Carnet de guerre d’Alfred PISTRE

Soldat, puis caporal aux 121e Territorial, 252e puis  au 358e régiment d’Infanterie 

1 août 1914 au 19 juin 1915

 

Présenté par Sylvette PISTRE, sa petit fille.

Merci à elle.

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   « Mon grand-père n'est pas mort à la guerre. Les carnets s'arrêtent là. Y en avait-il d'autres qui ont été perdu, est-il rentré à Narbonne pour cause de blessure?

Je pense que la première question est la bonne. Déjà bien joli que ces carnets aient été sauvés de la destruction. C'est mon époux, à l'époque enfant, qui les a récupérés. Les deux fils n'étaient pas intéressés par la prose de leur père, au décès lorsqu'ils ont vidé la maison ils ont fait la joie d'un brocanteur. Ils ont tout "bradé"!!! »

Sylvette (2004)

 

 

 

Quelques passages du carnet :

14/08/1914 : « ….Rien d'intéressant. Les quartiers sont toujours consignés. Les hommes sont habillés à moitié. On voit des pantalons rouges avec un chapeau, une capote avec une casquette, etc.. »

05/04/1915 : « …Vers 8 heures, je sors de la tranchée pour une commission privée. A mon retour, une balle siffle et traverse un arbre à 50 centimètres de mon nez… »

08/04/1915 : « …C'est décourageant, nous sommes dans un état de malpropreté repoussante. Ce n'est plus des hommes, ce sont des amas de boue qui meuvent. C'est avec dégoût qu'on mange le pain trempé et qu'on ne peut protéger de l'eau. J'en vois qui pleurent et qui demandent la fin… »

10/04/1915 : « …Nous sommes mêlés aux bestiaux, mais c'est le rêve et nous avons l'impression de nous trouver dans un palais bien aménagé… »

03/05/1915 : « … Je crie « Aux armes! » , Et en un clin d’œil, les camarades sont tous à leurs postes. Une fusillade de notre côté se déchaîne dans toute la tranchée, sur une grande longueur. Mon fusil est chaud au point de ne plus pouvoir le tenir en main… »

 

 

SAMEDI 1 AOUT 1914

Affichage de la Mobilisation Générale et Ordre de Réquisition.

DIMANCHE 2 AOUT 1914

 Le jour de Mobilisation. On voit des préparatifs de départ dans toutes les familles. En tous lieux, on n'entend causer que de guerre et de triomphe futur.

LUNDI 3 AOUT 1914

Je prépare mon propre départ pour le lendemain matin. Tout le monde est heureux, le succès nous paraît être bref et imminent.

MARDI 4 AOUT 1914

D'après les instructions de mon fascicule, je dois quitter les miens aujourd'hui. La séparation est pénible.

On ignore où l'on va et ce qui peut survenir. Je dois me présenter à la caserne d'Infanterie à Béziers, avant midi ; je ne manque pas l'heure. On obtient difficilement les renseignements en raison de l'affluence des mobilisés parmi lesquels on retrouve de vieilles connaissances.

J'apprends que je suis versé à la 15e Compagnie du 121e Territorial que je suis cantonné Rue de Lorraine, Bat. Roumiguière.

Je m'y rends. Nous sommes les premiers jours peu nombreux à la Compagnie. La majeure partie des arrivées ne comporte que des gradés. Nous restons habillés en civil. On s'occupe d'abord des troupes qui doivent partir, or, notre Bataillon13e,14e,15e et 16e  Compagnie constitue le dépôt et reste à Béziers pour assurer la police.

MERCREDI 5 AOUT 1914

Rien n'est organisé à notre Compagnie. Nous mangeons et nous couchons comme nous voulons ou comme nous pouvons. Il y a dans la ville un entrain sans précédent.

La Victoire nous paraît certaine. Tout le monde veut aller à Berlin. On entend partout parler du même sujet. Les conversations sont très animées. On s'occupe à la Caserne Saint Jacques de l'habillement des 3 premiers Bataillons du 121e Territorial qui doivent aller au Maroc.

JEUDI 6 AOUT 1914

Pour nous, rien de changé : nous sommes très tranquilles. Nous assistons en spectateurs l'après-midi, aux revues des 96e, 296e et 121e Régiments d'Infanterie  [1] qui passent sur la promenade Paul Riquet. Cette cérémonie est très impressionnante. On applaudit les drapeaux et les défilés de nos braves. Les larmes viennent aux yeux.

VENDREDI 7 AOUT 1914

Le 96e part pour une destination inconnue. Le 121e part à son tour à destination de Cette [2] et Marseille. Nous quittons notre cantonnement pour aller nous installer à l'ancien Couvent de Saint Aphrodite.

SAMEDI 8 AOUT 1914

Nous passons notre temps à arranger notre cantonnement, toujours habillés en civil.

DIMANCHE 9 AOUT 1914

Le quartier est libre, on se ballade, on cause et on s'intéresse aux premières phases de la guerre.

LUNIDI 10 AOUT 1914

Je suis désigné comme Agent de liaison. Mon rôle consiste à aller à la place copier les ordres et à les transmettre à ma Compagnie. A cette occasion, on m'habille.

MARDI 11 AOUT 1914

Les quartiers sont consignés, mon emploi me permet de sortir à toute heure. Je suis muni d'un laissez-passer.

MERCREDI 12 AOUT 1914

On commence à habiller quelques hommes. Nous sommes à présent mêlés civils et militaires.

JEUDI 13 AOUT 1914

Nous quittons Ste Aphrodite et nous allons cantonner à la brasserie Générale du Midi, à côté du Pont Neuf.

VENDREDI 14 AOUT AU 18 AOUT 1914

Rien d'intéressant. Les quartiers sont toujours consignés. Les hommes sont habillés à moitié. On voit des pantalons rouges avec un chapeau, une capote avec une casquette, etc.

Le 18 au soir, je porte un ordre relatif à la libération des classes 93, 94, 95 et une partie de 96  pour le 20 au matin.

On est content.

19 AOUT 1914

Dés 7 heures du matin, je monte à vélo et sans attendre la remise de mon livret militaire, je me rends à Capestang. Il me tarde de faire connaître la nouvelle à mes parents. De là, je me dirige sur Narbonne où ma famille ne m'attend pas si tôt.

Je fais part de la décision à tous sur mon passage. Tout le monde est unanime à conclure que les évènements s'améliorent et qu'il faudrait que ça tourne bien mal si nous étions rappelés à nos corps.

Je rencontre aux environs de Narbonne plusieurs groupes de soldats du 125° Territorial qui apprennent avec plaisir ce que je leur raconte. Ils ne savent rien mais ils comprennent qu'il y a du bon pour tous. Après avoir embrassé les miens et leur avoir annoncé que je reviens parmi eux, je retourne sur Béziers pour me faire délivrer mon billet.

II est 4h1/2 du soir quand on me le remet accompagné de ma libération provisoire. Je repars immédiatement sur Capestang où je couche heureux.

20 AOUT 1914

Je pars dans la matinée pour rentrer chez moi. A mon arrivée, mon beau-père qui se trouve dans le jardin, me prévient que ma femme souffre depuis quelques heures. Pour ne rien déranger, j'attends avec lui au dehors.

Demi-heure après mon arrivée, c'est à dire vers midi et demi, j'apprends que je suis père d'un nouveau gros garçon. C'est la naissance de Robert. Nous avons été libérés le même jour.

21 AOUT AU 3 SEPTEMBRE 1914

Ma vie normale en famille reprend. Je m'emploie à l'organisation de l'hôpital de l'École de Cité place de la Révolution où les femmes de France doivent soigner les blessés.

3 SEPTEMBRE 1914

Je reçois vers midi une dépêche de mon père m'invitant à me rendre pour la 2° fois à la Caserne d'Infanterie à Béziers.

En effet, à Narbonne quelques hommes de ma classe sont partis ces derniers jours, mais n'ayant pas reçu la convocation, j'attends les ordres. Je vais coucher à Capestang, malgré le mauvais sang que se font mes parents qui ont su par un camarade que je devais rentrer et craignent pour moi. Je suis de mon côté très tranquille puisque je n'ai rien reçu d'officiel.

4 SEPTEMBRE 1914

Je me rends à Béziers où j'apprends que ma Compagnie se trouve cantonnée à l'École Massé. Je m'y rends et je trouve ma convocation au bureau retournée par la poste de Castres où elle avait été envoyée par erreur.

Je suis nullement inquiété. Du reste, d'autres rentrent après moi et ce n'est même qu'au bout de 4 à 5 jours que l'effectif complet est rentré. On nous habille en partie, car on ne nous donne que de vieux effets du 96° et il n'y en a pas pour tous.

C'est encore un mélange d'effets civils et militaires. Pour mon compte, je suis habillé assez mal et je vais le même jour prendre la garde au poste de police de la Rue Bertrand jusqu'au lendemain.

5 SEPTEMBRE 1914

Je quitte la garde à 11 heures pour apprendre que le suis encore chargé de cantonnement et vais coucher et manger à l'École Gaveau. Notre Compagnie est divisée en 3 cantonnements.

6 SEPTEMBRE 1914

Je passe au 3° cantonnement à l'École Pélisson où nous mangeons et couchons.

7 SEPTEMBRE AU 18 SEPTEMBRE1914

Nous passons notre temps à faire divers exercices: gardes à St Jacques, à la Mairie, au théâtre, rue Bertrand et aux arènes où sont des prisonniers allemands, des suspects et des otages Tirs.

19 SEPTEMBRE 1914

Je quitte la garde à la Mairie à 11 heures.

J'apprends que la classe 95 va relever sur les voies ferrées, les hommes de la classe 96. On nous donne la faculté du choix des postes établis sur ces voies. Je choisis Perriers qui se trouve le point terminus de notre secteur et le plus proche de Narbonne et de Capestang.

Nous arrivons en gare de Nissan à 10 heures du soir. L'adjudant nous autorise à aller coucher au village vu les difficultés que nous aurions à trouver notre poste de nuit. J'en profite pour aller coucher à Capestang.

20 SEPTEMBRE 1914

Je rejoins mon poste à Perriers où j'arrive vers 9 heures du matin. Nous sommes là 18 hommes, 1 caporal et 1 sergent. Ce dernier est de Capestang ainsi que quelques uns de mes camarades.

21 SEPTEMBRE AU 29 NOVEMBRE 1914

Cette période se passe sur les voies dont nous avons la garde.

Le service est facile bien que sérieux, la vie est monotone. Nous touchons une indemnité de 2 Francs par homme pour la nourriture, ce qui nous permet dans l'ensemble de faire des repas exceptionnels. J'ai la faculté de voir souvent mes parents et la famille. C'est là notre pain blanc. Nous saluons au passage les nombreuses troupes qui partent vers le front. Nous encourageons par des signes les blessés qui se trouvent dans les trains.

Nous suivons tous les journaux et sur les cartes les diverses phases de la guerre. Nous ne comptons pas que les anciennes classes puissent être utilisées pour l'obtention du succès.

29 NOVEMBRE 1914

Nous sommes avisés depuis la veille au soir que nos postes sont supprimés. Nous rentrons donc aujourd'hui à Béziers dans nos Compagnies respectives. Je suis cantonné à St Aphrodise.

Tout a changé à la 15° Compagnie. Les anciens gradés ont disparu et ont été remplacés par des figures inconnues.

30 NOVEMBRE AU 10 DÉCEMBRE 1914

Nous passons le temps à faire divers exercices : marches, tirs, gardes et manœuvres, toujours mêlés avec des hommes habillés en civil.

11 ET 12 DÉCEMBRE 1914

Je quitte la garde aux arènes à 11 heures du matin. On nous annonce qu'un détachement doit partir le lendemain pour Montélimar. Je suis désigné. Je vais en permission de 24 heures le soir même.

Je passe la journée en famille, mais je n'ai pas le temps nécessaire pour aller voir mes parents avant mon départ.

13 DÉCEMBRE 1914

Nous sommes réveillés de bonne heure. Nous nous préparons pour le départ. Nous sommes tous rassemblés à la caserne St Jacques où on procède à l'appel, et de là, à la gare. On nous embarque dans des wagons à bestiaux et le train s'ébranle à 8 heures du matin.

Nous sommes pensifs, car bien qu'on nous donne Montélimar comme but de voyage, nous ne savons pas en réalité où nous nous arrêterons.

Le train stoppe à Montélimar à 10 heures ½ du soir.

A 11 heures nous nous trouvons dans la cour de la caserne d'Infanterie. On nous trie en répartissant un certain nombre d'hommes de chaque classe dans

chacune des nouvelles Compagnies.

Je suis versé à la 5e compagnie du 252e de réserve 

On va se coucher vers minuit et 1/2. On nous mêle avec un détachement du 125° de Narbonne. On trouve des amis. Ces derniers arrivent le 14 vers 8 heures du matin.

14 ET 15 DÉCEMBRE 1914

On organise les sections et les escouades. Je suis à la 9ème escouade, 5ème section. Nous quittons Montélimar pour nous rendre au camp d'instruction de La Bégude de Mazenc où M. Loubet possède une grande propriété et un beau château à 16 kms de Montélimar.

16 AU 18 DÉCEMBRE 1914

Nous passons notre temps à faire divers exercices. On se trouve assez mal, les gens ne sont pas en général très affables.

19 DÉCEMBRE 1914

Nous quittons La Bégude de Mazenc pour aller au camp d'instruction de Dieulefit, joli petit village de la Drôme, situé à 12 kms de La Bégude de Mazenc et à 28 kms de Montélimar

20 ET 21 JANVIER 1915

Nous passons à Dieulefit un séjour inoubliable. Les gens nous reçoivent de touchante façon. Nous passons notre temps à faire : marches, exercices, service en campagne, tirs etc...

Un seul inconvénient, il fait très froid et nous souffrons beaucoup de la température rigoureuse. Je fais des amis qui s'attachent sincèrement à moi et auxquels je m'attache moi-même.

21 JANVIER 1915

Nous quittons à regret Dieulefit d'où chacun emporte de très bons souvenirs. Nous allons rejoindre la 28ème Compagnie à La Bégude de Mazenc. Cette Compagnie constitue un noyau duquel on extrait les unités nécessaires pour le complément de la Compagnie d'alerte à Montélimar.

21 JANVIER AU 8 FEVRIER 1915

Nous passons à tous les points de vue du très mauvais temps à La Bégude de Mazenc. Le pays de Loubet ne nous sourit pas. Il fait un froid excessif, en outre, nous sommes entraînés par des marches et exercices très fatigants. Très mauvais séjour.

8 FÉVRIER 1915

Nous sommes désignés pour être versés à la 30° Compagnie d'alerte de Montélimar. Nous partons le soir même, à 1 heure sous une pluie battante :; Nous arrivons à Montélimar totalement trempés.

8 FÉVRIER AU 10 MARS 1915

Ici nous sommes à la disposition des besoins. Nous devons fournir des hommes à divers corps en cas de pertes Je vois avant moi partir sur divers points beaucoup de camarades plus jeunes.

Enfin notre tour arrive. Cependant, le 10 mars :marches, exercices...


10 MARS 1915

Nous sommes prévenus qu'un détachement de 200 hommes est demandé à Lyon pour compléter le 358° confondu avec le 158°. Je suis désigné et je me prépare au départ.  [3].

Nous nous attendons, bien qu'ayant Lyon comme destination, à pousser notre voyage bien plus loin, mais on n'est pas fixés et on s'embarque le lendemain soir, pensifs.

11 MARS AU 28 MARS

 

Il manque un carnet. Celui racontant le voyage et l'arrivée et l'installation à Pexonne (Meurthe et Moselle)  [4]

LUNDI 29 MARS 1915

. . ... ... ... . .. ... occupons. Nous constatons que nous avons progressé car nous creusons des tranchées sur le versant opposé de la vallée qui nous séparait de l'ennemi et qui était occupée par lui, quand nous quittâmes les lieux. Nous sommes très rapprochés des Allemands qui tirent sur nous dès notre arrivée.

On se couche, personne n'est atteint.

Vers 3 heures ½ du soir, quelques hommes s'avancent pour tâcher de rapporter quelques corps des nôtres restés là, quelques jours avant. Ils sont reçus par une grêle de balles et doivent abandonner leur mission. A ce moment, la tranchée que nous creusons s'avance, heureusement car les balles sifflent sur nos têtes et frappent contre les troncs d'arbres.

Vers 4 heures du soir, l'artillerie se met de la partie. L'air est déchiré en tous sens. La canonnade est assez nourrie mais cesse vers 5 heures 1/2 ; nous sommes relevés à 6 heures 10 ; Nous allons manger la soupe qui a perdu pas mal de degrés de chaleur depuis que le cuisinier nous attend. Après cela, on se couche, mais une ½  heure plus tard, on nous réveille pour changer de gourbi.

Je suis de faction de 10 heures à 11 heures du soir. Il ne fait pas trop froid.

MARDI 30 MARS 1915

La matinée est assez calme.

Nous travaillons aux tranchées, à 100 mètres de l'ennemi. De temps à autre, les balles sifflent.

L'après-midi est marqué par un violent combat d'artillerie.

Le soir, vers 7 heures ½  nous nous couchons, mais pas pour longtemps.

En effet, vers 7 heures 45, une fusillade se produit sur notre gauche. Les Allemands croient à une attaque, et sans sortir de leurs tranchées font feu sur nous. Les balles pleuvent et tombent autour de nous. Les arbres sont massacrés au‑dessus de nos têtes. Nous recevons l'ordre de sortir des gourbis et de nous porter à nos postes en tenant jusqu'au bout. Il pleut, nous sommes trempés, mais on néglige la pluie pour se parer de la grêle.

On reconnaît à ce moment l'avantage des tranchées. Après avoir lancé plusieurs fusées, les Allemands reconnaissent l'erreur car ils ne voient personne et cessent le feu qui a duré environ ½ heure, mais il a été vif.

Je prends ensuite la faction de 10 heures à 11 heures du soir. Tout est calme, il fait froid, la neige tombe.

MERCREDI 31 MARS 1915

Je suis sentinelle de 4 heures ½  à 5 heures ½  du matin.

La neige tombe serrée, tout est blanc. On souffre du froid aux pieds.

Vers 6 heures ½ , je sors de la tranchée pour essayer de les réchauffer en courant dans la forêt, mais on est surveillé et je ne tarde pas à entendre siffler une balle qui avait été lancée dans ma direction, mais qui a manqué le but. Je rentre cependant dans la tranchée, c'est plus prudent.

Nous employons la matinée à la construction de tranchées en avant des premières lignes pour nous occuper. On ne porte plus attention aux balles isolées qui sifflent de temps à autre sur nos têtes. On s'habitue à tout.

Vers 4 heures du soir, l'artillerie tonne des deux côtés et nous donne un vrai concert le temps de la soupe. On se couche ensuite et le calme se fait.

JEUDI 1er  AVRIL 1915

Je suis sentinelle de 1 heure du matin à 2 heures.

Il fait froid, tout est calme. Nous sommes désignés pour avec trois camarades pour faire un abri au moyen de sacs de terreau bas de la colline. L'ennemi est tout près.

On se méfie et on travaille avec prudence.

Vers 11 heures, notre artillerie se fait entendre.

A 1 heure du soir nous continuons le travail commencé le matin. Vers 4 heures, les deux artilleries se mettent à tonner. Les obus sifflent et sont nombreux. Quelques balles se mettent de la partie et s'abattent sur les troncs d'arbres autour de nous. Un nouvel arrivé mange sa soupe à mes côtés. II n'est pas très rassuré.

Je lui fait remarquer qu'il serait prudent qu'il cache son bidon plein d'eau qu'il a devant lui, car s'est sûrement sur lui que les « boches »tirent. Il s'empresse de mettre l'objet sous sa capote. On rit. Quelques fusillades dans la soirée. On se couche. Sentinelle de 10 heures ½ du soir à 1 heure du matin.

VENDREDI 2 AVRIL 1915

Je quitte la faction à 1 heure du matin et me couche.

Nous sommes réveillés vers 5 heures ½ par une fusillade et quelques coups de canon. Nous nous occupons dans la matinée, à l'amélioration de nos gourbis.

Deux grenades sont lancées par les Allemands tout près de nos tranchées.

Vers 9 heures, un aéro suit la ligne qui nous sépare de l'ennemi et fait plusieurs boucles sur nos têtes.

Cachez vous ! A 5 heures, soupe au son des canons. Je suis de faction de 7 heures à 10 heures ½ .

Ordre de bien veiller, il parait que l'ennemi a reçu des renforts , des garnisons de Metz. On ne voit rien et la nuit est assez tranquille. Pendant ma faction, on entend le ravitaillement des Allemands et plusieurs automobiles ennemies.

SAMEDI 3 AVRIL 1915

Journée assez tranquille. Canons et fusils se font entendre sans trop exagérer. Vers 10 heures, notre artillerie tonne assez fort. Nous travaillons toujours à nous protéger du froid, de la pluie et du plomb.

Vers 2 heures, la 20° Compagnie placée à notre gauche, tire un « boche » en patrouille.

Il crie, essaie de se relever et tombe au pied d'un arbre.

Je me porte vers la 2° section à notre droite d'où on aperçoit deux cadavres français dans la colline. Impossible d'aller les chercher.

L'ennemi est à 60 mètres d'eux et tire dès que quelqu'un se montre. Un de nos collègues a l'oreille droite traversée par une balle au moment ou il va regarder par le créneau.

Vers 5 heures du soir, un aéro ennemi se ballade sur nos têtes.

Dans la soirée à partir de 8 heures, on entend une fusillade nourrie sur notre gauche vers le « Chamois ». Plusieurs fusées sont lancées en face de nous.

DIMANCHE 4 AVRIL 1915

Sentinelle de 1 heure à 3 heures ½ du matin.

Le canon gronde vers la gauche. Quelques coups de fusil.

Vers 8 heures, les canons « boches » nous font cadeau de quelques marmites .

Vers 9 heures du matin, duel d'artillerie. Les obus tombent tout près de nous, mais sur la gauche.

Vers 10 heures ½ plusieurs bombes sont lancées vers la 20° Compagnie qui est devant et à gauche de notre poste.

La soirée est assez calme.

Vers 4 heures ½ du soir, on nous prévient que nous devons attaquer, mais l'attaque n'a pas lieu.

La nuit est marquée par de nombreux coups de fusil. Sentinelle de 11 heures ½ du soir à 2 heures du matin.

LUNDI 5 AVRIL 1915

Je quitte la faction à 2 heures du matin. Vers 6 heures, notre artillerie tire quelques coups serrés. La matinée est assez tranquille. On entend cependant nos canons assez fréquemment sur notre gauche, vers le « Chamois »

L'ennemi répond très peu.

Vers 8 heures, je sors de la tranchée pour une commission privée. A mon retour, une balle siffle et traverse un arbre à 50 centimètres de mon nez.

Vers midi, l'artillerie ennemie nous gratifie d'une série de marmites qui tombent heureusement un peu à gauche et en arrière de nous. Ces projectiles viennent d'une distance si grande, que les coups ne se perçoivent même pas.

 On n'entend que l'arrivée des obus qui déchirent l'air. A 12 heures ½ , fusillade à notre gauche. Quelques coups sur nos têtes.

Duel d'artillerie toute l'après-midi. On mange la soupe en fanfare.

Sentinelle de 9 heures du soir à 11 heures. Coups de fusil isolés. Les Allemands lancent deux fusées en face de moi. Il pleut.

MARDI 6 AVRIL 1915

Nous sommes relevés des tranchées à 9 heures du matin par le 349°.

Il pleut assez fort. Nous marchons dans la boue. Nous descendons au village nègre où nous sommes répartis dans les divers gourbis.

La paille est mouillée et pourrie, nous sommes couchés sur le fumier. Il pleut à l'intérieur. On nous occupe à divers travaux de Compagnie. Nous nous couchons le soir sur la paille mouillée. Un homme est tué par un obus sur le point que nous venons de quitter.

MERCREDI 7 AVRIL 1915

Quelques coups de canon et de fusil.

On nous occupe à divers travaux. Il pleut toujours. Nous sommes mouillés et nous marchons dans la boue jusqu'à mi‑jambe.

A 1 heure du soir, je suis envoyé à Pexonne pour déposer dans l'affaire du soldat Bale, abandon de poste. Nous partons à cinq.

Le commandant nous fait remarquer qu'il est très dangereux de passer par la route où les obus Allemands tombent par rafales. Il nous dit de passer sous bois, mais la crainte de nous égarer, nous fait choisir la route. Il tombe une pluie torrentielle et nous arrivons à Pexonne trempés, mais sans encombre.

Le retour est plus dangereux. C'est l'heure où les voitures de ravitaillement passent sur la route. De temps à autre, quelque obus vient faire sauter la terre et saper les arbres autour de nous. On ne s'occupe que de la pluie. Nous sommes trempés.

Un camarade paye une tournée de gnole à notre passage à Badonviller qui est de plus en plus en ruines. Cela nous réchauffe. L'un des cinq hommes est resté à Pexonne, trop fatigué pour regagner le village nègre. Nous mangeons une bouchée et nous nous couchons.

Dans nos gourbis, les deux doigts de paille pourrie sont à présent mouillés. Il nous pleut dessus toute la nuit. Nous arrivons à être couchés en plein dans l'eau. Quelques uns se lèvent et préfèrent marcher au dehors sous la pluie qui ne cesse pas de tomber. Malgré cela, les canons et les fusils se font entendre toute la nuit.

JEUDI 8 AVRIL 1915

Nous nous levons totalement trempés et éreintés.

On nous rassemble à 6 heures du matin pour le travail. La pluie cesse vers 6 heures.

 On respire, mais le temps est sombre et nous ne séchons pas vite. Les gourbis sont pitoyables, au point que nous regrettons les tranchées que nous venons de quitter. On s'y trouvait mieux.

La matinée est calme. La pluie reprend de plus belle vers 8 heures.  

Le canon aussi. Le duel d'artillerie est assez marqué. Les canons tonnent en tous sens. !Nous n'avons plus rien de sec : linge, couverture, chaussures, tout est trempé.

C'est la plus rude période depuis notre arrivée au front.

La pluie tombe toujours et nous n'avons rien pour nous abriter. C'est décourageant, nous sommes dans un état de malpropreté repoussante. Ce n'est plus des hommes, ce sont des amas de boue qui meuvent. C'est avec dégoût qu'on mange le pain trempé et qu'on ne peut protéger de l'eau. J'en vois qui pleurent et qui demandent la fin.

La Fin hélas! Nous la désirons tous en ce moment.

On ne pense pas au danger, ce n'est rien à côté des souffrances que nous cause la nature.

Le duel d'artillerie s'accentue. Le combat est très vif toute la journée. Les oreilles sont fatiguées des coups de canon et du sifflement des obus. Badonviller est bombardé d'importance par l'ennemi. Pauvre ville.

La pluie tombe toujours et nous désespère. Nous avons la perspective de coucher encore ce soir dans l'eau.

Quand allons‑nous sécher Bon Dieu!

Vers 4 heures, la pluie se change en grêle.

Un orage formidable se déchaîne. Le tonnerre gronde et se confond avec les canons qui se font toujours entendre. I1 tombe des grêlons de la grosseur d'une noix. Je n'ai jamais vu les pareils. Quel temps, quel temps!

0n croirait que le ciel est jaloux du bruit que produisent les hommes et qu'il veut nous rappeler qu'il est capable de nous surpasser.

Vers 5 heures, l'orage prend fin. La pluie cesse petit à petit. Si ça tenait encore ? Fatalité!

Vers 6 heures, la maudite pluie reprend de plus belle ; avec elle la lueur d'espoir fond. Tout le monde est triste, en somme, nous menons depuis trois jours une vie impossible. Dans la soirée, le canon cesse. Un de nos camarades s'aperçoit que quelques hommes du 39° viennent d'abandonner une baraque en bois à peu de distance de notre gourbi. On s'empresse de déménager pour s'installer à leur place où nous trouvons de la paille sèche et où nous sommes à l'abri de la pluie qui tombe toute la nuit.

Il y a quelques jours, un obus est tombé sur cette hospitalière baraque et a fait 10 victimes dont un mort et 9 blessés, mais qu'importe, on sera au sec et puis on dit que deux de ces projectiles ne tombent jamais sur un même point.

En tout cas, on ne serait pas trop mal, si nous étions secs. Nous nous reposons un peu.

VENDREDI 9 AVRIL 1915

Il pleut toujours.

Les malades sont nombreux, mais les médecins ont la consigne et reconnaissent difficilement. Je suis pour ma part exempté deux jours.

Pendant ce temps, ma Compagnie est occupée à divers travaux à la ferme du « Chamois ».

Ils font horreur. Ils arrivent dans un état indescriptible.

Vers 10 heures du matin, la pluie cesse enfin et nous voyons un peu de soleil. On croit renaître. Est ce cette fois pour longtemps? En ce qui concerne les hostilités, il y a ce matin assez de calme. Coups isolés seulement.

Dans l'après-midi, le temps se gâte encore et nous voyons tour à tour, tomber la neige, la grêle et la pluie.

Notre artillerie se fait entendre par moments, les « boches » ne répondent pas. Je profite du repos qui m'est accordé pour roupiller un peu.

Mais ma Compagnie effectue pendant ce temps une corvée des plus dure à la ferme du « Chamois » . Ils arrivent dans un état repoussant. Le mauvais temps ne cesse pas.

On se couche dans la nouvelle baraque, à peu près au sec, mais les effets sont toujours trempés.

SAMEDI 10 AVRIL 1915

La neige est tombée pendant la nuit. Tout est blanc.

On nous prévient à 6 heures que nous devons partir à 8 heures pour Pexonne, pour prendre quelques jours de repos, bien gagnés.

Cet avis est accueilli avec plaisir. Nous sommes à fond. Bien que la neige tombe très épaisse, nous nous mettons en route vers Pexonne, en passant sous bois. Nous nous enfonçons dans la boue jusqu'à mi-jambe.

Le trajet est très pénible, mais on est encouragé par la perspective du repos.

Nous arrivons au village vers 11 heures. Nous sommes souillés des pieds à la tête. On se demande s'il est bien possible que nous puissions résister à pareille existence. Nous sommes répartis dans nos divers cantonnements où on se couche le soir après avoir bu un bon café bien arrosé. On se trouve bien. Nous sommes mêlés aux bestiaux, mais c'est le rêve et nous avons l'impression de nous trouver dans un palais bien aménagé. On trouve le lit excellent, bien que laissant pas mal à désirer. La pluie et la neige tombent toujours.

DIMANCHE 11 AVRIL 1915

On se réveille, courbaturés. Nous avons l'habitude de coucher dans l'eau et l'humidité, et le logement sec que nous habitons paraît être contraire au bon fonctionnement de nos membres.

Il pleut toujours. Un pareil pays est vraiment décourageant. Enfin, nous allons, à moins d'ordre contraire, prendre quelques jours de repos à quelques distances des « boches », 5 kms environ.

Une agréable surprise nous est réservée.

Vers 9 heures '/2, la pluie cesse et le soleil apparaît. Le temps s'éclaircit. Ici on est à peu près tranquilles. Il nous est permis de déséquiper et de nous déchausser. On s'occupe à des travaux de propreté, car une partie des hommes est déjà envahie par les poux et on a besoin de soigner son corps et ses vêtements, si on a un moment.

Nos batteries placées derrière nous se font entendre par moment et envoient quelques pruneaux par dessus nos têtes à l'ennemi.

A 2 heures on nous rassemble dans un champ pour le rapport, mais bientôt, on aperçoit un aéro ennemi qui vient vers nous. On se disloque et on se cache au trot, pour ne pas être découvert, sans cela, gare les marmites.

Vers 8 heures du soir, nous entendons une fusillade très vive vers les tranchées, accompagnée de quelques coups de canon.

LUNDI 12 AVRIL

Nous sommes au repos, comme la veille. J'en profite pour donner tout mon linge à laver et faire tailler mes cheveux. A 9 heures, nos canons placés à notre arrière tirent plusieurs coups serrés. A 1 heure du soir, je vais prendre une douche qui me réconforte. Je me lave de la tête aux pieds. Je me trouve bien ainsi. Le canon se fait entendre par intermittence. A 3 heures '/2, trois dragons amènent un prisonnier Allemand. On n'a pas autre chose à faire, on va le voir passer. II est amené au poste où il subit un interrogatoire, après quoi il est amené vers Baccarat. La soirée est tranquille, coups de canon isolés seulement.

MARDI 13 AVRIL 1915

Le beau temps semble être arrivé. II a gelé cette nuit, mais le soleil se lève et la matinée est superbe. On nous annonce au rapport que nous devons retourner dans les tranchées en première ligne, demain matin.

La matinée est calme. Vers 1 heure  le temps s'assombrit. Une averse ne tarde pas à humecter le sol qui commençait à sécher. Allons nous avoir une période de tranchée aussi pénible que la précédente ?

On se le demande. L'averse cesse vers 3 heures, mais le temps n'est pas beau. Nous méditons sur ce qui nous attend. On se souvient de notre martyre de la semaine dernière. Le canon se fait entendre à notre arrière de temps à autre.

A minuit, je me réveille et j'entends à peu de distance, nos canons qui grondent assez vivement.

MERCREDI 14 AVRIL 1915

Réveil à 5 heures. On fait les préparatifs du départ.

Nous quittons Pexonne à 6 heures ½ du matin et nous nous rendons à notre ancien poste aux tranchées de première ligne, en passant, comme d'habitude sous bois. Le canon gronde et on perçoit les coups de fusil au fur et à mesure qu'on approche. Nous descendons dans les tranchées vers 9 heures 15.

Celles‑ci n'ont pas changé et sont toujours humides et boueuses. Mais le temps est assez beau et nous espérons passer une période moins pénible que la dernière. Nous relevons le 349e.Pendant notre absence, quelques obus sont tombés devant notre tranchée et ont sapé plusieurs arbres.

Vers 1 heure ½ de l'après-midi, je vais avec un de mes camarades Richou, glaner de la paille sèche dans les gourbis d'une ancienne tranchée abandonnée. A fin d'éviter un passage où se trouve de l'eau, nous quittons la tranchée pour passer dans le bois. Nous ne tardons pas à être aperçus par les « boches » dont l'un d'eux se trouve sûrement perché sur un arbre, c'est leur habitude.

Deux balles sifflent dans notre direction. Nous sautons dans la tranchée sans attendre qu'on nous en donne l'ordre. Croyant à des balles perdues, je lève la tête, pensant que mon ami est couché derrière un tas de terre. Une nouvelle balle tape contre un arbre qui se trouve devant moi . Je me baisse encore et ne pouvant croire qu'il soit possible d'être vu, je lève encore la tête, malgré les récriminations de mon camarade qui me crie de ne pas me montrer. Une balle vient encore siffler dans ma direction.

Après avoir répété cinq fois la même expérience qui a pour résultat l'envoi d'un pruneau vers ma personne à chacune d'elles, nous jugeons qu'il est prudent de rebrousser chemin. C'est ce que nous faisons du reste, après quelques minutes passées dans notre cachette, car il y a lieu de croire que la paille est chère dans cette direction.

Les « boches » ont attaché un linge blanc, une chemise sûrement, au sommet d'un arbre. Ils s'amusent aussi.

A 2 heures l5, un aéro parcours nos lignes. On ne bouge pas. Nous sommes occupés à améliorer nos tranchées où en somme, il n'y a pas grand chose à faire. Mais on nous défend journellement de rester dans les gourbis. Ne rien faire si l'on veut, mais rester dehors. Les fusils se font constamment entendre sans que les fusillades soient trop vives.

Vers 5 heures nous entendons devant nous, à cent mètres environ, les cris désespérés d'un blessé. Est‑ce un ami '? Nous l'ignorons.

Ces cris se prolongent plus de demi heure. On l'entend pleurer en même temps. Un de plus de touché. A qui le tour? Notre canon tonne sur notre gauche et tout près de nous toute l'après-midi.

Il se calme vers 6 heures du soir. Coups de fusils isolés toute la nuit.

JEUDI 15 AVRIL 1915

Je prends la faction de 1 heure du matin à 3 heures '/2 et de 7 heures à 9 heures. L'ennemi lance pendant ma première faction plusieurs fusées. Dans la matinée, trois bombes tombent devant nous. Nous entendons très peu le canon, par contre les fusils ne cessent pas de cracher. Dans l'après‑midi, on entend toujours les fusils, mais le canon les accompagne. Nous soupons en musique. Les fusils crachent dans toutes les directions. Nos canons font rage. Le 75 placé à côté de nous , nous ahurit par ses coups secs. Nous dégustons la soupe dans la tranchée avec deux camarades, pendant qu'un enragé tire au moins vingt balles dans notre direction. Cependant il ne peut nous voir et nous devons en conclure qu'il n'est guidé autrement que par son flair qui doit sentir notre rata. La soirée est assez tranquille. Je prends la faction de 10 heures '/2 du soir à 1 heure du matin. Coups de fusil et fusées pendant que je suis à mon poste.

VENDREDI 16 AVRIL 1915

Je quitte la faction à 5 heures du matin.

De 6 heures à 10 heures, je vais travailler à la confection d'un gourbi pour le Commandant.

Au moment où je mange la soupe, je suis prévenu que nous devons partir a 1 heure du soir pour Baccarat, le Sous Lieutenant Lacoste, le Sergent Dessales et moi pour aller témoigner au Conseil de Guerre, dans l'affaire Bale (abandon de poste)

 Nous partons à 1 heure, après avoir mis nos sacs en sûreté au gourbi du Capitaine. Il fait chaud.

Mes compagnons plus jeunes ont bonnes jambes. Je sue et fait mon possible pour ne pas les lâcher.

A Pexonne, on respire un peu et on se désaltère à une fontaine. A Neufmaisons [5], c'est mieux.

Le Sous Lieutenant paie une tournée de bière Ca fait du bien. J'apprends là que plusieurs voitures vont partir pour Baccarat. Je lâche mes compagnons qui préfèrent marcher, et je pars en voiture.

En route, nous voyons un ballon captif qui sert de poste d'observation. Je suis cantonne à Baccarat à la caserne Axo où se trouve un détachement du 38° infanterie. On entend à présent le bruit du canon à 20 kilomètres.

SAMEDI 17 AVRIL 1915

J'entends toute la nuit, le canon gronder. Je coupe à une nuit mouvementée.

La matinée est aussi bruyante. Nous nous rendons au Conseil de Guerre où après nos dépositions, Bale est condamné à 5 ans d'emprisonnement.

II effleure la peine de mort. A près avoir dîné dans un restaurant en compagnie du Sergent Dessales, je me mets à la recherche d'un moyen qui puisse me dispenser de mesurer à pied les 20 kilomètres qui me séparent des tranchées où nous devons retourner le soir.

Nous en trouvons un. Un Lieutenant de Carcassonne qui assure la Poste, nous offre de nous prendre jusqu'à Pexonne en auto.

Epatant, c'est plus que je n'en demandais. Notre bienfaiteur pousse l'amabilité jusqu'à nous conduire jusqu'à Badonviller, malgré les obus qui pleuvent de toutes parts sur la route et sur la ville.

Nous arrivons aux tranchées vers 6 heures du soir. Mes camarades me font part des impressions causées par une nuit et une journée mouvementée auxquelles j'ai coupé.

Après quoi, ils se couchent pendant que je prends la faction de 7 heures ½ à 10 heures ½ du soir.

A 8 heures, nos lignes lancent une fusée. Les fusillades s'accentuent pendant que le bois est éclairé.

A 9 heures, un coup de canon « boche » se fait entendre devant moi. J'entends ce projectile arriver et passer à peu de distance sur ma tête. J'entends l'éclat tout près, encore un qui n'est pas pour moi. Ce n'est pas fini, car les coups ne tardent pas à devenir serrés et c'est un vrai déluge de mitraille qui tombe autour de la tranchée.

A chaque marmite, que j'entends arriver, je me basse dans la taupinière, heureux de me relever après chaque éclat. Nous sommes en mauvaise posture pendant une demi heure après quoi, on n'entend plus que les fusils.

A 10 heures ½, je cède ma place à mon camarade Richou. Je vais enfin pouvoir me coucher un peu.

Hélas, ma quiétude ne dure pas longtemps.

A 10 heures 45, comme je cherche une position convenable pour reposer de mon mieux, la canonnade « boche » reprend. Les obus déchirent l'air autour de nous. Les éclats se produisent à très petite distance de nos gourbis. On sent très bien l'obus qui vient sur vous. Il vous semble qu'il vous entraîne avec lui.

Tout à coup, l'un d'eux me produit cet effet. Il arrive avec une rapidité effrayante. L'air est déchiré bruyamment.

J'ai l’impression bien nette qu'il tombe directement sur moi. J'attends sans trop d'émotion, comment et où, je vais être atteint. En une vision rapide, je vois toute ma famille, ma chère femme, mes petits enfants, mes parents. Je vois a cet instant arriver la mort. Le projectile tombe avec une rapidité monstrueuse.

Une détonation formidable retentit. Tout tremble, le gourbi est secoué. Des débris de terre tombent sur ma figure. Est ce la fin? Non, je ne suis pas touché. Le coup réveille deux camarades, qui ainsi que mon ami Richou ont failli m'accompagner dans la mort. L'un deux Courbon, à moitié endormi passe sa main sur mon corps comme pour se rendre compte que je ne suis pas réduit en miettes. L'autre Gros, va tenir compagnie à Richou qui, au dehors, ne se voit pas aux premières places.

Nous n'avons encore vu le trépas d'aussi près. Les obus continuent à tomber autour de nous et le silence se fait enfin vers 11 heures 15.

DIMANCHE 18 AVRIL 1915

Au petit jour, on aperçoit à notre gourbi une ouverture pratiquée à la paroi avant, face à l'ennemi.

C'est l'obus de la veille qui nous a confectionné ce nouveau genre de fenêtre. Nous nous trouvons heureux de la voir car nous constatons à ce moment là, la gravité du danger auquel nous avons échappé. L'obus est tombé à 1 mètre en avant de notre couchette souterraine. Notre vie n'a tenu qu'au manque d'un simple grain de poudre.

Vers 3 heures '/2 du matin, le canon recommence le même couplet et pendant une demi‑heure, ne cesse de nous envoyer du feu. Coïncidence, hier, j'avais préparé une carte pour rappeler aux miens la date de ma naissance (27 avril).

Je ne m'attendais pas à ce qu'un cheveu ait failli m'empêcher de fêter cet anniversaire et que j'étais si près de ne pas voir les dix journées qui doivent terminer ma quarantaine.

Notre gourbi est l'objet d'un grand nombre de visiteurs toute la journée. La matinée est assez bruyante. Notre artillerie crache, mais l'ennemi n'est pas muet non plus. Les obus passent sans relâche sur nos crânes. Les fusils sont assez calmes.

Vers 8 heures, cependant, je passe dans la tranchée, sur un point élevé. Je suis sûrement aperçu, car une balle siffle dans ma direction. Ne tenant pas à m'en rendre compte, je rentre dans le gourbi. Le canon tonne toujours et ne cesse que très peu toute la journée. Nous passons notre temps à arranger nos tranchées. En raison de l'activité déployée par l'artillerie ennemie, il y a lieu de craindre une attaque de nuit.

En effet, à peine sommes nous couchés , qu'une fusillade se produit vers notre gauche. On nous donne l'ordre de nous lever et de prendre nos places respectives dans la tranchée. On nous informe que les Allemands sont engagés dans les réseaux de fil de fer de la 20° Compagnie, à gauche de la nôtre. On constate en effet, leur présence, mais ils sont peu nombreux et on les entend courir vers leurs tranchées. Nous ne cessons de fusiller ou d'être fusillés de la nuit. L'artillerie est muette pendant l'obscurité.

De nombreuses fusées sont lancées de part et d'autre.

LUNDI 19 AVRIL 1915

Je prends la faction de minuit  à 3 heures du matin. La situation est critique.

Il y a lieu, tout en tirant, de prendre des dispositions pour ne pas trop se montrer, car les balles sifflent autour de ma tête.

Vers 2 heures, j'aperçois nettement la clarté produite par les coups répétés d'un « boche » qui se trouve en face de moi. Je réponds trois fois à ses coups en tirant dans sa direction. Est‑ce la peur d'être atteint, ou l'a t'il été, le tout est qu'il se tait et je ne le vois, ni l'entends plus.

Dès le point du jour, les fusils cessent presque pour laisser entendre le canon. Toute la journée, l'artillerie ne cesse de taper dur. Nos oreilles sont fatiguées des coups et du sifflement des obus qui passent sans cesse sur nous. Malgré la mitraille semée dans toutes les directions, nous nous occupons à l'amélioration de nos tranchées. Des aéros ne cessent depuis deux jours de passer sur les lignes. Nous nous attendons à quelques surprises. L'ennemi met trop d'activité depuis quelques jours, pour ne pas préparer quelques mauvais tours.

Nous sommes tous fatigués. Le repos manque. Nous veillons jour et nuit, depuis quelques temps. Le calme se fait cependant vers 5 heures '/2 du soir. On n'entend que quelques coups de fusil isolés. La nuit est marquée par de nombreuses fusillades.

Je prends la faction de 10 heures à minuit et '/2. Je vois des fusées et j'entends de nombreuses balles. Mais on est habitués à leur sifflement à présent.

MARDI 20 AVRIL 1915

Je quitte la faction à minuit ½. On entend toujours le claquement des fusils et le sifflement des balles.

Ce bruit se prolonge jusqu'au jour. Je sors de mon gîte vers 6 heures pour procéder dans la tranchée à ma toilette quotidienne. Le temps est superbe, le soleil se lève dans un ciel très clair nous promet une belle journée. Canons et fusils, sont pour le moment muets.

Que nous réservent les 18 heures qui nous séparent de demain?

A 7 heures 40 du matin, notre artillerie attaque soudain par coups de 75 serrés.

A 7 heures 55, les « boches » tirent leur premier coup de canon. Le combat commence.

A 10 heures ½, nous mangeons la soupe, assis dans la tranchée, avec mes trois camarades : Richou, Gros et Courbon.

 

Nous dégustons notre rata, tout en écoutant le sifflement des obus qui sillonnent l'air au dessus de nous.

Soudain, l'un d'eux tombe à peu de distance avec un fracas terrible. Deux secondes après, un deuxième arrive dans un sifflement effrayant et nous ne nous doutons pas qu'il vienne dans notre direction. Nous n'avons pas le temps de baisser la tête, que celui‑ci s'abat avec un bruit de tonnerre à vingt mètres de la place que nous occupons.

La détonation se produit. Tout tremble et la terre qui retombe va se loger dans nos gamelles et nous enterre presque.

Mon quart de vin, prêt à boire, se trouve devant moi. Je ne le profite pas.

Le choc l'a renversé et mon jus colore à présent le journal que j'utilisai comme nappe. En tombant, le projectile a rasé un gros arbre sur lequel se trouvait la carcasse d'une fusée ratée, et qui, par sa couleur blanche et visible, avait servi d'objectif et de but. Nos ennemis ont l'avantage de bien viser et de tirer à coup sûr.

Dans un gourbi voisin du nôtre, on relève deux blessés. Une capote suspendue à un arbre est durement éprouvée. Nous rentrons dans notre fragile abri souterrain et nous attendons anxieux la suit du programme. Nous avons la satisfaction de constater que le tir est à présent allongé et que la mort passe plus haut. Le calme se fait cependant vers midi. Il y a lieu de respirer tranquillement en dépit de quelques coups isolés de canon, de bombe et de fusil.

A midi 45, comme nous nous remettons au travail, dans nos tranchées, les « boches » jugent qu'ils ont pris un repos suffisant et recommencent la séance par huit coups de canon serrés. Les obus éclatent un peu sur notre gauche, vers la « ferme du Chamois « 

 Je suis désigné pour faire une patrouille avec trois hommes de mon escouade. Nous partons à 2 heures dans la direction de la ligne ennemie. Nous arrivons à 50 mètres de leurs tranchées, en rampant à plat ventre, sous un bois de sapins, mais nous sommes mal reçus. Nous ne sommes sûrement pas vus des « boches », mais ils nous entendent et tirent plusieurs coups dans notre direction.

Nous restons là, couchés sur place et observons. Je vois un « boche » bien en face de moi, qui inspecte le forêt. Je regrette de ne pouvoir tirer, car je me vengerai volontiers des misères qu'ils nous font depuis quelques jours. Mais, où nous nous trouvons, un coup de fusil serait ma perte et celle de mes camarades. En patrouille, il faut tâcher de voir sans être vu, mais on ne doit pas tirer à moins d'être attaqué.

Quel dommage.

L'après‑midi est assez tranquille. Les canons ont enfin pris la décision de prendre un peu de repos. Quelques coups isolés, et c'est tout. Un aéro fait des boucles au dessus de nous vers 4 heures. Ca ne dit rien de bon pour la nuit.

Vers 5 heures, pendant la soupe, notre artillerie lance quelques obus par dessus nous. On entend également le canon gronder sur notre gauche, mais dans le lointain. Je prends la faction de 7 à 10 heures. Quelques fusillades se produisent .

Vers 9 heures, une attaque a lieu à notre gauche vers la « ferme du Chamois « 

Nous avons de part et d'autre des morts depuis 21 mars (jour de l’attaque du 171e) entre nos lignes et celles de l"ennemi.

La dame d'un Lieutenant offre paraître une prime de 2000 francs à celui qui rapportera le corps de son mari qui se trouve à cet endroit Mais c'est chaud. Les fusils crépitent environ demi-heure en un roulement ininterrompu. Chacun prend sa place dans les tranchées.

J'aperçois à ce moment, une lumière dans les tranchées « boches »

 Ne voyant pas d'Allemands devant moi, je m'exerce à l'éteindre, ce qui est fait après un cinquième coup de fusil.

Vers 9 heures, la fusillade prend fin et on recommence la vie normale. Coups isolés. Je quitte la faction à 10 heures et je me couche sans espoir de dormir tranquille.

MERCREDI 21 AVRIL 1915

Je me lève à 5 heures ½ , réveillé par un cuisinier, qui ayant appris je ne sais comment, que je possédais quelques notions de poésie, vient me trouver pour me prier de lui faire une pancarte réclame ronflante pour décorer la porte de sa cuisine souterraine.

J'accepte de trouver le texte pendant que mon ami Richou calligraphe presque, se charge des travaux de peinture. Il faut bien faire quelque chose pour se décider. Et voici le texte de la fameuse pancarte :

 

 

358° RÉGIMENT D'INFANTERIE

19° COMPAGNIE     1e  PELOTON

A LA POPOTE DES BRAVES

 

SI PEU QU'IL EST DU FLAIR UN AVEUGLE DEVINE

QUE C'EST DANS CE TROU‑CI QUE L'ON FAIT LA CUISINE

 

Paroles de Pistre: Poilu de 2° Classe                Musique de Richou: Soldat de 2° Classe

 

 

 

 

Vers 8 heures, sans se soucier de nos distractions, nos batteries attaquent. Celles des « boches » répondent. Un aéro nous survole. Ca devient moins amusant , avec ça les fusils sont calmes.

Le silence est interrompu tout à coup vers 8 heures '/2 par une mitrailleuse qui fait entendre un roulement qui serait intéressant un jour de 14 juillet, mais qui donne le frisson à celui qui connaît cet instrument que nous avons baptisé « le moulin à café »

 La journée est réservée aux canons. Les obus ne cessent pas de sillonner l'air et exploser un peu partout.

Elle est tranquille pour nous aussi.

On demande à présent après moi, dans tous les coins, pour m'inviter à composer des sonnets.

Ma foi, j'ai commencé. Il faut bien s'amuser un peu. Ce sont d'abord deux poilus, qui venant de construire un observatoire qui a assez de ressemblance avec un théâtre Guignol, me prient de graver sur un morceau de planche qu'ils ont préparé, un quatrain ayant trait à la circonstance.

Ca y est, le voici ;

 

 

MASSACRE DU CASQUE A POINTE

ESSAYEZ, C'EST POUR RIEN, TIREZ A VOLONTÉ

LA VAISSELLE EST PAYÉE, NE CRAIGNEZ PAS LA CASSE

IL FAUT ANÉANTIR GUILLAUME L'ÉHONTÉ

ET ENFOUIR A JAMAIS CE QUI EST DE SA RACE

 

 

 

 

Mais ce n'est pas fini là, il faut que je trouve quelque chose à graver sur un hêtre, choisi sur la ligne qui nous sépare des « boches ». Je m'exécute

 

1914 ‑ 1915

 

ARRÊTE VOYAGEUR, ICI, DEUX EMPEREURS

ONT CRU POUVOIR UN JOUR REPORTER LA FRONTIÈRE

MAIS MALGRÉ LEURS CANONS ET MALGRÉ LEURS HORREURS

LE FANTASSIN FRANÇAIS BRISERA LA BARRIÈRE

 

 

 

S'amuser c'est gentil, mais voici le Lieutenant Mazoni qui arrive. Comment va t'il prendre la chose? Bien, très bien, car il s'arrête , lit et approuve mon talent s'il vous plait. Il va plus loin, il prend un carnet et un crayon dans sa poche et copie ma prose rimée.

II demande ce que je fais dans le civil. Il me vante, je crois même qu'il m'a rapproché du grand poète. Hélas, je suis encore bien jeune. Il m'invite à ajouter sur chaque quatrain le numéro du Régiment et de la Compagnie, afin dit il, que quand le Général passera, il voit bien que c'est les hommes de la 19° Compagnie, du 358° d'Infanterie qui savent passer leur temps dans les tranchées, où en effet on s'ennuierait fort si l'on ne se créait pas des distractions.

Le canon se tait enfin vers 6 heures du soir. Pour le moment, on n'entend que des coups de fusil isolés. La soirée est très calme. On nous informe que nous serons relevés demain des tranchées par le 349°. Accueilli avec plaisir.

JEUDI 22 AVRIL 1915

Je prends la faction de 3 heures du matin à 5 heures ½ .

Vers 5 heures, une de nos batteries ouvre le ban, par un coup de 75. On entend après cela, quelques coups qui suivent, mais assez espacés. Avant notre départ, je dois encore faire plaisir aux camarades, en trouvant quelques lignes pour embellir le poste de guetteur de la 2° escouade.

Allons y :

 

AVIS AU GUETTEUR

 

GUETTEUR SI TU PERÇOIS DIVERS CRIS D'ANIMAUX

REDOUBLE D'ATTENTION ET RELEVÉ LA TETE

 

LES VILS BOCHES QUI SONT CAPABLES DE TOUS MAUX SAVENT AUSSI FAIRE LA « BÊTE »

 

 

Nous sommes relevés des tranchées à 9 heures du matin et allons nous installer en deuxième ligne, au village nègre.

On entend notre canon par moments.

La soupe du soir est à 4 heures.

Nous partons à 5 heures pour aller travailler au « Chamois », où nous relevons ceux qui nous précèdent à 6 heures. Ici, nous sommes sur un point des plus critiques. Les « boches » sont à 60 mètres de notre tranchée, en terrain découvert. Entre les deux lignes, une cinquantaine de cadavres français gisent depuis le 21 mars. II est impossible de les enlever. Nous travaillons avec le 11° Génie à la confection de quatre sapes destinées à faire sauter les tranchées allemandes.

Je suis employé à la plus rapprochée de l'ennemi.

Le souterrain est déjà creusé sur une longueur de 40 mètres environ, de sorte que la ligne allemande qui est sur ce point en fer à cheval est sur nos têtes, à 20 mètres de nous sur trois faces. L'eau est extraite par pompes.

Nous sommes dans l'eau et la boue. Les « boches » font, paraît il, le même travail de leur côté, de sorte qu'on a la perspective de sauter d'un moment à l'autre. On n'est pas en première place.

Les fusil ne cessent pas ici de se faire entendre de part et d `autre. D'abord, il est malgré un profond boyau, dangereux pour arriver à la « ferme du Chamois ». Les balles sifflent sans discontinuer, à ras de tête. Tout képi qui dépasse le haut de la tranchée est immédiatement pris pour but. Pendant le trajet, deux balles passent à moins de 10 centimètres du crâne. Mes camarades peuvent en dire autant.

Du fond du souterrain d'où nous sortons la terre au moyen de sacs à mesure que le Génie creuse, nous entendons les coups sourds du fusil et ceux de l'éclatement de nos propres obus tirés sur nos têtes par nos pièces d'artillerie.

Ce bruit se rapproche de celui que produit un coup sec frappé sur un foudre vide. Nous sommes cette fois dans une vraie galerie de taupe aérée sur certains points par des cheminées pratiquées au sommet des galeries et qui sont bouchées la nuit, au moyen de sacs vides pour éviter que la clarté des lampes de mineur soit aperçue de dehors.

Nous sommes relevés à minuit. On cède volontiers la place. Quand nous arrivons à l'air, le temps a changé, la pluie tombe.

 

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[1]  Ce sont les régiments stationnant à Béziers et alentours (96 et 296e régiment d’active, 121e régiment territorial)

 

[2]  Aujourd’hui Sète (Hérault)                                  Cliquez sur le N°, pour retourner au texte, à l’endroit de la note

 

[3] Le 358e RI fait partie de la 71e Division d’infanterie avec les 217e, 221e, 309e, 349e, 370e RI et 41e BCP (composition de la division début 1915)

 

[4] C’est d’autant plus dommage car il y a eu une attaque française sur la ferme du Chamois le 22 mars effectué par le 171e RI

 

[5] 13 Km au sud ouest de Badonvillers