Carnet de campagne de Victor LUCAS

Soldat du 371ème régiment d’infanterie

 

 

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« J’ai retrouvé dans les papiers appartenant à mon grand père, un carnet au nom de Lucas Victor (il semblerait que mon grand père avait changé son nom : pourquoi ?? ?).

Il  retrace jour après jour sa campagne en Orient 1917-1918-1919 contre la Bulgarie.

Il a été au 371ème régiment d’infanterie dans la 26 ème compagnie.

 

 

 

 

 

« Le voici avec sa femme et ses enfants en 1924

Il s’appelait en réalité Victor Leitner  et a changé en Victor Lucas .Il était lorrrain d’origine.

Pensez vous qu’un nom de consonance allemande était l’origine du changement de nom .Etait ce une pratique à l’époque ?

Si vous avez un avis sur ce changement de nom : écrivez moi.. »

Annie, juin 2008

 

Pour la recopie ; merci à Jérôme, Sylvie, Alain, et Christophe

 

 

 

 

Ma campagne en Orient 1917 – 18 – et 1919

Grèce, Macédoine, Serbie, Albanie

 

 

 

 

 

Ma campagne en Orient est commencée du jour où j’ai débarqué du croiseur transport Mustapha II qui nous a transportés de Tarento – Italie à Itéa – Grèce. J’ai mis le pied sur le sol d’Orient le 26 septembre 1917 à 5 heures du soir.

Là je suis resté une journée pour attendre les camions-auto.

 

Le 27 j’ai pris les autos pour être dirigé sur Braslau.

Le même soir j’ai pris le train pour être dirigé sur le dépôt de la 573è Division, où je suis arrivé le 29 septembre 17. J’ai passé 5 jours à Ostrovo. Du vrai repos. Nous allions à la pêche et au bord du lac pour nous baigner tous les jours. Mais le beau temps ne dura pas longtemps.

 

Le 4 octobre 17 nous partons du dépôt divisionnaire à pied. Après plusieurs jours de marche très fatigantes nous arrivons enfin à Florina Station où nous nous sommes arrêtes pour faire la soupe. Le soir nous avons couché sous nos toiles de tente.

Heureusement qu’il ne faisait pas mauvais temps. Et le lendemain matin nous sommes partis à pied pour le village de Côtterie où se trouvait le Colonel du régiment 371è : de là jai été versé à la 26ème compagnie avec plusieurs de mes camarades.

Nous avons rejoint notre compagnie qui se trouvait à Sakulévo.

Nous étions presque en Serbie. Nous étions à 15 kilomètres de la ville de Monastir que d’ailleurs l’on apercevait très bien et qui était bombardé souvent par les Bulgares, nous apercevions également le piton de 1.248 et celui tenu par les Italiens 1.050

 

Nous sommes arrivés à Sakulévo le 8 octobre 1917 à 8 heures du matin, et nous étions heureux d’être arrivés, car c’est fatigant à voyager dans les montagnes et par cette chaleur terrible.

Tous les jours nous montions la garde : à la gare, au gîte d’étape, ou aux prisonniers Turcs ou Bulgares.

 

Rien de nouveau à marquer jusqu’au 20 octobre 17.

 

Le 2 novembre, nous partons pour Waskuskoy pour prendre la garde au parc d’artillerie de la Division et 10 jours après nous repartons pour Cotterie.

2 jours de repos à faire des abris et nous repartons dans la direction de l’Albanie pour aller prendre les avants postes.

 

 

 

Voici les étapes parcourues :

1er jour : nous sommes passés par la belle ville de Florina où nous sommes allés à quelques kilomètres de là au kilomètre 6.

2è jour : après une nuit et un jour de repos nous sommes repartis pour Zeloua. Nous avons couché sous nos toiles de tente.

3è jour : nous avons fait une marche cette fois très très pénible et nous avons essuyé quelques averses en cours de route. Je me suis arrêté à un moulin avec 2 de mes camarades, car je n’en pouvais plus. Le lendemain, nous avons été retrouver la compagnie à Bresnika.

Mais en cours de route, j’ai rencontré le Général DIDIER qui m’a pris mon nom et 2 jours après, j’apprenais que j’avais 8 jours de prison du Général lui-même. Nous nous sommes reposés 2 jours et nous sommes repartis pour la 4è étape.

4è jour : nous sommes arrivés à la ville de Biklista où nous avons rencontré des Italiens qui remontaient en ligne du côté de la mer dans le secteur de Dévoli. Nous sommes restés également 2 jours pour nous nettoyer et nous reposer, et nous sommes repartis pour la 5è étape.

5è jour : Le soir nous étions à Snaka où nous avons eu 2 jours de repos.

Le 3è au soir, nous sommes partis cette fois pour les tranchées directement. Nous sommes passés à Prograder qui se trouve le plus près des lignes et qui reçoit des obus de l’ennemi de temps en temps.

Nous nous sommes reposés pour une nuit ne réserve des 1ères lignes et nous avons couché sous les toiles de tente.

Il gelait à pierre fendre.

 

 

Le lendemain au soir, nous avons été prendre les lignes ou avants postes dans le secteur du Lac d’Okrida, où nous avons pris position sur le piton 1.704 mètres d’altitude.

Il n’y faisait pas chaud.

Il ne faisait que neiger ou pleuvoir. Nous étions raides tous les matins car nous couchions tous les jours sous la toile. Il n’y avait pas un seul abri.

Quel triste hiver que nous avons du passer là. Nous avons pris les tranchées le 25 novembre 1917 à 11 heures du soir.

 

Tous les 15 jours nous allons en réserve au ravin des cuisines ou nous pouvons un peu dormir et nous laver ainsi que notre linge.

Descendu près du lac le 31 décembre 1917 : rien de changer jusqu’au 6 mars 1918.

Ici nous travaillons à nous faire enfin des abris pour l’hiver prochain, ça nous réchauffe un peu de travailler de temps en temps, mais maintenant le beau temps arrive, le soleil se montre de temps en temps et nous réchauffe un peu.

 

Le 15 mars 1918 :

 Nous retournons en réserve au ravin des cuisines et rien de nouveau jusqu’au 15 avril 1918.

Nous sommes au repos des lignes en dessous de Denudée et au-dessus du lac d’Okrida : nous apercevons très bien la ville serbe d’Okrida qui est occupée encore par des civils mais qui est en position bulgare.

Nous apercevons aussi tous les jours leurs petits pétroliers et qui remorquent 2 grands chalands qui eux ravitaillent la presqu’île, ainsi que la route d’Elbassan que nous essayons de nous emparer et qui ferait du tort à l’ennemi.

Nous ne pouvons pas bombarder leurs bateaux car nos pièces ne portent pas assez loin.

Enfin le soir nous allons avec toute la section faire un petit jardin près de nos cambuses. Ce soir nous allons semer des haricots, salades, petits pois et des radis. Mais il reste à savoir si nous goûterons aussi à tout ça.

 

Le 15 avril, nous descendons au repos au ravin des cuisines ; en dessous de la dent de chat, nous sommes 3 jours et 2 nuits tranquilles. Aussi j’en profite pour faire la lessive et faire sécher le linge.

 

Le 18, nous allons toute la section faire des abris à 800 mètres des nôtres, qui nous serviront comme abris des bombardements pour la 26è compagnie.

 

Du 19 au 22, même travail aux abris.

 

Le 23 à 1 heure du matin, je vais en patrouille par un beau clair de lune.

 

Le 24, je pars travailler en 1ère ligne toute la journée.

 

Les 25 et 26 aux abris.

 

Du 27 au 29, je me repose car j’ai des douleurs dans les jambes et le major me fait rester couché.

 

Le 30 nous avons repos toute la journée pour préparer nos malles pour monter en ligne à 7 heures.

Nous allons relever nos camarades et nous arrivons au col du lac où je n’étais jamais venu. Nous sommes à 30 mètres de nos cuisines et pistes. Un sergent et un caporal avec nous, mais il pleut sans arrêt depuis que nous sommes arrivés ici.

 

Le 3 mai 1918 : 1ère ligne.

 

Le 4 mai 1918 : journée très tranquille et le soleil est très chaud.

 

Le 5 au soir nous avons eu un orage de 2 heures de temps.

2 déserteurs bulgares se sont rendus. Tir des canons bulgares sur un de nos avions de reconnaissance.

 

Le 6 mai très calme.

 

Le 7 mai : toute la journée les avions bulgares se sont promenés au-dessus de nos lignes. Nous avons blessé un hibou ou grand duc.

 

Le 8 mai : journée calme et visite du Colonel et du Commandant de bataillon dans notre secteur.

Ce matin 8 Bulgares se sont rendus dont un sergent.

 

Le 9 au matin : 8 Bulgares ont de nouveau déserté de chez eux et se sont rendus dans nos lignes vers 9 heures du matin.

Ce matin nous avons vu leurs autos courir sur la route d’Okrida. Nous croyons que c’est une relève de chez eux. Toute la journée JULOT a bombardé leurs tranchées. Nous avons un temps superbe, les nuits ne sont plus si fraîches.

Ecris dans le secteur du Dénudée. Tranchée 1 à la 2ème position de F Me. Tous les matins nous allons couper des arbres entre les Bulgares et nous pour protéger notre petit poste la nuit.

 

Le 10 mai 1918 : temps superbe. De forts bombardements se font entendre du côté du lac Breska à notre droite. Nos avions et ceux des Bulgares se promènent au-dessus de nos lignes.

L’après midi nous avons un petit orage et de la pluie toute la nuit. Nos gourbis sont inondés. Il ne fait pas chaud.

4 Bulgares se sont encore rendus.

 

Le 11 mai 1918 : il pleut, nous avons encore quelques Bulgares qui se sont rendus chez nous. Nous craignons une attaque ennemie, mais nous avons pris nos précautions.

La soirée est très calme.

 

Le 12 mai 1918 : matinée calme. Quelques-uns de nos avions ont été bombardés par l’ennemi. Ecris pendant une faction pendant à 1 heure ½ par un beau soleil et tranquille jusqu’au soir.

 

Le 13 mai 1918 : journée tout à fait calme et beau temps.

 

Le 14 mai 1918 : tranquille, nous devons aller en réserve comme tous les 15 jours, mais nous apprenons que d’autres régiments doivent venir nous relever et que nous irons en grand repos assez loin des lignes.

 

Le 15 mai 1918 : ce matin qui est le jour des relèves comme d’habitude : toujours beau temps et très tranquille.

 

Le 16 mai 1918 : nous n’avons pas été relevés comme nous devions l’être, mais il paraît que nous le serions dans une dizaine de jours, et que nous irions en grand repos cette fois. Toute la journée nos 75 ont tiré sur les tranchées bulgares.

 

Le 17 mai 1918 : visite de notre Lieutenant.

Toujours beau temps, et journée très tranquille.

7 heures du soir.

 

Le 18 mai 1918 : beau temps. Aujourd’hui notre cuisinier nous a fait des frites et du rôti ; nous nous sommes régalés. Le soir nous recevons quelques obus. Visite du Capitaine.

 

Le 19 mai 1918 : je suis de garde dans la tranche jusqu’à 8 heures 20 du matin. Nous recevons encore quelques obus le soir.

 

Le 20 mai 1918 : tranchées, beau temps. Bombardements de nos tranchées avec des 100 de marine et des 130 autrichiens.

2 déserteurs bulgares se sont rendus dans nos lignes.

 

Le 21 mai 1918 : nous serions heureux d’aller en grand repos.

Rien de nouveau dans le secteur.

 

Le 22 mai 1918 : nous avons passé toute la journée très tranquilles et avec un beau temps.

Je suis de garde dans la tranchée de 1 heure à 3 heures 20.

Rien d'autre à marquer.

 

Le 23 mai 18

Albanie : lac d'Ochrida : Corvée de soupe et travail matin entre la Serbie et l'Albanie.

 

24 mai 18

Région des lacs : le matin nous avons hérité de quelques obus à proximité de nos cagnas et de la tranchée, dont un à 4 mètres de notre cuisine.

Il était moins 5 pour que l'on se passe de manger. Nous avons riposté sur eux et ils ont dégusté autant. Reste de la journée bonne. Ecrit à  1 heure dans la tranchée.

 

25 mai 1918 : même secteur : encore les obus sur nous, pas de blessés.

 

Le 26 mai 18 : voilà 6 mois que nous sommes en tranchées, sans grand repos, et 8 mois que je suis en Orient.

Les Italiens ont réussi une avancée de 18 kilomètres à notre gauche.

 

Le 27 mai 18 : nous avons passé une bonne journée couchés au soleil. Les Bulgares désertent encore 2 ou 3 tous les matins. Je travaille dans une sape.

 

Le 28 mai 1918 : en tranchées : pas d'obus, mais 3 déserteurs Bulgares sont venus dans nos lignes se rendant. Il y avait un Turc avec eux. Ils étaient tout équipés.

 

Les  29 et 30 mai 18 : chez nous c'est tranquille, mais sur les Italiens le canon gronde et un de nos régiments a avancé aussi.

Il fait beau temps.

 

31 mai 18 : en tranchées : pas un coup de canon.

Il fait un petit orage. Je suis de garde à la tranchée.

 

Le 1er juin 18 : en tranchées : nous n'allons pas au repos et nous comptions bien y aller. Ca commence à manquer d'eau pour laver notre linge.

Le soir nous sommes relevés pour prendre un autre secteur appelé le Scherlock et qui ne doit pas être aussi tranquille que celui que nous venons de quitter.

Je vais en emplacement de combat à la Selle jaune.

 

Le 2 juin 18 : en tranchées toujours : tous apprennent qu'en France, les Boches avancent sur Amiens et Soissons.

 

Le 3 juin 18 : nous sommes très bien dans le nouveau coin. Je travaille toujours à la tranchée.

Nous faisons notre cuisine nous-mêmes, nous sommes très tranquilles.

 

4 et 5 juin 18 : aujourd'hui il fait beau.

J'en profite pour faire ma lessive et une heure après je renfile mon linge car il est sec.

Il fait froid la nuit.

 

Le 5 au soir avec un camarade, je vais dénicher des corbeaux pour faire une bonne soupe et nous tirons deux pigeons ramiers qui nous ont amélioré notre ordinaire.

 

Le 6 juin 18 : le matin j'ai fait le café pour nous et il a été excellent, mais ça manque un peu de sucre. Mais nous n'avons pas la carte de sucre nous autres.

 

Les 7 et 8 juin 18 : en tranchées : ça fait 6 jours que je suis sans nouvelles et j'ai un peu le cafard.

A notre gauche il y a eu une de nos patrouilles attaquées par une reconnaissance Bulgare.

 

Le 9 juin 18 : voyez comme on touche faussement des effets en Orient. Nous avons tiré au sort un pantalon entre 10 hommes que nous étions.

 

 

 

Le 10 juin 18 : en tranchées : nous avons essuyé une forte averse.

Nous sommes tranquilles, tous les soirs nous allons à la chasse aux pigeons et nous en transperçons tous les jours, quelques fois un merle ou une grive.

 

Le 11 juin 18 : encore 3 pigeons de tirés et ils sont bons.

Nous avons mangé aussi 3 jeunes corbeaux, mais quelle différence, c'est un peu plus dur comme viande. Je remonte ce soir en réserve près du Capitaine.

 

Le 12 juin 18 : réserve : en réserve à 1 kilomètre des lignes : nous couchons cette fois sous la toile des tentes.

Nous [sommes] assez bien nourris pour le moment.

 

Les 13 et 14 juin 18 : réserve : je ne prends plus de garde, j'ai toutes mes nuits à moi pour dormir.

Le soir jusqu'à 11 heures nous camouflons une piste qui est vue de l'ennemi.

Le soir vers 6 heures ½ nous allons ravitailler les camarades d'une autre section qui ne peuvent pas quitter les lignes

 

Le 15 juin 18

Aujourd’hui, nous avons reçu des obus près du Capitaine. Je me suis fait photographier.

 

Le 16 juin 1918

 En réserve.

Aujourd’hui c’est dimanche nous avons repos, donc pas de travail.

J’ai été  cueillir des fraises des bois et je me suis un peu régalé, on fait comme on peut.

 

Le 17 juin 18

Nous avons encore été bombardés ce matin mais le soir nous sommes très tranquilles. Nous avons touchés du tabac.

 

Le 18 juin 1918

La chaleur commence a être  insupportable.

Ce soir je porte le ravitaillement en 1ère ligne = avant poste

 

Le 19 et 20 juin 18

Le matin nous travaillons à nous faire des abris.

Le soir quelques obus dans nos parages.

 

Le 21 juin 18

En réserve : aujourd’hui encore pas beaucoup de nouvelles de France

 

Le 22 et 23 juin 1918

Enfin ce matin quelques lettres qui me  remontent un peu le moral. Beau temps, et tranquillité absolue. J’envoie des photos chez moi.

 

Le 24 juin 1918

Aujourd’hui nous avons eu la visite de notre  colonel, l’après midi je suis vacciné contre la variole

 

Le 25 juin 18

Réserves = mauvais temps, mais le secteur est assez calme, je travaille à faire des abris.

 

Le 26 et 27 juin 18

Le temps se remet un peu, je vais porter le ravitaillement en 1ère ligne à la 2ème section.

 

27 : de travail aux abris, nous ne voyons plus de déserteurs ennemis.

 

28, 29 et 30 juin 1918

Rien de particulier, je travaille toujours aux abris, j’ai assez de repos pour l’instant.

 

Le 1er et 2 juillet 191

 Nous nous apprêtons à déménager maintenant que nous avons de bons abris contre la pluie et la neige, mais ici c’est toujours la même chose, une fois que le secteur est installé on s’en va ailleurs.

 

Le 3 et 4 juillet 1918 

Nous allons en ligne dans notre ancien secteur au lac d’Ohrida mais les pitons sont très pénibles à  grimper et à descendre.

 

Le 5 et 6 juillet 1918

Nous sommes tranquilles mais un peu dévorer par les moustiques.

Je suis de garde aux avant-postes, il fait assez beau temps

 

Le 6 juillet 18

Je reçois quelque chose qui me fait plaisir un beau colis de ma chère femme, ce qui me remonte un peu le moral.

 

Le 8  juillet

En tranchées : en position au lac d’Ohrida, les bulgares sont très tranquilles, le secteur est meilleur qu’en France.

 

Le 9 et 10 juillet 1918

En ligne. Je suis de garde 3 heurs dans la nuit et 2 heures ½ de jour, et nous dormons le restant de la journée à l’ombre.

 

Le 11 et 12 juillet 18

J’ai un peu le cafard car je n’ai pas reçu de lettres depuis assez longtemps.

 

Le 12 je fais le coureur pendant une 10zaine de jours mais c’est très pénible car le terrain est accidenté. Enfin j’ai les nuits à moi pour dormir.

 

Le 13 et 14 juillet 18

Très tranquille mais quelle chaleur

 

Aujourd’hui le 14 juillet  18

En tranchées : C’est la fête nationale, nous devons toucher par homme un litre de vin, plus du champagne, un cigare, du porc, mais nous devons attendre le soir pour les toucher.

Et le soir nous touchons tout ça : en plus de la salade et du fromage.

 

Le 15-16-17- et 18 juillet 1918

Je ne fais rien aujourd’hui car nous avons tous du repos, juste la garde à prendre. Beau temps

 

Le 19 et 20 juillet

 Rien à manger de nouveau.

Tranquillité et beau temps. Nous comptons être relevés pour aller en réserves aux ravins des cuisines. Pas encore de départs de permissionnaires.

Le 21-22 et 23 juillet 1918

Le soir nous sommes relevés et nous allons en réserves 2ème ligne, nous avons 2 jours de repos complet, nous pouvons laver notre linge.

 

Le 23 nous sommes partis une vingtaine d’hommes avec le Lieutenant en patrouille pour nous mettre en embuscade à proximité de leurs lignes au Grand Balisé.

Mais après 3 heures d’attente, nous avons été surpris par une patrouille ennemie ; nous nous sommes repliés en faisant des feux de salves.

Nous sommes rentrés sans pertes.

 

Le 24 juillet 1918 

Aujourd’hui, travail au ravin du plateau.

Le soir nous retournons la section en reconnaissance, mais nous ne réussissons pas plus qu’hier. Beau temps.

 

Les 25 et 26 juillet 1918 

Nous avons 3 jours tranquille. Nous travaillons à faire un boyau qui mène du Denude et Cherlock.

Toujours le temps très chaud.

 

Du 28 au 31 juillet 1918

Notre dépôt de munitions a explosé par imprudence ; un sergent est blessé et meurt de ses blessures au poste de secours.

 

Le 1er août 1918

En réserve. Il fait très chaud.

Repos pas de travail aujourd’hui. Quelques revues, nous devons prendre les tranchées au Lar.

 

Les 2 et 3 août 1918

Nous sommes encore en réserve car nous devons reprendre les lignes plus sur la gauche encore, sur la vallée de la Seonmbi.

Nous partons à 5 heures, et après 9 heures de marche très pénible, nous arrivons et nous relevons le 260è RI.

Nous prenons la garde et nous sommes en sueur.

 

Les 4 et 5 août 1918

En tranchées.

Nous sommes dans un bon coin ici. Nous ne recevons pas un seul obus. Il fait très chaud, nous sommes très tranquille.

 

Les 6 et 7 août 1918

Je vais passer quelques jours à la cuisine comme aide cuisinier.

J’y suis resté 8 jours et j’étais tranquille, mais il fait trop chaud près du feu.

 

Du 8 au 10 août 1918

En tranchées ; toujours tranquille et très beau temps. En ce moment je suis de garde au piton sénégalais à 800 mètres des Bulgares.

On est relevé tous les 5 jours.

Du 11 au 14 août 1918

Nous sommes toujours heureux. Il fait beau, nous allons chercher des choux dans les jardins et de la salade, des petits pois.

 

Le 12 nous sommes relevés des petits postes et nous allons à 2 kilomètres à l’arrière des 1ères lignes.

 

Le 17 août 1918

Nous retournons aux petits postes avancés pour 5 jours.

 

Du 18 au 22 août 1918

Rien de nouveau dans le secteur qui est très tranquille.

 

Du 23 au 26 août 1918

En ligne. Rien de changer dans le secteur. Toujours un beau temps et la nuit très fraîche ; mais nous devons changer de coin, toujours du déménagement.

 

Du 27 au 31 août 1918

Le 27 nous remontons au petit poste et nous gardons les tranchées jusqu’au 31 août 1918.

 

Le 2 septembre

Nous devons relever une autre section à 80 mètres des Bulgares, où le secteur est bien plus mouvementé.

 

Les 3 et 4 septembre

Nous sommes à côté de la vallée de la Seonmbi. Nous devons y rester 15 jours et nous irons ensuite en réserve.

 

Le 15 septembre

Nous avons reçu une douzaine d’obus sur nos tranchées et surtout sur les 3 petits villages qui se trouvent à côté.

Il y a des civils de blessés et de tués tous les jours.

 

Le 16 septembre

Nous sommes relevés et nous montons en réserve.

 

Le 17 septembre

Nous faisons notre toilette et nous dormons dans la journée, car il fait très chaud.

 

Du 18 au 20 septembre 1918

Nous recevons quelques obus sur nos cuisines aussi.

 

Du 21 au 24 septembre

Les Bulgares ont fait sur nos tranchées un tir de barrage qui les a obligés à se replier car les Bulgares sont entrés dans nos lignes très nombreux.

Mais quelques-uns sont restés sur le terrain.

Nous n’avons pas eu de pertes.

 

Le 25-26 et 27 septembre : nous sommes maintenant bombardés tous les jours, car ils savent qu’ils vont être obligés de déguerpir un de ces jours, car nous attaquons du côté de Monastir, ce qui les oblige à se replier.

 

 

Le 28-29 et 30 septembre 1918 : le 28, occupation de la ligne Bulgare dont les Bulgares ont évacué.

 

Le 1er et 2 octobre 18 :

Le 2 octobre, nous avons occupé les 2ème lignes ennemies. Nous [sommes] très tranquilles car ils ont déménagé leurs canons.

 

Et les 3-4 et 5, en offensive. Les journées sont belles et encore chaudes, mais il pleut très souvent.

Les Serbes sont heureux de libérer leur territoire. Tous les ennemis qu’ils capturent, ils leurs coupent le cou, pas de prisonniers.

 

Le 4 au soir, nous n’avons pas touché de nourriture, que des figues, du raisin et des poules que nous chipons aux Albanais et aux Turcs, et du pain de maïs. Tous les ponts sont sautés ou démolis par les Autrichiens dans leur retraite.

Nous traversons les fleuves jusqu’à la ceinture, quelle fatigue nous endurons. Nous faisons des prisonniers tous les jours et prenons des canons en quantité.

 

Aujourd’hui, le 8 octobre 1918 : le temps s’arrange un peu, nous voyons du soleil.

Les Italiens nous ont rejoints de la mer et ont fait 300 prisonniers.

Nous arrivons à Elbasan le 8.

 

Le 9 octobre, nous repartons à midi et ½ d’Elbasan et nous reprenons la direction du lac d’Okrida.

Le soir, nous faisons la grande halte et nous allons cantonner dans un camp Bulgare.

 

Le 10, nous repartons sous la pluie et la fatigue et rien dans le ventre comme nourriture, et cantonnons dans un camp Autrichien.

 

Le 11, nous cantonnons dans la plaine, mais toujours de la nourriture que les 2 ou 3 jours. Nous sommes morts après chaque étape que nous faisons.

 

Le 12 octobre, nous arrivons enfin à côté du lac à 6 heures du soir. Nous espérons bientôt en la fin de la guerre.

 

Le 13, nous faisons le café comme tous les matins et soirs, car nous devons encore nous rapprocher du lac. Nous partons vers 11 heures du matin.

 

Les 14-15 et 16 octobre :

En marche. Nous marchons 3 jours et nous sommes fatigués.

Tous les jours, il y a des 20e [vingtaines] d’évacués sur les hôpitaux et des mulets crevés et des chevaux.

 

Le 17, nous arrivons dans la ville d’Okrida où nous pouvons nous procurer quelques litres de vin à 10 Francs le litre, des pommes, mais rien comme nourriture, ni pain, ni fromage, rien.

 

Le 18 et 19, nous marchons encore sur Monastir et le 19 au soir, nous arrivons à la petite ville de Resna à proximité de Monastir où nous avons enfin le 20 octobre comme jour de repos.

 

Ecrit le 20 octobre à Resna : [un mot illisible souligné (Lucas ?) et le chiffre 8 en dessous (?)] Nous avons pris une journée de repos.

 

Le 22 nous avons repris la direction de Monastir et nous nous sommes arrêtés à Cozani (Orthographe moderne : Kozani) où nous sommes restés 6 jours.

 

FIN DU CARNET

 

 

 

 

 

Victor LEITNER (Victor LUCAS) en août 1944, devant un char américain à Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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