« J’ai retranscris le carnet de mon
grand-oncle Charles SALOMON (et jumeau de mon grand père) caporal au 151
RI puis au 2 SIM et au 72 RI.
Aspirant prêtre, il rentre dans la guerre le
Il meurt de la tuberculose contractée en 1915 en
Suisse à Montana en 1920 seul car contagieux... Ses affaires furent
toutes brulées et son décès fut déclaré par sa Maman à Laon dans l'Aisne.
Il figure sur la stèle dans la mairie de Laon mais dans la
marge de l'état civil fût oublié le "Mort pour
C'est moi sa nièce qui en 2007 après des démarches
administratives et enquêtes du ministère de la défense celui ci accorda le Mort
pour
Une victoire pour lui et pour moi et pour d'autres
apprentis religieux qui souffrirent des brimades de certains officiers
anti-religieux car séparation de l'église et de l'état....
Je me devais de faire ceci pour lui et pour eux a travers
mon grand oncle.
Marie Dominique, octobre 2008
Mobilisation générale,
j’offre mes vingt cinq ans à
St Quentin
Nous sommes d’abord logés à
l’école des filles (faubourg St Martin) puis à la ferme Voiret un peu plus bas.
Connaissance de la famille Quéreux. J’ai ma chambre dans cette bonne famille.
Je reçois la visite de
Maman et d’Adèle.
Tout va bien, nous sommes
tous contents, la vie de St Quentin
est la bonne vie de cantonnement chez l’habitant. Monsieur le curé de la
paroisse s’est montré un véritable ami pour moi il m’a prêté son
propre « novum testamentun ».
Malheureusement tout à une
fin, un beau matin il a fallu s’embarquer nous aussi pour une destination
inconnue.
Le 26
août nous avons quitté St Quentin.
Cette destination c’était Verdun.
Nous nous y rendîmes en 30 heures
en passant par Troyes (Aube) nous
avons pris le chemin des écoliers, nous sommes arrivés à Verdun par la ligne de Troyes-Nancy.
Arrivés à Verdun nous n’étions pas à la fin de nos
peines, on ne savait pas ou le régiment était. On nous envoie à Charny puis à Dombasle en Argonne, puis à Auberville
nous avons fait alors quinze kilomètres à pieds et nous sommes arrivés au
cantonnement vers dix heures du soir.
Pour un début cela pouvait
conter, nous étions harassés de fatigue et cependant ce n’était que le
commencement de nos misères et de nos peines.
Nous étions partis à quinze
cents du dépôt de St. Quentin, nous fûmes versés dans les différentes
compagnies. Pour moi j’ai été versé à la 8è compagnie. Celle-ci après le combat
de Pierrepont (Meuse) avait un
effectif de 11 hommes et 1 caporal.
Ma compagnie avait un très
bon cadre, tous ou à peu près d’excellents chrétiens ils étaient pour moi de
véritables amis.
Le soir de la reformation
du régiment nous partîmes pour Verdun,
nous avons marché toute la nuit et nous avons couvert une distance d’environ
A 6 heures du matin nous
arrivons à Jardin Fontaine ou nous
faisons une halte d’environ 1 heure.
Vers 11 heures nous nous
embarquions pour une destination inconnue. Le bruit court que nous allions à Noisy le Sec mais il n’en est rien, vers
12 heures du soir nous arrivons à Reims.
Delà nous allons à Loivre où nous
arrivons à 6 heures du matin.
Là on cantonne pendant deux
heures. Le canon tonne il faut aller de l’avant, nous partons donc immédiatement.
A
Le lendemain nous partons
pour Boult-sur-Suippe. Le 3è et le 1er
bataillon sont engagés avec les ennemis, le 2è bataillon reste de réserve.
Le soir nous cantonnons au
village voisin et le lendemain nous nous replions en bon ordre devant l’envahisseur. Nous allons cantonnés à
Courcy près de Reims, le curé nous invita à dîner, Monsieur X et moi et nous bûmes
la dernière bouteille de champagne du presbytère.
Le lendemain réveil à une
heure du matin. Le curé se lève et nous donne la Sainte Communion.
Nous contournons Reims et vers le matin seulement nous
empruntons la route d’Epernay.
Nous sommes partis de St. Quentin
le 26 août 1914.
Nous nous sommes embarqués à 9 heures, nous quittons la
gare à 9h40.
Nous arrivons à Troyes le lendemain vers 4 heures du
matin (27 août)
à 4h30 nous partons de Troyes et nous
passons par Brienne-le-Château ou on
nous sert (le jus) que nous avons bu avec plaisir, il y avait 20 heures que
nous étions en chemin de fer nous avons fait connaissance avec madame la pompe.
Arrivés à Verdun vers 16 heures de l’après-midi
nous avons été à Charny, la le 151
n’y était pas, on nous envoie à Dombasle-en-Argonne,
puis à Aubréville, notre régiment
était à 15 kilomètres delà, nous avons dû aller le rejoindre, nous y arrivons
vers10 heures du soir.
C’est ici que finit la
première partie de mes souvenirs, jusqu’ici nous ne comptions jamais aller à la
guerre, nous aimions vivre d’illusions, mais les camarades se battaient il
fallait aller les aider.
Ce samedi 29 août nous partons des cantonnements vers 16 heures 30 du
soir, pour Verdun ou nous devons nous embarquer pour une
direction inconnue.
Après avoir fait une marche
d’au moins 40 kilomètres, nous arrivons à Jardin-Fontaine
vers 3 heures du matin.
Ce même jour dimanche 30 août nous partons de Verdun
vers 11 heures du matin dans un train à bestiaux dont le matériel était très
malpropre.
A minuit nous débarquons à Reims. Nous partons immédiatement et
après plusieurs heures de marche, nous arrivons à Loivre. Là on entend le canon, on se bat dit-on du côté de Rethel.
A huit heures du matin l’on
rassemble de nouveau et l’on marche à l’ennemi, après avoir fait une simple
distribution de cartouches. Nous avons marché toute la matinée à midi nous
arrivons près d’un village caché des vues de l’ennemi par une crête, c’est là
que nous devons cantonner.
Après s’être reposé pendant
deux bonnes heures, on pense à manger un peu, nous buvons quelques camarades et
moi une bonne bouteille de vin mousseux à la réussite de nos armes et bonne
nuit nous dormons de nouveau en
compagnie des lapins, des poules et des canards.
A deux heures du matin,
réveil et en avant à l’ennemi.
Le commandant nous conduit
immédiatement en contact mais vu nos fatigues le colonel demande au général que
nous fussions de réserve. Nous faisons donc demi-tour.
Toute la journée nous
sommes restés couchés dans un champ nous entendions le canon, tantôt éloigné,
tantôt rapproché, nous entendions les pièces de 75 et de 120.
C’était épouvantable. Que
se passait-il là-bas ? Combien sont- ils morts ? Combien ont-ils été
blessés ?
Enfin à la grâce de Dieu
toujours.
Ce combat se déroulait le
mardi 1er septembre
1914 près de Boult-sur-Suippe. Il a fallu reculer malgré tout sous la pression
toujours plus forte de l’envahisseur, nous retournâmes donc près de Reims à Courcy.
Là je fus reçu d’une
manière charmante par Mr le curé l’abbé Gilmaire. Après un bon dîner nous bûmes
l’avant dernière bouteille de champagne au succès de nos armes, l’après-midi il
y eut spécialement pour les soldats un salut du St Sacrement, mais ce qui est
le plus touchant ce fût la réception du
Divin Maître par quelques uns d’entres-nous quelques secondes avant notre
départ à une heure du matin environ.
Nous marchâmes toute la
nuit, nous contournâmes Reims nous la
traversâmes en partie vers 6 heures du matin et nous prîmes alors la route d’Epernay.
Vers 16 heures du soir
harassées de fatigue, épuisés nous arrivâmes à l’un des faubourgs de cette
ville à Dizy.
Quel beau pays cet Epernay avec ses coteaux couverts de
vignes, quels beaux villages grands et riches sur les flancs de ces collines
charmantes, ce coin si gentil le Pérou de
la champagne ressemble à l’oasis au milieu du désert. Ici ce sont les grandes
fortunes, là bas à quelques kilomètres plus loin c’est l’aridité et la
pauvreté.
Ici c’est l’abondance, là
bas c’est presque la misère.
Le lendemain nous allons
coucher à Loizy-en-Brie, pauvre pays
bâti dans la craie, on y trouve presque rien, la paroisse est interdite.
A partir de maintenant nos
cantonnements seront plus rares… Nous prenons le contact avec les ennemis, la
lutte commence longue et souvent indécise, lutte de jour et de nuit ou on ne
laisse aucun répit aux adversaires.
Nous arrivons au soir du 5 septembre, après une journée de marche dans le bourg de Villeneuve (Villeneuve-lès-Charleville), le régiment cantonne, mais les ennemis étant
signalés, la compagnie renforce le 162 aux avant postes.
Le Lieutenant commandant la
compagnie nous conduit, soit par ignorance, soit par bravade…Nous sommes allés
jusqu’au retranchements ennemis, jamais nous n’avons pu prendre la liaison avec
le 162. Les hommes inconscients du danger et n’ayant pas encore fait
connaissance avec les teutons faisaient nonchalamment leur devoir.
Au petit jour nous
quittâmes nos positions et nous rapprochâmes du village, une section s’arrêta
pendant une bonne demi heure dans un bosquet occupé déjà par l’ennemi c’est
incroyable, un Sergent avait vu deux ou trois prussiens il en rend compte au Lieutenant qui s’efforce
de lui prouver le contraire, c’est la preuve d’une grande négligence de la part
des gradés, négligence qui a déjà valu au régiment des pertes énormes au combat
de Pierrepont en Lorraine.
Vers 6 heures du matin le
combat recommence.
C’est un dimanche la journée va être chaude.
Les ennemis cachés dans les
bois nous fusillent comme des lapins, nous sommes pris de face et de flanc. A la
compagnie nous avons eu comme blessé l’Adjudant, deux Sergents et plusieurs
Hommes dont l’un, ancien marin était un homme très gentil.
La Compagnie eut l’ordre de
se replier pour servir de protection à l’artillerie. Nous prenons alors
position sur une crête dans un petit ravin dans un champ de betteraves et de
pommes de terre.
Nous restons là pendant
quelques heures, l’artillerie tire au dessus de nous, mais bientôt les pièces
raccourcissent leurs tirs nos positions deviennent alors intenables, le vent occasionné
par le déplacement d’air nous retourne, l’on sent une chaleur de
plus en plus intense, il nous faut quitter nos positions et nous allons
derrière l’artillerie.
Là nous recevons l’ordre
d’avancer sur l’aile droite mais il faut nous replier nous prenons alors
position dans une ferme nous avons ordre d’y tenir jusqu’au dernier, bientôt la
ferme est repérée par l’artillerie, les obus tombent comme de la grêle …
Enfin nous n’avons pas eu
trop de mal.
La fin de la journée fut
une victoire pour nous, l’ennemi était repoussé, je dois noter ici une idiotie
de notre officier de réserve. De lui-même il nous retire de nos positions et
nous conduit dans une prairie derrière nos premières lignes de
tirailleurs, là nous recevons les balles
perdues…Pourquoi exposer inutilement la
vie des Hommes ?
D’ailleurs le Commandant de
bataillon en est furieux.
Une heure plus tard les ennemis ont effectué leur retraite. Nous
allons bivouaquer dans un champ, autour de nous plusieurs villages sont en feu.
Le
lendemain 7, la lutte recommence non moins violente que la
veille.
Nous avons mission de
prendre le village de Villeneuve.
Notre artillerie le bombarde toute la matinée, enfin nous le prenons d’assaut,
l’artillerie de chez nous, nous bombarde et nous laissons des morts et des
blessés.
Le Bon Dieu a encore eu
pitié de moi ainsi que Notre Dame du perpétuel secours. La lutte a été chaude,
que la guerre est triste.
Le soir nous avons cantonné
dans le village en feu de Villeneuve,
j’ai du prendre la garde à la sortie nord du village face à l’ennemi. Nous avons fait le café dans
une maison restée debout derrière l’église dont il ne restait que les pans de
mur. Le lendemain j’ai aidé les habitants à cacher leur literie pour les mettre
à l’abri du feu.
Le 8
septembre nous voulons prendre
position dans le village voisin de Villeneuve.
Il est très fortement
occupé par l’ennemi.
Celui-ci nous laisse
avancer jusqu’à
L’idiotie du commandant
ordonne une patrouille. Un Caporal et deux hommes partent, ils avancent sans
méfiance, on croyait en effet qu’il y avait des Français non loin de là. Ils
avancent vers le village le contournent, le traversent donnent à boire à deux
blessés Allemands, mais quelques mètres plus loin disséminés par un bouquet
d’arbres plus de deux cents uhlans…
Ils ne demandent pas leur
reste et reviennent rapidement. L’on garde sous les feux de l’artillerie,
bientôt le régiment se replie pour être ravitaillé et revient aussitôt. Nous
avons gardé nos positions toute la journée non loin de cadavres d’Allemands qui
n’avaient pas pu être enterrés car ils enterrent leurs morts au fur et à
mesure.
Le soir pendant deux
longues heures les pièces allemandes nous ont arrosé de leurs derniers obus.
C’était terrible, les obus tombaient de tous les côtés à la fois.
Sur le champ de bataille un
silence de mort, chacun pensait pour sûr à sa fin dernière. Enfin le canon
cessa de tonner et nous retournâmes dans nos cantonnements de la veille.
Les Prussiens semblant
tournés au canon, les morts que nous avons rencontrés étaient à genoux, la tête
appuyée sur les bras position prise contre les feux de l’artillerie, mais face
en arrière, d’autres camarades de régiments différents ont vu le même fait à différentes places. Les
français au contraire sont toujours face en avant.
Le 9
septembre nous restons dans les environs de Villeneuve, l’après
Le 10
septembre l’ennemi est tout à fait en déroute et pendant quatre jours nous le poursuivons,
nous fouillons les bois, les fourrés, les buissons et les taillis… Les
aiguilles des sapins nous arrachent la figure et les mains ainsi que les ronces
et les épines, mais nous allons malgré tout changé de direction.
N’en pouvant plus je me
suis couché au milieu du chemin au bout d’une demi heure je me réveillais sous
l’action du froid, l’endroit n’était pas propice, j’avisais alors un arbre au
milieu des champs.
Je suis allé dessous et je
m’y couche sur un bon tas de paille.
Je fus réveillé bientôt par
le canon, les batteries tonnaient sourdement et semblaient se répondre
réciproquement, je me croyais au milieu des lignes ennemies et je me demandais
ce que j’allais faire ?
Bientôt je vis des
cavaliers qu’étaient ils donc ?
Des uhlans !
Non ce n’était que de
braves hussards.
Je leur demandais les
renseignements dont j’avais besoin ayant perdu le régiment. Je suis allé avec
le 125e de ligne en garnison à Poitiers.
Mon séjour au 125è.
Je fus reçu à la 6
Compagnie, l’adjudant commandant
Il m’affecta immédiatement
à une escouade pour toucher les vivres et en avant.
C’est un brave cet
adjudant, il a fait ses preuves c’est aussi un St homme. Là je fis connaissance
de plusieurs séminaristes et en particulier d’un futur Confrère.
J’ai eu là encore les plus
belles louanges de M. Escalère elles étaient hélas son oraison funèbre. Avec le
125 j’allais sur Chalons.
Nous marchâmes pendant
toute la journée du 11
septembre.
Le soir sous une pluie
battante nous étions en petit poste dans le bois car l’ennemi avait repris un
mouvement offensif et nous lançait des obus.
Vers
C’était un amusement.
Nous nous tenions les uns
les autres pour ne pas nous perdre. Tantôt une branche indiscrète nous frappait
le visage, tantôt des épines nous arrachaient les mains, de petits arbustes se
jetaient dans nos jambes et retardaient notre marche.
Ou bien encore nous nous
tordions les pieds sur de vieilles souches d’arbres ou dans les buissons. Si ce
n’est la présence de l’ennemi que nous
croyions proche nous aurions bien ris dans ce bois car l’heure eut été plutôt à
la gaieté qu’à la tristesse. Nous étions encore à cinq kilomètres de Chalons.
Les prouesses de la
nuit nous avaient éloignées du régiment.
Si bien que le matin nous étions tout à
fait perdus. Nous reçûmes l’ordre d’un officier d’état- major d’aller à Chalons et nous y allâmes. Là on nous
fit fête ; Les Prussiens étaient partis la veille. On nous donne du vin,
du café, des fruits, du pain, etc…
Malheureusement
les notes de mon grand-oncle Charles seront plus brèves à partir du
Je pense à un
dégoût de la guerre tout simplement. Et à une conscience pour le haut
commandement pas toujours du côté des hommes que l’on prenait déjà comme de
la chair à canon.
Nous traversons le camp de Chalons et nous cantonnons le soir à Jonchery.
Le 14
septembre nous allons à Mourmelon et
j’y retrouve mon régiment.
L’ennemi est près de Mourmelon à Aubérive.
Le 22 Septembre, départ de Mourmelon à
Alerte vers
Grosse perte pour le 94 RI.
Nous contournons Sillery et nous allons remplacer les
zouaves aux avants postes.
Le 24 septembre je suis blessé près
de Sillery vers
Séjour à Beaumont-sur-Vesles et vers le soir
départ pour Chalons et ensuite pour Rodez j’y arrive blessé vers
(Rodez le
En
contactant
Il
écrit :
« Les
hasards de la guerre m’ont amené avec quelques légères blessures dans la bonne
ville de Rodez là je suis soigné à l’école libre St Joseph transformé en
hôpital complémentaire. Une balle m’a endommagé le bras droit, une pluie de
graviers occasionnée par l’éclat d’un obus m’a endolori l’œil gauche, d’autre
part quelques écorchures que j’avais aux mains se sont transformées en ampoules
purulentes, trois fois rien enfin, aussi suis-je en bonne voie de
guérison ». Il est probable qu’il minimise ses blessures…
Cette lettre
date du
Il restera à
Rodez un peu plus de 3 mois.
Départ de Rodez pour Albi, Brive, Paris, Lorient et Langonnet
vers
Le 22 départ de Langonnet
pour Quimper (séjour chez les novices
à Gourin) retour à Quimper et j’y
reste jusqu’au 23 février (Ergué Armel.)
Le 27
février je repars de Quimper pour Nantes.
J’y rejoins la 2è section
d’infirmiers avec installation définitive à la rue Bellier avec les jeunes
soldats.
Pèlerinage à Ste Anne
d’Auray avec Mrs Letourneur, Breton, Marcot, Montmorency.
En
mai départ de Nantes pour Boulogne s/Mer
puis Abbeville le 15 mai.
Le
St Riquier
hôpital temporaire n°37.
J’ai acheté ce carnet
aujourd’hui à Abbeville aux nouvelles
galeries. Dans l’hôpital tous les malades décédés sont morts dans de bonnes
conditions.
Certains mêmes sont morts
en saint l’un d’entre eux avant de rendre l’âme a dit en signe d’adieu
« au revoir, au revoir là haut » et l’a répété plusieurs fois…
C’était probablement la
dernière fois que je suis allé à Abbeville.
L’on parle sérieusement de notre passage à l’infanterie.
Je me suis ennuyé
aujourd’hui. Prise de Varsovie par les Allemands. Sur les journaux l’on parle
des atrocités allemandes. Les teutons ont brûlé vif des centaines de
prisonniers Russes.
Le 8 enterrement d’un malade abcès à la gorge. Je m’ennuie
passablement. 30 infirmiers s’en vont d’Abbeville.
Comme sujet de conversation
nous devons aller dans l’infanterie.
Je suis en promenade avec
Mrs Bisset, Delaforge, Perrault … il est
Le 9, je prends la garde
comme infirmier major probablement pour la dernière fois. Nos
remplaçants ne sont pas annoncés.
Le 10 adieu à Mr Letourneur promenade en automobile à Moyenneville à
Le 12, promenade à Abbeville avec Arnault et Foulon
accident de voiture près de l’aéroplane. Simplicitas et punitas.
Le 13 nous sommes toujours là à l’hôpital en attendant
notre départ. On envoie sur l’intérieur les classes 1890, 1891, 1892 on les
remplace par des jeunes classes.
Le 14, le soir promenade avec les prêtes.
Constatation de
l’impudicité de certaines infirmières. Grande discussion à la chambre des
députés sur le service de santé on voudrait faire tomber le ministère ce serait
désastreux.
15
août fête de maman et triste fête de
Je suis de garde, j’ai un
décès et quatre entrants.
Le milieu où je me trouve
est tout à fait pessimiste que
signifient les manières des officiers.
Que va-t-il se passer à
Il semble qu’une révolution
se prépare il semble qu’une campagne d’hiver
n’est plus possible, tout le monde en a assez ! Pourquoi le conseil de
guerre international de Calais ?
Nous les curés qu’allons
nous devenir, il semble que notre martyre approche, mais … des mots en latin.
Visite à Mr le curé avec Mr
l’aumônier et plusieurs autres prêtres. Nous avons mangé avec eux. En sortant
nous avons remarqué la désinvolture avec laquelle plusieurs prêtres
s’introduisaient dans les églises pour dire leur messe.
Le
18, je viens d’apprendre
aujourd’hui qu’aussitôt que l’on revenait au dépôt de Nantes l’on allait dans un régiment d’infanterie, j’écris à
Bellegueulle.
Je viens d’apprendre la
mort de Mr l’abbé Ancelin, Brancardier au 72 du diocèse d’Amiens.
(Camille
Ancelin Caporal au 72 RI né en 1892 à Guise et décédé de maladie contractée en
service à l’hôpital de Bar le Duc dans
On rappelle à Bellac 2
infirmiers de la 1er section actuellement à Abbeville et aptes a passer dans l’infanterie.
Abbeville.
Je sais d’un cours séjour de Creil que
l’on y fait passer une vingtaine d’artilleurs à la réserve du personnel du
service de santé de la 10è armée…
D’autre part je sais que
d’après la fameuse circulaire du
Dans les hôpitaux les
hommes rappelés seront remplacés par des hommes du service armé sains et
vigoureux.
J’ai été dans le clocher de
l’église aujourd’hui.
Le 22, pèlerinage à
Notre Dame de Monflières.
L’Italie déclare la guerre
à
Le 23
août, les infirmiers du service
armée d’Abbeville sont rappelés dès
ce matin ;Arnoult certifie qu’a Paris
et dans les environs tous sont partis et sont actuellement dans
l’infanterie(infirmiers C.O.A train des équipages )
Ce sera probablement notre
tour.
Le
24, reçu une réponse à ma lettre à
Bellegueule.
Je suis désigné pour partir
dans l’infanterie parait-il en arrivant au dépôt on doit fournir à la direction
un état assez complet sur les infirmiers de l’hôpital.
Allez vers Dieu en
accomplissant de mieux en mieux ses devoirs d’état. Encore rien de nouveau …
Fête de Louis qu’est- il
donc devenu mon pauvre frère (jumeau) ?
Jeudi, faire
consciencieusement ce qu’il y a à faire
dans le moment ou on se trouve.
Rien de nouveau 26 malades
nous arrivent du côté de Souchez.
Vendredi, Georges (son frère qui a été blessé) doit passer dans quelques jours
la réforme n°1 avec 40% d’incapacité de travail et peut avoir une pension de 4
à 100%.
Il paraît qu’un aviateur a lancé des bombes sur Abbeville ce matin.
Hier à
Pour sauver cette union sacrée rappelée par la
guerre sociale voilà ce que ce journal écrit : Peut on dire qu’à Lagny (S
et M) Mr Ginesty évêque de Verdun a été déjeuné au mess des officiers son frère
étant officier d’administration.
Peut-on dire qu’à la fin du
repas le lieutenant fait a demander la bénédiction épiscopale qui fut accordée
pensez vous et reçue de tous 9 officiers par de timides signe de croix.
Ce matin visite à Monsieur
Du Castel.
Promenade avec Mr D. J’ai
reçu une lettre de Langonnet, cette lettre a été passée par le dépôt de Nantes le vaguemestre en me renvoyant la
lettre a barré le mot infirmier à ma qualité de caporal infirmier.
Il me reste donc plus
devant que caporal.
Le
30, grand ravitaillement avec la
voiture de Mr Poulain, des anglais montent en voiture avec nous.
Lettre d’Emile (son frère à la guerre également et
religieux)
Mardi ; il parait que la 2 section a fourni le contingent
d’hommes qu’elle devait donner à l’infanterie.
Rien de nouveau par
ailleurs.
50 infirmiers de la 2
section partent aujourd’hui sur le front probablement comme brancardiers.
On évacue sur l’intérieur
les malades des ambulances, déplacement des troupes sur toute la ligne.
Il est question de faire de
l’hôpital un dépôt de convalescents pour le 10 septembre.
6 infirmiers de la 1ère
section sont signalés.
Nos remplaçants de la 2è
section sont arrivés vers
Le 4
septembre, bonne journée j’ai été
deux fois à Abbeville. Je suis heureux de partir et de faire ainsi la volonté
du Bon Dieu.
Nous partons à cinq de St Riquier monsieur le principal et le
sergent Foulon nous conduisent à la gare départ
Nous avons été très bien
reçu à la maison Mère par le Très Révérend Père. Nous avons été couchés à
l’hôtel du Progrès.
Départ de Paris à
J’ai été excessivement bien
reçu à Montigny par… je suis très
heureux de ma réception.
Départ pour Morlaix à la gare de l’Etat à
Visite de la ville et du
jardin des plantes.
Départ
Je suis allé à Légué au dépôt du 155 R.I. Louis Coussemacq (Cousin germain) est passé au
355 R.I. et est parti pour le front le 25 juin.
Le Légué est
le port de St Brieux, c’est un très
bel endroit.
Nous sommes arrivés hier
soir à Morlaix.
Maintenant nous sommes
affectés à la 32 Compagnie.
Je suis dans une grande
chambre avec douze camarades.
J’ai assisté à la remise de
décoration. Un prêtre de Beauvais vient d’arriver. (Il est passé depuis voir
l’auxiliaire et est affecté au bureau du trésorier).
Visite d’incorporation.
Il me sera très
probablement impossible de partir comme brancardier. Visite taille
Je suis invité à déjeuner
chez Mr le Recteur.
Promenade à Ploujean et pêche aux crabes.
Je suis affecté à la 4e
escouade avec Michel et Mr J. Mardi, lettre de Mr Létourneur.
Je suis de jour.
Tir 5 balles à
Réveil à 4h30. Marche,
manœuvre autour de la côte 123 au sud ouest de Morlaix.
Samedi, j’ai écrit à Georges et Emile (ses frères), au
sergent Foulon. Dimanche
je suis de jour.
Je suis couché auprès de
Gabriel c’est un poilu qui se pose là. Ma permission est suspendue pour le
moment.
Mercredi dans l’après-midi marche militaire sur le bord de la
mer.
Que la mer est belle !
Vendredi, le matin marche manœuvre sous une pluie battante.
Morlaix, je suis désignée
pour le départ de mardi prochain.
Je réclame. Le capitaine ne
veut pas me voir.
Officiellement, je vais le
voir chez lui. Le capitaine m’envoie chez le Commandant qui demande des
explications au sujet du caporal Salomon qui a été deux fois au front et se
trouve surpris d’être désigné pour le prochain détachement.
Réponse du capitaine tout à
fait mauvaise…
1°je suis un menteur
et 2° si j’avais du devoir
partir, je m’aurais fait passer comme inapte… on m’annonce ce soir que j’ai un
remplaçant volontaire, il cherchait après moi.
Dimanche à neuf heures du matin le capitaine n’a pas encore
donné de réponse, le Commandant m’annonce que j’ai un remplaçant, signe immédiatement
la mutation.
Le caporal Salomon est
remplacé par le renfort de mardi par le caporal Tardivat (volontaire) signé H.
Lagüe.
Le caporal Lefèvre
m’annonce que l’on va demander de caporaux mitrailleurs d’ici deux ou trois
jours et m’engage de demander…Je vais à Trigastel.
Lundi, je pars demain en renfort, on refuse de me donner le
certificat fourni au sujet de la permission.
Heureusement que j’ai le
cœur bien placé. On signale 20 000 prisonniers allemands en Artois et en
Champagne.
Mardi
28 septembre 1915
Départ pour le front à 9h04
évidemment le départ n’est pas aussi mouvementé qu’à St Quentin, mais on rencontre tout de même beaucoup de sympathie.
Guingamp
11h15 St Brieux 12h Lamballe, Rennes 15h35, Laval 17h45
Château Gonthier 21h, Angers minuit.
Départ d’Angers 10h Saumur 11h40 (ancien château et clocher de l’église remarquable à
Langeais et crantés comme à Laon). St
Pierre des Corps Tours 14h15 Chenonceau 16h20, Bourré pays
pittoresque, St Aignan, Vierzon 17h45 Bourges 21h45.
Nevers la rivière avec les
bancs de sables c’est superbe.
5h30 je me réveille
Le Creusot 7h15
Santenay (Côte d’Or) Allerey 8h50 Seuvre 9h25 St Jean de Losnes,
10h35 Dijon… Is-sur-Tille quai militaire.
Cette ville est dans la zone
des armées à partir du quai militaire.
Départ à 15h10 nous sommes
en vue de Langres à 18h25 et Chaumont à 21h.
St Dizier
départ 1h50. 5 heures la machine ne
siffle plus.
Nous sommes sur une ligne
que l’on a refaite très probablement depuis la guerre son matériel est tout
neuf.
5h40 nous sommes arrivés
aux Islettes, l’on descend et nous cantonnons (Les Islettes ) secteur postal 59.
Nous faisons partie
momentanément d’une compagnie de renfort. Le 72e est avec le 91e dans les
tranchées, nous attendons les ordres pour aller les renforcer.
Nous entendons très bien le
canon.
Ce matin réveil à 6h.
A 7h nous allons dans les
bois pour chercher des perches. Nous entendons par moment le canon.
Je ne sais rien encore sur
le 72e.
Rassemblement à 13h45 en
tenue à 15h45 nous attendons des ordres à Le
Neufour. Je suis affecté à la 5 Compagnie. Nous allons ce soir très
probablement dans les tranchées.
Il y a contre ordre et nous
couchons à Le Neufort.
Ce matin Ste communion.
Quelques uns d’entres nous
doivent monter aux tranchées aujourd’hui donc grande messe et chant du
Deprofondis (des morts)
Il y avait beaucoup de
monde.
Il faut se dévouer parfois
notamment pour se faire un avenir meilleur. Une centaine d’entre nous est
partie en renfort dans les tranchées.
Nous attendons toujours
notre tour.
Le Capitaine Voiret s’est
montré gentil avec moi. Toute la nuit canonnade les rats passent à tire larigot
sur nous mais cependant le cantonnement est bon.
Messe de communion. Je
viens de recevoir mon billet d’hôpital ainsi que ma lettre de Mlle Revel et une
carte de Mr Bisset.
26 infirmiers de St Riquier ont regagné leur dépôt
respectif et ont été remplacés par des auxiliaires.
Nuit calme troublée que par
les rats.
Messe et communion.
15h30 nous sommes en train
de préparer un bon chocolat avec Mr Sagette séminariste d’Amiens et Fosterude
étudiant en droit. Rassemblement demain à 12h nous partons à La Sapinière. On dit que quelques
compagnies y sont au repos.
Le matin bombardement
ininterrompu en Champagne, messe de communion.
Départ de Le Neufour à 12h.
Arrivés au ravin de La Sapinière à 16h. Nous couchons dans
des gourbis.
Le 2 bataillon est au repos,
probablement pour six jours. Le ravin se trouve au Nord Est Est du village de La Chalade et à 20 minutes de marche.
Bombardement toute la nuit.
Le matin je vais à La Chalade, l’église y est toute
délabrée, le village est très souvent bombardé.
A 8h30 je me présente
devant le médecin major.
Résultat néant.
Une victime le 1er
de notre détachement. Je rencontre Gobert Ernest de Laon il est évacué le
lendemain.
Vendredi nuit calme, fusillade et bombardement intermittent
grand bombardement en Champagne 3 morts.
Les téléphonistes sont
relevés demain à 4h par ceux du 113. L’on fatigue l’on doit changé de secteur.
Fusillade et bombardement
toute la nuit, balles perdues. L’on part à 17h45 pour Le Claon. Arrivés au Claon
à 20h après une heure de marche.
Messe et communion, le soir
promenade aux Islettes avec Fosterud,
on entend parfois la canonnade.
La nuit bombardement
intense dans la Marne.
Nous allons travailler dans
les bois au-delà de La Chalade.
Lutte entre un aéroplane
français et 2 boches, le français tombe chez les allemands.
Les obus passent par-dessus
nos têtes. Reçu cartes de Georges et d’Emile (ses frères) et de Mr Létourneur.
Bombardement intense en
Champagne.
Nous allons travailler près
de la Chalade. Pluie toute la matinée. Reçu certificat origine de blessure,
certificat de St Riquier.
Lettre de Georges et 2
cartes de Mr Létourneur. Mercredi Bombardement intense en Champagne.
J’ai appris à cinq heure la
mort de…
Nous allons le matin dans
les bois de La Chalade.
Bombardement sur La Chalade et sur le bois mais à notre
droite. J’ai abattu trois arbres dont un chêne.
Vendredi le matin exercice.
Nous remontons ce soir aux
tranchées de première ligne. Communion en viatique à 3 heures de l’après-midi.
La nuit a été relativement
calme.
Les allemands envoient
beaucoup de fusées.
Le véritable nom où nous
nous trouvons et le ravin sec.
Vers 15h bombardement
réciproque des tranchées.
Fusillade pendant la nuit,
bombes au petit jour.
Vers 15h j’ai eu le bonheur
de faire la Ste Communion ; quelques instants plus tard les français font
exploser une mine.
Vers 17h une nouvelle mine
éclate c’est une partie des tranchées du 91- Ce soir j’ai reçu un paquet de
Georges.
Réveil a 7h, j’ai le jus
presque immédiatement.
Je suis excessivement gai. 3 crapouillots crachant me rappellent la
réalité.
Vers 10h, 5 crapouillots, 5
obus en échange.
Vers 14h bombardement
intense de part et d’autre, en Champagne grand bombardement également.
21h les boches nous lancent
des bombes, bombardement intense en Champagne. J’ai reçu un paquet de Mr
Létourneur.
Rien de nouveau jusqu’au
matin vers 6h l’on reçoit des crapouillots.
Vers 15h Ste Communion dans le boyau du ravin sec.
Vers 17h30 des éclats sont
tombés dans notre tranchée.
Le soir vers 21h combat à
coups de bombes.
Nuit relativement calme,
quelques obus vers 8h du matin.
9h20 une mine vient de
sauter en face de la barricade à 20 m sur une longueur de 40 mètres, aucun
blessé aucun mort.
Toute la matinée quelques
tirs d’artillerie ainsi que pendant une partie de l’après midi.
23h30 je viens de faire du
chocolat.
Minuit je viens d’user pour
la 5 fois de ma pharmacie.
Jeudi rien à signaler sauf un crapouillot sur la 8 compagnie.
9h échange de quelques coups de canons, après midi tranquille le soir à 17h
nous sommes relevés et nous allons en réserve au Nouveau Cottage.
Dans la matinée nous sommes
allés au travail portés des branchages.
Fièvre toute la nuit je
grelotte de froid.
Toute la matinée
bombardement intense en Champagne.
Anniversaire de la mort de
Grand-Mère Coussemacq. Nous faisons des tranchées les obus passent au dessus de
nos têtes.
L’abbé Bouché n’a pas eu
l’autorisation de dire sa messe en plein air, le Colonel lui a fait répondre
qu’il avait accordé cette permission une fois.
Or la vérité est que son
Général l’avait fait foutre à la porte pour cette raison.
Quatrième jour de réserve,
j’ai perdu mon carnet de notes.
Je suis malade 38° de
fièvre.
Rien de nouveau par
ailleurs. Vers 17h, 39°. Si demain cela ne descend pas je suis évacué… Reçu
lettre de Mr Le Roy qui me reçoit à la profession (mot en latin).
Je reçois également 2 colis
de Georges.
Fièvre 38,5° je suis
évacuée sur les Islettes en attendant
l’automobile. J’attends 2 heures à La
Chalade avec le pressentiment de voir le Père Josse heureusement qu’il ne
s’est pas montré.
Les Islettes
Visite à 14h je vais à Bar
le Duc, je vais coucher dans une ambulance sur un brancard, je pars
probablement demain pour Bar.
Ce matin j’ai assisté à la
messe dans le gourbi à Bouché. (Fièvre 39°)
Il y a justement un mois je
partais de Morlaix.
Les Islettes.
Nuit agitée 38° de fièvre,
vers 8h30 contre visite je ne vais plus à Bar-le-Duc
mais je suis évacuée sur l’arrière. Les
Islettes, départ 11h15 arrêt Ste
Ménéhould, là on est ravitaillé on nous fait envoyé des cartes à la maison.
Départ 12h45.
Arrivés à St Dizier à 16h35, on nous ravitaille.
La contre visite a été
bonne, nous descendrons parait-il à Châtillon.
Le
vendredi 29, toute la nuit je me suis
senti aux cotes…6h Dijon, 7h Chalons sur Saône, l’on mange, bouillon, jambon,
café.
Macon 10h20.
Lyon 12h30 on est ravitaillé ici.
J’ai salué au passage Notre
Dame de Fourvière, je l’ai prié pour mes familles religieuses et sanguines,
pour la France, pour moi. L’église et ses quatre tours qui s’estompent pour le
moment dans le brouillard feraient quasi songer à la cathédrale de Laon.
Réception charmant lavabo
avec eau de Cologne à domicile, cigarettes anglaises. Un monsieur ganté,
dernier élégant nous mesure le vin…
Une gentille infirmière
nous apporte des pommes. Givors
On nous prévient que l’on
descendra peut-être mais l’on continue.
Sète
La chambre est presque vide
où sont les autres ?
C’est l’hôpital n°16.
Castres.
Nuit bonne, j’ai servi la
messe ce matin à un prêtre de Paris, ensuite je suis allé l’accompagner à l’infirmerie
où nous avons fait notre petit déjeuner.
(Charles ne parle pas de sa maladie il a
été évacué pour anémie… Fiche signalétique militaire)
Castres, je
viens de faire sous diacre ce matin à la grand-messe.
Vers 10h15 j’ai fait les vœux
simples de religion in articuls mortis.
Anniversaire de la
naissance de Maman.
« Je ne voudrai pas juger qui que ce soit je ne suis pas apte à le
faire moi la petite nièce de mon grand oncle Charles, mais quand je regarde
l’écriture de cette fin du mois de novembre 1915 ce n’est plus la même qu’au
début, la fatigue, la maladie sont déjà là…
Les médecins ignorent-ils encore la tuberculose ?
C’est vrai qu’à l’époque ce mot était terrible avec ses interdictions…
Et lui Charles qui a côtoyé et soigné des soldats malades ne s’en
doute-il pas ? »
Je suis désignée pour
partir vendredi prochain.
Ce matin j’ai fait sous
diacre à la messe des morts.
L’après-midi je suis allé promener
avec deux de mes amis, nous sommes revenus vers 16h et nous avons été boire du
café chez Mlle Marie.
Cette demoiselle est
l’infirmière du collège, qui est restée à son poste pendant la guerre et qui
soigne les soldats.
Je vais beaucoup mieux
maintenant. Nous passons devant une commission de médecins pour avoir une
convalescence.
Je suis proposé pour deux
mois. L’après-midi musique militaire dans la cour de l’établissement.
Je suis fatigué ce matin.
Nous sommes allés nous faire inscrire à Barral ; demain nous quittons
définitivement le n° 16 et nous passons devant la commission.
Nous sommes allés au
cinéma.
Nous passons la commission.
J’ai un mois de convalescence, j’ai été proposé pour deux, mais le général a
trouvé que ma barbe faisait beaucoup dans ma maladie aussi a-t-il retouché un
mois.
Départ pour Paris, Montauban, Cahors, Gourdon, Brive,
Limoges, Argenton, Châteauroux, Verzon, Les Aubrais et Paris.
Je vais à la Maison Mère à Chevilly où je suis logé dans une très
belle chambre.
Dimanche (Paris) Le temps est triste, grand
brouillard.
J’apprends la mort de Mr Le
Bivic il serait mort le 26 octobre.
Jean Louis Le Bivic né le 27 Avril 1895 à
Plouigneau (29)
Décédé des suites de ses blessures le 26 Octobre
1915 à Croix (51) Mémoire des Hommes 2006.
Chevilly,
Mauvais temps dès le matin
grand vent.
J’apprends la mort de
Pierre Rouet (sergent) tué d’un éclat d’obus dans la tête à Tahure, on a eu le
temps de lui donner une dernière absolution…
C’est le vingt cinquième
religieux de la congrégation (des Pères du St Esprit) mort à la guerre.
« De là,
sa santé va se dégrader de plus en plus la tuberculose va ravager son corps
(déformation) malgré son départ pour
Ses affaires
furent brûlées pour éviter toute contamination.
Sa maman alla
déclarer son décès à la Mairie de Laon. Dans la marge du registre de la mairie
fût oubliée « Mort pour la France » malgré le nom gravé sur la stèle
dans la mairie.
En 2007 après
des démarches administratives et enquêtes… Le ministère de la défense accorda
le « Mort pour la France » suite de maladie contractée en service.
A travers mon
Grand Oncle je réparai cet oubli et rendais hommage à ces Hommes Religieux,
brancardiers, infirmiers que certains ont décriés…Je n’en dirai pas
plus. »
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