
« Il semblerait que cette photo ait été prise au printemps 1918,
dans le secteur du chemin des dames, entre Hurtebise et Vauxaillon.
Il s'agit d'éléments du deuxième groupe de
combat de la deuxième compagnie de mitrailleuses du deuxième bataillon du 118ème
RI L'homme à gauche sur cette photo est le caporal Henri PETIT (mon
grand-père).
Je vous envoie cette photo libre de tout droit
de diffusion et de publication.
Les seuls renseignements en ma possession
concernant les autres hommes sont qu'ils ont subi le 27 mai 18 dans le secteur
de Hurtebise un terrible bombardement aux gaz et qu'après être montés en ligne
peu d'entre eux ont survécus.
Je vous fait parvenir par ailleurs un petit
texte écrit par mon grand-père"Mon dernier combat" qui comme vous le
verrez relate sa dernière journée au front: le 27 mai 18.
Je vous laisse la liberté d'en faire ce qui
vous semble utile. »
Dominique, juin
2005
Il semble que ces lignes furent écrites après la guerre
![]()
Alors que nous avions été relevés des premières lignes le
C'est là que j'appris que m'était accordée la permission que
j'avais sollicitée à l'occasion de mon mariage(10 jours de détente , plus 2 en
raison d'une citation dont je fus personnellement l' objet , plus 3 jours pour
mon mariage) mon départ étant fixé au lendemain matin.
Quelle joie de pouvoir, deux semaines durant, m’éloigner du
front, du bruit de la mitraille, me retremper parmi les Miens et retrouver
celle qui m’était très chère et m’attendait, ma fiancée.
Quelles perspectives
heureuses, mais hélas ! Quel désenchantement quand dans l’après-midi du 26,
survint au cantonnement l'alerte qui nous enjoignait, par ordre de la division,
de demeurer sur place en attendant les instructions ultérieures.
A
J'avais encore espéré qu'il ne s'agissait là que d'une
fausse alerte, mais à
Seules de très nombreuses
fusées, lancées à jets répétés, éclairaient le ciel de leur lueur blafarde,
nous laissant prévoir qu'une certaine inquiétude se manifestait dans les lignes
avancées. Nous sentions que quelque chose d'insolite planait sur nous, plus
nous avancions, plus l'angoisse se faisait pesante et grandissante.
Nous arrivions à nos positions vers
Une chance subsistait encore pour nous, les mitrailleurs,
nous trouvant, pour un moment , abrités dans une carrière profonde et
spacieuse"LES CREUTES" aux structures solides et protégées dans sa
partie supérieure par une épaisse couche de terre.
Pressé d'en finir avec cette guerre qui durait depuis si
commandement allemand avait concentré toutes ces dernières forces en cette
partie du front. Il jouait ses dernières cartouches et son ultime atout. Il lui
fallait coûte que coûte percer les lignes ce qui lui permettrait de lancer vers
Paris une marche foudroyante et décisive.
Dès l'aube du 27 mai , les
fantassins Allemands se ruaient sur nos tranchées de première ligne qu'ils
franchissaient avec une pleine facilité , les occupants ayant été décimés et
mis hors combat par la violence du bombardement . Il en était de même pour la
deuxième ligne et c'est ensuite qu'ils tombaient en contact avec nous. A ce
moment là, n’ayant subi que peu de pertes, nos éléments se trouvaient encore
presque au complet. Nous pouvions encore offrir une solide et efficace
résistance à l'ennemi et c'est ce qui se produisit.
Malgré des assauts répétés nous tenions tête , mais des
renforts continuels parvenant à l'ennemi et ne formant plus nous même qu'un
îlot de résistance , la lutte devenait inégale ; nos ailes se trouvaient
débordées et l'encerclement total ne se fit pas attendre . Nous abandonnions
cependant pas, pour autant le combat ; submergés de projectiles de toutes
sortes, minenwerfer, torpilles, balles, grenades à fusil et à main et ultime
atrocité ; jets de liquides enflammés.
L'ordre avait été donné de rester ; coûte que coûte, sur
place aucun repli n'étant toléré ; faire face à l'ennemi jusqu'au dernier. Cette consigne a été
scrupuleusement observée, mais nos pertes devenant énormes et nos munitions
épuisées nous ne pouvions plus poursuivre la lutte au moment où les assaillants
parvenaient à mettre en batterie une mitrailleuse qui nous prenait d'enfilade
sous son tir.
J'ai dû mon salut à ce que j'ai pu me soustraire à son tir
en me couchant pour ramper et me protéger derrière des cadavres et aussi des
mourants pour atteindre l'escalier où comme une boule j'ai roulé jusqu'en bas
me retrouvant dans la carrière où déjà se groupaient les derniers rescapés.
Etant monté le premier, en
tête de notre section de mitrailleurs pour occuper ce centre de résistance,
j’en redescendais le dernier.
Des grenades furent bientôt
lancées, à l’entrée, par nos assaillants auxquels finalement nous nous rendions
mais la tête haute quand même, avec le sentiment du devoir accompli ainsi qu'il
en est relaté page 85 de l'historique de mon régiment et où figure page 93 le
rôle joué par le 2ème bataillon ; auquel appartenait la 2ème compagnie de mitrailleuses
dont je faisais partie.
Un spectacle épouvantable s'offrait à la vue, en considérant
cette tranchée, que nous abandonnions jonchée de cadavres, certains d'entre eux
restés le yeux grands ouverts, d'autres levant les bras et les mains au ciel. Une
certaine émotion nous étreignait en entendant les dernières plaintes des
mourants auxquels aucun secours ne pouvait être apporté.
Cependant , alors qu'ils nous avaient groupés pour nous
diriger vers le lieu de notre internement , les allemands , obéissant quand
même à un certain sentiment d'humanité et de pitié , décidèrent de nous laisser
emporter les blessés . Bien entendu, nous ne disposions pas du matériel dont se
trouvent dotés les brancardiers mais à l'aide d'une couverture ou d'une toile
de tente il devenait possible à trois ou quatre camarades, de transporter un
blessé.
Celui que nous avions pris en charge était un jeune, nouveau
à la compagnie parmi les derniers renforts et j'ignorais son nom. La veille il
rentrait d'une permission passée en sa Bretagne natale et au cours de laquelle
il s'était marié. Il portait sur le corps des empreintes noires de liquides
enflammés, mais le plus graves pour lui était l'affreuse blessure que
présentait son côté gauche où avaient pénétré plusieurs balles de mitrailleuse.
Voyant qu'on ne
l'abandonnait pas ses yeux semblaient exprimer un certain espoir. Ne faisant
entendre que faiblement ses plaintes se montrant héroïque c'est courageusement
qu'il supportait son abominable blessure. Parfois nous le déposions à terre pour constater son état qui hélas !
allait en s'aggravant et tout à coup plus rien , plus un geste , plus une
plainte , pour ce pauvre être meurtri tout était bien fini , la mort , encore
une fois , avait accompli son oeuvre.
Ma première pensée allait vers sa jeune épouse , là-bas en
sa dune bretonne , le coeur sans doute rempli d' espoir , croyant la vie
sereine , attendant le retour mais ignorant hélas ! la tragédie fatale qui en
cet instant cruel se déroule à nos yeux,
témoins pleins d' amertume ; mariée depuis quelques jours et si soudainement
veuve . Jour après jour, elle attendra. Et cette horrible nouvelle quand donc
l'apprendra-t-elle et qui la lui dira?
Je regardais ce corps inerte, ses yeux étaient fermés, son
âme l'avait quitté. La couverture sera son linceul, on le roule dedans,
recouvrant son visage et puis on le dépose sur le bord du chemin. Un ultime et
dernier regard avant de repartir, dans votre ciel ô mon Dieu, veuillez donc
l’accueillir ... c’est Lui mon dernier mort. Peut être me dira-t-on, le combien
était-il ? Je ne les ai pas comptés, mais ils furent nombreux et je me souviens
d'Eux.
Pauvres martyrs, pour eux aussi c'était leur dernier combat.
En eux demeurait l’espérance , ils parlaient souvent de la fin de la
"grande tourmente",la cessation des hostilités , du joyeux retour au
sein de la famille . Mais un impitoyable destin s'est montré fort cruel et au
foyer qu'ils chérissaient, ils ne sont pas revenus.
A ma mémoire ; ils resteront toujours présents ; je me
rappelle leurs traits et de presque tous je me souviens de leurs noms.
Oui, GIRY[P1] , ce jour là alors que les Allemands, dans leur
progression s'étaient rapprochés de toi, tu considérait, de ce fait la partie
perdue ; levant les bras, tu te rendais à eux et c'est à ce moment que je vis
l'un de ces soudards te transpercer de sa baïonnette pendant que deux autres
retournant leur fusil, t’achevaient à coup de crosse. Fou de rage à ce
spectacle horrifiant je sautais de la tranchée et, relativement peu protégé par
le parapet, je faisais feu sur eux tirant, pour te venger jusqu'à la dernière
cartouche de mon chargeur.
Pendant ce temps, SCALELLI, la tête traversée par une balle,
donnait lui aussi, le sacrifice de sa vie et, l’hécatombe ne s’arrêtant pas là
tombaient à mes pieds, mortellement blessés, DABLIN et[P2] GHEHEN.
Et toi aussi, anonyme d'une autre compagnie, tombé prés de
moi, l’artère carotide tranchée par une balle ; son menton raclait le sol à
chaque saccade où le sang, à grands flots, jaillissait de sa plaie béante et
mortelle. Je ne pouvais t'apporter aucun secours, rien te faire, qu’entendre
avec effroi tes plaintes et recueillir ton dernier soupir. Tu a versé jusqu'à
la dernière goutte, ton sang qui sur une très large marque rouge imprégnait
cette terre que tu as défendue jusqu'au plus noble des sacrifices et qui t'a
enseveli.
Et vous l'équipe des voltigeurs, surpris de dos par ces deux
lance-flammes ennemis qui dirigeaient vers vous leurs jets meurtriers de
liquides enflammés vous brûlant vifs ; certains d'entre vous recevant la
pulvérisation en plein visage et poussant des cris atroces. De la tranchée, une
nouvelle fois, je sortais pour mieux viser vos agresseur ; dans le champ de mon
tir je vis deux corps chanceler puis se contorsionner mais je tirais encore
Dieu me pardonne, c’était pour vous
venger.
Je ne vous oublierai
pas frères d’armes, glorieux héros tombés pour que survive la FRANCE.
"BOCARBATEILLE, CAYRON,
BOURDON, MARCHAND, LE GUGNER AMBLARD,
BILLOT, JULIEN "
Et tant d'autres
![]()
Retour accueil retour page précédente