
« Mon grand-père, né le 14/06/1897 et décédé
le 09/12/1969, a fait la guerre de 14-18 comme beaucoup d'hommes de son
âge. Affecté au 168ème régiment d'infanterie, il a été gazé dans les tranchées
en 1917 et fait Chevalier de la Légion d'Honneur en 1924 avec le grade de
lieutenant.
Je possède
quelques photos ainsi que quelques photos des feuillets qu'il écrivait dans les
tranchées.
Serait-il possible d'en faire figurer
sur votre site? En respectant bien sûr les droits à la publication que vous
mentionnez. Je vous demande ceci à la mémoire d'un homme que j'ai adoré mais
avec qui malheureusement je n'ai pas pu échangé suffisamment longtemps. Pour sa
mémoire et celle de ses camarades, j'apprécierais énormément que ces photos soient
visibles sur le web (votre site est pour moi la référence) par des personnes
qui le souhaitent. »
Jean Luc
MALLERON, juin 2005.
Merci à
Michel pour la recopie.
A l’époque de ces quelques notes, le 168e
RI est en Champagne, à l’est de Reims, il vient de participer aux offensives
désastreuses d’avril 1917 en effectuant
la prise d’Auberive (19/04), des tranchées de Bethman Holweg (20/04) et du
fortin de Vaudesincourt (21/04). Il sera relevé le 17 juin.
" Maurice Malleron fut gazé dans les tranchées.
Il put survivre grâce à sa forte constitution et son jeune âge. Le
![]()

Ma Guerre
Juin 1917
Nous
montons en ligne ce soir. Après avoir marché toute la matinée (depuis quatre
heures du matin), nous sommes arrivés à MOURMELON, bien fatigués. Le canon
tonne par intermittences. J’ai un peu le cafard à cause de ma permission trop
rapprochée : je songe à maman et à L.
Il
me semble que je ne pourrai jamais arriver en ligne, sans être tué en route…
Les poilus sont fatigués, c’est la débandade en arrivant ici et c’est
lamentable…
3
jours déjà de tranchées. Notre secteur
est tranquille, si tranquille que je crois par moments, en me voyant dans cette
cagna, être en train de jouer aux Indiens.

Quelle
tranquillité ! J’ai dormi
Un
ravitailleur arrive, qui dit à un de mes sergents : « Dis donc, il
dort bien ton patron ». « Je le crois ». Là dessus, le barbier
qui était dans ma cagna dit. J’ai apporté ma tondeuse, heureusement, sans çà,
je n’aurais jamais pu le raser ! Le charrie pas répond mon sergent pour un
jeune qui n’a jamais vu le feu, il n’est pas c…, il prend la guerre de la bonne
façon. Cette appréciation d’un type au feu depuis le début, 4 citations, ne
laisse pas de me flatter.
Ce
soir, je l’ai échappé belle. Les Frigolin nous tirent à pigeon sur la tête… Nos
bombardiers répondent. Je veux voir lancer un pigeon. Je m’approche : le
coup part, une fumée impénétrable, un bruit assourdissant, une lueur
formidable. Le pigeon vient d’éclater. Rien, un tout petit éclat est venu me
frapper sous la lèvre et c’est tout ! Quelle veine ! Le tireur, 50
centimètres à côté de moi à trois blessures.
Pendant
que je suis en veine d’écrire, je veux décrire ma cagna, mon premier poste de
commandement. On y accède par cinq ou six marches usées, l’entrée est
d’ailleurs tournée vers les Boches (l’abri leur appartenait), ce qui rend
l’abri particulièrement sûr quand ils tirent : on a à chaque obus la
sensation très nette qu’il va venir éclater au milieu du gourbi.
Mais,
continuons ma description. Quand on arrive
la première chose qu’on voit, face à l’entrée, c’est ma table. Bureau,
table de toilette, salle à manger, elle sert à tout. Elle est bien un peut boiteuse, mais on le
lui pardonne. Je l’ai d’ailleurs recouverte de sacs à terre, ce qui lui donne
une allure tout à fait bourgeoise… Pour asseoir mon génie naissant, un banc
formé de deux billots sur lesquels deux planches oscillant à chacun de mes
moindres mouvements, essayent de me communiquer les béates voluptés du rocking
cher. Le dossier est formé par la muraille ; avec un peu d’imagination, on
peut se figurer que les aiguilles de craie qui saillent sur elle sont les
boutons fixant les coussins de mon cathèdre.
Ma
suspension est formée d’un sasse en faïence renversée, trouvée dans l’abri sur
le fond de laquelle un enduit de stéarine témoigne de longues veillées passées
ici.
Au
dessus de ma tête, des étagères sur lesquelles on place tout un matériel
hétéroclite, fusées, encre, chocolat, singe, eau de Cologne, voire du
tabac.
Le
fond de ma salle à manger, à gauche de l’entrée, sert de couche à mon tampon,
qui pour éviter la dureté du sol, a disposé par terre trois planches qui
forment à en croire la dureté de son sommeil, le plus moelleux des matelas.
Mais
je vous parle de ma salle à manger ; je n’ai pas dit que mon luxueux
appartement est divisé en deux parties. La salle à manger dont je viens de
faire la description, et la chambre à coucher, un poème.
Imaginez,
accrochées au mur des couchettes semblables à celles des paquebots. Quand je
dis semblable, je m’entends ; semblable comme système. Car ce ne sont plus
les bienheureux ressorts de La Provence, vous le concevez ; des caisses
dans lesquelles ont s’étend, avec son sac pour oreiller, comme dans Sambre et
Meuse. Une lanterne éclaire, ou fait de louables efforts dans ce sens, cette
partie de l’abri.
Comme chef de section, j’ai une paillasse,
pourrie d’ailleurs de totos et de puces, mais sur laquelle je m’étends avec
délices ; une toile de tente ramenée sous le menton me donnant assez bien
l’illusion du drap. Une couverture et ma capote étendue sur mes pieds, il ne
m’en faut pas plus pour dormir comme un roi.
Mon
abri n’est pas pour moi le summum du confort, le « home » ou l’on
oublie les grenades, les tranchées, l’odeur de cadavre qu’on respire au dehors
et le sifflement-miaulement incessant des obus au dessus de ma tête. Je vais le
quitter demain pour la relève, mais ne le regretterais-je pas ?
Au
repos à Vouzy, entre Châlons et Epernay
Souvenir
de popote
Nous
sommes à 10, 6 officiers, 4 aspirants, qui finissons un bon repas. Mon ami,
Michau, à qui j’ai conté lé légende du Mont Alarie à St Maixent, me demande si
je peux lui expliquer pourquoi il y a des yeux dans le gruyère.
« Au
temps ou la Suisse romande était sous le joug du tyran Geissler, alors que
Guillaume Tell cueillait des pommes sur la tête de son fils à coup de flèche,
tandis que sur les ?? alentour, les tyroliens lançaient leurs trou la laï
tou et que le soir calme amenait par bouffées, avec les chaudes senteurs du
soir, quelques mesure du Ranz des Vaches (musique de Rossini)
vivait
isolé un bon pâtre un peu simple qui tout le jour soufflait dans son cor.
Mais
cette mélodie n’étant pas du goût du tyran qui craignait qu’elle adoucit les
mœurs (car les mœurs sont des v…….) ???
il lui interdit de jouer désormais près de ses …….
![]()
Maurice Malleron, quatrième en partant de la gauche

Les 5 citations du 168e RI offert à Maurice
MALLERON
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