Carnet de René Morin

39ème d’Infanterie, 2ème compagnie

Prisonnier de guerre n° 230-901 Jametz Brandeville

 

 

Retour accueil

 

 

 

 

Le carnet en lui-même comporte visiblement deux parties : les deux ont été écrites après juin 1916, ce qui revient à dire que la première partie est une liste de dates et de lieux, très factuelle.

 

La deuxième, écrite "à chaud" est le récit détaillé de ces deux années de captivité en Prusse Orientale (il y travailla dans les fermes, ce qui, pour un jeune homme élevé en ville, a été une nouveauté)

 

Mais encore plus émouvants sont les courriers, dont le plus vieux traitant de cette période est de sa grand-mère, qui écrit le 23 janvier 1909 à René, alors employé à Paris :

" (...) et toi, d'écrire un peu cela te maintiendra à l'habitude d'écrire et tu ne perdras pas la main ni l'habitude d'écrire des mots (lui qui pendant 2 ans noircira les pages de son carnet)" et " Hier le journal nous donnait la liste des conscrits d'Evreux, on ne t'a pas oublié, sois tranquille. Mon René, pense donc que maintenant te voilà un homme, quand on arrive à être conscrit c'est là qu'on doit s'appliquer à être un homme dans la force du mot."

 

Merci à Sophie, sa petite-fille

 

 

 

Sommaire :

Carnet de René Morin

LES TRANCHÉES

---1914---

---1915---

---1916---

LA CAPTIVITÉ

---1917---

---1918---

Les courriers de 1914

Les courriers de 1915

Les courriers de 1916

Les courriers de 1917

Les courriers de 1918

 

 

 

 

LES TRANCHÉES

---1914---

 

Août

2 août 1914 : Déclaration de guerre officielle à 4 heures du soir samedi 2 août

Mobilisation générale le 3 août (cafard)

4 août : Départ 6h30 pour Dieppe : Papa me mène au train (Rouen)

Du 4 au 9 resté à Dieppe. Départ de Dieppe le 9 à 8 heures pour le dépôt de Rouen. Resté à Rouen du 9 août au 28 (S.S.) 28ème compagnie de dépôt, Capitaine Dubois

Le 28 août : Départ pour le front

Départ du Bataillon de Marche à 17 heures de la Caserne Hatry, arrivée à la gare d’Orléans (rive gauche) à 17 heures. Conduit au train par la môme S…

Départ de Rouen vers 18 heures

Le 29 août, arrivée du Bataillon de Marche à Dercy. Mortiers. (Laon)

Septembre

Retraite de la Marne jusqu’au 5 septembre (sans pain ni repos). Je retrouve Queval à Landifay.

Le 6 : Bataille d’Escardes Esternay (Marne)

Le 7 - 8 : Marche en avant.

9 : Bataille de Montmirail

Le 10-11 : Marche en avant

12 : Bataille du Tillois près Gueux. Marcel Queval blessé au bras d’une balle

13 : Marche en avant

14 : Arrivée à Saint-Thierry. Tranchées

15 au 20 octobre : Tranchées devant Saint-Thierry.

Repos Saint-Thierry. Merfy. (gare) Chenay

Rentré à la liaison du 1er Bataillon Commandant Dicharry le 18 septembre.

Combat de nuit à Courcy la nuit du 17 au 18 septembre

Liaison (formée le 1er janvier 15) Letort André, Queval Marcel, Beaudouin Emile, Delhal Henri, René Morin, Adjudant Ottenwalter Charles, Papoin René

Octobre

20 au 31 octobre 1914 : Repos à Gueux et Courlandon, déplacement du régiment

31 au soir, départ pour les tranchées devant Hermonville

Novembre

Du 1er novembre au 5 : Prise des tranchées à la ferme du Luxembourg (route 44) à côté du cimetière militaire (cafard)

Du 5 au 9 : Repos à Hermonville. Cantonnement chez M. Bouccin, place de la mairie

Du 9 au 13 : Tranchées ferme du Luxembourg

Du 13 au 17 : Repos

Du 17 au 21 : Tranchées devant Villers Franqueux etc

Décembre

(Arrivée de Papoin en décembre)

La Noël faite dans le Redan. Ludger chante sur la tranchée le « Minuit Chrétien ». Noce

 

---1915---

 

Janvier

1er janvier 1915 : Repos à Hermonville. Départ pour les tranchées devant Villers-Franqueux jusqu’au 9.

Du 10 au 13 : Repos à Hermonville

Du 14 au 21 : Tranchées devant le Redan.

Du 22 au 25 : Repos à Hermonville

Du 23 au 2 février : Tranchées devant Villers

Février

Du 3 au 6 février : Repos à Hermonville

Du 7 au 14 : Tranchées devant le Redan

Le 15 : Repos à Hermonville

Le 16 : Attaque des bois du Luxembourg.

Le Lieutenant Ludger fait prisonnier, Carel Léon, lieutenant à la 2ème compagnie tué. Le capitaine Fruchant prisonnier, l’adjudant Burguin tué.

Rentré à Hermonville vers 20 heures

Le 17 : Repos à Hermonville

Départ pour Prouilly : reformation des bataillons (je fais la connaissance du fiancé de Germaine)

Repos du 18 au 24 au 7ème chasseur.

Départ pour les tranchées devant Villers

Le 25 et le 26 : Tranchées

Du 27 au 2 mars : Repos à Hermonville

Mars

Du 3 au 10 : Tranchées Redan.

Du 11 au 14 : Repos à Hermonville

Du 15 au 22 : Tranchées devant Villers

Du 23 au 26 : Repos à Hermonville

Du 27 au 3 avril : Tranchées devant le Redan

Avril

Du 4 au 7 : Repos Hermonville

Du 8 au 12 : Tranchées devant Villers Franqueux

Le 12 au soir : Départ pour Prouilly

Le 13 au soir : Départ pour les tranchées du Mont Doyen

Du 14 au 18 : Tranchées du Mont Doyen

Du 19 au 23 : Repos à Roucy

Du 24 au 1er mai : Repos à Romain

Mai

Du 2 au 16 : Tranchées au Choléra

Le 17 : Repos à Prouilly

Du 18 au 21 : Repos à Coulomme (château). Exécution du soldat déserteur.

Le 22 : Embarquement à Muizon

Voyage : Le 23 mai

Débarquement le 23 au soir à Ivergny

24 et 25 : Repos à Ivergny. Le soir, départ pour les tranchées devant la Targette jusqu’au 31 (cote 123)

Bombardement.

Juin

1er juin : Repos à Givenchy-le-Noble jusqu’au 4 juin. Papoin évacué.

Le 5 : Maroeuil. Réserve

Le 6 : La Targette. Réserve. Le soir, départ pour Neuville-Saint-Vaast.

Le 7 : Prise des premières lignes à Neuville.

Le 8 et le 9 juin : Attaque et prise de Neuville-Saint-Vaast (mort du camarade Emile Beaudouin).

Le 10 : Tranchées de Neuville. Le soir, relève et départ pour Sucé Saint Léger (remis nouvelle à la famille par la dame d’un chasseur habitant Évreux)

Fête du régiment.

Du 11 au 15 : Repos à Sucé Saint Léger, le soir vers 4 heures départ pour le Mont Saint Éloi. Le soir, nous couchons dans la plaine en attendant l’attaque

Le 17 : plaine devant Acq

Le soir, cantonnement à Acq

Les 18-19-20 juin : Acq

Le 20 au soir : Départ pour les tranchées devant Neuville

Les 21-22-23-24 : Tranchées Neuville, le soir, relève pour aller au repos à Flers

Le 25 : Flers

Le 26 : Départ pour Savy-Berlette

Le 27 au matin : Départ pour Guignicourt. Repos jusqu’au 7 juillet (départ des premières permissions). Le Corbeau de Guignicourt. M. De Palmart (choco)

Juillet

Le 7 : Départ pour Gouy-en-Ternois

Du 8 au 15 : Repos à Gouy-en-Ternois

Le 15 au soir : Départ pour les tranchées à gauche de Neuville, aux ouvrages blancs en première ligne

16-17-18-19-20 : 2ème ligne le soir du 20 relève pour les 1ères lignes au 5 chemins côte 109 à gauche de Neuville

21-22-23-24-25

Le 25 au soir : Relève pour Capel-Fermont. Repos.

26-27-28-29-30-31-1er août-2-3-4 : Repos à Capel-Fermont.

Le 28 juillet : Parti en permission pour la 1ère fois (6 jours)

Août

Le 4 août : Départ pour Acq

5-6-7-8-9 : Acq

Le soir du 9 : Départ pour Bray (retour de permission)

10-11-12-13-14-15 : Bray. Travaux de sapes. Arrivée du lieutenant de marine Tessier. Mort du Sergent Forget.

15 au soir : Relève pour Hermonville

16-17-18-19-20-21-22-23 : Repos à Hermonville

le 23 : Départ pour tranchées de Neuville

Du 24 août au 4 septembre : Tranchées de Neuville (parallèle 9)

Septembre

Le 4 au soir : Départ pour Mézières (Delhal brise la lampe).

Du 5 au 16 septembre : (fait la connaissance du capitaine d’E.M, ami de Monsieur Vincent).

Soir du 16 : Départ pour les tranchées de Neuville

Du 17 au 22 : Tranchées de Neuville.

Le soir du 22 : Relève pour Mézières (arrivée de Papoin).

Le 23 : Mézières (visite du Lieutenant Marcel Bobée).

Le 24 : Départ pour Izel-le-Hameau.

Le soir du 24 : Départ pour Bray (station).

25 : Départ de Bray vers midi pour l’attaque.

Couché dans la parallèle n° 1.

25 dans la nuit : Départ pour la Targette (mort du capitaine Lobies). Offensive jusqu’au 7 octobre. Barricade. Tranchées du Vert-a-Halo. Boyau des Communs.

Octobre

Le 7 relève : Départ pour Haucourt.

Du 8 au 10 : Repos à Haucourt, le soir, départ pour les tranchées devant Roclincourt.

Du 11 au 14 : Tranchées devant Roclincourt.

Le 14 au soir : Relève, départ pour Vanquetin.

Du 15 au 18 : Arrivée du Docteur Feit (Mutel décoré de la médaille militaire).

18 : Départ pour Avesnes-le-Comte (retrouve le frère de M. Hée).

Du 19 au 27 : Repos à Avesnes le Comte. Départ pour les tranchées devant Roclincourt.

Du 28 octobre au 8 novembre : Tranchées Roclincourt et réserve dans Roclincourt.

Novembre et décembre

le 8 : Relève, départ pour Barly.

Du 8 au 15 : Repos Barly (Letort parti en permission, prends sa place de cycliste)

Le 15 départ pour Beauvais.

Du 16 novembre au 16 décembre : Repos à Beauvais (logé dans le pays chez Madame Hédouin).

Du 17 au 19 : Repos Gouy-Servins

19 : Départ pour les tranchées devant Douchez (poste de commandement R.18)

Du 20 au 23

le 23 : Relève départ pour Gouy-Servins

24 et 25 décembre : Messe de minuit dans le château de Gouy. Réveillon dans la ferme.

L’adjudant, froissé, ne veut pas réveillonner avec nous (demande du bucher pour faire le réveillon. Gauvin, Papoin et moi faisons les achats).

Du 25 au 31 : Repos à Gouy-Servins.

A 16 heures, départ pour les tranchées (chemin creux, devant Douchez).

---1916---

Janvier

1er janvier 1916 au 4 : Chemin Creux.

Le 4 : Relève

Du 5 au 12 : Repos à Gouy.

Le 12 au soir : Départ aux tranchées (chemin creux devant Souchez).

Du 13 au 16 : Tranchées.

Le 16 au soir : Relève pour aller au repos à Hermin.

Du 17 au 24 : Repos Hermin

Parti en permission.

Le 24 au soir : Départ pour les tranchées.

Du 25 au 28 : Tranchées. P.C. Cobourg (Évreux) Change de ferme : on couche et mange chez le père Nicolas (Germaine).

Le 28 : Relève.

Du 29 au 5 février : Repos à Gouy-Servin.

Février

Le 5 : Départ pour les tranchées. P.C. Cobourg (retour de permission).

Du 6 au 9 : Tranchées PC de Cobourg devant Douchez. Le 9 au soir, relève pour aller au repos à Hermin.

Du 10 au 12 : Repos à Hermin. Départ pour Ablain (réserve) Notre Dame de Lorette.

Le 13 : PC Ablain Saint-Nazaire.

Du 14 au 19 : Ablain.

Le 19 au soir : Changement de PC à 20 heures pour l’éperon de Notre Dame de Lorette (photos dans la neige).

20 : PC Notre Dame.

21 : Attaque allemande (Fortin). 2ème bataillon attaqué.

Du 22 au 25 : PC de Notre Dame de Lorette

Le 25 à 19 heures : Relève pour aller en 1ère ligne par le Cabaret Rouge (PC Boisselet).

Le 28 à 20 heures : Relève pour Grand Servin (fait la route en voiture de ravitaillement avec Letort) (mal au pied).

Le 29, à 8 heures : Départ de Grand Servin pour aller à Herlin-le-Vert au repos (ferme).

Gauvin supprime sa barbe.

Bon vin blanc.

Mars

Du 1er mars au 3 : Repos à Herlin le Vert.

Le 3 : Départ d’Herlin-le-Vert dans la nuit, pour embarquement à Brias (auto anglaise). Départ 4 heures du matin.

Le 4 : Voyage en chemin de fer.

Le 5 à 5 heures du matin, débarquement à Invaux, cantonnement à Blainville (Lorraine).

Les 6 et 7 : Repos à Blainville (Capitaine Dalger logé en charmante compagnie) Départ pour Haraucourt, arrivée à 12 heures. Repos. (De Palmaert évacué. Fameuse Prunelle.

Photos du Vieux Château.

Du 8 au 11 : Repos à Haraucourt.

Le 11 : Départ pour Seichamps, arrivée à 10 heures 30. Repos.

Le 12 : Déplacement du Régiment. Départ pour Champenoux.

Arrivée à 12 heures à Champenoux (à 15 kms de Nancy). M. Lion et Mille.

Mars, avril et mai

Du 12 mars au 25 mai : (Mimi ??) Champenoux. Arnoult. (Nombreux apéritifs dans la maison)

25 mai, 19 heures 30 : Départ pour Mazerulles (adjudant part en permission).

Du 26 au 3 juin : Mazerulles. A 19 heures, départ pour Buissoncourt

(Baillart devait partir en permission, mais elles sont arrêtées).

Juin

le 4 : repos Buissoncourt

Le 5 à 3 heures du matin, départ pour Vigneulle (retour de permission de l’adjudant) Cafard

le 6 : Départ pour Blainville. Embarquement vers 1 heure à Invaux

le 7 : Voyage en chemin de fer.

Dans la nuit du 7 au 8, débarquement à Revigny. Cantonnement à Allaincelles.

Du 8 au 10 : Alliancelles. Promenade au Moulin.

Le 10 à 2 heures du matin, départ en auto. 8 heures, débarquement près de Dugny.

Cantonnement Casernes Béveaux.

Le 11 et le 12, Casernes Bévaux.

Le 12 à 18 heures : Départ pour premières lignes devant Thiaumont (Redoute 320).

Le 13 à une heure du matin, attaque par le bataillon. Avance de 200 mètres (sans perte). Redoute 320 Thiaumont à 19 heures. Relève pour aller en réserve dans le petit Bois Fleury.

Le 14 juin : Réserve petit Bois Fleury (mort de Paul Baillard vers 4 heures par un obus qui tombe en face de son gourbi).

A 19 heures 30 : Départ pour Verdun. Arrivée à 12 heures. Soir, cantonnement Hospice Sainte-Catherine.

Du 15 au 18 : Repos Hospice Sainte-Catherine.

A 20 heures le 18 juin : Départ pour la 2ème ligne devant Fleury.

Du 19 au 22 : Fleury.

Le 23 à 2 heures du matin, relève pour aller en 1ème ligne (préparation d’attaque le soir du 22 par les gaz et fort bombardement).

Le 23 à 6 heures, attaque. Prisonnier vers 7 heures du matin dans le Redoute 320 Thiaumont

A 14 heures, arrivée Parc des Prisonniers Chaumonville.

Du 23 au 24 : Parc de Chaumonville (couché dehors).

Le 24 à 14 heures, départ pour Jametz, escortés par des hulans

 

 

 

LA CAPTIVITÉ

 

 

Courrier écrit le 27 juin …

 

 

 

… arrivé à Évreux le 11 août

 

 

 

 

 

 

 

La famille avait néanmoins eu des nouvelles entre Juin et Juillet :

 

Courrier du 8 août 1916 de R Servin, adressé à Louis Morin

Cher monsieur,

C’est avec une grande joie que j’apprends que notre cher René est sauf, espérons maintenant que le télégramme ne se fera pas trop attendre et que nous aurons bientôt la joie de nous retrouver tous.

Ici, toujours la même ? c’est simplement effrayant. J’espère aller sous peu en permission et avoir ainsi l’occasion de vous voir.

Présentez je vous prie mes respects à Mme Morin et à Mlle Henriette et croyez à mon meilleur sentiment.


Fin juillet, août, septembre

Du 25 juin au 11 septembre Jametz. Travaux agricoles et aviation. (14 juillet, départ pour l’Allemagne).

Le 20 juillet, dans la nuit, bombardement par avions français (un allemand chauffeur tué).

Le 9 septembre : Anniversaire de la fête des Fliger (cuisine).

Le 11 septembre à 5 heures : Départ de Jametz pour la ferme Solférino près de Sivry. Montage de hangars.

Du 12 au 23 septembre : Ferme Solférino. Bombardement de Sivry le 23 et démontage des tentes d’avions.

Du 24 au 30, ferme de Solférino.

A 18 heures, départ en auto pour Vilonnes.

Embarquement en chemin de fer.

 

Octobre et Novembre

Le 1er octobre, 7 heures : Débarquement gare Baroncourt (camp d’aviation ferme Belle Vue près Senon).

Du 3 au 5 : Ferme Belle Vue (adjoints avec des prisonniers musiciens)

Le 5 à 8 heures : changement de camp. Départ en auto pour la ferme de la Folie près Sprincourt (vacciné).

Le 7 : Rentrée à la cuisine.

Du 7 octobre au 11 novembre : Ferme de la Folie

Le 11 à 10 heures : Départ chemin de fer pour Louppy. Arrivée à Montmédy. Prendre le chemin de fer départemental et arrivée à Jametz 18 heures .

Le 12, départ de Jametz pour Brandeville (Saint René).

Du 13 au 27 novembre : Brandeville. Travail dans les bois, abattage d’arbres

Le 27 à 8 heures 30 : Départ de Brandeville pour Damvillers, arrivée 11 heures 30

Du 28 novembre au 3 décembre : Damvillers (travaux installation d’une ligne téléphonique)

 

Décembre

Le 3 : Départ en chemin de fer pour Montmédy. Arrivée Montmédy à 11 heures 30. Traversée de Montmédy. Mangé la soupe à la sortie du Château Fort. Rassemblement des prisonniers, plus de 3000.

Embarquement pour l’Allemagne le 3 décembre à 17 heures, gare de Montmédy

Le 4, voyage à 13 heures, débarquement à Giessen (Saxe).

Arrivée dans un camp de concentration à 2 kilomètres de la ville.

Défilé des prisonniers dans la ville (environ 3 mille).

Arrivée au camp à 3 heures.

 

Le 14, départ de Giessen. Quitté Letort, Hahy et Lagny (2ème Compagnie, baraque C). Vaccination, désinfection.

Rassemblement des 44 prisonniers dans la cour du camp à midi trente. Départ du camp 13 heures 40 (rencontré convoi).

Départ de Giessen le jeudi 14 décembre à 15h13.

Noms des principales gares de Geissen à Arys Prusse Orientale : Giessen, Lollar, Marburg, Cölle, Kirchhain, Treijsa, Zimmerote, Wabern (18h05), Cassel (19h04-20-20), Kagenhof, Ausgang, Bleicherode Ost (23h35), Wolkranshausen, Nordhausen, arrivée minuit.

 

Le 15 décembre : Nordhausen (de minuit à 3 heures, arrêté sur une voie de garage), Eisleben (5h45), Erdeborn (6h05), Halle Saale (7h10, jour), Priessen, Reussen, Gollma (8h30), Klitzschmar Gross Kyhma (8h25), Delizsch (8h50), Hohenroda (9h), Grensitz, Elinburg, Doberschütz, Mockrehna, Klitzschen, Zschckau, Rehafeld (10h25), Falkenberg (10h40), Schörnborg, Finsserssalde (11h45), Cottbus (13h15), Forst, Tzschechelm, Linderote (14h30), Schonssalde, oreau (15h), sagan, Waltersdorf, Quaritz (16h20), Lissa (pas d’arrêt, arrivé à 17h10)

Mangé la soupe et le café à 20 heures. Départ 23 heures. Passe plusieurs gares, Kosten (24h40), Posen (3 heures).

Samedi 16 décembre : Départ Posen 5 heures, Widan (7h), Gnessen (7h25), Talsée, Tremessen (7h40), Hiderau (7h55), Raiffaisen (8h10), Altraden (8h20) (montée des prisonniers français pour partir au camp, environ une vingtaine), Amsee, Hohensalza (9h), Argenau (10h), Waldoss, Thorn (Verchsel, traversée du Grand Pont) 10h45, ville fortifiée, Thorn Mocker, Thauer (11h15), Richnau, Schonsee (11h35), Zielen, Brisen, Hohenkirch, Granlerhaussen (12h30), Ostrossiff, Lippken (12h45), Bischofswerder (13h), Jamielnik, Ot Eylan, Raudnitz (13h35) ; Bergfrude, Osterode Ostpr, Alf-Jablonken, Biessellen, Hemrsdorf, Allenstein (15h10), Wieps, Roth, Suroburg, arrivée à Arys minuit 15 le 17 décembre 1916.

Arrivée au camp minuit 40 (restés à attendre devant le poste).

57 heures de chemin de fer avec les arrêts, tout compris 72 heures.

Comme nourriture : 500 grammes de pain et une soupe.

15 centimètres de neige.

 

Le dimanche 17 : Repos. Mauvaise impression du camp, baraques ignobles.

Fait connaissance d’un Romain Tapissier

18 décembre : remplissage des feuilles personnelles pour aller dans un Komando.

19 : Demandé la soupe aux anglais mais un belge me la soulève.

Mercredi 20 : Matinée ramassage de la neige, on la charge sur des traîneaux, une heure de travail (je suis littéralement gelé).

Jeudi 21 : De soupe le soir.

Vendredi 22 : Fait un tour dans le camp, rentré dans la baraque des coiffeurs russes, je me suis fait raser, un russe joue de la guitare, un autre me montre un album de photos de Russie

Samedi 23 : Réveil 8 heures.

Le felvebel nous fait lever, de corvée pour balayer la neige de dessus la baraque.

Le 24 décembre : Rien de nouveau sauf de corvée de soupe à 11 heures. L’après-midi, l’interprète et le felwebel demandent les menuisiers, ébénistes, etc… au nombre de 32. Et 12 maçons belges.

Réveillon passé dans le plumard à 7 heures avec une soupe et un morceau de pain. Réveil 8 heures. Fait connaissance de l’ancien domestique à Thureau)

 

25 décembre. Noël. Réveil 9 heures. Dégustation du cacao. Rien de nouveau à part un gros cafard !... Couché à 6h30 après avoir dévoré un malheureux morceau de pain.

26 Mardi : Réveil 8 heures. Mangé une soupe claire. Corvée pour aller porter manger aux cochons. A 11 heures, soupe de poisson immangeable.

Le 27 : A 10 heures, les 44 de Geissen passe à la vaccination contre le typhus (au bras gauche)

Le 28 : Corvée pour le balayage de la neige sur la baraque. Un camarade paye le 1/5 de la boule de pain d’un Roumain 1 mark.

Le 29 vendredi : Repos

Le 30 samedi : Vacciné côté gauche. Le soir de soupe. A 5h30 apprend le départ des ouvriers menuisiers et maçons au nombre de 42.

Dimanche 31 : A 9 heures réveil. Départ de 11 maçons belges. Les autres menuisiers de Giessen restent. A midi soupe au marrons dinde épaisse. Le soir à 17 heures soupe au boudin. Couché 8 heures.

---1917---

Janvier

1er janvier 1917

Réveil à 8 heures.

Cacao.

Première pensée pour Évreux, souvenir des anciens jours de l’an. Cafard.

Vacciné à 14 heures (côté gauche). 4ème piqûre, encore deux avant de partir. Couché à 18h30. Le camarade Meunier m’offre un quart de vin et propose de me donner 10 mark. Très heureux, j’accepte avec empressement. Je n’oublierai jamais ce charmant garçon.

Le 2 janvier : Réveil 8h. Soupe de maïs. Arrivée de 24 prisonniers français et départ des deux sergents.

Le 3 : Dans les 24 nouveaux arrivés, un camarade du 39ème. Il m’invite à manger à midi avec lui. Superbe déjeuner avec une grande gamelle de soupe, un morceau de bœuf de conserve superbe, un quart de café et un cigare. L’après-midi douches, distribution de linge, touché une chemise et un caleçon rouge.

Soir 5h soupe mangée avec le camarade du 39ème terminée par un morceau de pain et de singe. Couché 7h30 (première journée où il est arrivé 2 colis de Giessen)

Le 4 jeudi : Réveil 7h. Thé. A 7h40 rassemblement pour aller toucher les mandats. Reçu premier mandat daté du 13 décembre de Berne de la somme de 12 Marks 05. A 11 heures soupe (carottes). Le camarade du 39 me fait cadeau d’effets chauds. A 17 heures (orge). Apprend le départ des 24 anciens. On parle des colis et des biscuits ? Il y a de l’espoir ? Couché 19 heures.

Le 5 vendredi : Réveil 7 heures (cacao). Rien de nouveau. Soupe de poisson. A 17 heures, soupe de farine maïs. Départ pour le Cinémato. Rentré 18h30.

Le 6 samedi : Réveil 7h. Thé. A 10h vaccination (côté droit). A 11 h (navets)

Après-midi : Colis signalés. Les anglais en reçoivent un sac. 2 paquets pour Giessen.

7 dimanche : Matinée, rien de nouveau (soupe farine).

Soir : J’achète un morceau de lard et du pain pour 2 marks (soupe pommes de terre et eau de boudin).

Lundi 8 : Matinée, rien de nouveau

Mardi 9 : A 5 heures, départ des maçons. A 6h, réveil (soupe). Départ pour la chasse à 30 prisonniers, comme rabatteurs. A midi, une soupe au poisson servi dans la ferme, impossible de manger tellement j’ai les mains gelées. A 12h30 départ pour l’après-midi. Chasse finie à 15h15. Tableau de chasse : 22 lièvres et un renard. Rentré au camp 16h. On touche une soupe et du thé supplémentaire. A 17h, soupe aux pommes de terre, pas mauvaise, mais à peine une gamelle. Couché 19h très fatigué.

Le 10 mercredi : Réveil 8h. (soupe claire). Rien de nouveau.

Le 11 : Réveil 8h (thé). Soupe (touché le restant du mandat) Après-midi on annonce des colis. 32 sont distribués le soir. Encore rien pour moi.

12 : Cacao.

Réveil 8h. Rien de nouveau

Le 13 samedi : Thé. Réveil 8h. A 15h, on annonce des colis, je fais partie de la corvée pour aller les chercher. Rien pour moi, mais Calinaud en a un nous sommes sauvés. Le soir bon repas, on ouvre une boite de pâté et l’on fait un potage aux pois. Couchés à 20h contents tous les deux, en fumant deux cigarettes de tabac à 0,50 francs français.

Dimanche 14 : Réveil 7 heures. Cacao avec du lait condensé, un morceau de pain et une demi tablette de chocolat. A 10h une corvée pour aller à la gare décharger des madrillers , retour 11h, on obtient une marmite de soupe aux pois. On fait une soupe aux nouilles et du potage aux pois, pour finir on ouvre une boite aux abricots le soir. On termine les confitures. Couchés 8h15.

Lundi 15 : Réveil 7h, corvée de soupe (café). On mange une demi part de pain avec du chocolat. A 9h, on fait une tasse de cacao. A 10h (Rübe) on fait des nouilles et un potage. Soir : je fabrique deux calots un pour moi et l’autre pour Calinaud. (soupe d’orge). On ouvre la boite de sardines au pain, on fait un cacao et on finit la boite de confiture. Couché à 8h.

 

Le 16 mardi : Réveil 7h. (soupe de maïs épaisse). A 9h on fait du cacao. Rien de nouveau (soupe de poisson) soir (soupe d’orge) on achète un morceau de pain à 0,60 fennigs pour finir les sardines et on fait un quart de cacao.

Le 17 mercredi : (soupe farine). Réveil 7h. Matinée consacrée au nettoyage de la baraque en l’honneur d’un consul américain. A 11h on soupe (Rüte au boudin). Après-midi travail de couture, je fais des numéros pour capote et veste et termine mon calot bleu foncé.

18. jeudi : Rien de nouveau dans la matinée. Soir : départ des 29 menuisiers (Roussel parti)

19 vendredi : Augmentation de ration. Deux grandes gamelles pour 15. C’est une affaire !

Rien de nouveau.

20 samedi : Rien de nouveau

Dimanche 21 : (cacao). On parle des biscuits, mais on ne voit rien venir.

Lundi 22 : Réveil 7h (café)

Rien de nouveau (soupe Rûbes)

Après-midi : on parle du départ. A 16h, on touche du linge.

A 18h on apprend le départ définitif pour Lyck demain 5h

 

Mercredi 24 janvier : Réveil 4h (soupe maïs) 2 assiettées. Départ du camp à 6h. Arrivée à la gare, 6h20. Départ 6h40. Arrivée à Lyck 8h moins 10. Resté dans la cour du camp.

!! Marché aux hommes !!

Soupe à 11h

Après-midi rien de nouveau.

Soir couché dans une baraque avec les Roumains, quelle nuit... Gelé de l’eau qui tombe sur les paillasses.

Le 25 : Le matin à 8h les fermiers reviennent et le marché reprend. Les Roumains et les Russes s’en vont, il ne reste plus que du français. (de 10h à 11h, embauche pour une corvée dans la cour). A 11h15 arrivée de … civils belges.

A 11h30, soupe épaisse (j’obtiens avec des camarades un seau de rabiot, comme ça j’ai un plat de plus). A 12h reprise du marché. Les français sont enfin vendus !

Je quitte Calinaud, il faut qu’un homme. Il n’y a que les anglais qui partent ensemble. Je suis enfin acheté ?

Départ de Lyck à 13h15 en traîneau. Arrivée à la ferme.

Je suis le seul français (personne ne me comprend), je travaille avec deux Russes. On se met à table, grand plat de pommes de terre cuites à l’eau et poissons. Travail jusqu’à 17h à casser du bois. De 17h à 17h30, nettoyage de l’écurie aux chevaux. A 17h30, soupe au petit lait, une tartine de pain. Couché à côté de la ferme avec les Russes (gros cafard)

 

Réveil 5h le vendredi 26. Donné à manger aux chevaux. Après ce travail fait, pommes de terre revenues dans un roux très bon. Continuation du cassage du bois. A 9h15 (une tranche de pain et du café au lait) travail dans la ferme (on tue un porc)

A midi : pommes de terre cuites à l’eau et quelques morceaux de lard dans de l’eau grasse. Je suis pris de diarrhée, cela ne va plus. Après déjeuner, je pars avec le grand Russe couper 5 sapins dans un petit bois à côté de la ferme. Rentré gelé à 16h. A 16h30 tout le monde y compris les femmes au hachage de la paille d’avoine à la machine, terminé à 17h (cassage de bois et nettoyage des chevaux). A 17h30, soupe au petit lait et tartine. Je ne mange pas, je suis malade. (je Recouds ma veste déchirée par un cheval qui mordait et m’avait chippé dans le dos).

Ne me voyant pas manger, la patronne me donne deux morceaux de sucre avec du genièvre. Couché à 17h40

 

Le samedi 27 : Réveil pour les Russes à 5h, mais moi je reste couché, à 6h40, le Russe me réveille pour me prévenir que je retourne à Lyck. Je me lève, prépare mes malles, me rends à la cuisine. Mange des pommes de terre au roux, la patronne me paye 12 pfennings et me donne une tranche de pain. Départ de la ferme en, traîneau jusqu’à la gare : le patron retourne et je pars avec la patronne en chemin de fer jusqu’à Lyck. Descente de la gare au camp.

 

 

 

 

Drapeau Fêté du Kaiser.

Rentre au camp 9h40, retourne dans la baraque (achète un paquet de tabac). Soupe. Visite par un docteur Russe (remis qq pilules, resté tout l’après-midi dans la baraque avec les amis, retrouvé Roussel et Gérard (cela me semble bon de pouvoir en causer).

Soir : soupe farine et thé, je mange ma tartine de pain que m’avait donné la vieille patronne. Appel à 19h. On écoute les Russes faire leur prière !

 

Le dimanche 28 : Réveil 5h30. Cacao et distribution de pain (belle portion) à 6h. Appel dans la cour à 7h30. Resté dans la baraque. A 11h35, soupe. Après-midi rien de nouveau.

Lundi 29 : Réveil 5h15. Café et portion de pain. A 9h on se fait inscrire pour la visite à 10h au docteur civil en ville. Dr R. Pfeffer reconnu pour un jour. A 11h40 soupe. Après-midi je confectionne trois bonnets de police, je gage 16 sous et un demi paquet de tabac fin. Soir 18h soupe. Couché 20h.

Mardi 30 : Réveil 5h15 (café, portion moins belle). Matinée, je reste à faire la corvée de la baraque (vidage du tonneau d’urine)

Mercredi 31. Réveil 5h15 (cacao). Matinée resté à faire la pause dans la baraque. Revue des paquets et des couvertures des civils belges. Soupe. Après midi, jour du marché aux hommes !... Je vais à la cantine pour tacher de trouver un patron pour rentrer en ferme avec un belge mais on ne donne pas de belges.


Je repère un petit bossu qui m’a l’air sympathique et rigolo. Je l’aborde mais naturellement pas un mot de français mais enfin à force de faire des sourires et des gestes je suis enfin accepté.

Je dois partir à 2h, l’allemand alsacien me dit que je serai bien seul avec lui et sa sœur. Enfin, je pars, traversée de Lyck pour aller à la voiture, départ tard vers 5h, arrivée à la ferme vers 6h15.

Bonne impression, autrement tenu que la dernière, bon accueil, enfin, je vois que je serai bien. On attend dans la cuisine (assis sur le banc près du fourneau le dos bien au chaud). A 7h, 2 tasses de café et deux grosses tartines de pain.

Couché à côté de la cuisinière (très bien et très chaudement).

Février

Jeudi 1er février : Réveil à 6h30. Commencement du travail. Remplir les réservoirs d’eau de la cuisine, donner à manger au bétail. Rentrer la paille qui se trouve dans la cour pour l’entasser au grenier, etc…

Repas : à 7h 2 ou 3 assiettées de soupe (lait et farine)

À 9h30, 2 ou 3 tasses de café au lait avec deux tartines de pain à la graisse ou miel… A midi pommes de terre cuites à l’eau avec une sauce. Soir 19h : café au lait et tartines.

Vendredi 2 : Même travail pour la matinée. On finit par rentrer le restant de paille, le soir on commence le travail à la machine pour l’avoine. Soir avant de se coucher je vais dans la chambre du garçon, il me présente un accordéon, mais je n’y connais rien. Il m’apporte un violon, je l’essaye, bonnes, mais mauvaises cordes.

 

Samedi 3 février : Continuation du travail à la machine, terminé le soir, à 17h30. Le soir après le café épluchage des pommes de terre avec un vieux. La demoiselle fait frire sur le fourneau des boulettes de viande pour le lendemain midi. Elle m’en donne deux (très bon).

Dimanche 4 février : Réveil 7h. Donné à manger aux animaux. Repos jusqu’à l’heure du déjeuner.

Attente du déjeuner avec impatience.

Du 4 au 11, rien de nouveau.

Dimanche 11 février : Réveil 7h. A 10h, on parle d’aller au village.

Le jeune homme et la jeune demoiselle se mettent en grande toilette. On attelle le traîneau et je suis désigné pour conduire avec les 2 chevaux. Départ, démarrage tout va pour le mieux, mais cela ne dure pas, à 500m, après avoir fait des bonds dans la neige, un obstacle se présente, les chevaux filent, on franchit bien l’obstacle, mais le traîneau bascule, et tout le monde roule, heureusement, personne de blessé. C’était très drôle, chapeau melon, manchon, livre de messe etc… tout cela se promenait avec les trois voyageurs. Enfin, le restant de la promenade se passe bien. Achat de tabac en attendant la fin de la messe. Retour, on prend des dames. Le retour s’effectue bien. Rien de nouveau dans la journée, sauf le départ du vieux bonhomme (Mascaud)

 

Rien de nouveau jusqu’au samedi 17 : Jour de bonheur !! Le facteur apporte à 11 heures un immense courrier pour moi, au nombre de 18 cartes et 5 lettres. Grande joie de savoir tout le monde en bonne santé.

Dimanche 18 février. Lecture du gros courrier. J’écris une longue lettre à Évreux pour les prévenir de mon bonheur.

Du 18 février au 4 mars, rien de nouveau, pas encore de colis.

Mars

Le 6 mars. J’ai enfin reçu des colis au nombre de 10.

Rien de nouveau jusqu’au…

Avril

1er avril au 8 (semaine sainte) : Le vendredi pas travaillé (férié), par contre, le mercredi la journée à été dure, temps affreux, froide et de plus, mauvais travail, fait avec Armand (Hermann) des rigoles dans la neige dans les champs, rentré à midi trempé. Le vendredi saint jour de repos, sauf l’après-midi où on a cassé la glace sur la mare.

8 : Dimanche de Pâques. Réveil tard. Gros cafard. (pensée pour Évreux). Temps sombre et froid. (pas de colis ni de lettres). Dormi tout l’après-midi.

Lundi de Pâques. Matinée se passe avec un peu de soleil, et je reçois 6 lettres, une de Tante Rose, trois de Maman, une de Marie et une de Madeleine (cafard se dissipe)

Dimanche 22 avril : Il y a du nouveau ! Départ de Louda. Heureux de le voir déménager (part soldat à Konigsberg). Le dimanche se passe assez bien.

Lundi 23 : Lyck, livrer des pommes de terre et un cochon (le vieux et moi). Rentré à la ferme à 5h. De 5h à 7h, jardiner avec Augusta.

Mardi 24… « la bûche » retour de Ludovic.

Du 24 au 25, rien de nouveau, sauf un mal d’estomac. Le travail devient trop dur.

25 : Labourage. Je ne peux me faire à ce genre de travail.

26 : Machine à hacher la paille. Travaillé très tard « gros cafard ». Donne mes 8 jours et demande à partir à Lyck.

Le 27 : La matinée pas travaillé. Le vieux et Luda sont à la charrue, Hermann a bêcher, moi, je reste à la cuisine avec Augusta a parler l’après-midi (temps affreux, du vent et de la neige fondue)

Mai et juin

Rien de nouveau jusqu’au 10 mai.

Le 11, arrivée d’un français dans la ferme pour travailler avec moi. A la réception, bonne impression, il se nomme Achille Séverac.

Le 12, nous travaillons ensemble à ramasser les cailloux dans les champs avec une petite voiture. Ce travail dure jusqu’à son départ.

Rien de nouveau jusqu’au 17 où l’on annonce que nous devons quitter la ferme pour rentrer à Lyck, mais c’est une fausse alerte. Nous rentrons à trois heures à la ferme. Continuation du ramassage des cailloux.

Le 19 : Nous travaillons avec le gosse Armand, impossible de le faire tenir tranquille, il ne fait que chahuter, nous rentrons tous les trois avec la charrette attelée avec Hanz, le gosse nous fait traverser la mare avec la voiture, nous sommes inondés, la colère m’empoigne, je le prends par les fesses et le balance à la flotte… son premier cri « chacré françouses » en me menaçant de son sabot.

Je vais à lui, croyant qu’il me l’aurait lancé mais sa colère s’est calmée.

Nous rentrons à la ferme, je retrouve Achille qui se tordait de rire.

Du 20 au 22 rien de nouveau.

Le 23 mai, arrivée du frère à Louda. Nommé Franz. Bonne impression. Il a 13 jours de permission.

Le 25 mai : Départ du camarade Achille pour Lyck. (gros cafard)

 

Le 26 : Arrivée du frère à Luda, nommé Gustave, moi je ramasse les cailloux avec le vieux.

Le 27, la Pentecôte. On pavoise la maison avec des bouleaux, on prépare le repas (goutt Essen). A 4h, je suis invité par Franz à prendre deux verres de cognac.

Rien de nouveau

(Séance du Torf) Extraire le torf. Machine. (Engueulade entre le vieux et le propriétaire de la machine), la fabrication, sale travail. Cela se passait vers le 15 juin.

Arrivée de la Frau et ses 4 gosses (Karl, Willy, Alma fraulein, Konig)

Départ de Gustave vers le 20 (toute la famille pleure, lui aussi)

Le Frau reste une dizaine de jours et repart avec la petite Alma et le gosse. Reste Karl et Willy pour s’occuper de la garde des bestiaux. Le torf fini, on procède à l’étalage pour le séchage et on fait des petits tas. Cela se termine vers le 25 juin.

Juillet

Du 25 juin au 1er juillet : Vidage des écuries et étaler le fumier.

Le 2 : on commence à couper les trèfles. Les deux champs sont coupés en un jour avec la machine.

Du 3 au 6 : Rentrée des fourrages.

Le 6 au soir, je suis souffrant et j’en ai surtout assez de la maison : il y a trop de travail.

Du 7 au 10 : Je ne veux pas travailler. Je reste couché et demande à rentrer au camp.

Le 12 au matin, je rentre au camp, reconnu malade trois jours. Le lundi, Augusta revient au camp me redemander pour retravailler dans la ferme. Accepté par les sous-off. Je retourne en chemin de fer au travail, mais il y a deux russes et ça me fait plaisir, j’ai moins de travail.

Août

Moisson. Très dure. Travail à lier les bottes et ramasser les seigles et les blés et les avoines, mais elles ne sont pas liées. Tout le mois en est. Rien de nouveau sauf le départ d’un Russe.

Septembre

Je reste seul avec Ivanne le Russe mais moins de travail.

Le 13, je suis souffrant, je reste couché et demande à rentrer au camp, mais on s’y oppose. Je reste sept jours comme cela et rien de nouveau (travail : seconde coupe des trèfles et fauchage des foins)

 

(note entre juin et septembre : Deux camarades viennent le dimanche soir me voir Louis Cordier et René Bourguignon)

 

Le dimanche 16 : Je vais à Lyck toucher mes biscuits, et j’apprends une bonne nouvelle : je vais aller travailler dans mon métier. Je retourne à la ferme jusqu’au mercredi (on arrache des pommes de terre avec la machine).

Le 19 septembre à midi, j’apprends par la poste que je retourne à Lyck, je fais mes paquets et pars à 1h et demi en voiture avec Gustave et le poste. Arrivée à Lyck, je vais au bureau et on me mène chez le Capitaine du Camp, pour travailler. Je pose des rideaux (installation complète pendant 7 jours)

Octobre et novembre

Rien de nouveau, je fais des corvées et je vais nettoyer des briques chez le Sous-Off jusqu’au mercredi 29 novembre, là le matin, j’apprends que je vais travailler à Lyck dans mon métier chez M. Muller (rue Hedindbourg 14). Je m’y rends à deux heures, je me présente au patron, je suis très bien reçu, je lui fais voir mes photos et il accepte de me faire monter à la tapisserie. Là, je trouve deux tapissiers et un apprenti.

 On me donne du travail, c’est un divan méridienne couvert en velours rouge à fleurs. On parle de me faire coucher à la maison et d’y être nourri. On doit rentrer à trois, un Belge et un autre Français menuisiers, la date est fixée pour le 11 décembre.

Décembre

Le 11 décembre, rentrée définitive à la Maison Muller (petite chambre à 6 trois Russes et nous, deux Français et un Belge François Leblicq. Français : Henri Joignan.

---1918---

Janvier

Le 20 janvier, première fois que je joue sur un violon (de 16h30 à 18h, concert avec deux Russes David et Abraham.

Le patron rentre et je lui joue un morceau de flûte (Les femmes et les Fleurs)

 

 

Photo adressée à ses parents, le 20 janvier 1918

 

 

« En souvenir de ma captivité à Lyck, le 23 juin 1918 »

 

 

30 Septembre : la paix avec la Bulgarie

 

Le …………….. La paix avec la Turquie et l’Autriche

Octobre

Le 26 octobre premier baiser à Lény

Novembre

Le 9 novembre à 7h, j’apprends chez le coiffeur la démission du Kaiser.

12 novembre : L’armistice avec l’Allemagne.

16 novembre (samedi) 17h : Je finis de travailler et remets mes outils sachant que l’on doit partir dans deux jours.

Resté le dimanche et le lundi 18. Parti de Lyck le 20 mercredi. Adieux à la gare de Lény et sa sœur. (gros cafard). Le train part à 1h30.

Arrivée à Arys à 2h30. Rentrée dans les baraques. Resté jusqu’au départ pour la France

Le 3 décembre, enterrement du camarade Kelford.

Décembre

Le 28 décembre à 6h30 du soir, départ pour la France.

Le 29, chemin de fer pour Dantzig.

 

Demande de colis. Giessen

Le 14 décembre 1916

Envoyé une lettre demandant : 4 paquets de 1kg et 1 de 5kg par semaine.

De l’argent, de 10 à 15 francs.

Demande d’effets, pantalons rouge, calot, veste bleue et chaussures fines.

Comme conserve : Lait, farines Heudeberd, beurre salé, pâtes, chocolat, du tabac, 1 ou 2 paquets dans ceux de 1 kg, et plus dans ceux de 5.

 

 

 

Extrait du répertoire en fin de carnet

 

 

 

 

 

 

 

 

Les courriers de 1914

 

 

Pour que vous vous y retrouviez dans la famille (les courriers) :

Louis et Louise Morin ont eu trois enfants :

-- Madeleine, qui a épousé avant guerre Jean-François Bouleau, dit Jeff dans les courriers, de Mayenne, et lui aussi poilu. Madeleine est morte de la grippe espagnole le 11 décembre 1918 à Mayenne, à 29 ans

-- Mon grand-père René, qui ne s'est marié qu'en 1920

-- Henriette, qui pendant la guerre soignera des blessés à Evreux, et épousera l'un d'entre eux, Etienne Boudier, de Thizy (69) par la suite.

Les autres personnes dont il est question :

--Clara Ouin, grand-mère maternelle de René, qui signe le premier courrier, en 1909

--André, cousin germain de René, lui aussi au front.

--Et …Truc, le chien..

 

Carte de René à ses parents, 15 septembre 1914

 

 

 

Carte de René à ses parents, 6 octobre 1914

Chers parents

Un simple mot pour vous dire que je suis en bonne santé. Envoyez-moi un paquet d’une ceinture de flanelle de 3m50 environ, épingles nourrice, une paire gants laine, un foulard. Mes bandes molletières. (Des paquets de cigarettes Maryland – cigares) Je vous remercie d’avance. Le paquet recommandé. Les derniers paquets sont bien arrivés. Embrassez bien Henriette et le Grand-Père pour moi, bonjour à Mme Eugénie.

Caressez l’ami Truc aussi.

Et pour vous deux, de gros baisers.

René

 

Carte de René à ses parents, 17 octobre 1914

Chers parents

Je viens à l’instant de recevoir votre paquet recommandé avec cigare et cigarettes ainsi que les boites de pâté. Je vous en remercie. Le tabac est tellement rare que cela fait plaisir de recevoir un paquet comme celui-ci. Vous pouvez m’en envoyer trois paquets de bleu tous les 5 jours que je n’en manque pas. J’en ai réclamé aussi à Joseph, comme cela je serai toujours avec du tabac.

Tout va bien.

Embrassez bien tout le monde pour moi

René


Les courriers de 1915

 

Carte de René à ses parents, 14 avril

Mes chers parents

Je suis toujours en bonne santé. Nous avons changé de secteur, au lieu de mettre sur vos lettres 195 c’est maintenant secteur 93. Je vous écrirai plus longuement demain si je le puis car à la liaison on a quelques jours de travail fatiguant pour bien connaître ce nouveau secteur.

En attendant de vos nouvelles, je vous embrasse bien fort.

Votre fils

René

 

Carte de René à ses parents, 15 avril

Mes chers parents

Je suis toujours en bonne santé. Je suis encore au pays. Je vous écrirai plus longuement demain car le Vaguemestre attend après moi.

Embrassez bien le Grand-père et Henriette pour moi

Et Pour vous de gros baisers

René

 

Carte de Madeleine à sa mère, 23 avril

Ma chère Maman

Papa est arrivé hier en bonne santé mais un peu fatigué.

Nous étions partis tout à l’heure pour faire une promenade mais nous avons été obligés de rentrer la pluie commençant à tomber, le temps est orageux.

Son séjour ici va être bien court et pour comble va se terminer par un voyage ennuyeux et départ réellement trop matinal.

Tous les quatre nous t’envoyons nos bons baisers et j’espère te voir bientôt.

Ta fille qui t’aime

Madeleine

Nous avons eu de bonnes nouvelles de René hier.

 

Carte de Joseph, 28 avril

Mon cher René

Je suis toujours bien à Mayenne en attendant la décision de l’autorité militaire. Je ne suis ni artilleur, ni (illisible). C’est épatant, mais je commence à avoir grand désir d’être fixé. Ton père est ici pour le moment et doit remmener Henriette Vendredi. Madeleine se trouvera bien seule. Quand cette sale guerre sera-t-elle finie ? Bientôt je l’espère car cela se prolonge par trop.

Tout le monde t’envoie ses meilleurs baisers et moi je te serre bien affectueusement la main

 

 

Carte de René à ses parents, 12 mai

Mes chers parents

Je viens à l’instant de recevoir deux photos de mon ami Queval et moi. Je suis heureux de pouvoir me présenter à vous en nouvelle tenue. Elle est tellement claire que la photo paraît blanche.

Je pense en avoir d’autres d’ici peu.

Je joins à ma lettre de gros baisers pour toute la famille.

Gros bécot à mon Truc.

 

 

Carte de René à ses parents, 1er juin

Mes chers parents

Une simple carte pour vous donner de mes nouvelles. Rassurez-vous, je suis en bonne santé. Nous sommes au repos mais je ne sais pour combien de temps. Embrassez tout le monde pour moi.

Votre fils qui vous aime

René

 

 

Carte de René à ses parents, 14 août

Mes chers parents

Je me prépare pour faire une promenade aux tranchées, mais je rentre ce soir au pays, je vais faire des photos. J’en ai déjà de belles dès que j’en aurai deux ou 3 bobines je vous les enverrai.

Nous partons au repos pour quelques jours seulement.

Envoyez-moi de l’argent car le retour à Paris m’a fait faire de la dépense mais je ne le regrette pas.

Amitiés à toute la famille

René

 

 

Carte de René à ses parents, 13 octobre

Je suis rentré des tranchées pour un court séjour de repos, ce soir nous reprenons les tranchées pour peu de jours et ensuite un grand repos je pense.

Je vous écris ces lignes sur une carte boche. J’en ai trouvé quelques unes sur un mort. Cela sera un souvenir de la guerre 1915.

Je viens de recevoir un paquet recommandé contenant pipe, tabac et conserves. Je vous en remercie beaucoup.

Embrassez bien tout le monde pour moi

Votre fils

René