Merci à Alain, pour le carnet de son Grand-Père
Merci à Dominique, Brice et Christophe pour la
recopie du carnet

J’ai volontairement créé des chapitres pour rendre clair le récit, tout le reste est de sa main
Sur l’Aisne : Beaurieux, Pargnan,
Jumigny, Fismes
En Belgique sur l’Yser, secteur de
Nieuport
![]()
Le grondement sourd et
continu du canon semble se rapprocher sensiblement. Nous traversons Walcourt.
Le jour commence à poindre.
Dans la matinée du 22, mise
en batterie des pièces derrière le village à l’abri d’une petite crête.
Presque aussitôt, un avion
allemand survole les positions et jette
deux bombes qui blessent deux civils. Il est salué par une vive fusillade et
prend la fuite.
Hâves, exténués, couverts
de poussière, ils fuient en pleurant.
Triste et lamentable
spectacle !
La canonnade est plus
distincte.
On voit au loin des colonnes
de fumée noire qui s’élèvent.
A la tombée de la nuit,
nous voyons passer les débris des 74ème,
36ème, et 129ème d’infanterie.
Le canon cesse un peu.
Nous couchons sur nos
positions.
9heures : la première section de la batterie reçoit la
mission d’appuyer un bataillon de zouaves qui est en poste avancé.
Premier coup de canon
ennemi (77mm).
Fusillade sur notre gauche.
Nous partons avant le lever
du jour et marchons une partie de la matinée. Nous commençons à faire usage de
vivres de réserve.
On signale les uhlans et
nous devons nous retirer sans tirer un coup de canon. Il y a un petit moment de
panique.
Tout le monde se bouscule
en fuyant.
Il y a un peu de tous les
régiments mélangés.
La division a ordre d’aller
se reformer à Sautin.
C’est peut-être la seule
qui ait des données précises sur son point
de ralliement.
Nous nous replions encore.
Nous sommes harassés, ne
comprenant rien à cette surprenante retraite.
Nous continuons à nous
replier, canonnés de près.
Au moment où nous disposons
à manger,
On signale encore des
uhlans.
L’instant est critique.
La panique est à son
comble.
Nous abandonnons
tout : plats, marmites, dîner.
On nous fait mettre
revolver au poing et une pièce est braquée sur le milieu de la route. Nous
attendons ainsi quelque temps et à la faveur de la nuit nous nous replions
encore.
Nous reculons toujours et
entrons dans le département de l’Aisne.
Nous suivons la vallée de l’Oise le long de laquelle
d’importants travaux ont été effectués.
Nous arrivons à Sissy à
Nous avons comme
mission d’interdire la traversée de
l’Oise à l’ennemi.
La bataille est violente et
le soir, nous nous replions sous une pluie d’obus de tous calibres.
Ribemont : L’infanterie
défends l’accès des ponts aux Prussiens.
Vers le soir, la situation
est la même que la veille. La position est devenue intenable.
Nous devons l’abandonner.
Nous incendions une ferme
dans laquelle on a découvert du ravitaillement de bouche dont pourrait profiter
l’ennemi.
Nous poursuivons notre
mouvement de retraite. Nous cantonnons à Renansart.
Pillage de l’Economat.
Nous mourrons de faim et de
fatigue.
La division a parait-il
l’ordre d’aller se reformer sous les murs de Laon.
Des sections de munitions
et de ravitaillement, des convois de toutes sortes encombrent les routes. Nous
cantonnons à Saint-Marcel-Sous-Laon.
La division recule encore.
Nous traversons l’Aisne.
Le génie s’apprête à faire
sauter les ponts derrière nous.
L’ennemi nous serre de
près.
Nous nous inquiétons de ses
progrès constants.
Nous quittons le
département de l’Aisne, nous entrons dans
Le génie pose des pétards
sur les ponts pour les faire sauter.
On fait activer la
traversée des convois.
Nous sommes d’arrière garde
et recevons la mission d’appuyer la
retraite de quelques bataillons
d’infanterie qui n’ont pas encore franchi la rivière.
La retraite s’accentue de
plus en plus et prend les proportions d’une déroute effroyable.
Les chevaux ne peuvent plus
avancer et tombent comme des mouches.
Des fourgonniers vident sur
la route le contenu de leurs voitures pour
s’alléger.
Des conducteurs de caissons de 155 abandonnent des projectiles.
Sur la route, il est
défendu, sous peine de mort, de couper une colonne en marche, défendu aussi aux
conducteurs de voitures : caissons, fourgons, chariots de parc de trotter.
La prévôté (maréchaussée)
veille à l’exécution de ces ordres. Je vois un capitaine de gendarmerie
flanquer deux balles de revolver au conducteur d’un fourgon qui a trotté une
dizaine de mètres pour rejoindre sa colonne.
Un de ses chevaux est tué.
Nous sommes attaqués de
trois côtés à la fois.
Montmirail :
Les troupes du camp retranché de paris sont déployées dans la plaine au dessus
de la ville et creusent hâtivement des tranchées (de simples fossés).
Nous traversons Montmirail.
La ville est déserte, toutes
les maisons sont closes.
Nous sommes séparés des
batteries et ignorons totalement la direction qu’elles ont prise.
Le régiment est sectionné en plusieurs morceaux.
Nous marchons une partie de la nuit et faisons une
halte de quelques heures à l’orée d’un
petit bois.
A la pointe du jour, nous
rencontrons une patrouille de cuirassiers qui nous donne des renseignements sur
la direction à prendre.
Départ.
On ne sait plus l’heure.
Dans la matinée, nous
retrouvons les batteries par hasard et nous reprenons notre place dans la
colonne. Nous marchons une partie de la journée.
Chaleur épouvantable et pas
d’eau.
Nous allons camper tout
près de Saint-Brice, à
Au matin, la division se
groupe dans la plaine.
Nos officiers nous font
prendre connaissance du fameux ordre du jour du général Joffre.
Nous entendons
distinctement le crépitement de la fusillade et le grondement sourd et
ininterrompu du canon.
Nous sommes aujourd’hui
troupe de réserve.
La nouvelle est accueillie
avec joie.
Nous oublions toutes nos
fatigues et nos malheurs des jours précédents.
A la faveur de la nuit,
nous avançons de quelques kilomètres pour nous tenir à portée des régiments de
1ère ligne.
Canonnade à Saint-Martin-des-Champs près de
Nous attendons la nuit pour progresser de quelques kilomètres.
Nous sommes toujours en
réserve.
Nous poursuivons notre
mouvement en avant et nous allons bivouaquer près d’une ferme dont nous
ignorons le nom.
Les éclairs se succèdent
sans interruption.
On dirait que les éléments
du ciel se sont déchaînés pour s’ajouter à l’infernale bataille qui se poursuit avec une rage croissante.
Pendant quelques instants,
on ne distingue plus le bruit du canon parmi le grondement du tonnerre.
Nous reprenons au matin
notre marche en avant.
Nous traversons le petit
bourg de Fontenelle à la sortie
duquel on peut voir les traces d’un sérieux engagement.
De nombreux cadavres qui
gisent encore pêle-mêle dans les poses diverses ou la mort les a surpris en
attestent la violence.
Nous quittons un instant le
chemin pour éviter les morts qui l’obstruent et on nous fait présenter les
armes au passage.
Les terres sont détrempées
par la pluie.
Panorama splendide.
Nous apercevons la ville de
Château-Thierry blottie au fond de la
vallée, à demi cachée par les bosquets d’arbres.
Nous allons camper à Nesle-en-Brie.
Il fait nuit.
Nous n’avons plus de pain.
Nous consommons notre
dernière provision de vivres de réserve et de pain de guerre.
Nous faisons halte sur la
place du palais de justice.
La population ne cache pas
sa joie de revoir les Français.
Nous pouvons encore acheter
des conserves (sardines), des biscuits et du vin.
Les Allemands n’ont pas
tout bu.
Nous passons non loin de la
demeure du grand fabuliste
Nous poursuivons notre
avance et faisons route avec les goumiers et les spahis marocains.
Le canon tonne déjà.
Mise en batterie à l’abri
d’un petit bois de sapins.
L’infanterie vient de faire
un bond en avant.
La population accueille ses
libérateurs avec un enthousiasme indescriptible.
La pluie tombe froide et
serrée.
Nous traversons
Arrivée sur le plateau de Merval, la colonne doit se
ranger sur la banquette de la route pour laisser passer une division de
cavalerie.
Il pleut et nous attendons
ainsi jusqu’à la nuit.
Il pleut toujours.
L’eau clapote dans nos
chaussures, nous grelottons de froid et de faim.
Mise à sac d’une
distillerie.
Nous marchons parallèlement
à l’Aisne en nous dirigeant sur Reims.
Violente canonnade sur les
hauteurs de la rive opposée.
La pluie a cessé.
Dans la matinée, nous
repartons à nouveau et suivons le canal de l’Aisne jusqu’à Concevreux.
Mise en batterie. Nous
couchons sur nos positions.
La bataille s’engage dès
l’aube avec une violence inouïe.
Nous tirons dans la
direction du fort de Brimont que les Allemands occupent et d’où ils nous
arrosent copieusement de marmites.
Dépense effroyable de
munitions : 6 à 700 obus par batterie. Nous couchons sur nos positions.
La canonnade reprend de
plus belle.
Nous reprenons la route par
laquelle nous sommes venus et nous nous dirigeons sur Roucy.
Le canon gronde toute la
nuit.
Départ avant le lever du
jour.
Le temps est brumeux, il
tombe une petite pluie fine sans discontinuer.
Mise en batterie.
Il est
Nous pataugeons dans la
boue jusqu’aux genoux.
Les routes sont devenues
impraticables. Rangés en colonne sur la lisière d’un petit bois, silencieux
sous nos lourds manteaux mouillés, nous attendons jusqu’au soir pour quitter la
position de batterie.
La pluie redouble.
Nous allons cantonner à Révillon.
18 septembre.
Nous passons la journée à Révillon.
Il pleut encore.
Nous grelottons de froid.
Nous avons mille
difficultés pour allumer du feu.
La pluie a cessé un peu.
Nous quittons Révillon dans la soirée.
Nous traversons le canal de
l’Aisne à Maisy-Beaurieux et allons
nous poster en surveillance tout près des positions anglaises.
Nous devons être en
position avant le lever du jour sur le plateau de Paissy.
2 heures du matin : Départ.
Il fait nuit noire.
Pour grimper la côte, nous
doublons les attelages des caissons et des canons avec ceux des voitures
lourdes et de quelques caissons qui restent en bas.
Les roues disparaissent
totalement dans la boue gluante.
Il faut faire vite, le
temps presse.
Nous arrivons enfin sur la
crête mais le jour commence à poindre.
Une violente fusillade
éclate : attaque allemande.
Mise en batterie
précipitée.
L’infanterie recule.
Il fait presque jour, nous
sommes vus.
On distingue nettement les
coups partir des pièces allemandes qui nous tirent dessus.
Une voix crie dans le
tumulte :
« Gare à la décharge ! Couchez vous ! »
Nous nous couchons à plat
ventre dans la boue.
La rafale est passée.
Nous tirons une dizaine de
coups par pièces sur l’infanterie allemande que l’on distingue à l’horizon puis
nous nous replions en vitesse.
Les Anglais abandonnent 18
pièces de canons en emportant les appareils de pointage et la culasse de
chacune d’elles.
Nous reprenons une seconde
position de batterie.
La situation est critique.
Nous recevons l’ordre de tenir la coûte que coûte.
Une véritable pluie de fer
s’abat sur nous.
Devant l’impossibilité
d’approcher des pièces les caissons de ravitaillement, les conducteurs approvisionnent
à bras.
4 heures : Nous avons tenu bon.
Les Anglais reprennent
leurs pièces.
Par rafales, la mitraille
allemande s’abat sur nous, fauchant tout.
10 heures : Le feu de l’ennemi diminue un peu d’intensité.
Nous quittons la position
où nous sommes remplacés par le 24ème d’artillerie, car nous sommes
sérieusement éprouvés.
Nous ne retournons pas au
feu.
Nous employons la journée à
nous restaurer un peu.
On reconstitue des
attelages et on remplace les absents.
6
heures : Le lieutenant
rassemble ce qui reste d’hommes valides à la batterie et adresse un dernier
adieu à nos malheureux camarades tombés la veille :
« Enfants, la journée a été rude pour nous.
Plusieurs de vos camarades ont dû payer de leur vie la
dette sacrée envers la Patrie. J’aurais voulu assister à leurs derniers moments
et leur rendre les devoirs de circonstance. Je le regrette, un autre plus impérieux
me retenait à mon poste.
Je veux, aujourd’hui, dans la mesure du possible, essayer
de réparer ce que je n’ai pu faire hier.
Au nom de la France, au nom du 32ème
d’artillerie, je salue leur dépouille ».
Tête nue, nous écoutions la voix grave du
lieutenant et douloureusement émus, nous saluons comme lui.
« Et maintenant, reprend-il, nous
voici à peu près reconstitués
Nous
pouvons nous battre demain. J’espère que vous ferez vaillamment votre devoir
comme vous l’avez toujours fait jusqu’ici, que vous aurez à cœur de venger la
mort de vos malheureux camarades et que leur souvenir, toujours présent dans
vos mémoires, décuplera votre ardeur à combattre.
Vive la France quand
même ! »
Sur ces mots, le lieutenant
fait rompre les rangs et nous allons cantonner à la ferme de Jumigny.
Nous repartons au feu.
C’est une jolie contrée, remplie d’attraits
que cette province du Laonnais, avec ses vallonnements boisés, aux pentes
escarpées, parsemées de rochers aux formes bizarres, ses routes tortueuses qui,
par endroits, surplombent à pic les gorges et les vallons, ses petits villages dont
les vieilles maisons sont accrochées en amphithéâtre sur le flanc des coteaux.
Tout cela forme un ensemble des plus
pittoresques.
Nous traversons Pargnan et
tentons de prendre position au-dessus du village sur le plateau de Jumigny.
Nous sommes facilement repérés par les
positions allemandes et déjà les marmites nous encadrent. Nous nous retirons
immédiatement pour ne pas nous exposer comme dans la journée du 20.
Nous suivons la vallée encaissée où nous
sommes admirablement bien défilés. Mais le tir de l’ennemi nous suit dans notre
mouvement de repli.
Les fusants éclatent au-dessus de nos
têtes, mais beaucoup trop haut pour nous atteindre et les éclats retombent
inertes autour de nous.
Nous passons à Bourg et Comin
et traversons le petit village de Moulins à la sortie duquel nous prenons
position à mi-côte.
3 heures du soir : Un
avion allemand survole aussitôt les positions de batteries et lâche deux
fusées.
A 7ou 800 mètres en arrière des pièces,
derrière une éminence, habilement dissimulées dans les broussailles, sont
braquées les pièces lourdes anglaises.
Nous cantonnons à Moulins.
Nous reprenons nos positions de la veille.
Le résultat des démonstrations de l’avion
allemand ne se fait pas attendre : un bombardement systématique du coin de
terrain repéré la veille, à égale distance des batteries lourdes anglaises et
des nôtres, 150 projectiles sur une longueur de 4 à 500 mètres.
Résultat du tir : néant.
Nous conservons nos positions.
Les Allemands bombardent Moulins
et Beaurieux.
Quelques incendies sont allumés par des
projectiles. Nous dissimulons les pièces avec des branchages et nous creusons à
côté de chacune d’elles une tranchée abri pour les servants.
Nous conservons la position.
Cinq ou six percutants viennent éclater à
nos pieds, tuant deux chevaux et nous causant une frayeur bien légitime.
Mais il n’y a aucune perte d’hommes.
Nous quittons la position à
la tombée de la nuit, traversons Moulins, Bourg et Comin, croisons de nouveaux
régiments d’infanterie anglaise, passons à Oeuilly et franchissons l’Aisne à Haute-Rive
sur un pont de bateaux construit par le Génie.
Nous allons cantonner à Merval.
Nous sommes campés sur le plateau d’où nous
dominons toutes les hauteurs qui s’élèvent sur la rive opposée de l’Aisne.
Journée de repos.
Repos.
Un soleil brillant nous permet de faire une
toilette un peu plus soignée.
1 heure du matin :
Départ.
Même itinéraire qu’à l’aller.
Nous retraversons l’Aisne à
Oeuilly et prenons position à Beaurieux.
Journée calme.
Dans la nuit, violent bombardement et
simulacre d’attaque.
Journée assez calme.
Les Allemands essaient d’atteindre avec des
obus de gros calibre les différents ponts de bateaux jetés sur l’Aisne.
Les batteries restent en position.
Je suis désigné pour aller
porter la situation en munitions du groupe à la brigade. (Général commandant
Marchand)
Je suis reçu par un
officier d’Etat-major qui me transmet l’ordre de ménager les munitions.
3 heures du matin : Nous quittons la position, il fait un
froid vif. Nous retournons prendre à Moulins les positions que nous tenions
précédemment.
2 octobre.
De bon matin, je suis détaché avec un brigadier pour retourner
essayer d’obtenir des munitions. Nous allons à Maisy d’où l’on nous renvoie à Glennes
voir un commandant de parc qui nous donne comme réponse que nous serons
ravitaillés quand l’autorité compétente le jugera nécessaire.
Nous allons jusqu’à Fismes et retournons aux batteries en passant
par Longueval.
A Bourg-et-Comin, nous devons traverser l’Aisne sur un pont de
bateaux mais nous sommes arrêtés par un factionnaire britannique qui nous
conduit à l’Etat-major anglais.
Nous sommes reçus par un
officier interprète qui nous délivre enfin le permis de passer.
Journée calme. Les nuits sont humides et froides.
Nous avons particulièrement
à souffrir des premières intempéries.
3 heures et demie du matin : Départ.
Le froid est excessivement
piquant. Nous sommes relevés par le premier groupe. Nous retournons à Merval.
Journée de repos.
Astiquage des brides et
nettoyage du harnachement.
2 heures du soir : Revue de détail du paquetage de campagne par le
capitaine et manœuvre à pieds pendant dix minutes.
Quelques projectiles de
gros calibre viennent tomber à proximité du parc.
8 heures du matin : Revue des chevaux par le
capitaine.
Par mesure de prudence, en
raison du bombardement de la veille, on recule le bivouac de 150 mètres environ.
Dernier jour de repos.
9
octobre.
2 heures et demie : Départ.
Même itinéraire que
précédemment.
Nous retournons à Moulins.
Les batteries reprennent
les mêmes positions. L’échelon reste la journée sur les bords de l’Aisne entre Oeuilly et Bourg et se rapproche des batteries de la nuit.
L’échelon s’installe dans la forêt de sapin entre Bourg et Moulins.
Hommes, chevaux et caissons
sont parfaitement dissimulés.
Journée splendide.
Le soleil brille avec
éclat.
Nous confectionnons des
huttes profondes de 40 à 50 centimètres avec des branchages et de la terre.
Pendant la soupe du soir, quelques fusants éclatent au-dessus de nos têtes.
Dans la nuit du 11 au 12, vers minuit, un caisson part
ravitailler la batterie.
Attaque nocturne.
On entend distinctement le
crépitement de la fusillade.
Le bruit du canon devient
assourdissant.
A l’approche du jour,
l’attaque diminue d’intensité.
Midi : Un 105 percutant vient tomber aux pieds d’un caisson
qu’on est en train d’atteler.
Deux conducteurs sont
grièvement blessés ainsi qu’un servant.
L’adjudant est tué sur le
coup.
Le corps du malheureux est
littéralement réduit en bouillie.
Les Allemands arrosent
copieusement le petit bois dans lequel nous sommes abrités.
Un second projectile tombe
sur un caisson plein d’explosifs. Le caisson vole en éclat mais les obus
n’explosent pas. Seule la poudre des gargousses prend feu.
Le bombardement redouble.
On reçoit l’ordre de partir immédiatement.
Il faut attendre pour cela un petit moment d’accalmie. Nous allons alors camper
sur le bord de l’Aisne, émus par la mort de notre pauvre adjudant.
Nous sommes encore sous le coup de l’émotion de la veille quand
une rafale de fusants vient éclater juste au-dessus du bivouac.
Seul un cheval est blessé.
Nous sommes dans un terrain marécageux et humide sous le brouillard qui monte
de la rivière.
4 heures du matin : Alerte.
Départ immédiat.
La nuit est fort noire et
nous éprouvons de grandes difficultés pour seller et garnir les chevaux.
Une petite pluie fine
commence à tomber.
Je suis détaché pour
escorter un convoi de chevaux blessés et malades. Nous traversons l’Aisne à Oeuilly et allons cantonner à Merval.
15 octobre.
La pluie persiste toute la matinée et cesse un peu dans l’après-midi.
Nettoyage des chevaux et du harnachement.
7 heures du matin : Promenade des chevaux.
Nous allons à Fismes où nous faisons l’abreuvoir des
chevaux dans la Vesles.
2 heures : Revue des chevaux et des hommes par le chef
d’escadron. On donne l’ordre de seller et de garnir en vue du départ proche.
1 heure du matin : Alerte.
2 heures et demie : Départ. Nous allons à Beaurieux en suivant le même itinéraire que précédemment. Nous
devons quitter la position sous peu.
3 heures du matin : Nous quittons Beaurieux.
Les batteries vont prendre
position à Moulins. L’échelon s’installe un peu en arrière dans une ferme entre
Bourg et Moulins.
19 au
23 octobre.
Tous les matins, promenade des chevaux.
Nous quittons avec regret
le cantonnement dans la nuit du 23.
Nous sommes installés à Révillon
dans une grande ferme dont le corps principal sert d’hôpital.
11 heures : Revue de chevaux par le capitaine.
Nous apprenons que la
division doit prochainement partir pour le nord de la France.
Les bruits de départ se confirment.
Nous faisons des
préparatifs.
Première distribution
d’effets d’hiver : chaussettes, flanelles, lainages.
3 heures du matin : Alerte.
Je suis désigné pour
accompagner les fourriers du groupe au logement.
Nous passons à Merval, Fismes, Saint-Gilles, Chécy, Chartreuve où les batteries
rejoignent à 10 heures. Nous cantonnons dans une ferme que nous avons déjà
occupée lors de la marche en avant.
Je suis détaché avec un brigadier pour essayer de réquisitionner
des chevaux dans la région.
Nous devons rejoindre à Fère-en-Tardenois.
Nous visitons toutes les
fermes et nous ne trouvons qu’un seul cheval abandonné par les uhlans pendant
leur retraite.
4 heures et demie du
soir : Nous passons à Cohan où nous nous enquerrons du mot de
passe à la prévôté. Nous arrivons à Fère-en-Tardenois à 7 heures.
Sur l’ordre formel du capitaine, nous devons poursuivre nos
recherches dans les pays avoisinants. Nous réquisitionnons deux chevaux à Villemoyenne.
L’un des deux a également
été abandonné par les uhlans.
Nous regagnons La Fère à midi.
3 heures : Embarquement pour une destination inconnue.
Nous roulons sur Paris.
Minuit : Nous arrivons dans la Plaine Saint-Denis et prenons
la ligne du Nord.
Nous passons à Amiens et Boulogne.
Le train s’arrête à Calais et prend un embranchement sur Hazebrouck en passant par Saint-Omer. Hazebrouck : Le train fait marche arrière jusqu’à Cassel où l’on débarque.
Il est 9 heures du soir.
La pluie tombe sans arrêt.
Le débarquement du matériel
s’opère promptement et sans bruit.
Dans la nuit noire, sous la pluie glaciale qui cingle le visage, la colonne se met en marche. Nous cantonnons dans une ferme à Oxelaëre.
On me renvoie requérir des chevaux dans les environs de Cassel.
Le brigadier est muni d’un
ordre de réquisition signé du commandant.
9 heures : Nous nous rendons d’abord chez le bourgmestre de Zuytpeene qui nous donne la liste des
chevaux valides de sa commune.
Il n’y a rien de bon.
Nous allons ensuite à Noordpeene et de là à Zermezeele où nous déjeunons chez le
bourgmestre qui nous a invité à sa table.
Nous faisons un repas de
prince.
Nous repartons avec les
musettes bourrées de fruits et de friandises en remerciant chaleureusement nos
hôtes qui nous ont si bien accueillis.
1 heure : Un cycliste que nous rencontrons en route nous
apprend que les batteries sont parties dans la direction de Furnes (Flandre belge) et que nous
devons nous mettre en devoir de rejoindre immédiatement.
Nous avons l’ordre de faire
manger les chevaux en route.
Nous faisons halte à Winnezeele où nous nous faisons délivrer
chacun un billet de logement par le bourgmestre.
Nous couchons dans un bon
lit.
7 heures : Départ de Winnezeele.
Nous traversons Hondschoote où nous faisons une courte
halte pour faire manger les chevaux.
3 heures : Nous arrivons à Furnes.
Nous avons encore 8
kilomètres à parcourir pour rejoindre les batteries qui sont en position à Ramskapelle.
Nous croisons les débris de
l’armée belge que la division est venue relever. Les malheureux paraissent exténués
et semblent démoralisés.
L’échelon est cantonné à Wulpen.
La plaine qui s’étend aux
alentours de Ramskapelle est couverte
d’eau provenant des écluses de Nieuport
qui ont été ouvertes.
3 heures 30 : Alerte.
Nous repassons à Furnes dont toutes les cloches des
églises sonnent à toute volée à l’occasion de la Toussaint.
Journée splendide.
Nous traversons la grande
route d’Ypres sur laquelle nous roulons.
Nous passons à Westvleteren et allons bivouaquer tout
près de Poperinge en nous attendant à
partir dans la nuit.
Nous restons toute la journée à Poperinge.
Un soleil magnifique nous
ragaillardit et nous égaye un peu.
Près du cantonnement se
trouve un parc d’aéroplanes où sont rangés douze biplans anglais.
Du matin au soir ce n’est
qu’une suite d’atterrissages et de départs des appareils qui vont survoler les
lignes ennemies.
Journée de repos. Le grondement du canon nous parvient
distinctement.
On attend l’ordre de partir.
Le groupe seul est en
réserve, à la disposition de l’Etat-major du 32ème Corps.
Dans la soirée, un avion allemand survole le bivouac et lâche
une bombe au-dessus du parc d’aéroplanes : l’effet est nul.
A cet instant, un monoplan
piloté par un officier français et un Belge tente de s’élever pour partir à la
chasse de l’intrus. Mais l’appareil heurte un arbre en quittant le sol et
capote.
Les deux malheureux sont
violemment projetés à terre et grièvement blessés.
L’officier français mourra
le lendemain.
Le canon a grondé fort toute la nuit.
La journée est un peu plus
calme. Le temps est excessivement doux. Va et vient continu de convois de
toutes sortes.
La canonnade diminue d’intensité.
La vie de quartier
réapparaît. Revue en tenue de départ à 2 heures par le capitaine.
Brouillard.
Promenade de chevaux.
Manœuvre à pieds dans l’après-midi.
Canonnade nocturne. Le calme revient un peu dans la journée.
Repos.
Le canon tonne aujourd’hui avec une ardeur inaccoutumée ?
Nous recevons l’ordre de nous tenir prêts à partir et de faire nos préparatifs.
9 heures du soir : Le bivouac est consigné, les sentinelles ont reçu
l’ordre de ne laisser sortir personne.
Nous devons partir dans la
nuit.
1 heure ½ : Alerte.
2 heures 45 : Départ.
Au lever du jour, il y a contre-ordre.
Les batteries ne prennent
pas encore position. Nous cantonnons dans une ferme près d’Oostvleteren.
Les batteries prennent position à Noordschote.
Elles sont en poste avancé.
Le vent souffle avec
violence. De larges flaques d’eau rendent difficiles les évolutions de
l’artillerie.
Terres froides dans
lesquelles l’eau ne s’infiltre plus, sillonnées de canaux et de fossés.
Les troupes d’infanterie,
en particulier les tirailleurs africains, quoique pourvus de chauds vêtements,
souffrent beaucoup de la rigueur du climat. L’échelon est installé dans une ferme
sur la droite de Reninge.
Les avants trains des
pièces sont dans un petit bois qui se trouve en face.
Dans la matinée, les Allemands bombardent la ferme dans
laquelle sont installés les avant trains.
Un 105 percutant vient
tomber juste sur la ferme.
Un conducteur est tué sur
le coup, un autre est grièvement blessé et une demi-douzaine de chevaux sont
touchés.
L’explosion du projectile
allume un incendie qui trouve un aliment facile dans le toit de chaume et la
paille des greniers.
En quelques minutes tout
est en flamme.
On sauve à grand peine le
blessé et on est obligé d’abandonner dans la fournaise le corps du mort que
l’on retire le soir à moitié carbonisé.
Une partie du paquetage des
hommes et du harnachement des chevaux a été la proie des flammes.
Pendant la nuit, les avants
trains s’installent dans un nouvel emplacement.
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Les premières notes
de Lucien s'arrêtent en nov. 1914.
Son régiment (32ème
RAC), relevé le 25 décembre, part au repos jusqu'au 16 janvier 1915 à
Montdidier (Somme) et revient sur la côte belge dans la région de Nieuport où
il reste de janvier 1915 à avril 1916.
Les notes reprennent
le 21 avril 1916 :
"Adieu Belgique, la 38ème division quitte le secteur des
dunes où notre régiment est en batterie sur le bord de mer entre Nieuport et
Groenendick depuis le début de 1915. Il est remplacé par le 55ème
d'artillerie."
En mai 1916 séjour au camp de Crèvecoeur le Grand dans l'Oise
pour une période intensive d'instruction car la 38ème division doit devenir une
division de choc.
Après 3 semaines au camp de Crèvecoeur, le régiment est
transporté par voie ferrée à Revigny (Meuse) et arrive sur le front de Verdun.
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