Carnet de Paul Duchatelle

Sergent, puis sous-lieutenant au 303ème régiment d’infanterie, 21ème Cie

 

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Je vous prie de trouver la copie de trois carnets de guerre (dans leur version intégrale) de mon arrière petit cousin Paul Duchatelle né à Paris le 16 août 1885 et mort au combat le 21 août 1917.
Je vous donne l'autorisation de reproduire ces carnets dans leur intégralité.
Il y avait sept carnets, trois ont été perdus.
Je serai intéressé d'acquérir tout document concernant le 303ème ou être en contact avec d'autres personnes ayant des documents, Bien à vous
Marc, mars 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« ..Ce livre se trouvait dans mon sac le 14 avril 1915, il était placé au milieu sous une chemise et un tricot, ce qui n’a pas empêché qu’il soit déchiré par l’obus qui a éventré mon sac… »

 

Paul Duchatelle16 avril 1915.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SECOND CARNET

Le premier n’existe plus

(3 AVRIL  - 13 JUILLET 1915)

 

 

Pintheville  – Haudiomont –Tranchée de Calonne- Bonzée- Fresnes-en-Woëvre, Trésauvaux, Marchéville, Les Éparges, Thiaucourt, Riaville, Bonzée, Murauvaux, Villiers/Beauchamps, Saint Mihiel, Manheulles, Watronville,  Ronvaux, Etain, Briey, Châtillon sous les côtes, Grimaucourt, Hennemont, Ville en Woëvre

Bois de la Noire Haye Hattonchâtel, Saint Remy, Combres

 

 

 

3 AVRIL 1915

Je commence aujourd’hui le deuxième carnet de la campagne, voici le neuvième mois de la guerre et la fin ne semble pas proche.

La suite des évènements que personne ne peut prévoir le dira. Il semble que nous ne retournerons pas à Pintheville . Personne ne sait ce que nous ferons demain.

Aujourd’hui pluie, Haudiomont est toujours aussi sale.

L’après-midi nous allons à la tranchée de Calonne faire des abris et sommes en alerte.

4 AVRIL 1915

Pâques.

Au lieu de nous laisser tranquille ce matin et ou la majorité aurait été à la messe, nous allons à la tranchée de Calonne faire des gabions, journée pluvieuse, les routes sont défoncées et ne forment qu’un ruisseau de boue.

Nous rentrons à 2 h30 de l’après-midi et je vais aux vêpres, l’église est joliment décorée et remplie de soldats. Les renforts de toutes sortes arrivent pour l’attaque de demain, tout est prêt.

Nous avons maintenant dans les corps d’attaque un matériel admirable canon de 105 sur affût et avant-train automobile, autos canons, autos mitrailleuses, et l’esprit des troupes qui arrivent est excellent.

 

 

 

 

5 AVRIL 1915

Il a plu toute la nuit à grands flots, nous partons de grand matin faire des abris à la tranchée de Calonne, les routes sont couvertes d’une boue liquide, l’attaque qui devait commencer le matin est retardé devant le mauvais temps.

Toute la journée, mauvais temps, avec une légère accalmie vers 3 heures où le signal de l’attaque est donné, grondement d’artillerie ininterrompue.

Quatre heures et demie, l’ordre est donné de fabriquer 150 gabions en une heure, tout le monde se met à l’ouvrage avec une très grande ardeur.

Au cours de la nuit, la pluie arrive et nous rentrons à Haudiomont, toute la ligne de tranchée est éclairée par de nombreuses fusées.

6 AVRIL 1915

Haudiomont.

Toujours ce mauvais temps.

Toutes les routes sont couvertes d’une épaisse couche de boue liquide.

Les renforts arrivent toujours. Les nouvelles sont bonnes. Canonnade toute la journée.

Le soir, nuit noire. Fusées. Pluie abondante.

7 AVRIL 1915

Il a plu toute la nuit à torrent, bruit de fusillade et canon extrêmement violent.

Les blessés occupent l’église d’Haudiomont.

Une heure et demi de l’après-midi, la canonnade recommence avec violence sur toute la ligne. Nuit noire. Fusée sur toute la ligne.

8 AVRIL 1915

Réveil à 3 heures, départ pour Bonzée ou nous arrivons au petit jour.

Le pays est presque intact, les derniers habitants viennent d’être évacué il y a deux jours.

C’est un joli village bâti de chaque côté d’une petite rivière avec l’église fermant un des côtés. C’est proche des Éparges.

A chaque instant passent des blessés qui en viennent, ils sont enduits de boue des pieds à la tête comme des hommes de bronze. Le canon tonne avec intensité une partie de la journée.

Le soir, passent une vingtaine de prisonniers allemands qui sont extrêmement fatigués. Nuit noire, fusées et contre-attaques.

Nous passons la nuit tranquillement.

9 AVRIL 1915

Bonzée.

Nous sommes toujours en réserve, en attendant d’être dirigé sur le point faible.

Il passe toujours des blessés entièrement enduits de boue. Il pleut toujours.

Trois heures de l’après-midi, le canon recommence à tonner furieusement.

Nuit noire. Mitrailleuse toute la nuit.

10 AVRIL 1915

Pluie continuelle.

Canonnade intermittente la matinée, les blessés des Éparges passent toujours dans la même tenue complètement enduit de boue.

L’après-midi canonnade violente.

Le soir, à la tombée de la nuit, nous allons prendre service aux tranchées entre Fresnes et Trésauvaux, nous passons par la route de Fresnes ou nous sommes passé voici six mois ; tout le terrain est couvert d’eau et de boue liquide.

Nous arrivons à la tranchée qui est inoccupé et sans renseignements, nous sommes au pied des Éparges où se livre une furieuse contre-attaque.

Dans la nuit les balles nous arrivent de biais en descendant de la côte. Bruit d’explosion de torpilles et grenades ; fusées et projecteurs toute la nuit.

Notre tranchée est très mal construite.

11 AVRIL 1915

Journée sans pluie, mais le terrain est couvert de boue.

Tranquillité relative une partie de la journée mais à la tombée de la nuit, très violente contre-attaque. Canonnade. Torpilles, grenades, fusées sans interruption.

Nous ne sommes pas à l’abri et nous devons rester 48 heures.

La cuisine vient apporter un repas qui devrait être chaud, mais qui est froid ; cuisines à 6 kilomètres.

Nuit noire : fusées, projecteurs, coup de feu continuel.

L’ennemi se trouve à 1200 mètres devant et 100 mètres sur les côtes. Une nouvelle tranchée à 300 mètres plus en avant et en construction.

Le communiqué officiel donne de bonnes nouvelles sur les opérations de la région.

Nous sommes relevés au bout de 36 heures de tranchées.

12 AVRIL 1915

La relève arrive.

Trois heures du matin.

A l’aube, nous arrivons à la gare de Fresnes, il fait jour.

Nous cantonnons à Bonzée, nouveau cantonnement dans la maison où le colonel Couturier faisait fonction de général de Brigade, nous prenons des repas.

Il a quelques mots pour les hommes et recommande ses poules et leurs œufs.

Violente attaque vers Marchéville et les Éparges. La journée se passe sans incidents et avec un beau temps.

Le soir alerte. Le 5ème bataillon part à notre place.

Nuit tranquille.

13 AVRIL 1915

Le matin, très beau temps.

De temps à autre, nous voyons des hommes couverts de boue qui descendent des Éparges et donnent de bonnes nouvelles.

Le soir, nous partons à la tombée de la nuit, traverser Fresnes dont la plus grande partie est en ruine ; il n’y a plus que la statue du général Marguerite qui se dresse sur ces ruines.

Nous partons après L’ordre et contre l’ordre, nous prenons la route de Thiaucourt, direction Marchéville.

Sur notre route, nous rencontrons de nombreuses voitures de blesses et le lieutenant Pierret blessé à la cuisse au moment où il était placé sur une voiture.

Le 330ème dont il faisait parti ayant donné l’assaut à Marchéville.

Nous arrivons à la première ligne de tranchée sans incident ; après de nombreux périls causés par les fusées qui éclairent le terrain.

Le premier peloton occupe la gabionnade à 300 mètres.

Plus en avant, nous arrivons donc au fil de fer avec la première section lorsque une violente fusillade éclate.

Nous avons juste le temps de dégringoler le talus de la route.

 

Je m’empêtre dans le fil de fer, et roule dans la boue ou je reste plus d’un quart d’heure, les balles ne font que siffler au dessus de notre tête ; c’est un vrai miracle que personne de notre section n’aient été touché, mais malheureusement il y a un mort dans la compagnie : Dupont de la 2ème section et 2 blessés. Nous allons nous reformer derrière la tranchée et nous repartons pour la gabionnade sous les fusées qui ne cessent de nous éclairer.

Je place ma demie section dans la gabionnade, il y a un pauvre blessé qui a le bras cassé et qui ne cesse de se lamenter sur le bord de la route.

Pendant toute la nuit, de nombreux morts dans la plaine dont un se trouve au bord à l’intérieur de la tranchée.

Le lieutenant de Valmont a été tué, il était passé au 330ème avec le lieutenant Pierret.

14 AVRIL 1915

Notre gabionnade se trouve à 200 mètres de Marchéville, il fait froid ce matin, j’ai les pieds gelés d’hier soir, quand j’ai fait des chutes dans les trous remplis d’eau.

Ce matin, calme de notre côté mais l’artillerie donne plus à droite. Marchéville que j’aperçois d’ici n’est que ruine, mais la tranchée ennemie paraît redoutable.

En arrière et à gauche, Riaville secteur connu.

 

Que d’évènements se sont déroulés quelques minutes après avoir tracé les lignes précédentes…

 

L’ennemi envoi quelques grosses marmites sur la tranchée à gauche de la route. L’ordre nous est donné de commencer le feu sur le barrage de Marchéville, je donne l’ordre à ma demie section, et je tire moi-même ; a peine ai-je tiré une quinzaine de coups que je reçois un coup extrêmement violent sur le côté gauche derrière la tête et je suis complètement étourdi.

Je me mets sous un petit abri.

A ce moment arrivent, dans l’abri, deux hommes qui venaient de la tranchée arrière dont un avait été blessé pendant le parcours. Le valide panse le blessé qui touché aux jambes et à la tête demandait à son camarade de lui écrire une lettre.

A ce moment, le bombardement commençait.

Arrive une marmite de 150 dans la gabionnade en face de nous et le volatilise, me crève ma gamelle et éventre mon sac et me laisse inerte pendant deux heures.

Les camarades Dervet et Broudin me croyait mort.

 

Je me relève avec un violent mal de tête.

Pendant mon évanouissement, l’ordre avait été donné au peloton de la compagnie qui était resté à la tranchée arrière avec le capitaine de renforcer la gabionnade et attaque, c’est le barrage de Marchéville, ce qui a été la cause de ce barrage d’artillerie que nous a fait l’ennemi.

 

Dans ce parcours en terrain découvert, la compagnie a eut 32 blessés et 13 morts dont la plupart gradés caporaux ou sergent.

Dessoudin sergent, cuisse et reins brisés aura du mal a se sauver.

Legout, sergent, blessures multiples qui ont entraîné la mort.

Robinet, sergent, mort.

Berrac, sergent, blessé ; Bondon, sergent arrivé tout récemment du dépôt, blessé.

Boudignon caporal a eu la tête emportée étant à la gabionnade, Nazet, caporal blessé, Aubry, Epinette, caporaux blessé et de nombreux autres camarades.

Beaucoup sont resté entre les deux tranchées et lèvent les bras de temps à autre.

 

La terre sur un espace de 50 mètres en profondeur et toute la longueur de notre tranchée est labourée par les obus ; et toute la journée, il en tombe. Nous attendons la nuit avec impatience pour relever nos camarades qui gisent dans la plaine.

La nuit arrive, je demande l’autorisation au Capitaine d’aller me faire soigner à l’infirmerie. Je vais à Fresnes et j’ y passe la nuit…

15 AVRIL 1915

De Fresnes, je vais à  Bonzée  ou le major m’exempte de service 4 jours et je rejoins la compagnie au château de Murauvaux ou nous sommes installés dans les granges.

Je vais chercher un autre sac à la gare d’Haudiomont.

Le soir, départ pour Villiers/ Beauchamps ou nous passons la nuit.

A ce moment, violent barrage d’artillerie ennemi du côté de Marchéville.

Le régiment a 28 tués et plus de 60 blessés, dans cette journée (JMO)

16 AVRIL 1915

Villiers/Beauchamps.

Les habitants sont très aimables, ce qui est rare dans la Meuse.

Le matin, violent bombardement par l’ennemi. Nous recevons du renfort du 5ème bataillon.

Beau temps. Nuit tranquille.

17 AVRIL 1915

Villiers/ Beauchamps.

Journée tranquille.

Le bombardement a diminué d’intensité à côté de ces derniers jours. Il est distribué du campement étamé qui brille comme une glace.

Neuf mois de guerre n’ont pas encore servi d’expérience, il est pourtant reconnu qu’il devrait être noirci par un procédé quelconque, rien ne nous sert donc de leçon.

Départ de Villiers à la nuit pour un camp installé près de la ferme du château de Murauvaux et tranchée de Calonne. Violente action d’artillerie et mitrailleuses côté Éparges, cela dure toute la nuit et continue avec le matin du 18 avril.

18 AVRIL 1915

Beau temps.

Les temps au milieu de ces bois me rappellent les jours heureux de Bois L’Évêque et d’Auvours, si ce n’était le canon et les camarades perdus récemment, ce serait presque fait.

Je consulte le major pour les maux de tête suit à mon aventure du 14.

Le major me met au repos 8 jours au parc à voiture, du train de Combat.

Réception très cordiale de la part des hommes et gradés du train de Combat.

Le régiment reprend le secteur de Pintheville  mais les deux bataillons partent ensemble.

Je passe une nuit très tranquille dans la voiture de la compagnie.

19 AVRIL 1915

Temps magnifique.

Décidément tout le monde connaît mon histoire et se demandent comment il se fait que j’ai pu me sortir de ce qui m’est arrivé.

Si j’ai échappé, c’est bien par la protection de Dieu.

Je vais à Haudiomont qui vient d’être bombardé.

L’église a été touchée au clocher et l’obus a crevé le toit du côté droit au dessus de l’autel St Nicolas et meurtrit les quatre cadavres de soldats exposés dans le chœur.

Personne n’a été blessé. Le bruit de la canonnade assez violente parvient jusqu’ici.

Je passe une nuit tranquille dans la voiture.

20 AVRIL 1915

Belle et magnifique journée.

Tout serai pour le mieux au milieu de ces bois dans ce petit vallon si ce n’était la guerre dont l’écho du canon parvient jusqu’ici avec même assez de violence par instant.

Écho du Canon vers St Mihiel une partie de la nuit.

 

Réflexions sur la cessation de la guerre :

De l’avis de tous la cessation de la guerre paraît encore incertaine, malgré les bruits de paix qui se font jour dans les journaux depuis plusieurs semaines.

L’ennemi occupe le sol français qui est pour lui un gage et peut paraître un semblant de victoire puisqu’il combat en dehors de son sol national, et tout le monde sent bien que le victorieux sera le peuple qui aura du souffrir plus longtemps que l’autre.

Et si nous souffrons, nous peuple français, c’est par notre faute, si au lieu d’envoyer des perroquets à la chambre faire de la politique de clochers, nous avions envoyé des hommes qui eussent le sentiment des intérêts du pays et préparé sa défense en artillerie lourde et défense de la Frontière, nous aurions été forts et nous aurions pu faire hésiter nos ambitieux voisins à nous chercher chicanes.

Peut-être que cela nous servira de leçon et que la République sera changée par un gouvernement responsable de ses actes, chose qui n’existait pas avant cette guerre ou toute recherche de responsabilité sombrait sous le couvert de camaraderie de divers formes.

Actuellement les hommes du front ont la sensation que l’Angleterre ne fait pas tout ce qu’elle devrait faire et que son commerce tire profit de ce que nous nous fournissons chez elle et de la suppression du commerce allemand et du notre.

Les deux principaux concurrents dans le monde s’épuisent et elle tire les marrons du feu.

 

21 AVRIL 1915

Belle journée.

Canonnade très vive toute la journée. L’ennemi bombarde Manheulles et la gare d’Haudiomont.

La canonnade dure toute la nuit.

22 AVRIL 1915

Très belle journée.

Canonnade vive.

Toute la journée, les artilleurs installés aux environs ont très bien décoré la tombe de leurs camarades tués dans la tranchée de Calonne en Septembre, et leur cantonnement est disposé comme un petit parc.

Toute la nuit, canonnade.

23 AVRIL 1915

Le temps est sec mais s’est beaucoup refroidi.

Action d’artillerie assez vive.

L’après-midi, je rejoins le 5ème bataillon à Watronville. Le convoi de voiture va rejoindre. Les obus tombent auprès du ballon observateur.

Nuit tranquille.

24 AVRIL 1915

Watronville.

L’ennemi bombarde Haudiomont et Ronvaux.

Journée pluvieuse.

Vive action d’artillerie toute la nuit.

25 AVRIL 1915

Watronville.

Journée pluvieuse. Les jours de soleil de ces derniers temps ont fait se couvrir de fleurs tous les arbres des jardins.

L’après-midi, le canon tonne avec une extrême violence vers les Éparges ou l’ennemi a tenté une attaque dans la journée d’hier.

Violente canonnade toute la nuit.

26 AVRIL 1915

Watronville.

Très belle journée. Violente canonnade sans interruption depuis hier vers les Éparges. Départ du 5ème bataillon et arrivée du 6ème au petit matin.

Violente canonnade toute la nuit.

27 AVRIL 1915

Watronville.

Journée magnifique.

Tous les arbres sont en fleurs. Ce matin, à peine quelques coups de canons… Calme presque complet. Toute la nuit, grande activité d’artillerie.

28 AVRIL 1915

Watronville.

Merveilleuse journée. Toute la plaine se déroule au pied des côtes de Meuse, jusqu’à celle de Moselle que l’on aperçoit à l’horizon confondu avec le ciel. Des taches plus sombres se détachent, les bois, à gauche l’on aperçoit Étain avec des casernes neuves et tout au fond très vaguement les fumées des usines de Briey, le secteur face à nous est calme.

Toute l’activité se concentre dans le crochet que l’ennemi fait vers St Mihiel. Grande activité d’artillerie avec quelques instants d’accalmie.

Toute la soirée et la nuit, très vive action de grosse artillerie.

L’ennemi qui s’était avancé pour nous surprendre aux Éparges le 25 et était parvenu jusqu’aux pièces d’artillerie, à été repoussé le jour même avec de douloureuses pertes.

29 AVRIL 1915

Watronville.

Belle et chaude journée, je suis toujours exempté de service.

La canonnade continue depuis cette nuit toujours vers les Éparges, Marchéville avec grande violence. Je vais faire un tour aux étangs qui sont aux pieds de la côte, il y a tout un peuple de soldats qui prend ses ébats dans l’eau.

Watronville- plage, à la tombée du jour, il y a un instant d’accalmie, puis dans la nuit, la canonnade reprend avec plus de violence accompagné par les mitrailleuses.

30 AVRIL 1915

Watronville.

Décidément nous voilà parti vers la chaleur. Temps magnifique mais le canon ne cesse de tonner et ce sont toujours de grosses marmites.

Départ du 6ème bataillon. Je reste à l’infirmerie pour être examiné à Verdun.

1ER MAI 1915

Watronville.

Le beau temps continu et les marmites aussi. Dans la journée, quelques périodes d’accalmie et le canon reprend avec violence. Le feu du ciel répond à celui des hommes. Le temps se met à l’orage.

2 MAI 1915

Watronville.

Tout était calme dans la plaine, dès 7 heures du matin, les marmites tombent avec violence sur Haudiomont où hier il y a eu morts et blessés ainsi qu’à Manheulles.

Je vais à Verdun en carriole pour consulter un spécialiste des maladies d’oreilles.

Verdun, la ville ne semble pas être si près du front. Toutes les boutiques sont ouvertes. En sortant de l’hôpital, je vais à la cathédrale, il est 11 heures du matin, la nef est occupé par beaucoup d’officier, un chanoine prêche sur les robes trop étroites et l’échancrure des corsages et la légèreté des étoffes recommandant une tenue plus décente à l’église. La messe dans la petite église de campagne remplie de soldats plein de boue a plus de grandeur que dans la riche cathédrale.

 

Nos souffrances se trouvent plus près du Christ.

 

Il est écoeurant de voir tant d’embusqués officiers et soldats qui traînent aux quatre coins de la ville. Je vais déjeuner avec un camarade dans un petit restaurant et c’est la première fois depuis la guerre que je déjeune confortablement.

Je vais à l’hôpital pour avoir des nouvelles de Dessoudin, le pauvre garçon est mort le 16 avril !

Je reprends la carriole qui nous ramène à Watronville, les obus tombent dans le secteur Mezeray aux Éparges.

 

En arrivant à Verdun, je rencontre un collègue de la Samaritaine Motreuil, vendeur à la bonneterie, actuellement aux trains des équipages.

A Watronville, revue de concert organisé par le 5ème bataillon et où défilent les sosies des officiers avec quelques rosseries.

Exemple : le major du 5ème bataillon qui est docteur dans le 15ème arrondissement, celui qui le représente sur la scène questionne un malade qui lui dit être électeur dans cet arrondissement, évacué vers l’hôpital, un autre qui n’a pas cet avantage « évacués aux tranchées !! »

Je dois dire que le candidat Maucochin était candidat socialiste aux dernières élections.

Sur le soir, un orage violent se déchaîne.

Nuit noire, canon et fusillade violente une partie de la nuit.

3 MAI 1915

Watronville.

Très belle journée. Violente canonnade par période. Les obus tombent entre Haudiomont et Watronville.

Nuit noire et très violente canonnade et fusillade vers 10 heures du soir, cela dure une grande partie de la nuit.

4 MAI 1915

Watronville.

Belle journée, le canon se fait toujours entendre sur le même secteur et sur Haudiomont.

Le soir, orage formidable. Le feu du ciel fait taire celui des hommes.

Nuit noire et canonnade mitrailleuse.

5 MAI 1915

Watronville.

Je suis toujours à l’infirmerie.

Temps maussade et orageux, les obus tombent tout proche entre Watronville et Ronvaux et quantité n’éclate pas.

Pluie et orage, nuit noire.

6 MAI 1915

Watronville.

Journée orageuse, pluie.

Les obus tombent très près de Châtillon-sous-les-Cotes. Le feu est à Grimaucourt.

Nuit noire, les obus tombent très proche.

7 MAI 1915

Watronville.

Temps relativement beau.

Toute la campagne est très jolie et les arbres sont couverts de fleurs.

Aujourd’hui calme presque complet.

Nuit noire. 9 heures du soir, violent barrage d’artillerie.

8 MAI 1915

Watronville.

Beau temps. Calme absolu, aucun bruit de canon.

Il est arrivé 200 hommes de renfort qui n’ont rien comme qualité physique. Nous n’avons pas à nous moquer des allemands à ce sujet.

A la nuit, quelques coups de canon défait du 5ème bataillon pour les tranchées.

Arrivé du 6ème dans la nuit 4 heures du matin, la compagnie arrive extrêmement fatigué.

9 MAI 1915

Watronville. Dimanche.

Très belle journée de soleil.

Je vais à la messe qui est dite par un prêtre infirmier au 31ème territorial qui vient d’arriver il y a deux jours, venant du camp retranché de Paris. Je reprends le service à la compagnie.

Au rapport, il est donné des ordres pour que l’or qui est possédé par les hommes soit ramassé contre des billets.

Grande activité d’artillerie.

Nuit noire.

10 MAI 1915

Watronville.

Très belle journée le matin.

Le canon se fait entendre et dure toute la journée avec violence.

Au rapport, lecture de la citation à l’ordre du jour du docteur Mocochin Théophile pour sa soi-disant belle tenue à soigner les blessés sous le feu de l’ennemi « jouissant de l’ordre mais finalement c’est son seul titre ».

11 MAI 1915

Belle journée chaude, le matin bombardement assez violent vers les Éparges.

Match de football entre le 303ème et le 166ème. Le 303ème gagne par 3 à 2.

Nuit couverte, violente canonnade.

12 MAI 1915

Watronville.

Très belle journée, presque calme. A peine quelques coups de canon vers Pintheville .

Nuit obscure.

13 MAI 1915

Watronville.

Jour de l’Ascension.

Très beau et chaud soleil. Je vais à la messe.

Calme complet, pas un coup de canon. Lebrun est plus que gai et me rappelle les souvenirs d’Auvours dont voici déjà une année de passée. Il organise un petit bal que les gendarmes font cesser car il est 9 heures du soir.

Nuit sombre, les projecteurs des forts fouillent l’horizon.

14 MAI 1915

Watronville, journée pluvieuse.

Je suis de garde de police. Le général de Morlaincourt rouspète après le 303ème.

Le canon se fait entendre très rarement.

Nuit froide.

15 MAI 1915

Watronville.

Belle journée, le canon se fait entendre faiblement coté Éparges et avec beaucoup plus d’activité dans la nuit. Avec le beau temps, les aéros sortent tous les jours et la chasse aux aéros ennemies est plus active.

Le soir, je vais à la prière.

L’église est trop petite pour contenir tout le monde, touche capote bleu horizon.

16 MAI 1915

Watronville, beau temps mais froid.

Dimanche, je vais à la messe.

Quelques coups de canon se font entendre dans la journée.

A la chute du jour, départ pour Pintheville  et les tranchées.

Nous traversons les bois, la nuit est venue, et sur la crête, les fusées partent de tous les points de l’horizon.

 

La route de Metz entre Manheulles et Pintheville  où je ne suis plus passé depuis avril est entièrement dans la verdure avec des arbres qui sont de chaque côté et les bois qui sont à l’entour.

Les grenouilles des étangs d’Aulnois couvrent les environs de leurs croassements.

Pintheville  est encore plus démoli et la fusillade s’est faite entendre avec fureur vers Riaville où le 166ème fait la relève en même temps que nous.

Nous prenons les tranchées dans le ravin entre la Route de Metz et Hennemont à hauteur des peupliers de Bressières.

Le lieutenant Vallée qui ne connaît pas l’emplacement nous y mène non sans difficulté !!

Nous arrivons aux tranchées à minuit et demi.

17 MAI 1915

Tranchée de Pintheville  assez mal faite : simple levée de terre.

L’ennemi est à 700 mètres et paraît tranquille. Il n’y a pas d’abri, quelques trous dans la tranchée. Je me coule dans un espèce de terrier où la moitié des jambes restent dehors.

La nuit s’achève bien. 10 heures du matin, une pluie fine commence à tomber et cela dure la journée.

Quelques coups de canon, mais notre tranchée est calme, rien : ni obus, ni balles.

Nos voisins d’en face sont tranquille.

Nuit noire, fusée.

La soupe arrive à Minuit. Ce pauvre Gradois patauge dans une espèce de mare infecte et lui, si pacifique se met en colère.

La nuit se passe bien de notre côté, mais sur le secteur de la route de Metz, c’est comme d’habitude : fusillade.

18 MAI 1915

Tranchée.

La pluie continue. Coup de canon et mitrailleuses, route de Metz.

Notre coin est absolument calme.

L’après midi, le beau temps revient. Canonnade à partir de 4 heures, un dépôt de munitions saute à Mezeray.

Nuit noire. Nous sommes relevés par le 31ème territorial qui vient aux tranchées de combat pour la première fois, ils ne paraissent pas très rassurés, venant de Paris où ils étaient depuis le commencement.

Nous allons cantonner dans les bois où comme d’habitude on ne sait pas trop où est l’emplacement, cette cavalcade dure ¾ d’heure, et naturellement tout le monde rouspète et avec raison.

 Nous sommes logés dans des huttes, on tient une escouade. 

19 MAI 1915

Bois communaux.

Nous sommes tout simplement aux bois communaux face à Pintheville  dans des abris voisins de ceux où nous allions cet hiver et ou habitaient les territoriaux. L’abri que j’habite a pour nom Marie-Jane. Les bois sont magnifiques mais il fait un peu frais.

L’après-midi, action d’artillerie assez vive. Un obus de 150 est tombée sur un abri d’officier tout proche avant-hier.

Nuit noire. Fusées nombreuses.

20 MAI 1915

Bois communaux.

Fusillade assez intense dans la nuit.

Ce matin, silence complet, température indécise. Quelques obus passent au dessus de nous cet après-midi. Tous nos abris de cet hiver sont remplis d’eau. Départ à la nuit pour les tranchées. J’occupe une tranchée de liaison avec la première escouade.

Tout est tranquille.

Une discussion de M. Albert avec son caporal nous amène une volée de balles.

Le cuisinier nous apporte la nourriture non sans difficulté pour trouver la tranchée qui est isolé de 400 mètres à droite et gauche. Fusillade et bombardement violent vers St Mihiel et Étain.

21 MAI 1915

Tranchée.

Temps orageux. Calme complet tout le matin.

3 heures de l’après midi, grande activité d’artillerie jusqu’au soir. L’ennemi a déposé un paquet de journaux et photo au fil de fer pendant la nuit. L’ennemi bombarde les tranchées route Pareid mais notre côté est absolument tranquille.

Nuit assez éclairée.

Des territoriaux du 31ème s’égare devant notre tranchée. Quelques coups de feu dans la nuit. Notre cuisinier nous apporte le repas pour 24 heures.

La cuisine roulante est supprimée, elle nous faisait jeûner par trop souvent.

22 MAI 1915

Tranchée.

Au matin, un brouillard opaque nous enveloppe.

Un magnifique et chaud soleil toute la journée.

Ce matin, le canon se fait entendre avec violence vers St Mihiel. Assez vivement de notre côté dans l’après midi, mouvements d’avions au dessus de nous toute l’après midi.

Vers la fin du jour, ayant sorti la tête un peu trop au dessus de la tranchée, je reçois une volée de balles pendant 10 minutes, et ils m’avaient bien ajusté les balles, elles m’effleuraient presque.

La nuit vient, barrage d’artillerie, fusées. Nous sommes relevé assez tard et nous allons couchés aux bois communaux dans nos gourbis.

Souper, il est minuit.

23 MAI 1915

Bois communaux.

Vive action de notre artillerie la plus grande partie de la journée.

Chaud soleil.

On nous laisse à peu près tranquille.

10 heures du soir. Départ pour les bois de la Noircy ou nous allons cantonner à l’avenir.

Cet après midi, une marmite est tombée sur la place de l’église de Watronville sur une voiture de ravitaillement. Résultat : 8 tués et 23 blessés de ce coup.

La division évacue Watronville et nous également.

Nous passons à Ville-en-Woëvre où le clocher de l’église ne forme plus qu’un seul morceau de pierre. Arrivons au bois au petit jour et nous remplaçons le 31e territorial dans des baraques de bois.

24 MAI 1915

Bois de la Noire Haye.

Belle et chaude journée.

Je dors une partie de la matinée et à midi, je vais à Watronville chercher quelques objets avec une corvée. Je suis très bien et cordialement reçu dans la maison où je cantonnais, cette pauvre femme pleurait en nous quittant à Watronville. Ici, il y a encore quelques territoriaux.

Deux obus sont tombés hier et aujourd’hui. Châtillon S/Côtes a été bombardé.

Hier, un obus est tombé à Ronvaux sur l’établissement de douches : tués et blessés.

La journée se passe tranquille.

Nous apprenons que l’Italie a mobilisé.

25 MAI 1915

Bois de la Noire Haye.

Journée sans histoire, par conséquent heureuse.

On entend le bruit du canon comme d’habitude.

26 MAI 1915

Bois de la Noire Haye.

Allons faire des tranchées qui j’espère n’auront jamais l’occasion de servir. Évolution et chasse d’avions. Chaude journée.

27 MAI 1915

Bois de la Noire Haye.

Même travaux qu’hier et toute la journée.

Chasse d’avions.

Canonnade vers Étain. Chaude journée orageuse.

Canonnade lointaine toute la nuit et très violente.

28 MAI 1915

Bois de la Noire Haye.

Très belle journée, canonnade lointaine.

Nous faisons des tranchées qui seront des modèles du genre.

Nuit calme.

29 MAI 1915

Bois de la Noire Haye.

Très belle journée mais les hommes sont constamment ennuyés par les corvées du camp.

Vers 9 heures du soir, écho d’une vive action d’artillerie et fusillade vers St Mihiel.

30 MAI 1915

Bois de la Noire Haye.

Temps indécis.

Écho du canon dès le matin.

Corvée dans le cantonnement. Il est lu au rapport la plainte en conseil de guerre contre un homme du 366ème pour avoir fait la chasse aux lapins !!!...

Un avion allemand est maquillé en avion français et espionne et repère nos pièces d’artillerie.

Un espion aurait été arrêté près des pièces d’artillerie dans B. P.

31 MAI 1915

Bois de la Noire Haye.

Beau temps, mais légèrement frais.

Au matin écho de la fusillade et coups de canon.

A la nuit, départ pour Pintheville .

Sur la route, des obus qui sont destinés à Marchéville passent au dessus de nous. Pintheville  n’est plus qu’une carrière de pierres mais les rues ont été nettoyées, heureusement, car sans cela, le cholera était certain.

Nous allons coucher dans une cave, dans la maison où logeait le capitaine cet hiver. La cave est confortable, il y a de la paille propre !

Nuit tranquille, la compagnie est habillé avec la nouvelle tenue bleue horizon.

1er JUIN 1915

Voici dix mois de guerre ; que nous réserve celui-ci, est-ce la fin bientôt ! Ou y aura-t-il une nouvelle campagne d’hiver !!

C’est ce que l’avenir nous dira.

Quant à moi, je suis dans le doute, j’espère que mon pays sera assez sage pour ne pas faire exterminer ce qu’il reste d’hommes vigoureux, physiquement et moralement. Car les lâches de l’arrière qui se mettent à l’abri derrière les relations qu’ils possèdent, auprès des gens qui nous dirigent, ne comptent pas.

Je crois qu’après la guerre, la République aura fini de vivre, elle est vraiment trop aveulie. Il n’y a qu’un régime responsable de ses actes : un roi système anglais qui puisse remettre tout au point.

 

Ce matin, tout est calme, pas un coup de feu.

Belle journée. 11h du matin, le canon se fait entendre quelques minutes et reprend vers 5 heures du soir.

A la nuit, départ pour les tranchées P6 sud, route de Pareid.

A 600 mètres du village de Pareid se trouve à hauteur des peupliers et à gauche une ancienne tranchée ennemie occupée par nous au milieu d’avril au prix de combien de pertes.

Tout autour de nous, nombreuses croix jusque sur le parapet.

Cette tranchée est un véritable labyrinthe et n’est qu’un simple boyau. Fusées et coups de fusils.

2 JUIN 1915

Tranchée. P6 sud. Temps très chaud et à l’orage.

Je suis blotti dans un espèce de terrier et quand je suis rentré, j’ai eu la moitié des jambes dehors et maintenant j’ai toutes les peines du monde pour ressortir.

L’ennemi envoi quelques obus sur le petit poste et démoli le parapet, personne n’est touché. 1m3 se détache du parapet et enseveli tout le fourbi de Sicot et Rousseau qui l’empêtre.

 

Toute la journée, des obus sont échangés de part et d’autre.

A peu près tranquille comme Ballestrais, ennuyé par de grosses mouches vertes très nombreuses.

Cet ensemble de tranchées est un vrai cimetière, une centaine de morts, tous de l’attaque d’avril sont tout autour de nous et l’abri de commandement du lieutenant est proche voisin d’une tombe, et dans ce petit coin de plaine, entre les routes de Metz et Pareid, il y a plus d’un millier de braves camarades du 157ème et d’autres régiments qui sont tombés en avril, ce n’était vraiment pas la peine de faire tuer tant d’hommes pour un si petit résultat, surtout que cette tranchée payée si chère va être rebouchée puisqu’il en est recreusée une autre à 500 mètres en arrière, celle-ci ne pouvait plus être tenable avec les chaleurs.

Belle nuit, fusées.

Distribution dans la nuit.

Rien de nouveau.

3 JUIN 1915

P6 sud. Belle journée.

Ce matin, notre artillerie montre beaucoup d’activité, l’ennemi ne répond que vers 1 heure et sur nos tranchées des morceaux tombent jusqu’à nos pieds et cela recommence plusieurs fois dans la journée.

Le soir, vers 5 heures, j’étais avec trois camarades à causer, voilà qu’ Hyppolite nous prend comme cible et la balle passe à quelques centimètres de nous (Hyppolite est le veilleur ennemi qui observe dans son créneau et, est chargé de faire du bruit à tirailler toute la journée).

Nous sommes relevés par la 23ème qui va commencer à reboucher cette tranchée.

Arrivons à Pintheville  où nous logeons dans notre cave.

4 JUIN 1915

Pintheville .

Beau temps, mais les artilleurs ennemis commencent à nous ennuyer dès le petit matin et cela pendant toute la journée.

J’étais partie avec Decou chercher à faire un cliché, il s’en faut de deux minutes que nous ne nous trouvions sous l’obus qui éclate devant la maison du docteur.

Nuit tranquille.

Fusées et quelques coups de fusils.

5 JUIN 1915

Pintheville .

Beau temps.

Aujourd’hui, tranquillité absolue.

Hier, l’ennemi a bombardé Verdun avec une pièce à longue portée.

Six heures du soir, plusieurs de nos aéros passent et ont au soir quelque chose d’intéressant car peu de temps après, notre artillerie donne vigoureusement.

Nous allons aux tranchées M6 ancienne 92 sud.

Les tranchées ont été sérieusement renforcées ainsi que le boyau entre 92 et P4. Le barrage est en place par un tunnel.

En arrivant, nous sommes prévenus d’avoir à déboucher rapidement du tunnel.

Un sergent du 166ème a été tué hier soir et un homme blessé à la sortie du tunnel. Je trouve le moyen d’avoir une foulure au pied en butant dans un trou.

Ma demi section placé, je vais à l’abri de commandement du lieutenant et y reste toute la journée au lendemain. Vive fusillade toute la nuit.

Les cuisiniers apportent le café et à ce moment une balle me frôle de près.

Bourlier, cuisinier de la section au front depuis le début est tué en retournant à Pintheville  dans le boyau près de P4, la balle lui touche l’artère aorte près du cœur.

Une sentinelle, un petit poste à sa cartouchière traversée par des balles, ce qui fait exploser des cartouches.

6 JUIN 1915

La fusillade continue jusqu’à 4 heures du matin.

Notre artillerie donne vigoureusement. Les aéros français et ennemis ne cessent d’évoluer au dessus de nous. 11h du matin, l’ennemi envoie 9 obus de 130 qui font de l’effet sur P4Sud.

Nous apprenons que le lieutenant Saoli parti en patrouille n’est pas rentré. Après midi tranquille. A la nuit, je pars pour Pintheville  faire soigner mon pied et reste au cantonnement toute la nuit.

Les balles ont balayé la route de Metz, la 23ème y faisait une corvée de gabions.

Verdun a été bombardé une seconde fois, ainsi que les bois de la Noire Haye. A l’angle de la tranchée et de la route, petit cimetière, canonnade violente vers le Bois le Prêtre

7 JUIN 1915

Beau temps. Tout est tranquille, rien ce matin.

Les patrouilles ont recherché le lieutenant Saoli qui n’a pas été retrouvé.

Le soir, visite d’aéros et quelques coups de canon. Joly, sergent camarade qui est au front depuis le début évacué pour fièvre coloniale, il rentre de la compagnie à 11 heures du soir.

Les balles balayent la route de Metz. Canonnade par nos 75 une partie de la nuit.

Les balles tombent jusque dans les jardins derrière Pintheville  et les bois communaux.

8 JUIN 1915

Pintheville

Belle journée mais orageuse.

Canonnade et fusillade modérée. Lebrun passe une partie de l’après-midi avec moi. Nous descendions voir des cerisiers et des pruneaux passent…aussi laissons nous les cerises.

Orage l’après midi.

Le soir, rassemblement et départ qui n’en finit pas, les rues de Pintheville  deviennent dangereuses, elles sont constamment balayées par les balles, les maisons étant toutes éventrées. Départ pour la Noire Haye où nous arrivons presque au petit jour.

Orage formidable, je suis inondé sous l’abri.

Je pense qu’il est heureux que les hommes ne puissent se servir des puissances de la nature tel que le tonnerre.

9 JUIN 1915

La Noire Haye.

Belle journée. Chaleur lourde.

Construction d’abris de bombardement. Quelques coups de canon assez loin.

La nuit, le bruit de la fusillade parvient jusqu’ici.

Orage dans la nuit.

10 JUIN 1915

La Noire Haye

Très forte chaleur.

Nous continuons la construction de tranchées.

Bruit de fusillade à la chute du jour.

Canonnade vers Manheulles dans la journée.

11 JUIN 1915

La Noire Haye

Très belle journée.

Des shrapnels sont tombés sur les travailleurs des tranchées.

Bruit de fusillade et de canonnade dans la journée et une partie de la nuit.

12 JUIN 1915

La Noire Haye

Très belle journée.

Je suis sergent de jour et suis ennuyé toute la journée par les corvées et séance de vaccination.

Visite du Général Morlaincourt.

Quelques coups de canon. Les obus tombent sur Haudiomont.

Aujourd’hui, il nous a été distribué des tampons pour se protéger du gaz asphyxiant.

Toute la nuit, écho de la fusillade et canonnade.

13 JUIN 1915

La Noire Haye.

Très belle journée.

Écho d’artillerie.

On passe à tous le crâne au papier de verre même aux officiers.

Quant à l’issue de la guerre, personne ne voit comment et quand cela finira.

Beaucoup même envisage une nouvelle campagne d’hiver.

Il est lu au rapport un ordre du général commandant l’armée qu’il ne doit pas être fait de citation à l’ordre du jour de proposition pour la croix de guerre sans que ce soit motivé par un acte de courage ou de dévouement !!!!!!!!!!!!

Le soir, 11 heures du soir, violente canonnade et fusillade dans le secteur.

Cela cesse à minuit.

Je joue à la banque jusqu’à 11 heures et l’adjudant gagne et comment…Je suis guéri de jouer pour quelques jours.

14 JUIN 1915

Noire Haye

Belle journée.

Le matin, travail à couper des branchages aux bois jusqu’à 11 heures.

L’ennemi nous ayant aperçu près de Ville-en-Woëvre nous envoi quelques shrapnels.

Les tranchées de luxe sont près d’être terminées, ce sera pour les badauds après la guerre.

Les obus ne doivent pas tomber loin de Manheulles ou Haudiomont car on les entend siffler de près.

15 JUIN 1915

Bois de la Noire Haye

Je vais de bonne heure à Watronville et vais à la messe qui est dite par le lieutenant Béguin et servi par le caporal Latour.

Dans les rues, je rencontre le colonel.

A Pintheville , pas de danger de le rencontrer, il reste enfoui dans les caves du docteur pendant les 8 jours.

Très beau temps.

Les grosses marmites tombent sur Manheulles et Haudiomont.

16 JUIN 1915

Bois de la Noire Haye.

Beau temps.

Reconnaissance d’aéroplane ennemi.

Notre artillerie les encadre de son feu. Nous venons de passer quelques jours tranquille à tout point de vue à la Noire Haye.

Nous recevons quelques hommes de renfort dont la plupart n’ont jamais fait de service militaire.

A la nuit, départ pour Pintheville .

Nous arrivons à 10 heures au soir, quelques coups de feu et fusées.

Nuit tranquille. Nous allons coucher dans notre cave.

17 JUIN 1915

Très belle et chaude journée.

Dès le matin, quelques coups de canon et silence absolument complet toute la journée.

Le soir, vers 6 heures, notre 75 se fait quelque peu entendre.

Départ pour les tranchées, nous prenons le boyau qui a été quelque peu approfondi. Fritz commence à se faire remarquer, plusieurs coups de feu direction Marchéville nous frise de près.

Nous rencontrons sur la route une voiture tout terrain que la 19ème ramène à Pintheville, cela fait assez de bruit.

C’est une voiture du 31ème territorial qui s’était emballé la veille avec deux chevaux et son chargement de gabions.

Les allemands ont tués les deux chevaux à la hauteur du petit poste, en entendant tout ce vacarme, ils ont dû se demander ce qu’il y avait ?

Nous arrivons à Q2 hors bord où je remplace Château.

Quelques coups de feu toute la nuit et fusées.

Projecteurs d’Hattonchâtel.

18 JUIN 1915

Anniversaire de Waterloo :

1815 : Prussiens Anglais contre Français

1915 : Français Anglais contre Prussiens.

Tranchées de Pintheville  dès ce matin. Polyte à l’air de s’être réveillé un peu énervé.

Coup de feu à chaque moment, nous lui répondons pour le faire taire un peu.

Belle journée. Silence complet toute la journée.

5 heures du soir, notre artillerie envoie quelques coups.

Notre tranchée possède quelques masques et de l’hyposulfite en cas de gaz asphyxiant.

A la nuit, notre mitrailleuse brûle quelques bandes en l’honneur des allemands que l’on entend travailler. Coups de feu des crapouillots toute la nuit dans le secteur voisin 166ème. Fusées.

Nos cuisiniers nous apportent notre nourriture dans la nuit.

19 JUIN 1915

Belle journée.

Le matin, écho d’une vive action d’artillerie vers Saint Remy-Combres.

Fritz et Polyte sont tranquilles ce matin.

Une partie de la journée est à peu près calme. Quelques obus tombent sur Pintheville .

Toute la journée, coup de feu vers le 166ème. Cette tranchée est également environnée de tombes.

Dans la plaine, on aperçoit quelques tumulus où reposent nos morts d’avril et la plaine est semée d’objets d’équipements, musettes, couvertures, etc

Relevé à 9 heures du soir. Rentrons par le boyau.

Fritz et Polyte saluent notre départ.

Nous arrivons à notre cave de Pintheville . A peine venions nous de nous endormir, il est minuit.

Au feu !

La maison d’en face ou plutôt les débris de la maison brûlent.

Service de pompiers jusqu’au jour.

Faisons la chaîne avec tous les ustensiles de campement.

Au jour, le commandant est présent avec le porte drapeau et fait installer une pompe qu’ils ont dû aller chercher dans un tas de ferrailles et est installée avec des tuyaux de tout genre et calibre.

C’est vaudevillesque.

Heureusement que l’ennemi nous a laissé tranquille surtout à l’entrée du village.

Le jour vient, et l’incendie est éteint.

20 JUIN 1915

Pintheville

Matossy vient me prévenir à 6 heures du matin que dans quelques instants, un prêtre brancardier de la territoriale va dire la messe dans la grange à moitié démolie qui est en face.

Je vais à la messe, nous sommes une cinquantaine, que de majesté dans cette messe, la grange est à moitié démolie. Il y a quelques instants, sa voisine flambait, le canon tonne et quelques obus peuvent tomber au milieu de nous, les balles traversent la rue, sans sa simplicité, elle est plus impressionnante que dans une cathédrale, il semble que nous sommes au premier jour de l’église ou de la Révolution.

Tout semble être tranquille, la popote est installée dans ce qui reste d’une maison : 3 murs et un plafond, comme vue les ruines de la maison du docteur.

L’après-midi, 1 heure, je fais faire une corvée de pierre, jusqu’à ce que l’ordre soit donné de rentrer dans les caves.

Nous attaquons vers Combres et Saint Remy et l’ennemi pourrait nous bombarder.

La journée continue à se passer bien.

A la nuit, la compagnie travaille au boyau, mais je n’y vais pas. Canonnade intensive vers Combres une partie de la nuit.

21 JUIN 1915

Pintheville .

J’ai passé une bonne nuit dans la cave. Très belle journée.

Calme ce matin, à part quelques coups de feu de Polyte.

Le soir, cinq heure, l’ennemi envoi quelques obus vers Pintheville  et les amateurs d’aluminium s’empressent de chercher les têtes d’obus pour fabriquer leurs bagues.

L’aluminium se fait rare !

Il y a davantage de cuivre.

Rassemblement de départ pour la tranchée.

A ce moment, il nous est donné connaissance que cet après midi, l’ennemi a envoyé reconnaître la tranchée P6Sud inoculé en labyrinthe que nous avions rebouché en partie pour nous établir à 400 mètres plus en arrière, qu’actuellement il y a des sections ennemies déployés devant cette tranchée pour protéger les travailleurs.

Nous entendons notre mitrailleuse qui balaie la plaine. Il est vraiment pénible d’avoir abandonné sans nécessité cette tranchée qui avait coûté tant des nôtres et qui domine une partie de nos tranchées et boyaux.

Passons par le boyau plusieurs coups de feu, nous passent par-dessus la tête.

Arrivons à la tranchée Q2NN ou M6NNord sans incidents mais nous redoublons de surveillance. Fusées, coups de feu.

Nuit normale avec la visite de nos cuisiniers.

Vive fusillade par le petit poste, route de Metz.

22 JUIN 1915

Tranchée Q2NN ou M6NNord.

Le petit jour nous trouve plein de vigilance. Grondement lointain d’artillerie vers St Remy et Combres. Nous observons à la jumelle notre ancienne tranchée.

Rien de particulier à signaler.

Petit orage l’après midi.

Coup de feu toute la journée. Un lys blanc fleurit dans la tombe qui est dans la tranchée.

A la nuit, Fritz fait des siennes. 11 heures du soir, véritable feu d’artifices.

Fusées de toutes les couleurs : Blanches, rouges, vertes. Barrage d’artillerie, vive fusillade et mitrailleuses, vers Marchéville, Combres et St Remy, nombreux crapouillots puis le silence renaît coupé par quelques coups de fusils.

Visite de nos cuisiniers.

Pluie dans la nuit.

23 JUIN 1915

Tranchée Q2NN, avec le jour, les coups de fusils continuent, nous nous mettons de la partie et faisons taire Fritz.

Journée orageuse coupée de pluie.

Toute la journée, vive action d’artillerie et d’infanterie dans le val des Éparges. Combres. St Remy. Tranchées de Calonne : c’est un concert assourdissant.

Dans notre secteur, échange de quelques obus de part et d’autre, l’ennemi à réinstallé une saucisse (ballon d’observation) sur les côtes de Meuse.

Nous sommes informé que ce soir, il y aura attaque de l’ancienne tranchée P6S abandonnée par nous (réoccupée par l’ennemi). La 24ème attaquera.

Nous sommes relevé très tard, 1 heure du matin. Le lieutenant (…) s’est égaré dans la plaine et n’a pas trouvé la tranchée ! partie remise. 2 violentes contre-attaques se produisent dans la tranchée de Calonne.

Nombreuses fusées, barrage d’artillerie.

24 JUIN 1915

Pintheville .

Nous logeons dans notre cave habituelle.

Belle journée de soleil.

Le canon se fait entendre avec une extrême violence vers Combres.

Tranchée de Calonne, la compagnie creuse des abris de bombardement qu’il eut été logique de faire dès l’hiver dernier au lieu de creuser des abris aux Bois communaux qui ont été envahis par l’eau.

Coups de canon sur Pintheville.

A la nuit, des ordres sont donnés pour attaquer la tranchée P6S, chasser l’ennemi et bouleverser la tranchée, la 21ème fournit deux patrouilles de sous officiers Tafforer et Biesini et la 22ème attaquera.

La patrouille de la 21ème à pu s’approcher tout près de la tranchée et s’assurer qu’elle est occupée, ils ont également rencontré deux cadavres des nôtres qui sont là depuis avril.

La compagnie quitte Pintheville  et nous allons à la Noire Haye.

25 JUIN 1915

Il ne fait pas encore jour, 1 heure du matin, violente contre attaque aux Éparges.

Arrivée à la Noire Haye.

Pluie.

La 22ème cie qui a attaqué a été obligé de se replier : 1 mort, 5 blessés dont 1 très gravement. Attaque à la tranchée, partie remise.

Il a été installé à la Noire Haye, un cour de tennis !!!!!

Il eut été plus utile d’occuper la main d’œuvre à d’autres travaux. Ce n’est pas le moment de penser à s’amuser. Nous montrons notre indignation même assez haute pour que ce soit entendu par qui de droit.

Violente lutte d’artillerie toute la journée et voici 9 heures du soir, cela dure encore toute la nuit de même.

26 JUIN 1915

Bois de la Noire Haye

La canonnade continue toujours avec une violence sans précédent, maximum à midi, cela doit être une débauche de munitions.

La compagnie a été occupée à effectuer différents travaux et malgré les discours officiels et les articles de journaux, le moral des troupes devient mauvais devant la perspective d’une campagne d’hiver.

27 JUIN 1915

Noire Haye

Ce matin, il y a un moment d’accalmie. Tranchée de Calonne.

Au moment où nous étions à déjeuner arrive un orage formidable qui couvre le bruit du canon qui est assez intense. 3 heures après midi, rassemblement du 6ème bataillon et remise de croix de guerre au lieutenant Dreux…dont le seul mérite est d’être affilié à cette société secrète.

S’est distingué à Marchéville par sa l…. (lâcheté ?) à fait sortir des hommes de la tranchée, les a menacé de son révolver et lui-même s’est planqué, ne les a pas suivi.

Et à d’autres faits d’armes de ce genre à son actif.

Le lieutenant Chauveau 22ème compagnie a mérité sa croix, Caporal Lanvor, 21ème compagnie à mérité sa croix. Ensuite le colonel accroche la croix au drapeau du 303ème et dit ces quelques mots : « En décorant le drapeau, je décore moralement tous ceux qui était présent à l’attaque du 12 novembre dernier ».

Cela lui a coûté de féliciter dans une allocution, la croix que certain n’ont pas gagné, aussi celui là en a entendu des vertes et des pas mûres de la part des hommes,  certains ont dit assez haut leurs mécontentement.

Ce soir, les officiers se font remarquer comme souvent par leur peu de tenue.

Le canon se fait entendre dans le ravin des Éparges.

28 JUIN 1915

Bois de la Noire Haye

Quelques coups de canon le matin.

La compagnie exécute quelques travaux.

Nous fêtons la Saint Pierre et Saint Paul.

Activité d’artillerie vers Midi.

Je vais à Haudiomont avec Matossy qui va se rendre compte de l’état de la maison Georgin.

De là, la vue sur les Éparges est très nette. Les Éparges apparaissent tout rouge et brûlé au milieu de la verdure du reste des côtes. Nous allons dîner et revenons le soir à Haudiomont chercher une médaille que Matossy avait oublié.

A ce moment, 10 heures du soir, se déclenche une attaque formidable.

Tranchée de Calonne. Les fusées font un véritable feu d’artifice, l’on voit comme en plein jour.

Le canon part de tout côté jusque derrière Haudiomont, mitrailleuses et fusils se font entendre, et nous apercevons un épais nuage qui s’élève lentement, ce doit être des gaz asphyxiant.

Nous avons le cœur serré en pensant aux camarades qui se font tuer pendant qu’à cette heure, Paris s’amuse et nous nous demandons si nous n’allons pas être enfoncé devant une attaque de cette violence.

Nous rentrons à la Noire Haye et cela dure toujours.

11 heures du soir, il y a un peu plus de calme.

29 JUIN 1915

La Noire Haye

 

Belle journée. La compagnie exécute quelques travaux et revues de détails. 11 heures, le canon se fait entendre avec violence et le calme revient dans le courant de la journée.

La canonnade reprend à la nuit.

Minuit, violente contre attaque, fusillade et canonnade, toujours tranchée de Calonne.

30 JUIN 1915

Noire Haye.

Pluie abondante le matin.

Une fusillade d’une violence extrême se fait entendre et barrage artillerie, tranchée de Calonne. Quelques coups de canon dans le reste de l’après midi. Nuit calme.

1er JUILLET 1915

La Noire Haye. Beau temps. Quelques coups de canon. Le calme paraît être revenu.

La compagnie exécute différents travaux.

Il circule le bruit d’émeutes à Paris, Alençon et Chartres.

Nuit tranquille.

2 JUILLET 1915

Noire Haye.

Très belle journée.

Quelques coups de canon le matin vers la Calonne.

Depuis que nous allons à la Noire Haye, nous avons organisé une popote entre les sous-officiers et cela ne marche pas pour le mieux, mais notre cuisinier suave aujourd’hui est dans les vignes, il a trop fêté Bacchus.

Ainsi est-il incapable de préparer le départ. Matossy, chef de popote le remplace par Yvon.

Départ pour Pintheville  où nous arrivons sans incident, tout est absolument calme.

Nous couchons dans notre cave habituelle.

Nuit tranquille.

3 JUILLET 1915

Pintheville .

Très belle journée qui se serait passé absolument calme si notre artillerie n’avait pas envoyé 3 obus dans la matinée.

A la nuit, départ pour les tranchées par le boyau.

Quelques coups de feu vers le 166ème. Arrivé à la tranchée Q2 Nord près de la route où M6. Fusées dans la nuit vers les Éparges, très forte lueur comme le ferait une explosion de mine.

Crapouillots, torpilles qui déchire l’air de toute la plaine.

De très nombreux éclatements d’obus tirés sur aéros par l’ennemi sur des aéros sont visible une partie de la nuit. Fusées. La demi section fournit le petit poste.

4 JUILLET 1915

Tranchée de Pintheville  M6N. Très belle et chaude journée.

Nous fournissons petit poste de jour, qui ce matin à reçu la visite d’une patrouille ennemi. Quelques coups de canon. Mais pas un coup de fusil.

Est-ce le présage des grands orages ?

L’après midi vers cinq heures, l’ennemi nous envoie une douzaine d’obus sur les tranchées.

Le soir à la nuit, il nous arrose avec ses mitrailleuses.

Dans la nuit, visite de nos cuisiniers. Éclair du canon vers les familles d’Orne et la Calonne. Grondement lointain vers le Bois Le Prêtre. Dans le secteur voisin, crapouillot, torpilles et nombreuses fusées.

5 JUILLET 1915

Tranchée M6Nord.

Quelques coups de fusil au petit jour. 3 heures du matin, notre tranchée reçoit une dizaine d’obus de 105 dont un ébrèche le parapet, temps orageux.

Tout paraît être rentré dans le calme jusqu’au soir où se déclenche une violente contre attaque vers Calonne.

Nous sommes relevés par la 23ème.

Pas un coup de feu pendant le trajet des tranchées à Pintheville .

Nous logeons dans la cave, nuit tranquille.

6 JUILLET 1915

Pintheville .

Le canon se fait entendre toujours vers la Calonne. La compagnie fait quelques petites corvées.

Le soir, à la tombée du jour, nous allons travailler à creuser le boyau, la nuit s’obscurcit. Une contre-attaque d’une extrême violence à lieu vers la Calonne.

Fusées innombrables, barrage d’artillerie et fusillade dans la nuit noire comme encre, c’est d’une telle violence que cela fait frémir. Puis l’orage arrive et les éclairs se succèdent éclairant la plaine de tout côté, c’est du plus haut tragique dans notre secteur.

L’ennemi envoi quelques obus et nous envoyons la réponse.

Dans la nuit venant des tranchées, arrive ces cris de détresse « A moi ! ».

Devant l’impossibilité de voir  et de travailler, et l’orage qui s’abat sur nous, nous rentrons à Pintheville  dont les ruines sont éclairés par les éclairs.

C’est inexprimable, je n’ai jamais vu un orage pareil, il semble que lorsque ce sera la fin du monde, ce sera semblable.

Aujourd’hui, un homme à été tué au petit poste en regardant au parapet. 1 à Pintheville  dans les jardins à eu une balle au cœur.

7 JUILLET 1915

Pintheville .

Ce matin, il fait beau, il ne reste plus trace de l’orage.

Nous allons travailler au boyau sous le regard de la saucisse ennemie (ballon observateur), et contrairement à notre attente, nous pouvons travailler sans recevoir de projectiles. Quelques obus s’abattent sur Pintheville .

Nous rentrons déjeuner. Le beau temps continue, ainsi que la tranquillité.

A la nuit, départ pour les tranchées par le boyau.

Tout est tranquille, service Q2Sud. Violente attaque Marchéville- Éparges.

11 h du soir de la même violence que la veille, coup de feu une partie de la nuit.

8 JUILLET 1915

Tranchée de Pintheville  Q2Sud.

Beau temps, tout est calme.

La tranchée est environnée de tombes.

Jusque sur le talus de la route où repose un rang de 9 chasseurs à pied tués en avril. Quelques coups de canon tombent sur les Éparges. Nombreux coups de fusils pendant toute la nuit.

Deux contre-attaque sur les Éparges. Fusées, barrage d’artillerie.

Dans la nuit, visite de nos cuisiniers.

9 JUILLET 1915

Tranchées de Pintheville  Q2Sud.

Très beau temps.

Le matin, nombreux coups de feu au lever du jour.

Je vais avec trois hommes ramasser les nombreux débris de toutes sortes : sous équipements, crapouillot, cartouches, campement, dont les tranchées P1-P2 sont remplies et qui sont là depuis les attaques d’avril.

Coups de canons sur les Éparges.

Notre tranchée a été tranquille le reste de la journée, ni balles, ni obus, ceux qui passent sont à Pintheville .

 

5 heures du soir d’épais nuages qui semblent être asphyxiant couvrent le ravin des Éparges.

Dans la nuit, deux contre attaques avec barrage d’artillerie dans notre secteur. Silence complet, ce qui semble inquiéter l’ennemi qui envoie plusieurs fusées.

Minuit, nous sommes enfin relevé par la 17ème.

Le service est encore une fois changée maintenant il y aura la 21ème 22ème qui iront aux tranchées et 23ème 24ème qui feront des travaux à l’arrière au dire de nos dirigeants, c’est égal. Mais, ce n’est pas l’avis de tous.

C’est bien 303ème.

Nous arrivons à la Noire Haye, au petit jour, le 5ème bataillon a décoré le cantonnement en l’honneur du 14 juillet, régime qui n’existe plus depuis Août 1914, ce n’est pas cela qui fera revivre la gueuse de République, enfin il y a l’Arc de Triomphe, bosquets, motifs de décoration diverses qui sont de bon goût mais qui n’est pas de mise en ce moment où tant de camarades se font tuer et peut-être ce sera notre tour demain, surtout que nous n’obtenons pas de victoires, c’est a grand peine si nous maintenons nos lignes.

Il serait préférable d’occuper la main d’œuvre à des travaux plus utiles, propreté du cantonnement par exemple ou les poux règnent en maîtres.

10 JUILLET 1915

La Noire Haye

Très beau temps.

Repos.

Rien de remarquable.

11 JUILLET 1915

La Noire Haye

Temps nuageux.

On entend le bruit du départ de quelques pièces voisines.

Au rapport, il est lu par l’ordre du ministre qu’il est défendu d’adresser des quolibets à certains régiments ou d’en faire des réflexions désagréables. Le fait est que l’on ne s’en prive pas pour le 15ème corps.

Quelques coups de canon le reste de la journée.

A 7 heures du soir, attaque extrêmement vive par les Français aux Éparges point X. D’ici, on aperçoit sauter la mine, véritable volcan, très vive fusillade de canonnade qui se calme dans la nuit et reprend avec autant d’intensité au lever du jour.

12 JUILLET 1915

La Noire Haye

Très belle journée, le canon se fait entendre vers les Éparges une partie de la journée.

A la nuit, il se fait encore entendre avec régularité.

Il y a représentation de concert sur une estrade de poste, à ce moment se déclenche une attaque d’une violence extrême, je n’aurai pas le cœur à aller rire quand le sang coule sur les Éparges.

Grondement lointain du canon vers Consenvoye Jumelles d’Ornes.

13 JUILLET 1915

La Noire Haye

Journée couverte.

Depuis fort avant dans la nuit, le canon se fait entendre avec une activité extrême, roulement continue au nord de Verdun, maximum au lever du jour.

Toute la journée, roulement continu du canon dans cette direction.

Le soir, l’ennemi envoi une douzaine de marmite dans le bois qui éclatent pas loin de nous.

Départ pour Pintheville, pluie continue pendant le trajet. Nous arrivons traversé par l’eau. Nuit noire éclairé par instant par les fusées. Canonnade vers les Éparges.

 

Fin du second carnet

 

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