son chevet
pour me passer le Commandement de
Juillet 1918.
C'est
la grande offensive libératrice après la prise de commandement unique par Foch,
la 4ème armée renforcée par une division polonaise et commandée par
Gouraud allait donner, j'en étais.
Ma troisième citation,
Mont sans nom (Champagne) à l'ordre de
« Le premier peloton
de mitrailleuse de la C.M. 5 du 366ème R.I. sous la conduite admirable de
l'adjudant Dorémus entouré de tous côtés dès le début de la Bataille de
Champagne le
Au quartier général le
Le
Général Gouraud Cdt
Signé
de la main du Maréchal.
Dans
l'après-midi du
Ce
coup de main fut très heureux car 27 prisonniers furent capturés qui révèlent
que le début de l'attaque est pour le 15 à
On
y croyait pas mais pourtant c'était vrai.
Car
à
L'effet
de surprise ne jouera pas. Il n'en reste pas moins vrai que la ruée allemande
fut telle que la Cie se trouva encerclée. Deux de mes sergents Vattel et Trichon
en position avancée avec chacun leur mitrailleuse furent portés disparus.
Je
ne devais plus les revoir ! Puis ce fut les combats à la grenade autour de mon
ilot. A un certain moment un de mes mitrailleurs me signale que nos grenadiers
étaient près à partir prisonniers.
Aussitôt
sans perdre un seul instant je bondis arme au poing suivi du sergent Hussard du
4ème
Bon et nous ramenons vers le
P.C. les huit prisonniers allemands ; de retour à mon poste, un autre de mes
mitrailleurs vint me dire que les boches sont la tout près.
Aussitôt,
pour une seconde fois, je bondis et par ma contre attaque je délivrais le
sergent Méoderne qui prisonnier depuis le matin et forcé de transporter des munitions
était resté à son poste et je faisais encore trois prisonniers (onze au total
en quelques instants).
Tout
de même que serait-il arrivé si au lieu de combattre héroïquement, si l'adjudant
Dorémus avait flanché ?
On
n'ose pas y penser, c'était la porte grande ouverte de notre ilot avec toutes
ses conséquences et nous n'aurions pas eu la joie, le bonheur, de pouvoir
encore après les journées du 14 et du
Ma 4ème Citation :
Cuts
(Oise) à l'ordre du Corps d'Armée le Général d'Armau de Pouydraguin commandant
le 18ème Corps d'Armée cite à l'ordre du Corps d'Armée le sous
lieutenant Dorémus Fernand du 366ème Rt d'Infanterie :
« Officier très brave qui au cours
de la bataille du
Ordre
N° 435 du
Signé
du Général d'Armau de Pouydraguin.
Cette
citation me fut décernée à la suite de ce que le commandement a appelé
l'Affaire de Cuts (Oise) un verrou allemand qu'il fallait faire sauter à tous
prix. Nous savions ce que cela voulait dire.
Débouchant
de la forêt de Compiègne nous marchons en rase campagne malgré les tirs de
mitrailleuses sur notre droite qui nous font bien du mal ; avec nos deux
mitrailleuses nous progressons par bonds successives en utilisant a fond les
aspects du terrain et arrivons près du bois de Cuts D'où nous voyons sortant du
bois tout un défilé de soldats allemands qui se rendent laissant derrière eux
un gros butin d'armes de toutes sortes : grenades mitrailleuses et d'autres
grosses pièces d'artillerie.
A
la tombée de la nuit j'ai rendu compte au Chef de Bon la position de mon
peloton.
Très
bien me dit-il si on a besoin de vous on ira vous chercher.
N'ayant
pas d'autres renseignements je me suis avancé pour voir le capitaine Schunter
qui me dit : je suis content de vous voir nous attaquons au petit jour et du
bois de Cuts sans revoir d'ennemis nous avançons vers le Bac
d'Arblincourt.
Le
pont est coupé nous ne pouvons plus avancer, empêchés par des tirs d'obus à gaz
et le tir d'une mitrailleuse ennemie qui se trouve derrière le pont. Il nous a
fallu faire appel à un canon de tranchée pour obliger les occupants à se
dévoiler.
Après
la capture des deux mitrailleuses, nous pouvions bientôt traverser les trois
cours d'eau : le canal de l'Oise à l'Aisne, la rivière l'Ailette et le fossé de
dessèchement.
Ma 5ème citation Néork (?) (Belgique).
Cité
à l'ordre général N° 356 122ème Division du
«
Chef de section de mitrailleuses chargé
d'assurer la défense d'une tête de pont, a maintenu pendant 4 jours du 22 au
Signé
du Lorquat de la Coulerie.
Après
tant d'efforts et d'éroïsme on aurait pu penser que la guerre était finie,
hélas elle ne pouvait pas être finie.
Nous
devions bientôt rejoindre la Belgique
Le 
Le
Capitaine Delangre est tué.
La
progression est difficile en face de nous une mitrailleuse ennemie nous empêche
d'avancer. J'ai eu bien de la peine à repérer sa position : elle était sous un
groseiller dans un jardin.
Une
rafale a suffi pour obliger les deux allemands à s'enfuir à toutes jambes.
Appelé sur les bords de la rivière la Lys, je reçois l'ordre d'aller avec nos
deux mitrailleuses appuyer la section d'infanterie qui assure la défense d'une
tête de pont entre Meulebeck et Olsen, aussitôt pris à parti par les occupants
de batiments organisés il fallut sans répi leur tenir tête pendant quatre jours
et finiront enfin par abandonner le combat.
Puis
ce fut la relève, trajet bien périlleux avant d'atteindre une maison isolée
pour nous mettre à l'abri des balles.
Toute
la section y était parvenue, sauf un de mes deux tireurs qui s'appelait Curtet
une balle dans un genou perdant son sang en abondance n'avait pas abandonné sa
mitrailleuse qu'il trainait à meme le sol par le bout du canon. C'était mon
dernier blessé un vrai héros. J'aimais mes mitrailleurs parce que je savais
qu'ils m’aimaient et que je pouvais compter sur eux dans les moments de crise.
Ce
jour la
Un
peu plus tard, le jour de Pâques 1919 jour de gloire, la Belgique
reconnaissante a voulu nous récompenser en invitant le 366ème R.I. À venir défiler dans
les rues de Gand. Ce fut l'apothéose ! Toute la ville en fête par
d'interminables acclamations saluait les libérateurs.
Petite
fleur à ajouter au palmarès 132ème Division 366ème R.I.
Le
Commandant Besnier cmdt le 366ème R.I. certifie que le Sous- Lieutenant Dorémus Fernand N° Mle 10666 classe 1906
anciennement affecté à ce régiment
Présent :
1°
à l'affaire de Champagne du 14 au
2°
à l'affaire de Cuts le
Aux
Armées, le
Le
Chef de Bataillon Besnier Ct le 366ème R.I.
Signé Besnier
Fin des mémoires
Retour accueil retour page précédente