
Mise à jour :
août 2010
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Ils ont vu, photographié, participé directement à des
fraternisations, des trêves, des ententes tacites...
Ils les ont racontés avec leurs mots, leur langage, loin des
communiqués officiels...
Extrait du carnet d’Henri VIDEAU
Extrait de la correspondance d’Henri VIDEAU
Extrait du carnet d’Edouard MATTLINGER
Extrait de la correspondance de Nicolas THEUREAU
Extrait du carnet de Jules BARBE
Extrait de l’album photos de Georges TARDY
Extrait du carnet de Frédéric BRANCHE
Extrait du carnet de Laurent COUAPEL
Extrait des lettres d’Ernest
BENOIST
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Il appartenait au 5e cuirassiers dont un escadron était rattaché au 269e RI depuis le 18 décembre 1914
A cette période il se trouvait dans l’Artois, à Carency (nord d’Arras)
Voir l’intégralité de son carnet
>>>
ici <<<
21
déc. 1914
« Le 21, échange sur le terrain de blessés. »
Journée tranquille, nous mangeons quelques biscuits et
singe, car pas de cuisine.
22
déc. 1914
« Le 22, les Boches ne tirent plus, que quelques
coups de fusils. »
23
déc. 1914
« Le 23, journée qui ressemble à la
précédente. »
24
déc. 1914
« Le 24, l’on apprend que c’est les Bavarois qui sont
devant nous et que les Prussiens sont sur notre gauche en face les chasseurs à
pied, sur la côte (125) et qui nous prennent d’enfilade. »
25
déc. 1914
Le 25, jour de Noël, les Boches et les nôtres vont boire le café
ensemble, et vont dans les tranchées de chacun, sans armes, s’échangent des
journaux, des cigares, cigarettes, tout le monde fraternisent et nous disent de
se méfier des Prussiens sur notre gauche et disent que si, ils se rendaient,
que leurs camarades seraient fusillés. »
La journée se passe sans incident sauf que chaque
côté, l’on a profité de cette accalmie pour fortifier le devant de nos
tranchées par des fils de fer. »

26
déc. 1914
Le 26, les Prussiens sont devant nous, les Bavarois
nous ayant avertis, en ayant mis des guenilles blanches aux fils de fer devant
leurs tranchées.
La fusillade recommence, 2 fantassins sont traversés
par des balles à côté de moi, je causais avec eux.
Je les traîne jusque dans le fond de la
tranchée. »
Voir
l’intégralité de son carnet >>> ici <<<
Voir les nombreux
autres cas de fraternisations (5e, 28e, 52e,
53e, 70e divisions d’infanterie)
![]()
Le
24 Décembre 1914
Chers Parents,
Nous sommes encore de retour des tranchées, nous
allons faire réveillon au cantonnement, ce qui sera plus chouette.
Pour notre Noël, nous avons reçu chacun un paquet. Dans
chaque paquet, il y avait : une savonnette, une orange, du fil, aiguille,
une petite fiole de cognac, 2 bâtons de chocolat, un petit peigne, une brosse à
moustache, où une glace, (et comme surprise, des calepins, des couteaux, une
pipe, etc.) et 10 cigarettes chacun.
C’était envoyé par les Ecoles de Tours, avec un petit
mot dedans, de Joyeux Noël et Bonne année, et quelques mots d’encouragement.
C’était très bien, et ça fait plaisir à tout le monde
J’ai reçu aussi le petit paquet, contenant cache-nez,
et chaussettes, la lettre aussi me l’annonçant, et je m’empresse de vous
répondre de suite. Quand au briquet, c’est ça qui est utile
Peut être que mon oncle Ernest m’en enverra un.
J’ai reçu une lettre de lui qui m’annonce aussi qu’Angeline
et Henry sont avec lui. Et que Florence a laissé son mari.
Pour le vin, l’on en touche tous les jours, de
l’eau-de-vie, du chocolat, du fromage. Ce qui fait toujours défaut, c’est le tabac. Car pour se
chauffer dans la tranchée l’on fume une cigarette, et les allumettes pas.
Enfin, bref.
Hier, dans la tranchée, il s’est
passé quelque chose qu’il faut vous dire.
En face de nous, à
Les Bavarois sont très chics, car ils
ont venu nous voir dans la tranchée ; ils nous ont dit : « Vous Françouss, tirez pas, nous non plus »
Pendant 2 jours et 2 nuits, pas un
coup de fusil.
Puis moi avec le Lieutenant, nous
avons été chercher un journal Bavarois ; ils nous ont offert des cigares,
des cigarettes ; le Lieutenant leur a donné un paquet de Maryland et moi 2
bâtons de chocolat que j’avais touché la veille ; il a fallu leur serrer
la main à tout prix, puis on a retourné dans notre local.
Le lendemain matin, des fantassins
des avant postes ont pris le café ensemble avec l’avant poste Boche. Et ils
disaient : « Se méfier, Prussiens dans le bois à gauche, tiré dessus
avec mitrailleuses » Je crois qu’ils vont faire réveillon ensemble.
Ca, j’en suis sûr, car je
l’ai vu de mes propres yeux ; mais ça n’a pas été partout pareil et pas
toujours.
Le paquet de flanelle et ceinture, je ne l’ai pas vu
mais j’en ai touché d’autres et 10 francs avec. Mes souliers, je ne sais pas
quand ils seront payés car l’on est éloigné du régiment et il faut que la liste
parte au ministère et retourne ; ce n’est pas tout de suite.
Enfin voilà 2 mois que où nous sommes rendus que les
Boches sont las.
Si vous m’envoyé de l’argent, envoyer moi des billets
dans la lettre, c’est plus commode ; car pour toucher de l’argent c’est la
scie.
Maintenant je remercie bien ma grande Cécile aimée du
beau cache-nez qu’elle m’a fait, car je ne le crois encore pas que c’est elle,
car c’est bien fait et épais et chaud.
Que je voudrais être auprès de vous et vous embrasser
bien fort, vous serrez dans mes bras
tous. J’espère que ça viendra bientôt, j’espère.
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Il appartenait au 372e régiment d’infanterie
A cette période il se trouvait dans le secteur de Friesen (Alsace)
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16
décembre
Départ pour les avant-postes à 11 heures.
Nuit très froide.
Etant de garde, j’ai souffert du froid des pieds comme
jamais. Très calme sur notre front.
17
décembre 1914
« Nous guettons la relève de l’ennemi qui se fit
à 7 heures du matin, comme depuis
plusieurs jours nous ne nous tirions plus dessus. L’ennemi passa sans se cacher
et nous dit bonjour en passant.
Nous étions à
Il n’y avait plus de gêne entre nous. Nous exécutions
nos travaux de part et d’autre sans nous dissimuler.
Temps superbe. »
18
décembre
« Toujours aux tranchées. Pendant mes heures de
garde, je grimpe sur un petit arbre et je
cause avec une sentinelle boche.
On s’en fait une miette. »
19
décembre
Nous travaillons avec le génie à la construction
d’abris et de ligne de défense.
Travail très bien fait.
20
décembre
Temps pluvieux. Journée d’ennui.
Je vais d’une grange à une autre pour tuer le temps.
Après-midi, je vais aux vêpres où j’éprouve un profond
chagrin en entendant les chants d’église et au loin, le bruit des canons.
21
décembre
Nous allons aux tranchées. Nous passons dans des
chemins impraticables. Nous enfonçons dans la boue de
Nous restons en réserve d’avant-postes.
La nuit, je prends 6 heures de garde en première ligne
(nuit très froide).
22
décembre
Tranchées, rien de nouveau.
Temps superbe.
Le soir, nous sommes relevés, et nous passons une
agréable soirée chez les habitants.
Nous jouons aux cartes en dégustant quelques litres de
bon vin.
Réveil à 6 heures, pour aller travailler aux tranchées.
Je passe une journée à planter des piquets avec une
masse.
Je me suis bien fatigué, si bien que l’éprouve des
troubles par suite de mon accident que j’ai eu dans le civil.
A un certain moment de la journée, 2
parlementaires ennemis s’avancent à nous avec le fanion de la Croix-Rouge pour
nous demander l’autorisation de ramasser des blessés. Cela nous parut très
louche, vu qu’il ne s’était livré aucun combat.
Les ordres furent transmis au commandant qui donna
l’ordre à une fraction d’hommes de se tenir prêts à faire feu sur l’ennemi si
toutefois la nouvelle était fausse.
Mais, les ordres avaient été mal transmis, il ne
s’agissait pas de blessés, mais de patrouilleurs ayant été tués.
Tout se passa sans incident L’ennemi
ramassa deux des leurs et un des nôtres. Nous continuons nos travaux jusqu’à 3h1/2 et nous
retournons à notre cantonnement où je me couche de suite, car je souffre de ma
tête.
24
décembre
Je vais à la visite où je suis examiné sérieusement.
Le major constate que j’ai de sérieux troubles
cérébraux et me donne une feuille d’évacuation. J’attends les voitures de
ravitaillement qui me conduisent à la gare de Chepuis
où nous restons 4 heures à attendre le chemin de fer départemental.
Je suis très heureux.
Je n’ose pas décrire ma joie.
(...)
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son carnet >>> ici <<<
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autres cas de fraternisations (5e, 28e, 52e,
53e, 70e divisions d’infanterie)
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Il appartenait au 167e régiment d’infanterie
A cette période il se trouvait dans le secteur de Reillon (Lorraine)
Voir l’intégralité de sa
correspondance >>> ici
<<<
5
janvier 1916 :
Cette lettre mérite d’être reproduite dans son intégralité pour les précieuses indications qu’elle donne concernant la vie des militaires sur le front des hostilités. :
« Mes biens chers parents,
Je m’empresse de répondre à votre gentille lettre que
j’ai reçue avec un vif plaisir en apprenant que la santé est bonne pour vous et
toute la famille. Pour moi tout va bien pour le moment. Excusez-moi si je suis
resté quatre jours sans vous écrire ; comme je vous l’ai dit j’étais aux
tranchées, cela m’était presque impossible d’écrire ; tantôt nous étions aux
créneaux, tantôt on était employés à enlever la boue et l’eau qui, parfois,
nous arrivait jusqu’au-dessus des genoux. Malgré tout je conserve bon courage
et bon espoir. En ce moment il faut savoir être patient et avoir conservé son
courage. Sachez être comme moi et tout ira pour le mieux, je le souhaite de
tout mon coeur.
Nous n’avons presque pas eu de pertes, deux tués et
une dizaine de blessés par les obus.
Entre nous, il n’y a pas grand chose, d’ailleurs,
c’est presque impossible avec le temps que nous avons, juste quelques coups de
fusils de temps en temps ; les boches
sont très raisonnables ; ils ont été jusqu’à fraterniser avec les nôtres au
petit poste ; ils ont échangé une boule de pain pour des cigares que les nôtres
leur ont donné, cela prouve que les boches en ont marre et je serais porté
à croire que la guerre sera bientôt finie, je le souhaite bien vivement.
Je suis de repos pour une huitaine de jours aussi je
vous ai demandé un colis, c’est à dire des limes fines et des bagues que mon
père me coulera car il ne m’est guère facile de trouver de l’aluminium, deux ou
trois pierres à briquet si le colis n’est pas parti, et une paire de
chaussettes ; il faudra m’en couler le plus possible et d’environ
J’ai reçu la lettre de grand-mère ainsi que le billet
; je la remercie du plus profond de mon coeur et vous l’embrasserez une bonne
fois pour moi.
Je termine en vous souhaitant bonne santé et bon
courage ; je vous écrirai ces jours.
Votre fils pour la vie et qui vous aime tous du plus
profond du coeur.
Nicolas »
En même temps
qu’elle nous montre la dureté de la guerre, cette lettre laisse transparaître
les différents états d’âme du jeune soldat : lassitude puis tristesse à compter
ses camarades de combat tués ou blessés, espoir de voir la guerre se terminer ;
et ensuite, alors qu’il est au repos, le goût pour des activités matérielles
plus agréables et enfin, la prévenance pour tranquilliser ses parents et leur
dire son amour.
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Il appartenait au 42e régiment d’infanterie
A cette période il se trouvait dans à la côte du Poivre (nord de Verdun)
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>>> ici
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Octobre
1917
Le 18 : au matin, notre
artillerie tire trop court, un 75 tombe dans un trou d’obus à
Une minute après un autre obus tombe encore plus près,
encore pas touché, mais toute la fumée de la poudre, je l’ai eu dans la bouche
et j’ai failli être asphyxié mais j’ai pu me sauver et je suis revenu quand
l’artillerie a eu allongé son tir.
Un de mes copains a été tué d’une balle en pleine tête
en voulant porter un des blessés. Les boches ont cru qu’on faisait un coup de
main, ils étaient tous sur le parapet.
Le reste de la journée a été calme, d’ailleurs il a
plu toute la journée et toute la nuit sans arrêter. Nous sommes trempés comme
des canards, nous ne tenons plus debout.
A minuit, on nous apporté à bouffer mais rien de
chaud, pas même du jus.
Le 19 au matin, les boches nous font signe avec leur
béret mais nous nous méfions. Ils nous
montrent des paquets de cigarettes.
Pour nous passer la soif, nous buvons de l’eau qui se
trouve dans les trous d’obus, de l’eau toute jaune par la poudre et les gaz et
qui a passé sur les macchabées.
Le 19 à 17 h : feu de barrage
violent par notre artillerie qui a commencé comme toujours par tirer trop
court : les obus nous tombaient dessus, avons dû quitter nos poste, encore
un de tué par les 75 . le feu
de barrage a duré jusqu’à 18 h00. Le
reste de la nuit calme
Le 20 au matin : très calme sauf un avion boche qui est venu nous
mitrailler.
Le 20 au soir : froid terrible,
nous ne savons pas comment nous réchauffer. Marcel vient d’aller à la visite et
il est évacué pour les pieds gelés, que je voudrais être à sa place.
Le 21 au matin : les boches nous disent bonjour et nous
donnent des cigarettes et des cigares. On leur donne du pain en échange.
Le reste de la journée a été calme.
Le soir mes pieds me faisaient mal, j’étais déjà
content, je croyais que ça allait empirer dans la nuit mais tout le contraire,
ça a passé.
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Il appartenait au
4ème Génie, compagnie 14/13
A cette période il se trouvait en Artois, dans secteur cote 140, cabaret Rouge (nord d’Arras)
Voir 300 de ses photos sur mon
site >>> ici
<<<
C’est une partie des photos qui est présentée sur mon site, vous
pouvez retrouver TOUTES ses photos et toutes ses lettres, dans un ouvrage
présenté sur le site de Bruno TARDY : Lettres
et photos de Georges TARDY
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Il appartenait au 99e régiment d’infanterie
A cette période il se trouvait dans la Somme, au bois Touffu, secteur Fay
Voir l’intégralité de son carnet >>> ici <<<
Merci à Bertrand
Dimanche 20 décembre 1914
(…)
Je commence à me former à cette vie de tranchées et à
m’orienter. Derrière nous se trouve Fontaine-lès-Cappy, et, sur notre gauche,
le Bois Commun. Nous sommes dans le Bois Touffu.
Devant nous et à gauche, sur le coteau, je vois le
Bois Carré qui est encore à l’ennemi, puis, plus sur la droite, le village de
Fay et, plus loin encore, le Bois Etoilé et Foucaucourt.
Nous sommes environ à cent cinquante mètres de
l’ennemi ; en d’autres points, les deux tranchées sont à soixante mètres
de distance. Des réseaux communs de fils de fer les séparent.
(…)
Jeudi 24 décembre 1914
La nuit a été froide, le soleil long à se lever ;
à peine daigne-t-il briller à midi. Il souffle une bise assez forte qui pince.
Depuis ce matin, violente canonnade vers Arras.
Quelque opération se prépare. Au rapport, paraît une
proclamation du Général Joffre : « l’heure des attaques a
sonné : depuis trois mois, nous nous tenons sur une défensive agressive,
nous avons usé l’ennemi ; nous sommes prêts en hommes et en canons. Haut
les Cœurs ! Il faut délivrer le pays ! Avancer ou mourir ! »
Le rapport ajoute d’autre part, que le Régiment doit
s’attendre à quitter le pays d’un instant à l’autre : il faut se tenir
prêt à charger les sacs sur des voitures, les vivres de réserve seront mis dans
la musette, la couverture et la toile de tente portées en sautoir.
… Histoire singulière et qui me donne à
réfléchir : Stefanaggi m’avait raconté que, dans
sa reconnaissance d’hier, les bleus, ses compagnons, l’avaient abandonné. Voilà
que Leroux vient de me certifier le contraire, au témoignage d’un caporal parti
la nuit passée en patrouille, dans la même direction, pour refaire celle de la
veille, mal conduite : succès complet, puisque quatre sentinelles ennemies
ont été surprises et tuées à coup de baïonnette… Ces pauvres, je les plains
sincèrement ; … mais j’ai pris la résolution d’ouvrir l’œil lorsque je
serai de faction la nuit.
J’ai écrit hier ma lettre de nouvel an pour maman.
Cela m’a donné le cafard pour une partie de la journée. Pour tous, les fêtes de
fin d’année auront de la tristesse : amis et ennemis, tous souffrent de la
séparation d’avec la famille et, même il semble que les hommes aient voulu
faire trêve à leur tueries, comme semble le prouver le fait suivant.
Vers quinze heures, à la 1e
Compagnie, sur notre gauche, à la hauteur du Bois Carré occupé par l’ennemi, en
un point où les tranchées ne sont distantes que d’une centaine de mètres, un
dialogue s’est engagé entre Français et Allemands. De part et d’autre, l’on
fait des signes d’amitié ; voici qu’un de nos caporaux mitrailleurs quitte
notre tranchée ; un gradé ennemi fait de même ; ils se rejoignent, se
serrent la main, échangent des cigarettes et descendent l’un et l’autre dans la
tranchée adverse. Bientôt, c’est un défilé de soldats ennemis dans nos
tranchées : il en vient huit, des Bavarois qui, une fois chez nous, ne
veulent plus retourner là-bas. Quand à notre caporal, il est renvoyé chez nous
avec force cigares et cigarettes.
Questionnés, nos prisonniers volontaires avouent une
grande lassitude de la guerre et nous préviennent, en outre, que les Prussiens,
nos vis-à-vis, ont décidé de nous attaquer cette nuit !
Vendredi 25 décembre 1914
Nous comptions passer une veillée de Noël bien
tranquille : ah oui ! Nous avons été des dupes !
En suite des déclarations faites par les prisonniers,
le Bataillon reçoit l’ordre de passer la nuit aux créneaux, prêt à toute
éventualité. Dès dix-sept heures, chacun est à son poste.
Clair de lune superbe ! Du côté
de l’ennemi, la fusillade a complètement cessé. Un silence impressionnant
règne, seul troublé par les coups de feu de nos sentinelles. Dans le lointain,
l’on entend les Allemands chanter, jouer du fifre et du tambourin.
Derrière mon créneau, l’oreille aux aguets, fiévreux,
j’attends les événements.
Dix-huit heures : quatre coups de 75.
Dix-huit heures quinze : les ennemis nous
envoient une marmite qui éclate avec fracas, assez loin de la tranchée… par
moments des fusées éclairantes.
Je suis las ; j’ai froid. Je me couche. Soudain,
l’on crie : « aux créneaux ! » minute inoubliable ! Je
bondis sur mon fusil, le doigt sur la détente, tremblant sur mes pauvres jambes.
C’est une fausse alerte… minuit… deux heures… tout le
monde s’est couché, éreinté… On nous fait lever… Encore cinq heures avant le
jour ! Et toujours le même silence en face de nous. Les chants ont cessés.
Cinq heures du matin… le brouillard tombe. On redouble
d’attention.
Six heures : le silence toujours… nous seuls
tirons… l’ennemi est peut-être là, prêt à bondir ; pourtant il envoie de
nombreuses fusées éclairantes, comme s’il craignait d’être attaqué… Non, il
n’attaquera pas et sottement nous avons veillé tandis qu’en face de nous
l’Allemand s’amusait.
Eh bien ! Malgré les réflexes physiques provoqués
par l’attente, j’étais tranquille et prêt à sacrifier ma vie. Tout de même j’ai
vu poindre le jour avec satisfaction.
Et quel sommeil le matin !
A l’ordinaire, un cigare, un quart de gniole.
Cet après-midi, les causeries ont
recommencé de tranchés à tranchés. Les Allemands nous ont tenu un petit discours
amical et un de leurs officiers s’est avancé au-devant de l’adjudant Faure, de
la 1e, pour lui serrer la main.
Voilà donc comment s’est écoulé Noël 1914, dans la
tranchée, par un temps froid et triste. Jamais je n’ai autant ressenti
l’horreur de cette guerre qu’aujourd’hui, en ce jour de fête, si doux à vivre
de coutume et si triste cette année.
Samedi 26 décembre 1914
Quelle nuit j’ai passé !
L’ennemi n’a pas tiré un seul coup de fusil, lui qui,
d’ordinaire, tiraillait sans cesse. J’étais de garde en petit poste
avancé ; j’ai pris trois fois une heure et demie, et, chaque fois, je
poussais un « ouf ! » de satisfaction quand j’avais fini. Aucun
incident… Pourtant, à partir de trois heures du matin, l’on entendit du côté de
Fay des bruits de cavalerie ?… Que se prépare-t-il donc ? Voilà deux
nuits que règne le même silence impressionnant.
Ce matin, un soldat ennemi s’est
avancé vers nos tranchées au cri de « Kamarad !
Nicht kaput ! » On lui fait signe de
venir ; il s’approche ; parlant un peu l’allemand, je vais au devant
de lui. Nous nous serrons la main ; il m’offre un verre de Kummel, un
cigare. Il m’apprend qu’il était artiste peintre, étudiant à Munich ; il a
vingt-six ans. Après quelques minutes d’entretien, chacun rentre dans sa tranchée,
en se souhaitant au revoir.
Que penser de ces manifestations d’amitié ?
Je souhaite qu’elles soient sincères : ce serait
preuve que tous sentent le besoin d’imposer une trêve à cette horrible guerre
et qu’elle peut s’établir un instant par accord tacite.
Dimanche 27 décembre 1914
Nuit pénible par suite du froid : je n’ai pu
dormir. Reçu une lettre d’Antoine, de maman,
qui m’ont réconforté un peu.
Il fait froid. Il pleut.
Ce soir, Leroux sort comme volontaire pour une
reconnaissance conduite par Stefanaggi. Cela me peine
de voir partir ce « copain ». Je lui serre la main, il me remet ses
papiers pour sa famille, en cas de malheur.
… Ce n’était qu’une fausse nouvelle… Leroux est
descendu à Fontaine faire des expériences de lancement de bombes. Son retour,
ce soir, m’a donné du plaisir.
Lundi 28 décembre 1914
Temps pluvieux et morose. Une lettre de la maison me
donne de bonnes nouvelles de tous. J’ai encore le cafard. Cantonné dans mon
gourbi, je songe… comme on songe en un gîte.
Cette après-midi, en face de notre
troisième section, des soldats Bavarois sont montés sur leurs tranchées en
disant : « Pas kaput ! Kamarad ! »
et nous ont demandé des journaux que l’on s’est
empressé de leur donner.
Le 77 allemand bombarde nos tranchées sur la droite,
sans résultat ; des 105 lancent des dizaines d’obus sur
Fontaine-lès-Cappy. Par instant, des bombes tombent vers un petit poste occupé
par la 1e Compagnie, dans un boqueteau à gauche de la vallée
Fontaine - Fay… Nous ne tardons pas à répondre d’ailleurs… Somme toute, journée
calme…
Depuis le 25, la fusillade a cessé
complètement. C’est à oublier que nous sommes en guerre.
Dix-sept heures : un vent violent du sud-ouest
s’est levé, chassant d’épais nuages. La lune paraît, se cache à tout instant…
Impossible aux sentinelles de rien entendre. C’est un véritable ouragan. Du
côté d’Arras, les éclairs d’une canonnade qui dure depuis quatre ou cinq jours,
mais dont on n’entend point le roulement.
Dix-neuf heures : le silence était complet ;
soudain, des coups de fusil éclatent de notre côté. Je suis veilleur : par
ordre je réveille tout le monde… Simple alerte.
Mardi 29 décembre 1914
Seize heures : notre section descend au repos à
Fontaine-lès-Cappy, en attendant que la Compagnie et le Bataillon la rejoignent
le 31
(…)
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Il appartenait au 155e régiment d’infanterie
A cette période il se trouvait dans la Meuse, dans la forêt d’Apremont, secteur de la Tête à Vache
Voir l’intégralité de son carnet >>> ici <<<
Merci à Bertrand
(...) Nous avons quitté ce secteur (*)
pour prendre les lignes au RAVIN DE LA SOURCE et puis à la TETE A
VACHE où nous étions, la vallée était profonde et nous étions d'un côté et les
Allemands de l'autre.
Cependant, il y avait un endroit où les lignes étaient
très rapprochées, si bien que des
français qui parlaient allemand, ou le contraire, ont
engagé une conversation. Puis, il y a eu des échanges de chocolat, de cigares, de biscuits, c'était la bonne
vie.
Mais un jour, (c'était des Bavarois), ils nous ont
prévenus:
«Demain, nous sommes relevés par un régime de
Prussiens, vous échangerez autre chose que des cigares ».
(*) L’historique du régiment indique que :
«
Du 1er au 12 juin, le régiment est au repos à Rupt-aux-Nonnains
; de là, par Sorcy (Sorcy-Saint-Martin,
Meuse), il monte en secteur à la Tête-à-Vache, le 19 juin; secteur assez calme,
sauf quelques bombardements de première ligne par engins de tranchées. »
Nous pouvons donc situé la date de cette
fraternisation avec exactitude, en juin 1916, et le lieu «
En effet, ils ont commencé par nous envoyer des obus
de canons des tranchées, des tuyaux de poêles, des mines à retardement qui
s'enfonçaient tellement profond qu'elles défonçaient les abris.
C était des engins qui avaient énormément de
trajectoire. Nous les voyons en l'air et en se déplaçant rapidement, comme la
tranchée était très sinueuse, nous réussissions à mettre un pare-éclats entre
nous et l'éclatement.
Mais comme ce petit jeu durait toute la journée, ça
devenait démoralisant.
(...)
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Il était brancardier au 81ème régiment d’infanterie territorial
A cette période il se trouvait en Artois, quelques Km au sud d’Arras
Voir l’intégralité de son carnet >>> ici <<<
Merci à Jean-Louis
« ...J'ai fêté, tu pense de quelle manière !! La
Noël, là haut près des Boches; Comme réveillon, j'ai failli être tué par une
balle qui m'a rasé la figure, et j'ai eu à ramasser un mort et quatre blessés.
En ce moment, je suis au repos; mais absolument éreinté et fourbu.
Ce qu'il y a eu de curieux, c'est la nuit du réveillon;
les Boches et nous même avons chanté; les Boches ont même joué de
l'accordéon et je crois bien de
l'harmonium; et chanté des chœurs le tout fort bien et très intéressant.
Ensuite un lieutenant de chez nous est monté sur la
tranchée et a entonné un " Minuit Chrétien " admirablement réussi et
écouté religieusement aussi bien par les Boches que par nous.
Puis les Boches ont chanté " la Marseillaise " ça paraît étrange; (C'est vrai cependant) et nous ont adressé quelques compliments et aussi quelques sottises; Quand à nous, nous leur avons adressé seulement des sottises. Inutile de dire que les balles ont continué à s'échanger avec une parfaite régularité.
Mais ceux à qui en veulent les Boches, ce sont surtout
les Anglais. Ils nous criaient fréquemment " Français, bons camarades, pas
capout, Anglais tous capout,
tous, tous capout !"
Somme toute, cette nuit
de Noël a été très curieuse et comptera dans mon existence, à condition que je
revienne ce qui est loin d'être prouvé.... »
(...)
Lettre du 8
janvier 1915
Comme nourriture c'est aussi assez copieux, mais
horriblement mauvais, à mon goût; aussi je n'y touche jamais; tu penses, on
fait la cuisine au cantonnement et on l'apporte dans les tranchées; tu vois
d'ici. Forcément tout se mange à la glace, et la soupe, 60 centimètres de
graisse sur le dessus et glacée –
Quelle fête !
Et quelle horreur !
La nuit de Noël et celle du premier de l'an, les
Boches et nous avons rivalisé d'ardeur pour les chansons patriotiques, l'un
de nos lieutenants est monté debout sur la tranchée et a entonné (à Noël) un
" Minuit Chrétien " très
bien chanté du reste, et écouté religieusement par nos aimables ennemis.
De leur côté, ils
jouaient de l'accordéon; ils ont même chanté " la Marseillaise " et nous ont offert leurs vœux, c'était très curieux;
quelques instants avant on s'était du reste bombardé et fusillé avec
acharnement.
Pour notre compte, nous avons eu un tué et 4 blessés;
ils ont même failli faire de moi un mort, une balle m'a éraflé la joue, manque
d'un point !
Ils me trouaient la bobine de part en part... »
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Voir les nombreux
autres cas de fraternisations (5e, 28e, 52e,
53e, 70e divisions d’infanterie)
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