Charles (dit Georges) HOMAND

Soldat mitrailleur, au 169ème régiment d’Infanterie

 

 

Retour accueil

 

 

Il parlait souvent de la guerre mais avec horreur, soutenant le livre de Dorgelès « les croix de bois ».

Georges racontait comment les poilus trafiquaient le quart destiné à la gnole en faisant germer des haricots dedans essayant ainsi d’en augmenter le volume. Il disait qu’ils étaient soutenus par le vin dans les tranchées (2 litres de vin par homme et par jour et ¼ de litre d’alcool). Il racontait aussi comment arrivant en tête des troupes qui ont libéré une ville belge, une jeune fille belge lui dit « j’ai juré de me donner au premier soldat français qui nous libérerait » Alors il lui donna un baiser, mais lui échappa bien vite.

 

 

 

Charles Joseph Julien Georges HOMAND dit Georges HOMAND

Né le 23 juin 1898 à Lunéville (54300).

Père : Henri Julien HOMAND

Décédé des suites de maladies contractées lors de 7 années de service militaire dans un régiment d’infanterie de marine, puis de Tirailleurs sénégalais à St Louis.

Mère : Gabrielle Eugénie Vogin

Remariée à Paul Keller le 29/10/1901

 

Merci à Bernard et Françoise, dépositaires du carnet.

 

 

 

 

1. Le premier blessé de la guerre en 1914 ?

 

Georges Homand a été peut être été le premier blessé civil et ceci même avant la déclaration de guerre, comme l’indique Pierre Maire dans son ouvrage « Lunéville pendant la grande guerre 1914-1918 » Nancy Société d’impression typographique 1925.

 

PROVOCATION ENNEMIE : LE BOMBARDEMENT DU 3 AOUT 1914

Lunéville fut bombardée avant la déclaration de guerre : le lundi 3 août 1914, à 17 h. 22, un avion allemand survolait la ville et jetait six bombes. Ce n'est qu'à 18 h. 45 que l'ambassadeur allemand, M. de Schoen, remettait à M. Viviani la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France. Elle était motivée par ce fait que des avions français auraient jeté des obus sur Nuremberg. Cette allégation était fausse; le bourgmestre de cette ville la démentit, tardivement il est vrai, le 3 avril 1916.

Par cet acte, le gouvernement allemand commettait une violation formelle du droit des gens. La mobilisation ne signifiait pas nécessairement la guerre. La presse parlait de possibilités de médiation et certainement à Lunéville, dans les sphères du commandement militaire, aucun ordre n'avait été donné de canonner des avions allemands dans le cas où il s'en présenterait.

L'aviateur pouvait donc perpétrer son crime. D'ailleurs il se présenta en venant de l'ouest, il lâcha ses bombes en traversant Lunéville, quelques minutes lui suffirent, puis il rentra immédiatement en Allemagne une fois son forfait commis. La direction de son vol montre la perfidie de son acte. A son arrivée sur notre territoire, il franchit la frontière à une altitude élevée sans éveiller de méfiance ; à 2000 mètres on distingue mal les caractéristiques nationales des avions, surtout à cette date où aucun tableau comparatif n'avait été publié. Après s'être avancé, il fait un crochet et vient sur Lunéville de l'intérieur de la France pour surprendre plus sûrement. L'aviateur survola la ville dans le sens de la plus grande largeur ; il ouvrit successivement ses trappes sans se soucier des points de chute. Il manoeuvra dans l'intention d'atteindre l'agglomération la plus dense, sans aucune précision d'objectif militaire.

 

Ceux de nos concitoyens qui croyaient encore au maintien de la paix n'eurent désormais plus aucun espoir. Ils acquirent une autre certitude c'est que les avions étaient dangereux ; ceux-ci ne se bornaient pas, comme le prétendaient quelques-uns, à prendre des photographies et à servir d'éclaireurs.

Tous furent convaincus que ces engins semaient les bombes et la mort sans qu'on s'y attende.

Il y eut des dégâts matériels, mais aucune victime. Les points de chute sont assez éloignés les uns des autres, mais en ligne droite. Il convient de les indiquer

La première bombe tomba dans le jardin du capitaine en retraite de Percy, rue Girardet n° 8 ; sur le couvercle on lisait cette inscription Carbonit Schlesbourg.

Une autre, percutante comme la précédente, explosa rue Gaillardot, n° 13, dans un hangar appartenant à M. Adrian, serrurier.

La troisième fit un trou profond dans le pavé de granit à l'intersection des rues de Moncel et du Chaufour, en face du n° 16 et détériora la devanture de la boutique de M. Hocquard, horticulteur. Le quatrième projectile n'éclata pas : il fut le lendemain relevé par M. Braux, adjoint, dans la cour de l'école Urbain, rue Haxo, n° 5.

Le cinquième brisa, à la caserne de Stainville, les vitres et la glace du poste, ainsi que celles du cercle des sous-officiers situé tout près ; la guérite qui se trouvait derrière la porte fut détruite. M. Paul Keller, dont nous reproduisons le témoignage, et son beau-fils, placés à moins de deux mètres du point de chute, échappèrent à la mort par miracle. Enfin le sixième creusa le sable du Champ de Mars à 6o mètres environ du hangar d'aviation Terlin.

 

Tel fut le premier bombardement.

 

Des photographies des points de chute et du projectile non éclaté ont été prises immédiatement et certifiées exactes par le commissaire de police, M. Imbert. Après une enquête administrative, le ministère des Affaires étrangères publia les documents recueillis sur « Le mensonge du 3 août 1914 ». Ils contiennent les renseignements que nous venons de rapporter. Aux pièces annexes se trouvent les déclarations de M. de Percy, de Mme" Adrian, de M. Hocquard, de Mlle Mammosser, directrice de l'Ecole Urbain, de M. Georges Homand et de M. Houot, cantinier.

Ajoutons le témoignage d'un de nos concitoyens, qui n'a pas été entendu : M. Paul Keller, entrepreneur de peinture, rue Banaudon. « Mobilisé comme auxiliaire au 2e bataillon de chasseurs à pied, le lieutenant Vannier, nous dit-il, m'avait chargé de la garde du quartier Stainville. Le 3 août, dans l'après-midi, je remarquai un avion. J'appelai mon beau-fils, M. Homand, qui était venu m'apporter à manger, pour le lui montrer. Au même instant, un choc formidable nous abattit sur le sol. Je perdis connaissance. Le casernier, M. Labbé, me vit tomber et accourut à mon secours.

En revenant à moi, je regardai ma montre; il était exactement 5h. 55 du soir. Mon beau-fils fut renversé aussi et atteint par un éclat à l'omoplate gauche.

Sans perdre de temps, M. Keller se rendit au Château pour prévenir l'autorité militaire. Il est introduit dans la salle de l'état-major par le soldat René Samuel (d'Einville) et, devant les généraux Varan, Lescot et plusieurs officiers supérieurs, il fait le récit de ce qui s'était passé. M. Marcot, greffier de la justice de paix, mobilisé, était présent.

 

Toutes les déclarations concordent, sauf une différence de quelques minutes en ce qui concerne l'heure du bombardement. Tous affirment que c'est avant six heures du soir; que ce soit 17 h. 22, 17 h. 35 ou 17 h. 45, ces légères variations d'heure suivant la montre de chacun ne présentent dans le cas particulier aucun intérêt, puisque la date officielle de la déclaration de guerre est 18 h. 45, le 3 août 1914.

 

En droit international, aucun avion allemand ne pouvait survoler le sol français avant que M. de Schoen ait averti son gouvernement que, conformément aux ordres reçus, sa mission était remplie.

La mauvaise foi du gouvernement de Guillaume II et son entière responsabilité dans le crime ne peuvent être mises en doute.

 

D’autres précisions sont apportées dans l’ouvrage anonyme de 396 pages consacré à l’affaire « Le mensonge du 3 août 1914 Paris Payot 1917 » ; Dans ce livre figure le témoignage de Georges Homand qui indique « il n’y eut aucun accident de personne ». Et pourtant il m’a toujours dit avoir été légèrement blessé.


 

2. Carnet de guerre

 

 

 

 

Georges Homand a été incorporé le 16/04/1917 au 26ème RI, puis au 134, puis au 169 RI

 

 

 

Carnet de route Georges Homand 169 ème régiment d'infanterie C 3 secteur 191 Ce carnet est écrit sur un agenda de 1915, les dates ont été corrigées jour après jour par Georges.

 

DATE

LIEU

TEXTE

26/01/1918

Totainville

Départ de Totainville et Mirecourt pour le DD suis affecté 4ème Cie -169 I secteur 191

09/03/1918

Bertrichamps

allons passer 10 jours à Is/Tille pour faire la police de gare

10/03/1918

Is/Tille

arrivons à 13 heures ; poste merveilleux et peu fatiguant. Beaucoup d'américains

15/03/1918

Is/Tille

Pense beaucoup à Lunéville

17/03/1918

Is/Tille

Arrivée de papa, maman et Léon ; quelques heures ensemble ; joie

22/03/1918

Is/Tille

Retour d'Is/Tille ; les camarades du 158 rejoignent aussitôt front. A quand mon tour ? Passage à Lunéville à 5h43

23/03/1918

Bertrichamps (88)

Les camarades du 169 rejoignent ; reste seul

30/03/1918

Bertrichamps (88)

Quitte Bertrichamps en renfort 3ème B de la 3ème C ; Bonne impression de suite. Quelques 210-50 se font remarquer et nous tuent 3 camarades

31/03/1918

Bertrichamps (88)

C.R.Chasseurs Pâques. Mars me voit arriver aux tranchées 11 mois déjà sont écoulés depuis le jour où j'ai quitté ma famille. Maintenant il faut faire son devoir, être digne de ses ainés. Je vois l'avenir avec confiance et je ne tremblerai pas au danger.

03/04/1918

 

CR Chasseurs

07/04/1918

 

CR Chasseurs ; salve obus 88 19 heures

08/04/1918

 

CR chasseurs ; attendons relève

09/04/1918

Bertrichamps (88)

CR Chasseurs ; relève à 17 heures. Allons coucher à Bertrichamps. CR chasseurs - l'Etoile - 3 sapins - Neuve maisons - Bertrichamps camp # 68

10/04/1918

Bertrichamps (88)

Départ à 5h45 pour Baccarat - St Clément - Laronxe

19/04/1918

Laronxe (54)

Visite d'Alfred Cordier. Exercice général devant off.supérieurs. Vathiménil, StClément Chenevières

21/04/1918

Laronxe (54)

Permission de la journée pour Lunéville. Retour 17h. Visite de Monsieur Bové

22/04/1918

Laronxe (54)

Départ Laronxe vers 5h45 vers Ménil 22 kgs halte 1h pour déjeuner; Assez fatigué St Chément cenevières Manil-Flin  Azerailles Baccarat St Christophe Ménil

23/04/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Pays assez abîmé par les obus mais entouré de tombes. Trouvons une popote

24/04/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Temps pluvieux Exercice lancer de grenade ; visite musée abbé de Ménil.

25/04/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Patrouille. Ménil 376-423-St Benoit la Chipotte-Bru-Ménil. La guerre représentée en toute son horreur comme dans toute notre Lorraine meurtrie. Villages démolis, ruines et tombes. Demande pour T refusée.

26/04/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Tir à Rambervillers. Ferme de Montplaisir et Rambervillers

27/04/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Exercices de cadres. Général Gérard. Vois nouveau 75 portatif, intéressant. Soir exercices.

29/04/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Manœuvre bataillon Ménil-Bru

30/04/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Manœuvre régiment remise à demain, il pleut

01/05/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Manœuvre régiment fatigante

02/05/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Exercice lancer de grenade CF3 marche exercice 10 kms

03/05/1918

Ménil-sur-Belvitte (88)

Quittons Ménil. Ordre reçu à 5h. Départ 10h40. Chaleur torride vers Hadigny les Verrières par Rambervillers

04/05/1918

Hadigny les Verrières (88)

Quittons à 1h30 arrivons à Charmes le soir fatigués à 6h Départ après souper à 9h

05/05/1918

 

Troyes 12h50 - Versailles 22h50 - Il pleut dans notre wagon comme dehors. 2 jours singe et pain. 1 litre vin Brie comte Robert

06/05/1918

Abancourt (60)

Débarquons à 9h à Abancourt.2 jours singe et pain. 1 litre vin 12 kms pour Quincampoix

07/05/1918

Quincampoix (80)

Repos partons demain vers la Somme. Café pain singe. Quelques prix des denrées pain 8 F vin 2,5 F Bière 1 F

08/05/1918

Quincampoix (80)

Départ 5h40. passons à Loignières, Caulières arrivons à Thieulloy l'abbaye 20 kms Remarque que dans la Somme les gens sont peu serviables Vive la Lorraine. Peu de paille pour coucher. Prix des denrées exhorbitant

09/05/1918

Thieulloy l’abbaye (80)

Quittons Thieulloy pour aller à Breilly sur Somme. Etape fatigante et longue de 5h à 15h. Une grande halte 30 kms quitte pour préparer les cantonnements à la CH. Vélo crevé au début fatigué. Logeons dans un château dans vieille étable. Quelques lettres me parviennent

10/05/1918

Breilly sur Somme (80)

Repos. Réveil 7h

11/05/1918

Breilly sur Somme

Exercice matin et soir. Promenade à Ailly

12/05/1918

Breilly sur Somme

Exercice matin et soir. Promenade à Picquigny  Match de  footbal

13/05/1918

Breilly sur Somme

Promenade à Ailly Exercice matin et soir. Promenade Ailly

14/05/1918

Breilly sur Somme

Manœuvre Régiment à Breilly et au Sud dans les forêts

15/05/1918

Breilly sur Somme

Manœuvres régiment de 5h à 17 h Passage de la Somme de St Vaast à Picquigny. Soir tirs indirects de 14h à 17h

16/05/1918

Breilly sur Somme

Exercice

17/05/1918

Breilly sur Somme

Manœuvre de bataillon Ailly - St Sauveur - St Vaast

18/05/1918

Breilly sur Somme

Manœuvre de division

19/05/1918

Breilly sur Somme

Apprenons départ pour demain. Promenade Ailly

20/05/1918

Breilly sur Somme

Quittons Breilly à 6h du matin en camions automobiles. Réveil à 2h passons à Picquigny Poix Marseille (en Beauvaisis) Crévecoeur Breteuil Paillart. Arrivons fatigués et pleins de poussière obus de 130  une trentaine toute la nuit bombes d'avions. Chaleur torride

21/05/1918

Paillart (60)

Paillard campement dehors coupe des cheveux tondeuse

22/05/1918

Paillart (60)

 

23/05/1918

Paillart (60)

 

24/05/1918

Paillart (60)

 

25/05/1918

Paillart (60)

Exercice matin. Soir remplissage des bandes (?)

26/05/1918

Paillart (60)

Quittons Paillart pour Oresmaux 6h matin 16 kms sans fatigue   Hallivillers (80), Essertaux, Rossignol, Oresmaux (80)

27/05/1918

Oresmaux (80)

matin repos; Soir exercice tanks

28/05/1918

Oresmaux

Je songe au pays à ma famille à tout ce qui m'est cher. Je trouve la séparation dure et cruelle surtout avec les événements nouveaux

29/05/1918

Oresmaux

Nous quittons probablement demain; pour où ? Je me le demande souvent

30/05/1918

Oresmaux

Quittons Oresmaux à 7h du matin en autos Passons à Breteuil, Essertaux, Compiègne, St Sauveur environ 120 kms arrivons à  5h soir. Trouve un lit gens assez aimables gentils. Compiègne ville jolie genre Nancy mais blessée par les bombes; Evacuée. Magnifique forêt

31/05/1918

Compiègne - St Sauveur (60)

Réveil à 2h partons à 4h Arrivons au château du Faimont  (Oise) on ne sait où sont les ennemis; A 13h arrive l'ordre qu'il faut attaquer; A 14h ordre remis départ avec tout le matériel vers la rotonde où l'on embarque vers Villers Cotterets. Les habitants abandonnent tout

01/06/1918

 

 

02/06/1918

Fleury (02)

Embarquons en autos. Traversons Pierrefonds arrivons à Villers Cotterets (02) à 2h du matin. Logeons dans une villa  couche dans un lit. Départ à 9h en position à 2 kms Fleury. Ensuite ferme abandonnée où les poules lapins bétail errent dans les prés. Ensuite 1,5 kms en avant, 5 kms à gauche et à droite on ne sait. A 9h partons sous obus de 105 qui tombent dans le ravin de Fleury

03/06/1918

Fleury (02)

De minuit à 3h alerte prêts au combat. A 4 h la fusillade commence, les autos passent 105 ; songe à la famille A 6h obligés changer d'emplacement, un obus éclate 2 m derrière moi

Journée pleine d'émotions terribles pour moi. Obus 150 éclatent près ce matin suis très fatigué. Creusons une niche en forêt. 130 de minuit à 3h

04/06/1918

Fleury (02)

Rien de changé. Cafard noir je pleurerais volontiers gosse que je suis

05/06/1918

Fleury (02)

Descendons de ligne, liaison sous les obus dès le matin; Arrivons à Fleury nous installons en cave très bien (relativement) gaz nouveau ressenti. Obus de 105

06/06/1918

Fleury (02)

Dans cave obus de 150 éclatent près emportant un autre encore la Providence  qui m'a sauvé. Je remercie Dieu qui me protège. Colis de Germaine qui est bien gentille de penser à moi

07/06/1918

Fleury (02)

une lettre de maman chérie, un colis de papa, lettre de Germaine, qu'il est doux de recevoir quelque chose de chez soi

08/06/1918

Fleury (02)

Anniversaire de Marie, je songe à elle comme à mes chers parents

09/06/1918

Fleury (02)

Vais au service funèbre et à la messe à 9h30 près du pont Fleury. Reviens bien triste. Dimanche bien triste quelques parties de cartes. Un mandat de papa