Carnet de guerre d’elie Albanhac des 124e RIT,312e RI et 112e RI
Ce carnet a
été retrouvé dans une malle, dans le grenier d’une vieille maison que venait
d’acheter un anglais (Mike AE…). Remercions le, encore une fois, car il a su de
suite qu’il avait entre les mains quelque chose d’important, quelque chose qui
fait partie de notre histoire collective, quelque chose qui ne doit pas
disparaître.
J’ai décidé,
avec son accord, de publier ce carnet. Tant de témoignages directs de cette
période disparaissent chaque jour !

Ce carnet de guerre fût écrit par le
soldat Elie Jean Baptiste Louis ALBANHAC :
mort pour la
France le 15/06/1915 au bois de la Gruerie (Marne), tué à l'ennemi
Né à Salles Courbatiers, le
Sa vie est intéressante. Il était très bon élève a l'école,
fondateur de la caisse du crédit agricole, le syndicat agricole et une mutuelle
agricole de la commune.
Suivant sa mort sa femme Sabine est devenue très pauvre, et il y a plusieurs
lettres au préfet et à un ministre à ce sujet.
Il avait deux fils, un né après son départ au front est qui est
pris par une mission pour devenir moine à Brives.
L’autre qui a continue à vivre sur la propriété est mort sans héritiers.
Apparemment pas de descendance connue.
Par un beau
temps nous partons de Salles Courbatiers vers
Des nouvelles
plus ou moins véridiques nous sont annoncées dans la gare notamment celle-ci:
Garros, l'aviateur voyant un dirigeable allemand à la frontière en l'ayant
dépassée alors même que le dirigeable tirait sur lui avec une mitrailleuse
fonça sur lui et dans un choc terrible entraîna dans sa chute le dirigeable
avec 30 à 40 officiers allemands qui le montaient. Nous arrivons à Rodez à
Je suis moi-même
à l'institution St Joseph dans la salle des fêtes.
Vers les sept
heures du soir un orage avec pluie éclate sur Rodez.
Nous sommes
logés au pensionnat St Joseph - le 1er bataillon et la première cie dans la
salle des fêtes. Ceux qui sont logés dans les dortoirs ont des lits pour repos,
nous n'avons que de la paille, mais nous nous y ferons peut-être ne serons nous
pas toujours aussi bien.
Il a plu la
nuit, et il pleut tout le matin. On nous habille avec des effets neufs on nous
donne nos fusils. Les dépêches de la préfecture, qui sont affichés nous
annoncent la déclaration de guerre de l'Allemagne à
On achève aujourd'hui
de nous équiper. L'active commence de partir de Rodez vers
Je laisse mes
habits civils au restaurant Bayol - Rue St Cyrice en dessous du restaurant
Grialou.
Nous arrivons à
la gare, mouillés comme des rats. C'est à dire que nous avons passé une nuit
blanche. Nous changeons de chemise mettons notre veste, fermons toutes les
ouvertures et dans ce wagon où nous sommes 36 au 40, nous nous garantissons du
froid tant bien que mal.
La pluie avait
grossi les rivières jusqu’à Carmaux, Albi et même plus loin. Entre Carmaux et
Albi la grêle avait abîmé les récoltes. Les maïs étaient couchés, les feuilles
des arbres étaient en parties défeuillées.
Nous arrivons à
Castres vers 10 heures. Un 2e train nous rejoint et un seul train est formé à
Castres avec les deux .
Après Castres
nous voyons les belles fermes, toutes ombragées au devant par un joli parc
d'arbres ombragés : sapins, platanes, saules etc. qui donnent un aspect coquet
à ces fermes. A partir d'ici c'est la culture des vignes qui domine, avec la
culture du blé aussi. Voici Castelnaudary, puis Carcassonne avec ses vieux
remparts Lézignan et Narbonne où nous arrivons à la nuit et où nous stationnons
une heure environ. Nous passons par Sète et quoique la nuit soit belle et que
la lune éclaire au dehors nous ne pouvons distinguer la mer. Mais nous voyons
des phares qui lancent régulièrement leurs reflets de lumière pour guider les
navigateurs de la mer et les garantir des catastrophes possibles.
Nous arrivons à
Arles au petit jour et nous en repartons vers 7 1/2. Après Arles nous voyons
les vastes plaines de la Camargue presque stérile ou paissent en liberté des
troupeaux de vaches, et de chevaux. Nous voyons les immenses lacs de la
Camargue faible image de la mer, et nous arrivons à Marseille vers 11 heures.
Nous n'y restons que pour changer de locomotive et nous repartons pour Toulon.
A remarquer qu'à
Marseille il y a de nombreuses tuileries. Les belles plantations de sapins
formant des haies de 3, 4, 5 mètres de hauteur sont très remarqués à partir
d'Arles.
Avant Toulon
nous commençons de voir la mer, l'immense mer avec ses vagues blanches et son
horizon bleu. Nous ne nous arrêtons pas à Toulon, ainsi qu'on nous l'avait
promis, notre train poursuit sa marche sur Nice. A Fréjus, Cannes, Antibes,
nous commençons d'admirer les belles villas, merveilles d'art et de caprice
construites au bord de la mer, tout ombragées par de magnifiques parcs. De
Fréjus à Nice, tout le littoral de la mer, qu'on appelle la Côte d'Azur est
couvert de ces villas, l'une belle, l'autre plus belle encore.
Nous arrivons à
Nice vers les 6 1/2 après avoir cherché, parlé etc. nos chefs finissent par
nous loger, mais quant à notre manger, ils n'y songent pas. Nous n'avons rien
touché de vivres depuis notre départ de Rodez. Enfin nous voilà logés à l’Hôtel
Mignon, nous couchons sur des matelas et heureusement nous réparons notre
fatigue de 2 jours de voyage
Après un bon
sommeil réparateur, voici enfin le jour qui parait et je vais contempler, la
ville de splendeur, la ville des riches, la ville internationale ou l’on peut
voir les gens de tous les pays du monde. Dès le matin nous commençons à sentir la
chaleur. Beau soleil du midi de la France. Nice est la ville des merveilles de
l'art et de la richesse.
Apres une bonne
nuit passée au même hôtel où nous avons logé hier chez des gens très attentifs
pour nous, nous voilà levés à bonne heure et je profite du matin pour aller
faire une première étape vers le lieu de notre cantonnement.
Nous partons de
Nice vers 5 heures pour aller à Cantaron à 10 kilomètres environ. De Nice au
pied des Alpes. Nous y arrivons avant 9 heures.
Cantaron est
bâti dans une étroite vallée entre des collines très accidentés. Son église est
sur le versant d'une colline perché sur le roc presque abrupt. Je suis allé la
voir, cette petite église qui domine ce tout petit village de Cantaron et juste
au moment des vêpres.
J'ai été
émerveillé du chant magnifique des fidèles de cet endroit. L'église très petite
était à peu près pleine quoique la population me paraisse peu nombreuse. Tout
le monde chantait et tout le monde répondait aux prières du prêtre. Les hommes
chantaient parfois à deux voix. A la fin des vêpres un chœur de jeunes filles a
chanté avec beaucoup de précision un cantique lancé au sujet de la guerre et du
devoir, que nous avons de donner notre vie pour la patrie.
Presque tous mes
compatriotes de Claunhac auraient certainement rougi par respect humain en
voyant la ferveur des fidèles de cette petite église.
Depuis Nice et
même Narbonne nous n'avons eu que le beau temps, le beau ciel de la Côte
d'Azur. Nous allons ce matin faire un petit tour d'exercice - pour la forme- et
nous y revenons dans l’après-midi mais nous restons presque tout le temps à
l'ombre de chênes, de pins, d'oliviers. Et nous passons devant la petite église
de Cantaron dont le petit clocheton triangulaire domine la vallée tout étroite
où une rivière aujourd'hui desséchée démontre nettement pendant l'hiver lors de
la fonte des neiges cette même rivière est presque un torrent. Nous passons
aussi à coté du petit cimetière étagé, situé non loin d’église.
Notre Cie est de
garde aujourd'hui au poste police, je suis moi-même de garde. Je prends la
garde à plusieurs reprises ayant pour consigne de surveiller un restaurant,
veiller à ce qu'il n'y ait pas de bruit de la part des militaires à ce qu'ils
n'y entrent pas aux heures d'exercice et à ce que l’hôte ne reçoive pas de
militaires après 8 heures du soir. Dès 8 1/4 environ j'entre dans l’hôtel et je
dis aux camarades :
« Allons mes amis il est l'heure d'aller se
reposer, veuillez vous retirer. »
Je n'ai pas de mauvaises réponses, comme on
pourrait s'y attendre, car les camarades comprennent bien que ma consigne ne
vienne pas de moi.
Bien que j'aie
passé quelques heures de nuit à service de garde nous allons faire une petite
marche le matin, mais peu fatigante. L’après-midi notre sergent-major nous fait
une conférence intéressante et très écoutée sur les causes économiques et
politiques de la guerre : développement de l'Allemagne depuis 70, union des
états qui la composent, développement industriel, et natalité féconde, à tel
point que la France et l'Allemagne étaient à peu près de même superficie
avaient en 70 à peu près même nombre d'habitants, tandis qu'actuellement la
France n'a que 38 à 40 millions d'habitants et l'Allemagne en a 70 millions.
L'Allemagne ne peut plus nourrir ses habitants, il lui faut des territoires
plus étendus, de là principalement la guerre qu'elle cherchait depuis déjà
quelque temps.
Nous allons ce
matin faire une marche, à travers les coteaux, pas très pénible, mais un peu
plus longue que d'habitude. Au retour, la plupart nous allons laver notre linge
mouillé par la sueur au tout petit courant d'eau qui coule au pied de Cantaron.
L’après-midi nous avons un bon moment de repos. Ensuite nouvelle sortie et au
lieu d'exercices une conférence faisait suite à celle d'hier, toujours très
intéressante, à l'ombre de pins et d'oliviers.
Pour la vie
Nous réunîmes
sous son drapeau
O Marie
Je t'en prie
Veille sur nous
jusqu'au tombeau
Nouvelle marche
le matin à travers les montagnes escarpées. Nous passons par des sentiers
taillés dans le roc sur des pentes abruptes, au-dessus de précipices de 10 à 15
mètres à pic. La marche est un peu pénible car nous montons souvent une
colline. Mais nous respirons le bon air de la montagne, l'air balsamique des
pins de la lavande et de l'olivier.
Du sommet
l'horizon est crénelé par le sommet des hautes montagnes dont le bleu lointain
se perd dans le ciel bleu.Le soir au lieu d'exercices nouvelles conférences sur
l’état actuel de l'Europe.
Tandis que
chaque année pareille jour était jour de grande fête partout et surtout au
pays, cette année ce jour sera un jour ordinaire ou même un jour de tristesse.
Car en pensant aux réjouissances et au bonheur familial du passé à pareil jour
les absents éprouvent sans doute un sentiment de regret, mais il est certain
que ceux qui sont restés au pays sont dans le coup d'une émotion bien
douloureuse car ils craignent à tout instant au sujet de notre vie.
Mais pour celui
qui croit en Dieu la séparation est supportée avec des sentiments de résignation
et d’espérance que ne peut connaître l’athée.
Hier soir et ce
matin je suis revenu dans cette petite église de Cantaron et en joignant mes
prières à celles des fidèles je me sentais plus près de Dieu et comme Dieu est
le centre de tout, je me sentais plus près de ma famille, plus près de ceux qui
pensent à moi et qui, a ce même instant peut-être, imploraient en ma faveur la
protection de Dieu.
L’après-midi
vêpres solennelle avec procession extérieure. Une statue de la vierge portant
l'enfant Jésus est portée triomphalement par quatre soldats - dont je me suis
fait un devoir d’être des premiers - 150 à 200 soldats y assistaient.
Nous allons le
matin faire une petite marche, mais un peu de pluie, nous fait rentrer un peu
plus tôt. Il ne pleut guère. A la messe de 10 heures M le curé de Cantaron
prononce une allocution très expressive pour nous remercier de la bonne tenue
et de l’édification que nous avions donné hier soir aux habitants de Cantaron
et à lui-même.
Le soir, revue
de perquisition pour rechercher dit-on un revolver dans le lit de la rivière,
qui coule l'hiver, aux pieds de Cantaron.
Hier soir à la
nuit orage avec éclairs et tonnerre, mais à peine de pluie. Ce matin petit
marche. Ecrit une lettre en réponse à celle reçue hier datée du 9 courant.
L’après-midi le travail n'est pas trop fatigant. La 1ere et 2e Cie allons nous
reposer dans un endroit ecarté à l'ombre des oliviers. On nous lit ensuite le
rapport et finalement nous rentrons au cantonnement.
Après un petit
exercice d’école de section exécuté à deux kilomètres environ du cantonnement
nous rentrons et bientôt après nous avons la visite du général-gouverneur de la
place de Nice. L’après-midi nous revenons sous les oliviers comme hier et en
somme nous passons des journées pas trop fatigantes.
Nous montons
aujourd'hui au sommet de la montagne ouest de Cantaron où la pente est raide,
le chemin tortueux, avant que le soleil soit trop chaud nous arrivons au
sommet. Nous allons visiter un fort qui s'y trouve où travaille encore le génie
militaire. Du sommet de la montagne on aperçoit Nice et la mer d'un coté, Drap
dans la vallée de l'autre coté, et ensuite autour la crête d'innombrables
mamelons de montagnes, les unes plus élevés, et plus hautes toujours vers le
Nord Est.
Nous passons à
un endroit, un petit col, auprès d'une route stratégique une croix s'élève qui
rappelle, nous dit le maire de Cantaron qui nous accompagne, que 20 000
autrichiens ont été tués sous le règne de Napoléon 1er.
Marche un peu
plus longue ce matin de tout le bataillon vers Escarène (environ 10 kil en
tout). Le soir repos sous les oliviers.
Un peu
d'exercice ce matin, un peu de pluie dans la journée et le soir théorie sous
les oliviers. A la prière du soir dans église de Cantaron avec la permission de
M le Curé, les soldats chantent le Salve Regina et l'O salutaré etc.
Un peu de pluie
avant le départ pour la marche, ensuite petite marche - l’après-midi quelque
peu de pluie très peu, et théorie.
Marche matinale
dès 5 heures, 16 kilomètres jusqu’à Contes. La grand-messe a été chantée à 10
heures par les soldats. La bénédiction du soir donnée chaque jour depuis le
début de la guerre sera donnée jusqu’à nouvel ordre. Je reçois une lettre datée
du 18 m’annonçant la mort de ma tante.
Je réponds
aussitôt à la maison.
Petite marche le
matin par un beau temps - soir aussi.
Je suis de garde
aujourd'hui. Je reçois une lettre et j'y réponds.
Etant de garde
nous n'avons pas trop bien dormi. Nous allons à 11 heures au moulin de l’Ariane
ou de la Trinité à 6 ou 7 kilomètres de Nice pour décharger du blé.
Nous y revenons
à 10 heures du soir jusqu’à 2 heures du matin.
Notre sommeil a
été court aussi cette nuit, mais sans être trop fatigués nous retournons au blé
de 10 heures à 2 heures de l’après-midi et de 10 heures à 2 heures de la nuit.
Pendant que nous sommes au moulin un orage éclate avec forte pluie. Le Paillon
qui coule entre Drap et Cantaron commence à grossir vers 7 heures du matin. Il
a donc plu généralement dans les environs.
Fatigués de la
nuit nous avons repos le matin et par suite d'un peu de pluie encore aussi le
soir. Je reçois une lettre datée du 22. Albert
Albanhac m'annonce la naissance d'un
enfant.
J’écris à la
maison.
Ce matin marche
en montagne jusqu’à Villars par Caguasse. Je reçois deux lettres de la maison
datée du 24.
Marche de 16
kilomètres le matin vers Jaspel. L’après-midi préparation pour la revue d'un
colonel de demain matin. Ecris à la maison.
Revue le matin
sur la place de Drap par le colonel. Vaccination l’après-midi.
Ce matin je vais
toucher l'ordinaire de la Cie.
L’après-midi
rapports et conférence.
Petite marche le
matin. Ecrit à la Roque une carte.
Marche le matin.
Ecrit une carte
aux Cambonies et à M le curé Denoit à Viviez.
Marche en montagne à la chapelle Ste Catherine
au sommet d'un mamelon près de Drap d'où l'on voit Nice.
Petite marche le
matin. Reçu deux lettres une le matin, l'autre le soir de la maison. Réponds à
la première.
Petite marche le
matin.
Ecrit une lettre
à la maison.
Marche en
montagne.
Reçu une lettre
datée du 3.
Ecrit une lettre
à la maison.
Reçu une lettre
de la maison. Corvée de bois aujourd’hui. Reçu une autre lettre de la maison à
la nuit.
Nous levons ce
matin dès 3 heures et nous partons à 4 heures pour le champ de tir. Lorsque
nous commençons à tirer il commence un peu à pleuvoir et un orage avec tonnerre
s'annonce. Nous déjeunons à l’hôte et la pluie commence à tomber plus drue.
Nous nous
abritons quatre sous un taillis de chêne vert et pour un moment l'orage passe,
il ne pleut pas, mais ce n'est pour recommencer de plus belle et sans abri nous
sommes mouillés comme au jour de notre départ de Rodez. Les tirs ont continué
malgré la pluie il est probable que les tireurs ne visaient pas toujours droit
au but. J'ai mis 4 balles sur 10 dans la cible 250 mètres (silhouette d'homme).
Nous revenons avec la pluie et nous changeons d'habits.
Arrivés vers 3
1/2 à 5 heures du soir il nous faut prendre la garde quoiqu'encore à demi
mouillés. Je me sèche un peu au feu de notre cuisine de section.
De garde
aujourd'hui. Je reçois une lettre de la maison datée du 6. Je réponds. J’écris
aussi à M. Burg.
Marche en
montagne le matin jusqu’à Villars. Je reçois la visite de B. Gaillac.
Petite marche -
revue le soir.
Petite marche le
matin. Reçu une lettre de la maison datée 9 le matin (venue de la veille).
Envoyé une carte.
Levés vers 3 1/2
nous partons vers 4 h pour une marche du régiment. Nous passons à la Trinité et
nous allons vers la Turbie en escaladant une montagne à droite de la route.
Petite marche le
matin.
Reçu deux
lettres de la maison, l'une du 11 sept avec un mandat de 50 francs, l'autre du
13. Reçu une lettre de M Denoit.
Nous sommes
levés à 4 heures et nous partons à 5 heures pour le champ de tir. La journée
est belle aujourd'hui et nous restons à l'ombre de quelques pins pour prendre
le repas et le café. Nous tirons vers midi et nous repartons vers 2h 1/4.
Reçu une lettre
de la maison datée du 12. Répondu aussitôt.
Petite marche le
matin. Ecrit à Ch Roques.
Marche en
montagne. Reçu une lettre de la maison et répondu. Reçu une lettre de H Lanié
datée du 4 septembre.
Petite marche le
matin.
Petite marche le
matin. Donné le mandat de 50 francs au sergent de garde. Alerte le soir à 5
heures pour prendre des volontaires ou les plus jeunes classes - une vingtaine
environ se présentent. Je suis désigné pour partir. J’écris une lettre avant
l'alerte et une autre après à la maison pour annoncer notre prochain départ.
Reçu une lettre de la maison et de M Burg.
Nous partons
vers 2h 1/2 de Cantaron (levé à une heure) et nous arrivons à Nice vers 6
heures du matin. Sur une longue avenue tous les soldats qui ne partent pas du 124e sur deux rangs nous présentent les armes.
Nous allons à la gare et nous partons aussitôt pour Toulon où nous arrivons à 11.40
et aux casernes où nous sommes cantonnés à midi-vingt. Aussitôt on nous donne
des écussons du 312e pour remplacer ceux du 124e sur nos effets.
Depuis mon
départ de Claunhac, je n'avais pas quitté les pantalons pour dormir. Grâce aux
couvertures que nous avons, j'ai pu le faire et c'est je crois aussi la nuit
que j'ai le mieux dormi. Apres le café du matin, nous sommes rassemblés et 60
d'entre nous par compagnie sont désignés pour partir au premier moment.
Je ne suis pas
encore de ceux-la. Nos camarades seront, parait-il, dirigés vers Nevers ou
peut-être aussi dit-on en dernier lieu sur Paris, en un mot sur un point de
concentration. De l’étage supérieur du casernement où je suis, on peut voir
toute la ville de Toulon et le port, avec ses navires. La ville même est en
somme un peu éloigné de la mer. Une baie, un bras de mer entouré de rochers
vient la baigner. La ville de Toulon quoique possédant de belles maisons soit
loin d’être aussi belle que Nice. Nos camarades partent le soir vers 6 heures
pour Avignon dit-on.
J’écris à la
famille
Nous allons avec
les jeunes du 112e mais séparément faire un peu d'exercices.
Au rapport on nous annonce que nous partirons probablement dans quelques jours,
demain ou après demain. Je me fais photographier dans la cour de la caserne et
demande 12 cartes postales pour 3 francs. Après midi travaux de couture.
n’était pas
déclarée. Rues relativement étroites et généralement moins propres que dans
d'autres villes. Ecrit à la famille.
Préparatifs de
départ dans la cour de la caserne le matin. Le soir repos - Envoyé une carte à
M Burg, à Vayre, Fréjaville, et 3 à la famille (toutes cartes photographiques).
Reçu ces cartes l'apres- midi.
Nous sommes de
garde. Toute la journée des personnes venant prendre des nouvelles de leurs
fils, frère, époux - Envoyé une carte à la famille. Touché le mandat.
J'ai pris la
garde hier soir de 8h à 9 h environ et ce matin de 5 à 6. Repos le matin
Exercice le soir. Reçu une lettre de Louis Fréjaville.
Exercice le
matin. Sortie libre dès midi. Visité l'arsenal de Toulon, ateliers immenses,
grues, bateaux. Reçu une lettre de la famille. Envoyé une carte à la famille.
Service en
campagne. Ecrit une lettre à la famille.
Service en
campagne. Un vent très fort soulève des nuages de poussière aveuglante. Ecrit à
Louis Fréjaville. Henri Lanié, B Gaillac et à la famille.
Reçu une lettre
de la famille. Ecrit à la famille. L’après-midi lavage. Marche de nuit 8h à 10h
1/2.
Repos le matin
et exercice le soir. Pendant l'exercice deux cortèges funèbres, le cercueil
d'un soldat recouvert d'un drapeau et celui d'un civil. Ils sont précédés par
un prêtre. Dès qu'ils sont à hauteur des sections nous présentons tous les
armes, le tableau est très mouvant. Ecrit à la famille.
Marche fatigante
le matin. Repos l’après-midi. Nous faisons de 13 à 15 kilomètres dans la
campagne environnant Toulon, à l'est. Charmantes villas, toutes avec un nom de
femme, ombragées de platanes, palmiers, toutes sont au fond d'un jardin. Au
point extrême de notre marche, La Garde, la culture dominante et presque unique
est la vigne.
Notre Cie est de
garde aujourd'hui, nous manœuvrons dans la vaste cour des casernes. Reçu une
lettre de la famille datée du 28 et deux autres le soir datées du 29 et 30 -
aussi qu'une lettre d'Alfred Vayre - répondu à la lettre du 28 et le soir à
celles du 29 et 30 à la famille.
Ecrit une lettre
au directeur de la régional crédit du plateau central et au directeur de la
caisse rurale de Claunhac. Nous avons quartier libre dès midi. En sortant, je
visite avec mes camarades Rigal et Clarenq d'abord le jardin public ensuite le
musée de Toulon. Je visite d'abord la salle de sculpture à gauche en entrant
puis à droite la première salle et la deuxième où sont les oiseaux, les pierres
archéologiques, les coquillages, les poissons, les plantes maritimes etc. Je
monte ensuite au 1er où se trouvent les tableaux de peinture. Il est un tableau
qui frappe d'abord par la grandeur environ 4 m de long sur 3 de haut il représente
une scène de l’Evangile, Jésus au milieu des docteurs. Toutes les salles sont
couvertes de tableaux, au milieu de l'une, le plan de Toulon en relief, et le
souvenir de la visite de l'escadre russe à Toulon. Envoyé une carte à la
famille.
De la cible on
admire un vaste panorama de Toulon et de ses environs. D'abord Toulon, puis la
rade avec un grand bâtiment de guerre
presque au milieu, et quelques petites embarcations naviguant, ensuite une
colline pas très élevée et au loin à l’extrême horizon l'immense mer. Je mets 4 balles dans la cible, le soir
pas d'exercice - je reçois une lettre de la famille le soir et lui écris.
Comme je sens
qu'un peu de froid m'a laissé un peu la poitrine oppressée je me fais porter
malade et vais à la visite, hier soir j'avais déjà fait passer de la teinture
d'iode, le major me prescrit un nouveau badigeon. Pas d'exercice le matin, le
soir un peu d 'exercice. J’écris à la famille.
Exercice le
matin et le soir. Reçu une lettre de la famille, je lui écris.
Exercice le
matin et le soir.
Ce matin dès le
réveil, le rappel du clairon du sergent major nous fait prévoir et nous donne à
croire que notre départ définitif de Toulon sonnera bientôt. Mardi ce fut de
même pour le départ du contingent du 2eme bataillon. Et en effet la nouvelle
est qu'une centaine d'hommes doivent partir. Au réveil nous étions tout
contents, les territoriaux, de partir ensemble et à la sonnerie du clairon la
plupart répondirent par un refrain joyeux.
Mais lorsque
nous apprîmes que peut-être quelques-uns parmi nous devraient partir également,
une tristesse générale emplit aussitôt nos cœurs. Car depuis deux mois déjà que
nous nous connaissons, depuis surtout que nous sommes à Toulon, dans la même
salle, une solidarité tout étroite s'est formée entre nous, et nous verrions
avec tristesse d’être obligés de nous séparer. Surtout pour aller marcher avec
les Marseillais ou Corses qui ne sont que de véritables tire-au-flanc.
Ils ont appris
sur la Canebière à être de beaux parleurs et à avoir de l'esprit, mais ils n'y
ont point puisé de vaillance ni de patriotisme. La plupart cherchaient à
s'esquiver des rangs quand ils étaient appelés, et finalement il a fallu mettre
des territoriaux baïonnette au canon pour les maintenir sur les rangs dans la
cour de la caserne. C’était honteux, mais c'est la réalité. Grâce à notre
adjudant dévoué les tires au flanc, et les embusqués n'ont pu s'esquiver et
aucun de nous ne partira pas très probablement. Grâce au contrôle rigoureux
qu'il a exercé, notant tous les noms à mesure qu'ils étaient appelés, nous
n'avons pas été séparés. Ç’aurait été la plus grande peine pour nous de partir
avec ces lâches. Ils ont été tous dépités de leur départ tandis que nous, nous
l'avons accueilli avec un refrain joyeux. Reçu une lettre de la famille et
répondu à la famille.
Exercice le
matin, et mis à la poste la lettre d'hier. Reçu deux lettres de la famille des
8 et 9. L'adjudant Richard nous fait, particulièrement pour les jeunes bleus,
une théorie morale sur les circonstances d'hier. Reçu deux lettres de la
famille.
Aujourd'hui la
Cie est de garde et de piquet. Je ne puis donc sortir. Ecrit le matin à la
famille et lavé. L’après-midi on nous dit de nous préparer pour aller
accompagner à Marseille des prisonniers allemands, mais finalement ce sont les
jeunes seuls qui y vont
Ecrit à Louis
Fréjaville. Exercice le soir. Reçu une lettre de la famille et de B Gaillac.
Aujourd'hui nous
sommes de garde dès 7h du matin à l’usine à gaz. Ecrit à la famille et reçu
d'elle une lettre. Orage la nuit et
pluie.
Nous quittons la
garde vers 7 h du matin. Temps pluvieux tout le jour. Ecrit à la famille.
Vent très fort
la nuit avec un peu de pluie. Pluvieux le matin. Un peu d'exercice le soir.
Hier au soir
vers 6h il est arrivé au 112e, 70 territoriaux du 122e
territorial de Montpellier,
ils sont des classes 96 et 97, les classes déjà plus jeunes étant déjà parties.
Il en vient 17 à la Cie. Ils étaient cantonnés aux environs de Toulon.
Ecrit à la
famille.
Reçu une lettre
de la famille et de Ch Roques. Ecrit à la famille. Reçu une autre lettre de la
famille le soir.
Je sors à midi
avec d'autres camarades. Je monte sur un canot automobile pour une promenade
dans la rade de Toulon. Nous passons près du Jauréguibéry, de l’épave du
Liberté qui fit explosion à Toulon à l'endroit même, et d'un navire autrichien
capturé qui avait arboré pour voyager le drapeau espagnol et portait le nom de
Fréderico Barcelone. Nous allons ensuite dans une église près du quai assister
aux vêpres avec Rigal.
Reçu une lettre
de la famille et d'Henri. Ecrit à la famille.
Reçu une lettre
de la famille. Continué la lettre d'hier.
Nous recevons
l'ordre de notre départ.
600 hommes
doivent partir en deux convois. Je ne dois partir qu'au deuxième avec Clarenq,
Rigal, Portal, de Roquefeuil, Boutré, Déléris, Escarpit et le sergent Costes.
Nous accueillons la nouvelle avec des chants et nos faisceaux restent devant la
caserne seuls sans surveillance car nos officiers ont notre estime. Le dernier
convoi qui partit et qui comprenait notamment des marseillais dut rester toute
l’après-midi derrière les faisceaux. Nous avons pleine liberté, quel contraste
frappant, c'est qu'on sait qu'au moment venu, chacun sera prêt.
Le premier
convoi comprenant les territoriaux du 120e et ceux du 124e moins ceux cités plus haut et les hommes fournis par les
autres cies partirent vers 5h 1/2. Sur le train ils chantent fortement. Ecrit à
la famille et à Ch Roques.
Je croyais
partir ce matin, mais notre départ n'aura lieu probablement que ce soir.
D'autres cies ont déjà formés les faisceaux depuis 9 heures. On ne nous a
encore rien dit. Je reçois une lettre de la famille. Je lui écris. Nous partons
le soir vers 6h de la caserne. Il commence à pleuvoir. Malgré la pluie les
dames de la Croix Rouge et beaucoup de monde viennent nous dire au revoir. Le
train part au chant de la Marseillaise.
Nous arrivons à
Avignon au lever du jour. Nous traversons la vallée du Rhône et arrivons à Lyon
à la nuit tombante.
De Lyon à Dijon
je dors dans le fourgon. A Lyon on nous donne du café ainsi qu'à Dijon. Nous
sommes à Dijon à 2h du matin.
Nous arrivons à
Châteaudun à l'aube, à Langres à 7 heures moins le 1/4. A Bologne on nous sert
du café. Donjeux à 9h 1/2, Joinville, café par la Croix Rouge. Eurville.
Bienville 10h 35. Robert Espagne 11h 45.
Les Allemands
sont venus tout près d'ici - non loin de cette gare nous voyons déjà les trace
d'obus dans les champs. Les gerbes encore éparpilles dans les champs ont germé.
Un pont de chemin de fer qui a sauté est réparé par les soldats du génie. Givry
en Argonne. Ste Menehould, la pendule de la gare a été prise par les Allemands.
Jusqu'ici nous passons parmi des pays cultivés, longeant depuis longtemps un
canal. Après Ste Menehould nous passons dans la forêt de l'Argonne - tunnel
dynamité - le premier village bombardé que nous voyons est Clermont en Argonne.
Nous commençons
à voir les parcs d'artillerie et nous arrivons à Dombasle à 3h ¼ lieu ou nous descendons. Nous entendons déjà
d'ici gronder le canon au nord Ouest, Verdun étant à l'est. Des aéroplanes
passent au-dessus de nous. Temps demi-couvert. Nous reposons avec Rigal dans
une grange.
Après une nuit
de bon somme, nous voilà levés au matin vers 6h. Le temps est un peu frais. Je
cherche l'escouade où je suis affecté et c'est à la 7eme de la 2e section, 2
cie du 112e. L’après-midi nous allons faire des
tranchées à quelque cents mètres du cantonnement en prévision d'une nouvelle
invasion de l'ennemi. Dombasle est une commune assez importante semble-t-il,
centre agricole, groupe de fermes munies d'outillage agricole perfectionné,
sillonné de larges routes, pays légèrement vallonné. Nous apercevons pendant le
travail un ballon captif. Des aéroplanes passent.
Il pleut la nuit
avec fort vent. 1/2 couvert le matin. L'après dîner nous partons de Dombasle
pour aller camper dans un bois ou forêt à 3 ou 4 kilom. vers le nord ouest. Ici
c'est la vie tout à fait rustique, l'ancienne vie des gaulois.
Nous logeons
dans des cabanes de feuillage, branches d'arbres, genêts. Les unes sont rondes,
comme une tente marabout, les autres sont longues. Quelques-unes sont faites
avec ingéniosité.
Le foyer
construit avec quelques pierres est souvent au milieu de la cabane. Sous ma
tente le soir, on est embarrassé pour mettre la bougie en un endroit favorable
pour que chacun ait un peu de lumière. Il nous manque un chandelier dit le
caporal. Une idée me vient et je dis : je vais vous en trouver. Alors je
façonne avec des tiges vertes souples une suspension pour la chandelle et je la
place au milieu de la case. Chacun ensuite me félicite pour cette invention
pourtant si simple. Il a fallu que vous veniez pour nous trouver ça, me dit le
caporal.
Autour du foyer
est un peu de paille pour se coucher. S'il pleuvait abondamment la toiture ne
serait pas évidemment imperméable, mais elle garantirait cependant d'une bonne
rosée. Sans doute le vent glacial traverserait les murs de la case, mais
néanmoins on est assez bien abrité, c'est même je dirai presque du confortable
pour des troupes de guerre.
Nous entendons
le canon gronder au loin, même les salves de l'infanterie et les pétarades des
mitrailleuses.
Nous avons assez
bien dormi dans notre case. La bise passait bien un peu par la porte qui n'est
pas trop bien jointoyée, mais nous sommes bien pliés dans notre couverture et
nous n'avons pas trop froid.
Le jour venu
nous nous occupons à bien fermer les trous qu'il peut bien y avoir aux murs de
la casemate avec du genêt qui abonde dans la foret. Je confectionne encore avec
du genêt une table pour toute l'escouade au-dehors - et même dans le bois je
confectionne en présence de mes camarades un petit guéridon en bois à la façon
des bohémiens qui passent chez nous et je l'avais à peu près terminé que l'on
nous appelle pour quitter le cantonnement.
Vers 3 1/2 nous
quittons donc nos cases pour aller plus près de l'ennemi dans des tranchées en
2eme ou 3eme ligne.
Il ne faisait pas
chaud la nuit dans les tranchées. J'ai pris une heure la faction. Une bonne
partie de la nuit la fusillade tout proche nous empêchait de dormir. On n'a pas
cependant tiré pendant que j’étais sentinelle. Mais au loin le canon tonnait et
à l'horizon on voyait les lueurs comme un éclair d'orage.
L’après-midi un duel d'artillerie commencé par
l'ennemi a été réduit au silence par nos canons. Les obus sifflaient sur nos
tètes mais allaient tomber derrière nous. Le soir à la nuit nous recevons le
baptême de feu. Tout d'un coup fusillade nourrie de balles explosives qui a
bien duré un quart d'heure ou 20 minutes. Le tir était trop haut et ne portait
pas. Nous avons en alerte toute la nuit mais n'avons pas eu besoin de tirer
nous-mêmes.
Le canon gronde
incessamment depuis environ 9 heures du matin tout le jour. Nous sommes en
éveil, mais restons tranquilles, l'ennemi ne bouge pas en face de nous.
Ecrit une lettre
à la famille.
Expédié la
lettre d'hier à la famille. Le duel d'artillerie continue encore aujourd'hui.
Hier parait-il nous aurions gagné du terrain.
Vauquois aurait été pris. Montfaucon aurait été bombardé par nous. Un régiment
d'infanterie allemand voulant attaquer à nouveau Vauquois occupé hier par nous
aurait été mitraillé par nos canons. Nous agençons au mieux nos tranchées pour
une défense éventuelle.
Quelques obus de
feu la nuit de temps à autre, mais les boches ne viennent pas à nous. Le matin
le duel d'artillerie recommence. Les obus sifflent au-dessus de nos tètes. Nous
restons blottis dans nos tranchées.
Le soleil est radieux en ce jour de la Toussaint. Ce
matin un peu de calme dans le duel d’artillerie. L’après-midi un aéroplane
français vient planer sur les lignes ennemies en face de nous. Il lance des
fusées pour repérer notre artillerie qui tonne aussitôt. Malgré les coups de
fusils que lui tirent les boches il y retourne plusieurs fois. Les canons
ennemis ne répondent pas.
Les canons
ennemis nous lancent des obus cherchant sans doute nos batteries, mais ils
éclatent assez loin de nos tranchées, nous ne sommes pas atteints. Nos canons
répondent.
Dans la nuit
nous sommes éveillés par nos 75 qui tirent près de nous sur les tranchées
ennemies.
Vers 9 h
l'ennemi tire sur nos tranchées et plus au loin. Je suis alors aux cuisines.
Envoyé une carte à la famille et une lettre au capitaine de la 25e du 112e de dépôt à Toulon.
Ecrit une lettre
à la famille.
Un aéro ennemi
venant repérer nos lignes est reçu par nos 75. Il s'enfuit aussitôt car on vise
bien près.
L'ennemi n'a pas
tiré sur nous hier soir ni la nuit, la matinée non plus, ni même de tout le
jour. Nous sommes occupés à notre tranchée abri.
L'ennemi n'a pas
tiré sur nous hier ni ce matin.
A l'ouest
cependant les canons, les mitrailleuses et les fusils semblent faire de la
besogne.
Vers 9 h du soir
alerte, quelque patrouille probablement sur laquelle on a tiré et comme suite
fusillade nourrie qui dure peu d'ailleurs, à notre droite, 10 minutes environ,
l'ennemi lance sur nos tranchées 3 gerbes lumineuses. Pas de suites.
Ce matin nous
sommes au repos dans l'attente d'aller remplacer la 3 Cie aux tranchées de 1ere
ligne.
En effet vers midi
nous quittons les tranchées où nous sommes depuis le 27 octobre pour aller
encore plus près de l'ennemi aux tranchées de 1ere ligne, occupées par la 3 Cie
depuis le 27.
Nous passons par
des tranchées sinueuses qui gravissent la pente légère de la petite colline, et
nous prenons la place de nos camarades de la 3 Cie. J'ai l'occasion de voir
Ayméric et Chabbert.
Vers 11h du
soir, alerte générale fusillade très nourrie, des cris sont entendus, des cris
de charge des boches et aussitôt feu. Devant la 4 Cie, à notre droite, 2
soldats allemands sont trouvés le matin tués non loin des tranchées.
Toute la nuit
nous avons été sur le qui vive. L'attaque des allemands n'a point donc réussi.
A la faveur de la nuit et d'un peu de brouillard malgré la lune, ils croyaient
nous surprendre mais bien que les morts fussent tout près des tranchées leur
projet n'a pas réussi. Certainement il y avait d'autres morts ou blessés car
dans la nuit après l'attaque certains ont cru entendre que les boches les
ramassaient.
C'est la
première fois que j'ai tiré avec mon fusil cette nuit sur le théâtre de la
guerre. Mes balles,
auront-elles porté ? Je l'ignore, car nous n'avons pas vu précisément l'ennemi
devant les tranchées de ma Cie.
Peut-être même
ce tir de ma Cie n'aura-t-il pas porté du tout et n'aura-t-il eu pour résultat
que d’arrêter l'ennemi dans son premier élan
d'attaque, ça serait déjà beaucoup. Mais j’estime que l'on pourrait
mieux ménager parfois les cartouches, bien que notre fusillade ait duré peu de
temps, attendu que l'on ne voyait rien, ni on n'entendait rien devant soi.
D'autre part dans ces circonstances il me paraît que des feux de salves répétés
par commandement ont l'avantage de permettre au moment où l'on ne tire pas,
d'entendre l'action de l'ennemi. La nuit couverte à moitié par des brouillards,
le jour couvert aussi, sont relativement froide. La plupart d'entre nous
sentons principalement la fraîcheur aux jambes. Il y a bien une poignée de
paille pour chacun dans la tranchée, mais elle n'est pas suffisante pour nous
garantir de la fraîcheur de la terre. Et cependant il faut rester là dans
l'attente assis ou accroupi sur la terre ferme, dans nos étroites tranchées.
Les boches ne
nous ont rien dit de tout hier ni la nuit non plus.
La leçon de la
nuit dernière ne doit pas les avoir encouragé. Depuis notre arrivée aux
tranchées 27 octobre nous sommes dans les mêmes positions. Heureusement il n'a
pas plu depuis, à peine quelques gouttes ou brumes, autrement nous aurions été
bien mal abrités. Nous finirons bien par connaître enfin le paysage du «
rendez-vous des chasses » « et la route des quatre enfants ». Les canons
ennemis ne nous ont pas tiré dessus depuis le 3 novembre.
Le soir vers 9
heures alerte et fusillade, les boches probablement veulent attaquer, ils
lancent quelques fusées lumineuses. Nous regardons mais ne les voyons pas
approcher. Notre artillerie tire non loin de nos tranchées, et contribue sans
doute à arrêter l’élan de l'offensive de l'ennemi. La nuit nous sommes
tranquilles quoi qu’en éveil. Ecrit à la famille.
Fatigués de la
nuit nous reposons dans l'attente d’être relevés des tranchées.
Le soir à la
nuit nous sommes relevés par le 111e, nous
traversons le foret où sur les bords de la route sont parfois des guitounes que
nous distinguons aux feux qui y sont allumés. Ici la route est très mauvaise
mais après, plus de boue. Nous marchons espérant toujours voir enfin le lieu du
cantonnement. Enfin à 9h 1/2 nous arrivons après 3h 1/2 de marche.
C'est à Parois
que nous sommes cantonnés sur de la paille suffisante nous avons bien dormi.
Parois est à 24
k de Verdun. Le soir nous changeons de local pour être plus à l'aise.
Après le souper
avant de dormir chansons bien dites avec expression mais qui avaient le défaut
d’être trop folichonnes.
Le matin
nettoyage des sacs. L’après-midi exercice sur un champ où les gerbes d'avoine
toutes germées sont encore éparpillées. Le soir réunion à l église. Récitation
solennelle du chapelet entremêlé de cantiques à Notre Dame de Lourdes et à
Jeanne d'Arc.
Je vais le matin
à la messe et m'y fortifie du pain de vie. Le soir nouvelle réunion à l’église.
Un peu moins d'assistants qu’hier soir. Les tièdes et les sceptiques n'ont pas
cru devoir se déranger à nouveau, mais ceux qui sont venus répondent
unanimement aux prières.
Je retourne
encore ce matin à la table du pain de vie.
Trois camarades
de mon escouade y viennent aussi. Ainsi réconfortés et sans craintes nous
pouvons affronter les dangers qui nous menacent.
L'ennemi hier
soir bombardait à l'ouest Aubréville et la ligne de chemin de fer. Aubréville à
2 ou 3 k de Parois.
Dès le dîner
nous nous préparons à quitter Parois que nous quittons en effet l'après-midi
pour retourner aux tranchées de 1ere ligne que nous occupions il y a 4 jours.
Nous ne suivons pas la même route que celle que nous avons prise pour y aller.
Nous traversons la forêt et à la nuit nous remplaçons la 111e. Nous reprenons les tranchées de 1ere
ligne un peu à droite que celles que notre escouade a fait précédemment.
Mouillés et dans ces tranchées humides nous passons une bien mauvaise nuit. La
nuit est bien longue. Au loin le canon tonne.
Il me tardait
que le jour vienne pour nous installer enfin dans la tranchée n'y voyant
absolument rien à notre arrivée. Le temps est demi couvert, un peu de soleil
parfois mais pas suffisant pour nous sécher. Nous sommes boueux de la tête aux
pieds, ayant dû passer dans des tranchées étroites. Nous y grelottons presque
tout le jour, il pleut parfois.
Durant la nuit
une patrouille est allée explorer vers les tranchées ennemies. Le temps
s'éclaircit un peu, mais il devint plus froid et au matin gelé blanche avec un
peu de vent qui glace. Encore humides nous sentons le froid.
Le soir nous
changeons de tranchées et descendons au bas de la pente à la nuit par un temps
mouillé, nous nous installons bien mal dans une tranchée où il pleut un peu.
Dans la veillée par suite d'une fusillade nous remontons aux premières
tranchées du haut pour prêter main forte mais déjà arrivée la fusillade est
terminée. Nous avons passé dans des boyaux pleins d'eau et sommes mouillés et
sales extrêmement. Nous redescendons et passons une bien mauvaise nuit.
Mauvaise nuit
dans la boue et le froid. Le jour nous changeons de tranchées pour aller un peu
à droite. Le temps encore à la pluie nous n'avons pu nous sécher. De la nuit
jusqu'à minuit nous prenons la garde toute l'escouade dans les tranchées non
abritées. Le froid commence à nous saisir lorsqu’on vient nous relever. Nous
réchauffons un peu avec du charbon de bois.
Le jour enfin
avec un beau soleil nous nous séchons et réchauffons un peu.
Grâce à un beau
soleil nous nous séchons et réchauffons un peu. Le soir à la nuit nous sommes
relevés de nos tranchées par le 111e et retournons
à Parois dans nos mêmes cantonnements. Vers minuit enfin nous pouvons nous
reposer.
Nous reposons et
nettoyons les armes. Réunion le soir à l'église.
Nous sommes de
garde au poste de police dès 7 h du matin. Matin froid glacé. Je reçois une
lettre et hier je reçus le colis, bas, gants, chocolat, livre.
Nous sommes
relevés de garde vers 7h du matin. Temps froid avec vent du nord. Le soir
exercice - et cérémonie pour les morts du 112e à l'église. A la sortie de la
cérémonie le clairon sonne - feu à une ferme. Toute la nuit la troupe est
occupée - le vent du nord favorise le feu.
Je reviens le
matin goûter aux frais du maître. Une forte fumée se dégage encore de
l'incendie d'hier soir. Vers une heure de l'après-midi nous quittons Parois et
retournons aux tranchées du point des 4 enfants par un temps sec et vent du
nord. Nous relevons la 111e à la nuit.
Moments
douloureux pour les sentinelles qui prenons la garde la nuit par un ciel pur et
un vent glacé qui souffle encore tout le jour.
La nuit était un
peu couverte. Le vent s'est calmé et le jour demi-couvert est moins froid que
les jours précédents. Le soir nous descendons à une guitoune du bas, couvertes
en tuiles où nous sommes assez bien abrités.
Le matin travail
à une tranchée. Temps couvert. Reçu 3 lettres du 15-17-18 Nous changeons encore
le soir de guitoune pour prendre la faction aux tranchées du bas. Dans la guitoune
nous avons un bon feu lorsque nous revenons de la faction. Vers minuit il tombe
un peu de neige, il ne fait pas trop froid cependant.
La neige
continue à tomber un peu le matin mais peu - 4 au 6 cm. Reçu une lettre. Nous
changeons encore de guitoune et revenons à celle occupée hier. La 5e et 6e
escouade devant prendre la garde la nuit et demain. Notre artillerie tire,
l'ennemi ne répond pas.
Nous avons assez
bien dormi, mais la nuit m'a paru très longue cependant. L'âcreté de l'air
intérieur de la guitoune au matin saisit la gorge. Un peu de soleil le soir
fait fondre la neige en général. Le soir nous sommes relevés et retournons à
Parois.
Je reviens le
matin au festin céleste. Je reçois lettre et colis une paire de bas et
saucisse.
Retour en
faction. Exercice le matin et le soir. Temps brumeux. Pas trop froid.
Retour à la
table du maître. Forte pluie le matin. Exercice. Pluviale le soir. Ecrit à M
Burg.
Retour à la
table du maître. Le temps semble se mettre au beau. 1/2 couvert. E Ecrit à mon
oncle Vayre. Nous retournons le soir aux tranchées
relever la 111e. Nous occupons des tranchées de 2e ligne,
sur la lisière du bois à droite - une guitoune nous abrite bien.
Grâce à un bon
feu que nous avons maintenu toute la nuit notre guitoune où nous sommes sept,
nous avons passé une bonne nuit. J'ai pris deux fois la garde dans la nuit,
mais le temps n'est pas froid et s'est très radouci comparativement aux jours
rigoureux des derniers jours passés aux tranchées.
Le matin il pleut
peu. Le soir pluie de même.
Pluie le matin.
La toiture de notre guitoune faite de chevrons et de terre n'est pas étanche et
il y pleut beaucoup. Grâce à mon petit imperméable je ne suis pas trop mouillé
cependant. Le feu d'ailleurs nous permet de nous sécher.
Hier soir nous
sommes allés sur la gauche de notre front pour creuser une tranchée près des
lignes ennemies. J'ai pris la garde une heure de faction et une heure de repos.
J'étais peut-être à moins de cent mètres des sentinelles ennemies. Elles ont
tiré parfois mais sans résultat. Le jour pluie, qui avec la boue nous met tout
sales. Le soir nous retournons à la guitoune où nous sommes venus lundi soir et
mardi.
Grâce au bon feu
nous passons une assez bonne nuit. Le soir nous retournons au cantonnement.
J'ai pu partir avec les éclopés et suis arrivé avant qu'il fut trop tard.
Réunion à l'église le soir.
Il a plu qq. peu
la nuit. Je reviens le matin à la table de pain de vie. Je vais me faire panser
pour 2 furoncles au cou et au menton.
Je retourne à la
visite. Messe le matin, à 11 h et réunion le soir.
Je retourne à la
visite pour mon furoncle sous le menton et un anthrax derrière l'oreille
gauche au cou.
Je retourne à la
visite ou l'un des majors parle de m'envoyer à l'ambulance.
Je reviens à la
visite et suis désigné pour être évacué à l'ambulance no 14. A midi je reviens
à l'infirmerie à cet effet, et presque aussitôt je pars dans une voiture
ambulance pour Dombasle avec
cinq autres camarades dans la même voiture. Nous passons par Récicourt, bourg
plus imposant semble-t-il que Parois, plus élégant surtout par ses
constructions. Nous arrivons enfin à Dombasle, longeant la voie ferrée et le
vallon peu profond et la voiture va me déposer à l'ambulance no 14 qui est
installée dans l'église même.
Je me fais
d'abord inscrire au bureau qui est installé à la sacristie. Je vais déposer mon
sac et mon fusil dans un magasin près de l'église emportant toutefois le
contenu de mon sac et reviens ensuite prendre la place que m'indique un
infirmier, après toutefois que l'un des majors m'ait fait un pansement. Nous
mangeons vers cinq heures. La soupe est bonne et l'appétit aussi. Enfin nous
dormons quand le soir est déjà avancé dans la nuit.
Le matin, des
infirmiers disent la messe. Le major ne m'appelle pas pour la visite et par
suite ne me fait pas de pansement.
Le major me fait
le matin le pansement et me désigne pour être évacué à Neufchâteau. En effet le soir vers 6h une automobile
nous porte à la gare, et le train nous emporte à Neufchâteau.
Passant par
Revigny et Bar le Duc où on nous a donné un quart de café, nous sommes arrivés
à Neufchâteau vers
cinq heures du matin. L'hôpital où on nous conduit est attenant à la gare et
l'on me donne aussitôt un lit matelas paille dans une grande salle au 1 étage
sous les combles. J'ai encore le temps de faire un somme et j'en profite car je
n'ai guère dormi dans le wagon quoiqu'il fut à couloirs. Le soir je vais me faire
panser.
L'hôpital est
attenant à la gare et comprend deux bâtiments qui communiquent extérieurement
au 1er étage par un couloir fermé. Notre salle comprend 70 à 80 lits.
Ecrit au sergent
Costes
Ecrit à la
famille et à Faure
Ecrit à la
famille et à Rigal
Je vais me faire
panser ce soir et le major me prend le nom. Est-ce pour me faire sortir
de l'hôpital.
Demain je le saurai.
Le matin vers 8
heures je quitte l'hôpital no 12 et vais avec une cinquantaine d'autres malades
aux casernes situés à 1 km environ pour passer une nouvelle visite.
Je ne la passe
que l'après-midi. Le major m'accorde encore une huitaine de jours pour rester
au dépôt des éclopés qui se trouve dans les casernes de l'artillerie. Je suis
conduit à la 3cie des éclopés.
Sur une bonne
couche de paille, dans une chambre sous les combles, j'ai passé la nuit avec
une quarantaine de convalescents comme moi. A 9h réunion de tous les éclopés
dans un grand bâtiment où sont désignés ceux qui doivent partir demain.
Nouvelle visite
du major le soir. Je dois rester ici au dépôt des éclopés jusqu'au 24.
Je vais le soir
à la corvée des chevaux pour les brosser et les faire boire.
Le matin malgré
la pluie je vais à la messe en groupe à une église de Neufchâteau.
Vraisemblement
je suis appelé pour partir demain mais ma plaie n'est pas encore bien
cicatrisée, je viens à la visite et le major me donne encore jusqu'au 30.
Séance de
prestigiditation avec un jeu de cartes par un camarade.
Messe le matin.
Ecrit une carte
à MMTurq, Burg, Ruby.
Messe.
Ecrit à la
famille pour mes vœux de bonne année.
Ecrit à
Fréjaville, aux Cambonies, Nathalie Laurie, Marty Pierre, à la famille.
Je comptais
partir aujourd'hui pour Chaumont mais
probablement par suite d'une erreur on ne m'a pas appelé. Ecrit à Benjamine
Roques, Vayre, M. Costes curé
de Claunhac.
L'adjudant m'avertit que je dois partir demain. Ecrit à Berthe Chabbert, Delperié , à la famille.
>>>>>Vers 1915<<<<<