« Grâce aux
conseils d'un ami...... je peux vous faire parvenir un carnet concernant la vie
de mon grand père pendant le début de cette guerre, et qui concerne le 352ème
régiment d'infanterie qui ne figure pas dans toute votre recherche.
Et je vous adresse toute mon admiration pour votre travail
dans cette mise en place du souvenir.
Cordialement Bernard G. (déc. 2005)
Les photos et la carte ne proviennent pas du carnet, elles aident à la compréhension du texte.
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Le 352e
régiment d’infanterie était en 1914, constitué de 2 bataillons. Il tenait
garnison à Humes (maintenant Humes-Jorquenay), au nord de Langres (52).
Le 352e R.I.
était à la disposition du 7e Corps d’Armée, il fut rattaché à la 121e
division d’infanterie de juin 1915 à avril 1917, date de sa dissolution, suite
aux énormes pertes de l’offensive du Chemin des Dames
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Exercice de
mobilisation fait à Gérardmer, dans la nuit du jeudi au vendredi 30 et 31
juillet; 1er et 2ème bataillon prêt à partir.
Arrivée des
réservistes: habillement.
Départ de Gérardmer
pour former le dépôt à Humes. Arrivée à Humes à 10 heures du soir.
Déclaration
de la mobilisation générale, promenade dans Humes, baignade, parties de pêche et
courses à vélo.
Occupation
pour faire la cuisine, on trouve une personne très gentille et elle nous prête
tout ce qu'il nous faut, et moi je suis le chef cuisinier.
Arrivée des
réservistes: tous saouls comme des boudins et très fatigués, distribution de
l'ordinaire et placement dans les cantonnements. Arrive le dîner, j'ai 2
sous-off en plus, mais ça ne fait rien.
Habillement
des réservistes, distribution de l'ordinaire. Au caporal, achat de patates et
de carottes. Le soir au dîner j'ai encore 2 sous-off de plus, je ne sais plus
où les mettre, moi et la dame, on se demande d'où ça sort tout ce monde. Je
fais la cuisine pour 8 et on est 14,ça ne me va guère.
Habillement
complet des réservistes pour la revue de demain, travaux de couture et de
propreté.
Revue des
réservistes en tenue de campagne par le commandant et le colonel puis un peu
d'exercice.
Départ de
Humes vers midi par une chaleur terrible, nous embarquons à Langres pour
Besançon. En route des cris de ...A Berlin...
. Passage des gares, joyeux enthousiasme qui vient de l'ignorance, la
nuit vient et à minuit nous sommes à Besançon.
Là:
contrordre est donné, direction immédiate pour Belfort.
Arrivée matinale à Belfort, débarquement, en sortant de la gare
nous voyons un dirigeable français, nous, on prend la direction de Félon, le
soir on tire sur un aéro boche mais rien à faire pour l'avoir, puis l'on entend
le canon pour la première fois gronder mais au loin.
Départ de Félon à 4 heures
du matin. Arrivée à Lachapelle à 11 heures du matin. Sentinelles aux issues, nous assistons à
un duel d’artillerie.
Le soir, à
la nuit, retraite. Nous arrivons à Félon ou nous nous couchons très arasés de
fatigue.
Départ de
Félon pour St Germain en débandade par une chaleur terrible; enfin on arrive le
soir à St Germain et l'on fait la
soupe.....Alerte, il faut partir de suite pour Rougemont.
Cantonnement
d'alerte, garde aux issues, puis l'on va dans un pré, sous les arbres, où nous
liquidons de la bière. Départ à 1 heure sur la direction de la frontière, marche rapide sur le village Lauw nous
prenons d'assaut le village à la baïonnette.
Nous ne
trouvons qu'une patrouille du 14éme Dragon de Colmar composée de 3 hommes, on
tire et l'on fait 2 prisonniers dont 1 blessé et l'autre rien, 5 chevaux tués,
on prends les équipements que l'on envoient au commandant; puis, comme
récompense l'on s’envoie un bon beafsteack de cheval, le soir rien d'important.
Nous
faisons une tranchée que nous occupons à l'entrée du village. Une patrouille allemande
nous tire dessus, nous répondons, vive fusillade, enfin elle se replie mais ça
siffle très dur, c'est le baptême du feu, on va à sa poursuite avec le
capitaine en tête.
Les obus
commencent à nous tomber dessus, c'est encore la première fois que l'on entends
cela, il faut voir comment on s'en fout, on dirait jamais, jamais que nous
sommes à la guerre : Boum...trop long, Boum...trop court, Boum, juste dans le
cimetière que nous occupons mais personne n'est blessé.
La nuit
vient et tout est calme.
Départ pour
Sentheim route
libre. Stationnement prolongé dans le village, il y arrive des chasseurs
alpins, nous quittons Sentheim dans l’après midi pour revenir à Lauw par un
détour très long dans les bois.
Lauw, nous
cantonnons chez une bonne vieille, on fait une bonne friture que nous avons
attrapée dans la rivière et on prend un bon bain puis l'on voit passer beaucoup
d'otages que nous avons pris.
Départ pour
Sentheim le matin on a fait un mouvement en avant ou l'on s'est transportés à
la lisière d'un bois; nous restons toute la matinée: arrestation du chef de
gare, retour à Sentheim.
Revue du
cantonnement par le commandant Fleury, journée de pluie, partie de pêche, nous
attrapons une belle friture; on se croirait à Paris aux bords de la Marne.
Départ pour
Reiningue, nous voyons péniblement les ruines de l'église et le clocher
est complètement détruit par les flammes, les Allemands avant de reculer ont
mis le feu partout, l'on voit des maisons en feu et les habitants sont là qui
pleure devant leur maison toute en flammes puis, plus loin, une gosse de 10 à
12 ans nous dit que les Allemands ont tués son grand père et qu'ils ont emmené
toute la volaille et empoisonné leur cheval parce qu'ils ne pouvaient pas s'en
servir pour eux.
Dans tout
le village on se figurerait la fin du monde, pourtant ce n'est pas tout, en nous
promenant dans la ville nous voyons un pauvre homme qui nous dit que les
Allemands ont tués sa femme et son gosse âgé de 13 mois parce que soit disant
que sa femme leur avait répondue malhonnêtement alors il nous à emmené à
l'endroit où sa femme avait été fusillée ainsi que son enfant.
Là
spectacle terrible nous voyons des femmes, des enfants pleurer le long d'un mur
tout troué de balles, nous leur demandons pourquoi ils pleurent: ils nous
disent encore la même chose que le pauvre homme: pour certains ce sont les
maris, pour d'autres des cousins; morts pour n'avoir pas voulu faire ce que les
Allemands leur demandait.
Nous
quittons ces pauvres gens le coeur bien triste, les paysans leur en veulent à
mort.
Nous
restons à Reiningue, nous prenons les avants postes à un carrefour près d'une maison
incendiée, nous voyons défilée l'artillerie. Dans la soirée une panique se
déclenche car il parait qu'une patrouille
de Uhlans rode autour du village, retour au grand trot des voitures de
ravitaillement.
Il faut
voir l'affolement des gens du village, le matin on avait fait des tranchées et
on avait embauché les civils: le général Vautier passe près de nous et parle au
capitaine, le général Vautier est le nouveau commandant le 7ème
corps d'armée.
Départ pour
Niedermorschwiller
nous arrivons dans une usine où il y à 1200 prisonniers dont 3 civils qui
devraient êtres fusillés: l'un pour avoir fait mourir une femme en la dénonçant
d'avoir logé des français chez elle, le 2ème pour espionnage, et le
dernier, quelqu'un qui coupait les doigts aux morts et achevait les blessés
pour leur prendre leurs bagues et autres bijoux.
Enfin les
blessés montent en auto et départ l’âpres midi pour Lachapelle avec le convoi
des prisonniers qui est entouré du 1er peloton de la 18ème compagnie
commandée par le lieutenant Déraz et un
peloton de chasseurs à cheval commandé par un capitaine qui conduisait le
convoi des prisonniers.
Mauvaise
organisation de la conduite: fatigue, chaleur terrible, deux heures de marche
sans repos avec tout le barda sur le dos par la faute du pitaine des chasseurs.
En route on
rencontre le Général Pau qui fait arrêter le convoi, il cause aux officiers
"boches" et leur fait remettre leur sabre en leur disant qu'en 1870
on lui avait fait rendre le sien puis nous touchons nôtre pain, nous arrivons
très tard le soir, très fatigués; nous autres Français rien à manger, rien pour
coucher pendant que les prisonniers s'enfilent une bonne soupe bien chaude et
couchent sur de la paille, nous nous faisons un repas avec notre argent et nous
couchons où nous pouvons.
Les officiers
Allemands sont partis pour Belfort par le tramway électrique.
Réveil en
vitesse, on boit le jus et l'on monte dans les autos qui sont là pour nous
conduire au Pont d'Aspach; où nous devons attendre des ordres ''grand
halte''.
Départ
l’après midi pour Niedermorschwiller ou nous apprenons le départ de la compagnie
pour Lutterbach, nous y arrivons très tard, là chacun se débrouille pour
coucher, moi, je trouve un lit où je couche, je pense à la bonne nuit que je
vais faire là dedans.
Je
m'éveille après une bonne nuit de repos, cela fait juste 15 jours que je
n'avais pas mis les pieds dans un lit....enfin on a rassemblement où l'on forme
les faisceaux, sur un terrain au bout du village en attendant des ordres qui ne
viennent pas, nous restons à Lutterbach.
Nous
visitons le pays, l’église, tout est très gentil, nous trouvons tout ce que nous
voulons à acheter puis on apprend que Mulhouse est à 7 kilomètres, on discute
avec les habitants qui parlent tous le Français et qui sont très gentils.
Bonne
journée de repos que nous passons agréablement, nous allons à la messe et tout
le monde chante.
On nous
fait faire l’exercice le matin, cela nous porte à croire que nous allons rester
là longtemps, l'après - midi nous repartons à l’exercice, là, un contrordre
arrive: nous rentrons au cantonnement et nous prenons notre dernier repas.
Départ nocturne, attitude des habitants dont les craintes sont maintenant
justifiées, stationnement silencieux et étrange à la gare et sur la voie du
chemin de fer; nous repartons et nous apprenons que nous allons sur Belfort
afin d'y recevoir nôtre drapeau et de repartir dans un autre pays....
Nous
marchons toute la nuit, le matin à
Lachapelle le colonel prend la responsabilité de nous faire reposer un peu car
les hommes tombent de fatigue et surtout de sommeil tout le long de la route.
Le matin,
après trois heures de repos à Lachapelle nous repartons pour Héguénigue; revue,
présentation du drapeau, c'est le sergent Lagadette qui en a eu la garde ce
jour là, discours du colonel, émouvant défilé devant l'emblème face à l'est
nous regardons le drapeau en passant, l'après-midi, préparation pour le départ
du lendemain.
On nous
distribue des molletières en drap de Mulhouse, nous prenons la garde aux issues
toute la nuit par un temps de pluie.
Cantonnement
à Héguénigue.
Départ
à 9 heures pour Belfort où nous arrivons
sous une pluie fine, la ville est
silencieuse et vide. Nous arrivons à la gare où nous allons embarquer pour une
destination qui ne nous est pas encore communiquée, le capitaine fait
distribuer du fromage et du café et vient enfin l'heure de monter dans le
train.
Nous voila
plus où moins bien installés...le train démarre, il est 20 heures 30, nous
roulons pour destination inconnue, nous regardons les villages que nous
passons, jolies vues, très agréables.
Adieu des
paysans, en route une pauvre vieille se met à genoux pour nous dire adieu. Le train roule, nous voyons défilées les gares...Besançon...Dijon...Dôle...Villeneuve
St Georges...Noisy sur Marne...Creil... etc...etc., dans les gares; les dames
de la croix rouge nous donnent des douceurs, cigarettes, café, pain,
chocolat...et nous encouragent.
La nuit
s'est passée en chemin de fer, nous passons près de 3 heures, au petit jour à
contourner Paris, l'après midi, nous arrivons vers 4 heures à Villers
Bretonneux près d'Amiens, nous débarquons et nous allons cantonnés à Corbie,
gros bourg, 5000 habitants, nous apprenons que les Allemands sont près de
Péronne, nous entendons le canon.
Nous
restons à Corbie, dans la Somme, en
armes, toute la journée sur le qui vive, vient l'heure du déjeuner, je vais me
faire cuire une boite de singe chez une habitante; l'après midi l'on joue, on
va faire une partie de pêche, toujours en entendant le canon gronder mais sans
se faire de bile.
Départ
précipité vers 4 heures pour Pierrepont où nous
arrivons à minuit très fatigués et tombant de sommeil.
Nous
partons de Pierrepont et marchons
dans la direction de Séviller, après quelques heures de repos nous nous
dirigeons vers le sud et marchons toute la journée le soir, nous apprenons que
le colonel a été blessé et que le 6ème bataillon est entré en action
avec l'ennemi, nous apprenons la mort du commandant, de 2 officiers et des 2
tiers de l'effectif du 6ème bataillon qui marchait seul, sans
soutient contre l'artillerie, que les hommes se trouvaient pris de flanc par
les mitrailleuses qui les hachaient.
Nous
apprenons que le général Persein, commandant l'armée du nord aurait gardé sur
lui pendant 48 heures l'ordre de se rendre en Belgique, une trouée serait
restée ouverte par où seraient passées les troupes allemandes se dirigeant sur
Paris.
Il paraît
que Persein aurait été fusillé, le général Pau aurait quitté l'armée d'Alsace
pour commander celle du Nord, il aurait donné sa parole de réparer en 4 jours
la faute de son collègue.
Le soir on
couche à Séviller avec des rescapés du 6ème bataillon qui nous
racontent comment ils ont été pris de tous les côtés à Bayonvillers et Proyart.
Le matin on
repart en laissant les habitants aux «boches» Les bruits de trahison du général
Persin continuent, que doivent penser les Belges?
Nous sommes
partis à 5 heures du matin, il est midi nous sommes fatigués et nous avons soif,
on nous donne une pose afin de pouvoir
reprendre un peu de force.
Nous
marchons jour et nuit nous ne connaissons plus de repos, les «boches» nous
poursuivent......
Le long de
la route on nous fait mettre l'arme sur l'épaule, on ne sais pas pourquoi, on
apprends un peu plus tard qu'un Marocain vient d'être tué parce qu'il avait
giflé son supérieur, on défile devant le cadavre..... Nous faisons une grande
halte à Catillon pour
manger, nous repartons à 14 heures et nous marchons jusqu'à minuit pour arriver
à Hondainville après avoir parcouru 54 kilomètres sans repos. Nous sommes à 100
kilomètres de Paris.
Nous
restons à Hondainville, il paraît que les Allemands emploient les balles «doum doum»
parce que les Français, eux; utilisent les obus Turpin....à 17 heures on nous
fait équiper prêt à partir, nous entendons le canon, on nous dit que l'armée
Allemande se heurte au 2ème corps d'armée du centre qui la
repoussait contre les armées Anglaise, la trouée fait par les «boches» dans le
nord serait fermée et ils se trouveraient ainsi bloqués.
Départ de Hondainville à 6 heures et demie, on marche jusqu'à Neuilly-en-Thelle,
nous arrivons à midi et demie et nous en repartons à 16 heures 20 heures nous
arrivons à Persan, nous passons l'Oise et nous cantonnons à Beaumont sur Oise où
nous trouvons juste de quoi coucher.
Nous
quittons Beaumont et on nous dit qu'il faut toujours reculer. Survient alors un
ordre de faire des tranchées, nous sommes soutien d'artillerie, finalement
l'artillerie s'en va et nous sommes libres mais dans le village on nous donne
des poules des canards pour que ce ne soit pas les allemands qui en profitent.
Enfin,
après bien des fatigues nous arrivons à Ecouen par une chaleur terrible nous rencontrons beaucoup de troupes
allemandes notamment le 13ème corps, les territoriaux s'occupaient aux
barricades.
Là nous
voyons passer des officiers allemands qui ont été fait prisonniers, nous partons ensuite à Bouqueval où nous
pouvons enfin bien manger et où nous passons une bonne nuit.
On se
réveille après une douce nuit passée dans des draps bien blancs que nous avons
trouvé dans une maison abandonnée mais nous n'avons rien abîmé on fait un bon
déjeuné de volaille et nous quittons Bouqueval pour aller à Chennevières en passant par Louvres.
Arrivées à Chennevières nous
prenons la garde au poste de palier, à 10 heures on reçoit du renfort du dépôt
pour compléter le 6ème bataillon décimé à Péronne.
On avait
d'abord envoyé ces pauvres malheureux à Rouen et à St Dié pour le 152ème
active, ils n'avaient pas encore vu le feu et ne sont pas restés longtemps sans
le voir, un terrible combat d'artillerie devait s'engager quelques jours
après.
Nous
partons cantonnés à Moussy-le-Neuf à 1 heure du matin nous passons par Dammartin et nous
nous dirigeons sur Meaux nous faisons de nombreuses haltes.
Départ de Moussy-le-Neuf à 1
heure du matin nous sommes en réserve, on attend des ordres puis nous quittons
la route pour arriver en plein champs sous le feu de l'artillerie vers 19
heures nous arrivons à Douy-la-Ramée, là, nous voyons un
spectacle horrible, devant nous sont placés des batteries de 75 qui tirent soit
disant sur un corps d'armée qui bat en retraite, plus au loin nous voyons des
meules de pailles en feu, nous entendons les cris des blessées français qui avaient
du défendre un village.
Nous sommes
arrivés dans une grande ferme où nous avons recueillis les blessées, enfin on
prend la garde aux issues et le reste va se coucher.
Réveil à 4 heures du matin, personne ne pensait à la terrible journée
que nous allions passer : nous sortons de la ferme et on commence à entendre le
canon et la mitrailleuse, s'engage alors un épouvantable duel d'artillerie, là
nous sommes désignés comme soutient d'artillerie nos canon de 75 n'arrêtent pas
mais les grosses pièces répondent, nous sommes dans un bois qui bien que
formant un ravin ne nous met pas à l'abri des éclats d'obus.
Le tir se
rapproche de plus en plus, 2 chevaux sont tués, un camarade reçoit un éclat
d'obus qui traverse sa marmite et vient se loger dans son morceau de viande à l'intérieur, nous avons nos premiers
blessées, nos premiers morts, beaucoup déjà gisent sur le sol, pauvres copains, malgré tout il faut endurer
car c'est la guerre, on nous fait reculer, là encore plus que jamais les percussions
nous tombent dessus, nous devons rester derrière un talus coûte que coûte, nous
voyons tomber les marmites allemandes à 30 où 40 mètres de nous mais personne
n'est touché sauf 2 artilleurs qui servaient une batterie de 75 et sur qui est
tombé un obus, nous les enterrons près de la route, malgré tout ces morts nous
sommes tous très calmes, nous les recouvrons de feuilles que nous avons coupées
car par la chaleur qu'il fait, ils se décomposent vite.
Le
spectacle qui s'offre à nos yeux est terrible, le soir arrive, avec la nuit
vient le silence nous n'entendons plus que quelques coups de canon de temps en
temps... très loin là-bas à travers champs.
Nous
prenons la direction de Fosse-Martin où nous devons bivouaquer, là encore il
paraît que l'on se trouve devant une armée forte de quatre corps d'armée
commandée par le général Won Kluck et le Kronprinz mais nous ne perdons pas
courage au contraire, il paraît que cette armée manque de munitions, malgré
tout, les coups de canon que nous entendons sont bien dans la direction que
nous prenons : celle de Fosse Martin.
Nous
arrivons à Nogeon, là encore nous ne savons par ce qui nous attend le lendemain
dès le réveil, nous sommes encore avec les bruits des obus dans les oreilles,
nous ne pensons qu'à nous coucher, en plus de tout ça, cela fait 2 jours que
nous n'avons mangé que des boîtes de singes trouvées sur les cadavres et nous
avons une soif terrible.
Nous
arrivons enfin à Fosse-Martin, il fait beau, il ne fait pas froid, nous dormons
sur l’herbe.
Réveil aux
bruits des canons, il est 9 heures 40, tout le monde est prêt, il y a une
batterie de 75 qui tire à 20 mètres de nous : arrive un ordre :
!! Attaquer la ferme de Nogeon et la
distillerie qui se trouve à côté, nous ne sommes que 2 régiments, nous, et le
216ème d'infanterie. Nous quittons l'emplacement où nous avons passé
la nuit, après avoir traversé un petit village en ruine nous arrivons en plein
champ, commence alors la fameuse bataille de la Marne dont on parlera tant de
tous les côtés.

Au loin sur notre droite arrive des renforts, des chasseurs
alpin, et, sur la gauche arrive de l'infanterie , on ne sais pas d'où cela
vient, nous qui pensions être seuls , nous avançons coûte que coûte malgré les
balles qui sifflent et les obus qui tombent, il nous faut nous emparez de la
ferme qui est occupée par les allemands, on place les mitrailleuses et les
canons et tout ça commence à faire un pétard terrible, nous on avance toujours,
vient l'ordre d'attaquer à la baïonnette on la met au canon puis les clairons
sonnent de tous les côtés la charge : en avant.!!!
Là commence
à tomber mes camarades, malgré tout il nos faut avancer, nous arrivons à la
ferme mais pas possible d'y pénétrer les obus allemands tombent et les balles
nous sifflent aux oreilles.
Derrière la
ferme les obus tombent à 25 ou 30 mètres de nous, commence alors un spectacle
horrible les uns sont touchés légèrement les autres ont le crâne défoncé, la
cervelle qui sort, les bras ou les jambes coupées.
Nous entendons
des cris : maman, à boire, j'ai soif, sauve moi ... Nous sommes là sans pouvoir
rien faire. Soudain un obus tombe à 2 mètres de moi et de mes camarades mais
personne n'est blessé : il n'a pas explosé, nous ne recevons que des morceaux
de terre, vraiment on n'en revient pas, nous sommes abrutis par les balles et
les obus mais on se contente d’en rigoler malgré le spectacle horrible qui se
déroule devant nous.
Nous
recevons l'ordre de reculer car la ferme et en feu : c'est un obus allemand qui
est tombé dessus et a incendié la paille, on se repli dans les champs avec un
grand calme malgré les balles qui nous sifflent aux oreilles.
Quelques
uns tombent, blessés, puis malgré l'ordre reçu par le général, le capitaine au
lieu de ce replier nous fait avancer en plein découvert baïonnette au canon. Nous sommes à 100 mètres des
allemands que nous voyons de l'autre côté de la route, ils nous tirent dessus,
nous nous mettons derrière des gerbes de blé, là, un officier allemand qui
était caché lui aussi nous tire dessus mais personne n'est touché, enfin nous
arrivons derrière les gerbes comme des abrutis car depuis le matin le canon n'a pas arrêté
une minute.
Tout à coup
nous sommes pris entre 2 feux, l'artillerie françaises nous tire dessus
ignorant notre présence puisque l'on avait reçu l'ordre de ce replier, enfin le
capitaine devient énervé et nous nous replions, là, nous avons plusieurs
blessées.
Les obus
tombent toujours mais personne de chez nous n'est atteint, seule la 20ème
compagnie qui se trouve à quelques dizaines de mètres de nous en reçoit un en
plein dans une section, malgré les cris des blessées personne ne s'affole, nous
voilà derrière un talus , nous avons faim et nous avons soif, nous sommes bien
content de trouver des betteraves pour calmer cette faim et cette soif, nous
reculons encore un peu afin de pouvoir nous reposer car depuis ce matin 9 heures nous avons toujours été en
première ligne.
Il y a dix
minutes que nous sommes là et nous devons retourner attaquer la ferme, cette
ferme qui a été prise et reprise je ne sais pas combien de fois.
Il est 3
heures de l'après midi, le général Dollo qui se trouvait parmi les troupes
marche le premier, c'est la première fois que nous voyons un général en première ligne, nous avançons en masse et
nous nous emparons de la ferme.
Il y a des
blessés partout, certains sont là depuis le matin, nous rentrons dans la ferme
entre les hurlements et les pleurs, nous trouvons du pain, des biscuits, du
café, tout cela est rempli de sang, je m'empare de pain que je mets dans ma
musette avec des biscuits et du singe car nous n'avons rien mangé depuis
plusieurs jours. Nous sortons de la ferme, nous traversons la route, nous
voyons un allemand avec ses habits déchirés et un bras en moins, nous allons
dans une fosse où il y a plusieurs cadavres français appartenants au génie qui
était occupé à faire des tranchées.
Nous restons dans cette fosse et les
copains s'emparent de la distillerie ; il est 18 heures, le canon s'arrête et
on entend plus que quelques balles sifflées à nos oreilles mais nous sommes
sourds à cause du bruit des obus que nous entendons depuis le matin. Nous
reculons un peu afin de nous mettre dans des petits trous qui ont été faits par
le Génie, une escouade est désignée de services aux petits postes. Nous
commençons à manger le pain que j'ai trouvé, nous sommes obligés de retirer la
croûte pleine de sang, je n'ai pourtant
jamais fais un si bon repas avec mon copain Vuillaumé, on nous apporte
également du mouton que l'on a récupéré dans la ferme, ce mouton était blessé
ou tué mais quelle importance, on le fait rôtir sur les restes de flamme de
l'incendie de la ferme car bien sûr il est défendu d'allumer du feu, on fait
vraiment un bon dîner et on se couche sur la terre humide: nous n'en pouvons
plus de fatigue, malgré tout cela notre capitaine veille sur toute la
compagnie.
Voilà
plusieurs heures que nous essayons de dormir malgré un état d'énervement
mélangés à de la peur.
Nous nous
réveillons avec une soif terrible, nous entendons toujours les cris des blessés
qui sont encore dans la ferme et que les infirmiers ne sont pas encore venus
chercher. C'est horrible à entendre mais nous ne pouvons rien faire, nous
décidons d'aller à la ferme chercher de l'eau puisqu'il y a un puit. Nous
constatons que cette eau a une odeur épouvantable, mais nous avons tellement
soif que nous la buvons quand même : il doit sûrement y avoir des cadavres au
fond du puits.
Nous sommes
alors témoin d'une scène incroyable : un camarade se lève pour donner à boire à
un sergent grièvement blessée, à l'instant où ce sergent approche le quart de
sa bouche il reçoit une balle en pleine tête.
Jamais nous n'avons réussi à savoir par qui
cette balle avait été tirée.
Après avoir
passé une nuit très agitée nous prenons du café que les cuisiniers nous ont
préparé durant la nuit, on nous sert encore du mouton tué au milieu des
cadavres français mais nous sommes bien content de l’avoir, depuis 2 jours que
nous ne mangeons que des betteraves ça nous change un peu.
Le jour se lève, nous sommes couchés à plat
ventre dans une petite tranchée, nous devons y rester toute la journée,
recommence alors la fusillade mais nous n'y répondons pas.
Les obus tombent
de tous les côtés, devant, derrières, nous sommes tellement fatigués que nous
avons tendance à nous endormir. Il fait une chaleur terrible, l'artillerie
ennemie ralentie son tir et...... le soir arrive, on entend plus qu'une
batterie tirer, la nuit c'est installée, on parle tous ensemble de cette
journée d'hier, de ce soldat du 216ème portant un drapeau décoré
de la croix de fer, de ces allemands,
prisonniers, que nous avons vu passer couvert de tant de blessures, et le train
train quotidien reprend peu à peu, nous passons une nuit tranquille.
On se
réveille de bon matin : aujourd'hui doit être le dernier jour de la bataille de
la Marne, nous restons dans nos tranchées, nous n'entendons plus, ni le canon, ni les
fusils, nous envoyons des patrouilles.
Nous
sortons de nos trous, nous allons voir en avant les cadavres, petit à petit
tout le monde sort, nous constatons que les allemands ont battu en retraite
pendant la nuit, nous retournons à la ferme, là, nous découvrons l'horreur dans
sa totalité, cinq chevaux sont morts, tués par les mitrailleuses ,à moitié
calcinés ,dans l'angle d'un mur le corps d'un allemand sans tête est en train
de se consumer dans les restes de l'incendie, à quelques mètres de là nous
apercevons sa tête qu'un chat est en train de ronger, nous entrons dans ce qui
devait être une chambre, sur des
matelas, des soldats sont là, morts,
tout est brisé, certains d'entre nous prennes soi-disant des souvenirs :
en fait ils ne font que piller la ferme.
Dans le
jardin toujours des cadavres, c'est horrible nous ne pouvons même pas
intervenir, à côté de ces pauvres garçons il y a des moutons ils ont
pratiquement tous une balle dans la tête et pourtant certains ne sont pas mort :
quel spectacle vraiment!!!
Nous
sortons de la ferme pour aller voir dans le champ voisin, là nous voyons tous
ces malheureux du Génie qui ont tous été tués par les obus, en regardant leurs
positions on peut presque deviner ce qu'ils étaient entrain de faire au moment
de mourir, un caporal tient dans sa main une photographie, probablement celle
de sa femme et de ses deux enfants c'est horrible, il est là, souriant devant
cette photo, à côté de lui, un autre tient son fusil prêt à bondir hors du
trou, en regardant tout au tour nous ne voyons que des morts , presque tous des
allemands, nous les fouillons pour prendre tout ce que nous n'avons plus, des
quarts, des bidons et surtout des vivres car ils ont tous dans leurs musettes
de très bons paquets de potage, fatigués nous rentrons pour manger la soupe.
L’après -
midi je vais faire un tour au village voisin pour tacher de trouver à boire, je
parts avec une corvée, sur la route il n'y a que des cadavres je continu de
prendre leurs potages et aussi des mouchoirs. Nous rencontrons un soldat avec
les yeux grands ouverts, il donne l'impression de se reposer, mais nous nous
rendons compte qu'il a une balle dans la tempe.
Nous
rejoignions la route où les allemands nous attendaient la veille : toujours des
cadavres, certains sont encore dans la position de charge, tous baïonnettes au
canon, les yeux grands ouverts, nous constatons pour la première fois les
ravages du fameux canon de 75.
Derrière
une meule de paille nous découvrons entasser les uns sur les autres une
trentaine d'allemands morts, un obus a dû tomber juste derrière pour les
soulever de cette façon, c'est une vraie boucherie et pourtant ça ne nous fait
plus rien du tout.
Lorsque je
reviens à la compagnie j'ai avec moi un tonneau de vin, mes copains sont si
heureux d'avoir du pinard que c'est une vraie joie.
Arrive
l'ordre d'aller cantonner à Bouillancy, nous enterrons tous les morts qui sont
là dans la ferme et, de chaque côté ont fait un faisceau de fusils nous
ramassons des fleurs un peu partout et nous faisons une jolie croix, un dernier
adieu à tous ces pauvres garçons et nous partons.
Nous
arrivons le soir à Bouillancy où nous découvrons le village en ruine, des
français, surpris dans la nuit ont été tués avant d'avoir eu le temps de
s'habiller, ils ont été massacrés.
L'ordre de
faire la soupe arrive nous tuons un cochon et nous allons nous coucher. Prend
alors fin, la fameuse bataille de la Marne dont on ne gardera en mémoire que
les atrocités de la guerre.
Départ de
Bouillancy à 8 heures du matin, nous avons de la pluie. Après une longue marche
par accoups nous arrivons à Villers-Cotterêts à 9 heures du soir et comme
toujours nous sommes de garde. Nous faisons la soupe et nous nous couchons de
bonne heure car demain nous devons partir tôt.
Tout le
long de la route nous avons remarqué des feux non éteints des Allemands qui
n'ont pas eu le temps de faire leur soupe puis nous avons pu voir également des
volailles traînées dans la boue, sans doute les derniers vestiges des allemands
qui battent en retraite.
levée à 4
heures du matin, départ de Villers-Cotterêts à 7 heures, en route on nous lis
un ordre du général Maunoury commandant notre corps d'armée puis sur la route
nous voyons des débris d’ uniformes
d'anglais qui ont dû se battre aussi de ce côté, nous arrivons à 14 heures à St Bandry, dans
l'Aisne; le canon tonne, c'est le nôtre
qui poursuit l'arrière garde allemande qui bat en retraite et qui essaie de
traversée l'Aisne, nous apprenons également que l'encerclement de l'armée allemande n'est pas tenue à cause
de la division de Nanteuil, St Quentin, St Bandry, nous devions y rester que
quelques instants et finalement on y restera toute la soirée sous une pluie
battante .
Ce qu'il y
a de plus malheureux c'est qu'à 100 mètres de nous il y a un village mais nous
n'avons pas le droit d'y entrer.
À 9 heures
du soir après avoir été mouillés toute la journée ont nous annonce qu'on va
nous mettre à l'abri mais pas pour longtemps. Nous en profitons pour manger un
peu, nous n'avons pas encore touché nos rations et c'est en se battant que nous
pouvons ramasser de la nourriture, nous faisons du vin chaud et nous allons
nous coucher avec nos vêtements tout trempés.
Réveil de
bon matin, il faut faire très vite pour le café car il faut sortir du village
le plus vite possible, j'ai encore mes vêtements tous trempés, par chance
dehors il y a un grand feu ou j'essaye de faire sécher tout ce que je peux.
Nous
quittons St Bandry et nous montons sur le plateau qui domine le village, nous y
restons toute la journée comme soutient d'artillerie qui doit bombarder l'autre
côté de l'Aisne. Nous changeons de place plusieurs fois pour venir dans un
champ de betteraves puis nous faisons la soupe, nous mangeons très bien, on se
fait du café et le soleil vient se mettre de la partie, cela nous permet de
nous sécher encore plus vite. Nous pouvons apercevoir les fameuses carrières de
l'Aisne ou les allemands se sont si biens retranchés. Après une journée ou le
canon a tonné sans cesse ont nous donne l'ordre le soir d’aller cantonner à Ressons-le-Long.
À plusieurs
reprises nous manquons de nous perdre dans la nuit, à l'horizon nous voyons de
nombreuses meules de paille incendiées, nous trouvons un cantonnement et nous
décidons de nous y reposer. Nous en avons grand besoin.

Départ de grand matin avant le jour afin de pouvoir traverser
l'Aisne, nous arrivons par le chemin Leport qui débouche sur un pont mais nous
recevons l'ordre de faire demi-tour car le pont a été détruits par les
Allemands.
Un peu plus
loin nous trouvons un pont de bateaux fabriqué par le génie, nous le traversons
afin de nous rendre à Fontenoy, là, nous voyons dans un
champ de betteraves des morts français ainsi que quelques chevaux tués, nous
sommes en bas de Fontenoy, nous montons pour aller sur le plateau, au sommet de la côte nous faisons une halte,
il y a là une cinquantaine de cadavres, Allemand, Français, tout cela mélanger,
ils sont au corps à corps, il y a du y avoir un sanglant combat de nuit.
À peine
avons nous mis nos sacs à terre qu’une terrible fusillade nous surprend, nous
avons juste le temps de nous mettre à l'abri derrière un talus que nous
réussissons tant bien que mal à transformer en abri, derrière nous il y a quand
même 7 ou 8 morts, le soir arrive et on reste collé à cet emplacement les
balles sifflent de partout mais personne n'est touché.
Nous sommes
là, dans la nuit, la pluie tombe, nous n'avons rien, pas même des couvertures.
Deux fois nous sommes en alerte, tout le monde est prêt à bondir sur ceux qui
sont censé arriver pour nous attaquer.
Rien ne
s'est passé pendant la nuit, le petit jour arrive et nous sommes toujours dans
la crainte d'un affrontement, nous avons les bras et les jambes engourdis
soudain, une pluie d'obus nous tombe dessus, il y a des tués et des blessées
parmi les camarades.
Les heures
passent, on mange du singe, en attendant le soir que les cuisiniers partent au
village pour pouvoir nous ramener de la soupe, nous nous occupons à faire des
trous afin de pouvoir nous mettre à
l'abri.
La nuit
arrive enfin, les cuisiniers descendent alors au village, nous trouvons le
temps long, ils reviennent enfin et nous rapportent de la viande, elle est à
moitié crue, par contre il ont réussi à trouver une cave et nous rapportent
aussi du vin qui date de 1880 et 91, la nuit se passe à boire, au petit matin
il y a une cinquantaine de bouteilles vides près de nous et de ces cadavres qui
sont là depuis maintenant 2 jours. Tout le monde est malgré tout bien énervé.
À plusieurs
reprises nous manquons de nous perdre dans la nuit, à l'horizon nous voyons de
nombreuses meules de paille incendiées, nous trouvons un cantonnement et nous
décidons de nous y reposer. Nous en avons grand besoin.
Nous
continuons à creuser quelques trous, les balles continuent à nous sifflées aux
oreilles et quelques obus tombent par ci par là, mais rien de grave.
L'après-midi le capitaine ne fait fouiller les morts afin de récupérer les
munitions et les conserves qu'ils peuvent avoir sur eux bien que je sois forcer
d'obéir, cette situation n'est pas réjouissante.
Le soir
arrive et nous sommes relevés par la 20ème compagnie, nous allons
dormir au village car nous sommes très fatigués.
Réveil très
tôt, nous buvons le jus et nous allons dans un petit bois, la matinée se passe,
de l'autre côté de l'Aisne nous apercevons les autres qui nous viennent en
renfort mais il ne nous est pas possible de traverser à cause de l'artillerie
allemande qui tire de partout, ces pauvres gars ne savent pas si c'est du lard
ou du cochon, eux qui viennent du dépôt, ils n'y comprennent rien.
C'est l'après-midi la plus forte, nous
apercevons le chemin de fer qui siffle tout en s'avançant, lorsque tout à
coup,...boum...boum... ce sont les percutants allemands tombent, la machine du
train fait marche arrière en vitesse, la scène nous fait tous rigoler, le soir
arrive et nous partons dans les grottes de Vaux-Gautricourt, là, nous nous retrouvons tant bien que mal, nous récupérons de
la paille et on se couche à la porte de la grotte.
Dans la
nuit le hennissement des chevaux nous
réveille mais ce n'est qu'une fausse alerte et bien que les balles nous
sifflent devant le nez personne n'est touché.
Nous
quittons l'entrée de la grotte de bon matin pour aller passer la journée à Port
Fontenoy, il peut à torrent et nous allons nous abriter dans une grotte.
Toute la
journée nous faisons du nettoyage sur les routes et le soir nous allons
remplacer les compagnies de première ligne sur les hauteurs de Fontenoy. Nous
avons gagné un peu de terrain, lorsque le capitaine décide d'aller reconnaître
la situation en haut de la côte. Eclate alors une vive fusillade déclenchée par
un régiment d'infanterie français qui nous prend pour l'ennemi, nous nous
précipitons derrière un talus et personne n'est touché... Sauf Latapie... Nous nous réfugions ensuite dans un petit
bois afin d'y passer la nuit.
Dès le
matin nous nous mettons à faire des tranchées car les obus ne cessent de
tomber, notre principale préoccupation est de nous abriter. La matinée se passe
sans incident, vers 16 heures le capitaine décide de monter sur la crête afin
d'y observer les événements causés par les obus allemand ainsi que ceux des
mitrailleuses : quelle imprudence de sa part, sans doute repéré par l'ennemi,
il tombe grièvement blessé, une balle lui a traversé la poitrine. Lorsque la
nuit arrive nous allons sur les rails du chemin de fer et nous subissons une
fusillade toute la nuit.
au petit
jour nous allons retrouver la compagnie qui se trouve à Montaigu, nous entendons
des cris de toute sorte, les Allemands pousse une charge à la baïonnette, c'est
terrible à entendre, combien d'entre nous vont encore y rester ?
Nous nous
réfugions sous des rochers, lorsque les obus arrivent nous constatons que ce
sont nos batteries qui sont visées elles se trouvent juste aux dessus de nous,
un obus tombe en plein sur l'une d'elle tuant 4 hommes, un autre tombe au
milieu d'un groupe de chez nous : 8 morts ...12 blessées, un peu plus loin un
autre tu 9 chevaux qui étaient dételés de leurs batteries.
Un pauvre
gars de chez nous a le bras cassé, un autre qui était parti faire ses besoins
reçoit un éclat en pleine poitrine, quelle matinée sanglante... nous ne pouvons
plus tenir, nous battons en retraite et nous nous réfugions dans un bois afin
de soutenir la contre attaque allemandes si toutefois ils réussissent à
repasser l'Aisne.
Le soir,
nouveau bombardement sur une batterie française, nous apprenons par la suite
que nous avons été vendus par un carrier qui a donné exactement l'emplacement
de la batterie afin qu'elle soit repérée. Nous entendons de nouveau une charge
sur le plateau de Fontenoy mais cette fois ce sont les français qui mettent les
allemands en déroute nous pouvons voir tout cela au travers d'une jumelle que
nous avons trouvé. La nuit arrive et nous descendons du bois pour aller nous
coucher au Pressoir : c'est une ferme qui se
trouve sur la route de Soissons.
Très bonne
nuit de repos, cette journée est employée à des travaux de propreté et au
repos, il y a bien longtemps que l'on ne s'est pas reposé comme cela.
Nous
passons encore une bonne nuit, nous occupons cette journée au lavage du linge,
nous nettoyons tout ce qui peut l'être, le repos est le bien venu. Le soir nous
avons mission d'aller garder les bords l'Aisne, il peut à torrent et nous nous
mettons à l'abri tant bien que mal.
Le petit
matin arrive et nous retournons au Pressoir pour une nouvelle journée de repos.
La nuit arrive, plus belle que celle d'hier au bord de l'Aisne.
Départ à 4
heures du matin, nous allons passer la journée à Vaux Gautricourt, nous devons
servir de soutien d’artillerie dans le village, croyant y passer la nuit nous
faisons quelques tranchées, mais lorsque le soir arrive nous retournons au
Pressoir.
Nous
restons au Pressoir, nous sommes de service, le soir nous allons passer la nuit
au bord de l'Aisne, terrible fusillade toute la nuit.
Au petit
jour nous retournons au Pressoir pour une journée de repos, on lit, en dort, on
se repose de la nuit de l'on vient de passer.
Repos toute
la journée, travaux de propreté, bonne nourriture.
Nous
restons toujours au Pressoir, c'est la belle vie, nous apprenons que le général
Decastelneau aurait repris Péronne et St- Quentin mais nous, par contre, cela
fait deux semaines que nous sommes devant le plateau de Fontenoy et nous
n'avons pas encore pu chasser les Allemands : il est vrai d'après ce qu'on dit
qu'avant la guerre ils auraient fait réaliser de véritables fortifications.
Rien de
nouveau, nous restons toujours au Pressoir et tout le monde est atteint de
dysenterie
Départ à 9
heures avec le génie pour aller faire des tranchées sur le plateau d'Amblény.
Le soir nous retournons au Pressoir.
Départ du
Pressoir à 7 heures du matin nous allons à Ressons-le-Long nous sommes
tranquilles toute la matinée, l'après-midi nous allons faire des tranchées
commencées par le génie. Nous sommes forcés d'arrêter car nous sommes dans
l'eau.
Le soir
nous rentrons et une section va sur les bords de l'Aisne, moi, avec une demie
section je prends la garde au poste de police où j'ai une sentinelle à placer à
un kilomètre du poste chez le colonel pour la garde du drapeau. Dans la nuit,
une vive fusillade suivie d'une attaque à Fontenoy
Nous restons
à Ressons-le-Long, l'âpres midi nous sommes dans un château jusqu'à 6 heures du
soir, là, départ pour Courmelles, nous faisons un grand détour et nous arrivons à 24 heures. Nous
avons fait 28 kilomètres.
Repos toute
la journée, rien à signaler, Courmelles est situé sur la rive gauche de l'Aisne où les allemands sont
passés sans pouvoir piller. Nous faisons une bonne soupe avec du cochon et nous
allons dormir dans un grenier.
Journée de
repos, un sous lieutenant nous passe en revue, il vient du dépôt et nous
engueule parce qu'un homme à des boutons qui manquent à sa capote.
Nous
partons faire des tranchées au dessus du plateau de Courmelles, nous nous
rendons compte que les anglais les ont commencées puis nous voyons pour la
première fois le général Klein, commandant notre brigade. Nous voyons aussi les
obus allemands éclatés en direction de Soissons. C'est drôle à voir..... Les
anglais jouent au ballon.
Dans la
journée nous apercevons 7 aéroplanes anglais. Le soir nous rentrons à Courmelles.
Le matin
nous remontons faire des tranchées, il fait un beau soleil et on se laisse
vivre jusque au soir. Nous allons partir soit disant en première ligne, en
effet nous partons à 19 heures, nous traversons Soissons, les dégâts causés par
les allemands sont très importants.
Nous voyons le monument élevé à la mémoire des
soldats de la guerre de 70. Nous prenons la route de Reims, nous rencontrons
des Alpins, des Marocains qui vont comme nous remplacer les troupes de première
ligne. Nous apprenons que nous allons à Ste Marguerite, et
que, de là, nous nous rendrons sur le plateau de Vregny remplacer les troupes anglaises
qui iront, eux, remplacer les troupes qui sont dans le nord.
Nous arrivons enfin sur les
bords de l'Aisne, à Billy on nous fait traverser la rivière sur un pont réparé
car il avait été détruit par les allemands pendant leur retraite.
Nous
arrivons à Vénizel, Buçy-Le-Long, on nous fait monter sur le plateau, là il règne un grand
silence, jamais on ne penserait qu'une troupe vient en relever une autre. Les
anglais sont très gentils, il nous recommande d'être très prudent car devant
nous il n'y a rien. Nous n'avons jamais vu d'aussi belles tranchées et si bien
faite.
La relève
se fait à merveille, les Anglais s'en vont en sortant par un autre boyau.
L'escouade de garde est désignée et tout le monde doit veiller pour la première
fois, en ayant peur d'une attaque.
La nuit a
été longue, nous avons attendu le jour avec impatience, nous pouvons enfin nous
rendre compte de ce qu'il y a devant nous, nous apercevons les tranchées
allemandes à environ mille deux cent mètres devant nous. Un camarade prit d'une
envie pressante monte sur la tranchée pour poser culotte, les balles allemandes
sifflent immédiatement et il à juste le temps de sauter dans la tranchée.
Nous avons
devant nous une étendue de terrain immense qui semble être un champ de
betteraves. Au loin quelques maisons et, protégé par du fil de fer nous
apercevons les tranchées, nous pouvons en distinguer environ une quinzaine de
rangées alors que nous nous en avons à peine deux.
Nous
commençons à fouiller les cabanes occupées aux Anglais que nous avons remplacé,
nous trouvons dès boîtes de corned-beef, sorte de viande anglaise. Nous
trouvons ça très bon.
Devant nous
sont placés des rangées de boîtes vides de façon à pouvoir entendre l'ennemi en
cas d'invasion. Toute la journée les allemands tirent des coups de fusils. Le
soir nous sommes relevés par la 20ème compagnie nous allons coucher dans une
grotte où nous trouvons toutes sortes de boîtes de conserve anglaise que nous
mangeons avec appétit, notre service est organisé pour notre bataillon, 2
compagnies de veille aux tranchées, et ,2 aux repos à la grotte prête à
intervenir au secours des autres en cas d’attaque.
La journée
se passe aux grottes, à 18 heures nous allons reprendre nos emplacements
occupés depuis hier par la 20ème compagnie. Le capitaine Girol qui
vient de l'école de guerre met en place un dispositif de garde.
Ce
dispositif se compose d'une demie section déployée en tirailleur, à plat
ventre, dans les betteraves, à 50 mètres environ en avant des tranchées. Une
autre escouade se place à 100 mètres plus loin pour épier les bruits de
l'ennemi c'est la 6eme escouade, je suis forcé d'aller avec eux comme sergent
puisque c'est moi qui commande cette escouade.
Nous sommes
à environ 100 mètres des allemands. Il nous faut rester là 3 heures, la relève
se fait de trois heures en trois heures : trois heures de veille, trois heures
de travail, trois heures de poste d'écoute et trois heures de repos. Après
avoir reçu une averse terrible sur le dos pendant plus de deux heures nous
voyons enfin l'une de nos relèves arriver.
Nous sommes
tous gelé, ça fait trois heures que nous sommes couchés à plat ventre dans les
betteraves, nous rentrons à la grotte pour veiller.
Nous
passons la journée dans les tranchées, on nous donne la permission de tirer
sur" ceux que nous avons devant nous".
Le soir
nous sommes relevés par la 20ème qui eux sont relevés le soir même
par les Alpins du 67ème. Nous avons passé trois jours en première ligne, nous allons au
repos trois jours : tout le bataillon. Nous arrivons à Billy sur Aisne c'est un
village à 6 kilomètres de Buçy-Le-Long, un peu en arrière de la route qui mène
de Soissons à Reims.
Malgré un
bon accueil de la part des habitants nous avons quand même le sentiment de les
déranger. Ils nous font un bon accueil et nous passons une bonne nuit.
Repos,
toute la journée nous entendons la fusillade et le bruit du canon là haut sur le
plateau de Vregny, mais ça ne nous empêche pas d'améliorer notre cuisine du
mieux que l'on peut. La nuit arrive, nous allons nous coucher.
Le matin,
exercice sur le plateau qui domine Buçy-Le-Long, sur la route du retour nous
apprenons la mort d'un sergent du sixième bataillon qui a été tué pendant un
cours théorique sur le désapprovisionnement des armes .Une messe est décidée et
tout le monde est présent, le reste de la journée se passe au repos.
La journée
se passe au repos, le soir arrive et nous remontons aux tranchées. Nous, nous
allons à la grotte, la 20ème compagnie, elle, part en premières lignes.
Rien de
bien important, la journée s'est passée à la grotte. En fin d'après midi nous
partons relever la 20ème compagnie. Chacun est à son poste, il y a à
peine un quart d'heure que nous sommes là que le canon groupe dur du côté de
Soissons : c'est à dire bien à notre gauche.
Les coups
de fusils sont de plus en plus nombreux, je suis avec le sergent Major sur le
champs de betteraves nous pensons que tout va rentrer dans l'ordre assez
rapidement lorsque la fusillade éclate sur tout le front. Nous envoyons des
fusées ... les allemands répondent
à coups de canon et nous sommes forcés de rentrer en courant dans la tranchée
anglaise.
A peine
sommes nous dedans que les obus éclatent tout au tour, un obus tombe dans la
tranchée explosant une cabane, faisant un mort et deux blessés. Au bout d'une
demi-heure le calme revient et nous retournons nous placer dans nos petits
postes.
Dans la
journée quelques obus tombent sans effet, nous continuons à aménager nos
tranchées et nos trous. Le soir nous retournons à la grotte.
il ne se
passe rien de spécial dans la journée, nous nous occupons du nettoyage des
armes, le soir nous retournons aux tranchées : travail de nuit, nous prenons
les petits postes jusqu'au matin, de 3 heures à 6 heures .
Ensuite
nous rentrons dans la tranchée.
Le petit
matin se lève et il y a du brouillard partout, malgré tout je suis forcé de
retourner aux petits postes alors je fais un petit tas de foin où je fais
encore faire une petite tranchée derrière juste pour être à l'abri, à peine
avons nous fini que le brouillard se lève d'un seul coup, impossible de rentrer
dans la tranchée, sitôt que l'on essaie de se relever les allemands nous tirent
dessus.
C'est en
rampant tant bien que mal que nous arrivons dans la tranchée. Personne n'est
blessé. Le soir retour aux grottes.
Repos aux
grottes toute la journée, tout se passe bien, le soir nous remontons aux
tranchées; de 6 h à 9 h petits postes , les hommes travaillent aux boyaux qui
vont bientôt devenir tranchées de première ligne .
Journée
très calme, dans les tranchées il ne se passe rien, nous attendons la relève
avec impatience, ce sont les Alpins, et ils n'arrivent qu'à 9 h du soir. Nous
avons passés 6 jours aux tranchées, et nous partons au repos pour 6 jours à St
Marguerite, dans le bas de Buçy.
Première
journée de repos, nous devons changer d'habitation; après beaucoup de
difficultés, nous trouvons une dame qui accepte de nous loger.
Journée de
repos après une bonne nuit passée dans un bon lit que l’habitante a mis notre à
disposition pour mon copain Vuillaumé et pour moi, nous faisons une bonne
popote, et, doucement, nous nous remettons des fatigues de ces six jours passés
là-haut.
Grand luxe,
on reste couché jusqu'à 8 heures du matin, on se trouve si bien dans ce lit,
avec des draps si blancs...chocolat au petit déjeuner...tout va bien.
Dans la
matinée nous changeons de Commandant de Compagnie, c'est l'adjudant Beyer nommé
Lieutenant qui maintenant nous commande.
Toujours au
repos, dans la journée nous voyons un aéro allemand, notre artillerie a beau
lui tirer dessus, pas moyen de l'atteindre, en revanche, il nous envoie des
explosifs.
La journée se
passe bien, rien d'important, une distribution de chemises et de flanelles...
on se repose.
La routine
habituelle... vers 8heures du matin nous entendons le bruit du canon et de la
mitrailleuse sans trop savoir de quoi il s'agît. Nous attendons 20heures pour
aller faire la relève des chasseurs. Nous allons à la grotte, la nuit est
calme.
Belle
journée mais bien triste, le soir nous partons aux tranchées vers 21 heures, la
pluie commence à tomber, elle ne s’arrête qu'au petit jour. Nous veillons dans
les tranchées jusqu'à 9 heures, nous partons en petit poste à 100 mètres en
avant des tranchées, quelques coups de fusils par-ci par-là et des fusées
éclairantes à cause de la nuit noire. Nous sommes relevés à minuit et nous
retournons aux tranchées. La nuit est noire, il pleut à torrent et il fait un
vent terrible, un bruit court...il parait que nous devons lancer une attaque à
4 heures du matin.
L'attente
est angoissante, aucun ordre n'arrive, à 6h30 cependant nous mettons sacs au
dos, ce sont les chasseurs à pieds qui attaquent, les canons tonnent, la
fusillade commence mais l'ennemi ne répond pas. Le silence reviens d’un seul
coup, l'attaque a échouée. Le soir nous sommes relevés par la 20èmè compagnie.
La journée
se passe à la grotte, le soir nous allons relever la 20ème compagnie, la pluie
se met à tomber, les hommes travaillent dans les petits postes avancés.
A l'aube
tout le monde cesse le travail, vers 7 heures nous entendons une fusillade
éclatée, juste à notre droit, là où se trouvent les chasseurs à pieds, les
Allemands ripostent mais ça ne dure pas très longtemps. Rien de bien important
jusqu'au soir où nous sommes relevé par la 20ème compagnie
Nous
passons la nuit à la lisière d’un bois où il n’y a pas cahute, on se couche le
long des boyaux, rien de bien important pendant cette journée, nous allons
occuper la nouvelle tranchée et je suis ‘’de jour’’, je vais à la visite
médicale avec les malades et là, le médecin me dit de dire au Lieutenant que
les hommes malades doivent rester aux cuisines.
Voulant effectuer ma mission, je suis forcer de monter sur la tranchée, en plein jour, avec tout les risques que cela comporte, je m’avance sans méfiance pour aller trouver le Lieutenant et lui transmettre le message mais je n’arrive pas jusqu’au bout, les Allemands me tirent dessus et je m’écroule, touché au pieds droit, heureusement je tombe dans la tranchée. On m’emmène à l’infirmerie, c’est beaucoup moins grave que je