Mémoire de guerre d’André MEYER

Du 43e régiment d’Infanterie

 

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André Meyer avait 18 ans. Il a fait une guerre courageuse, prenant des responsabilités avec une maturité extraordinaire pour son âge.

Il a combattu en Belgique, dans la boue de l’Yser, puis à la bataille de Montdidier (avril 1918)

Il a été fait prisonnier et il est revenu chez ses parents. Il s’est fait volé son sac en novembre 1918 (par un français) contenant ses affaires et surtout son précieux carnet de guerre. C’est certainement une des raisons pour lesquelles il a entreprit d’écrire ses mémoires en 1967.

Commencez à les lire…et vous irez jusqu’au à la fin

 

Pour une meilleure lecture, j’ai volontairement ajouté des chapitres, sinon le reste est exactement conforme à l’original

Didier, janvier 2009

 

Merci à  Nicole, Joëlle, Céline, Renée, Robert, Jean-Claude, Dominique, Jean-Yves pour la recopie

J’espère ne pas avoir oublié quelqu’un.

 

 

 

  Sommaire

Juillet 1914

Établissement des défenses de Belfort, travaux divers (1914-1915)

Le conseil de révision, mai 1915

1916 : Départ pour l’Allier, le peloton des élèves caporaux, L’auvergne, les équipes agricoles

Rouen, octobre 1916-août 1917, caporal instructeur, stage de mitrailleur.

Départ aux armées, 25 août 1917, de Rouen aux tranchées de l’Yser

Secteur de Montdidier,  avril 1918

 

 

  Mémoires de guerre 1914-1918

Juillet 1914

Dans l’immense magasin qu’est le  « Comptoir des quincailleries réunies de l’est » à Fesches-le-Châtel, les commandes arrivent au ralenti.

On sent que quelque chose ne va pas. Comme on est payé au rendement, et les commandes reçues étant de moins en moins importantes, elles sont bien vite préparées et on est souvent au bureau pour en obtenir des nouvelles.

Pendant ce temps, on parlait de guerre.

J’avais alors moins de dix-sept ans.

Nous n’avions que les journaux pour nous renseigner mais c’était bien suffisant pour nous faire comprendre que la situation était de plus en plus tendue.

Cependant, je ne croyais pas à la guerre.

Et nous sommes arrivés tant bien que mal au vendredi trente et un juillet jour de paye.

 

Le lendemain samedi premier août, toutes les usines de la région avaient fermé leurs portes.

A Bourogne, on entendait vaguement parler du Caporal Peugeot, tué par une patrouille de cavalerie allemande à Joncherey, qui se trouve à dix kilomètres en direction de la Suisse.

Cet acte a eu lieu plus de vingt-quatre heures avant la déclaration de guerre.

 

Dans l’après-midi de ce Samedi, nous sommes allés mon père et moi, avec deux ou trois de mes frères et sœurs, charger une voiture de foin près de la ligne de chemin de fer de Belfort à Delle. C’est tout au long de notre retour que nous avons entendu les trois cloches de l’Eglise cogner à toute volée pour annoncer la mobilisation générale.

Leur son était puissant, le moment était solennel.

Le père Koller, garde-champêtre, confirmait la nouvelle à l’aide de son tambour et transmettait à tout mobilisable l’ordre de se rendre immédiatement et par les voies les plus rapides à l’endroit désigné par son fascicule. Partout les trains étaient pris d’assaut par les hommes qui partaient vers leurs garnisons.

 

Nous avons cru un instant que notre père était mobilisable, étant de la classe quatre-vingt-six, mais le garde-champêtre nous a rassurés, la mobilisation étant limitée à la classe quatre-vingt-sept.

 

L’enthousiasme était grand chez ceux qui partaient, la tristesse était grande chez ceux qui restaient.

Personne ne savait ce qui nous attendait.

Personne ne croyait passer l’hiver en guerre.

Personne ne pensait à la puissance de l’Allemagne.

Chacun croyait à son écrasement rapide, suivi d’un très prochain retour au foyer.

Il en fut tout autrement.

Établissement des défenses de Belfort, travaux divers (1914-1915)

Le dimanche deux août 1914, les journaux portaient un titre en gros caractère : « La France se considère comme étant en état de guerre avec l’Allemagne ».

Dans l’après-midi, notre garde-champêtre reprenait son tambour pour annoncer :

«Tous les hommes de seize à soixante ans devront se rendre demain matin à sept heures au mont–La-bataille- pour faire du terrassement »

 

Il s’agissait naturellement des hommes qui restaient, c'est-à-dire non mobilisables.

C’était pour faire des tranchées et des abris pour le cas où Bourogne serait devenu un champ de bataille. Et cette mobilisation de la main d’œuvre a duré plus de trois mois.

On nous donnait trois francs par journée de dix heures.

Notre lieu de travail étant au bord de la route qui mène à Belfort, nous pouvions voir passer, surtout les deux ou trois premiers jours, de nombreux italiens qui se succédaient par bandes de plusieurs dizaines.

Ils n’avaient pour tout bagage, et souvent pour toute fortune, qu’un baluchon au bout d’un bâton porté sur l’épaule et espéraient trouver à Belfort un train qui les reconduirait dans leur pays.

 

C’est aussi là que je vis pour la première fois des avions allemands qui nous survolaient. Les obus fusants venant de forts voisins éclataient autour d’eux, mais aucun ne fut touché, bien que les appareils de l’époque n’avaient pas encore atteint les cent kilomètres à l’heure.

Il faut dire que les moyens de la D.C.A. n’étaient pas non plus ce qu’ils sont aujourd’hui.

Après quelques jours de travail, nous avons été payés avec des billets de cinq francs qui circulaient pour la première fois, remplaçant les belles pièces d’argent « Louis Philippe » ou « Napoléon trois », pesant vingt-cinq grammes, et qui disparurent très rapidement.

 

Vers le quinze août, mon père a amené sur le chantier sa jument « Biche », pour transporter la terre d’un côté à l’autre.

Une fois les travaux terminés sur ce point, on nous a rassemblés cinq cents mètres plus loin dans le bois « des Côtales » appartenant à la commune de Bourogne et par la suite acheté par le génie militaire. Les travaux à exécuter était à peu près les mêmes que sur le chantier précédent : c’est-à-dire creuser une large tranchée circulaire, et aménager à intervalles réguliers de solides abris, entièrement construits avec les moyens du bord.

De gros chênes coupés sur place devenaient, sous la conduite de bons charpentiers, des assemblages très résistants ne nécessitant aucune maçonnerie.

 

  Sur ce chantier là, mon père faisait plusieurs voyages par jour pour amener l’eau au moyen d’un gros foudre monté sur chariot. Le chemin d’accès était si mauvais que ce transport nécessitait un attelage de deux chevaux.

Nous pouvions donc boire de l’eau à volonté, mais c’était nécessaire car il faisait très chaud.

 

Dans les premiers jours de septembre, un changement est intervenu dans nos formations.

Jusque là, nous étions commandés directement par des soldats ou des caporaux du génie militaire, mais nous allions désormais être organisés en compagnies civiles.

J’appartenais à la vingt troisième dont le capitaine était notre ancien voisin François Cott…. (Père d’Isabelle Nouhot) que je n’ai connu toute ma vie, jusqu’en 1940 année de sa mort, que comme retraité de gendarmerie.

Son fils Paul, mon ami et aîné d’un an était secrétaire.

L’instituteur Victor Faivre faisait les écritures, les appels, la paye, etc

Le menuisier Valdnar Polycarpe, était caporal d’ordinaire et mon père Edouard Meyer devenait son transporteur avec sa jument Biche.

Il y avait deux cuisiniers : Alcide Meyer, habitant le château, sous la côte, l’autre était un retraité nommé Bretagne.

 

  La compagnie comptait de cent cinquante à deux cents hommes.

Dès sa formation, il fallait en assurer le ravitaillement, ce qui rendait nécessaire un voyage par jour, à Danjoutin pour le caporal d’ordinaire et pour mon père qui en effectuait le transport. Dès lors, nous avions droit au café le matin et aux repas de midi et du soir, ce qui occasionnait, qu’on soit d’accord ou pas, une retenue de un franc dix par jour, sur notre salaire.

Pour le travail, nous étions divisés en sections, chacune étant commandée par un chef.

J’appartenais à celle qui était commandée par Engel Pietra, entrepreneur de maçonnerie à Bourogne, et qui,  à la fin de la guerre devait être tué par un noir.

Un peu plus tard, nous faisions de nouvelles tranchées en nous rapprochant de Bourogne,  puis de Meroux, puis, dans les bois « sous la côte », et aussi au-dessus (sur la crête).

 

Enfin, vers la fin novembre, on nous emmenait à Autrages, où notre présence n’était plus obligatoire. Là, nous avons travaillé de sept heures à midi, et entre quatre ou cinq comme moi, nous avons décidé de retourner à Bourogne.

Sitôt terminé le repas de midi, nous nous sommes mis en route. Après avoir fait la moitié du chemin, j’eus l’agréable surprise de rencontrer mon voisin René Grillon (16 ans) auquel mon père avait prêté mon vélo pour venir me rechercher.

Ce René Grillon qui est toujours à Bourogne était mon aide, donc sous mes ordres, au comptoir de Fasches depuis  1913 jusqu’à fin juillet 1914.

Nous formions équipe avec, comme emballeur, Houdelot de Dampierre les bois et dépendions du quartier 6 pour les commandes de visserie et boulonnerie de Paris, Lyon et Bordeaux.

 

  Après m’être présenté au comptoir pour demander si on pouvait de nouveau l’occuper, Grillon est revenu en disant qu’on m’avait également demandé.

 

Dès le lendemain, nous reprenions le chemin de Fasches-le-Châtel, mais il a fallu adresser une demande au général gouverneur de la place de Belfort, pour obtenir l’autorisation de circuler à bicyclette.

Le permis qui m’a été adressé est encore dans mes archives, étant établi pour un mois, il fallait périodiquement le renvoyer à Belfort d’où il revenait portant un cachet : «validité prolongée d’un mois ».

 

  La mobilisation ayant absorbé, au comptoir comme ailleurs, le plus gros du personnel valide, tout marchait au ralenti avec ceux qui restaient, c’est-à-dire les vieux, les jeunes et les réformés.

C’est ainsi que s’est passé l’hiver 1914/15 qui fut très froid et pendant lequel nous attendions presque chaque jour la nouvelle décisive qui n’arrivait pas.

Le conseil de révision, mai 1915

  Le 9 mai eut lieu pour moi le conseil de révision à 17 ans et 8 mois.

  Avec le mois de juin arrivait la saison des foins et on eut besoin de moi à la maison pour tous les travaux des champs et les battages qui suivaient.

Dans ces occupations je pensais n’avoir plus qu’à attendre l’appel de ma classe.

Les précédentes avaient été mobilisées de plus en plus jeunes.

La mienne le fut, la plus jeune de toutes : 8 janvier 1916.

  Cependant, ayant été redemandé au comptoir, et les plus gros des travaux des champs terminés, j’y suis retourné et devins emballeur.

Le journal coûtait toujours un sou.

Je n’en ai jamais acheté, mais parmi les anciens, il y en avait toujours un pour nous le lire, alors qu’entre huit heures et huit heures quinze nous grignotions notre quignon de pain autour d’un fourneau à charbon de deux mètres de hauteur. Et tous les présents écoutaient le lecteur avec une attention bienveillante.

C’est ainsi qu’on entendait presque chaque jour : Une tranchée a été prise à l’ennemi qui a dû se replier avec de lourdes pertes ; des prisonniers ont été faits ; mais les journaux n’annonçaient jamais les pertes d’ailleurs que du côté adverse.

1916

  Enfin, la première semaine de janvier, j’ai reçu l’avis en vertu duquel je devais me rendre le 8 à la caserne Béchaud, à Belfort.

Le 8 étant un samedi, j’ai naturellement attendu le lundi 10. Et après avoir avalé mon dernier café au lait, sans bien en sentir le goût, j’allais, accompagné par mon père, prendre le train qui passait vers sept heures en gare de Bourogne.

Et, sur le quai, comme dans le train, mon père était invariable dans sa réponse, à ceux qui le questionnaient sur le but de notre voyage : Je vais livrer mon fils.

En gare de Belfort, nous nous préparions à sortir, quand un caporal eut tôt fait de nous repérer et déclara, sans le moindre préambule : il n’a plus besoin de son père.

Et, sans discuter, avec des larmes plein les yeux, mon père dut me quitter alors que j’étais joint à une bonne demi douzaine de jeunes de mon âge qui sortaient du même train, et avaient été « cueillis »  comme moi. Et en colonne par deux, conduite par ce même caporal, nous voilà parti au travers d'un souterrain qui passait d'un côté à l'autre du chemin de fer.

Ce passage nous rapprochait de cette immense caserne Béchaud dont les deux bâtiments ressemblaient à bien d'autres, élevés dans bien des villes de France.

 

Comme par hasard, nous fûmes reçus par Arthur Valdner, fils de Polycarpe, notre ancien caporal d'ordinaire de la compagnie civile de Bourogne.

 

Il s'agissait donc du sergent-major Valdner, à l'époque sous-officier de carrière. Il avait un ou plusieurs aides pour nous recenser.

Nous avons aussitôt reçu chacun une musette contenant un quart étamé, une cuillère et une fourchette, tous ustensiles que j'avais manipulés par milliers d'exemplaires au Comptoir.

Je ne sais plus comment nous avons pris le premier repas, mais après la visite d'un médecin major, nous avons été triés et partions dans l'après midi, une bonne cinquantaine en colonne par quatre.

Au départ, nous ne savions pas où nous allions, mais il s'est révélé en cours de route que nous nous dirigions vers les casernes du Bosmont, situées entre Danjoutin et Méroux.

 

En arrivant dans la cour, il fut décidé que nous devions occuper le premier bâtiment de gauche, ce genre de caserne étant constitué par plusieurs bâtiments sans étage, chacun étant prévu pour une section et comprenait quatre chambres, ou chambrées d'une escouade chacune.

Me trouvant dans la première chambre, mon adresse devint:

Première escouade, première section, trentième compagnie du deux cent soixante douzième régiment d'infanterie.

Et quand on nous a rassemblés dans la cour pour nous aligner par rang de taille, je souhaitais être le premier à cause de la facilité que cela procure pour les rassemblements, comme d'ailleurs pour la marche.

Je n'avais qu'un seul concurrent: Joseph Jacquot de Saint-Dizier (12 km de Bourogne) qui mesurait bien un centimètre de plus que moi.

J'ai bien essayé d'allonger au maximum ma colonne vertébrale, mais je crois que le fait que je présentais très bien à l'époque m'a beaucoup plus servi, et je fus définitivement déclaré premier de toute la compagnie, donc exempt de poussières dans tous les déplacements.

 

Les deux ou trois premiers jours ont été occupés à apprendre à faire nos lits, balayer la chambre, prendre possession de nos nouveaux vêtements, dont l'essayage allait beaucoup plus vite que dans les magasins; en un mot, nous habituer à la vie nouvelle.

 

Pour mon compte, je trouvais la nourriture excellente et abondante, bien que certains s'en plaignaient.

Par exemple la ration journalière de viande était de 450 grammes et j'ai souvent pensé que ceux qui la trouvait insuffisante n'en avait pas autant chez eux.

Quant à l'instruction militaire, le programme s'appelait "La Progression" qui était affichée chaque semaine et exprimait les exercices de chaque jour.

Pendant une bonne quinzaine c'était "l'Ecole du soldat"; Rassemblement à droite, alignement, demi-tour à droite etc..

Ensuite on nous a remis un fusil à chacun: Nouvel apprentissage.

Il se démontait avec un sou Napoléon. Nous avions pour les manoeuvre des cartouches en bois, et ce n'est qu'après au moins trois mois que nous avons fait des tirs réels.

 

Un beau soir, qui pouvait être en février, alors que toute la chambrée attendait l'heure de l'appel autour d'une lampe à pétrole, nous avons sursauté sous l'effet d'une formidable explosion.

C'était le premier obus de 380 ou 420 qui tombait sur Belfort. Nous n'avons su que le lendemain de quoi il s'agissait.

La surprise était grande et les dégâts importants, d'autant plus que les jours suivants, plusieurs obus de ces mêmes calibres tombaient encore sur la ville.

Ce sont certainement ces bombardements qui ont suscité en haut lieu la crainte de voir notre caserne endommagée ou détruite avec ses occupants.

 1916 : Départ pour l’Allier, le peloton des élèves caporaux, L’auvergne, les équipes agricoles

Aussi fut-il bien vite décidé de nous envoyer dans l'Allier.

Nous devions être en mars 1916, quand un jour au rapport on nous communiqua le détail du départ de la compagnie. Et je m'entendis désigner, avec plusieurs camarades, pour rester afin de procéder à la confection des ballots.

Il faut dire qu'ayant été emballeur au comptoir, j'ai donné cette profession en réponse au questionnaire qui m'avait été soumis à l'arrivée au régiment.

 

La compagnie partie, nous restions à peu près 25 avec deux sergents.

Après avoir vidé les bâtiments de tous les meubles, nous avons chargé plusieurs wagons qui devaient suivre les premiers partis.

Nos casernes vidées, nous sommes allés mettre de l'ordre dans plusieurs forts autour de la ville, y compris le fort du "Bois d'Oie" à Dorans.

 

Et un beau jour d'avril, nous allions quai de Mulhouse, nous embarquer dans des troisièmes classes, pour Bézenet (03)

 

Il y a de cela plus de cinquante ans, et n'ayant aucune note, un défaut de mémoire est pour le moins tolérable.

Aussi, j'ai complètement oublié les détails de notre arrivée en gare.

Je sais qu'il était assez tard le soir, quand nous sommes entrés dans une grande cour d'école. Nos lits avaient été préparés dans la salle de classe que les enfants ne fréquentaient plus, par nos anciens amis de Danjoutin, certainement prévenus de l'heure tardive de notre arrivée.

 

Nos paillasses étaient toutes neuves. La mienne était tellement bourrée de paille qu'elle était toute ronde, et je risquais de rouler par terre.

Mon lit était le deuxième de la rangée après celui du caporal Farges, chef de chambre.

Le troisième était de nouveau celui du grand Joseph Jacquot de Saint-Dizier. Je gardais donc ma première place de la compagnie, exempt de poussière au cours de toutes les marches.

 

Peu après mon arrivée à Bezenet, le sept mai 1916, a été constitué le peloton des élèves caporaux dans lequel j'ai été intégré et qui représentait à peu près la moitié de la compagnie (102 hommes formant deux sections).

Le commandant de compagnie était le lieutenant Mégnin. L'officier commandant les élèves caporaux était le sous-lieutenant Poisson.

A partir de ce moment, nous n'avions plus qu'à faire des exercices de toutes sortes, le plus souvent sur le terrain de la mine de charbon, qui d’ailleurs était très grand et s’y prêtait fort bien. Ceci pour le matin seulement.

 

L’après midi, c’était la marche en colonne. Une bonne vingtaine de kilomètres, sauf un jour par semaine réservé pour le tir.

Chacun huit cartouches à tirer sur une cible à cent mètres.

Rien de tout cela n’était tellement déplaisant pour qui savait l’admettre.

 

Mais voilà qu’au cours du mois de juin, nous quittions ces mines et ces mineurs et embarquions à nouveau pour Bourg-Lastic (Auvergne).

En descendant du train, nous avions tous nos bagages, y compris le sac et fusil, et ce fut une surprise assez désagréable d’apprendre qu’il nous restait quinze kilomètres à faire à pied pour atterrir à Lastic.

C’était l’après midi.

Il faisait chaud et ça montait sur toute la longueur du parcours. Et les bretelles du sac, aidées par la transpiration, nous blessaient les épaules.

Enfin après quelques heures de cette bien pénible marche, nous arrivions à Lastic, et le logement prévu pour mon escouade était la première grange à droite au dessus des vaches.

On n’eut pas à nous bercer  pour nous endormir car nous étions réduits.

 

Un ou deux jours plus tard, on nous faisait déménager chez le propriétaire de cette grange, qui habitait à une vingtaine de mètres plus loin, du côté opposé.

On entrait dans une immense cuisine dont le parterre était en terre battue. On montait des escaliers pour arriver au premier et unique étage, où une espèce de grenier représentait notre chambre.

Dans ce grenier, sur un côté, une galendure clôturait une chambre.

C’était celle du fils Raymond, treize ans qui devait passer près de nos lits pour aller se coucher un peu plus tard que nous.

Et chaque soir, nous nous plaisions à le faire parler avec son accent auvergnat qui nous amusait beaucoup.

Le père, un vrai bougnat, grand, fort et intelligent, avait été marchand de charbon à Paris. Je regrette de n’avoir pas eu la curiosité de lui demander à quelle époque et combien de temps il avait exercé ce commerce.

La mère, une brave femme sans histoire, faisait sa cuisine qui était surtout très simple.

Et notre occupation, comme à Bézenet, consistait à faire les idiots dans la nature.

J’oubliais de dire que j’étais chef de chambre, ou chef du grenier que nous habitions.

 

Cependant, avec juillet 1916 s’avançait la saison des moissons, et à cette occasion, on nous a séparés et envoyés dans toutes les directions pour former ce qu’on appelait des équipes agricoles.

J’ai été envoyé à Vallon-en-Sully dans l’Allier.

C’était une ferme isolée.

Le père, M. Servant se trouvait en permission pour faire sa moisson.

Il avait une fille de mon âge Marcelle ; une autre d’une quinzaine d’années Titine, et la mère qui devait diriger la ferme la plupart du temps seule.

La moisson était belle et le temps était beau.

Le père montait sur la faucheuse, traînée par une paire d’énormes bœufs blancs qui semblaient se promener.

Je liais les gerbes que préparait Marcelle.

Et le soir on les mettait en tas de dix qu’ils appelaient tersiots. Telle était mon occupation  durant une bonne semaine.

 

Le dimanche après-midi étant libre, je suis parti me promener dans le bourg voisin qui était bien éloigné de trois kilomètres.

Rien de cette sortie n’a marqué mon souvenir, si ce n’est qu’au retour, peut être à moitié chemin, j’ai été rejoint par un âne, qui ma foi trottait bien.

Il traînait une charrette à deux roues et était conduit par Marcelle et Titine. J’ai naturellement été invité à monter auprès d’elles, ce qui a rendu le reste du parcours en tout point agréable.

 

Le lendemain, continuation de la moisson.

Je fauchais un andain autour d’un champ de blé pour permettre le passage des bœufs et de la faucheuse. Marcelle était derrière moi qui ramassait la paille et la mettait sur les liens.

Devant de temps en temps raviver le taillant de la faux par une vingtaine de coups de pierre, il arriva que je me blessai sérieusement.

Ayant, comme je l’ai toujours fait, placé le manche de mon outil dans la position verticale, il se trouva que l’extrémité inférieure fut malencontreusement appuyée sur une motte de terre.

Et en manœuvrant la pierre, la motte céda, et la faux en tombant me fit une énorme entaille au dessus de l’index de la main droite.

Cette entaille m’a souvent servi pour vérifier certaines dimensions car elle est exactement à dix centimètres du bout du doigt.

 

La blessure étant trop importante pour continuer à travailler, je n’eus plus qu’à retourner en gare pour rejoindre Lastic.

 

A cette occasion je dus changer de train

À Clermont-Ferrand, et par erreur, je pris un express qui, ne s’arrêtant pas à Bourg-Lastic, me transporta jusqu’à Eygurande (Corrèze).

Je n’eus, heureusement pas à attendre trop longtemps pour qu’un autre train me ramène à ma gare de destination.

Restaient les quinze kilomètres à faire à pied pour regagner Lastic.

M’étant fait porter malade le lendemain, visite au médecin major, et exempt de service pendant huit ou dix jours.

Nous redéménagions peu après pour les casernes, genre Bosmont, c'est-à-dire bâtiments sans étape, situés en pleine brousse à un ou deux kilomètres du village.

 

C’est là que j’ai retrouvé, dans ma compagnie, le Caporal Henri Grillon, frère d’Emile notre voisin de Bourogne et gendre de Polycarpe.

Au cours des exercices, qui ne pouvaient avoir lieu que dans les bois ou les genêts, nous ramassions des champignons que nous placions dans nos cartouchières.

Le soir, nous allions les faire cuire à la cantine en y mélangeant un ou deux œufs. Chaque fois que la cueillette en valait la peine nous passions ainsi tous les deux une soirée agréable en jouant aux cartes et en parlant de Bourogne.

 

C’est dans ces casernes qu’ont eu lieu les examens des élèves caporaux, d’où je suis sorti premier le premier octobre 1916. Cet examen mettait fin à notre instruction militaire et le huit octobre nous partions pour Montluçon.

 

Les casernes étaient du genre Béchaud de Belfort. Pour atteindre notre chambre, il fallait monter quatre fois dix-huit marches.

La vie nous a été rendue facile pendant les quinze à vingt jours passés à cette altitude d’où on pouvait admirer la ville par la fenêtre.

Pendant ce temps, nous avons été habillés à neuf des pieds à la tête, y compris le linge de corps avec toute pièce en double.

Il faut dire que jusque là, nous avions la culotte rouge, et la veste et capot bleus foncés.

Nous étions désormais en bleu horizon avec les écussons du trente-huitième régiment d’infanterie de Saint-Etienne. Il y avait bien quelques kilomètres de marche à faire l’après-midi, mais c’était plutôt une promenade pour nous occuper, ainsi que pour nous « tenir en mains »

 

Le douze octobre 1916, le lieutenant Sénelonge a gravi les soixante-douze marches pour venir dans ma chambre me présenter ses compliments en m’annonçant ma nomination de soldat de première classe.

En se retirant, l’officier ajouta: vous ferez coudre vos galons, comme si, d’après lui, j’étais déjà quelqu’un.

Quelques jours après la direction du théâtre de Monluçon nous invitait pour une séance préparée et exécutée spécialement pour nous. La pièce ma foi n’était pas si mal et on sentait là un geste de reconnaissance envers ceux qui allaient partir défendre un petit coin de cette France , en ce temps là si réduite et si menacée.

 

J’allais oublié de dire que tout mon séjour à Montluçon s’est passé en compagnie de deux amis : Joseph Jacques de Saint-Dizier et Paul Maigrat de Croix.

 

Ces deux villages très prés l’un de l’autre sont à une douzaine de kilomètres de Bourogne.

Nous avons fait faire à Montluçon une photo que j’ai encore où nous sommes tous les trois. Nous allions quelquefois pendant les après-midi libres, glaner du raisin après la récolte. Il y a toujours des grappes oubliées par les vendangeurs.

Il nous est arrivé aussi d’aller en marauder avant la récolte, mais n’étant pas le plus hardi, mon rôle se limitait toujours à faire le guet.

 Rouen, octobre 1916-août 1917, caporal instructeur, stage de mitrailleur.

 Enfin vers le vingt-cinq, toujours de ce mois d’octobre, nous reprenions le train sans savoir où nous allions, mais sans aucun doute ça devenait sérieux.

Combien de temps a duré ce voyage, je n’en sais rien, mais il a été très long car le train roulait lentement.

Nous avons évité Paris mais nous avons pu voir de loin la Tour Eiffel en passant.

Parmi les villes traversées, je n’ai retenu que Rouen.

Notre terminus était Vieux-Rouen, et de là, il nous restait cinq à six kilomètres à faire à pied pour arriver à Richemont.

 

Ce village est de moyenne importance mais assez allongé, presque toutes les maisons étaient alignées de chaque côté de la route.

La pierre doit y être rare car tous les murs étaient en torchis.

Nous nous sommes installés dans un grenier où les paillasses étaient assez proprement alignées. J’étais toujours chef d’escouade et nous étions là une bonne quinzaine.

 

Deux jours après, c’était la Toussaint ; ce jour-là, le lieutenant Sénelonge est venu m’annoncer ma nomination au grade de caporal.

Après les compliments d’usage, « vous ferez coudre vos galons ».

 

Nous faisions partie jusque là de la trente-quatrième compagnie, mais avec mon nouveau grade j’ai dû changer après deux ou trois jours, je devins instructeur des C.O.A (compagnie ouvriers d’administration) trente-troisième compagnie.

 

J’avais dix-neuf ans et ces hommes là en avaient en moyenne treize de plus, ils étaient tous boulangers et presque tous caporaux mais n’avaient aucune instruction militaire.

Ils avaient fait le pain pour l’armée depuis  1914 et ont été relevé à ce moment là. Il fallait donc leur faire faire les mêmes grimaces qu’à de tout jeunes soldats mais étant très à hauteur, c’était presque un amusement pour moi.

Je ne devais cependant pas trop les ennuyer car ils m’ont plutôt regretté quand je les ai quittés quelques semaines après.

 

Je quittais la trente-troisième compagnie pour entrer dans la trente-cinquième mais toujours à Richemont.

Je retrouvais là des jeunes de ma classe, pour la plupart de la région de Saint-Etienne, dépôt de notre trente-huitième régiment d’infanterie. Notre commandant de compagnie était le lieutenant Valdenaire.

 

Nous étions en décembre.

La maison où je devais abriter deux escouades, ou une demi-section

Dont le plus gros se trouvait dans une chambre assez vaste pour être relativement à l’aise. En ce qui me concerne, j’ai eu la chance d’avoir une place dans une chambre à trois lits que je partageais avec un « première classe » Max Geutal de la même promotion que moi dont la présence me plaisait beaucoup, et le caporal Ramousse, instituteur belge, âgé d’une quarantaine d’années surnommé Ratichon par les hommes pour sa sévérité.

J’étais très heureux de cette petite pièce où nous passions de bons moments en dehors des heures de service. Nous n’avons même jamais pensé que pour être bien dans cette pièce elle devait être chauffée.

Nous n’avions pas froid.

 

Les jours succédant aux jours, nous sommes arrivés au premier janvier 1917. et ce jour étant marqué pour tous les soldats de la France par la distribution d’une bouteille de champagne pour quatre et certains desserts supplémentaires, c’était vraiment  la fête.

 

Le soir de ce même jour, assis chacun sur mon lit, nous nous amusions à des jeux plus ou moins réguliers, par exemple remplacer la balle d’une cartouche par une boulette de papier et tirer contre un mur.

Et l’empreinte laissée sur ce mur me semblant trop légère, j’ai eu l’idée diabolique d’utiliser pour ce jeu du papier d’étain qui entourait le bouchon de champagne.

Et c’est moi-même qui ai tiré avec mon fusil ; résultat : je n’avais pas pensé que les murs étaient en torchis, et la balle d’étain avait traversé.

Sachant que l’autre face du mur donnait dans une grange où cantonnait l’autre moitié de notre section, nous nous y sommes précipités, il n’y avait heureusement personne et nous fûmes quittes pour la peur.

 

Les deux caporaux de cette autre demi-section, Mougin et Morigaud (tous deux instituteurs) étaient de ma classe et de ma promotion (quatre caporaux nommés sur tout le peloton)

Ils étaient très sympathiques et venaient souvent nous tenir compagnie le Dimanche,notre logement étant le plus agréable.

 

Les jours étaient occupés ainsi :

Tous les matins, comme dans toutes les compagnies, exercices dans les prés autour du village.

Ecole du soldat,école de section, gymnastique, etc….

L’après-midi,tir une fois par semaine,marche avec armes et bagages (environ trente kilomètres)

Les autres jours,école de compagnie et autres manoeuvres. Une fois par semaine, exercice de nuit.

On appelait d’ailleurs ce genre de formations les bataillons d’instruction.

 

Le 31 janvier 1917, je partais en permission pour Bourogne et revenais le 8 février.

 

A mon retour,la vie était toujours la même jusqu’au cinq mars,date à laquelle j’ai été désigné pour faire un stage de fusil-mitrailleur qui devait durer jusqu’au quatorze,soit neuf jours.

 

Ce fut la première fois de ma vie que je voyais de la vraie mécanique et je m’y intéressai d’autant plus. Aussi,je m’en suis sorti avec la mention TB.

 

Pendant ce temps, Mon ami Gueutal faisait un stage de signalisation et le noir dans notre chambre,nous faisions du morse et je progressais en même temps que lui dans cette voie.

 

Du 31 mai au 8 juin 1917

Permission à Bourogne.

 

Du 28 juin au 18 juillet, j’ai fait un stage de mitrailleur d’où je suis sorti avec la mention « Très apte »

Il s’agissait d’étudier et d’apprendre à utiliser la « Maxim », mitrailleuse allemande très robuste et les deux françaises « Hotchkiss » et « Saint–Etienne ».Tous ces cours étaient donnés par des gradés dans une cour de ferme à Richemont.

 

Peu après, je devais déménager à nouveau pour me retrouver dans une écurie presque en face,chez Mademoiselle Fournier,une grosse personne d’une quarantaine d’années qui avait le plus parfait accent normand (y veutte bien mais y peutte pas)

 

Au quatorze juillet nous avions droit comme au jour de l’An à une bouteille de Champagne pour quatre et une fête était organisée. Une sorte d’arc de triomphe a été dressé à l’entrée du verger par laquelle j’avais accès à mon écurie et mes hommes à leur grange (porte avant).

Une scène avait été installée dans ce verger et tous les amateurs ont pu chanter la leur.

Mademoiselle Fournier avait, pour compléter le spectacle, prêté son phono très puissant, mais dont certaines paroles n’étaient acceptables que pour des militaires.

Le lendemain étant un dimanche,j’ai pu dessiner tant bien que mal l’arc de triomphe et ce dessin est encore dans mes archives.

 

Du 23 juillet au 6 août 1917, j’ai accompli un stage de mitrailleur au centre d’instruction de Blangy/S/Bresle,Chef –lieu de canton de l’arrondissement de Neufchâtel (Seine Maritime)

J’ai obtenu la mention « Bien »

 

De retour à Richemont, j’ai obtenu une nouvelle permission du douze au vingt août.

Départ aux armées, 25 août 1917, de Rouen aux tranchées de l’Yser

Le vingt-cinq août 1917, on nous rassemblait, une quarantaine environ, sur le bord de la route, près de l’église.

C’était pour le départ aux armées et nous avions droit aux adieux du commandant de compagnie (Lieutenant Valdenaire) qui nous encourage de ses vœux.

 

Nous voilà repartis en gare de Vieux-Rouen en prenant la direction du Nord.

 

Je n’ai plus aucun souvenir de l’itinéraire parcouru pas plus que de la gare d’arrivée, mais nous avions à faire ensuite une marche à pied qui m’a paru très longue.

Il  se trouvait deux sergents parmi nous, et il me semble qu’au moins l’un d’eux connaissait notre destination et par conséquent nous guidait.

Personnellement, j’étais exempt de tout souci.

 

Enfin nous arrivions dans une grange qui abritait une section du quarante-troisième régiment d’infanterie dont nous faisions partie désormais.

Le régiment était au repos.

Nous nous trouvions très probablement au nord de Dunkerque, en tout cas dans une région où de nombreux moulins à vent tournaient et nous avons pu en visiter plusieurs avec beaucoup d’intérêt.

 

Le dix septembre, le repos terminé, nous nous remettions en marche.

Le canon tonnait de plus en plus près et nous nous arrêtions sur les bords de l’Yser en Belgique. C’est dans ces  tranchées boueuses que j’ai vécu le treize, mon vingtième anniversaire.

C’est aussi là que peu avant avait été tué mon ami Henri Grillon.

Ce n’était pas la première ligne mais le terrain était labouré par les obus à une grande profondeur.

Je devais avec mon escouade, assurer une sentinelle en permanence sur le pont J.I qui était construit en bois et sur lequel les voitures hippomobiles traversaient l’Yser pour assurer le ravitaillement en vivres et en munitions.

Il y avait avec moi un gendarme.

Je n’ai jamais su si son grade était plus élevé ou moins élevé que le mien.

 

Toujours est il  qu’il ne commandait pas même, il ne disait rien.

Quand un obus arrivait, il fallait le voir courir dans un abri en béton qui se trouvait à quelques mètres, alors que nous, tous plus jeunes nous moquions de lui.

 

Le secteur faisait naturellement partie du front ; donc nous avions droit à un quart d’eau de vie tous les matins. Et tous les matins, je devais me bagarrer avec mes hommes pour que le gendarme ait sa part.

Chaque fois on me répondait « il n’en a pas besoin »

Un dicton disait d’ailleurs à l’époque :

« Le front commence où s’arrête le gendarme »

Le front commençait bien là et je me suis toujours demandé ce que celui là pouvait bien faire avec nous.

Le pont J.I se trouvait à une cinquantaine de mètres de notre point d’attache.

 

 

Il m’arrivait de penser à mon ami très regretté; Aspirant Louis Rosselot ,tué quelques mois auparavant dans un autre secteur et dans des conditions affreuses puisqu’on  n’a pas pu le retrouver pour le ramener à Bourogne.

 

Il m’avait dit, lors d’une permission

Que quand son secteur était particulièrement mauvais, il allait dans la nuit, tenir compagnie pendant  quelques instants à une sentinelle, qui sentait son moral subitement remonter par la présence de son chef de  section.

 

        C’est ainsi que j’allais quelquefois la nuit, accompagner l’homme qui devait remplacer  la sentinelle à l’entrée du pont.

Et comme le faisait mon ami, je passais un moment avec lui à regarder le ciel, éclairé par les lueurs des canons d’en face, avant de rejoindre mon groupe.

Il est vrai qu’on ne pouvait dormir que par terre au fond de la tranchée, ou sous terre dans une sorte d’abri sans charpente qu’un obus pouvait écraser en nous enterrant tous.

 

         Le vingt-cinq septembre 1917, nous étions relevés et partions pour Dunkerque.

Le vingt-six, nous étions au fort des Dunes où c’était le repos presque complet jusqu’au douze octobre

Nous couchions dans des lits superposés.

Parterre pavé, plafond voûté en pierre nue.

 

Pendant cette période, j’ai dû aller en équipe à Dunkerque en pleine ville, où je me suis vu désigner comme chef de chantier pour la construction d’un abri en béton contre les bombardements.

J’ai donc dirigé ces travaux pendant une journée seulement, et n’ai jamais su qui les avait terminés.

 

         Du 15 au 30 octobre, je faisais un nouveau stage de fusil-mitrailleur, mais cette fois sur la côte de la Manche au cap Gris-nez.

Nous étions logés dans une grange, et pendant toute la nuit nous étions bercés par le bruit des vagues, ce que je trouvais très agréable.

Le matin, nous allions nous laver dans la mer.

La plage était très belle et il fallait courir quand la marée nous poursuivait, la pente étant presque nulle.

Au cours de nos déplacement, nous pouvions voir le monument élevé à l’endroit précis d’où Louis Blériot s’envola pour la première traversée de la Manche et atterrit en Angleterre.

 

          Le premier novembre, nous repartions sur le front belge dans ce qui fut une immense forêt, dont aucun arbre n’avait résisté aux obus.

Le terrain était labouré si profondément qu’on ne pouvait marcher sur ce que nous appelions des caliboutis, espèces d’échelles dont les lattes sont très rapprochées , et celui qui posait un pied à côté risquait fort d’avoir besoin qu’on l’aide à se retirer, tant la terre était détrempée.

 

C’est ainsi que M. Marconnot, qui entre les deux grandes guerres, a été longtemps voisin de ma mère à Bourogne, avait un jour passé à côté de la piste étant seul.

Il a attendu des heures avant que quelqu’un passe pour le retirer de cette sorte de vase.

Et les hommes ont dû tirer si fort qu’il est devenu un grand mutilé par suite des vertèbres qui se sont déboîtées sous l’effort.

 

Nous avions une trentaine de kilomètres à faire la nuit avec tout le chargement pour arriver bien fatigué en face de nos ennemis dans des tranchées boueuses.

La relève se faisait en silence, car on pouvait nous entendre d’en face. Ceux que nous remplacions étaient heureux de nous quitter.

C’est là que dans ces conditions j’ai passé la Toussaint 1917.

 

Il n’était pas question de dormir dans la boue la pluie tombait sans cesse. Le fusil était chargé et il fallait même le protéger car la moindre éclaboussure pouvait en retarder l’emploi qui pouvait à chaque instant devenir pressant.

Le moral était bas, et je me demandais combien de temps il nous serait possible de vivre sous la pluie dans cet affreux bourbier. Ce fut cependant un vrai miracle pour moi de voir une formation nous relever après quarante-huit heures.

 

            Nous n’allions pas bien loin, à quelques centaines de mètres en arrière. La terre était également transformée en bourbier, chaque mètre carré ayant reçu plusieurs obus, et cela sur des centaines d’hectares.

Nous avions cependant à notre disposition un abri en béton. C’est là que mon casque a été bosselé par un éclat d’obus, mais sans être sur ma tête.

Je l’avais laissé dehors en entrant dans l’abri. C’est aussi là que l’homme de corvée chargé d’aller chercher le ravitaillement aux cuisines restées loin à l’arrière, a été victime d’une aventure.

Nos pistes étant souvent bombardées, il est tombé en renversant ses marmites de haricots qu’il a ramassés avec ses mains. Mais nous n’étions pas difficiles.

Personnellement, j’ai cru mordre sur un morceau de viande, mais c’est au goût que je me suis aperçu que c’était de la terre à tuiles.

 

         Quelques jours encore et nous repartions vers l’arrière, je me trouvai cette fois dans la même tranchée que les fantassins anglais, et au point précis où se rejoignaient chacun des secteurs respectifs des armées Anglaises et Françaises.

La nuit n’était pas belle et la pluie était froide.

 

Dans la soirée pour comble de malheur, nous fûmes bombardés par nos canons de 75 dont les obus éclataient à quelques mètres derrière nous.

Nous n’avions même pas une fusée à lancer pour leur signaler d’allonger leur tir.

Le matin après une longue nuit passée dans la boue, un anglais arrivait, portant comme havresac une énorme gourde en cuir contenant du thé bien chaud mélangé de rhum.

 

Je regardais chacun des anglais boire au goulot. J’ai juste compris le mot « French » prononcé par l’un d’eux quand on m’a tendu la gourde.

J’avais l’impression qu’ils me sauvaient la vie tant j’étais gelé.

Aussi, je les ai remerciés de mon mieux.

Le lendemain soir, ma compagnie se repliait, mais personne, à ma connaissance, ne s’inquiéta sur mon sort avec mon escouade.

On admettait simplement que les obus de 75 avaient pu tomber sur nous.

Après avoir cherché une partie de la nuit, j’ai retrouvé ma section dans un abri un peu en arrière et nous avons bien dormi jusqu’à une heure bien avancée de la matinée.

 

Deux ou trois jours de repos à proximité du front, et nous repartions, sans pouvoir dire où, puisque aucun arbre, ni même un morceau de bois, n’avaient résisté au massacre de cette immense forêt. Arrivés à destination, nous étions à une trentaine de mètres d’une tranchée ennemie.

Nous étions deux caporaux avec une demi-section (25 hommes environ). Nous disposions d’un abri couvert de bois et de terre à une épaisseur suffisant pour résister à un vent moyen.

Devant notre abri, et à quelques mètres, du côté face aux allemands, une tranchée était gardée par deux de nos hommes.

Une fois la nuit passée, nous décidions de mettre en commun la ration de chocolat qui faisait partie des vivres de réserve.

Et dans une bassine remplie d’eau, le tout allait cuire grâce à l’alcool solidifié auquel nous avions également droit sur le front.

 

Chaque fois que nous descendions au repos, il y avait revue des vivres de réserve et le chocolat manquait toujours. Il avait « fondu » et on nous le remplaçait pour remonter.

Cette fois-ci donc, quand notre tambouille fut cuite bien à point, nous avons appelé les deux sentinelles et chacun,  armé de son quart commencé à déguster ce breuvage aussi réchauffant que réconfortant.

 

Tout à coup, mon ami le caporal pousse une exclamation inhabituelle : oh, dis !....

Il regardait entre les deux chênes qui faisaient partie de notre plafond et se trouvait en face d’un allemand à moins d’un mètre de distance.

Celui-ci semblait s’intéresser à ce que nous pouvions faire là-dedans. Aussitôt, chacun a sauté sur son fusil et en un clin d’œil tout le monde était dehors.

Nous avons tout juste eu le temps de voir deux hommes rejoindre leur tranchée au pas de course. Toujours est-il que s’ils avaient eu quelques grenades à nous envoyer, nous étions négociés comme des lapins.

D’autre part, ils auraient eu beau jeu, même sans venir jusqu’à nous, de partir avec les fusils de nos sentinelles laissés sur place. Cette imprudence, dont les conséquences auraient pu être dramatiques, pourrait s’ajouter aux nombreuses erreurs, le plus souvent inévitables, qui ont toujours eu lieu, au cours de toutes les guerres.

 

Le soir de la relève, qui se passait toujours dans la nuit noire, nous suivions d’assez loin le gros de la compagnie, et c’est plus au son qu’à la vue que nous pouvions nous orienter.

Et les pistes comme d’ailleurs toutes les routes aboutissaient quelques fois à des carrefours.

Et c’est ainsi qu’à l’un deux nous avions pris la mauvaise direction. Ce n’est que le lendemain au jour, qu’après avoir circulé toute la nuit, nous avons retrouvé les camarades dans un bien triste abri.

De là, nous devions nous éloigner du front, et la division entière se rassemblait un jour en colonnes de compagnies dans une immense prairie du département du nord.

 

 Nous formions la cent-soixante-deuxième division sous les ordres du général Messimi, ancien ministre de la guerre.

Il était au centre de ce grand rassemblement pour nous remettre officiellement la fourragère et prononça, à cette occasion, un discours qui débuta en ces termes !

 

«  Comme je vous l’ai déjà dit, je ne suis pas un bourreur de crâne pour employer l’expression populaire, mais nous allons voir une fois pour toutes, si un peuple libre doit vivre en liberté ou s’il doit être placé sous la domination d’un peuple d’esclaves. Vous savez comme moi que nous sommes une génération de sacrifiés ».

Et  plus loin, il poursuivait :

« Je suis fier de commander à des troupes aussi vaillantes que celles de la cent-soixante-deuxième etc..etc.. »

 

Comme à cette époque, on ne connaissait pas le micro, il devait parler très fort pour être entendu, car entre quatre régiments, nous couvrions une très grande surface.

 

Enfin, la journée terminée, nous repartions de là, chacun sa fourragère couleur croix de guerre à l’épaule.

Nous étions logés dans des fermes par groupes de vingt à cinquante suivant l’importance des bâtiments.

 

Les jours suivants, en vue d’un repos plus prolongé, nous prenions la route nationale numéro un, en direction de Paris, à pied.

Cette route était entièrement pavée donc assez dure pour la marche mais nous n’avions que le fusil à porter.

Les sacs étaient dans des camions qui suivaient ou précédaient le mouvement.

Les étapes étaient d’environ trente kilomètres chaque jour.

 

Après deux ou trois jours, le trente novembre 1917, je laissais la colonne continuer la marche sans moi, et partais en permission à Bourogne jusqu’au huit décembre.

 

La permission terminée, j’ai dû rejoindre ma section juste pour arriver à sa destination à Saint-Ouen. Nous nous plaisions bien dans cette petite ville où les habitants étaient très gentils.

Nous étions certainement les premiers à cantonner chez eux depuis le commencement de la guerre. Je logeais avec mon escouade dans une remise.

 

Il y avait presque en face un café luxueux. Une jeune fille, plutôt jolie nous jouait des danses sur son piano, et chacun pouvait danser avec ses gros godillots sur un parquet miroitant. Pendant une quinzaine, nous y passions les soirées en assez grand nombre.

 

Pour la nuit, ces braves gens nous avaient cédé une chambre avec un grand lit, où je couchais avec mon ami le caporal, toujours le même dont j’ai oublié le nom.

Pour ne pas dire que c’était gratuit, on nous demandait un franc par nuit, soit cinquante centimes chacun.

 

Le dimanche seize décembre 1917, on nous emmenait à la gare pour nous embarquer dans le train à destination de Paris.

 

Le général Messimi nous offrait au casino une pièce de théâtre dont le titre était : « l’Homme à la clef ». Et la principale actrice s’appelait Pervenche. C’était bien la première fois que je voyais une pièce de théâtre à Paris, et il en était certainement de même pour la plupart d’entre nous.

 

Le dimanche vingt-trois décembre, j’obtenais, signée de la main de mon capitaine Joseph Fauvelle, commandant notre troisième compagnie, une permission de la journée pour me rendre à Montmorency. Cette permission est encore dans mes archives.

 

Le lendemain, c’était la veille de Noël, le vingt-quatre décembre, un lundi.

Le soir, nous étions, comme d’habitude, une dizaine dans la salle de café et l’heure de la fermeture approchait quand un homme entra.

Il était le sergent-fourrier de la compagnie.

Tout le monde fit silence pour écouter la nouvelle qu’il apportait :

« Le régiment part en ligne demain matin »

Puis, s’adressant à moi :

« Ben mon vieux tu as une sacrée vaine. Tu pars demain pour le C.I.D. alors que nous partons pour le front »

 

  Le C.I.D. désignait le centre d’instruction divisionnaire situé  à Chéry-Chartreuve près de Fismes (Marne)

1918

La formation où j’étais envoyé s’appelait le peloton de robusticité dont le but était de rendre plus robustes ceux qui en avaient besoin, principalement par de la gymnastique en plein air.

C’est mon classement de premier à l’examen final des élèves caporaux qui m’a valu le privilège d’être envoyé là comme instructeur au lieu de passer l’hiver aux tranchées.

J’étais parfaitement dans mon élément en commandant la gymnastique et tout allait le mieux possible. Nous étions logés dans des baraques en planches et il y avait là, mais pas dans ma section, un nommé Carpentier, dont je suis à peu près sûr qu’il était le futur champion de boxe.

Il avait comme entraîneur un lieutenant, et il m’arrivait de les voir en passant se donnant des coups de poing (chacun à soi-même), sous le menton, puis sur les joues, à cadence excessivement rapide.

Ce genre de sport m’ayant toujours laissé indifférent, je ne m’intéressai pas au but des activités de ce Carpentier. Mais il était pris très au sérieux et avait même droit à un régime particulier où prédominait le bifteck.

 

               Et l’hiver se passait, tant bien que mal, avec un programme pas tellement chargé.

Il m’est arrivé, un après-midi bien ensoleillé, d être envoyé avec quatre hommes sur un terrain d’aviation, ou plutôt dans les hangars, à quelques de Chéry-Chartreuve, pour ramener des sacs  à terre devant servir une fois remplis, à faire des murs de protection.

C’est là que j’ai assisté au départ d’un avion monoplace qui s’envolait pour le front. Le moteur se mettait en marche en faisant tourner l’hélice à la main. Le pilote le laissait tourner deux ou trois minutes, puis accélérait pendant que deux hommes retenaient l’avion par l’arrière.

Quand le régime lui semblait satisfaisant, l’aviateur faisait un signe accompagné d’un cri, et les hommes libéraient l’appareil qui quittait le sol une centaines de mètres plus loin.

 

               Le samedi vingt-trois mars 1918, je partais en permission pour Bourogne.

Ce même Samedi à sept heures vingt, le premier obus tiré par la « Grosse Bertha » tombait sur Paris. D’autres devaient le suivre de quart heure en quart heure jusqu’à 14 heures 45.

La distance parcourue par ces projectiles était de cent vingt kilomètres. Cet évènement a fait sensation, étant absolument imprévisible, et même incroyable pour certains. Il a fait des dégâts, c’est sûr, mais l’effet produit sur le moral a été beaucoup plus important.

Pendant ce temps, les Allemands profitant du fait que Paris semblait être à leur portée, ont attaqué le secteur de la Somme tenu par les Anglais qui leur ont cédé du terrain.

C’est précisément ma division qui a dû, en mon absence, contre-attaquer pour reprendre ce que nos alliés avaient perdu.

 

                   Ma permission terminée, le Jeudi quatre avril, je suis arrivé, comme tous les permissionnaires, à une gare régulatrice qui pouvait être Creil, Villers-Cotterêts, ou Crépy-en-Valois.

                  Tout le monde savait à l’époque, que l’adresse des militaires aux armées était exprimée en numéros de secteurs sans aucun nom de localité. L’emplacement des secteurs variait inévitablement suivant que les armées du front avançaient ou reculaient. Et pour éviter que les ennemis connaissent les régiments qu’ils avaient en face d’eux, seuls les services des postes connaissaient l’emplacement respectif que chaque permissionnaire devait rejoindre.

C’est ce qui justifiait l’existence de la gare régulatrice qui était là pour dire à chaque permissionnaire l’heure du train qu’il devait prendre et le numéro du quai où il devait l’attendre.

 

Mais les nombreuses attaques allemandes de fin mars et début avril 1918  eurent pour conséquence de nombreux déplacements de secteur. Aussi, nous arrivions nombreux à cette gare où les autorités attendaient des ordres pour savoir où nous diriger. Pour nous occuper, on nous a rassemblés et conduits dans une immense carrière dont l’entrée ressemblait à un arc de triomphe d’au moins six mètres de largeur et portait cette inscription « Grandes carrières de «  Montaiguyon »

 

C’est probablement de là que devaient sortir les pavés dont les grandes routes étaient construites, comme celle de Dunkerques à Paris.

On ne voyait dans cette carrière que de gros tas de pavés taillés en forme sensiblement cubique, prêts à être utilisés.

La pierre était bleuâtre et de très bonne qualité.

   Il s’agissait pour nous de déplacer certains de ces tas de pavés en faisant la chaîne, mais entre les caporaux, nous avons formé une bande à part en remarquant que ce travail ne pouvait être qu’un passe-temps.

Théoriquement, nous n’avions qu’à surveiller.

Cette situation n’a duré qu’une journée. 

Le lendemain, j’étais envoyé dans la Somme.

 Secteur de Montdidier,  avril 1918

J’ai retrouvé ma compagnie dans un village évacué depuis peu par les habitants qui avaient laissé leurs maisons meublées avec le linge et la vaisselle.

Mon escouade et moi, nous couchions dans une cave taillée dans la craie à une dizaine de mètres de profondeur. A un étage plus bas, toujours dans la craie, il y avait une autre cave qui abritait une rangée de foudres où nous pouvions boire et remplir nos bidons autant qu’il nous plaisait.

Nous pouvions nous reposer pendant la journée, mais la nuit, nous devions aller creuser des tranchées à quelques kilomètres de nos cantonnements.

Au cours de ces travaux, il nous est arrivé une fois d’être chassés des lieux par un tir d’obus.

Nous prenions nos repas dans la maison des propriétaires de la cave où nous pouvions disposer de tout ce que ces derniers avaient abandonné.

 

                  Le dimanche quatorze avril nous allions en première ligne, occuper d’autres tranchées faisant face à Montdidier. En quittant notre maison, certains de mes hommes ont pris dans les armoires de beaux draps soigneusement rangés pour les étaler dans la boue des tranchées, afin d’avoir les pieds plus au sec.

Un jour, un avion allemand qui nous survolait a eu une aile brisée par  la D.C.A. et l’aile qui lui restait le fit descendre en vrille à peu de distance de notre tranchée.

 

Peu après, un autre avion touché a pris feu, et les deux occupants ont dû sauter sans parachute (ils n’existaient pas). Ne voulant rien perdre de ce spectacle, tout le monde regardait d’un air satisfait dépassant imprudemment la tranchée qui nous protégeait.

Le résultat ne s’est pas fait attendre.

Les obus arrivant par salves, nous ne faisions que changer de place pour ne pas être engloutis par la terre qui remblayait la tranchée.

 

Et celle-ci se comblant de plus en plus, il fallait marcher à quatre pattes pour ne pas être vus. C’est de cette tranchée que nous avons vu brûler la ville de Montdidier pendant toute une nuit.

 

Enfin le dimanche cinq mai 1918, nous étions relevés et nous partions pour Saint-Just-en –Chaussée (Oise), localité située à vingt km. de Montdidier et à soixante km. de Paris.

Nous étions logés dans des maisons que les locataires avaient abandonnées en bordure de la route principale.

 

Le matin nous faisions du sport ( foot-ball  et autres)

Il m’est arrivé d’envoyer le ballon dans un carreau alors que nous étions rassemblés le long de la grande route, attendant le départ pour le terrain à l’extérieur de la ville.

Le carreau s’est cassé mais les gens devaient être encore couchés car personne ne s’est montré pour protester.

 

C’est sur le terrain de sport de Saint-Just-en-Chaussée qu’au concours de saut en longueur j’ai été deuxième du bataillon, gagnant ainsi cinq francs de ce temps-là. Sélectionné pour le concours du régiment qui a eu lieu le dimanche dix-neuf mai en présence de la population de la ville, j’ai manqué mes trois essais.

 

Tous les soirs il y avait du théâtre gratuit organisé par l’armée avec les moyens du bord.

Les artistes étaient des militaires, mais à en juger par la qualité du spectacle, il y avait certainement des professionnels parmi eux.

 

Pendant ce temps, on entendait dire par ci et par là, que le front s’approchait de nous. La confirmation de ces bruits nous fut d’ailleurs donnée par l’arrivée de quelques obus de 155.

Ils n’ont fait, je crois, qu’une seule victime, mais c’était d’autant plus regrettable qu’il s’agissait d’un enfant de huit ans. Je suis allé voir ce malheureux innocent dans un sous-sol voisin de mon point d’attache. Il était là bien seul, étendu sur une couchette, et on ne savait ni qui, ni où étaient ses parents.

Le père pouvait être très bien quelque part au front.

 

Suite des mémoires

 

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