Journal de guerre 1914-1918 de

Charles Louis Gustave Salomon (1889-1920)

Caporal aux 151e, 2e SIM et 72e RI

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« J’ai retranscris  le carnet de mon grand-oncle Charles SALOMON (et jumeau de mon grand père) caporal au 151 RI  puis au  2 SIM et au 72 RI.

Aspirant prêtre,  il rentre dans la guerre le 2 août 1914 le jour de son 25è anniversaire et de la mobilisation générale.

Il meurt de la tuberculose contractée en 1915 en Suisse à Montana en 1920 seul car contagieux... Ses affaires furent toutes brulées et son décès fut déclaré par sa Maman à Laon dans l'Aisne.

Il figure sur la stèle dans la mairie de Laon mais dans la marge de l'état civil fût oublié le "Mort pour la France".

C'est moi sa nièce qui en 2007 après des démarches administratives et enquêtes du ministère de la défense celui ci accorda le Mort pour la France a inscrire dans la marge de l'acte de décès de mon Oncle.

Une victoire pour lui et pour moi et pour d'autres apprentis  religieux qui souffrirent des brimades de certains officiers anti-religieux car séparation de l'église et de l'état....

Je me devais de faire ceci pour lui et pour eux a travers mon grand oncle.

Marie Dominique, octobre 2008

 

2 Août 1914 (Chevilly)

 

Mobilisation générale, j’offre mes vingt cinq ans à la France.

 

 

St Quentin

Nous sommes d’abord logés à l’école des filles (faubourg St Martin) puis à la ferme Voiret un peu plus bas. Connaissance de la famille Quéreux. J’ai ma chambre dans cette bonne famille.

Je reçois la visite de Maman et d’Adèle.

Tout va bien, nous sommes tous contents, la vie de St Quentin est la bonne vie de cantonnement chez l’habitant. Monsieur le curé de la paroisse s’est montré un véritable ami pour moi il m’a prêté son propre « novum testamentun ».

Malheureusement tout à une fin, un beau matin il a fallu s’embarquer nous aussi pour une destination inconnue.

 

Le 26 août nous avons quitté St Quentin.

 

Cette destination c’était Verdun.

Nous nous y rendîmes en 30 heures en passant par Troyes (Aube) nous avons pris le chemin des écoliers, nous sommes arrivés à Verdun par la ligne de Troyes-Nancy.

Arrivés à Verdun nous n’étions pas à la fin de nos peines, on ne savait pas ou le régiment était. On nous envoie à Charny puis à Dombasle en Argonne, puis à Auberville nous avons fait alors quinze kilomètres à pieds et nous sommes arrivés au cantonnement vers dix heures du soir.

Pour un début cela pouvait conter, nous étions harassés de fatigue et cependant ce n’était que le commencement de nos misères et de nos peines.

 

Nous étions partis à quinze cents du dépôt de St. Quentin, nous fûmes versés dans les différentes compagnies. Pour moi j’ai été versé à la 8è compagnie. Celle-ci après le combat de Pierrepont (Meuse) avait un effectif  de 11 hommes et 1 caporal.

Ma compagnie avait un très bon cadre, tous ou à peu près d’excellents chrétiens ils étaient pour moi de véritables amis.

 

Le soir de la reformation du régiment nous partîmes pour Verdun, nous avons marché toute la nuit et nous avons couvert une distance d’environ 40 kilomètres.

A 6 heures du matin nous arrivons à Jardin Fontaine ou nous faisons une halte d’environ 1 heure.

Vers 11 heures nous nous embarquions pour une destination inconnue. Le bruit court que nous allions à Noisy le Sec mais il n’en est rien, vers 12 heures du soir nous arrivons à Reims. Delà nous allons à Loivre où nous arrivons à 6 heures du matin.

Là on cantonne pendant deux heures. Le canon tonne il faut aller de l’avant, nous partons donc immédiatement.

A midi après avoir battu les bois, nous arrivons à un pays dont je ne me rappelle plus le nom, là nous cantonnons.

 

Le lendemain nous partons pour Boult-sur-Suippe. Le 3è et le 1er bataillon sont engagés avec les ennemis, le 2è bataillon reste de réserve.

Le soir nous cantonnons au village voisin et le lendemain nous nous replions en bon ordre  devant l’envahisseur. Nous allons cantonnés à Courcy près de Reims, le curé nous invita à dîner, Monsieur X et moi et nous bûmes la dernière bouteille de champagne du presbytère.

 

Le lendemain réveil à une heure du matin. Le curé se lève et nous donne la Sainte Communion.

Nous contournons Reims et vers le matin seulement nous empruntons  la route d’Epernay.

 

Extrait de son journal

 

Nous sommes partis de St. Quentin le 26 août 1914.

Nous nous  sommes embarqués à 9 heures, nous quittons la gare à 9h40.

Nous arrivons à Troyes le lendemain vers 4 heures du matin (27 août) à 4h30 nous partons de Troyes et nous passons par Brienne-le-Château ou on nous sert (le jus) que nous avons bu avec plaisir, il y avait 20 heures que nous étions en chemin de fer nous avons fait connaissance avec madame la pompe.

 

Arrivés à Verdun vers 16 heures de l’après-midi nous avons été à Charny, la le 151 n’y était pas, on nous envoie à Dombasle-en-Argonne, puis à Aubréville, notre régiment était à 15 kilomètres delà, nous avons dû aller le rejoindre, nous y arrivons vers10 heures du soir.

 

C’est ici que finit la première partie de mes souvenirs, jusqu’ici nous ne comptions jamais aller à la guerre, nous aimions vivre d’illusions, mais les camarades se battaient il fallait aller les aider.

 

Ce samedi 29 août nous partons des cantonnements vers 16 heures 30 du soir, pour Verdun  ou nous devons nous embarquer pour une direction inconnue.

Après avoir fait une marche d’au moins 40 kilomètres, nous arrivons à Jardin-Fontaine vers 3 heures du matin.

Ce même jour dimanche 30 août nous partons de Verdun vers 11 heures du matin dans un train à bestiaux dont le matériel était très malpropre.

A minuit nous débarquons à Reims. Nous partons immédiatement et après plusieurs heures de marche, nous arrivons à Loivre. Là on entend le canon, on se bat dit-on du côté de Rethel.

A huit heures du matin l’on rassemble de nouveau et l’on marche à l’ennemi, après avoir fait une simple distribution de cartouches. Nous avons marché toute la matinée à midi nous arrivons près d’un village caché des vues de l’ennemi par une crête, c’est là que nous devons cantonner.

Après s’être reposé pendant deux bonnes heures, on pense à manger un peu, nous buvons quelques camarades et moi une bonne bouteille de vin mousseux à la réussite de nos armes et bonne nuit nous dormons de nouveau  en compagnie des lapins, des poules et des canards.

 

A deux heures du matin, réveil et en avant à l’ennemi.

Le commandant nous conduit immédiatement en contact mais vu nos fatigues le colonel demande au général que nous fussions de réserve. Nous faisons donc demi-tour.

Toute la journée nous sommes restés couchés dans un champ nous entendions le canon, tantôt éloigné, tantôt rapproché, nous entendions les pièces de 75 et de 120.

C’était épouvantable. Que se passait-il là-bas ? Combien sont- ils morts ? Combien ont-ils été blessés ?

Enfin à la grâce de Dieu toujours.

 

Ce combat se déroulait le mardi 1er septembre 1914 près de Boult-sur-Suippe. Il a fallu reculer malgré tout sous la pression toujours plus forte de l’envahisseur, nous retournâmes  donc près de Reims à Courcy.

 

Là je fus reçu d’une manière charmante par Mr le curé l’abbé Gilmaire. Après un bon dîner nous bûmes l’avant dernière bouteille de champagne au succès de nos armes, l’après-midi il y eut spécialement pour les soldats un salut du St Sacrement, mais ce qui est le plus touchant ce fût la réception  du Divin Maître par quelques uns d’entres-nous quelques secondes avant notre départ à une heure du matin environ.

 

Nous marchâmes toute la nuit, nous contournâmes Reims nous la traversâmes en partie vers 6 heures du matin et nous prîmes alors la route d’Epernay.

Vers 16 heures du soir harassées de fatigue, épuisés nous arrivâmes à l’un des faubourgs de cette ville à Dizy.

Quel beau pays cet Epernay avec ses coteaux couverts de vignes, quels beaux villages grands et riches sur les flancs de ces collines charmantes, ce coin si gentil le Pérou  de la champagne ressemble à l’oasis au milieu du désert. Ici ce sont les grandes fortunes, là bas à quelques kilomètres plus loin c’est l’aridité et la pauvreté.

Ici c’est l’abondance, là bas c’est presque la misère.   

 

Le lendemain nous allons coucher à Loizy-en-Brie, pauvre pays bâti dans la craie, on y trouve presque rien, la paroisse est interdite.

A partir de maintenant nos cantonnements seront plus rares… Nous prenons le contact avec les ennemis, la lutte commence longue et souvent indécise, lutte de jour et de nuit ou on ne laisse aucun répit aux adversaires.

 

Nous arrivons au soir du 5 septembre, après une journée de marche dans le bourg de Villeneuve (Villeneuve-lès-Charleville), le régiment cantonne, mais les ennemis étant signalés, la compagnie renforce le 162 aux avant postes.

Le Lieutenant commandant la compagnie nous conduit, soit par ignorance, soit par bravade…Nous sommes allés jusqu’au retranchements ennemis, jamais nous n’avons pu prendre la liaison avec le 162. Les hommes inconscients du danger et n’ayant pas encore fait connaissance avec les teutons faisaient nonchalamment leur devoir.

Au petit jour nous quittâmes nos positions et nous rapprochâmes du village, une section s’arrêta pendant une bonne demi heure dans un bosquet occupé déjà par l’ennemi c’est incroyable, un Sergent avait vu deux ou trois prussiens  il en rend compte au Lieutenant qui s’efforce de lui prouver le contraire, c’est la preuve d’une grande négligence de la part des gradés, négligence qui a déjà valu au régiment des pertes énormes au combat de Pierrepont en Lorraine.

 

Vers 6 heures du matin le combat recommence.

C’est un dimanche la journée va être chaude.

Les ennemis cachés dans les bois nous fusillent comme des lapins, nous sommes pris de face et de flanc. A la compagnie nous avons eu comme blessé l’Adjudant, deux Sergents et plusieurs Hommes dont l’un, ancien marin était un homme très gentil.

La Compagnie eut l’ordre de se replier pour servir de protection à l’artillerie. Nous prenons alors position sur une crête dans un petit ravin dans un champ de betteraves et de pommes de terre.

Nous restons là pendant quelques heures, l’artillerie tire au dessus de nous, mais bientôt les pièces raccourcissent leurs tirs nos positions deviennent alors intenables, le vent occasionné par  le déplacement  d’air nous retourne, l’on sent une chaleur de plus en plus intense, il nous faut quitter nos positions et nous allons derrière l’artillerie.

 

Là nous recevons l’ordre d’avancer sur l’aile droite mais il faut nous replier nous prenons alors position dans une ferme nous avons ordre d’y tenir jusqu’au dernier, bientôt la ferme est repérée par l’artillerie, les obus tombent comme de la grêle …

Enfin nous n’avons pas eu trop de mal.

 

La fin de la journée fut une victoire pour nous, l’ennemi était repoussé, je dois noter ici une idiotie de notre officier de réserve. De lui-même il nous retire de nos positions et nous conduit dans une prairie derrière nos premières lignes de tirailleurs,  là nous recevons les balles perdues…Pourquoi  exposer inutilement la vie des Hommes ?

D’ailleurs le Commandant de bataillon en est furieux.

 

Une heure plus tard  les ennemis ont effectué leur retraite. Nous allons bivouaquer dans un champ, autour de nous plusieurs villages sont en feu.

 

Le lendemain 7,  la lutte recommence non moins violente que la veille.

Nous avons mission de prendre le village de Villeneuve. Notre artillerie le bombarde toute la matinée, enfin nous le prenons d’assaut, l’artillerie de chez nous, nous bombarde et nous laissons des morts et des blessés.

 

Le Bon Dieu a encore eu pitié de moi ainsi que Notre Dame du perpétuel secours. La lutte a été chaude, que la guerre est triste.

Le soir nous avons cantonné dans le village en feu de Villeneuve, j’ai du prendre la garde à la sortie nord du village  face à l’ennemi. Nous avons fait le café dans une maison restée debout derrière l’église dont il ne restait que les pans de mur. Le lendemain j’ai aidé les habitants à cacher leur literie pour les mettre à l’abri du feu.

 

Le 8 septembre nous voulons prendre position  dans le village voisin de Villeneuve.

Il est très fortement occupé par l’ennemi.

Celui-ci nous laisse avancer jusqu’à 200 m. Puis nous envoie un shrapnell.

L’idiotie du commandant ordonne une patrouille. Un Caporal et deux hommes partent, ils avancent sans méfiance, on croyait en effet qu’il y avait des Français non loin de là. Ils avancent vers le village le contournent, le traversent donnent à boire à deux blessés Allemands, mais quelques mètres plus loin disséminés par un bouquet d’arbres plus de deux cents uhlans…

Ils ne demandent pas leur reste et reviennent rapidement. L’on garde sous les feux de l’artillerie, bientôt le régiment se replie pour être ravitaillé et revient aussitôt. Nous avons gardé nos positions toute la journée non loin de cadavres d’Allemands qui n’avaient pas pu être enterrés car ils enterrent leurs morts au fur et à mesure.

Le soir pendant deux longues heures les pièces allemandes nous ont arrosé de leurs derniers obus. C’était terrible, les obus tombaient de tous les côtés à la fois.

Sur le champ de bataille un silence de mort, chacun pensait pour sûr à sa fin dernière. Enfin le canon cessa de tonner et nous retournâmes dans nos cantonnements de la veille.

Les Prussiens semblant tournés au canon, les morts que nous avons rencontrés étaient à genoux, la tête appuyée sur les bras position prise contre les feux de l’artillerie, mais face en arrière, d’autres camarades de régiments différents ont vu  le même fait à différentes places. Les français au contraire sont toujours face en avant.

 

Le 9 septembre nous restons dans les environs de Villeneuve, l’après midi du même jour nous nous dirigeons du côté de Fère Champenoise.

 

Le 10 septembre l’ennemi est tout à fait en déroute  et pendant quatre jours nous le poursuivons, nous fouillons les bois, les fourrés, les buissons et les taillis… Les aiguilles des sapins nous arrachent la figure et les mains ainsi que les ronces et les épines, mais nous allons malgré tout changé de direction.

N’en pouvant plus je me suis couché au milieu du chemin au bout d’une demi heure je me réveillais sous l’action du froid, l’endroit n’était pas propice, j’avisais alors un arbre au milieu des champs.

Je suis allé dessous et je m’y couche sur un bon tas de paille.

Je fus réveillé bientôt par le canon, les batteries tonnaient sourdement et semblaient se répondre réciproquement, je me croyais au milieu des lignes ennemies et je me demandais ce que j’allais faire ?

Bientôt je vis des cavaliers qu’étaient ils donc ?

Des uhlans !

Non ce n’était que de braves hussards.

Je leur demandais les renseignements dont j’avais besoin ayant perdu le régiment. Je suis allé avec le 125e de ligne en garnison à Poitiers.

 

Mon séjour au 125è.

 

Je fus reçu à la 6 Compagnie, l’adjudant commandant la Cie était le président du cercle militaire.

Il m’affecta immédiatement à une escouade pour toucher les vivres et en avant.

C’est un brave cet adjudant, il a fait ses preuves c’est aussi un St homme. Là je fis connaissance de plusieurs séminaristes et en particulier d’un futur Confrère.

J’ai eu là encore les plus belles louanges de M. Escalère elles étaient hélas son oraison funèbre. Avec le 125 j’allais sur Chalons.

Nous marchâmes pendant toute la journée du 11 septembre.

Le soir sous une pluie battante nous étions en petit poste dans le bois car l’ennemi avait repris un mouvement offensif et nous lançait des obus.

Vers minuit nous traversâmes en file indienne une bonne partie du bois.

C’était un amusement.

Nous nous tenions les uns les autres pour ne pas nous perdre. Tantôt une branche indiscrète nous frappait le visage, tantôt des épines nous arrachaient les mains, de petits arbustes se jetaient dans nos jambes et retardaient notre marche.

Ou bien encore nous nous tordions les pieds sur de vieilles souches d’arbres ou dans les buissons. Si ce n’est la présence  de l’ennemi que nous croyions proche nous aurions bien ris dans ce bois car l’heure eut été plutôt à la gaieté qu’à la tristesse. Nous étions encore à cinq kilomètres de Chalons.

Les prouesses de la nuit  nous avaient éloignées du régiment. Si bien que le matin  nous étions tout à fait perdus. Nous reçûmes l’ordre d’un officier d’état- major d’aller à Chalons et nous y allâmes. Là on nous fit fête ; Les Prussiens étaient partis la veille. On nous donne du vin, du café, des fruits, du pain, etc…

 

Malheureusement les notes de mon grand-oncle Charles seront plus brèves à partir du 12 septembre 1914 pourquoi ?

Je pense à un dégoût de la guerre tout simplement. Et à une conscience pour le haut commandement pas toujours du côté des hommes que l’on prenait déjà comme de la chair à canon.

 

 

Nous traversons le camp de Chalons et nous cantonnons le soir à Jonchery.

Le 14 septembre nous allons à Mourmelon et j’y retrouve mon régiment.

L’ennemi est près de Mourmelon à Aubérive.

 

Le 22 Septembre, départ de Mourmelon à 6h du matin, arrivés à un village près de Sillery vers 16h du soir on prend position à la sortie de ce village et vers 20h l’on s’en va cantonner vers un petit village a 10km de là.

Alerte vers 2 h du matin, marche d’approche sur Sillery, vif combat dans ce village.

Grosse perte pour le 94 RI.

Nous contournons Sillery et nous allons remplacer les zouaves aux avants postes.

 

Le 24 septembre je suis blessé près  de Sillery vers 16h du soir en allant à l’assaut des tranchées ennemies.

Séjour à Beaumont-sur-Vesles et vers le soir départ pour Chalons et ensuite pour Rodez j’y arrive blessé vers 22h le soir du 28 septembre.

(Rodez le 5 octobre 1914. Institution libre St Joseph hôpital temporaire n° 30.)

 

En contactant  la Maison Mère de la Congrégation des Pères du St Esprit et je remercie Monsieur G. Viera pour ses recherches dans les archives de la communauté une lettre de mon oncle a été retrouvée…

Il écrit : 

«  Les hasards de la guerre m’ont amené avec quelques légères blessures dans la bonne ville de Rodez là je suis soigné à l’école libre St Joseph transformé en hôpital complémentaire. Une balle m’a endommagé le bras droit, une pluie de graviers occasionnée par l’éclat d’un obus m’a endolori l’œil gauche, d’autre part quelques écorchures que j’avais aux mains se sont transformées en ampoules purulentes, trois fois rien enfin, aussi suis-je en bonne voie de guérison ». Il est probable qu’il minimise ses blessures…

Cette lettre date du 16 octobre 1914.

Il restera à Rodez un peu plus de 3 mois.

10 janvier 1915

Départ de Rodez pour Albi, Brive, Paris, Lorient et Langonnet vers 13h  le 12 janvier je suis novice clerc à la congrégation des Pères du St Esprit et en repos.

 

Le 22 départ de Langonnet pour Quimper (séjour chez les novices à Gourin) retour à Quimper et j’y reste jusqu’au 23 février (Ergué Armel.)

 

Le 27 février je repars de Quimper pour Nantes.

J’y rejoins la 2è section d’infirmiers avec installation définitive à la rue Bellier avec les jeunes soldats.

Le 11 avril

Pèlerinage à Ste Anne d’Auray avec Mrs Letourneur, Breton, Marcot, Montmorency.

 

En mai départ de Nantes pour Boulogne s/Mer puis Abbeville le 15 mai.

 

Le 26 juin 1915 passé au 72 RI.

St Riquier hôpital temporaire n°37.

 

Le 7  août

J’ai acheté ce carnet aujourd’hui à Abbeville aux nouvelles galeries. Dans l’hôpital tous les malades décédés sont morts dans de bonnes conditions.

Certains mêmes sont morts en saint l’un d’entre eux avant de rendre l’âme a dit en signe d’adieu « au revoir, au revoir là haut » et l’a répété plusieurs fois…

C’était probablement la dernière fois que je suis allé à Abbeville. L’on parle sérieusement de notre passage à l’infanterie.

Je me suis ennuyé aujourd’hui. Prise de Varsovie par les Allemands. Sur les journaux l’on parle des atrocités allemandes. Les teutons ont brûlé vif des centaines de prisonniers Russes.

 

Le 8 enterrement d’un malade abcès à la gorge. Je m’ennuie passablement. 30 infirmiers s’en vont d’Abbeville.

Comme sujet de conversation nous devons aller dans l’infanterie.

Je suis en promenade avec Mrs Bisset, Delaforge, Perrault … il est 14h. L’on parle sérieusement de  l’intervention du Pape en faveur de la paix.

 

Le 9, je prends la garde  comme infirmier major probablement pour la dernière fois. Nos remplaçants ne sont pas annoncés.

 

Le 10 adieu à Mr Letourneur promenade en automobile à Moyenneville à 8h d’Abbeville.

 

Le 12, promenade à Abbeville avec Arnault et Foulon accident de voiture près de l’aéroplane. Simplicitas et punitas.

 

Le 13 nous sommes toujours là à l’hôpital en attendant notre départ. On envoie sur l’intérieur les classes 1890, 1891, 1892 on les remplace par des jeunes classes.

 

Le 14, le soir promenade avec les prêtes.

Constatation de l’impudicité de certaines infirmières. Grande discussion à la chambre des députés sur le service de santé on voudrait faire tomber le ministère ce serait désastreux.

 

15 août  fête de maman et triste fête de la Ste Vierge.

Je suis de garde, j’ai un décès et quatre entrants.

Le milieu où je me trouve est tout à fait  pessimiste que signifient les manières des officiers.

Que va-t-il se passer à la Chambre le 20 ?

Il semble qu’une révolution se prépare  il semble qu’une campagne d’hiver n’est plus possible, tout le monde en a assez ! Pourquoi le conseil de guerre international de Calais ?

Nous les curés qu’allons nous devenir, il semble que notre martyre approche, mais … des mots en latin.

Visite à Mr le curé avec Mr l’aumônier et plusieurs autres prêtres. Nous avons mangé avec eux. En sortant nous avons remarqué la désinvolture avec laquelle plusieurs prêtres s’introduisaient dans les églises pour dire leur messe.

 

Le 18, je viens d’apprendre aujourd’hui qu’aussitôt que l’on revenait au dépôt de Nantes l’on allait dans un régiment d’infanterie, j’écris à Bellegueulle.

Je viens d’apprendre la mort de Mr l’abbé Ancelin, Brancardier au 72 du diocèse d’Amiens.

(Camille Ancelin Caporal au 72 RI né en 1892 à Guise et décédé de maladie contractée en service à l’hôpital de Bar le Duc dans la Meuse ; Information Mémoire des Hommes)

 

On rappelle à Bellac 2 infirmiers de la 1er section actuellement à Abbeville et aptes a passer dans l’infanterie.

Abbeville. Je sais d’un cours séjour de Creil que l’on y fait passer une vingtaine d’artilleurs à la réserve du personnel du service de santé de la 10è armée…

D’autre part je sais que d’après la fameuse circulaire du 25 juin 1915 il faut faire passer 235 hommes de la 2è section dans l’infanterie dont 100 du service actif et 135 de la réserve, pour les gradés ils peuvent passer mais sur leur demande.

Dans les hôpitaux les hommes rappelés seront remplacés par des hommes du service armé sains et vigoureux.

St Riquier le 21 août 1915

J’ai été dans le clocher de l’église aujourd’hui.

 

Le 22,  pèlerinage à Notre Dame de Monflières.

L’Italie déclare la guerre à la Turquie.

 

Le 23 août, les infirmiers du service armée d’Abbeville sont rappelés dès ce matin ;Arnoult certifie qu’a Paris et dans les environs tous sont partis et sont actuellement dans l’infanterie(infirmiers C.O.A  train des équipages )

Ce sera probablement notre tour.

 

Le 24, reçu une réponse à ma lettre à Bellegueule.

Je suis désigné pour partir dans l’infanterie parait-il en arrivant au dépôt on doit fournir à la direction un état assez complet sur les infirmiers de l’hôpital.

Mercredi 25 août 1915 St Riquier.

Allez vers Dieu en accomplissant de mieux en mieux ses devoirs d’état. Encore rien de nouveau …

Fête de Louis qu’est- il donc devenu mon pauvre frère (jumeau) ?

Jeudi, faire consciencieusement  ce qu’il y a à faire dans le moment ou on se trouve.

Rien de nouveau 26 malades nous arrivent du côté de Souchez. Vendredi, Georges (son frère qui a été blessé) doit passer dans quelques jours la réforme n°1 avec 40% d’incapacité de travail et peut avoir une pension de 4 à 100%.

Il paraît  qu’un aviateur a lancé des bombes sur Abbeville ce matin.

Hier à la Chambre des Députés grand discours de Mr Viviani. Erreur ou discours : Mr Viviani a dit que la République a toujours préparé la guerre…

 Pour sauver cette union sacrée rappelée par la guerre sociale voilà ce que ce journal écrit : Peut on dire qu’à Lagny (S et M) Mr Ginesty évêque de Verdun a été déjeuné au mess des officiers son frère étant officier d’administration.

Peut-on dire qu’à la fin du repas le lieutenant fait a demander la bénédiction épiscopale qui fut accordée pensez vous et reçue de tous 9 officiers par de timides signe de croix.

Dimanche

Ce matin visite à Monsieur Du Castel.

Promenade avec Mr D. J’ai reçu une lettre de Langonnet, cette lettre a été passée par le dépôt de Nantes le vaguemestre en me renvoyant la lettre a barré le mot infirmier à ma qualité de caporal infirmier.

Il me reste donc plus devant que caporal.

 

Le 30, grand ravitaillement avec la voiture de Mr Poulain, des anglais montent en voiture avec nous.

La Bulgarie traite avec la Turquie. La Serbie veut céder quelque chose aux Bulgares.

Lettre d’Emile (son frère à la guerre également et religieux)

 

Mardi ; il parait que la 2 section a fourni le contingent d’hommes qu’elle devait donner à l’infanterie.

Rien de nouveau par ailleurs.

Le 1er septembre 1915

50 infirmiers de la 2 section partent aujourd’hui sur le front probablement comme brancardiers.

On évacue sur l’intérieur les malades des ambulances, déplacement des troupes sur toute la ligne.

Il est question de faire de l’hôpital un dépôt de convalescents pour le 10 septembre.

Vendredi toujours St Riquier

6 infirmiers de la 1ère section sont signalés.

Nos remplaçants de la 2è section sont arrivés vers 2 heures de l’après midi, nous partons dimanche pour Nantes.

 

Le 4 septembre, bonne journée j’ai été deux fois à Abbeville. Je suis heureux de partir et de faire ainsi la volonté du Bon Dieu.

Dimanche 5  St Riquier.

Nous partons à cinq de St Riquier monsieur le principal et le sergent Foulon nous conduisent à la gare départ 10h10 Abbeville puis Paris.

Nous avons été très bien reçu à la maison Mère par le Très Révérend Père. Nous avons été couchés à l’hôtel du Progrès.

Lundi

Départ de Paris à 8h20 pour Nantes arrivée à 15h26. Je vais au 72 de ligne à Montigny.

J’ai été excessivement bien reçu  à Montigny  par… je suis très heureux de ma réception.

Mardi 7 septembre 1915

Départ pour Morlaix à la gare de l’Etat à 6 h 28 avec Michel arrivés à Rennes vers 10h30 du soir.

Mercredi

Visite de la ville et du jardin des plantes.

Départ 11h15 pour aller à St Brieux.

Je suis allé à Légué au dépôt du 155 R.I.  Louis Coussemacq (Cousin germain)  est passé au 355 R.I. et est parti pour le front le 25 juin.

Le Légué est le port de St Brieux, c’est un très bel endroit.

Jeudi 9 septembre 1915

Nous sommes arrivés hier soir à Morlaix.

Maintenant nous sommes affectés à la 32 Compagnie.

Je suis dans une grande chambre avec douze camarades.

Le 10

J’ai assisté à la remise de décoration. Un prêtre de Beauvais vient d’arriver. (Il est passé depuis voir l’auxiliaire et est affecté au bureau du trésorier).

Le 11

Visite d’incorporation.

Il me sera très probablement impossible de partir comme brancardier. Visite taille 1.75 m, poids 73 kgs périmètre thoracique 88.83.

Dimanche, Morlaix.

Je suis invité à déjeuner chez Mr le Recteur.

Promenade à Ploujean et pêche aux crabes.

Lundi 13 septembre

Je suis affecté à la 4e escouade avec Michel et Mr J. Mardi, lettre de Mr Létourneur.

Je suis de jour.

Jeudi

Tir 5 balles à 8 h et 6 balles à 9 h.

Vendredi

Réveil à 4h30. Marche, manœuvre autour de la côte 123 au sud ouest de Morlaix.

 

Samedi, j’ai écrit à Georges et Emile (ses frères), au sergent Foulon. Dimanche je suis de jour.

Mardi 21 septembre

Je suis couché auprès de Gabriel c’est un poilu qui se pose là. Ma permission est suspendue pour le moment.

 

Mercredi dans l’après-midi marche militaire sur le bord de la mer.

Que la mer est belle !

 

Vendredi, le matin marche manœuvre sous une pluie battante.

Samedi 25 septembre 1915

Morlaix, je suis désignée pour le départ de mardi prochain.

Je réclame. Le capitaine ne veut pas me voir.

Officiellement, je vais le voir chez lui. Le capitaine m’envoie chez le Commandant qui demande des explications au sujet du caporal Salomon qui a été deux fois au front et se trouve surpris d’être désigné pour le prochain détachement.

Réponse du capitaine tout à fait mauvaise…

1°je suis un menteur

et 2° si j’avais du devoir partir, je m’aurais fait passer comme inapte… on m’annonce ce soir que j’ai un remplaçant volontaire, il cherchait après moi.

 

Dimanche à neuf heures du matin le capitaine n’a pas encore donné de réponse, le Commandant m’annonce que j’ai un remplaçant, signe immédiatement la mutation.

Le caporal Salomon est remplacé par le renfort de mardi par le caporal Tardivat (volontaire) signé H. Lagüe.

Le caporal Lefèvre m’annonce que l’on va demander de caporaux mitrailleurs d’ici deux ou trois jours et m’engage de demander…Je vais à Trigastel.

 

Lundi, je pars demain en renfort, on refuse de me donner le certificat fourni au sujet de la permission.

Heureusement que j’ai le cœur bien placé. On signale 20 000 prisonniers allemands en Artois et en Champagne.

Mardi 28 septembre 1915

Départ pour le front à 9h04 évidemment le départ n’est pas aussi mouvementé qu’à St Quentin, mais on rencontre tout de même beaucoup de sympathie.

Guingamp 11h15 St Brieux 12h Lamballe, Rennes 15h35, Laval 17h45 Château Gonthier 21h, Angers minuit.

Mercredi

Départ d’Angers 10h Saumur 11h40 (ancien château et clocher de l’église remarquable à Langeais et crantés comme à Laon). St Pierre des Corps Tours 14h15 Chenonceau 16h20, Bourré pays pittoresque, St Aignan, Vierzon 17h45 Bourges 21h45.

Jeudi 1h du matin

Nevers la rivière avec les bancs de sables c’est superbe.

5h30 je me réveille

Le Creusot 7h15 Santenay (Côte d’Or) Allerey 8h50 Seuvre 9h25 St Jean de Losnes, 10h35 DijonIs-sur-Tille quai militaire.

Cette ville est dans la zone des armées à partir du quai militaire.

Départ à 15h10 nous sommes en vue de Langres à 18h25 et Chaumont à 21h.

Vendredi

St Dizier départ 1h50.  5 heures la machine ne siffle plus.

Nous sommes sur une ligne que l’on a refaite très probablement depuis la guerre son matériel est tout neuf.

5h40 nous sommes arrivés aux Islettes, l’on descend et nous cantonnons (Les Islettes ) secteur postal 59.

Nous faisons partie momentanément d’une compagnie de renfort. Le 72e est avec le 91e dans les tranchées, nous attendons les ordres pour aller les renforcer.

Nous entendons très bien le canon.

Samedi

Ce matin réveil à 6h.

A 7h nous allons dans les bois pour chercher des perches. Nous entendons par moment le canon.

Je ne sais rien encore sur le 72e.

Rassemblement à 13h45 en tenue à 15h45 nous attendons des ordres à Le Neufour. Je suis affecté à la 5 Compagnie. Nous allons ce soir très probablement dans les tranchées.

Il y a contre ordre et nous couchons à Le Neufort.

Dimanche (Le Neufort)

Ce matin Ste communion.

Quelques uns d’entres nous doivent monter aux tranchées aujourd’hui donc grande messe et chant du Deprofondis (des morts)

Il y avait beaucoup de monde.

Il faut se dévouer parfois notamment pour se faire un avenir meilleur. Une centaine d’entre nous est partie en renfort dans les tranchées.

Nous attendons toujours notre tour.

Le Capitaine Voiret s’est montré gentil avec moi. Toute la nuit canonnade les rats passent à tire larigot sur nous mais cependant le cantonnement est bon.

Ce lundi

Messe de communion. Je viens de recevoir mon billet d’hôpital ainsi que ma lettre de Mlle Revel et une carte de Mr Bisset.

26 infirmiers de St Riquier ont regagné leur dépôt respectif et ont été remplacés par des auxiliaires.

Mardi 5 octobre 1915

Nuit calme troublée que par les rats.

Messe et communion.

15h30 nous sommes en train de préparer un bon chocolat avec Mr Sagette séminariste d’Amiens et Fosterude étudiant en droit. Rassemblement demain à 12h nous partons à La Sapinière. On dit que quelques compagnies y sont au repos.

Mercredi (le Neufour)

Le matin bombardement ininterrompu en Champagne, messe de communion.

Départ de Le Neufour à 12h.

Arrivés au ravin de La Sapinière à 16h. Nous couchons dans des gourbis.

Le 2 bataillon est au repos, probablement pour six jours. Le ravin se trouve au Nord Est Est du village de La Chalade et à 20 minutes de marche.

Jeudi (ravin de la Sapinière)

Bombardement toute la nuit.

Le matin je vais à La Chalade, l’église y est toute délabrée, le village est très souvent bombardé.

A 8h30 je me présente devant le médecin major.

Résultat néant.

Une victime le 1er de notre détachement. Je rencontre Gobert Ernest de Laon il est évacué le lendemain.

 

Vendredi nuit calme, fusillade et bombardement intermittent grand bombardement en Champagne 3 morts.

Les téléphonistes sont relevés demain à 4h par ceux du 113. L’on fatigue l’on doit changé de secteur.

Samedi (Ravin de la Sapinière)

Fusillade et bombardement toute la nuit, balles perdues. L’on part à 17h45 pour Le Claon. Arrivés au Claon à 20h après une heure de marche.

Dimanche Le Claon

Messe et communion, le soir promenade aux Islettes avec Fosterud, on entend parfois la canonnade.

Lundi (Le Claon)

La nuit bombardement intense dans la Marne.

Nous allons travailler dans les bois au-delà de La Chalade.

Lutte entre un aéroplane français et 2 boches, le français tombe chez les allemands.

Les obus passent par-dessus nos têtes. Reçu cartes de Georges et d’Emile (ses frères) et de Mr Létourneur.

Mardi 12 octobre 1915 Le Claon.

Bombardement intense en Champagne.

Nous allons travailler près de la Chalade. Pluie toute la matinée. Reçu certificat origine de blessure, certificat de St Riquier.

Lettre de Georges et 2 cartes de Mr Létourneur. Mercredi Bombardement intense en Champagne.

J’ai appris à cinq heure la mort de…

Jeudi (Le Claon)

Nous allons le matin dans les bois de La Chalade.

Bombardement sur La Chalade et sur le bois mais à notre droite. J’ai abattu trois arbres dont un chêne.

 

Vendredi le matin exercice.

Nous remontons ce soir aux tranchées de première ligne. Communion en viatique à 3 heures de l’après-midi.

Samedi 16 octobre 1915. (La Fille Morte)

La nuit a été relativement calme.

Les allemands envoient beaucoup de fusées.

Le véritable nom où nous nous trouvons et le ravin sec.

Vers 15h bombardement réciproque des tranchées.

Dimanche (tranchées de La Fille Morte)

Fusillade pendant la nuit, bombes au petit jour.

Vers 15h j’ai eu le bonheur de faire la Ste Communion ; quelques instants plus tard les français font exploser une mine.

Vers 17h une nouvelle mine éclate c’est une partie des tranchées du 91- Ce soir j’ai reçu un paquet de Georges.

Lundi (tranchées de La Fille Morte)

Réveil a 7h, j’ai le jus presque immédiatement.

Je suis excessivement  gai. 3 crapouillots crachant me rappellent la réalité.

Vers 10h, 5 crapouillots, 5 obus en échange.

Vers 14h bombardement intense de part et d’autre, en Champagne grand bombardement également.

21h les boches nous lancent des bombes, bombardement intense en Champagne. J’ai reçu un paquet de Mr Létourneur.

Mardi (tranchées de La Fille Morte)

Rien de nouveau jusqu’au matin vers 6h l’on reçoit des crapouillots.

Vers 15h Ste  Communion dans le boyau du ravin sec.

Vers 17h30 des éclats sont tombés dans notre tranchée.

Le soir vers 21h combat à coups de bombes.

Mercredi (tranchées de La Fille Morte)

Nuit relativement calme, quelques obus vers 8h du matin.

9h20 une mine vient de sauter en face de la barricade à 20 m sur une longueur de 40 mètres, aucun blessé aucun mort.

Toute la matinée quelques tirs d’artillerie ainsi que pendant une partie de l’après midi.

23h30 je viens de faire du chocolat.

Minuit je viens d’user pour la 5 fois de ma pharmacie.

 

Jeudi rien à signaler sauf un crapouillot sur la 8 compagnie. 9h échange de quelques coups de canons, après midi tranquille le soir à 17h nous sommes relevés et nous allons en réserve au Nouveau Cottage.

Vendredi Nouveau Cottage

Dans la matinée nous sommes allés au travail portés des branchages.

Samedi 23 octobre 1915 (Nouveau Cottage)

Fièvre toute la nuit je grelotte de froid.

Dimanche (La Madeleine)

Toute la matinée bombardement intense en Champagne.

Anniversaire de la mort de Grand-Mère Coussemacq. Nous faisons des tranchées les obus passent au dessus de nos têtes.

L’abbé Bouché n’a pas eu l’autorisation de dire sa messe en plein air, le Colonel lui a fait répondre qu’il avait accordé cette permission une fois.

Or la vérité est que son Général l’avait fait foutre à la porte pour cette raison.

Lundi (Nouveau Cottage)

Quatrième jour de réserve, j’ai perdu mon carnet de notes.

Mardi (Nouveau Cottage)

Je suis malade 38° de fièvre.

Rien de nouveau par ailleurs. Vers 17h, 39°. Si demain cela ne descend pas je suis évacué… Reçu lettre de Mr Le Roy qui me reçoit à la profession (mot en latin).

Je reçois également 2 colis de Georges.

Mercredi (Nouveau Cottage)

Fièvre 38,5° je suis évacuée sur les Islettes en attendant l’automobile. J’attends 2 heures à La Chalade avec le pressentiment de voir le Père Josse heureusement qu’il ne s’est pas montré.

Les Islettes

Visite à 14h je vais à Bar le Duc, je vais coucher dans une ambulance sur un brancard, je pars probablement demain pour Bar.

Ce matin j’ai assisté à la messe dans le gourbi à Bouché. (Fièvre 39°)

Jeudi 28 octobre 1915

Il y a justement un mois je partais de Morlaix.

Les Islettes.

Nuit agitée 38° de fièvre, vers 8h30 contre visite je ne vais plus à Bar-le-Duc mais je suis évacuée sur l’arrière. Les Islettes, départ 11h15 arrêt Ste Ménéhould, là on est ravitaillé on nous fait envoyé des cartes à la maison.

Départ 12h45.

Arrivés à St Dizier à 16h35, on nous ravitaille.

La contre visite a été bonne, nous descendrons  parait-il à Châtillon.

 

Le vendredi 29, toute la nuit je me suis senti aux cotes…6h Dijon, 7h Chalons sur Saône, l’on mange, bouillon, jambon, café.

Macon 10h20. Lyon 12h30 on est ravitaillé ici.

J’ai salué au passage Notre Dame de Fourvière, je l’ai prié pour mes familles religieuses et sanguines, pour la France, pour moi. L’église et ses quatre tours qui s’estompent pour le moment dans le brouillard feraient quasi songer à la cathédrale de Laon.

Réception charmant lavabo avec eau de Cologne à domicile, cigarettes anglaises. Un monsieur ganté, dernier élégant nous mesure le vin…

Une gentille infirmière nous apporte des pommes. Givors 14h10, cacao, pommes cuites, chocolat (groupe amical de secours) Givors, Tournon, 16h20 ravitaillement ; Montpellier 1h45 !

On nous prévient que l’on descendra peut-être mais l’on continue.

Sète 2h35, Béziers 4h30, Narbonne 5h45, Carcassonne nous sommes très bien reçus : un quart de bouillon extra, pâté, confitures de cerises de Carcassonne exquises, un café, cigarettes. Castelnaudary puis Castres, nous allons tous dans un collège, une grande chambre froide avec un poêle sans feu.

La chambre est presque vide où sont les autres ?

C’est l’hôpital n°16.

Dimanche 31 octobre 1915

Castres.

Nuit bonne, j’ai servi la messe ce matin à un prêtre de Paris, ensuite je suis allé l’accompagner à l’infirmerie où nous avons fait notre petit déjeuner.

(Charles ne parle pas de sa maladie il a été évacué pour anémie… Fiche signalétique militaire)

Lundi 1er novembre

Castres, je viens de faire sous diacre ce matin à la grand-messe.

Vers 10h15 j’ai fait les vœux simples de religion in articuls mortis.

Anniversaire de la naissance de Maman.

 

« Je ne voudrai pas juger qui que ce soit je ne suis pas apte à le faire moi la petite nièce de mon grand oncle Charles, mais quand je regarde l’écriture de cette fin du mois de novembre 1915 ce n’est plus la même qu’au début, la fatigue, la maladie sont déjà là…

Les médecins ignorent-ils encore la tuberculose ?

C’est vrai qu’à l’époque ce mot était terrible avec ses interdictions…

Et lui Charles qui a côtoyé et soigné des soldats malades ne s’en doute-il pas ? »

Castres mardi 2 novembre 1915

Je suis désignée pour partir vendredi prochain.

Ce matin j’ai fait sous diacre à la messe des morts.

L’après-midi je suis allé promener avec deux de mes amis, nous sommes revenus vers 16h et nous avons été boire du café chez Mlle Marie.

Cette demoiselle est l’infirmière du collège, qui est restée à son poste pendant la guerre et qui soigne les soldats.

Mercredi

Je vais beaucoup mieux maintenant. Nous passons devant une commission de médecins pour avoir une convalescence.

Je suis proposé pour deux mois. L’après-midi musique militaire dans la cour de l’établissement.

Jeudi

Je suis fatigué ce matin. Nous sommes allés nous faire inscrire à Barral ; demain nous quittons définitivement le n° 16 et nous passons devant la commission.

Nous sommes allés au cinéma.

Vendredi Castres

Nous passons la commission. J’ai un mois de convalescence, j’ai été proposé pour deux, mais le général a trouvé que ma barbe faisait beaucoup dans ma maladie aussi a-t-il retouché un mois.

Départ pour Paris, Montauban, Cahors, Gourdon, Brive, Limoges, Argenton, Châteauroux, Verzon, Les Aubrais et Paris.

Je vais à la Maison Mère à Chevilly où je suis logé dans une très belle chambre.

 

Dimanche (Paris) Le temps est triste, grand brouillard.

J’apprends la mort de Mr Le Bivic il serait mort le 26 octobre.

Jean Louis Le Bivic né le 27 Avril 1895 à Plouigneau (29)

Décédé des suites de ses blessures le 26 Octobre 1915 à Croix (51) Mémoire des Hommes 2006.

 

Novembre 1915

Chevilly,

Mauvais temps dès le matin grand vent.

J’apprends la mort de Pierre Rouet (sergent) tué d’un éclat d’obus dans la tête à Tahure, on a eu le temps de lui donner une dernière absolution…

C’est le vingt cinquième religieux de la congrégation (des Pères du St Esprit) mort à la guerre.

 

Fin du carnet

 

« De là, sa santé va se dégrader de plus en plus la tuberculose va ravager son corps (déformation) malgré son départ pour la Suisse à Montana ou il meurt le 20 février 1920 seul sans sa famille.

Ses affaires furent brûlées pour éviter toute contamination.

Sa maman alla déclarer son décès à la Mairie de Laon. Dans la marge du registre de la mairie fût oubliée «  Mort pour la France » malgré le nom gravé sur la stèle dans la mairie.

En 2007 après des démarches administratives et enquêtes… Le ministère de la défense accorda le « Mort pour la France » suite de maladie contractée en service.

A travers mon Grand Oncle je réparai cet oubli et rendais hommage à ces Hommes Religieux, brancardiers, infirmiers que certains ont décriés…Je n’en dirai pas plus. »

 

 

 

 

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