Le
carnet en lui-même comporte visiblement deux parties : les deux ont été écrites
après juin 1916, ce qui revient à dire que la première partie est une liste de
dates et de lieux, très factuelle.
La deuxième, écrite "à
chaud" est le récit détaillé de ces deux années de captivité en Prusse
Orientale (il y travailla dans les fermes, ce qui, pour un jeune homme élevé en
ville, a été une nouveauté)
Mais
encore plus émouvants sont les courriers, dont le plus vieux
traitant de cette période est de sa grand-mère, qui écrit le
" (...) et toi, d'écrire un peu cela te maintiendra à
l'habitude d'écrire et tu ne perdras pas la main ni l'habitude d'écrire des
mots (lui qui pendant 2 ans noircira les pages de son carnet)" et " Hier
le journal nous donnait la liste des conscrits d'Evreux, on ne t'a pas oublié,
sois tranquille. Mon René, pense donc que maintenant te voilà un homme, quand
on arrive à être conscrit c'est là qu'on doit s'appliquer à être un homme dans
la force du mot."
Merci à Sophie, sa petite-fille
Sommaire :
Août
Mobilisation
générale le 3 août (cafard)
4
août : Départ
Du
4 au 9 resté à Dieppe. Départ de Dieppe le 9 à
Le
28 août : Départ pour le front
Départ
du Bataillon de Marche à
Départ
de Rouen vers
Le
29 août, arrivée du Bataillon de Marche à Dercy. Mortiers. (Laon)
Septembre
Retraite
de
Le
6 : Bataille d’Escardes Esternay (Marne)
Le
7 - 8 : Marche en avant.
9 :
Bataille de Montmirail
Le
10-11 : Marche en avant
12 :
Bataille du Tillois près Gueux. Marcel Queval blessé au bras d’une balle
13 :
Marche en avant
14 :
Arrivée à Saint-Thierry. Tranchées
15
au 20 octobre : Tranchées devant Saint-Thierry.
Repos
Saint-Thierry. Merfy. (gare) Chenay
Rentré
à la liaison du 1er Bataillon Commandant Dicharry le 18 septembre.
Combat
de nuit à Courcy la nuit du 17 au 18 septembre
Liaison
(formée le 1er janvier 15) Letort André, Queval Marcel, Beaudouin
Emile, Delhal Henri, René Morin, Adjudant Ottenwalter Charles, Papoin René
Octobre
20
au
31
au soir, départ pour les tranchées devant Hermonville
Novembre
Du
1er novembre au 5 : Prise des tranchées à la ferme du
Luxembourg (route 44) à côté du cimetière militaire (cafard)
Du
5 au 9 : Repos à Hermonville. Cantonnement chez M. Bouccin, place de la
mairie
Du
9 au 13 : Tranchées ferme du Luxembourg
Du
13 au 17 : Repos
Du
17 au 21 : Tranchées devant Villers Franqueux etc
Décembre
(Arrivée
de Papoin en décembre)
Janvier
1er
janvier 1915 : Repos à Hermonville. Départ pour les tranchées devant
Villers-Franqueux jusqu’au 9.
Du
10 au 13 : Repos à Hermonville
Du
14 au 21 : Tranchées devant le Redan.
Du
22 au 25 : Repos à Hermonville
Du
23 au 2 février : Tranchées devant Villers
Février
Du
3 au 6 février : Repos à Hermonville
Du
7 au 14 : Tranchées devant le Redan
Le
15 : Repos à Hermonville
Le
16 : Attaque des bois du Luxembourg.
Le
Lieutenant Ludger fait prisonnier, Carel Léon, lieutenant à la 2ème
compagnie tué. Le capitaine Fruchant prisonnier, l’adjudant Burguin tué.
Rentré
à Hermonville vers
Le
17 : Repos à Hermonville
Départ
pour Prouilly : reformation des bataillons (je fais la connaissance du fiancé
de Germaine)
Repos
du 18 au 24 au 7ème chasseur.
Départ
pour les tranchées devant Villers
Le
25 et le 26 : Tranchées
Du
27 au 2 mars : Repos à Hermonville
Mars
Du
3 au 10 : Tranchées Redan.
Du
11 au 14 : Repos à Hermonville
Du
15 au 22 : Tranchées devant Villers
Du
23 au 26 : Repos à Hermonville
Du
27 au 3 avril : Tranchées devant le Redan
Avril
Du
4 au 7 : Repos Hermonville
Du
8 au 12 : Tranchées devant Villers Franqueux
Le
12 au soir : Départ pour Prouilly
Le
13 au soir : Départ pour les tranchées du Mont Doyen
Du
14 au 18 : Tranchées du Mont Doyen
Du
19 au 23 : Repos à Roucy
Du
24 au 1er mai : Repos à Romain
Mai
Du
2 au 16 : Tranchées au Choléra
Le
17 : Repos à Prouilly
Du
18 au 21 : Repos à Coulomme (château). Exécution du soldat déserteur.
Le
22 : Embarquement à Muizon
Voyage :
Le 23 mai
Débarquement
le 23 au soir à Ivergny
24
et 25 : Repos à Ivergny. Le soir, départ pour les tranchées devant
Bombardement.
Juin
1er
juin : Repos à Givenchy-le-Noble jusqu’au 4 juin. Papoin évacué.
Le
5 : Maroeuil. Réserve
Le
6 :
Le
7 : Prise des premières lignes à Neuville.
Le
8 et le 9 juin : Attaque et prise de Neuville-Saint-Vaast (mort du
camarade Emile Beaudouin).
Le
10 : Tranchées de Neuville. Le soir, relève et départ pour Sucé Saint
Léger (remis nouvelle à la famille par la dame d’un chasseur habitant Évreux)
Fête
du régiment.
Du
11 au 15 : Repos à Sucé Saint Léger, le soir vers
Le
17 : plaine devant Acq
Le
soir, cantonnement à Acq
Les
18-19-20 juin : Acq
Le
20 au soir : Départ pour les tranchées devant Neuville
Les
21-22-23-24 : Tranchées Neuville, le soir, relève pour aller au repos à
Flers
Le
25 : Flers
Le
26 : Départ pour Savy-Berlette
Le
27 au matin : Départ pour Guignicourt. Repos jusqu’au 7 juillet (départ des
premières permissions). Le Corbeau de Guignicourt. M. De Palmart (choco)
Juillet
Le
7 : Départ pour Gouy-en-Ternois
Du
8 au 15 : Repos à Gouy-en-Ternois
Le
15 au soir : Départ pour les tranchées à gauche de Neuville, aux ouvrages
blancs en première ligne
16-17-18-19-20 :
2ème ligne le soir du 20 relève pour les 1ères lignes au 5 chemins
côte 109 à gauche de Neuville
21-22-23-24-25
Le
25 au soir : Relève pour Capel-Fermont. Repos.
26-27-28-29-30-31-1er
août-2-3-4 : Repos à Capel-Fermont.
Le
28 juillet : Parti en permission pour la 1ère fois (6 jours)
Août
Le
4 août : Départ pour Acq
5-6-7-8-9 :
Acq
Le
soir du 9 : Départ pour Bray (retour de permission)
10-11-12-13-14-15 :
Bray. Travaux de sapes. Arrivée du lieutenant de marine Tessier. Mort du
Sergent Forget.
15
au soir : Relève pour Hermonville
16-17-18-19-20-21-22-23 :
Repos à Hermonville
le
23 : Départ pour tranchées de Neuville
Du
24 août au 4 septembre : Tranchées de Neuville (parallèle 9)
Septembre
Le
4 au soir : Départ pour Mézières (Delhal brise la lampe).
Du
5 au 16 septembre : (fait la connaissance du capitaine d’E.M, ami de
Monsieur Vincent).
Soir
du 16 : Départ pour les tranchées de Neuville
Du
17 au 22 : Tranchées de Neuville.
Le
soir du 22 : Relève pour Mézières (arrivée de Papoin).
Le
23 : Mézières (visite du Lieutenant Marcel Bobée).
Le
24 : Départ pour Izel-le-Hameau.
Le
soir du 24 : Départ pour Bray (station).
25 :
Départ de Bray vers
Couché
dans la parallèle n° 1.
25
dans la nuit : Départ pour
Octobre
Le
7 relève : Départ pour Haucourt.
Du
8 au 10 : Repos à Haucourt, le soir, départ pour les tranchées devant
Roclincourt.
Du
11 au 14 : Tranchées devant Roclincourt.
Le
14 au soir : Relève, départ pour Vanquetin.
Du
15 au 18 : Arrivée du Docteur Feit (Mutel décoré de la médaille
militaire).
18 :
Départ pour Avesnes-le-Comte (retrouve le frère de M. Hée).
Du
19 au 27 : Repos à Avesnes le Comte. Départ pour les tranchées devant
Roclincourt.
Du
28 octobre au 8 novembre : Tranchées Roclincourt et réserve dans
Roclincourt.
Novembre et décembre
le
8 : Relève, départ pour Barly.
Du
8 au 15 : Repos Barly (Letort parti en permission, prends sa place de
cycliste)
Le
15 départ pour Beauvais.
Du
16 novembre au 16 décembre : Repos à Beauvais (logé dans le pays chez
Madame Hédouin).
Du
17 au 19 : Repos Gouy-Servins
19 :
Départ pour les tranchées devant Douchez (poste de commandement R.18)
Du
20 au 23
le
23 : Relève départ pour Gouy-Servins
24
et 25 décembre : Messe de
L’adjudant,
froissé, ne veut pas réveillonner avec nous (demande du bucher pour faire le
réveillon. Gauvin, Papoin et moi faisons les achats).
Du
25 au 31 : Repos à Gouy-Servins.
A
Janvier
1er
janvier 1916 au 4 : Chemin Creux.
Le
4 : Relève
Du
5 au 12 : Repos à Gouy.
Le
12 au soir : Départ aux tranchées (chemin creux devant Souchez).
Du
13 au 16 : Tranchées.
Le
16 au soir : Relève pour aller au repos à Hermin.
Du
17 au 24 : Repos Hermin
Parti
en permission.
Le
24 au soir : Départ pour les tranchées.
Du
25 au 28 : Tranchées. P.C. Cobourg (Évreux) Change de ferme : on
couche et mange chez le père Nicolas (Germaine).
Le
28 : Relève.
Du
29 au 5 février : Repos à Gouy-Servin.
Février
Le
5 : Départ pour les tranchées. P.C. Cobourg (retour de permission).
Du
6 au 9 : Tranchées PC de Cobourg devant Douchez. Le 9 au soir, relève pour
aller au repos à Hermin.
Du
10 au 12 : Repos à Hermin. Départ pour Ablain (réserve) Notre Dame de
Lorette.
Le
13 : PC Ablain Saint-Nazaire.
Du
14 au 19 : Ablain.
Le
19 au soir : Changement de PC à
20 :
PC Notre Dame.
21 :
Attaque allemande (Fortin). 2ème bataillon attaqué.
Du
22 au 25 : PC de Notre Dame de Lorette
Le
25 à
Le
28 à
Le
29, à
Gauvin
supprime sa barbe.
Bon
vin blanc.
Mars
Du
1er mars au 3 : Repos à Herlin le Vert.
Le
3 : Départ d’Herlin-le-Vert dans la nuit, pour embarquement à Brias (auto
anglaise). Départ
Le
4 : Voyage en chemin de fer.
Le
5 à
Les
6 et 7 : Repos à Blainville (Capitaine Dalger logé en charmante compagnie)
Départ pour Haraucourt, arrivée à
Photos
du Vieux Château.
Du
8 au 11 : Repos à Haraucourt.
Le
11 : Départ pour Seichamps, arrivée à
Le
12 : Déplacement du Régiment. Départ pour Champenoux.
Arrivée
à
Mars, avril et mai
Du
12 mars au 25 mai : (Mimi ??) Champenoux. Arnoult. (Nombreux
apéritifs dans la maison)
Du
26 au 3 juin : Mazerulles. A
(Baillart
devait partir en permission, mais elles sont arrêtées).
Juin
le
4 : repos Buissoncourt
Le
5 à
le
6 : Départ pour Blainville. Embarquement vers 1 heure à Invaux
le
7 : Voyage en chemin de fer.
Dans
la nuit du 7 au 8, débarquement à Revigny. Cantonnement à Allaincelles.
Du
8 au 10 : Alliancelles. Promenade au Moulin.
Le
10 à
Cantonnement
Casernes Béveaux.
Le
11 et le 12, Casernes Bévaux.
Le
12 à
Le
13 à une heure du matin, attaque par le bataillon. Avance de
Le
14 juin : Réserve petit Bois Fleury (mort de Paul Baillard vers
A
Du
15 au 18 : Repos Hospice Sainte-Catherine.
A
Du
19 au 22 : Fleury.
Le
23 à
Le
23 à
A
Du
23 au 24 : Parc de Chaumonville (couché dehors).
Le
24 à
Courrier écrit le 27 juin …
… arrivé à Évreux le 11 août
La famille avait néanmoins eu des nouvelles entre Juin et Juillet :
Courrier du
Cher monsieur,
C’est avec une grande joie que j’apprends
que notre cher René est sauf, espérons maintenant que le télégramme ne se fera
pas trop attendre et que nous aurons bientôt la joie de nous retrouver tous.
Ici, toujours la même ? c’est
simplement effrayant. J’espère aller sous peu en permission et avoir ainsi
l’occasion de vous voir.
Présentez je vous prie mes respects à Mme
Morin et à Mlle Henriette et croyez à mon meilleur sentiment.
Fin juillet, août, septembre
Du
25 juin au 11 septembre Jametz. Travaux agricoles et aviation. (14 juillet,
départ pour l’Allemagne).
Le
20 juillet, dans la nuit, bombardement par avions français (un allemand
chauffeur tué).
Le
9 septembre : Anniversaire de la fête des Fliger (cuisine).
Le
11 septembre à
Du
12 au 23 septembre : Ferme Solférino. Bombardement de Sivry le 23 et
démontage des tentes d’avions.
Du
24 au 30, ferme de Solférino.
A
Embarquement
en chemin de fer.
Octobre et Novembre
Le
1er octobre,
Du
3 au 5 : Ferme Belle Vue (adjoints avec des prisonniers musiciens)
Le
5 à
Le
7 : Rentrée à la cuisine.
Du
7 octobre au 11 novembre : Ferme de
Le
11 à
Le
12, départ de Jametz pour Brandeville (Saint René).
Du
13 au 27 novembre : Brandeville. Travail dans les bois, abattage d’arbres
Le
27 à
Du
28 novembre au 3 décembre : Damvillers (travaux installation d’une ligne
téléphonique)
Décembre
Le
3 : Départ en chemin de fer pour Montmédy. Arrivée Montmédy à
Embarquement
pour l’Allemagne le 3 décembre à
Le
4, voyage à
Arrivée
dans un camp de concentration à
Défilé
des prisonniers dans la ville (environ 3 mille).
Arrivée
au camp à
Le
14, départ de Giessen. Quitté Letort, Hahy et Lagny (2ème Compagnie,
baraque C). Vaccination, désinfection.
Rassemblement
des 44 prisonniers dans la cour du camp à
Départ
de Giessen le jeudi 14 décembre à
Noms
des principales gares de Geissen à Arys Prusse Orientale : Giessen,
Lollar, Marburg, Cölle, Kirchhain, Treijsa, Zimmerote, Wabern (18h05), Cassel
(19h04-20-20), Kagenhof, Ausgang, Bleicherode Ost (23h35), Wolkranshausen,
Nordhausen, arrivée minuit.
Le
15 décembre : Nordhausen (de minuit à 3 heures, arrêté sur une voie de
garage), Eisleben (5h45), Erdeborn (6h05), Halle Saale (7h10, jour), Priessen,
Reussen, Gollma (8h30), Klitzschmar Gross Kyhma (8h25), Delizsch (8h50),
Hohenroda (9h), Grensitz, Elinburg, Doberschütz, Mockrehna, Klitzschen,
Zschckau, Rehafeld (10h25), Falkenberg (10h40), Schörnborg, Finsserssalde
(11h45), Cottbus (13h15), Forst, Tzschechelm, Linderote (14h30), Schonssalde,
oreau (15h), sagan, Waltersdorf, Quaritz (16h20), Lissa (pas d’arrêt, arrivé à
17h10)
Mangé
la soupe et le café à 20 heures. Départ 23 heures. Passe plusieurs gares,
Kosten (24h40), Posen (3 heures).
Samedi
16 décembre : Départ Posen 5 heures, Widan (7h), Gnessen (7h25), Talsée,
Tremessen (7h40), Hiderau (7h55), Raiffaisen (8h10), Altraden (8h20) (montée
des prisonniers français pour partir au camp, environ une vingtaine), Amsee,
Hohensalza (9h), Argenau (10h), Waldoss, Thorn (Verchsel, traversée du Grand
Pont) 10h45, ville fortifiée, Thorn Mocker, Thauer (11h15), Richnau, Schonsee
(11h35), Zielen, Brisen, Hohenkirch, Granlerhaussen (12h30), Ostrossiff,
Lippken (12h45), Bischofswerder (13h), Jamielnik, Ot Eylan, Raudnitz (13h35) ;
Bergfrude, Osterode Ostpr, Alf-Jablonken, Biessellen, Hemrsdorf, Allenstein
(15h10), Wieps, Roth, Suroburg, arrivée à Arys minuit 15 le 17 décembre 1916.
Arrivée
au camp minuit 40 (restés à attendre devant le poste).
57
heures de chemin de fer avec les arrêts, tout compris 72 heures.
Comme
nourriture : 500 grammes de pain et une soupe.
15
centimètres de neige.
Le
dimanche 17 : Repos. Mauvaise impression du camp, baraques ignobles.
Fait
connaissance d’un Romain Tapissier
18
décembre : remplissage des feuilles personnelles pour aller dans un
Komando.
19 :
Demandé la soupe aux anglais mais un belge me la soulève.
Mercredi
20 : Matinée ramassage de la neige, on la charge sur des traîneaux, une
heure de travail (je suis littéralement gelé).
Jeudi
21 : De soupe le soir.
Vendredi
22 : Fait un tour dans le camp, rentré dans la baraque des coiffeurs
russes, je me suis fait raser, un russe joue de la guitare, un autre me montre
un album de photos de Russie
Samedi
23 : Réveil 8 heures.
Le
felvebel nous fait lever, de corvée pour balayer la neige de dessus la baraque.
Le
24 décembre : Rien de nouveau sauf de corvée de soupe à 11 heures.
L’après-midi, l’interprète et le felwebel demandent les menuisiers, ébénistes,
etc… au nombre de 32. Et 12 maçons belges.
Réveillon
passé dans le plumard à 7 heures avec une soupe et un morceau de pain. Réveil 8
heures. Fait connaissance de l’ancien domestique à Thureau)
25
décembre. Noël. Réveil 9 heures. Dégustation du cacao. Rien de nouveau à part
un gros cafard !... Couché à 6h30 après avoir dévoré un malheureux morceau
de pain.
26
Mardi : Réveil 8 heures. Mangé une soupe claire. Corvée pour aller porter
manger aux cochons. A 11 heures, soupe de poisson immangeable.
Le
27 : A 10 heures, les 44 de Geissen passe à la vaccination contre le
typhus (au bras gauche)
Le
28 : Corvée pour le balayage de la neige sur la baraque. Un camarade paye
le 1/5 de la boule de pain d’un Roumain 1 mark.
Le
29 vendredi : Repos
Le
30 samedi : Vacciné côté gauche. Le soir de soupe. A 5h30 apprend le
départ des ouvriers menuisiers et maçons au nombre de 42.
Dimanche
31 : A 9 heures réveil. Départ de 11 maçons belges. Les autres menuisiers
de Giessen restent. A midi soupe au marrons dinde épaisse. Le soir à 17 heures
soupe au boudin. Couché 8 heures.
Janvier
1er
janvier 1917
Réveil
à 8 heures.
Cacao.
Première
pensée pour Évreux, souvenir des anciens jours de l’an. Cafard.
Vacciné
à 14 heures (côté gauche). 4ème piqûre, encore deux avant de partir.
Couché à 18h30. Le camarade Meunier m’offre un quart de vin et propose de me
donner 10 mark. Très heureux, j’accepte avec empressement. Je n’oublierai
jamais ce charmant garçon.
Le
2 janvier : Réveil 8h. Soupe de maïs. Arrivée de 24 prisonniers français
et départ des deux sergents.
Le
3 : Dans les 24 nouveaux arrivés, un camarade du 39ème. Il
m’invite à manger à midi avec lui. Superbe déjeuner avec une grande gamelle de
soupe, un morceau de bœuf de conserve superbe, un quart de café et un cigare.
L’après-midi douches, distribution de linge, touché une chemise et un caleçon
rouge.
Soir
5h soupe mangée avec le camarade du 39ème terminée par un morceau de
pain et de singe. Couché 7h30 (première journée où il est arrivé 2 colis de
Giessen)
Le
4 jeudi : Réveil 7h. Thé. A 7h40 rassemblement pour aller toucher les
mandats. Reçu premier mandat daté du 13 décembre de Berne de la somme de 12
Marks 05. A 11 heures soupe (carottes). Le camarade du 39 me fait cadeau
d’effets chauds. A 17 heures (orge). Apprend le départ des 24 anciens. On parle
des colis et des biscuits ? Il y a de l’espoir ? Couché 19 heures.
Le
5 vendredi : Réveil 7 heures (cacao). Rien de nouveau. Soupe de poisson. A
17 heures, soupe de farine maïs. Départ pour le Cinémato. Rentré 18h30.
Le
6 samedi : Réveil 7h. Thé. A 10h vaccination (côté droit). A 11 h (navets)
Après-midi :
Colis signalés. Les anglais en reçoivent un sac. 2 paquets pour Giessen.
7
dimanche : Matinée, rien de nouveau (soupe farine).
Soir :
J’achète un morceau de lard et du pain pour 2 marks (soupe pommes de terre et eau
de boudin).
Lundi
8 : Matinée, rien de nouveau
Mardi
9 : A 5 heures, départ des maçons. A 6h, réveil (soupe). Départ pour la
chasse à 30 prisonniers, comme rabatteurs. A midi, une soupe au poisson servi
dans la ferme, impossible de manger tellement j’ai les mains gelées. A 12h30
départ pour l’après-midi. Chasse finie à 15h15. Tableau de chasse : 22
lièvres et un renard. Rentré au camp 16h. On touche une soupe et du thé
supplémentaire. A 17h, soupe aux pommes de terre, pas mauvaise, mais à peine une
gamelle. Couché 19h très fatigué.
Le
10 mercredi : Réveil 8h. (soupe claire). Rien de nouveau.
Le
11 : Réveil 8h (thé). Soupe (touché le restant du mandat) Après-midi on
annonce des colis. 32 sont distribués le soir. Encore rien pour moi.
12 :
Cacao.
Réveil
8h. Rien de nouveau
Le
13 samedi : Thé. Réveil 8h. A 15h, on annonce des colis, je fais partie de
la corvée pour aller les chercher. Rien pour moi, mais Calinaud en a un nous
sommes sauvés. Le soir bon repas, on ouvre une boite de pâté et l’on fait un
potage aux pois. Couchés à 20h contents tous les deux, en fumant deux
cigarettes de tabac à 0,50 francs français.
Dimanche
14 : Réveil 7 heures. Cacao avec du lait condensé, un morceau de pain et
une demi tablette de chocolat. A 10h une corvée pour aller à la gare décharger
des madrillers , retour 11h, on obtient une marmite de soupe aux pois. On
fait une soupe aux nouilles et du potage aux pois, pour finir on ouvre une
boite aux abricots le soir. On termine les confitures. Couchés 8h15.
Lundi
15 : Réveil 7h, corvée de soupe (café). On mange une demi part de pain
avec du chocolat. A 9h, on fait une tasse de cacao. A 10h (Rübe) on fait des
nouilles et un potage. Soir : je fabrique deux calots un pour moi et
l’autre pour Calinaud. (soupe d’orge). On ouvre la boite de sardines au pain,
on fait un cacao et on finit la boite de confiture. Couché à 8h.
Le
16 mardi : Réveil 7h. (soupe de maïs épaisse). A 9h on fait du cacao. Rien
de nouveau (soupe de poisson) soir (soupe d’orge) on achète un morceau de pain
à 0,60 fennigs pour finir les sardines et on fait un quart de cacao.
Le
17 mercredi : (soupe farine). Réveil 7h. Matinée consacrée au nettoyage de
la baraque en l’honneur d’un consul américain. A 11h on soupe (Rüte au boudin).
Après-midi travail de couture, je fais des numéros pour capote et veste et
termine mon calot bleu foncé.
18.
jeudi : Rien de nouveau dans la matinée. Soir : départ des 29
menuisiers (Roussel parti)
19
vendredi : Augmentation de ration. Deux grandes gamelles pour 15. C’est
une affaire !
Rien
de nouveau.
20
samedi : Rien de nouveau
Dimanche
21 : (cacao). On parle des biscuits, mais on ne voit rien venir.
Lundi
22 : Réveil 7h (café)
Rien
de nouveau (soupe Rûbes)
Après-midi :
on parle du départ. A 16h, on touche du linge.
A
18h on apprend le départ définitif pour Lyck demain 5h
Mercredi
24 janvier : Réveil 4h (soupe maïs) 2 assiettées. Départ du camp à 6h.
Arrivée à la gare, 6h20. Départ 6h40. Arrivée à Lyck 8h moins 10. Resté dans la
cour du camp.
!!
Marché aux hommes !!
Soupe
à 11h
Après-midi
rien de nouveau.
Soir
couché dans une baraque avec les Roumains, quelle nuit... Gelé de l’eau qui
tombe sur les paillasses.
Le
25 : Le matin à 8h les fermiers reviennent et le marché reprend. Les
Roumains et les Russes s’en vont, il ne reste plus que du français. (de 10h à
11h, embauche pour une corvée dans la cour). A 11h15 arrivée de … civils
belges.
A
11h30, soupe épaisse (j’obtiens avec des camarades un seau de rabiot, comme ça
j’ai un plat de plus). A 12h reprise du marché. Les français sont enfin
vendus !
Je
quitte Calinaud, il faut qu’un homme. Il n’y a que les anglais qui partent
ensemble. Je suis enfin acheté ?
Départ
de Lyck à 13h15 en traîneau. Arrivée à la ferme.
Je
suis le seul français (personne ne me comprend), je travaille avec deux Russes.
On se met à table, grand plat de pommes de terre cuites à l’eau et poissons.
Travail jusqu’à 17h à casser du bois. De 17h à 17h30, nettoyage de l’écurie aux
chevaux. A 17h30, soupe au petit lait, une tartine de pain. Couché à côté de la
ferme avec les Russes (gros cafard)
Réveil
5h le vendredi 26. Donné à manger aux chevaux. Après ce travail fait, pommes de
terre revenues dans un roux très bon. Continuation du cassage du bois. A 9h15
(une tranche de pain et du café au lait) travail dans la ferme (on tue un porc)
A
midi : pommes de terre cuites à l’eau et quelques morceaux de lard dans de
l’eau grasse. Je suis pris de diarrhée, cela ne va plus. Après déjeuner, je
pars avec le grand Russe couper 5 sapins dans un petit bois à côté de la ferme.
Rentré gelé à 16h. A 16h30 tout le monde y compris les femmes au hachage de la
paille d’avoine à la machine, terminé à 17h (cassage de bois et nettoyage des
chevaux). A 17h30, soupe au petit lait et tartine. Je ne mange pas, je suis
malade. (je Recouds ma veste déchirée par un cheval qui mordait et m’avait
chippé dans le dos).
Ne
me voyant pas manger, la patronne me donne deux morceaux de sucre avec du
genièvre. Couché à 17h40
Le
samedi 27 : Réveil pour les Russes à 5h, mais moi je reste couché, à 6h40,
le Russe me réveille pour me prévenir que je retourne à Lyck. Je me lève,
prépare mes malles, me rends à la cuisine. Mange des pommes de terre au roux,
la patronne me paye 12 pfennings et me donne une tranche de pain. Départ de la
ferme en, traîneau jusqu’à la gare : le patron retourne et je pars avec la
patronne en chemin de fer jusqu’à Lyck. Descente de la gare au camp.
Drapeau
Fêté du Kaiser.
Rentre
au camp 9h40, retourne dans la baraque (achète un paquet de tabac). Soupe.
Visite par un docteur Russe (remis qq pilules, resté tout l’après-midi dans la
baraque avec les amis, retrouvé Roussel et Gérard (cela me semble bon de
pouvoir en causer).
Soir :
soupe farine et thé, je mange ma tartine de pain que m’avait donné la vieille
patronne. Appel à 19h. On écoute les Russes faire leur prière !
Le
dimanche 28 : Réveil 5h30. Cacao et distribution de pain (belle portion) à
6h. Appel dans la cour à 7h30. Resté dans la baraque. A 11h35, soupe.
Après-midi rien de nouveau.
Lundi
29 : Réveil 5h15. Café et portion de pain. A 9h on se fait inscrire pour
la visite à 10h au docteur civil en ville. Dr R. Pfeffer reconnu pour un jour.
A 11h40 soupe. Après-midi je confectionne trois bonnets de police, je gage 16
sous et un demi paquet de tabac fin. Soir 18h soupe. Couché 20h.
Mardi
30 : Réveil 5h15 (café, portion moins belle). Matinée, je reste à faire la
corvée de la baraque (vidage du tonneau d’urine)
Mercredi
31. Réveil 5h15 (cacao). Matinée resté à faire la pause dans la baraque. Revue
des paquets et des couvertures des civils belges. Soupe. Après midi, jour du
marché aux hommes !... Je vais à la cantine pour tacher de trouver un
patron pour rentrer en ferme avec un belge mais on ne donne pas de belges.
Je repère un petit bossu qui m’a l’air sympathique et rigolo. Je l’aborde mais
naturellement pas un mot de français mais enfin à force de faire des sourires
et des gestes je suis enfin accepté.
Je
dois partir à 2h, l’allemand alsacien me dit que je serai bien seul avec lui et
sa sœur. Enfin, je pars, traversée de Lyck pour aller à la voiture, départ tard
vers 5h, arrivée à la ferme vers 6h15.
Bonne
impression, autrement tenu que la dernière, bon accueil, enfin, je vois que je
serai bien. On attend dans la cuisine (assis sur le banc près du fourneau
le dos bien au chaud). A 7h, 2 tasses de café et deux grosses tartines de pain.
Couché
à côté de la cuisinière (très bien et très chaudement).
Février
Jeudi
1er février : Réveil à 6h30. Commencement du travail. Remplir
les réservoirs d’eau de la cuisine, donner à manger au bétail. Rentrer la
paille qui se trouve dans la cour pour l’entasser au grenier, etc…
Repas :
à 7h 2 ou 3 assiettées de soupe (lait et farine)
À
9h30, 2 ou 3 tasses de café au lait avec deux tartines de pain à la graisse ou
miel… A midi pommes de terre cuites à l’eau avec une sauce. Soir 19h :
café au lait et tartines.
Vendredi
2 : Même travail pour la matinée. On finit par rentrer le restant de
paille, le soir on commence le travail à la machine pour l’avoine. Soir avant
de se coucher je vais dans la chambre du garçon, il me présente un accordéon,
mais je n’y connais rien. Il m’apporte un violon, je l’essaye, bonnes, mais
mauvaises cordes.
Samedi
3 février : Continuation du travail à la machine, terminé le soir, à
17h30. Le soir après le café épluchage des pommes de terre avec un vieux. La
demoiselle fait frire sur le fourneau des boulettes de viande pour le lendemain
midi. Elle m’en donne deux (très bon).
Dimanche
4 février : Réveil 7h. Donné à manger aux animaux. Repos jusqu’à l’heure
du déjeuner.
Attente
du déjeuner avec impatience.
Du
4 au 11, rien de nouveau.
Dimanche
11 février : Réveil 7h. A 10h, on parle d’aller au village.
Le
jeune homme et la jeune demoiselle se mettent en grande toilette. On attelle le
traîneau et je suis désigné pour conduire avec les 2 chevaux. Départ, démarrage
tout va pour le mieux, mais cela ne dure pas, à 500m, après avoir fait des
bonds dans la neige, un obstacle se présente, les chevaux filent, on franchit
bien l’obstacle, mais le traîneau bascule, et tout le monde roule, heureusement,
personne de blessé. C’était très drôle, chapeau melon, manchon, livre de messe
etc… tout cela se promenait avec les trois voyageurs. Enfin, le restant de la
promenade se passe bien. Achat de tabac en attendant la fin de la messe.
Retour, on prend des dames. Le retour s’effectue bien. Rien de nouveau dans la
journée, sauf le départ du vieux bonhomme (Mascaud)
Rien
de nouveau jusqu’au samedi 17 : Jour de bonheur !! Le facteur apporte
à 11 heures un immense courrier pour moi, au nombre de 18 cartes et 5 lettres.
Grande joie de savoir tout le monde en bonne santé.
Dimanche
18 février. Lecture du gros courrier. J’écris une longue lettre à Évreux pour
les prévenir de mon bonheur.
Du
18 février au 4 mars, rien de nouveau, pas encore de colis.
Mars
Le
6 mars. J’ai enfin reçu des colis au nombre de 10.
Rien
de nouveau jusqu’au…
Avril
1er
avril au 8 (semaine sainte) : Le vendredi pas travaillé (férié), par
contre, le mercredi la journée à été dure, temps affreux, froide et de plus,
mauvais travail, fait avec Armand (Hermann) des rigoles dans la neige dans les
champs, rentré à midi trempé. Le vendredi saint jour de repos, sauf
l’après-midi où on a cassé la glace sur la mare.
8 :
Dimanche de Pâques. Réveil tard. Gros cafard. (pensée pour Évreux). Temps
sombre et froid. (pas de colis ni de lettres). Dormi tout l’après-midi.
Lundi
de Pâques. Matinée se passe avec un peu de soleil, et je reçois 6 lettres, une
de Tante Rose, trois de Maman, une de Marie et une de Madeleine (cafard se
dissipe)
Dimanche
22 avril : Il y a du nouveau ! Départ de Louda. Heureux de le voir
déménager (part soldat à Konigsberg). Le dimanche se passe assez bien.
Lundi
23 : Lyck, livrer des pommes de terre et un cochon (le vieux et moi).
Rentré à la ferme à 5h. De 5h à 7h, jardiner avec Augusta.
Mardi
24… « la bûche » retour de Ludovic.
Du
24 au 25, rien de nouveau, sauf un mal d’estomac. Le travail devient trop dur.
25 :
Labourage. Je ne peux me faire à ce genre de travail.
26 :
Machine à hacher la paille. Travaillé très tard « gros cafard ».
Donne mes 8 jours et demande à partir à Lyck.
Le
27 : La matinée pas travaillé. Le vieux et Luda sont à la charrue, Hermann
a bêcher, moi, je reste à la cuisine avec Augusta a parler l’après-midi (temps
affreux, du vent et de la neige fondue)
Mai et juin
Rien
de nouveau jusqu’au 10 mai.
Le
11, arrivée d’un français dans la ferme pour travailler avec moi. A la
réception, bonne impression, il se nomme Achille Séverac.
Le
12, nous travaillons ensemble à ramasser les cailloux dans les champs avec une
petite voiture. Ce travail dure jusqu’à son départ.
Rien
de nouveau jusqu’au 17 où l’on annonce que nous devons quitter la ferme pour
rentrer à Lyck, mais c’est une fausse alerte. Nous rentrons à trois heures à la
ferme. Continuation du ramassage des cailloux.
Le
19 : Nous travaillons avec le gosse Armand, impossible de le faire tenir
tranquille, il ne fait que chahuter, nous rentrons tous les trois avec la
charrette attelée avec Hanz, le gosse nous fait traverser la mare avec la
voiture, nous sommes inondés, la colère m’empoigne, je le prends par les fesses
et le balance à la flotte… son premier cri « chacré françouses » en
me menaçant de son sabot.
Je
vais à lui, croyant qu’il me l’aurait lancé mais sa colère s’est calmée.
Nous
rentrons à la ferme, je retrouve Achille qui se tordait de rire.
Du
20 au 22 rien de nouveau.
Le
23 mai, arrivée du frère à Louda. Nommé Franz. Bonne impression. Il a 13 jours
de permission.
Le
25 mai : Départ du camarade Achille pour Lyck. (gros cafard)
Le
26 : Arrivée du frère à Luda, nommé Gustave, moi je ramasse les cailloux
avec le vieux.
Le
27, la Pentecôte. On pavoise la maison avec des bouleaux, on prépare le repas
(goutt Essen). A 4h, je suis invité par Franz à prendre deux verres de cognac.
Rien
de nouveau
(Séance
du Torf) Extraire le torf. Machine. (Engueulade entre le vieux et le
propriétaire de la machine), la fabrication, sale travail. Cela se passait vers
le 15 juin.
Arrivée
de la Frau et ses 4 gosses (Karl, Willy, Alma fraulein, Konig)
Départ
de Gustave vers le 20 (toute la famille pleure, lui aussi)
Le
Frau reste une dizaine de jours et repart avec la petite Alma et le gosse.
Reste Karl et Willy pour s’occuper de la garde des bestiaux. Le torf fini, on
procède à l’étalage pour le séchage et on fait des petits tas. Cela se termine
vers le 25 juin.
Juillet
Du
25 juin au 1er juillet : Vidage des écuries et étaler le
fumier.
Le
2 : on commence à couper les trèfles. Les deux champs sont coupés en un
jour avec la machine.
Du
3 au 6 : Rentrée des fourrages.
Le
6 au soir, je suis souffrant et j’en ai surtout assez de la maison : il y
a trop de travail.
Du
7 au 10 : Je ne veux pas travailler. Je reste couché et demande à rentrer
au camp.
Le
12 au matin, je rentre au camp, reconnu malade trois jours. Le lundi, Augusta
revient au camp me redemander pour retravailler dans la ferme. Accepté par les
sous-off. Je retourne en chemin de fer au travail, mais il y a deux russes et
ça me fait plaisir, j’ai moins de travail.
Août
Moisson.
Très dure. Travail à lier les bottes et ramasser les seigles et les blés et les
avoines, mais elles ne sont pas liées. Tout le mois en est. Rien de nouveau
sauf le départ d’un Russe.
Septembre
Je
reste seul avec Ivanne le Russe mais moins de travail.
Le
13, je suis souffrant, je reste couché et demande à rentrer au camp, mais on
s’y oppose. Je reste sept jours comme cela et rien de nouveau (travail :
seconde coupe des trèfles et fauchage des foins)
(note entre juin et septembre : Deux
camarades viennent le dimanche soir me voir Louis Cordier et René Bourguignon)
Le
dimanche 16 : Je vais à Lyck toucher mes biscuits, et j’apprends une bonne
nouvelle : je vais aller travailler dans mon métier. Je retourne à la
ferme jusqu’au mercredi (on arrache des pommes de terre avec la machine).
Le
19 septembre à midi, j’apprends par la poste que je retourne à Lyck, je fais
mes paquets et pars à 1h et demi en voiture avec Gustave et le poste. Arrivée à
Lyck, je vais au bureau et on me mène chez le Capitaine du Camp, pour
travailler. Je pose des rideaux (installation complète pendant 7 jours)
Octobre et novembre
Rien
de nouveau, je fais des corvées et je vais nettoyer des briques chez le
Sous-Off jusqu’au mercredi 29 novembre, là le matin, j’apprends que je vais
travailler à Lyck dans mon métier chez M. Muller (rue Hedindbourg 14). Je m’y
rends à deux heures, je me présente au patron, je suis très bien reçu, je lui
fais voir mes photos et il accepte de me faire monter à la tapisserie. Là, je
trouve deux tapissiers et un apprenti.
On me donne du travail, c’est un divan
méridienne couvert en velours rouge à fleurs. On parle de me faire coucher à la
maison et d’y être nourri. On doit rentrer à trois, un Belge et un autre
Français menuisiers, la date est fixée pour le 11 décembre.
Décembre
Le
11 décembre, rentrée définitive à la Maison Muller (petite chambre à 6 trois
Russes et nous, deux Français et un Belge François Leblicq. Français :
Henri Joignan.
Janvier
Le
20 janvier, première fois que je joue sur un violon (de 16h30 à 18h, concert
avec deux Russes David et Abraham.
Le
patron rentre et je lui joue un morceau de flûte (Les femmes et les Fleurs)
Photo adressée à ses parents, le 20 janvier 1918
« En souvenir de ma captivité à Lyck, le 23 juin
1918 »
30 Septembre : la paix avec la Bulgarie
Le
…………….. La paix avec la Turquie et l’Autriche
Octobre
Le
26 octobre premier baiser à Lény
Novembre
Le
9 novembre à 7h, j’apprends chez le coiffeur la démission du Kaiser.
12
novembre : L’armistice avec l’Allemagne.
16
novembre (samedi) 17h : Je finis de travailler et remets mes outils
sachant que l’on doit partir dans deux jours.
Resté
le dimanche et le lundi 18. Parti de Lyck le 20 mercredi. Adieux à la gare de
Lény et sa sœur. (gros cafard). Le train part à 1h30.
Arrivée
à Arys à 2h30. Rentrée dans les baraques. Resté jusqu’au départ pour la France
Le
3 décembre, enterrement du camarade Kelford.
Décembre
Le
28 décembre à 6h30 du soir, départ pour la France.
Le
29, chemin de fer pour Dantzig.
Demande
de colis. Giessen
Le
14 décembre 1916
Envoyé
une lettre demandant : 4 paquets de 1kg et 1 de 5kg par semaine.
De
l’argent, de 10 à 15 francs.
Demande
d’effets, pantalons rouge, calot, veste bleue et chaussures fines.
Comme
conserve : Lait, farines Heudeberd, beurre salé, pâtes, chocolat, du tabac,
1 ou 2 paquets dans ceux de 1 kg, et plus dans ceux de 5.
Extrait du répertoire en fin de carnet
Pour
que vous vous y retrouviez dans la famille (les courriers) :
Louis
et Louise Morin ont eu trois enfants :
--
Madeleine, qui a épousé avant guerre Jean-François Bouleau, dit Jeff dans les
courriers, de Mayenne, et lui aussi poilu. Madeleine est morte de la grippe
espagnole le 11 décembre 1918 à Mayenne, à 29 ans
--
Mon grand-père René, qui ne s'est marié qu'en 1920
--
Henriette, qui pendant la guerre soignera des blessés à Evreux, et épousera
l'un d'entre eux, Etienne Boudier, de Thizy (69) par la suite.
Les
autres personnes dont il est question :
--Clara
Ouin, grand-mère maternelle de René, qui signe le premier courrier, en 1909
--André,
cousin germain de René, lui aussi au front.
--Et
…Truc, le chien..
Carte de René à ses parents,
15 septembre 1914
Chers parents
Un simple mot pour
vous dire que je suis en bonne santé. Envoyez-moi un paquet d’une ceinture de
flanelle de 3m50 environ, épingles nourrice, une paire gants laine, un foulard.
Mes bandes molletières. (Des paquets de cigarettes Maryland – cigares) Je vous
remercie d’avance. Le paquet recommandé. Les derniers paquets sont bien
arrivés. Embrassez bien Henriette et le Grand-Père pour moi, bonjour à Mme
Eugénie.
Caressez l’ami Truc
aussi.
Et pour vous deux,
de gros baisers.
René
Chers parents
Je viens à l’instant
de recevoir votre paquet recommandé avec cigare et cigarettes ainsi que les
boites de pâté. Je vous en remercie. Le tabac est tellement rare que cela fait
plaisir de recevoir un paquet comme celui-ci. Vous pouvez m’en envoyer trois
paquets de bleu tous les 5 jours que je n’en manque pas. J’en ai réclamé aussi
à Joseph, comme cela je serai toujours avec du tabac.
Tout va bien.
Embrassez bien tout
le monde pour moi
René
Mes chers parents
Je suis toujours en
bonne santé. Nous avons changé de secteur, au lieu de mettre sur vos lettres
195 c’est maintenant secteur 93. Je vous écrirai plus longuement demain si je
le puis car à la liaison on a quelques jours de travail fatiguant pour bien
connaître ce nouveau secteur.
En attendant de vos
nouvelles, je vous embrasse bien fort.
Votre fils
René
Mes chers parents
Je suis toujours en
bonne santé. Je suis encore au pays. Je vous écrirai plus longuement demain car
le Vaguemestre attend après moi.
Embrassez bien le
Grand-père et Henriette pour moi
Et Pour vous de gros
baisers
René
Ma chère Maman
Papa est arrivé hier
en bonne santé mais un peu fatigué.
Nous étions partis
tout à l’heure pour faire une promenade mais nous avons été obligés de rentrer
la pluie commençant à tomber, le temps est orageux.
Son séjour ici va
être bien court et pour comble va se terminer par un voyage ennuyeux et départ
réellement trop matinal.
Tous les quatre nous
t’envoyons nos bons baisers et j’espère te voir bientôt.
Ta fille qui t’aime
Madeleine
Nous avons eu de
bonnes nouvelles de René hier.
Mon cher René
Je suis toujours bien
à Mayenne en attendant la décision de l’autorité militaire. Je ne suis ni
artilleur, ni (illisible). C’est épatant, mais je commence à avoir grand
désir d’être fixé. Ton père est ici pour le moment et doit remmener Henriette
Vendredi. Madeleine se trouvera bien seule. Quand cette sale guerre sera-t-elle
finie ? Bientôt je l’espère car cela se prolonge par trop.
Tout le monde
t’envoie ses meilleurs baisers et moi je te serre bien affectueusement la main
Mes chers parents
Je viens à l’instant
de recevoir deux photos de mon ami Queval et moi. Je suis heureux de pouvoir me
présenter à vous en nouvelle tenue. Elle est tellement claire que la photo
paraît blanche.
Je pense en avoir
d’autres d’ici peu.
Je joins à ma lettre
de gros baisers pour toute la famille.
Gros bécot à mon
Truc.
Mes chers parents
Une simple carte
pour vous donner de mes nouvelles. Rassurez-vous, je suis en bonne santé. Nous sommes
au repos mais je ne sais pour combien de temps. Embrassez tout le monde pour
moi.
Votre fils qui vous
aime
René
Mes chers parents
Je me prépare pour
faire une promenade aux tranchées, mais je rentre ce soir au pays, je vais
faire des photos. J’en ai déjà de belles dès que j’en aurai deux ou 3 bobines
je vous les enverrai.
Nous partons au
repos pour quelques jours seulement.
Envoyez-moi de
l’argent car le retour à Paris m’a fait faire de la dépense mais je ne le regrette
pas.
Amitiés à toute la
famille
René
Je suis rentré des
tranchées pour un court séjour de repos, ce soir nous reprenons les tranchées
pour peu de jours et ensuite un grand repos je pense.
Je vous écris ces
lignes sur une carte
boche. J’en ai trouvé
quelques unes sur un mort. Cela sera un souvenir de la guerre 1915.
Je viens de recevoir
un paquet recommandé contenant pipe, tabac et conserves. Je vous en remercie
beaucoup.
Embrassez bien tout
le monde pour moi
Votre fils
René
Cher oncle et chère
tante
Je viens de recevoir
votre lettre et je m’empresse de vous remercier pour les 20 francs qui m’ont
fait grand plaisir. Je pense recevoir une lettre de René d’ici peu, espérons
que bientôt il va vous voir. Je suis toujours en bonne santé et dans le même
pays, nous continuons le travail des tranchées, c’est assez … mais fatigant.
Henriette doit être tranquille en ce moment, car les bleus sont peu nombreux et
le peu qu’il y a restent en arrière du front. Je termine en vous embrassant
bien tous et en vous priant de m’excuser pour l’écriture car notre table
d’écriture n’est pas très moderne…
André
Mes chers parents
Un mot pour vous
donner de mes nouvelles. Je suis dans les tranchées. Je suis en bonne santé.
Toujours du mauvais temps.
Je suis toujours en
arrière pour l’argent j’ai toujours 50 francs en arrière que je n’ai pas reçu.
Mets-moi 100 francs dans un paquet ou une lettre recommandée le plus tôt
possible. J’attends après.
Mes amitiés à tous
Votre fils qui vous
aime
René
Mes chers parents
J’ai souffert hier de
douleurs dans les jambes. Je crois que c’est du rhumatisme. Mon pied va mieux,
il ne reste plus rien que la marque. Enfin il faut faire aller. Les boches sont
récalcitrants en ce moment. Le secteur n’est pas le même qu’il y a un mois.
Dès que vous aurez
mon stylo, n’oubliez pas de me l’envoyer aussitôt en y joignant une bouteille
d’encre Waterman, je n’en ai plus.
J’ai des photos que
j’ai vu là-bas que je n’ai pas encore reçu, entre autres celle de Lebert qui me
réclame la pellicule.
Embrassez bien tout le
monde
René
Louis, Louise, Madeleine, et
le chien Truc
Mes chers parents
Je suis toujours en
bonne santé. Je vous mets ce soir une simple carte, n’ayant pas eu le temps de
vous écrire plus longuement.
Embrassez bien toute
la famille pour moi.
Gros baisers
René
Mes chers parents
Je vous envoie
aujourd’hui un paquet contenant ma montre, elle a ramassé un coup et ma foi le
verre a encore été cassé. Vous serez bien aimables de la faire visiter
intérieurement car le mouvement est mal réglé. Renvoyez-la moi le plus vite
possible, étant très pressé.
Je suis toujours en
bonne santé et toujours en attendant de prendre les tranchées.
Votre fils qui vous
aime
René
Ma chère petite
Henriette
Un petit mot pour te
donner de mes nouvelles avant de partir en ligne.
Je suis en bonne
santé mais nous prenons un mauvais coin, demande à M. Baril , il l’a
connu. Enfin, il faut avoir du courage et dans 4 jours je t’écrirai plus
longuement.
Embrasse bien
Madeleine, et pour toi un gros baiser.
René
Mon cher Grand-Père
Le 3ème
de vos poilus se porte bien et vous envoie ses baisers bien affectueux.
Joseph
Bons amis
J’ai la satisfaction
d’apprendre que vous avez eu des nouvelles de votre cher René : au moins
vous allez avoir plus de tranquillité, il est toujours à l’abri d’un malheur.
Je pensais qu’il en était ainsi car j’ai un de mes copains qui a un beau-frère
au 39e qui a été fait prisonnier à la même date. Pauvre gars. Je ne
recevrai plus de bonnes missives de lui.
Enfin je suis
heureux que vous soyez rassurés sur son sort et espérons que cette calamité ne
durera plus longtemps.
Mon affectueux
bonjour et un bécot à Melle Henriette. Bien des choses à Mme Bouleau.
Courrier d’un camarade à
Joseph, septembre 1916
Courrier de la Croix-Rouge à
Louis, 27 septembre 1916
Mon cher petit René
Ce matin nous avons
reçu ta carte que tu nous as envoyé le 14 août. Comme tu le vois, elle a mis
bien du temps à nous parvenir et nous espérons que la prochaine nous donnera ton
adresse pour que nous puissions correspondre avec plus de sûreté. Je pense bien
que tu as reçu celle que je t’ai envoyé le 29 septembre ainsi que ton paquet.
Nous sommes tous en bonne santé. Joseph et Madeleine vont bien, le grand-père
aussi, et tous nous t’envoyons tous nos bons baisers et te souhaitons une bonne
santé.
Ta mère qui
t’embrasse de tout cœur.
Mon cher René
Je ne voudrais pas
laisser passer ce jour sans vouloir t’offrir de la part de tous nos meilleurs
souhaits de fête, nous aurions bien voulu le faire de vive voix, mais les
circonstances actuelles ne le permettant pas il faut donc se contenter de ce
morceau de papier et espérer que l’année prochaine nous pourrons ce jour
t’embrasser bien fort.
Nous comptions bien
cette semaine recevoir une carte de toi nous disant que tu as reçu de nos
nouvelles et le premier paquet envoyé, que ta prochaine lettre nous donnera de
plus amples détails autant comme il te sera possible de le faire.
J’ai à t’annoncer
aujourd’hui la mort de ce pauvre Maurice Oursel. Depuis le temps qu’il était
alité pour lui c’est une délivrance puisqu’il n’y avait aucun espoir de pouvoir
le tirer, c’est une bien vilaine maladie.
Depuis quelque temps
nous avons un temps déplorable, toujours de la pluie et du vent, aujourd’hui le
soleil a bien voulu nous envoyer son plus gracieux sourire. C’est vraiment
moins triste quand il veut bien se faire voir et les idées ne sont plus les
mêmes.
Hier nous avons eu
la visite de Mme Bourdon, son mari a été blessé, il va mieux, elle est restée à
passer la soirée avec nous. Ayant manqué son train, elle a pris possession de
ta chambre, puis est repartie ce matin au train de 5 heures. Elle s’ennuie
beaucoup dans son trou de campagne et voudrait bien voir l’été arriver. Elle me
prie de te dire bien des choses de sa part et te souhaite une bonne santé.
Joseph et Madeleine
vont bien, ils ont profité que Joseph était là pour aller faire des achats.
Pierre Lecomte était
là depuis un mois, il avait mal dans une oreille, il repart demain.
Toute la famille
t’envoie ses bons souvenirs. Le grand-père se joint à nous trois pour t’envoyer
ses bons souhaits et tous nos bons baisers.
Ta mère qui
t’embrasse très fort.
Louise Morin
J’oubliais de te
dire que Mme Huette te souhaite le bonjour.
Il ne faut pas que
je te laisse sans nouvelle de ton chien, il va bien, fait toujours le comique,
et devient de plus en plus intéressant. Demain il ira faire sa grande promenade
dans les bois de Saint-Michel.
Courrier à Louis, 17 novembre
1916
Mon cher René
Nous avons reçu
aujourd’hui le paquet que nous t’avions envoyé le 29 septembre cela ne nous a
qu’à moitié surpris n’ayant pas à ce jour ton adresse exacte, c’était la Croix
Rouge qui nous avait dit d’envoyer au camp de Wahn par Genève, Suisse.
Mais les autres
envoyés depuis le 27 octobre ont ton adresse comme tu nous l’as donnée. Je
pense que maintenant tu en as reçu car depuis cette date il en part un toutes
les semaines. Nous comptons recevoir ces jours une lettre de toi nous disant
que tu as reçu cartes et paquets et que régulièrement tu vas les recevoir. Il
n’y a pas de raison qu’ils ne te parviennent pas puisque les autres les
reçoivent.
Amitiés et bons
baisers de tous
Ta mère qui t’embrasse
de tout son cœur.
L. Morin
Mon cher René
Comme je te l’ai dit
dans ma carte d’hier que je t’ai écrite de suite pour te tranquilliser, nous
avons reçu hier matin la tienne nous donnant ta nouvelle adresse dans un camp.
Tu dois penser si tous nous étions heureux car nous espérons que maintenant nos
lettres vont te parvenir ainsi que les colis envoyés et les mandats.
Nous voyons d’après
tes lettres que tu n’as rien reçu de nous tant que tu as été à Wahn. Ta
première carte envoyée le 23 juin nous est parvenue le 11 août, tu vois que
nous avons été cinquante jours sans nouvelles et ta lettre du 20 août nous est
parvenue le 11 novembre dans laquelle tu nous donnais ton adresse, mais je
t’avais écrit ma première carte le 29 septembre, d’après les renseignements
envoyés par la Croix Rouge. Ce jour nous t’avions envoyé un paquet qui nous est
revenu le 29 octobre.
Depuis ce 29 octobre
nous t’en avons envoyé, ou plutôt fait envoyé un toutes les semaines par
l’œuvre des prisonniers de guerre, espérant que tu les recevrais plus vite.
Nous comptons bien que tous ces paquets vont te parvenir à Giessen, du reste
nous allons faire le nécessaire pour cela, ainsi que ceux envoyés de Berne par
un ami de Servin. Hier au reçu de ta carte nous en avons fait partir un tout de
suite. Aujourd’hui nous t’envoyons un mandat international de 15 francs, nous
t’en avons envoyé un le 23 novembre je pense que lui aussi te parviendra.
Espérons que maintenant tu vas avoir de nos nouvelles régulièrement car le
temps doit te sembler bien long de ne pas en avoir reçu depuis six mois et de
ne pas savoir comment nous allons. Mais sois tranquille, nous sommes tous en
bonne santé ainsi que le Grand Père, Joseph et Madeleine et ils me prient de
t’envoyer toutes leurs bonnes amitiés.
Madeleine a reçu une
carte de toi, je lui ai envoyé ton adresse et elle va t’écrire, du reste, elle
est en ce moment à Paris. Joseph a eu 48 heures et elle doit revenir par Évreux
pour passer quelques jours avec nous. M. Queval est en bonne santé, il ne se
plaint pas, nous avons reçu une lettre de lui à la fin d’octobre pour nous
remercier d’un colis envoyé.
M. Gauvin va bien,
j’en ai des nouvelles par sa grand-mère. Nous correspondons avec Madame Binet
de Paris, ce matin, nous avons reçu une lettre d’elle nous disant que son frère
était en bonne santé.
Nous avons eu
Monsieur Vincent qui est venu passer dimanche et lundi avec nous, il est
reparti hier matin, nous avons même reçu ta carte au moment de son départ. Tu
penses si il était heureux, lui aussi te dit bien des choses.
Maintenant nous
t’enverrons nous-mêmes un colis toutes les semaines, cela nous permettra de
pouvoir te changer des conserves, car dans les paquets envoyés, ne sachant pas
le temps qu’ils pouvaient mettre à te parvenir, c’était ce qu’il y avait à
mettre. Nous y avons joint du linge, du reste, tu verras ce qu’il y a. Dans le
cas où il te manquerait quelque chose, dis nous le, mais surtout dès que tu
recevras le premier paquet dis le tout de suite.
Je crois
qu’aujourd’hui je suis bien bavarde mais cela me semble bon de pouvoir parler
avec toi par écrit sachant que cette lettre te parviendra. Tous tes amis
d’Évreux t’envoient leurs bonnes amitiés, ainsi que René et ? Servin.
Tous les trois nous t’envoyons
tous nos bons baisers.
Ta mère qui
t’embrasse bien affectueusement
Mon cher René
Ce matin nous avons
reçu ta carte du 18 octobre nous disant que tu avais fait un long voyage et que
tu étais arrivé au pays de la neige. Nous te faisons envoyer à Giessen comme tu
nous le dis sur cette dernière carte un colis de provisions, du linge, des
gants fourrés et nous t’en faisons envoyer un par la Suisse. J’espère qu’ils te
parviendront où tu es reparti.
Nous t’avons envoyé
hier un mandat international de 15 francs, aujourd’hui nous t’en envoyons un
autre de 20 francs pour que tu ne sois pas sans argent. Surtout ne te fais pas
de bile, tranquillise-toi, nous allons tous bien, et nous t’embrassons bien
fort.
Ta mère qui t’aime
Retour de colis, 20
janvier 1917
Mon cher petit René
Je sais que tu as
déjà reçu quelques lettres et un mandat. Si seulement les colis pouvaient tous
te parvenir !
J’enverrai à Évreux
un de ces jours un produit de Gorron que tu aimes tant pour qu’ils te le
joignent à un envoi.
Malheureusement en
ce moment, l’on en trouve plus difficilement, tous ceux qui ont des prisonniers
en captivité en expédient car cela se conserve très bien.
Joseph est toujours
en bonne santé mais souffre du froid. Tu dois en souffrir encor beaucoup plus
toi, n’est-ce pas ??
Bons baisers mon
cher petit René de ta petite sœur qui t’aime bien tendrement.
Mon cher petit René
Je suis absolument
désolée de voir que tu ne reçoives aucun colis. De quoi cela peut-il
provenir ? Pense depuis que tu es prisonnier, tous ceux que Papa et Maman
ont pu t’envoyer ! C’est à n’y rien comprendre. Il est vrai que tu changes
si souvent d’adresse que cela doit y contribuer pour beaucoup. Je vais
cependant t’en envoyer un cette semaine car je ne puis réellement pas croire
qu’on ne te les donnera pas et qu’au contraire tu vas en avoir plusieurs à la
fois. Comme tu seras heureux ce jour, n’est-ce pas ?? Je joindrai à mon
envoi les photographies que tu me demandes. Il ne faut pas te soucier de me
voir en deuil car tu sais bien que c’est de ma belle-mère. Tu en étais averti
au début de Juin.
Bons baisers de mon
petit Jef qui j’espère comme toi nous reviendra bientôt.
Baisers affectueux
de ta petite sœur
Mon cher petit René
Tu vas trouver tous
ces temps que j’ai été bien silencieuse. Je savais que Maman écrivait pour nous
tous pendant mon séjour à Évreux. Elle a du te dire aussi que j’ai pu aller
passer quelques jours auprès de mon petit Jef à Pontoise. Papa est venu me
reconduire ici et est resté quelques jours. Il est reparti hier matin. Je
t’assure que je me sens bien seule ici et que je donne au Bon Dieu qu’il nous
donne la grâce que cette horrible guerre se termine au plus vite afin que nous
nous trouvions tous réunis au plus vite et reprenions avec bonheur la vie que
nous menions voilà trois ans.
Si je ne t’ai pas
écrit je ne t’ai cependant pas oublié car la semaine dernière je t’ai fait un
envoi de 5 kg. Comme l’on recommence à envoyer des conserves je t’en ai mis
n’ayant malheureusement pas pu trouver d’andouille. J’ai mis des tripes,
cassoulet, lait condensé, chocolat, pain de Gênes etc. J’espère que ce colis te
parviendra en bon état comme les précédents.
J’avais reçu pendant
que tu étais à Évreux ta bonne lettre du 7 juin. Je vois que tu n’es pas trop
malheureux dans la ferme, bien que ce sport ne soit pas, comme tu le dis, ne
soit pas tout à fait dans ton genre. Enfin il faut en ce moment prendre les
choses du bon côté. Jef va toujours bien et m’a priée de bien t’embrasser
lorsque je t’écrirai. Je joins mes meilleurs baisers aux siens.
Ta sœur qui t’aime
Madeleine
Mes chers amis
Vous prie d’accepter
pour 1918 mes meilleurs vœux et souhaits. J’espère que cette année nous amène
la paix et nous réunira tous bientôt. Actuellement on ne peut guère souhaiter
autre chose. Pense que vous êtes tous en bonne santé, avez-vous toujours des
bonnes nouvelles de René ?
Dites-lui bien des
choses de ma part et que je compte bien le revoir cette année.
En attendant le
plaisir de vous revoir, avec mes amitiés et mon meilleur souvenir.
Maurice
Chers parents
J’ai reçu ce matin
une lettre de mon petit Joseph. Il va bien mais il dit qu’il y a où perdre la
tête ; dans la journée de mardi l’on lui a demandé son nom plus de
cinquante fois, changé de section cinq fois.
Pensez qu’il était
dans une section qui part pour la Serbie. Je ne sais comment j’aurais pu supporter
un tel éloignement. Sans nouvelles, comment peut-on vivre ?
Enfin je pense qu’il
va s’en tirer, il s’est mis en bonne relation avec le brigadier, c’est ce qui
l’a sauvé.
J’ai eu hier une
lettre de René, toujours blagueur. Il ne sait pas encor que mon petit Joseph
est reparti.
Aussitôt que je
saurais ce qu’il est décidé pour Paris, je vous en ferai part.
Embrassez bien fort
pour moi ma petite Henriette ainsi que le Grand-Père et vous, chers parents, je
vous embrasse aussi fort que je vous aime.
Votre petite
Madeleine.
Mon cher René
Nous avons reçu hier
matin une enveloppe contenant plusieurs cartes dont une était adressée à mon
nom. Je te remercie infiniment, elle m’a fait beaucoup plaisir. Tu es très bien
photographié et tu m’as l’air d’avoir assez bonne mine. J’espère que ta santé
est toujours bonne et pour ton travail tout va pour le mieux.
Hier après midi
Marie est venue nous rendre visite avec René qui était sur son départ, ils
m’ont priée de te dire bien des choses de leur
Aujourd’hui il fait
une vraie journée de printemps, nous avons été comme chaque jour faire notre
petite promenade et je t’assure que cela nous coûtait de rentrer, enfin il faut
être raisonnable et se dire que beaucoup voudraient pouvoir le faire.
Probablement il
partira demain un colis pour toi, Papa va tacher de le faire sur la soirée car
il ne peut avoir une minute à lui, le commerce marchant très bien en ce moment,
il a vendu la semaine dernière trois salons avec rideaux de soie et sièges
couverts de velours, puis voilà quinze jours, quatre chambres dans la même
semaine, ce qui est le plus ennuyeux c’est le manque de personnel, enfin, il ne
faut pas s’en faire.
Depuis cette
semaine, j’ai repris mon service à l’hôpital, il y avait quelque temps que
j’étais au repos et nous avons été rappelées par une arrivée de malades, j’ai
beaucoup de travail toute seule avec mon service, mais je n’ai pas le droit de
me plaindre lorsque l’on voit tous ces pauvres malheureux.
Je termine ma lettre
en t’envoyant mes meilleurs baisers et en te disant à mardi prochain.
Ta sœur qui t’aime
de tout cœur
Henriette
Excuse mon écriture
car je suis toujours dérangée.
Mon cher René
Nous avons reçu ce
matin une lettre de toi du 17 mars, je t’assure qu’elle nous a fait bien
plaisir. Justement dans ma dernière lettre je te demandais si tu recevais bien
mes lettres et mes colis, et coïncidence tu m’as répondu d’avance sur ce sujet,
me remerciant aujourd’hui. Je te promets que je suis très heureuse de pouvoir
te faire plaisir.
Tu nous dis que le
temps est superbe, peut-être n’est-il plus de même, car ici nous avons eu un
mois de Mars merveilleux, et celui-ci est épouvantable, depuis les Rameaux ce
jour où nous avons eu du soleil très chaud, ce sont des journées soit de pluie
soit de froid comme en plein mois de Décembre. Enfin après ce vilain temps
espérons que l’été va être superbe et que nous pourrons nous chauffer au
soleil.
Marie est venue nous
faire ses adieux hier soir, elle partait au train de 10 heures ce matin. Je ne
la reverrai maintenant qu’au mois de Juin quand René reviendra en permission,
elle se plait beaucoup à Bayeux et travaille beaucoup son anglais mais malgré
cela elle reviendra ici cet hiver.
J’ai été vaccinée
vendredi à l’hôpital pour la variole, je t’assure que je suis bien raisonnable,
sans cela qu’est-ce que prendrait mon bras, il me démange tant que je me
soulagerai en le grattant, mais c’est défendu alors il faut être obéissante,
puis ce n’est rien près des souffrances que je vois depuis si longtemps.
Alors mon cher
petit, le prochain paquet ce sera moi qui te l’offre, du reste je te l’avais
bien dit dans ma dernière lettre, j’espère qu’il t’arrivera en bon port et que
tu pourras te régaler en pensant à celle qui te l’envoie.
Le travail marche
très bien en ce moment. On fait aussi de jolies choses, le plus ennuyeux c’est
le personnel qui manque, on fait patienter les clients et vraiment ils sont
bien raisonnables.
En attendant
toujours avec impatience d’autres nouvelles de toi plus récentes, je t’envoie
mes baisers bien affectueux
Ta sœur qui t’aime
de tout cœur
Mon cher petit René
Comme tu le vois je
suis toujours habitante de la capitale. Mon petit Jef est encor en traitement à
l’hôpital pour des névralgies faciales. Il a subi des piqûres d’ ? qui
l’ont bien fait souffrir mais il a beaucoup moins de maux de tête. Espérons
qu’il n’aura pas souffert en vain.
Je ne pense pas que
nous soyons maintenant ici plus d’une huitaine, car la semaine prochaine il
passe un conseil pour la convalescence. J’espère qu’il aura quelques jours de
repos dans notre petit chez-nous.
Je suis allée la
semaine dernière y passer quelques jours et j’en ai profité pour te faire faire
un bon colis. Comme je vois que tu es toujours heureux lorsque tu reçois du
jambon, je t’en ai mis la moitié d’un petit que j’avais en réserve. J’espère
qu’il t’arrivera en bon état ainsi que tout le reste et que tu pourras te
régaler. J’aurais voulu pouvoir t’écrire de là-bas, mais je dois te dire qu’y
étant restée peu de temps j’ai trouvé tant de travail que je n’ai pu tout
faire.
Depuis mon retour
nous avons battu les pavés du faubourg pour trouver du meuble et réassortiment
pour le magasin. Je t’assure que tous les soirs je suis bien lasse, mais il
faut que ces achats soient faits pendant notre séjour ici.
J’espère mon petit
René que tu es toujours heureux dans ta place et souhaite de tout cœur que tu y
restes jusqu’à ton retour qui je pense est proche.
Ajout de Joseph
Je t’adresse
ci-joint une photo de Madeleine prise dans le salon des amis chez qui elle
habite. J’espère que tu as reçu toutes celles que je t’avais envoyé voilà
bientôt deux mois.
Je t’embrasse bien
affectueusement
Joseph
Mon cher René
Je suis en retard
d’une journée pour t’écrire, j’attendais d’avoir une lettre de Madeleine.
Joseph n’a pas eu de prolongation, il est donc retourné à son dépôt, Madeleine
est repartie avec lui. Elle doit venir ce soir pour passer quelques jours avec
nous, dans le cas où Joseph serait libre Dimanche elle resterait à passer la
journée avec lui et ne viendrait que Lundi, nous serons bien contents de
l’avoir quelques jours avec nous.
Nous avons reçu ce
matin ta lettre du 23 juin, oui, deux ans que tu aies prisonnier, nous aussi
nous voudrions bien voir ton retour arrivé, c’est long. Mais comme tu nous le
dis, il faut prendre son mal en patience et savoir attendre.
Je suis bien
contente que la photo de monsieur Queval te soit parvenue depuis el temps que
tu avais le désir de l’avoir.
Tu dois avoir reçu
maintenant la lettre dans laquelle je te disais que nous avions reçu les photos
en groupe et toi en Russe, je t’assure que nous t’avons bien reconnu, de
celle-ci nous n’en avons reçu qu’une qui était adressée à Henriette.
Demain Samedi on te
fera l’envoi d’un colis et dans ma lettre de Dimanche, je te dirai son contenu.
J’ai une paire de chaussures à t’envoyer on la joindra, du reste je te le
dirai.
Le frère de Marie
est blessé, ils ont eu des nouvelles par un de ses camarades, je te tiendrai au
courant de sa santé, espérons pour lui et pour eux que tout va bien.
Tous les trois nous
t’embrassons de tout cœur
Ta mère qui t’aime
affectueusement
Mon cher René
Je suis encore cette
fois en retard d’une journée pour t’écrire. J’attendais d’avoir une lettre de
Madeleine nous annonçant son arrivée. Sa lettre est arrivée après elle et nous
avons le bonheur de l’avoir maintenant avec nous pour quelques jours. Nous
serions encore plus heureux si tu étais là ainsi que Joseph qui est rentré à
son dépôt, enfin il fat savoir être patient et attendre.
Nous avons passé
hier notre journée à Saint Michel, notre petit blessé est venu avec nous toute
la journée, il a trouvé la propriété charmante et espère bien y revenir avant
son départ avec cela nous avons eu un temps magnifique. Je t’assure que nous
avons parlé de toi bien souvent et malgré que Monsieur Boudier ne te connaisse
pas il m’a prié de t’envoyer ses bonnes amitiés.
On n’a pas encore de
nouvelles de René Oursel cette pauvre Marie est bien chagrine, elle se voit à
la veille de recommencer encore une fois, elle n’a pas de chance depuis un
moment, elle ne sort pas de ses ennuis, espérons que les nouvelles vont leur
parvenir et qu’elles seront bonnes.
Elle doit rentrer à
Évreux pour être auprès de sa mère.
Nous avons reçu ce
matin ta carte du 30 juin, comme tu le vois celle-ci n’a pas mis beaucoup de
temps à nous parvenir, nous sommes si heureux de te savoir en bonne santé et
que tes paquets te soient parvenus en bon état. J’ai dit à Madeleine pour la
photo de Joseph, elle va t’en envoyer une comme cela la famille sera au complet
et le cadre garni de ceux que tu aime tant.
Aujourd’hui, on est
occupé à te faire un paquet. Comme il n’est pas fini, je vais te dire à la fin
de ma lettre son contenu. Cela est plus pratique depuis que tu me dis quelques
articles contenus dans chaque paquet. Comme j’écris ce que je t’envoie je me
rends compte de ce que tu reçois.
Ton père, Madeleine
et Henriette se joignent à moi pour t’envoyer nos gros baisers.
Ta mère qui
t’embrasse de tout cœur.
Mon cher René
Ma dernière lettre a
parti avant que ton paquet ne soit fini c’est pour cela que je n’ai pas pu t’en
donner le contenu. Il y a donc lait, beurre, riz, café en grains, 5 paquets de
poudre de chocolat, yog chocolat, coquillettes, confitures, pâté, 1 boite bœuf
sauce tomate, 1 paquet tabac, 2 savons, cacao. Ce paquet est de la part
d’Henriette.
Ce matin, Madeleine
a reçu une carte de toi du 16 juin lui disant que tu avais été huit jours au
lit et que le soir tu faisais une promenade pour te retaper. Nous pensons que
tu vas tout à fait mieux puisque ta carte du 30 juin reçue lundi matin tu nous
disais que tu allais bien.
Ce soir nous allons
fêter la fête au Grand-Père, je vais lui présenter tous tes vœux. Espérons que
l’année prochaine nous serons tous réunis et que lui sera encore des nôtres.
Nous avons eu la
visite de Monsieur Tellier le voyageur, il nous a annoncé la mort de Monsieur
Tétézons. Il est enterré hier au Havre. Il est mort subitement à Quimper. Il a
été chez Madeleine au commencement de Juillet, en voilà encore un de disparu,
il n’en reste presque plus des anciens voyageurs.
Madame Roussel nous
a écrit étant repartie chez elle, son mari lui a dit qu’il t’avait vu et que tu
étais en bonne santé.
Joseph pense pouvoir
venir passer la journée de Dimanche avec nous. Depuis le temps que nous ne
l’avons pas vu, mais malheureusement, tu nous manqueras.
Tous les quatre nous
t’embrassons bien fort.
Ta mère qui t’aime
bien.
Mon cher René
Voilà une journée de
Dimanche passée. Nous sommes allés à Saint Michel. Le grand-Père est venu avec nous
et Mlle Eugénie. La journée a été belle et chaude. Ton père s’est occupé à
mettre le raisin dans des sacs car cette année, il y en a eu en quantité. C’est
le seul fruit, pas de pommes ni poires. Et c’est un peu partout pareil.
Nous sommes toujours
en bonne santé. Nous pensons que tu aies de même attendant de tes nouvelles
n’en ayant pas eu depuis le 14 juillet, mais tu nous disais que ta prochaine
carte serait pour Mme Serard, cela va nous retarder d’un courrier. Je pars
demain matin à Versailles avec Henriette, chez les enfants, nous rentrerons
vendredi soir. Je te mettrai une carte jeudi. Je suis contente de pouvoir faire
visiter cette ville à Henriette qu’elle ne connaît pas. Joseph va mieux, il a
repris son service, il a été heureux de s’en tirer ainsi après avoir fait un
pareil saut de crapaud.
Ta tante est venue
Samedi nous prévenir qu’elle venait de recevoir d’une ambulance du front une
lettre disant qu’André* était blessé, c’est lui qui l’a faite écrire, il a reçu
une balle dans le bras droit qui est venue se loger dans l’abdomen. Aussitôt
que j’aurais des nouvelles de lui je te le dirai.
Je ne sais encore si
c’est exact, on nous annonçait hier la mort de Mme Ivelin, Mlle Toulouse. Elle
n’était plus avec ses parents, elle avait parti pour Arcachon, si c’est vrai ce
serait malheureux laissant un petit garçon de 4 ans. La vie est bien courte
pour certains, cette pauvre Mme Toulouse n’a pas de chance, rien ne lui est
épargné.
Voilà pour
aujourd’hui toutes les nouvelles, elles ne sont pas gaies, mais en ce moment il
ne peut en être autrement.
Je t’avais dis que
ton Truc avait eu mal à la patte, il n’y paraît plus, on l’a soigné de suite.
Tous les trois nous
t’envoyons nos gros baisers
Ta mère qui
t’embrasse bien fort
* André
Rose
Dernière carte de Madeleine à René (Madeleine est morte de la
grippe espagnole le 11 décembre 1918 à Mayenne, à 29 ans)
René MORIN est décédé en 1959.
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le dépositaire de ce carnet
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