Mise à
jour : Février 2026
Dans cette rubrique vous y trouverez 326 carnets de guerre, de route, de campagne, lettres et poèmes de soldats de 14/18, qui m’ont été offerts par des descendants (que je remercie encore) pour les publier sur mon site avec leur accord et sans aucun but lucratif.
Sont-ils des carnets de
guerre ? Ou des carnets « d’anti-guerre » ? Plusieurs
internautes ont retrouvés un ancêtre au travers de ces écrits. Plusieurs
carnets (ou passage de carnets) ont été étudiés ou lus par des élèves d’école
primaire, secondaires et 2 en classe d'hypokhâgne au lycée du Parc, à Lyon.
Certains ont été présentés au public sur tableaux lors de commémorations du 11
novembre…
Quelques internautes y ont
retrouvé le nom de leur ancêtre !
Je rappelle que ces carnets, ne
peuvent être reproduits sans le consentement de leur propriétaire ou
dépositaire.
Vous y trouverez aussi des liens
vers d’autres sites consacrés à ce
genre de témoignages.
Si vous voulez y ajouter celui que vous possédez, je peux le mettre en ligne pour vous, contactez moi
![]()
« Il apparaît entre les lignes de ces carnets, la souffrance
journalière, l'attachement familial et l'espoir du retour, hélas très
hypothétique… »
Didier, le
« Chtimiste », juin 2009
![]()
LISTE DES TÉMOIGNAGES
Cliquez sur le titre de chaque carnet pour le lire intégralement
Prochainement,
prévu sept. 2025
23/01/15 – Amiens - Lettre à sa femme :
Ma chère amie,
« Vous verrez par
le timbre et envoi de la présente où je suis allé déjeuner, avec mon brave RupPied, qui est mon fidèle homme de confiance.
Je suis très peiné de
pouvoir vous encourager à venir me voir, mais c'est interdit, et les chefs
doivent donner l'exemple de la discipline.
Si vous allez à Paris
et quand vous y serez. Je m'arrangerai pour demander 48 heures si les
circonstances le permettent.
Quand on veut venir
dans les zones armées (Paris et Dijon n'en font pas partie), une femme demande
un laissez-passer à son point de départ. Mais dès qu’on est sous la
surveillance de la gendarmerie. Toutes les grues encombrent les hôtels des
villes telles qu’Abbeville et Amiens, mais les femmes honnêtes sont surveillées
ou écartées !! Elles sont obligées de ruser pour
voir leurs petits maris et ceux-ci voient les cocottes avec facilité !
Il y a de quoi en
faire un vaudeville. »
31 mai 1915 18h30, moulin Malon, Ablain-Saint-Nazaire
(62) :
‘’ L’assaut est parti
quelques secondes avant l’heure fixée, pour bénéficier de l’invisibilité due à
la fumée du bombardement. Puis, l’artillerie allonge son tir pour empêcher les
réserves boches de contre-attaquer. Cinq minutes après, en se défilant, une de
mes pièces s’installait aux ruines du moulin conquis, et commençait à tirer sur
des haies où des boches arrivaient.
À ce moment, j’y suis
allé à mon tour, pour voir le terrain et me rendre compte du nombre de pièces
que je devais installer. On a beau être dans le feu de l’action, c’est très
embêtant de s’en aller tout seul dans les champs en pleine vue des boches, et
le départ collectif de l’assaut est sûrement plus agréable. »
Les combats en Artois secteur entre Ablain-Saint-Nazaire et Souchez – Mai-Juin 1915
29 novembre 1916, nord de Verdun :
‘’ La gaieté qui
existait encore un peu partout même en ligne jusqu’à présent a pour ainsi dire
disparu. On lit dans les yeux des hommes une sorte de résignation farouche.
Quelques regains et des paroles de colère aussi leur échappent quelquefois
lorsque le travail est trop dur. Mais les paroles sont vite étouffées, car à
quoi bon ?
Pour eux, le grand
secours c’est l’aide mutuelle, la confiance, le dévouement des uns pour les
autres qui adoucit les souffrances que nous endurons.
Mes hommes se reposent
en ce moment.
À quoi songent-ils
maintenant dans leurs rêves ? Au pays sans doute, à leur femme, à leurs
enfants.
Ce soir dans quelques
heures, il faudra de nouveau risquer sa vie, affronter la mort. C’est la
ritournelle de chaque jour, ils la connaissent depuis plus de deux ans. Mais si
parfois le regret des plaisirs dont ils pourraient jouir leur vient à l’esprit
et assombrit pour un temps leurs pensées, jamais leurs dévouements ne se
dérident. Et je crois que ce sera là une des grandes leçons de morale que nous
aura donné la guerre. En deviendrons-nous meilleurs plus tard ? Je ne le crois
pas. Plus que jamais nous haïrons contre nous, pour les prétextes les plus
futiles qui nous paraissent maintenant indignes de la moindre pensée. ’’
Le 31 juillet 1917, Haudainville :
«
Bientôt un mois que nous sommes au repos dans ce petit village. Les
événements ont marché.
Dès les premiers
jours, nous savions que la division était destinée à une attaque sur le front
de Verdun. De suite, le sentiment de chacun fut un soulagement.
Les réunions faites
par le général de corps d’armée ou de division n’eurent d’autre but que de nous
mettre exactement au courant de notre mission et surtout des directives qui
devaient présider à l’instruction de la troupe. Je dis de suite que tous ces
chefs m’ont paru avoir une haute idée de leur devoir, avoir réellement un idéal
et faire tous leurs efforts pour atteindre cet idéal. Je n’en dirai pas autant
des petits chefs. »
« Pour ceux-là, 2
catégories : les nullités conscientes et les nullités prétentieuses. Les
premières ont pu arriver à quelques résultats en laissant le commandement
chaque fois que besoin en était à de plus qualifiés qu’eux. Les autres ont
amené la pagaille la plus complète dans les unités et qui plus est, le doute
moral.
Bref passons, on ne
pouvait s’attendre à mieux intellectuellement, et moralement ils n’étaient pas
préparés à si noble tâche.
Inutile de s’arrêter à
ces considérations qui risqueraient de devenir fort peu intéressantes. Mieux
vaut les noyer dans quelques scènes vécues depuis le début du repos.’ »
Thélus, décembre 1914 – Épisode de la trêve de la boue, fraternisation :
« Nous quittons
le Chemin Creux le 8 décembre pour monter en 1ère ligne. C’est impossible d’y
arriver.
Deux heures pour faire
200 mètres. Une fois arrivé on se casemate dans une cagna de 6 m de profondeur
pour ne plus sortir que pour aller à la soupe.
Là, c’est le
commencement de la fuite. Boches et français sortent de leurs tanières. L’eau,
le mauvais temps leur donnent de bonnes impressions. On commence à se
comprendre. Les uns ont l’audace de fraterniser. On claque des mains. On
s’exclame d’un côté Paris, de l’autre Berlin : que tout le monde s’en aille.
Me voilà en première
en boyau d’écoute. Tout le monde travaille comme à la parade. Je constate que
parmi les boches, je vois que des très jeunes gens blonds, trapus, imberbes. De
vrais terrassiers car ils sont très sales. Avec leur casquette à liséré, ils
n’ont nullement l’allure militaire, mais cela ne leur empêche pas de faire de
bonnes tranchées. Je suis toujours à même de constater que parmi nous il y en a
qui se plaisent à leur rendre visite, chercher des cigarettes.
Enfin je puis voir
depuis 6 mois les têtes boches à mon aise 50 mètres. Beaucoup ont été leur
donner la main, boire la goutte, fumer les longues cigarettes boches. »
Les fraternisations de la boue entre les 8 et 15 décembre 1915 entre Thélus et Neuville-Saint-Vaast (avec localisation très précise).
22 août 1914, Aisemont
(Belgique) :
« … Nous
retraversons le petit village où l’on entasse dans des voitures les blessés du
71ème pour les évacuer. En général les blessures sont peu graves. Et en route
pour Aisemont où vont se passer des choses que je
n’oublierai jamais de ma vie. Nous avons pour mission d’occuper Aisemont et s’il est occupé d’en déloger les prussiens. Ils
n’y sont pas mais à deux kilomètres de là, la fusillade est nourrie. Les boches
occupent des maisons, il faut les en déloger. C’est le baptême du feu.
On nous avait prévenu
que ce baptême du feu donnait la frousse, mais il n’en a rien été c’est tout
juste si nous nous abritions derrière nos sacs un peu plus qu’aux manœuvres.
Petit à petit, par bonds, nous avons avancé derrière les compagnies de première
ligne et avons rencontré en chemin des masses noires (des tués) et des flaques
de sang où s’étaient couchés les blessés. Le village a été enlevé d’assaut mais
l’artillerie allemande s’est mise de la partie et les shrapnels n’ont cessé de
pleuvoir sur les malheureuses maisons, défonçant tout, brûlant les fermes,
tuant les hommes ou leur faisant d’horribles blessures. »
Le récit des combats en Belgique, puis le dramatique épisode de la Marne : La Villeneuve-lès-Charleville, Soizy-aux-Bois…
18 avril 1915, St-Germain-le-Châtelet, Territoire de
Belfort :
« Départ de St
Germain à 3h ou 15h pour les tranchées.
SABESSE était saoul
comme un polonais, malgré mon insistance il ne veut plus avancer, alors je le
laisse dans un fossé vers les 19h ½ et je rejoins à Aspach-le-Haut les deux
pelotons que j’ai sous mes ordres. Nous avons le poste de la petite Doller.
À 9h environ, les
Boches nous bombardent pendant 1h ½ avec des petits obus et des marmites. Je
prends juste la consigne lorsque le bombardement commence, je reste dans les
tranchées à côté d’ASTRÉ et VIGNÈRES. Nous sommes heureux lorsque le
bombardement cesse. J’ai admiré la crânerie d’ASTRÉ qui malgré l’intensité du
bombardement n’a cessé de remplir son rôle de sentinelle avec beaucoup de sang-froid.
Après cette terrible
canonnade, la nuit se passe tranquille. Nous avons deux morts à regretter du 4e
escadron qui était au poste d’honneur, à la ferme de Geissac,
les cavaliers FOCT et SETAUD ont été tués par un obus pendant qu’ils étaient de
faction en vedette double.»
La cavalerie dans les tranchées…
11 décembre 1914, St Julien (Belgique) :
« …Soudain un cri
d’alarme retentit vers la gauche, on voit les casques à pic s’amener en rampant
dans un champ. Nous abandonnons notre position et sur ces nouveaux assaillants,
deux de nos mitrailleuses commencent à les semer consciencieusement, une pleine
de boue fonctionne mal.
L’autre fait rage et
tire des 600 coups à la minute, c’est une langue de feu ininterrompu. Nous
tirions dans les tas, ils se lèvent et regagnent leurs tranchées, plus vite
qu’ils en sont venus, beaucoup font un vol plané dans la boue. Ça hurle comme
des ours ces êtres-là ! Tant pis juste ½ cartouche.
Lorsque je reviens dans la tranchée, plus de combattants entre deux lignes.
Notre attaque a échoué, celle des boches aussi, quelques cadavres de fantassins
et d’Allemands sont là, mais j’ai beau explorer avec une jumelle, je vois très
peu de génie à terre et pas P… C’est impossible de regagner notre cantonnement
et il est 9 heures du matin.
En attendant la nuit
nous sommes dans une ferme bombardée, quelques longues heures, pour comble le
malheur nos batteries continuent à tirer. »
Le récit du combat de Saint-Julien (Belgique) du 11 décembre 1914.
25 août 1914, Courrières, Pas-de-Calais :
«Nous arrivons à
Courrières, les routes étaient barricadées. En traversant la ville, tout le
monde nous donnait à manger, à boire et du tabac. Ils nous disaient qu’ils
préféraient nous les donner que de les donner aux Allemands qui allaient
envahir leur pays.
En effet, le
lendemain, les Allemands occupaient Courrières. Nous étions restés jusqu’à 2
heures de l’après-midi pour garder leur pays. Les bonnes gens du pays nous
donnaient toujours à boire et à manger, j’ai rempli mon ventre, ma musette et
mon bidon. Nous étions là, couchés sur le ventre, sans lever la tête équipé et
harnaché, il ne fallait pas bouger, nous aurions pu recevoir des obus sur la
tête. Nous sommes partis, il était 3 heures, nous passons à Lens, là on ne nous
a rien donné. On nous disait toujours que nous n’avions pas plus de 20
kilomètres à faire. »
Auguste HUGUET avec les 83ème et 84ème régiments d’infanterie territoriale, les derniers défenseurs de la région lensoise.
25 septembre 1915, Champagne :
« Réveil à 2 heures ;
rassemblement aux pièces. La pièce de marine qui est à côté de nous tire à 4
heures. Une pièce de 370 qui est à côté, tire aussi à 4 1/2. Les 75 aussi
tirent sans interruption à obus suffocants et incendiaires. Notre batterie -
les mortiers de 220 - ouvre le feu à 6 heures ; les 155 long
et Rimailho font un bruit infernal. Notre batterie tire jusqu’à 11 heures : la
3ème pièce, nous avons tirés 91 coups ; par moment, il fallait en mettre. Les
Boches ne nous bombardent presque pas.»
Charles ROUSTIT est canonnier-servant sur un canon-mortier de 220mm.
12 août 1914, St Loup près d’Épinal :
« La page n’est pas
assez grande pour dire le quart de mes pensées de hier. J’aurai pleuré en
voyant ses pauvres femmes, mères de famille, jeunes filles qui nous offrent de
l’eau quand elles peuvent, même dévouement à Chalon où je vois les dames de la
Croix rouge nous apporter des boissons, pauvres mères de familles, qui ont
abandonnés leur enfants, pauvre jeunes filles qui abandonnent leur familles
pour les soldats de France, serez-vous plus courageuses que moi ?
Les pleurs me viendraient
aux yeux si j’étais seul, mais les autres sont las comme moi, aussi tristes
mais personnes ne le dit, moi pour rien je n’en veux parler n’y y songer. Ma
pensée se reporte vers ma mère chérie et à ma Francine, pauvre petite, et toi
pauvre mère tu ne reverras pas ton fils et moi je ne te reverrais pas. Et toi
chérie à qui j’avais donné mon cœur je t’ai à peine aperçue en partant. Je ne
veux pas te dire adieu mais je t’ai quitté pour toujours. Je vais mourir en
pensant à tous, pensez à moi tous ceux que j’aime tant, je ne vous reverrais
pas, je voudrais vous souhaiter le bonheur, mais en reste il pour une mère qui
perd son fils, pour une jeune fille qui perd son fiancé. Mes yeux se fermeront
en pensant à vous. Pauvre France, pauvre patrie. Je m’arrête sur mes pensées..»
On est loin, très loin des clichés d’août 1914 : ‘‘ partir la fleur au fusil ‘‘.
26 avril 1915, Belgique :
«Alors on continua
d’avancer. Mais les bataillons qui prirent part à la 1ere attaque où j’étais,
presque tous furent asphyxiés.
Moi, au moment où les
zouaves se préparaient à faire l’attaque, moitié mort par le gaz, les yeux
pleuraient et me faisaient mal, croyant perdre la vue, la poitrine oppressée,
ne pouvant plus respirer, je me voyais périr là comme mes camarades asphyxiés,
dans d’atroces douleurs.»
Blessé ce 26 avril 1915 puis soigné, Pierre Victor PARIGOT sera réformé.
Au large de la Sardaigne le 4 octobre 1916, naufrage du
Gallia :
« Vers 17h40,
torpillage du navire par un sous-marin ennemi. Nous nous mettions à table. Ai
eu le temps d’avaler une première cuillerée de soupe quand la torpille éclata.
Cette dernière explosa sous notre salle à manger.
Bruit infernal, lueur
aveuglante. Tout est brisé. Beaucoup sont blessés ; il y a des morts. Par
bonheur, j’avais changé de table faute de place.
Nous nous sauvons sur
le pont arrière. Le bâtiment parait coupé en deux. Affolement général,
sauve-qui-peut. Chaloupes et radeaux sont mis à la mer. Les instants pressent ;
scènes inoubliables. L’arrière plonge. Mon fourrier et moi mettons nos
ceintures de sauvetage. Sommes pâles ; nous rendons compte du danger qui nous
menace, mais ne perdons pas notre sang-froid. Envisageons la mort avec courage
en pensant une dernière fois à nos êtres chers : femme, enfants,
parents.’ »
De Villers-Cotterêts à Sorovitch (Grèce) en passant par son naufrage sur le Gallia…’’
Bois le Prêtre, 4 juillet 1916 :
« (…) Pour un
pauvre petit diable de boche qui s’y est mal pris pour se rendre, il avait 19
ans, n’avait sur lui qu’une lettre de sa mère où celle-ci lui disait que tout
est très cher et qu’il est dur de vivre. C’est probablement le découragement
qui l’a poussé à vouloir venir chez nous, mais il est tombé sur la tranchée,
frappé à la fois par les balles des deux côtés (mais il avait malheureusement
engagé le combat) et nous eûmes de part et d’autre de légères pertes. C’est
ainsi qu’à la fin un obus vint m’enlever trois hommes puis m’en blesser 6 et
mon camarade et moi qui étions assis en face à un mètre au plus, nous n’eûmes
rien ; ce sergent m’en parlait encore cette nuit et il n’en revenait pas. Il
faut te dire que c’est la deuxième fois que nous nous trouvons ensemble sous
les mêmes obus et que les deux fois nous avons eu les mêmes chances. »
Trois lettres poignantes qui racontent avec précisions les combats.
(…) « Le camp de Lechfeld qui se trouve en Bavière
Est depuis quelques
temps plein de prisonniers de guerre
Les uns blessés, les
autres pour toujours tout estropiés.
D’autres valides font
des corvées.
Ils sont tous là comme
un vaste troupeau
Où le gardien boche a
l’air d’un bourreau.
Le même regard se fixe
dans leurs yeux,
Toujours, toujours le
même triste et soucieux.
Six heures, c’est le
réveil et la journée commence » (…)
Septembre 1916, secteur de Reims :
« Jusqu’à présent on n’est pas trop embêté
; c’est étonnant vu le calme du secteur !
On
voit partout des chiés d’embusqués de haut vol qui s’amènent en auto de Paris,
un après-midi que le temps est à souhait… Ils viennent « inspecter » au
front…entre le café, et le théâtre du soir…le cigare aux lèvres, constellés de
décorations…souvent avec leurs maitresses dans leurs autos. C’est si près de
Paris, et si calme ce coin du front !... Ça doit bien faire le soir « au club
», quand ils disent, la main au gilet : « Je viens du front : j’ai vu cet
après-midi ceci ou cela. Ha ! Les vaches !!!!.»
Un long carnet de guerre…
2 août 1914, gare de St-Pierre-des-Corps (Tours,
37) :
« Toute la
journée ainsi que la suivante, les trains passent bondés d’hommes allant
rejoindre leurs régiments en chantant « la Marseillaise ». Plusieurs trains
sont entièrement garnis de feuillages. On nous signale sur plusieurs points, le
passage d’espions allemands ; plusieurs sont pris, interrogés, fouillés et
arrêtés. »
22 août 1914, gare de St-Pierre-des-Corps (Tours,
37) :
« Hier et aujourd’hui sont passés les
premiers trains de blessés. Cela fait pitié de voir ces pauvres garçons étendus
dans les wagons sur des banquettes ou couchés dans les wagons à bestiaux sur la
paille.
Beaucoup
ont été frappés aux bras et aux jambes, quelques-uns à la tête. L’un d’entre
eux a 4 blessures : 2 balles dans la cuisse droite (non extraites), 1 dans la
cuisse gauche (le projectile lui a traversé la jambe), la main droite fracassée
par un éclat d’obus. Un des blessés a sur sa tête un casque à pointe pris
là-bas. C’est un trompette de hussard, un autre, a une veste de bavarois et ils
sont tous contents de nous montrer ces trophées. J’ai vu également des balles
prussiennes extraites des blessures et que les blessés gardent précieusement.
Ces balles sont un peu moins longues que les balles Lebel et en nickel moins
pointues que les nôtres elles sont moins dangereuses.»
Édouard Alfred BRISSARD, GVC en gare, voit passer les trains qui partent au front, bondés de soldats heureux et ceux qui en reviennent bondés de blessés…Il dessine…
1er janvier 1915, Saint-Hilaire-au-Temple (Marne) :
« Avec GEFFROY,
DABLIN, MABEAU, PLISSON, HÉBERT et moi, on mange avec une boite de sardines et
une boite de pâté. On touche 10 cigares, 10 mandarines pour 14 hommes, 1
bouteille de champagne pour 7 hommes et quelques noix, un demi litre de vin par
homme et une patte de porc au lieu de jambon.
Tout le monde est
triste et on ressent doublement l’éloignement de la famille, surtout que nous
ne recevons aucune lettre depuis 8 jours. Le temps est triste, le pays sans
ressources, avec de l’argent on crève de faim. Tristes débuts pour 1915.»
1er février 1915, Bazoches
sur-Vesle (Marne) :
« Le capitaine donne des consignes très
sévères aux hommes de garde au point de vue du service, les hommes ne sont pas
sérieux et se saoulent comme des cochons. Il est déplorable que dans la
situation où nous nous trouvons, on ait de pareilles remarques à faire.
Je
fais comme à l’ordinaire mes distributions sont augmentées d’une orange par
homme. Je touche du vin pour deux repas par jour.»
Le sergent-fourrier Paul AVELINE nous décrit la bataille de la Marne (secteur Margny-aux-Cerises, Champien), la poursuite des Allemands vers l’Aisne, la Champagne…
7 septembre 1914, ferme de Nogéon (Oise) :
« On décide de se
mettre sous la protection de la Croix Rouge. Nous arrachons une chemise à un
mort, la trempons dans le sang d’un blessé et la hissons péniblement au sommet
du gerbier. Mais alors les blessés ne veulent plus voir les valides qui
attireraient la bataille vers le gerbier. Il faut donc partir. Mais de quel
côté ? Les balles sifflent de partout. Peut-être même des Français. »
Mars 1915, La Fère-en-Tardenois (Aisne) :
« Après la Marne,
dans ces régions, on s’était contenté de jeter quelques pelletés de terres sur
les corps. Les cranes roulaient dans les environs, les pieds sortaient. Nous
avons surtout vu ces tristes spectacles aux approches de La Fère-en-Tardenois.
Pas de croix, pas de noms, rien pour identifier.
Les Français avaient
des tombes, croix et inscriptions. On avait, à l’époque, dû manquer de
personnel. Les cadavres des chevaux nombreux empestaient. Nous avons eu
l’occasion de voir des positions de tir de l’artillerie allemande bien
camouflées dans les bois. À côté une montagne de culots d’obus. Une montagne de
bouteille de champagne. Les tournées nous intéressaient beaucoup dans ces
petits bois pleins de gibier, lièvre et lapins. Si nous trouvions une auberge
nous y prenions un repas qui nous changeait de l’ordinaire.. »
Joannès Émile FEY nous raconte en détail sa bataille de la Marne…
Bois de Malinbois, Menonville (Meuse), 25 août 1914 :
« Pour ma part,
me trouvant bientôt devant une haie haute et épaisse, barrant notre route, je
m’enquis d’un moyen de la franchir. Un peu sur ma droite, je finis par
distinguer une brèche capable de donner passage à un homme. M’étant dirigé sur
ce point j’allais passer lorsqu’un soldat, tout à fait inconnu de moi, venant
de la droite me bouscula pour passer avant moi. Ce geste, totalement inattendu,
me fit chanceler. L’homme passa, mais j’étais sur ses talons. J’entendis alors
un bruit sec et vis le malheureux s’affaissant avec au cou, une plaie béante
d’où jaillissait le sang. Il était frappé à mort.
Ayant enjambé son
corps, je bondis jusqu’à une construction qui se dessinait à quelques mètres.
Là, abrités par les murs de cette bâtisse, se trouvaient le lieutenant
GAUSSORGUES et 7 ou 8 hommes de sa compagnie. Il me dit tout ignorer de la
distance à laquelle nous pouvions nous trouver de la ligne allemande et aussi,
que son unité, décimée par les projectiles, avait littéralement fondu au cours
de sa marche en avant… »
Charles FONSÉCA relate ses souvenirs de la bataille de la Marne, de Verdun, de l’Oise…et nous laisse un album photos.
Lagny-sur-Marne, 13 septembre 1914 :
« Quelques
habitants de Lagny vont visiter les champs de bataille d’Étrépilly et de
Varreddes ; on les réquisitionne pour enterrer les morts, ce qui leur ôte l’envie
d’y retourner. Ils rapportent des souvenirs pris sur les cadavres boches, tels
que sacs recouverts de poils, baïonnettes, cartouches, casques…
Les compagnies qui
couchaient dehors reviennent à Alembert. »
Son régiment reste défendre la place forte de Paris jusque fin 1914, puis part près de Soissons en tranchées sur les rives de l’Aisne..
Avril 1915, camp de Ludwigsburg-Eglosheim
Allemagne :
« Malgré leur
surveillance, nous faisons passer en moins de 6 mois plus de 100 boussoles ou
cartes à nos camarades en corvée, malheureusement sur 100 équipes d’évadés, 5 à
6 réussissent à gagner la Suisse. Certains vont jusqu’en Suisse et dans le pays
accidenté au nord de Schaffouse, reviennent en
Allemagne sans s’en rendre compte et se font prendre par les sentinelles.
Ils reviennent au camp
sous bonne escorte, le cachet noir les attend ; pendant 30 à 40 jours ils
coucheront sur le plancher et ne recevront comme nourriture que du pain et de
l’eau pendant 4 jours, la soupe du camp le 5ème jour et ainsi de suite. La
punition terminée ce sont des loques humaines qui vous reviennent et vont
continuer leur calvaire dans des mines de sel où la vie est intenable.»
Claude RENAUDIER nous raconte en détails son évasion rocambolesque d’un camp de prisonniers en Allemagne pour rejoindre la France et repartir au combat…
7 septembre 1914, Heippes (Meuse) :
« Pendant ce
temps-là, les obus tombent à droite et à gauche de partout ce qui nous fait
avancer que plus vite. Une fois à la lisière, il s’agit maintenant de traverser
une centaine de mètres découverts pour s’installer derrière un petit talus qui
n’est pas suffisant pour nous garantir des balles mais tant pis, une section
s’y installe, les moulins à café commencent leur opération. Ils sont tellement
près que nos officiers croient que ce sont les nôtres, alors nous avançons
hardiment mais à notre surprise, des camarades tombent : les uns sont blessés,
les autres morts, nous avançons toujours au milieu d’une grêle de mitraille car
l’artillerie ennemie joue son rôle.
Arrivés en position,
on nous canarde de partout, il y a deux mitrailleuses en face, on tire de
droite de gauche, c’est lamentable car nous ne sommes pas assez abrités. Il
s’agit de sortir de là le plus tôt possible mais comment faire ? Les
mitrailleuses nous fauchent, tant pis il y en a qui commencent la retraite. Les
uns se tirent de pattes, les autres restent en route…tout le bataillon suit le
mouvement et nous nous rassemblons dans le bois.
Il en manque pas mal,
nous n’avons presque plus d’officiers, le capitaine manque aussi, il faut aller
voir où qu’il est, peut-être qu’il est resté blessé quelque part. Personne ne
veut aller voir, alors je pars. (…)
J’arrive de nouveau à
l’emplacement où était la compagnie mais elle n’y est plus. Je finis pourtant
par les rattraper en sortant d’un bois, et trouvons le capitaine impatient, il
avait battu en retraite le premier… »
Émile LEBRAT nous raconte sa bataille de la Marne et son ‘’ séjour ‘’ à Verdun
17 mars 1916, secteur de Verdun.
« Quelle guerre
et quelle attitude pour des soldats français ! Couchés à plat ventre dans le
fond de la tranchée nous sommes là grelottant de froid, attendant d’un moment à
l’autre l’obus qui va tomber en plein sur nous et nous délivrer définitivement
de ce cauchemar. Car il en pleut tellement et puis c’est si facile à repérer
qu’il nous faudra beaucoup de chance pour en sortir.
Contraste pendant que
les obus décrivent en sifflant leur trajectoire et éclatent avec un bruit de
tonnerre perpétuel, les oiseaux chantent et plus rien. Une jolie mésange veut
se poser sur le rebord même de la tranchée, me montrant sa tête noire et
lançant ses chants joyaux, précurseurs du printemps qui va venir dans quatre
jours. Petit oiseau, ta visite m’a réconforté et je me reprends à
espérer. »
22 mars 1916, secteur de Verdun.
« A la 1ère section,
ma voisine de gauche, on a recueilli hier soir des brancardiers du 97 qui
depuis quatre jours étaient entre deux lignes. C’était quatre brancardiers et
un aide-major qui voulaient rejoindre la première ligne où était leur régiment,
à notre gauche. Malheureusement ils se trompèrent et allèrent à la tranchée
Bouche d’Air.
Ils furent accueillis
par une fusillade. L’aide-major et un brancardier sont tués. Les trois autres
se jettent dans des trous d’obus ne comprenant rien à ce qui leur arrive. Ils
restent là quatre jours : Rien à manger, rien à boire. Les malheureux en furent
réduits à boire leur urine ! N’y pouvant plus tenir ! L’un court vers la
tranchée (heureusement vers la nôtre) en criant “camarades”… »
Norbert Eugène Louis AVIZOU est né à Roumégoux (Tarn). À son incorporation en septembre 1914, il déclare être ‘’élève-maître’’ et est incorporé au 3ème Zouaves, car il habite à cette date à Alger. Après ses classes, il rentre en France, devient élève-aspirant et intègre le 159ème régiment d’infanterie comme aspirant le 1er janvier 1916. Il part de suite pour l’enfer de Verdun…
Août 1914 – Lerouville,
Meuse :
« En ce qui
concerne la garde de la voie ferrée, notre rôle était entièrement passif »
Juin 1915 – Fort de Souville, Meuse :
« La privation de
la cantine à notre endroit cause parmi les copains (moi compris) un vif
mécontentement en présence d'une pareille dureté exercée par ceux qui ont plein
le ventre, des lits et des matelas.»
Septembre 1915, Meuse :
« Façonnage de gabions
à poser sur la tranchée en élévation. Un officier de l'état-major, en tournée,
estimant leur inutilité, bidonne de les faire enlever. Ainsi se réduit à zéro
le travail exécuté souvent sous une pluie battante, sur l'ordre d'idiots,
d'incapables en tout sauf passer à la caisse.»
21 février 1916 – Verdun, Meuse :
« Au plus fort de
la canonnade, donc du danger, je nous recommande à la Sainte Vierge par une
série d'Avé Maria. Et on aurait pu voir ce fait
(inconnu du temps de paix), un homme, ignorant tout de la chose, boire mes
paroles et placer quelques mots (rappel de jeunesse), et cet homme (quoi que à
un degré moindre) faisait partie de la coterie qui nous tournait en dérision
lorsque avec Le Père nous assistions à la messe. Juste retour des choses d'ici-bas.
Quand l'homme est prive de tout secours humain, il ne lui reste plus qu'une
chance : tomber à genoux.»
GVC, puis travaux en secondes lignes, Charles BILLON a vécu l’attaque de Verdun, puis…..
Août 1917 – Louvemont, nord de
Verdun :
« La suite : j’ai
reçu les premiers soins, je dois ajouter que de passer dans les bureaux avant
d’être soigner c’était normal.
La salle d’opérations
aurait pu être considérée comme une boucherie où 10 ou 12 chirurgiens peut-être
plus, opéraient ensembles sur chacun sa table. Les opérés étaient posés sur des
lits et surveillés par des infirmières, en attendant le nombre suffisant pour
former un train sanitaire. À la suite du bombardement, le médecin-chef en
représailles a déclaré en présence de tous ceux qui ont bien voulu l’entendre
que les prisonniers seraient soignés quand tous les soldats français auraient
reçu tous les soins nécessaires.
Évacué couché, on nous embarque dans le train sanitaire le 23 août. »
1917 – Aisne
« Il est grand temps de vider le bidon de pinard que j’ai rapporté de permission, un éclat pourrait le percer. Je ne me souviens pas si nous l’avons vidé, ce que je sais, c’est qu’un éclatement se fit sentir, un 210 fouilleur venait d’éclater. Éloigné d’1,50 m je me retrouvais complètement séparé de mes 2 frères artilleurs par un éboulement de terre, de poutres, de traverses…tout l’étayage gisait, broyé à mes pieds.
Mon casque gisait par terre lui aussi la matelassure interne arrachée et une bosse interne sur le dessus du casque due sans doute à un madrier. Ma lampe de poche, le papier, le crayon, tout était par terre. Je restais seul devant avec un mur de planches, de terre, d’étais qui me séparait de mes camarades. Plus atroce encore étaient les cris de douleur que j’entendais derrière cet écran qui m’empêchait de leur porter secours. Je ne m’attardais pas à réfléchir ; ma décision fut vite prise, je repris mon carnet de notes, mon, crayon, mon casque et remontais vivement l’escalier qui lui était libre..»
Avril 1915 – Woëvre :
« 06.4.1915 :
Logeons dans un village démoli en avant des bois où nous avons couché.
10.4.1915 : Dans la nuit départ pour tranchées- 2 jours et 3 nuits ; repos à
Ville-en-Woëvre. 15.4.1915 : Tranchées à 7 kms en avant de Ville. »
Charles CAPPON est blessé au bras gauche par balle le 15 août 1914 à Fosse en Belgique. Puis de retour dans son unité, il est de nouveau blessé aux coudes droit et gauche, le 6 septembre 1914 durant la bataille de la Marne à Montmirail (02). Il est soigné, semble-t-il, à l’hôpital de Quiberon. C’est à cette date que ses écrits commencent.
Octobre 1914 – Seclin (Nord) :
« Reçu à bras
ouvert, tabac, vin, charcuterie, pain, bière, etc. Le maire nous donne de la
viande pour faire la soupe. Nouvelle alerte, soupe en panne, partons sans
manger. En route l’on voit une patrouille de dragons allemands tués par des
dragons français, on est en train de les mettre en terre. Nous continuons notre
route et nous arrivons à Thumesnils. Bien reçu, nous
couchons chez l’habitant.
Le lendemain allons à
Loos. Nous couchons dans la brasserie Tartara, bière
à volonté, j’attrape une cuite et je me fou de la république. »
Le parcours d’un ‘’pépère ‘’ du Nord qui combat dans sa région pendant l’invasion allemande.
25 novembre 1914 – Secteur d’Hébuterne
(Pas-de-Calais) :
« Mêmes
positions, mêmes travaux que la veille. La 2ème compagnie poursuit activement
la construction du boyau assigné ; 40 mètres ont été creusés dans la nuit. Le
soldat Jules CARTIER, blessé hier est mort pendant le trajet d'Hébuterne à
Sailly. Le soldat LAUSADE a été évacué sur l’hôpital.
Aujourd'hui, séance du
conseil de guerre au presbytère. Le soldat NAST ayant tué dans la nuit, malgré
la consigne, son caporal d'escouade, a été acquitté. »
Le carnet de guerre et près de 180 photos du sergent-major Lucien CHARPEINE en Artois et en Champagne..
25 octobre 1914 – Secteur de Montdidier :
« Petite étape de
12 ou 15 k pour s’embarquer à Montdidier ; passage à Amiens, à Abbeville, belle
ville, beaux faubourgs, pays de plaine et marécageux. Calais à la tombée de la
nuit.
Vue de la Manche et
des côtes à la même heure. Spectacle magnifique.
Tout le long de la
voie magnifiques stations, belles petites villes industrielles. Bien vus des
populations sur notre parcours, qui agitent mouchoirs, nous donnent poires,
cigarettes, etc. »
Le carnet de guerre très court de Joseph DUJOLS..
30 août 1914 – Bru (Vosges) :
« Poilu, l'étais-je
vraiment, moi, si jeune, presque imberbe il y a quelques jours encore, dans les
balbutiements de ma vie d'homme ? J'étais costaud, certes, et travailleur mais,
tous les soirs, à l'issue d'une journée de labeur, aussi rude fût-elle, je
retrouvais la table familiale, la soupe chaude et l'affection des miens.
Je préfère ne plus
penser, oblitérer les souvenirs qui me font encore plus mal que la faim et la
peur qui me creusent le ventre. J'écris, je note, je m'accroche au moindre
fait, au moindre nom et je le note, même si je l'ai mal compris. À présent mon
objectif est de rester en vie pour tout consigner afin de pouvoir le
transmettre à ceux qui ne savent pas, à qui on ne dira pas tout, à qui on
cachera peut-être les vilaines choses de cette vie absurde.
Même si je meurs, on
trouvera au fond de mon paquetage, la trace écrite de ma volonté féroce de
raconter aux enfants de ceux qui ont survécu, ce que nous avons subi, tous ces
jours, toutes ces années peut-être, car nous ne savons pas encore où nous
allons et ce qu'il adviendra de nous.
Avec un peu de chance,
je reviendrai vers les miens. Il incombera alors à ma descendance de faire
revivre le passé à travers le dédale de mes notes maladroites. »
Mercredi 8 septembre 1914 – Provins (77) :
« Grande offensive
nous traversons à la poursuite. Courtaçon brûlé,
dévasté rempli de cadavres, tout est pillé, saccagé. Abreuvoir sur le Grand
Morin.
Mouvement en avant sur
St-Barthelemy. Bivouac sur la rive droite du Grand Morin. Tout le monde nous
raconte les atrocités que les boches avaient faites.
Nous marchons sur
Civry où les shrapnels nous arrosent à midi. Combat d'artillerie pour déblayer
deux batteries boches et une colonne. Orage terrible ou nous sommes mouillés
jusqu'aux os. Combat acharné auquel nous assistons à la poursuite des Allemands
sur la route de Château-Thierry.
À cause de la nuit
arrêt dans un champ proche de Viels-Maisons dévasté
par les Allemands. Horrible à voir.»
Le carnet de route d’un cavalier.
Mercredi 30 décembre 1914 – Amiens :
« Nous partons à 3 heures du matin
direction Albert avec 200 camions autobus et divers…Nous allons prendre le 1er
colonial pour le transporter à Mortemer. Le matin
tempête affreuse, pluie, vent et surtout pas de lanternes. C’est à perdre la
vue pour conduire. Nous repartons des environs d’Albert avec les 1800 hommes
restant du 1er Colonial sur 3000 ; pauvres diables ! Nous sommes des princes à
côté d’eux. Enfin, nous les débarquons à la nuit à Mortemer
par un temps affreux. »
Le carnet et la correspondance d’un conducteur d’un camion Berliet …
Février
1915 – Front de Champagne :
«Je suis allé avec le
lieutenant à l’observatoire de la côte 147. On a un joli point de vue sur les
Boches. Le bois boche que nous bombardons tant, est à 500 m de nous.
On voit très bien
Notre-Dame-des-Champs qui est à 9 km de là, mais on ne
voit pas nos objectifs. Dans la tranchée qui nous y conduit, il y a beaucoup de
boue. Comme nous regardions l’horizon, une balle est venue frapper la terre
près de nous. En revenant, comme nous étions au bord de l’Aisne, un soufflement
de marmite nous fit dresser les oreilles et instinctivement se baisser et se
cacher derrière un gros arbre. »
Les carnets de guerre d’un artilleur, sous-officier puis officier. Artillerie à pied, de campagne et artillerie lourde…
1916, Lituanie :
« Envoyé en camp de
représailles sur le front russe, au camp de Janisky,
en Lituanie, non loin de Kowno, je m'en suis évadé
sans grande difficulté, étant donné la surveillance assez relâchée à proximité
relative du front, et la garde déjà très clairsemée en 1916. J’espérais toucher
la côte, et traverser la baie de Riga, pour aboutir dans les lignes russes
(certains y ont réussi) mais j’ai été repris à Crans, non loin de Königsberg,
et renvoyé, après les 14 jours de cachot règlementaires, au terrible camp de
Cottbus.»
Une lettre expliquant le parcours précis du zouave Pierre POTHELET à une autorité militaire ou civile pour espérer avoir une décoration.
Mai 1915 – attaque en Neuville-Saint-Vaast, Artois :
« Notre capitaine
(Auguste Raymond) JOLYOT leur ordonne de s’arrêter en les traitant de lâches,
mais ils sont si paniqués qu'ils continuent à se replier.
Il donne alors cet
ordre incroyable...
« Tirer leur dessus »
Nous croyons avoir mal
entendu. Mais il insiste :
« Soldats, tirez sur
ces lâches. »
Plusieurs ont tirés,
moi j'ai fait le geste sans appuyer sur la gâchette.
Mais je maintiens, et
affirme, que le caporal-fourrier en a tué un devant moi à bout portant. Nous
sommes devenus des chiens, tuer ses propres camarades ! »
Les assauts suicidaires du 9 mai 1915 sur le village de Neuville-Saint-Vaast et le moulin de Topart. Loin, très loin des textes officiels…
27 août 1914 – Chaumont et ferme de Saint-Quentin au sud
de Sedan :
«Alors s’engage une
action terrible : Pendant deux heures, on s’est tiré à trente mètres. Les
balles passaient en sifflant, semant la mort des deux côtés. Mon camarade
Clément FAUCHARD est tué raide à mon côté frappé par une balle en plein front.
Moi, une balle traverse mon képi et m’emporte les cheveux. Une autre coupe ma
bretelle de fusil dans ma main. Mais je dois m’en tirer indemne. »
8 septembre 1914 – Normée (51) :
«Tout à coup, ils font
un "à gauche" et nous tirent par le flanc (ce sont des boches
déguisés en soldats français), pendant qu’en avant de nous une nuée de
fantassins ennemis nous chargent à la baïonnette. Partout où l’on regarde en
avant de nous, ce ne sont que cavaliers et fantassins boches se ruant sur
nous. »
Il raconte ses souvenirs pendant sa convalescence en avril 1915 après sa blessure pendant la bataille de la Marne avec ses attaques et contre-attaques folles, sanguinaires et finalement victorieuses.
« 1er Couplet
Près de la nouvelle
frontière
Un officier s’est arrêté
À la porte d’une chaumière
Et frappe avec anxiété
Une femme dont la mamelle
Allaitait un blanc
chérubin
Ouvre et demande qui
appelle
Et voit l’uniforme
prussien
---Refrain ---
Femme dit l’officier
Écoute ma prière
Pour lui donner ton lait
Je t’apporte un enfant
Dis-moi si tu consens
À lui servir de mère
Moi je suis soldat
Du pays Allemand
Etc… »
Léon MAUPREZ écrit ces chansons vers 1890, certaines sont très prémonitoires !
17 octobre 1918. Front franco-allemand :
Bien chers parents,
« Une petite
réponse à vos deux belles cartes datées du 13 que j'ai reçues toujours avec un
bien grand plaisir. Vous me dites que la grippe est chez vous. Il y a de
grandes chances que ça va être consigné et que l'on ne pourra pas y aller en
permission. Mais comme je compte encore au moins deux mois et demi avant d'y
aller, alors d'ici là peut-être que ça se sera dissipé. Ici de la pluie et de
la boue. Quant à la fin de la guerre dont vous me parlez, moi je n'y compte pas
avant l'année prochaine. Ce serait à souhaiter avant ça, mais je n'y vois
aucune possibilité. Vous ne devez plus entendre le canon à Rouen et il est fort
probable que les avions n'iront plus de sitôt. C'est que le front s'est éloigné
de beaucoup. Bien le bonjour pour moi à tous les amis et vous bien chers
parents je vous laisse en vous embrassant bien fort tous deux de tout cœur.
Votre fils qui pense à
vous. “
Salonique (Grèce), 4 janvier 1916 :
« A 9 h. je passe
à la frotte, opération qui consiste au fait suivant : on vous enduit de savon
noir et on vous frotte à la brosse de chiendent. Puis lorsque les boutons
causés par la gale sont percés et en sang, on prend un bain pour faire partir
le savon noir. Une fois ce bain pris, on s’enduit d’une couche d’une graisse à
base de souffre.
Pour ceux qui sont atteints
du mal, ils souffrent même beaucoup. Pour moi qui y suis plutôt par mesure
préventive ces différentes actions ne me font aucun effet.
Enfin il faut vraiment
être en guerre pour avoir toutes ces maladies. »
La campagne de France puis d’Orient de Vulgan BOUTRY.
Arras, Artois, septembre 1915 :
« Arrivés à Arras
le 24 au soir, quelques jours après nous fûmes occupés les lignes de soutien,
au nord de la ville ; et pendant le combat nous fûmes occupés au ravitaillement
de nos frères des premières lignes. Peu après nous fûmes appelés à les
remplacer ; et là j'ai pu voir et entendre, tout ce qui a trait aux plus grands
maux.
Rien de si horrible
n'est jamais paru sur la terre, du moins en fait de guerre, et sur ces lieux
que j'ai foulés de mes pieds, et que je pourrais nommer le champ des martyrs de
la patrie. J’ai vu de mes yeux, enfouis vivants dans la terre, sous les
décombres d'une chambre de repos, seize hommes, qui bientôt devenait seize
cadavres. J’ai vu des pieds séparés du corps, dans leurs chaussures, des mains
qui elles aussi n'avaient plus de mouvements, des crânes défoncés, des
poitrines ouvertes, des corps sans membres, enfin des agonies terribles.
Étendus pendant des
heures entières sur des brancards, ces pauvres malheureux, endurent toutes les
souffrances, et aucune main amie, n'est là pour secourir leurs ignobles
souffrances. Rien même pas une goutte d'eau, ne vient leur rafraîchir, leurs
lèvres brûlés de fièvre, pour la bonne raison que ceux-là même qui les
transporte, n'ont rien à leur offrir, autre que le secours de leurs bras.
Terrible fléau, qui en
quelques heures, jette dans la tombe des milliers de victimes. »
Qui arrivera à identifier cet homme qui nous a laissé son carnet de guerre ??
Sur le champ de bataille de la Marne, 5 septembre
1914 :
« Nous étions à
200m à peine des Allemands et l’un d’eux, heureusement charitable, me mit mon
paquet de pansement au lieu de m’achever comme ils en ont l’habitude. Je suis
resté 24 heures sur le champ de bataille, tout seul au milieu des balles et des
obus … »
Marcel MICHEL écrivait sa dernière lettre, mais il ne le savait pas…
Épinal, 31 juillet 1914 :
« Distribution
par la gendarmerie à tous les habitants de feuilles indiquant l’âge, la
profession. Elles sont de différentes couleurs, les rouges autorisent à rester
dans la place. Elles sont données aux jeunes gens au-dessus de 16 ans et aux
hommes au-dessous de 60 ans, ainsi qu’à toutes personnes indispensables à
différents labeurs. Ma mère en a une bleue, par conséquent c’est un ordre
d’évacuer la place à une date fixée. Moi c’est une
rouge. Le 149ème quitte Épinal, pour la frontière. Nos troupes sont pleines
d’entrain ; c’est admirable.»
René MOREL, 17 ans en 19,4 est employé au bureau de poste n° 3 d’Épinal. début 1916, il part au 170ème régiment d’infanterie…
Mort-Homme, 10 mars 1916 :
« Nous chargeons
les blessés sur nos brancards et les uns à la file des autres, nous repartons.
A peine avions nous
fait 100 mètres qu’une fusée éclairante est lancée. Quelques secondes après,
deux obus tombent en plein sur nous.
Résultat : 6
brancardiers divisionnaires blessés, 3 tués, 4 musiciens blessés (GODIN, MOREL,
FRACHON, PRULHIÈRE). Le blessé que je transportais avec FRACHON, PRULHIÈRE et
FULCHIRON, est tué. Seuls de notre équipe avec FULCHIRON, nous sommes indemnes.
Nous passons sur les
cadavres dont les tranchées sont pleines, sur la crête du Mort-Homme. Nous
déposons les blessés au poste de secours. Notre camarade musicien (GODIN Robert
Pierre) succombe à la suite de ses blessures. Nous le sortons dehors, dans
l’intention de le descendre au village de Chattancourt. Hélas ! Nous l’avions à
peine sorti qu’un obus tombe en plein dessus et il nous fut impossible de le
retrouver.
Après notre arrivée au
poste de secours, nous recevons les félicitations de notre Médecin-chef ainsi
que celles de l’aumônier. Eux autres aussi, se sont dévoués sans compter.
Nous nous reposons
pendant deux heures, ensuite, nous transportons les blessés du poste de secours
du Mort-Homme à celui de Chattancourt. Nous faisons le trajet plusieurs fois
dans la journée malgré les feux d’artillerie d’une violence inouïe. Les champs,
les routes sont complètement bouleversés par l’éclatement des obus de gros
calibres. Les cadavres jonchent le sol tout autour d’où nous sommes. Les pertes
sont énormes.
Il neige à plein
temps. »
Souvenirs et carnet de route d’Antony POUZAT de 1910 à 1919 : Musicien-brancardier. Toutes les horreurs de la guerre, mais aussi les camarades, l’espoir, les fraternisations…
Lettre du 11 avril 1915 :
« Là c’est la première ligne nous y séjournons au moins 48 heures pour ainsi dire toujours sur pieds, l’œil attentif, privé de sommeil, un pluie froide ou glacée sur le corps ; en avant une double rangée de fil de fer barbelé, à 30 m de laquelle la nuit on fait des patrouilles, dont volontairement je suis toujours. On dit que c’est des promenades périlleuses, mais je préfère courir ce risque puisqu’il m’exempte de certaines corvées, comme celle où la nuit pendant 3 heures, pioche ou pelle en main, il faut creuser des tranchées.
La première fois, en sortant du boyau (synonyme de tranchée) nous fûmes salués par une vive fusillade, à 30 ou 40 m un petit poste d’un autre régiment nous prenait pour des boches ; nous l’échappâmes belle. Demain matin à 3 heures nous serons relevés et regagnerons pour 2 jours la tranchée de 2° ligne, la tranchée abri. Là, sur une maigre couche de paille qui souvent voudrait être renouvelée, nous goûtons de bonnes heures de repos réparateur quoique la moitié de la nuit nous montons la garde et que d’invisibles fissures forment de désagréables gouttières. Et toute la journée corvées sur corvées.
Lettre n°6 le 28 août 1914, Vervins, Aisne :
« (..) Sur 9
bataillons, il en est resté à peu près un tiers. Pour les autres régiments nous
ne sommes pas au courant. En lisant les journaux vous en savez plus que nous.
Nous ne voyons aucun journal. Il nous faut passer dans une grande ville pour en
voir et encore ils sont vite enlevés.
Ce que nous disent les
soldats qui viennent du combat c’est que les Allemands auraient beaucoup de
pertes car notre artillerie fait beaucoup plus d’effets que la leur. Les obus
allemands parfois tombent à 1 mètre d’une personne et ne la tue pas. Il y en a
un qui nous a dit que l’obus lui avait enlevé le sac de son dos sans qu’il ait
de mal. Alors qu’avec les nôtres on le voyait tomber comme des mouches.
C’est parce qu’ils
sont si nombreux qu’ils avancent.
Tu donneras bien le
bonjour à l’oncle Paul et tante Elise »
Bois de la Grille, Marne, 2 mai 1917 :
« Mon pauvre
camarade, François CHATILLON, est tué net d’un éclat de 88 qui lui ouvre le
crâne (un trou à y mettre le poing et par où est sortie la cervelle). Je me
trouvais à côté de lui et suis couvert de terre et de sang. Cette mort si
prompte d’un de mes meilleurs compagnons de misère m’a fort ému et découragé.
Le soir venu, comme
l’ennemi se calme, j’emporte à l’arrière, avec le secours d’un fantassin, le
corps de mon camarade. (La nouvelle se savait déjà à la 6ème batterie, mais il
y avait erreur de personne, car on croyait que c’était moi qui étais tué). Le capitaine
BROCHAND refuse une citation au pauvre malheureux, qui était presque aussi mal
vu que moi.
Mais, par contre, il
fait citer ses cuisiniers et son ordonnance. »
Jean-Jacques le propriétaire du carnet me dit en
2023 :
« Je vous
autorise à publier le carnet sur votre site « Chtimiste » du Zouave
Ernest ÉTIENNE qui combat en Belgique, puis prisonnier. Je ne retrouve pas ce
soldat, né où ?Je n’ai pas retrouvé non plus sa
fiche de prisonnier sur le site, ne sachant où chercher. Il ne semble pas mort
à la guerre. Mon objectif étant de retrouver la famille... »
« Ce carnet je
l'ai eu en 1964, à la fin de la traditionnelle fête de la Saint Pansard de Trélon (59) que mon parrain Gaston PETIT me
tendit inopinément pour que je poursuive ses recherches. Je veux respecter la
charte que mon parrain m'avait enseignée : " la mémoire se partage et
celui qui trouve, transmet " (c'est de Bertrand Bouret).
Ce fut ma motivation pour créer un site espérant le miracle d'internet...qui
n'est jamais arrivé à ce jour.
Je cherche à trouver
les liens familiaux, car si mon parrain (et parents) avait ce carnet, il y a
certainement une raison. Cela depuis plus de cinquante ans. »
Extrait de son carnet :Belgique,
août 1914, secteur sud de Charleroi :
« On était au
soir, ma demi-section qui était tout à fait derrière dut faire face à une patrouille
allemande de 30 à 40 hommes.
A 4 pas en
tirailleurs, on avançait en tirant. A deux reprises différentes, j'entendis les
balles siffler bien près de moi. On avança malgré la riposte et l’apparente
résistance de l’ennemi. Celui-ci se replia dans une maisonnette située sur une
petite colline que nous résolûmes de cerner.
C’est ce que nous
fîmes, et nous voilà à son assaut, baïonnette au canon. Pris de peur, les
Allemands s’étaient réfugiés dedans, et demandaient à se rendre, mais il n’en
fut rien, car ils faisaient feu en même temps sur nous. On enfonça la porte, et
partie dehors, partie dedans, il ne resta plus de cette patrouille que morts et
blessés grièvement. De notre côté, nous avions quatre ou cinq blessés aux
jambes, et notre sergent qui ne donnait plus signe de vie.
22 novembre 1915 :
« La semaine
dernière, grande alerte chez les Pruscos. Pendant la
nuit tous les cochons (je parle de ceux à 4 pattes) furent embarqués
précipitamment ; ceux à 6 pattes (les cavaliers) suivirent au petit jour et ne
revinrent plus. Quant à ceux à 2 pattes ils partirent vers les 11 heures avec
armes et bagages, mais nous ne fumes pas peu surpris de les voir revenir 2
jours après clopin-clopant. Ils avaient poussé une pointe jusque Le Cateau mais, craignant de voir l’ennemi, étaient rentrés de
suite au chaud.
Si ma femme était ici,
je lui demanderais de porter une chandelle au duc de Bavière qui ne retrouve
plus paraît-il ses armées là-bas en Russie. Paraît que les Boches sont bien
inquiets sur leur sort. Tant mieux pour nous. Parait aussi que réellement ils
commencent à claquer la faim chez eux, du moins leurs journaux ont l’air de le
dire et les soldats le disent tout carrément :
« Oh, malheur la
guerre ! Femme, enfants, beaucoup fort faim ! »
Alphonse COUROUBLE (1880-1955) est brasseur dans la ville du Quesnoy (Nord). Le document se présente sous la forme de notes journalières de quelques lignes, écrites entre le 21 août 1914 et le 2 août 1916. Le ton du récit, très hostile aux Allemands, en fait pour son rédacteur une possession dangereuse.
Le journal de guerre d’Alphonse COUROUBLE est un récit fait par un civil de l’occupation d’un gros bourg du Nord par les troupes allemandes, avec la description du comportement des occupants, des événements quotidiens et des diverses misères, pénuries et humiliations endurées par les civils. L’auteur est à la fois brasseur, infirmier civil et organiste à l’église, c’est une petite notabilité locale.
Si son sort paraît au départ moins pénible que celui d’autres habitants, et surtout que celui des réfugiés et déplacés, la réquisition des cuivres de sa brasserie finit par le ruiner, comme les autres.
1 février 1916, mes chers parents :
« Je vais vous
donner de mes nouvelles toujours bonnes ; j’espère que vous êtes de même
en très bonne santé.
Il est 5h du soir.
Voilà une journée en plus de passée. Combien en avons-nous passé déjà de ces
journées tristes, et encore si l’on voyait une paix prochaine.
Enfin espérons que ce
sera bientôt. Peut-être si les zeppelins revenaient de temps en temps faire
leur visite, nos embusqués de Paris, au lieu de se ficher de nous,
comprendraient ce que c’est la guerre. Malheureusement, c’est toujours de
pauvres innocents qui vont attraper.
Je termine en vous
désirant une bonne santé. Votre fils qui vous embrasse. »
Toute la correspondance de Joseph GOUZOU vers ses parents. De nombreux noms de soldats sont cités…
Avranches, hôpital n° 17, salle Jeanne d’Arc, hôpital
temporaire n° 1, 17 novembre 1916 :
« C’est lundi
soir 13 que votre fils arrivait à Avranches et qu’on nous l’amenait à la salle
Jeanne d’Arc. A première vue il nous semble à tous le plus courageux de ceux
qui arrivaient et celui le moins gravement atteint. Il était heureux le pauvre
enfant d’être enfin arrivé au port ; il souriait en voyant le beau lit bien
propre qui l’attendaient, il se voyait déjà guéri…»
La lettre poignante écrite par un sergent qui décrit les 3 derniers jours de Georges SCHOUBERT, brulé très gravement à la jambe gauche par de l’eau bouillante…
Lettre envoyée à sa mère.
Verdun, hôpital temporaire n° 1, 20 juillet 1915 :
« Le lendemain
matin 20 juillet, comme j'allais voir les blessés dans cette salle qui s'était
préparé la veille. Il m'a demandé de se confesser pour communier aussi avec ses
camarades. Je lui apporter en effet la communion vers 6h du matin en même temps
que onze de ses camarades dans la salle Saint-Nicolas. Ce cher ami ne se doute
guère que…. »
Wesserling (Alsace), 21
mai 1916 :
« Dans les lacets
qui suivent, le fameux colonel GERST nous entasse tout le régiment, il y
faisait très chaud à 10 heures, serrés comme des harengs, sac au dos et au
‘présentez armes’. Il nous fit un petit discours et, de temps en temps, le
bruit d’une gamelle qui tombait (mais avec le bonhomme)...
En passant à Wesserling, je le vois encore foncer en avant de ma section
avec son gros cheval rouge et d’un coup de son plat de sabre taper sur le fusil
d’un gars qui, pour lui, ne le tenait pas assez droit. Le salaud, il nous en
fit bien d’autres. »
Des souvenirs avec nombreux dialogues qui rendent le récit très vivant. Récit des moments tragiques et des moments cocasses d’une triplette de camarades de 20 ans originaires du même village et affectés de la même escouade. Quelques passages savoureux ! Incorporés début 1916, nous les suivons à Verdun, en Alsace et dans la Somme. Vont-ils survivre à la guerre ?
Colonfay le 30 août 1914 :
« Sans attendre
quand la fusillade a ralentir un peu, j’ai porté secours à des camarades
blessés qui m’appelaient de tout côté soit pour donner à boire ou couper les
équipements ou mettre une bonne de paille sous la tête et je conservais mon
sang-froid malgré les balles qui arrivaient de tous côtés.
Je regarde un peu en
avant de moi et je voyais les Allemands avancer alors je voulais continuer de
tirer mais mes camarades mon nom empêche peur d'être achevé alors ne voulant
pas être fait prisonnier je me sauve après avoir dit au revoir aux
camarades. »
Après une sanglante attaque à la baïonnette pendant la bataille de Guise, Eugène CASIER, blessé au pied, réussit à s’enfuir des lignes allemandes. Mais pour combien de temps ?
Bordeaux le 24 août 1914 :
« A Dijon on a
formé un train sanitaire c'est-à-dire que l'on a disposé des brancards dans des
wagons de marchandises et ils étaient un peu moins mal. Nous en avons trois de
très malades dont un est presque à l'agonie. Le pauvre garçon a reçu 7 ou 8
balles au bras et à l'épaule et un éclat d'obus dans le ventre.
Un autre que j'ai
pensé a reçu une balle qui lui a déchiré l'oreille et lui a cassé un os de la
tête. On parle de le trépaner. Si tu avais vu cette plaie c'est abominable. Son
oreille était en putréfaction et son pansement était tellement séché qu'il m'a
fallu plus de 3/4 d'heure pour l'enlever. Quand j'ai eu fini il m'a dit un
merci qui partait du fond du cœur et m'a touché. »
Vision d’horreur d’un infirmier : Description de l’arrivée des premiers trains de blessés après 1 ou 2 jours de voyage du front vers un hôpital de Bordeaux…
Érize-la-Grande, 12 septembre 1914 :
« La batterie
part entre Érize la-Grande et la-Petite. On passe sous la pluie d’obus et dans
les flammes du pays. Nous avons des blessés.
Le capitaine compte
que des colonnes allemandes battent en retraite sur Amblaincourt.
Il donne l’ordre de tirer à volonté. Les Allemands se sauvent en colonne par 4.
On fait du tir fauché. La route est pleine de cadavres allemands, ceux qui
n’avaient rien se reformaient plus loin et se sauvaient. Nous étions tous
joyeux malgré l’extrême fatigue, les officiers aussi.
La nuit vient. On
couche sur le terrain par un orage qui ne cesse de 8 jours. On est traversé
mais on dort quand même sur la terre trempée. »
Le parcours d’un artilleur au début de la guerre : La Marne, Les Éparges, Les Vosges…
Belgique, 19 février 1915 :
« Ce matin, le réveil a été à 5 heures, mais nous avons eu une triste sortie. Nous avons été assister à la dégradation de 3 hommes du régiment qui ont eu 10 ans de détention et un autre qui a été fusillé devant tout le régiment.
C'est épouvantable : Tué par une balle ennemie, oui ; mais jamais par ses frères d'armes. »
Trois carnets qui couvrent la période 1914 à 1919. De très nombreux noms de poilus sont cités et retrouvés…
Belgique, février 1915, mercredi 18 février
« Sommes relevés
par le 66 à 9h du matin, nous n’étions pas prévenus, ce qui fais quelques chicanels. Nous partons pour Ypres et après de nombreux
détours, nous arrivons sans incidents. Sommes aux casemates. Dans la journée
Ypres est bombardé. Un obus tombe sur la place près de l’église mais ne fait
pas de dégât. »
Jeudi 19 février :
« Réveil à 5h du
matin, allons à Potyze assister à la dégradation de 3 soldats et à l’exécution
d’un autre, spectacle pénible que j’aurai préféré ne pas voir. »
Le seul carnet de
guerre retrouvé de ce sergent du 135e régiment d’infanterie. Les combats en
Belgique, Ypres, en Flandres et en Artois. »
26 décembre 1916 :
« Le 26, passage
au Mans, Versailles, Achères, arrivé à St-Just le 26 vers 15 heures.
Départ de St-Just vers
17 heures. Arrivé à Beauvais vers 22h30.
Départ de Beauvais le
27 à 6 heures 40, arrivé à Gournay à 8 heures 10. Arrivé à la compagnie à 11
heures 30 à Beaulévrier.»
La succession des villes et villages traversés jusqu’à sa mort par éclats d’obus à la tête dans la Marne, au Mont-Blond le 1e janvier 1917.
17 septembre 1914 :
« Suis à Xermaménil.
Passé à Gerbéviller. Spectacle inoubliable dans son horreur. Pas une maison ne
reste debout. Tout est brûlé, saccagé. Des civils restent dans les décombres ou
dans leurs caves. D’autres ont été fusillés. La rue Gambetta n’est plus qu’un
amas de ruines. Plus d’habitants, plus d’église, plus rien. Quelle tristesse.
Ponts coupés. Voie ferrée coupée etc…
J’ai attrapé 8 jours
d’arrêt parce que le 3ième groupe qui suivait le mien était en pagaille sans
mousquetons ni bidons. J’ai réclamé au capitaine adjudant-major qui fera lever
ma punition.
Plus de vin. Plus de vivres
hors ceux du train régimentaire. Plus de conserves, plus rien. »
Officier d’approvisionnement au 2e régiment d’artillerie de campagne, Charles DEVANT à fait toute la guerre un peu en arrière des première lignes. Néanmoins son récit, dans cette affectation (parfois aberrante) de « comptable » de l’armée française, nous plonge dans la vie d’un « petit état-major », celui d’un régiment d’artillerie. Il a aussi pris plus de 200 photos, dont beaucoup sont annotées du nom de ses camarades de misère…
Ludes, sud de Reims, Marne, 2 janvier 1915 :
« Et alors, une
lune brillante éclaire la campagne triste et désolée. Le vent siffle dans les
arbres dénudés.
A part cela, silence
morne. Pas de bruit du canon. C’est à peine si l’on se croirait en guerre. Et
cependant que de personnes souffrent qui chassées brutalement de chez elles
n’ont plus de chez soi aimé et plein de souvenirs ! Nous autres soldats,
nous sommes heureux, nous souffrons aussi beaucoup ; mais au moins nous
avons la douce consolation de savoir que si nous souffrons, au moins nous
faisons notre devoir.
Toutes nos souffrances
n’ont qu’un but : la vie de notre chère et belle France ! Gloire à
elle et maudits soient ses sauvages agresseurs ! »
Nous découvrons la vie durant de début la guerre d’une colonne légère d’approvisionnement d’artillerie, toujours un peu à l’arrière du feu, jusqu’à son transfert comme chef d’une batterie de tir.
Sillery, Champagne, juillet 1916 :
« Je m’approche de la porte et reconnais
le malheureux. C’est un copain de la classe 16 – Gilbert Alfred LEMAIRE - ayant
été à mon escouade à Pontrieux ; il est de Hautvillers. Le brancard est maculé
de sang.
Enfin le médecin qui
achevait de lui faire son pansement nous fait signe de venir. J’entre vivement
et soulève le brancard sans trembler. La vue de ce camarade sanglant, décoloré,
haletant, ne m’impressionne pas du tout. Nous le déposons à terre dehors et le
changeons de brancard, nous le suspendons à la voiture et nous voilà parti pour
Sillery.
Notre blessé ne parle
pas, ne bouge pas. Sa respiration entre coupée fait claquer ses lèvres noires
et mousser la salive. Au fur et à mesure que nous avançons, son visage devient
de plus en plus jaune, ses yeux se retournent et ses mains se refroidissent.
Enfin nous arrivons à
l’infirmerie. Nous le déposons dans la salle de visite. Le médecin-chef le
regarde et s’en va en hochant la tête. Nous avons compris que le malheureux
n’en a plus pour longtemps… »
Billet de tranchée du 24-2-1916 – Tilloloy (Somme) :
« Mon capitaine,
malgré qu’il ne me soit guère possible de vous donner le nombre de travailleurs
auxiliaires qui travaillent dans le secteur, attendu qu’il y en a sur une
dizaine de points, je vais tâcher de vous fournir ce renseignement.
Ce matin nous avons eu
une conférence à 7 h entre chefs de secteurs pour les travaux à exécuter. Le
colonel m’a envoyé un rapport au sujet de ces travaux.
Pour les brèches à
laisser dans les réseaux de fil de fer, le rapport en mentionne une de 10
mètres tous les 100 mètres.
Je tiens à vous
informer que si le nombre de voitures ou le mode de transport de matériel
n’augmente pas, je vais être obligé d’interrompre certains travaux. En ce
moment je manque de pas mal de choses, mais sous peu je vais manquer de tout ;
en procédant par ordre, je vous demande :
1 – un plan détaillé
des 2 secteurs ; ensuite comme matériel :
des bois de fascinage, des piquets, des
rondins, des madriers, des schillitages, des rails,
des tôles, des cadres de G.M et de GG, des planches de ciel et de coffrage,
etc… Ce qui me presse le plus, c’est pour les bris, des cadres et des planches.
Pour les tranchées, des gaulettes pour revêtements.
De tous les côtés, on
me demande du matériel ; ce soir je dois voir pour la construction de deux
abris de mitrailleuses assez élevés- contre le gaz- pour la construction d’un
poste d’observation d’artillerie en 1ère ligne ; pour des postes de guetteurs,
etc… Avec cela piquetage de la ligne de contre-attaque, visite des secteurs et
des travaux en cours. C’est à en perdre la tête ! Et les paperasses ! Le
colonel vient de remodifier un peu tout au sujet de la direction des travaux,
en ce qui concerne l’entretien des boyaux, de la ligne de soutien, etc…
J’espère que cela va marcher ; du reste je joins son rapport à ma lettre. Vous
voudrez bien me le retourner le plus tôt possible ;
Pour les tampons
masques, il vaut mieux que vous m’en envoyez quelque uns que d’en demander ici.
Je les prendrai au magasin et en cas de besoin, serai certain de les avoir. »
Signé D. SIC.
Colin, son petit-fils, nous dit fin 2020 :
« Vous pouvez
publier ce carnet et ses notes sur votre site, car je pense qu’ils méritent
d’être communiqués à un public plus large.
En plus de ce carnet, mon
grand-père Désiré SIC a réalisé plus d’un millier de photos durant la grande
guerre, essentiellement sur plaques de verre, et a accumulé une masse
importante de documents, vous en trouverez une petite sélection.
L’essentiel a été mis
en dépôt aux archives départementales de Haute-Provence, son département de
naissance. »
Pendant la retraite, Aisne, 30 août 1914 :
« L’espion (car
s’en est un) est interrogé par un commandant d’artillerie. Habillement cuisiné,
il finit enfin par avouer. Il nous suit depuis notre arrivée dans l’Aisne ; en
Belgique faisait partie d’une bande qui indiquait nos positions la nuit à
l’aide de signaux lumineux :
« Je vous l’abandonne
» dit le commandant. :
Au même instant, d’un
coup à revers, un artilleur ouvre la gorge du bandit d’un seul coup de couteau.
Il tombe inondé de sang ; ceci ne fait qu’exaspérer les hommes au souvenir de
ce que nous avons enduré à cause de ce bandit.
La scène est atroce ;
un fantassin lui envoie un coup de baïonnette. Les paysans avertis arrivent
bientôt ; ils sont plus acharnés encore. Vite ils prennent une botte de paille
; le feu est mis et l’espion grille vif. Ils le retournent à l’aide de grands
crochets en lui lançant les pires injures. La scène est affreuse ; on voit les
membres qui se recroquevillent. Tout à coup une détonation. Le monstre avait
caché des balles de révolver dans ses bottines ; elles éclatent sous l’action
de la chaleur. Quoique scène sauvage, chacun la regarde, impassible..»
Des combats meurtriers de la ferme de Lenne en Belgique, de la bataille de Guise, des combats autour de Sézanne (51), les fusillés de Verdey, la bataille pour Reims fin 1914…
Châtelraould, 8 septembre 1914 :
« Le maître-pointeur
de la 2ème pièce, sans aucun commandement, pointe sa pièce, tire au milieu
d'eux environ à 600 mètres et fait plus de 100 victimes en une dizaine de coups
de canon. Il est ensuite aidé par la 1ère pièce, et grâce à leur sang-froid, on
réussit à faire reculer peut-être un bataillon ennemi, qui pouvait nous faire
tous prisonniers.»
Un artilleur au cœur la bataille de la Marne…
Resson, Meuse, 24
décembre 1917 :
« Repos, la neige
tombe en abondance. Le soir, nous faisons un petit réveillon. Omelette,
saucisses, pâté, huitres 7 douzaines, poulet, gâteaux. Vin fins (2 graves et 3
bordeaux) et vin ordinaire (8 litres). Le tout à 7 convives. Vin chaud.»
Mitrailleur, puis sapeur, puis artilleur de tranchée à la compagnie hors-rang du 59e régiment d’infanterie…
Route de Menin, Belgique, novembre 1914 :
« Vers neuf
heures, nous sommes partis sur la route de Menin pour mettre en batterie. Les
obus éclate continuellement à droite et à gauche de nous.
C’est là que j’ai vu
pour la première fois, à la ligne de chemin de fer, sept français tués et
autant de chevaux.
Toujours le 3, un obus
a éclaté à six mètres de moi, heureusement que j’étais couché.»
Très court carnet, mais avec une liste de noms d’artilleurs qui peut être intéressantes pour des recherches…
Arras, Artois, 7 août 1915 :
« À 20h, quittons
Berneville pour aller prendre position à Arras, 27 rue de Cambrai.
Très mauvaise
position. Mais bien retranchés, à 600m des 1ères lignes. Cantonnons dans des
caves, lits de milieu, pendules, salons, pianos, salle à manger, services de
table, fauteuils, canapés, soirées dansantes, BUADOUILLE déguisé et
photographié en préfet de police. »
Champagne, Artois, Verdun, Belgique : la vie et la mort au front d’artilleurs d’une batterie du 18e régiment d’artillerie de campagne…
Mont Kemmel, Belgique, mai 1918 :
« Duel d’artillerie. Beaucoup de brûlures par les gaz, poumons ou
parties sexuelles. Les 2/3 au moins sont hors de combat et quelques-uns
évacués. Je suis moi-même brûlé dans le dos et aux parties sexuelles, mais je
ne vais pas à la visite. On n’a pas encore trouvé de remède efficace à ces
brûlures. (…) Très peu de servants sont capables de servir les pièces. On
refuse de les évacuer et on comprend qu’il faut tenir ici malgré la pénurie de
personnel. »
Champagne, Italie, Belgique voilà les combats racontés dans son journal. Journal et album-photos qui ont été vendus par le petit-fils sur Ebay….L’acheteur a au moins permis de sauver ces écrits. Merci à lui.
Thonnelle, le 19 août 1914 :
Mes chers parents,
« Je profite d’un
instant où l’on est au couvert pour vous envoyer de mes nouvelles.
Il y a 3 ou 4 jours
que je vous ai envoyé une lettre. Je pense que vous
l’avez reçue. Je vous assure que la guerre ça n’est pas gai. L’on cantine un
peu partout, plus souvent dehors que sous le couvert. Nous arrivons encore de
coucher dans une forêt. Les nuits ne sont pas bien chaudes. Nous voyons
beaucoup d’aéroplanes allemands qui passent au-dessus de nous. La mitrailleuse
tire dessus mais ne peut pas les atteindre, car ils sont trop élevés. J’ai
envie que tout ça soit terminé je vous l’assure, car c’est très fatiguant. Que
si je m’en reviens, je me rappellerai de l’année 1914.
Je termine en vous
embrassant tous bien fort ainsi que ma marraine.
SVP… Ne vous faites
pas trop de chagrin. Votre fils qui vous aime. Louis »
12 octobre 1917, secteur d’Okrida,
Serbie :
« Marche sous une
pluie battante. Oh ! La sale journée. Nous faisons 30 km rincés jusqu’aux os.
J’arrive exténué. Un de mes camarades est malade.
Il reste un peu en
arrière. Je reste avec lui avec le troisième copain habituel. Le
lieutenant-colonel vient à passer. Il nous demande pourquoi nous restons
derrière, puis se met à nous « habiller » en termes peu choisis. Vraiment, il y
a des moments où le métier militaire est écœurant. Un homme est moins regardé
qu’un chien. Ce colonel n’a donc pas d’enfants pour causer de la sorte.
Arrivons sur le soir
complètement trempés. Couchons dans une maison. »
Carnets de 1916 – 1919 : France – Grèce – Serbie - Albanie – Roumanie – Les mutineries en Russie. Quel périple !
Fin janvier 1915, secteur d’Ypres, Belgique :
« Travaux de
propreté. On a de la boue jusqu'aux épaules, on la gratte au couteau et passons
ainsi la journée à se faire sécher. (…)
Revue par le colonel
et présentation du drapeau dans la cour de la caserne d’Ypres.
Les aéroplanes
allemands évoluent au-dessus de nous. Les bombes leur tombent derrière mais
jamais dessus.
Nous rentrons au
cantonnement après le discours du colon qui n'est pas émouvant. Il nous dit
juste ‘’ qu'il faut mourir pour le drapeau parce qu'il a fait le tour du monde ‘’.
Quelle bêtise au 20ème siècle ! Vaudrait mieux qu'il n'aille pas plus
loin.
Nous rentrons au
cantonnement alors défense de sortir. »
6 septembre 1914, secteur de Saint-Mihiel, Meuse :
« Là, çà été une
débandade. Les obus nous pleuvent comme de la neige et dans ce moment nous
avons perdu un sergent et 3 hommes morts et crois-moi que c’est dur de voir
mourir ses camarades et vous disent des paroles à vous crever le cœur ; ce
pauvre sergent (Paul DON) qui disait :
‘’ Non, je ne veux pas
mourir ; que vont devenir ma femme et ma fille ? ‘’ C’est terrible. »
Joseph CROUSILLAT, clairon-sapeur-mineur, raconte ses 3 premiers mois de guerre avant sa blessure : la joie, la retraite, les désillusions…
30 décembre 1915, Aisne, près de Soissons :
« Ma chère petite
Marcelle, je viens te rappeler que je compte sur toi, sur ton bon petit cœur,
pour mettre un peu de fête dans la maison. Égaie ta sœur, distrais ta
maman ; tu peux être sûre que de loin j’entendrai votre rire et que j’en
serai réconforté : rien ne me fera plus de plaisir ; la jeunesse doit
être gaie et quand tu te sentiras triste, prends sur toi…
La maison où j’habite
a été occupée pendant 2 jours par les Allemands : ils ont volé toutes les
couvertures, les édredons, conserves, confitures, vin. Puis les Anglais sont
restés 3 semaines ici : le général FRENCH a habité la chambre où je suis.
On ne se plaint pas trop des Prussiens, qui n’ont rien brûlé, ni brisé (sauf les
portes des armoires) – Quant aux Anglais, on les a trouvés un peu sans-gêne. Je
t’embrasse, ma petite fille chérie, de tout mon cœur et bien tendrement. »
Georges GRAUX est né à Rennes le 6 juin 1860. Il a la vocation militaire, entre à St Cyr (1881 – 1883), promotion « Égypte » et sort dans l’infanterie. En 1889 il est détaché au service géographique de l’armée pour établir des levers topographiques en Algérie et réalise en parallèle un album de photographies.
Puis Amiens, St Nazaire au 65e d’infanterie, capitaine au 41e à Reims, Major à Sedan au 147e, chef de bataillon au 88e d’Auch.
Georges est lieutenant-colonel au 135e d’Angers au début de la guerre.
Lassigny, Somme, 15 août 1918 :
« Vers le jour,
continuation de bombardement, la 18e compagnie va se poster en avant vers 5 h
du matin – Nous occupons la tranchée des Chasseurs, tout le bataillon se porte
en avant… »
Constant DELATTRE est au 84e RI, il part pour la Grèce en 1917. Malade, rapatrié, il passe mitrailleur au 299ème régiment d’infanterie et participa aux batailles de l’Oise en 1918. Son petit-fils a retracé son parcours. Le carnet est présenté en version brut et non recopié.
Camp de Bonne Goutte, Hartmannswillerkopf, 9 septembre
1915 à 9 heures du matin :
« Ma compagnie
quitte le camp de Bonne Goutte pour aller à la tranchée.
À 4 heures, le
bombardement commence, nous restons dans un abri qui résiste très bien.
À 4 heures 50, nous
voyons la fumée, nous nous disons que ce sont les gaz mais tous nous respirons
le goût. Nous disons tantôt c’est du pétrole tantôt c’est du goudron. On
regarde, on dit c’est le feu, ça ne dure pas longtemps.
Le bombardement dure
toujours. Un instant plus tard on crie « à la tranchée ». (…)
Peu de temps après
nous entendons les Allemands dans la tranchée. Nous restons un instant.
Mais tout à coup
l’ennemi frappe à la porte. Si l’on n’ouvre pas, il nous jette une bombe … On
se décide d’ouvrir, il nous crie de sortir, personne ne comprend, on ne sort
pas. Il nous tire un coup de fusil, personne n’est touché. Nous sortons, il
nous dit : « kamarade file vite ».
Louis CHEVREAU rédige un carnet de captivité au camp de Mannheim. La centaine de colis qu’il reçoit en 1915 et 1916 est minutieusement répertoriée.
Sapicourt (Marne), 27 mai 1918 :
« À 1 heure du
matin déclenchement de l’offensive allemande, bombardement, marmites et gaz
asphyxiant, commencement de la retraite française, retour du groupe à Savigny (Marne).
Retraite. »
Clovis MUFFAT-JOLY est passé par les 3 armes : Cavalier, puis infanterie puis artilleur… Son carnet de campagne, néanmoins intéressant, est la succession des lieux traversés.
Moulin de Laffaux (Aisne), 16 avril 1917 :
«L’attaque échoue, les
vagues d’assaut sont fauchées ou battent en retraite. Les chefs sont tués, le
désordre et la pagaille commencent à régner. Les renforts n’arrivent pas ; moi
et ma pièce nous avons passé les fils barbelés. On ne s’est pas aperçu à temps
du mouvement de repli et à 10h nous avons été enveloppés par les Allemands et
faits prisonniers un peu à droite de Laffaux.
Nous avons dû passer
toute la journée entre la 1ere et la 2eme ligne allemande sous notre propre
bombardement, où le chef de ma pièce, le caporal François PRÉAU, a été tué par
une mitrailleuse, et ce n’est que vers les 8h du soir que nous avons été
conduits au poste de commandement allemand dans une belle carrière très bien
aménagée et où ils ont eu soin de nous enlever toute la correspondance… »
Après sa grave blessure au poumon Jean Louis VALLEILLES repart au front au 22e colonial : Carnet de route, les déplacements et quelques détails sur sa capture.
Issoudun le 17 août 1897, discours du lieutenant E. du
FAY DE CHOISINET pour le départ de la classe 1894 du 68e régiment
d’infanterie :
«Enfin mes amis, si
vous, m'en croyez, occupez-vous le moins possible de politique. Vous avez mieux
à faire que de vous m'étiez à des discussions où le plus malins ne comprennent
rien ou peu de chose si vous avez des idées personnelles, sachez de les
conserver saines. Mais m'espérez pas de les faire partager à votre voisin, vous
perdriez beaucoup de temps et sans résultat.
La politique à la ville
comme à la campagne et une cause de division dont vous n'avez nul besoin.
Respectez les conditions de chacun, notez suivant votre conscience et vos goûts
et tenez-vous en-là, ne prenez pas surtout pour parole d'évangile tout ce qui
est écrit et méfier vous des gens qui parlent fort et font miroiter à vos yeux
mille choses merveilles et irréalisables. On ne présente ordinairement à
l'alouette un beau miroir que pour mieux la fusiller, si vous êtes l'alouette
fuyez le miroir. Je terminerais par là.
En quittant le
régiment nous n'abandonnez pas vos armes pour toujours plusieurs fois encore
réserviste et territoriaux. Vous le reprendrez et vous reviendrez parmi nous
saluer votre drapeau. Vous êtes jeunes, vous verrez de graves évènements.
En ce jour de frisson
général où le tocsin se fera entendre d'un bout à l'autre de la France, vous
accourez pleins d'une sainte ardeur vous rangez sous ses plis et se sera d'un
cœur bouillant de patriotisme que votre classe, heureuse de se retrouver
entière réunie, pour marcher à l'ennemi.
S'écrier en face du
danger. « Vive l'armée Française ».
Dès 1877, les élèves de cours moyen apprennent à lire avec un manuel sans cesse réédité : " Le Tour de France par deux enfants ".
C’est dans ce contexte que Jean Marie DUCLOS a été éduqué en chrétien, soldat et patriote envers sa patrie de toujours : la France. On le voit dans les chansons chantés par les soldats pour exaltés le patriotisme, l’obéissance, l’amour de la France et désigner l'ennemi : L'Allemagne et les régions perdus : L’Alsace et la Lorraine.
Secteur de Flavigny, le 25 août 1914 :
« J’ai vu des hommes
jeter leur cartouches, leurs sacs, leur fusil dans les fossés bordant la route
pour pouvoir suivre, mais il y en a la dedans beaucoup d’hommes qui sont
affolés et fuient ; Beaucoup descendent de Morhange plateau où les Boches nous
ont durement accueillis par un terrible bombardement.
Ils sont du midi et
les officiers mêmes abandonnent leur harnachement pour fuir plus vite.
Certains disent qu’on
les a sacrifiés menés à une boucherie. Mais ceux-là n’ont aucune blessure et
questionnant chacun j’apprends que les hommes blessés que j’ai vu revenir sont
ceux des régiments de l’Est, du Nord et de l’Ouest qui étaient au centre de
l’attaque et qui se sont vus encerclés par les Allemands parce que le régiment
du midi qui étaient sur les ailes avaient fui comme des lapins sans combattre
aussi est ce avec haine qu’ils se regardent. »
Lorraine, Flandres, Belgique, Artois, cycliste de l’état-major, puis artilleur de crapouillot en tranchée d’Artois. Le 30 mai 1915, il décrit avec effroi la folle attaque du 205e régiment d’infanterie vers les tranchées allemandes du fameux « Labyrinthe ».
Ouvrage du Caméléon, Champagne, le 30 mars 1916 :
«Un quart d’heure
après, j’étais à bout de force, la tête en feu, mes épaules douloureuses
pliaient, et le plus fort n’était pas fait. Restaient à franchir les pare éclats
de la première ligne. Là, j’ai pensé défaillir car je commençais à vaciller sur
mes jambes moins vives. La fascine longue de près de 3 mètres ne pouvait passer
dans ces lacets étroits, elle s’immobilisait dans les coins, et il nous fallait
alors la soulever au-dessus des hauts parapets. Nous arrivions heureusement,
cela me stimulait et, m’arcboutant contre la muraille de craie, grinçant des
dents, les bras tendus, on passait quand même. La tête de la corvée revenait
sur ses pas, et quel soupir de soulagement en déposant ma charge.…. »
Centre Payen, Champagne, le 18 avril 1916 :
« Il vous arrive
avec un sifflement lugubre comme un lourd oiseau de proie, semblant choisir sa
victime, se balançant dans l’air, et tout d’un coup s’abattant brusquement. Il
parait que le jour on peut les suivre dans leur trajectoire, et c’est cela je
crois qui doit affoler le plus…» (…)
Il faut bien passer le
temps, éviter l’ennui et le cafard qui vous guettent. Les correspondances
viennent à propos pour nous changer les idées. C’est un rayon de soleil dans
notre triste vie de sauvage, une consolation, un soutien dans nos moments
d’énervement ou d’abattement. En lisant ces petites lettres d’un frère, d’un
parent ou d’un ami, le poilu quitte par la pensée, et pour un moment, les gourbis,
les tranchées et les boyaux pour se rapprocher de celui qui lui envoie de ses
nouvelles, qui lui adresse quelques lignes d’espoir, d’encouragement. C’est
pour lui quelques moments d’une vie faite de souvenirs qu’il prolonge à loisir
en répondant à ces lettres … »
Sa première arrivée aux tranchées à l’ouvrage du Caméléon, les corvées nocturnes en premières lignes : description minutieuse sur le carnet d’un instituteur : ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il ne voit pas, ce qui l’inquiète, ce qui l’encourage…
Août 1915, Somme :
«Ribécourt
est une commune assez importante, c’est canton. Tout le bourg est presque
détruit. Les allemands y ont habité pendant quelques mois et nous l’avons
repris. Depuis il bombarde assez fréquemment ce pays. Les maisons sons à moitié
détruites. Les habitants, surpris, ont laissé tout dans leurs maisons à la merci
de tous. Tout n’est que pillage, tout traîne par les places. Il faut monter sur
le linge de corps ou literie pour avancer…. »
Fort de Tavannes, mars 1916 :
« À 4 heures du
matin, rien encore d’arrivé. Qu’est-ce qui se passe, en voilà plusieurs qui arrivent
tout en sueur, plein de neige, il y avait 5 centimètres de neige. Cette
nuit-là, ils nous disent que personne n’a pu approcher du fort tellement il
était bombardé. Il a fallu qu’ils laissent les munitions dans un fossé à
quelques cent mètres du fort.
Un autre arrive, nous
dit qu’un de nos camarades a été tué par un obus. Ils étaient couchés tous les
deux dans un trou d’obus, il a voulu porter secours à son camarade qui était
près de lui, mais hélas il n’était plus qu’une bouillie. Il a fallu renoncer à
l‘apporter. »
Tilloloy, somme, décembre 1915 :
« Un homme de la
10ème compagnie se hasarde à aller chercher un cadavre français au-devant des
fils de fer allemands. Il monte sur la tranchée et va droit au cadavre. Pas un
soldat allemand ne tire, arrivé au cadavre. Les allemands remontent par-dessus
la tranchée, puis il leur fait signe de venir. Plusieurs viennent près de lui,
puis dans l’espace de cinq minutes, il se trouve une vingtaine d’allemands et
de français sur la tranchée, à se parler ou plutôt se faire des signes pour se
comprendre.
Ils échangent du tabac même ils essayent leurs casques. Un capitaine du 71 leur parle en allemand. »
Des écrits de 1914 à 1917 réunis dans 3 carnets : Somme, Oise, Verdun…Description de nombreux villages détruits, les bombardements continuels, les corvées, la fraternisation de décembre 1915, les préparations pour les attaques au gaz…
«Les journées
suivantes se sont passées tranquilles ; ensuite nous sommes relevés pour
un repos de 6 jours. Nous cantonnons à Ciry-Salsogne,
10km environ de Soissons. Ces jours ne sont pas de détente ; les journaux
annoncent des mutineries dans l’armée, nous sommes consignés dans notre
cantonnement.
Le 158ème RI qui fait
division avec nous, refuse de remonter en première ligne.
Ma section est de
garde aux issues du patelin, mais rien n’est venu troubler notre secteur. Nous
apprenons que l’aumônier du 158ème a réussi à calmer leurs esprits et à ranimer
leur courage. À leur tête il les entraîne relever leurs camarades des premières
lignes. Cette nuit même de la relève, il est tué par un éclat d’obus. »
Souvenirs de ses
classes, Le chemin des Dames, la bataille de Malmaison, Le combat d’Orfeuil… »
« Je me suis livré
aujourd’hui à d’amères réflexions sur mes semblables que la civilisation n’a
pas rendus meilleurs. Aussitôt que l’homme est livré à ses instincts, (et la
guerre lui en donne l’occasion), il ne pense qu’à la ripaille et à la rapine.
Il ne faut rien moins que la crainte de représailles sévères pour le forcer au
respect. Malheureusement, en France, et en particulier dans nos formations de
réserve, la discipline est fort relâchée, aussi voit-on des choses écœurantes.
Des paysans (bien mal inspirés, j’en conviens), nous disent qu’ils ont eu moins
à se plaindre du séjour des Allemands que du nôtre. On ne peut que rougir de ce
témoignage. Ce n’est pas que l’Allemand vaille mieux que nous, loin de là, si
par moments, il est plus honnête, c’est qu’il plie sous une discipline de
fer. »
« Enfin au cours de
cette permission, j’aurais le bonheur de voir se signer l’armistice le 11
novembre à 11 heures. Le cauchemar est fini. Est-ce enfin possible.
Le martyr est consumé.
Il reste de tout ceci l’égoïsme de vivre mis à part une grande détresse morale,
l’horreur de la guerre. Les choses honteuses que j’ai vues.
La pensée s’est usée
au cours de ces secousses diverses. Je suis maintenant une brute, une brute qui
a honte de ce qu’on lui a fait faire. Je retire de là un profond dégout de
l’humanité et la haine du militarisme. »
Carnet retrouvé dans une malle – Sans nom – Sans photo… Après de laborieuses et fructueuses recherches de Philippe S. nous pensons avoir identifié le rédacteur : Soldat LOUAIL Pierre Henri…Pascal, le propriétaire actuel du carnet veut rendre ces souvenirs aux éventuels descendants…
18 avril 1917, Chemin des Dames :
« Naturellement
rien à manger. Les vivres de réserve sont absorbés depuis le matin et on parle
de ne rien toucher d'ici trois jours. C'est le moment de s'abattre sur ce qu'on
trouve. Pour ma part je fais une razzia de biscuits barbotés de-ci de-là. Je ne
mourrai tout de même pas de faim. Mais quelle pénible impression de se
retrouver dans ses anciens cantonnements quand on croyait si bien coucher le
soir en terrain reconquis.
C'est l'abattement
complet.
Je comprends
facilement que par la suite plusieurs régiments se soient mutinés. Rien n'est
aussi déprimant qu'une telle séance, surtout quand on ne fait rien pour relever
le moral du poilu - au contraire. »
Après sa blessure en gare sanitaire de Bruyère, le 16
septembre 1914 :
« Mais quelle
horreur dans les gares proches du champ de bataille ! Des tas de blessés,
quelques-uns affreusement mutilés, sont couchés n’importe où et n’importe
comment. Ils gémissent mais personne ne semble les entendre. Le major est
surmené et il les regarde méthodiquement, l’un après l’autre. Beaucoup de ces
malheureux expirent ici dans d’horribles souffrances. Quelques-uns sont
légèrement blessés, et ils sont évacués tout de suite. D’autres se sont
mutilés. Le major les envoie impitoyablement au peloton d’exécution.
A Bruyères, on forme
le train des blessés, nous restons 24 h dans le train avant qu’il ne
parte. »
Maissin, Belgique, 22
août 1914 :
« Là notre
artillerie se fit entendre, ça venait de devant, de derrière, ont été
assourdis, c’était une fumée de poudre de tous côtés, à la fin de la journée
les clairons sonnent la charge à la baïonnette pour chasser définitivement la
position de l’ennemi. »
« Là, je me
relève à moitié étourdi car je me demande comment je faisais pour me trouver
encore vivant, car de chaque côté de nombreux copains étaient inanimés, la
scène fût touchante, les clairons sonnaient la charge, des cris de en avant à
la baïonnette se répétaient de tous côtés en se mêlant aux cris déchirants des
blessés. Les deux clairons de ma compagnie furent tués en sonnant la charge à
chaque pas que l’on faisait on se heurtait dans les morts ou les blessés,
malgré tout nous marchions toujours sur la lisière du bois en fuyant devant
nous comme des lâches, mais sur deux cent soixante que nous étions avant à la
compagnie, deux heures après nous étions que cent trente sur le champ de
bataille. »
Il raconte les combats sanglants de Maissin, de Bulson au mois d’août 1914, puis ceux de la bataille de la Marne : la Fère-Champenoise, d’Écury-le-Repos et ceux du secteur d’Hébuterne, Serres, La Boisselle…
Verdun, 8 avril 1916 :
« Cette route fut terrible. Il faut y avoir passé en plein jour pour savoir.
Être dans un bois ou tous les arbres sont cassés, déchiquetés ; une route à peine reconnaissable que par le nombre de chevaux morts, voitures cassées etc…Les obus arrivent dans toutes les directions aussi pour passer il faut prêter grande attention au sens des arrivées d’obus : ne pas craindre de faire des plats-ventre.»
Pierre HUET nous a laissé son carnet de guerre et un album-photos. Verdun, puis la Grèce, Serbie, Roumanie…
Lille, rue Marquillies, le 3 octobre 1914 :
« Je fais
aussitôt feu. Le cheval tombe. Son cavalier peut néanmoins se relever et prendre
la fuite.
Je continue à tirer,
ainsi que mon camarade DUJARDIN, arrivé à mon aide. Plusieurs autres cavaliers
allemands galopent dans les champs lorsque le 2ème et son cheval sont à nouveau
abattus.
Nous courrons pour les
capturer, mais à ce moment les autres cavaliers étant devenus menaçants, et
craignant d’avoir notre retraite coupée, nous jugeons prudents de nous replier
en abandonnant nos ennemis blessés. »
Clovis POREAUX est né au Nouvion-en-Thiérache (02) en 1876. Il est gendarme dans le Nord, tout près de la frontière belge. Il retraite vers Pontoise avec sa brigade, et reviens en région Lilloise juste avant la prise de cette ville par les Allemands. Ce document est rare car il est écrit non par un poilu mais par un gendarme et donc son rôle durant le conflit est différent.
Ensuite il y a un côté « journal » : il nous détaille pendant presque 7 mois les déplacements quotidiens de son escouade. Il « suit » l’armée sur les champs de bataille de la Marne. Les Allemands étaient le 3 septembre 1914 à Valmondois quelques km au nord de Pontoise, le saviez-vous ?
Pargny-sur-Sault (55),
le 7 septembre 1914 :
« A plusieurs
reprises, entre deux feux, nous traversâmes le jardin du château, et l'on
allait chercher le champagne et toutes les liqueurs du château. Nous
rapportions le tout dans la tranchée. Je n'ai jamais bu tant de champagne de ma
vie. Il fallait faire vite pour courir à ce château. Je me rappelle que nous
étions dans la cuisine lorsqu'un obus démolit un coin du toit. (…)
La gare était rouge de
sang. Sitôt qu'un de nous se levait des rails, il tombait pour ne plus se
relever. Je vis la cervelle d'un de mes camarades jaillir sur le quai. Je
devins pâle. Le cœur me manqua de voir tant de sang. Le quai était jonché de
cadavres »
Émile MILLE, 21 ans en 1914, il se trouve sous les drapeaux au 128e régiment d’infanterie quand la guerre éclate. Son récit, ses dessins sont d’une poignante vérité. La description des combats à Fontenois (Ardennes) et à la gare de Pargny-sur-Saulx (Marne) sont d’une intensité remarquable.
Pommier (62), le 2 novembre 1914 :
« À signaler la
frousse du capitaine qui, aussitôt l’ordre de relève, part avec la liaison sans
s’occuper de ses hommes restés dans les tranchées.
Il parait qu’à chaque
distribution, ce joli coco prend un ou deux litres d’eau de vie et le reste à
proportions. Il n’est pas étonnant que les hommes soient si mal nourris car du
haut en bas de l’échelle des gradés, il y a un gaspillage éhonté.»
Louis Émile Gaston MAGNIEN, cultivateur, est né le 26 août 1880 à Doncourt, en Haute-Marne. Il intègre le 69e RI.
L’Artois (combats de Monchy-au-Bois), puis la Belgique, retour en Artois où il sera tué à Neuville-St-Vaast en mai 1915.
Village de Douaumont, le 2 mars 1916, 3h du matin :
« Le
sous-lieutenant appela ses gradés, sur toute la section nous restions deux
caporaux et vingt-quatre hommes, il nous dit que nous avions tous fait
l’impossible pour résister, que les autres compagnies étaient faites
prisonnières ou démolies, nous étant cernés nous serions massacrés ou pris dans
la soirée.
Il ne nous restait
plus qu’à attendre les événements, puisque nous n’avions plus de munitions et
pas de moyens pour se retirer à l’arrière. »
Élie HARTÉ, menuisier, est incorporé pour son service militaire en décembre 1914 au 50e régiment d’infanterie, il passe à la fin de sa formation au 73e RI en mai 1915, puis de suite au 33e RI, 10e compagnie, avec lequel il rejoint le front. Le capitaine commandant de cette 10e compagnie du 33e RI se nomme Charles DE GAULLE…
Nord d’Arras, Artois, 6 juin 1915 :
« Nous avons eu
du reste pas mal de victimes sans attaquer. Pour ma part, mon fusil est cassé
en deux et le canon tordu au milieu du fût. C'était encore mon fusil de
famille, celui qui a descendu la rue des Juifs un petit drapeau et des fleurs
dans le canon sur mon épaule aux accents du chant du départ. Ça m'a fait de la
peine de le remplacer.
La courroie de la
musette à cartouche que ma mère m'a faite est percée par une balle de shrapnell
ma gamelle aussi, ma toile de tente est en loque et moi je suis indemne. »
La lettre de Paul TAPIE est datée du 6 juin 1915, c'est à dire 10 jours avant sa mort dans un hôpital. Le régiment a perdu plus de mille hommes dans les combats des 16 et 17 juin 1915.
Rhodes, Moselle, 19 août
1914 :
« Au départ de Rhodes,
nous rencontrons 7 à 8 ambulances. Les unes transportent des cadavres français
qui seront inhumés à l’arrière les autres transportent des blessés.
L’un à la tête
enveloppée de toute part et souffre horriblement, l’autre est atteint à la
poitrine, aux bras, aux jambes. C’est encore un blessé qui pousse des cris
déchirants, il a le pied emporté et malheureusement il ne pourra échapper à
l’amputation de son membre.
C’est ensuite un
convoi de 300 blessés qui plus heureux dans la souffrance que leurs camarades
peuvent se retirer à pied à l’arrière de la ligne de feu. (…) Quelques-uns qui
n’ont pu supporter leur transport à l’arrière sont morts sur ce modeste char.
Leur corps recouvert de leur capote repose à côté des autres blessés qui furent
jadis leurs compagnons d’armes.
Le spectacle est
navrant et les yeux se mouillent à la vue de ce triste tableau. »
Jean PICOU sera tué par une balle qui provoque une « fracture de l’étage antérieur de la base du crane » . Il sera déclaré non-mort pour la France. Pourquoi ?
Il est quand même inhumé dans une nécropole militaire…
Ostel, Chemin des Dames,
23 avril 1917 :
« C’est devant Ostel du nord, et à l’ouest dans le ravin de la ferme Gerleaux que je continue les notes de guerre.
Nous sommes installés
dans une cagna d’officiers artilleurs boches. Il y a lits, poêle, chaises et
table, assiettes, flûtes et coupes et l’électricité. J’ai remplacé par un accu
boche la dynamo en panne avec ma lampe de poche pour l’ampoule. »
René PIERROT a été mobilisé le 1er septembre 14 comme infirmier, puis il sera nommé médecin-auxiliaire le 3 juin 1915, médecin sous-aide-major le 18 août 1917 et enfin médecin aide-major le 10 novembre 1918.
Le petit carnet renferme ses souvenirs de la bataille du Chemin des Dames et de la seconde bataille de la Somme et en ce centenaire de la grande guerre Sylvaine est heureuse de partager ces écrits.
Gizaucourt,
Marne, 15 novembre 1915 :
« Le 13, la neige
fait son apparition, il fait un froid à ne pas y tenir, nous gelons sous les
tentes. On parle de faire des abris pour les chevaux et nous n’avons rien. Pour
avoir coupé un mauvais un mauvais sapin, une vache de lieutenant de gendarmerie
nous menace du conseil de guerre, c’est terrible de voir chose pareille.
On le souhaite
crevé...»
Prosper est conducteur (hippomobile) du train de bataillon ou du train de combat.
Villers-sous-Châtillon (Marne), lundi 4 juin 1917 :
« Ce matin, [le
général] SCHMIDT réunit tous les officiers et sous-officiers du 409 et du DD.
C'est à cause du moral.
On voit qu'il compte
surtout sur les sous-offs pour le remonter. Il dit que la guerre doit être
poussée jusqu'à la victoire et exhorte tous les officiers à donner l'exemple.
Dans la tranchée, on n’en voit pas tant qu'ici.
Enfin, cette
conférence donne l'impression que le gouvernement à une trouille épouvantable
et craint un mouvement. Les grosses têtes ont peur de sauter. Je suis très
content d'avoir assisté à cette réunion car elle montre la crainte que les
supérieurs ont du soldat.
L'heure est très grave : peut-être sommes-nous
arrivés à un instant décisif. Le tout est de savoir si ces craintes se
réaliseront. »
Au travers de ses 7 carnets de guerre, René BRISSARD nous fait vivre ses 1104 jours sur le front.
Sailly-Saillisel, Somme, 29 novembre 1916 :
« A 20h nous relevons le
418ème régiment d’infanterie, nous passons à Maurepas, Combles, Frégicourt et nous arrivons devant Sailly-Saillisel ; où le
régiment prend les tranchées : par un temps affreux ; de l’eau et de la boue
jusqu’au ventre. Nombreux pieds gelés pendant le période.»
André DURAND, 23 ans,
menuisier dans le civil est musicien. Étant musicien, il ne fait pas parti de
la partie « combattante » du régiment. Ses séjours en tranchées ne seront pas
systématiques. Mais il devient brancardier-auxiliaire.
Au travers son récit, on constatera qu’il va très souvent relever les blessés après les attaques au péril de sa vie.
Bois des Hospices, secteur fort de Tavannes, Verdun, 12
juin 1916 :
« Pour ma part,
je n’eus à souffrir que d’une pierre soulevée par un obus et retombant sur mon
casque en me l’enfonçant jusqu’aux oreilles ! Résultat : un petit
évanouissement d’une dizaine de minutes. Je ne puis dire qui m’en tira. J’étais
seul dehors. Lorsque cet « accident » m’arriva et lorsque je revins à moi, je
me trouvai couché sur un lit, seul encore dans le poste.
A noter que notre
capitaine de batterie, DURIEUX, ne fut guère brillant par son courage : je
crois bien que durant ces journées il ne sortit pas une seule fois de son abri,
même pour faire ses besoins. Le sous-lieutenant GALLERAGUES ne valut guère
mieux. C’est avec un grand soulagement que nous quittons cette région.»
Gilbert BELLOC, brigadier, musicien et infirmier, a laissé un petit livre relatant, jour par jour, "sa campagne 1914-1918" avec quelques photos. Cette année marquant le centenaire de la fin de cette guerre, son petit-fils est particulièrement sensible à faire connaître ces écrits qui peuvent, certainement très modestement, à apporter des renseignements précis sur les lieux, théâtres des opérations et les hommes qu'il a connus et dont certains ont perdu leur vie…
Champagne, mars 1915 :
« Ce qui se passe
ici ne s’est jamais produit dans l’histoire, c’est un véritable enfer et on se
demande s’il est possible d’en sortir. Tout est employé canons, fusils,
mitrailleuses, mines, etc… Les tranchées sont faites de cadavres et
certainement que dans la plaine il n’y a pas un mètre carré où il n’y a pas un corps
humain.
C’est terrible de
payer si cher du terrain qui vaut si peu, c’est un désert (…)
Ici on ne se lave pas
faute d’eau on ne change pas de linge. C’est infect, on couche sur la terre par
10 ou 12 ° sous zéro. On se demande si on pourra un jour en sortir d’ailleurs
du train dont ça va il y en a bien pour un an encore. Les journaux en mettent
plein les yeux au public. Le moral des troupes est excellent disent-ils, en
réalité il est exécrable. »
Alexandre Henri LOYER écrit, écrit, écrit…jusqu’à sa « bonne » blessure qui l’éloignera définitivement de la guerre. Ses lettres nous sont restées ; merci à Jean-Claude, son petit-fils de pouvoir les lire.
Sud de Soissons, 28 mai 1918 :
« Des isolés,
appartenant surtout au 214e régiment d’infanterie retournent vers l’arrière, ce
qui me surprend que des gens abandonnent leur poste de combat en un tel moment.
Mais nous les écoutons pourtant raconter leurs prétendus exploits, anecdotes
aussi héroïques que peu vraisemblables. Un grand gaillard nous montre une paire
de gants dont il aurait dépouillé un capitaine ennemi, tué par lui, etc…»
Pierre BOURSEIRE nous raconte les journées terribles de mai 1918, lors de l’offensive allemande. Il sera fait prisonnier à la suite des combats
Vosges, janvier 1915 :
« Il fait très
froid et on souffre beaucoup. Le pain est gelé et la morue est gelée. Le
ravitaillement n’arrive pas. Le 26 au soir, on fait des tranchées avec de la neige
à onze heures du soir. J’ai les pieds gelés et je me dirige vers le poste de
secours. »
Juin 1915, infirmerie du bois des Fosses, secteur de
Pont-à-Mousson :
« Ils vont la
trouver mauvaise surtout que ces hommes sont des réformés et auxiliaires.
Quelles tristes recrues !
Quelques-uns viennent
à la visite le lendemain, ça fait pitié. Certains n’ont jamais tenu un fusil,
d’autres ne voient pas clair, même de l’œil droit, des herniaires, varices,
cœurs faisant du 100 à l’heure, etc…
C’est malheureux
d’envoyer des soldats comme ça sur le front. »
« Ces messieurs
les officiers viennent de toucher leurs mois et aussitôt on voit partir les
billets de banque dans leurs familles.
C’est épouvantable de
voir ce que vaut notre commandement. Ici des quantités énormes de blé se
perdent dans les granges, sans être battu, alors qu’il serait très facile d’emmener
tout cela à l’arrière. »
« Plus fort
encore, un grenier est plein de sacs de blé et bien on le laisse manger aux
rats et le commandant GOUACHEY qui passe son temps à emm…les
poilus, à voir si les cravates font deux tours, n’a pas eu l’idée de faire
enlever ce blé depuis 9 mois qu’il est là. Et notre beau pognon s’en va à
l’étranger pour acheter du blé à des prix fabuleux.
Voilà comme ces
messieurs défendent et servent leur pays. On voit bien par là ce qu’ils peuvent
faire chez eux. C’est triste mais c’est ainsi que ça se passe.
Quels bons souvenirs
on emportera tous chez soi après la guerre. Voilà notre infériorité manifeste
vis-à-vis des Boches. »
L’infirmier Jules FROTTIER a passé toute la guerre non loin des premières lignes. Ses lignes (6 carnets !) sont écrites en temps réel, sur le vif, elles sont criantes de réalisme et très détaillées. Je pense qu’elles sont souvent écrites après coup, ce qui ne fait que confirmer les talents de narrateur de Jules. Son affection pour les siens et ses amis, toujours très pudiquement exprimée, sa révolte aussi à l’encontre de ses supérieurs qu’il juge souvent incompétents et imbus de leur personne…
3 mars 1915, ravin des Meurissons :
« Matinée de
nettoyage, après-midi l’on nous prévient qu’une mine va sauter.
3h, une contre mine
boche saute sans aucun dégât.
Le soir à 6h, nous
faisons sauter notre mine nous ne voyons rien. Quelques crapouillots arrivent
presque sur nous. »
4 mars
« Réveil à 2h du
matin pour nous prévenir qu’à 4h une autre mine, elle saute à 5h. Nouvelle
fusillade et tout rentre dans le calme.
Dans la matinée
passage d’aéroplane, dans l’après-midi bombardement des boches sur les lignes
de réserve. (…) »
« C’est nous les gars de la classe seize
Les cadets d’ l’armée Française
Au cri de « Vive la France ! »
Quand on nous invit’ra pour la danse
La baïonnette au derrière
Les sortant de leurs tanières
Nous pouss’rons à la frontière
Tous ces sales croquants d’allemands
Tambour battant ! »
20 poèmes d’un poilu de 20 ans…
Aux armées le 5 mai 1917 :
« Bien chère
petite Cécile
« J'ai reçu ton
petit mot hier soir comme je remontais de cet enfer du massif de Moronvilliers où j'ai vécu treize jours de cauchemar. Je
suis au repos pour quelques jours et je t'assure que j'en avais besoin car cette
fois j'étais fourbu. Quelle vie ici, ce n'est pas une sinécure de faire partie
d'une division d'assaut. Cependant on voit de belles choses. Par exemple le
départ de mon régiment s'en allant à l'attaque. J'étais auprès du colonel.
Lorsque le coup de
sifflet fut donne par lui, signal pour se diriger vers les tranchées ennemies,
de voir ces hommes partir tranquillement au pas, alignés presque comme à la
manœuvre, d'entendre le colonel crier « vive la France, vive mon régiment »
c'était beau. Nous avions les larmes aux yeux.(…)
J'embrasse ton petit
Yvon et toi très affectueusement. Mon bon souvenir à Yves. »
Tartiers, nord de
Soissons, Aisne, 28 mai 1918 :
« Un obus tombe
en plein sur le groupe. 3 tués et 6 blessés.
Vite ! Sac au dos
et au trot nous nous replions toujours, c’est affreux, tout le monde fuit,
abandonnant des quantités de tout sorte. Notre 75 ne nous soutien plus.
De temps en temps
quelques obus qui dégringolent sur notre chemin de retraite, tuant et blessant,
qu’on soit abandonné et donnant la panique. Nous sommes lamentables à voir.
Quel désordre, les artilleurs se battent avec nous.
Arrivés à Vauxrezis nous fîmes un peu la pause ; nous étions morts de
fatigue et de chaleur… »
Le Chemin des Dames, Verdun (2 fois), L’Oise, Fernand combat et coiffe…
Lyon, 14 novembre 1914 :
« Bien chers
parents,
Il n’y a encore rien
de nouveau ici si ce n’est qu’il en est parti une douzaine ce matin pour leur
dépôt et je vous garantis qu’ils ne sont pas partis sans être habillés. On leur
a donné un chandail, une ceinture, une chemise, des chaussettes, un cache-nez,
un passe montagne et une veste en toile cirée mais elle n’a pas de manches.
Avec ça ils n’auront pas froid et ceux qui partent en ont autant. Pour moi, je
ne compte pas partir encore.
Je vous embrasse
tous. Léon »
Carency, Pas de Calais, 13 juin 1915 :
« Reprise de
corvées aux morts. Carency et Neuville. Travail de nuit. Nous enterrons les
corps sur place par dix à douze ensembles après identification. Les mouches, en
pleine nuit même, nous environnent lorsque nous touchons aux corps. Vers 5
heures, il nous faut cesser par force : marmitage soigné et pluie de balles
nous y obligent. Après être restés une heure à cent mètres des lignes, nous
partons aux pas de course poursuivis par les obus. »
Journal de guerre d’un « non-combattant », portant bien près des premières lignes…
Somme, 1915 :
«Ah ! Chère maman, si
vous voyez votre fils ! Je vous prie de croire qu’il est joli, tout de boue
habillé. Cela ne fait rien et l’on n’en est pas triste. Puisque nous sommes
dans la boue, allons-y sans sourciller et pataugeons en cadence pour la France.
C’est une manière
voulue par le bon Dieu d’expier la prédilection de tant de mes compatriotes
pour la boue qui souillent le cœur et l’âme. Je vous assure que l’on s’amuse
bien et l’on chante d’un cœur joyeux la chanson de Botrel intitulée : Dans la
boue »
Henri DURAND, frère Sébastien, abbé au 410ème régiment d’infanterie, ou le sacrifice d’un poilu « ordinaire ».
Lihons, Somme, juin 1915 :
« Le lendemain de
notre arrivée, un jeune lieutenant a été tué. Je suis allé le voir, à l'entrée
du village, dans la maison où son corps avait été déposé. Il était étendu,
rigide sur des planches, moulé dans sa capote de combat, les jambes guêtrées,
un des côtés de la figure complètement emportée par la balle qui était venue le
surprendre au créneau où il avait commis l'imprudence de venir regarder.
C’est la première
victime de la guerre que je vois de la guerre et je rêve à tout ce que ce jeune
corps renfermait d'espérances pour l'avenir.
A dix pas de là, le
petit cimetière des soldats tués à l'ennemi. Je vais le parcourir. A chaque
tombe, une croix et sur une petite pancarte, un nom et quelques chiffres. Je
lis quelques noms…Et pourtant, sur tout cela, le soleil luit joyeux…
Il est déjà grand, ce
petit cimetière… »
Paul FOURNIER écrit, écrit, écrit …
21 septembre 1918, Serbie :
« Journée marquée
par l’attaque de la cote 2058 ; l’ordre d’attaque est pour 6 heures, les
premières vagues sortent, composées de la 5e et 7e Cie, impossible d’avancer.
Les unités sont prises sous un feu intense de mitrailleuses. Les hommes se
replient sous les ordres de leurs chefs. En portant un ordre à la 6e Cie, j’ai
un homme de la liaison blessé au pied gauche, un nommé MICHAUD, qui est du
canton de Mauprévoir.
Enfin, à 10h50,
l’ordre arrive du colonel RONDET d’attaquer coûte que coûte, car paraît-il que
les Bulgares continuent leur retraite ; le capitaine MAÏNETTIE commandant le
bataillon, donne ses ordres aux agents de liaison de porter l’ordre au
lieutenant BOUVIER, un brave de la 5e compagnie, à 11h30. »
Pétrus Joannès PEYROT, 4e RIC, boulanger de profession, s’est battu contre l’Allemagne du 4 août 1914 au 12 avril 1919. Sur le carnet qu’il a emporté pendant la guerre, il a noté sa campagne en Orient à partir du 25 juillet 1917
25 juin 1918, camp d’Osnabrück, Allemagne :
« La journée a
été marquée par un petit événement passe et dans le bloc voisin, ou cantonnent
des officiers anglais.
Dans une des baraques
occupées par eux, un commencement de sape était en construction, 7 ou 8 m
avaient été creusés et restait encore 3 à 4 m à creuser pour sortir en dehors
du fil barbelé, et par où devait s'enfuir plusieurs officiers.
Ce travail fut
découvert par une sentinelle, celle-ci entendant du bruit sous ses pieds, a
donné l'alerte au poste, et les officiers anglais ont été surpris dans leur
travail, dès le soir les sentinelles étaient doublées. »
9 novembre 1914, secteur du Four-de-Paris :
« Un lieutenant
de chasseurs, le fusil à la main, toujours debout, s’avance vers l’aile gauche,
pour déplacer une dizaine d’hommes et les porter à la droite. Les autres, ne sachant
ce qui arrive en voyant partir les hommes, croient à une retraite, et
s’enfuient en sautant par-dessus nos têtes, en arrière, comme des fous.
Les officiers crient,
gesticulent, les traitent de lâches, ils essaient de les retenir, rien n’y
fait.
Aussitôt, nous nous
voyons abandonné, et les boches qui avancent toujours. J’ordonne à mes hommes
de sortir vivement de la tranchée et de se replier.
Dans leur
précipitation la plupart abandonnent, fusils, pelles, pioches. Il était temps,
car trois sapeurs de ma section qui n’ont pas eu le temps de se sauver ont été
soit tués soit faits prisonniers. »
Tranchée Mathis, secteur de Carency, Artois, début
1915 :
« Les inventions
que j’ai connues, conçues par des cerveaux de l’arrière pour aider ceux de
l’avant à gagner la guerre, étaient rarement des réussites. Je n’ai pas
moi-même vu la brouette coupe-réseaux de barbelés en action, mais on disait
qu’elle faisait un raffut terrible qui alertait l’ennemi, et qu’il fallait être
fort comme un cheval pour la pousser sur un terrain non préparé.
Mais j’ai vu
fonctionner le canon porte-amarre : il envoyait un crochet dans les
réseaux de barbelés d’en face, puis les arrachait et les tirait à lui au moyen
d’un treuil. Certes, il n’y avait plus de barbelés juste devant les tranchées
allemandes pendant quelques jours, mais un énorme tas infranchissable était
roulé devant nos premières lignes. »
Victor CHATENAY a eu une guerre assez extraordinaire, passant de sapeur dans une compagnie disciplinaire, à lieutenant commandant une unité d’ambulancières anglo-américaines. Résistant de la première heure en 39/45, il sera sénateur en 1948 et député en 1951.
16 juin 1916, butte de Tahure, Marne :
« J’ai trouvé
dans un boyau abandonné et à moitié comblé deux petites tombes qui par miracle
ne sont pas abimées. Deux croix faites de deux planches sans inscriptions. J’ai
eu la curiosité de regarder le papier que contient la traditionnelle bouteille.
Cette dernière étant
cassée, le papier est à moitié rongé, et j’ai fait mettre une nouvelle
bouteille.
Qui sait, peut-être
résistera-t-elle ? Peut-être les familles auront-elles un jour la consolation
de venir prier sur la tombe de leurs enfants.
Sur le papier, j’ai lu
:
« Ici est enterré le
soldat Louis SALMON du 228e infanterie.
Il a été apporté ici 5
ou 6 mois après sa mort par un officier et des soldats de la première compagnie
du 93ème d’infanterie qui ont été chercher son cadavre
en état de décomposition au prix de beaucoup de difficultés à environ 40 mètres
des tranchées ennemies. Est aussi enterré ici le sergent JOYAU du 329 inf.
20ème compagnie. Son corps a été apporté ici dans les mêmes conditions que le
soldat SALMON.
Ils sont tombés au
champ d’honneur l’un près de l’autre. Honneur à ces braves !
Signé : Illisible »
N’est-ce-pas triste à
en pleurer ? »
Bataille de la Malmaison, Marne, 23 octobre 1917 :
« Tout le monde
hors de la tranchée c'est la ruée vers le barrage et les boches la baïonnette
haute.
Au milieu de l'ouragan
d'obus du barrage ennemi, la minute est poignante ; il ne faut pas
réfléchir. S'engager dans cette zone infernale, c'est mépriser sa peur. Braver
ces explosions infernales et cette ferraille qui cingle, c'est vraiment défier
la mort ou plutôt préférer à la honte de la fuite, le coup mortel
qu'infailliblement on doit recevoir.
Dans bien des âmes, la
crainte des conséquences d'un recul, d'une mise à l'abri frauduleuse, des
responsabilités du chef est plus forte que la peur. On la surmonte parce qu'il
faut en passer par là, qu'il n'y a pas d'autre issue. Après tout il en
reviendra toujours quelques-uns et l'on peut être de ceux-là. De gré ou de
force il faut y aller, le plus souvent à contrecœur, mais c'est la loi des
pauvres bougres de l'avant. »
(…)
« L'attente est
la pire des défaitistes ; vision de la mort, le brusque arrêt dans un court
râle, de notre pensée, de notre activité. Quelle souffrance morale il faut
endurer !
Peu de gens de
l'arrière se doutent de cela.
Beaucoup nous diront
même au cours de nos permissions, que leurs angoisses pour les leurs qui sont
là-haut sont pires. Ceux de l'arrière immédiat des lignes nous disent que ceux
qui sont en avant ont moins de risques sous prétexte que l'ennemi évite de bombarder
les premières lignes de crainte de toucher les siens. Il y a de quoi rire.
A les entendre tout
est réservé à ces pauvres gens de l'arrière immédiat, mais ils se gardent bien
de demander à venir relever ceux de l'avant. »
Des carnets exceptionnels par leurs qualités, leurs précisions et malheureusement leurs réalités…
Secteur de Brassehaet,
Belgique, 22 septembre 1914 :
« Depuis le
déroulement des opérations nos hommes n’ont eu à leur disposition pour
construire les ouvrages de défense que la pelle Linneman
et 5 ou 6 brouettes par compagnie.
Les ouvrages
permanents et les magasins du fort et ceux du polygone de Brassehaet
situés à deux kilomètres en avant de la ligne des ouvrages permanents
regorgeaient cependant d’outils, pelles à long manche, pioches, haches,
brouettes, etc, etc, mais
toutes les demandes faites pour obtenir la livraison de ces précieuses reliques
restèrent sans réponse et les hommes durent continuer à se servir de civière de
fortune pour transporter la terre et les gazons servant à la construction des
abris.»
Neuve-Chapelle (Nord), 28 octobre 1914 :
« C‘est alors que
le capitaine nous recommande de bien suivre les principes qui nous ont été
montrés par le sous-lieutenant de chasseurs cyclistes, car ce que nous avons
fait au figuré, nous allons le faire pour de bon cette fois, puisqu‘il s‘agit
d‘aller à l‘attaque du village de Neuve-Chapelle que nous apercevons à 1500
mètres d‘où nous sommes et où sont les Allemands (…). »
« En suivant ce
fossé nous arrivons à l‘entrée du village que l‘on attaque, nous enjambons des
cadavres anglais, le 1er est un lieutenant et c‘est à ce moment que j‘éprouve vraiment
le sentiment de la réalité, c‘est un douloureux spectacle que de voir des morts
presque ensevelis sous la boue et des blessés agonisants qui nous regardent
d‘un air d‘anxiété.»
« Nous ne
connaissons pas le résultat de notre attaque mais nous déplorons 4 tués – 4 ou
5 mortellement blessés, 2 disparus et une quinzaine de blessés (le commandant
DE LA BRUYERE a eu les 2 jambes broyées par un éclat d‘obus). »
Le début de la guerre dans le nord de la France, en Flandres, vécue par un Cuirassiers.
Forêt de Parroy, 1915 :
« Le brouillard
se lève, les artilleurs reprennent de nouvelles positions de combat autour du
village.
Je vais voir derrière
l'église, le sergent POLLIER, instituteur à Thônes, originaire de Mures
au-dessus d'Alby. Tué d'une balle à la tête. C'est le
1er mort que je vois.
Pauvre pioupiou dans
ta capote sale et ton pantalon rouge, tout chiné et taché de la boue des
tranchées !
Pauvres mains pleines
de terre ! Où est-elle la beauté et la gloire qui devraient entourer ta
dépouille de brave soldat ?
Te voilà couché dans
sur la terre du petit cimetière, sans linceul, sans verdure, sans couronne de
feuillage.
Sa femme, si elle le
voyait... »
25/10/1914, Münster :
Chers père et mère
« J’espère que malgré
les épreuves que vous avez dû traverser vous êtes toujours en bonne santé.
Ne vous chagrinez pas
pour moi, ne pensez qu’à vos enfants. J’espère avec l’aide de Dieu rentrer
bientôt en aussi bonne santé que je vous ai quittés car il ne me manque rien
surtout depuis dix jours que la cantine est ouverte où l’on trouve du pain.
Embrassez Mathilde et
tous nos enfants pour moi. »
Étudiant en médecine et originaire de Poitiers, Paul ROUX est incorporé à 19 ans, le 10 avril 1915, comme médecin-auxiliaire.
Il est affecté au service de santé de la 9e région militaire en avril 1916. Il sera au front à partir de mai 1916. Cité trois fois (2 citations au régiment et une à l’ordre du 31e corps d’armée), titulaire de la croix de guerre 2 étoiles de bronze et une étoile de vermeil.
Pierre MARTIN était du 81e régiment d’infanterie territorial, puis prisonnier au camp de Wittenberg. Il a écrit un poème sur sa vie au quotidien ainsi que des chansons.
27 février 1915, bois de la Gruerie, Meuse :
« Enfin 3 jours c’est assez, et là sans dormir, car il faut prendre la garde tous les 4 h et il fait fort froid, il gèle fort.
J’espère que demain nous allons être relevés car c’est assez comme ça.
Nous sommes en ce moment à 8 mètres des boches, ça fait qui faut faire attention à lui pour ne pas recevoir des boîtes de singe sur sa gueule.
En ce moment nous touchons la soupe pour la journée. Je viens de boire ma goutte, elle est très bonne et elle nous fait du bien, car depuis hier soir nous n’avons pas encore eu rien du tout dans le coco. »
10 mai 1915 :
« Je t’écris
cette carte, au son de musique (les boches tirent en ce moment sur nos avions
qui survolent mon poste d’observation), dans une tranchée de 2éme ligne à 750
mètres des boches. Je vais être relevé ce soir à 9 heures j’y aurais donc passé
24 heures.
Mes élèves – apprentis
poilus pour leur début, ont été assez braves mais tout de même un peu émus,
surtout qu’à 2 heures de l’après-midi certaine partie de manille fut
interrompue par ricochet d’éclat d’obus qui s’est logé dans sur chêne à 50
mètre des 4 garçons (dont un cordonnier à Labeaume) à
partir de ce moment-là, ils se sont bien gardés de bouger. Ils étaient
verdâtres. »
Vendredi 4 septembre 1914, Hubécourt
(Meuse) :
« Cantonnons à Hubécourt. Altercation chez un mercier avec le capitaine de la 8e Cie. Tête brûlée (son nom SIMON), d’après lui les officiers ont tous les droits. Aucun devoir. Eux d’abord, les hommes après. Nous verrons plus tard à faire châtier l’arrogance de cette caste. Jouisseurs »
(…)
Je pense à ma chère petite femme et à mes chers petits. Mon petit Polo et ma petite Lulu adorés. Je ne puis m’empêcher de pleurer. Comme déjà cela m’est arrivé plusieurs fois. »
7 mars 1916, carrières du Cabaret de la Cible,
Meuse :
« Jour de
carnaval c'est bien autre chose. Jamais un tel bombardement ne s'est vu. Les
bois où nous sommes sont complètement rasés on ne peut plus sortir dehors. Les
blessés redoublent le soir.
Nous les évacuons
pendant la nuit. Nous ne touchons plus rien à manger, le ravitaillement ne
pouvant plus venir. Nous n'avons plus rien à boire ne pouvant sortir chercher
de l'eau. Nous mangeons la neige qui tombe tous ces jours ci. »
10 mai 1915, Artois :
« Aussitôt le
réveil et la prise d’armes, on est avertis de rester en tenue, prêts à partir,
l’attaque est commencée d’Arras à la mer du Nord, le bruit de la canonnade
s’entend bien, il dure depuis plusieurs heures. »
« C’est le moment
venu pour en finir ; n’était-ce pas bien la fête de la Bienheureuse Jeanne
D’Arc ?
A-t-on choisi ce jour
? En tout cas elle doit là-haut guider le haut Commandement et nous conduire à
la victoire. Tout le monde est heureux que cela soit ainsi, à la grâce de Dieu,
tous nous ferons notre devoir, attendons confiants l’ordre pour nous mettre en
route sac au dos. »
Un juge de paix, mobilisé et parti à la guerre…
Dimanche 1e novembre 1914, Aisne :
« Ce soir, je
suis allé jouer aux cartes avec la 1ère section. En temps ordinaire, c'eut été
un spectacle vraiment remarquable et digne d'un bon peintre.
Une trentaine
d'hommes, placés dans toutes les positions, maniant la monnaie comme des
chercheurs d'or éclairés par des bougies de suif faisant apparaître sur la
voûte et les murailles mal unies de la grotte de gigantesques silhouettes à
chacun de nos gestes.
Pour compléter le
tableau, des barbes hirsutes, des vêtements sales et des fusils suspendus
partout. Enfin, tout pourrait donner l'illusion d'un repaire de brigands...»
Mercredi 5 mai 1916, secteur du Mort-Homme, Verdun :
« Soudain, orage,
une violente bourrasque s’élève courbant les cimes des arbres. Les aérostiers
cherchent à descendre les saucisses, mais malgré leurs efforts, les 2 saucisses
les plus proches de nous, cassent leur câble et s’échappent. C’est la proche de
nous qui rompt son câble la première. La secousse est si violente qu’elle fait
trois fois la boucle, elle monte assez lentement, par 2 fois l’aéronaute jette
des objets assez volumineux par-dessus bord, ensuite un autre objet qui semble
assez volumineux par-dessus bord, et ensuite un autre objet qui semble
immobiliser la saucisse un moment.
Bientôt un énorme
paquet quitte la nacelle, tombe 50m environ et le parachute se déploie,
l’aéronaute vient de quitter la saucisse désemparée qui d’un bond disparaît
dans les nuages. Le parachute terriblement ballotté descend dans les lignes.
À peu près au même
moment la seconde saucisse s’échappait, la même scène se passait mais,
malheureusement le parachute ne s’ouvrait pas et le malheureux aéronaute était
tué.
Quant au 1er j’appris
par la suite qu’il était atterri un peu à l’arrière des lignes, blessé par un
éclat d’obus que les boches lui avaient envoyé pendant sa descente. C’était un
caporal qui montait pour la 1ere fois dans la saucisse. Nous avons perdu
environ 6 saucisses et les boches autant.
La moitié des pilotes
furent tués.»
Mercredi 23 mai 1916, secteur de Chattancourt, Verdun :
« La nuit se
passa ainsi et le jour au lever du soleil qui s’annonce chaud.
La machine infernale
continue toujours. Nous sommes survolés par des avions ennemis qui règlent le
tir de leur pièce, maintenant les obus se rapprochent de notre tranchée, des
gros 210. Nous sommes repérés me disent les camarades.
En effet c’est le
bouleversement, le carnage, beaucoup sont engloutis, pulvérisés, décapités.
Notre tranchée est à moitié refermée, ceux qui ne sont pas blessés, comme moi,
restent impassibles, stoïques, attendant aussi la mort. On reçoit la terrible
secousse des éclatements, bien souvent à un mètre ou deux de nous et quelques
instants après il en tombe un à 1m50 de moi et de mon camarade de combat
BOISSON. »
28 mai 1915, tranchée de Saint-Nicolas, Arras :
« Dans la nuit,
les pionniers enterrent les cadavres qui sont là depuis 15 jours, besogne
macabre et qui ne leur plait guère. Mais pourquoi chaque régiment
n’enterrerait-il pas ses morts chaque soir de bataille. Comment identifier ces
malheureux en décomposition, qui ira leur retirer leur plaque d’identité ou
leur livret ? »
« Pauvres
familles, vos fils vous seront signalés comme disparus et jamais vous ne saurez
ce qu’ils sont devenus, terrible pensée. »
8 septembre 1914, La Marne :
« Le 8, le
colonel nous donne l’ordre de marcher en avant coute que coute au cri de
« en avant les Marsouins ».
C’est là que nous leur
avons passés une belle branlée, nous sommes allés plusieurs fois à la
baïonnette, et il fallait les déloger des tranchées à coup de baïonnettes et
que les 75 cracher si bien. »
Vendredi 21 mai 1915 Somme-Tourbe (Marne) :
« 5 h moins ¼ : on
emporte le repas froid.
Nous suivons un chemin
de traverse qui nous conduit à Somme-Tourbe en 1 h ½. D’ailleurs on n’a pas de
sac et par conséquent on marche allègrement. Avant 7h nous arrivons à ce qui
fut un village mais qui n’est plus qu’un grand désert de ruines desquelles
surgissent quelques légères constructions en planches, des abris en brique
construits pour abriter les soldats, et enfin l’église et la mairie qui – chose
extraordinaire – ont seules été respectées.
Nous traversons toutes
ces ruines, véritable vision de guerre qui donne une espèce de mélancolie
indescriptible. »
7 septembre 1914, ferme Saint Antoine, secteur de
Lunéville (54) :
« Ces dures
épreuves physiques que nous avons subies prouvent que l’on peut pétrir son
corps avec sa volonté, et que ce corps file lentement sur l’ordre. Marcher
quand on ne peut plus marcher, dire qu’on va mourir et vouloir fortement vivre,
tomber pour ne plus se relever et courir toujours, ne pas dormir, ne pas
manger, dormir avec la pluie dans le cou et un ruisseau sous les pieds, être
sous le sac comme un cloporte sous une pierre, et emporter sa pierre, puis à la
première grande halte oublier tout et tenir le poteau d’arrivée, voilà ce qu’a
dit au corps la guerre.
Elle n’a pas dit autre
chose à l’âme. Elle lui a appris à faire sa tranchée pour la résistance, à
vouloir s’élever vers la lumière. »
4 octobre 1916, en mer :
« La chaloupe qui
m’avait recueilli, étant surchargée à l’excès, les marins accostèrent un radeau
vide qui se trouvait à proximité et le prirent en remorque. (…) »
« À coup de rames
nous avions à nous défendre contre de pauvres mulets, victimes comme nous du
naufrage et qui, bons nageurs, cherchaient désespérément avec leurs mâchoires à
s’agripper à nos embarcations, augmentant ainsi nos risques. »
Mercredi 22 novembre 1916 :
« Ce matin, il
pleut. »
« Le tableau que
nous avons sous les yeux est tel qu’on se croirait transporté dans un autre
pays. Partout entre les baraques, un pied de boue. Sur les routes, où défilent
d’interminables convois d’autos, c’est une boue liquide qui vous arrose
constamment. Et ces convois qui hier sur la gelée roulaient presque sans bruit,
font maintenant un bruit d’enfer et ont des cahots épouvantables. »
« Là où sont
cantonnés les trains de combat ou régimentaires, c’est encore beaucoup pis. Là,
la boue vous monte au mollet et ces pauvres chevaux n’osent même plus se
coucher.
Sur les routes qui
vont vers l’avant, c’est épouvantable : ici une tombe ; là un cheval mort, plus
loin une auto dans un fossé, une voiture avec une roue cassée. Et les routes
défoncées, puis les hommes qui vont et viennent ne sont que des blocs de boue.
Voilà ce qu’on appelle LA SOMME, voilà ce qu’on appelle LA GUERRE. »
Jeudi 5 novembre 1914, Thiaucourt, Meuse :
« Nous partions
par petits groupes protégé par les feux de salve que nous exécutions et comme
je me trouvais à l’extrémité gauche de notre tranchée et que nous partions par
la droite, j’ai fait le chemin à genoux en tirant tous les 4 mètres et puis je
suis parti en courant par le petit sentier. C’est alors que j’ai été blessé à
la main gauche par une balle qui m’a traversé la main, mais heureusement n’a
pas touché les os, ce qui fait que je pourrai me resservir de ma main et
bientôt retourner rejoindre mes camarades.
Ce qui m’a fait le
plus de peine au moment où je me suis vu blessé, c’est de quitter mes camarades
et de penser que leur nombre se trouve réduit. Pourvu qu’ils ne soient pas
blessés comme moi, c’est ce que je leur souhaite ! Puis j’ai rencontré mon
adjudant qui m’a indiqué… »
1e septembre 1914, Boussois, secteur de Maubeuge,
Nord :
« Nous avançons
prudemment nous ne remarquons rien d'anormal alors en avant et un peu après à
notre gauche nous entendons une très vive fusillade : C'est un autre
bataillon qui est aux prise au loin avec les Allemands. Au loin nous apercevons
les mitrailleuses qui se replient et nous passons près du fort de Boussois qui
est totalement démoli. Pourtant quelques batteries françaises continuent
d'arriver sans discontinuer sur le fort. Nous arrivons dans un champ dont le
blé n'est pas encore rentré.
Nous assistons alors à
un bien triste spectacle. Derrière chaque botte il y a un blessé et des morts.
Nous passons derrière
le cimetière et le spectacle est bien plus terrifiant encore : Des blessés
sont sur les tombes, d'autres se soutiennent aux croix… »
5 août 1914 :
« Nous passons à
Bruay-sur-l’Escaut. À l'entrée du village, de nombreux hommes faisaient la
chaîne, un seau de bière à la main, cela offert par la brasserie Bauly qui ne nous oubliait jamais chaque fois que nous
passions lors des marches manœuvres. Tous y puisent et se rafraîchisse,nt on ne peut mieux.
Là, je rencontre la
mère de Paul à qui je serre la main, puis c'est son frère Gaston qui exempt du
service militaire est resté à Bruay. Ce sont les seules connaissances que j'ai
pu rencontrer.
Nous passons ensuite
devant chez le marchand de vin Wahin-Clique ou se
fait une grande distribution de bouteilles. Pour mon compte j'en ai deux, le
capitaine n'est pas très content car les hommes commencent à l’énerver. »
28 juin 1915, Le Mesnil, Marne :
« Notre travail
consiste à faire des pare-éclats pour garantir le boyau qui est pris en
enfilade par les mitrailleuses ennemies. Nous sommes éclairés par les fusées
multicolores qui sillonnent l'air, et assourdis par les détonations des
grenades ou bombes de toutes sortes que s'échange Français et Boches, il est
environ 11 h ou minuit.
Les Boches attaquent à
coup de bombes notre tranchée de 1ere ligne, les nôtres répondent, le sol
tremble, c'est un crépitement de coup de feu et d'explosions épouvantables. Nos
75 se mettent de la partie, nous sommes blottis au fond du boyau abasourdis par
ce vacarme épouvantable. Les débris de fer et de pierre tombent, mais personne
n'est blessé. Petit à petit le calme se rétablit en partie, nous reprenons
notre travail jusqu'au jour, pour partir à 5 heures et regagner notre
bivouac. »
Vendredi 8 octobre 1915, Marne :
« Suis
courbaturé, n'en peux plus, voilà le 14e jour sous le fer et le feu, les hommes
sont presque abattus, terrible, nous ne serons donc jamais relevé.
Matin, pluie de fusant
quinzaine de blessés dont mon frère d'armes DUMUR (pas grave), c'est presque
intenable, ma pèlerine est criblée d'éclats, je ne suis pas dedans
heureusement. » (…)
« Passons
l'après-midi dans se boyau repéré, 3 fois sommes à moitié enterré.
Oh civils de l'armée,
si vous voyez notre situation comme la guerre serait vite finie ! Chère
femme, chers parents si vous me voyez dans cette misérable excavation qui
s'ébranle à chaque coup de canon.
Et dire qu'il faudra
encore passer la nuit sur cet amas de pierre, c'est désespérant, pourtant il y
a des régiments en arrière. Pourquoi ne pas nous relever un peu, 15 jours sous
les marmites c'est démoralisant, c'est affreux, à chaque pas c'est la mort qui
nous guette.
Le régiment a perdu
plus de 800 hommes, comment ai-je fait pour passer à travers tout cela puisque
déjà près de 40 brancardiers ou infirmiers sont tués et blessés !!! »
4 septembre 1915, secteur de Tahure, Marne :
« Ainsi au lieu
d’être dans un souterrain ton mari est dans une bonne chambre bien confortable,
où il couche dans un bon lit où il n’a pas le téléphone.
C’est que vois-tu le
téléphone dans les tranchées c’est un animal qui ne dort pas souvent et ne nous
laisse guère dormir.
Généralement le
téléphone est installé avec 2 ou 3 téléphonistes dans mon poste de
commandement. Il y en a toujours un qui à l’écouteur à l’oreille.
Tous les quarts
d’heure il faut qu’il passe un appel et quelques mots de conversation avec les
différents autres postes pour s’assurer que les lignes fonctionnent.
Alors en plus il y a
les demandes, les rapports etc. … à minuit.
Allô ! Le
commandant de la compagnie du centre demande 2 équipes de brancardiers pour
transporter des blessés.
Allô le général
demande d’urgence le nom d’un bon cuisinier sachant monter à bicyclette (et
jouer du piano).
Allô le commandant de
la compagnie de droite rend compte que les allemands font beaucoup de bruits
dans la tranchée en face, il se pourrait qu’ils veuillent attaquer.
Allô le commandant du
génie vous fait prévenir que l’on fera sauter une mine dans 2 heures.. etc. etc…
Ici rien de tout cela, le sommeil de l’innocence. »
Le commandant PETITJEAN a été tué par un obus. La correspondance d’un officier supérieur est rare. Il semble qu’il était très apprécié de ses soldats.
20 décembre 1915, Nampcel
(Oise) :
« Grave incident
dans la compagnie à cause du manque de respect. La compagnie est punie pendant
8 jours et les soirs théorie sur le salut. 2 hommes sont punis, par le général qui
passe sur la route, de 30 jours de prison et l'autre de 8 jours. »
Bois de la Vallée, Chaulnes, Sommes, octobre 1916 :
« Il en fut rendu
compte et l’ordre arrivait quelques heures après d’attaquer de suite un bois,
ainsi on nous donnait l’ordre de prendre un bois dans lequel les Allemands
étaient postés derrière des abatis sans préparation d’artillerie et en plein
jour. Il serait intéressant de savoir qui a donné cet ordre criminel pour le
mettre au rang de ceux qui auront à rendre compte de leur conduite
« Au moment où
nous allions partir un coureur est arrivé porteur d’un ordre disant que
l’attaque était reportée à 14 heures et était précédée d’un tir d’artillerie de
préparation de deux heures. »
7 citations, commandeur de la Légion d’Honneur, Edmond LESAGE, sous-officier, puis officier, nous raconte toute sa guerre
Pontfaverger, 13 novembre 1918 :
« Et le 13, j'ai
rejoint ma compagnie dans les bois de sapin entre Epoye
et Pontfaverger où que l'on recommence service du
temps de paix et là on a reçu de la ville de Reims pour avoir sauvé la ville du
Champagne une bouteille à deux et du vin. »
« On en avait
autant que l'on voulait et quelques jours après, il est venu des officiers de
l'intérieur, des embusqués et qui voulaient se permette de nous commander et
mieux qui auraient voulu que nous poilus qui avons fait la guerre, on les salue
quand ils passaient devant nous mais cela n'a pas été bon, on leur a dit que
s'il voulait être salué, il n'avait rien qu'à revenir à l'intérieur mais que
nous on les em.... et le colonel a su cela, il les a
réexpédiés d'où il venait en leur disant de laisser ses poilus tranquilles,
qu'ils avaient plus de mérite qu'eux. »
22 août 1914, Rossignol (Belgique) :
« Le terrain à
parcourir était constitué par des prairies séparées par des clôtures de fil de
fer et de petits fossés servant à l'écoulement des eaux. C'est en franchissant
l'une de ces clôtures que j'ai été grièvement blessé.
Par chance, je suis
tombé dans l'un de ces petits fossés où j'étais à l'abri des balles qui
passaient à quelques centimètres au-dessus de moi. Je perdais mon sang en
abondance. L'eau du fossé en était toute rougie. (...) »
« Il était
environ une heure de l'après-midi et le combat a continué jusqu'au crépuscule.
Les tirailleurs allemands ont alors progressé dans la direction de l'endroit où
je me trouvais, au milieu d'autres blessés.
M'ayant aperçu, ils se
sont dirigés vers moi. Il avait été dit que les Allemands achevaient les
blessés.
Ils ne m'ont fait
aucun mal. Ils m'ont seulement pris mon revolver, c'était normal. »
Déclaré « tué à l’ennemi », ces parents prévenus, Georges LIVACHE était, en réalité, prisonnier. Resté militaire après la guerre, il finira général de brigade.
Jeudi 1er octobre 1914, Bouffignereux
(Aisne)
« Journée très
calme jusqu'à 5 h du soir. Or à ce moment les obus tombent nous pendant une
demi-heure. Nous l'avons risqué belle. Avons resté près du drapeau à quatre
téléphonistes et quatre sapeurs. Avons reçu félicitations pour notre conduite
(Les officiers avaient quitté le drapeau en le laissant seul, colonel et
piston).
« 72 jours pour mourir » 13 octobre 1914,
Roclincourt (Pas-de-Calais) :
« Ce petit
village saccagé se nomme Roclincourt, nos cuisines y seront installées, malgré
la pluie d'obus ; le pays est en partie abandonné, nos cuisiniers ont trouvé
chez un marchand en gros, des œufs et du beurre et nous ont confectionné une
abondante omelette. »
« S'il est des
jours ou on ne mange pas ou guère, par contre, on trouve en certains endroits,
trop. C'est le gâchis même, on y saccage tout, on peut dire qu'après le passage
de " l’ami " ou de " l’ennemi ", c'est la ruine pour tout
le monde, c'est la grande misère après aussi, pour tous, ces bons paysans
obligés de quitter leur demeure c'est triste ; rien n'est respecté ni linge, ni
meubles, ni vin, rien en un mot. »
« Certains vieux,
nous disent les larmes aux yeux qu'ayant vu 1870, rien de pareil n'existait,
qu'au contraire, dans certains cas, les Allemands respectaient mieux les biens
que nous autres, ce n'est pas élogieux pour nous, mais il faut constater la
vérité en ce qui nous concerne... enfin ; c'est bien la vie dépeinte que nous
avons entendu clamer à toutes les occasions de manifestations contre la
guerre. »
8 mars 1917 :
« Je constate que
l’état d’esprit est le même à peu près dans tous les régiments qui montent aux
tranchées, nous avons tous la même manière de voir.
A peu près comme au
204, tout le monde en a assez et désire que cela cesse à tout prix. Nous
voulons la victoire par la paix, tandis que d’autres à l’intérieur veulent la
paix par la victoire : une victoire lointaine et problématique, une victoire
qui sera noyée dans le sang, voilée de deuils et assombrie par des misères et
des malheurs incalculables…
Nous ne devons pas
nous battre pour accrocher des croix de guerre après des croix de bois, pas
plus que pour mettre des feuilles de chêne sur les képis qui n’ont été faits
que pour porter des galons, mais bien pour la France. »
Lettre à sa mère, le 11 décembre 1914 :
« Les fusiliers
marins que j’ai pu voir lorsque j’étais en liaison auprès de l’Amiral RONAC’H,
tout à fait au début à Dixmude, sont épatants. De beaux yeux qui vous regardent
bien droit, un mépris du danger et un amour de leurs chefs admirable. Il serait
à souhaiter que nos fantassins leur ressemblent ainsi qu’aux chasseurs et
cavaliers qui nous ont laissés sur l’Yser à la ‘’ Maison du Passeur ‘’ dont
vous avez peut-être entendu parler sont victimes de la lâcheté des
fantassins. »
« Ces derniers
qui étaient à leur droite et à leur gauche ont quitté leurs tranchées à
l’approche de l’ennemi sans tirer un coup de fusil et sans prévenir nos
chasseurs qui ont par suite été presque enveloppés. Quant aux territoriaux qui
étaient 1 km en arrière, ils ont ‘’ fichu ‘’ le camp à la seule annonce de
l’ennemi !!!
Il faut que cela se
sache, car on parle trop de ‘’ nos braves territoriaux ‘’ et fantassins pour ne
pas en être un peu écœuré quand même. »
29 août 1914, Gerbéviller :
« Resté agent de
liaison, perdu dans le bois sans vivres, rejoint avec peine la section vers les
9h.
Reparti avec 3
caissons direction de Gerbéviller , panique, obusiers tombe(nt) sur caisson du
3ième lourd, retraite du génie, tableau effrayant, arrêté au retour par général
Tavenna (?), traité de lâche et renvoyé aux feux avec
Gutton.
Journée mémorable,
ravitaillé le 56ième à 3h du soir, agent de liaison, retour à 7h du soir sans
manger ni boire depuis la veille. »
3 août 1914, Abbaretz
(44) :
« Là, le curé,
musique en tête, nous conduit, suivis de la foule, à la gare au son de La
Marseillaise, et, devant ces deux rubans d’acier qui nous emmèneront tout à
l’heure vers l’inconnu.
Tous les hommes se
découvrent, les femmes pleurent, les enfants, de leurs petits yeux égarés,
regardent inquiets sans rien comprendre de tout ce remue-ménage.
Après nombreuses
poignées de main à tous les amis, le chef nous écarte. Au loin et à toute
vapeur arrive le monstre d’acier qui nous emmènera peut-être à la mort. Le
voilà en gare, il souffle et ronfle.
Tout le monde se précipite,
les pleurs redoublent et un coup de sifflet strident nous avertit que s’en est
fait, nous partons. »
Fin avril 1915, Hans (Marne) :
« Les rats aussi
ont pullulé, rien ne leur résiste, ils rongent sacs, percent musettes,
attaquent biscuits et chocolat. Ils mènent un sabbat infernal. Le brancardier
DALLEMAGNE nous réveille une belle nuit par un hurlement terrible : c’est un
rat qui d’un coup de dent lui enlève un morceau de nez.
Alors commence un
nouveau sport. On vide les granges de leur paille, tout en avalant force
poussière, on tue les rats par centaines à coups de fourche, à coups de bâtons,
à coups de pierre, à la pointe des baïonnettes.
Huguet qui sent
renaître en lui un besoin atavique de carnage, les attrape avec la main sans
souci des morsures et leur tord le cou, comme à de vulgaires lapins. Ingénieux
autant que brave, il met à la mode les bourses, les sacs, les portefeuilles en
peau de rat. »
Les brancardiers, comme Raphaël, ont payé un lourd tribut en allant rechercher leurs camarades blessés ou morts…
Dunkerque, 22 mai 1915, à 30 km du front :
« À midi, je
déjeune assez bien. La ville reprend de sa vie active.
La moitié des
boutiques sont ouvertes, d’abord à cause des fêtes de la Pentecôte. La circulation
est très forte.
Beaucoup d’Anglais,
marins surtout. Nombreux véhicules et quantité de motos. Tout cela fait pas mal
de poussière et un bruit infernal. Les troupes de la place sont assez
nombreuses.
On découvre aussi pas
mal d’embusqués. Quantité de Mrs pomponnés, se baladant à travers les rues,
l’air hautain et presque dédaigneux. S’offrant tout ce qui peut leur convenir,
devisant gaiement avec des poupées aux toilettes claires et engageantes en un
mot ne vivant absolument rien de la situation… »
Louis a rassemblé dans ses 11 carnets, tout son vécu durant 5 ans…
Château de Soupir, 8 octobre 1917 :
« Toujours à
Soupir où nous commençons à trouver le temps long, les premiers jours allaient
bien, le temps était beau et nous partions nous promener dans le parc du
château……. appartenait paraît-il à la famille Calmette
mais dont la guerre n’a fait qu’une ruine, d’ailleurs encore imposante. »
« La cave en est
encore habitée par le Général aussi les abords immédiats du Château nous
sont-ils interdits. Le parc nous reste, mais il est lui aussi tout mutilé, on
s’est battu entre ces murs, tranchés et trous d’obus le sillonnent, de beaux
arbres sont abattus et des mains vandales ont renversé les statues de leur
socle. »
« À côté d’une
grande pièce d’eau, une colonnade est restée presque intacte, l’endroit devait
être superbe quand tous les rosiers qui l’environnent, groupés en une savante
disposition, étaient en fleurs, à présent par exemple tous ces rosiers sont
morts et leurs cadavres s’enchevêtrent piteusement autour de leur monture
métallique.
Dans un autre coin du
parc, une piscine s’étale au pied d’un coquet pavillon, profitant des beaux
jours, j’ai pu prendre deux bons bains forts appréciés après 18 jours de
tranchée. »
Rembercourt-aux-Pots, 7 septembre 1914 :
« Combien de
temps j’y ai été ? Ai-je perdu complètement connaissance ?
En tous cas il me
semble y avoir été une dizaine de minutes. Je n’entendais plus les balles
arriver près de moi ; les boches étaient tout près et je ne me rappelle pas
avoir entendu crier. Je me dis, faut partir.
Péniblement, je me
mets à marcher, mais une fois parti je commence à réentendre les balles arriver. Peut-être n’ont-elles pas
cessé de tomber. Je passe à côté d’un homme couché, mort, plus que sûr. Je
montais une crête et me disais : « si seulement j’étais de l’autre côté …
Une balle me passe sur
la main gauche, enlève la peau. Une autre traverse l’épaule gauche. Je me
voyais bien près de la mort.
Tout de même, je
demandais à Dieu de me donner le courage de supporter tout cela, et le priais,
si je restais, de m’en tenir compte. »
Etrœungt (Nord), mardi 20 juillet 1915 :
« Branle-bas de
grand matin. La cloche sonne lugubrement. Appel des hommes. Pendant l’appel,
l’escorte du gouverneur visite toutes les maisons de la cave au grenier, volant
tout ce qu’ils trouvent de métaux. Trois grands chariots sont remplis de cuirs,
cuivres, bronzes, étains. Tout le monde y passe, vélos entiers ou en
ferrailles, lanternes, instruments de musique, etc. Quel pillage ! »
« Des peaux de bêtes
sont trouvées chez FROMENT, qui est déjà en prison depuis 8 jours. Le
gouverneur dit que la guerre durera encore des années ! »
30 juillet 15 :
« Les chiens
déclarés devront payer, 60 Frs dès demain pour 1 chien, 90 Frs pour le 2ème,
3ème et ainsi de suite. Ceux pour qui on aura payé auront une plaque et défense
de sortir pour eux. Les autres seront abattus, sous peine d’amende de 150
marks. »
Samedi 31 juillet 1915 :
« C’est fait
‘Follette’ n’est plus. Mieux vaut la tuer plutôt que leur donner 60 Frs.
Jusqu’à nouvel ordre, les chiens à atteler sont exemptés de taxes. »
Dimanche 22 août 1915
« Annonce
obligeant à mettre une plaque aux voitures de toute espèce, même aux voitures à
chiens. Obligation de déclarer les cochons d’Inde !!! »
C'est un document très
important tant sur le plan humain qu'historique. »
Lucienne nous raconte au jour le jour toute la vie dans son village occupé par les Allemands de 1914 à 1918. Tous y est minutieusement inscrit : ce qui passe dans le village, nombre de cavaliers, voitures, trains avec leur cargaison ; toutes les interdictions allemandes, tous les pillages, les rafles, les exactions…
Ces carnets, certainement cachés durant toute la guerre, sont à mettre en relation avec ceux de son mari Adolphe COUROUBLE et de son beau-frère Alphonse COUROUBLE (publiés ici) parti combattre dès août 1914 au sein du 126e RI.
Près de Lyon, 10 août 1914 :
« Je suis arrivé
à Sète samedi à 10 heures et de là on nous a dirigé sur Lyon où nous sommes
cantonnés ici à proximité du camp de Sathonay, d'où
nous devons partir d'ici peu pour aller continuer l'ouvrage : aider à nos
camarades de la métropole qui se sont déjà si vaillamment conduits.
Partout où nous sommes
passés nous avons été très bien accueillis et c'est avec plaisir que j'ai pu
constater l’enthousiasme patriotisme et l'élan avec lequel chacun se prête pour
faire son devoir et donner une bonne leçon à ces brutes d'Allemands. »
Correspondance d’Henri PLUMARD durant l’année 1914.
Paris, 17 février 1917 :
« ..Je vois que BOUYOU, il est désembusqué,
aussi les malheureux on les vide. Il y a que les fils à papa qui le restent
embusqués.
Ah les salauds, il y a
que le malheureux qui le fait la guerre. C'est pourquoi qu'elle dure tant parce
que si eux y étés il y a longtemps que ce serait fini il faut les voir balader
dans Paris habillés en fantaisie. Il y en a pas un
seul de crevé dans le quartier de cette graine… »
« ..Et puis s'est vrai bien que si l'on a appelait vos
classes, que vous voudriez rien savoir. Mais alors la destruction complète de
tous les hommes, ils appellent ça la liberté eux ; et la civilisation
passée mais la civilisation moi j'appelle ça la destruction du peuple et misère
complète avec la ruine.
Ah les barbares !.. »
Malgré son orthographe hésitante, Jean DUPEYROUX nous dévoile dans ses lettres ses réflexions sur sa guerre.
27 août 1914, secteur de Saint-Dié (Vosges) :
« C'est la
retraite !
À peine le signal en est-il
donné ou plutôt, à peine les chefs ne tiennent-ils plus leurs hommes que sur la
route criblée d'obus, dans les prés qui la bordent, à gauche et jusqu'au bois
qui est un peu plus haut occupé par l'ennemi, c'est un sauve qui peut
lamentable.
Sans ordre aucun,
pêle-mêle, infanterie, artillerie, voitures se sauvent, s'écrasant
mutuellement. Tous les régiments mélangés : infanterie, chasseurs, batterie de
montagne, artillerie de campagne, chevaux, mulets, cavaliers, fantassins sont
lancés de toute la vitesse de la débâcle dans ce ravin formé par la route
adossée au talus et une bande de pré bordée, à gauche, par le coteau boisé. Du
talus au bois c'est un mélange de toutes les armes, de tous les
régiments. »
Au travers de son carnet, Auguste GALLAND nous fait vivre les combats de Saint-Dié, la défense de Rothau, la retraite, les combats d’Hermonville (Somme). Après sa blessure, il embarque pour l’Égypte en mars 195, puis pour les Dardanelles. À peine débarqué, il participe aux carnages des premières attaques turques…
Il a écrits des poèmes qui sont aussi présentés.
11 décembre 1914, La Haute-Chevauchée, forêt
d’Argonne :
« Le matin vers 9
heures, il se produit une violente explosion sur ma droite. Ce sont les boches
qui ont pratiqué un trou de mine souterrain sous notre tranchée qui saute avec
les hommes qui se trouvent à cet endroit.
Ces hommes sont tous
tués et quelques-uns sont en morceaux. À 16 hommes dont je fais partie, nous
nous trouvons à côté de l’explosion nous avons à peine le temps de nous mettre
sur la défensive que les Allemands nous entourent et nous font prisonniers.
Les 5ème et 6ème
compagnies ont le temps de se ressaisir et combattent pendant environ 4 heures
mais sont obligés de reculer après avoir perdu environ 200 morts et blessés et
exactement 196 prisonniers dont 2 officiers. Il est vraiment extraordinaire que
je n’ai reçu aucune blessure. »
Georges LAUNAY, 39 ans, est mobilisé au 33e territorial, puis rapidement affecté au 31e régiment d’infanterie, en octobre 1914. Fait prisonnier, il nous raconte sa détention.
Mars 1916, camp de Munster :
« Heureusement
que j’ai tes colis et ceux d’Amélie. D’autres ennuis s’ajoutent à
celui-ci-dessus. La banque ne nous paye plus nos mandats qu’à un taux
relativement bas, beaucoup en refusent le payement, ce qui fait un retard
sensible pour avoir de l’argent.
La monnaie de nickel
et d’argent a été remplacée par des jetons en fer blanc qui ne peuvent être
utilisés que dans le camp où tout est vendu très cher et où on ne peut presque
rien se procurer »
Au début de sa
captivité, Louis LOGNON va plutôt "bien" il est au dépôt des colis à
Munster. Sa hantise : aller en " kommando "
travailler aux mines. Et c'est ce qui va lui arriver...Très dur travail. Il a
36 ans. Moral en berne après plusieurs années (3 ans de captivité).
On le voit à
l'écriture qui rétrécit. Il n'écrit plus que tous les mois. On se rend compte
que tous ces prisonniers ne "tenaient" que grâce aux lettres et
colis. Un jour sans... et le moral retombait. »
8 septembre 1914, Vaubecourt, Meuse :
« Dès le matin,
combat avec l’ennemi. Bientôt fuite des pantalons rouges, mais nous entrons en
combat avec l’artillerie et nous nous retranchons.
Aujourd’hui rien à
manger, mais nous buvons du vin et du bon. Chaque jour, nous perdons quelques
hommes. Le soir, nous occupons notre tranchée où nous passons toute la nuit :
déjà la 2ème nuit sans dormir. L’ennemi veut manifestement percer ici pour ne
pas être pris. »
31 août 1914, Fossé (Ardennes) :
« Là toutes les
troupes les granges étaient déjà pleines, et le service divisionnaire n'avait
pas encore commencé l’évacuation ; les tas d'équipements, de fusils, de
baïonnettes couverts de sang indiquaient devant chaque ferme le refuge des
malheureux.
En entrant on y
trouvait là étendus côte –à- côte sur la paille, des morts et des mourants,
ainsi que d'autres moins gravement touchés et qui réclamaient à boire. Mais nous n'avions
à leur donner qu'un peu d'eau que l'on tenait toujours en réserve dans notre
bidon, à laquelle nous ajoutions un peu d'alcool de menthe pour calmer leur
fièvre.
Toute la journée se
passa à soigner no chers camarades et à aider les majors dans leurs opérations
si besogneuses au milieu d'une odeur de sang caillé en décomposition. »
Décembre 1917, secteur de Verdun :
« Le lendemain 8
décembre, j’apprends mon départ en permission et c’est avec grand plaisir que
je quitte ce secteur très agité.
J’arrive à Verdun dans
la matinée dans un costume méconnaissable tellement j’ai trempé dans l’eau et
dans la boue.
Après avoir passé la
journée à me nettoyer, je pars le soir prendre le train de campagne qui va à
Landrecourt rejoindre la grande ligne.
Mais à la sortie de Verdun la machine qui nous remorque tombe en panne et nous devons aller à pied à Landrecourt qui se trouve à 12 kilomètres et nous passons à Belleray et Dugny. »
21 octobre 1917, secteur de Nordhoek,
Belgique :
« En parcourant
la forêt avec les M-des-Logis Barde et Bardou, nous
visitons un abri bétonné, murs de 1 m avec poutrelles en fer.
Un obus est tombé
contre et l’a crevé. Toute cette forêt était occupée précédemment par les
Anglais qui y avaient établi des batteries de 150 à 200 mm et 350 mm. On a
trouvé depuis un obturateur de pièce qui mesure 350 mm. »
30 juillet 1915, Vosges :
« Bombardement
complet des boches qui nous en envolent de plusieurs calibres, un obus tombe
sur l’abri de bombardement du 33e auprès de la première pièce coupant deux
sapins et endommageant quelque peu l’abri qui résiste.
Un 150 tombe également
derrière l’abri des brancardiers sans éclater ni entrer dans le sol. Quelques
heures plus tard et par deux fois différentes nous sommes obligés de quitter
l’abri où l’on couche qui ne garantit que des fusants et allons-nous caser dans
celui de bombardement. »
Février 1917 :
« Enfin le 9
février on part à 7h 1/2, on passe à Contre, Fleury, Conty, Bosquel,
Essertaux et on arrive à St Sauflieu,
on n’est pas trop mal cantonné mais il n’y a pas d’eau propre pour les chevaux,
c’est des mares qui sont gelées et l’eau est plus noire que du purin (l’eau est
à 10 mètres de profondeur).
Là on paye le vin 38
le rouge et le blanc 40 et 42, les harengs 9 et 10 sous, les camemberts 36
sous, c’est la ruine. »
Secteur d’Estrées (Somme), juillet 1916 :
« J'ai assisté à
un enterrement de 20 soldats enveloppés dans des draps, portés jusqu'au
cimetière par une charrette, accompagnés par un aumônier.
Dans une grande fosse
sans cercueil, les prisonniers boches étaient chargés de recouvrir la fosse et
leurs faisaient descendre d'abord de grosses pierres dessus. »
25 mars 1915,
Meuse :
« À 8h je vais
prendre emplacement à la place d’un canon-revolver pour battre la route de
Varennes au Four-de-Paris.
C’est là que je vais
commencer mon œuvre de mort car j’ai ordre de tirer sur tout ce qui passe sur
cette route qui est employée par les boches pour faire leur ravitaillement au
Four-de-Paris. »
Le journal d’un chef
de pièce mitrailleuse du 4ème régiment d’infanterie.
5 avril 1915, Les Éparges, Meuse :
« La pluie tombe toujours,
on va couper les fils de fer qui sont devant, je ne suis pas désigné pour cela,
mais ceux qui y vont, retournent tous. Le jour commence à paraître, et nous
voyons arriver nos cuisiniers qui ne nous apportent presque rien, car, eux
comme nous, ils ont dégringolé en route.
Le café, il y en a
presque pas, encore nous, il y en a un peu, on nous donne un demi quart chacun,
puis presque autant de goutte.
Je ne sais pas ce que
c'est, mais, je le trouve trop fort, et comme je veux voir la charge dans la réalité,
je ne veux pas être sous l'alcool. Je jette ma part. »
Secteur de Bully-les-Mines, Artois, 8 juillet 1915 :
« 8h30 Départ. Un
peu après Bully, pause. Parcours à travers champ jadis labouré par obus ; Le
village de Bully complètement en ruine. Quelques civils, des soldats.
Les boyaux sont
étroits. Canonnade de tous les côtés. Que c’est long ! Des carrefours. Les
fusées. Un trou de mine aussi grand qu’une maison. Le premier cadavre. Le poste
de secours.
La relève. Notre
place. Mauvais abri. Nous pouvons l’achever avant le jour. Les cadavres à côté
de nous. Les asticots… »
Secteur de Pervyse, Belgique,
27 octobre 1914 :
« L’action
continue d’être très vive. Nous sommes tous mélangés Belges et Français. Les
obus pleuvent dru. Il y a beaucoup de tués et de blessés. Nous ne recevons pas
de vivres. Nous mourons de faim. Notre capitaine a été blessé hier. Il y a très
peu d’hommes de la compagnie.
Les Allemands creusent
une tranchée à 250 mètres. Ils hissent le drapeau blanc. Nous voyons qu’ils
jettent leurs morts au-dessus d’un parapet.
Épuisé, je vais à la
recherche de ma compagnie qu’on me dit être à Kapelle. »
6 carnets de guerre d’un soldat belge 1914-1919. La vision de la guerre du soldat belge est la même que pour les soldats français...
Sud de Reims, 23 décembre 1914 :
« Nous suivîmes
tout le terrain gagné parallèlement creusé aux tranchées ennemies ; chaque 20
pas nous nous mettions au créneau dans l’espoir d’en voir un. Inutile, cela
n’empêchait pas ces brutes de tirer sur nous de derrière leurs créneaux. Je dis
à …. Prenez
aussi un fusil et tirons tous les deux.
Nous tirâmes, lui un
coup, le premier dit-il de sa vie, alors que j’en ai tiré deux autres après,
soit trois cartouches dans le même créneau ennemi sans jamais voir personne. Et
mon insistance à tirer me dit le soldat qui me passait les cartouches était inutile
car il me dit :
« Voilà 3 mois que
nous sommes en face jamais j’en ai vu un seul ».
Le capitaine GAMBARELLI a écrit 2 carnets de guerre, mais un seul nous est parvenu qui décrit durant quelques mois la vie dans les tranchées fin 1914-début 1915, secteur de REIMS.
C'est un document très important tant sur le plan humain qu'historique. Plus de 5 heures de lecture.
La description minutieuse de petits faits quotidiens nous immerge littéralement dans des tranches de vie, et donne notamment un aperçu de la vision des officiers par les hommes de troupe. Celle-ci n'est pas très glorieuse...
Et on ne pourra pas accuser Ferdinand Gillette d'être un lâche car il a eu deux citations. C'est un soldat conscient du sacrifice qu'il consent, et jusqu'au bout, il l'accepte.
Les 1500 pages de ses 7 carnets couvrent 1915 à 1919, puis 1939 à 1940.
Le 26 août 114, Rozelieures :
« Départ 3 ½, on
marche en avant, les Allemands ont reculé, on traverse le terrain que nous
avons battu hier, c’était criblé d’obus, triste coup d’œil à voir, des morts à
tous les pas on peut à peine passer sans leur passer dessus, les uns sont
couchés, les autres à genoux, d’autres assis et d’autres qui étaient en train
de manger le pain leur restait à la bouche, des blessés tant que l’on veut,
quand on voyait qu’ils étaient presque morts, on les achevait à coups de
révolvers. »
Machecourt (Aisne), 31
août 1914 :
« Vivement que ça
finisse cette guerre car c'est trop cruelle et maintenant voit nous voulions
nous préparer quelques choses à manger, nous avons alerte et il faut partir et
c'est aujourd’hui 1er que je vais terminer ma lettre après avoir marché 24
heures.»
Dernière lettre à son épouse avant sa mort durant la bataille de la Marne.
« Tireur d’une
bravoure et d’une énergie admirable, faisant parti d’un îlot de résistance, a
tiré jusqu’à la dernière extrémité sur l’assaillant, lui infligeant de lourdes pertes,
complètement encerclé, a rendu sa pièce inutilisable, s’est dégagé à la grenade
et a réussi à regagner nos lignes. »
Secteur de la Haute-Chevauchée, Argonne, 25 décembre
1914 :
« Je pense que
vous allez vous faire des cheveux comme beaucoup en ce moment cela n'a rien de
bien agréable j'ai pris la garde au poste avancé 48 heures c'est très moche on
attend parler les boches car on est à 40 m comme vous voyez on n'est pas loin.
Ils chantent, ils
sifflent, ils n'ont pas l'air de s'ennuyer mais je crois bien qu'ils sont comme
les autres qu'ils voudraient bien que cela soit fini.
Ils ont du toupet, car
voilà 2 jours il y en un qui est venu à 10m de notre tranchée avec un saucisson
et une boite de cigares et les autres se sont découvert par-dessus la tranchée
et nous aussi il n'y a pas eu un coup de feu de tiré. »
Juillet 1917, Provins :
Il faisait chaud, très
chaud, il était environ 10 heures, nous marchions depuis le matin, avec
naturellement la pause de 10 minutes toutes les heures.
La fatigue aidant, on
criait : « la pause ! ». On crevait de chaleur, harnachés comme des
bourriquots. Le sac pesait 35 Kg minimum, plus le reste.
Nous entendons un coup
de sifflet, nous formons les faisceaux, sacs et fusils réglementairement
alignés. Nous nous étendons sur l’herbe.
De bouche à oreille se
transmet une information : « à la fin de la pause, au lieu d’obéir au sifflet,
on reste couché ».
Ce qui fut fait.
Après plusieurs
essais, le capitaine rassemble les chefs de sections.
« Que se passe-t-il ?
».
Réponse : « Les hommes
veulent bien repartir, à condition que les officiers descendent de cheval et
prennent un sac et un fusil ».
Ce qui fut fait.
Dimanche 6 septembre 1914, Chambry :
« À 5 heures,
départ, on nous a redonné toutes les cartouches, on a marché jusqu’au soir. On
était esquinté, vanné, le canon tonne sans interruption, on a marché toujours
sans manger. Le capitaine et le lieutenant ont dit qu’ils brûleraient la
cervelle au premier qui s’arrête."
"Vers 4 heures,
on a commencé à rencontrer des sacs, des équipements abandonnés, puis des
Allemands blessés et tués, il y en avait des tas, des chevaux, des caissons,
des obus allemands.
Ah ! Quel carnage que
la guerre ! Que c’est triste ! Puis on est arrivé ou les tirailleurs marocains
ont chargé à la baïonnette les malheureux couvraient la terre de leurs morts et
de leurs blessés. »
Paul CHAMPDAVOINE raconte au travers de ses notes les journées terribles de la bataille de la Marne.
17 juillet 1918, secteur Allemant, Aisne :
« Il ne me répond
pas, je lui touche le front, j’ai vu qu’il était bien mort.
À ce moment il m’est
venu à l’idée un certain plaisir, que tous les combattants excuseront car
beaucoup connaissent les souffrances de la soif et elles sont cruelles, c’était
que j’allais pouvoir lui prendre son bidon et en boire le contenu.
Je regarde, il n’avait
pas de bidon mais il avait une peau de bouc comme presque tous les soldats
pyrénéens, j’étais déjà content, je retourne un peu ce malheureux copain, mais
la gourde était prise dans les branchages pas moyen de l’avoir.
Alors je coupe la
courroie et j’attire précipitamment l’objet de ma convoitise.
Et là, cruelle
désillusion, deux éclats d’obus l’avaient traversé et on voyait que le vin s’était
répandu donc le pauvre vieux avait encore à boire au moment où il fut
tué. »
Paul CHAMPDAVOINE raconte au travers de ses notes les journées terribles de mi-juillet 1918, parti à l’attaque du plateau Guerbette.
Villiers-Saint-Georges, 8 septembre 1914 :
« De crainte que
les voitures de fil que nous attendons se trompent de chemin, le lieutenant
m'envoie me poster à 200 mètres du village, à l'intersection des routes. Je
suis tout à côté de la première fosse que je vois en train de faire.
On va y enterrer 2
morts.
Ce sont deux chasseurs
de je ne sais quel régiment, car on a recouvert leurs figures.
Des automobiles
pleines de blessés ne cessent de passer. »
« Le village où
je suis, Villiers-Saint-Georges, a été complètement pillé, encore et toujours
par les fantassins. Les gens commencent à revenir et c'est affreux de voir leur
mine lorsqu'ils s'aperçoivent des vols faits par nous.
Leur rapacité ne porte
pas seulement sur les vivres. Dans les magasins, jusqu'à des caisses de
chemises de femmes qu'ils ont prises ! »
14 juillet 1918, front de Champagne :
« Journée calme. Le
matin, évolution de nombreux avions. Toutes les nuits nous sommes alertés. Nous
dormions tout équipés dans la sape.
Il y a quelques jours
nous avons reçu un ordre du jour du général : l’offensive allemande en
Champagne est imminente. Le mot d’ordre est de tenir jusqu’au bout. Résister
jusqu’à la mort. Interdit de se replier sur les lignes arrières, ce qui du
reste était impossible et pour cause…
Le soir même le capitaine
commandant notre 7e compagnie vient nous visiter et nous répète les
consignes :
« Oui, nous
sommes sacrifiés. Il faut résister à tout prix. Vaincre ou mourir. »
Marcel DECUGNIERE a connu de nombreuses péripéties d’affectation militaires. Celle qu’il nous raconte se passe en Champagne.
Il était agent de liaison au 21ème régiment d’infanterie et fait partie des sacrifiés de la 7e compagnie du 21ème régiment d’infanterie, face à l’attaque allemande. Il sera fait prisonnier.
12 septembre 1914, Vouillers :
« Je suis désigné
pour le peloton d’exécution ; 4 sergents, 4 caporaux, 4 soldats 1e classe. On
amène les déserteurs, le sergent Duhaime, curé, leur
donne l’absolution. On les attache chacun à un pommier.
Ils se disent au
revoir en murmurant ; c’est un malheur ; à l’abaissement du sabre qui
remplace le commandement feu, ils tombent percés de 12 balles ; la mort
est instantanée.
Vraiment ça me fait de
l’effet, j’en reviens tout pâle. »
« Tant pis,
chacun doit faire son devoir »
Les combats en Belgique, la retraite, la tragique méprise de son adjudant, la bataille de la Marne, le peloton d’exécution : le carnet de route des trois premiers mois de la guerre d’Ovide DARRAS
Janvier 1915, Aisne :
« En plus de la surveillance
de l’ennemi, il y a la vie dans les tranchées ; Au prix de labeur continu et
énergique, les travaux de défense du secteur deviennent de plus en plus solides
: les tranchées et boyaux sont creusés suivant des trajets plus efficaces pour
la défense avec montage de chevaux de frises et réseaux de barbelés.
Création de boyaux à
double sens de circulation, clayonnage des parois et caillebotis sur le sol,
rigoles et puisards drainent les eaux. »
Il s’agit de la correspondance d’un soldat du 57ème régiment d’infanterie en 1914, 1915.
22 avril 1917, caserne Sully, Nogent-le-Rotrou :
« 12h30,
rassemblement dans la cour pour la sortie. Le capitaine dit que tout à l'heure
au réfectoire un jeune chasseur s'est vanté "qu'au front, il mettrait 12
balles dans la peau du capitaine".
« Il demande que
ce jeune chasseur se dénonce, comme on ne trouve pas ce chasseur qui est du
Nord, et a, parait-il, le teint basané, le capitaine nous fait tous remonter
dans nos chambres pour nous remettre en bourgeron et calot, de façon à ce que
le cuisinier puisse reconnaître le chasseur en question : on ne le trouve pas
malgré le contrôle de toutes les escouades »
Le carnet de notes de Marceau HAUTRIVE, 19 ans, raconte en grande partie son incorporation au 25e Chasseurs, puis son départ pour les Éparges.
24 août 1914, région de Valenciennes, Nord :
« Tout d’un coup
l’on entend la fusillade derrière nous ; les chefs de section veulent
faire face en arrière mais personne ne les écoute.
Chacun se sauve, même
le capitaine en tête. Arrivé en haut de la côte que l’on se croyait presque
sauvé. Quand tout à coup le canon se met à tirer sur nous.
Coup sur coup fallut
traverser la mitraille pendant au moins 800 mètres.
Beaucoup sont tombés
morts ou blessés. J’ai eu deux camarades de tombés à côté de moi. »
Mobilisé au 27e territorial, Auguste DROUIN connaît la débâcle dans le Nord avant d’être fait prisonnier. Ce carnet est intéressant car son séjour de prisonnier en Allemagne y est décrit très précisément. De très nombreux noms des personnes qu’il a côtoyées, y sont indiqués.
13 septembre 1914, Waly
(Meuse) :
« Une douzaine de
Français sont dans une grange sur de la paille, qui est presque du fumier. Ils
sont restés 3 jours sur le champ de bataille avant d’être ramassés par les
Allemands qui les ont soignés. Mais leurs plaies sont infectées.
Il y a un chasseur à
pied, qui a une balle dans le ventre et qui demande à boire, et il nous maudit
pour que je lui donne à boire avec un peu d’alcool de menthe.
Je lui apporte tout ce
que j’ai à boire, et finalement nous pouvons le transporter dans le château de
la famille de Benoît qui a été pillé par les Prussiens mais qui est, au moins,
propre. »
Tranchée de Champagne, 6 mai 1915 :
« Ce matin et
hier, nous avons vu passer des prisonniers boches et avons 2 mitrailleuses et
canon revolver leur ayant été pris hier.
Cela fait plaisir de
les voir se rendre et passer devant nous pantelants comme des loques
humaines. »
« C’est au bruit
infernal du canon et des balles que je t’écris ce mot nous allons retourner ce
soir dans une boue jusqu’à la cheville et même au-dessus enfin nous arriverons
ave la patience et le courage à les refouler et dégager notre liberté et celle
de ceux qui sont fait pour mourir. »
1e novembre 1914, parc du château de Fontenoy
(Aisne) :
« Les tombes qui
s'y trouvent sont presque toutes du 292 RI.
L'on y remarque
beaucoup d'officiers de ce régiment. Le destin a semblé vouloir, en ce jour de
fête des morts, nous placés là.
Il fait beau. Les
hommes, sans commandement, fabriquent des couronnes de lierre et recherchent
des fleurs.
À 12 heures ce vaste
cimetière improvisé est propre et les vastes fosses communes sont recouvertes
de fleurs. Ceux-là auront eu leur fête, puisses-t-il en être de même
partout. »
Mobilisé au 98e territorial, Jean DEVAUX arrive au 238e RI en septembre 1914 dans le secteur de Soissons. Il y sera tué, par une balle française.
23 août 1914, Maissin,
Belgique :
« Depuis le 23 au
matin, nous battons en retraite et sommes tantôt avant-garde ; tantôt
arrière-garde. Chaque fois que nous sommes dans ce dernier cas il y a
engagement. Quant à coucher sous un toit il n’y faut pas penser. Heureux quand
nous trouvons de la paille et qu’il fait un temps doux sans pluie. (Maissin fut effroyable et le départ des civils belges
alarmant). Tristes souvenirs. »
Ce petit recueil est une recopie de son carnet de guerre et des cartes postales écrites pendant la « Grande Guerre » par François Gustave Rolland à sa fiancée, Magdeleine Savidan, notre grand-mère ; pour que Gustave ne meure jamais dans nos mémoires familiales.
26 mai 1918, carrières de Sancy, Aisne :
« Le matin, dès
la pointe du jour, le bombardement a relâché un peu car les boches avançaient
et à huit heures du matin, ils nous avaient ramassé presque toutes les pièces
d’artillerie.
Alors là, nous avons
reçus le premier choc ; ça a été un corps à corps terrible et le combat à la
grenade car c’est tout ce que l’on avait. Les boches étaient en plus grand
nombre que nous, on comptait dix boches pour un français ; d’ailleurs on
ne pouvait pas résister »
Mobilisé en 1916, Antoine se trouve au front dans l’Aisne, l’Oise, puis blessé dans les Vosges. Il retourne dans les tranchées de la Marne en septembre 1918.
Les Éparges, Meuse, le 6 avril 1915 :
" Mais La nuit
est venue depuis longtemps, nous sommes toujours là ; la soif se fait
sentir, la faim, on n’y pense pas. On serait si heureux d’avoir un quart
d’eau !
La pluie tombe
toujours mais impossible d’en recueillir seulement un demi-quart.
Enfin ! On fait
demi-tour !
Voilà dix heures que
nous sommes là, dans la boue !
Lentement, nous
revenons en arrière ; on nous dit de reprendre nos emplacements du matin.
Facile à dire, mais pas du tout à exécuter. »
Dans sa longue lettre, René nous décrit, sur son lit d'hôpital, les journées tragiques des attaques d'avril 1915 aux Éparges. Très précis sur la description des lieux et des combats, il nous fait "vivre" ces moments de folie meurtrière jusqu'à sa blessure.
Les documents de Léon GAUDIN comprennent son carnet de route, sa correspondance, ses chansons et poèmes. Documents intéressants car tout le récit se passe hors de France de 1917 à 1919 : Grèce, Serbie, Albanie, Bulgarie.
Bouillancy, Oise, le 9 septembre 1914 :
« Mais le soir,
les Allemands ayant eu du renfort, ouvrent un feu violent. Notre infanterie,
affolée, s’enfuit de toute part, et nous laisse tête à tête avec l’infanterie
allemande, mais nous ne perdons pas courage. Nous tenons tête à l’ennemie.
L’infanterie allemande
descend une colline en colonne par 4. Une terrible canonnade s’engage. Il y a
tellement de fumée que l’on a bien de la peine à respirer.
Enfin le succès vient
couronner notre peine. Les allemands reculent en déroute. »
Le carnet d'un artilleur en 1914, 1915 et 1918. Il a vécu et raconte la bataille de la Marne, côté Ourcq, les combats meurtriers à l'ouest de Soissons (Vingré, Fontenoy, Confrécourt) et la seconde bataille de la Marne (Dormans, Épernay) à partir de juillet 1918.
Dommage que les carnets de 1916 et 17 soient à jamais perdus...
En mer le 2 février 1918 :
«
Tout à coup on aperçut sur la gauche du bateau le sillage d’une
torpille.
Immédiatement je
prends mon gilet de sauvetage, je le mets sans m’émotionner et on jette les
barques et les radeaux à la mer. Malheureusement le radeau sur lequel j’étais
désigné en cas d’accident ne m’a pas donné le temps de
l’attraper, j’ai donc sauté par-dessus le bord et fait un plongeon dans le
royaume des poissons. »
La correspondance d'un artilleur durant la guerre. Il a vécu et raconte le torpillage de la Dives aux larges des côtes Algériennes le 1 février 1918.
Paris le 30 janvier 1916 :
« Ce matin vous
pourrez voir sur le journal les bombes sur Paris, je ne l’ai encore pas vu, on
parle d’une quinzaine de tués et une trentaine de blessés, du côté de la
Violette ainsi tu vois qu’on a pas besoin d’être bien avancé pour être en
danger. Pour en finir nous y sommes tous et toujours. »
Malgré qu'il soit resté à Paris durant toute la guerre, Alexandre (41 ans en 1914) nous fait vivre à travers sa correspondance, quelques moments forts vécus "à l'arrière" par l'armée du camp retranché de la capitale : L'attaque du zeppelin, le bombardement par "Bertha", les raids de l'aviation allemande...
Les Dardanelles, le 21 juin 1915 :
" Le bombardement
continue jusqu’à 6 heures. C’est l’heure de l’attaque : on nous donne
l’ordre de marcher en avant.
Nous croyions que nous
étions pour rester en 1ère ligne, mais on nous fait sortir pour faire
l’attaque : nous marchons en avant et nous gagnons la 1ère ligne turque.
Nous tirons sur les
Turcs pour essayer de continuer l’avance, nous tenons bien un moment, mais
quelques temps après, par contre-attaque, les Turcs, avec des renforts, nous
ont presque entourés.
Au dernier moment,
quand on voit comment on est pris, on nous crie « Sauve qui peut ».
Chacun se débrouille de son mieux : ceux qui peuvent, pour
retourner. »
Blessé durant l'expédition aux Dardanelles, Jérôme intégrera une section automobile et finira dans la Marine par être réformé pour cause de blessures.
Arras, le 6 octobre 1914 :
"Les Allemands commencèrent
le bombardement de la ville, nous sommes obligés de quitter la caserne
précipitamment et c’est sous une véritable grêle d’obus, tout flambe et
s’écroule autour de nous que nous quittons la ville.
Jamais jusqu’à présent
je n’avais été émotionné comme ce jour-là dans les rues.
Tout le monde courait
en s’appelant.
Ici une vieille femme,
les cheveux blancs, les yeux hagards appelait à grands cris ses petits.
Plus loin une jeune
maman qui est à genoux par terre devant son petit qu’un éclat d’obus vient de
tuer.(...)
Tout à coup, je vois
arriver une jeune femme en courant et qui pleurait, elle vient vers moi et me
dit qu’elle vient d’être blessé et elle me montre son cou, la malheureuse avait
une affreuse entaille.
Je la conduis à un
magasin et je file le plus promptement possible"
L'itinéraire en 1914-15 d'un armurier. Les Vosges, l'Artois...
Il s’agit, en fait, d'un aide-mémoire, qu'a écrit Joseph, tout au long de la guerre. Nous pouvons suivre son itinéraire en France, mais aussi en Orient. Il nous a laissé des photos, une correspondance et aussi des notes sur son stage de mitrailleur
"Je vais avec un
camion faire un transport militaire pour le génie.
Je pars à 8 h 30 de
St-Rémy et passe par Toul, Francheville, les Quatre Vents, Tremblecourt,
Avrainville, et Domèvre-en-Haye.
Là, je suis sous la
direction d’un capitaine du génie. Nous chargeons des tôles ondulées, des
pompes et les conduisons à Marney, près de
Pont-à-Mousson.
Là, on entend les obus
siffler au-dessus de nous. Il en tombe de tous les côtés, sur les maisons où
nous sommes, dans les champs, partout. On en voit tomber plus de 130. Il y en a
un qui tombe sur une cuisine d’infanterie qui se trouve dans les champs
derrière les maisons. Un obus tombe sur la marmite. Les hommes sont balayés. Il
y en a qui sont tués, les autres, blessés. Un autre tombe dans une grange et
éclate peu après.
Nous sommes dans une
zone très dangereuse."
L'itinéraire d'un chauffeur de camion durant la guerre, période 1914-1916
Paris, 7 août 1914 :
« On a été
environ deux heures à en faire un demi-tour ; de toutes parts se rendait sur
notre passage des gens de toutes sortes, des enfants, des femmes, des hommes se
précipitent au passage avec des fleurs, des litres de vin, des fruits, et même
jusqu’à du pain. On a été pendant toute la journée d’hier à la fenêtre des
wagons occupés à saluer de nos mains tous ces gens qui nous apercevaient
jusqu’à 200 et 300 mètres on voyait des mouchoirs s’agiter en signe
d’adieu. »
Les 3 premières et dernières lettres de Louis HAUVESPRE à ses parents.
« Victor
MATHIVET, matricule 06786, sergent à la 3ème compagnie du 121ème régiment
d’infanterie ; excellent sous-officier qui a toujours fait preuve du plus
grand courage et d’un haut sentiment de son devoir. Blessé très grièvement à
son poste de combat, le 23 juillet 1916 au cours d’un violent bombardement.
Amputé de la cuisse
droite. »
2 juillet 1915, bois de Ailleux,
Herbéviller :
"...
Le 2 – travail de nuit – dans cette nuit du 2 au 3 le Bon Dieu m’a sûrement
protégé – 2 obus tombent à quelques mètres de moi – au premier, je me suis
couché je ne sais comment – le second j’étais à terre je ne m’en suis pas
occupé – cette nuit-là, marchant avec le génie, les ordres nous avaient été mal
donnés – Notre compagnie était en retard pour prendre le travail – le capitaine
du génie commandant le travail et demandant un gradé me tombe sur le dos et me
donne un ordre formel de diriger tous les hommes de la compagnie à faire le
travail sous peine de 8 jours de prison..."
25 février 1916, ferme de Naviaux,
Marne :
"…
Malheureusement beaucoup d'entre nous ne reviendront pas, que de familles
endeuillées !
Tu vas dire que je
n'ai pas beaucoup le caractère militaire mais c'est honteux de voir ce que l'on
voit ici tous les jours : les camarades tombés sur la plaine, le ventre au
soleil et c'est une infection que nous respirons.
Pour nous remonter le
courage, ils ont fusillé deux types du 315e la semaine dernière.
J'aurais bien d'autres
choses à te dire mais je risque la prison. »
1e février 1918, les Éparges, tranchée de Calonne :
"Nous touchons
une grosse ration de gniole, nous devinons ce qui va se passer.
Une compagnie du 7ème
colonial, vient prendre position à nos côtés dans la nuit, pendant que les
crapouillots et nos 75 bombardent les tranchées d'en face."
"Nous réparons
les boyaux complètement écrasés. Il pleut à torrent et sommes trempés jusqu'aux
os.
Nous n'avons plus rien
d'humain et sommes décidés à nous faire tuer sur place."
17 février 1918 :
"Le bombardement
continue de toute part, malgré cela nous avons pu être ravitaillé en pain et en
vin. Nous sommes couverts de boue.
Si la mort venait, ce
serait une vraie délivrance, car nous ne savons pas quand nous pourrons sortir
de cet enfer."
7 juillet 1918 :
"Je reçois la
croix de guerre avec citation à l'armée signée Pétain. Je n'en suis pas plus
fier et décide de ne pas la porter, étant donné que je ne la mérite pas plus
que ceux qui étaient avec moi."
Émile nous décrit les combats de Verdun, Douaumont, des Éparges et du secteur de Saint-Mihiel. De nombreux noms sont indiqués dans son carnet.
20 juillet 1915 :
"..On commence l'attaque à 6 h du matin, à 9 h
(...) Les boches se mettent à nous bombarder, il tombe des obus de toute part,
il en tombe un sur le caisson de la première pièce, plusieurs obus prennent feu
alors les hommes de la pièce sont effrayés et veulent sortir de l'abri.
Au même moment une
marmite arrive en plein sur la ... les met en miettes et on ne trouve qu'une
main sur le moment.
Mais le lendemain on
trouve des morceaux de tous côtés. VILLAR a l'œil arraché.
Il est mort en
arrivant au poste de secours. FLANDRIN reçoit un éclat dans un bras, DURAND
dans la cuisse. À Orsay, AURSAY reçoit un éclat en pleine poitrine, il est mort
sur le coup."
« …A l’offensive du 16 avril 1917 nous
étions en position à droite du Bois de Beaumarais en
avant du village de Pontavert qui faisait suite à la
plaine de Chaudards et au pied de Craonne.
Cette offensive fut
terrible et mal préparée. Rien n’avait été tenu au secret et manque de
préparation notable. Les troupes montées au chant de notre hymne national
redescendaient des lignes hurlant l’internationale… »
Résumé du parcours de guerre du soldat, puis caporal Jean FOURNY
Secteur de Roye, Saint-Mard, Somme, 26 août 1018 :
« A un abri un
fait remarquable se produit : deux officiers boches sont seuls, sommés de
se rendre par un officier de chez nous, le sous-lieutenant MARE, ils refusent
de sortir.
Nous descendons avec
précaution le revolver braqué en avant.
À quelques mètres de
la dernière marche nous entendons deux détonations. Nous crûmes d'abord qu'on
eut tiré sur nous, puis des râlements survinrent.
Nous descendîmes alors
et les deux officiers étaient par terre noyés dans leur sang.
Un était mort sur le
coup et le deuxième râlait encore. Il y avait de belles choses dans l'abri mais
ayant vu ce fait si méritoire et noble, je n'eus pas le courage de prendre soit
une jumelle soit un revolver. »
Jean EMMANUELLI s’engage en 1914. Il sortira de l’armée en 1956. Titulaire de nombreuses décorations, dont la légion d’honneur, il nous livre ici son carnet de l’année 1918. Les combats du 132eme dans la Somme l'été 1918 y sont bouleversants.
« On les décharge
au cimetière où les gendarmes prennent ce qui peut les faire reconnaître,
plaque d’identité, livret, lettre ; ensuite, on part en chercher d’autres.
J’en ai amené une quinzaine avec la corvée.
Il y avait un
capitaine d’infanterie instructeur à l’école Saint-Cyr, il avait son bouc
taillé un peu en pointe, un sous-lieutenant d’infanterie 45ème, un lieutenant
d’administration, un sous-officier du 13ème d’artillerie, un sergent et le
reste simples soldats d’infanterie et 2 ou 3 artilleurs dont un brigadier, la
tête presque complètement enlevée par un obus. On met les morceaux dans sa
musette pour l’enterrer. Des chevaux tués, des maisons brûlées, des cadavres.
C’est d’une tristesse incroyable et pourtant, aussitôt que la mort n’est plus
sous nos yeux, on n’y pense plus.
Et l’on rit, il est
vrai que le vin et le poulet à profusion aide à noyer le chagrin. »
Secteur de la Côte du Poivre, Verdun, mars 1916 :
« On prend les
premières lignes à la Côte du Poivre. Pendant ce temps les boches nous lancent
des gaz lacrymogènes. Tout le monde se trouve fort incommodé. Au début, je
souffre, mais après une fois à Bras, je résiste et malgré mon masque, je tiens
le coup.
Nuit épouvantable,
tranchée d’approche, patrouille, grosse pertes, pas d’abri. On n’a rien à
croûter. On nous envoie du manger gelé comme les hommes, on ne peut qu’absorber
de la gnole.
Le rata et le plat ne
font qu’un. Gelée terrible. On touche de l’alcool solidifié.
Je fais chauffer un
peu de vin chaud. Bras est bombardé à outrance. Les chevaux et bêtes de toutes
sortes périssent dans les étables.
Nos morts ? On ne
peut les enterrer faute de temps.
Impossible de creuser,
c’est toujours de la pierre. »
Son parcours au nord de Reims, fort de Brimont, Le Godat, La Neuville, Verdun, l’attaque du 16 avril 1917 du Chemin des Dames, la blessure, Craonnelle, La Somme, Maricourt, puis en Champagne, Souain…
Secteur de Fay, Somme, décembre
1914 :
« ...Vers quinze
heures, à la 1e compagnie, sur notre gauche, à la hauteur du Bois Carré occupé
par l’ennemi, en un point où les tranchées ne sont distantes que d’une centaine
de mètres, un dialogue s’est engagé entre Français et Allemands. De part et
d’autre, l’on fait des signes d’amitié ; voici qu’un de nos caporaux
mitrailleurs quitte notre tranchée ; un gradé ennemi fait de même ;
ils se rejoignent, se serrent la main, échangent des cigarettes et descendent
l’un et l’autre dans la tranchée adverse. Bientôt, c’est un défilé de soldats
ennemis dans nos tranchées : il en vient huit, des Bavarois qui, une fois
chez nous, ne veulent plus retourner là-bas. Quant à notre caporal, il est
renvoyé chez nous avec force cigares et cigarettes.
Questionnés, nos
prisonniers volontaires avouent une grande lassitude de la guerre et nous
préviennent, en outre, que les Prussiens, nos vis-à-vis, ont décidé de nous
attaquer cette nuit !.. »
Les tranchées dans la Somme, les fraternisations de noël 14, la bataille de Champagne en 1915...
Septembre 1914 :
« …Toujours une
santé aussi bonne ; le froid seul m’est un peu sensible, mais je m’y habitué.
Je reçois régulièrement de vos nouvelles, est-ce pour vous la même chose ?
Nous sommes très bien
nourris, et je t’assure que si le canon ne tonnait pas si souvent et si fort
l’on se croirait en manœuvre. Si la victoire nous sourit, la fin de la guerre
ne tardera pas, et alors quel long repos !!... »
Correspondance de trois frères à leur famille.1914-1919
et le coup de gueule d’Henri Sauer 50 ans après, au
travers d’une à ses trois enfants :
« Me voilà donc
titulaire de SIX décorations, mais, malheureusement pas une seule ne donne
droit à pension… Il serait question d’attribuer médaille militaire avec pension
(3FN par an) aux soldats qui ont été blessés et ont séjourné plusieurs années
sur le front dans une unité combattante… je réponds aux conditions prévues :
avec 7 ans et 2 mois de service militaire et une blessure, je devrais même
avoir droit à une retraite de sous-officier tout au moins la moitié puisque je
suis resté 1 300 jours et nuits sur le front, soit 3 ans et 5 mois.
Vous êtes maintenant
fixés et même si l’un de vous ou de vos descendants sont exonérés du service
militaire je considère que j’ai fait leur part et pour moi et pour plusieurs
d’entre eux.»
Secteur de Cumières, Verdun, mars 1916 :
« ...La deuxième
nuit, notre chef de section, l'adjudant MAX, un alsacien, nous propose
d'essayer de faire des prisonniers. L'opération consistait à attaquer un poste
avancé ennemi par surprise. Nous sommes partis au début de la nuit, presque au
départ, l'un de nous a marché sur un tas de grenades.
L'une a explosé, il y
a eu un mort et des blessés.
Il faisait noir comme
dans un four, nous avons commencé à marcher sur des cadavres.
Quand il y avait une
fusée éclairante, nous nous fichions à plat ventre, les tranchées étaient
complètement bouleversées. Là, il y avait une baïonnette qui sortait de terre,
à côté, il y avait une main, plus loin c'était un pied et une tête des cadavres
déformés, hachés, si bien qu'aussitôt, la fusée éteinte, nous ne pouvions pas
faire autrement que de marcher dessus... »
50 ans après la guerre, Laurent COUAPEL nous raconte sa vie de soldat, parfois misérable, parfois attachante, mais néanmoins réelle.
Les Éparges, son empoisonnement, l’attaque inutile en Champagne, les charniers de Cumières (Verdun), la soif, le froid, la peur, le pinard...
20 août 1914, région de Bisping
(Lorraine) :
« ...Bien placé,
on tire quand même sur des attelages qui fuient et des hommes que l’on voit
peu. Il faut reculer mais c’est très dangereux.
On se lève. Beaucoup tombent blessés aux jambes.
Je reste après les
autres et je recule sans trop de danger par bons courts et rapides.
La débandade se produit le bataillon est éparpillé dans un pré la mitrailleuse
nous vise mais aucun blessé.
On rentre dans un bois
et l’on recule beaucoup en arrière après avoir rassemblé le bataillon. Les
blessés sont restés aux mains des Allemands... »
Henri BLEYS, sergent, instituteur, nous décrit son témoignage. L’écriture est fine et régulière, le crayon papier précis, malgré l’usure, le témoignage saisissant.
Il décrit avec exactitude ce que fut la retraite de son régiment à partir de mi-août, en Belgique : les ordres imprécis, les interrogations des hommes, la débandade, les villages ruinés...
25 octobre 1914 :
« ...Changement
de position nous nous postons sur la droite de la route aussitôt installé il
nous faut tirer car la position devient critique à 1 heure les troupes belges
reculent et nous voilà en première ligne nous tirons jusqu’au dernier obus,
malgré un qui tombe près de nous, notre pièce reste et la 6e l’ordre arrive.
Il faut reculer car la
position devient intenable on recule de 4 kilomètres et nous couchons dans une
grange... »
Itinéraire d’un artilleur en 1914-1915 : Lorraine, Meuse, Reims, Flandres, Dunkerque, nord d’Arras. Des noms sont cités dans son carnet
15 octobre 1917 :
« Le soir à 19 h
nous montons en ligne, nous y arrivons à minuit.
Là pas de tranchée,
que des trous d’obus pleins d’eau et des macchabées.
Pour le moment, je
suis dans un trou d’obus avec deux autres. De la terre grasse jusqu’aux genoux,
de la flotte et plusieurs macchabée qui sentent mauvais : et je vais
rester là 6 jours et 6 nuits complètes sans pouvoir bouger, assis dans l’eau,
impossible d’écrire car les lettres ne partent pas depuis ici. On nous apporte
à mange une fois par jour à minuit. »
1917 et 18 : Verdun, la Côte du Poivre, la Flandre belge, fraternisations... Deux carnets sur lesquels Jules BARBE évoque la misère quotidienne des soldats de premières lignes.
Décembre 1914 :
« ..Français et Allemands se
touchent. Il parait que dans les moments de repos, bien au fond des tranchées,
les soldats ennemis se donnent mutuellement des concerts, puis cinq minutes
après se tirent dessus à outrance, ou se faut sauter.
Résultat, en France, nous n’avons pas bougé.. »
Sur ces deux cahiers
d’écolier, sans rajouts ni suppressions, Suzanne RUPLINGER, née en 1901 à Lyon
a tenu son journal, du mardi 28 juillet 1914 au 30 mai 1918.
13 ans, elle avait 13
ans !
Nous sommes bluffés
par la connaissance des choses de la guerre et la maturité avec laquelle, elle
rapporte, peut-être, ce qu'elle entend des adultes, c'est extrêmement
intéressant de la lire, elle se permet même de faire de la géostratégie, quel
talent !
25 août 1914, Rozelieures :
« ..Nous avançons en bon ordre, les Allemands paraissent
reculer.
Lorsque soudain une
contre-attaque terrible nous oblige à reculer.
C’est une débandade
générale sous une grêle de balles et d’obus. Nos soldats tombent par paquets,
c’est épouvantable. Notre artillerie protège notre retraite.
Lorsque nous nous
reformons, de ma compagnie sur environ 250 hommes, il en reste 90… »
Ce qui fait l'originalité de ce carnet, c'est qu'au début (du 5 août au 3 sept. 1914) il a été rédigé par une personne visiblement très cultivée : le style est littéraire, presque lyrique...puis mon grand-père trouve le carnet le 4 septembre 1914 et le continue dans un style...plus "terre à terre"...
Le carnet d’un soldat du 47e RI qui a traversé toute la guerre au 47e RI : bataille de la Marne, l’Artois, La Champagne…
14 août 1914, Chambley :
« …Chaque fois
que je lève la tête des balles me sifflent aux oreilles ou tombent à mes pieds.
On vise les chefs de section. Nos mitrailleuses entrent en action.
Mes chasseurs en
blaguant froidement tirent sur tout ce qui se profile à la crête. Des bavarois
passent en courant affolés jusqu’à un kilomètre, pendant que des balles les environnent
de poussière.
Beaucoup tombent comme
dans un jeu de massacre ou font les morts. S’ils se lèvent, ils ne vont pas
loin. La crête semble couverte de cadavres.
Notre mouvement a
réussi. Pris dans l’angle de feu par les autres sections, tous s’enfuient ou
tombent jetant ses armes. 30 bavarois se rendent. J’ai un homme tué à ma
section… »
À partir d’un carnet de campagne rédigé au jour le jour, nous avons pu reconstituer le parcours d’un officier d’active tout juste sorti de St-Cyr, à travers les terribles combats de 1914 qui ont coûtés si cher à notre armée.
Il est exceptionnel de trouver des carnets écrits sur le vif notamment pendant une guerre de mouvement telle qu’elle l’était en août et septembre 1914, a fortiori émanant d’un officier qui survécu au sein d’une unité ayant perdu la quasi-totalité de ses cadres en cinq semaines.
10 juin 1915 :
« …J'avais prié
sur les tombes de mes camarades du 18ème corps, environ 300 corps étaient en
rangées de 30, c'était bien arrangé, tous avaient des croix en bois ou en
pierre. Les noms étaient inscrits, ils avaient des couronnes, des écritures de
souvenir et de regrets.
Une fosse d'une
quarantaine de mètre devait encore être remplie, ceux-là n'avaient pas de noms
inscrits.
Sur la campagne, pas
loin de là, des boches il y avait partout dans les terrains… »
Les « pépères »…ont connu les mêmes dangers et les mêmes misères que les autres…
Octobre 1914 :
«…Nous avons chargé
sur un escadron de Uhlans saxons la section seule, tu parles de les enfiler.
J’ai un camarade qui a
eu le bonheur d’en tuer 3 et en blesser deux, moi pas tant de veine, 2 morts 2
blessés et un cheval pour ma part puis l’on a dégagé les voitures, et on les a
finis à coups de mitrailleuses c’est horrible et beau… »
24 décembre 1914 :
« …Puis moi avec
le Lieutenant, nous avons été cherché un journal Bavarois ; ils nous ont
offert des cigares, des cigarettes ; le Lieutenant leur a donné un paquet
de Maryland et moi 2 bâtons de chocolat que j’avais touché la veille ; il
a fallu leur serrer la main à tout prix, puis on a retourné dans notre
local… »
La correspondance d’un
cuirassier qui « sabrait » les soldats ennemis durant les charges de
cavalerie. Des descriptions de combats, la fraternisation, une lettre codée,
des inquiétudes, le début de la révolte…
Carency, Artois, décembre 1914 :
« Ils se battent à
coups de baïonnette et de grenades, l’autre bataillon s’élancent sur la 2ème
ligne et arrivent même jusqu’au cimetière, mais malheureusement, le fil
téléphonique qui servait de commandement à l’artillerie, et qui était installé
dans notre première ligne est coupé, et notre 75 tire toujours mais trop court
et tue de nos hommes. Nous restons maître des 2 lignes de tranchées »
Né en mai 1893, engagé volontaire pour 5 ans, le 6 avril 1912, à la mairie de La Rochelle, mort à l’hôpital de Belfort, le 15 juillet 1915, suite de ses blessures Wouithryde Henri VIDEAU nous parle de ses conditions de vie et de l’atrocité des combats dans la boue des Flandres (Ypres) et d’Artois (Carency).
18 juin 1916 : Verdun, tunnel de Tavannes :
« ..Nous quittons le tunnel à 8h ½ en marchant en file
indienne.
Nous grimpons les
hauteurs de l’ouvrage de Damloup. Vu sa pente rapide, nous sommes vite fatigués
car il ne faut pas s’amuser. Lorsque tout le monde fut en haut, nous nous
blottissons du mieux que nous pouvons dans le boyau en attendant que la nuit
fût venue. Mais, ce fut angoissant car les marmites nous arrivaient de toute
part. Plusieurs hommes jetaient des cris de douleur. Ils étaient atteints par
des obus.
Nous nous portons en
avant à 9 h ½ sous une pluie d’obus. Les Boches avaient aperçu un mouvement de
troupes, aussi, ce fut avec des grandes difficultés que nous arrivons à
l’ouvrage du fort de Vaux. Sur mon parcours, je trouvais déjà beaucoup de mes
camarades blessés ou déchiquetés pas les obus, mais il n’y avait pas de temps à
perdre. Il fallait arriver à la redoute du fort de Vaux.
Enfin, vers 10h ½,
nous étions arrivés, tout bouleversés, et tout essoufflés…. »
Le carnet du front d’Édouard MATTLINGER : toute la guerre : l’Alsace, la fraternisation (1914), Les Éparges (1915), le bois de Calonne, l’attaque de Champagne, secteur de Souain (1915), Verdun, tunnel de Tavannes, secteur de Damloup (1916), la bataille de Montdidier (1918)
2 juin 1915. Les Éparges :
« …Cet ensemble
de tranchées est un vrai cimetière, une centaine de morts, tous de l’attaque
d’avril sont tout autour de nous et l’abri de commandement du lieutenant est
proche voisin d’une tombe, et dans ce petit coin de plaine, entre les routes de
Metz et Pareid, il y a plus d’un millier de braves
camarades du 157ème et d’autres régiments qui sont tombés en avril, ce n’était
vraiment pas la peine de faire tuer tant d’hommes pour un si petit résultat,
surtout que cette tranchée payée si chère va être rebouchée puisqu’il en est
recreusée une autre à 500 mètres en arrière, celle-ci ne pouvait plus être
tenable avec les chaleurs… »
18 juillet 1915. Les Éparges :
« …La côte des
Éparges est d’un teint roux, et toute ravinée par la mitraille.
Elle fait tache sur la
verdure de la ligne des côtes. Comme monument de souvenir à élever sur cette
côte, il faudra après la guerre y ériger un immense Christ en croix et entourer
tout le bas de la côte d’une grille et la laisser tel qu’elle se trouve en ce
moment… »
4 septembre 1915. Les Éparges :
« …Il serait
temps que tout cela finisse.
Qu’entendent par-là
les gens de l’arrière, que nos poitrines mettent à l’abri des balles ennemies
et qui n’ont pas la pudeur de respecter ceux qui sont mort depuis une année.
Ces messieurs de l’armée font la fête… Le ministre s’inquiète de fixer la
nuance du kaki que messieurs les embusqués doivent porter, est-ce que nous en
avons-nous des uniformes à la mode, de bleu horizon, il doivent devenir pisseux
nos uniformes !.. »
Carnets de guerre de Paul DUCHATELLE, Les Éparges, la guerre des mines, la fameuse « visite » des députés en premières lignes, ses réflexions sur la guerre sont intéressantes. (Les embusqués, les politiques, les officiers supérieurs...)
Si ses carnets étaient tombés entre des mains d’officiers !!!
« …Chère amie
j'ai pourtant vu dire que la classe 1915 allait être appelée en tout cas si la
patrie en danger a besoin de nous pour renforcer ses rangs j'irai moi aussi
défendre fièrement mon beau pays de France et aider à chasser ces allemands si
féroces et si barbares qui font partout les pires atrocités.. »
« …Depuis un mois
nos braves soldats aux cœurs généreux luttent sans cesse, déjà beaucoup sont
tombés sur le champ d'honneur, d'autres sont blessés ou usés par la fatigue ou
la misère alors ces braves soldats auront besoin de repos qu'ils ont si bien
gagné… »
Mobilisé en déc. 14, réformé en juin 15 cause maladie, bon pour le service en sept 15, parti dans les tranchée, blessé en mars 1916, retour au front, tué en juin 1917. Son parcours au travers de ses lettres.
Mars 1915, Somme :
« ..Vie des tranchées. Bombardement de nos abris à diverses
reprises.
Je suis puni de 6
jours de prison parce qu’un homme de mon escouade a voulu manger des
pissenlits. »
Sergent au 70e territorial, il a connu les tranchées, la Somme, Verdun, l’Oise, a vu la mort de très près, tout comme les soldats de l’infanterie d’active.
Samedi 1er août 1914 :
« J’avais alors
moins de 17 ans. Dans l’après-midi, nous sommes allés, mon père et moi, avec
deux ou trois de mes frères et sœurs, charger une voiture de foin. C’est tout au
long de notre retour que nous avons entendu les trois cloches de l’église
sonner à toute volée pour annoncer la mobilisation générale. Leur son était
puissant, le moment solennel.
Le garde-champêtre
confirmait la nouvelle à l’aide de son tambour.
Partout les trains
étaient pris d’assaut par les hommes qui partaient vers leurs garnisons.
L’enthousiasme était grand chez ceux qui partaient, la tristesse était grande
chez ceux qui restaient. Personne ne savait ce qui nous attendait.
Personne ne croyait
passer l’hiver en guerre… »
Sept 1917, secteur de l’Yser, Belgique :
« …Le secteur
faisait naturellement partie du front ; donc nous avions droit à un quart
d’eau de vie tous les matins. Et tous les matins, je devais me bagarrer avec
mes hommes pour que le gendarme ait sa part.
Chaque fois on me
répondait « il n’en a pas besoin »
Un dicton disait
d’ailleurs à l’époque : « Le front commence où s’arrête le
gendarme »
Le front commençait
bien là et je me suis toujours demandé ce que celui-là pouvait bien faire avec
nous… »
Toute la guerre vécue par André : les tranchées de l’Yser, les combats de Montdidier, l’attaque allemande, la captivité en France, la punition des évadés, l’épisode des 2500 chevaux «volés» par les Allemands pendant leur retraite de 1918…
Le petit carnet de son parcours. Il était affecté à l’ambulance N° 16/9. Quelques photos de groupes de soldats
Février 1915, Vienne-la-Ville :
« …Il a fallu
leur aider à traîner les leurs comme nous avions fait les nôtres la veille.
Nous avons fini le
lendemain à 2h du matin, après cela nous avons été tranquille et nous sommes
restés à la même position les 8, 9, 10, ce dernier jour l’adjudant-chef a été
décoré de la médaille militaire.
Le lendemain 11, il
nous a payé un litre de vin. C’est tout ce que nous avons eu… »
Les déplacements du 2ème groupe du 11e régiment d’artillerie, à travers la Meuse, Marne, l’Aisne.
Mars 1915, ferme du Chamois, Alsace :
« … Le soir même,
quand, après avoir rampé, nous arrivions vers nos camarades d’attaque pour les
relever, nous constations que beaucoup d’entre eux étaient étendus à jamais sur
le gazon ou accrochés aux réseaux.
Les lignes avaient
simplement été avancées de quelques centaines de mètres.
La nuit est employée à
creuser la nouvelle première ligne avec nos petits outils portatifs. Nous dûmes
néanmoins rejoindre une contre-attaque boche qui s’était dessinée. »
De l’alsace à l’offensive de champagne en septembre 1915, la campagne d’un caporal fourrier.
5 janvier 1916 :
« …Entre nous, il
n’y a pas grand-chose, d’ailleurs, c’est presque impossible avec le temps que
nous avons, juste quelques coups de fusils de temps en temps ; les boches sont
très raisonnables ; ils ont été jusqu’à fraterniser avec les nôtres au petit
poste ; ils ont échangé une boule de pain pour des cigares que les nôtres leur
ont donné, cela prouve que les boches en ont marre et je serais porté à croire
que la guerre sera bientôt finie, je le souhaite bien vivement… »
Correspondance d’un soldat qui a été absent de « ses foyers », comme disent les militaires, durant près de 5 années pendant lesquelles il a été blessé, il a subi des vexations de toutes sortes en tant que prisonnier de guerre. Il n’a bénéficié que de quelques rares permissions et a obtenu une décoration méritée avec citation pour sa bravoure au combat.
4 septembre 1914 :
« …La retraite
s’accentue de plus en plus et prend les proportions d’une déroute effroyable.
Les chevaux ne peuvent
plus avancer et tombent comme des mouches.
Des fourgonniers vident sur la route le contenu de leurs
voitures pour s’alléger.
Des conducteurs de
caissons de 155 abandonnent des projectiles.
Sur la route, il est
défendu, sous peine de mort, de couper une colonne en marche, défendu aussi aux
conducteurs de voitures : caissons, fourgons, chariots de parc, de
trotter.
La prévôté
(maréchaussée) veille à l’exécution de ces ordres. Je vois un capitaine de
gendarmerie flanquer deux balles de revolver au conducteur d’un fourgon qui a
trotté une dizaine de mètres pour rejoindre sa colonne… »
Mémoires du début de la guerre : de Charleroi, la retraite, bataille de la Marne (secteur de Provins), Reims, fort de Brimont, l’Aisne.
Quelques « images » fortes de la retraite de l’armée française.
Ippécourt, 8/09/1914 :
« …Le 8 au matin
redescendu pour ravitailler et remonté aussitôt avec de l’eau et du pain sous
les grosses marmites boches.
L’après-midi et le
soir, prise du village à l’assaut à travers les balles et marmites.
Traversé le village à
9 heures du soir, à moitié incendié et en ruines. Passer sur les morts et les
blessés, les vaches et les chevaux crevés. Rien de plus lugubre et
triste… »
Le carnet a été tenu jour après jour pendant toute la guerre. L’extrait présenté ici s’étend d’août 1914 à avril 1916 et concerne la guerre dans la Meuse.
Il comprend surtout, des indications sur l'itinéraire suivi par son régiment. Il y a cependant des éléments sur les conditions de vie qu'il évoque à travers son travail de cuisinier.
15 mars (1916) Verdun :
« …A quelques
mètres de lui, pendait sur une traverse de bois, le corps déchiqueté d’un
sergent, également de la 19ème. C’était la première fois que j’assistais à ces
tueries, cela me fit peur et devant ces cadavres, une terrible impression. Mais
réagissant et ayant toujours confiance, je marchais courageusement là où le
devoir m’appelait, ne pensant plus qu’à une chose, défendre la Patrie en
prenant mes précautions contre le danger… »
« ..Dans ce village, nous restons deux jours et pendant ce
court séjour, nous eûmes une mauvaise impression en rencontrant sur notre trajet
et en nous promenant, des tombes de soldats français au nombre de cinq qui
avaient été fusillés pour avoir refusé de marcher… »
Les souvenirs d’un soldat, mobilisé à 36 ans, qui a parcouru l’Aisne (Soupir, Paon, Dhuizel), la Champagne (Suippes, Souain), Verdun (Cumières, le bois Bourru).
Aisne, secteur du Chemin des Dames, juin 1917 :
« ..4 - Départ à 2 h pour arriver à 4 h à côté de Ronans. Emplacement à l’échelon, nuit agitée – Bombardés
par avions.
5 - Dans la nuit du 5
à 11 h du soir, nous montons à la position du sud de Craonne dans le bois Beaumarais – Relevé du 33ème –
2ème section.
6 - La position n’est
pas fameuse. Les éclats radinent de partout. On ne peut rester dehors.
9 - Comptabilité des
fusils.
17 - État des pertes –
Officiers et hommes de troupe.
19 - Situation des
munitions
23 - Sommes bombardés
– Très sérieux – Les arbres de la position sont fauchés, le lieutenant est
tué….
Calme - Beau temps -
On a fusillé 2 Alpins qui s'étaient révoltés et condamné une dizaine à quelques
années de travaux publics - C'est pour calmer la morosité générale - La guerre
est si longue. »
Carnet de route et sa correspondance de Louis TREILLET depuis janvier 17 jusqu'à la fin de la guerre : Chemin des Dames, l’Italie, l’Oise, la Somme… Cette correspondance est d’ailleurs très souvent beaucoup plus précise que son carnet.
« …Nous nous
couchons, ma femme et moi après avoir mis notre bébé au berceau, mais il m’est
impossible de dormir, cette terrible chose que depuis tant d’années, mon grand-père
et mon père, m’ont parlé dans maintes circonstances, est donc enfin arrivée.
Je vais donc moi aussi
voir ce qu’est la guerre, la vraie guerre, celle où il y a de vrais morts,
n’ayant pu croire les récits ni pu m’en rapporter aux images rappelant ça. Je
vais donc en tuer de ces boches, de ces satanés boches qui nous font tant de
mal par tous les moyens, et puis c’en est assez, il faut en finir et au plus
vite... »
6 septembre 1914, Monthyon :
« Je perds un
instant ma compagnie, mais je rattrape un homme blessé ; il m’appelle.
Je me couche à côté de
lui pour voir ce qu’il a. je me garantis de mon sac ; les balles sifflent
de tous côté ; les obus destinés aux allemands passent au-dessus de nous,
mais au même moment, je reçois une balle dans la fesse gauche.. »
Son parcours, jusqu’à sa blessure durant la bataille de la Marne, hôpital de Saint Malo…Retour au front secteur de Soissons, Crouy en janvier 1915.
La particularité de ce carnet, c’est que certaines journées ont été « reprises » par la suite, avec des détails supplémentaires.
7 septembre 1914 :
« …Nous avons
mission de prendre le village de Villeneuve-lès-Charleville.
Notre artillerie le
bombarde toute la matinée, enfin nous le prenons d’assaut, l’artillerie de chez
nous, nous bombarde et nous laissons des morts et des blessés. (…)
« ..J’ai acheté
ce carnet aujourd’hui à Abbeville aux nouvelles galeries. Dans l’hôpital tous
les malades décédés sont morts dans de bonnes conditions. » (…)
« …J’ai un mois
de convalescence, j’ai été proposé pour deux, mais le général a trouvé que ma
barbe faisait beaucoup dans ma maladie aussi a-t-il
retouché un mois… »
Blessé à Sillery, durant la bataille de la Marne, hôpital à Rodez, infirmier dans la Somme, puis réintègre le front au 72e RI en juin 1915, blessé en Argonne…Le parcours d’un aspirant-prêtre.
17 septembre 1915 en Champagne :
« (…) Ai bien
dormi même malgré le fort bombardement. Nous avons depuis le 75 jusqu'au 360
sur rails en passant par tous les calibres. C'est fou ce qu'il y a
d'artillerie… »
Samedi 25 septembre 1915 :
(…) Nous bombardons
sans arrêt depuis le 38 – 58 cm avec des torpilles.
À 0h15 exactement, nos
troupes sortent de nos tranchées, nous essayons de dérouler une ligne
téléphonique derrière le Ct.
C'est impossible trop
(de) casse. Ensuite un autre et moi avons été presque engloutis – nous sommes
d'un dégoûtant car il a plu aussi je suis couleur boue – ensuite notre poste
s'effondre et nous essuyons les gaz asphyxiant – ce n'est pas bon à 12h…. »
Son journal concerne l’automne de 1915. Après un passage pendant l’été dans la région de Montbéliard pour rejoindre le 4° tirailleurs au repos, il arrive au front avec celui-ci en Champagne où une grande offensive française doit être lancée (le 25/09/15). Il tient un journal jusqu’en décembre 1915.
Il sera tué en 1917, le 20 août au bois de Cumières près de Verdun lors de la contre-offensive française, lancée ce même jour.
Le 5 au soir :
« …Avec un
camarade, je vais dénicher des corbeaux pour faire une bonne soupe et nous
tirons deux pigeons ramiers qui nous ont amélioré notre ordinaire. »
Le 11 juin 18 :
« Encore 3
pigeons de tirés et ils sont bons. Nous avons mangé aussi 3 jeunes corbeaux,
mais quelle différence, c'est un peu plus dur comme viande. Je remonte ce soir
en réserve près du capitaine… »
Il retrace jour après jour sa campagne en Orient 1917-1918-1919 contre la Bulgarie.
Le 12 juin 1916 à 18 heures :
« Départ pour
premières lignes devant Thiaumont (Redoute
320) »
« ..Le 13 à une heure du matin, attaque par le bataillon.
Avance de 200 mètres (sans perte). Redoute 320 Thiaumont
à 19 heures. Relève pour aller en réserve dans le petit Bois Fleury.
Le 14 juin :
Réserve petit Bois Fleury (mort de Paul Baillard vers 4 heures par un obus qui tombe en face de son
gourbi). À 19 heures 30 : Départ pour Verdun.
Arrivée à 12 heures.
Soir, cantonnement Hospice Sainte-Catherine…. »
Le carnet en lui-même comporte visiblement deux parties : les deux ont été écrites après juin 1916, ce qui revient à dire que la première partie est une liste de dates et de lieux, très factuelle.
La deuxième, écrite "à chaud" est le récit détaillé de ces deux années de captivité en Prusse Orientale au camp d'Arys.
8 septembre 1914, Montceaux-lès-Provins,
Seine et Marne :
« ..Nous marchons en avant nous passons à Monceaux-lès-Provins
où a eu lieu la bataille, le village est pillé, toutes les maisons sont
démolies par les feux de l’artillerie, c’est effrayant de voir l’effet de l’artillerie,
nous voyons des cadavres d’Allemands et de chevaux. »
« ..Nous passons à Villeneuve-la-Lionne où l’orage nous prend
et nous trempe jusqu’aux os. Nous bivouaquons à Vézier
mais on se remet en marche, toujours sous l’eau et nous retournons cantonner à
Villeneuve-la-Lionne à 10 heures du soir… »
Édouard OURSEL nous relate son parcours au début de la guerre (1914-15), son « travail » de brancardier : La retraite, bataille de la Marne, l’Aisne (Berry-au-Bac, Sapigneul) et en Artois (le Labyrinthe, Neuville-Saint-Vaast...)
7 juillet 1915 au Sudelkopf,
Vosges :
« Enfin ce
jour-là c'est presqu'un miracle que l'on soit sorti sain et sauf car plus d'une
fois nous l'avons échappé belle. Malheureusement nous avons perdu 45 hommes
dans cette affaire, seulement nous avons conservé la tranchée.
Pendant le reste de
notre séjour ici nous avons tout transformé notre réseau téléphonique.
L'on a placé toutes
les lignes dans les boyaux et en plus nous avons placé une ligne de secours qui
était souterraine. Nous avons mis 8 jours pour faire le travail.
Nous avons terminé
pour le 14 juillet. »
Le périple d’un téléphoniste du 372e RI de 1914 à 1916, des Vosges (le Linge, La Croix des Faux) puis son embarquement pour Salonique, la Serbie…
Nord de Paris, 2 septembre 1914 :
« …Tous les
habitants quittent leur pays pour échapper aux troupes allemandes. C’est un
spectacle vraiment touchant de voir tous ces pauvres gens, vieillards se
traînant péniblement, jeunes mères portant leurs enfants dans les bras ou les
traînant dans une voiture sous une chaleur caniculaire.
Les vieux territoriaux
organisent la défense de Paris ; des champs de poiriers tout entiers sont
abattus pour faire un bouclier à nos fantassins.
On devine qu’on a
l’intention d’arrêter l’invasion par là. »
Les combats vus côté artilleurs (ferme de Nogéon, ferme de Confrécourt, plateau de Nouvron, Soissonnais, Verdun…),le dramatique franchissement de l’Aisne sous les bombes, la mort en direct de ses camarades de régiment, leurs obsèques.... Ses « coups de gueule »…
19 septembre 1914, secteur de Bezonvaux (nord de
Verdun) :
« .. Le mauvais
temps continue ; on entend fusillade un peu partout ; nous avons la
permission de faire du feu, Oh ! Alors on est heureux comme des
rois ; on sèche un côté pendant que l’autre mouille, enfin on est mieux
quand même.
À 12 h. nous mangeons
notre viande cuite à l’eau de pluie ramassée dans les trous d’obus, nous
mangeons quelques haricots qui nous semblent exquis ; dans un quart de
café on trouve environ une petite cuillerée de terre, mais cela ne fait rien,
on trouve le moka épatant, car c’est le temps des biscuits et autres bontés
comme cela.»
Un itinéraire par les combats de Joppécourt (22/08/1914), Courcelles-sur-Aire (10/09/1914), Lacroix-sur-Meuse (oct.14).
Probablement pour que reste une trace et qu’à jamais nous n’oublions cette période de l’histoire de France qu’il eût à traverser, Jules PIGASSE nous a transmis ses mémoires. En toute simplicité, il y a noté son parcours, des lieux, les brisques et les batailles sans jamais décrire ce que furent ses difficultés, ses souffrances ni ce qu’il vit et vécût.
9 mai 1915 secteur de Berthonval, Artois, la veille de
l’attaque :
« .. Le soir on
nous relève à 2 h pour aller en repos la nuit car le
lendemain c’était l’attaque. Nous avons encore pris une bonne cuite.
Réveil à 1 h du matin
le 9. Départ pour les tranchées. Arrivés à la pointe du jour, l’on nous a mis
dans les tranchées de première ligne.
À 5 h l’artillerie
française a commencé à donner pour dix heures juste.
À 9 h ½ l’artillerie
s’est arrêtée environ 5 minutes et a repris ensuite jusqu’à 10 h moins 1
minute.
À 10 h exacte tout le
monde est sorti des tranchées. Nous arrivons dans leurs tranchées : pas un
n’est sorti de son trou.
Nous étions 5 comme
nettoyeurs.. »
Un carnet trouvé sur une brocante, publié sur mon site pour le sortir de l’oubli ; Août 14 – août 15, Les Vosges, l’Artois.
« ..Le destin qui m'avait conduit d'Italie en Grèce, de Serbie
en Bulgarie, de Roumanie en Russie, puis ramené de Turquie, par la
Méditerranée, à mon pays de France et à mon petit village de Rupt, a voulu,
qu'après bien longtemps, là où fut toute ma vie, ces lignes fussent écrites à
partir de mes récits.
Pour que chacun se
souvienne et apprenne par mon enseignement, que loin du pays, rien ne vaut la
Patrie et que si les hommes et les paysages sont différents, partout le cœur
conduit la vie et ramène à son clocher les enfants partis au loin. »
27 août 1914, Aslon, frontière
belge :
« …Nous sommes
repassés à Gomery où le convoi se renforça d’autres
blessés et prisonniers.
Et l’on se remet en
route, nous passons à Etre et quelle impression de voir les ruines du 3ème
groupe de chez nous = tous les caissons et chariots versés, chevaux et hommes
tués en telle quantité, que nous passions sept jours après la bataille et que
tout n’était pas encore enterré.
Petite ville à peu
près trois mille habitant, toute incendiée et pillée, sauf la Mairie et la
maison de la Croix-Rouge, même l’église fut incendiée et ainsi tous les pays
que nous avons passés, sauf Arlon, capitale du Duché Belge, très belle petite
ville de Belgique, où nous sommes arrivés à 3 heures du matin… »
Le soldat Sébran TESSIER a été cité comme témoin à Genève des exactions allemandes commises à l’été 1914 à l’hôpital de campagne de Gomery (Belgique) dont les blessés français ont été assassinés par les troupes allemandes
Secteur de Verdun, 18 juin 1916 :
« ..Il y a eu deux fois alerte cette nuit, et deux fois on a
déclenché les tirs de barrage ; c'est formidable et indescriptible. De
tous côtés, les lueurs des coups de canon se succèdent d'une façon
ininterrompue comme un scintillement perpétuel et le tonnerre de toutes ces
pièces fait un roulement absolument continu; les obus sifflent, ronflent,
au-dessus, à droite et à gauche, une brume générale s'étend sur toute la
contrée et là-bas, au loin, c'est l'autre grondement de l'éclatement simultané
des milliers d'obus sur les lignes ennemies qui sont submergées dans un enfer
de feu, de fusées et de mitraille d'où les fusées éclairantes et les fusées de
signal ont peine à émerger.. »
« .. Cela dure
une demi-heure, quelques fois plus si l'ennemi a pu sortir malgré cela et s'il
faut continuer l'arrosage. Puis les coups s'espacent; les fusées cessent, et le
calme renaît, c'est-à-dire qu'on n'entend plus voler que les obus espacés qui
vont de part et d'autre frapper les deuxièmes lignes, gêner les
ravitaillements, la circulation intense des relèves, des cuisines, des
munitions, des matériaux, qui se hâtent sans arrêt pendant toute la nuit
d'apporter aux tranchées de première ligne et aux batteries le stock
indispensable pour pouvoir continuer le lendemain avec la même âpreté cette
terrible lutte... ».
Sous-lieutenant, puis lieutenant, à la 1ère batterie du 2ème régiment d'artillerie de montagne, il prit part aux combats aux abords de Nancy, avant d'être envoyé dans les Vosges (Reichsacker, Linge). Après cinq mois à Verdun, de juin à octobre 1916, sa batterie rejoignit l'armée française d'orient, à Salonique, puis occupa diverses positions en Grèce et en Serbie. Muté, en 1917, à la 8e batterie du 19e régiment d'artillerie de campagne, et nommé capitaine, il participa à la campagne qui vainquit les Bulgares et fut blessé en octobre 1918.
Secteur de La Fère-Champenoise, 8 septembre 1914 :
« .. L’on essaye
d’apporter le capitaine à 4 par la droite qui se faisait arriver à une arrête
de terrain. L’on est entre 2 feux de l’ennemi qui tire de chaque côté et par
derrière. Obligés de laisser le capitaine dans un bois de sapins, sur 4 que
l’on était pour le sauver, 3 sont tombés et moi le dernier, une balle me frôle
la cuisse en perçant ma capote. Fuite parmi les balles qui donnaient des 2
côtés et le feu d’une mitrailleuse. À chaque instant, mes camarades tombent
criblés de balles. Le sous-Lieutenant Daras tombe
blessé d’une balle qui lui traverse la figure par les joues. JOUBERT tombe mort
d’une balle à la tempe…(…)
Les gendarmes menacent
de revolver ceux qui reculent encore.»
L’itinéraire d’un soldat du 32ème régiment d’infanterie, villages après villages (Lorraine, bataille de la Marne puis Belgique, Ypres), combats après combats ; des écrits brefs, précis et réels.
Crécy-le-Château ; 30 août 1914 :
« L’assaut va être
tenté en masse par les 3 bataillons (205ème et 148ème) ils nous restent que
deux mitrailleuses pour préparer le travail ; et encore les chevaux sont
tués, les servants ont bien du mal à arriver au plus de la route. Enfin, le
clairon se fait entendre et nous voilà partis. Nos deux pièces crachent bien et
cela nous encourage. Nous sommes serrés et la route monte terriblement ;
ce qui nous retarde. Nous avons un moment d’espoir, l’ennemi cesse de tirer
pendant quelque temps ce qu’il nous fait croire qu’il va déguerpir. Hélas, ce
n’est qu’une ruse, ils ont simplement déplacé leurs pièces, et c’est avec un
feu terrible qu’ils nous reçoivent en enfilade au bout de la route. Ils nous
tuent à bout portant et rien pour s’abriter.
Ah si nous avions
seulement un peu le 75 avec nous, nous aurions le passage ; car enfin ce
n’est que de la cavalerie… »
Notes de guerre d’Albert THEVENIAUD, participe aux combats d’août 1914 de Grand-Fayt, Séry-lès-Mézières, Hamégicourt, Coucy-le-Château, puis est fait prisonnier le 2 septembre 1914 après le carnage de Neuville-sur-Ailette, où un régiment d’artillerie a été détruit.
Burnhaupt, Alsace, janvier 1915 :
« Il était minuit
et demi il en sortait par centaines des caves, nous étions 2 compagnies contre
un régiment.
À partir de ce moment
jusqu’au jour ce fut un carnage, une tuerie épouvantable. Je ne pourrais pas te
dire juste ce qui s’est passé seulement le 11ème que j’ai embroché m’a appelé
« salop » en bon Français, j’étais fou. Nous n’avions plus de
cartouches, je courus ou je savais en trouver et je rapportais une caisse de
cartouches que je distribuais au hasard à ceux que je trouvais…
Depuis j’ai été trois
jours étendu dans une ambulance on croyait à ma folie, mais aujourd’hui c’est
passé, je tremble encore mais c’est passé. »
Série de lettres du soldat Émile NUSSBAUM, quelques une poignantes : combats de Mulhouse, Burnhaupt, le Vieil-Armand, son départ pour Salonique.
Samedi 5 septembre, 5 h du soir :
« …Comme nouvelles,
on dit que le 1er septembre, il y a eu des artilleurs du 38ème de Nîmes, qui
ont eu peur et qui se sont enfuis avec leurs chevaux, laissant sur place les
canons et leurs servants.
Le lendemain, on en
aurait fusillé 75 aux environs d’Étain. On dit aussi que le 312ème de ligne
aurait refusé de marcher au moment de combattre : le général a été obligé
de mettre revolver au poing pour les obliger à marcher. Ça n’a pas réussi,
alors il a dirigé sur eux deux batteries d’artillerie et ils se sont décidés à
la fin de la journée… »
Le 30 septembre 1914 :
«.. Les journaux
d’aujourd’hui racontent que le gouvernement fait préparer des tricots, des…., et des gants de laine pour les soldats. Ils n’auraient
pas sans doute l’intention de nous faire passer l’hiver ici, ces
messieurs !
Ça serait bigrement
terrible et qu’est-ce que ce sera s’il faut rester encore trois ou quatre
mois…»
Il s’agit d’un carnet de section, court, mais néanmoins très intéressant, avec de nombreux détails sur les hommes qui composaient une section de mitrailleurs : Noms, prénoms, profession…armes, outils…
Vision de guerre :
« .. Le dos courbé, le regard aux aguets
, les doigts crispés au fusil, nous avions franchi au pas de course des fossés
vaseux, des boqueteaux où les arbres fracassés par la mitraille semblaient
attendre le coup de grâce, des chemins que la déroute des canons avait labouré,
des enclos où l’on eut dit que s’était abattu un ouragan de grêle, où des
cadavres aux pieds nus aux faces d’épouvante pourrissaient sur un tapis de
mirabelles, assaillis par des nuées de mouches bleues, nous nous étions élancés
vers le brave innocent qu’avait supplicié l’ennemi.
Ce n’étaient que le
long de la route qui montait lumineuse vers les vignes que des squelettes
rouges et noirs de maisons, que des pans de murs calcinés, que des amas de
décombres, que des ferrailles tordues, que de pauvres meubles brisés, que des tonneaux défoncés.
À l’orée du village
apparaissait la façade aux brèches béantes de ce qui avait été un château, des
terrasses, des charmilles, des arceaux de roses et comme un moignon de géant,
le vénérable clocher à moitié effondré dont ne survivaient que la rosace et le
cadran de la pendule. Soudain dans ce silence de nécropole, tintèrent graves,
espacés, solennels, les douze coups de midi. »..
Le 12 septembre 1914 :
« Quel temps –
pluie – vent – marche à travers champs de vigne, de betteraves, etc. …et
pendant la nuit. Quelle belle manœuvre – quels canons – nous n’avons plus rien
à faire – Les 75 déblaient le terrain, nous n’avons qu’à avancer. À 9 h ½,
entrée triomphale dans Reims – Que de prisonniers ! Que nous sommes
contents ! Les soldats les regardent défiler avec calme. S’ils pouvaient
nous traiter comme nous le faisons au moins !
5000 prisonniers sans
un coup de fusil et sans un blessé de notre côté ! C’est admirable !.. »
Anatole BOUVE est désigné pour conduire un détachement de 500 hommes pour renforcer le 110ème et le 310ème régiment d’infanterie
« …Le 08 avril
17, jour de Pâques, nous avons mangé 5 tortues, un hérisson, du singe et du
riz ; nous avons fumé un cigare à quatre et bu une bouteille de vin vieux
à 12. Si ça n’avait pas été le hérisson et les tortues, nous aurions fait une
grosse ceinture !
Le 15.04.17, toujours
au Malissa : j’ai été malade jusqu’au 20 ;
j’avais 39° de fièvre et pendant ces cinq jours, nous avons été englouti sous
la neige : on ne pouvait sortir de dessous les toiles et nous n’avions
rien de chaud à manger pendant ces cinq jours sans pouvoir allumer un feu à
cause du vent et de la neige.
Cinq jours de
souffrance et de martyr. »
La campagne d’Orient de 20 mois d’un soldat du 210e RI. Salonique, le Vadar, Fleurina, Monastir, les combats dans les montagnes enneigées.
20 février 1916 :
« ..Ma chère Germaine. Un petit mot pour vous dire avant de
vous embrasser que nous embarquons ce soir pour destination inconnue. La
bataille fait rage vous le savez sur Verdun.
Peut-être allons-nous
à la rescousse. Hourra !.. »
20 août 1914, Flaxlanden,
Vosges :
« …Le 97ème
poursuit l’ennemi avec le 96ème et le 157ème ; le 281ème et le 252ème sont
au repos .Il y eut 3 attaques à la baïonnette. Français hors de combat ou
blessés : 800 à 1000. Allemands mis hors de combat : 3 à 4000
environ.
La bataille a cessé à
21 heures. Les Allemands ont ramassé leurs morts et leurs blessés jusqu’ 4
heures du matin. Morts français, peu nombreux.
Le régiment évacue le
champ de bataille à 17 heures.
Les allemands pansent
nos blessés et ils font prisonniers ceux qui peuvent marcher… »
Ferme de Ferrière, Fay-le-Noyer,
Aisne, 27 octobre 1918 :
« …En me
dirigeant sur la ferme de Ferrière je cours les champs. Je savais que la lutte
avait été chaude mais je ne m'attendais pas à tant d'horreur. Un peu avant la
ferme 3 lignes de tranchées servaient d'appui à l'ennemi.
Celles-ci sont
remplies d'équipement - de fusils - fusils mitrailleurs - mitrailleuses - minenwerfen - casques etc… et aussi de nombreux trop
nombreux cadavres aux visages douloureux. J'ai le cœur serré en regardant ce
terrible résultat de la guerre. Les Français sont aussi nombreux que les
boches.
Des tirailleurs sont
étendus sur le terrain, tout équipés. Dans les tranchées certains morts sont
debout appuyés au parapet. D'autres couverts de sang, le corps ou le crâne
ouverts gisent près des abris ou sur le bord de la route. Ces malheureux sont
jeunes pour la plupart.
Ils vont rester ainsi
plusieurs jours ainsi sans sépultures. Et je songe que chacun a dans son pays
respectif une famille qui pense à lui et qui attend son retour…. »
Carnet de campagne de fin de la guerre, pendant la retraite allemande, d’août à octobre 1918
Mars 1918, cote 304 :
« ..J’allai faire des travaux de galerie à abris mitrailleuse
entre Esnes et cote 304, plus tard, j’allai au tunnel Bismarck, travaux
remarquables de l’ennemi pris par nos troupes en septembre 1917, ensuite je
passa 8 jours à la surveillance et l’entretien du tunnel du Kronprinz plus
remarquable car avant nos attaques de septembre 1917, ce tunnel faisait de 11 à
1200 mètres de long sur 3 mètres 50 de large et 2 mètres 20 de hauteur.
Il consistait
également d’un petit train sur voie de 0,60 centimètres qui évacuait leurs
blessés lors des grands combats de Verdun. Il y avait aussi une brasserie de
bière où depuis notre attaque de septembre 1917 nous avions crevé une partie du
tunnel près du ruisseau des Forges.
Donc, dans cette
brasserie, il était resté une quantité de cadavres ennemis ainsi que dans une
salle d’opération aux blessés. Donc, après cette attaque de septembre, nous
n’habitions plus que 6.25 mètres de long dans ce tunnel du Komprinz.
Sur cette distance, il
y avait 10 différentes sorties de droite et de gauche ainsi qu’une superbe
salle de machine avec trois moteurs électriques, salle de réparation, etc…
vraisemblablement l’éclairage du métropolitain à Paris… »
Le parcours d’un soldat du génie, durant toute la guerre.
Aisne, 7 septembre 1914 :
« …Là nous sommes
sur un champ qui borde la route de Montmirail où a lieu une attaque des
français très sérieuse l’on voit des voitures de blessés qui se dirigent sur la
gare de Sézanne, puis une centaine de prisonniers Allemands escortés par des
gendarmes à cheval, une heure plus tard c’est encore cinq prisonniers qui sont
escortés par un maréchal des logis de chasseur à cheval et deux civils armés de
bâtons qui les ont fait prisonniers eux-mêmes ; le canon n’a cessé de
gronder toute la journée et une partie de la nuit,.. »
Le parcours (1914-1915) d’un soldat du 41ème régiment d’artillerie de Douai
Frontière grecque, 16 décembre 1915 :
« …Les terrains
sont pleins d’eau. De la boue jusqu’aux genoux.
Jamais nous n’avons eu
aussi mauvaise route. On en a marre et il pleut dur. Quel temps de misère. Enfin
à 5 h du soir nous arrivons dans un pays où il n’y a plus une seule maison
debout. Nous dressons nos tentes sous la pluie dans le terrain mouillé et plein
d’eau. Quelle triste nuit nous passons.
Nos effets tout
mouillés et point de bois pour faire du feu.
Quelle
misère !... »
Le carnet de campagne d’un soldat de l’armée d’Orient, son arrivée à Salonique, la vallée du Vardar, la guerre contre les Bulgares…
« Puis pénétrant chez nous, ce ne fut que carnage
Massacres, assassinats, viols, tous les méfaits
Ce n’était plus des hommes c’était de vrais sauvages
Jamais l’histoire n’enregistra de tels forfaits
O ! Très Haut use donc de ta toute Puissance
Pour détruire à jamais ce peuple de proscrits
Quoi ! N’aimerais-tu donc plus notre belle France
Pour la laisser aux prises avec de tels bandits »
Son carnet est très succinct, il n’indique que les dates et les lieux qu’il a fréquentés avec parfois une petite annotation.
Mais il donne une indication sur le chemin que pouvaient parcourir les combattants à cette époque et il englobe la totalité de la guerre.
« …Nous sommes
descendus la nuit dernière à Monastir pour quelques jours de repos…
Nous avons visité la
ville qui n’a rien d’extraordinaire, et nous avons surtout cherché de quoi
varier un peu notre ordinaire. Mais nous n’avons trouvé que du lait à 1 f. 20
le litre, des œufs à 0,60 et 0,75 pièce. Le sucre est paraît-il à 28 francs le
kilo !!!....
« ..On parle du vandalisme des soldats allemands mais que
devrait-on dire des Français ? Tous les villages que nos troupes ont
traversés ont été littéralement pillés par elles. Les Autrichiens en se
retirant n’avaient touché à rien et les Français en avançant ont fait main
basse sur tout ce qu’ils trouvaient : bétail, chevaux ou ânes, légumes
etc. Un soldat du 372ème a même tué un Albanais pour avoir son âne… »
L’itinéraire de Pierre BEAU à Salonique, Monastir, les montagnes d’Albanie et de Macédoine, la faim chronique et sa maladie qui le ramène combattre en France au sein du 287ème régiment d’infanterie
« …Journée de
deuil pour la ème compagnie ; à 9 h un homme
revient des tranchées de St Maurice et nous apprend que le sergent Bonneville
vient d’être tué par une balle en plein cœur. Pauvre garçon, tout le monde est
suffoqué, c’est la première perte à la ème
compagnie. Bonneville est domicilié à Blagny et a 3
enfants. Pauvre veuve et petits enfants.
Ce soir, nous le
ramènerons des tranchées au bureau et le veillerons toute la nuit. Lanceraux est demandé pour venir faire le service demain
matin et il sera enterré au cimetière de Braquis. Un
cercueil lui est fait et une croix de bois sur sa tombe, dernière consolation
pour les siens qui pourront venir le reprendre après la guerre. Quelle
tristesse en pensant ne jamais revoir ceux qu’on aime et pour lesquels il ne
reste que pleurs. Enfin tous ceux qui seront tombés n’auront pas leur tombe
individuelle et beaucoup de femmes et parents ne sauront jamais où leur cher
disparu repose pour toujours.
Tomberai-je ? A la
grâce de Dieu. J’ai le ferme espoir de revoir ma Marie et mes chéris, mais que
peut-on dire ? Et eux, les reverrai-je ?? Je
ne sais toujours pas ce qu’ils sont devenus !!!!.. »
Le carnet de campagne quotidien d’un sous-officier de la territoriale (1914-1915), en Woëvre.
Péripéties aux abords de Reims et aux environs, la vie des
civils sur Reims et Paris ; 1914-1919
« …Par bonds
successifs, et sous une pluie de balles, nous avançons jusqu'à la crête d'où
l'on aperçoit, au loin, et bien difficilement, quelques groupes d'allemands.
La fusillade est
intense de part et d'autre ; nous tenons jusqu'à 8h, puis nous faisons un bond
encore jusqu'au fond de la vallée où il y a un ruisseau ; nous restons dans
l'eau un bon moment, puis presque sans pertes, nous arrivons à la crête
suivante sous une pluie de balles… »
Le carnet du début de la guerre, jusqu’à sa blessure pendant la bataille de la Marne….
« …Nous avons
fait cette nuit un prisonnier, or, bien qu'on prétende qu'ils crèvent de faim,
je t'assure que celui-là avait une mine superbe ; Grand gros et gras et
infiniment plus propre que nous, car nous sommes ignobles, tous couverts de
boue de la tête aux pieds (sans aucune exagération), pas lavés, pas rasés, j'ai
une barbe bientôt aussi longue que celle de Paul !...
…Ce qu'il y a eu de
curieux, c'est la nuit du réveillon ; les Boches et nous même avons
chanté ; les Boches ont même joué de l'accordéon et je crois bien de
l’harmonium ; et chanté des chœurs le tout fort bien et très intéressant…
À part ça, tout va
bien, nous progressons sur tout le front comme dit le communiqué d’environ 30
centimètres par mois. J’espère bien que dans 175 ans la guerre commencera à
tirer à la fin !.. »
Le « séjour » du 81ème régiment d’infanterie territoriale, en Artois, fin 1914-début 1915, au travers des lettres d’Ernest BENOIST
« …C’est tout de
même une chose horrible que la guerre, vivre ainsi retranchés comme des rats,
ne sortant que la nuit ; dans une saleté repoussante, n’ayant pas d’eau
pour se laver, on est obligé de garder le boue et la crasse sur soi, les puces
habitent sous les abris et nous empêchent de dormir. L’air des abris est infect
et humide… »
Son carnet de tranchée, ses impressions en le terrain après le recul des Allemands, début 1917, Bitry, Moulin-sous-Touvent, Trosly-Loire,
« ..Pour vous représenter le terrain de bataille en avant de
Verdun regardez les paysages lunaires ou une éponge, c’est à peu près cela,
après quelques jours passés ainsi le temps s’était mis à la gelée nos vêtements
trempés étaient raides comme du bois sur nous, pour monter sur le parapet de la
tranchée minuscule il me fallait prendre mes jambes à deux mains tellement
elles étaient raides. »
« ..aussi lorsqu’on venait en permission à Paris, dans le
métro ou le tramway on n’avait qu’à se gratter un peu pour avoir de la place
tout le monde s’écartait... »
Ses mémoires ne décrivent pas (volontairement) les combats, mais plutôt quelques scènes de « vie » dans les tranchées (Verdun, le fort de Souville, Perthes les Hurlus, Tahure..), les obus, le froid, la faim, les poux…
« ..À 11 heures ¼ nous partons à la baïonnette, nous sommes
comme fous, figurez-vous qu’avant de charger, nous avons bu 3 quarts de vin et
1 de rhum.
C’est une mêlée
terrible ; nos obus éclatent à 100 m par devant nous, faisant de terribles
ravages dans les rangs Turcs... »
Courte lettre écrit depuis l'hôpital de Toulon le 19 juin 1915, où il a été évacué après une blessure survenue aux Dardanelles le 4 juin 1915.
« …J’ai passé une
très mauvaise nuit sur mon avant train, j’en ai mal aux reins, mais on n’a pas
le temps de se retourner, vite à cheval et rapidement, nous allons mettre en
batterie d’aussitôt nous ouvrons le feu sur les Boches qui essaient une
contre-attaque, car la nuit ils ont repassé la Meuse.
Il est 5 heures nous
avons comme objectif le bois d’Yoncq, nous tirons à
2000m, 3400 puis 4000 nous avons fait paraît-il du fort beau travail avec
l’aide du 52è et du 3è artillerie coloniale et du 2è art. lourde
(155).
Jamais je n’ai vu tant
d’artillerie en action sur un front de 900 m on compte 108 pièces qui crachent
en veux-tu en voilà. Les marmites font leur apparition, c’est ainsi que nous
avons baptisé leurs gros obus… »
Un artilleur nous décrit ses premières impressions en arrivant sur le champ de bataille en Belgique. La retraite, la bataille de la Marne, (Vitry-le-François, Thiéblemont), le bois de la Gruerie, Vienne-le-Château…jusqu’à sa blessure mortelle à Fresnes-en-Woëvre.
En Woëvre, près de Belfort, Bourogne, fort Mont Bart, le chant du 110ème régiment d’infanterie territoriale.
6 septembre 1914 :
« .. Aussitôt
avec des pelles bêches, l’on se construit chacun une petite tranchée, plusieurs
camarades sont tués ou blessés. L’on donne l’ordre de nous porter en avant
coûte que coûte. Nous marchons et allons occuper un petit bosquet à 300 m de la
crête, et la section se pose en tirailleur à la sortie de ce petit bosquet.
L’ennemi est à 200m,
les balles sifflent, nous exécutons plusieurs feux, mais bientôt plusieurs
groupes de tirailleurs placés à notre gauche en terrain découvert dans un champ
de betteraves se replient sur nous. Le mouvement est vu par l’artillerie
ennemie qui aussitôt balaie le bois avec ses 77mm.
En ¼ d’heure de temps
le bosquet est fauché. La moitié de la section y reste, autant en tués qu’en
blessés. Je suis culbuté par le déplacement d’air fait par un obus et reçois un
Schrappnel au pied gauche (en dessous) qui me coupe
toute la semelle. Je ne ressens qu’une contusion. L’adjudant est blessé
mortellement, il n’y a plus moyen de tenir. »
Les combats de Villeneuve-lès-Charleville, Chapton, durant la bataille de la Marne. Ses combats en Belgique, sa capture durant les furieux combats du 22 janvier 1915 à Fontaine-Madame dans le sanglant bois de la Gruerie.
Quelques photos d’aviation de l’escadrille
« Comme nous
apprenons la fuite du 17ème corps ; on parle de grandes pertes au 116ème
et au 118ème et nous sommes tous consternés de revenir en arrière. À 17h nous
recevons l’ordre d’aller ravitailler à 1km au nord de Bouillon ; nous
allons passer la frontière, quelle joie !
Les hommes ne mangent
même pas leur soupe pour partir plus vite. »
« À 17h20 nous
partons par Angecourt, Remilly,
le pont de chevalets sur la Meuse, La Moncelle, Givonne et la Chapelle où nous arrivons à 23h. Il y a
beaucoup d’ambulances et un chef d’État-Major nous donne l’ordre d’arrêter le
ravitaillement étant fait. »
Son carnet, son itinéraire en Belgique, Aisne, Marne, Somme, ses impressions sur la guerre…Il est décédé le 2 mars 1916 à Bouy (Marne).
Une succession de date et de lieux où le téléphoniste QUINTARD Roger s’est déplacé avec son régiment d’artillerie durant la guerre.
Son carnet du début de la guerre.
« Comme il était
forcé, ces pertes furent grandes et on peut dire qu’il perdit près de huit
mille hommes dans ce plateau maintenant inoubliable qui s’étend de Souchez à
Arras, mais il avait encore une fois fait sa large part de son devoir et plus
tard ce sera encore du blé de France qui poussera dans ce fertile terrain que
tant de braves auront racheter au prix de leur sang et de leur peine et j’aurai
voulu qu’on les voit monter à l’assaut des tranchées barbares. »
« Aussi vous voyez
mes amis tel sont les résultats de la guerre et surtout de la terrible guerre
qui met les uns contre les autres tous les peuples de l’Europe qui se disent
civilisés et qui cependant font les plus terribles choses qui ne se sont jamais
vu. »
Son carnet de 72 pages du début de la guerre…la description tragique des treize jours de combats en Artois, en mai 1915, au Labyrinthe où son régiment, le 26e RI, perdu le 1/3 de son effectif… ses critiques et pensées...
Il est décédé le 31 août 1919 à Villeneuve (AIN), de la tuberculose, probablement une suite de la pleurésie chronique contractée dans les tranchées.
« Un chasseur à
pied de Saint-Mihiel, nous raconte le fait curieux qui s'est passé hier :
à la suite d'une escarmouche entre patrouille française et allemande, 6
chasseurs à pied se sont trouvés égarés, leur lieutenant fut tué et un d'entre
eux fut blessé d'une balle dans le mollet, ils parviennent à se sauver et
pénètrent dans une grange et se fourrent dans le foin.
Les Allemands, sachant
qu'ils sont dans les environs, fouillent les granges. Ne trouvant rien, ils
arrivent dans la leur et piquent leur baïonnette dans le tas où étaient les
chasseurs à pied, mais ne les découvrent pas et se cantonnent dans la grange.
C'est alors qu'à la
nuit, les chasseurs à pied se lèvent, et empruntent les effets des Allemands
pour s'en revêtir et c'est ainsi qu’ils se sauvèrent. Les Allemands, à leur
réveil fouillèrent dans toute la ferme, ne trouvant pas leurs fringues. Mais
est-ce vrai ? Ils incendièrent plusieurs maisons avant de se retirer…..»
Son carnet du début de la guerre…
« Nous restons
dans cette fosse et les copains s'emparent de la distillerie ; il est 18
heures, le canon s'arrête et on entend plus que quelques balles sifflées à nos
oreilles mais nous sommes sourds à cause du bruit des obus que nous entendons
depuis le matin……. Nous commençons à manger le pain
que j'ai trouvé, nous sommes obligés de retirer la croûte pleine de sang, je
n'ai pourtant jamais fais un si bon repas avec mon copain Vuillaumé,
on nous apporte également du mouton que l'on a récupéré dans la ferme, ce
mouton était blessé ou tué mais quelle importance, on le fait rôtir sur les
restes de flamme de l'incendie de la ferme de Nogéon...»
Son carnet du début de la guerre, son itinéraire de la Haute Marne, Vosges, Alsace, Somme jusqu’à l’Oise, la description des atrocités allemandes de Reiningue, le combat de la ferme de Nogéon durant la bataille de la Marne, son passage dans le Soissonnais, sa capture durant la bataille de Crouy, Buçy-le-Long…
« … Le 13
septembre départ 4 h. prenons position dans petit village évacué à peine par
l’ennemi et croyant avoir à faire avec l’ennemi, l’artillerie nous tire dessus
; avant de pouvoir s’abriter nous avons 35 blessés du bataillon. Toujours rien
à manger, quelques pommes de terre, commençons à faire la soupe une alerte et il
faut tout abandonner sur place toujours sans dormir.
La bataille continue
par l’artillerie l’ennemi se replie vers le nord. Passons la nuit sur le champ
de bataille sous une pluie battante, nous couchons dans la boue sans
manger. »
Ses feuillets retraçant jour après jour son itinéraire du Var jusque l’Oise, la poursuite de l’armée allemande en septembre jusqu’à son décès dans le secteur de Vingré dans l’Aisne.
« …Avec quelques
camarades, nous sommes les plus avancés au fond du village, dans un atelier de
forgeron. On tire chacun notre tour par une petite fenêtre, on a du plaisir car
chaque coup porte.
Sans se soucier de ce
qu’il se passe dehors, on tire toujours sur les Boches qui avancent en colonne
par quatre, ça nous permet de taper dans le tas.
Mon fusil est tout
rouge ! J’ai tiré plus de 300 cartouches… »
Son carnet avec quelques descriptions de combats de village : Roville-aux-Chênes, Machemont, Ribécourt, Marfaux ….
« ...Nous passons
par le « Faubourg Pavé ». Personne n’a envie de plaisanter quand nous
voyons sur des planches arrachées à des portes ou à des volets, écrits en
lettres de sang, l’inscription « chemin de l’abattoir », car nous savons
que pour être relevé du front dans ce secteur, il faut 80% de pertes.
En chemin nous
croisons de pauvres Noirs revenant de l’attaque du 24.
Beaucoup n’ont pour
seule arme qu’un coupe-coupe, car, ils ne savent pas se servir d’un fusil. Ce
sont des Africains que l’on a tirés de leur brousse et qu’il faut utiliser
avant l’hiver. La plupart ne parlent pas français. On raconte qu’ils ont pour
consigne de ne pas faire de prisonniers, qu’ils n’en font pas et que certains
ont même dans leur musette une tête tranchée… »
Verdun, l’arrivée au fort de Douaumont….
« On découvre une
cave de champagne à Reims où il y avait plus de 10.000 bouteilles. Toute la
nuit, on en apporte. Le lendemain on en fait sauter 200 bouteilles avec des
grenades. On
monte en ligne, relever les «bicots» qui partent à la grande offensive de la
Somme. Le 28 au soir, on monte le champagne avec nous : tous les jours,
pleins comme des huîtres.… »
Son carnet de route des deux dernières années de la guerre, au sein du 100ème RI …
« Sur la route
glissante et par un froid de -20° on s’avance péniblement, vite quand même car
on perçoit les halètements des respirations. Chacun un bâton à la main par ces
chemins désolés, on a bien l’aspect de malheureux mais malheureux résignés qui
ne veulent pas paraître tristes.
Pendant plus d’un
quart d’heure on marche de cette allure folle, particulière aux gens nerveux,
décidés d’un grand coup ou alors d’en finir pour toujours… »
La montée en premières lignes à Verdun, à la cote 304, dans la neige, une nuit d’hiver 1917. Puis l’attaque, la sortie des tranchées, la course vers la mort …
« Nous avons eu
la visite d’un zeppelin le vendredi 5 avril à 2 heures du matin. il a été abattu ½ h après par les artilleries de Catebourm ; il est tombé à 12 kilomètres de Salonique
dans les marais...»
Les notes du sergent GUYON, son parcours en France puis en Orient à Salonique.
« Ce soir, je
l’ai échappé belle. Les Frigolins nous tirent à
pigeon sur la tête. Nos bombardiers répondent. Je veux voir lancer un pigeon.
Je m’approche : le coup part, une fumée impénétrable, un bruit
assourdissant, une lueur formidable. Le pigeon vient d’éclater. Rien, un tout
petit éclat est venu me frapper sous la lèvre et c’est tout !
Quelle veine ! Le
tireur, 50 centimètres à côté de moi à trois blessures. »
La description, en juin 1917 de sa « cagna », son premier poste de commandement, en Champagne.
« Un spectacle
épouvantable s'offrait à la vue, en considérant cette tranchée, que nous
abandonnions jonchée de cadavres, certains d'entre eux restés les yeux grands
ouverts, d'autres levant les bras et les mains au ciel. Une certaine émotion
nous étreignait en entendant les dernières plaintes des mourants auxquels aucun
secours ne pouvait être apporté... »
La description de son dernier combat dans la région d’Hurtebise, en mai 1918, juste le premier jour de l’offensive allemande qui allait déferler du Chemin des Dames jusque la Marne. Il y sera fait prisonnier.
« Les tranchées
de Maricourt sont assez confortables mais peu solides.
En revanche celles des
officiers sont de véritables chambres, du reste c’est partout la même chose, il
n’y en a que pour eux, tant pour la nourriture que pour le confort. »
Les notes du carnet de Jean AVEL du 101ème territorial décrivent son séjour dans les tranchées de la Somme, à Craonne, avec ses croquis des tranchées.
Blessé en « bicycle », alors qu’il portait du courrier sur le Chemin des Dames, il sera réformé.
15 mai 1915, Ravin de la Mort, nord de Verdun :
« Enfin j’avise
mon caporal que je suis blessé et je pars. Je passe au major du bataillon puis
à celui du régiment avec VALÉRY, évacué pour commotion, puis nous partons.
Au milieu du ravin de
la Mort nous sommes pris tous les deux sous un tir de barrage, nous nous
couchons dans un trou. Alors commence une vision d’épouvante.
Les obus tombent sans
discontinuer autour de nous, parfois à 1 ou 2 m de notre trou. Les morceaux
volent en sifflant, nous sentons la fumée et la chaleur des explosions, c’est
terrifiant.
Je m’attends à chaque
instant à être broyé par un obus. VALÉRY à côté de moi récite des prières,
pleure et implore la Vierge, moi je pense : si tu sors de là il existe vraiment
un Dieu et je pourrai y croire. Et le tir continu, la fusillade crépite.
Sortirons-nous jamais de cet enfer ?
Le bruit et l’approche
de la mort que l’on sent rôder nous rendent fous. Nos têtes chavirent et nos
cerveaux roulent dans nos crânes. C’est l’épouvante !
Comment n’avons-nous
pas perdu la raison dans cette épreuve ? Je ne sais.
Enfin je n’y tiens
plus. Il y a une demi-heure que nous sommes sous les obus. Je dis à VALÉRY :
partons, et nous voilà partis, nous courons, fous de terreur. Les obus ne
tombent pas loin mais pas un ne nous touche, décidément nous sommes gardés.
Enfin nous passons le fort de Souville et nous
prenons les autos.»
Son carnet de route, ses classes à Lyon, son inaptitude militaire, puis déclaré apte au 99ème régiment d’infanterie, puis au 415ème régiment d’infanterie, en Champagne, dans les Vosges (Vieil Armand), Verdun (sa blessure sous le bombardement), son séjour à l’hôpital.
« 4 heures du
matin, on entend la fusillade. On part pour Rozelieures où on prend part à
un combat acharné. Nous ne pouvons encore résister. Nos obus
nous criblent, en fauche 7 de ma section. 1 mort. Chacun se disperse dans
les bois. »
Son carnet de guerre, les combats pour Sarrebourg, les hécatombes de Rozelieures et de Magnières, les combats dans la forêt d’Apremont, jusqu’à sa blessure mortelle.
« Nous avons
déchargé les munitions sur place et sommes partis à 6h30. Nous sommes passés à
Amiens, nous avons fait 3km et nous avons cantonné à Domart-en-Pontieu.
Les gens sont très aimables. »
Son carnet de route du début de la guerre, puis réformé pour blessure de guerre en Artois en oct. 1914.
« …Le 25
septembre 17, parti pour Marseille, le 2 octobre, embarqué, traversée de
l’Italie, arrivé à Tarente le 9 octobre.
Embarqué sur le
paquebot Stymgalet, arrivé en Orient le 10. Le 13,
arrivé en Grèce, à Salonique… »
Carnet de campagne d'Alfred MICARD, établi seulement en 1919, alors qu'il rentrait en France, car le carnet semble avoir été acheté en Grèce.
Ce n'est pas du "au jour le jour" mais seulement les souvenirs encore récents, quand ils sont encore présents à l'esprit. ..
Plus de 380 photos de tous les fronts, Artois, Somme, Meuse, Vosges, Lorraine, Marne, Belgique, Allemagne..
Des clichés étonnants : des chars, aéroplanes, pont du génie, canons lourds, boucliers roulants, la DCA, les premiers fusils mitrailleurs, la fraternisation franco-allemande, ruines de villages traversés..
C’est une partie des photos qui est présentée sur mon site, vous pouvez retrouver TOUTES ses photos et toutes ses lettres, dans un ouvrage présenté sur le site de Bruno TARDY : Lettres et photos de Georges TARDY
« Nous partons de
Montpellier à 5h40. La foule nous ovationne dans toutes les gares que nous traversons
et nous apportent des fleurs ou de quoi manger.
A la gare du Teill on nous offre du café et nous achetons un drapeau sur
lequel est inscrit ces quelques mots : "Honneur : Patrie, 81e, 2ème
section, 12ème compagnie. Nous jurons qu’il ira à Berlin. »
Son carnet de route, la mobilisation, les combats du secteur de Lunéville, sa lettre d’adieu à sa mère avant sa mort.
Il a été témoin de la mort d’un capitaine tué par l’un de ses soldats, pendant la retraite.
« À la sortie
d'Étain, pendant l'horreur d'une profonde nuit, le canon tonne, à l'horizon
sept villages sont en flammes les vaches beuglent de partout, les enfants
pleurent, leurs mamans les emmenant vers l'inconnu, que de tristes souvenirs et
ce même soir nous devions nous replier jusqu'au pied des Éparges, cette
montagne de boue véritable enfer quand les minenwerfer
déchaînaient leurs bourrasques. »
Les mémoires (post guerre) de Fernand DOREMUS, soldat, sous-officier, puis officier commandant la 5ème compagnie de mitrailleurs du 366ème régiment d’infanterie, ses 5 citations.
« 6 octobre 1915, 5h30, l'attaque se déclenche. Dès le début, vers la butte, le colonel CHARDOUILLET qui commande le 128ème RI est tué par un éclat d'obus, son adjoint, le capitaine Leclercq est blessé. Les deux bataillons du 128ème régiment d’infanterie parviennent malgré les pertes à s'emparer de la butte de Tahure et s'y maintiennent ».
L’album de 80 photos d’Eugène CHARDOILLET, il commanda le 128ème régiment d’infanterie jusqu'à sa mort à la butte de Tahure en 1915
Album-photos du docteur Alfred Edgard BABIAUD, né en mars 1884 à la Couarde, médecin-ophtalmologiste, aux 123ème régiment d’infanterie, puis, à partir d'avril 1916 au 323ème régiment d'infanterie. Beaucoup de noms de soldats sont cités et sont photographiés.
« J'aimerais que
soit précisé que ces photos ont été prises par Marcel RATTIER, histoire de
rendre hommage à cet homme qui était un amoureux de la photo et qui m'a laissé
de superbes albums de famille ! »
L’album photos de Marcel RATTIER, agent de liaison.
« Dans cette
tranchée, nous avons trouvé un chasseur à pied du 29ème bataillon. Il a le
ventre ouvert et gémit douloureusement. Sa blessure, affreuse, laisse voir ses
entrailles d'où il retire à chaque instant des brins de paille que le vent y
apporte. Le Lieutenant BRIZOU, qui nous commande, nous interdit d'emmener ce
malheureux. »
Quelques pages de son carnet où il raconte sa mobilisation, son départ pour le front, les combats de Gercourt, Rembercourt, Beauzée, le départ vers Verdun, les combats de St Rémy-en-Woëvre.
« Puis ils
prennent les voitures, les calèches, les chariots, les chevaux, les vaches, les
porcs, génisses, paille, avoine, fourrages chez divers cultivateurs. On a peine
à trouver du pain car ils ont pris les farines et les blés. Beaucoup de maisons
sont transformées en hôpitaux car les blessés sont nombreux. »
Un travail à Marquion dans le Pas-de-Calais, à peine 17 ans, sa déportation en Allemagne, prisonnier civil à Mersenburg et Rastadt, libéré pour son jeune âge, retour en France, enrôlé dans un régiment d’artillerie. Changement de patronyme par un pseudo.
Ses descriptions de la retraite française, la ruée des colonnes allemandes, son internement, sa libération et la fin de la guerre dans l’artillerie.
« L'exiguïté de
notre trou n'en est pas le seul inconvénient. Avant nous, le roi Toto s'y est
établi avec sa cour lilliputienne et son armée rangée en bataille. Et il
prétend conserver ses droits de premier occupant. Les rats aussi
pullulent. »
Religieux et instituteur libre dans le civil, il décrit sa tranchée, son abri, ses messes.
« Tout d’un coup
dans la fumée et la poussière d’un obus, j’aperçois un caporal qui tombe à
environ 150m de moi et je crois reconnaître Ed. Je cours comme un fou.
Tout me tombe autour mais
j’arrive sain et sauf. Ce n’est pas Ed, Je respire, mais c’est un ami et il a
les deux bras cassés.
Je coupe les courroies
de son sac et je mets son sac soutenu par son fusil pour lui faire un abri et
je repars en avant. »
D’Oran à Arras, un épisode de la bataille de la Marne (Barcy), la poursuite vers Soissons.
« Ce jour, nous
touchons une deuxième couverture et une peau de mouton. Avec ça, cette fois,
nous avons bien la tête de sauvage.
Le casque, le masque,
les lunettes, ça nous donne une drôle de tête. Enfin
qu'est-ce que vous voulez ! C'est la vie en Orient et ce n'est pas de la
petite bière »
Son séjour au sein de l’Armée d’Orient, l’embarquement pour Salonique, La Grèce, sa maladie, son retour en France
L’album photos de Jacques PILVEN, dans la Somme. Sous-lieutenant au 62ème d'infanterie, mort le 25 septembre 1915 en Champagne à Tahure.
« C'est
décourageant, nous sommes dans un état de malpropreté repoussante. Ce n'est
plus des hommes, ce sont des amas de boue qui meuvent. C'est avec dégoût qu'on
mange le pain trempé et qu'on ne peut protéger de l'eau. J'en vois qui pleurent
et qui demandent la fin »
La vie quotidienne d’un groupe de poilus dans les tranchées de Lorraine : Badonviller, Pexonne, Ferme du Chamois. Son départ de Béziers, pour le front ; Des journées passées sous la pluie, la neige, les balles, les bombardements quotidiens.
« Si on peut
appeler ça de la viande car il y a des crapules qui s’étaient amusées à
désosser la viande que nous devions toucher. Nous avons laissé là ces os, pas
de café pas de pain, pas de sucre enfin rien ».
Ses premiers combats, ses désillusions, la mort de ses copains, sa blessure, ses soins. Parcours en Flandres, Maubeuge, Guise, retraite puis bataille de la Marne, Berry-au-Bac, Angers, Quimper. Ses descriptions de villages d'après batailles sont d'une émotion rare et intense.
« Nous vîmes les
nôtres sortir de leurs tranchées, se mettre debout et, baïonnette au canon,
s’élancer sur les Boches. Ce spectacle-là me restera toute la vie. C’était
admirable de courage. »
6 octobre 1914, Dainville (Pas-de-Calais) :
« À 11 heures,
deux rafales d’obusiers tombent à 25 mètres de nous. Effrayés comme de juste
par leur arrivée et leur fracas, nous nous éloignons plus loin en courant. À
peine à notre nouvel abri, une nouvelle rafale nous arrive à 10 mètres,
celle–là. Quel spectacle j’ai vu à l’endroit où ils étaient tombés, c’était
justement un groupe d’artillerie.
Dans l’affolement
causé par cette nouvelle rafale, tous nous nous sauvions en toutes directions
pour nous abriter ailleurs et en vitesse…. En passant, nous voyons un spectacle
épouvantable, des pauvres artilleurs couverts de sang qui nous appellent en
passant. Oh, c’est affreux !
Nous leur disons que
l’on vient tout de suite. Et en effet pendant que les autres s’enfuient à
quelques centaines de mètres plus loin et à l’abri, je reviens sur mes pas avec
deux ou trois camarades pour porter secours à ces pauvres blessés. Ah, ce que
j’ai vu là !
Un pauvre malheureux
haché, des chevaux éventrés, des meules de paille rouges de sang, des débris de
chair et de toute sorte et là nous voyons quelques pauvres blessés affreusement
abîmés que nous pansons le mieux possible et je repars rejoindre mes camarades
plus loin. »
De Saint-Malo à Strasbourg, parcours d’un soldat du 47ème régiment d’infanterie, carnet d’août 14 à mai 1915, Belgique, Guise, Épernay, Reims, Arras.
Ses croquis de guerre…
« Partout dans
les plaines et dans les bois, ce n’est que tombes et trous d’obus. À Mattexey, près du cimetière, une fosse contient 180 à 190
victimes qui appartenaient au 8ème corps : 86ème et 95ème RI »
Carnet personnel : Artois, Flandres, l’attaque en Champagne de sept.15, la bataille de la Somme, le Chemin des Dames... Il a fait toute la guerre, conducteur, puis cuistot ; il était sur tous les champs de batailles du 69e RI.
« Jour de Toussaint. Beau temps. On craint une attaque générale. Aujourd’hui extra. On paie le cigare à toute la compagnie »
La vie dans les tranchées à Wez et Courmelois (Reims), puis aux Éparges, tué à Neuville-St-Vaast (62) en sept. 1915
Ce carnet est à mettre en relation avec ceux de son frère Alphonse COUROUBLE et de sa femme Lucienne COUROUBLE, tous deux restés dans le Nord occupé et qui raconte les exactions allemandes jour par jour et attendent le retour d’Adolphe… (Publiés ici)
« Le bateau se
met en place pour charger des patates. De près, nous voyons le Vésuve en
éruption ».
L’Artois, blessure à La Targette, embarquement pour Salonique, téléphoniste en Orient : de 1915 à 1918.
« Sur tout le
parcours, grand enthousiasme des populations qui nous offrent des fleurs, du
vin, de la bière. Cela faisait 8 jours que je n’avais pas bu un quart de
vin. »
Carnet personnel : La bataille de Didenheim, les Vosges, le col du Bonhomme, Les lacs à l’ouest d’Orbey, la région de la tête des Faux.
« Il importe au
plus haut point de profiter des circonstances actuelles.
À l’heure décisive qui
vient de sonner, où se jouent l’honneur et le salut de la Patrie, français,
officiers, sous-officiers, soldats, puiseront dans l’énergie de notre race, la
force de tenir jusqu’au moment où, épuisé, l’ennemi va reculer. »
Carnet de route depuis Saint-Brieuc à Saint-Hilaire, date de ses blessures mortelles.
Carnet personnel qui contient des photos avec quelques annotations.
« A Aubin
surtout. De toutes les fenêtres des maisons d 'Aubin des mouchoirs, des
drapeaux, des mains s'agitent pour nous dire adieu et nous souhaiter un prompt
et heureux retour.»
De la mobilisation, à sa mort au bois de la Gruerie en juin 1915. Souvenirs retrouvés dans sa maison natale de l’Aveyron, par le nouveau propriétaire anglais.
« Nous passons
dans Laheycourt qui est en ruine où nous voyons encore
de nos pauvres camarades carbonisés. Beaucoup de tombes allemandes, bien
distinctes des nôtres par le casque qui les surplombe. Les Allemands ont
enterré leurs morts ou tout au moins presque tous, mais pas les nôtres, cette
triste besogne est faite par notre génie, et des territoriaux venus de
Bar-le-Duc. »
Longwy, Callencourt, Longuyon, Noers, Charpentry, Fléville, Nouart.
« On voyer
partout des hommes malades prêt à mourir le long des routes et des bois.
Ont pillé et volé tout
sur notre passage pour tenir notre vie, ont nous nourrisser
rien qu’avec des pommes et des fois une bouteille de cidre que l’on voler dans
des caves car il n’y avait plus d’habitants nul par et tout était
abandonner. »
Dunkerque, la retraite, La Marne à son ensevelissement par bombardement en 1915.
« On fait des cercueils, cantines,
matériel de casernement et en plus du commerce de bouteilles pour les officiers
(ville de Reims, voiture volée, brigandage) »
Les péripéties d’un sapeur sur le front et à l’arrière ; de 1914 à 1918.
48 photos de la Somme, Champagne, Lorraine et autres.
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Autres carnets sur d’autres sites
Si les liens sont invalides, c'est que les sites ont
malheureusement disparu...
INFANTERIE
Carnet d’Adolphe ORANGE, soldat au 28e régiment d’infanterie
Carnet de Louis SALMON, capitaine au 46e régiment d’infanterie
Carnet de Constant VINCENT, soldat aux 57e et 60e régiments d’infanterie
Carnet de Jean ROIG, soldat du 58e régiment d’infanterie
Album de d’André CHOPLIN, soldat du 64e régiment d’infanterie
Carnet de Paul André DROUET, soldat puis officier au 82e régiment d’infanterie
Carnet de Joseph SOURDAINE, soldat du 94e régiment d’infanterie
Cahier de chansons de Joseph GNIS, soldat au 132e régiment d’infanterie
Carnet de Paul André DROUET, soldat puis officier au 152e régiment d’infanterie
Carnet d’André CAMBOUNET, sergent au 155e régiment d’infanterie
Carnet d’Adolphe SCHALCKENS, caporal au 162e régiment d’infanterie
Carnet de Domingo OURET, soldat du 170e régiment d’infanterie
Carnet d’Henry BURY, caporal au 276e régiment d’infanterie
Correspondance de Marcel MOUGNEAU, soldat aux 285e et 295e régiments d’infanterie
Journal et lettres de Georges TRIAUD, lieutenant au 323e régiment d’infanterie
Carnet de Marcel FOUILLOUX, soldat au 344e régiment d’infanterie
Carnet et photos de Gaston NITZER, soldat au 372e régiment
d’infanterie
Carnet
et photos d’Alexandre PLAFORET, sergent-fourrier au 372e régiment d’infanterie
CHASSEURS
Carnet de Charles GUILBERT, soldat du 1e bataillon de chasseurs à pieds
Carnet d’Émile GUÉRIN, soldat du 29e bataillon de chasseurs à pieds
Correspondance, chansons et carnet de Joseph BOCHET, soldat du 51e bataillon de chasseurs à pieds
INFANTERIE TERRITORIALE
Carnet et photos d’Édouard GUILLOUARD, soldat du 84e régiment d’infanterie territoriale (RIT)
Carnet de Jean Maurice ADDE, commandant au 142e régiment d’infanterie territoriale (RIT)
ARTILLERIE
Carnet de Jean LUPIS, soldat du 18e régiment d’artillerie
SECTION d’INFIRMIERS MILITAIRES
AFRIQUE
Correspondance
d’Henri GUÉRIN du 2e régiment tirailleurs marocains
GÉNIE
Carnet d’Eugène GIBARD du 4e génie territorial
Carnet d’Émile PONS, soldat du 4e régiment du génie militaire
AUTRES
Mémoire d’un soldat du 12ème escadron du Train
Journal et lettres de Clément CAMBOURNAC, médecin-aide-major
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