Correspondances d’Emile NUSSBAUM

Caporal au 371e régiment d’infanterie

 

 

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« Emile Nussbaum, caporal au 371ème régiment d'Infanterie écrit ici à sa soeur Eugénie.

Son petit ange cité plusieurs fois dans ses lettres est ma grand mère et Eugénie de Saint Dizier (52), sa femme. 

Je voudrai dédier ce chapitre à ma grand mère Marie Nussbaum, qui n'a jamais connu son père et jamais voulu lire ses lettres. »

Vanessa, juin 2007

 

 

 

Carte postale de Chaumont. La caserne Damrémont

 

3 août 1914

 

Chère sœur

Je pars aujourd’hui 3 août je ne sais pas si je reviendrai.

Je pense que tu ne feras pas de misère à Eugénie pour notre compte. J’ai une fille qui me ressemble, cela te rappelleras ton frère si tu ne le vois plus. Nous pensions profiter de l’arrêt du 15 août pour aller te voir, les circonstances en empêche. Je t’écris de Chaumont et je confie ma lettre à l’hôtelière ou je séjourne, je ne sais pas quand tu la recevra, mais je te prie d’avoir ma fille en souvenir de son père. Je ne veux pas que tu fasses des sacrifices mais au cas où elle ne pourrait pas te payer d’oublier cette dette.

Je t’embrasse plus fort que jamais et prie pour moi.

Ton frère

 

 

 


6 novembre 1914

Chère sœur

 

Je ne trouverais jamais assez de mots pour te remercier de ton utile cadeau, seulement je n’ai pu retenir mes larmes. J’attendais de tes nouvelles tous les jours mais j’ai été tout surpris de ton envoi.

Au moins ce seras un souvenir, si je reste, j’aurai quelque chose de toi, j’ai reçu tout en bon état : passe montagne, manchettes, chaussettes, chocolat, pain d’épices, bonbons et papier à lettre. Notre capitaine « un bien bon père » nous avais déjà fait distribué quelques lainages, mais nous avons besoin pour l’hiver. Ses manchettes surtout m’ont fait plaisir, car je ne parvenais jamais à en avoir avec un pouce. Avec ce que j’avais déjà, je suis garanti du froid. Oui, je pense que nous en avons pour l’hiver malgré que tout marche bien. Je t’ai écris hier car je trouvais le temps long de na pas avoir de tes nouvelles. Nous sommes toujours à la même place et au repos nous en avons besoin. Je te disais que j’étais tout surpris de recevoir une carte de Blanche, le soir j’y ai été davantage j’en ai reçu une de Louise de Paris.

Chère sœur puisque tu veux les détails je vais t’en donner. Je ne sais pas si ma lettre t’arrivera mais je t’envoie une carte pour te remercier en même temps.

Je t’ai parlé de la bataille de Mulhouse, de tout dire il m’est impossible, je te dirai seulement que poursuivi dans le rues depuis onze heure du soir jusqu’à une heure du matin sans arrêts et ou les balles nous déchiquetaient nos équipements. Moi et deux camarades nous avons tombés exténués sur un trottoir et ou de une heure à trois heures nous avons fait le mort car les patrouilles prussiennes passaient sans arrêts et nous croyants morts ils nous donnaient bien quelques coups de pieds ou de crosses de fusils. On n’avait garde de bouger et vers les trois heures au petit jours, les prussiens ayant quitter Mulhouse des civils nous ont ramassés et réconfortés. Deux régiments entiers ont été détruits dans cette bataille et si nous avons échappé c’est grâce au nombre de blessés et de morts qui encombraient les rues.

Puis dans la journée à travers les jardins ruisseaux nous nous sommes enfuis comme des fous, sans sacs, nues têtes, seulement le fusils et l’équipement,mes blessures au pied emplissaient de sang mes souliers, blessures de fatigue car je n’ai pas été toucher par les balles.

Depuis tous mes ongles des pieds sont tombés, ah j’ai souffert des pieds. Heureusement que nous avons eu affaire à d’honnêtes gens car il y a beaucoup de vrais français dans cette jolie ville de Mulhouse. Tu vois le souvenir que j’en garde et depuis si les obus éclatent quelque fois près de nous ce n’est plus rien à comparer. Nous avons eu bien d’autres occasions d’entendre siffler les balles, mais ce n’étais qu’une risée ; car tu ne croirais pas ce que devient un homme en pareil passe ; un de mes camarades de ce jour maudit est mort depuis.

Voilà la guerre est près de nous ce n’est pas l’ombre du nord, maudit soit ce Guillaume et surtout son entourage. Mais sois tranquille j’ai du courage et de la haine, j’ai préféré faire le mort que d’être prisonnier, je ferrai mon devoir jusqu’au bout. J’ai une gentille mignonne qui ne verra peut-être plus son père, mais elle pourra dire qu’il est mort en Français ; mais j’ai bon espoir.

Je remercie Monsieur et Madame Chaumonot de leur généreux bonjour et donne leur de ma part. Tu voudras bien m’envoyer un mot au reçu de ma lettre.

Je te remercie infiniment et t’embrasse de tout cœur.

Emile N


 

 

 

 

 

 

Carte postale de Kloster, Barronsweiler, O-Els

25 décembre 1914

Chère soeur

A l’occasion du nouvel an je viens par cette carte te présenter mes meilleurs souhaits de bonheur et une heureuse santé. Nous avons été vacciné contre la typhoïde nous avons une fièvre terrible aujourd’hui. Nous avons fait réveillon hier avant d’avoir cette fièvre car ce vaccin est très mauvais, on nous vaccine derrière le dos. Je t’envoie une vue du pays ou nous sommes tout près de « Charm », tu as sans doute vu nos dernières victoires à cette endroit. J’ai reçu hier ta carte du 16. Je suis ennuyé qu’Albert est près d’Ypres mais il faut espérer que cette fois il sera épargné.

Mes bons souhaits à Monsieur Chaumonot.

Je termine en t’embrassant bien fort. EN

 

 

 


Lettre

16 janvier 1915

Chère soeur

Je profite de notre repos pour te donner quelques détails sur ce que nous avons faits dernièrement. Tu dois avoir vu sur les journaux les combats d’Olspack et Cernay, je ne t’en dirai rien car notre compagnie n’a pas l’honneur d’être bien engagée. Seulement tu as vu celui de Burnaupt, où cette fois nous avons pris quelque chose. Nous étions depuis deux jours aux avants postes quand nous avons reçu l’ordre d’attaquer le pays, un bataillon de territorial devait nous faire le chemin « mais ces méridionaux s’en fichent » car c’étaient eux qui devaient nous précéder.

Donc le soir à 3 heures l’ordre arrive d’attaquer le pays, nous nous mettons en route sitôt relevés et à la nuit nous nous trouvons sur les tranchées boches. Notre grosse artillerie avait bombardé le pays toute la soirée pour annoncer notre prochaine arrivée. Donc nous voilà sur les tranchées après quelques coups de fusils nous en sommes maîtres. Nous faisons 23 prisonniers qui nous disent que le pays était évacué. Nous allons au pays, les maisons, greniers, granges, écuries tout est fouillé on ne trouve rien. Un bataillon prend sa place à droite, un autre à gauche, le 3ème prend place, 2 compagnies au sud et 2 au village soit la 22ème et la 23ème. Tout allait pour le mieux, on était content « moi pas ».

A un moment donné on entend des cris et des coups de feu au pays, ces sales rosses étaient tout bonnement dans les caves et devaient sortir à ce signal. Il était minuit et demi il en sortait par centaines des caves, nous étions 2 compagnies contre un régiment. A partir de ce moment jusqu’au jour ce fut un carnage, une tuerie épouvantable. Je ne pourrais pas te dire juste ce qui s’est passé seulement le 11ème que j’ai embroché m’a appelé « salop » en bon Français, j’étais fou. Nous n’avions plus de cartouches, je courus ou je savais en trouver et je rapportais une caisse de cartouches que je distribuais au hasard à ceux que je trouvais.

On marchait sur des cadavres, on se cachait comme on pouvait mais nous avons fait du bon travail, je trouvais plusieurs blessés à l’ambulance, notre capitaine le premier puis beaucoup d’autres. J’ai perdu mon sac, mon linge et de chers souvenirs mais tant pis et au jour nous avons été obligé de reculer devant les forces Boches. D’autres sans succès ont pris notre place mais on n’a pas perdu le terrain.

Depuis j’ai été trois jours étendu dans une ambulance on croyait à ma folie,mais aujourd’hui c’est passé, je tremble encore mais c’est passé. Nous ne sommes plus que 3 sur 14, je suis cité à l’ordre du jour et je suis nommé caporal « triste honneur » mais ce qu’on fait n’est pas à cette intention, puis il fallait que je me venge des coups de pieds et de crosses que j’avais reçus à Mulhouse le 9 août. Nous avons beaucoup perdu et depuis nous sommes en repos en attendant que le régiment soir complété, puis nous verrons, peut-être que nous resterons un peu tranquille. J’avais reçu un éclat d’obus dans l’épaule au début de décembre mais mal en fauchant je n’ai pas eu grand chose et j’en suis bien guéri. J’ai de joli souvenir de la guerre, si j’ai le bonheur de rentrer.

J’ai une bonne étoile et beaucoup prie pour moi. Malgré que très pauvre, je laisse mon prêt soit 2,20 tous les 10 jours aux veuves du régiment, car nous avons une caisse de secours que les veuves reçoivent selon la richesse de la caisse. Je regrette notre pauvre capitaine il n’est pas grièvement blessé mais on n’est pas sur de le revoir, mes meilleurs copains sont restés aussi. Je ressemble me dit-on à un corps sans âme.

Mes pauvres chéries aurais-je le bonheur de les revoir. Malgré tout j’ai bon espoir et je termine ma lettre en t’embrassant de tout cœur. EN

 

 

 

 


Lettre

18 janvier 1915

Chère soeur

Je reçois ton colis à l’instant et je m’empresse de te remercier et te dire que je l’ai reçu en bon état. Les chaussettes me font grand plaisir, peu importe pour nous la couleur car tu as du recevoir ma lettre ces temps ci où je te disais que je n’avais plus de linge. J’attends le colis que j’ai demandé à Eugénie, il ne saurait tarder.

Les cigarettes et cigares aussi me font plaisir, pour tuer le temps on est obligé de fumer et bien que je ne fume guère elles me font plaisir. Le chocolat est beaucoup goûté du houpier quand aux bonbons, on est content d’être un peu gâtés. Puis tu vois ton papier sert de suite pour répondre et pour que la lettre arrive plus vite je vais la donner à un cycliste pour qu’il la mette à la poste française, pour essayer si cela va plus vite.

Et j’oublie les sardines qui seront bien utiles dans les tranchées. Si j’avais su que tu m’envoie un colis je t’aurai écris de me l’envoyer en « colis postal » cela t’aurais coûter 0.60 au lieu de 1 et c’est aussi rapide et sûr et je t’assure que j’ai été touché en recevant ta lettre hier surtout de penser que tu veille et te fatigue pour moi. Je ne puis rien pour te remercier maintenant, peut-être que plus tard je pourrai te récompenser.

J’ai des nouvelles assez souvent de mes chéries. Eugénie d’Arc m’a écris dernièrement et c’est assez malheureux que ce pauvre Albert déjà blessé une fois retourne au feu, pendant qu’il y en a qui n’ont même pas entendu le canon. Je lui ai écris voilà 8 jours et j’attends sa réponse, Maurice m’a écris voilà un mois environ et Raymonde voilà une quinzaine, elle me dit qu’elle attend un deuxième enfant, voilà une chose qu’elle se serait bien passée, surtout maintenant. Il est vrai que Maurice ne risque guère mais en attendant c’est du mal et de l’ennui. Quant à Henri je n’ai pas de ses nouvelles, ni de Jeanne. Blanche m’écris quelquefois.

Mes trois beau frères gardent toujours les voies, ils ne sont pas malheureux. J’avais écris à Eugénie d’Arc pour qu’elle aille passer une quinzaine à Saint Dizier, elle me répond qu’elle ne peut pas quitter, qu’elle a une petite fille de l’assistance. Tu as dû savoir que René Freklin avait été blessé et n’est pas encore rétabli. J’ai vraiment eu la chance pour venir à maintenant, je ne sais si cela durera. Pour le journal que tu m’as envoyé à propos de Steinbach, nous y étions mais comme réserve et ce fut l’infanterie Alpine qui prit le village. Cette fois nous avons été trois jours sans vivre et sans eau. Maintenant j’ai un pantalon de velours car beaucoup de draps sont usés et le mien m’a laissé à Burnaupt.

Nous sommes toujours en repos, nous n’avons pas encore été complété, je voudrais bien qu’on nous laisse un peu en repos. Je ne sais ce qu’il y a aujourd’hui du côté du Cernay ou Burnaupt, le canon n’a pas cessé de tonner aujourd’hui.

Je suis toujours en bonne santé et je pense que tu es de même.

Bonjour à chez Monsieur Chaumonot et je termine en t’embrassant de tout cœur. Tu as dû recevoir ma lettre et ses détails ces jours-ci.

Reçois avec tous mes remerciements mes meilleurs bons baisers.

Je t’embrasse bien fort.

Emile N

 

 


Lettre

26 janvier 1915

Chère soeur

Je reçois ta lettre du 21 janvier qui me fait grand plaisir, tu me dis que c’est beau ce que j’ai fait. Avant le combat, on me l’aurais dis je ne l’aurais pas cru. Je ne croyais pas qu’on pouvais faire cela sans être blessé ou tué.

Tu me dis que l’instituteur a vu ma lettre et qu’il dit qu’elle mérite d’être signalée. Je ne veux pas qu’il le fasse, je laisse cet honneur à notre capitaine qui vient de me l’écrire et puis je ne veux pas qu’on parle de moi sur les journaux, mais néanmoins je le remercie de ses félicitations.

Tu me dis que Madame Chaumonot me tricote des gants de laine, cela me fera un grand plaisir car je n’en ai pas pour le moment et il ne fait pas chaud. Pour tout le reste j’ai écrit à Eugénie aussitôt et elle m’a envoyé tout le linge que j’avais besoin, maintenant j’en ai bien assez. J’ai reçu un colis de ma belle mère, je lui avais demandé des vessies de cochon sèches pour m’envelopper les pieds car quand on est dans l’eau c’est imperméable et chaud. Mais elle n’en avait pas, mais m’a envoyé un bon morceau de jambon et quelques friandises qui m’ont fait grand plaisir. Tu vois que je suis gâté et comme tu le dis cela fait un grand plaisir quand on reçoit quelque chose de chez soi. Tu me dis de te dire ce que j’ai besoin tu vois pour le moment j’ai tout ce qu’il me faut excepter des gants, c’est tout ce que je puis dire. Seulement comme tu me dis que tu vas m’envoyer un colis, tu pourra y mettre quelques victuailles car depuis que notre capitaine n’est plus là la nourriture laisse à désirer et où nous sommes en ce moment on ne trouve rien du tout. Juste un peu de vin, mais je ne voudrais pas être mendiant, je laisse ton bon cœur faire ce qu’il voudra et comme tu me le dis le chemin de fer coûte moins cher et est aussi rapide et sûr.

Je reçois une carte d’Albert en même temps que ta lettre, je suis très heureux qu’il soit en bonne santé, car sa femme m’avait écrit que le bruit courait à Arc qu’il était tué. Si on avait le bonheur de se retrouver après cette maudite guerre, quelle joie et quelle fête. Je crois bien que ce serait le plus beau jour de notre vie, mais en attendant il faut lutter et vaincre.

Comme je vais lui écrire aussi, je ne t’en dis pas davantage, tu dois avoir reçu ma lettre te remerciant de ton gentil colis. Je termine en t’embrassant très fort

EN

Pour le colis si tu l’envoies par chemin de fer voici mon adresse

EN caporal, 23 compagnie, 371ème d’infanterie, secteur postal n°42, sans mettre Belfort car les colis de chemin de fer viennent avec le ravitaillement depuis Belfort tandis que les lettres viennent directement où nous sommes, pour les colis par la poste c’est comme les lettres.

Mes meilleurs caresses

EN

La neige à tombé toute la nuit il y en a près de 25 cm mais le temps est radouci.

 

 

 


Lettre

7 février 1915

Chère soeur

Je reçois ce soir ton aimable colis et je m’empresse de t’écrire pour te tranquilliser car il était complet et en bon état. Voilà son contenu : jambon, chocolat, pruneaux, beurre, maquereau, sucre, bonbons, rhum, sel, pomme, noix, vessie, chaussettes, gants, mouchoirs. Je t’assure que cela m’a fait très grand plaisir car j’étais loin de m’attendre à tout cela et mes camarades étaient présents au déballage, poussaient des exclamations à chaque sortie du paquet.

Les pruneaux sont en train de cuirent et seront bientôt dans l’ombre et les gâteaux vont avoir le même sort. Comme j’aime bien les noix et les pommes je les conserve, les gants sont faits à merveille et je vais en être fier, quant aux chaussettes elle me feront bon et grand usage. Le beurre est trouvé délicieux et la petite boîte de sel a égayé le dîner, les vessies vont bien me servir, la boîte de maquereau servira dans les tranchées ainsi que le jambon. Le chocolat se conserve longtemps et le sucre pour les faiblesses avec la gentille bouteille de rhum, les bonbons pour sucer les nuits de gardes, les mouchoirs me font grand plaisir et je t’en remercie particulièrement. Tu vois que tout fait plaisir et nous allons causer de vous en suçant les morjanses. J’ai reçu ta lettre avant hier, je vais écrire à Madame Chamonot et quand j’aurai une carte pour la petite Louise je lui enverrai, car ces quelques mots qu’elle m’a envoyé m’ont fait grand plaisir et vous avez pensé à tout, jusqu’aux épingles de sûreté qui nous sont si utile.

Remercie bien pour moi tout ceux qui ont contribué à ce gracieux envoi. Pour le moment je suis assez bien portant, malgré les nuits que nous avons passé dans la neige ou quelques-uns ont eu les pieds gelés. Tu m’excuseras si je ne te mets qu’une feuille. Je te remercie infiniment et reçois mes meilleures tendresses.

Je t’embrasse bien fort

E Nussbaum

Caisses, cartons ou paquets tout arrive bien, il suffit de bien mettre l’adresse. Encore une fois : merci. E

 

 

 


Carte postale : Haute Alsace, viaduc de Dannemarie

21 février 1915

 

Toujours en bonne santé ; Mes meilleures amitiés

EN

E. Nussbaum Caporal, 23 compagnie, 371ème, secteur postal n°42

 

 


Lettre

24 mars 1915

Chère soeur

J’ai reçu une lettre me disant qu’Albert était blessé de deux balles à la main gauche et qu’on ne savait pas encore si on lui couperait l’index. Il n’a vraiment pas de chance si au moins c’était tout, mais on n’en voit pas la fin de cette maudite guerre.

J’ai été très content que tu aies passé quelques jours à Saint Dizier mais pas assez longtemps, tes vacances sont trop tôt passées. Eugénie m’a dit que tu t’étais fait photographiée et elle n’a pas osé t’en demander une, mais je pense que tu voudras bien m’en envoyer une, cela me ferrait grand plaisir.

Ces jours derniers j’avais mis l’adresse de Louise Chaumonot sur une carte mais je ne me rappelle pas l’avoir envoyé et je ne la retrouve plus. C’était une maison de douanier qui fût un peu brisée dans les combats au début d’août. A la réponse tu me le diras.

De ce moment on ne trouve pas de jolies cartes, car nous sommes aux avant postes et on ne trouve rien. Maintenant il fait un temps superbe, nous avons de très belles journées c’est ce qu’il nous faut. Malgré quelques escarmouches, on est assez tranquille, nous couchons tous les deux jours dehors mais il ne fait pas froid.

Bonjour à chez Monsieur Chaumonot.

En attendant de tes nouvelles, je t’embrasse de tout cœur pour la vie.

Emile N

Je pense que tu as reçu ma carte photo

 

 

 


Carte postale : Haute Alsace, Balswillem

1er mai 1915

Chère soeur

Je pense que tu as reçu ma lettre te remerciant de ton aimable colis et te disant qu’Eugénie était prés de moi. J’ai eu le plaisir de passer huit jours bien heureux mais il a fallu partir et la laisser.

J’ai trouvé notre petit ange bien gentille et grandie.

Monsieur à tout.

Je t’embrasse de tout cœur.

Emile N

 


Lettre

11 mai 1915

Chère soeur

Je reçois ta lettre du 5 mai et je m’empresse d’y faire réponse. Je suis bien contrarié que tu n’ai pas reçu ma lettre te remerciant de ton colis qui m’est arrivé le 17 au complet et en bon état. Ta lettre est arrivée le 20 ou le 21 je ne me rappelle plus ou juste. Je voulais t’écrire aussitôt le reçu du colis mais je voulais attendre ta lettre qui est arrivée. Eugénie était là et nous avons fais ta lettre tous les deux pour te remercier.

Nous avons mes camarades et moi, trouvé les cerises excellentes, tu dois penser que nous n’en avions pas mangé longtemps et le plaisir que nous avons eu de les déguster. C’était juste l’anniversaire d’un de mes hommes et nous avons fait un bon repas ce jour là : gâteau, cerises, crème au chocolat, vin blanc offert par le patron ou nous étions logés. Nous avons passés une agréable journée et tous m’ont bien chargé de te remercier et le petit fromage était délicieux. Nous trouvons bien à en acheter de temps à autre mais tout en les payant hors de prix, on croirait qu’on mange de la terre.

Comme je savais qu’Eugénie devait venir j’avais garder le beurre pour nous (k) faire la cuisine et faire la soupe de notre petite mignonne.

Je l’ai trouvée bien changée, elle est grandie et jolie, j’ai été bien content de les revoir mais le plus ennuyeux c’est qu’il a fallu se quitter, surtout que c’est moi qui partait le premier. Tu trouves drôle qu’elle soit venu me voir dans les lignes, je vais te mettre au courant en quelques mots.

Nous étions en repos pour quelques jours un peu en arrière de la 1ère ligne, comme nous nous trouvions tout près d’une gare et que les rapides passent de Saint Dizier à Belfort, j’ai hasardé de les faire venir et c’est avec bien des difficultés et des paroles qu’elle à arrivé car elle n’avait pas d’autorisation signée du gouverneur de Belfort pour y passer. On voulait la faire descendre à Lure mais comme elle a eu le toupet elle à passer à condition d’aller jusqu'à Delle gare Franco-Suisse et de là, venir me retrouver à Morvillars ou nous étions. Mais malgré tout, nous nous sommes trouvé heureux, surtout après toutes ces difficultés, mais je crois que son retour à été plus tranquille et elle devait passer une quinzaine chez eux. Je ne sais pas au juste combien elle va y rester, je pense qu’elle trouveras moins le temps long que seule chez nous.

Nous n’avons pas changé de secteur mais nous ne sommes plus à la même place.

Nous sommes dans les montagnes et dans un endroit très reculé, nos vivres nous arrivent à dos de mulets. C’est très pénible car ces montagnes sont à pic et où nous sommes c’est un lieu de désolation et de dégoût, il n’y a plus d’arbres debout, tout est brisé et je crois que le petit Parisien et le journal ont fait paraître une vue d’ici. Je ne peux pas te dire le nom mais je pense que tu comprendras.

 Je t’écris du fond de notre tranchée car on ne se montre pas, par endroit nous sommes à sept mètres l’un de l’autre mais la moyenne est de 50 m et les coups de fusils et les grenades font rages, sans compter le canon qui ne cesse. Aujourd’hui on ne l’entend pas, ce n’est pas de bon augure et je voudrais bien être à demain. Ces corps à corps à chaque instant et la nuit finissent par vous dégoûter.

Ce n’est pas que j’ai peur mais l’ennui on n’avance presque pas et cela coûte très cher. Par endroit l’air est empesté et à chaque instant en creusant nos tranchées ou en creusant nos gourbis on trouve un cadavre ou quelques fragments. Ce n’est pas agréable, pourvu que nous n’y soyons plus pour les fortes chaleurs car on ne pourrait pas y résister. Non loin de nous il y a douez cents cadavres Allemands sur le sol depuis quelques temps, tu vois l’odeur.

D’après les dernières nouvelles il parait que l’Italie va marcher, peut-être que cela avancera les choses. Remercie Louisette pour son gentil muguet et donne le bonjour à toute la famille.

Je termine en te remerciant et en t’embrassant de tout cœur pour la vie, ton frère

Emile

 

 

Citation à l’Armée :

« Le 12 mai (1915), bien que blessé, a fait preuve d’une superbe énergie et d’un beau dévouement, en refusant de se laisser soigner avant que tous les blessés de son

Escouade aient été pansés. »

 

 

Lettre

Vesserling, 18 mai 1915

Chère soeur

Je t’ai envoyé une carte le lendemain de ma blessure, je pense que tu l’as reçu.

Je t’avais envoyé une lettre quelques jours avant dans laquelle je prévoyais une attaque pour la nuit, nous l’avons eu en effet et une autre le lendemain et toujours à la baïonnette. Les deux fois nous avons progressés et les Boches furieux nous ont bombardé le mercredi toute la journée quelques mille obus.

Tout était démoli autour de nous, nos pauvres petites tranchées volaient toutes de tous côtés et c’est seulement le soir vers 8h1/2 les derniers obus qui nous firent le plus de mal. Toute mon escouade est blessée moins deux pas très grièvement mais tous à la tête. Ce n’était pas agréable et on gardera un bon souvenir de l’Artmanveillerkopf. Ma blessure n’est pas grave, elle m’a fait perdre beaucoup de sang et je souffre toujours autant. Ce matin on m’a retiré un petit éclat mais je pense que d’ici huit jours ce sera fini et sans convalescence je retournerai à ma compagnie. J’en ai été quitte pour la peur car quelques centimètres plus bas et j’en avais assez.

Il faut croire que ce n’était pas mon heure.

Bonjour à chez Monsieur Chaumonot.

Je t’embrasse de tout cœur.

Emile N

 

 


Lettre

9 juin 1915

Chère soeur

Je profite que je suis de garde et que j’ai le temps pour t’envoyer une plus longue lettre que d’habitude.

Je pense que vous avez beaucoup de travail en ce moment et que le beau temps doit bien vous aider. Ce soir il fait un orage violent et les éclairs et le tonnerre font plus de bruits que tous les canons d’Alsace.

J’ai encore appris qu’Albert était blessé, encore une fois depuis le 26 mai par un éclat d’obus à la jambe. Il n’a vraiment pas de chance, mais peut-être que cette fois c’est la dernière car j’ai la conviction qu’il ne partira plus. On peut bien le laisser en repos maintenant, il y en a assez qui n’ont jamais entendu siffler les balles ni éclater les obus.

On n’a qu’a les faire marcher, ce n’est pas toujours aux mêmes d’aller à la boucherie car à la fin on en a assez de ces carnages qui vous dégoûtent et vous rendent fous pendant quelques jours. Il serait temps que cela finisse, pour trop peu de terrain que l’on prend ou que l’on veut prendre, il faut laisser trop d’hommes.

Nous avons tout vu au Vieil-Harmant, nous en avons eu de ces boucheries où on ne peut même pas enterrer les morts car beaucoup restent entre les deux lignes et c’est impossible de les enlever. Par endroit on se trouvait de 3 à 6 mètres, dans l’autre à 15 ou 25 mètres, en dernier lieu cela n’avait rien d’amusant et les grenades faisaient rages d’un côté ou de l’autre, sans compter les autres engins plus ou moins destructeur.

 

Je t’assure que j’ai été bien content le jour où nous avons quitté et de ce moment nous sommes en repos dans un pays qui n’a rien d’agréable mais on est plus tranquille. Tout est hors de prix, on paie le lait 0,25 le litre, les œufs 3 ou 4 sous pièces, seul le vin n’est pas cher : 0,45 le litre, c’est vrai qu’il n’ont pas le droit de le vendre plus cher, ils mériteraient plutôt une balle que d’être payé en grande partie nos frères d’Alsace. Comme nos chefs nous disent, ce sont pour la plupart des crapules, de vrais bôches.

Toutefois pour cette bagatelle du 12 mai, j’ai eu le plaisir d’être cité à l’ordre du jour de l’Armée le 5 mai et je pense avoir d’ici peu la croix de guerre. Je savais bien que j’étais proposé mais c’était la 3ème fois, je ne pensais pas y être. C’est toujours une petite satisfaction, c’est vrai que cela ne rapporte rien.

Pour le moment je suis assez bien, je fais ce que je peux pour remplacer le sang perdu mais les chaleurs ne laissent que la peau.

Je reçois mes lettres assez régulièrement ces temps-ci ; j’ai été 12 jours de suite sans rien recevoir, mais le service fonctionne un peu mieux, c’est tout ce que nous avons de bon.

Je pense que tout le monde est en bonne santé et donne le bonjour chez Monsieur Chaumonot.

En attendant la fin de cette guerre et le moment de vous retrouver tous. Je t’embrasse de tout cœur.

Ton frère qui pense souvent à vous tous.

 

Emile

 


Lettre

12 juillet 1915

Chère soeur

J’ai reçu ta lettre ce matin ce qui m’a fait grand plaisir, surtout de savoir que tu fais ton possible pour économiser et de m’envoyer à chaque instant colis et argent.

Je te remercie de tout cœur et je suis content que ma carte te fait plaisir. Pour ta lettre dont tu me parle, je ne l’ai pas reçue, la dernière de toi je l’ai reçu le 22 et c’était une carte où tu m’annonçais une lettre pour les jours suivants. J’envoie une carte à Louisette aussi mais pour des détails, ce n’est plus possible nos lettres sont contrôlées sévèrement et les punitions ne manquent pas.

Mais tout n’est pas rose, nous avons eu de terribles bombardements sans grandes pertes par exemple, c’est de tristes moments à passer, où nous étions ces jours derniers tout nous tombait sur le dos, obus, grenades,torpilles et crapouillot, sans compter les balles qui sifflent. C’est un véritable enfer, mais où nous sommes, nous nous reposons, mais pas très loin de nous le canon n’a pas cessé de la journée samedi, c’était épouvantable et cela ne prend pas la tournure de finir.

Voilà bientôt un an et je pense que nous ferons une campagne d’hiver, seulement nous ne sommes pas trop malheureux, nous sommes bien nourris et du vin et ce n’est pas mal mais nous n’avons pas trop chaud. Toujours un vent plutôt violent que sera cet hiver ? Nous sommes très haut 1476 mètres d’altitudes, je t’envoie cette fleur en souvenir c’est une digitale. Pour ce que tu me dis du journal, c’est bien pour moi, seulement comme Emile est mon dernier nom sur les registres et sur mon livret, les deux premiers seulement ont été mis. Je crois que je vais être obligé de me faire rouvrir ma plaie en haut de la tempe car depuis quelques jours, il se ramasse une bosse comme moitié d’un œuf ce qui me donne de fort maux de tête, d’ici quelques jours je verrai ce que cela fera.

Eugénie doit revenir le 10 juillet à Lamancine, je pense qu’elle ira te voir, peut-être pas avant la moisson. Je ne sais pas car son père est seul et plus guère fort pour faire l’ouvrage de son frère car sa femme n’est pas dégourdie pour ce métier là. Heureusement qu’il a fait bon pour la fenaison. Je pense qu’elle t’aura envoyer une petite photo de notre petit ange, elle est si jolie.

Je ne vois plus rien pour cette fois. Je te remercie de tout cœur et je t’embrasse bien fort.

Emile

 


Lettre

3 octobre 1915

Chère soeur

Je viens par cette lettre t’apprendre une nouvelle qui ne te fera pas trop plaisir.

Notre régiment est bien d’autres fait partie du corps expéditionnaire d’Orient, nous sommes pour le moment à Meximieux en repos. On nous vaccine contre le choléra et on nous habille et équipe à neuf, nous allons y rester 4 ou 5 jours et de là nous sommes diriger sur Marseille et embarquer pour la Serbie.

Tu vois la chance, faire 14 mois de guerre ici et après aller si loin, enfin c’est la destinée. Je ne t’en mets pas plus long cette fois, mais je te promets une plus longue lettre avant de quitter la France.

J’apprends à Eugénie aussi cette nouvelle qui ne la charmera pas.

Je termine en t’embrassant de tout cœur

Bonjour à Monsieur Chaumonot.

Emile

Voici mon adresse jusqu'à nouvel ordre : E N, 23 Cie, 371ème, Bureau de Meximieux, Ain

 

 


Lettre

Glais, 5 octobre 1915

Chère soeur

Dans ma lettre du 3 : que tu as sans doute reçu, je te promettais une longue lettre avant de quitter la France, mais nous n’avons que très peu de temps à nous. On nous a habillé et équipé tout à neuf et ce n’était pas un petit ouvrage. On se lève à 4h le matin pour jusqu’à 8h su soir et à peine si on a le temps de manger, mais à cette heure tout est fini et j’en profite pour faire quelques lettres.

Nous nous attendons à partir d’un jour à l’autre et il est question que nous traversions tout l’Italie en chemin de fer pour avoir moins de mer à traverser, mais j’aurais autant aimer passer à Marseille. Comme tu vois, ce n’est plus qu’une question d’heure avant de quitter la France, mais nous sommes bien mal reçu dans les pays ou nous sommes en ce moment, on ne croirait vraiment pas être en France.

Avant de partir, je te prierai au cas ou je ne rentrerais pas de faire ton possible pour adoucir le chagrin à ma femme et au cas où elle ne survivrais pas, de tâcher que notre chère petit ange ne soit pas une malheureuse.

Je sais que je te demande beaucoup mais si jamais tu en était réduite à cela, elle ne serait pas à ta charge, ses oncles et tantes du côté d’Eugénie auront peut-être assez de cœur pour ne pas la dépouiller et vous seriez là pour soutenir ses intérêts. Ce n’est pas sans un grand serrement de cœur que je t’écris ces quelques lignes, mais je partirai plus soulagé de la savoir protégée.

Je t’avais demandé ta photo et maintenant il faut partir sans le plaisir de t’avoir. Il y a beaucoup de femmes ici venues pour voir leurs maris, moi je n’ai pas osé la faire venir et je craignais la séparation.

Je pense qu’Albert ne retournera plus au front, tu as sans doute su que mon beau frère de Lamancine était blessé à la jambe et au bras, il était au environ de Souchez.

Décides ma femme à aller vous voir, cela la distraira toujours, moi je fais tout mon possible pour cela. J’ai l’espoir d’avoir encore un mot de toi avant de partir, j’écris à Arc et à Pont La Ville en même temps .

Je vais maintenant fermer ma lettre en te priant d’accepter toutes mes tendresses.

Je t’embrasse de tout cœur pour la vie, ton Emile

Bonjour à la famille Chaumonot

 


Toulon le 7 octobre 1915, 3h soir

Voici la photo du vaisseau qui nous emmène.

La mer est très calme et c’est très intéressant.

Bonjour à tous.

Toutes mes amitiés

E


Carte postale, souvenir de Salonique

12 octobre 1915

Arrivé ce matin en bonne santé.

Joli voyage et très intéressant.

Bonjour à tous

Emile

 

E. Nussbaum, 23Cie, 371ème d’Infanterie, Corps expéditionnaire d’Orient

 


Lettre

15 Octobre 1915

Chère soeur

Je profite de notre repos de la soirée pour t’envoyer quelques lignes. Nous avons été vaccinés contre le choléra ce matin pour la deuxième fois et nous avons toujours un jour de repos. Je pense que tu as reçu la carte du bateau qui nous a amenés et une vue de Salonique ainsi qu’a Louise le jour de notre arrivée ici.

Je vais te raconter un peu le jour de notre charmant voyage. Nous avons embarqués à la gare de Meximieux le 6 à 1h du soir, passés à Lyon à 3h, à Vienne(Isère) à 4h15, à St Rambert d’Albon (Drôme) à 5h, à Valence à 7h5, à Montélimar à 9h1/4, à Orange à 10h1/2, à Avignon à minuit, à Tarascon le 7 à 1h1/4 du matin, à Arles à 2h10 et à Marseille à 5h ou nous avons eu ½ d’arrêt, puis reparti pour Toulon où nous avons arrivés à 7h1/2 et de là dirigé sur le port .Nous avons monté dans le bateau à midi, la soirée nous avons admirer le port pendant l’embarquement des chevaux et voitures. A 9h du soir, un remorqueur à traîné notre bateau en pleine mer et le 8 à 1h du matin, nous partions pour de bon.

Nous étions très bien à bord et comme je t’ai dis c’était un transatlantique Italien du nom « Princesse de Montfaléone »il a fait un temps superbe tout le temps de la traversée, le 8 et 9 nous avions en vue les côtes de le Corse, la Sardaigne, la Sicile et les côtes d’Italie, le 10 nous n’avons pas aperçue la terre de la journée et nous avons trouvé la journée longue. Le 11 nous avons vu des côtes dont j’ignore le nom et nous avons été en alerte toute la journée, c’est à dire en pantalon et veste sans chaussures et de fortes ceintures de liège, nous craignons les sous-marins Austro-Boches mais nous avons eu de la chance.

Le 12 à minuit, nous débarquions en bon état au port de Salonique, c’est une ville assez bizarre sur le bord de la mer et en coteau, c’est très beau en regardant de la mer mais c’est une ville sale avec des rues pavées très mal unies et peuplées de gens de toutes les nations, beaucoup de Français et d’Anglais. Mais les gens du pays sont très paresseux, on voit tous les hommes se faire traîner par de petits ânes et leurs jambes traînent presque par terre. On en voit couchés au soleil des journées entières. Il y a beaucoup de commerçants de toutes sortes et à peine arrivés, nous étions assaillis par des marchands de figues, gâteaux, toutes les sortes de fruits et camelottes sont réunies ici, c’est le genre de Sidi que l’on voit en France. On parle très bien le Français, nous achetons même des journaux imprimés en Français.

La soirée du 12 fût consacrée au montage de nos tentes ou nous couchons, c’est un grand camp occupé par des Français et Anglais et des troupes de colonies. Nous avons vu les troupes Grecques qui sont dans Salonique.

C’est un type très mou mais qui peut être un bon soldat ; Je crois que j’ai assez bavardé pour cette fois et je pense que ma lettre te trouvera en bonne santé. Ici le climat est beaucoup plus chaud qu’en Alsace. Dans ta réponse tu me diras ce que tu as reçu de moi et les dates que je les ai expédiées.

Donne le bonjour à Monsieur Chaumonot.

Je termine en t’embrassant de tout cœur pour la vie ton Emile.

Voici mon adresse : EN, 23 Cie, 371ème d’Infanterie, Corps d’Armée d’Orient, Brigade mixte, secteur B

 

 


Lettre

Palikura, le 17 novembre 1915

Chère soeur

Suivant mes désirs, j’ai écris hier à Monsieur Chaumonot, mais je te prie de m’excuser auprès de lui pour mon écriture et mon manque d’ordre dans mes idées, car après les 10 jours que nous venions de passer j’étais encore bien énervé et comme nous pensions repartir de suite je me suis dépêché de griffonner quelques lignes.

Aujourd’hui nous sommes assez tranquilles sur les bords de la Kréna et nous en avons profité pour nous nettoyer car il fait un temps superbe. J’ai reçu une carte de ma petite amie, une lettre d’Albert, une de Raymonde ce qui donne un peu de courage et fait trouver le temps moins long. Ici nous n’avons que cela pour nous faire plaisir et je me dépêche de répondre un peu à tous.

Je suis heureux que vous trouvez notre chère mignonne jolie et surtout gentille, moi je n’aurai pas le bonheur de la voir à l’époque ou je le désirais tant. Mais il faut se résigner.

Je termine avec l’espoir que ma lettre te trouveras en bonne santé.

Je t’embrasse de tout cœur et pour la vie. Emile

 

Mercredi 4.

J’ai passé la journée d’aujourd’hui avec Raoult et Jean est passé dans le village où nous sommes : je n’ai pas pu le voir car je causais du cantonnement avec Raoult.

Mardi 24.

Reçu colis où il y avait des bonbons offerts M. Rieutord plus deux…

Reçu colis où il y avait des pastilles Valda offert par tante Marie plus 6 médailles d’argent.

Commencé travail de coiffeur au cantonnement.

Le soir, à 8 h, j’ai vu Jean et lui ai donné tabac et allumettes.

J’écris peu dans mon journal, mais j’ai fait une lettre de seize pages à ma Caromi : je pense qu’elle sera contente.

Dimanche 29 novembre 1914.

Aujourd’hui, j’ai travaillé comme un nègre : j’ai rasé toute la journée, mais je suis content tout de mêmes.

Lundi 30

 

 

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