Carnet de guerre 1915-1916 de Georges SIBERT

 

Soldat au 99ème régiment d'infanterie pendant son instruction,

puis signaleur au 415e RI (à partir d'octobre 1915)

 

Mise à jour : août 2013

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Avant-propos

Le carnet a été transmis par Bénédicte, l’épouse de son arrière-petit-fils.

Merci à elle

 

Georges SIBERT est marié à Lucie, ils ont une fille Raymonde. Georges a au moins un frère : Michel.

 

 

 

Sommaire (n'existe pas dans le carnet)

Année 1914 :

Ø  l'instruction, Lyon, Bollène

Année 1915 :

Ø  Lyon, Bollène, Vénissieux, St Siméon-de-Bressieux (Isère), la Marne (sept.), Belfort

Année 1916 :

Ø  Les Vosges, le Doubs, la frontière Suisse, les combats de Verdun, la blessure, l'hôpital de Lourdes

Après…

 

 

Mon journal, guerre 1914 – 1915 – 1916

 

Année 1914 : l'instruction, Lyon, Bollène

Du 15.12.14 AU 22.12.14

Départ de Lyon à 10 h, après adieux à toute la famille. Je ne suis pas trop triste, je n’ai jamais quitté les miens pour longtemps, je ne sais pas ce que c’est ! J’ai un affreux mal de gorge qui m’empêche de fumer et je m’ennuie.

Je suis avec deux Lyonnais, camarades de Michel.

J’arrive à Vienne à 11 h 40. Nous sommes attendus.

Un sergent prend livraison des arrivants et les dirige sur la caserne. Là je passe dans un bureau, demande de renseignements divers, affectation compagnie, escouade.

 

À 2 heures, je touche effets et équipement ; jusqu’à 5 heures je couds les boutons de ma capote (il n’y en avait pas un seul). Je goûte un peu de soupe, mangeable, et je sors en ville, j’écris impressions d’arrivée, je vais au café.

Je connais déjà Vienne y étant venu plusieurs fois à bicyclette.

 

Les journées des 16, 17, 18 et 19 sont employées aux exercices de début « marche au pas, à droite, à gauche, demi – tour etc. … »

Le 20, dimanche

Lucie et Michel (*) viennent me voir. Nous nous promenons, nous dînons en ville et je les accompagne à la gare à 6h du soir.

Après je vais voir un ami à mon oncle, le sergent JACQUEMONT, je le trouve, il m’offre le café et m’invite à dîner avec lui un de ces jours.

J’accepte.

 

Les journées des 21 et 22 sont remplies par l’exercice précédent. Je ne m’ennuie pas trop à la caserne, le métier ne me déplaît pas, ça peut aller.

Le soir nous rions, nous chantons chacun notre petite chanson, on ne s’en fait pas trop et nous sommes loin de penser qu’il faudra marcher au feu un jour !

Nous avons rencontré ici des « anciens » bons et serviables.

 

(*) : Sa femme et son frère

23.12.14

Départ de Vienne (Je n’irai pas dîner avec M. JACQUEMONT !) et arrivée à Bollène (Vaucluse) à 6h du soir. Il y a beaucoup de boue et nous sommes obligés de faire 4 Km à pied avec un sac terriblement lourd, plein de nécessaire et de beaucoup de superflu.

Nous arrivons à Bollène enfin à 8 h environ. Je suis vanné.

Nous occupons à 5 ou 6 une chambre avec un peu de paille, je mange un peu et je me couche.

 

Lucie, décembre 1914

 

Du 24 au 31 décembre 1914 

Nous continuons ici l’exercice de début. Je change plusieurs fois de cantonnements, presque tous les 8 jours !

Écurie, jolie chambre de maison, ancienne usine, grange !

Tout y passe. Nous avons repos pour la Noël. J’en profite pour écrire force lettres et cartes. Bollène est une petite ville de 3000 âmes environ, assez gentil ce pays, mais le mistral y souffle terriblement et lorsque nous sommes à l’exercice il nous transperce malgré une quantité d’habits dont nous nous couvrons.

Année 1915 : Lyon, Bollène, Vénissieux, St Siméon-de-Bressieux (Isère), la Marne (sept.), Belfort

Du 1 janvier au 24 février1915

Entraînement progressif.

D’abord sans équipement « exercice de début » puis avec cartouchière et bretelles de suspension, puis avec le fusil. Nous faisons quelques petites marches à travers la campagne (8 à 10 Km) et un peu d’exercice et nous apprenons le maniement du fusil.

Les marches deviennent plus longues. Alors nous prenons le sac, vide quelques jours ; puis le sac plein et toujours exercice ; mais un peu plus compliqué : école de section, marche en tirailleurs, école du soldat, école de feu au fusil.

 

Enfin vers le milieu de février nous prenons la couverture sur le sac et la gamelle ; nous faisons des marches (20 Km au plus) en tenue de campagne.

Vers la même époque nous commençons les tirs. Je tire assez bien au 28.215, j’ai tiré 68 cartouches dont les ¾ ont porté juste.

 

Dès les premiers jours de janvier j’ai retrouvé un camarade qui travaillait avec moi chez Decouville, Serge. Il a une petite chambre en ville qu’il partage avec un ami, BESSE.

Nous faisons une petite combinaison et la chambre est à nous trois, je paye une partie du loyer qui est peu élevé, 10 f. par mois.

Dans notre chambre nous nous réunissons presque chaque soir.

Là nous écrivons loin du bruit, nous fumons, nous causons. Souvent nous y cassons une croûte et parfois nous y faisons une petite fête, nous invitons des copains, on mange bien, on boit sec, et on fume !

Le temps passe.

 

Malheureusement Serge part subitement pour le front, je l’apprends par un mot qu’il me laisse dans la chambre. Je la garde tout de même et étant seul je continue à y écrire, lire ; mais surtout les meilleurs moments que j’y ai passés sont ceux où, étendu sur le canapé qui la meublait, j’y fumais d’interminables cigarettes en pensant aux miens qui sont à Lyon et qu’il me tarde de revoir.

25.2 .15 jeudi

Matin exercice.

À 12 h départ d’un deuxième convoi pour le front formé par des volontaires classe 15 je n’en suis pas

Soir exercice en campagne, nous creusons des tranchées. Je reçois un colis de Lyon.

Chemin fait dans la journée : 12 Km.

26.2.15 vendredi

Revue du Général gouverneur de Lyon et exercices divers devant lui.

Le mistral souffle violemment, nous avons très froid, les doigts sont engourdis et violets. Soir tir je mets 13 balles sur 16 dans la cible : 14 Km.

27.2.15 samedi

Matin nettoyage des armes et des effets, revue de détail.

Soir exercice en campagne : cernage d’un château. Le 2ème convoi revient à 6 h du soir, on n’en avait pas besoin !

28.2.15 dimanche

Matin je me repose, je me nettoie pour sortir.

Après la soupe je vais dans ma chambre, je raccommode, je couds des boutons, je lis et je dîne dans ma chambre avec ce que j’ai reçu de Lyon, Je fume les cigares envoyés par grand-père.

Je m’ennuie.

2 Km.

1 mars 1915 lundi

Matin déploiement en tirailleurs, escrime à la baïonnette ; soir exercice en campagne : service de sûreté en marche, je suis patrouilleur de gauche et j’ai pas mal sué !

Je suis fatigué.

10 Km.

2.3.15 mardi

Matin positions diverses du tireur, debout, couché, à genoux.

Soir tir : 12 balles sur 20.

J’ai mal au talon droit.

12 Km.

3.3.15 mercredi

Matin positions diverses du tireur.

Soir simulation attaque d’un ennemi en déroute sur Bollène. Nous nous sommes portés à 3 ou 4 Km en avant et nous avançons alors en utilisant le terrain, par bonds, en rampant ou au pas de charge.

Je prends chaud.

Enfin après deux heures de rampage ou de pas de gymnastique on nous dit que l’ennemi est délogé de Bollène et que nous sommes victorieux !

L’artillerie était figurée par des feux de salve.

Presque la guerre quoi !

Mais en somme pas trop fatigué, exercice assez intéressant.

4.3.15 jeudi

Matin gymnastique : sauts divers, passage de la poutre, saut de la rivière avec équipement et fusil (2m), soir école de section.

Le soir, avant de rentrer, le lieutenant dit que l’on peut donner quelques permissions, j’en demande une ; mais je n’ai pas beaucoup d’espoir. Je serais pourtant si content d’aller à Lyon !

6 Km.

5.3.15 vendredi

Matin positions du tireur, escrime à la baïonnette.

Soir exercice en campagne et école de section

Après la soupe exercice de nuit : avance par bonds pour surprendre un petit poste ennemi.

12 Km.

6.3.15 samedi

Matin réveil à 5 h.

Nous allons creuser une tranchée.

u retour, après la soupe, j’apprends que j’ai une permission ! Quelle joie ! Je ris sans savoir pourquoi.

Je prends le train à Bollène la croisière à 12 h 48 et j’arrive à Lyon à 8 h du soir.

Mes parents sont surpris et contents de me voir et moi donc.

J’aurais donné cher pour l’avoir cette permission.

7.3.15 dimanche

Dans la journée je reste autant que possible chez les miens.

L’oncle Tony, tante Caroline Viennent et déjeunent avec nous, nous rions, nous sommes heureux ! Mais l’heure fatale arrive et il me faut partir.

 

À 8 h je pars déjà !

Lucie, frères, oncle, tante, Pacaud Viennent m’accompagner à la gare où je les laisse après plusieurs adieux, sauf Michel et Tony qui passent sur le quai.

Après un dernier adieu ils partent et moi aussi à 9 h.

8.3.15 lundi

J’arrive à Bollène à 4 h 30 du matin, je prends la voiture et à 5 h je suis au cantonnement.

Je me couche jusqu’à 6 h 30.

 

Matin exercice et gymnastique, exercice baïonnette sur mannequins.

Soir exercice en campagne, avance par bonds, le tout terminé par une charge à la baïonnette.

10 Km.

Toute la journée j’ai le cafard, parfois des sanglots me montent à la gorge et le soir, en mangeant des provisions apportées de Lyon, dans la petite chambre, je pleure comme un gosse !

9.3.15 mardi

Matin déploiement tirailleur, escrime baïonnette.

Soir tir 12 balles sur 20. Il fait un vent terrible au champ de tir, nous allumons de grands feux et nous gelons.

14 Km.

10.3.15 mercredi

Matin on rend les fusils Lebel et on se prépare pour la marche de l’après-midi.

Nous partons à 12 h 30 et faisons 7 Km dans la direction d’Orange puis nous faisons une pause.

Il fait un froid intense, nous allumons des feux.

Ensuite nous cherchons une ferme pour faire la soupe ; mais devant le froid et le vent de plus en plus vif nous recevons l’ordre de rentrer. (Nous devions coucher dehors !)

Nous arrivons à Bollène à 7 h 30.

Journée intéressante !

14 Km.

11.3.15 jeudi

Matin déploiement en tirailleurs, avance par bonds, le soir nettoyage à fond des cantonnements et nous changeons encore !

Je ne suis pas trop mal dans ce nouveau cantonnement qui est une ancienne filature.

5 Km.

12.3.15 vendredi

Matin école section, soir marche tenue de campagne, nous emportons les fusils Lebel pour les changer contre des Gras en cours de route avec le 140e. (*)

Pas trop fatigué, mais le sac est lourd et coupe les épaules.

16 Km.

(*) : Adopté par l'Armée française en 1874, le fusil Gras (de Basile GRAS) fut la première arme d'épaule adoptée par l'armée française à utiliser une cartouche métallique 11 mm qui était en laiton et à percussion centrale. Il fut remplacé par le Fusil Lebel, adopté en 1887.

Le Lebel a été très largement utilisé comme fusil d'infanterie jusqu'aux lendemains de la première guerre mondiale puis, à un moindre degré, jusqu'à la seconde guerre mondiale. Il fut officieusement baptisé du nom d'un des membres de la commission qui a contribué à sa création : le colonel Nicolas Lebel.

Dans ce récit, on remplace donc les LEBEL, qui devaient manqués aux soldats du front, par des Gras qui seront utilisés pour l’instruction.

13.3.15 samedi

Matin gymnastique, soir repos, corvée propreté, nettoyage divers.

4 Km.

14.3.15 dimanche

Matin changeons fusil Gras contre Lebel.

Le soir je vais dans ma chambre, j’y écris beaucoup et j’y dîne avec ce qui me reste des provisions que j’ai apportées de Lyon.

15.3.15 lundi

Matin gymnastique : courses, sauts divers etc.

 

Soir positions diverses du tireur, déploiement en tirailleurs. Nous rentrons à 3 h pour astiquage général.

 

À 5 h revue du lieutenant commandant la Cie.

Après je vais dans ma chambre, j’y écris.

 

À 8 h 30 nous partons pour l’exercice de nuit.

Jusqu’à 11 h nous faisons un service de petits postes avec patrouilles, sentinelles.

10 Km.

16.3.15 mardi

Matin exercice positions tireur et gymnastique.

 

Le soir je suis de corvée à l’infirmerie. Je balaye une salle, ensuite je vais à la cuisine où j’épluche des racines. Pas trop de travail.

Je rentre au cantonnement à 4 h 30. Le soir je dîne dans ma chambre.

17.3.15 mercredi

Matin je retourne à la corvée à l’infirmerie jusqu’à 10 h. Je travaille un peu à la cuisine.

 

À 12 h partons pour une sortie de 24 h.

Nous faisons 8 Km et nous prenons positions pour attaquer le lendemain matin à 7 h. Nous faisons la soupe. Je remplis la fonction de cuisinier.

Après avoir mangé nous fumons autour d’un grand feu.

 

À 8 h on nous avertit que la 1ere section, dont je suis, doit prendre le petit poste jusqu’à 1 h du matin. Je fais partie d’un petit poste à la Bugeaud, je rentre ensuite au petit poste où nous nous couchons dans l’herbe et où nous gelons.

La journée fut chaude mais la nuit est terriblement froide et nous ne pouvons pas nous servir de nos couvertures !

10 Km.

18.3.15 jeudi

Je reste donc au petit poste jusqu’à 1 h ensuite une section vient nous relever et nous allons nous coucher dans une grange, il y a beaucoup de paille, nous sommes bien mais il fait froid !

 

À 6 h moins ¼, en ma qualité de cuisinier je me lève et je fais le café.

 

À 7h ¼ nous partons à l’attaque. Nous traversons des bois puis nous avançons déployés en tirailleurs en terrain découvert.

De tous côtés des coups de fusils partent, ça doit être comme cela sur le front…avec les obus en plus !

 

À 8 h l’attaque est finie. Je n’ai pas vu l’ennemi. Nous rentrons.

 

Soir repos et après la soupe je vais dans ma chambre.

12 Km.

19.3.15 vendredi

Le matin je me fais porter malade.

À la sortie de 24 h je me suis fais mal à un doigt. Je suis reconnu. 2 jours à me reposer.

Je ne fais rien de la journée.

Les copains font une marche de 22 Km.

20.3.15 samedi

Je me repose toute la journée.

Le soir je vais dans ma chambre.

21.3.15 dimanche

Matin je vais à la visite je me plains de maux au côté gauche, vers le cœur.

Le major m’ausculte et me donne 1 jour de repos.

J’y retournerai sans doute demain.

22.3.15 lundi

Le matin je retourne à la visite.

Je me plains : mal au cœur, battements, picotements. Après un examen attentif qui dure ¼ d’heure le major dit :

« Proposé pour la réforme. »

Brave major va !

 

Je me repose pendant le reste de la journée et le soir je vais dans ma petite chambre.

23.3.15 mardi

Je me repose toute la journée, je dors, à part cela rien saillant.

24.3.15 mercredi

Repos pour moi.

Les copains font une sortie de 24 h comme la dernière fois.

Il pleut un peu.

25.3.15 jeudi

Je reste couché, les copains rentrent.

Demain grand jour ! Conseil de réforme.

26.3.15 vendredi

À 9 h conseil de réforme.

Après un examen d’une ½ minute les majors sont d’accord de me maintenir dans le service armé comme inapte. Un des majors demande au major de mon régiment :

« Vous connaissez celui-ci ? »

« Oui » répond-il

 

Pourtant ce n’est pas lui qui m’a proposé et il ne m’a même jamais vu.

J’ai l’impression que nos cas sont réglés d’avance.

 

Le soir je me fais prendre dans le cantonnement par le lieutenant, il ne fallait pas y être, il annonce une punition.

Je m’ennuie.

27.3.15 samedi

Matin je vais à la salle des malades.

Je me chauffe.

Le soir je vais à la corvée de pain ; pas trop travaillé. Je n’ai pas de nouvelles de la punition du lieutenant.

Soir je vais dans ma chambre.

28.3.15 dimanche

Astiquage.

Soir je vais dans ma petite chambre et j’y écris. Journée plate.

29.3.15 lundi

Le matin, je vais en voiture à la gare de Bollène la Croisière pour charger des isolateurs. Je reviens en voiture et je les décharge.

Après la soupe je vais comme planton à la mairie, on vient me relever deux heures après. On m’envoie ensuite à une corvée, quand j’arrive c’est fini.

Je rentre donc.

 

Le soir je vais dans ma chambre et j’y écris.

30.3.15 mardi

Le matin, j’aide au bureau à distribuer les souliers. Nous sommes consignés, malpropreté des cantonnements, pas de permissions.

Le soir, je n’ai rien à faire, je pose des pièces à mon pantalon rouge et je le lave. Après la soupe du soir je vais dans ma petite chambre et j’y écris.

31.3.15 mercredi

J’apprends officieusement le matin que je pars aujourd’hui pour Vienne, rien de sûr mais je commence à me préparer.

 

À 11 h, on vient m’avertir officiellement que je pars à 11 h !

Je suis vite prêt ; mais les autres sont partis, je prends la voiture pour aller à la gare.

Je prends le train et j’arrive à Vienne à 6 h du soir. On nous loge dans une ancienne usine.

Je sors en ville de suite et j’y dîne, j’écris.

1 avril 1915 jeudi

Matin rien fait, je reste au cantonnement.

Nous sommes couchés sur une mince couche de paille, des rats énormes se promènent sur nous la nuit.

 

Le soir tous les inaptes vont faire une promenade le long du Rhône.

Après la soupe je sors en ville à 6 h. J’écris aux parents de m’envoyer Michel ou Tony.

2.4.15 vendredi

Matin promenade au bord du Rhône, le soir aussi.

En revenant je trouve Michel et Tony qui sont venus en vélo. Je sors en ville avec eux, nous cassons la croûte et ils repartent à 6 h 30 du soir.

Après je vais voir le sergent Jacquemont qui est maintenant sous-lieutenant mais je ne le trouve pas.

3.4.15 samedi

Le matin promenade ordinaire.

 

Le soir il pleut et je reste couché, je lis Musset. Après la soupe du soir je vais au café et j’écris.

4.4.15 dimanche

Le matin Lucie et Tony arrivent.

 

 

Tony SIBERT

 

Je sors, nous dînons, nous nous baladons en causant, goûtons au café et ils repartent à 6 h 30 du soir.

Je rentre et je me couche.

5.4.15 lundi

Pâques.

Le matin Michel arrive.

Il était décidé que j’irai à Lyon en vélo sans permission. Après avoir attendu pour voir s’il n’y avait rien d’extraordinaire pour moi, je loue un vélo et je pars avec lui.

Je passe un agréable après-midi à Lyon avec les miens, j’y couche et je reviens par le train à 4 h du matin habillé en civil.

6.4.15 mardi

Au rapport de 12 h on nous dit que nous partons ce soir à Lyon !

Quelle joie !

 

À 5 h, nous sommes partis et à 7 h je suis à Lyon chez mes parents.

Ah ! Ils sont contents et moi donc !

Je suis à la caserne du Fort Lamothe, 158e Inf. 4e Cie de garde, chargée d’assurer la garde dans les arsenaux, poudrières, etc. …

7.4.15 au 16.4.15

Je monte donc la garde. 3 fois à l’exposition, aujourd’hui au Moulin à Vent.

C’est un travail assez fatigant.

Je ne dors pas beaucoup et je suis de garde presque régulièrement 24 h sur 48. Lorsque je ne suis pas de garde je pars dès 5 h 30 chez mes parents jusqu’à 9 h.

Pacaud est parti au régiment le 8.4.15, il m’a écrit. Aujourd’hui nous avons la visite du ministre de la guerre au Parc du Moulin à Vent.

Il passe avec son état-major. Nous lui présentons les armes, il salue.

 

Nous rentrons de garde à 11h, après-midi revue commandant, à 5 h je vais chez nous.

17.4.15 samedi

J’arrive de garde à 11 h.

Après-midi revue, le soir je suis chez nous.

18.4.15 dimanche

Aujourd’hui je ne suis pas de garde.

Matin je fais une corvée jusqu’à 10 h.

Après je pars chez nous. Je vais chercher Lucie à l’exposition car elle travaille aujourd’hui.

Nous déjeunons.

Lucie part travailler.

 

Le soir Marmey vient, nous allons trouver avec Michel un de ses copains, Francisque, et nous partons en ville, buvons force demis, je rentre à 7 h. (légèrement gris !)

Nous dînons et je rentre à la caserne.

Lucie et Michel m’accompagnent.

19.4.15 lundi

Je prends la garde au Parc d’artillerie de la Mouche, ce n’est pas trop sévère. Je dors un peu sur une table, les paillasses étant garnies de punaises !

Je dors quand même.

20.4.15 mardi

Je rentre de la garde à 11 h 30.

Après-midi revue cuirs et cuivres. Après la soupe je suis chez nous où je trouve une lettre de M. Bador me disant d’aller le soir.

Nous causons 1 h.

Après je vais voir tante Jeanne, Mme Pacaud et je rentre à 8 h. Je dîne et Tony vient me raccompagner à la caserne.

21.4.15 mercredi

Pas grand-chose dans la journée.

Je m’astique et le soir je suis chez nous.

22.4.15 jeudi

À 11 h je prends la garde au Parc d’artillerie de la Mouche.

Dans la nuit il passe 2 patrouilles.

23.4.15 vendredi

Je rentre de la garde à 11 h 30.

 

Après-midi revue cuirs et cuivres.

 

À 5 h 30 je suis chez nous.

24.4.15 samedi

Le matin je vais à la caserne Part Dieu assister à une parade d’exécution : dégradation du condamné aux travaux publics.

 

Après-midi revue des cantonnements par le commandant.

À 6 h je vais voir M. Athénor, caissier de Decouville. Je dîne en ville avec lui, à 8 h 35 je suis chez nous.

Je rentre caserne 9 h.

25.4.15 dimanche

Je prends la garde à la Mouche. Rien de saillant.

26.4.15 lundi

Je rentre de garde à 11 h 30.

Après-midi revue.

Je suis chez nous à 5 h, j’y dîne et rentre au quartier.

27.4.15 mardi

À 10 h je prends la garde Moulin à Vent.

Rien saillant.

28.4.15 mercredi

Je rentre de garde à 11 h 30.

Soir revue, à 5 h je suis chez nous.

29.4.15 jeudi

Je prends la garde à 11 h aux convalescents (exposition). Dans la journée je vois Lucie, Tony, Jean. (Lucie, Jean travaillent ici.)

30.4.15 vendredi

Je rentre de garde à 11 h.

Soir rien.

À 5 h chez nous.

1 mai 1915 samedi

Nous partons le matin pour prendre la garde dans une poudrière à Vénissieux, pour 4 jours.

Avant de partir je passe la visite mensuelle des inaptes.

Le major dit :

«  À le cœur solide, reconnu apte ! »

 

Je vais donc recommencer le fourbi ; mais quelle idiotie dans l’armée, d’après les uns « tu es malade », les autres « très bien portant ce garçon ! »

Pourtant l’un des deux camps est peuplé par des imbéciles.

2.5.15 dimanche

Je suis donc à Vénissieux.

Je fais la cuisine pour le poste, nous sommes 10 et je ne prends pas de garde. Je réussis assez bien ma popote et ce n’est pas fatigant.

Ce matin à 10 h je vais à Lyon, je trouve tout le monde et j’y déjeune.

 

À 2 h30 je pars et je rentre à Vénissieux (ici).

3.5.15 lundi

Matin levé à 5 h. Je fais le jus puis le dîner et le souper.

Le soir je reste à Vénissieux.

Du 4.5.15 au 9.5.15 mardi à dimanche

Nous restons à Vénissieux jusqu’à 15 h. Je fais toujours ma cuisine.

3 fois je vais à Lyon, deux fois j’y couche et reviens le lendemain matin à 6 h.

Épatant !

10.5.15 lundi

Dans la journée travail ordinaire : cuisine.

Le soir je vais à Lyon, j’y couche et je rentre à 6 h le lendemain.

11 et 12.5.15 mardi et mercredi

Travail ordinaire, je ne vais pas à Lyon.

13.5.15 jeudi

Journée cuisine, le soir je suis chez nous.

14 et 15.5.15 vendredi et samedi

Vendredi rien.

 

Samedi vers 11 h nous sommes relevés et nous rentrons à Lyon.

Le soir je suis chez nous.

16.5.15 dimanche

Le matin à 6 h je suis chez nous, j’ai une permission pour la journée.

Je vais à l’Exposition chercher Lucie qui n’est pas encore rentrée car elle a travaillé toute la nuit. Je suis inquiet ; mais heureusement je la trouve en route.

Je dîne avec elle chez l’oncle Tony.

 

L’après-midi, je pars chez Francisque où je bois bière, alcool, thé.

Cela me fait mal, lorsque je rentre je mange peu, les nerfs me font mal, je pleure, tout le monde pleure car je vais partir à nouveau.

Je suis un idiot !

À 9 h je suis à la caserne.

17.5.15 lundi

De grand matin on nous annonce que nous partons dans la matinée pour Vienne.

À 6h je suis chez nous pour effacer la mauvaise impression que j’ai laissée hier. Je trouve tout le monde et je fais mes adieux.

 

Le soir à 4 h nous partons pour Vienne où nous arrivons à 6 h.

Nous sommes cantonnés dans la même usine que précédemment. Il y a des paillasses et les rats y sont toujours. Aussitôt arrivé je sors en ville et j’écris.

18.5.15 mardi

À 3h du soir je passe une visite :

« Apte à ménager » dit le major.

 

Le soir je suis en ville. J’écris.

19.5.15 mercredi

Matin réveil à 5 h. Levé à 6 h.

Dans la matinée je ne fais rien.

 

Après-midi ¾ d’heure d’exercice (exercice de début que je sais déjà faire)

Après la soupe je sors et j’écris.

Nous sommes très bien nourris ici.

20.5.15 jeudi

À 6 h 15 appel. Je demande une permission pour dimanche.

Jusqu’à 9 h exercice d’hier avec de longues pauses. 10 h soupe.

 

Après-midi 3 h exercice semblable au matin.

 

5 h soupe, après en ville et j’écris.

21.5.15 vendredi

Matin exercice 3 h, école section.

 

Soir nous allons nous faire équiper. Après la soupe je sors.

22.5.15 samedi

Matin exercice.

 

Soir allons chercher reste de l’équipement. Je n’ai pas de permission, télégraphie à Lyon.

Après soupe je sors.

23.5.15 dimanche

Le matin Lucie vient.

Je parviens à me faire prêter une permission par un copain et je pars avec elle par l’express de 12 h.

À Lyon je trouve tout le monde.

Je déjeune, dîne. Je trouve Pacaud qui est en permission.

Nous nous baladons sur le quai où je dis adieu à Lyon ! J’y couche et je partirai demain par le train de 4 h 15.

24.5.15 lundi

J’arrive à Vienne à 6 h. Tout a bien marché !

Matin rien.

Aujourd’hui c’est fête et l’après-midi je vais me balader à la campagne avec Bataille.

25.5.15 mardi

Apprenons départ demain pour Bollène.

Matin exercice

 

Soir rien.

Après la soupe je sors.

26.5.15 mercredi

À 12 h nous prenons le train pour Bollène.

Il fait chaud. Nous arrivons à Bollène à 5h30.

Le temps de poser mes affaires je sors et je vais au café où j’écris et où je retrouve quelques copains que j’avais laissés ici il y a quelques mois.

27.5.15 jeudi

Le matin je vais à la visite :

« 5 jours de repos, peut rester dans son cantonnement »

Pas mauvais pour un retour !

 

Je suis logé dans une chambre à côté d’une grange.

Couché sur des paillasses avec isolateur, pas trop mal quoi. J’ai trouvé ici quelques Lyonnais : Prevel, Roche. Je ne m’en fais pas trop.

28.5.15 vendredi

Je suis donc de retour au 99e infanterie 28e Cie, l’ancienne compagnie de Serge.

Le matin je me repose, je dors.

 

Le soir on veut me vacciner ; mais je l’ai déjà été. Soir je sors, j’écris.

29.5.15 samedi

Toute la journée mon repos continue. Le soir je sors.

30.5.15 dimanche

Le matin je vais à l’appel des malades.

10 h soupe. 12 h appel des malades puis je vais en ville. Pacaud est en cantonnement pas loin de Bollène et doit venir, mais il ne vient pas. Après la soupe de 5 h je vais au café où j’écris. J’ai mal à la tête.

31.5.15 lundi

Je me lève avec le mal de tête. Je vais à l’appel des malades et je reviens me coucher. 10 h soupe, après me recouche, 12 h appel, le mal de tête a un peu passé. Après-midi douche, je n’y passe pas, c’est dégoûtant et sale. 5 h soupe, après je sors et j’écris.

1 juin 1915 mardi

Le matin je vais à la visite « consultation motivée » c'est-à-dire, légèrement malade mais peut faire l’exercice. Le soir il pleut et il n’y a pas d’exercice. Repos. Après 5 h je sors.

2.6.15 mercredi

Le matin je vais à la visite. 1 jour de repos. Je me repose donc toute la journée, le soir je sors et j’écris.

3.6.15 jeudi

Matin visite : cm. Soir marche, exercice, gymnastique. Après la soupe je sors.

4.6.15 vendredi

Matin maniement d’arme, école de section.

Soir tir : 3 balles portent sur 8 ! Je suis très fatigué, j’ai le cafard, je m’ennuie. Après la soupe je sors, j’écris.

5.6.15 samedi

Matin départ 4 h marche 20 Km, routes inondées, nous passons dans l’eau jusqu’aux genoux.

En arrivant revue et exercice : on se couche, pas de gym, rompez les rangs, rassemblements !

On se crève. Je n’en peux plus.

Le soir je suis de corvée de tir. Il faut aller à 5 Km de Bollène ramasser les balles dans les L… !

Il fait chaud, je m’arrête en route avec Prevel et nous attendons leur retour couchés dans l’herbe !

Au retour le caporal nous signale. L’adjudant nous fait pas mal de reproches : demain consignés, prison !

Nous ne nous en faisons pas.

6.6.15 dimanche

À 6 h je suis au bureau avec Prevel en treillis.

On nous renvoie : revenir à 11 h en tenue de drap et fusil.

 

À 11 h nous y sommes. Nous rencontrons l’adjudant, nous fait quelques remontrances :

«  Estimez-vous heureux que je ne porte pas le motif ! »

Gueulard l’adjudant Feillat, mais au fond brave type.

 

À 11 h 30 on nous renvoie du bureau en nous recommandant de ne pas nous y montrer, nous devrions aller à la salle de police !

Je ne sors pas.

Le soleil brille, je me couche dans l’herbe, je fume et je rêve.

7.6.15 lundi

Matin exercice, il fait terriblement chaud.

 

Soir tir, 11 balles portent sur 15.

Après soupe je sors et j’écris.

8.6.15 mardi

Depuis 5 jours rien reçu de chez nous. Inquiet.

Matin visite, un jour de repos.

 

Soir petite corvée et repos.

Après soupe au café et j’écris.

9.6.15 mercredi

Matin visite pour mal de gorge :

« Angine, 2 jours de repos »

 

Soir petite corvée et repos.

Après soupe je sors et j’écris.

À 8 h 30 je fais un petit repas au cantonnement avec Prevel et Roche.

10.6.15 jeudi

Matin et soir petites corvées.

Après 5 h je ne sors pas.

11.6.15 vendredi

Matin je vais à la visite « Angine, 1 jour »

 

Dans l’après-midi, je me donne un coup à la jambe droite, je retourne à la visite à 4 h : 3 jours de repos, après 5 h ne pouvant pas marcher je ne sors pas.

12.6.15 samedi

Matin je vais à l’appel des malades, je balaye la cour et je rentre au cantonnement.

 

Après-midi je lave du linge, soir je ne sors pas, écris.

13.6.15 dimanche

Matin rien.

À 3 h je vais au café avec Roche, j’y dîne et rentre à 7 h environ.

14.6.15 lundi

Matin je balaye la cour du bureau puis je rentre au cantonnement et je me couche.

 

Soir rien j’écris.

Après la soupe café où des soldats chantent, c’est bête mais cela fait passer le temps.

15.6.15 mardi

Matin formation de petits postes, suis sentinelle.

 

Soir position tireur, gym.

Pas trop travaillé aujourd’hui. Après la soupe je vais au café, écris.

16.6.15 mercredi

Matin exercice.

 

Soir départ 3 h, faisons 5 Km, chaleur écrasante, nous faisons notre soupe et nous rentrons 9 h 30.

17.6.15 jeudi

Départ 5 h du matin, allons au même endroit qu’hier, établissons des petits postes.

À cette occasion je prends une formidable pelle dans la boue, je suis propre !

Nous rentrons à 9 h 30.

 

Soir de 4 à 5 h escrime à la baïonnette.

Après soupe pas sorti.

18.6.15 vendredi

Matin visite, mal à la jambe. 2 jours de repos. Bruits de départ. Je commence à me préparer.

Petite corvée.

Après la soupe je vais au café chantant !

19.6.15 samedi

Matin petite corvée.

À 5 h soupe et je fais mon sac, je prends la garde à 5 h 30 à la mairie, bien rigolo pour le dernier jour car nous partons demain.

20.6.15 dimanche

Jusqu’à 5 h du soir je suis de garde.

Après nous rentrons avec Prevel et Roche pour voir le premier départ car nous ne partons que demain.

À 8 h 30 nous rentrons et nous cassons la croûte.

21.6.15 lundi

Le matin derniers préparatifs et à 12 h nous sommes dans la cour du bureau.

 

Dans l’après-midi nous sortons un peu, sablons le champagne en guise d’adieu.

 

À 6 h départ de Bollène, musique en tête.

 

À  9 h le train part, je suis très mal dans un wagon belge, banquette en bois.

Je dors.

22.6.15 mardi

À 4 h 30 du matin arrivée à la Côte St André.

Nous faisons 2Km à pied et arrivons à St Siméon de Bressieux (Isère). Dans la journée nous remplissons nos paillasses de paille et nous nous installons.

Je suis très bien avec Prevel et Mazenod dans une petite chambre. On est chez soi !

 

Soir café pour écrire. St Siméon est un gentil petit patelin, gens assez serviables, belles prairies, beaux champs et beaux bois.

23.6.15 mercredi

Le matin et l’après-midi sont employés à nous installer. J’écris beaucoup pour donner ma nouvelle adresse. Soir, pas sorti.

24.6.15 jeudi

Matin levé à 7 h. Nettoyage du cantonnement, revue par le capitaine, lieutenant à 10h.

 

À 2 h 30 nous descendons en tenue, il pleut et nous remontons.

Après soupe pas sorti, écris, m’ennuie.

25.6.15 vendredi

Matin exercice maniement d’arme.

 

Soir installation de petits postes. Pas trop de peine.

Soir pas sorti, écris. Ce soir Prevel est parti pour le front.

26.6.15 samedi

Matin exercice déploiement en tirailleurs.

 

Soir corvée de lavage.

Je quitte la petite chambre pour aller dans une grange.

27.6.15 dimanche

Matin rien.

 

Soir vais aider un paysan à rentrer son foin. Il nous offre à dîner et nous donne 1 f 50 chacun.

Je suis avec Mazenod.

28.6.15 lundi

Matin déploiement en tirailleurs.

 

Soir escrime à la baï, Gym.

Après la soupe je ne sors pas, J’écris.

29.6.15 mardi

Matin je vais à la visite. 1 jour de repos, j’épluche les patates !

 

Soir repos, écris, je m’ennuie.

30.6.15 mercredi

Matin visite : cm.

 

Soir je vais au bureau avec tous ceux qui ont eu cm, le capitaine nous renvoie et nous nous reposons au lieu d’aller à l’exercice.

Je ne sors pas, j’écris.

1 juillet jeudi

Matin déploiement en tirailleurs.

 

Soir escrime à la baïonnette.

2 et 2 juillet 1915

Vendredi revue d’un général avec exercice, soir exercice.

 

Samedi marche 25 Km, fatigué.

Parents viennent demain.

4.7.15 dimanche

Matin à 10 h Michel vient en vélo. Il mange avec moi à la gamelle !

Il dort sur une paillasse !

À 3 h Lucie et maman arrivent, nous goûtons, à 5 h 30 Michel part.

Nous dînons dans une petite chambre chez un brave paysan où nous couchons.

Nuit douce.

5.7.15 lundi

J’ai la permission de la matinée que je passe avec les miens, nous déjeunons et ils partent à 12 h 30.

 

Soir je vais à l’exercice. Je suis content de les avoir vus.

6.7.15 mardi

Matin déploiement en tirailleurs.

 

Soir exercice.

7.7.15 mercredi

Matin déploiement en tirailleurs. Je reçois une dépêche, « Michel ajourné » tant mieux !

 

Soir installation de petits postes avec patrouille, nous rentrons à 11 h.

8.7.15 jeudi

Départ à 5 h. Nous faisons 15 Km et nous rentrons à 10 h.

 

Soir exercice à 3 h. Après la soupe je vais au café.

9.7.15 vendredi

Je pars le matin à une corvée, nous installons un tir. Je charrie quelques petits tombereaux de terre, pas trop fatigué. Roche est réformé temporairement.

10.7.15 samedi

Je vais encore à la corvée de tir.

Rien saillant.

11.7.15 dimanche

Matin rien.

 

Le soir je vais faner le foin avec Mazenod chez un paysan.

Nous rentrons à 6 h et nous soupons chez lui.

Bonne journée.

12.7.15 lundi

Corvée de tir, je ne travaille pas beaucoup, je suis malade.

13.7.15 mardi

Je me fais remplacer à la corvée de tir, suis un peu malade.

Matin déploiement en tirailleurs, escrime baï.

 

Soir théorie fusil.

14.7.15 mercredi

Fête nationale.

Repos toute la journée. Beau menu aujourd’hui ; mais immangeable ! Je me balade un peu avec Mazenod dans la campagne.

15.7.15 jeudi

Matin nous creusons des tranchées.

 

Soir théorie sur le fusil.

16.7.15 vendredi

Départ à 4 h. Marche de 20 Km.

 

Soir de 3 à 5 h gym. Ce matin nous avons passé une visite d’aptitude. « Apte » a dit le major.

Nous touchons les brodequins de guerre.

17.7.15 samedi

Matin installation petits postes, soir gym escrime à la baï.

Après la soupe je vais au Café.

18.7.15 dimanche

Matin rien.

 

Soir nous allons voir les ruines du château de Bressieux, Mazenod et moi, en revenant nous dînons au restaurant.

19.7.15 lundi

Je suis de nouveau de corvée de tir. Je fais le menuisier !

Pas trop de travail.

20.7.15 mardi

Corvée de tir. Je vais avec Mazenod couper des arbres dans le bois, mais nous y dormons surtout !

21.7.15 mercredi

De bon matin nous partons pour passer une revue au camp de Chambaran. 15 Km aller, marche éreintante par un soleil de plomb, j’ai cru ne jamais arriver.

Une fois sur le terrain nous nous installons pour faire la soupe.

En coupant une branche, un copain, Parrisard, me coupe assez profondément la main gauche. Je cours à l’infirmerie, on me fait trois points de suture (ce qui ne me fait pas rire) et je ne passe pas la revue.

Je reviens à pied ; mais mon sac est à la voiture et je marche allègrement.

22.7.15 jeudi

Je vais à la visite, le major ne regarde pas et me donne 4 jours. Je me fais panser, ça ne me fait pas trop mal.

Après la soupe du soir je vais au café où j’écris.

23.7.15 vendredi

Me repose toute la journée. Je vois le capitaine qui me dit qu’il m’a signé une permission.

À 4 h je vais au pansement.

24.7.15 samedi

À 12 h je pars avec ma permission pour Lyon où j’arrive à 6 h après un bon voyage.

Je trouve tout le monde, nous dînons bien et nous sommes heureux de nous revoir.

25.7.15 dimanche

Je me lève à 7 h, déjeune, m’habille en civil et je vais voir Pépin, Roche et l’oncle Tony.

Je rentre à 12 h, nous déjeunons.

Dans l’après-midi, F. Olivo vient. Nous faisons jouer le phonographe.

À 6 h je vais voir Mme Pacaud, je fais un petit tour et je reviens dîner.

Je me couche à 24 h.

26.7.15 lundi

Je me lève à 4 h, prépare et au revoir. Je prends le train à 6 h.

J’arrive à la Côte st André à 10 h. Je fais à pied les 7 Km qui me séparent de St Siméon où j’arrive à 12 h.

Je mange, dors.

Je vais à la visite, 2 jours de repos.

27.7.15 mardi  

Dans la journée j’écris et … me repose.

Du 28.7.15 AU 31.7.15 mercredi à samedi

Rien de saillant pendant ces 4 jours.

Je me repose ne pouvant pas faire grand-chose avec ma main.

Je lis, j’écris. J’ai été à la visite jeudi : 8 jours.

Ce matin Mazenod passe à la 27e Cie, Cie de départ.

Du 1e août 1915 au 3.8.1915

Matin rien.

 

Après-midi je me balade avec Lefèvre.

Lundi et mardi rien de particulier.

4.8.15 mercredi

Rien. Lis, me repose.5.8.15 jeudi

Je reçois une lettre avec un certificat : Raymonde est malade.

Je le porte au bureau, à 5 h je pars pour Lyon avec une permission de 24 h.

 

J’arrive à Lyon à 9 h.

Je vois Raymonde qui n’est heureusement pas gravement malade.

6.8.15 vendredi

Je télégraphie de Lyon pour demander une prolongation.

Dans la journée je vois Roche et Bourret qui a été blessé après 10 mois de front. Je vois également l’oncle Georges à son bureau. Je dîne chez l’oncle Tony.

 

À 10 h du soir je n’ai pas reçu de réponse à ma dépêche.    

7.8.15 samedi

Je pars de Lyon à 6 h du matin.

J’arrive à St Siméon à 11 h 15 où l’on me dit que la prolongation est accordée. Je repars par le train de midi et je suis à Lyon à 6 h du soir.

Je reste chez nous.

8.8.15 dimanche

Le matin je vois Talon qui est en permission, nous faisons une petite promenade, nous nous faisons photographier.

Dans l’après-midi, je vois tante Jeanne et Talon.

Je pars de Lyon à 6 h 30 du soir. J’arrive à La Côte st André à 10 H 30 à St Siméon à minuit.

J’apprends que Mazenod est parti pour le front.

9.8.15 lundi

Étant presque guéri je marche. Nous allons au tir, 7 sur 16.

Soir théorie. Je vais à la visite, 2 jours.

10.8.15 mardi

Le matin j’écris, le soir rien saillant.

11.8.15 mercredi

Je ne fais rien de toute la journée.

12.8.15 jeudi

Matin et soir exercices divers.

13.8.15 vendredi

Journée rien.

Dans l’après-midi, nouvelle visite d’aptitude « apte », avant ce n’était que ma main qui m’empêchait de partir.

Je ne tarderai pas à filer !

14.8.15 samedi

Matin je vais à la 27e Cie où on nous renvoie à la 28e.

 

Soir théorie. 50 hommes de la 32e Cie partent.

15.8.15 dimanche

Matin j’écris et je vais à la messe, il y a la musique militaire qui joue.

 

Soir assiste à la procession « enfants de Marie ».

16.8.15 lundi

Matin exercice : service de sûreté en station vers St Pierre de Bressieux.

 

Soir exercice baï, gym.

17 ET 18.8.15

Mardi : Matin tir, je suis sentinelle et j’entends siffler quelques balles perdues.

 

Soir douche et départ à 5 h du soir pour sortie de 24 h.

Nous faisons 12 Km et nous nous arrêtons à Thodure. Nous formons un petit poste, j’en suis et de sentinelle 1 h 15.

 

À 11 h je me couche dans une écurie à côté d’une chèvre.

Debout à 3 h, nous faisons une petite bataille, échange de coups de fusils à blanc, courses à travers les champs et nous rentrons mercredi à 10 h, musique en tête.

Repos jusqu’à 3 h.

 

À 5 h je prends la garde à la mairie.

19.8.15 jeudi

Toujours de garde, j’écris.

Nous rentrons à 5h.

20.8.15 vendredi

Matin nous partons à 5 h pour creuser des tranchées. J’aiguise des haches et coupe quelques branches.

 

Le soir nous faisons des parapets avec des mottes de terre, de retour à St Siméon à 5 h 15 du soir.

En arrivant j’apprends que l’on demande des volontaires pour les Dardanelles. Je me fais inscrire, j’ai toujours eu envie d’y aller ! J’apprends également qu’on accorde des permissions de 4 jours. Je me fais inscrire et je suis des premiers à partir, étant marié.

Pourvu que je ne parte pas avant.

21.8.15 samedi

Il y a un départ pour le front ! C’est une rumeur qui circule.

Matin marche 20 Km.

Nous partirons pour Vienne en formation de bataillon de dépôt. Je crois en être.

22.8.15 dimanche

À 10 h on nomme ceux qui partent. J’en suis.

Le reste de la journée est occupé à faire les sacs, à charger du matériel.

 

Soir, adieu St Siméon.

23.8.15 lundi

Départ à 5 h ¾, nous prenons le train et nous arrivons à Vienne à 12 h.

Je suis avec Fresson et Bessan. De suite on nous donne la tenue de guerre.

Adieu pantalon rouge et tunique bleu marine ! Nous sommes très chics.

 

À 5 h je me balade dans Vienne avec Fresson, nous rions un peu mais je suis triste depuis dimanche.

24.8.15 mardi

Matin à 6 h revue.

 

À 9 h revue en tenue de campagne. Nous avons tous touché vivres de réserve. Le sac est terriblement lourd.

 

À 11 h appel, à 3 h revue.

 

À 5 h je sors après avoir dîné à la cantine. Je me promène avec Bessan et Fresson.

25.8.15 mercredi

Lucie et grand-mère viennent me voir à 10 h. Je sors déjeuner avec elles et je les rejoins à 5 h 30.

Nous dînons, elles repartent à 7 h 34.

26.8.15 jeudi

Après revue par un général de tout le bataillon, 9e bataillon de marche du 99e infanterie (*), remise de décorations, présentation des chefs des diverses unités. Je vois Mme Dupuy et sa fille qui sont venues dire adieu à Dupuy, un Lyonnais, qui habite pas loin de chez nous.

 

(*) : Le 9e bataillon de marche du 99e régiment d'infanterie a été formé à Vienne le 26 août 1915, avec des troupes provenant de la 14e région militaire. Il était composé de 5 officiers et 1005 hommes.

27.8.15 vendredi

Départ à 4 h du matin, nous faisons 12 Km et arrivons à Septème (Isère). Marche éreintante, le sac est très lourd.

Nous arrivons à 11 h. Nous nous installons dans une grange, sur de la paille où nous sommes assez bien, on a chaud et nous possédons une grande cour avec ombrage !

28.8.15 samedi

Matin rassemblement à 6 h.

Sélection des hommes mobilisables et non. On rentre et nettoyage pour la revue de cantonnement.

 

Le soir, je sors avec Fresson et je couche avec lui à l’infirmerie dans un bon lit. J’y dors bien !

29.8.15 dimanche

Le matin je vais faire un peu le secrétaire du major.

À la visite tout c’est bien passé.

 

Le soir, je me balade un peu.

30 et 31.8.15 lundi et mardi

Matins exercice.

Soirs jeux divers.

1e septembre 1915 mercredi

Marche de 14 Km avec le sac complet, mangeons sur le terrain.

Arrivons à 2 h.

Après repos et nous apprenons que nous partons demain pour Vienne et ensuite… ?

Je couche toujours dans un bon lit, je le regretterai.

2.9.15 jeudi

Nous partons à 5 h 30. Je puis mettre mon sac à une voiture et marcher ainsi sans fatigue. Arrivons à Vienne à  9 h.

Nous mangeons.

J’écris à mes parents et je fais un petit tour en ville avec Fresson.

 

À 7 h, nous prenons le train.

À Lyon 10 minutes d’arrêt.

Pas vu de connaissances. Il est triste de passer à Lyon sans voir les siens.

Enfin…

3.9.15 vendredi

Nous voyageons toujours, nous passons St Florentin, laissons Troyes et nous arrivons à Arzillères (Marne) à 7 h du soir.

Bon voyage en 2e classe.

Assez bien dormi. Ici nous couchons dans le foin jusqu’au ventre.

J’ai froid.

4.9.15 samedi

Réveil à 6 h.

Le sergent Martin vient demander un cuisinier, je me présente et j’y vais, j’en trouve un autre, Fayolle.

De suite nous commençons, travail débordant.

5.9.15 dimanche

Je suis donc à la cuisine des sous-offs.

Il y a un travail fou, je suis vanné et je m’ennuie ici.

6.9.15 lundi

Nous allons au tir.

Je suis sans sac emportant à manger pour mes sous-offs. Nous mangeons bien. En route trouvons des tombes de soldats français, très bien entretenues, nous présentons les armes.

Nous trouvons aussi des tombes d’allemands signalées par un fanion rouge. Nous passons dans un village à moitié démoli par les obus lors de la bataille de la Marne.

7.9.15 mardi

Toujours à la cuisine, travail épouvantable !

Je m’ennuie d’une façon anormale. Je pense que nous allons bientôt partir pour le front.

8.9.15 mercredi

Toujours cuisine. Je commence à me faire au travail.

Je reçois mes premières lettres, rien de chez nous.

9.9.15 jeudi

Toujours cuisine mais ce travail m’ennuie.

10.9.15 vendredi

Je me dispute avec le sergent Martin et je lui dis que j’en ai assez et … je rentre à la Cie.

11.9.15 samedi

Matin déploiement en tirailleurs, soir revue. Je reçois un tas de lettres.

12.9.15 dimanche

Matin revue d’armes, j’écris à mes parents.

 

Soir corvée de lavage, j’écris encore et me repose.

13.9.15 lundi

Matin et soir exercice.

14.9.15 mardi

Nous allons au tir à Frignicourt ; mangeons sur le terrain.

 

Soir je reçois des lettres, j’y réponds.

On entend le canon.

15.9.15 mercredi

Toute la journée nous creusons des tranchées.

16.9.15 jeudi

Matin nous creusons des tranchées, soir exercice.

17.9.15 vendredi

Matin exercice position du tireur, escrime.

 

Soir nous faisons des tranchées pendant 1h après repos et nous rentrons.

18.9.15 samedi

Matin escrime à la baïonnette.

 

Soir creusons des tranchées. Journée pas trop pénible.

19.9.15 dimanche

Matin corvée de lavage à 2 Km d’Arzillères.

 

Soir j’écris.

20.9.15 lundi

Matin et soir travail tranchée, pas fatigué.

21.9.15 mardi

Matin un peu d’exercice et tir réduit et je fais un tir excellent.

Je suis un très bon tireur paraît-il.

22.9.15 mercredi

Matin travail aux tranchées.

 

Soir charge contre ces tranchées, je tombe dans une et me couronne un genou.

23.9.15 jeudi

Matin nous assistons à un exercice de lancement de grenades qui font de fortes explosions.

 

Soir attaque des tranchées par vagues à des coups de sifflet, des hommes désignés d’avance doivent tomber, j’en suis et je fais le mort.

Ce n’est pas trop fatigant !

24.9.15 vendredi

Matin théorie.

 

Soir assauts des tranchées.

25.9.15 samedi

Il pleut et nous restons au cantonnement. Nettoyage des armes.

 

Soir il pleut, revue des armes.

26.9.15 dimanche

Allons d’abord au tir réduit, bon résultat, puis ensuite à Frignicourt tir également bon.

Fais 20 Km.

27.9.15 lundi

Matin exercice.

 

Soir nous sommes surpris par la pluie, nous rentrons et revue d’armes.

Sur le front nous avançons. Des prisonniers passent à la gare.

28, 29 et 30.9.15 mardi, mercredi et jeudi

Rien saillant. Toujours exercice, il pleut beaucoup.

1e octobre 1915 vendredi

Matin exercice, il pleut, nous rentrons, revue armes.

 

Soir formation de petits postes.

À 7 h nous apprenons qu’un détachement part demain à 12 h. J’en suis.

2.10.15 samedi

Après un discours de lieutenant, un du capitaine nous partons en autobus, nous roulons jusqu’à 9 h du soir et nous arrivons à 10 Km du front.

Le canon tonne, nous couchons dehors.

3.10.15 dimanche

Affectation 4e Cie du 415e d’infanterie, 1ere section, SP 114.

Le matin nous montons une tente.

 

Soir nettoyage et repos. Je suis avec Dupuy, Sallières et Deveaux.

4.10.15 lundi

Matin 1 h d’exercice, école de section. Je fais connaissance avec mes nouveaux camarades.

Ils viennent de faire l’attaque de Champagne. Ils sont sales, boueux, les fusils sont tout rouillés. (*)

 

À 11 h nous démontons les tentes et nous partons.

Faisons 25 Km sous un soleil écrasant. Nous arrivons à Courtisols où nous couchons.

 

(*) : Le 415e RI a, en effet attaqué le 25 septembre 1915, entre Tahure et Souain. L’historique dit « Dans son premier engagement avec l'ennemi, le 415e R. I. a remporté un succès brillant et fait preuve d'un élan magnifique. »

Pertes totales de cette affaire : 147 tués dont 7 officiers, 718 blessés dont 19 officiers et 132 disparus.

5.10.15 mardi

Départ à 6 h, faisons 20 Km sous le même soleil, éreintant.

Nous arrivons à Omey à 4 h du soir.

Du 6.10.15 au 11.10.15

J’ai passé tout ce temps en diverses revues, j’ai également fait un peu d’exercice.

Nous travaillons assez mais ça peut aller.

Aujourd’hui je reçois la première lettre de mes parents et un paquet.

12.10.15 mardi

Matin, nous lavons les capotes dans le canal de la Marne.

 

Après-midi, les copains vont à l’exercice, je fais quelques écritures pour le sous-lieutenant Pillet, mon chef de section, petit travail. J’écris aussi pour moi.

13 et 14.10.15

Matin revues.

 

Soir exercices. À part cela rien de saillant.

15.10.15 vendredi

Nous apprenons le matin que nous partons à 3 h, et nous allons en effet nous embarquer à Vitry-ville à 6 h.

Nous partons dans des trains à bestiaux. Nous sommes mal à l’aise pour dormir.

Nous nous dirigeons vers l’est, Belfort.

16.10.15 samedi

À 6 h du matin nous roulons toujours.

À 9 h nous passons Vesoul et à 11 h nous arrivons à Champagney, Hte Saône.

Nous repartons à pied et nous arrivons à 6 h à Lepuix, Haut Rhin, près de Belfort.

Joli petit pays, assez chic. Nous cantonnons dans une grange où nous sommes assez bien.

Nous pensons passer quelques jours ici pour reformer le régiment.

17.10.15 dimanche

Matin corvée.

Après-midi je monte sur une petite colline avec Dupuy et Sallières, d’où j’écris. Nous voyons tout le village qui est assez grand. C’est gentil ici.

18.10.15 lundi

Matin revue d’armes et de vivres de réserves.

 

Soir exercice, école de section, fatigant.

19.10.15 mardi

Matin 1 h de théorie, soir exercice école de section, fatigant et surtout ennuyeux.

Demain marche, 28 Km.

20.10.15 mercredi

Départ à 7 h sans sac, couverture en bandoulière 14 Km de montée, pas trop fatigant paysage merveilleux.

Passons l’hôtel du Ballon d’Alsace et enfin arrivons au Ballon. Le colonel fait un discours devant le drapeau et nous chantons la Marseillaise.

Nous mangeons sur le terrain et je vais faire un tour. Vois statue « Vierge du BÀ » « statue de Jeanne d’Arc »

Un abri souterrain pouvant loger un canon à longue portée pour battre la plaine qui se déroule devant nous, splendide dans le soleil ; vu aussi magasin souterrain.

Retour sans fatigue.

 

Soir, écris.

21.10.15 jeudi

Matin théorie, soir exercice.

22.10.15 vendredi

Matin théorie.

 

Soir revue avec remise de décorations, nous rentrons à 3 h.

23.10.15 samedi

Matin revue de pieds ! Et théorie.

 

Soir, montons sur une montagne ; exercice de lancement de pétards, ça pête !

24.10.15 dimanche

Matin revue de cantonnement, armes, vivres de réserve. On nous donne des bérets, nous sommes très chics.

 

L’après-midi je vais à Giromagny, j’y casse la croûte et j’écris.

25.10.15 lundi

Matin théorie.

 

Le soir nous sommes de piquet d’incendie. Il pleut. Je reste au cantonnement et j’écris. Mon cantonnement est une écurie, un mouton nous monte dessus pendant la nuit.

26.10.15 mardi

Matin théorie, soir exercice. Apprends que l’on m’a nommé signaleur.

27.10.15 mercredi

Matin je fais des bagues et le soir je vais à la théorie des signaleurs où j’apprends les signaux.

28.10.15 jeudi

Matin nous changeons de cantonnement.

Je suis dans un grenier couché dans un coin avec Sallières. Je m’y trouve très bien.

 

Soir théorie des signaleurs ; nous faisons des signaux au moyen de fanions.

29.10.15 vendredi

Départ à 6 h 30 et nous grimpons dans la montagne avec le sac pour aller au Lac des Belles Filles, c’est très fatigant.

En route j’attrape 8 jours de salle de police parce que je parlais. Au sommet de la montagne nous faisons un exercice de petits postes, je n’ai rien compris.

Puis nous redescendons.

À la soupe le sergent Faivre me dit qu’il m’a fait lever ma punition parce que je suis un bon soldat. J’aime mieux ça.

30.10.15 samedi

Matin et soir théorie des signaleurs.

31.10.15 dimanche

Revue des cantonnements par le commandant.

 

Le soir je fais des bagues et j’écris, je ne sors pas.

1e novembre 1915 lundi

Matin théorie signaleurs.

 

Soir quartier libre, je fais des bagues.

2.11.15 mardi

Matin rien.

 

Le soir il pleut et de suite après être arrivé aux signaleurs je reviens. Les copains font l’exercice malgré la pluie. Je reçois 2 colis.

3.11.15 mercredi

Matin la section est de jour, corvée diverses.

 

Soir théorie signaleurs. À 6 h je vais aider Blandelet, tailleur, à faire les sachets à vivres de réserve. Nous travaillons une partie de la nuit.

Demain revue colonel.

4.11.15 jeudi

À 2 h du matin, je suis rentré avec Blandelet.

Matin revue de détail.

 

Soir nous grimpons en montagne, je suis vanné. Ah ! J’en ai assez !

5.11.15 vendredi

Matin théorie signaleur.

 

Soir malgré la pluie nous partons par ordre du commandant et grimpons en montagne, nous rentrons mouillés de pluie et de sueur et absolument rendus !

Décidément cette vie est un vrai cauchemar.

6.11.15 samedi

Le matin nous nous préparons pour aller prendre la garde et nous y allons à 12 h.

Prends la garde de 4 à 6 h du soir et demain de 4 à 6 du matin.

7.11.15 dimanche

Prends mon tour de 4 à 6 h du matin.

À 12 h nous rentrons. Je ne sors pas, il fait froid.

8.11.15 lundi

Matin théorie pour le sous-lieutenant, ensuite théorie signaleurs, rapport.

 

Soir exercice, école de section, puis nous grimpons dans la montagne. Je prends une bonne suée. Décidément rien ne va plus.

9.11.15 mardi

À 6 h du matin nous partons en marche dans la montagne. Encore une fois, j’en ai assez !

Ces marches sont excessivement fatigantes, je m’essouffle, j’ai mille peines, parfois je crois que je vais tomber.

Quelle vie dure !

10.11.15 mercredi

Matin revue de linge.

 

Le soir il pleut, théorie et revue d’armes, j’écris un peu. Journée meilleure qu’hier.

11.11.15 jeudi

Matin revue de cantonnement par lieutenant puis théorie signaleurs.

 

Soir escrime à la baï. Il pleut, nous rentrons, revue d’armes, théorie.

12.11.15 vendredi

Matin rien.

 

Soir revue en tenue de campagne par le lieutenant. Presque toute ma journée est employée à faire quelques écritures pour sergent Souillol.

13.11.15 samedi

Matin rien.

 

Soir exercice signaleur.

Allons au bureau du colonel mais nous n’y trouvons personne et nous rentrons. On nous dit d’aller à la salle des fêtes, nous y allons, c’est là que l’on fera l’instruction des signaleurs en cas de mauvais temps.

Nous y trouvons des chanteurs qui répètent pour la représentation d’un concert et nous les écoutons. Le soir je vais chez ma laveuse qui nous fait un petit souper.

14.11.15 dimanche

Le matin à 7 h nous partons à Giromagny, revue du général Joffre, décoration de notre drapeau.

Là-bas nous attendons 1 H 30 sous la neige, nous gelons.

Enfin le général passe. Il me semble un bon papa mais plus gros qu’on ne le représente.

Revue, défilé et nous rentrons.

Soir nettoyage de nos armes rouillées.

15.11.15 lundi

Matin je fais des étiquettes pour le sergent Souillol.

 

Soir exercice signaleurs, je passe signaleur de bataillon.

 

À 7 h du soir nous changeons de cantonnement nous allons au bout du village où nous sommes très bien, une escouade dans une chambre c’est épatant.

16.11.15 mardi

Partons à 6 h du matin en marche, je ne me fatigue pas, les signaleurs marchent sans sacs !

Nous marchons dans la montagne dans la neige jusqu’aux genoux.

Mon escouade ne me garde pas à manger, je serre mon ceinturon d’un cran !

 

Nous rentrons à 4 h, je ne suis pas fatigué, je puis marcher sans sac !

17.11.15 mercredi

Matin installation au cantonnement.

Nous sommes couchés sur de la paille, nous n’avons pas froid.

 

Soir exercice signaleurs. Nous passons des télégrammes à l’aide du morse avec une lampe électrique. Je commence à saisir.

Après la soupe j’écris jusqu’à 10 h.

18.11.15 jeudi

Matin rien.

 

Soir théorie signaleurs, exercices à la lanterne. Après la soupe je me couche et j’écris.

19.11.15 vendredi

Matin rien (ordinairement le matin je me lève à 7 h, à 8 h je fais un brin de toilette, je fume et lis en attendant la soupe à 10 h

 

Soir, aux signaleurs exercice lanterne.

Après la soupe je ne sors pas j’écris.

20.11.15 samedi

Matin j’apprends l’alphabet morse.

 

Soir nos instructeurs étant à un exercice de cadres je me repose.

21.11.15 dimanche

Matin distribution d’effets d’hiver.

 

Le soir nous faisons de la luge et nous nous battons à coups de boules de neige car il a neigé hier.

À 6 h du soir je pars pour Giromagny où je dois voir Rey-Mury et Paganelli. (*)

Je les attends jusqu’à 6 h dans un café, enfin ils viennent, je cause avec eux un moment et je repars.

Je suis avec Sallières.

 

(*) : PAGANELLI Marcel Émile et REY-MURY Paul Louis seront caporaux  au 140e RI.

Nous les retrouverons plus tard dans le récit

22.11.15 lundi

Matin rien pour moi, tir pour les copains. Les signaleurs ne vont pas au tir.

Décidément nous sommes à part !

 

Soir, exercice signaleurs, passage de signaux à distance.

23.11.15 mardi

Partons à 7 h, je marche sans sac, rentrons à 1 h.

Nous cassons la glace qui recouvre le chemin. Après la soupe j’écris.

24.11.15 mercredi

Matin rien, soir exercice signaleurs, maniement de la lanterne.

Après la soupe je vais au café.

25.11.15 jeudi 18 H 45

Matin douche.

 

Soir exercice signaleurs on répète à la salle des fêtes, j’écoute.

26.11.15 vendredi

Il faut marquer notre linge, nous le marquons !

 

Soir signaleurs, théorie sur le nouvel appareil, sur l’héliographe, et exercice dehors.

Il fait froid !

Nous rentrons de bonne heure. Après la soupe je ne sors pas. La neige tombe.

27.11.15 samedi

Matin rien.

 

Soir exercice signaleurs dehors, au fanion. Il fait froid.

Après 5 h je ne sors pas.

28.11.15 dimanche 20 H 15

Matin vais chambre sergent Souillol pour lui faire un état écrit.

 

Soir bataille à coups de boules de neige.

Après 5 h je couds, j’écris.

29.11.15 lundi 20 H

Matin rien. Les copains partent à 12 h pour prendre la garde que je ne prends pas étant signaleur.

 

Soir exercice signaleurs.

Je marche de mieux en mieux. Je dors dehors avec Armaney, un Lyonnais.

Puis nous rentrons à 6 h.

30.11.15 mardi

Rien de saillant

1e décembre 1915 mercredi

Rien de saillant

2.12.15 jeudi

Distribution de cadeaux envoyés par le maire de Lyon. J’ai un paquet de tabac.

 

Soir exercice signaleurs. Après la soupe je ne sors pas.

3.12.15 vendredi

Matin je lis.

 

Soir, il pleut, exercice signaleurs, manipulation de la lanterne dans la salle des fêtes, nous rentrons à 3 h. Je vais alors dans la chambre du sergent Souliol où j’écris.

Il pleut à torrent.

4.12.15 samedi

Rien de saillant

5.12.15 dimanche

Matin revue de cantonnement.

 

À 9 h 30 on vient me chercher pour aller à l’exercice de cadre, je pars sans manger. 4 Km à pied sans sac heureusement. Une fois arrivés nous restons 2 h ½ sans rien faire et nous rentrons en voiture.

 

Il est 7 h 30 du soir et toujours rien dans le ventre.

Je suis dégoûté !

6.12.15 lundi 20 H

Matin rien.

 

Soir exercice signaleurs, lecture à la lanterne.

Après la soupe de 5 h je ne sors pas, j’écris.

7.12.15 mardi 19 H 30

Matin rien.

 

Soir je marche avec la compagnie, sans sac, répétition pour une manœuvre de demain, déploiement sur le terrain, tirs divers, bonds, etc. …

Après 5 h je ne sors pas, j’écris.

8.12.15 mercredi

Nous partons à 1 h du matin, nous devons faire une manœuvre rappelant l’attaque de Champagne.

Il pleut.

Nous arrivons à 8 h.

 

À 9 h la manœuvre commence : baïonnette au canon nous avançons à travers champs de blé, dans la boue, dans l’eau. Il pleut toujours !

 

À 12 h la manœuvre est terminée, nous mangeons et nous reprenons.

Encore 15 Km, la pluie continue. Je suis pris de maux de reins et de cou, je souffre terriblement.

Au 15eme Km je ne marche plus que parce que je veux marcher, la douleur aux reins est épouvantable, je marche le cou raidi en gémissant faiblement, parfois je pleure de rage et de douleur, je crois ne jamais arriver.

Ah c’est terrible mais je marche quand même.

Lentement les Km se déroulent. J’arrive enfin ! Je bois, j’ai soif mais pas faim.

Je me couche et je grelotte.

9.12.15 jeudi

Le matin ça va beaucoup mieux.

Les douleurs étaient dues à une extrême fatigue, je ne sens presque plus rien et j’en suis content. Nous nettoyons nos armes.

 

Soir exercice signaleur, il pleut. Il y a répétition à la salle des fêtes, nous écoutons et rentrons à 3 h. Après 5 h, pas sorti.

10.12.15 vendredi

Malgré une pluie battante nous partons au tir, je fais un tir déplorable. Nous rentrons, il pleut encore, ah quelle vie nous menons !

Toujours mouillés.

Enfin il faut se résigner.

 

Soir exercice signaleurs. Je suis trempé, j’ai froid.

Après 5 h je me fais sécher un peu chez la bonne dame qui nous cantonne.

11.12.15 samedi

Matin rien.

 

Soir exercice signaleurs, lecture à la lanterne.

Après 5 h pas sorti, je lis. Les copains vont prendre la garde.

12.12.15 dimanche

Matin je nettoie le cantonnement pour une revue du commandant mais il ne vient pas.

Après et dans l’après-midi je vais dans la chambre du sergent Souillol où j’écris.

Après 5 h je ne sors pas.

13.12.15 lundi

Matin douches.

 

Soir théorie et exercice aux signaleurs.

14.12.15 mardi

Matin revue en tenue de campagne.

 

Soir théorie et exercice signaleurs. Après 5 h Chambre sergent Souillol où j’écris.

15.12.15 mercredi

Matin rien.

 

Soir je marche avec la Cie avec sac, exercice baï, école section. Après la soupe je me couche.

16.12.15 jeudi

Matin je lis.

 

Soir aux signaleurs. Après 5 h j’écris.

17.12.15 vendredi

Matin tir : 7 sur 16.

 

Soir exercice de bataillon, avance, assaut. Je fonctionne comme signaleur, pas trop fatigué.

Bruits de départ.

18.12.15 samedi

Matin rien.

 

Soir revue en tenue de campagne par le commandant après nous rentrons.

Départ pour demain sans doute à 8 h du matin. Direction ?

19.12.15 dimanche

Réveil à 5 h, rassemblement à 7 h, départ à 8 h 30.

Nous faisons 14 Km…direction Remiremont et nous nous arrêtons à Le Mont de Plancher-les-Mines.

Je ne suis pas trop fatigué mais j’ai les épaules coupées par le sac, c’est une véritable souffrance.

Je marche très bien mais le sac m’est insupportable, j’en vois de cruelles mais je suis forcé de marcher.

Nous repartons demain.

20, 21, 22 ET 23.12.15

Lundi 35 Km.

Mardi 22 Km.

Mercredi 12 Km

Jeudi 24 Km et nous arrivons. Pendant ces 4 jours pluie, vent, neige. Je suis toujours mouillé, j’ai froid, je suis complètement abruti à chaque étape. Je crois ne jamais arriver. Parfois des sanglots de souffrance me montent à la gorge.

Oh comme j’ai souffert en ces 4 jours !

Enfin le terme est là. Nous sommes à Géroménil, dans les Vosges, tout petit village à 10 Km d’Épinal, cantonnés dans une grange, il fait froid.

J’apprends que Henri Serve (*) a disparu.

 

(*) : SERVE Henri Pierre, sergent au 328e RI, mort pour la France à Tahure. Disparu le 30 octobre 1915, il était né à Lyon (comme Georges SIBERT), en mars 1893

24.12.15 vendredi

Aménagement du cantonnement, revues diverses et repos. J’écris.

25.12.15 samedi

Noël ! Noël !

Mais combien triste. Je m’ennuie, l’ordinaire est détestable, il pleut, j’ai froid.

Où est Lyon !

26.12.15 dimanche

Matin je me fais du chocolat.

 

Soir manœuvre de bataillon. Je suis avec signaleurs sans sac, nous rentrons. Je n’en puis plus depuis ces marches, je suis littéralement abruti, sans volonté, sans force.

Je ne sais que devenir.

27.12.15 lundi

Matin rien.

 

Soir manœuvres sans sac. Après 5 h je me chauffe.

28.12.15 mardi

Matin rien.

 

Soir je marche avec la Cie, escrime baï. Je reçois un colis de Lyon, je mange bien, je me sens mieux, je commence à reprendre le dessus.

29.12.15 mercredi

Matin rien.

 

Soir exercice signaleurs.

Après 5 h une heure d’exercice de nuit avec la lanterne.

30.12.15 jeudi

Rassemblement à 7 h. Je marche avec signaleurs, manœuvre.

Nous rentrons à 11 h.

31.12.15 vendredi

Matin rien.

 

Soir manœuvre. Je vais bien et je suis presque complètement rétabli.

Après 5 h je lis.

Année 1916 : Les Vosges, le Doubs, la frontière Suisse, les combats de Verdun, la blessure, l'hôpital de Lourdes

1e janvier 1916 samedi

Matin rien. Menu assez bon, vin vieux offert par le lieutenant Pillet, champagne, 1 orange, 1 cigare, café.

Après-midi : je lave mon linge de corps puis j’écris et je lis.

2.1.16 dimanche

Matin rien. Soir manœuvre.

 

Après 5 h je casse la croûte avec Sallière.

3.1.16 lundi

Départ à 7 h manœuvre sous les forts d’Arches.

Nous sommes en réserve et nous ne marchons pas trop.

 

Nous rentrons à 3 h et nettoyons les armes car il a plu pendant presque toute la manœuvre.

4.1.16 mardi

Matin rien.

 

Soir je double mes musettes avec de la moleskine reçue de Lyon.

 

De 2 h à 4 h exercice signaleurs, il fait froid.

Je reçois un colis de Lyon, je mange.

5.1.16 mercredi

Départ à 7 h pour manœuvre de division. Je fonctionne comme signaleur, je rentre à 3 h, mange et nettoie armes.

6.1.16 jeudi

Matin rien.

 

À 9 h je passe 2 minutes dans une chambre chlorée avec le masque contre les gaz, rien senti.

 

À 12 h exercice bataillon, je suis premier poste de la chaîne de signaleurs, je rentre avant les autres.

7.1.16 vendredi

Matin rien.

 

Soir manœuvre bataillon, il pleut, après 5 h j’écris.

8.1.16 samedi

Matin rien.

 

Soir exercice par Cie je ne marche pas, je me chauffe et je lis.

9.1.16 dimanche 14 H

Matin les copains vont au tir, je n’y vais pas, je me rase (Au sens propre) après 10 h j’écris. Après 5 h rien.

10.1.16 lundi

Matin revue en tenue de départ. Après 5 h petite fête, nous buvons et chantons. Partons demain.

11.1.16 mardi

Réveil à 5 h 30, départ à 7 h, 22 Km à pied. Passons Raon-aux-Bois, puis Remiremont. Cantonnons à St Amé, 3 Km après Vagney.

Bien dormi, pas trop fatigué.

12.1.16 mercredi

Réveil 5 h 30, départ 7 h en camion-auto, faisons 60 Km environ, passons col de Bussang et nous arrivons à St Armarin (Alsace).

Nous allons cantonner à 1 Km de là dans une grange.

13.1.16 jeudi

Le matin je fais le café, puis la soupe de 10 h et 5 h.

 

À 7 h nous partons aux tranchées à l’Hartmannswillerkopf, 20 Km de montée à travers la montagne, c’est très fatigant. Nous sommes pris par des bourrasques de neige, il fait très froid.

Enfin nous arrivons, nous sommes en réserve dans des cagnas solides (24 h) Je me couche.

14.1.16 vendredi

Repos toute la journée. Quelques obus vont éclater sur la montagne en face de nous.

Nous sommes couchés sur des grillages.

15.1.16 samedi

Rien fait dans la journée.

Triste pays, rien que des montagnes, rien que de la neige (509 m).

 

Le soir je suis de garde à un magasin de munitions, à 1 h du matin j’en reviens et je n’ai pas eu trop froid. J’ai entendu 2 coups de fusil, ça ne doit pas être trop terrible ce secteur.

16.1.16 dimanche

Le matin nous travaillons à une cagna de bombardement, après-midi aussi. Le ravitaillement n’arrive pas.

De 9 h à minuit nous allons creuser un boyau près des 1eres lignes, travail dégoûtant.

17.1.16 lundi

Matin et après-midi travail cagna de bombardement.

 

De 6 à 9 h travail au boyau d’hier.

18.1.16 mardi

Journée travail cagna bombardement, de 9 h à minuit travail boyau.

19.1.16 mercredi

Matin travail cagna bombardement.

 

À 10 h on demande 2 hommes pour descendre à Moosch accompagner un poilu qui doit passer en conseil de guerre. J’en suis avec le sergent Souillol.

Nous arrivons à 7 h 30 du soir, nous laissons notre type et nous allons dîner, nous mangeons bien et nous allons coucher dans du foin.

20.1.16 jeudi

Matin nous faisons divers achats puis nous déjeunons comme des rois !

Nous repartons à 5 h, j’attrape chaud pour monter !

Nous arrivons à 8 h.

À Moosch nous avons été très bien reçus et nous avons bien mangé.

21.1.16 vendredi

Matin travail cagna bombardement.

 

Soir on vient me chercher pour installer un poste de signaleurs, nous creusons une cagna. Je suis dispensé de travail de nuit.

Après la soupe j’écris.

22.1.16 samedi

Toute la journée je travaille à la cagna des signaleurs, nous travaillons fort. Après 5 h j’écris.

23.1.16 dimanche

Journée travail à la cagna. Je m’ennuie.

24.1.16 lundi

Journée travail à la cagna. Après la soupe je me couche, je lis et je mange.

25.1.16 mardi

Matin et soir je travaille toujours à cette cagna de signaleurs, nous creusons dans le roc, c’est dur ! Je reçois 2 colis de Lyon et … je les mange !

26.1.16 mercredi

Même travail à la cagna dans la journée.

En revenant j’accompagne un téléphoniste et j’apprends que je suis affecté comme téléphoniste à la 4eme Cie (provisoirement évidemment).

27.1.16 jeudi

Le matin je transporte mes affaires dans la cagna des téléphonistes.

Je suis couché sur une paillasse, très à l’aise.

Dans la journée je ne fais rien et je prends 3 h de garde la nuit, couché et à l’intérieur, à côté de l’appareil, ce n’est pas fatigant !

28.1.16 vendredi

Pendant la journée quelques communications et j’écris.

À 11 h du soir un dirigeable passe au-dessus de nous.

29, 30, 31.1.16

Rien de saillant dans ces journées, jours calmes, 3 h de garde la nuit, je lis, j’écris et je me repose.

1e février1916 AU 3.2.1916

Toujours rien, le secteur est calme, quelques obus par jour. À part cela nous sommes tranquilles.

Les copains continuent à travailler la nuit.

4.2.16 vendredi

À 4 h 30 du matin « alerte » tout le monde doit être en tenue on attend une attaque boche mais rien n’arrive, pas un coup de canon ni de fusil.

À 8 h l’alerte est levée, reste de la journée calme.

5.2.16 samedi

Matin au téléphone.

 

Après-midi je vais voir le colonel Seguin, nous faisons un petit exercice de signalisation. Aujourd’hui Angé m’apporte un gros colis de Lyon.

Épatant.

Je mange et je bois.

Du 6 AU 9.2.16

Matin téléphone

 

Soir petit exercice. Je me la coule douce.

Le 9

Les Boches bombardent, alerte, mais rien ne se produit. Ils recommencent même à bombarder maintenant (le 9 à 5 h 30 du matin).

Soir un téléphoniste de la Cie Hors Rang vient me remplacer.

10.2.16 jeudi

Matin et soir exercice signaleurs. La nuit je dors, les copains travaillent.

11.2.16 vendredi

Matin et soir exercice signaleurs.

Demain relève.

12.2.16 samedi

Matin et soir exercice signaleurs.

 

À 10 h du soir nous partons. Nous passons Villers et nous embarquons à Bischwiller, nous faisons 10 Km en train, nous débarquons à Wesserling, nous faisons encore 4 Km à pied et nous arrivons à Urbès où nous sommes cantonnés chez de très braves gens qui mettent des matelas à notre disposition dans une petite chambre.

Je me couche mais ne dors pas, je suis trop fatigué (13 à 5 h du matin).

13.2.16 dimanche

Repose jusqu’à 10 h puis fais un brin de toilette.

 

Après 5 h je vais au café avec VALÉRY, buvons quelques chopes de bière si bonnes ici. Des soldats chantent, repartons demain.

14.2.16 lundi

Départ à 7 h. Il pleut toute la journée.

7 Km de montée et passons Bussang, St Maurice. Arrivons à Le Thillot à 2 h 30, trempés, gens serviables, mangeons bien, nous chauffons.

Je couche dans un lit avec sergent Souillol.

20 Km.

15.2.16 mardi

Départ 7 h, il pleut. 4 Km de montée, passons Servance, Melisey. Cantonnons à St Barthélemy, nous sommes bien mais encore plus mouillés qu’hier, sale temps.

(Dannemarie incendié - sommes en alerte) 20 Km.

16.2.16 mercredi

Départ à 6 h 30.

Passons Ronchamp arrivons à 1 h 45 à Chenevrier. Je suis fatigué, le vent a soufflé mais moins de pluie.

20 Km.

17.2.16 jeudi

Départ à 6 h 40 avec pluie, neige, giboulées.

Passons Héricourt, puis Montbéliard, drapeau déployé.

Nous arrivons à Ste Suzanne, 2 Km de Montbéliard (Doubs).

 

Le soir je mange au restaurant avec Dupuis, je mange bien !

18.2.16 vendredi

Matin nettoyage des armes.

 

Soir écris et repos. Après soupe, café. Sommes dans une grange, assez bien.

19.2.16 samedi

Matin nettoyage.

 

Soir revues diverses par le lieutenant.

20.2.16 dimanche

Matin revue de cantonnement. Après la soupe de 10 h je vais à Montbéliard avec Angé. Nous nous promenons, buvons quelques chopes et nous rentrons.

Demain partons pour la frontière suisse.

21.2.16 lundi

Partons à 11 h, passons Audincourt, arrivons à 4 h à Croix où nous sommes cantonnés dans une grange, très bien.

Ici petit patelin où on ne trouve rien.

22.2.16 mardi

Matin nous nous installons.

 

Soir revue de cantonnement par le commandant.

Après 5h j’écris.

23.2.16 mercredi

Matin revue d’armes et de souliers.

 

Soir revue d’armes.

24.2.16 jeudi

Réveil à 4 h 30, départ à 7 h !!!

Il neige, nous faisons 6 Km et nous commençons à enlever la neige sur un espace que nous allons creuser.

 

À 12 h ordre de rentrer.

 

À 3 h nous partons, changement de cantonnement. Nous arrivons à Le Fourneaux près Meiller.

Je suis dans une écurie, j’ai chaud.

25.2.16 vendredi

Réveil à 5 h, départ à 6 h.

Allons même endroit qu’hier, même travail, nous mangeons sur le terrain.

Il neige, nous avons froid, rentrons à 5 h 30.

Après la soupe j’apprends que les signaleurs vont établir un poste, j’en suis. Je me mets en tenue de campagne et j’attends.

 

À 7 h j’apprends que je ne pars que demain.

26.2.16 samedi

À 7 h je vais à Meillers avec Ramond, Armaney, Bourdarel.

Nous installons notre poste dans une maison toute meublée dont le propriétaire est absent. Nous avons tout à notre disposition, lits, poêle, etc. …

 

Hélas ! Alerte, nous partons à 5 h 30, ça chauffe à Verdun, recul français.

Arrivons à Taillecourt, cantonnons dans une grange, j’ai froid.

12 Km.

27.2.16 dimanche

Matin et soir repos. Je crois que nous partons demain. Se souvenir de l’accueil empressé des gens du Doubs, très serviables, ils font tout pour faire plaisir aux soldats.

28.2.16 lundi

Matin prise d’arme, décoration du lieutenant Pillet.

 

Soir à 5 h nous partons et embarquons à Audincourt, direction inconnue.

29.2.16 mardi

Voyageons toute la nuit, tout le jour. Passons Belfort, Lure, Épinal, arrivons à Nançois-Tronville à 7 h 30.

On entend le canon.

Allons cantonner à 5 Km de là, dans une grange (9 h du soir).

1e mars 1916 mercredi

Dans la journée nous nous installons, le soir je vais au café.

2.3.16 jeudi

Matin exercice aux signaleurs, soir rien.

3.3.16 vendredi

Départ à 7 h, arrivons à 2 h à Lavallée, sale pays, gens intraitables, ils refusent presque la paille pour nous coucher. 18 Km.

4.3.16 samedi 

Matin installation, soir exercice signaleurs.

5.3.16 dimanche

Départ à 7 h, arrivons à 3 h à  Issoncourt.

6,7, 8 1916 lundi, mardi, mercredi

Dans toute ces journées matin repos et le soir exercice signaleurs. Nous sommes dans une grange, pas trop froid. Tout est hors de prix ici, le vin 1 f 50 le litre.

9.3.16 jeudi

Matin exercice signaleurs, puis nous nous préparons pour partir à nouveau.

 

À 3 h 30 soupe. À 7 h nous partons, il neige.

 

À 10 h nous arrivons dans un petit patelin où nous passons toute la nuit dans la neige, accroupis autour d’un feu.

Vie intenable.

10.3.16 vendredi

À 10 h du matin nous prenons des autos et à 3 h nous sommes dans des casernes à 3Km de Verdun. Nous couchons sous un hangar en plein vent, j’ai froid.

La canonnade gronde furieusement, c’est un roulement de tambour.

11.3.16 samedi

Partons à 6 h 30, arrivons à 4 Km du front, au bois du Tillat. Nous sommes dans des cagnas pleines de boue.

Je passe la nuit assis sur mon sac, de l’eau jusqu’à la cheville. Le canon gronde.

12.3.16 dimanche

Je n’ai rien dormi de la nuit. Heureusement à 7 h j’apprends par le colonel Seguin que je vais à la liaison du cantonnement. Ici, j’y suis bien, je puis coucher au sec, me chauffer. Je dors. Je reçois des nouvelles et j’écris. Le bombardement continue, allons bientôt aller en ligne.

13 et 14.3.16 lundi, mardi

Je passe ces deux jours à la liaison où je suis toujours bien, je me chauffe et me repose.

 

Soir du 14 apprenons que nous montons ce soir en ligne.

 

À 8 h en route, allons jusqu’à une tranchée sud-est de Verdun, tranchée des Jacobins. Je couche dans une casemate. 10 h du soir.

15.3.16 mercredi

Matin j’apprends que je vais au poste des signaleurs du colonel, j’y vais et je m’installe dans une casemate peu résistante « Observatoire du mardi-gras ».

C’est d’ici que l’on fait déclencher les tirs et que l’on opère les réglages d’artillerie sur la plaine qui se déroule devant nous.

16.3.16 jeudi

Le matin je vais à ma Cie qui est en réserve pour y prendre les lettres et à manger.

 

À 11 h quelques obus tombent sur notre observatoire blessant 3 téléphonistes d’artillerie.

 

Pendant la nuit le 75 tire sur travailleurs allemands.

Mon travail consiste en 4 h de garde, 2 de jour, 2 de nuit, observer les signaux et fusées capables de faire déclencher les tirs.

À 7 h un dépôt de munitions boche saute, direction Dieppe. Ça brûle avec des explosions jusqu’à 3 h du matin.

Du 17.3.16 au 26.3.16

Je continue à monter la garde. Les 75 placés dans un bois derrière nous tirent très souvent. Les Boches envoient de temps à autre des obus sur notre observatoire sans faire de mal.

Je vais de temps à autre à ma Cie voir si j’ai des lettres.

Pendant cette période un avion français est abattu.

Le 140e et le 75e sont relevés (23/3) ayant subis de fortes pertes par attaques boches.

Mon bataillon va en ligne (24/3). Je reste à l’observatoire.

27.3.16 lundi

Journée calme. Je prends la garde à 8 h du soir. Alors les Boches bombardent, je suis obligé de me coucher 2 fois à terre, les obus sifflent et tombent près de moi.

Je serre ma pipe entre mes dents et j’ai cru y rester !

28.3.16 mardi

Après-midi, je vais jusqu’au Tillat chercher un projecteur avec un signaleur, nous ne le trouvons pas. Nous passons au pas de gym sur la route de Verdun à Étain qui est bombardée.

29.3.16 mercredi

Matin rien.

 

Soir alerte mais rien pour nous, ça chauffe sur Damloup, La Laufée.

30.3.16 jeudi

Rien saillant. Allons bientôt être relevés.

31.3.16 vendredi

Journée calme.

À 9 h nous partons avec armes et bagages ! Nous nous perdons et marchons pendant 5 h. Nous arrivons enfin à Haudainville à 2 h 30 du matin, je couche avec les signaleurs de la Cie 413.

1e avril 1916 samedi

Matin je regagne ma Cie, je me nettoie, je lave du linge.

 

Le soir nous partons au travail en première ligne d’où nous venons !

Nous y travaillons 4 h et nous revenons (22 Km). Je suis complètement fourbu, je ne sais que penser de ce surmenage, je suis sans volonté, je ne réagis plus, comme lors des grandes marches, il n’y a plus que la tête qui va.

 

Mauvaises nouvelles, PAGANELLI (*), REY-MURY (**) sont tués. Tous les copains partent, tués ou blessés … Quand viendra mon tour ?.

 

(*) : PAGANELLI Marcel Émile, caporal au 140e RI, mort pour la France à Douaumont le 18 mars 1916, tué à l'ennemi. Il était né à Alès le 31 octobre 1894

(**) : REY-MURY Paul Louis, caporal au 140e RI, mort pour la France à Douaumont le 18 mars 1916, tué à l'ennemi. Il était né à Lyon le 14 août 1895

2.4.16 dimanche

Rien, je me repose et j’écris.

3.4.16 lundi

À 3 h du matin « alerte », nous partons vite et nous arrivons au bois du Tillat, la route a été violement bombardée. Nous restons au bois toute la journée et le soir nous allons au travail, au mardi-gras creuser une tranchée.

 

À 3 h du matin nous allons à la tranchée des Jacobins, nous couchons dans la casemate bétonnée. Je suis vanné.

4 ET 5.4.16 mardi et mercredi

Tous les soirs travail de 9 h à 3 h du matin.

J’en ai assez. Nous faisons un repas par jour et encore un très mauvais repas.

6.4.16 jeudi

Journée rien.

À 8 h du soir nous partons. Je ne puis suivre, mes jambes se dérobent, je tombe sans cesse et je suis obligé de rester en arrière avec un brancardier.

Je marche comme un homme ivre, tombant dans chaque trou d’obus, je pleure de rage et d’impuissance, je ne me soucie plus des obus, je suis anéanti. Le brancardier me prend mon sac et heureusement je trouve une voiture qui m’amène à Haudainville.

Je mange un peu, sous un hangar il y a un corbillard, j’y couche.

7.4.16 vendredi

Matin je vais mieux, ces grosses fatigues tombent généralement après quelques heures de repos ; mais les jours qui suivent me trouvent veule et sans entrain.

Je me nettoie, je lave et j’écris.

8.4.16 samedi

Matin nettoyage armes, soir exercice signaleurs, nous ne faisons pas grand-chose.

 

Après la soupe je vais à la messe, je suis triste et j’ai l’âme pleine de rancœur.

J’écris.

9.4.16 dimanche

Matin revues diverses. Après 10 h j’écris.

Le sergent Ferrari du 52e vient me voir, nous causons un peu.

J’irai le voir.

10, 11 ET 12.4.16 lundi, mardi, mercredi

Le plus important de mon temps est pris par l’exercice des signaleurs. Il pleut souvent alors nous jouons aux cartes.

Aujourd’hui on me vole un colis de tabac, il y a des types peu consciencieux.

13.4.16 jeudi

Matin : Bourdarel vient me chercher en me disant que je suis affecté momentanément à la liaison du commandant comme signaleur, j’y vais.

Nous sommes dans une espèce de grenier, couchés sur … des édredons de plumes ! J’y dormirai bien et personne ne nous embête, ce qui est beaucoup.

Matin et soir 2 h d’exercice. Je lis.

14.4.16 vendredi

Il pleut, nous jouons aux cartes toute la journée.

15.4.16 samedi

Matin et soir, exercice signaleurs et quelques parties de cartes. J’écris.

16.4.16 dimanche

Pas d’exercice aujourd’hui. Matin repos.

 

Soir concert par la musique du 74e.

Dans la nuit je prends la garde au PC du bataillon de 9 h à 1 h du matin. J’y lis et écris.

17.4.16 lundi

Le matin je dors, après 10 h je joue aux cartes, le soir j’écris longuement.

Ma Cie va au travail, réfection de la route du fort de Belrupt, je reste tranquillement à la liaison.

18.4.16 mardi

Matin exercice, le soir il pleut nous jouons aux cartes.

19.4.16 mercredi

Matin exercice, le soir il pleut nous jouons aux cartes.

20.4.16 jeudi

Je dors jusqu’à 9 h, après il pleut, nous jouons.

Jouer est notre seule distraction ici.

Du 21 AU 26.4.16

Exercice pendant ces jours, lorsqu’il ne pleut pas, à part cela je joue, je lis, j’écris.

Le 25 le 140e de marche vient renforcer le 52e, Pacaud s’y trouve.

Je suis heureux de le revoir, nous causons très longtemps, Lyon, les soirées délicieuses que nous y avons passées ! Comme cela est loin et ça fait du bien d’en parler, de se rappeler ces heureux moments.

Je le vois plusieurs fois.

Demain nous montons probablement aux tranchées. À la date de ce jour je passe signaleur titulaire de bataillon.

Ce n’est pas meilleur qu’avant mais je suis plus sûr de mon emploi.

27.4.16 jeudi

Nous partons à 6 h du soir aux tranchées, arrivons sans incident à 10 h.

Je suis avec le commandant dans un abri assez solide le long de la route d’Étain à Verdun, près d’Eix.

Je suis assez bien. En arrivant je prends la garde 2 h.

Le secteur est toujours assez calme, de temps à autres des obus qui font plus peur que mal.

29.4.16 vendredi

Nous prenons 3 h de garde la nuit et 5 heures dans le jour, ce n’est pas trop fatigant, il n’y a que la corvée de ravitaillement qui n’est pas drôle !

3 Km à faire sur la route, parfois bombardée, heureusement que les Boches ne tirent pas lorsque nous y sommes.

Nous faisons un mauvais repas par jour.

29.4.16 samedi

Rien saillant.

Le ravitaillement est insuffisant.

30.4.16 dimanche

Rien saillant.

Le beau temps continue, le soleil brille.

1ER MAI 1916 lundi

Les boches bombardent un peu plus que d’habitude, 2 morts, 2 blessés à la 2e Cie.

Ça chauffe du côté VauxDamloup.

2.5.16 mardi

Dans la journée quelques combats d’avions.

Un français est descendu au sud de Vaux.

3.5.16 mercredi

Notre secteur est relativement calme. Ca tape à droite et à gauche.

4.5.16 jeudi

Rien saillant.

Le beau temps continue.

5.5.16 vendredi

Rien saillant.

On parle de relève.

6.5.16 samedi

Il pleut. Ce matin « alerte », vive fusillade sur notre droite, mais dans notre secteur… c’étaient des caisses de cartouches qui brûlaient, incendiées par les obus Boches.

60 000 cartouches brûlent.

7 et 8.5.16 dimanche et lundi

7 rien, il pleut.

Le 8 à 9 h nous sommes relevés par le 140e, allons jusqu’à Haudainville sans incident, y arrivons à 4 h 30 du matin (9) les boyaux sont pleins de boue.

 

 

Extrait du journal du 140e RI. On y constate bien la relève du 415 par le 140e RI.

9.5.16 mardi

Matin repos.

 

Soir nettoyage. Je vois Pacaud et nous causons.

10, 11 et 12.5.16 mercredi, jeudi et vendredi

Nous passons diverses revues, on nous ennuie quoi. Il n’y a pas moyen de se reposer tranquillement. Nous apprenons que nous allons remonter aux tranchées du côté de la Caillette, ça va chauffer.

Qui sait si je redescendrai ? Montons probablement ce soir à 6 h.

On entend une canonnade intense.

 

Nous sommes partis d’Haudainville à 7 h.

Arrivés à 1 Km de Verdun les Boches font un barrage près de nous. Nous nous couchons, pas de mal, alors nous continuons à avancer.

Les obus semblent nous suivre, il y en a un qui tombe derrière un mur contre lequel nous nous abritons, nous nous mettons alors dans une cave. Les coups s’espacent, nous repartons et arrivons enfin dans Verdun à l’hôpital Ste Catherine où nous devons passer la nuit et la journée de demain.

Le bombardement de Verdun continue, un obus tombe dans la cour de l’hôpital, nous y sommes passés 5 minutes avant et nous sommes dans des caves protégés par 10 cm de béton, c'est-à-dire à la merci du premier obus qui tombera là.

Je dors allongé sur le bitume.

13.5.16 samedi

Journée calme, nous mangeons et nous nous reposons.

À 7 h 20 en route avec 6 jours de vivres de réserve. Quelques obus tombent sans mal.

Des cadavres sont étendus un peu partout, une tête, un bras manquent. Vision d’épouvante !

Dans le ravin de la Mort quelques obus tombent sans nous faire de mal, nous passons et nous arrivons enfin.

Je suis dans un abri, fait par quelques traverses de chemin de fer appuyées contre une muraille, avec Valery. Nous ne pouvons aller en ligne, on ne peut y rester.

Je dors.

14.5.16 dimanche

Les obus sifflent, les mitrailleuses crépitent parfois, nous ne sortons pas de notre abri, nous mangeons des vivres de réserve, mais rien à boire.

Je souffre de la soif.

15.5.16 lundi

Le ravitaillement n’arrive pas, nous restons toujours dedans.

Je bois de l’alcool de menthe pur.

Oh la soif !

16.5.16 mardi

Le matin léger bombardement à partir de 1 h.

Le tir se précise, les Boches essayent de toucher nos abris.

Des avions passent, nous signalent à coups de mitrailleuses et ce sont des rafales d’obus qui nous arrivent, tombant parfois à quelques mètres de notre misérable abri qui se remplit de poussière et de fumée. Je suis couché à côté de VALÉRY, nous sommes anéantis par le bruit et je fume en attendant l’obus qui nous tombera dessus.

 

À 4 h 30 quelques obus tombent plus près de nous, le mur et les traverses sont ébranlés, un petit éclat entre par un trou du mur et me frappe violement à la cuisse gauche.

Sur le coup je crois que c’est une pierre.

Je dis à VALÉRY :

« Je suis touché »

 

Je regarde, un éclat gros comme le bout du petit doigt a pénétré, a fait 4 ou 5 cm et se trouve à quelques cm de profondeur où il fait une petite bosse.

Je me panse.

Le bombardement continue et peu à peu nous nous sentons devenir fous, peu à peu le calme intérieur d’avant ma blessure disparaît et maintenant j’ai peur, je crois à chaque instant qu’un obus va nous écraser et c’est ainsi jusqu’à 8 h.

Oh les horribles moments.

Enfin j’avise mon caporal que je suis blessé et je pars. Je passe au major du bataillon puis à celui du régiment avec VALÉRY, évacué pour commotion, puis nous partons.

Au milieu du ravin de la Mort nous sommes pris tous les deux sous un tir de barrage, nous nous couchons dans un trou.

Alors commence une vision d’épouvante.

Les obus tombent sans discontinuer autour de nous, parfois à 1 ou 2 m de notre trou. Les morceaux volent en sifflant, nous sentons la fumée et la chaleur des explosions, c’est terrifiant.

Je m’attends à chaque instant à être broyé par un obus. VALÉRY à côté de moi récite des prières, pleure et implore la Vierge, moi je pense : si tu sors de là il existe vraiment un Dieu et je pourrai y croire. Et le tir continu, la fusillade crépite. Sortirons-nous jamais de cet enfer ?

Le bruit et l’approche de la mort que l’on sent rôder nous rendent fous. Nos têtes chavirent et nos cerveaux roulent dans nos crânes. C’est l’épouvante !

Comment n’avons-nous pas perdu la raison dans cette épreuve ?

Je ne sais.

Enfin je n’y tiens plus. Il y a une demi-heure que nous sommes sous les obus. Je dis à VALÉRY : partons, et nous voilà partis, nous courons, fous de terreur. Les obus ne tombent pas loin mais pas un ne nous touche, décidément nous sommes gardés. Enfin nous passons le fort de Souville et nous prenons les autos.

 

Trois obus tombent encore près de l’auto, les Boches ne veulent pas nous lâcher.

Enfin nous passons Verdun, je commence à respirer.

Nous arrivons à Dugny où l’on me fait une piqûre antitétanique. Nous repartons en auto et nous arrivons à la Queue du Soldat où nous mangeons. Là VALÉRY me quitte, il va à Toul, moi à Chaumont-sur-Aire.

17.5.16 mercredi

Je prends une auto américaine, nous faisons 25 Km dans la campagne verdoyante. Je respire à pleins poumons, je me sens revivre !

Dire qu’il y a quelques heures seulement j’étais sous la mitraille.

Oh l’horrible cauchemar !

J’arrive à Chaumont-sur-Aire, ambulance 37.

 

À 5 h du matin je prends du café au lait.

 

À 9 h je vais au pansement. On m’extrait l’éclat sans m’endormir, je ne sens pas trop, mais après la jambe me fait mal pour marcher.

 

À 11 h nous mangeons, après j’écris.

18.5.16 jeudi

À 10 h nous mangeons et je pars en auto jusqu’à la gare.

Je prends le train et j’arrive à Remigny à 4 h 30.

 

Je passe une visite, on met sur ma fiche E.I. (évacué intérieur). Je mange. Nous embarquons à 6 h, à 9 h nous mangeons à St Dizier, puis je me couche et je dors.

Direction Paris.

19.5.16 vendredi

À 5 h du matin nous roulons toujours. Une sœur me réveille à une gare pour me donner un œuf, je le gobe, je bois le café.

 

À 7 h nous mangeons et buvons le café.

 Nous passons Melun à 8 h à 10 h Corbeil et nous bifurquons direction Orléans.

 

À 2 h nous mangeons à Orléans et à 3 h 30 nous arrivons à Beaugency (Loiret), à l’hôpital N° 47, salle 6.

Je me déshabille, je me change. Nous mangeons et je couche dans un bon lit qui me fait plaisir. Il y a si longtemps que je n’ai couché que sur la terre.

Je suis avec Garnier qui a fait le voyage avec moi.

20.5.16 samedi

Le matin j’écris.

 

À 11h et à 5h30 soupe.

 

L’après-midi on me panse.

Je souffre un peu car on me passe une mèche dans la blessure, il y a un peu de suppuration. L’ordinaire est bon, ¼ de l. de vin par repas. Nous avons la visite du curé qui nous cause un peu.

21.5.16 dimanche

Dans la journée j’écris, je joue aux cartes et je lis. Nous sommes bien ici.

Je ne souffre pas trop.

Du 22 au 27.5.16

Je partage ce temps entre la correspondance, la lecture, les repas, quelques promenades dans Beaugency qui est gentil et au bord de la Loire.

Tous les deux jours pansement, je ne souffre pas trop et je me sens renaître peu à peu loin des horreurs de la guerre.

Bruits de départ pour Bordeaux le 29 ou le 30.

28, 29 ET 30.5.16

Dans ces trois journées rien de vaillant, je lis, je mange, je dors.

Le 30 dans l’après-midi nous touchons le prêt.

 

À 7 h 30 je pars en voiture à la gare.

 

À 8 h 30 le train part.

Le matin nous roulons toujours. Nous passons Bordeaux et nous sommes ravitaillés à Dax.

 

Nous arrivons à Lourdes à 6 h 30 du soir après avoir passé des landes et des landes dénudées.

Je prends une auto et j’arrive à l’hôpital Assomption.

Je suis avec Garnier. Je reste seul de Beaugency dans une salle du bas où il n’y a que les blessés aux jambes.

Nous mangeons et je fais une carte pour Lyon.

1e juin 1916 jeudi

Matin café, après pansement. Nous sommes un peu mieux soignés qu’à Beaugency, la nourriture est la même. Le pays est beau, panorama admirable.

 

Soupe à 11 h et à 5h. Dans la journée j’écris et je lis. Bon lit.

2.6.16 vendredi

Matin encore pansement mais on ne passe pas de mèche dans la blessure, je ne souffre pas. Nous sommes très bien.

J’écris encore.

3 et 4.6.16 samedi et dimanche

Rien saillant. Je ne sors pas et je vais beaucoup mieux.

C’est un major qui nous soigne et il y a une sœur pour 2 salles.

5.6.16 lundi

Matin pansement. Ca ne suppure plus et ce sera vite guéri.

 

Le soir je sors et je visite la basilique qui est une merveille : de beaux marbres, de riches autels, des dorures partout, c’est splendide.

Je visite aussi la grotte.

6.6.16 mardi

Le matin je vais au dentiste pour me faire soigner les dents, mais il faut une autorisation, je reviendrai demain.

 

L’après-midi je ne sors pas, je lis et j’écris.

7.6.16 mercredi

Matin je vais au dentiste, il me fait un pansement dans une dent, j’y retournerai demain.

 

Soir je lis et j’écris.

8, 9 ET 10.6.16 jeudi, vendredi, samedi

Rien de saillant. Je sors parfois et je visite la ville.

Le matin je vais au dentiste. Ma blessure va très bien et ne suppure plus du tout. Je m’ennuie.

Lucie va peut-être venir demain.

11.6.16 dimanche

Lucie ne viendra probablement pas. Je m’ennuie.

Ma blessure est presque guérie, je pense bientôt partir.

Georges SIBERT (croix) à l'hôpital de Lourdes 1916

 

12 au 16.6.16

Rien de saillant. Les pansements continuent et ma blessure va de mieux en mieux.

Je visite chaque jour un coin de la ville : le Calvaire, les Grottes du Loup, le Château Fort. J’ai causé au major pour la balle que j’ai dans la main gauche et qui me gêne parfois, il va probablement me l’extraire (16.6)

Aujourd’hui je ne suis pas sorti, matin pansement, soir lu et écrit.

Après 5 h je joue aux cartes.

17.6.16 samedi

Matin je vais au dentiste, il ne vient pas. Après-midi je ne sors pas, lu.

18 ET 19.6.16 dimanche et lundi

Rien de saillant, je ne sors pas.

Je lis beaucoup et j’écris et … je m’ennuie. Je devrais pourtant être heureux !

20.6.16 mardi

Matin je vais au dentiste, va bientôt me la plomber.

 

Le soir je commence mon journal et joue à la manille. Pendant que j’étais au dentiste le médecin principal a passé et en a expédié plusieurs. Si j’avais été ici j’aurais peut-être été du nombre.

IL est vrai que j’ai ma balle à extraire. Il a ordonné également de faire couper les cheveux presque ras.

C’est idiot mais bien militaire !

On nous embête même lorsque nous sommes blessés.

21.6.16 mercredi

Je reçois quelques lettres et je réponds. Je travaille à mon journal dans l’après-midi m’arrêtant à 8 h du soir. Je me couche alors et je lis.

22.6.16 jeudi

Matin dentiste, il ne vient pas son enfant est malade. Le soir je travaille à mon journal.

23.6.16 vendredi

Matin dentiste, il me fait encore un pansement ! Il fait durer un peu longtemps.

 

Le soir j’écris.

24.6.16 samedi

Matin le chirurgien passe et dit que j’irai à la radiographie ce soir.

J’y vais, on prend un cliché de ma main.

25.6.16 dimanche

Dans la journée je lis, le soir je vais au cinéma. C’est un millionnaire de Bordeaux qui fait cela pour les blessés. C’est très joli et je passe une bonne soirée.

26.6.16 lundi

Je suis à la diète.

 

À 2 h 30 on vient me chercher et je vais à la salle d’opération. Une fois sur la table on m’endort assez facilement au chloroforme, je ne souffre pas et je me réveille dans mon lit.

Je souffre quelque peu.

27.6.16 mardi

Je vais bien, j’ai vomi un peu.

Je ne sens presque plus rien à la main mais j’ai faim et je mange !

28.6.16 mercredi

Je suis tout à fait rétabli.

J’ai vu ma main ce matin, on m’a recousu et ce n’est rien.

29 et 30.6.16 jeudi et vendredi

Rien de saillant, je lis, j’écris et je joue aux cartes. Je fais également quelques promenades. Je visite le lac.

1er juillet 1916 samedi

Le soir je me balade un peu à la campagne.

2.7.16 dimanche

Après-midi, je sors.

Je fais une petite promenade et je vais voir la procession qui se déroule en grandes pompes dans les rues de la ville mystique. Partout des drapeaux, des oriflammes, de la verdure, c’est gentil.

 

Le soir à 8 h 30 je vais au cinéma. Je rentre à 11 h, c’était joli.

Georges SIBERT en juillet 1916

3.7.16 lundi

Dans la journée je ne sors pas, je lis et j’écris.

4.7.16 mardi

Matin pansement, le major m’enlève les points de suture et on me met la main sur une planchette.

Il pleut, je suis triste.

 

À 4 h le médecin chef passe, il faut que des blessés partent pour Argelès ou St , toujours à l’hôpital.

Il prend mon nom. Je joue à la manille, après la soupe de 5 h je lis et écris. Partirai sans doute après-demain.

5.7.16 mercredi

Rien saillant. Je ne pars pas, ferai sans doute mécano.

6.7.16 jeudi

Matin rien. On me refait le pansement de la main. La paume reste pliée, il faudra sans doute un peu de mécano.

Soir petite balade à la campagne.

 

 

Lucie et Raymonde, femme et fille de Georges

7.7.16 vendredi

Matin et soir j’aide aux pansements, je joue aussi aux cartes.

À part cela rien de saillant.

Il pleut.

Je ne suis pas parti à Barèges parce que ma main est un peu repliée en dedans et le major pense que de la mécanothérapie et de l’électricité seront nécessaires.

8.7.16 samedi

Matin j’aide aux pansements.

Il y a deux amputés des jambes dans la salle, opérés avant-hier, il y a du travail.

9.7.16 dimanche

Matin j’aide aux pansements, soir le temps est incertain, je joue aux cartes, j’écris et je lis.

10.7.16 lundi

Matin j’aide aux pansements. Le major me garde encore 8 jours, sous l’influence de la sœur, parce que j’aide. Je ne sais si j’irai tout de même à la mécano après.

 

Le soir on fait encore un pansement.

J’écris, je joue aux cartes et je lis.

11.7.16 mardi

Matin j’aide aux pansements, le soir aussi un peu, je lis et j’écris.

12.7.16 mercredi

Matin j’aide aux pansements.

 

Soir je fais une promenade à la campagne.

13.7.16 jeudi

Matin j’aide aux pansements, soir je joue à la manille et j’écris.

16.7.16 dimanche

Matin j’aide aux pansements et j’apprends que je pars demain pour la mécano à St Fray.

 

Soir joue aux cartes, me prépare et je lis

17.7.16 lundi

À 7 h 30 départ de l’Assomption.

J’arrive à St Fray. Nous sommes libres jusqu’à demain 9 h. La nourriture est mauvaise.

 

L’après-midi je sors en ville.

Je m’ennuie et je ne fais que dormir !

18.7.16 mardi

À 7 h café au lait.

 

À 9 h je vais à la mécano qui fonctionne à l’asile N.D.L. Le major me regarde et dit « cicatrisation fibreuse ».

Je commence ce soir.

 

À 11 h soupe, ça ne vaut rien ! Je dors jusqu’à 2 h.

 

De 2 à 2 h 30 mécano. Je place ma main sous un appareil, cela fait fonctionner les doigts et la main.

 

De 2 h 30 à 3 h électricité, envoi de courants intermittents qui obligent les nerfs à se mouvoir. L’index reste à peu près réfractaire.

Après je fais un tour, je casse la croûte dans un café et ne mange presque pas à l’hôpital.

Nourriture très défectueuse.

19.7.16 mercredi

Matin de 7 à 8 h  gymnastique suédoise et jeu de barre.

 

De 9 h à 9 h 30 je mets ma main dans un four chauffé à 90° par le gaz, puis de 9 h 30 à 10 h je me fais masser.

 

Soir même traitement qu’hier. Je m’ennuie.

20.7.16 jeudi

Le traitement continue semblable et monotone. J’en ai déjà l’habitude.

 

Après 3 h je fais un tour en ville. Je rentre, soupe, écris sur la terrasse. Le soleil est déjà couché, le temps est délicieux.

21.7.16 vendredi

Dans la journée traitement habituel.

 

Après 3 h je fais un tour en ville, je rentre et je lis sur le balcon jusqu’à 9 h après la soupe.

22.7.16 samedi

Dans la journée traitement.

 

Après 3 h petite balade.

 

Après 6 h je sors sur le balcon comme chaque soir, je lis « Dieu et la fin de Satan » de V.H.

23.7.16 dimanche

Aujourd’hui pas de traitement.

 

À 7 h café au lait très mauvais. Après je me débarbouille, j’écris, je lis.

 

À 11 h soupe.

 

Après-midi je monte au Pic du Jer par le funiculaire, en redescendant je vais au café.

Du 24.7.16 au 26.7.16 lundi, mardi, mercredi

Rien de saillant ces jours-ci. Je continue le traitement qui ne fait pas grand-chose.

Je fais quelques promenades. Grand-père très gravement malade, gangrène du pied. Je demande pour savoir si je pourrais avoir une permission, on me répond « impossible ».

C’est malheureux.

Aujourd’hui éclate au soir un orage épouvantable.

La pluie tombe à flot, le ciel est sans cesse illuminé d’éclairs éblouissants. Je ne puis dormir. Un soldat est mort ici.

27.7.16 jeudi

Matin enterrement du soldat. J’assiste à la messe et je vais jusqu’au cimetière.

 

Le soir traitement et visite du major. Le masseur chef me dit de me faire soigner par lui.

Après je fais un tour en ville. Il pleut par intervalle.

28.7.16 vendredi

Matin je me purge, je ne vais donc pas à la mécano.

 

À 11 h je mange au petit régime. Après-midi je lis et j’écris.

29.7.16 samedi

Je vais à la mécano, le soir je fais un tour en ville.

30.7.16 dimanche

Matin rien.

 

À 12 h je sors avec Portal, nous faisons le tour par la vallée d’Argelès (14 Km). Il fait un soleil terrible, nous chantons en marchant.

J’attrape un coup de soleil au front.

31.7.16 lundi

Je me fais porter malade. J’ai mal à la tête, le major me donne 2 jours à rester couché.

 

Le soir je reste au lit, je lis.

1e août 1916 mardi

Je reste couché, on me monte à manger, je lis, j’écris.

2.8.16 mercredi

Matin je me purge, je dors et je lis.

Je mange peu.

3.8.16 jeudi

Je reste encore aujourd’hui dedans. Le mal de tête a presque complètement disparu, je mange mieux. Je lis, j’écris.

4.8.16 vendredi

Je recommence le traitement. J’y vais matin et après-midi.

Matin je reçois une lettre : grand-père toujours très malade.

 

À 4 h en rentrant je trouve le major et je lui en parle. Il me dit qu’il va m’envoyer à Tarbes en me proposant pour une convalescence mais que ce n’est pas sûr de réussir.

5.8.16 samedi

Matin le major signe ma feuille, il n’est pas sûr du tout.

 

Soir je ne vais pas à la mécano, je me ballade.

 

 

Après 6 h j’écris.

 

        

 

Carte de Georges Sibert à sa femme Lucie

 

6.8.16 dimanche

Dans l’après-midi je me balade.

7.8.16 lundi

Départ à 9 h. Prends le train à 10 h.

Arrive Tarbes 11 h.

Restons enfermés toute la journée dans l’hôpital de triage où nous nous ennuyons.

 

Dans l’après-midi ceux qui ne sont pas proposés pour une convalescence partent avec 7 jours, je reste.

8 et 9.8.16 mardi et mercredi

À 8 h passons la visite.

Veine, j’ai 20 jours !

 

À 12 h je prends le train pour Lyon, enfin ! Voyage toute la nuit, passe Toulouse, Sète, Tarascon, etc. …

Arrive à Lyon à 14 h le 9. Je fais de suite signer ma feuille à la place et j’arrive chez nous.

Quelle joie !

Du 10 AU 22.8.16

Comme le temps passe ! J’ai fait beaucoup de visites.

Ai dîné chez Oncle Georges, Tony, chez Roche, chez Pacaud.

Ai vu Prevel etc. …Le temps est beau. Je me suis fais inscrire hier à la place pour demander une prolongation, je passe mardi prochain.

Je n’ai pas le temps de m’ennuyer ici, il me semble que j’arrive.

Lorsque l’on est heureux on n’a pas d’histoires. Michel est venu dimanche passé avec une permission de 24 h.

Du 23.8.16 au 31.8.16

Du 23 au 29 rien de saillant.

Je sors avec Prevel, je me balade.

 

Le 29 à 2 h je passe devant la commission convalescence qui me donne… 2 mois !

Quelle chance, j’en suis épaté !

 

Le 30 je passe la journée avec VALÉRY qui remonte au front.

Nous nous promenons en ville, il dîne et soupe chez nous.

 

Le 31 je sors l’après-midi avec Prevel, nous faisons un tour au parc.

Je vois Bourret qui est en perm pour 6 jours.

1.9.16 vendredi

Je suis allé après avoir obtenu ma convalescence à ma boite pour voir si je pourrais y travailler pendant ces deux mois.

On a écrit à Paris et j’aurai une réponse demain. Je ne sors pas aujourd’hui. Je lis et j’écris.

Du 1.9 au 5.10.1916

Le 5 je rentre à ma boite à 100 F par mois.

Il n’y a presque rien à faire, mais cela m’occupera et me rapportera un peu. Depuis et jusqu’à aujourd’hui jours calmes.

Pacaud vient 2 fois en permission et remonte sur le front dans un secteur calme de Reims.

Ferrari vient également pour 7 jours.

Nous faisons quelques parties de boules, puis il repart dans le même secteur que Pacaud. J’ai reçu plusieurs de leurs nouvelles.

 

Je vois plusieurs fois Prevel qui vient dîner chez nous, Roche y vient également. Je vais chez lui. Je vais au cinéma, au théâtre. Je lis à la boite car il n’y a pas grand-chose à faire.

 

Mais le temps a passé, plus que 26 jours !

Je suis heureux ici. Le grand-père va mieux. Michel est venu en perm 2 fois, il doit revenir dimanche prochain.

On m’envoie de Marseille mon indemnité de convalescence, 45 F par mois. Je ne m’en fais pas et ce sera dur de repartir.

Raymonde est bien diable.

Du 6.10 au 12.11.16

Tout ce temps coule sans incidents notables.

Je travaille à ma boite où je ne fais pas grand-chose, je lis surtout et je fume. Je rends diverses visites, M. Bador, l’oncle Georges et Tony, Roche, Mauvernay, Bourret etc. … Talon vient en Perm pour 6 jours, je le vois et nous sortons un peu.

 

Le 21/10 je passe la visite et on me donne 15 jours de prolongation, je dois pendant ce temps aller passer une visite au nouveau lycée.

J’ai passé la visite le 9 et on va m’hospitaliser à Lyon au nouveau lycée.

Il parait qu’on y est très mal.

Je passe donc une dernière visite mardi et j’entre à l’hôpital jeudi ou vendredi.

Ah le temps passe bien vite ! ! ! Michel vient plusieurs fois en perm, environ tous les 15 jours.

Il quitte aujourd’hui Grenoble pour le camp de Nyons.

 

Michel SIBERT, frère de Georges

 

 

Le Journal s’arrête ici.

Après…

 

Après sa convalescence Georges SIBERT est reparti pour le front où il a été gazé.

 

Michel SIBERT, son frère, le chasseur alpin, s’est fait tuer le 31 août 1918 à Vauxaillon (Aisne) et repose à la Nécropole Nationale de Cuts (Oise)

 

Georges est décédé en 1939 à la veille d’une autre guerre.

 

 

La petite Raymonde a aujourd’hui 91 ans.

 

 

Georges et Lucie n’ont pas eu d’autres enfants mais 2 petites filles, 5 arrières petits- enfants (dont un marié à une allemande et résidant à Hambourg !) et à ce jour 11 arrières-arrières-petits-enfants pour qui j’ai retranscrit ce carnet.

 

 

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