CARNET DE CAMPAGNE DE VICTOR PIERRARD

Sous-officier au 45éme Territorial

 

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Le carnet débuté le 20 octobre 1914

NOVEMBRE 1914

DECEMBRE 1914

JANVIER 1915

FEVRIER 1915

MARS 1915

AVRIL 1915

MAI 1915

JUIN 1915

JUILLET 1915

 

 

 

 

En cas d’accident dédié à sa chère épouse Marie Rémy à Lamouilly, Meuse

 

le carnet débuté le 20 octobre 1914

 

Après les premiers moments où les unités ont été formées jusqu’au 20 octobre, notre compagnie (23ème) a été en station au pavillon de Chaux (? Peut-être fort de la Chaume), près du fort de ce nom du 7 août au 15 septembre. Durant cette période la compagnie a effectué des travaux de fortification et n’a pas quitté son cantonnement.

 

Le 22 août, je reçois une lettre du 13 de ma sœur Alphonsine m’annonçant la mort de mon père survenue le 7 août, peu de jours après notre départ. Pauvre père, la guerre l’a fait mourir !

 

Au 26 août, j’ai reçu 3 lettres de ma petite Marie, heureux d’apprendre que les enfants sont gentils. Hélas, depuis cette date que s’est-il passé autour de Montmédy : beaucoup m’ont dit que la place ne s’était pas défendue, d’autres que la ville et les environs avaient beaucoup souffert. Bien des chimères m’ont assailli depuis ce jour, les êtres qui me sont chers étaient-ils évacués ?

 

Le 29 août au soir, j’ai été assez mal de 5h du soir au 30 au matin : vomissements et crampes dans les deux jambes. Soins dévoués des adjudants Muel, sergent major Mary, sergent Fourier Blay et sergent Rosange : malaise qui a duré 3 jours.

 

Le 15 octobre, 2ème atout, monté sur une voiture de Fromeréville à Chaux (?), j’ai, au fort des Sartelles, tombé sous la voiture, heureusement pas de mal, qu’une égratignure à la tempe.

 

A ce jour, 20 octobre, nous n’avons pas fait campagne .Du 15 septembre au 20 octobre, nous avons couché sous la tente, au Bois Bouchot à 1500 mètres de Fromeréville. Ce n’était pas le rêve, mais enfin ce n’était pas dur comme service.

Depuis le 15 août la canonnade n’a pas cessé autour de Verdun, Ippécourt, Montfaucon.

 

Au 20 octobre, je n’ai pas vu un allemand.

Mais que de soucis, que font nos chères familles avec les ennemis ? Que d’idées passant par la cervelle d’autant plus que nous avons vu beaucoup de malheureux évacués.

Hubert de Brouenne m’a dit que Lamouilly avait dû souffrir du feu. Pauvres parents ! Je me demande continuellement s’ils ont évacué Lamouilly, mais où seraient-ils ? Je me demande constamment ce qu’ils doivent faire, s’ils sont demeurés avec les Allemands et s’ils ne sont pas maltraités. Retrouverais-je, si je reviens, mes chers petits et ma chère Marie. Si Dieu le veut ! Moi qui avait déserté l’Eglise, je vais chaque dimanche à la messe à Fromeréville et songe à chaque minute à mes chers petits. Cependant, je ne suis pas trop affecté et je prends courage.

 

Ce jour 20 octobre, commence pour nous réellement la campagne ; nous recevons à 10h du matin ordre de partir immédiatement. Nous partons à 2h et arrivons à 11h du soir à Manheulles ayant fait 28 km. Personne ne songe à manger ; beaucoup d’hommes couchent dans des granges et écuries déjà pleines de troupe et sans paille.

Moi et quelques camarades pouvons dénicher une maison évacuée et couchons sur un grenier, le lendemain les troupes occupant la maison sont parties. Nous prenons possession d’une chambre de jeune fille fiancée possédant la cocarde de révision de son amoureux. Mais quel désordre ! Rongé encore à l’idée que peut-être les maisons de nos chères familles sont aussi abandonnées.

 

Ce soir, 21 octobre, nous coucherons sur ces lits délaissés dont les propriétaires sont peut-être à la rue. J’ai l’espoir, quand même de retrouver mes chers parents et enfants en bonne santé.

 

 Au 21/10, noms et adresses de mes camarades 

Sergent major Blay Georges, inspecteur au rayon de blanc au Bon Marché

Sergent Rodange Firmin, marchand de bois à Villers la Montagne

Caporal fourrier Gillet Léon, huissier à Montmédy

Pellissier, marchand de bois à Fillières

Inglebert, chef de comptabilité à la Lorraine industrielle à Hussigny

Pierson Georges, employé à Senelle-Longwy

Noël, contremaître à l’aciérie à Villerupt ; Jamin, marié à Quincy ; Grandpierre marié à Thonne-La-Long.

 

Quand je pense aux évacués que nous rencontrons journellement, je me dis que si les miens étaient partis, j’aurais reçu quelque lettre, ma petite Marie n’aurait pas manqué de m’écrire.

Au moment où je m’arrête, nous recevons ordre de partir à 6h du soir pour Fresnes en Woëvre. Décidément on va faire marcher en tête les territoriaux – on nous met vite à la dure. Nous verrons demain ce que nous ferons.

 

Jeudi 22 octobre

Arrivés hier à 8h05 à Fresnes, sans bruit, nous cantonnons dans une grange ; nuit très froide. Ayant trop froid, je me lève à 1h et vais me chauffer dans une cuisine de nuit du 164ème.

Pauvre chef lieu du canton – À la faveur brouillard, avons autorisation de circuler jusqu’à 9h ; hôtel de ville, mairie, église, école, tous ces édifices ont été incendiés et bombardés. Rien ne reste debout : plus de 100 maisons écroulées et brûlées entièrement. Dans l’église, rien ne reste en place ; un obus non éclaté à côté d‘une cloche cassée, touchée dans l’église. Visite ensuite au logement de l’instituteur : quelle horreur ! L’état des lieux dénote une fuite précipitée ; tous les meubles fouillés et tout dévalisé par des Français du midi et du 165ème paraît-il ? Les Allemands n’ayant été qu’une nuit à Fresnes pour allumer l’incendie - Statue du général Marguerite intacte.

- à 10h nous sommes dans l’attente d’un nouveau bombardement, paraît-il – avons ordre de rentrer dans les caves, voûtées de préférence- en attendant nos pièces de 105 (nouvelles) ferme, c’est assourdissant- je me demande s’il en a été de même dans nos villages. Pauvres parents !

 

23 octobre, matin

Bombardement le 22 de 2h à 5h ; étions 3 dans une encoignure de porte à l’intérieur d’une boulangerie déserte .Résultat à notre bataillon : 5 morts et 15 blessés.

Parmi les morts : sergent Martin, originaire de St Jean les Marville ; caporal Champenois qui a dû travailler à Micheville ; Robert Eugène de Cervisy.

Le 23 à 9h nos batteries entourent un feu violent ce qui nous fait augurer une réponse des Prussiens cet après-midi.

 

      23 à 18h : départ pour les tranchées ; y arrivons à 20h ; tranchées de réserve où nous devons passer 48 heures. Comme tranchées nous occupons des trous creusés par les Allemands. Nuit du 23 au 24 est tranquille ; le matin du 24, fusillade en avant de nous, bombardement une partie de la journée contre nos batteries installées autour de nous. Dans nos trous où nous pouvons nous mettre deux ou trois, la nuit nous sommes gelés et ne pouvons nous allonger.

 

Le 25 au matin, la canonnade recommence, devons rester terrés toute la journée, ne sommes pas à l’aise dans nos trous. A quand la fin de cette sale guerre ? Pourvu que je retrouve mes aimés. Pauvre petite femme. Rentrons à 7h à Fresnes en repos de 48 heures

 

26 octobre, matin 

Notre artillerie recommence sa canonnade sur Pintheville et Riaville.

 

26 au soir : bombardement de Fresnes encore une fois ; restons à 4 sous un tas de foin dans une écurie  (Lt Hénin, moi, Gillet et Baptiste)

 

27 octobre : à 18h, partons de nouveau aux tranchées pour 48 heures, cette fois en première ligne avec le 166ème

 

28 octobre au matin, l’artillerie de campagne allemande tape sur nos tranchées ; le clairon Lancereaux est atteint à une main et à la hanche par un obus ; à 9h30, il reste dans la tranchée à se plaindre jusqu’à la nuit, des brancardiers viennent alors l’enlever. L ’adjudant Beaumat reçoit du même obus une forte commotion à l’épaule droite, sans effet. Les nuits sont très froides, j’ai les pieds gelés, surtout que nos abris sont dans un petit bois marécageux.

 

Le 29 après-midi, une nouvelle canonnade reprend sur nous ; à 4h, les caporaux Gervais et Blanchard sont blessés. Nous attendons tous avec anxiété le moment de la relève à 18h. A la relève, nous apprenons que nous cantonnons à Manheulles, Fresnes étant trop à la merci du bombardement.

 

Vendredi 30 : repos, après une bonne nuit passée dans une maison, sur un bon matelas.

 

Samedi 31 octobre, repos à Manheulles.  Canonnade habituelle ; à 7h du soir partons faire des tranchées

à Riaville à 500 m des Prussiens ; travail toute la nuit, rentrée à 4h du matin le 1er novembre.

 

 

NOVEMBRE 1914

 

1er novembre : messe  à 9h  et Vêpres à 3h, j’y assiste ; faible canonnade.

 

2 novembre, jour des morts, service à 7h ; église comble ; quelles tristes pensées nous assaillent ! Je pense à mes pauvres parents morts, plus heureux que les vivants peut-être, les vivants, ça me retourne tous les jours et nuits, que deviennent-ils ? Ont-ils pu seulement aller à la messe hier et aujourd’hui ? Pauvre petite femme, ce doit être bien triste pour toi ! Qui sait, si j’ai le bonheur de retourner, si je retrouverai tous les miens !! Et mes 4 petits, sont-ils toujours en vie, pauvres gosses, ce doit être bien dur pour ma petite Marie et la grand-maman. Trouvent-ils à manger seulement !!!A quelle date le pays sera t’il évacué par les Allemands !!!!!!

2 novembre à 6 h du soir, départ pour les tranchées en avant de Riaville, travail toute la nuit à 300m des Allemands .rentrée à 3h du matin. Avons essuyé une vingtaine de coups de fusil pendant le travail.

 

Mardi 3 novembre, repos, vais enfin pouvoir faire une bonne nuit, sans trop de cauchemars, je l’espère.

 

4 novembre : sommes toujours à Manheulles, départ à 6h comme d’habitude pour aller aux travaux de nuit à Riaville, rentrée le 5 à 4h du matin après avoir fait 300m de tranchées de défilement dans la direction des Allemands. Les journées des 4 et 5 sont plus tranquilles au point de vue bombardement.

 

5 novembre : partons à 4h pour Ronvaux ; sommes relevés à Manheulles par le 48ème

 

Le 6 novembre, vendredi, installation au cantonnement ; on parle déjà d’aller à Braquis ; attendons ! En tous cas c’est bien long.. irons-nous à la messe à Ronvaux ?

 

6, 7 et 8 novembre, sommes toujours en repos au cantonnement de Ronvaux, bienheureux ; si seulement pouvions y achever la campagne. Quand, hélas prendra t’elle fin ? Je n’ose entrevoir le bout ;ah, j’avais bien dit à ma petite Marie que je partais pour six mois au moins, je croyais  cependant exagérer, c’est terrible de rester si longtemps séparé des êtres aimés, que de pensées traversent la tête - et lesquelles ??

 

Le 8 novembre, j’assiste à la messe à Ronvaux dite à 11h par Lancereaux, notre caporal infirmier du bataillon, le bon type qui m’a soigné à Chaux  .

 

Les 9 et 10 novembre : même cantonnement, le 10 à 1h du soir allons au tir au pied de la côte de Ronvaux.

Les 22ème et 24ème sont parties aux avant-postes à Braquis. Notre tour arrive le 13 jusqu’au 17, nous ne croyons pas retourner aux tranchées, mais je m’aperçois que nous nous sommes trompés !!

 

Mercredi 11, jeudi 12 et vendredi 13 sommes toujours au cantonnement de Ronvaux.

 

Le 12 à 2h du soir, alerte provenant d’une attaque allemande sur le front avant. Demeurons en réserve à Ronvaux ; occupation des tranchées de défense et fermeture des issues jusqu’à 7 heures. A 7 h, rentrée au cantonnement. Notre départ est toujours fixé aujourd’hui 13 à 6h du soir pour Braquis ; espérons que rien de fâcheux ne nous arrivera ; si seulement les Allemands pouvaient être repoussés ! Partons avec Gillet à 4h soit 2heures avant la compagnie pour faire le cantonnement à Braquis. Passons à Haudiomont, Manheulles, Ville en Woëvre, arrivée à Braquis à 8h du soir, trempés ; vent et pluie tout le long de la route, c’est l’hiver. Préparons le cantonnement et terminons à 9h30, attendons la compagnie vers 10h, par suite de retard nous devons l’attendre bien tard, en effet, la Cie n’arrive qu’à 1 h. avec Gillet, Rodange et Derelle, trouvons une maison fermée ; ouvrons volets et pénétrons par la fenêtre dans une cuisine où il y a deux lits. Pauvreté et misère : tel en est l’aspect, nous nous reposons sur ces lits jusqu’à 7h du matin.

 

Samedi matin 14, nous attendons notre ordre de départ aux avants – postes.

Départ à 6h pour avants-postes jusqu’au 16 au soir, quel triste temps nous allons avoir !!! C’est demain dimanche, j’étais habitué d’aller à la messe, mais demain nous serons dans les bois à 200/300m des Allemands. A ma rentrée, je mettrai un mot de ces 2 jours. A quand la fin ???

 

 

14 novembre à 6 heures, départ aux avant-.postes : 2 km de terrains marécageux, couchons dans des abris non couverts. Restons ainsi les 15 et 16 novembre, terrés, faisant de gros feux jour et nuit, fortes gelées et pas beaucoup de sommeil, les pieds devant le feu, la tête et les épaules exposées au froid.

 

Le 16 au soir, recevons ordre de rester 3 jours de plus ; déception, nous qui pensions rentrer à Ronvaux le lendemain. Devons encore rester ainsi les 17, 18, et 19 ; enfin le 19 au soir, revenons coucher à Braquis.

 

Vendredi 20, quittons Braquis à 6h du matin pour revenir enfin à Ronvaux où nous arrivons à 10h et où nous allons enfin nous reposer 6 jours ; repos sommaire car tous nos hommes prennent la garde tous les 48h et le reste du temps vont aux travaux dans les bois.

Le 2 novembre ,j’avais écrit au directeur des Postes à Bar le Duc, lui demandant s’il avait des nouvelles de mes chers parents et enfants ; sa réponse, que j’ai reçue le 19 novembre m’a plongé de nouveau dans un grand désespoir en lisant que ma  petite Marie et toute la famille étaient partis de Lamouilly le 26 août passant par Laneuville. Ces renseignements ont été donnés au directeur des Postes par le facteur- receveur Mellier, de Laneuville.

 

Que s’est-il passé ?  Se sont-ils dirigés sur les Ardennes et ont-ils été arrêtés dans leur marche par les Allemands arrivant avant eux ?? Pauvres parents ! Que de peines ont-ils subies !! Quelque malheur, peut-être !! La nuit du 19 au 20, je n’ai pu sommeiller un instant, tant cette réponse m’a bouleversé. Sont-ils dans un endroit où il leur est impossible de m’écrire ??? Quel soulagement si je les savais en bonne santé.

 

Demain dimanche 22, nous irons à la messe à Ronvaux si toutefois il en est dite une.

 

Aujourd’hui 21 je vais écrire à Mr Mellier et lui demander le détail de son entretien du 26 août avec mes chers aimés. Peut-être n’a t’il pas tout dit au directeur !! Quel angoissant point d’interrogation ! Des nouvelles de ma Marie me seraient d’un grand soulagement car je suis complètement désorienté et trouve le temps très très long. Pensez, sans nouvelles depuis le 20 août !! trois grands mois !

 

Dimanche 22, messe à 11h ; j’y assiste.

 

Lundi 23 : toujours en cantonnement à Ronvaux. J’apprends que le chef de bataillon me fait passer sergent-major à la 22ème

 

Mardi 24 : nomination effectuée ; je suis obligé de quitter mes chers amis Blay, Rodange et Gillet. Couchions en effet toujours ensemble .Le 24 à 2h, je pars pour Châtillon et Braquis, ma nouvelle compagnie étant aux avants postes ; fais connaissance avec le bureau et prends consignes

Mercredi 25, prenons courant.

Vendredi 27, partons de Braquis à 4h  du matin, rentrons à Chatillon à 8h.

 

Samedi 28, prends courant du bureau et du personnel, réception des sous-officiers. Ca met un peu de baume au cœur et chasse les mauvaises idées du cerveau. La réponse de Mr Mellier me tarde. Qu’apprendrais-je ? Si seulement je savais ma petite Marie et mes chérubins en bonne santé. Depuis que je sais qu’ils ont quitté le pays le 26 août, je suis encore bien plus morose. Je vis machinalement, sans  me figurer  de ce que je fais.

 

Dimanche 29, j’assiste aux Vêpres dites par le curé de Spincourt. C’est ce qui actuellement me réconforte le plus et me fais conserver l’espoir de revoir mes aimés.

 

DECEMBRE 1914

 

 

Mardi 1er, mercredi 2 et jeudi 3, travail habituel du bureau. Nous partons demain vendredi à Braquis pour période de 7 jours encore. Actuellement suis pas trop malheureux à la guerre, auprès du feu, une sortie de temps à autre et le séjour à Braquis. Si je savais seulement les miens aussi heureux que moi. En causant avec Nicolas l’ordonnance du capitaine, ce dernier m’apprend qu’il est frère de madame Clément Simon, aussitôt je lui demande des nouvelles de notre pauvre Lamouilly, il n’en connaît pas, mais me dit que sa sœur et Clément sont à Ancerville.

Je vais aujourd’hui 3/12 écrire à Clément lui demandant des nouvelles du pays et de ma chère famille si moyen.

Sans réponse encore de Mr Meillier.

 

Vendredi 4, départ à Braquis, la Cie part à 10h ; je pars à 3h avec le courrier et arrive à 7h du soir.

 

Samedi 5 : installation du bureau

 

Dimanche 6 : travail habituel ; assiste à la messe à 9h.

Avons un lit pas trop mauvais. Samedi soir, je reçois une lettre de Mr Meillier qui ne m’apprend rien de plus que ce que je savais. Je n’ai pas encore eu le temps d’écrire à Clément Simon, je vais le faire aujourd’hui dimanche (St Nicolas) et en même temps j’enverrai une carte à ma petite Marie passant par la Suisse. Il faut que j’essaie aussi d’avoir des nouvelles directement. Chansit en a reçu. Pauvres enfants, si j’avais été là, quel plaisir de leur faire tendre leur sabot. Pauvre petite femme, ont-ils seulement de quoi se nourrir ?

C’est mon cauchemar ; je vais envoyer une carte et un de ces jours une lettre. Espérons nous revoir bientôt et que de meilleurs jours nous arrivent !!!

J’ai appris que Poncelet avait été réformé ; il a assisté aux batailles autour de Spincourt et ont été massacrés : il fait partie de 8 infirmiers rescapés sur 52.

Mr Clément Simon est à Ancerville chez Mr Steil, rue des fossés.

 

7 et 8 décembre : travaux habituels.

 

Mercredi 9 décembre : journée de deuil pour la Cie ; à 9 h un homme revient des tranchées de St Maurice et nous apprend que le sergent Bonneville vient d’être tué par une balle en plein cœur. Pauvre garçon, tout le monde est suffoqué, c’est la première perte à la Cie. Bonneville est domicilié à Blagny et a 3 enfants. Pauvre veuve et petits enfants. Ce soir nous le ramènerons des tranchées au bureau et le veillerons toute la nuit. Lanceraux est demandé pour venir faire le service demain matin et il sera enterré au cimetière de Braquis. Un cercueil lui est fait et une croix de bois sur sa tombe, dernière consolation pour les siens qui pourront venir le reprendre après la guerre. Quelle tristesse en pensant ne jamais revoir ceux qu’on aime et pour lesquels il ne reste que pleurs. Enfin tous ceux qui seront tombés n’auront pas leur tombe individuelle et beaucoup de femmes et parents ne sauront jamais où leur cher disparu repose pour toujours.

Tomberai-je ? A la grâce de Dieu . j’ai le ferme espoir de revoir ma Marie et mes chéris, mais que peut-on dire ? Et eux, les reverrai-je ?? Je ne sais toujours pas ce qu’ils sont devenus !!!!

 

Jeudi 10 décembre, 6h du matin, notre veillée se tire, n’ai pas été couché ; enterrement à 7h30.

 Pauvre garçon.

 

Vendredi 11 : partons pour reprendre notre cantonnement à Watronville, rentrons à 8h, l’occupation ne manquera pas.

 

Samedi 12 et dimanche 13 : distribution d’effets chauds reçus en quantité. Pour la première fois depuis longtemps, je ne puis aller à la messe.

 

Les 14,15,16 et 17, complètement absorbé par les effets à distribuer, bientôt tous les hommes en auront trop. C’est incroyable ce qu’on en reçoit. Pas une minute à moi, pendant le temps que je passe au travail, je ne suis pas torturé par l’ennui et les pensées affreuses au sujet de nos chers parents.

Pendant le séjour à Watronville, j’ai eu beaucoup d’insomnies et cauchemars, en suite du reçu de la lettre du 11 décembre de Mme Clément Simon, je ne suis pas tranquille, ma famille ayant été vue par Mme Clément Simon entre Stenay et Villefranche. Se seraient-ils trouvés pris au passage de la Meuse dans les mauvaises journées des 29,30 et 31 août.

Quelle peur j’en éprouve ; je me demande si un jour je retrouverai les miens. Pauvres parents, mais surtout pauvre petite Marie et enfants. Mon sort est de beaucoup préférable au leur. J’espère encore mais à qui me réclamer maintenant pour avoir des nouvelles.

 

Vendredi 18, partons de nouveau à Braquis.

 Le 19, première journée de notre séjour ; quelques obus viennent tomber prés de notre bureau, à une centaine de mètres.

 

Demain dimanche 20 espère assister à la messe à Braquis. Je n’ai pas encore eu le temps d’écrire à Poncelet.

Demain, j’enverrai une carte à Alphonse et lui demanderai si mon logement est toujours fermé et non pillé. Je n’ose essayer une lettre à ma petite Marie, beaucoup disent que les lettres ne passent plus et puis les miens sont-ils rentrés à Lamouilly ?!!! Si seulement c’était encore vrai. Sur le Petit Parisien du 19, je vois que Damboise le brigadier forestier de Thonne les Prés est prisonnier à Ulm avec le brigadier de gendarmerie de Montmédy. J’ai vu Emile Simon ces jours derniers qui m’a appris que Paul était réformé et qu’Eugène Fralon avait son adresse.

Il m’a remis son adresse le lendemain, il est à Nancy. Je lui écrirai aussi au premier moment que j’aurai.

 

Dimanche 20 : je n’ai pu comme prévu aller à la messe, m’étant levé trop tard.

 

Lundi 21 et mardi 22 : service habituel à Braquis. Je me colle chaque jour la promenade de St Maurice pour faire signer mes pièces. Joli point de vue   d’où l’on découvre les tranchées boches à 400 mètres le long de la voie d’Etain à Conflans.

Reçu une lettre d’Emile – répondu le 22 au soir ; une carte envoyée à Paul, Fernand et Henri Jacob.

 

Mercredi 23 et jeudi 25 : service habituel. Comptions et devions repartir le 25 au matin à Watronville, recevons l’ordre de rester 24h de plus ; de cette façon, nous passerons le Noël  à Braquis - Pauvre Noël - que font les nôtres ? ?  le 25 , journée de travail au bureau ; le soir, apprenons que St Maurice a été bombardé et que nous avons des blessés- nous sommes dans l’attente. Nous ne serons donc jamais débarrassés de ces Prussiens !!!

 

Demain 26, nous devions à Watronville avoir quelque supplément : oie, confiture etc…

Tâcherai demain d’écrire à ma chère petite femme pour souhaiter meilleure année.

 

25 au soir, pas de blessés chez nous, ce sont 7 hommes du 330

Suite à ce bombardement, nous restons à Braquis et les 2 autres compagnies avec le commandant viennent à Braquis.

Le 26 au soir, apprenons que nous retournons à Watronville

 

Départ le 27 au matin

Les 28,29,30 et jeudi 31, distribution d’effets reçus du corps

Le supplément que nous devions avoir à Noël, nous l’aurons au 1er janvier.

 

Le 31, j’achète oranges, cigares, confiture, lait pour chocolat et ½ litre de vin par homme : une petite fête. Et dire que les nôtres sont avec les Allemands, je ne puis me le figurer. Prenons courage cependant, actuellement je supporte bien la souffrance morale, le travail dissipe beaucoup les pensées moroses et je me couche souvent à 11h du soir.

Nous nous proposons demain 31 au soir de ne pas nous coucher- nous verrons.

 

Ce soir 30, j’écris à ma petite Marie une carte par Pontarlier - Bâle et  une lettre directe qui parviendra après la libération du territoire . J’écris aussi à Paul, Henri Jacob et Eugène Rozet, ainsi qu’à Poncelet qui se trouve à Paris.

Jeudi 31, distribution d’effets et travail habituel du bureau.

 

JANVIER  1915

 

Le 31 décembre au soir, nous faisons une partie de cartes jusqu’à 11h et demi, ensuite avec Pérignon, nous arrangeons les menus objets à donner le 1er janvier. Nous ne nous couchons pas. Nous  nous souhaitons à minuit  une meilleure année que celle déroulée et que bientôt nous retournions revoir nos pauvres pays.

Et nos chères familles  qui vivent avec l’ennemi, qui se demandent ce que nous pouvons être devenus,  qui leur a souhaité Bonne Année !!! Comment vivent- ils ??  Et mes petits ?? Les ai-je encore tous les quatre ???

Que doit penser ma chère petite femme ? Quel martyre pour elle ? La retrouverais-je également ma pauvre Marie ? C’est bien terrible cette séparation, surtout sentir les siens sous la domination ennemie. Et  puis, sont-ils bien rentrés à Lamouilly ? Je vis dans l’incertitude -  plus heureux matériellement que mes aimés. Si seulement je savais qu’ils ne manquent de rien.

 

2 janvier 1915    

Départ à Braquis où nous allons faire le séjour habituel.

 

3,4,5,6,7janvier : rien d’anormal, séjour aux grands’gardes, les hommes sont dans l’eau et ne peuvent pas dormir.

 

8 janvier, nous rentrons à Watronville.

9 janvier, travail journalier.

Dimanche 10, j’assiste à la messe et aux Vêpres à Watronville

Lundi 11, prêt, temps abominable, pluies continuelles et grand vent.

Mardi 12, remplacement d’effets.

 

Mercredi 13 et jeudi 14 : travail journalier et le 14, achat des denrées nécessaires à notre séjour à Braquis. Préparatifs du départ qui a lieu demain 15 à  3h du matin. Toujours la pluie, quel hiver pourri !!

 

Vendredi 15 : départ à 3h comme prévu, pas beaucoup de pluie en route, mais que de boue ! La compagnie se repose la journée et part aux avants-postes le 16 à 6h du matin

 

Samedi 16, pauvres hommes se rendant aux avants-postes, il faut passer dans l’eau, à certains endroits l’eau va jusqu’aux genoux ; au bois toujours l’eau et autour des abris, si abri on peut dire, 15 centimètres de boue liquide. Dire qu’il faut rester ainsi pendant 6 jours. Personne ne pourra dormir, ce doit être bien fatigant et les forces doivent s’épuiser vite.

 

Aujourd’hui 16, quelle tempête, grand vent, fortes averses et même du tonnerre alternant avec le canon.

Quelle mauvaise journée ! Que de chimères encore. Je suis relativement heureux, restant au bureau au village de Braquis. Je viens de lire dans « le petit Journal » du 15 que dans la région du Nord-est (envahie) la famine commencerait à se faire sentir, qu’à Sedan et Charleville on avait manqué de pain !!! Quelle affreuse misère. Non seulement nos familles n’ont aucune nouvelle de nous, nous non plus ne savons ce qu’elles sont devenues, mais encore elles auraient faim. Ces pauvres pays ne seront donc jamais délivrés ! et nos êtres chers sont exposés à souffrir de la faim, mourir de privations peut-être. C’est à désespérer. Pauvres parents, quelles tortures ils ont à endurer.

Et les enfants, les pauvres petits, que de gémissements  que ma petite Marie serait incapable de soulager. Quelle misère mon Dieu ! Si seulement ces pauvres parents et enfants avaient pu se sauver en août pourvu encore qu’ils n’aient pas été emmenés ? A cette heure mes 4 petits chéris vivent-ils encore ? Quelle cruelle angoisse !

 

A ce moment 16 janvier à 3h, juste près de l’église en face de notre bureau, une maison prend feu.

Je vais un moment sur le lieu de l’incendie, puis je rentre au bout d’un moment, le 330ème suffisant au service d’ordre. Demain dimanche, je tâcherai d’assister à la messe à Braquis

 

Du 17 au 31 janvier, toujours en stationnement à Braquis. Va et vient pour moi tous les 2 ou 3 jours entre Ronvaux, Chatillon et Braquis.

Le 23, j’ai été à Verdun.

 

FEVRIER 1915

 

Lundi 1er février, vais à Ronvaux pour le prêt et faire monnaie pour achever le paiement des effets chauds. A cette date, la situation générale nous est favorable, nous résistons partout, légère avance même sur quelques points nous avons le ferme espoir que d’ici fin mars un grand effort aura libéré le territoire envahi et qu’ à ce moment nous pourrons avoir des nouvelles de nos aimés. Seront-elles bonnes ? Si seulement leur santé était parfaite ? Espérons encore un peu.

Pour notre compte nous croyons qu’au moment d’une attaque nous serons ramenés en arrière au repos car nos hommes sont bien fatigués

 

Du 2 au 15 février, toujours stationnement à Braquis ; 6 obus de 130 : 1 sur la maison où demeurait le commandant de la poste et 2 sur l’église à 100 mètres de nous.

Nous avions bien peur d’y passer.

Bombardements journaliers des grands’gardes ; beaucoup de marmites n’éclatent pas, nous en avons compté 3 sur 5 qui n’éclataient pas. Toujours sans nouvelles de notre pauvre pays. Que peuvent bien devenir nos aimés. C’est le sujet angoissant de chacune de nos journées..

Une autre angoisse nous étreint depuis quelques jours. Tous ensemble avons discuté et notre manière de voir a été unanime. Mais comment la faire connaître aux nôtres : c’est les violences qui ont pu être exercées sur nos malheureuses femmes. Depuis 8 jours, tous les journaux roulent sur ce point : beaucoup de femmes et filles disent-ils, seront enceintes des Allemands.

Des journaux racontent que l’avortement ne peut être encouragé, d’autres que le crime à la naissance ne doit être toléré. Souhaitons que chez nous, il n’y aura pas des ces choses. Si, malheureusement le mal était fait, le meilleur serait comme proposé par plusieurs journaux, remettre à l’assistance publique l’enfant aussitôt sa naissance. Que Dieu ait protégé les nôtres, surtout ma petite Marie, elle qui a déjà souffert l’an dernier à pareille époque (20/2) pour notre petit René. Perspective affreuse pour les malheureuses qui seront prises. Qu’elles seront à plaindre ces martyres et que vite le bon époux aille serrer sur son cœur la pauvre épouse désemparée !

 

Du 15 au 25 février, même situation à Braquis, à signaler cependant la reprise par nous de la côte des Eparges le 21 février ; ça nous rappelait, mais en plus gros, la canonnade autour de la Meuse, fin août 1914. Quand cette guerre sera t’elle finie, nous voilà au 25 février, date à laquelle on espérait prendre l’offensive pour libérer nos pays, on n’entend parler de rien ; cependant des mouvements de troupes se font actuellement sur le front. Vivement que cette initiative soit prise, car nos pauvres parents doivent trouver le temps bien long. Nous ne savons toujours rien de ceux qui sont restés autour de Montmédy – Sedan, nous ne craignions qu’une chose, c’est que la misère ne se soit amenée sur ces pays, et la nourriture ? C’est surtout la nourriture qui fait le sujet le plus angoissant..

 

Et mes pauvres petits, que peuvent-ils bien devenir ? Les ai-je encore tous les 4 ?

C’est tout de même terrible une pareille situation : être si près et ne pouvoir avoir de nouvelles, c’est désespérant ! Oui, vraiment pour nous tous, de pays envahis pour la plupart, ce n’est pas rassurant. Nous, soldats, ne sommes pas encore trop malheureux, l’hiver n’a pas été rigoureux, mais quel sujet démoralisant pour des hommes qui restent six mois sans nouvelles et à quelle date encore pouvons nous espérer en recevoir ?!

Nous voilà loin des six mois de guerre que j’avais annoncé à ma petite femme ; je lui avais fixé cette durée comme un minimum, c’est vrai, mais moi-même je n’aurais cru à une guerre aussi longue qu’elle va être, mais surtout je n’aurai pu croire à une telle invasion de notre pauvre pays. Courage encore un peu. Conservons l’espoir de bientôt nous retrouver.

 

Hier 24/2, j’ai reçu une carte d’Henri, il est à  St Jean de Luz ( Basses Pyrénées) ambulance Sainte marie, en convalescence de fièvre typhoïde. Il doit être bien changé, lui qui était déjà si maigre ! depuis courant novembre, en effet, c’est bien long.

 

 

MARS 1915

 

 

Dimanche 28 mars 1915 : je tire mon carnet en me disant, voilà déjà un moment que je n’ai rien inscrit,

 Quel étonnement quand je vois qu’un  long mois est déjà passé ! Cependant, que le temps nous semble long et monotone ; que dirais-je cette fois, toujours la même chose, en station à Braquis et situation sans changement. Le 24 février j’attendais pour la situation des jours meilleurs, je prévoyais une offensive générale et victorieuse à brève échéance et aujourd’hui : rien ! rien ! Quel désenchantement ! Maintenant que les jours deviennent plus longs et que le bon temps reparaît, on se morfond de grandes journées, on pense à je ne sais quoi, dans le vide, la tête devient vide et je me demande oui ou non si nous allons devenir comme des bêtes, boire, manger, dormir, oui  dormir sur l’ennui. Mais pourquoi n’essayons-nous pas, nous Français, d’avancer pour délivrer nos pays ! Sommes-nous impuissants après tout l’espoir qu’on nous a laissé entendre ? C’est à désespérer ! Mais c’est pour notre malheureuse famille le plus terrible, que peuvent-elles devenir ? Quelle pénible angoisse ? Ce n’est pas encourageant ! De plus, près de nous, deux échecs nous sont venus après le succès des Eparges.

 

Le 19 mars nous avons attaqué Marchéville, point important où aboutit une voie ferrée des Allemands ; l’attaque a été faite par les  4ème et 8ème Cies du 166ème.  Ces deux compagnies ont été décimées et nous avons été ramenés à nos anciennes tranchées ; coût : 3 x 6 pertes.

J’ai vu Jules Collard qui est à la 7ème Cie, il se trouvait en réserve, je l’ai vu 3 jours après, il n’était pas encore remis de son état d’ahurissement. Pensez, après une pareille canonnade et dire qu’il n’y a pas eu de résultat ? Quelle guerre d’épuisement, quelles dépenses ces attaques, combien en faudra - t’il encore pour reprendre nos pays ? Cette attaque devait être reprise.

 

 Hier, 27 mars, elle reprenait en effet à 2heures par les 6ème   et 9ème  Cies du 166ème , toujours. Deux tranchées avaient été enlevées distantes l’une de l’autre de 500 mètres ; c’était bon comme résultat en attendant qu’il soit étendu, mais il aurait fallu se maintenir coûte que coûte. Mais voilà qu’à 11 heures du soir les Allemands entament une canonnade intense et qu’avec un régiment entier ils nous reprennent le gain de l’après-midi.

La Cie  du génie qui travaillait à la réfection des tranchées conquises est surprise par cette contre-attaque et se trouve à moitié culbutée. Pertes de cette mauvaise journée, encore 180 tués et les blessés ??!

Etre si près et ne pas savoir au juste ce qui se passe n’est pas croyable ! Pauvre famille, où est aujourd’hui le temps où dans un bonheur sans mélange, je rentrais à la maison et jouais avec les petits chérubins.

Mais que peuvent-ils être devenus tous ces aimés ?

C’est aujourd’hui les Rameaux, jour où maman Victoire allait à Villecloye.

Pauvre pays ! Quand donc cette maudite guerre sera t’elle finie ? Je n’ai plus la même espérance qu’il y a un mois, je suis très souvent pessimiste et me demande si nous viendrons à bout des Allemands autrement que par la famine. Combien de temps nous faudra t’il pour les affamer ? Mais de grâce, nom de Dieu, nous n’allons tout de même pas pour affamer l’Allemagne, laisser mourir de faim 10 millions de Français demeurés au pays, envahis, car, il va sans dire que si les vivres manquent, les nôtres souffriront les premiers. Si nous ne pouvons les délivrer, demandons la paix ! Et les pauvres petits enfants que peuvent ils devenir si le lait manque ?

 C’est une douleur morale insupportable cette maudite situation que nous avons, si ça continue, c’est à devenir maboule.

J’espère encore un peu, j’attends le 15 avril avec grande impatience, si à cette date nous n’avançons pas, vraiment nous ne valons pas grand’ chose.

 

Hier 27 mars, sommes photographiés quelques employés et le bureau.

Depuis quelque temps la Cie  occupe avec 1 peloton la grand’ garde du bois d’Hermemont (Hennemont ?)Avec le sous-lieutenant Beaumat, le 2ème peloton avec le lieutenant Billois et le capitaine de la grand garde du bois d’Autrey. La défense de ces grand’ gardes est bien dite, des travaux sont faits journellement et les abris sont très bien, hommes, sous-officiers et officiers. Les Allemands ont fini par repérer nos troupes aux lisières et très souvent des obus arrivent sur les grand’gardes.

 

Le 22 mars à 3h comme j’arrivais à Autrey faire signer mes pièces, quatre obus arrivent coup sur coup, un homme Leroy François, arrive en courant disant qu’il est blessé, nous le pansons vivement, il a seulement le téton gauche enlevé, une chance, peu après, on nous dit qu’un caporal est plus fortement blessé et qu’il faut le ramener sur un brancard.

C’est mon vieux copain Pierson qui était arrivé premier avec moi à la 23ème et qui est revenu à la 22ème comme caporal ensuite d’une petite noce. Il a la cuisse gauche traversée, une balle de schrappnel dans l’aine gauche, une large éraflure à la jambe droite, une plaie sous l’aisselle gauche et le pouce de la main gauche déchiré.

Malgré ses graves blessures, il est très courageux. Un Major le panse vivement, nous le ramenons à Braquis et le soir même, les deux blessés sont évacués sur Verdun. J’ai en garde un sac, une pèlerine et sa canne.

 

30,31 mars

AVRIL  1915

 

 

1er avril, 2 avril : pendant ces 4 jours, vive animation à Braquis, on sent que quelque chose se prépare.

Tous les soirs, une trentaine de gros camions automobiles arrivent chargés de planches destinées à faire des abris dans les bois. On parle d’une percée probable sur Conflans-Briey. Si seulement c’était vrai, ce serait en poussant jusqu’à Luxembourg, Trêves. La réalisation de mon plan -  car depuis octobre j’ai dit à mes camarades que le foncement de l’ennemi devait se faire sur ces points si nous voulions dégager nos régions envahies en un seul coup – une formidable artillerie s’installe  autour de nous. Aujourd’hui samedi, de la cavalerie non montée arrive en nombre et on laisse percer que les 1er  et 2ème  corps vont suivre.

Attendons et espérons. Vivement que nous puissions savoir ce que sont devenues nos chères familles. Ce serait de bons œufs de pâques !

 

Lundi 12 avril : encore une période de passée mais sans les résultats que j’en avais espérer.

 

Les 3 et 4 avril, continuation d’un infernal va et vient de tracteurs, arrivée des 33ème et 73ème, 351ème d’infanterie, et 56ème bataillon de chasseurs, mise en place de quantités de pièces de 105,120 et 155.

 

Le 5 à 11h du matin, la canonnade commence assourdissante, les troupes ont quitté Braquis pour prendre position. Ma Cie a fait des ponceaux pour passer le Bracquemirupt et fait des brèches dans nos réseaux pour permettre à l’active de passer. La compagnie occupe pour l’attaque la grand’garde d’Herméville- Nord. A 2h, je pars au bois, le bazar de la canonnade est insensé.

Vers 5h, nous apprenons que nos troupes ont avancé quelque peu et nous voyons revenir à Braquis beaucoup de blessés.

 

Le 6 avril, la canonnade continue, nous prenons la côte 122 par le 351ème, le fortin de la côte 221 par le 164ème et ce même régiment avance un peu sur la côte 218.Le 56ème chasseur opère devant Maizeray et Pareid avec le 351ème sur le côté gauche de Marchéville.

 

Le 7 avril

, la bataille continue, mais le canon tonne moins fort, le 91ème a dû échouer devant Marchéville, c’est la 3ème fois devant ce village depuis 3 semaines; cependant, il en a été tiré des obus, plus de 100 pièces de canon se trouvaient dans les bois de la  Daure (?), d’Hermemont (Hennemont ?), d’Autrey et d’Herméville. Mais quel déluge pendant 3 jours.

 

Le 7, je me fais du mauvais sang ; je croyais à un grand mouvement qui, peut-être serait un bon soulagement pour notre pays, hélas ! il nous faut déchanter ;

 

Le 8 dans le journée, le démontage des pièces s’effectue pour aller dans une autre direction et l’on n’entend plus grande canonnade.

 

Le 8 au soir, la Cie quitte la grand’garde d’Herméville pour aller occuper Gussainville. Le bureau doit aller s’y installer également

 

Le 9, je pars de bonne heure avec mes embusqués et nous entrons à Gussainville que nous trouvons  plus beau et plus gai que Braquis. Le village comprend un château et quatre grosses fermes, tout moderne, écuries spacieuses et bien pavées, hautes et plafond en ciment armé, ce qui constitue un bon abri contre les bombardements. Nous dominons la plaine à longue distance, mais sommes sujets aux coups des pièces allemandes qui sont à Rouvres.

 

Le 10 nous recevons une trentaine d’obus dont 12 gros.

 

Le 11, nous en recevons 75 à 80, dont 50 de gros calibre qui font d’énormes trous, un obus arrive sur une maison en face de celle où nous avons mis notre bureau et abat tout un côté de mur, les carreaux des trois fenêtres de notre maison sont réduits en miettes, un autre obus arrive sur un côté du château et abat une bonne partie de mur. Les autres et les schrappnels ne font que d’énormes trous ébranlant les maisons et déchirant les arbres.

 

Le 11, nous recevons l’adjudant Julien venant de la 21ème pour remplacer Goulet passé au génie. Nous recevons comme sergents Mangin venant de la 23ème et Virolet  de la 24ème. Nous passons comme sergents à la 23ème mon vieux Caporal d’ordinaire Pérignon, un bon petit gars, à la 24ème Mullesch et Jouly à la 21ème division.

 

Le 12, nous recevons encore une quarantaine d’obus dont une dizaine de gros ; un tombe encore sur le château et abat un côté de  mur et une cheminée. Tout cela, c’est de bien petites choses en regard de ce qui reste à faire, mais je vois que ce sera dur et je désespère en pensant que peut-être nous sommes encore tenus pour longtemps. Quelle affreuse guerre !

Quand donc reverrais-je les miens ??

Un petit intermède de joie. Voici un communiqué officiel de 15 h du 11 avril que nous remet notre nouvel adjudant, ça délasse un peu et met une note gaie à notre vie si monotone :

Communiqué  : cette nuit, nous avons essayé de percer mais en vain ; la prise de deux mamelons et divers changements de position ont enfin permis à notre tête de colonne de se dresser devant l’ennemi. La colonne toute entière, soutenue par des batteries de grosses pièces à l’arrière a pu contourner l’Aisne, traverser le petit bois et pénétrer dans la tranchée. Après diverses alternatives d’avance et de recul, trois violentes décharges de nos batteries ont arrosé la tranchée et les broussailles environnantes. Nous étions maîtres de l’ennemi, quand tout à coup les munitions ayant manqué la colonne a fléchi avec un peu de mollesse et s’est repliée d’elle-même sur ses batteries.

Les opérations sont également rendues difficiles en raison du réseau barbelé.

Les Anglais n’ont pas eu à intervenir, l’attaque de Perthes devant être ultérieure à cette époque

L’attaque sera reprise aussitôt l’arrivée de nouvelles munitions.

 

  13 avril 1915 : journée calme à Gussainville ; le soir à 9h, une pièce de 105 a lancé de St Maurice 20 obus à mélinite sur la voie de Longuyon à Conflans aux environs de la gare de Gondrecourt, dans le tournant de la ligne, sous bois.

 

14 avril : ce soir nous retournons au repos à Braquis. L’après-midi, nous recevons une douzaine de marmites, un coup tous les cinq minutes. Je rentre au bureau entre chaque coup pour faire quelques lettres et me sauve à l’écurie plafonnée en ciment armé et recouverte de 4 à 5m de foin, dès que j’entends le sifflement de l’obus ; à coté de cette écurie formant un excellent abri, nous avons une cave voûtée où le téléphone s’installe pendant le bombardement ; par temps calme, le téléphone se trouve dans la chambre à coté de mon bureau.

 

Les 15 et 16 avril nous les passons à Braquis.

 

Le 17  également, moi j’en profite pour revenir à Watronville et Chatillon..

Le 17 au soir, la Cie repart au bois grand’garde d’Autrey, moi j’y pars le 18 au matin.

 

Le 18, journée calme ; le soir j’ai reçu une lettre de Mme Poncelet, rentrée de Villerupt en France à Chatenay, elle cause un peu de satisfaction en me disant que mon logement n’est pas pillé jusqu’à présent, que mon frère Alphonse fait mon jardin et que ma belle sœur ou Pauline assurent l’aération de mon logement. Ceci est une satisfaction bien légère au regard de celle que j’attends tant. J’aimerais mieux perdre tout ce que mon logement renferme et savoir ma petite Marie et mes chers petits en bonne santé. Hélas ! Quand le saurais-je ? Je demande à Mme Poncelet de plus amples détails.

 

Le 19 avril : quelques shrapnels arrivent sur notre grand’garde, Lefort et Lebouc sont légèrement blessés.

 

20 avril : en me levant ma première pensée va vers mes aimés, de même que chaque soir avant de m’endormir, ma conscience tranquille pense que malgré la dure séparation j’aurai peut-être le bonheur de retrouver mon monde en bonne santé.

Espérance fait vivre, mais que c’est dur ; malgré toute absence de nouvelle, le moral est bon. Hier j‘ai oublié sur mon carnet une inscription que je dois inscrire depuis une dizaine, c’est une punition, digne des temps présents et auquel le bon souvenir sera conservé dans toutes les mémoires.

 

Voici cette perle :

Punition portée au moment où les troupes étaient en alerte en suite de journées de combat :

"22Cie – punition. Le sergent major : 8 jours d’arrêt simples, ordre du lieutenant-colonel Husson commandant le régiment « a de sa propre initiative fait une démarche auprès du colonel commandant la brigade pour obtenir un renseignement demandé à sa compagnie » : 9 avril 1915, signé Husson."

Autre perle qui n’est pas digne de bravoure, mais surtout de patriotisme : depuis un certain temps, on entend raconter que le 45ème va retourner en arrière : pour arriver à cette fin on s’appuie sur le mauvais état sanitaire, quoique celui-ci soit très bon. C’est notre 22ème qui n’a pas assez de malades 4, 5 ou 6 par jour, tandis que d’autres Cies en ont 35, 40 et même davantage.

Hier le mot d’ordre, évidemment dissimulé, était d’inciter une certaine quantité d’hommes à se faire porter malades, résultat ce matin 20, 35 malades, la visite doit se passer en douce. Le retour en arrière sera t-il accordé, je me le demande, mais de tels procédés ne devraient pas être employés. Je reconnais volontiers que nous sommes sur le trimard depuis le premier jour et que beaucoup de territoriaux viennent également d’être appelés, mais que diable, les ¾ d’entre nous ne demandent pas à retourner en arrière, au contraire, nous attendons tous et ne demandons qu’à marcher pour aider à la délivrance de nos malheureux pays.

 Pauvre France. Avec juste raison, ceux qui ne connaissent pas l’invasion ou ceux, qui comme beaucoup d’entre nous, n’en subissent pas le contre coup, se fichent pas mal de ceux qui sont restés là-bas . Ce n’est pas rassurant.

Pour ma part, mon plus grand bonheur serait de rester ici et de suivre le mouvement en avant dans nos chers pays si toutefois nous sommes capables de tenter une avance

 

Communication de Watrin de Breux : Breux serait tranquille. Les Allemands font annoncer à son de caisse dans les villages que les habitants peuvent rentrer en France ; il suffit d’en faire la demande.

Chauvency : tous les hommes de 15 à 60 ans doivent répondre à l’appel tous les jours. Des équipes spéciales ont été formées par  les Allemands pour rechercher ce que les habitants ont pu cacher dans les caves et autour des maisons.

A Chauvency, il y a 1000 soldats, les habitants sont obligés de saluer officiers et soldats. Les poulains du pays ont été parqués à Thonne-les Prés et sont expédiés en Allemagne dès qu’ils deviennent bons. Les Allemands ont installé un casino à Chauvency, les meubles de Mr Lefébure le garnissent. Le marché à Montmédy  a été rétabli 2 fois par semaine. Magny serait détruit et 37 personnes y auraient été fusillées. Olizy aurait beaucoup souffert aussi et il y aurait beaucoup de victimes.

Et Lamouilly ? Quel mystère. Que sont bien devenus mes chers aimés ??  Malheur de malheur ? Dire qu’il n’y a pas moyen de percer ce nuage.

 

Du 21 au 29 avril : période de beau temps et de calme ; la série de malades a duré 4 jours après lesquels il ne fallait plus de malades. Probablement que le résultat espéré a été nul ; tant mieux.

 

26 avril, nous recevons un renfort de 13 hommes à la Cie pour remplacer les hommes de la classe 1888 que nous libérons demain 27.

 

Le 27, renvoi de ces vieux gars, entre autres le copain Georges Cheneaux, Caporal Fournier duquel je conserverai bon souvenir, nous nous embrassons, le boucher Malherbe était aussi un bon vieux, le pauvre bougre a un fils blessé  déjà amputé d’une jambe, de plus une nouvelle qui nous avait été donnée il y a bien longtemps et qu’il ignore encore, c’est deux de ses filles qui auraient été fusillées par les Allemands.

 

Du 25 au 29, nous avons été à la grand’garde du bois d’Autrey où vraiment on se trouve bien.

 Si seulement j’avais des nouvelles  de mes chers parents et petits. Pauvre petite Marie, quel long martyre à endurer. Aujourd’hui, j’écris à Mr Léon Baudot de Thonne-les-Prés, il est rentré en France dernièrement, peut-être me sera t’il une lueur d’espoir. Attendons sa réponse. Ce soir 29 à 9h, nous rentrons dans ce manoir de Braquis pour 4 jours. Tout le monde préfèrerait rester au bois par ce beau temps.

 

MAI 1915

 

 

 

Dimanche 9 mai ( caisse personnelle)  état de ma caisse – menue monnaie :9,80) ;

dans mon porte-monnaie 7 pièces de 20f = 140

dans mon porte-feuille placé dans un carnet de compagnie : 2 billets de 100f = 200

                                                                                                1 billet de 50f = 50         { soit 430 f }

                                                                                                2 billets de 20f = 40

 

 

le 30 avril, 1er , 2 et 3 mai, séjour monotone à Braquis. Le soir du 3 mai, retournons au bois d’Autrey

 où nous sommes très bien, maintenant le bureau va aux grand’ gardes , c’est la bonne saison et je m’y plais vraiment mieux qu’à Braquis, il est vrai que l’hiver, je préfèrerais demeurer au village.

 

4 et 5 mai les passons à la grand’garde d’Autrey ; le 5 au soir, nous rentrons à Braquis. Nous apprenons que le régiment va aller au repos à l’arrière, devons être à Fleury Dt (devant) Douaumont pour le 12. en attendant, nous devons encore aller passer 2 ou 3 jours au bois de Darmont (?).

 

Le 6 nous sortons à braquis.

 

Le 7 à 7h du soir, nous partons le bois de Darmont (?), y arrivons après une marche sous le bois de 5heures, à minuit nous arrivons, et dans quel état ! tout le monde est vanné ; ces chemins ailleurs étaient bien secs mais pour aller à Darmont (?), nous avons pris des bains de pieds malgré des chemins de fascines. (déf : assemblage de branches pour combler les fossés et empêcher l’éboulement des terres). Nous avons des abris tout ce qu’il y a de précaire, avec l’adjudant nous en avons un où nous devons entrer sur les genoux. Nous y sommes tranquilles. Nous y restons le 8 et aujourd’hui 9. a 150 m de nous à la lisière intérieure de bois sont enterrés là 150 à 180 hommes des 33 73ème qui avaient fait l’attaque du 5 au 8 avril. C’est un vrai cimetière, de petites croix de bois tous les 2 ou 3 mètres, j’ai vu 2 hommes enterrés dont les pieds n’étaient même pas couverts.

Aujourd’hui 9, nous attendons notre ordre de départ pour Fleury. Le 9 au soir, rentrons à Braquis ; nous y passons la nuit ; apprenons que le 1er  bataillon cantonne à Fleury, nous, 6ème devons aller à Vacherauville.

 

10 mai à 2h, la compagnie reçoit ordre de partir de suite jusqu’à Chatillon, là embarquement en chemin de fer jusqu’à Fleury et de Fleury à Vacherauville ,à pied. Moi je reste avec le convoi et une dizaine de poilus, nous faisons le chargement de tout notre matériel ; nous partons à 6h1/2 , nous voyageons toute la nuit, passant à Hermeville, Moranville, Abaucourt, Verdun, Belleville, Bras ; arrivons à Vacherauville à 6h du matin ayant fait 37 km à pied ; je ne suis pas trop fatigué.

Le pays, que je connaissais, est bien plus plaisant que le trou de Braquis.

 

Les 11, 12, 13, 14, 15 et 16 mai nous sommes au repos complet, passons quelques revues d’effets

 

Lundi 17 nous recommencerons un peu d’exercice.

 

Jeudi 13 était l’Ascension, assiste à la messe et vêpres. Aujourd’hui dimanche, je vais aller à la messe.

Je suis toujours sans nouvelles de mes chers aimés. J’ai reçu une lettre de Mme Logarmite de Villerupt qui ne m’avance pas beaucoup ; une aussi de Mr Léon Baudot qui était rentré de Thonne-les-Prés : il me donne quelques détails de Thonne et me dit que ma sœur Alphonsine et ses petits sont en bonne santé.

 Si seulement je pouvais en connaître autant des miens. Quel mystère !

 Mr Baudot me dit que le pain est rationné à 140gr par jour et du noir ! Que vont donc devenir mes chers petits et ma chère petite femme. Dire que, nous soldats, avons tout en abondance et qu’à 40 km de nous, nos êtres les plus chers ont tant de privations à supporter, peut-être des maladies c’est horrible, mais que diable, qu’on nous lance tous en avant, jeunes et vieux pour reconquérir nos pays et sauver les nôtres !

Ce n’est tout de même pas encourageant de sentir ceux que nous chérissons entre les mains de l’envahisseur et de plus, cruauté, les savoir privés du nécessaire . Quelle barbarie !  Mais nous sommes donc impuissants ? Cependant nous avons encore tous du courage, et si on nous lançait tous d’un coup, nous pourrions espérer revoir nos aimés. Il faut qu’il en tombe, ce serait bien le diable si nous y restions.

Je conserve le ferme espoir de rentrer sain et sauf, mais s’il le fallait et que je sente le mouvement en avant se dessiner et se rapprocher des nôtres, ce me serait égal encore de livrer ma vie pour sauver les miens.

De grâce, qu’on délivre nos pays !

 

Du 17 au 31 mai, toujours la même situation, toujours au repos et quel repos ; nous ne faisons rien, mais combien nous sommes ravagés par l’ennui. Nous sommes mieux comme pays, le pays est bien plaisant, on voit des civils mais l’inaction nous est une torture, nous ne pouvons que penser à ceux qui sont là-bas. Moi, j’en suis désespéré et je crains fort que nous ne puissions rien faire pour délivrer nos pays.

Cependant l’Italie est entrée dans la danse.

 

Le 24, j’ai reçu une lettre de Mlle Léonie Rambour ; j’espérais en recevant cette lettre avoir des nouvelles des miens, hélas, rien ! J’avais toujours cru Mlle Léonie restée en pays envahi et je croyais qu’elle rentrait en France, mais non, elle s’était sauvée de Lamouilly avec papa Prosper, mais avait quitté les miens à Stenay. Je lui ai répondu aussitôt pour avoir quelques détails.

 

JUIN 1915

 

Hier, 31 mai, j’ai reçu sa deuxième lettre, elle me réconforte un peu mais aujourd’hui 1er juin, je suis encore bien désorienté, pas de changement, quelle situation. J’ai écrit aujourd’hui à Mlle Rambour ; je n’ai qu’elle en ce moment à qui je puis déverser mes amertumes. Depuis que je suis à Vacherauville, je m’ennuie terriblement, je n’ai guère d’occupation, toujours à penser, jamais l’esprit tranquille, à quand donc la fin de cette guerre maudite ?

 Je suis une loque. Actuellement j’ai un laisser- aller inimaginable ; manger, boire, penser aux absents quand je ne dors pas. Seul, le dimanche m’est assez supportable ; je ne manque ni messe, ni vêpres, il n’y a plus que ces moments qui me réconfortent.

Vivement la fin et le retour de nos aimés. Pourvu que je retrouve ma petite Marie et mes chers  petits !

J’ai écrit à une dame de Stenay rentrée en France et à une demoiselle d’Olizy rentrée également, peut-être aurais-je quelques renseignements. Attendons encore.

 

14 juin -  le 5 juin, nous avons quitté Vacherauville pour aller au quartier Marceau, là, c’est la caserne, sauf que les hommes couchent sur la paille dans les chambres, il n’y a pas de fournitures de literie ; là, nous sommes assez tranquilles ; le régiment fait des gabions (déf : cylindre de branchages , rempli de terre, servant de protection dans la guerre de siège) .

 

le dimanche 7, assiste à la messe sous bois. Je trouve Eugène et Vital Rozet de Lamouilly.

Le soir, je les invite à manger et nous parlons du pays et des aimés que nous avons laissés là-bas.

Hier 13 juin, messe au même endroit. Par Eugène Rozet, j’ai eu l’adresse d’une demoiselle Ponsardin qui a demeuré 15 jours à Lamouilly chez Rozet. Je vais lui demander des nouvelles.

 J’ai reçu réponse de la dame de Stenay, elle ne me dit rien, elle était voisine de Mr Gircourt, ce dernier est mort le 7 février mais elle n’a pas connu les miens. Ils ne sont donc pas restés à Stenay comme je l’avais cru à un certain moment. De Mlle Alexandre d’Olizy, pas encore de réponse. J’ai appris hier qu’Edouard était prés de moi, caserne Chevert, je vais tâcher de le voir un de ces jours

 Reçu hier une carte d’Henri qui m’apprend la mort d’un fils de sa sœur Catherine, Ferdinand, le plus jeune qui était resté en Amérique ; c’est une dure nouvelle à apprendre pour eux quand nos pays seront délivrés.

Quand le seront-ils délivrés ?? Je n’ose plus y penser.

 

Demain 15 juin, j’envoie à Fernand les lettres que j’ai reçues jusqu’à présent, ça me déchargera d’autant et si quelque malheur m’arrivait, elles ne seraient pas perdues. Je conserve sur moi bien précieusement, c’est ce que j’ai de plus cher, les trois lettres que j’ai reçues en tout de ma pauvre petite Marie.

Quelle peine cette séparation, grand Dieu quand on y pense ; et les petiots ?!!!

 

24 juin : à cette date, j’ai eu un bien vif plaisir. Toujours en caserne au quartier Marceau, travail et exercice, c’est l’emploi du temps habituel.

 

Dimanche 20 :  assiste à la messe avec Vital et Eugène Rozet. Encore un de passé hélas à quand le dernier de la guerre..

 

Le 22, j’ai reçu une première nouvelle heureuse. Mme Poncet, notre ancienne voisine de Villerupt ayant découvert l’adresse d’une dame Renard évacuée de Lamouilly, elle lui a écrit. Cette dame Renard lui a dit qu’elle a quitté Lamouilly depuis un an, mais que néanmoins elle a des parents au pays. Elle dit qu’en janvier 1915, mes parents, ma Marie et mes quatre petits enfants étaient en bonne santé. Quelle joie invincible cette nouvelle m’a causé. J’étais changé, de sombre, je devenais joyeux. J’aurais bien aimé avoir un mot direct mais jamais on n’est content.

Ce qui a mis le comble à mon bonheur, c’est la lettre reçue aujourd’hui 24 de Mr Collard d’Olizy. Il a été rapatrié en mai et me dit qu’à cette date toute ma famille était en bonne santé ; il me dit qu’un de mes petits a été malade mais qu’il était guéri à son départ.

Collard  n’avait été prévenu que 4 heures avant son départ, aussi je lui avais dit que c’était étonnant  que Marie ne lui ait pas remis un mot pour me faire parvenir, je comprends maintenant qu’il n’a pas eu le temps de passer chez nous.   Je lui récris en lui demandant lequel de mes petits qui a été malade et quelle maladie. Pauvre petit. Mr Collard m’écrit que maman Victoire et ma chère petite Marie étaient dans le jardin quand le train de rapatriés a passé, qu’il a pu se faire connaître, si seulement ils avaient pu causer un peu avant son départ.

Enfin, me voilà quand même rassuré sur leur sort, le cauchemar du passage sur la Meuse est passé, vraiment je me suis fait bien de la bile, mais aujourd’hui cela n’est rien, ce qui m’importe c’est de les retrouver en bonne santé après cette maudite guerre. J’étais tellement heureux que j’ai écrit aussitôt à Mlle Léonie Rambour pour lui annoncer la bonne nouvelle j’attends maintenant des nouvelles encore plus fraîches par l’intermédiaire des fils Rozet. Ça ne doit pas tarder.

Quant aux opérations militaires, pas beaucoup de changement, depuis 4 jours un violent combat est engagé toujours sur les Eparges- St Mihiel, en voilà un coin qui nous aura coûté chaud.

Voilà encore une faute d’août : les morts restent en place chez l’un comme chez l’autre. Et il paraît que des tranchées se font avec des cadavres. Quel charnier, l’air est dit-on empesté, c’est insupportable.

J’avais été à Chavert avant hier matin croyant y voir Edouard mais il est à Dugny avec l’Etat major du 2ème corps. J’espère le voir bientôt.

 

Lundi 29 juin  le 27 j’ai reçu la réponse de marie Alexandre d’Olizy, rien de nouveau ne m’est dit, mais je suis maintenant plus tranquille puisque de 4 sources différentes, je sais que mes aimés sont en bonne santé. J’ai reçu le 19 une lettre de Mlle Léonie datée du 13, j’y réponds le 23. elle trouve par une autre lettre qu’elle m’a adressée le 24 que je suis avare de lettres et que surtout je n’oublie pas de lui narrer mes actions d’éclat. J’en ai un à raconter :

Vendredi 26 vers 1 heure, j’avais un état à faire des revolvers de la Cie avec numéro ; je vais dans ma chambre suivi du caporal Kem d’ordinaire ; je prends mon revolver et constate avant d’en relever le numéro qu’il est bien sale ; je le montre à Kem en lui disant de m’appeler un homme adroit qui puisse le nettoyer. Au même moment, ne me souvenant nullement que le revolver était chargé, je le prends à deux mains croyant faire le tour du barillet pour m’amuser mais boum ! formidable détonation dans cette petite chambre tout de suite remplie de fumée , Kem s‘était sauvé à toutes jambes et moi je ne revenais pas de ma méprise. L’arrivée de Julien,  l’adjudant qui avait été réveillé en sursaut me fait éclater de rire et aux alentours  beaucoup se demandent d’où le coup est parti.

Enfin, c’est un moment plutôt joyeux de passé, ça change les idées. Mais je vois encore Kem se sauver.

 

Dimanche 28 avec Gervaise , Eugène et Vital Rozet allons à la messe sous bois. Le soir ils mangent avec nous. Nous devons partir le 1er juillet à Vaux et Damloup pour travaux, remplacer le 1er bataillon qui rentre à Marceau. Un bataillon du 44ème est venu de Verdun et forme le 3ème au 45ème. Ce sont des G.V.C du mois d’août 1914.

Opérations militaires : néant.. je n’ose plus y penser. Sortirons un jour de cette guerre. Quand donc aurons nous le bonheur de reprendre notre vie auprès de nos femmes et enfants chéris !!!!

 

JUILLET 1915

 

Jeudi 1er juillet, départ à 1 heure du matin pour Dieppe ; passons par Vaux et arrivons à Dieppe à 5 h. village très riche mais plus des ¾ évacués. Nous y sommes pour 8 jours. La Cie va au travail au bois des Hautes Charrières à 5 km de Dieppe. De fortes positions défensives y sont effectuées et 4 pièces de 240 doivent y être placées de façon à détruire les usines de Pieuvres que nous voyons fermer depuis octobre.

Le bureau reste au cantonnement à Dieppe.

 

2,3,4,5 et 6 juillet, toujours travail le dimanche 4, jour de fête à Villerupt était justement en temps de paix, jour de fête à Dieppe.

Ce jour, j’ai reçu une seconde lettre de Collard me disant que ce doit être mon petit René qui a été malade- mais il me dit de me rassurer qu’à son départ il était en bonne santé ; par lui, j’apprends que c’est moi qui passe pour être le facteur-receveur de Lamouilly. C’est peut-être heureusement pour cela que papa Prosper n’est pas inquiété.

 

Hier 5, bombardement du bois Le Chêne à 500m de nous, chaque jour ce bois reçoit des 77 et 105, mais hier une douzaine de 210 sont tombés dessus. Cette guerre peut durer ainsi des années, cependant il me semble que la question argent va devenir primordiale dans tous les pays. Beaucoup en ce moment craignent de passer encore l’hiver prochain, jusqu’à nouvel ordre je ne veux pas y croire, il me semble que fin octobre/ 15 novembre ça pourrait bien finir ou alors combien vont devenir fous. Ne sommes-nous pas encore assez abrutis comme cela. ??

 

7 juillet au soir, préparatifs de départ pour rentrer à Marceau.

 

Le 8 au matin partons à 3h de façon à passer à Vaux avant le grand jour et rentrons à Marceau à 7 heures.

Nous voilà encore revenus ici pour 15 jours. Peut-être y aura t’il du changement lorsque nous repartirons à nouveau.

 

Du 8 au 11 pas de changement.

 

Le 11, messe le matin et à 1h1/ 2, vive surprise de satisfaction, Edouard vient me voir et passe l’après-midi avec moi, il mange avec moi et repart à 7h1/2  en bon état. J’étais tout heureux de le revoir et lui était bien heureux. Je lui ai remis 20 francs. Je dois le revoir le 14 si toutefois il peut se détacher de Chevert, sinon, j’irai le voir le 15 ou le 16.

 

Les 12,13, pas de changement

 

Le 13 à partir de 2h du matin, une violente canonnade s’entend venant de la direction de l’Argonne, on parle d’une attaque allemande faite par 7 corps d’armée- en ce moment, 5h, elle dure encore mais semble s’éloigner, attendons et espérons en un heureux résultat pour nous.

Depuis quelques jours la confiance me revient.

Fernand m’écrit que Paule est à Chantraines ; reçu une carte d’elle le 12.

 

Demain 14, prise d’armes à 7h pour les 2 bataillons, mais pas de défilé.

Le menu est un peu corsé, mais l’animation des années précédentes n’existera pas. Nous ne pourrions raisonnablement pas nous amuser en songeant aux êtres chers dont nous sommes si cruellement séparés. Eux, avant toute autre préoccupation. Ce que je vois avec le plus de plaisir, c’est quelques cigares en perspective, ma petite Marie qui se plaisait à me les offrir tous les dimanches, quelle plaisir serait-ce pour elle si aujourd’hui elle pouvait faire de même. Oh oui, le bonheur d’antan quand donc le reverrons-nous ? Je sais tous mes aimés en bonne santé, mais j’aimerais mieux avoir de leurs nouvelles directement et surtout être auprès d’eux et jouer avec mes petits. Espérons quand même les revoir bientôt pourvu encore que nous soyons victorieux.

Ce matin, j’ai vu Balon de Stenay qui connaissait très bien toute ma famille ; c’est un fils à mère Balon dont ma Marie m’avait déjà parlé. Il m’a donné l’adresse de Damoise Blondin. Je me propose de lui écrire demain 14 si je me lève de bon matin et avant la revue.

Courage encore et attendons le résultat de la grande action engagée en Argonne. Encore une que les miens auront entendue, Collard m’ayant dit que le canon s’entendait très bien de Lamouilly.

Si seulement nous pouvions libérer les nôtres.

Situation au 13 au soir : 3 billets de 100, 1 billet de 50, or…190, soit 540.plus 12frs de menue monnaies

 

Du 15 au 22 juillet, vie de caserne, exercice le matin, travail l’après-midi.

 

Le 22 départ à 6h pour Vaux. Beau cantonnement, maison entière pour le bureau et quelques belles filles. Le travail s’effectue de nuit ; départ à 7h, rentrée à 3heures du matin. Travail fatigant – 3 fois j’ai été au travail.

 

Les 23,24 et 26 nous avons 9 km à faire pour nous rendre au travail et 9km pour revenir ; travail de tranchées et abris de bombardement en face de Morgemoulin et devant le bois le Baty.

La première nuit avec Lieutenant Beaumat, j’assiste au travail en face de Morgemoulin, abri de mitrailleuses et transports de gabions à 400m en avant de cet emplacement dans un petit boqueteau où avec ces gabions remplis de terre nous devons faire une tranchée avancée dont les boches ne pourront douter ; mais c’est dangereux, nous sommes à 200m au plus des boches et il faut faire bien attention au bruit, sans quoi les marmites nous arriveraient bien vite.

En général, ça s’est bien passé ! Chaque nuit des 77 sont envoyés dans notre direction, les guetteurs allemands apercevant nos porteurs de gabions qui sont obligés de passer sur une petite éminence de terrain ; pas de perte ni  blessé.

La 2ème et 3ème nuit, j’assiste au travail avec le lieutenant Malicet, bon petit homme qui est en subsistance chez nous, ayant remplacé le lieutenant Billoit évacué pour maladie. Cette fois, je vais à l’endroit ci-dessus et nous faisons ensemble la tournée de tous les chantiers. Nous passons le plus grand temps en face le Baty, cet endroit est bien plus exposé que le premier et nous n’avons rien reçu, nous sommes à 350m du bois occupé par les  prussiens et à moins de 200m de leurs postes de sentinelles et d’écoute.

 Nous passons en avant des ouvrages en exécution, descendons en avant du réseau de fil de fer et en faisons le tir, au commencement nous nous abaissons, puis peu à peu n’entendant rien, nous marchons comme à l’habitude, rien ne nous arrive, nous rencontrons un 77 non éclaté, restons pour marquer l’emplacement avec une branche et continuons notre ronde sans avoir reçu un coup de fusil, c’est peut-être une veine.

Quand on est rentré, on est content et l’on se dit que c’est bête de s’exposer ainsi, comme quoi on s’habitue au danger.

Les nuits de travail sont fatigantes, je me couche à 3h1/2 et à 8 h, les mouches vous empêchent de reposer, alors je me lève et fais mon travail de bureau.

Ensuite, je vais dire bonjour à la petite Alice, jeune fille charmante mais très sérieuse. Ca rappelle bien des choses auxquelles actuellement nous ne pouvons songer. Qu’il serait bon d’embrasser sa Marie. Espérons que bientôt ce bonheur nous sera rendu.

Nous quittons Vaux pour rentrer à Marceau le 29 à 7h et nous allons reprendre la vie de caserne pendant 15 jours encore

 

Le 28 je me paie la course de Watronville où nous avons si longtemps séjourné l’hiver dernier, 12km aller et 12km retour, c’est une bonne marche ; en rentrant mes pieds commencent à s’échauffer, j’étais content de revoir de vieilles gens qui nous avaient si bien reçus, surtout Mme Veuve Moncel chez qui nous faisions notre popote. Je verrai dimanche 1er août Eugène et Vital Rozet ainsi qu’Aimé Blaise.

Je compte partir en permission vers le 4 août ; oui des permissions en temps de guerre, ce n’est pas banal, si seulement je pouvais voir mes aimés ; mais non, c’est à Paris qu’il faut que j’aille ! J’irai voir Emile et ferai le possible pour repasser voir Fernand à Chantraines. Paule s’y trouve, quand à Paul, je ne puis aller les voir. Heureux encore que je puis aller voir mes frères, sans cela, je serai demeuré ici.

 Je ne voulais pas y aller, puis réflexion faite je me suis dit que ce serait toujours 8 jours de passés à se désennuyer un peu. Puis ce me sera une occasion de voir Paris, ce Paris tant vanté.

J’aimerais beaucoup mieux pouvoir rentrer à Lamouilly, mais le destin n’est-il pas là, quelle horreur d’être séparé depuis si longtemps de ceux qui vous chérissaient. Voilà demain un an que je suis revenu à Lamouilly, la dernière que j’y ai passé, 31 juillet, quelle journée de souvenir !!

 

Et dimanche 1er août, ce sera juste un an de guerre pour moi, quel terrible anniversaire. Où sont donc les six mois de guerre que je laissais entrevoir à ma petite Marie ? enfin, enfin……….

 

 

 

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