Dans le dossier militaire de mon grand
père, il s’y trouvent des lettres qui explique comment il est passé de l'armée
de terre à l'armée de l'air, entre les 2 guerres…
Joëlle,
le 02/06/2003
Voilà donc son carnet de route
Recopié par Martial , mis en page par
Abel, merci à eux deux
1er Acte - 1er
Engagement
Fernand Charles Dumoulinneuf (76ème
Régiment d’infanterie)
|
|
|
Arrivés
à Longwy par « Lexis » par ? à la pointe du jour, nous sommes engagés
immédiatement. Cette 1ère rencontre est sérieuse, nous avons au 3ème bataillon
les capitaines BERGAZET 12ème compagnie et François 11ème compagnie blessés
l’adjudant chef HALOUIN est blessé. A la 3ème Section de mitrailleuse et dès le
début un tireur SERRANTet un chargeur SALMON sont blessés. Notre section de
mitrailleuses fait dans les rangs allemands des ravages terribles, nous les
voyons parfaitement tomber mais nous sommes forcés de battre en retraite, nous
recevons une avalanche d’obus. Nous nous reformons dans une carrière, nous
croyant à l’abri. Mais aussitôt nous sommes repérés par leur artillerie. Au
même moment atterrit un aéro français qui apporte l’ordre de battre en retraite
(nous avons devant nous 7 corps d’armées allemands, renseignement donné par cet
avion). Nous nous replions donc sur CALLANCOURT par VILLERS LA CHEVRE. Notre
artillerie arrivée sur ces entrefaites soutient notre retraite, mais comme par
hasard malheureux, sitôt en batterie, 2 obus boches arrivent juste sur 2 de nos
caissons et les font sauter, quels dégâts et quelle vision ! Nous couchons
le soir au-dessus de Longuyon vers CALLANCOURT. Nous nous abritons avec de la
paille, couchés, les uns serrés aux autres. Le matin un petit incident risible.
Nous sentions dans notre sommeil quelque chose nous chatouiller les pieds, puis
nous réveillant nous vîmes que c’était une vache qui mangeait la paille dont
nous étions couverts, aussi le matin, au réveil une tasse de lait nous fût
grand bien. Dans cette journée les Allemands ne nous ont que très peu
poursuivi. Ils avaient dû subir eux aussi des pertes importantes ne leur
permettant pas de profiter de leur avantage.
23
Août - LonguyonLe matin nous arrivons à Vivier au-dessus de Longuyon, et nous faisons la grand’halte puis au moment de manger la soupe 2 Régiments de cavalerie allemands sont juste à temps repérés par notre artillerie et 1 section de mitrailleuses la 2ème et les anéantissent. A ce point que le lendemain des civils nous apprennent qu’ils ont été obligés de réquisitionner les brouettes pour transporter leurs morts. Nous passons dans Longuyon après cette affaire là et à une ambulance j’y vois le fils Cravat blessé à l’épaule et à la jambe vers le soir ils bombardaient cette ville. Notre artillerie les mit encore à mal, mais fût aussi obligée par deux fois de changer de positions nous étions repérés par leurs avions continuellement. Le soir nous prenons nos dispositions pour bivouaquer, à l’abris de deux petits bois qui eux se trouvaient en avant d’une ferme, nous couchons dans le jardin. Nous sommes ravitaillés là vers minuit. Nous trouvons aux environs de NOERS
Ce
fut la journée la plus meurtrière que j’ai connu. Elle fut à l’honneur du 3ème
bataillon qui donna tout sa mesure de courage, ce qui lui valut d’être à
l’ordre de l’armée. La 3ème Section de mitrailleuses est en réserve,
nous sommes dans un bas fond derrière une ferme quand tout à coup nous recevons
une grêle d’obus «------» plus de 60 ; ils ne nous firent aucun mal, pas
un de nous n’est touché, leurs débris tombaient à nos pieds, nous pouvons dire
comme des feuilles mortes. Puis quand nos régiments éprouvés furent partis nous
reçûmes (les sections de mitrailleuses) l’ordre de protéger leur retraite.
Alors dans un champ battu en tous sens par leurs gros obus nous dûmes prendre
position. Et je puis dire que grâce au sang froid de notre lieutenant MOSSé,
nous n’eûmes a enregistrer aucune perte. Notre retraite s’est effectuée par
Saint Laurent s/Othan où des ambulances étaient installées. Nous traversâmes un
bois que je crois être celui du Grand Failly. Nous avons fait notre grande
halte à Dombras. Puis le soir, nous passâmes dans les bois de ce pays où nos
ambulances sont passées, nous remarquons dessus les traces de balles. Le
lendemain nous retournons sur le bois du Grand Failly, pour, nous nous dit-on,
soutenir une retraite, là nous prenons position en soutien d’artillerie, nous
ne sommes pas engagés et nous retournons mettre le bois de Dombas en état de
défense. Nous avons de tenir à
tout
prix. Nous nous trouvions à ce moment près des allemands, que nos corvées d’eau
voyaient et les entendaient causer. Enfin le soir l’ordre nous arrive de nous
replier sans coup férir. Nous ne faisons pas de bruit, n’empruntant pas les
chemins, mais à traversant les bois, et en ayant soin de ne presque pas remuer
les branches, nous allumons des feux aux endroits que nous quittons pour leur
faire croire que nous sommes là a faire la soupe. Direction – Damvillers – où
nous arrivons le soir et nous cantonnons dans la Gendarmerie. Nous en repartons
le matin à 6 heures
Nous passons le canal de la Marne au Rhin et la Meuse à Sivry
s/ Meuse. Nous établissons des travaux de défense vers Darmevoux. Nous
préparons notre cantonnement puis le soir après la soupe nous allons à Bierges
où nous couchons, au moment du départ nous entendons une grande détonation ou
explosion, se sont les 2 ponts, celui du canal et celui sur la Meuse qui
sautent.
Nous nous dirigeons sur Charpentry et Bauliny, où nous
trouvons le 1er renfort du régiment. Nous cantonnons dans la 1ère
localité et nous repartons après réapprovisionnement de notre section sur

Romagne puis nous passons à Fléville puis à
Saint Jervin où nous cantonnons
Apres la grande halte et quelques heures de repos, nous
avançons sur Nouart par Imécourt et Bayonville. Là notre nouveau Général
commandant par intérim la 10ème division Général Roqué qui fut tué
par la suite aux environs de Bar le Duc, nous harangue, nous fait comprendre
que maintenant reculer serait un lâcheté. Nous sentons dans sa parole et son
regard vif, l’énergie qui nous est nécessaire, nous recommençons à avoir
confiance. En arrivant à Nouart, nous avons une affaire de
patrouilles
qui tourne à notre avantage, pour ma part, je descends un ???? Puis dans
le pays nous trouvons du pain frais. Quelle aubaine !Nous mettons un bois
en état de défense, et de là, nous avons le plaisir de voir à une distance
minima de 3 km, le travail de notre 75, qui fait déguerpir les boches de leurs
tranchées établies en face de nous. Nous retournons dans Nouart cantonner ayant
gardé quelques heures nos tranchées dans la nuit.
Nous arrivons dès l’aube dans cette ville, immédiatement nous sommes reçus par une grêle d’obus. Nous nous replions dans a ville, où ça tombe encore plus dur, A cet instant nous avons dans la 3ème section de mitrailleuses 2 blessés (2 conducteurs, Touret et Leguay).Le soir venu nous mettons le cimetière en état de défense, nous commandons deux routes contre toute attaque surprise. Le matin le régiment part et nous oublie quant un chasseur arrive au galop et nous fait donner l’ordre de rejoindre au plus vite, nous risquions de d’être prisonniers. Nous laissons dans le cimetière 18 caisses à munitions de 300 cartouches chacune. Trois chevaux étant indisponibles par suite de leurs blessures.
1er SeptembreRetraite sur Mévile où nous cantonnons, nous sommes avec l’Etat Major de la brigade. Ps d’engagement.
Là les boches sont mis à mal, notre mitrailleuse travaille dur, nous sommes pour ainsi dire sans discontinuer de tirer, à tel point que nous usons ce qui nous reste de munitions sur les chevaux. Nous faisons repairer à notre artillerie une section de mitrailleuses allemandes en trois obus, elle est dispersée, elle était venue se poster à la corne d’un bois vis à vis de nous, mais prenant en enfilade nos lignes de tirailleurs. Nous passons la nuit dans les bois
Dans
cette journée, rien d’important a signaler alternatives d’avances et de reculs
dans ces diverses localités, actions de détails et bon arrosage d’obus
Retraite par Varennes et Clermont en Argoune sur les Islettes. Le régiment prend ses préparatifs de défenses, la 3ème section de mitrailleuses et la 12èùe compagnie vont dans un jardin se poster en embuscade sur la route de Sainte Menehould, et prennent une patrouille de ?? commandée par un officier, une vingtaine d’hommes.
Puis dans la nuit du 5 au 6 septembre, nous partons travers bois vers Triaucourt où nous nous
battons, là une division de cavalerie soutient notre retraite que nous
exécutons sur Vaubécourt. Nous allons commencer à contenir l’offensive de
l’armée du Konprintz, puis avoir tenu 24 heures nous nous replions sur Louppy
7
septembre - L’Ile en Barrois – LouppyNotre grosse artillerie commence a donner dur, les font du bon travail. Nous nous rabattons encore
sur Chardogne, où nous rencontrons du 111ème venant d’Alsace et
débarqué à Bar le Duc
L’offensive allemande nous semble définitivement enrayée Bar le Duc est sauvé du bombardement. Les obus n’en ont pas tombés bien loin, ils tombaient n peu au de là de la route de Révigny à Bar le Duc. Nous couchons sur cette route avec le train de combat. Puis le
Nous regagnons Louppy le Petit où je suis blessé, ainsi
que deux camarades de la section de mitrailleuses, un tireur Loisel, un
conducteur Déchelle, le régiment a beaucoup de blessés. Nous sommes placés dans
un bois au-dessus de Chardagne, et un peu en avant de Louppy. Nous sommes près
de la ferme dite de la grange aux bois où se tient notre service d’ambulance et
le
ravitaillement.
Nous avons derrière nous, et près d’un ruisseau et presque en bordure de la
route de Chardogne une batterie de ???? qui réussit a réduire au silence
deux batteries ennemies placées en avant de notre bois. C’est grâce aux
indications d’un maréchal des logis d’artillerie, qui monté sur un arbre put
relever l’emplacement exact de ces batteries. Nos artilleurs purent le
lendemain aller chercher nos caissons, les emmener à Chardogne, nous restons
dans ces bois les 9 – 10 – 11 pendant cette dernière nuit, nous entendons le
sifflement de nos gros obus qui nous passent dessus la tête dont nous avons pu
juger les effets sur les villages de Laheycourt, Sommeville qui furent complètement
détruits.
Enfin les Allemands reculent précipitamment. Nous passons dans Laheycourt qui est en ruine où nous voyons encore de nos pauvres camarades carbonisés. Beaucoup de tombes allemandes, bien distinctes des nôtres par le casque qui les surplombe. Les Allemands ont enterré leurs morts ou tout au moins presque tous, mais pas les nôtres, cette triste besogne est faite par notre génie, et des territoriaux venus de Bar le Duc. C’est le 31-46-89 qui paraissent à cet endroit avoir le plus donné. Puis nous passons dans la foret de Belnoue, où nous trouvons des caissons d’artillerie abandonnés et des obus sur les routes, les chevaux gisent là à coté tués. Continuant notre route nous passons dans la Marne ce qui nous frappe en parenthèses, puis nous logeons à Chamontrois après avoir contourné presque un grand lac que nous prenions dans notre ignorance pour la Marne.

Je suis évacué à Senart, là nous faisons trois prisonniers, qui ma foi n’avaient pas l’ai mécontent d’en être quittés à si bon compte. C’est là qu’une brave femme, vint nous apporter des œufs, elle me fit loger chez elle, et me racontât comment la nuit précédente, elle avait couché un général prussien et quelques autres officiers, et leur fuite précipitée au milieu de la nuit. Ces jobards lui avaient dit que maintenant elle pouvait se considérer allemande et que dans dix jours, ils seraient devant Paris. Il lui fut facile de juger de leur défaite, quand ils furent obligés de décamper, la rage au cœur il lui démolirent sa pendule, Oh Ironie !
Pour moi, ce fut la fin du 1er acte.

Quelques noms de soldats (?) écrit
de sa main
Fernand effectue son
service militaire le 10/10/1911 à Coulommiers. Jeune soldat de la classe 1910
arrivé au 76ème RI.
Caporal le 26/09/1912
Parti à la réserve
08/09/1913
Rappelé au 76ème
RI , parti au front le 04/08/1914
Sergent le
29/12/1914.Cité au régiment le 11/11/1916
Passé au 19ème
RI le 30/11/1916.
Cité à l’ordre du
corps d’armée le 18/08/1917.
Adjudant le 24/08/1917
Blessé le 25/03/1918 à
Vesle
Croix de guerre et
chevalier de la légion d’honneur le 28/08/1918