Eugène MARTIN

Brancardier au 16ème Régiment d’Artillerie, 21ème batterie

Epoque 1/2

 

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A la mémoire de notre grand père

Ses petits enfants

Décembre 2006

 

 

 

 

Un grand merci pour la recopie à :

Monique, Valérie, Laure, Nathalie, Marie-Thérèse, Jean-Louis, David, Nicolas.

Et à Jacqueline , pour le carnet de son grand-père

 

Si vous constatez des erreurs de noms de lieux ou de villages, merci de me contacter pour corrections éventuelles. Cliquez ici

 

 

 

 

Ma campagne de 1914

 

Guerre entre la France, l’Angleterre, la Belgique, la Russie, la Serbie contre l’Allemagne et l’Autriche

 

 

2 Août 1914

 

La Mobilisation

Après une semaine d’inquiétude pendant laquelle on devinait à la lecture des journaux la rupture probable des pourparlers engagés entre les puissances en faveur du maintien de la paix, la mobilisation est décidée et l’ordre lancé le samedi 1er août.

Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août à partir de minuit.

C’est à 4 heures du soir qu’est connue en province cette nouvelle ; j’étais ce jour là en train de moissonner le blé à Pérignat.

Pendant toute la matinée, nombre considérable d’automobiles passaient sur la route à une allure inaccoutumée ; dans les champs, les paysans ne causaient que des évènements des jours derniers et avec une tristesse partagée, s’entretenaient constamment d’une guerre possible.

Et pourtant, ils se refusaient toujours à croire à une chose pareille et ils espéraient toujours un arrangement pacifique. J’étais de ceux-là, non, je ne croyais pas qu’un monarque puisse prendre sur lui la responsabilité de tant de massacres, de tant de ruines, de tant d’existences brisées.

A 3 heures, des cyclistes arrivant de Clermont apportent la nouvelle et en causent bruyamment.

A 4 heures, la nouvelle est officielle et la sonnerie des cloches que l’on entend au loin nous en témoigne suffisamment. Tout de suite après, les gens de Pérignat l’affirment, l’ordre est affiché à la mairie.

Plus de doute. Cette fois, c’est bien vrai. Je suis pris d’une violente émotion mais je me ressaisis et je me promets alors d’être fort et courageux pour ne pas alarmer ma famille. Et pourtant ce soir là, nous ne sommes pas pressés de rentrer à la maison, mon beau-père, mon père et moi car nous pensons que ce ne sera pas gai là-bas.

Nous arrivons à la nuit ; toute la famille est réunie, on s’embrasse muettement, sans rien dire, mais on se comprend bien et les larmes sillonnent les visages. Mais il faut se résoudre.

 

Le dimanche de bonne heure, Antonin Roche vient de bonne heure à la maison ; on en avait bien causé ensemble et cette guerre que nous regardions comme impossible nous paraît maintenant inévitable.

L’ami Mazin vient immédiatement après : c’est que nous devions aller faire ensemble une période de 17 jours le lundi au 16ème d’Artillerie et notre bonne camaraderie de nos deux ans de service actif nous contraint à souhaiter de faire la campagne également ensemble.

Nos souhaits ne se réaliseront pas.

La journée se passe en visite, maintenant chez l’un, plus tard chez l’autre, nous allons, les mobilisés amis, nous dire au revoir et bon courage.

D’après mon ordre de mobilisation, je dois me rendre à Aubière Champ Voisin, le 3ème jour avant 7 heures pour la réquisition des chevaux.

 

 

Donc, mardi 3 août 7 heures, j’appelle l’inséparable Mazin qui a le même ordre que moi et nous nous présentons au lieu désigné : de toute la matinée, rien à faire, on nous paye notre indemnité de route (des vivres pour 2 jours, ce qui nous fait 6 francs) et puis dans la grange de Gioux, nous attendons les ordres.

Le travail de réquisition n’est pas compliqué.

Quand les paysans ont présenté leur cheval à la commission qui accepte, nous prenons le cheval, le menons matriculer à la forge et puis allons nous aligner tous les uns à côté des autres sur la route de Beaumont. C’est là que nous resterons jusqu’au soir, mais nous avons pu nous échapper pour pouvoir aller dîner à la maison.

A la nuit, nous attachons les chevaux à la corde dans le champ voisin et l’adjudant commandant le détachement nous renvoie après nous avoir dit de rejoindre chacun notre poste désigné sur le livret militaire.

 

Nous devons, Mazin et moi aller rejoindre notre corps 16 art. à Clermont- Ferrand, quartier Desaix.

Mais dame, nous allons chez nous, souper, nous passerons la nuit et nous irons demain 4 août.

A 8 heures du matin, nous nous rendons au dit quartier. Nous nous présentons devant le logis du poste qui après avoir examiné notre livret nous renvoie à Aubière aux sections de munitions.

Quelle veine ! Nous revenons au pays, nous allons déjeuner et nous nous présentons au bureau de la section. Nous voilà déjà séparés, Mazin et moi : lui est à la 1ère section, moi à la 2ème.

Tout de suite je vais au magasin installé dans l’école des filles et tout de suite je choisis mon paquetage que je porte chez moi. L’après-midi, je touche tous les effets de la petite monture. Et me voilà habillé en militaire.

5 Août

Je me présente à 6 heures à l’appel. Là, je trouve GARDIEN, un ancien musicien du 16ème artillerie de la classe 1905, mon ancien ..(?) et Martin GABRIEL, un collègue aussi.

Des poignées de main, de vieux souvenirs renouvelés, bref, Garde à vous, c’est l’appel.

 

Tout de suite après le chef appelle MARTIN, GARDIEN, MARTIN, Voilà.

Il faut remettre tous nos effets au magasin et aller retrouver la 21e batterie à Pérignat où nous serons brancardiers. Je vais chercher à la maison toutes mes affaires que je rapporte au magasin en compagnie de mes camarades GARDIEN et MARTIN. Nous déjeunons chez nous et à 1 heure nous partons pour Pérignat.

Nous nous présentons au bureau de la 21e batterie où l’adjudant nous habille immédiatement. Puis je vais apporter mes effets à la tonne (?) de Pérignat où (nous ?) cantonnerons pendant notre séjour ici, mes amis ROUX, BRUDIN, ROUGEYRON, MOURLON (?) qui sont venus eux aussi comme brancardiers à la 22ème Batterie.

 

Moi, bien entendu, je profiterai du voisinage de mon patelin pour aller souper tranquillement dans ma famille et coucher pendant quelques jours de plus dans mon bon lit.

Comment avons nous passé notre temps à Pérignat. Nous avions la bonne fortune, les brancardiers de ne pas encore compter à aucune pièce et alors personne ne nous réclame.

Les matins après mon arrivée d’ Aubière, je vais boire le traditionnel jus de chapeau et puis en compagnie de mes camarades nous allons en quête d’un journal.

Enfin voilà le marchand.

Vite nous accourons. Puis nous allons les lire autour de l’infirmerie installée dans la mairie. Comme cela nous sommes à l’abri.

Si par hasard, quelque officier nous demande ce que nous faisons là «nous attendons le médecin » répondons-nous et on nous laisse tranquille.

 

A 10 heures, nous allons manger la soupe.

Puis l’après-midi nous allons tous du côté de notre petit cantonnement où à l’ombre de la cabane, nous sommeillons tranquillement jusqu’à vers les 3 heures où nous retournons à l’infirmerie.

Un jour, le médecin nous fait un cours de brancardier, mais il ne s’attache plus, comme autrefois, à la théorie. Non, la pratique et les situations où nous pouvons nous trouver l’occupent davantage.

Un matin, un bonhomme de ceux qui amenaient les chevaux de réquisition à Pérignat reçoit un coup de pied. Vite les brancardiers. Nous saisissons un brancard et nous prenons nos dispositions pour le monter selon les prescriptions que l’on nous avait enseignées.

Impossible d’y arriver ! Et sans le secours d’un infirmier du service actif nous n’aurions pu y parvenir.

Enfin, nous transportons le pauvre blessé à la mairie où on le soigne sommairement. Puis on requiert une auto sur la route qui le transporte à l’hôpital de Clermont.

 

Tous les soirs, je vais chez nous, goûter encore quelques jours la douce intimité de la famille. La conversation roule naturellement sur la guerre et sa durée. On cherche tous les avantages que je peux retirer de mon emploi de brancardier.

Et puis, disons nous souvent « Avant que vous, les réservistes, vous (vous) battiez, il y aura du mal de fait » 

Oh illusion. S’il n’y avait eu que les soldats du service actif pour faire la guerre, il n’y aurait bientôt plus personne.

 

De temps en temps Anaïs venait à Pérignat arranger notre fourniment, recoudre les boutons et toute ma famille venait passer les après-midi du dimanche et derniers jours de séjour avec mes petites Lili et Nénette qui, heureuses elles, ne comprenaient rien à tous ces mouvements. Pourtant, deux jours avant de partir on va faire une sortie en tenue de campagne. Ce n’est pas une petite affaire de dresser tous ces chevaux de réquisition aux habitudes des harnais et au bon ensemble de leur marche. Les uns se cabraient, d’autres avançaient, reculaient, impossible de partir en bon ordre.

 

Nous les servants, tenions les sauvages par la bride ; les conducteurs tenaient les porteurs et après plusieurs hésitations, ils réussirent à démarrer. Nous allons sur la route d’Issoire jusqu’à Orcet et puis demi-tour, la manœuvre est terminée.

Nous faisons nos sacs prêts à partir.

 

Le 11, veille du départ, tout est prêt, sac, musette garnie de provisions pour la route. Toute ma famille vient me voir à Pérignat de crainte que nous soyons consignés le soir et que je ne puisse comme d’habitude rendre une dernière visite au patelin. Il n’en est rien. Le capitaine TISNES (?) jeune officier nous donne l’heure du départ, pour le lendemain et nous sommes libres.

12 Août

Départ

Après un dernier Au revoir à ma femme, mes parents, après un dernier regard aux fillettes qui dorment encore et de silencieux baisers à tous, je quitte la maison un peu vite pour dissimuler une émotion que je ne peux contenir et je me rends pour la dernière fois à Pérignat.

Y reviendrai-je dans ce beau pays, d’Aubière ?

Je pars avec cet espoir.

Le matin, une autre manœuvre sur la route et nous rentrons au parc à 8 heures, les caissons (voir photo) tous chargés, nos sacs placés prêts à partir. L’ordre de départ est pour midi.

 

Nous les brancardiers, sommes affectés à la 7ème pièce, avec comme logis PARPALEIX, de Montaigut et comme brigadier DUBOUCHET. Les servants de la 2ème voiture sont VILLENEUVE, CHANTELLE et BERTRAND. Je suis à la 2ème voiture en compagnie du Gros Martin et d’Armand, le 4ème (?) brancardier, un bien bon garçon et toujours joyeux.

 

La batterie se compose de 9 pièces, 5 pièces de tir et 3 qui forment l’échelon de combat qu’approvisionnent les sections de munitions. La neuvième pièce est formée du train régimentaire chargé de l’approvisionnement.

Le service médical se compose d’un médecin chef, M. BAUDOIN, d’un médecin auxiliaire, M. NICOLAS et de l’infirmier et 4 brancardiers par batterie, comme brigadier un brigadier brancardier RONDET, qui, lui, s’occupe plutôt de la cuisine des officiers que de soigner les malades.

Comme brancardiers à la 22ème batterie, ROUX, MOURLON, BRUDIN (?), ROUGEYRON, tous anciens collègues du régiment à la 21ème, DUBUISSON, infirmiers CHANDELON, LACHAUD, JAILLARD, MAGNET brancardiers, ce dernier, également ancien musicien classe 07. Comme commandant le groupe que nous formons le Commandant P(?)OUTIER que j’avais connu en faisant mon service militaire.

 

Ce groupe du 16ème est le 1er groupe de l’artillerie de la 63ème Division de réserve

 

Le 2ème groupe est formé par le 36ème et le 3ème par le 33ème.

Départ

On part de Pérignot à 12 h exactement par un beau temps superbe, une chaleur torride. Premier incident de voyage mon bidon que j’avais emporté plein de café se vide à ma première descente de voiture pour fermer le frein.

Quand je m’en aperçois il est trop tard, il me faudra me résoudre à le remplacer par de l’eau. Nous suivons la route d’ ???  Puis prenons la route d’ ???. Mon dernier regard au pays en passant. Nous arrivons au Gravanches à 1h et tout de suite nous allons embarquer notre matériel.

Les wagons sont là tout prêts à être chargé. Allez ! En chemise et ??? . En 1 heure1/2 tous nos caissons sont alignés et fixés sur les voitures et on attend l’heure du départ en allant à la cantine boire quelque bière à la dérobée.

A 3h1/2, rassemblement. Le capitaine nous fait d’abord des compliments pour la façon merveilleuse avec laquelle nous avons embarqué. Nous prenons place dans un wagon à bestiaux. La 7ème et 8ème pièces ensemble et à 4h15 le train s’ébranle.

Partout le long de la voie, près des gares vers les ponts, vers les passages à niveau, des hommes en armes vieux territoriaux qui n’ont encore de militaire que la coiffure et les armes montent la garde. Dans les champs voisins de la ligne des paysans et paysannes qui moissonnent agitent leur mouchoir et de leur main nous souhaitent bon voyage.

Souhaits auxquels répondent nos acclamations et un cycliste ??? Un peu ??? Ne cesse de répéter en criant de toutes ses forces : à Berlin ! À Berlin ! Dans toutes les gares la foule est fiévreuse et nous acclame au passage. A St Germain, à Moulins notamment nombre considérable de voyageurs sont amassés sur le quai et enthousiastes.

A ??? on nous distribue du café, des boissons, des médailles et espèces de ???

Que beaucoup garderont toute la campagne pour les protéger. Dans la nuit dans plusieurs gares même distribution.

Au matin dans une gare où l’on a aménagé des réservoirs d’eau, on fait boire les chevaux. On nous distribue le café et on reprend la route pour ???;  disent les uns.

Belfort disent les autres.

Combien il y a ici de machines locomotives sous pressions prêtes à partir. Je ne saurais le dire. Jamais j’en ai vu autant. Sur le devant de la locomotive, des petits drapeaux en trophée. De partout des inscriptions écrites à la craie : à Berlin ! Mort au kaiser ! Train de plaisir pour Berlin ! Sur d’autres une tête de cochon coiffée du casque impérial et beaucoup d’ ??? À l’adresse de Guillaume. Nous stoppons à peu près une heure à la sortie de la gare de Grey. Les habitants du faubourg nous apportent des seaux d’eau pour remplir nos bidons, des enfants nous envoient des bouquets que nous mettons à la potière du wagon.

Enfin le train se remet en marche, ce n’est pas à Grey que nous allons débarquer.

A 1h nous arrivons à Vesoul. C’est ici que nous nous arrêtons. En arrivant on nous apprend qu’un aéroplane allemand a jeté 2 bombes sur la gare il y a peu près une demi heure. C’est la guerre.

 

Il fait une chaleur torride et pour débarquer nous mouillons  encore la chemise.  Enfin on y est ? Les voitures s’alignent à la sortie de la gare et à 3 heures nous partons de Vesoul.

Nous traversons la ville et prenons la route de Belfort. Nous sommes fatigués, les chevaux aussi. A chaque arrêt nous nous étendons sous les arbres. Le temps nous parait long et nous tardons d’arriver au cantonnement. Nous traversons plusieurs villages sans nous arrêter. On va ??? à 20 kilomètres.

Enfin on arrive à ??? à 5 h du soir.

On forme le parc à l’extrémité du village et pendant que les conducteurs soignent leurs chevaux les servants nous allons préparer le repas. Pour la première fois nous allons employés les marmites de campement pour faire la soupe. Pour le 1er repas Armand est cuisinier en chef assisté du gros Martin.

Vite ils font un potage condensé et faire quelques boites de singe. Et après nous cherchons vainement à nous a nous caser dans quelque débit, inutile il n’y a déjà aucune consommation. Et puis nous allons nous reposer dans le cantonnement qui nous est assigné une grange remplie de foin où iront loger le 6ème et 7ème Pièce.

Je dors bien ma foi jusqu’au grand jour.

14 août

Aujourd’hui nous allons séjourner ici. Les conducteurs nettoient leur harnachement, font du pansage. Moi j’aide à faire la cuisine et j’écris une longue lettre à ma famille pour lui faire part de mon bon voyage. Dans la journée arrivent les 22 et 23ème bataillons le groupe du 36 et celui du 53 où j’ai le plaisir d’y rencontrer ??? la clarinette. La journée se passe tranquillement et nous allons coucher au même cantonnement.

CAMPAGNE D’ALSACE

15 août

À 3 heures du matin. On nous appelle.

Vite dans une heure, nous partons.

Nous croyons à quelque alerte, à quelque surprise des allemands. Les conducteurs attellent et à 4 heures nous sommes prêts à partir. Oui nous prêts à partir mais nous ne partons pas encore.

A 6 heures la colonne se met  en marche sur la route de Belfort. Sur cette route quel mouvement. Des grandes files d’autobus, des automobiles d’excursions des environs de Lyon, les grands omnibus parisiens, toutes ces voitures transformées et ornées de la croix rouge nous barrent la route à tout moment transportant des blessés et d’autres les provisions.

On devine plus loin la guerre à fait ses premières victimes. Enfin après bien des arrêts nous arrivons au village de la Côte. Un orage nous surprend à quelques kilomètres du pays. Des uns veulent absolument comprendre le son du canon à travers les grondements du tonnerre mais en arrivant on ne s’y trompe plus car le ciel à ouvert ses écluses et nous recevons une douche soignée.

Nous formons le parc sous une averse en règle et après avoir donné l’avoine aux chevaux, nous allons en quête d’un cantonnement. Nous changeons nos vêtements mouillés et faisons séchées nos capotes dans une grange où nous devons coucher cette nuit. Un habitant met sa grande marmite à notre disposition pour faire la cuisine.

Le 305 est cantonné également ici je rencontre Ollegros et Benoît de Beaumont

16 août

Comme hier on nous réveille à 3 heures du matin.

On se prépare dans la nuit pour partir à 5h du matin après avoir pataugé dans la boue à notre aise. Nous reprenons la route de Belfort. Aujourd’hui nous commençons à nous apercevoir que nous ne serons pas seuls à la guerre. Voici d’abord le 238 puis le 216. Une voiture du 216 est arrêtée sur le bord de la route, le conducteur malgré des efforts désespérés n’arrive plus à faire marcher ses chevaux. A côté de lui un cycliste fantassin également l’engueule à tue tête : » est-ce bête un fantassin ! Fausse couche ! Maladroit ! » Crie t il.

Finalement le cycliste monte sur le siège après avoir invité le conducteur à lui cédé ma place.

Oh ! Alors ça ne va plus du tout !

Les chevaux se cabrent. Lui s’impatiente. Les coups de fouet redoublent de violence et si nous rions dame. Alors tout ???. le pauvre cycliste reprend sa bécane et part précipitamment pour éviter nos quolibets. Et d’où venait le mal les brides étaient mal placées et quant il titrait dessus les chevaux s’embrassaient.

Un peu plus loin en passant à côté d’un champ de pommes de terre l’ami Armand descend prestement de voiture et sans chercher d’autre outils plus en usage pour l’arrachage de ces tubercules se sert avec ardeur de son sabre baïonnette pour retirer quelques pommes et ne faire une petite provision ; Ah oui mais le capitaine Dutour commandant la 22ème batterie qui l’a aperçu s’élance furieux sur lui et lui promet d’un ton menaçant une comparution en conseil de guerre.

Le silence de ce brave Armand en écoutant une pareille punition est impressionnant et il regagne ??? voiture d’un air moins jovial. Enfin sur les 11 heures nous arrivons à ??? nous formons le parc dans un pré en pente où nos caissons s’enfoncent jusqu’aux moyeu. Nous sommes cantonnés fans une grange et la propriétaire met à notre disposition ses marmites pour faire notre cuisine.

17 août

Nous partons de ??? à 5 heures du matin.

Il pleut.

Et dans ce pré défoncé par les roues et détrempé par la pluie ça ne va pas tout seul

Enfin nous voilà sur la route. Nous suivons longtemps une ligne de chemin de fer et puis revenons sur la route de Belfort.

La côte est ??? . nous voilà à Belfort que nous laissons à droite.  A la sortie de la ville un parc de bêtes à corne. Des milliers de bœufs ou vaches sont là dans un enclos pour fournir une bonne nourriture à nos troupes. A 11 heures nous arrivons à la Rivière et nous formons le parc en haut du village dans un pré derrière la maison. Nous Faisons la cuisine à côté du parc. La grange où nous sommes cantonnés est à côté.

18 août

Nous partons à 7 heures du matin. Nous passons à la Chapelle dernière commune française sur la route, nous passons la frontière sans nous apercevoir car il n’y a plus de poteau frontière il est arraché§ là c’est un petit ruisseau qui trace la limite. Là nous voyons la 1ère tombe de soldat français, on voit la terre remuée fraîchement et au-dessus une petite croix portant le nom du mort. On arrive dans un petit village à 4km de la frontière. Toutes les indications sont maintenant en allemand. Là nous arrêtons notre voiture juste devant la 1ère maison du village. Un vieillard est entre les portes.

Il a fait la campagne de 1870 aussi il est heureux de nous voir par là et il se plaint de ce qu’ils ont souffert depuis 44 ans. Nous restons là sur la route jusqu’à 6 heures du soir et alors nous rentrons de nouveau à la Rivière où nous cantonnons au même endroit que la veille. Nous arrivons à la nuit.

Il faut faire la cuisine et nous nous couchons très tard après avoir fait le jus pour le lendemain

19 août

Nous partons de la Rivière à 6 heures du matin et reprenons la route d’Alsace.

Mais aujourd’hui nous rentrons à 16 Km au-delà de la frontière, nous traversons un bois puis allons former le parc de ???. très peu d’habitants  comprennent le français et je vois qu’ils cherchent plus à se cacher qu’à se montrer autant enthousiastes que voulaient bien le dire les journaux.

Et cela se comprend car s’il y a encore quelques vieux qui sont restés français de cœur, ils ont tous quelqu’un de leur famille à la guerre et nous allons, nous les combattre, peut-être les tuer. Toute la journée le canon tonne au loin, c’est bien la guerre cette fois. L’après-midi le 305ème d’infanterie nous rejoint dans le pré. Et la volaille à bon temps par là. Les piétons se jettent sur les poules et canards de la ferme et se les approprient à l’insu du propriétaire.

Les plumes jonchent le sol.

Notre curiosité est attirée par la présence dans le village de ??? faits prisonniers.

Enfin à 7 heures du soir on va partir. Dans la rue, le général ??? converse avec d’autres généraux et réconforte par des paroles d’encouragements des bandes de fantassins du 253ème qui reviennent des champs de batailles très déprimés et abattus.

Notre bataillon a bien souffert disent ils, et sans notre artillerie nous étions tous perdus.

Les français ont repris Mulhouse pour la 2ème fois mais avec beaucoup de perte qu’ont subis le particulièrement le 280 et 253. Nous parton à la nuit et allons bivouaquer dans un champ d’avoine après avoir suivi des chemins impraticables et pour suivre nos voitures nous étions obligés de tenir l’arrière du caisson tant c’était noir.

Nous traversons un petit ruisseau ; là nous rencontrons un soldat du 292ème qui a perdu son régiment et le pauvre diable est tombé dans le ruisseau. Comment le renseigner, ce n’est pas facile.

Enfin nous voila arriver, on ne dételle pas on attache seulement les chevaux de devant chaque voiture. Nous n’avons rien mangé depuis 10 heures mais ce soir le ravitaillement nous oublié ! je mange un morceau de pain qu’il me reste encore avec un bout de chocolat et je m’étends derrière notre caisson avec Armand et Martin sur un peu de paille que nous sommes allés chercher dans le champ voisin.

Nous n’avons pas chaud cette nuit. Et pourtant je dors profondément les journées sont si longues et je suis fatigué de monter ou descendre de voiture

20 août

Nous ne sommes pas en retard pour nous lever ce matin. Nous partons à 5 heures du matin. Nous revenons à ??? toucher nos vivres. Nous passons dans un champ de blé en dehors du pays où l’on met la moisson sous les pieds.

On prend les vivres juste le temps de mettre le tout dans des sacs et nous repartons sur la route de Mulhouse. Ça y est, disons nous, nous allons à Mulhouse cette fois. On s’arrête à 9 km de la ville derrière une forêt.

Les pièces vont prendre une position de batterie en avant dans le bois.

Pourtant nous faisons cuire notre viande, un plat de patates, du café et enfin après 24 h d’abstinence nous faisons un bon repas. A 4h, le reste du 280ème régiment d’Infanterie revient de Dornac où a eu lieu la grande bataille de la veille. Il n’y a plus d’officiers tous sont restés là bas.

C’est le début de la guerre et comme ils se tiennent en avant de leur troupe et font charger souvent à la baïonnette, ils attirent particulièrement l’attention de l’ennemi. Les ordonnances ramènent les chevaux par la bride et l’arrivée de ces pauvres soldats fait un effet impressionnant.

Beaucoup rapportent des souvenirs : les uns des casques, les autres des sacs dont l’enveloppe est en peau de veau ou de chèvre recouverte de poils roux.

À 5 heures, on reçoit l’ordre et nous reprenons la route de ??? où nous allons cantonner dans une grange. Nous formons le parc derrière les habitations.

21 août

Aujourd’hui dans la matinée, il y repos, nous allons nettoyer et nous profitons de ce repos pour nous préparer un bon repas. Soupe, bœuf, haricot. Après la soupe, on nous annonce notre départ pour 1 heure. Nous faisons usage du brancard pour la première fois pour aller porter à l’ambulance un conducteur auquel un cheval avait cassé la jambe.

A 1h nous partons.

Nous suivons une route qui était bordée avant la guerre de gros cerisiers et qui maintenant gisent par terre coupés par le génie pour former des obstacles.

A 4 h nous arrivons à Niederburnhaupt.

Le parc est formé entre des rangés de pruniers couverts de fruits. Nous restons là jusqu’à la nuit.

Les 298ème et 292ème où je rencontre BOURCHEIX, mes camarades ROCHE et CHASSIDON que je n’avais vu depuis mon départ. Pendant la soirée les pruniers sont secoués de belle façon, on en abîme beaucoup. Nous allons cantonner dans une grange derrière les vergers qui sont à coté du parc.

22 Août

Nous ne nous levons pas de très bonne heure. Nous faisons la cuisine dans une grande marmite qu’à mis à notre disposition le maître de la maison qui comprend et parle bien le français.

Dans ce village les Allemands avant de se retirer ont pillé deux maisons qu’habitaient deux familles réputées pour être restées fidèle à la France. Le désordre qu’il y a la dedans est impossible à décrire : tous les meubles sont vidés, le linge est pêle-mêle sur les planchers. Les maisons en Alsace ont un aspect particulier.

Elles se composent à quelques rares exceptions d’un rez-de-chaussée et grenier construite en terre pétrie que tiennent des poutres de bois en sens croisés ainsi la maison de l’apothicaire à montferrand.

Le toit des granges dépasse d’1,50 m la muraille et la porte de devant. Tous les chevaux sont attachés là-dessous. Nous recouchons dans le même cantonnement après avoir bu un bol de lait dans une maison voisine.

23 Août

Aujourd’hui dimanche le capitaine nous réunit le matin et nous félicite de notre bonne tenue et nous prévient que nous sommes libre. Ceux qui veulent aller à la messe peuvent y aller. Pour moi cette invitation n’a pas d’importance et je vais surveiller la cuisine pendant que beaucoup de mes camarades vont à l’office ou par curiosité ou par dévotion.

Nous mangeons la soupe à 10 h.

A 1 h nous partons pour  ? On n’en sait rien.

Pourtant des cyclistes de la division prétendent savoir sûrement que nous retournons embarquer à Belfort ce qui nous étonnent fortement. En route nous rencontrons de nouveau le 292ème je suis heureux de revoir mes bons amis roche et Chossidon.

Et en effet nous prenons la grand-route de Mulhouse à Belfort que nous quittons bientôt pour aller cantonner à Bretten ou nous arrivons à 6 h du soir.

On forme le parc dans un champ de sainfoin où les chevaux ont peine à monter dans le champ. Nous allons toucher nos vivres mais n’avons pas la force de les préparer ; ce sera pour demain. Nous allons nous coucher dans une grange près d’un cabaret ou les officiers sont logés et ou ils profitent de la présence de quelques aimables jeunesses pour s’amuser un peu.

Quelle vie ! Toute la nuit ce sont des cries de joies et de gaietés.

Jusqu’au vieux père COHADE capitaine de la 23ème batterie qui malgré son age avancé ne cède en rien sa place. Et il nous prête à rire au moment ou nous le surprenons embrassant la plus jolie.

24 Août

Aujourd’hui il y a repos le matin ; nous préparons un bon déjeuner au dessus du parc.

Puis il y a promenade des chevaux pour les conducteurs.

 

A-t-on idée de cela .En guerre. Et qu’un ordre arrive immédiatement pour partir. Ou prendre et les chevaux et les conducteurs. C’est justement ce qui arrive. Sont ils à peine rentrés que nous devons être prêts à partir dans une heure.

A 6 heures nous partons. Nous revenons sur nos pas et venons bivouaquer prêt de Niedersoultzbach (?) qui à trois kms de la grand route de Belfort.

Nous formons le parc dans un champ d’avoine à la nuit et puis il faut coucher à coté du caisson.

Il y a là deux gros noyers. Vite nous transportons de la paille dessous et avec le Gros BERTRAND nous nous couchons là. Le feuillage de l’arbre nous abritera de la rosée car il fait un clair de lune superbe.

25 août

Le matin nous nous levons de bien bonne heure car il n’a pas fait chaud la nuit.

Le matin nous faisons un peu de café et de bouillon sur les lieux et nous attendons l’ordre de partir. Nous sommes tout étonnés de reprendre la route de France, mais ce n’est pas la route de Belfort.

Nous allons dans les Vosges disons nous. Par une fantaisie du colonel DUMOULY que j’avais connu commandant au 36 les suivant ferons l’étape à pied sous un soleil ardant et une poussière étouffante.

 

Mais nous nous arrangeons entre nous pour monter de temps en temps sur la flèche du caisson pendant que les 2 autres surveillent. Après une étape de 29 kms nous arrivons à 10 h du soir à Gromagny jolie petite ville dans les Vosges. Nous formons le parc derrière la caserne du 60.

Nous sommes tellement fatigués que nous n’avons pas le courage de préparer à manger. Nous rentrons dans un café et là nous prenons un bout de pain, une boite de sardine, une bière et limonade et nous allons à la recherche de notre cantonnement qui est dans une salle d’une société de boys scouts et pour ma part je ne suis pas loin à m’endormir.

26 août

Quand nous sortons dehors le matin, il pleut averse, il faut pourtant chercher un endroit pour faire notre cuisine.

Nous allons au parc.

Peut être trouverons nous une cuisine près de nos caissons.

En effet l’ami Bertrand qui est chargé de ce service à la bonne fortune de tomber dans un hôpital ou les bonne sœurs mettent tous leurs matériel de cuisine à notre disposition et font tout leur possible pour nous aider.

Que de soldats dans cette petite ville. Le groupe du 36e, du 53e le 305e en entier son cantonnés ici. Je vais pourtant me faire raser, il faut profiter du coiffeur. Il pleut toute la journée.

Nous allons dans la soirée avec VILLENEUVE en quête d’un bol de lait et nous montons vers une ferme assez haut sur la colline. Nous arrivons là, il n’y en à plus mais on nous désigne un maisonnette un peu plus loin.

Nous allons à regret car il va pleuvoir, il fait un temps sombre, nous allons il n’y a que du lait de chèvre. Nous buvons tout de même, ces braves gens sont contents de nous faire plaisir, le mari est aussi à la guerre. Tous ça c’est bien beau mais il faut revenir au pays et dame il en tombe à torrent.

Nous attendons un instant puis nous en prenons notre parti et d’un galop à travers champ, nous rejoignons nos camarades, il n’y a plus qu’à se sécher et tout sera oublié.

Nous couchons ce soir dans un fenil à l’hôpital après une petite visite en ville

27 Août

Aujourd’hui séjour à Giromagny. Je fais des provisions de conserves, chocolat, serviettes.

Nous devons partir à 10 h du soir pour aller embarquer à belfort.

C’est bien vrai la décision du cycliste que nous avions trouvé ! Et beaucoup partent à regret de n’avoir pas encore tiré un coup de canon : « Nous retournerons à Clermont avec nos caissons pleins » disent ils d’un air navré.

 

A 9 h préparatifs de départ et à 10 h militaire nous partons. La route se poursuit au pas mais bon train, il ne fait pas chaud. Apres une heure et ½ de marche je m’endors sur l’épaule du gros qui lui aussi sommeille sur celle de son voisin.

Nous arrivons à Belfort à 12 h ½. Il se met à pleuvoir maintenant.

Les caissons sont dételés sur le quai, et s’enchevêtrent entre les voitures. Un tombe entre un wagon et le quai. On le retire comme on peut à l’aide de cordes et nous nous mettons à charger nos caissons.

Ca ne va pas.

Les roues nous glissent entre les mains et après l’opération nous sommes remplis de boue. Enfin ça y est, nous montons comme au départ des Gravanches dans un wagon à bestiaux.

On nous distribue du pain et des boites de conserves pour deux jours. Nous allons parait il jusqu’à Amiens

Toute la 63e division de réserve s’embarque en fait pour la Somme ; les allemands sont déjà près d’Amiens

28 août

Le train s’ébranle à 4 heures du matin.

Nous passons à Besançon. Là dans la caserne, les bleus de la classe 1914 déjà rentrés font la manœuvre, les artilleurs apprennent dans un champ voisin de la ligne les premiers exercices du 75. Point d’arrêt nul part.

Dole. Dijon. Sens.

Le parcours s’effectue très favorablement. Dans toutes les gares ou le train stoppe, les habitants sont enthousiastes. De partout on nous comble. Ici du pain et du chocolat, des cartes postales et crayons, du vin, là des fruits, des friandises, du café, ailleurs des œufs, du beurre, du lait. Ceux qui sont au 1er rang devant la portière font ample provision.

Nous arrivons la nuit à Melun et nous cherchons alors un petit coin dans le wagon ou l’on puisse se reposer.

29 août

Lorsque je met le nez à la portière nous sommes déjà à Creil, grande gare et comme à Gray (?) il y a quantité de trains militaires. Là on fait boire les chevaux et les hommes ont aussi leur quart de jus.

Apres une heure d’arrêt nous repartons. Clermont (Oise)

10h il faut débarquer. Nous sommes étonnés mais les premiers employés que nous trouvons nous expliquent ce débarquement prématuré !

Les allemands sont déjà aux environs d’Amiens et on ne peut aller plus loin.

Vite nous descendons notre matériel et sortons de la gare. Des bonnes gens sont là avec des sceaux de cidre, nous sommes content de nous rafraîchir car il fait chaud. Enfin nous partons sur la route d’Amiens.

A 1 h grande halte avant d’arriver à St Just-en-Chaussée. Nous mangeons une boite de singe, nous faisons du café et à l’ombre d’un caisson nous attendons les ordres.

A 4 h départ pour aller cantonner à Plessier-Saint-Just à 2 km où nous sommes logés dans une grande ferme.

Campagne de France

La campagne d’Alsace est terminée, et maintenant commence celle de France.

30 Août

Ce matin je suis de garde pour prévenir les officiers en cas de départ.

En effet à 11 heures l’ordre arrive prêt dans 1 heure. Beaucoup de mes camarades ont lavés leurs linge ; vite sec ou non il faut le ramasser.

On attelle et puis à l’ombre des pommiers qui sont à coté des caissons nous sommeillons. Le capitaine nous réunis et après nous avoir lu les prescriptions du général nous explique de quelle formation nous faisons maintenant partie. :

 

« Jusqu’à présent dit il nous étions division de réserve ; maintenant nous formons la 2ème division du 7éme corps remplaçant la 13éme division qui est allé se reposer dans les Vosges.

Nous sommes maintenant de la 6éme armée dénommé armée de Paris commandé par le général Maunoury. Il ne faut donc pas vous étonner ou vous effrayer si vous vous trouvez en 1ére ligne de feu, soit demain, soit plus tard et je compte sur vous pour faire tout votre devoir »

 

Enfin à 5 heures du soir nous partons. Nous retournons à St Just-en-Chaussée et puis nous suivons la grand-route d’Amiens. Les aéroplanes sont nombreux et sur notre caisson nous suivons des yeux tous les mouvements de ces grands oiseaux de guerre.

Nous quittons un peu plus loin cette route pour un chemin et, après une heure de trot, nous arrivons à la nuit au village de Wavignies ou nous cantonnerons dans une espèce de grange.

Nous formons le parc en haut du village et après avoir dévoré une boite de singe nous allons nous coucher.

31 Août

Alerte à 3 heures du matin.

Il faut vite atteler.

Nous allons au par cet sans prendre de temps de faire le jus nous nous apprêtons à partir. Nous sortons du parc et redescendons dans le village. Nous restons là au moins 2 heures de temps à attendre.

Enfin nous partons. Le 305ème va partir aussi derrière nous. Sur la grand-route d’Amiens que nous traversons, un bataillon de cycliste, quelques cuirassiers vont du coté de Paris à fond de train.

Et nous au lieu de reprendre la route d’Amiens nous prenons une route à gauche. Nous voyons par les indications à chaque village que nous revenons sur nos pas.

Nous battons donc en retraite.

 

Et en effet nous traversons à une bonne allure beaucoup de petits villages que désertent déjà les habitants. Les voitures chargés de quelques meubles, le meilleur mobilier sont là attendant le voiturier.

A notre passage les bonnes gens sont devant leur maison un seau de cidre ou d’eau et nous présentent un verre plein que nous buvons en marchant et remettons le verre à une autre personne qui les attend un peu plus loin.

Il fait une chaleur tropicale.

Sur la route les fantassins du 292ème ont abandonnés leur sac après avoir mis leur nom dessus. Une voiture réquisitionnée les prendra pour les emmener plus loin, ce sont les hommes qui abandonnent la colonne et restent en arrière.

Les pauvres fantassins paraissent bien fatigués et un moment le Lieutenant RENON (?) nous fait descendre de voiture pour faire monter quelques pioupious.

Mais ils en abusent, bientôt ce n’est plus 3 servants qui sont sur les coffres mais une quinzaine installés plus ou moins sur l’arrière-train si bien que le Lieutenant les fait redescendre et nous reprenons notre place avec plaisir malgré notre pitié pour ces troupiers. Sur les 11 heures nous faisons la grande halte sur la route.

Et pas un arbre pour nous mettre à l’ombre. Nous mangeons une autre boite de vieux singe que nous avons conservé comme réserve en plein soleil.

On va faire boire les chevaux au village tout proche et on repart a 2 heures de l’après midi.

Nous marchons toute l’après-midi et sur toute la route les fantassins sont couchés sous les arbres.

Pourtant à 7 heures nous arrivons à La Rue Saint-Pierre

A la rentrée du village je rencontre mes amis ROCHE et CHAUSSIDON qui eux sont arrivés au bout de l’étape avec la moitié à peu près du régiment. Ils sont tout de même bien fatigués.

On forme le parc dans un champ de peupliers. En arrivant Armand va trouver une place favorable pour faire la cuisine et préparer la soupe pendant que nous autre plaçons les corvées et allons à la distribution. Nous mangeons avec appétit et allons nous coucher dans une grange et je m’endors profondément.

1er Septembre

Nous ne nous levons pas de très bonne heure. Tout de suite les batteries de tir vont prendre une position de combat dans le petit bois dominant le village. Nous, nous restons ici, attendant les événements. On entend au loin le canon qui gronde.

Il y a de la volaille paraît-il que l’on peut acheter dans le pays. Nous faisons une collecte de 10 sous chacun et quelques camarades vont acheter 4 poules peut être un peu âgé mais encore sassez grosses. Nous plumons ces volatiles et le gros se charge de la cuisson. Et si nous nous régalons, il y a longtemps qu’on avait mangé rien que du bœuf. Nous couchons cette nuit là à coté de nos voitures sur un peu de paille.

2 Septembre

Nous partons à 7 heures du matin et sitôt sur la route les chevaux vont au trot. Nous passons à Bresles.

Des batteries du 36e sont en batterie sur la droite de la Route masquée par des arbres coupés et plantés autour des pièces. Il fait encore chaud.

Nous reconnaissons bien cette fois que nous battons en retraite.

Au loin, on voit les villages qui flambent. Creil est du nombre, d’après les habitants des villages que nous traversons.

A 3 heures du soir, nous faisons halte dans un champ à proximité d’un village. Pendant la halte, le Gros nous prépare quelques patates. La viande que nous avons touchée le matin est abîmée complètement et nous sommes obligés de la jeter.

A 6 heures, nous repartons. Et toujours à reculons. Enfin, nous arrivons à Chambly (Oise) à 10 heures du soir où nous allons cantonner dans une ferme où nous formons le parc.

3 Septembre

Départ à 5 heures du matin.

Nous passons au milieu de villas somptueuses qui bordent la route.

Nous arrivons à 7 heures à l’Isle-Adam.

Là, les ponts de l’Oise sont minés, le génie est là qui attend que les troupes françaises soient passées pour faire sauter ces ponts. Nous nous arrêtons dans un champ à côté de la rivière pendant que nos batteries de tir prennent position sur une colline, en arrière du pays. Nous cherchons du bois et nous mettons en devoir de faire la soupe.

A peine l’eau est sur le feu, qu’il faut partir.

Nous remettons notre viande dans les marmites de campement et nous repartons. Nous allons dans le bois d’Isle Adam que nous traversons en tous sens.

A midi, nous mangeons une boîte de singe, une pomme pour dessert et nous repartons peu après.

Sur les bords de la route, des poiriers plient sous le poids de leurs fruits.

Nous passons à Bouffémont.

 

Tous les habitants quittent leur pays pour échapper aux troupes allemandes.

C’est un spectacle vraiment touchant de voir tous ces pauvres gens, vieillards se traînant péniblement, jeunes mères portant leurs enfants dans les bras ou les traînant dans une voiture sous une chaleur caniculaire. Les vieux territoriaux organisent la défense de Paris ; des champs de poiriers tout entiers sont abattus pour faire un bouclier à nos fantassins.

On devine qu’on a l’intention d’arrêter l’invasion par là.

 

Nous allons dans la soirée bivouaquer tout près d’Ecouen, le long d’une ligne de chemin de fer.

Nous faisons la cuisine dans un verger, à côté du parc et là, nous finissons de faire cuire notre viande du matin. Nous faisons un quart de jus et puis nous nous alignons à côté de nos voitures sur la paille d’avoine que nous allons chercher dans un champ voisin.

4 Septembre.

La batterie de tir va prendre une position à côté du bivouac. L’échelon va à côté de la voie ferrée.

Pour la première fois, nous allons, les brancardiers, faire le véritable service qui nous est assigné. Nous allons munis de 2 brancards, former un poste de secours à l’arrière des batteries et avec le médecin auxiliaire Nicolas.

Et là, nous attendons avec impatience le premier coup de feu. Nous mangeons de bonnes poires que va chercher l’ami BRUDIN dans un champ voisin.

A 10 heures un cycliste apporte un ordre au colonel.

Nous partons.

Nous rapportons nos brancards à la voiture médicale et nous partons. Nous traversons encore quelques villages en partie abandonnés et nous arrivons à 5 heures du soir à Marielles en France (?).

Le parc est formé, partie dans la cour d’une ferme, et partie dans la rue.

Aussitôt arrivés, nous faisons la cuisine à côté des chevaux.

Les maisons sont ici toutes abandonnées ; c’est le pillage qui commence. La cave d’un débitant est vidée en un clin d’œil. Tonneaux de vin, bouteilles de liqueur sont emportés et c’est bien triste de voir dévaliser ainsi des Français. Pour notre part, nous emportons seulement un moulin à café qui nous sera d’une grande utilité et 5 jeunes lapins qu’ont laissés leurs propriétaires.

Nous couchons ce soir dans la ferme, toute la batterie ensemble.

5 Septembre

Le matin nous nous levons de bonne heure pour partir. On attelle et on attend les ordres.

En attendant nous visitons la ferme où il y a une distillerie. Là, il y a une bascule, j’en profite pour me peser et je constate que j’ai diminué de quelques livres.

A 8 heures, nous partons. On va de l’ouest au nord-est, nous laissons les forts de Paris à notre droite.

Nous arrivons à Dammartin (Seine et Marne). Nous nous arrêtons dans la ville. Là les habitants sont effarés, des femmes pleurent et se plaignent des dégâts qu’ont fait les troupes à leur passage.

Deux ou trois cadavres de chevaux sont là sur la route. Nous repartons. A peine avons nous fait 1 km qu’il faut faire demi-tour.

Nous tournons les caissons à bras et revenons à Dammartin que nous retraversons et nous allons bivouaquer en bas de la ville dans un champ d’avoine.

Vite nous nous mettons à faire la cuisine.

Avec quoi ?

Le ravitaillement n’est pas venu aujourd’hui : Ah ! Les lapins que nous avons pris hier et qui depuis sont prisonniers dans les cases d’avant-train. On les assomme, les écorche et le Gros va employer son talent de cuisinier pour nous préparer un civet épatant. Moi, je fais le jus, et malheureusement en le coulant, j’en vide la moitié.

Voilà notre ration réduite. Personne ne s’en fâche d’ailleurs.

Et je vais après m’étendre à côté de mon caisson avec les amis MARTIN et ARMAND.

Bataille de la Marne

Comment pouvait t-il savoir qu’il y allait avoir la bataille de la Marne ? Et que cette bataille allait s’appeler ainsi ?.........

6 Septembre

Nous partons du bivouac à 4 heures du matin.

Nous repassons à Dammartin puis on prend une route à droite. Le 47ème d’Artillerie, le 5ème nous suivent maintenant. Le 292e passe aussi sur la route et de partout les régiments de notre division se dirigent en avant.

Décidément, nous prenons l’offensive. Nous mettons en batterie en haut d’un petit coteau mais nous repartons presque aussitôt.

Nous continuons notre route à travers champs. Nous voyons dans les champs quelques trous d’obus de 77 ; nous en trouvons même quelques-uns qui n’ont pas éclaté.

Un cheval de boche tout sellé est étendu dans un sain foin ; il faut nous voir courir comme des lapins pour regarder l’équipement de nos ennemis.

Pour la première fois, nous entendons de près siffler les obus de 77 mais les fantassins nous ont tellement affirmé qu’ils n’étaient pas dangereux que nous les croyions tout à fait inoffensifs.

Bientôt nous sommes obligés de constater que ce n’est pas tout à fait ça. En arrivant dans le village d’ Oisery (Oise) le 216e a été surpris par le tir de ces canons et il y a eu quelques morts et un bon nombre de blessés.

 

La vue de ces cadavres à pantalon rouge nous impressionne profondément et je n’ose les regarder.

 

Les blessés regagnent l’église du village où est installée l’infirmerie.

Un sous-officier du 36ème d’Artillerie a été tué au service des éclaireurs. Nous nous arrêtons à côté d’Oissery et nous attendons des ordres. Nous grignotons quelque bout de pain et de chocolat, il ne faut plus penser à faire cuire de la viande.

D’abord, le feu attirerait l’attention des Boches et puis il faut s’attendre à partir d’un moment à l’autre.

En effet, à 1 heure du soir, nous partons et les batteries vont prendre position un peu en arrière d’une crête tandis que l’échelon reste dans un bas-fond.

Je rencontre là JARRIJE (?) qui est au 13ème escadron du train conduisant une voiture ambulance.

Sur les 4 heures nous repartons.

Nous passons à Puisieux où fume encore un moulin incendié. On fait boire les chevaux. Les pauvres bêtes n’ont ni bu, ni mangé depuis la veille. Et puis nous allons nous placer derrière une petite colline au nord de Puisieux, de Bouillancy et de Brégy (voir carte) et les pièces prennent position sur le plateau. Et tout de suite nos canons se mettent en danse.

Nous restons là jusqu’à la nuit.

A 7 heures du soir, nous voyons descendre des bandes de fantassins de la colline à perdre haleine.

Qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il ?

Par prudence, le lieut. ROUHAUD, commande à cheval croyant à une retraite et envoie en même temps quelqu’un s’informer auprès des pioupious. Au retour du commissionnaire : Pied à terre ; c’est une fausse alerte. Les fantassins allaient chercher de l’eau et de quel train.

Allons ! ils ne sont pas encore fourbus quand il s’agit de se ravitailler !

Nous couchons sur les lieux, derrière les caissons.

La fête d’Aubière n’est pas gaie cette année.

7 Septembre

Depuis le matin la canonnade commence. Les batteries de tir ont conservé leur position. Nous faisons du café dans le bois à côté duquel nous sommes restés.

Tout à coup, un sifflement puis blan (?) un obus de 155 a éclaté en avant du bois à une vingtaine de mètres de notre médecin qui venait tranquillement de Douy-la-Ramée.

Ce n’est plus de blague.

Nous allons, les équipes de la 21e et 23e batteries, en haut de la crête où nous nous croyons en sûreté, nous déplions les brancards et en compagnie du médecin Nicolas, nous attendons. Nos 75 ne cessent de tirer. Par tir fauché et allez donc !

Sur le haut du plateau, un peu en arrière de la première crête 180 bouches à feu sont alignées ce sont le 47ème, le 5ème, le 16ème, 36 et 53. Plus à droite le 40è et le 32è.

Et toutes ces pièces crachent en même temps et toujours l’acier et la mitraille.

 

A 8 heures un aéroplane allemand passe au-dessus de nous.

Une demi-heure après l’artillerie ennemie nous a repéré et les marmites font leur apparition pour la première fois. Et d’où ce nom de marmite donné et employé maintenant quand on parle des obus allemands.

Je crois que c’est probablement parce qu’elles font, où elles tombent dans la terre, un trou de la forme et la dimension d’une grosse marmite. Et puis, en éclatant elles font un bruit formidable. Tous leurs coups sont au début un peu longs et dépassent la crête où nous sommes, puis peu à peu se raccourcissent.

Et bientôt la position devient périlleuse.

Une marmite tombe sur un groupe de fantassins, en tue deux et en blesse un autre que nous soignons. Une autre tombe au milieu des avant-trains de la 23ème batterie, tue 5 chevaux et démonte un avant-train. Il n’y a aucun canonnier d’atteint.

Des fantassins blessés légèrement ou pouvant marcher, des chasseurs à pied viennent du champ de bataille et vont rejoindre les ambulances au plus prochain village.

Nous commençons à comprendre le danger.

A 10 heures du matin on part précipitamment. Vite nous regagnons notre échelon.

Nous traversons le champ de luzerne où les obus sont tombés en quantité. Nous avons nos caissons encombrés, toute l’avoine que nous avons touchée le soir, les vivres plus 4 moutons que des servants de la batterie ont ramassés près de leurs pièces. Dans ce champ, 2 porcs d’un joli poids ont été fauchés.

Nos pièces vont prendre une autre position et nous allons nous former le parc dans un champ de peupliers à proximité de Bregy.

Là je rencontre ROCHE et BAYLE au 292ème.

Leur régiment a bien souffert et est éparpillé un peu de tous côtés.

Nous causons naturellement de la fête du pays et des nouvelles, car c’est là que je reçois la première carte qui m’a été expédiée. Elle date du 23 août.

C’est bien temps.

Et tout le temps, la canonnade continue avec violence. Des camarades se mettent en devoir de peler nos brebis et de les vider, mais il est défendu de faire du feu et nous ne pouvons les faire cuire.

Il y a là un château à côté où on a découvert une bonne cave garnie. Les officiers permettent de prendre du vin pour se désaltérer et pour porter aux batteries. A la nuit, on part pour retourner où nous étions le matin. On attend là des ordres. Bientôt il faut repartir. Nous allons retrouver les batteries de tir où nous coucherons. En arrivant là-haut, nous nous apercevons qu’il nous manque le camarade ARNAUD.

Où est-il ?

Il a dû s’endormir et rester là-bas ?

Enfin on ne dira rien ce soir. Peut-être nous retrouvera-t-il ?

Les sections de munitions viennent nous trouver là et nous remplissons nos coffres qui tous ont été vidés. Nous n’avons rien mangé depuis hier. Plus de pain. C’est alors que nous puisons dans les réserves et je mange ce soir-là deux bons biscuits de pain de guerre avec du chocolat. Et nous nous couchons à côté du caisson sur une botte d’avoine.

Au loin, devant nous les villages flambent de tous côtés des lueurs que fait l’incendie.

8 Septembre 1914.

Au jour, les batteries vont reprendre les positions de la veille ; nous, nous allons dans un champ avant d’arriver à Brégy.

Pourtant nous pourrons faire cuire nos moutons qui depuis hier sont dans un sac sur un caisson. Les cuisiniers ne manquent pas aujourd’hui car tout le monde a faim.

Le ravitaillement vient amener les vivres ici. Enfin on peut manger aujourd’hui à notre aise. Les gigots sont partagés par pièces, on fait apporter la part des servants qui, en chemise depuis le matin, ne cessent de passer des obus entre les mains et les servir aux Boches. Les marmites arrivent toujours, mais ils s’écharnent surtout à bombarder le village de Fosse-Martin à gauche de Brégy.

Des compagnies entières de fantassins arrivent blessées, le 305ème a particulièrement souffert.

Voilà des prisonniers.

Vite nous accourons pour voir le défilé. Ce sont les soldats du 298 qui les ont faits prisonniers et en même temps, ils ont pris un drapeau qu’ils rapportent triomphants.

A 11 heures, l’ami ARNAUD arrive tout essoufflé : il nous a retrouvés, mais après combien d’aventures. Hier, il était allé chercher de la paille pour se coucher, et lorsqu’il est revenu, nous étions partis.

Que faire ? Où nous prendre ? Il va alors de batterie en batterie du 47 au 5 puis au 36e. Impossible de nous rejoindre. Il va alors au quartier général où il passe la nuit et là on le renseigne.

A midi, le feu de l’ennemi devient plus violent. Ce n’est plus une marmite qui arrive, mais des salves continuelles de 6 et tout le temps. Tout à coup on appelle les brancardiers : il y a un blessé. Sans penser au danger nous partons BRUTIN, CHANDELON, MARTIN et moi avec un brancard. BONNIOT nous accompagne.

Entre chaque salve, nous faisons un bond et sitôt que nous écoutons un sifflement, nous nous couchons à terre.

Nous arrivons derrière le fameux bois en bordure de la route. Les avant-trains sont là. Nous nous abritons derrière la crête. Un obus tombe sur les avant-trains tuant un conducteur et en blessant un autre, massacrant plusieurs chevaux.

Tous partent en débandade et les conducteurs n’arrivent plus à maîtriser leur monture. Mais nous, pourquoi aller chercher un blessé ailleurs quand il y en a un là tout près 

Nous prenons le pauvre diable sur notre brancard et le soignons avec son paquet de pansements individuel. Mais où le transporter ?

De tous les côtés les marmites se rapprochent et de l’autre côté de la route les trous s’alignent, nous comblant de terre à chaque coup. Il faut absolument partir car s’il raccourcissent tant soit peu leur tir c’en est fait de nous. Nous suivons alors derrière la crête et nous portons notre blessé vers le médecin qui, lui, est allé soigner celui pour lequel on nous avait appelés.

Mais ce n’est pas là l’ambulance, il faut aller à Brégy. Allons du courage !

Nous repartons en suivant le même chemin et nous arrivons à l’ambulance sans autre incident. La cour est remplie de blessés et pourtant à chaque instant une auto vient en prendre un chargement.

Cela fait pitié.

Enfin on remet notre brancard, notre blessé est mort en arrivant et nous retrouvons notre échelon de l’autre côté de Brégy car eux aussi avaient été obligés de déménager. Le combat continue jusqu’à la nuit.

Nous allons alors retrouver nos batteries et où le train régimentaire vient nous ravitailler. Nous couchons à côté de nos caissons après avoir mangé un bout de pain et de chocolat.

9 Septembre

Au jour les batteries reprennent leurs positions de la veille et l’échelon retourne également à côté de Brégy où viennent nous rejoindre les avant-trains.

Nous préparons notre viande pour nous et nos camarades des 1ères pièces.

La bataille continue toujours avec violence.

Toutes les heures environ il faut amener un ou deux caissons d’obus, les conducteurs ne vont pas vers les pièces avec plaisir.

A 10 h nous partons les brancardiers, avec les médecins installer un poste de secours plus près des batteries. Mais un colonel d’artillerie nous empêche de passer en haut de la crête, car d’abord l’ennemi pourrait nous voir et puis cette zone est très dangereuse.

Là nous rencontrons les brancardiers du 53e qui eux aussi ont fait demi-tour.

Je cause avec CIBERT (?) et nous parlons un peu du pays.

Nous restons là dans un fossé une demi-heure à peu près et voyant que le feu des marmites ne se calme pas le médecin nous renvoie rejoindre l’échelon.

Le commandant FLOUTIER (?), de notre groupe est blessé au bras derrière une meule de paille.

L’après-midi le feu de l’ennemi est moins intense et on n’entend plus que le bruit de nos canons. On prétend que les Allemands se replient en arrière. Nous passons la soirée ici.

Toute la journée les automobiles transportent des blessés ; on devine que la lutte a dû être terrible et les pertes élevées.

Nous, artilleurs, nous ne nous rendons pas bien compte de ce qu’est la bataille. On quitte une position, on en prend une autre mais [nous] ne voyons pas les corps à corps à la baïonnette.

Nous couchons ce soir sur les lieux et les pièces vont passer la nuit sur leurs positions.

>>>>>>Voir les combats de l’infanterie de ce secteur au travers des historiques de différentes unités<<<<<<

10 Septembre

Le matin on n'entend plus rien. Plus un coup de canon. Enfin je respire tranquillement.

Depuis 5 jours, la canonnade n'a pas cessé une minute. Le ravitaillement nous amène les vivres là à côté de nous. Nous préparons d'abord les vivres de la batterie de tir et on leur porte car depuis quelques jours ils se plaignent constamment. Puis nous faisons cuire la viande pour nous.

Mais à midi il faut partir.

Allez ! il faut ramasser toute cette viande dans les campements et en route. Par comble, mon caisson est allé amener des munitions et je suis obligé de grimper sur l'arrière train de la 1ère voiture si je ne veux marcher à pied. J'avoue que je n'en ai guère envie car il fait chaud et quelle poussière.

Nous suivons la route que nous avons prise plusieurs fois et qui va à Douy-la-Ramée, puis nous traversons les champs d'avoine et de luzerne où les Allemands se sont acharné à envoyer leurs obus. Heureusement !

De partout des trous béants, la terre a été retournée par les marmites. Le village de Puisieux est anéanti. Il n'y reste plus que quelques toits qui n'aient pas été atteints.

Nous prenons ensuite la route de Fosse-Martin, qui a beaucoup souffert aussi du bombardement. Juste à l'intersection des routes, une charrette chargée de brancardiers ou d'infirmiers revient du champ de bataille sur Brégy.

Et qui reconnais-je ? ROCHE, BAYLE et DEPAILLER de Pérignat.

Quelle bonne poignée de main. Comme nous sommes heureux de nous retrouver après une pareille semaine. Nous nous rappellerons longtemps. Mais nous n'avons pas le temps de pérorer. Ils m'annoncent la mort de BOURCHEIX, de BREULY (boule de son), et les blessures d'une dizaine d'Aubiérois de leur régiment.

Nous continuons notre route. Dans tous les pays que nous traversons les toits sont effondrés, les murs ouverts. Nous passons à côté des positions de nos batteries. Des tombereaux de douilles de 75 sont là à côté de l'emplacement des pièces.

Les Boches ont dû recevoir quelque chose. Ils battent en retraite cette fois et pour de bon. Nous arrivons à la nuit tout près de Crépy. On forme le parc à côté de l'église. Je vais chercher une botte de paille pour nous coucher. On distribue la viande à moitié cuite que nous mangeons en tirant un peu. Et nous nous couchons.

A peine endormis allez debout on part. Nous mettons notre paille sur le caisson et nous revenons sur nos pas dans un bois où les chevaux morts sentent déjà mauvais. On reforme le parc dans une autre terre et on se recouche.

Encore la même chose. Sitôt endormis il faut encore repartir.

Et pour aller où ?

Derrière un bois de l'autre côté de la route. Voila !

Il faut encore aller chercher de la paille dans un hangar assez éloigné et pourtant cette fois nous pouvons dormir tranquilles.

11 Septembre

A 6 heures du matin nous partons à la poursuite des Allemands. Nous traversons au grand trot nombre de villages tous bombardés. Dans le premier nous voyons des ambulances que les Boches ont abandonnées, des brancards. Toutes les maisons inhabitées ont été pillées. Les églises sont garnies de paille et ont servi de dortoir aux troupes qui battent maintenant en retraite. Les habitants de ces patelins nous disent que les Allemands ont passé ici le matin, là à 8 heures.

A 10 heures nous allons derrière un bois de la forêt de Villers-Cotterêts où nous mangeons à la hâte une boite de singe. On repart aussitôt, on arrive à 3 heures dans un grand château à 1 km de Villers où on fait boire les chevaux en vitesse.

Il se met à pleuvoir averse. Tout de suite il faut repartir. Nous traversons Villers sous la pluie. Les habitants nous font bon accueil ; les braves gens nous passent des liqueurs, du café, du vin.

Pour ma part je bois un bon verre de café et je récolte une bouteille de vin blanc bouché pour nous trois.

Mais on ne s’arrête pas.

Nous prenons tout de suite la route de Soucy. Et nous allons bon train. On ne nous donne même pas le temps de remonter en voiture après avoir desserré le frein à la descente d’une côte. Nous arrivons en haut de Soucy. Tout de suite en batterie. Et notre 75 reprend sa musique des jours derniers en moins de temps qu’il [ne] faut pour l’écrire.

C’est ma foi, merveilleux.

On fait ramener l’échelon en arrière. Puis tout à coup plus rien.

Un officier a arrêté le feu croyant que l’on tirait sur les Anglais. Puis l’on s’enquiert, un cavalier va en reconnaissance. Quand il revient, le concert recommence : c’est bien sur les Allemands que nos batteries tiraient, sur un convoi qui se retirait tranquillement. Les chasseurs sont là qui se promènent en parade sur la crête si bien que les Boches les voient et tout de suite une batterie de 77 tire sur eux sans leur faire grand mal car ils déguerpissent lestement et puis ces petits floutiaus (?) comme nous les appelons à cause de leur sifflement ne sont pas si dangereux que les grosses marmittes.

Nos pièces tirent jusqu’à la nuit. Nous couchons tout mouillés sous un grand hangar qu’il y a là heureusement en haut de la côte où l’on peut s’enfouir dans de la bonne paille.

12 Septembre

Au jour nous reprenons nos positions de la veille, l’échelon redescend dans le bas fond. Le ravitaillement vient là nous amener les vivres de la veille.

Des bataillons de chasseurs à pied défilent toute la matinée et en passant nous mendient un pauvre morceau de pain. Ils font pitié, ils n'ont plus rien touché de deux jours.

Les états-majors de la division, du corps d'armée passent.

A 8 heures du matin nous partons et nous arrivons à Ambleny en même temps que le 305e qui s'arrête à l'extrémité du pays.

On s'arrête longtemps sur la route. Pendant ce temps nous allons faire un seau de café dans une maison écartée au milieu d'un pré, que nous savourons, nous ne faisons pas de bon repas tout à l'heure.

Il pleut encore.

A midi, voici le 292e Vite j'accours. Peut-être rencontrerai-je quelques connaissances.

Et justement le régiment fait la grande halte dans le pays et le service d'infirmerie est arrêté juste devant nous. J'ai ainsi le plaisir de passer quelques heures avec ROCHE, BAYLE et DEPAILLER.

Nous mangeons ensemble un pot de confiture qu'ils ont car ils sont comme nous, ils n'ont rien mangé depuis hier. Maintenant voilà les voitures du génie qui arrivent chargées de grands bateaux pour jeter un pont sur l'Aisne. Nos batteries vont prendre position au dessus du village de Maubrun. L'échelon reste à Ambleny où nous formons le parc dans un champ de pommiers. Il pleut toute la journée. Nous faisons la cuisine dans une maison en face du parc, abandonnée et pillée par les Allemands.

Tout le linge est dans la cave.

Il faut nous contenter de manger quelques patates car pour comble de malheur le sac qui contenait la viande, mis à la légère sur le chariot de batterie s’est perdu en route. Les canonniers se rattrapent en buvant suffisamment, il y a du vin à disposer dans une cave. Nous restons là jusqu’à la nuit.

Nous allons coucher dans une grande ferme à côté du parc.

13 Septembre

Le matin nous rejoignons notre parc et allons vite prendre possession de notre cuisine de la veille. Nous allons pourtant pouvoir manger un peu de viande. Nous mettons la soupe en train, de bonnes pommes de terre, et pour mieux faire à notre aise nous allumons le fourneau. Allons donc !

La soupe n’a pas bouilli qu’il faut partir.

Nous remettons notre viande dans les marmites de campement et nous plaçons toutes nos affaires sur les caissons. Et on attend là, les pieds dans la boue, l’ordre de démarrer.

Une heure, deux, on ne part toujours pas. Le lieutenant nous engage alors à faire cuire pour manger. Cette fois pour avoir plus vite fait nous allons faire des biftecks. Allez ! Les uns rallument le feu, d’autres coupent la viande en tranches aussi minces que possible et d’autres nettoient les plats.

Dans le jardin derrière la maison il y a ma foi de bien jolies poires et nous nous rattrapons sur ces fruits.

 

A 10 heures il faut partir cette fois et pour de bon. D’un côté nous mettons nos biftecks qui sont prêts, de l’autre les crus et nous remettons tout en place.

Des régiments d’infanterie, des bataillons de chasseurs passent toute la matinée.

Nous allons rejoindre la batterie de tir en haut du village de St-Bandry.

Et là derrière un grand tertre nous allons mettre la cuisine en train pour la troisième fois. Réussirons-nous cette fois ?

Non, pas encore. A midi il faut encore replier tous nos ustensiles et partir de nouveau.

Nous allons passer l’Aisne, paraît-il. Nous repassons dans Ambleny, et prenons la route de Fontenoy.

Arrivés à 1 km plus loin que le cimetière nous nous arrêtons.

La 23e batterie est là dans le bas fond de la route qui tire sans perdre un moment. A chaque salve, nos chevaux se cabrent, car nous sommes en avant des pièces, les obus passent au dessus de nos têtes. Puis au bout d’un moment les marmites arrivent sur la route. S’ils battent en retraite, les Allemands défendent sérieusement le passage de la rivière.

Aussitôt que leur observateur aperçoit quelque troupe sur la route qui mène au pont, les obus tapent. La canonnade continue de part et d’autre. Mais un moment, les marmites approchent, une tombe sur une petite troupe de fantassins qui passait sur la route.

Il y en a un de tué, et deux de blessés que nous allons soigner. Alors le lieutenant commandant l’échelon nous fait faire demi-tour individuel.

Chaque voiture tourne sur place sans aucun ordre et repart en arrière tandis que nous servants avons pris les devants pour nous sauver. Mais le capitaine COHADE (?) a vu de sa batterie la précipitation avec laquelle les voitures cherchent à filer et il vient au trot et révolver au poing commander d'aller au pas.

C'est comique.

Quelle tête font les conducteurs qui entendent derrière eux les éclatements qui s'approchent, et qui ne peuvent courir. Enfin, nous allons nous former derrière un petit bois du côté d'Ambleny.

Pendant ce court repos nous mangeons avec Gros MARTIN une boite de singe.

 

A 4 heures, il faut traverser l'Aisne à tout prix, les premières batteries ont passé et on ne peut les laisser sans munitions. Nous reprenons la route.

A peine la première voiture a-t-elle débouché au tournant du bois que la danse recommence, et il faut encore rebrousser chemin. Il n'y aura donc pas moyen de passer. Voyant qu'il est impossible de suivre cette route, le lieutenant MATHIEU commandant l'échelon nous cherche un autre passage.

Nous revenons à Ambleny, puis par un chemin détourné allons rejoindre la grand' route de Compiègne à Soisssons, et derrière un petit bois nous débouchons en face du pont de bateaux que le génie a fait.

Ce n'est pas compliqué, un pont de bateaux, et je ne m'attendais pas à pouvoir passer si sûrement que cela. Des bateaux amarrés à peu de distance les uns des autres ; au dessus, un plancher de madriers, et voila le pont.

Nous allons passer une voiture l'une après l'autre ; les conducteurs prendront les porteurs par la bride, les servants tiendront les souverges (?) de devant et de derrière, et un autre au frein. Les premières voitures partent d'abord. Enfin voila notre tour. Nous passons bien tranquillement, mais à peine de l'autre côté une fusillade très vive nous accueille.

Tout d'abord, nous croyons que ce sont nos fantassins qui tirent, mais nous revenons bien vite de notre erreur car les balles sifflent de tous côtés. Nous nous abritons autant que possible derrière les caissons, nous sommes tous les trois courbés et nous baissons la tête. Que faire ?

Nous allons tout de même jusque derrière le château de Fontenoy, dans cette position. Le trompette GRIMAUD est blotti derrière un caisson, ne se rendant pas bien compte de ce qui arrivait, il faisait comme les camarades, traînant péniblement son cheval par la bride avec des "Hue, Hue", pour encourager sa monture.

Tout à coup voilà nos fantassins qui redescendent de Fontenoy ; au galop, les chasseurs à cheval retournent du côté du pont. Mais alors, qu'allons-nous devenir si les fantassins qui, seuls, peuvent nous défendre, ne cherchent qu'à se sauver, nous laissant là avec nos caissons seulement ? Nous allons être pris.

Le lieutenant Mathieu ordonne alors de repasser le pont. Et en avant ! Les conducteurs remontent à cheval, nous nous abritons comme nous pouvons. ARNAUD (ou Armand ??) se blottit sur la flèche du caisson entre l'avant et l'arrière-train.

MARTIN marche tout courbé, à côté des chevaux. Moi, je me couche sur le ventre devant notre siège à la place où d'habitude nous mettons nos pieds. Toutes les voitures arrivent en même temps devant le pont.

Et chacun essaye à passer le plus tôt possible, ne s'inquiétant pas davantage de l'ordre des pièces.

Nous repassons des premiers.

Au moment de traverser, il y a un cheval de la voiture qui ne peut plus marcher. Le Gros le prend par la bride, moi je prends une trique et frappe à coups redoublés le pauvre animal.

Ce n'était pas de sa faute, car à quelques cent mètres après avoir passé, cette pauvre bête s'est abattue, elle avait été blessée à la poitrine. Vite nous dételons, et sans nous inquiéter du harnachement nous reprenons la route d'Ambleny, pendant que les petits floutiaux nous accompagnent.

Mais là-bas vers le pont, les officiers du génie ont arrêté la débandade des fantassins et, révolver au poing, les ont retenus. Là au milieu de tout ce monde qui se cachait, j'aperçois CHARNY qui arrivait tout justement du dépôt. Nous nous en sommes bien tirés tout de même, et après avoir formé le parc un peu plus loin, nous sommes presque étonnés de nous retrouver tous vivants.

Seul accident : un caisson est resté là-bas, le timon a cassé en tournant. Il n'en a pas été de même de la 23e batterie. Il y a eu chez eux six blessés et beaucoup de chevaux de tués, et une de leurs pièces est restée là. Si les Boches avaient été bien nombreux, nous étions ce coup là prisonniers sûrement, mais il n'y en avait que pour protéger leur retraite. Et dans la nuit, nos fantassins les chassaient complètement de Fontenoy.

Le lieutenant était allé au quartier général de la division présenté des ordres. Quand il revient nous retournons à Ambleny, nous formons le parc à l’extrémité du village du côté de Soucy ; les conducteurs de la voiture laissée là bas vont la chercher et nous rejoignent ensuite. Mais où coucher ; pas une botte de paille, rien et il pleut maintenant. Et puis nous avons l’estomac vide. Et bien voilà ! nous allons allumer du feu, nous ferons cuire notre viande pour la 4éme fois aujourd’hui.

 

Nous installons le foyer sur le bord de la route et pendant que des uns vont au bois, d’autres à l’eau nous déplions tous nos ustensiles. Il est 9 heures du soir et s’il faisait meilleur je n’attendrai sûrement pas la soupe pour aller me coucher. Enfin la soupe est prête, je bois deux quarts de bouillon et puis je me couche à côté du feu en compagnie de Martin et quelques autres tous serrés le plus possible pour avoir plus chaud.

Quelle journée. Et quelle nuit !

14 Septembre.

Nous ne somme pas en retard pour nous lever le matin car il pleut toujours et il ne fait pas chaud.

Le ravitaillement est là, nous touchons les vivres. Le vaguemestre aussi a des lettres aujourd’hui.

Quel bonheur ! Ce sont les premières nouvelles et si elles sont attendues. Justement j’ai une carte, cela me fait oublier les fatigues de la journée d’hier.

Vite nous mettons l’avoine, le pain la viande sur les coffres et nous repartons.

C’est qu’il faut repasser l’Aisne aujourd’hui, il n’y a pas à dire, nous ne pouvons pas laisser nos pièces sans munitions. Nous reprenons la route de la veille. S’ils en ont tiré des marmites tout le long de cette route mais ce matin, comme le temps est pluvieux et brumeux ils ne doivent pas nous voir car nous passons en toute tranquillité.

Avant d’arriver vers le pont, derrière une meule de paille une voiture toute démontée est renversée, le conducteur a été tué à côté de la route. Enfin nous passons dans de meilleures conditions que hier au soir, nous retraversons ce champ de betteraves.

Dans ce champ beaucoup de pauvres fantassins sont là étendus victimes de l’attaque de Fontenoy dans la nuit. Oh ! comme c’est triste. Des uns sont restés dans la position où la mort les a frappés.

Nous arrivons au château. A ce moment le temps s’est éclairci et messieurs les Allemands nous ont vu. Tout de suite les obus retombent sur le pont, nous avons passé au bon moment.

Un seul coup tombe sur la forge et la voiture médicale tuant le cheval qui la conduit. Nous passons à Fontenoy. Port Fontenoy, Vaux-Roches et Berny-Rivière (voir carte) et nous allons former le pas en haut d’un grand champ qui touche aux dernières maisons à gauche. Nous allons faire la cuisine dans la cour du café Lepage en face de la mairie de Berny.

Nous serons plus tranquilles aujourd’hui : nos batteries tirent toutes.

Nous préparons les vivres des 3e et 4e pièce et nous leur portons tous prêt.

 

Dans la soirée un détachement venant du dépôt vient nous rejoindre et je suis tout surpris d’y trouver Pascal qui est affecté à la 6ème pièce.

A la nuit tombante nous allons bivouaquer dans un champ à l’extrémité de Berny du côté de l’Eglise. Nous touchons nos vivres, le ravitaillement est venu là, les sections de munitions aussi : Tout à côté il y a un grand hangar plein d’avoine non battue. Beaucoup y vont coucher.

Le Gros Martin et moi nous allons chercher plusieurs bottes de cette avoine, nous les mettons entre 2 caissons, un sac au dessus et nous couchons là ou nous sommes plus tranquilles pour dormir que là bas.

15 septembre.

Nous nous levons au jour nous touchons les vivres que le ravitaillement a amené dans la ferme attenant au hangar. Nous mettons le tout sur les coffres et nous allons reprendre nos positions de la veille, les batteries de tir en haut de la côte 138 et l’échelon dans le même champ.

Comme hier nous prenons possession de la cuisine dans la cour de l’hôtel Lepage où il faut préparer tous les vivres. Nos batteries tirent toute la journée.

Les obus allemands tombent bien en avant des pièces du côté des avant-trains qui sont dans la ferme de Chapaumont au dessus de Berny. Le soir à la nuit, nous allons recoucher comme hier vers le grand hangar du côté de l’église de Berny et les sections de munitions viennent amener là la provision des obus.

16 septembre

Après avoir mis toutes nos provisions et avoine sur le coffres nous allons ce matin prendre position au dessus du village de Berny par la route de St Christophe.

L’échelon, nous formons le parc dans un champ à Berny même et sitôt arrivés nous cherchons un endroit où nous pourrons faire la cuisine tranquilles, tandis que d’autres camarades font la distribution des vivres. Il y a là des batteries de dissimulées dans le bois en arrière du village et je ressens ici une sorte de malaise concernant notre sécurité.

Je pressens l’arrivé de bonnes marmites, car tous les coups longs envoyés à l’adresse de nos batteries ou les coups trop courts réservés pour les batteries en arrière tomberont forcément sur nous.

Et cela ne se fait pas attendre.

Ca y est un obus de 77 heureusement éclate juste au dessus des canonniers occupés à la distribution blessant notre camarade BREY, de la 7e pièce à l’épaule et un nommé Barbier, de la 22e Batterie plus grièvement lui. Il ne faut pas demander ce que font les autres occupés à cette distribution. Chacun part de son côté, les uns derrière un mur, d’autres sous un caisson.

Juste à côté du hangar où nous avons déjà allumé le feu pour faire du café il y a une espèce de cave ; vite la cave est transformée en infirmerie et brancardiers, infirmiers et blessés nous nous réfugions là dedans. Le major soigne au plus vite les blessures de nos camarades ; et les fait coucher sur la paille.

 

Mais les obus tombent toujours et bientôt 3 autres blessés viennent aussi rejoindre les autres. On appelle les brancardiers : il y a encore des blessés aux batteries.

Où est le blessé ? On ne voit personne. Un conducteur pourtant nous amène vers le blessé que ses camarades ont transporté dans une carrière de pierre blanche en abondance dans le Soissonais.

C’est immense là-dedans, si bien que les avants trains tout attelés sont venus s’y abriter. Le médecin soigne notre blessé, assez grièvement à la jambe, nous le déposons sur le brancard et nous attendons l’arrivée des camarades ARMAND et MARTIN qui vont venir nous aider. Par bonheur le bombardement est arrêté et nous arrivons à  Berry sans aucune crainte ni accident.

Tout le long du chemin des chasseurs alpins montent remplacer les fantassins. Nombreux sont aussi les blessés.

 

A midi nous mangeons un bout de viande que nos camarades ont fait cuire et nous buvons alors le café que nous avions oublié depuis le matin.

Tout de suite après on reçoit l’ordre de partir.

Les blessés qui peuvent marcher vont eux-mêmes à Vic-sur-Aisne où il y a une ambulance. Les autres vont attendre là dans la cave une voiture qui viendra les chercher. Quant à nous nous retournons reprendre les positions que nous avions hier et la 47e nous remplace ici ; je n’en suis pas fâché.

Nous montons en voiture et revenons former le parc dans le champ à l’extrémité de Berny vers la mairie.

Comme les autres soirs nous allons pour coucher à notre bivouac habituel, mains nous n’y sommes pas de demi-heure qu’il faut retourner d’où nous venons. Les batteries vont rester sur leurs positions toute la nuit.

Nous retournons donc là haut et nous couchons à côté de nos caissons. Moi je vais avec Bertrand et Martin coucher sous un petit abri en feuillage qu’on fait les canonniers du 47e il y a quelques jours et qui a resté intact.

17 septembre

Nous retournons vers nos cuisines habituelles et là nous préparons les repas des 3 et 4e pièces qui ne peuvent eux allumer de feu et ne peuvent quitter leurs pièces car il faut tirer à tout moment.

L’artillerie allemande semble devoir les ignorer car tous les obus tombent en avant et plus à gauche ou à droite. Il pleut toute la journée. Nous nous abritons dans une petite loge à côté de notre feu.

Mais s’il faut coucher là cette nuit nous seront frais.

Le soir venu voyant qu’il pleut toujours va (??) chercher au village un cantonnement pour la nuit. Nous partons à 7 h du soir pour aller former le parc sur la route de Berny à Roche et nous couchons dans la grande ferme à droite de cette route.

Notre 7e pièce est logée au dessus de l’étable où il y a un peu de foin et où les rats font toute la nuit un vacarme enragé.

18 septembre

Nous nous levons au jour et nous allons au parc pour toucher les vivres que le ravitaillement a amené.

Nous installons nos cuisines sur le bord de la route.

Le 53e d’artillerie est là tout près, je rencontre CIBERT sous un énorme tombereau qui est sous un hangar à la rencontre des routes d’ors- Berny à Roche et Roche à Vic sur Aisne.

Nous passons la journée partageant des heures de loisirs à aider à la ??? et à aller causer avec les pays. Nous installons un poste de secours dans une maison inhabitée sur la place de la mairie que nous partageons avec le groupe de brancardiers de chasseurs alpins.

Tous les matins arrivent les blessés de la nuit, ils sont d’abord soignés à ce poste, puis dirigés sur Vic. Sur la route c’est un défilé continuel d’autos de la Croix rouge.

Sur la place de la mairie des tas d’équipement de chasseurs alpins que les blessés ont laissé là. Nous couchons cette nuit dans la même ferme qu’hier mais lorsque nous arrivons là-bas la place est prise les chasseurs à cheval ont pris l’étable et le grenier. Les fantassins occupent les ?? que faire ?

Nous ne voulons pourtant pas coucher dehors. Il y a bien le hangar mais les canonniers du ?? sont maintenant couchés et il ne faut pas songer à aller les déranger, à la guerre, on n’est guère serviable.

 

Enfin, nous apercevons une porte, nous allons coucher là dedans, nous serons toujours à l’abri car il pleut. Mais où sommes nous ! Nous sommes empêtrés dans les courroies d’une batteuse, il y a là un escalier, nous montons par des escaliers difficiles et nous passons la nuit alignés sur le haut de la batteuse enfouie dans de la paille d’avoine non battue disposée pour être envoyée sur la machine à battre.

Nous dormons bien tout de même, le bruit de quelques marmites qui tombent sur Roche vient nous arracher le matin de notre dortoir.

19 septembre

Aujourd’hui notre travail est le même ; nous sommes les brancardiers de garde au poste de secours. Nos batteries tirent de temps en temps. Les Boches ne répondent pas de ce côté.

Comme hier, nous faisons la cuisine à côté de nous sur la route.

Toute la journée des bataillons de fantassins viennent cantonner dans le village. D’autres repartent le soir relever leurs camarades.

Nous allons coucher ce soir sous le hangar à côté du parc et pour cela, il faut prendre la place de bonne heure.