Publication :
nov. 2014
Mise à jour :
nov. 2025

René BRISSARD en 1918
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Prologue
Alain nous dit :
« Je possède 7 carnets tenus par mon grand-père, René BRISSARD, pendant la guerre 14-18.
René Alfred Claude BRISSARD, né en 1896 à Tours, matricule 1788, est selon sa fiche matriculaire « étudiant en philosophie » (en vérité, il venait d'obtenir son baccalauréat en philosophie et voulait faire des études de médecine). Incorporé en avril 1915, aspirant le 1e septembre 1915, il passe au 66e régiment d’infanterie le 4 octobre 1915, puis au 409e RI le 18 juillet 1916.
Une première fois blessé le 11 octobre 1916 (date inexacte sur sa FM) à Soyécourt, Somme, (commotion par éclatement d’obus). Sous-lieutenant en novembre 1917. Blessé une seconde fois le 18 juillet 1918 (plaie annulaire gauche par éclat d’obus). Affecté artilleur d’assaut (les chars) en octobre 1918. Lieutenant à titre définitif en novembre 1919.
Il a été cité 2 fois :
A l’ordre du régiment, le 5 juillet 1918 :
« Lors de l’attaque du 18/06/1918, a brillamment entrainé sa section à l’assaut et atteint tous ses objectifs soumis à des feux violents de mitrailleuses, n’a pas hésité à retourner les mitrailleuses abandonnées et a fait taire l’ennemi. »
Ordre au 21e corps d’armée :
« Le 6 juin 1918 a entrainé sa section à l’attaque d’une position ennemi malgré un violent tir de mitrailleuses, a gagné d’un seul bond son objectif et le lendemain a continué la progression malgré des pertes sérieuses. »
Croix de guerre avec étoile de bronze et de vermeil.
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Contacts avec des internautes depuis la
mise en ligne (en 2014) :
Romain CARLIER en avril 2025 :
« Madame,
Monsieur, je vous contacte dans le cadre d'une thèse d'histoire sur la première
guerre mondiale. J'aimerai pouvoir utiliser des extraits des carnets de votre
ancêtre. Dans l'attente de votre retour, je vous prie d'agréer, Madame,
Monsieur, mes salutations distinguées, cordialement, »
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Remerciements
Merci à Alain pour les carnets.
Merci à Cécile, Anne, Évelyne, Michèle, Monique, Patrick, Jean-Rémy et François (recopies faites dans le train !) pour la recopie entières des pages des carnets.
Merci aussi à Philippe S. pour la vérification studieuse de la recopie et des ajouts explicatifs.
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Introduction
Il est incorporé pour son service militaire au 125ème régiment d’infanterie à compter du 5 avril 1915. En mars, il avait réussi l’examen pour l’entrée à l’école des aspirants, formation à Saint-Cyr.
Extrait
de la liste des candidats reçus au concours d’entrée à l’école de St Cyr en mars
1915.
Journal
officiel du 1er avril 1915


Il
est promu aspirant à compter du 1er septembre 1915 (JO du 7 septembre 1915).

Extrait
du journal officiel.
La
liste des noms des promus (et la présence de leurs prénoms) va permettre d’en
retrouver une bonne partie.
Ensuite, il sera affecté au 66ème régiment d’infanterie de Tours le 4 octobre 1915 (source : sa fiche matriculaire). C’est à cette date que ses écrits commencent. Le 66ème régiment d’infanterie se trouvait en Belgique.
Il a 18 ans et est affecté (nous le découvriront plus tard) à un bataillon d’instruction (ou de marche) situé dans la même région que le 66e RI. Ce bataillon regroupe tous les hommes de la classe 1916 (donc âgés de 18-19 ans) issus de divers régiments.
Une décision ministérielle du 25 janvier 1915 (puis en août 1915) a prévu la constitution de 40 bataillons de marche en France, soit deux par région militaire.
Ces bataillons cantonnent dans des ‘’ dépôts de passage ‘’ à l’arrière du front et peuvent être appelés différemment suivant les régions militaires : bataillons d’instruction, bataillons de renfort, bataillons de marche, et très souvent 9ème bataillons.
Pour faire court, c'était des unités de dépôts et d'instruction qui, à cette époque, étaient affectées à des centres d'instruction d'armée, dans la zone des armées. Y étaient versés les soldats des nouvelles classes appelées, en provenance des dépôts (garnison) où ils avaient déjà reçu un début d'instruction, ainsi que les blessés remis, les "désembusqués", etc… Bref, tout ce qui formera les renforts destinés aux unités combattantes.
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Voici le jour du départ arrivé ; je vais quitter ma chère maison (*) pour combien de temps ? Enfin, j’espère que j’aurai de la chance et que je m’en tirerai.
Après une bonne nuit passée à la maison, je me dirige vers la caserne où je passe la matinée. Je m'équipe définitivement et je fais ma cantine. Je vais déjeuner à la maison où je reste jusqu’ à 1 heure moins le quart.
Retourné à la caserne, il faut courir pour les feuilles de transport, les cantines, etc...
Nous arrivons à la gare juste comme le train part
On fait arrêter et nous montons, mais quelle suée. À St Pierre, on nous annonce que nous allons jusqu'à Creil sans changer. Papa et Maman viennent me voir. Nous démarrons et je vois s'éloigner les silhouettes qui me sont chères. Cela me fait quelque chose, mais je me remets vite et me raisonne. Dans le train, c’est miché, des premières. Malheureusement un peu secoués. Tours a maintenant disparu ; je ne veux plus y penser et me consacrer entièrement à la tâche qui m'attend.
J'écrirai tous les jours mes impressions de campagne sur ce carnet que je tiendrai à jour aussi longtemps que Dieu le permettra, et qui j’espère, reviendra à la maison avec moi.
Lundi 4 octobre 1915.
René BRISSARD
(*) : Il habite Tours
7h matin. Nous arrivons à Creil ; jusqu’ici cela a bien marché ; après des pauses prolongées à Blois où nous avons décoré notre train avec des arbres, et aux Aubrais, nous avons dîné et nous nous sommes endormis.
Vers 3h, nous sommes passés à Versailles où nous avons mangé et pris du café ; nous sommes passés à St Cyr et nous avons chanté la Galette. Je me suis endormi à nouveau et me suis réveillé à 6h1/2. Le temps est légèrement frais.
8h 1/2. Après un poireautage d’une heure en gare, on nous annonce que nous pouvons sortir en ville nous en profitons pour aller, dans un café prendre un bon petit déjeuner.
Puis nous visitons la ville ou nous remarquons quelques maisons brûlées par les Boches à leur passage. En résumé, petite ville industrielle, aucun pittoresque, pont suspendu remplaçant celui qui a sauté en 1914. Déjeuner près de la gare nous sommes tous les quatre du 66 (*), (Gaston) BOURCIER, (Raymond) THIBAULT, (Gaston) BRION et moi.
La pluie se met à tomber et nous oblige à rester au café. Nous dînons et nous allons à la gare. Le café avec de petits gâteaux nous est gracieusement offert par des dames anglaises installées en gare. Nous partons à 9h ¼.
Je m'endors aussitôt et me réveille.... à Étaples. Le temps est maussade et froid, il fait du brouillard.
(*) : Avant de passer au 66ème régiment d’infanterie,
Gaston BOURCIER et Gaston BRION viennent du 125ème régiment d’infanterie (comme
René BRISSARD), Raymond THIBAULT vient du 114ème régiment d’infanterie. Tous
quatre aspirants, ils arriveront donc dans un camp d’instruction situé à Pernes
(62).
Nous passons dans un sale pays tout noir et peu coupé.
Saint-Pol (sur-Ternoise) à l'air d'un sale trou. Arrivés à Calonne-Ricouart, nous attendons que le train soit déchargé dans les voitures et après un poireautage de 2h, nous nous dirigeons vers Pernes.
Le temps s'éclaircit un peu, de temps en temps ; en prêtant l’oreille, on entend au loin, le canon.
Nous sommes reçus à la 33e compagnie et nous sommes présentés au lieutenant vers 4 heures. Il est assez gentil pour nous donner quartier libre jusqu'à demain 10 heures en attendant de trouver mieux, on nous installe dans une espèce d'étable à cochons, mais encore assez propre. Comme il n'est que 5 heures, je vais tâcher de trouver un lit où je pourrai passer une meilleure nuit que sur la paille.
9h. Après un dîner excellent à la popote des sous-offs, nous cherchons des lits et nous en trouvons 2 pour 4. Je me mets avec (Gaston) BOURCIER et je commence à me déshabiller avec joie et pensant au bon somme que je vais faire.
Toujours couvert
Je me réveille à 7h 1/4. Après un bon café et un petit tour de promenade, nous sommes présentés par le lieutenant au commandant qui nous fait un discours à dormir debout. Il a l'air d'un vieux gaga
Nous allons manger ensuite. La popote est délicieuse et très abondante, mais y a-t-il un peu trop de viande.
Je vais chercher ma cantine, puis nous passons tous une visite médicale fort sommaire avec un gros major qui a l'air rigolo. Je me promène jusqu’au au dîner et je prends ensuite quelques renseignements sur ma section, à un sergent dégueulasse et qui boite les autres le surnomment « pistolet de bazar».
Nous allons nous coucher après avoir rendu une petite visite aux camarades du 135.
Assez beau temps, départ pour l'exercice à 7h, École de section, escrime, jeux. Le soleil se montre et nous revenons par un temps splendide.
À 12h30, nous passons une visite des augets modifiés.
L'après-midi, travaux de campagne, tracé de boyaux et d'une chambre de repos. (Raymond) THIBAULT commande la compagnie au retour.
À l’arrivée sur la place. Nous trouvons un espèce d'adjudant qui se donne se grands airs et qui ne nous regarde pas. Nous nous en inquiétons peu et nous allons dîner à notre nouvelle popote qui est ma foi, superbe.
C'est chez une ancienne cuisinière, dans une maison particulière. Mme GOUBÉ, c'est son nom, est une brave femme qui fait la cuisine aux sous-offs.
Je rencontre MASSÉ en sortant, mais nous nous disons au revoir car tout le monde a envie de dormir.
Ce matin, nous allons au tir
L’adjudant d'hier, nous voyant causer avec le lieutenant, revient à de meilleurs sentiments et s'adoucit. Il s'appelle NIEPIERON.
Rentrée en musique. On nous annonce que le 66 a besoin d'un renfort et je ne sais pas si nous en serons.
Au déjeuner, on nous annonce que les aspirants de la classe 16 ne peuvent partir. Nous en prenons notre parti et nous allons à 1h à l'organisation du renfort.
L'après-midi, je me promène.
Le soir, au dîner, nouvel ordre, 150 h doivent partir demain pour le 3e corps. Je vais prévenir ma section et nous restons à aider un peu le chef.
Nous nous levons à 4h30.
Après avoir péniblement rassemblé les hommes, on les embarque à 4h1/2 dans des camions et nous allons prendre ensuite un bon chocolat avec pain grillé. Le temps est couvert comme d’habitude.
Après une matinée passée à ranger mes affaires, nous partons à 1h avec les aspirants du 135 vers Auchel. Il fait un beau soleil. Nous voyons le cantonnement des Anglais qui est vraiment remarquable. Je reviens tranquillement avec (Marie) DAIN. (*)
Le soir, je me couche de bonne heure car je suis fatigué.
(*) : Marie Alphonse DAIN vient du 125ème régiment
d’infanterie et vient d’être promu aspirant (J.O. du 7 septembre 1915). Né à Chavignon (Aisne), il déclare être étudiant, il a 19 ans. Nous en reparlerons.
On attend sur la place avant de partir pour l'exercice. Arrivés à la cote 157 on fait de la marche sous bois. Le soleil apparaît.
En fin de manœuvre, (Gaston) BOURCIER se perd et rentre seul avec sa section.
Le soir, nous faisons une petite marche vers Sachin.
Je suis chargé le ramener une section par des chemins infects. En rentrant, je procède à mon déménagement. Je quitte la mère CRESSON et je m’en vais chez Finet Chery, marchand de charbon. Je m’installe tout seul dans une grande chambre dont le lit me paraît très moelleux. On me le fait payer d'ailleurs 1F 25. Enfin, je préfère être seul.
En sortant de dîner, j’aperçois les lueurs du front qui paraissent assez fortes.
Exercice comme d'habitude. Le brouillard intense qu'il y avait ce matin s'est dissipé et le soleil brille- 15h30. Je suis en train de m'embêter aux travaux de campagne, après deux ou trois discussions sur les créneaux, je me suis mis à faire de la correspondance,
Je m'interromps pour regarder un tir sur avions, le temps est très clair aussi le soleil tape dur. Nous rentrons vers 4h1/2, je trouve ma première lettre.
Au dîner, nous nous payons le luxe de trois desserts dont un gâteau de riz épatant.
J’écris au proviseur du lycée Descartes pour lui demander un ballon ; je me représente la bobine qu'il va faire quand il va recevoir cela.
Ce matin, nous avons tir. Je flanque mes 8 balles dans la cible, à la fin, je veux essayer mon browning, malheureusement on ne peut pas facilement prendre la ligne de mire et je ne mets que 2 balles sur 16. Le tir se termine par une pluie battante et une rentrée en musique.
Cet après-midi, le soleil dissipe les nuages et nous partons à 13h pour Calonne où la compagnie doit prendre les douches. C'est à la mine que cela se passe. Je vois le trafic et remarque les derniers perfectionnements pour l'extraction du charbon par chemin de fer électrique.
Nous rentrons par une soirée splendide.
5h1/2. Je viens de me réveiller péniblement car il faut aller rassembler la compagnie pour le départ du renfort. Il fait un brouillard dégouttant, je voudrais bien avoir fini- 1h
Après avoir conduit le renfort à la gare, nous allons déjeuner et nous assistons à l'exercice tous les 4 (*) bien qu'il n'y ait que 60 poilus.
Au retour, il faut s'occuper du renfort qui vient d'arriver de Tours et prendre les noms des hommes de ma section. Toute l'après-midi va se passer à faire des stupidités comme cela.
17h. Naturellement ce que je prévoyais est arrivé : on a partagé toute la compagnie en sections, et je viens seulement de finir le pointage.
Je reçois la visite de Mr Morçay.
Je suis fatigué et vais me coucher de bonne heure.
(*) : Très certainement les 4 aspirants du 66ème
régiment d’infanterie, comme il l’a écrit le 5 octobre : « Déjeuner près de la gare nous sommes
tous les quatre du 66, Gaston BOURCIER, Raymond THIBAULT, Gaston BRION et
moi. »
École de section comme d'habitude, puis gymnastique suédoise ; enfin école de compagnie qui est au-dessous de tout ; brouillard infecte qui n'a pas l'air de se lever bien qu'il soit 11h - 20h nous avons passé l'après-midi en marche.
À peine sorti de Pernes, je rencontre qui..... mon vieil ami DUFLOS. Nous causons une minute et je reprends la marche.
En revenant je tombe dans DESCHAMP, le séminariste, décidément c'est le jour de rencontre de la quatrième. Nous nous donnons rendez-vous pour bientôt.
La rentrée se fait péniblement, les hommes sont fatigués.
Quant à moi, je vais me coucher après un petit tour sur la place. Le brouillard a persisté toute la journée.
Tir.
Je m'amuse à tirer sur des boites à sardines, je tire également au revolver; bons résultats. Temps gris et triste.
L'après-midi, après divers travaux de couture, je vais voir MASSÉ et nous passons la fin de la journée ensemble.
Je flemmarde au lit jusqu'à 7h.
A 9h, revue d'armes et de chaussures au cantonnement par le lieutenant. Je vais à la grand-messe où j'entends un organiste qui joue d'une façon admirable; cela me rappelle presque St Étienne.
Le soir, je vais à Caugry voir l'ami DUFLOS; nous nous donnons rendez-vous pour dimanche prochain.
Je rentre à 15h1/2.
Ce matin, nous allons aux travaux de campagne. Je suis de jour et commande la compagnie.
Nous revenons vers 10h.
Le soir, service en campagne. Après avoir passé Sains-les-Pernes, je dois faire une marche sous le feu de l'artillerie, une marche sous bois où (Gaston) BOURCIER patauge encore et une installation de grand'garde. Je ne m'en tire pas trop mal.
Nous rentrons à 5h1/4.
Ce matin il y a douches, mais comme je ne suis pas de jour, je reste à Pernes et je m'amuse à faire un petit coupe-papier en cuivre.
Le soir, nous avons tir et travaux de campagne: on n'y reste pas longtemps car les bonshommes ne se pressent pas.
Nous allons visiter les tranchées construites par les pionniers.
Au retour, nous tombons sur la foire: il y a réglementation des prix et c'est par bandes que les paniers sont portés à la mairie. Tête des revendeurs et joie des habitants. On arrive à faire baisser le beurre de 55 sous à 45 et les œufs de 7frs à 5 frs.
Ce soir, nous avons eu travaux de campagne toute la soirée, j'ai passé mon temps à faire de la correspondance.
Temps frais mais beau.
Toute la matinée, travaux de campagne.
Ce soir, nous allons faire un petit exercice du côté de Fiefs, je fais la section avant garde; comme il fait beau, cela devient une promenade et nous rentrons vers 16h1/4. Nous laissons le bureau travailler à un renfort qui doit partir demain pour le IIIe corps (*). Je reçois ma veste et mon beau képi.
J'oubliais de mentionner l'excellent déjeuner fait avec les œufs réquisitionnés hier.
20h. La pluie se met à tomber fortement.
(*) : 3ème corps d’armée.
Je suis de jour.
J'emballe le renfort pour le 3e corps et le lieutenant nous donne quartier libre.
L'après-midi, je me promène dans les contournements c'est tout ce que se fais d’intéressant
La pluie ne tombe plus
Temps très froid et brouillard.
(Gaston) BOURCIER qui avait demandé à partir au 77 part ce matin avec (Marie) DAIN, Les camarades s'en vont.
Quand reverrai-je ce vieux (Marie) DAIN. Le plus tôt possible j'espère. (*)
Le reste de la journée, je me promène comme hier.
(*) : Sa fiche matriculaire indique qu’il est affecté au
77ème régiment d’infanterie le 4 octobre 1915. Sous-lieutenant, il passera au
264ème régiment d’infanterie avant de partir dans l’aéronautique comme
élève-observateur en 1917. Il reste dans l’aviation jusqu’au début de la
seconde guerre mondiale. Légion d’Honneur en 1932. Il décède en 1964. Voir
sa fiche matriculaire.
Journée triste ; un peu de pluie.
DUFLOS ne vient pas et je joue aux cartes avec (Ernest) GALLARD (*) et (Henri) HUMEAU (**) une bonne partie de la journée.
(*) : Ernest GALLARD vient d’être reçu comme aspirant
(J.O. du 7 septembre 1915). Il vient du 90ème régiment d’infanterie.
Il est né en juin 1896 à Saumur, il a donc 19 ans et
déclare être ‘’ instituteur public ‘’. Il effectue sa formation au 90ème
régiment d’infanterie à partir d’avril 1915. École de Saint-Cyr. Passe donc
aspirant en septembre 1915. Le 5 octobre, il est affecté au 125ème régiment
d’infanterie, puis au 90ème régiment d’infanterie en décembre 1915. Il est mort
pour la France le 4 novembre 1916 dans la Somme. Voir sa
fiche de décès --- Voir sa fiche matriculaire.
(**) : Henri Pierre Marie HUMEAU vient d’être reçu
comme aspirant (J.O. du 7 septembre 1915). Il vient lui aussi du 90ème régiment
d’infanterie. C’est la seule fois que René BRISSARD le cite dans ses carnets.
Il est né à Angers en novembre 1896, il a donc 19 ans et déclare être ‘’
instituteur libre ‘’. Il effectue sa formation au 90ème régiment d’infanterie à
partir d’avril 1915. École de Saint-Cyr. Passe donc aspirant en septembre 1915.
Le 5 octobre, il est affecté au 125ème régiment d’infanterie, puis au 147ème
régiment d’infanterie en septembre 1916. IL mourra de ses blessures en mai
1917. Voir sa fiche de décès --- Voir sa fiche matriculaire.
Pendant la nuit, le beau temps que nous attendions arrive
Il pleut à torrents toute la journée. C'est le cas de dire que l'exercice de cadres que nous devions faire ce matin est dans l'eau. Pour contrarier mon ennui, je passe l'après-midi à lire Monte Cristo.
Pluie toute la journée, donc rien à faire; je lis, j'écris et joue aux cartes.
École de section, mais au bout d’une heure la pluie de met à tomber et nous revenons faire le nettoyage des cantonnements. (Marie) DAIN et (Gaston) BOURCIER sont renvoyés du 77 malgré la rouspétance de ce dernier.
Nous partons à 2h pour la mine de Calonne. Chemins épouvantables; on patauge dans la boue ; je peux prendre un bain et je m’en trouve très bien.
Nous ne revenons que pour 5h1/2.
J'admire entre parenthèse, un splendide coucher de soleil comme je n'en ai pas vu depuis mon départ de Tours. Je reçois le ballon de football et je le monte. Nous allons pouvoir faire du haut sport.
Pluie toute la journée, je fais de la correspondance.
La pluie a cessé aussi, ce matin, école de section.
Je jalonne le terrain pour faire du football. Pendant le déjeuner le temps se découvre et nous partons pour les travaux de campagne par un beau soleil. Je me débine à 3 heures et reviens en douce.
Après dîner, on fait une tournée, dite des grands ducs, dans les cafés.
Ce matin, nous allons au tir.
L’après-midi travaux de propreté comme d'habitude et promenade hygiénique.
Pluie.
Revue de cantonnement par le sous-lieutenant FOURNIER.
Je passe la fin de la journée à jouer aux cartes. En somme peu de variété.
Je vais à la messe des soldats ; j’en admire la simplicité. On chante de vieux couplets de la Touraine. La pluie se met à tomber sérieusement à partir de 11 heures.
17h. Que d’eau : il pleut à torrents: on ne soit plus ou mettre les pieds tant les flaques d'eau sont nombreuses. Quel pays. De la flotte, encore de la flotte toujours de la flotte.
Heureusement que j'ai une chambre qui me met à l'abri de ces sale temps. Il fait nuit. Cela n'a de bon que la dispense d’exercice. Je vais dans un café, avec les copains, surnommé ‘’ café des Femmes Fatales ‘’ (sic). Il y en a trois, raides comme des piquets, toutes en noir on dirait 3 mannequins.
J'oublie de faire mon bulletin d'appel et je ne m'en aperçois qu’à 22h
Après une mauvaise nuit car mon dîner ne coule pas je me réveille par temps de pluie. Nous allons jusqu'à mi-chemin de la côte 157 et nous revenons. Je vais à l'office des morts qui est ma foi très bien. Le lieutenant me fait une petite observation sur l'appel mais cela se termine simplement et ma frousse est passée.
Cet après-midi je racle un peu de cuivre et joue aux cartes.
Toujours cette pluie torrentielle.
Il a fallu se lever de bonne heure pour assister au triage du renfort qu’on expédie au 21e corps. Nous allons déjeuner quand c'est fini mais le lieutenant nous fait appeler pour nous donner des indications sur le montage des sacs résultat, nous prenons notre déjeuner froid.
Nous expédions le renfort à 11h 1/2 et nous allons tranquillement manger. Le temps qui était beau ce matin se couvre petit à petit.
Cet après-midi, je rencontre BAUFFARD et nous allons au café. De même avec les 3 caporaux COMTE, LE MEUNIER et LEFORT, La flotte se met à tomber sérieusement.
Je rentre à 8h.
Beau temps.
N’ayant rien à faire, je me promène toute la journée et joue au jeu d’oie.
J'ai reçu ce matin un caoutchouc de chez moi : un vrai sac ; je suis obligé de le renvoyer à Tours.
Quelle purée. Je vais m'en passer pendant 15 jours au moins.
Ce soir le lieutenant me charge de faire faire des paillassons pour les hommes ; cela va assez vite et c'est très chaud.
Continuation des paillassons.
Le soir revue de cantonnement à 8h1/2 et essai du ballon.
Très beau temps.
Après une petite revue, je suis allé à la messe de 10h.
Ce soir, superbe partie de football. Puis, je dégotte un piano. Aussitôt je me mets à jouer mon répertoire.
Le soir, au café des femmes fatales, on trouve une bande de types rigolos et on fait du spiritisme, gâté par les aspirants du 32 qui arrivent.
Toute la matinée s'est passée à faire des paillassons. La garde est prise à 11h et il ne reste plus personne. Les sergents se mettent eux aussi à faire des paillassons mais comme ils veulent les emporter à toute force, il faut faire la grosse voix et les forcer à les laisser. D'où froid.
A 20h 1/2, je fais la patrouille. Je suis accueilli pour le cabinet Bruand qui fait un petit chahut.
Après avoir fichu la frousse à 3 ou 4 cafés je rentre me coucher.
Toujours paillassons et temps splendide, ma principale occupation consiste en la promenade.
Aujourd'hui, marche, on termine les paillassons. Le soir, malgré une pluie intermittente on des distribue avec méthode.
Temps incertain.
Il n'y a plus d'hommes à la compagnie aussi on ne fait rien.
Pluie
C’est aujourd'hui ma fête ; on ne le dirait pas, on s'embête. Je me fais raccrocher par le lieutenant pour jouer au bridge et je perds 26 sous. On ne m'y pendra plus.
Toujours pluie.
Repos. Je joue aux cartes, mais pas avec le lieutenant.
Le soir, calé comme tous les jours.
Ce matin, il y a prise d'arme pour la remise de deux décorations. Avec l’embryon de bataillon que l'on a, cela est piteux. Tout le monde rigole. Le gros LAFFÉ fait son laïus et le défilé tourne autour une brouette pleine de fumier pour démarrer.
Ce soir, je suis allé faire un petit tour à Auchel.
Beau temps, pas mal de monde dans les rues; je rentre juste pour dîner.
Ce matin, rien d'intéressant.
Ce soir, je vais jusqu'à Floringhem en voiture. Je vois (Ernest) GALLARD, (Maurice) GENDRAULT (*).
Je me promène un peu et reviens juste pour dîner. Je prends livraison de 200 kgs de paille pour faire des paillassons.
(*) : Maurice Robert GENDRAULT vient d’être reçu comme
aspirant (J.O. du 7 septembre 1915). Il vient du 90ème régiment d’infanterie.
Il est né à Chalonne-sur-Loire en décembre 1896, il a
donc 19 ans et déclare être ‘’ étudiant ‘’. Il effectue sa formation au 90ème
régiment d’infanterie à partir d’avril 1915. École de Saint-Cyr. Passe donc
aspirant en septembre 1915. En décembre 1915, il passe au 90ème régiment
d’infanterie, puis au 117ème régiment d’infanterie en novembre 1916, puis dans
divers régiments. Blessé, gazé et 4 citations. Il survit à la guerre s’engage
dans la gendarmerie. Plusieurs campagnes extérieures : Algérie, Maroc,
Tonkin…Il décède en 1975. Voir sa fiche matriculaire : - page1 – page2
– page3 -
Ce matin en me réveillant, je vois de la neige.
Il fait très froid aussi, pour me réchauffer. Je vais remuer mes 200 kilos de paille. On fait quelques paillassons dans la journée et cela se termine par un 17 où je perds 23 sous ; vraiment je n'ai pas de chance aux cartes.
Un peu froid, mais beau temps. C'est le grand marché, un peu morne.
Par exemple, ce soir, il faut que j'aille conduire la compagnie aux douches. Quel temps.
A peine arrivés là-bas, une véritable tempête de neige se met à sévir. Nous revenons dans une accalmie non sans essuyer une bonne ondée.
Le temps est beau est froid ; ce matin, rien à signaler.
Cet après-midi, je vais ne promener à Auchel en voiture. Je ne rentre qu'à 6 heures.
Le temps est toujours froid.
Je vais me chauffer les pieds presque toute la journée chez la mère CRESSON.
Temps froid.
L'après-midi je vais voir (Raymond) THIBAULT (*) à Floringhem.
Nous nous promenons un peu.
(*) : C’est la dernière fois que René cite dans ses
carnets l’aspirant THIBAULT.
Raymond Maurice THIBAULT a été reçu comme aspirant (J.O.
du 7 septembre 1915). Il vient du 114ème régiment d’infanterie. Il est né à
Bressuire en janvier 1896, il a donc 19 ans et déclare être ‘’ étudiant ‘’. Il
effectue sa formation au 114ème régiment d’infanterie à partir d’avril 1915.
École de Saint-Cyr. Passe donc aspirant en septembre 1915. En octobre 1915, il
passe au 66ème régiment d’infanterie, puis au 90ème régiment d’infanterie, puis
au 114ème en octobre 1916. 2 blessés et 3 citations. Il survit à la guerre. Il
décède en 1980. Voir
sa fiche matriculaire.
Temps très froid.
Je vais chercher MASSÉ à 1 heure et nous allons à Auchel où nous passons l'après-midi.
Je ne rentre qu'à 4h et à joue aux cartes.
Ce matin, avec tous les aspirants, je vais suivre un cours d'officiers qui se passe à Pernes. Nous avons une conférence sur la guerre de mouvement.
Ce soir, nous allons à la cote 157 assister à l'étude d'une attaque de tranchées. C'est assez intéressant mais il fait un sale froid. Nous rentrons avec plaisir. Je perds 10 sous aux cartes.
Ce matin, conférence sur l'administration. Assez intéressant.
L'après-midi se passe en études de lancement de grenades. Nous avons la visite du général Lefèvre et l'exercice se termine tard à cause de cela.
La conférence de ce matin porte sur l'emploi du temps pendant les repos.
Ce soir, nous avons lancé des grenades et vu les effets des mitrailleuses sur les fils de fer barbelés.
Ce matin, visite du général CurÉ avec Lefèvre. Cela se termine par une conférence sur les mines et contre-mines assez intéressante.
L'après-midi, nous avons encore lancé des grenades, étudié des plans de tranchées, etc…
Après une courte allocution du commandant, tout le monde s'en va près du champ de tir faire un croquis de repérage. Je me défile à 11h moins le quart.
Ce soir, comme l'exercice m’embête, j'utilise une meule de paille et je joue la fille de l'air pour aller me promener à Auchel.
Je reviens en voiture.
Ce matin, c'est bien mieux, je ne vais pas du tout au cours et je me promène.
Il fait beau mais un peu froid aussi je ne tiens pas à aller à la cote 157. Le cours d'officiers est fini aussi je vais avoir un peu de temps de libre.
Temps beau et très froid.
Ce matin, grand'messe comme d'habitude, l'organiste joue des airs d'opéra.
Ce soir je vais à Auchel. Des obus sont tombés à proximité, ce sont des 270 ou 380. Il paraît que cela vient d'un train blindé boche. Ce matin, ils ont également bombardé Bruay.
Il pleut à torrents aussi je joue aux cartes et vais faire un petit tour de temps en temps. Le bureau est en train de procéder à la dissolution du bataillon.
Le beau temps est revenu aussi je vais peut-être aller à Auchel voir si on ne bombarde pas encore. Mais zut, le commandant a remarqué que les aspirants se baladaient trop et il a décidé de nous faire suivre le cours des pionniers.
Ce matin je ne fais, rien mais cet après-midi je vais surveiller, sur le Mont, le creusement l'une tranchée pour l'écoulement des eaux.
Il fait un sale temps, de la pluie et du vent.
Je vais avec le lieutenant CHAMPEAU à la côte 157 mais 10 heures arrivent et nous remettons à ce soir le travail.
Dans l'après-midi, nous faisons du revêtement des tranchées, mais nous passons une bonne partie du temps à causer.
Temps couvert sans pluie.
Le cours d'officiers de la 17e division commence ce matin. Les aspirants le suivent.
Il fait un temps affreux ; ce matin, conférence moche et ce soir, séance de topographie où l'on entend des bourdes formidables.
Conférence sur les mitrailleuses par un capitaine qui a tout du sergent rempilé, c'est d'ailleurs au-dessous de tout.
Ce soir, malgré la pluie, nous allons à la côte 157 résoudre des thèmes de manœuvre. Les officiers ne brillent pas.
Après une nuit de tempête où ma fenêtre s'ouvre toute seule, nous assistons à un petit topo sur les projecteurs.
Comme il pleut à plein temps, je reste toute la journée chez moi.
Temps maussade.
Le matin, conférence comme d'habitude et le soir réunion salle des conférences pour faire des exercices sur la carte.
Pluie.
Ce matin rien d'intéressant, je ne vais pas à la conférence.
Ce soir, nous allons nous promener à Rumerval, sous la pluie, pour faire un exercice de cantonnement.
Après s'être bien trempés, nous rentrons voir des séances de projecteurs d'où je me débine en douce à 6 heures moins le quart. Je suis transpercé.
Critique de ce qui a été fait hier. Les officiers sèchent comme des coucous et se font emballer de plus belle.
Le soir, je vais m'amuser au tir avec la compagnie.
Après un appel mouvementé hier soir, je passe une mauvaise nuit et, ce matin, je vais conduire la compagnie aux douches. La pluie se met à tomber et ne cesse pas de toute la journée.
Je passe l'après-midi avec les officiers.
Ce matin, je commence par ne pas aller au cours.
Premier travail. Comme il pleut, l'après-midi, je vais à la salle des conférences résoudre des problèmes idiots avec les officiers. Ils ont l'air de rudement s'embêter.
Je ne vais pas au cours ce matin non plus. Il commence à courir le bruit que les aspirants vont aller rejoindre la classe 16 (*). Pourvu que cela n'arrive pas !
En prévision de ce départ, je vais à Auchel cet après-midi pour chercher du tabac anglais ; j'en fais une bonne provision. En revenant, je rencontre (André) BOUFFARD (**) qui m'annonce qu'il part demain matin.
(*) : C’est exact, Les 9 aspirants de la classe 1916,
dont René BRISSARD, vont intégrer le 9ème bataillon du 126ème régiment
d’infanterie de la classe 1916 qui va arriver en secteur.
Ce bataillon a été formé à Brive (Corrèze) du 29 novembre
au 1er décembre 1916. Son effectif est de 1025 hommes et fait partie des
bataillons d’instruction (dits aussi ‘’ bataillons de passage ‘’) de la 10e
armée. Nous en reparlerons plus loin.
(**) : André Georges BOUFFARD vient d’être reçu comme
aspirant (J.O. du 7 septembre 1915). Il vient du 68ème régiment d’infanterie.
Il est né en juin 1896 à Venoux-sur-Boutonne,
il a donc 19 ans et déclare être ‘’ étudiant ‘’. Il arrive au 90ème régiment
d’infanterie à partir d’avril 1915. École de Saint-Cyr. Passe donc aspirant en
septembre 1915. Le 7 octobre, il est affecté au 114ème régiment d’infanterie,
puis au 90ème régiment d’infanterie en décembre 1915. Il est mort pour la
France en mai 1917 dans l’Aisne. Voir sa fiche
matriculaire.

Extrait du
journal de marches et opérations du 9ème bataillon du 126ème régiment
d’infanterie
Il y est indiqué : ‘’ 9 aspirants venant du 9ème
bataillon du 126ème régiment d’infanterie’’, Y-a-t-il une erreur ? On
serait tenté de dire ‘’ 9 aspirants venant du 9ème bataillon du 66ème régiment
d’infanterie ’’.
L'ordre arrive disant que nous partons demain. Je passe ma journée à faire des préparatifs de départ.
DUFLOS vient me voir malgré le mauvais temps et nous nous souhaitons bonne chance.
Il pleut.
Le jour du départ est arrivé.
Cela m'ennuie bien de quitter ma chambre chez FINET mais aussi je suis débarrassé de la sale bande du sergent major et compagnie. Je vais faire mes adieux aux LUGER, CRESSON et à la maman GOUBÉ ainsi qu'à la grosse Antoinette et nous nous réunissons à 11h1/4 pour écouter un petit laïus du commandant qui n'est pas trop moche contrairement à l'habitude.
Rendez-vous de tous les aspirants à la gare. Départ sans trop de regrets. Il fait beau, le soleil brille ; en avant vers le nouveau.
16h. Je suis dans la gare de St-Pol.
Après une courte visite à la ville, je suis venir attendre l'heure du train. Dans la salle où je suis, un Anglais est en train d'enlever avec un couteau, la boue qui le couvre et j'attends (Gaston) BOURCIER qui se promène en ville avec son casque.
Le temps se rafraîchit, il se pourrait bien que nous ayons froid cette nuit.
Le train arrive enfin. Nous embarquons, et commençons à casser la croûte. Puis le train part….. tout doucement. Après un voyage agrémenté de la visite d'un contrôleur et de nombreuses chansons, nous arrivons à Beaurainville.
Qu'y retrouve-t-on ? (Albert) PHILIPPON (*) et (Lucien) VAUTOUR (**) qui sortent des tranchées et qui ne sont pas à prendre avec des pincettes.
(Albert) PHILIPPON surtout, n'est qu'un paquet de boue.
Un lieutenant du 126 nous envoie à Campagne. Nous y arrivons vers 9h et un adjudant fort aimable nous installe au bureau du capitaine pour passer la nuit.
(*) : Albert PHILIPPON né en septembre 1896 à Tournon
(Indre), s’engage à 18 ans en décembre 1914 pour la durée de la guerre. Il
déclare être ‘’ instituteur ‘’ et effectue sa formation de soldat au 66ème
régiment d’infanterie. Reçu à l’examen d’entré à l’école de Saint-Cyr, il est
promu aspirant le 1er septembre 1915. 90ème, puis 147ème régiment d’infanterie,
il est blessé trois fois, cité et décoré cinq fois, il survit à la guerre.
Légion d’honneur en 1920. Voir
sa fiche matriculaire.
(**) : Lucien Alphonse Henri Marc VAUTOUR est né à Brest
(22). Étudiant, il s’engage en janvier 1915 à Paris. En avril, il part à
l’école de St Cyr. Il en sort aspirant en septembre 1915 et part au 68ème
régiment d’infanterie, puis au 90e et finalement au 408ème régiment
d’infanterie. Blessé en septembre 1916, il décède suite blessures de guerre en
octobre 1918. Voir sa fiche matriculaire, qui
comporte une erreur : elle indique ‘’ nommé aspirant le 14 décembre 1914
‘’, alors qu’il a été nommé le 1e septembre 1915.
Après une nuit passée sur un plancher un peu dur nous allons prendre une bistouille et nous allons voir le capitaine qui nous envoie à Saulchoy. On se met en route, passons par Gouy et arrivons vers 11h.
Là, le capitaine qui commande le bataillon du 66 nous renvoie à St André. On arrive enfin à destination vers 3h1/2.
C'est un château près d’une ferme isolée. Je vais en voilure chercher les cantines à Beaurainville ; je rentre par un froid de loup. Je suis affecté avec (Gaston) BOURCIER à la 35e compagnie, (Gaston) BRION à la 36e.
On bouffe mal et on gèle. Un petit tour dans le parc et nous allons vous coucher... dans la paille.

Après une nuit troublée par notre lit qui s’effondre et les rats qui galopent, on se lève péniblement. Nous n'avons rien à faire aujourd'hui aussi la matinée se passe-t-elle à se promener.
A midi, rapport.
L'après-midi, je fais surtout des lettres. En somme moins de cafard qu’hier.
Pourtant nous sommes isolés de tout village et c'est dégoutant.
Ce matin, exercice à 8 heures. On fait de l'instruction individuelle et de l'école de section. Les hommes sont sèchement menés, c'est comme à St Cyr, piquette quand ils ne veulent pas manœuvrer. On rentre et je prends le jour à 11h.
Je reste au cantonnement l'après-midi surveiller le nettoyage. Le capitaine qui commande le bataillon vient faire un petit tour, j'écris encore des lettres.
Le soir une petite manille aux enchères qui me coûte 5 sous.
Mauvais temps
J’ai eu froid cette nuit ; ce matin, les hommes sont employés au cantonnement, donc rien à faire. Au déjeuner, le lieutenant me demande de rester au cantonnement pour qu'il puisse faire la marche ; j'accepte avec plaisir.
Vers le milieu de l'après-midi, le général THÉVENET s'amène aussi je disparais. Comme il pleut assez fort, je reste à la cuisine et je m'en fiche plein la panse. J'assiste à la rentrée des types qui sont plutôt trempés.
Après le dîner, une banque qui me coûte 1S 75.
Je me réveille vers 7h.
Je me lève tranquillement et la matinée passe tout doucement. L'ambulance 4-63 s'installe au château.
L'après-midi, je vais voir jouer aux cartes et j'écris une demi-douzaine de lettres. Je me promène, vais voir (Gaston) BRION
Le bruit court que nous allons nous en aller à St Rémy, nous serons tout de même mieux qu'ici. Je commence à être un peu enrhumé ; il serait temps de s'en aller.
Après Dîner, je joue à la banque, mais comme je perds, je me retire prudemment.
Quelle différence avec d'habitude. Après avoir fait ma toilette, je traîne un peu dans le cantonnement. Aussitôt déjeuner, je pars à Campagne (*) pour voir les camarades. Je trouve d'abord (Robert) ROLQUIN (**) et (Marcel) RAVEAU (***). Ce dernier a perdu sa cantine.
Je sors pour me promener avec eux quand je vois un soldat que se met au garde à vous à côté de moi : quelle surprise en reconnaissant BERQUEZ.
Nous nous promenons un peu dans campagne. J'aperçois RICHEL et (Louis) MICHARDIÈRE (****).
Puis je rentre par Gouy. Je sers, en passant, la main à (Ernest) GALLARD puis je rentre vers 4 heures.
Après dîner, je ne joue pas et je me chauffe.
(*) : Campagne-lès-Hesdin (62).
(**) : Robert André Désiré ROLQUIN vient d’être reçu
comme aspirant (J.O. du 7 septembre 1915). Il vient du 66ème régiment
d’infanterie.
Il est né en septembre 1896 à La Roche Posay (Vienne), il a donc 19 ans et déclare être ‘’
instituteur ‘’. Il effectue sa formation au 66ème régiment d’infanterie à
partir d’avril 1915. École de Saint-Cyr. Passe donc aspirant en septembre 1915.
Il reste au 66ème régiment d’infanterie puis il est affecté au 136ème régiment
d’infanterie en octobre 1916. Mort pour la France en juillet 1918. Voir sa fiche matriculaire.
(***) : Marcel Georges Auguste RAVEAU vient d’être
reçu comme aspirant (J.O. du 7 septembre 1915). Il vient du 135ème régiment
d’infanterie. Né en décembre 1896, il a 19 ans et déclare être ‘’ dessinateur
‘’. Il est au 135ème régiment d’infanterie et intègre l’école de Saint-Cyr.
Passe donc aspirant en septembre 1915. Il passe au 32ème, puis au 66ème
régiment d’infanterie. Officier mitrailleur, il survit à la guerre. 4 citations
et Légion d’Honneur. Voir sa fiche matriculaire – page
1 --- page 2.
(****) : Louis Anatole MICHARDIÈRE vient d’être reçu
comme aspirant (J.O. du 7 septembre 1915). Il vient du 114ème régiment
d’infanterie.
Il est né en mai 1896 à Vernon (Vienne), il a donc 19 ans
et déclare être ‘’ instituteur ‘’. Il effectue sa formation au 114ème régiment
d’infanterie à partir d’avril 1915. École de Saint-Cyr. Passe donc aspirant en
septembre 1915. Le 2 octobre, il est affecté au 135ème régiment d’infanterie,
puis au 77ème régiment d’infanterie en décembre 1915, puis au 3ème régiment
d’infanterie. De nombreuse fois cité, décoré, il survit à la guerre et décède
en 1985. Voir
sa fiche matriculaire.
Après une nuit ou j'ai eu tout le temps le nez gelé, je vais à l'exercice. Je commande la 1ère section en remplacement du lieutenant ; un peu d'école de section et de gymnastique suédoise.
On pêche un lièvre au gîte; où l'envoie par-dessus le mur mais quant au va le chercher, on ne trouve plus rien. On va tâcher d'éclaircir cela.
Cet après-midi, j'ai pris le jour à la place de (Gaston) BOURCIER. Je reste donc à la ferme et fais de la correspondance.
Ah, j'oubliais, ce matin on nous a donné des jumelles. (Gaston) BOURCIER s'est précipité sur celle qu'on lui tendait et on m'en a envoyé chercher une autre. Je suis tombé sur une jumelle à prismes, épatante. Cela n'allait pas aux adjudants, mais tant pis, je l'ai gardée.
Après le dîner, je prends le contrôle de ma section.
Ce matin nous avons été passés en revue par le général DURBAL, à la côte 82 près de St Rémy. Il avait plu toute la nuit et cela promettait d'être intéressant.
Nous partons par la pluie, pataugeant dans la boue. Après environ une heure de marche, nous arrivons au pied d'une côte que nous gravissons péniblement ; que de boue ! On enfonce jusqu'à la cheville. Arrivés en haut, on se place en colonne de compagnie et on attend le général. Après avoir bien gelés, celui-ci se décide à venir vers 11h. On arrive à St André à 1h, trempés comme des soupes.
Cet après-midi, nous nous sommes séchés et reposés. J'ai écrit.

Aujourd'hui, déménagement. Nous devons aller à St Rémy.
La matinée se passe à faire les préparatifs de départ. Il pleut à torrents cela promet de l'agrément.
Nous rassemblons à midi moins le quart. Les chasseurs arrivent. Nous partons sous la flotte et nous quittons St André.... sans regret, sans amertume.
Nous arrivons vers 1h 1/2, Je fais installer mes hommes dans leur cantonnement puis nous nous réunissons pour discuter sur la popote. Nous allons ensuite voir M. le Curé qui doit nous loger.
Je suis avec (Gaston) BOURCIER dans une petite chambre pas trop mal. Quel changement avec St André. Je me déséquipe et retourne au rapport. Ensuite je vais à la popote qui se trouve chez un charcutier et j'écris un petit mot.
On dîne vers 7h et je rentre me coucher tout de suite.
Ah ! Que le lit est bon; c'est un plaisir de se glisser dans les draps.
On se réveille à 7h1/2.
C'est aujourd'hui mon anniversaire, 19 ans.
Ce matin, je vais surveiller l'installation au cantonnement. Le curé me donne "Minuit Chrétien" et je vais le répéter à l'église avec le fourrier.
Cet après-midi, je fais faire des clayes par les pionniers et j'écris des lettres.
Le soir, après dîner, autre répétition.
Réveil comme hier.
Ce matin, je ne fais que me promener.
Cet après-midi je refais faire des clayes. Il pleut de temps en temps. Quelle différence entre cette année et l'année dernière.
Je passe la soirée à la popote. On joue aux cartes et on mange du pâté.
On s'arrête vers minuit moins le quart pour aller à la messe.
On commence par chanter messe puis, à la communion, je me mets à l'harmonium et, aller donc ; ce n'est pas trop mal et tout le monde s'en va content. On casse la croûte et on ne se couche qu'à 2h.
Je me réveille vers 8h, après la toilette, je me dirige vers la grand-messe que je chante. A remarquer la façon épouvantable dont accompagne le chanteur.
Le réveillon d'hier ne coule pas et, de plus j'ai une colique épouvantable.
Cet après-midi, j'écris et je joue aux cartes.
A 6h on va dîner. Repas épatant. Après le dessert, on chante et FORESTIER, nous fait marrer en faisant le nain. Je m’en vais à 9h 1/2 car j'ai toujours la colique.
Je suis obligé de me lever dans la nuit.
Je ne me lève qu'à 8h 1/2. Je suis toujours un peu malade, mais moins qu'hier. Je vais à la grand-messe.
Cet après-midi, je suis de jour et je reste au cantonnement.
Je passe mon temps à écrire. Pluie par intermittence.
Ce matin, rien du tout
Rassemblement de la compagnie à 7h 45. Continuation de l'installation.
Vers midi, tous les sous-offs partent assister à un lancement de grenades vers Beaurainville. On nous colle tous dans un trou et on en fait lancer à quelques-uns, les autres restent dans le trou. Heureusement je retrouve les anciens camarades et nous causons un peu.
Nous revenons à 5h à une allure folle.
On vient nous chercher à 8h pour aller au rassemblement. Le reste de la matinée, on ne fait rien.
Ce soir, il y a exercice mais je m'arrange pour rester à St Rémy car j'ai une demi-section de garde. Je ne fais donc rien de la soirée.
A 7h, départ pour l'exercice de nuit j'ai liberté de manœuvre.
Je fais des exercices de patrouilles et de petits postes et nous revenons vers 9 heures par un temps superbe. On se croirait en été.
Je me lève à 8h comme d'habitude et je passe la matinée à m'occuper du cantonnement. La popote quitte le charcutier car celui-ci voulait nous estamper et s'installe au château.
Ce soir, rien de particulier à signaler.
Matinée pas d'exercice.
A 12h, départ pour la marche militaire. Nous passons par Gouy.
A ce moment, je forme la pointe d'avant-garde. Nous suivons par St-André, Lambus, St Josse (*), Douriez et nous revenons par Saulchoy.
Il fait un temps superbe et beaucoup de gibier aperçu en résumé, excellente promenade.
Toute la matinée, repos. La pluie se met à tomber vers midi et l'on passe l'après-midi à faire des tables pour la section, C'est à qui ramassera le plus de planches.
Voilà une année de passée sans trop d'avaries. Il est à souhaiter que l'autre soit pareille.
(*) : St Josse : Saint-Josse-au-Bois.
Temps pluvieux; après avoir pris un chocolat à la popote et après s'être mutuellement serré la main avec les sous-offs, je vais à la messe à 10h1/2.
L'après-midi, la pluie se met à tomber par rafales, mais nous partons tout de mémé jouer au football. Nous y restons deux heures.
Au retour, le temps s'éclaircit et il fait beau, mais triste journée tout de même.
Pluie... pour changer. Journée morne.
Le lieutenant me demande ainsi qu'à (Gaston) BOURCIER de faire le plan du patelin au 1/40000. On s'y attelle et on en fait 3. La journée se termine par un vent terrible.
Au déjeuner nous avons failli être empoisonnés par le vin que les cuistots avaient laissé traîner dans un seau en fer. Nous sommes tous malades.
Moi, je n'en tire avec une petite colique qui passe vite. Comme il fait trop mauvais, il n'y a pas football et les hommes sont employés à faire des corvées.
Beau temps
Pas d'exercice ce matin ; je passe une revue d'armes et l'on ramasse les vivres de réserve des hommes.
Cet après-midi, pas encore d'exercice: il fait du vent mais pas de pluie. Montage des lavabos.
Temps brumeux. Exercice.
On va sur la route de Crécy et on fait de la gymnastique éducative; un peu d'école du soldat et l'on revient.
A midi, on part du coté de St. André. Il pleut. Théorie sur la sûreté en marche ; j'ai la 2e section.
Comme la pluie redouble, le sous-lieutenant PLOQUIN fait rentrer la compagnie
A 3h1/2, je passe une revue d'armés. Comme j'avais fait du potin hier, les gars tremblent comme des feuilles et les fusils sont brillants. Aussi je m'en vais content.
Je prends la 2e section et cela m'embête fort, aussi je la fais barder.
Puis, on se net à jouer au ballon jusqu'à 9h 1/2.
A 11h, je prends le jour; il fait un temps superbe. Je m'occupe de ne pas laisser sortir les malades et je me promène avec le sergent-major. Je m’embête de plus en plus.
Ce matin, pas d'exercice
Il fait du brouillard; je passe dans le cantonnement vers 9h 1/2.
A midi, départ pour la marche; nous sommes en queue du bataillon. Nous passons par Gouy, Campagne. Le brouillard redouble et se transforme en fine pluie.
A Buire-le-Sec, le chef de bataillon nous permet de rentrer par le plus court. Nous rentrons à 3 heures.
A 4 heures, revue d'armes et apéritif que je gagne aux cartes.
Le clairon sonne le réveil en retard et nous ne partons que vers 8h10.
Après un peu d'instruction individuelle, on se met à jouer au ballon. C'est mieux qu'hier, on commence à faire des passes malgré un vent phénoménal.
A midi, la pluie se met à tomber. Malgré cela, Charbonnier nous emmène. Comme cela ne manœuvre pas à son idée, il commence le pas gymnastique. La pluie redouble, on se décide à rentrer.
Après lecture du bulletin des armées, nettoyage du cantonnement.
Exercice par temps splendide mais toujours du vent.
L'équipe va de mieux en mieux, il faut espérer des résultats.
L'après-midi, revue d'armes, fusils dégoutants.
Le soir, après dîner, l'instituteur nous invite à aller prendre le café. On y boit des liqueurs variées.
Beau temps, mais froid ; il a gelé cette nuit.
A 10h1/2, je pars me promener à Hesdin en vélo. Je mets une heure et quart pour faire les 15 kilomètres. Je m'y promène un peu, je fais mes emplettes et je reviens. Petite ville assez gentille qui change avec l'infâme trou où je suis.
Arrivé à St Rémy à 3h, je trouve des types du régiment qui nous annoncent que le 66 est au repos près d'Hesdin, jamais je ne m'en serais douté. Je n'ai plus l'habitude d'aller en vélo aussi je m'en ressens.
On va prendre de nombreux apéros pour finir la journée.
Il tombe une pluie fine. Nous partons à l'exercice avec CHARBONNIER qui secoue les bleus. Gymnastique et ballon. Au retour, maniement d'armes.
Ce soir, je suis de jour. La situation de prise d'armes, ne peut pas arriver à se faire et la compagnie part à l'exercice avec une demi-heure de retard. Je colle les cartes que j'ai rapportées d'Hesdin. Je secoue les hommes de la corvée de boue qui ne font pas bien leur service.
La pluie cesse mais il fait beaucoup de vent.
Pas d'exercice, aussi on se lève tard. Je me fais couper les cheveux et suis décidé à me laisser pousser la barbe.
Cet après-midi, décoration du cantonnement en prévision de l'inspection du capitaine.
Temps incertain. Les adjudants nous quittent pour aller manger avec les officiers,
Beau temps.
On termine la décoration du cantonnement. Le capitaine vient et est enchanté.
Ce soir, je vais à Saulchoy pour commencer à suivre un cours de chef de section.
On nous fait passer un examen sur l'instruction générale qui comporte une composition française et deux petits problèmes. Nous avons de la théorie à apprendre pour la prochaine fois
Exercices. Gymnastique, boxe, jeux. Beaucoup de vent.
Ce soir, marche, Saulchoy, Douriez, Dammartin, Mouriez, St Josse et St Rémy. Vent de plus en plus terrible. De plus, allure de tortues. On essuie une tempête de grêle. Le temps à l'air de tourner au froid.
Aujourd'hui, repos ce soir, travaux de campagne à Saulchoy.
Je m'occupe de faire creuser une tranchée pour mitrailleuse, la séance se termine par un lancement de grenades.
Le temps est beau et froid.
Je pars à 7h à Saulchoy pour le cours de chefs de section. Je suis admis à le suivre. Après avoir fait réciter la théorie à des sergents et à des élèves caporaux qui ne savent rien, nous allons déjeuner.
A 13h, nous revenons et passons l'après-midi à voir les sergents faire faire de l'école de section.
Ce matin, un peu de football sur la route de Gouy. Après le déjeuner, je commence à peindre ma cantine puis je joue au football toute l'après-midi.
Je suis un peu fatigué ; pluie intermittente.
Exercice à 7h30.
Les types ne veulent pas manœuvrer aussi ou leur fait prendre quelque chose. Le temps se couvre petit à petit.
Ce soir, il pleut, on attend une heure avant de partir car il y a un commandant de génie qui mange avec les officiers. Après un peu d'escrime à la baïonnette sur la route de Dauriez, on revient.
Le lieutenant fait manœuvrer suivant son habitude.
Ce matin j'ai 17h à la section. (Gaston) BOURCIER emmène la compagnie. Après trois quarts d'heure de gymnastique, on joue au ballon.
Le soir, on va travailler au champ de tir. L'adjudant VADIER me renvoie car il pleut. Je fais une petite théorie et je vais gagner une manille.
Ce matin, football.
On bat les 33 et 34e compagnies par 5 buts à 0. Le temps est splendide.
Cet après-midi, exercice du côté de St Josse ; on fait de l'ordre serré. Vers le sud, on aperçoit une saucisse. En revenant, instruction de l'éclaireur ; nous rencontrons beaucoup de lapins.
Ce matin, cours à Saulchoy. Interrogations.
Je reviens vers 10 heures pendant que la compagnie se rassemble pour la marche.
L'après-midi, je suis de jour
Je commence par faire une manille avec RIDOIRE, CHEROU et (Gaston) BOURCIER ; je lis pour passer le temps.
Repos, je range mes affaires. Le temps est couvert, RIDOIRE fait une théorie à la section. Un nouveau caporal arrivé de Tours entre en fonction.
Ce soir tir ; je fais un bon groupement ; pour terminer l'après-midi, nous faisons de l'instruction individuelle et des rassemblements en ligne de sections par quatre.
A 7h1/2, départ pour l'exercice de nuit. Les bleus se montrent nuls et comme sentinelles, se font ramasser par PLOQUIN qui s'amuse à les étrangler avec une bretelle de fusil. Ensuite, je fais une patrouille qui, après avoir découvert l'ennemi, est obligée de se replier pour faire face une autre patrouille.
Dans la réalité, il n'en serait guère revenu.
Nous allons travailler au champ de tir.
Je vais chercher des lapins, mais je reviens bredouille ; je passe mon temps à me lancer de la terre avec FROUTEAU et PLOQUIN. Je ramène la compagnie.
Ce soir, comme il pleut, je n'ai aucune envie d'aller à Saulchoy. Après de nombreuses discussions nous restons.
Vers 4h on touche le prêt.
Temps splendide.
Je me fais couper les cheveux et le lieutenant en passe la revue. Il ne dit rien.
Le soir, nous allons à Saulchoy à une matinée récréative. A noter un violoniste merveilleux, les chansons roulantes de FORESTIER, AUDRIN et JOYEUX. Par contre les mélodies rasoires de quelques imbéciles. Cela change un peu.
Exercice. Gymnastique et escrime à la baïonnette.
Ce soir, nous partons par la pluie mais le temps s'éclaircit et nous faisons des jeux. Le temps est un peu froid.
Beau temps, un peu froid ; après une pose de gymnastique, on joue au ballon.
Ce soir je suis de jour ; je finis de peindre ma cantine et je m'occupe du football. Nous ne pouvons pas aller jouer demain à Campagne. Après l'appel, je vais faire un tour dans les cantonnements.
Deux chasseurs sont ramassés par les sentinelles.
J'assiste au départ de la compagnie pour les travaux de campagne.
Ce soir, il tombe une pluie fine aussi n'allons-nous pas loin. Révision de l'instruction individuelle. Comme le temps s'éclaircit nous allons vers St Josse.
L’expérience de transmission d'ordres donne des résultats piteux. Les renseignements arrivent tout déformés.
Ce matin, nous allons à Saulchoy au cours ; cela devient de plus en plus idiot. Nous déjeunons dans un bistro et nous allons attendre la compagnie. Le temps est couvert.
Nous passons à Maintenay, Buire, Campagne, Beaurainville, Maresquel, Gouy et St Rémy. Une pluie fine se met à tomber vers Campagne.
Les chemins sont affreux. Nous avons fait 25 kil.
Ce matin repos. Ce soir tir.
Nous rentrons à 3h1/4. Je passe une revue d'armes ; la pluie tombe de temps en temps. Ce soir exercice de nuit. Le lieutenant Charbonnier l'anime et fait la théorie ; je le laisse causer.
J'en assomme à moitié un en faisant le déserteur.
Exercice de bataillon. La compagnie ne peut pas arriver à trouver le reste du bataillon.
On y arrive enfin. On défile au pas cadencé et au pas gymnastique ; c'est une jolie pagaille.
En rentrant, visite médicale.
Ce soir, au cours, emploi tactique de la mitrailleuse, attaque de tranchées.
Je pars à 9h pour Campagne avec l'équipe de football. Nous mangeons avec BEC DE LIÈVRE (*) et (Edmond) BICHET (**).
A 2h, on commence ; nous nous faisons flanquer une pile de 12 à 0.
On revient par un brouillard intense.
(*) : Aumoury DE BECDELIEVRE
est né en mars 1897 à Fontainebleau. Étudiant, il s’engage pour la durée de la
guerre en février 1915 au 32ème régiment d’infanterie. En avril, il est
élève-aspirant à St Cyr. Promu aspirant, il passe au 77ème régiment
d’infanterie.
Tué à l’ennemi en octobre 1916 dans la Somme. Voir
sa fiche matriculaire.
(**) : Edmond Henri Marcel BICHET est né en août 1896 à
Poitiers. Instituteur, Il est incorporé au 68ème régiment d’infanterie en avril
1915 et part à l’école de St Cyr. Promu aspirant en octobre 1915, il passe au
77ème régiment d’infanterie. Blessé, il passe au 411ème régiment d’infanterie
en avril 1916. Tué à l’ennemi en août 1917 dans la Meuse, près de Verdun. Voir sa fiche matriculaire.
Je ne vais pas à l'exercice car je suis de jour. Je vais jeter un coup d’œil à l’entraînement du football.
Ce soir, rassemblements de la compagnie en diverses formations, théories pour l’examen du capitaine qui doit avoir lieu demain.
Ce soir il fait très froid.
Exercice comme d'habitude, à la rentrée, nous tombons sur le nouveau chef de bataillon qui n'a pas l'air commode.
Ce soir, le bataillon est présenté à son nouveau commandant : nous défilons ensuite en colonnes de compagnie.
Exercice habituel.
Ce soir, diverses manœuvres sur la route de Gouy à Douriez.
Temps splendide.
Nous allons au cours. Au retour on nous annonce qu'il y a marche. Pour arriver à l'heure à Saulchoy, on nous fait prendre le pas gymnastique.
Nous passons par Vron, Nampont, le Gd Préau, Maintenay. Avant d'arriver à St Remy, nous voyons l’éclipse. (*)
Beau temps
(*) : L’éclipse du soleil du 3 février 1916 est
partiellement visible à Paris de 16h41 jusqu’à 18h37
La compagnie devait aller aux travaux de campagne mais il pleut et elle revient.
Je me lève à 8h car j'ai la permission de l'exercice. Je me repose dans la matinée.
Cet après-midi, tir. Je rentre de bonne heure car je suis de jour.
Ce matin, cours sur le terrain de manœuvres. Toujours la même chose, c'est idiot.
Ce soir, travaux de campagne. En revenant, nous rencontrons les 3 autres compagnies qui reviennent de manœuvres. Beau temps.
Aujourd'hui, matinée récréative à Saulchoy. Mêmes acteurs mais répertoire différent. Nous revenons par la pluie.
Nous allons à l'exercice comme d'habitude. Je fais faire des courses de relais. Pour ma part, je fais un 400 mètres et plusieurs 100 mètres.
A 9h30, on vient nous prévenir de rentrer immédiatement.
Nous arrivons à 9h50. Vite, on s'équipe et on déjeune (pas très bien).
A 10h 30, rassemblement péniblement effectué. Nous partons tout de même à l'heure pour rejoindre le reste du bataillon
Vers St Josse, la pluie se met à tomber en déluge. On force les types à enlever les gamelles de sur les sacs.
De St Josse à Mouriez, route épouvantable. Nous passons près de Capelle (-lès-Hesdin) et nous nous arrêtons avant d'arriver à Marconne. Pour prendre notre place dans la colonne, il nous faut exécuter un pas gymnastique dans un grand boulevard.
Il y a là une brigade. Nous traversons Hesdin.
À un coin de rue, on fait présenter les armes mais personne ne voit le général.
Défilé sur la grande place. Nous revenons par Marconelle, Lambus, St Josse. Le temps heureusement a été beau après l'averse du départ.
Rentrée à 6h1/2. Excellente promenade.
Le matin, repos. Très beau temps.
A 11h, départ pour le terrain de St André Nord. En commence par une pose d'école de section ; ensuite école de compagnie.
Le lieutenant-colonel rassemble les bataillons du 66, 77 et 90 en colonne de régiment et nous fait défiler ainsi. Je remarque deux commandements de ‘’ Portez armes ’’ et de ‘’ par file à gauche ’’ mais malgré cela tout va à peu près bien.
Nous rentrons à 3h. Le temps se gâte, dans la soirée.
Après dîner, il fait de l'orage et il tombe de l'eau en abondance.
Ce matin, repos ; il a tombé de la grêle cette nuit et il a gelé ; cela fait que le sol est tout blanc.
A 11h, je suis de jour.
Ce soir, aux travaux de campagne, on joue aux cartes et on s'envoie des cailloux. Beau temps
Nous allons au cours à Saulchoy. On nous lit un bouquin secret sur les nouvelles méthodes d'attaque. (Gaston) BOURCIER étant à bicyclette, je reviens en courant derrière lui à une bonne allure.
Ce soir il fait toujours froid. Instruction individuelle, école de compagnie avec assouplissements. Retour au pas gymnastique.
Ce matin, douches; je pars avec la section par une pluie battante à 7 heures.
L’installation des douches à la briqueterie de Saulchoy n'est pas mal. Nous revenons à 9h1/2 trempés jusqu'aux os.
Ce soir, tir, toujours pluie battante. Nous revenons transpercés à 3h.
Défilé à Saulchoy en colonnes d'escouade pour les mouvements de " tête droite ".
Ce soir, lecture du bouquin secret au cours. Beau temps.
Je me repose toute la journée et je couds d'autres boutons à ma capote.
Le soir, manilles sur manilles.
Repos car il pleut ; je fais une théorie. Ce soir je suis de jour.
Vers 3h1/2, je vois la compagnie revenir au pas gymnastique, CHARBONNIER en tête. Ils font deux ou trois tours. Il paraît que Ch. est allé à l’exercice saoul comme un cochon.
Il s'est étalé dons un fossé et a dégueulé tout son déjeuner. Il nous appelle et nous dit de faire une théorie. Je monte au bureau où je trouve JOYEUX complètement saoul aussi, Après une séance mémorable à l'infirmerie et dans la cours du château. Ils réussissent à l’emmener jouer à St André.
Il fait un vent du diable. Jolie journée.
Je suis toujours de jour et reste au cantonnement.
Ce soir, JOYEUX à une tête vaseuse. On va à l'exercice.
A St Josse, impossible de passer, il y a tir. Lancement de grenades, et escrime à la baïonnette.
Il pleut par instants.
Pluie et vent. Je vais au football à Saulchoy en bicyclette, je reviens car on joue à St. Rémy. J'ai un peu mal à la gorge.
Ce soir aux travaux de campagne je gèle et j'attrape mal au pied. Le lieutenant me donne la permission de l'exercice et de la marche.
Je ne vais pas au cours.
Ce soir je reste à l'infirmerie à jouer aux cartes. Je perds 15 sous. Je range un peu ma cantine.
Temps affreux ; nous restons au cantonnement.
Ce soir je vais au tir ou je fais 12 balles 12 points. J'en reviens transpercé. Joli pays.
Ce matin, nous allons à Saulchoy. Cours idiot. Beaucoup de vent.
Ce soir, exercice près de St. Josse, toujours la même chose ; Je fais de l'escrime à la baïonnette.
Temps splendide ; j'avais l'intention d'aller à Hesdin mais je préfère jouer au football.
Nous battons Soulchay par 2 à 1.
A 7h, départ pour les travaux de campagne.
On y gèle jusqu'à 9h1/2 ; départ pour le bureau du commandant où l'on nous fait une vague théorie sur la mitrailleuse St Étienne.
Ce soir, exercice auprès de St. Josse. Un bonhomme nous fiche à la porte de son champ.
Vous allons ailleurs et nous faisons du lancement de grenades, etc…
J'ai mal au pied.
Théorie à 8h30.
Il tombe de la neige par intermittence.
A 11h départ pour St André. École de section, de compagnie, évolution de bataillon.
Nous revenons vers 3 heures. Sitôt arrivés, il se met à tomber de la neige en tempête. Tout est blanc. Cela ne cesse que le soir.
Mon pied me fait sérieusement mal.
Temps froid: je me fais porter malade ; la compagnie va aux travaux de campagne. Le major nouveau est très sec ; il me donne 2 jours de repos. La neige se met à tomber vers 11 heures.
Ce soir, la compagnie fait du pas gymnastique mais je n'en suis pas. Temps froid.
Temps très froid.
Je me lève à 8h. Comme je suis malade je ne m'occupe de rien. Temps splendide. La compagnie part en marche. Je me repose toute la journée.
Nous allons au tir ce matin ; la neige se met à tomber. Au rapport, le lieutenant BOISMOREAU me fait appeler. Nous partons à midi, QUESSON, JOYEUX et moi. On passe par la côte 100 en pleine bourrasque de neige ; on s'amuse à imprimer notre figure sur la neige.
Arrivé à Saulchoy, j'accompagne des morceaux.
Je pars à 8h à Saulchoy pour répéter: on gèle toute la matinée. Je déjeune à la popote de la 33.
L'après-midi répétition générale. On dîne à la 34.
A 7h 1/2, représentation. Cela va comme ci comme cela.
On revient à 11h 1/2.
On passe la matinée à faire enlever la neige. A la grand-messe, j'accompagne une chanson sur l'air de la marche lorraine.
Ce soir, représentation. Le violoniste est malade aussi la musique est au-dessous de tout.
Il dégèle.
Ce matin football, mais moi, je me repose.
Ce soir, travaux de campagne.
On y gèle. Il y a beaucoup de de neige dans les boyaux.
Je suis malade aujourd'hui et je ne peux sortir.
Ce soir, je vais à Saulchoy répéter.
Je vais répéter à Saulchoy et je reviens en contournant le champ de tir.
Ce soir, travaux de campagne.
Je vais à Saulchoy faire une théorie sur le canon Aasen.
Le soir, marche par Maintenay, Roussent, Nempont, Vron, Le petit chemin, Argoules, Soulchoy et St Rémy. Beau temps.
Ce matin repos jusqu’ à 9 heures.
Tir. Je touche des balles de revolver.
Ce soir, je vais répéter à Saulchoy avec les artistes.
Repos ce matin.
L'après-midi, encore répétition.
A 7h1/2, représentation pour les civils. Cela ne va pas trop mal.
Journée tranquille. Il circule des bruits que nous allons partir.
Je range ma cantine. Après un excellent dîner nous allons chez Fromentin et on prend tournées sur tournées.
A 10h, je fais une ronde et je m’aperçois que l'escouade à LEROUX manque toute entière.
Je fais un rapport et je vais finir la soirée en prenant une boite de homard.
Rentré à minuit.
Départ à 5h 30 pour le tir. Je suis un peu vaseux. En rentrant revue en tenue de campagne.
Cet après-midi, échange d'effets.
A 6h, nous partons faire une relève aux travaux de campagne. Je prends la 1ère ligne et je suis relevé par VADIER.
Nous rentrons à 8h1/4.
Repos.
Ce soir, une partie de la compagnie va reboucher les travaux de campagne : le reste, range les cantonnements. Distribution, des cartouches, vivres, on ne sait pas quand on part.
Il a neigé et il y en a 10 cent. Mais il fait beau, on fait racler les rues.
Ce soir à 2h, revue en tenue de départ. Puis théorie.
La neige fond rapidement.
Il court des bruits que le 66 est par ici.
Nous partons pour le voir mais nous ne rencontrons que le 77. Nous allons jusqu'à Roussent. Beau temps.
Ce matin exercice par temps froid. Cela ne manœuvre pas, aussi piquette.
Ce soir, j'ai la permission de l’exercice et je finis de ranger mes affaires.
Réveil à 4h. Après un rassemblement dans la nuit, nous ne sommes pas prêts quand le reste du bataillon passe à St Rémy. Nous quittons ce patelin sans regret. Nous arrivons à Maresquel vers 7 et à 8h 1/2, nous en repartons. Nous voyageons dans des wagons non aménagés ; avec de la paille. Nous passons par St Pol, Amiens.
QUESSON est sérieusement gazé. Quant à moi, je mange une poule généreusement invitée hier. Je voyage d'un wagon à l'autre. Nous arrivons à Chaumont-en-Vexin à 10h 1/2.
En arrivant, nous prenons la garde de police et nous nous installons à la mairie dans une salle chauffée. Il fait beau et froid.
Je me couche dans la salle vers 1 heure et je me réveille à 5 heures.
Le lieutenant part voir les cantonnements.
Vers 9h 1/2, je laisse la place à RIDOIRE et j'emmène une partie de la section. Je finis par trouver une chambre chez un Mr CHÉRON qui nous offre l'hospitalité. La chambre est sévère mais le lit est très bon ; c'est ce que je vois de plus clair.
A 1h, nous allons chercher de la paille et nous bourrons les paillasses. On les installe dans les maisons. Petite séance au café.
Je me couche à 8h fatigué.
Installation au cantonnement. Temps splendide.
On cherche un réfectoire, je vais surveiller la corvée de bois dans l'après-midi. Il fait même chaud.
Le soir, PAPIN m'apprend à jouer au jacquet.
Continuation de l'installation ; nous n'avons pas encore touché le prêt.
Ce soir, soirée passée au café.
Ce matin, beau temps. Je me promène dans Chaumont.
Dans l'après-midi nous touchons le prêt. Je dégotte un réfectoire où l'on commence à bâtir des fourneaux.
Travail comme d'habitude. On commence à boulotter l'argent que l'on avait touché hier.
Il pleut de temps en temps.
Beau temps. On se sert du réfectoire. Je fais des pancartes pour mes bonshommes. Je prends le sergent JOYEUX à la deuxième demi-section.
A 5h, arrive un ordre d'envoyer 75 hommes de renfort. (Gaston) BOURCIER se présente comme volontaire et est accepté. L’adjudant VADIER est aussi désigné pour partir. Aussi faisons-nous une station prolongée au café.
Les hommes se préparent au départ.
On rassemble à 9h pour distribuer les campements. Ensuite on va au café jusqu'à 11h et VADIER en sort légèrement saoul. Le reste de la compagnie rend les honneurs aux partants.
Je dis au revoir à (Gaston) BOURCIER sans grand regret et je souhaite aussi bonne chance à (Gaston) DURAND (*) et à BECQUEZ. Nous finissons l'installation.
Après dîner retraite aux flambeaux par la fanfare.
On rentre se coucher à 10 heures.
(*) : Gaston Léon Clément DURAND est né en mai 1896 à
Cerizay (Deux-Sèvres), il a donc 19 ans. Instituteur public, il part au 125ème
régiment d’infanterie, part à l’école de St-Cyr et en sort aspirant le 1e avril
1915. Il passe au 66ème régiment d’infanterie, puis au 409ème régiment
d’infanterie en mars 1916. Il est tué devant Ablaincourt (80) en octobre 1916. Voir sa fiche matriculaire.
Je vais prendre un café au lait avec DUGENEST et je vais à la messe à 8 heures.
L'après-midi, je vais jouer au football mais j'ai une flemme phénoménale et je me couche tout le temps. J'en reviens avec une soif phénoménale.
On finit l'installation.
Ce soir exercice vers Boubiers. Escrime à la baïonnette, école de section. Bonds.
On revient en recevant une averse.
Prise d’armes pour la présentation au nouveau colonel, sur la place de la Foulerie. En carré ; à la fin défile en colonne par quatre.
Ce soir, on retourne vers Boubiers.
On marche jusqu'à 3h 1/4 en faisant un grand tour. Escrime à la baïonnette, puis attaque d'un bois entrecoupé de petites crises de face à droite.
On rentre à 5h 1/4. Je reçois un Vest Pocket (*) de chez moi mais comme le temps est couvert, je n'ai rien pris aujourd'hui.
(*) : Appareil photo de poche créé en 1915 par la société
Kodak. Une directive, datant de l’été 1915, interdit aux civils comme aux
militaires de photographier dans la zone de l’avant à moins de disposer d’une
autorisation délivrée par le général commandant l’armée. Beaucoup de soldats
s’affranchissent de cette interdiction pourvu qu’ils soient discrets, ce que
permet le Vest Pocket par ses caractéristiques
techniques. Voir ici.
La compagnie est de service.
On va faire un semblant d'exercice le soir mais le matin on se repose.
Ce matin, préparation à la marche.
Ce soir, à midi 30 départ. Nous passons par Reilly, Le Mesnil, Gisors et Trie-Château. Temps couvert.
Ce matin repos.
Le soir une petite crise en partant à l'exercice.
On fait des attaques, du lancement de grenades et de l'assouplissement.
Exercice de bataillon. Beau soleil. Je prends des vues.
Ce soir repos.
Beau temps.
Je suis de planton à la tenue en ville. Je fais retourner une vingtaine de types.
Ce matin, exercice vers Loconville. Ecole de section, assouplissement.
Ce soir, combat de la section et lancement de grenades. Beau temps.
Ecole de section.
Ce soir nous allons dans un bois et nous faisons la chasse aux lapins toute la journée.
Lorsque nous rentrons, nous trouvons un renfort arrivé de Tours. On l'installe dans le cantonnement.
Installation des nouveaux.
Ce soir, je fais une théorie sur la tenue. Très beau temps.
Départ en marche à 8h30.
Nous passons par Boubiers, le Fayel et Lierville. Là, nous faisons la grand' halte.
On se restaure du mieux que nous pouvons. Je prends des photos. Nous repartons vers Fleury.
Je porte le sac d'un homme qui est fatigué. Nous revenons par Loconville.
Soleil très chaud et temps superbe mais beaucoup de poussière.
Ne voulant pas aller au cours de Mr de SAZILLY (*), je me fais porter malade.
Je suis exempt de service et je me repose toute l'après-midi ; je fais mon contrôle.
(*) : Le lieutenant Guillaume Jehan Marie Joseph TORTERÜE
DE SAZILLY sera tué en juillet 1918 dans la Marne.
On commence par faire marcher le caporal d'ordinaire, Coco et d'autres.
Exercice de bataillon
On se fait engueuler parce qu'on marche dans les champs d'un bonhomme. On ne rentre que vers 11h 1/2.
Toujours un temps magnifique.
Ce soir, divers travaux de propreté.
Je passe dans mes cantonnements et j'écris toute la matinée.
Le soir, comme il fait trop chaud, je ne vais pas à la séance récréative et je fais encore de la correspondance. Je ne sors que dans la soirée où je rencontre (Félix) DARBAUD (*), un ancien camarade de St Cyr. Je vois aussi des copains du 90.
(*) : Félix DARBAUD est né à Villeneuve –les-Cerfs (63).
Il a été nommé aspirant à la même date que René BRISSARD. Il vient du 121ème régiment
d’infanterie. Après être promu aspirant, il passe au 38ème régiment
d’infanterie, puis au 139ème régiment d’infanterie en décembre 1915, régiment
avec lequel il finit la guerre et obtient 3 citations. Voir sa fiche
matriculaire – page 1 – page
2.
La compagnie étant de garde, nous ne faisons qu'un petit exercice. Je fais une théorie aux mitrailleurs... sans mitrailleuse. Ce soir, je suis de service en ville et je reste au cantonnement. Je me promène tard car il fait un temps délicieux.
Temps couvert. Exercice consistant en une théorie et en lancement de grenades.
Ce soir, nous allons au bois du Grand Taillis faire une attaque. Je fais la défense. Le temps est très lourd et en revenant, nous avons chaud.
Nous allons lancer des grenades. On en brûle tant et plus et c'est étonnant qu'il n'ait pas arrivé d’accident.
Cet après-midi, nous retournons au bois du grand taillis et nous rentrons vers 5 heures.
Temps couvert
Temps toujours couvert. Marche militaire.
Nous faisons une grand’halte où je me fais engueuler par CHARBONNIER qui est furieux de n'avoir pas en de jus.
On rentre par Gisors, Je suis un peu fatigué et me couche de bonne heure.
Je mène la compagnie aux douches.
Ce soir, je suis de planton à la tenue en ville aussi je me repose.
Nous partons à 7h1/4 pour l'exercice de bataillon. Après avoir fait 3 km, nous arrivons à la cote 146. On fait une marche d'approche dans un terrain accidenté. Nous rentrons à 10h 20. Le soir, travaux de propreté.
Vais à la messe de 11h1/2.
Ce soir, musique ; je fais des étiquettes et je me promène avec le fourrier.
Je pars à 6h30 travailler au champ de tir. A Reilly, le 77 nous donne les outils avec difficulté.
A 10h15, presque rentrés, on vient nous prévenir qu'il faut reporter les outils à Reilly. Nous rentrons à 11h30 par un temps beau et chaud.
Ce soir j'ai la permission de l'exercice et je me repose de ce que j'ai fait ce matin.
Ce matin douches ; j'y conduis la section et je vais me reposer.
Ce soir nous allons sur la route de Boubiers, nous recevons quelques averses.
On fait l'exercice le long de la ligne du chemin de fer. La section ne voulant pas manœuvrer prend la piquette. Nous rentrons après 4h1/2 avec une averse sur le dos.
Il n'y a pas tir aujourd'hui, on fait un peu d'ordre serré et on se dirige vers l'exercice de bataillon. Nous faisons une marche d'approche terminée par un assaut à la baïonnette. Tir du canon Aasen.
Ce soir, il pleut et la compagnie ne va pas à l'exercice.
Nous allons au tir à Magny-en-Vexin.
Itinéraire : Reilly. Cote 138, Montjavoult où nous faisons la grand’halte dans un café à cause de la pluie. On tire en pleins champs sur des silhouettes couchées.
Rentrée à 7h par un très beau temps.
Travaux de propreté et repos. Théorie sur la hausse. Ce soir, nous allons faire un peu d'exercice et nous rentrons pour l’exercice de nuit qui se compose d'une attaque avec fusées éclairantes et signaux. Rentrée à 10h.
Je fais une théorie à mes mitrailleurs et je rentre bientôt.
Ce soir repos ; je fais quelques photos. Beau temps.
Je vais à la gd messe. On ne voit pas de marchands de rameaux comme chez nous.
Ce soir je reste tranquillement chez moi jusqu'à 8h et je m'en vais à la gare voir LASNE.
Assez beau temps.
Commencement de l'instruction sur la mitrailleuse allemande.
Théorie jusqu’à 10 heures.
Ce soir, mises en batterie et école de pièce.
Mitrailleuse allemande.
Ce soir, temps pluvieux qui vient nous déranger. Encore de l'école de pièce.
Théorie : ce soir, cours d'aspirants sous la haute direction de Mr DANIGLAIR ! Manœuvres idiotes.
Retour à 4 heures par un beau temps.
Je ne fais pas la marche aujourd'hui sous prétexte que je suis planton à la tenue. Je fais de nombreuses parties de dames avec le fourrier.
Ce soir, je vais jouer de l'alto dans un petit orchestre, cela me change.
Mitrailleuse.
Ce soir, comme nous allions partir ou nous prévient que le bataillon devait manœuvrer devant un officier du GQG. (*)
On part par une pluie battante. Après l'habituel cliché de la marche d’approche, le lieutenant-colonel fait recommencer la manœuvre qui ne lui a pas plu. Il pleut toujours.
Enfin on revient trempés comme des soupes et on est obligé de prendre du thé au rhum pour nous remettre.
(*) : Grand Quartier Général.
Repos ce matin.
Ce soir, travaux de propretés.
Il tombe une pluie très fine.
Jour de Pâques. Beau temps.
Je vais à la grand-messe. L'après-midi il y a musique.
Nettoyage des cantonnements en vue de l'inspection du général THÉVENET.
On se met en tenue à 1h et il arrive…. À 5 heures.
Je commence à jouer au jacket.
Mitrailleurs.
Le temps commence à devenir beau et chaud.
Ce soir, exercice d'aspirants. Le commandant vient nous voir et nous nous promenons avec la 34 (*). Après de vagues manœuvres nous revenons par l'Aillerie.
(*) : La 34ème compagnie.
Exercice de bataillon. Le temps commencé à s'échauffer. Nous faisons la manœuvre de vendredi dernier dans le petit ravin. Ce soir, je ne vais pas au cours d'aspirants et je me repose. Il fait très chaud.
Je joue au jacket.
Mitrailleuses.
Ce soir nous allons à Courtieux. Approche, bonds, attaque. Une pose dans le bois et on fait de l'école de section.
On rentre à 4 heures. Forte chaleur.
Défilé devant le Général THÉVENET et devant le général. D.E.S.
On fait d'abord la marche par Loconville, Fleury, Neuvilette, Tourly et Boubiers. On défile entre Reilly et Chaumont.
Chaleur torride.
Ce soir, repos, je dors un peu.
Ce matin, mitrailleuses. L'après-midi je vais répéter dans un parc pour un concert qui a lieu demain et dont je fais la partie d'alto.
Ce matin, messe en musique.
Ce soir, concert place de la Foulerie. Temps très chaud.
Exercice au terrain de Courcieux. Escrime à la baïonnette, école du soldat, franchissement d'un ravin au pas de course.
Ce soir il fait un peu d'orage et je ne vais pas aux mitrailleurs.
On commence à parler de permissions.
Ce matin, cours d'aspirants. On fait d'abord de l'ordre serré, ensuite de la marche sous-bois et on termine par une attaque. Temps légèrement couvert
Ce soir, théorie sur la mitrailleuse en bois pour varier. Il pleut un peu.
Exercice de bataillon, approche, attaque et évolutions diverses. Beau temps.
Ce soir, douches. J’ai un peu la colique.
J'ai la permission de l'exercice et je me repose toute la matinée.
Je me purge l'après-midi, il fait beau et je vais me promener dans le parc de l’infirmerie.
Je suis encore exempt d'exercice et je me prépare à m’en aller en permission.
Je pars à 4 heures et j'arrive à Paris à 7h.
Le temps d'aller dîner et je suis à Orsay à 9h. J'arrive à Tours à 2 h du matin.
En permission
Je rentre aujourd’hui ;
Je pars de Tours à 1h et j'arrive à Chaumont à 8h1/2 du soir.
Il pleut et je ne vais pas à l'exercice.
Je ne retrouve plus LASNE qui est parti au 66 avec un renfort. La section est désorganisée. Je recommence à jouer au jacket. Ce soir, nous allons assister à un tir de mitrailleuses. Je passe plusieurs bandes et je tire un petit peu.
Je m'aperçois que je n’ai pas trop perdu. Assez beau temps.
Exercice de bataillon.
Direction de Gomertontaine. La compagnie, protège la construction d'un pont. Avants postes.
Puis on vient faire la pose près de la ligne du chemin de fer. Je veux passer la rivière sur un radeau improvisé mais il commence à couler et RIDOIRE qui monte après moi prend un sérieux bain de pieds.
Ce soir, travaux de campagne. Temps beau et très chaud ; je regarde travailler les poilus et je ramène du cresson. Au dîner, JOYEUX casse de nombreuses assiettes.
Exercice sous la direction de FRONTEAU. Théories sur les masques contre les gaz asphyxiants. Beau temps.
Nous partons au tir à 11h vers Loconville. L'adjudant ne sait pas où c'est et nous marchons pendant 1h1/2 sous un soleil de plomb. On tire et on rentre vers 3 heures pour se préparer à la marche de demain.
Départ 5 heures, il fait beau et chaud. On passe par Trie-Château, Eragny, Bazincourt et on fait une grand’ halte de 3 heures dans le bois de Gisors ; nous revenons par Gisors et Trie-Château.
Temps très lourd, les nombreux hommes restent en panne.
En revenant tout le monde n'en peut plus.
Ce matin, repos ; je me lève à 8 heures.
Le soir, douches et par conséquent repos.
Nous allons à Reilly entendre une théorie sur la Maxim (*).
On revient à 11h par une chaleur torride. Le soir, je me repos.
(*) : Mitrailleuse Maxim
Je vais me promener dans un petit bois du côté de la distillerie ; j'y reste jusqu'à 6 heures.
Toujours grande chaleur.
Exercice aux travaux de campagne ; c'est comme d'habitude.
On revient par une chaleur accablante.
Ce soir, tir à Reilly. Le temps se couvre.
Exercice de bataillon ; on va faire l'attaque de la voie ferrée sous la haute direction de Cacaouette et on fait la pose à la cote 146
Le soir, douches et repos.
Après le dîner, prise de tranchées de 11h à minuit et demie. (*)
Il fait un peu frais.
(*) : Ce sont des tranchées d’exercice, car ils sont à
plus de trente km du front.
Réveil 7 heures. Exercice de 9 à 10.
La pluie se met à tomber fortement vers onze heures.
Ce soir, repos.
Marche.
Il pleut aussi le départ est retardé jusqu'à onze heures je vais me recoucher. La pluie cesse et on part.
On passe par Gisors, et on revient par Chambors.
Beau temps dans la fin de journée.
Ce matin repos jusqu'à 8 heures. Un petit peu d'exercice pour terminer la matinée.
Le soir repos.
Pas d'exercice.
Je me repose toute la journée. Rien à signaler.
Beau temps. Vais me promener dans les bois.
Concert place de la Foulerie ; temps superbe.
Exercice: théories, escrime à la baïonnette, etc...
Ce soir, je me couche et ne vais pas aux spécialités.
Exercice de bataillon sous la direction du Capitaine LEUSSIER. Attaque à la cote 146.. Dans le défilé, c'est ma section qui se fait remarquer pour la bonne tenue de ses armes.
Ce soir, mitrailleurs sous la direction du s/lieutenant JOLLIVET qui veut à toute force faire apprendre aux poilus la nomenclature intérieure de la pièce avec la mitrailleuse en bois.
Aujourd'hui marche.
Itinéraire. Boubiers, Tourly, Fleury, Bachivillers. Gd Halte à Enencourt-le-Sec. Plusieurs s/offs manquent de prendre feu et recouverts de nombreux cailloux sur leurs casques.
Manœuvre d'une furieuse dans le patelin. On rapporte un bouquet de roses.
Rentrée à 4 heures. Beau temps.
Ascension.
Beau temps; en me promenant dans les champs, je trouve un lapin pris au collet et je l'offre à M CHÉRON.
Il passe des zouaves à Chaumont.
Ce matin ; tir à Thibivillers. Assez beau temps.
Cet après-midi, douches.
Permission de l'exercice. Je dors de 9h à 10h12 et de 1h à 3h.
C'est tout mon travail.
Rien d'intéressant à signaler. C'est plutôt triste.
Exercice à Courcieux.
Attaque du bois, école de section et de compagnie. Le temps se brouille.
Ce soir, tir à Reilly. nous revenons sous une averse formidable.
Exercice de bataillon: je fais l'ennemi avec dix poilus munis de fanions. Au plus fort de l'attaque, je déclenche une contre-attaque sur le flanc droit de l'ennemi. Temps couvert.
Ce soir, je me repose, il pleut un peu.
Exercice habituel.
Ce soir, mitrailleurs mais je passe mon temps à la cuisine de la 33e avec le sonneur de paletots.
Je me fais porter malade des dents et je ne fais pas la marche. Je laisse les autres partir à 3 heures et je me repose.
Ils rentrent à 1h1/2. L’après-midi parait longue.
Tir à Boubiers. Nous partons à 6h30. Retour à 11 heures.
Beau temps.
Ce soir, formation d'une section de mitrailleuses. On commence à parler de départ.
Reconnaissance vers la ferme de Courcieux en partant de Reilly.
Je laisse la section au fourrier. L'adjudant s'installe dans un fourré et démolit la section quand elle débouche. On termine par de l'école de compagnie.
Pentecôte. Je vais à la messe de huit heures. Il fait assez beau.
Je vais me promener l'après-midi comme d'habitude.
Repos. Promenade le soir.
A l'apéritif, nous parions avec Melle GAGNIER, l'adjudant et moi, de nous en aller jusqu'au bureau avec un parapluie ouvert. On tombe juste dans les pattes de cet avorton de MOREAU qui nous boucle.
Tir à Boubiers.
J’arrive à un bon résultat. En rentrant on apprend que nous avons 4 jours d'arrêts de rigueur. Je m'enferme dans ma piaule et j'écris toute la soirée.
Pendant que les autres font les imbéciles à l'exercice de BATON, je me réveille à 9h heures et je me lève à 10.
A 11 heures, je vais manger à la popote. FROUTEAU vient me voir pour faire un piquet mais on vient me déranger pour former une section de mitrailleuses.
Comme on a besoin de moi, on se fait tout petit. Je vais à Bertichères et j'organise la section.
A minuit 40, alerte. Je m'occupe de la section de M. (*)
Nous allons vers Le Mesnil. Je me mets en position et m'installe dans une guitoune avec CHÉRON et FROUTEAU.
Nous ne voyons pas l'ennemi.
Vers 10h, la manœuvre cesse et nous revenons par Reilly.
L'heure est avancée et cela fait un drôle d'effet.
Ce soir, repos.
(*) : Mitrailleuses
Je me lève à 7h 1/2 et je vais surveiller l'installation de mes mitrailleurs à la ferme du Grand Rebetz.
Ce soir, je monte à cheval pour la 1ère fois et je vais me promener jusqu'à Bertichères.
Je reviens un peu fatigué.
Exercice à Courcieux.
Le colonel engueule tout le monde parce qu'il veut jalonner le terrain. Une jument blanche fait des siennes et il faut la dételer. Ce soir, repos.
Prise d'armes pour une remise de décorations
Le temps est couvert. Nous revenons de Courcieux à 9h 1/2. Toujours avec nos mitrailleuses.
Je me couche à midi et je me lève à 3h 1/2.
Je finis ma journée en écrivant.
Exercice à 8h. Nous allons tirer à Reilly. Il y a une pièce qui s'obstine à ne pas fonctionner.
Ce soir, théories et promenade à cheval.
Exercice de bataillon. Marche d'approche et mise en batterie dans un ravin près de Chambors.
Ce soir encore, théorie, je vais me promener à cheval avec le lieutenant LÉQUIER et mon caporal de train de combat se cogne la tête dans un poteau télégraphique. Il l'échappe belle.
Je me couche à 8 heures.
Exercice au bois du grand taillis, mise en position.
Ce soir, à 1ere section s'en va au 3e groupe et je fais une petite théorie.
Je reçois la visite du colonel.
Marche.
Départ 6 heures. Nous passons par Enencourt-le-Sec, Hardillers, Jouy-sous-Thelle, Auneuil, la Houssoye. Grand halte dans un bois. Il fait une chaleur torride.
Concert et retour vers 2h 1/2. Poussière jusqu'à Chaumont. Nous sommes entièrement gris.
Tir à Reuilly de 10 à 11.
La pièce (*) n° 2 veut tout de même marcher, mais nous avons un engrenage que nous mettons 20 minutes à arranger.
Théorie l'après-midi.
(*) : Pièce = Mitrailleuse
Exercice, à Courcieux. Marche d’approche en échelons.
Engueulade avec JOLIVET qui ne pense pas comme moi. Attaque de la route (pour varier).
Je me repose à partir de midi.
Assez beau temps.
Procession. Le sergent LAFFÉ part en permission ce soir.
Nous faisons 16 kilomètres vers Boutancourt sans décharger les pièces.
On ne fait que suivre la compagnie. Au retour, il pleut.
Ce soir, je fais un peu de cheval et je fais la théorie.
Exercice de bataillon. J'ai la permission de l'exercice et je me recouche. Il pleut.
Ce soir, théorie habituelle.
Ecole de pièce et de section au bois des Anglais. Les réflexions que j'ai faites hier ont porté.
Beau temps.
Ecole de pièce comme hier. Concours de vitesse.
Marche. Départ 5 heures.
Nous passons par Reilly. Montjavoult, Vandancourt, Gisore et Trie. Il ne fait pas trop chaud.
Nous faisons la Gd Halte avant d'arriver à Trie.
Après le dîner, je vais faire de la musique avec le médecin-chef. Nous jouons le 3e quatuor de Beethoven. Il va mieux que celui de Pogojeff. (*)
(*) : Vladimir Petrovitch Pogozhev,
1851 – 1935. Quatuor à cordes en ré mineur op.7
Alerte à onze heures. Nous prenons le 90 à minuit et quart. On s'installe près du champ de sir de Reilly, contre un bois et on attend.... jusqu'à 8h 1/2 sans avoir rien vu.
Nous revenons abrutis de tant d’ineptie.
Ce soir, repos.
Je me promène à cheval sur la route de Gisors. Il fait très chaud.
Instruction sur la Hotchkiss par des mitrailleurs du 286e territorial.
On assiste à une discussion fameuse entre le lieutenant et son armurier.
Ce matin théorie sur la pièce et ce soir, dépliage du trépied.
Théorie, démontage et nomenclature. Comme il pleut un peu ce soir vous faisons des mises en batteries rapides à côté de la ferme.
Tir à Boubiers.
Le petit MOREAU se fait mal voir pour donner son appréciation sur les mitrailleuses. On revient à 1 heure.
Le soir, théorie jusqu'à 5 heures.
Nomenclature et démontage.
Ce soir, exercice au dehors : défense de deux routes, puis simulacre d'attaque dans le bois des Anglais.
Il pleut au retour.
Je vais à bicyclette à Enencourt-le-Sec pour faire préparer le champ de tir. Nous y partons à 1h30 tir de fonctionnement à 50 mètres, on démolit la butte à moitié. Retour par le bois des Anglais sous une pluie battante.
Pluie torrentielle. Nous n'allons pas au tir
Le lieutenant nous fait une conférence et nous liquide.
Ce soir, repos.
Je vais me promener à cheval à Trie-Château et je reviens par Chambors.
Temps splendide.
Exercice au bois des Anglais. Mises en batterie, école de section.
Le soir, théories.
Marche.
Départ 5 heures.
Nous passons par la ferme St Brice, la route de Beauvais, Grande Mare Rouge, Le Vaumain, Trie-la-Ville, Trie-Château.
Gde Halte après Trie-Château. Je fais la marche en vélo.
Ce soir, la nouvelle arrive que nous partons samedi faire des tranchées.
Je vais faire un petit tour à mes mitrailleuses et je passe la matinée à faire la revue de mes frusques. Je renvoie un paquet chez moi.
L'après-midi je dors tranquillement.
Après le dîner, arrive un ordre de renfort. L’adjudant FROUTEAU est désigné pour partir. Je m'arrange avec (Henri) MOLES (*) qui me cède sa place et je partirai avec lui. (**)
(*) : Henri Jean Marie André Germain MOLES est né à
Libourne (Gironde) en octobre 1896. Instituteur, il arrive au 66ème régiment
d’infanterie et part à l’école de Saint-Cyr en avril 1915. Nommé aspirant le 15
octobre 1915, il passe au 32ème régiment d’infanterie, puis au 366ème régiment
d’infanterie en septembre 1916. Il survit à la guerre. Voir sa fiche
matriculaire – page 1 --- page 2
(**) : Il va partir et être affecté au 409ème régiment
d’infanterie.
Je fais ma cantine en vitesse et je me tiens prêts.
Mais nous apprenons que nous partons que mardi prochain : c'est donc encore du bon temps.
Ce soir, je prends une dizaine d'apéritifs.
Fête nationale.
Tout est triste, personne ne pavoise à part de rares exceptions. Toujours abondance d’apéritifs.
L'après-midi concert.
Le bataillon fait ses préparatifs de départ. Beaucoup de poilus sont gazés (*).
Après le dîner, c'est encore bien pire. Chez LESBROS, les carreaux descendent.
Je vais me coucher mais j'ai trop chaud et je ne dors pas.
(*) : Ivres
Je réveille Alix (*) à 3 heures et je descends dehors. Je vais prendre un café chez GAGNIER.
Puis LAFFÉ rentre, et je suis obligé de l'habiller car il en est incapable (**). Je dis au revoir aux camarades et je vais voir le rassemblement sur la Foulerie.
En partant, dans la rue de la République, le petit MOREAU veut me faire saluer mais je l'envoie se promener joliment ce qui provoque l’hilarité dans la 1ère section de la 34.
Je retourne me coucher jusqu'à 7 heures. Cela m'ennuie un peu de quitter les amis.
La matinée est un peu triste.
FROUTEAU apprend la mort de sa sœur.
Le soir, nous allons à Trie- Château à cheval pour nous distraire. Je rentre me coucher à 10 heures.
(*) : C’est une des rares fois où René BRISSARD donne un
prénom ! Alix Léopold BÉRAULT est né en novembre 1896 à Poilly-sur-Tholon (Yonne). Il
déclare être ‘’ élève-instituteur ‘’, et est affecté au 46ème régiment
d’infanterie. Il part à l’école de Sint-Cyr et en sort aspirant le 1e septembre
1915. Affecté au 313ème régiment d’infanterie, puis au 6ème régiment
d’infanterie en juillet 1916, il survit à la guerre. Intoxiqué, décoré et cité
4 fois, il obtient la Légion d’Honneur. Il décède en 1977. Voir
sa fiche matriculaire.
(**) : Il est trop gros. René le dira le 14 novembre
1915.
Je me lève à 9 heures. La matinée se passe au café.
Je déjeune chez les JULLIEN. Le temps est lourd et il y a de l'orage en perspective. Je vais me promener du côté de Bertichères, dans les bois.
Je rentre et je dîne encore chez les JULLIEN.
Après le diner je vais me promener un peu.
Je me lève à 8h 1/4.
On fait un appel et je vais prendre des ordres à la 36e. Chaumont est bien triste depuis le départ du bataillon. Les civils regrettent le 66.
Pour moi, c'est le premier cantonnement que je regrette vraiment. J'y ai passé quatre bons mois bien que j'ai été ennuyé quelquefois. C'est un charmant pays où les habitants ont été très chics.
Quelle différence avec St Rémy ! Je me souviendrai longtemps de la rue de la République et de ses habitants.
Aujourd'hui, temps couvert s’il en est ainsi demain, nous n'aurons pas chaud souhaitons-le.
Cet après-midi je finis ma cantine et je vais dire au revoir aux gens que je connais. Les gens sont très chics.
Je me lève à 5h 1/2.
Je vais voir une dernière fois l'église. Je mange un peu et je finis mes adieux. Je vais au poste de police vers 9h10. Tout le monde a des bouquets.
Au départ, à 9h 30, on s'arrête en face la rue de la République, on présente les armes et on crie ‘’ Vive Chaumont ’’.
Tout le monde, nous acclame. Nous avons vraiment des adieux charmants. J’en garderai toujours une souvenir ému. La route est égayée par des chansons.
Avant d'arriver à Gisors, nous rencontrons le vieux colon. On embarque les poilus et on va prendre un verre. (Fernand) LARDEUX (*) en endort un. On part à midi et demi. Nous prenons la ligne de Beauvais. On s’arrête à Auneuil.
Avant d'arriver à Beauvais un poilu du 63 dégringole du train heureusement sans se faire trop de mal.
On passe à Beauvais à 2h 1/2, à Mouy et on arrive à Creil à 4 heures. Temps couvert.
Je regrette un peu Chaumont mais se croit que je me consolerai vite.
Nous revenons sur Paris et nous nous arrêtons juste aux fortifs. Nous repartons vers le Bourget.
On nous gare et vers 9 heures, on nous fait changer de wagon pour nous mettre dans un infect wagon de 3e. Je cause un peu avec un lieutenant du 409 qui est là.
Comme nous avons faim soif, je m'en vais avec CHADRIN, à la découverte d'un bistrot.
On saute par-dessus une palissade, on tambourine à la porte d'une maison mais personne ne répond, tout le monde est couché. On rentre et je commence à m'endormir.
Le train part.
(*) : Fernand LARDEUX sera un ami très proche de René.
Nous en reparlerons plus loin.
Après avoir souffert de la dureté des bancs, nous arrivons à Pierrefonds à 6 heures. Nous attendons des ordres. Je fais un petit tour en ville.
Huit heures, nous partons pour Trosly (-Breuil).
On passe au milieu de la forêt. Le temps est couvert mais il ne fait pas trop lourd. On m'affecte à la 12e compagnie (*), l'adjudant FRONTEAU à la 8e. Nous sommes dans une espèce de bataillon mobile car le régiment est en ligne.
Je fais la connaissance des sous-officiers de la compagnie.
Vers deux heures, je pars à Pierrefonds avec le sergent DELAMARRE, pour avoir ma cantine.
Après avoir sifflé pas mal de vin blanc, nous faisons diverses emplettes, entre autres un peignoir!!. Je rencontre le fourrier des automobiles qui étaient à Chaumont-en-Vexin. Nous rentrons à 6h 1/2.
Je vais voir Mr le Curé qui veut bien me donner une chambre. Je fais un petit tour et j’emménage.
Je termine ma journée en écrivant.
En résumé pas trop de cafard car je suis dans un petit pays charmant. Je suis assez heureux.
(*) : René BRISSARD est affecté au 409ème régiment
d’infanterie le 18 juillet 1916 (fiche matriculaire).
Nous partons à 7h au tir dans la forêt de Compiègne. En route nous rencontrons RIDOIRE qui fait des travaux sur la route. Arrivés là-bas, nous faisons la pause et la cuisine roulante nous apporte à déjeuner.
On tire de midi à 2 heures, Nous revenons par des haies forestières. Chemins très mauvais et côtes formidables. Nous rentrons fourbus.
Les s/off s'engueulent avec le bureau. Je suis
présenté au nouveau commandant de compagnie, le lieutenant (Jacques)
SOULISSE.
Je rentre
me coucher de bonne heure.
(*) : Jacques SOULISSE est né à Souché
(Deux-Sèvres) en septembre 1891. Engagé volontaire pour 4 ans en 1909, il part
au 1e Zouaves. Il est en Algérie et à la frontière algéro-marocaine
jusqu'en septembre 1913. Il y a contracté en 1913 la fièvre typhoïde pendant
une épidémie de garnison.
Algérie en 1911-13. Il est blessé gravement par balle en
août 1914. Sous-lieutenant, il arrive au 409ème régiment d’infanterie en mars
1915 après son rétablissement. Lieutenant en avril 1916, il est évacué sur
blessure le 6 juin 1918. Nous en reparlerons.
Beau temps.
Exercice des 4e, 8e et 12e compagnies. Un peu d'école du soldat, de jeux et d'escrime à la baïonnette; beaucoup de pause. Nous assistons a du tir contre un avion boche. On rentre à 10 heures.
Après la soupe, j'écris ; puis présentation au major du cantonnement qui trouve que je suis mal rasé. C'est un type qui vient de la cavalerie. Je rentre encore de bonne heure.
Beaucoup de lettres aujourd'hui.
Petite marche de 16 kilomètres. On part de Trosly, nous passons par Breuil.
Avant d'arriver à la route de Soissons, nous tournons à droite et nous traversons Cuise-Lamotte. Beaucoup de fabriques de jumelles. Nous montons une côte et nous traversons un campement du 421 en plein bois. Nous redescendons par la route de Pierrefonds. Temps chaud.
L'après-midi, il y a travaux de propreté et douches. Il y a 30 hommes qui doivent aller renforcer le 409 et qui doivent se préparer. Je vais faire un piquet avec FRONTEAU.
Rassemblement du renfort après le déjeuner.
je vais à la pêche avec FRONTEAU et les autres sous-offs. On ne prend absolument rien. GAUNE, de la 9e, vient nous voir et nous partons prendre l'apéritif. Malheureusement, plus de vermouth cassis. il faut se contenter d'un vin blanc fraise.
Après le dîner, concert à la popote.
Je rentre me coucher à 10h 1/4.
Exercice avec 20 poilus pour les 3 compagnies. Ecole du soldat, stupidités. Etalonnage du pas. Temps couvert.
Ce soir, je ne vais pas à l'exercice et je reste à écrire.
Nous partons à 7 heures au tir à Compiègne. A Rethondes, je vois la voiture du ravitaillement et Pelagie. Nous tirons de 11h à midi.
On déjeune et on repart à deux heures. Poussière épouvantable.
Avant d'arriver à Trosly. Nous faisons une pause. Que vois-je passer devant moi sur la route ? (Gaston) BOURCIER qui, blessé, part en permission. On cause un petit peu.
Il n'est pas trop changé.
L'aspirant de la 4e, Double-mètre, nous paye le champagne.

La
blessure de Gaston BOURCIER
Exercice de cadres. Les sergents et caporaux commandent.
J'explique ensuite des mouvements.
Toujours une poussière terrible. Ce son nous montons sur le mont St Marc d'où nous avons une vue superbe sur le château de Pierrefonds. Je fais une théorie sur la topographie.
Après le dîner, beaucoup de bombardement d'avions.
Exercice toujours au même endroit. Exercices du tir.
Avant le déjeuner, nous assistons à un bombardement d'avion boche. Comme un culot d'obus tombe à proximité, nous rentrons.
Ce soir, exercice de cadre au Mont-St-Marc. C’est plutôt la pose. (*)
Temps très lourd et très chaud.
(*) : Pause : Erreur d’orthographe ! de la part d’un instituteur…
Tir réduit à côté de Trosly toute la matinée y passe.
Ce soir, exercice au Mont-St-Marc. Temps très chaud.
Exercice. Brouillard
Nous revenons par une forte chaleur. Toujours de la poussière.
Ce soir, travaux de propreté, douches.
Revue à 9h heures. (Jacques) SOULISSE rouspète un peu.
L'après-midi, je dors et je vais voir FRONTEAU.
Après le dîner. Nous allons au-devant de l'adjudant LUC qui revient de permission. On en profite pour siroter un peu.
Exercice
Je ne vais pas avec les gradés aussi je fais la pause. Chaleur accablante.
Ce soir, idem. Je reçois la nouvelle que Papa est parti à Carnac.
Aujourd’hui, grande journée. Elle commence hier soir.
A 10h ½, on vient me réveiller pour me dire que je pars en ligne à 7 heures. Je termine ma cantine à minuit.
A 5h, on me réveille et je me lève.
A 7h, rassemblement et à 7h 1/2 départ. Le temps promet d'être chaud mon sac pèse lourd.
On traverse l'Aisne sur le pont de bateaux et on passe à gauche du château de Ste Claire. On tombe dans une revue du général de division. On fait la pause pendant le défilé.
On repart et on s'arrête à l'entrée de St Crépin. Temps de plus en plus chaud.
Après une forte côte on arrive au camp de l'étoile. Pause. Il est dix heures.
Nous recevons la visite de JOYEUX, LAFFÉ, PAUMIER etc…On cause et on boit un petit coup.
Départ à une heure pour la porte de Tracy. Chaleur accablante. On entre dans les boyaux à 2 heures - Boyau Decherf.
A 3h, on fait la pause aux cuisines.
Vers 4 heures, on arrive à la tranchée Picard. Je suis affecté avec FRONTEAU à la 7e compagnie. Nous nous dirigeons vers la tranchée Courtois on s'installe dans l'abri chaleur épouvantable, tout le monde est éreinté. On s’installe dans l'abri. FRONTEAU va aux ordres.
On se couche vers 4 heures. A 10h on fournit un état.
Je m'endors.
A 1h20, l'autre détachement s'amène et s'installe tant bien que mal on se rendort à 2h1/2.
Je me réveille à 7h1/2, je me lève et je casse la croûte pas de jus on passe la matinée à attendre la soupe. On mange à 11 heures.
Il n'y a pas de travail aujourd'hui aussi on fait la sieste. Puis je fais quelques lettres. Après la soupe
je vais jusqu'au bureau et je cause jusqu'à 3 heures avec BERQUEZ.
Nuit tranquille.
A 6h on prend le jus. Je vais reconnaître la tranchée pour la faire nettoyer. Le génie installe les gaz. On casse la croûte et FRONTEAU s'engueule avec Double Mètre qui est venu nous retrouver.
Toujours beau temps.
On mange puis l'on va se coucher, on dort jusqu'à deux heures. Le temps se couvre. Je vais faire un petit tour dans les boyaux.
Série 1 n° 3 : Ferme de Quennevières,
de la tranchée Courtois. (*)
Après la soupe, je vais au bureau de la 7e avec FRONTEAU. là, on nous apprend que nous sommes relevés ce soir. Je m'en vais seul car FRONTEAU reste à la compagnie. La relève commence à 9 heures.
Au poste Picard, nous prenons la route. A la porte de Tracy, nous faisons la pause pour attendre les autres mais ils ne se décident pas à venir.
On part seuls et on arrive à Trosly à 1h 1/2 après avoir traversé le parc du château de St Claire. Ne voulant pas réveiller le curé, je vais coucher avec l'aspirant LAIGNER mais celui-ci trouve son lit occupé et nous en sommes réduits à coucher sur un matelas.
(*) : Probablement référence à des photographies.
Je me lève à 6h1/2.
Je laisse Double Mètre dormir et je vais me présenter chez le curé qui me redonne la chambre. Je vais voir le capitaine WINDER pour qu'il me fasse passer à la 7e et je reviens prendre l’apéro.
Après le déjeuner, je fais la sieste. Puis j'écris.
La journée se termine sans incident.
J'ai la permission de l'exercice et je me lève à 4h 1/2. Il fait un vent assez frais soufflant du N-E, mais beau temps tout de même.
Je me repose l'après-midi, j'attends inutilement FRONTEAU qui devait venir chercher sa cantine.
Je vais à Pierrefonds avec DELABARRE. Je rencontre le fourrier des automobiles. On déjeune très bien et on se promène.
A 4h, nous revenons en automobile. J'ai mal à la tête j'ai dû attraper un coup de soleil.
Exercice sur le dos, marche. (Jacques) SOULISSE s'amène et fait manœuvrer.
Ce soir, encore la pause sur le mont St Marc. BOURCIER rentre de permission et nous causons toute la soirée. Toujours temps chaud.
Tir au Mont Collet
je mets 4 balles sur 6 au fusil et 5 au revolver.
Le serpent à lunettes nous fait faire ensuite de l'instruction sur le tir.
L'après-midi, théorie par le capitaine COUILLARD sur la topographie.
Exercice habituel. je commence à en avoir assez.
L'après-midi, nous faisons un tour sur le Mont-St-Marc et nous allons jusqu'au point de vue qui domine la vallée de l’Aisne.
Le temps se couvre et devient lourd un orage se prépare sûrement.
Il commence à pleuvoir vers minuit.
A 6h, nous partons au tir de Compiègne par une pluie battante. WINDER ne veut pas prendre sous sa responsabilité de ne pas aller au tir. C'est encore un vieux (barbu ?) peu ordinaire.
Nous sommes trempés avant d'arriver.
Je fais un bon tir et nous revenons pour midi. Il pleut toujours. Je suis obligé de tout changer.
Ce soir, repos bien gagné. Après le dîner, je fais une petite manille où je perds quelques sous.
Revue par le chef d'escadron.
Il nous fait plancher mais moi je ne m'en fais pas et je réponds en peinard. Brouillard intense. On rentre en musique.
Ce soir, lecture de carte au Mont-St-Marc au même emplacement qu'avant hier.
Service en campagne, liaison en profondeur. Route de Pierrefonds. Nous revenons à travers la forêt et par le mont Collet dont nous descendons une pente à pic.
Douche l'après-midi.
A 3h 1/2, visite de santé pour la vaccination paratyphoidique. Le vent tourne au S.O.
Je vais prendre quelque chose avec Luc et je viens assister à la revue d'armes passée par BRAULT.
Cet après-midi, prise de bec avec SOUCHAULT au sujet
du service.
Je joue aux cartes. Le sergent CHAUMONT arrive et nous paye le Pernod.
Ecole du soldat comme d’habitude. WINDER devient de plus en plus ballot.
Cet après-midi, théorie qui est interrompue par une averse formidable, on rentre trempés jusqu'aux os.
Assomption.
Tir à Compiègne. Beau temps.
On déjeune là-bas et on revient à 4 heures du soir. Le renfort qui doit partir
au régiment se prépare. DELABARRE est désigné pour partir.
Exercice.
C’est moi qui m'occupe des hommes ; après une théorie sur les devoirs des
sentinelles, on fait un peu d'école de section. Je fais la sieste après
déjeuner.
A 2 heures, on m'apprend que nous devons nous tenir prêts à embarquer en auto demain aussi vais-je faire ma cantine. Je vais chercher mon linge et je fais une petite manille.
On veut boire un verre après le dîner, mais la patronne ne veut pas nous servir.
Je me lève à 5h 1/4.
Je mange des rillettes que j'ai reçues hier.
On rassemble à 6h 1/2 et l'on se dirige vers la route de Compiègne. On s'installe 11 dans une auto, tous les sous-offs de la 12e.
Série 1, n° 4 : Embarquement en auto.
On ne part qu'à 8 heures. Nous passons par Breuil
où sont toutes nos voitures, par Cuise-Lamotte, Pierrefonds.
On monte sur le plateau et on passe à Crépy-en-Valois.
Nous arrivons près de Nanteuil-le- Haudoin.
Série 1 - n° 5 - Descente de l'auto.
On casse la croûte pendant que le campement s'en va. Il fait de l'orage et il commence à pleuvoir sérieusement, Heureusement que l'on vient nous chercher. Mon premier soin est de me mettre en quête d'une chambre. J’en trouve une avec le sergent MARDELLE chez deux bons vieux très aimables.
On se nettoie car on en a besoin et on va visiter le patelin. La pluie a cessé et le soleil tape dur. Nous allons prendre l'apéritif on peut avoir du picon-citron et cela fait plaisir.
Après le dîner, digestif. La popote n'est pas trop mal.
On se lève à 8 heures.
Après avoir pris le jus, je pars me promener. Arrivé sur la place du marché, je m'entends appeler et je reconnais Mme JOYEUX. On cause 5 minutes et elle me dit que son mari est venu la voir ici. On finit le tour en ville et on va prendre l'apéritif.
Après le déjeuner, on joue aux cartes jusqu'à 4 heures. Temps pluvieux.
Après le dîner, nous faisons un tour en ville et je vais jusqu'à la gare avec MARDELLE.
On remarque les dégâts causés par les obus et les balles le long de l'avenue qui est assez bien.
Marche.
Départ 6h 1/2 - Il y a 25 poilus sur les rangs, gradés compris.
On suit pendant cinq kilomètres une route pavée. On tourne à gauche et on traverse Fresnoy. Grande plaine, riche en céréales mais où les villages sont rares. Nous revenons par la route de Villers-Cotterêts.
En rentrant, la pluie qui menaçait depuis un moment se met à tomber à verse. Nous n'attrapons que le commencement.
Toujours pas de lettres cela devient embêtant.
Après le déjeuner, on fait une manille où je gagne 22 sous.
Nous recevons l'ordre de nous préparer à quitter Nanteuil. Le P.D.D (*) part à Boissy. Je vais faire ma cantine.
Après le dîner, je sors avec MARDELLE et je rencontre. FRONTEAU qui revient de permission.
On cause un peu et je rentre me coucher.
(*) : Parc Divisionnaire du Dépôt.
Je commence par perdre 30 sous à la manille.
L’après-midi je vais à Boissy avec MARDELLE ; nous
dégottons un lit mais pas de popote. Rencontre un bataillon du 408 qui vient au
repos. On rentre en voiture.
Après dîner, petite promenade avenue de la gare.

On
remarque de suite que seul le dépôt divisionnaire se trouve à Boissy.
Ce
qui veut dire que René BRISSARD n’est toujours pas aller
en tranchées
On rassemble à 7h 1/2.
Après une demi-heure d'attente, on part, chef d'escadron en tête. On arrive à 9h 1/4.
Je m'installe à côté du bureau et je surveille l'installation du cantonnement.
Je fais cuire une boite de veau aux nouilles avec l'adjudant BROSSET. On déjeune chez une bonne femme, puis je vais voir avec Luc une moissonneuse-lieuse ensuite je fais un petit somme sur l'herbe.
En rentrant au cantonnement, je trouve un lit chez la patronne de la popote avec le sergent CHAUMONT. Les camarades vont chercher du bois pour faire leurs lits et je les accompagne pour voir s’il n'y a pas du gibier. On travaille tout le reste de l'après-midi. Je reçois une demi-douzaine de lettres.
Après le dîner, je joue au dix-sept avec (Jacques) SOULISSE, BRAULT et ROBIN. Je perds 4 francs.
L'exercice reprend. Toujours les mêmes âneries. Ecole du soldat.
Après le déjeuner, manille sur l'herbe.
Ce soir, à l'exercice, théories. Le T.R. (*) du 408 vient cantonner à côté de nous.
Le soir manille qui me coûte encore 3 francs. Je suis dégoûté des cartes.
(*) : TR : Train régimentaire : ensemble des moyens d’un
régiment destinés à fournir ce qui est nécessaire aux unités pour subsister.
Commandé par l’officier d’approvisionnement, il est composé d’environ une
quinzaine de voitures hippomobiles.
Un peu de changement à l'exercice, nous faisons une installation de petits postes. La pause nous voyons beaucoup de gibier.
L'après-midi, courte théorie.
Je ne joue pas aux cartes.
L'exercice se compose d'une seule séance de gymnastique d'une demi-heure.
Ce soir, la même chose. Je perds après le déjeuner 28 sous à la manille. On souhaite la fête à ROLIN le rempilé et on va prendre l'apéritif.
Après le dîner, CHAUMONT scie les pieds de lit aux deux adjudants qui, en voulant se coucher, vont embrasser la terre.
Nous partons aujourd’hui pour une autre destination. Je me lève à 7h et je finis ma cantine. Préparatifs de départ durant la matinée. Temps beau et chaud.
On rassemble à midi 30 et l'on part à travers bois. On arrive à Ormoy-Villers à 2h30. On fait la pause.
Comme on ne sait quoi faire, les camarades jouent aux cartes et je dors.
Série 1 n° 6 : Officiers et sous-officiers jouant aux cartes.
Nous arrivons à la gare vers 4h 1/2.
On embarque et on reçoit des engueulades de cet idiot chef d'escadron que ne se croit pas peu de chose. On part à 6 heures au moment où un orage épouvantable éclate.
Quant à moi, j'ai un peu de fièvre et mal à la tête aussi je me couche dans de la paille que nous avons barbotée à des mitrailleurs. Nous passons par Verberie et nous redescendons sur Creil.
Ensuite nous passons par Beauvais et nous redescendons vers Breteuil.
Nous arrivons à Breteuil à 1h 1/4. On débarque et on casse la croûte.
A 2 heures, on part pour le cantonnement qui se trouve à 15 kilomètres. Marche très dure. Avant d'arriver à Froissy, on est rattrapé par un convoi de canions. On s'arrête à l'entrée de La Chaussée du bois d'Écu. On y entre à 7 heures. Les habitants sont aimables comme des portes de prison. On s'installe dans une maison abandonnée.
Série 1, n°7 : Le commandant de compagnie en train de dormir.
L’après-midi se passe à faire l'installation du bazar. Je vais faire un somme sur un tas de foin. Comme popote, c'est infect. On ne peut guère trouver plus mal comme cantonnement. On passe la soirée à se promener dans le patelin. Quelques s-offs vont chercher des légumes à bon marché dans les jardins.
Je me couche à 8h 1/2.
On se lève à 7 heures. Je fais ma toilette et je me rase. Il pleut. On passe la matinée d'une façon monotone.
Le soir, une manille et lecture des journaux. On souhaite la fête au sergent CHOUTEAU et on lui offre un bouquet avec un chou au milieu. Il tombe une averse formidable.
Exercice à 6h 30.
Nous allons sur la route de Puits-la-Vallée ; on fait de l'école de section pendant deux heures.
L'après-midi, avant de partir à l'exercice, il tombe une averse terrible. On nous annonce que les permissions sont suspendues jusqu'à nouvel ordre.
Théorie de 20 minutes et l'on rentre à 5 heures moins le quart. Un nouveau commandant prend le commandement du P.D.D.
Série 1 n°3 : La cuisine roulante au cantonnement.
Exercice comme d'habitude. Temps lourd et orageux.
Cet après-midi, on interrompt l'exercice pour rentrer avant un orage qui monte. On arrive à l'entrée du village comme cela commence à tomber. Il pleut à seaux la rue est transformée en fleuve. Un quart d'heure après on peut rentrer.
Au moment de se coucher, on met une gamelle au-dessus de la porte et c'est LUC qui la reçoit, il se rattrape en faisant tout voler dans la cagna.
Marche.
On rassemble 5 minutes en retard et on est obligé de rejoindre.
Nous passons par Maulers, Luchy, (Là, la pluie se met à tomber) Auchy-la-Montagne. Total 12 kilomètres. Il pleut.
Ce soir, repos.
Exercice habituel. École de section.
Cet après-midi, les officiers vont se faire payer et je fais la théorie avec LUC.
Rien de particulier à signaler.
L'exercice consiste à se reposer. A la fin, les poilus font un peu d'école de compagnie.
Ce soir, visite de santé à 3h 30. En rentrant, répétition pour une revue qui doit avoir lieu demain. Je n'en fais pas partie.
Après le dîner, je vais me promener.
Je reste au cantonnement pendant que les autres vont à la revue. On va siffler quelques bouteilles de vin blanc. Les autres ne rentrent qu'à midi. On reçoit l'ordre de se tenir prêts à partir par étapes. On monte la voiture de compagnie et on vide les paillasses.
On se lève à 4h 1/2. Derniers préparatifs.
On rassemble à 5h 1/2 et on part à 6h. Nous passons par Puits-la-Vallée, Maisoncelle. La route est embarrassée par les convois. Nous passons à Breteuil à 10h et nous n'en repartons qu’à 11h car la route est toujours encombrée.
La grand’ halte se fait dans un champ. Nous arrivons à Rocquencourt à 3h.
C'est un village dans le genre de La Chaussée. Le fourrier n'a même pas cherché un cantonnement pour les sous-officiers et se fait attraper. On s'installe dans un grenier et on va prendre l'apéritif. SOUCHAND commence à être légèrement gai.
Après le dîner nous allons faire un petit tour mais nous rentrons bientôt car nous sommes fatigués.
Aujourd'hui, repos.
Je cherche du fromage dans le patelin pour casser la croûte et je ne trouve rien. Temps couvert.
Après le déjeuner, je pars à Montdidier avec (Jacques) SOULISSE et SOUCHAND.
Nous passons par Villers, Tournelle et nous arrivons là-bas vers 1h 1/2. On s’arrête à l’hôtel St Eloi et on va faire nos achats en ville.
Série 2 n° 1 : Montdidier, vue générale (pause).
Série 2 n° 2 : Idem.
Nous revenons à St Eloi, où nous buvons le champagne avec d'autres officiers. Nous rentrons à 6h 1/2 et je ne trouve plus rien à manger, les officiers m'invitent.
Nous ne partons pas exercice ; j'ai la permission et j'écris. Temps couvert.
Cet après-midi, lecture de la carte sur une crête. Vastes plaines légèrement accidentées. Il pleut un peu.
En rentrant, on joue aux cartes et je perds 18 sous.
Le canon gronde fort.
Exercice.
Étude de la section au combat et bonds. On finit par de l'école de compagnie et
l'on rentre à 10 heures. Assez beau temps.
Le soir, lecture de la carte, croquis d'après le terrain.
Après le dîner, les camarades de la 10e et VADIER (*) viennent nous voir et nous restons jusqu'à 9h 1/2 à chanter.
(*) : IL s’agit, peut-être de l’adjudant
Clément VADIER mort pour la France le 3 mai 1917.
Exercice : Nous passons toute la matinée à faire l'attaque d'une crête. Manœuvre confuse.
Cet après-midi, en fait d'exercice, nous faisons la pause.
BROSSET ne va pas à l'exercice et SOUCHAND en profite pour faire toute une histoire.
Nous recommençons l'attaque de la fameuse crête
mais cela dure jusqu'à 10 heures. (*)
En rentrant, on s'occupe du départ des renforts.
CHAUMONT et DUFRESNE nous quittent. Le bruit court que nous devons embarquer demain en auto. Préparatifs. Nous allons à Plainval à 3 km de St-Just.
(*) : Il s’agit de manœuvres d’exercices.
Réveil à 5h30. Départ à 7h par un épais brouillard. Nous passons par Sérévillers, Plainville - Nous
rencontrons des dragons – Sains, Morainvillers,
Brunvillers, Lamotte, où il y a un dépôt de coloniale.
Nous faisons la grand’ halte au sortir du patelin.
A 1h, nous partons pour la ferme du Val où nous
devons cantonner. Nous y trouvons le dépôt du 166 qui va renforcer son
régiment. Je vais chercher le matériel à Plainval qui
est à 1200m. Après le dîner, partie de cartes.
Je couche dans une grange avec LUC. Nous n'avons pas trop froid. Je dors bien.
Nous avons travaux de propreté ce matin. On organise les sections non sans peine.
Après le déjeuner, nous partons à St Just. Jolie petite ville, beaucoup de troupes. Nous nous promenons un moment et nous rentrons vers 3 heures. Nous ramenons une petite chienne qui nous a suivi.
Aussi, après le dîner, je vais la ramener avec LUC. Je ne trouve pas de chargeurs pour mon revolver
Nous rentrons à 8h 1/2
Exercice aussi idiot que d'habitude. Ecole de section et déploiements.
Ce soir, théorie et lancement de grenades.
En rentrant, j'apprends que je vais suivre un cours sur le fusil mitrailleur (*)
Nous avons des lettres.
(*) : Le 5 septembre, le régiment a reçu 70 fusils
mitrailleurs. (JMO)
Commencement du cours. Pas de méthode. Démontage et très peu de nomenclature.
Ce soir, nous commençons la nomenclature et nous tirons un peu. Pas de lettres. Je vais faire un tour à Plainval. Vin ignoble.
Théorie. Fonctionnement, démontage.
A déjeuner SOUCHAND fait toutes sortes d'histoires pour le service.
Ce soir, tir et théorie.
Après le dîner, je vais à St Just avec HODON et LUC. Nous ne rentrons qu'à la nuit. Assez beau temps.
Ce matin, vent très froid: nous nous en ressentons à la théorie aussi, allons nous copier les notes au soleil derrière un bois.
Ce soir, nous tirons.
Temps très froid.
(Deux lignes effacées)
Toujours temps froid.
Nous nous attaquons au fonctionnement (du
fusil-mitrailleur). Je commence à savoir quelque chose.
Ce soir, toujours la même chose. Le vent tombe et il fait un peu moins froid.
Nous mettons le fonctionnement au point et nous finissons de copier les notes. Temps moins froid.
Ce soir, tir. BOURCIER m'écrit qu'il m'a trouvé une autre marraine. Décidément, il en pleut.
Beau temps dans la soirée.
La journée commence par une engueulade. (Jacques) SOULISSE vient passer une revue à 8h et rien n'est prêt. Il m'accorde tout de même une permission d'aller à St Just mais la refuse aux sergents.
Je pars à midi avec BROSSET et LUC
Série 2 n° 3 : Adjudant LUC.
Nous faisons nos achats. Il passe un convoi d'une centaine de camions.
Série 2 n° 4 : Camions passant dans une rue de St Just.
Nous prenons un verre et nous revenons.
Après le dîner, nous buvons un nombre respectable de bouteilles de vin bouché et nous chantons de nombreuses chansons. On se sépare à 9h légèrement gais.
Il pleut.
Nous allons faire théorie à la ferme de La Fosse-Thibault. Nous revenons avec
un fort vent debout.
Ce soir, même chose.
La pluie cesse de temps en temps. On m’annonce que BABIN est disparu.
Théorie à la ferme ce matin. Ce soir, comme il fait un peu meilleur, nous tirons et nous restons jusqu'à 4h1/2 à geler.
Après dîner, je vais à Plainval avec LUC et CHOUTEAU.
En rentrant, on souhaite l’anniversaire au lieutenant qui nous paie le champagne mais qui nous force à boire dans des récipients différents.
Bonne soirée qui se termine par de nombreuses chansons.
Les camarades ont marché. Il commence à pleuvoir un peu mais nous allons au tir quand même.
Vers 8h1/2 la pluie se met à tomber fortement et nous rentrons finir la théorie au cantonnement.
A midi, arrive l'aspirant (Émile) BELOT (*) qui sort de St-Cyr.
Ce soir, théorie à La Fosse-Thibault.
(*) : Émile BELOT a été promu aspirant le 10 septembre
1916 (JO, page 8024).
Théorie par temps froid.
Ce soir, théorie et exercices divers. Rien d'important à signaler.
Ce matin, nomenclature et fonctionnement, révision.
Ce soir, tir toute l'après-midi, expériences diverses. Beau temps.
Dernier jour du cours. Théorie.
Ce soir, la pause dans le bois. (Quelques mots effacés)
Il y a une histoire à l'appel.
L'histoire se finit sans trop de mal. Nous allons à St-Just mais nous revenons vite car ou nous annonce que nous partons demain. Nous ne trouvons pas à dîner.
Ce soir, ou joue aux cartes et on fait un appel serré avec (Jacques) SOULISSE.
La matinée se passe à faire les préparatifs de départ. On rassemble à 10h 1/2 et l'on quitte la ferme vers 11h. A la Fosse-Thibault nous attendons le 408. Temps très chaud.
A la deuxième pause, beaucoup d'hommes ont déjà lâché.
Avant d'arriver à Sérévillers nous faisons une pause d'une demi-heure. La fatigue commence à nous prendre. Avant d'arriver à Ainval, nous nous arrêtons pour faire la grand halte il est temps car tout le monde n'en peut plus.
Série 2 n° 5 : Arrivée à la Gd Halte (Ainval).
Série 2 n° 6 : Officiers et sous-officiers.
A 6h 1/2, nous entrons au cantonnement. Pays infect, plein de boue. On se case tant bien que mal dans une vieille maison. Je suis rompu.
BITON, CHOUTEAU, et PAILLAT vont faire la bringue mais je me couche car je n'en peux plus. C'est une des marches les plus dures que j'aie faites.
Nous ne partons pas comme nous nous y attendions. Il y a repos toute la matinée.
Ce soir, revue de cantonnement à 2h. Je ne vais pas à l'exercice et je fais tous ranger.
Avant le dîner, on essaye de saouler SOUCHAND mais on n’y réussit pas.
Après le dîner, (Jacques) SOULISSE nous offre le champagne. En sortant on voit très bien les éclairs des pièces lourdes.
Exercice de détail et escrime à la baïonnette.
A midi, on apprend que nous fournissons un renfort j'en suis et je fais tout de suite ma cantine.
Au dîner, on offre un bouquet à SOUCHAND et on va prendre le champagne en sortant, nous allons voir l'auto cinéma et nous allons nous coucher.
On se réveille à 5h. Après un rassemblement très péniblement effectué, on se
met tout de même en route. Les bonshommes commencent à tomber. A Braches se trouvent des
baraques.
Nous faisons la grande halte avant d'arriver à Hangest-en-Santerre.
Le 408, n'ayant pas mangé, il faut s'arrêter un peu plus loin. On arrive à Caix en passant par Cayeux, à 5h du soir. On s'installe dans des baraquements dans un petit ravin. Je fais les distributions et je regarde la saucisse atterrir. Je casse la croûte et vais me coucher à 8 heures.
Je me lève à 7 heures.
Avec peine, on trouve de l'eau pour se laver. Je vais ensuite à Caix voir l'officier de détail qui fait les affectations. On m'envoie à la 5e. Il pleut un peu. Je rentre au camp et je déjeune. Nous partons à 2 heures. Nous passons par Harbonnières, Herleville nous prenons le boyau à ce dernier patelin, à 5h 1/2.
Le terrain n'est pas trop mauvais mais bientôt il devient irrégulier. Le guide nous perd. Nous arrivons au poste du colonel à 8h 1/2.
De là on nous envoie à nos compagnies, respectives.
Nous recevons quelques fusants. Je suis versé. Pour la nuit à la section de l'aspirant AUZANNEAU où je mange et bois la gnôle.
(Gaston) BOURCIER vient me voir dans la cagna et nous causons un peu. Avant de m’endormir, je fais un tour dans la tranchée avec le lieutenant TRICOT. Visite du barrage.
Je me couche à minuit et demi.
A 2 heures, suis réveillé par un bombardement très violent qui dure jusqu'à 6 heures. On répond peu on pas. Je me lève à 7 heures et vais voir le Cdt de la 5e. Le chef de bataillon passe. Je vais au PC du 2e bataillon où l'on m'affecte à la 2e compagnie de mitrailleuses.
Je suis dans la joie. Je vois (Gaston) BOURCIER et Double Mètre et je m'enfile un bon grog. Je déjeune avec les officiers de la 5e.
Après le déjeuner petite séance de marmitage qui dure jusqu'à trois heures. Je vais voir FRONTEAU à la 7e.
Après le dîner, je prends le quart à 8h.
Un de mes poilus est blessé à 9h 30, légèrement à la figure. C'est ARNAULT.
Je vais me coucher à 10h 1/2.
Je suis réveillé par le commandant de compagnie. Je m'occupe des travailleurs et me promène dans la tranchée du prunier.
A 9h 1/4, DESGRANGES m'emmène manger dans une sape située au bout de la tranchée. Les 150 commencent à tomber. Le tireur (Gaston) DUMONT qui était en haut de l'escalier s’apprêtait à descendre quand un 150 arrive la terre commence à s’ébouler sur nous et le type se met à crier.
On le dégage et on l’emmène. il
a un trou dans le dos il parait que la colonne vertébrale est atteinte et qu'il
n'en a pas pour longtemps. Pauvre gars ! (*)
Je fais évacuer la sape. Ensuite, je vais voir comment est creusé le boyau qui doit nous abriter pendant le bombardement.
Je rentre à ma cagna vers 1 heure et j'écris.
C'est aujourd'hui que nous avons retardé notre montre d'une heure. Les avions commencent à circuler. Je vais dire bonjour à FRONTEAU et je rentre ; je prends le quart de 9h 1/2 à minuit. Quelques obus vers 10 heures.
(*) : Georges DUMONT mourra de ses blessures le 17
octobre. Voir sa fiche.
Je me réveille à 6h 1/2.
Après avoir bu le jus, je fournis un état des fusils hors de service. Les boches lancent des fusées rouges je vais porter l'état mais les obus commencent à dégringoler et je me réfugie avec le lieutenant (Jean Baptiste) HOURTANÉ (*).
Je rentre à la cagna sans avarie.
A 11h, je retourne voir le lieutenant juste au
moment où les obus commentent à tomber. On m'offre le café et je reviens en
vitesse
Il parait que nous sommes relevés ce soir.
Série 2 n°7. Tranchée du prunier par temps de pluie. Sgt DESGRANGES et caporal BÉRU à l'entrée de mon P.C.
Il pleut.
A 2 heures commence le bombardement. Les 5e et 7e. compagnies évacuent leur tranchée ; je reste avec la 6e. Il pleut toujours.
A 4h 1/2, on vient me dire que la relève n'aura pas lieu. Je vais m'en assurer par la tranchée qui est pleine d'eau.
Le bombardement et la pluie ont cessé. Je me couche à 7 heures.
A 9 heures, je suis réveillé, par une nouvelle danse. Cela tombe partout. C'est terrible.
A 10 heures, cela cesse. Je m'assoupis.
(*) : Jean Baptiste Cyprien HOURTANÉ est né en 1892 à
Perpignan. Étudiant, il s’engage pour 3 ans en 1912 au 125ème régiment
d’infanterie. Caporal, sergent, il est nommé sous-lieutenant tout au début de
la guerre. Trois fois blessé, 6 citations très
glorieuses durant la guerre, légion d’honneur. Reste militaire après la guerre.
Capitaine en Algérie, commandant, guerre du Maroc (puis durant la seconde
guerre mondiale). Sa fiche matriculaire comprend 7
pages.
Je prends le quart à 2 heures, rien de particulier à signaler. Je lis un bouquin.
A 6h, je reçois une note qui me dit d’évacuer la tranchée avec la 6e compagnie et d'aller dans la tranchée Bourgeat. On déménage et on se case avec peine. Le tir de repérage des pièces lourdes qui devait commencer
À 7 heures est reculé. En effet les avions ne peuvent pas voler à cause du brouillard.
A 9h. les Boches répondent jusqu’ à midi et demi. Je mène ma section en réserve à la place de l'adjudant (Marcel) GIRARD. Le mouvement est terminé à 2 heures.
Les crapouillots commencent à tirer aussi les obus rappliquent.
On s'installe, dans une sape. Le bombardement s’effectue de la façon la plus intensive nombreux avions. Les Boches répondent de temps en temps.
A partir de 6 heures, ils commencent à contrebattre les crapouillots cela dure toute la nuit.
(*) : Marcel Jean Alexandre GIRARD sera tué en juillet
1918 dans l’Aisne.
Vers minuit, il tombe plusieurs gros obus près de la sape. J'apprends que le lieutenant (Gaston) BASQUIN de la 5e est tué par un 150. (*)
A 3h ¼, la section du 408 qui doit me succéder vient me relever. On s'en va tant bien que mal, pas trop d'obus. On se perd dans des trous de torpille. On retourne et l'on repart dans la bonne voie. On croise avec peine une section du 408.
A 4h 40, nous arrivons dans la tranchée des Marquis et nous nous installons dans un abri caverne avec des téléphonistes. Beaucoup d'obus à côté de la tranchée ; terrain bouleversé.
Toute la journée est consacrée au repos : nous avons des batteries derrière nous. Le temps est pluvieux non favorable au repérage.
Ce soir, la pluie se met à tomber fortement à partir de 7 heures. J'ai perdu mon revoler pendant la relève.
(*) : Georges Édouard BASQUIN, sous-lieutenant au 409ème
régiment d’infanterie mort pour la France le 3 octobre 1916. Voir sa fiche.
Je me réveille à 6h1/2.
Je fais faire la corvée de boyaux. Activité moyenne d'artillerie.
Après le déjeuner, je passe mon temps à voir les obus qui tombent sur Vermandovillers. Le lieutenant BERNAJOUX est évacué. L'artillerie se met à taper et les avions sont nombreux. Le temps a l'air de vouloir se brouiller.
Je me couche de bonne heure.
Assez beau temps aussi les avions se promènent.
L'artillerie donne toute la matinée, on voit très bien les torpilles en l'air. Les Boches répondent pas mal.
Le lieutenant VALTAT prend le commandement de la compagnie.
Je fais un somme après déjeuner et j'attends qu’on nous apporte des bougies. L’artillerie tape toujours. Nous dînons de bonne heure et je me couche à 6 heures.
A 6h1/2 il se produit un tir de barrage sérieux qui fait tout trembler.
Je me lève à 4h 1/2 et je m'apprête à aller reconnaître un emplacement devant Soyécourt. Mais il y a contre-ordre et je m'en vais à la tranchée des Gourgandines.
Après avoir essuyé une rafale de 105, je reviens par le boyau de la Reine, nous avons de la boue jusqu'aux genoux ; rencontré des territoriaux qui reviennent de poser des torpilles et qui s'en vont de leur allure d'escargot. Comme le boyau devient impraticable, nous moutons sur le parapet et nous marchons au milieu des trous de marmites.
En rentrant, je n'en peux plus et je casse un peu la croûte pour me remettre.
A 9 heures, je vais reconnaître avec VALTAT le boyau du Duc et nous allons voir le commandant d’une compagnie de mitrailleuses du 408. En revenant, je mange un peu, je me décrotte et je me repose une heure.
Toute l'après-midi je me repose et j'écris.
A 5h10, un tir de barrage se déclenche et dure un bon quart d’heure. il doit y avoir en du grabuge en 1ere ligne.
Je pars à 5h 1/2 reconnaître mes emplacements pour l'attaque dans la tranchée
du Prunier, je passe par le boyau du Duc et je prends en passant le commandant
de la compagnie de mitrailleuses du 408.
Avant d'arriver à la tranchée, je vois trois types déchiquetés par un obus de hier soir. Je reconnais les emplacements qui sont fort mauvais et je reviens par la tranchée des Gourgandines et le boyau de la Reine qui est toujours aussi mauvais.
Je casse la croûte et vais voir la 7e dans le Bois étoilé. Le terrain est absolument bouleversé, pas un mètre qui ne soit pas fouillé. Je vois TROUTEAU et (Fernand) LARDEUX et je vais voir le capitaine BLANQUIE. Nous prenons des dispositions.
Il commence à pleuvoir sérieusement. Je rentre et nous mangeons.
Après le déjeuner, je vais voir les camarades qui jouent aux cartes, je me décide à y jouer et je perds 5 francs.
A 5 heures, réunion des chefs de section et prise de dispositions. Je me couche vers, 7 heures mais suis obligé de me relever pour retirer un trépied qui se trouve pris sous un éboulement du parapet.
Je me lève à 6h 1/2 et vais voir le lieutenant qui me demande.
A 7h 1/2, nous partons reconnaître un emplacement vers le bois du Cerisier. Les crapouillots tirent et on y arrive sans trop de mal. On reconnaît le boyau couvert et les emplacements de batterie. C'est rudement mauvais.
En revenant, les Boches déclenchent un tir de barrage sérieux et nous commençons à trotter. Enfin nous en sortons assez rapidement et je rentre casser la croûte. Enfin c'est une belle émotion. L'artillerie tape dur.
A déjeuner nous avons de la salade, ce qui nous fait plaisir. Ensuite j'écris un peu.
Cet après-midi, je vais encore voir jouer aux cartes. Ce soir l'artillerie donne vraiment fort. On attend des ordres.
A 7 heures, tir de barrage, un boche prisonnier passé dans la tranchée. Je reçois une note qu'il faut se tenir prêts à partir cette nuit.
Je me couche à 3h 1/2.
Le grand jour J est arrivé ; à 1h on me prévient qui il faut que je sois à 5h à mes emplacements. Je me rendors un peu et, à 2 heures, on se lève ; je vais prendre les derniers ordres : je ne dois plus aller au bois du Cerisier, je dois aller au poste Derville.
A 3h1/4, on se met en route, mais comme on commence à se perdre on monte sur le dessus et on s'en va à découvert. Arrivé à Derville, je cherche une cagna pendant 3/4 d'heure. J'en trouve une à la fin.
A 5h, le lieutenant VALTAT arrive et m'emmène dans le boyau Besson par le boyau de la Reine, boyau épouvantable, bouleversé et battu. Arrivé là, je trouve une sape pour ma section et je repars la chercher. je suis fourbu et peux à peine avancer.
J'arrive enfin au boyau Simon où je suis obligé de boire un quart de gnaule. J'emmène ma section au boyau Besson.
Nous y arrivons à 6h 45. On s’installe dans la sape.
Par bonheur, le bombardement ne commence qu'après notre installation. On reste là en attendant. Le bombardement commence fortement.
Les boches répondent pas mal et tout près de notre cagna. Le temps est interminable.
Enfin 11 heures arrivent, les 75 crachent, environ 10 minutes après les boches déclenchent leur tir de barrage.
Midi 30, cela cogne moins fort. Attention maintenant aux contre-attaques.
Vers 2 heures, le lieutenant m'envoie reconnaître un chemin pour me mettre en liaison avec le lieutenant DOLÉAC. Ça tombe dru aussi je fais vite je passe par le boyau des Grenadiers et le 6 ter weg (*). Il y a une compagnie qui fait la carapace.
Le boyau est plein de boches tués. Je trouve le lieutenant DOLÉAC qui me renvoie à la compagnie. Je reviens encore pendant que ça tire. En arrivant, je n'en peux plus.
Vers 6h, même manège, je vais dans une tranchée qui tourne à droite dans le 6 ter weg et j'y reste une heure avec le lieutenant DOLÉAC. Je fais venir ma section.
Vers 8h, on repart par la tranchée du Prunier. Les poilus n'en peuvent plus ! Aussi je les fais arrêter. Je me mets à la recherche du commandant et je rattrape le lieutenant DOLÉAC dans le boyau du chêne. Tout à coup les obus se mettent à tomber et on se serre dans un petit boyau. Un 210 éclate à 3 mètres derrière moi, blesse DOLÉAC et tue pas mal de monde. Je suis abasourdi, c'est une protection que je n'aie pas été touché (**).
Je reviens en titubant trouver VALTAT et je bois un peu de gnaule pour me remettre.
Je retourne à la tranchée du Prunier pour me reposer. Il fait un froid terrible. Je me case comme je peux dans une petite cagna.
(*) : Weg, chemin en allemand,
mot repris par les poilus. 6ter pour sixième chemin dérivé de la tranchée 6.
(**) : René BRISSARD a toutefois perdu l’audition d’une
oreille suite à cette explosion d’obus.
A part un tir de barrage, la nuit est assez calme.
Ce matin, la section étant encore très fatiguée, je reste dans la tranchée du
Prunier pendant que les autres vont reconnaître des positions vers Ablaincourt.
Je me sens tout bouleversé. A peine ai-je déjeuné que je vais rendre tout de
suite.
Je me couche un peu mais comme vers 2 heures je me sens de plus en plus malade, je demande la permission à VALTAT d'aller voir le major pendant que DESGRANGES va reconnaître un emplacement pour une attaque prochaine. J'attends le major jusqu'à 3h 1/2.
Il m'évacue pour commotion. Je vais rendre compte péniblement à VALTAT car j'ai les jambes fort faibles. Je lui dis au revoir et je reviens en me dépêchant car une contre-attaque à l’air de se déclencher et le tir de barrage commence.
Je me traîne péniblement jusqu’au poste qui se trouve derrière les batteries.
Là, on me roule en charrette jusqu'à Foucaucourt où je trouve une auto qui me mène à Harbonnières. Après avoir bu un peu de thé on nous embarque dans un camion où nous sommes terriblement secoués.
Vers 9h 1/2, on arrive à l’ambulance de Cayeux où je peux me laver un peu.
Ensuite ou nous dirige sur l’hôpital d'évacuation où l'on m'examine et où on m’évacue sur la zone des étapes.
Que de paperasses !!! On attend le train jusqu’à 1h du matin. Je me sens un peu faible.
On embarque à 2h 1/2 et après nous avoir fait changer de wagon, on part tout doucement ! Je suis avec l'adjudant (Lucien) ALAPHILIPPE de la 3e compagnie. Je dors un peu.
Nous passons à Villers-Bretonneux et nous nous arrêtons un bon moment à Longueau où on nous donne le jus : il est 7h 1/4.
On tourne à gauche et au se dirige sur Montdidier. Nous descendons toujours vers le Sud. On nous distribue du bouillon et des haricots verts. Le train va toujours très lentement.
A Estrées-St-Denis, il y a une espèce de triage et l'on reste 3 heures.
On arrive au Bourget à 7h du soir, puis à Aubervilliers à 8h 1/2 où on nous sert à dîner ce qui nous remonte.
Je m'endors et le train repart.
(*) : L’adjudant-mitrailleur Lucien Eugène ALAPHILIPPE a
été blessé le 10 octobre par éclat d’obus à la main droite. Né à paris en juin
1888, il effectue son service militaire au 66ème régiment d’infanterie en
1909-10. En août 1914, il arrive au 266ème régiment d’infanterie puis passe au
409ème régiment d’infanterie (quand ?). Nous en reparlerons.
A 1h, je me réveille à Château-Thierry. Qu’allons-nous faire par-là ? Le train repart et arrive vers 4h1/2 dans une gare appelée Damery-Boursault. Personne ne nous attend et on nous colle dans des salles d'attente.
Enfin vers 6h, on vient nous prendre en voiture et on nous conduit au château de Boursault où se trouve l'ambulance 7-12.
Aménagement superbe, vue splendide, parc admirable. Je me lave un peu et je donne mes effets à la désinfection.
Puis, je suis conduit dans un petit salon situé dans une tourelle et qui forme chambre.
Je suis avec (Lucien) ALAPHILIPPE, un autre adjudant et un sergent de la coloniale. Je me mets au lit avec délices.
A 8h 1/2, le médecin-chef passe et me met au petit régime.
A 10 heures, je mange du bouillon, un œuf, un peu de viande et du riz. Ensuite je lis et j’écris.
L'après-midi, je me repose. Au dîner, petit régime. On est éclairé à l'électricité.
Je m'endors à 7h 1/2 mais je suis réveillé par un infirmier qui a ramené du champagne et des biscuits.
Après une assez bonne nuit, à la visite, je suis maintenu au petit régime.
La journée se passe sans événement.
Il fait un temps brumeux.
Réveil à 6h30.
Je me sens un peu enrhumé. Je suis toujours au petit régime.
Après déjeuner, nous jouons aux cartes. Il pleut et le temps est froid.
Je lis un peu avant la visite. Beau temps. Maintenu au petit régime.
Nous jouons aux cartes cet après-midi, je perds 27 sous. Je reçois une lettre de Tours.
Beau temps, un peu froid. Je suis un peu enrhumé. Aux cartes, je gagne 10 sous.
Le temps se brouille dans l'après-midi.
Pas de lettres de Tours.
Le vent souffle en tempête.
Il paraît qu'il y a un général dans d'ambulance aussi tous les pansements sont-ils refaits. Mais on attend en vain le général. Toujours la manille au 34, je perds 4 sous et j'en regagne 10 à l'enchère.
Temps épouvantable
il pleut à seaux. C'est un major à 2 galons qui passe la visite
Série 2 n° 8 : Adjudant (Lucien) ALAPHILIPPE, adjudant DUMORTIER et sergent MOLARD dans notre chambre à Boursault.
Cet après-midi, en jouant aux cartes, je perds 2F75.
Le médecin chef, en passant la visite, me dit que je pars. Mais un moment après, il y a contrordre.
Je vois le médecin-chef qui me dit qu'il préfère me garder encore quelques jours.
Cet après-midi, nous faisons une petite manille et je prends quelques photos pour (Lucien) ALAPHILIPPE.
Après le dîner, je perds 10 sous. Temps superbe.
Rien de nouveau à la visite.
Temps beau et froid. je m'ennuie un peu. A la manille, je perds huit sous.
Temps très froid.
Le médecin-chef m'annonce que je pars demain. Je vais chercher mes affaires et
j'ai une prise de bec pour avoir mon étui à revolver. Ensuite je fais de la
photo.
Série 3 :
n°1 et 2 : Adjt (Lucien) ALAPHILIPPE et DUMORTIER et sgt MOLARD
n°3 : R.B. portrait (*)
n°4 : R.B. en tenue d'ambulance.
J'apprends la mort de DE BECDELIÈVRE (**) et de 4 poilus de ma section.
A la manille, le soir je perds 26 sous.
(*) : R.B. = René BRISSARD
(**) : Amoury DE
BECDELIÈVRE, 19 ans, sous-lieutenant au 77ème régiment d’infanterie, mort pour
la France la 10 octobre 1916. René l’a connu à l’école de St Cyr. Voir sa fiche matriculaire.
Je quitte l'ambulance à 6h 15 et je vais à pied jusqu'à la gare. Je passe la journée à Paris.
Arrivée à Tours.
En permission.
En permission.
Voyage à Lisieux.
En permission.
En permission.
En permission.
Manifestation des écoles au cimetière.
Beau temps.
Dernier jour de la permission : Toussaint. Temps pluvieux.
Manifestation des sociétés et promenade dans la rue nationale. Je termine par une manille avec les aspirants PERCHERY (*) et LAFLORENCIE (**).
(*) : André Jean Émile Pierre PERCHERY, né à Tours en
octobre 1897, est étudiant. Incorporé au 125ème régiment d’infanterie en
janvier 1916, il part à St Cyr et est promu aspirant le 15 octobre 1916. Il
survit à la guerre. Voir
sa fiche matriculaire.
(**) : Maurice Louis Gérard LAFLORENCIE, né à Tours en
juillet 1898, est étudiant. Engagé volontaire à 18 ans, il part à St Cyr et est
promu aspirant, lui aussi, le 15 octobre 1916. Il survit à la guerre. Voir
sa fiche matriculaire.
Je pars à 8h 40. Je n'ai pas trop ce cafard car je sens que la veine qui m'a toujours suivi continuera à me favoriser.
Après un bon voyage, j’arrive à Paris. Je vais voir la tante BODIN dans l'après-midi.
Je couche à l'hôtel National.
Je passe la journée avec tante Marie et je pars de la gare du Nord pour le Bourget vers 5h du soir. J’y reste jusqu'à 7h. Je réussis à avoir ma permission et je me sauve à Paris.
Je passe la journée à Paris.
J’arrive au Bourget à 8h. On m'habille et à midi on me colle dans un wagon.
J’obtiens la permission de sortir de la gare et je retourne à Paris ou je passe l’après-midi. Je couche à l’hôtel.
Je prends le train à la gare du Nord à 8h1/2 et j’arrive à Bulles à midi. Je trouve un paysan qui m’emmène à Thieux où je rencontre quelques camarades. Le dépôt divisionnaire étant à St Eusoye, j’y arrive vers 4 heures.
Je m’installe mais ce n'est pas une bonne camaraderie qui règne. On mange d’une façon infecte. Pas mal de boue.
Pluie torrentielle. Je vais à Thieux voir les camarades de la 2e CM.
VALTAT à l'air peu aimable. Je déjeune et reviens l'après-midi. Je retrouve toutes mes affaires sauf mon caoutchouc et ma jumelle.
Exercice avec la classe 17 qui se trouve au dépôt. Stupidités d'autrefois. Temps pluvieux et froid. Cet après-midi je range mes affaires.
Je rencontre LUC et je passe la soirée avec lui.
Exercice comme hier. Je vais probablement retourner en permission car il paraît que les convalescences ne comptent pas. Je fais signer ma permission au médecin. Cet après-midi, je vais voir les camarades de la 12 qui sont à Noiremont.
Beau temps.
Il n'y a pas d'exercice ce matin. Temps superbe. Je peux avoir ma permission, mais avec difficultés.
Je me prépare pour partir à 2h ce soir.
J'arrive à Paris à 5h 1/2 et je dîne près des Tuileries.
Arrivée inopinément à 1h chez nous.
En permission.
En permission.
En permission. Je me présente à ma marraine de St Avertin
Dernier jour de permission.
Parti de Tours à 3h40, j'arrive à Froissy à 18h. En rentrant à la compagnie, je trouve de nouveaux camarades et une popote de formée. Je ne me couche qu'à 10 heures.
Je ne vais pas à l'exercice et je range mes affaires. Je n'ai pas trop froid mais ce matin il y a un brouillard fort désagréable. L'après-midi la compagnie forme des sections de manœuvre mais le rabiot des gradés va avec la 4e compagnie faire un exercice inepte vers le bois l’Abbé.
Des stagiaires arrivent parmi lesquels se trouve (Gaston) BOURCIER.
Je passe la soirée à écrire.
Beau temps.
Nous apprenons que nous nous déplaçons demain aussi nous faisons nos préparatifs. Les stagiaires repartent.
Beau temps. Tour à Froissy.
Nous partons de Ste Eusoye à 7 heures. Nous passons par Noyers St Martin, Montreuil-sur-Brèche et nous faisons une grand halte avant d'arriver au cantonnement. Nous entrons dans Fay-St-Quentin à 2 heures.
On s'installe et on trouve à peu près ce qu'il nous faut. Après le dîner, nombreux digestifs.
Je passe à la 12e.
Nous passons par Clermont et nous allons cantonner à Breuil-le-Sec où je trouve un lit avec l'adjudant.
Temps couvert. Je fais popote avec (Jacques) SOULISSE. Nous ne sommes pas à Breuil-le-Sec même; nous sommes à Crapin.
SOUCHAND revient de convalescence.
Aujourd'hui nous avons repos. Il pleut.
Je suis bombardé chef de popote et je vais faire des provisions à Clermont.
L'après-midi je bricole.
Nous partons une heure en avance. On passe par Liancourt, Creil et on arrive à Verneuil, charmant petit pays où nous trouvons tout ce que nous voulons.
La popote notamment est très réussie.
Départ à 7 heures.
Après avoir marché pendant 5 heures nous nous arrêtons pour faîte la grand’halte mais les cuisines n'arrivent pas. On entre à Rully et on s'installe. Nous sommes moins bien qu'hier. Je me couche de bonne heure car j'ai froid.
Je me lève à 8h1/2 et je passe une petite revue de vivres de réserve. J'écris.
Au déjeuner, nous nous enfilons des rognons.
Cet après-midi, exercice. Le temps est toujours très froid. Je suis commandant de compagnie et je rentre vers 4 heures.
Je me lève à 9 heures, juste à temps pour remuer ma section.
(Jacques) SOULISSE passe une revue de cantonnement à 10 heures.
Cet après-midi, j'ai la permission de l'exercice et j'écris.
Jour du départ de Rully. Je me lève à 9h 1/4 et je range mes affaires.
Nous partons à 14h et nous arrivons près d'Ormoy-Villers à 5h. Nous mangeons et attendons jusqu’à 9h pour pénétrer sur les quais.
On ne peut embarquer que vers minuit.
Le train ne part qu'à 1h30. Nous sommes dans des wagons à bestiaux et nous gelons littéralement.
Je me réveille à Château-Thierry. Passé devant Boursault, 7 semaines juste après y être arrivé.
On gèle toujours.
A Epernay, arrêt de vingt minutes. Nous passons par Châlons-sur-Marne, Gondrecourt et nous arrivons à 9h du soir à Neufchâteau.
Nous partons à 10h pour le cantonnement. Je commence à dormir debout.
On arrive à Landaville à 1h 1/2 . Je m'installe dans une grange où je m'endors tout de suite. Je me réveille à 8h1/2.
Préparatifs de départ. Nous mangeons à 10h.
A 11h 1/2, départ.
Pays très accidenté. Grande route bordée d'arbres. Nous traversons Aulnois et nous arrivons à Bulgnéville à 3 heures. Pays assez coquet et gens très aimables.
Après avoir déménagé 3 fois, je trouve une chambre superbe où nous faisons la popote. Lit épatant aussi, sitôt après le dîner, je me couche.
Je me lève à 8h 1/2 et me nettoie. Je vais la grand’messe, église assez coquette, orgues mais organiste au-dessous de tout. L'après-midi je me repose et assiste à la revue de cantonnement à 4 heures.
Après le dîner, on joue aux cartes. Je me couche à 9h1/2
Je me lève à 7 heures et j'écris toute la matinée. Il tombe de la neige et fait du verglas.
Ce soir, comme la neige tombe toujours, il n'y a pas d'exercice.
Nous apprenons que nous passons à la 167e division avec les 170 et 174ème régiments d’infanterie.
Exercice à 7h30. Sauts d'obstacles et exercices divers.
Série 4 :
n° 1 : La popote
n° 2 : (Jacques) SOULISSE
n° 3 : Sgt-major HODEN
n° 4 ; Paysage de neige (1/25 de seconde)
n° 5 : Paysage de neige (3 secondes)
n° 6 : Paysage de neige (5 sec)
n° 7 : R.B. sur une boule (1 sec)
Ce soir, même chose mais comme la neige se met à tomber, nous rentrons tout de suite. Nous faisons des boules et des bonshommes.
Nous partons tout de même à l'exercice malgré la pluie qui commence à tomber mais nous revenons au bout d'une demi-heure.
Après le déjeuner, je vais voir le curé qui me prête des bouquins. J'écris deux lettres de huit pages.
Préparation d'un renfort qui doit partir demain. La pluie cesse vers le dîner.
Ce carnet commençant à devenir monotone, je me décide à y mettre mes impressions personnelles et à d'inscrire les détails de ma vie.
Ce matin, nous avons travaux de propreté et préparation à la marche. Je rassemble le renfort qui doit partir à 7h30.
Naturellement, cela ne se fait pas sans peine, les hommes y mettant toute la mauvaise volonté possible. Enfin, on réussit à les faire partir à l'heure mais il est à remarquer que le plus grand esprit l’indiscipline règne et paraît fort difficile à pouvoir être enrayé !
A midi, nous partons faire la marche.
Après une côte interminable, nous descendons sur Contrexéville qui est un sale trou. Un grand hôtel ressemblant à une caserne et quelques rares maisons, voilà cette station si vantée. Nous revenons par un patelin où il y a un hôpital et nous rentrons à 3h 45.
L'adjudant ROYER est malade et va se coucher. Quant à moi, je trouve enfin une lettre de H (*) que j’attendais avec grande impatience. Après le dîner, nous ne jouons pas aux cartes et je me couche de bonne heure.
(*) : Hélyett BARILLÉ, ils se
marieront le 29 décembre 1919
Ce matin, je dois conduire l'exercice mais comme il tombe de la neige, je décide de faire une revue d'armes. J’écris en donnant des renseignements sur le temps que mettent les lettres pour parvenir et je cause de choses et d'autres.
Cet après-midi, devant faire une causerie, je parle pendant 3/4h d'heure et, étant enroué je fais nettoyer la rue qui est pleine de boue. La fin de la journée se passe d'une façon morne.
ROYER part en permission avec ROBIN, BITON, GAUNE et compagnie. A remarquer les hommes de la classe 17 rouspètent toujours quand on leur commande quelque chose et tout semble provenir de leur instruction qui a été inférieure. Il ne valent pas, à beaucoup près, la classe 16.
HODEN se sent malade aussi, après le dîner, tout le monde va se coucher.
Je vais à l'exercice ce matin ; après un peu d'école de section, je leur fais faire 5 minutes de pas gymnastique ; cela va assez bien à part deux qui y mettent de la mauvaise volonté.
Je rentre à 9h 1/2. HODEN étant malade va se coucher. La situation de prise d'armes donne lieu à des difficultés. J'achète un lapin pour la popote et je vais faire prendre des comprimés à HODEN.
Permission de l'exercice ; beau temps. J’écris. Je me couche de bonne heure.
Je me lève à 8h 1/2 et je vais a la grand’messe. HODEN va un peu mieux et vient prendre deux œufs sur le plat.
Quant à (Jacques) SOULISSE et moi nous nous enfilons des rillettes avec tous les plats.
Série 4 : n° 8 : Église de Bulgnéville.
Je vais assister à une matinée récréative donnée par des poilus. Je me rase d'ailleurs consciencieusement. Episode du canard accompagnant les chanteurs.
Nous dînons avec deux majors de la 2-13 qui ont l'air de la 2-13 qui ont l’air de jolis numéros.
Nous nous tordons pendant tout le dîner.
Exercice.
La pause. CHOUTEAU me raconte les histoires de Mme DURIEZ de Trosly. Une averse nous fait rentrer.
Ce soir exercice sous la direction du capitaine
COUILLARD : école de compagnie et marche sous le feu de l'artillerie. Puis
jeux.
On gèle pendant une heure et on rentre enfin. Apéritif et lettres après le
dîner.
Exercice mais il pleut, et on revient de suite. Théories.
Ce soir, même chose. Rien d'important à signaler.
Exercice avec Mr DUSSART. Nous faisons un peu d'école de section et de jeux : comme je n'ai que des caporaux, je ne les fatigue pas.
Ce soir, ordre dispersé, voyant le commandant, je m'empresse d'utiliser le terrain: à remarquer que les poilus sautaient les haies avec ardeur au lieu de grogner comme d'habitude.
Travaux de propreté et ce soir marche. je suis commandant de compagnie. Nous faisons la marche de jeudi dernier à l'envers.
Beau temps.
J’ai le cafard car je ne reçois toujours pas de lettres.
Mauvais temps aussi je prescrits des théories et je n’emmène pas la compagnie à l'exercice.
A midi, nous allons au tir.
Comme les cibles que nous avons faites ne tiennent pas, nous tirons sur des morceaux de bois. Après des sauts dans la tranchée des marqueurs, nous rentrons et revue d'armes à heures. Lettres.
Au moment de partir à l'exercice, il tombe de la neige aussi je fais rentrer. Théories.
Ce soir, beau temps.
Je donne le thème d'une manœuvre mais naturellement (Jacques) SOULISSE vient la modifier. Enfin cela se passe assez bien et nous rentrons à 3h 1/2. Ce soir je dîne seul avec le sgt-major car les officiers vont faire la bringue avec COUILLARD. Si les bonshommes en faisaient autant, qu'est-ce qu'ils prendraient !!!
Je me lève juste pour aller à la grand-messe : bons chanteurs mais l'accompagnement est au-dessous de tout.
HODEN se fait boucher pour avoir fourni une fausse situation de munitions. Les officiers font toujours la bringue.
A midi, je prends la jument du lieutenant et je vais faire un tour jusqu'à Auzainvillers. Je rentre à 2 heures.
On s'ennuie tout même énormément dans ce patelin.
Le reste de l'après-midi est morne. Quant à (Jacques) SOULISSE et compagnie légèrement retournés, ils vont finir la journée à Vittel.
Temps beau et froid. A l'exercice jeux et école de section. En rentrant (Jacques) SOULISSE m'annonce qu'il quitte la popote et qu'il va manger avec COUILLARD.
Mais il nous laisse le matériel en nous autorisant à continuer.
Cet après-midi, j'ai la permission de l'exercice et, ayant reçu une longue lettre, j'y réponds et y passe deux heures. Apéritif. TIGÉ est malade et se couche.
Ce matin, en raison de la vaccination, revue de cantonnement à 8h heures. Ensuite, distribution d'effets.
Cet après-midi la compagnie partait à l'exercice mais on me fait rappeler. Douches. Temps sec et froid.
(Jacques) SOULISSE, en faisant sa distribution d'effets est vraiment ridicule. Il se fiche des bonhommes et balance les affaires dans la cour. Toute l'après-midi il fait du potin au bureau.
Ce soir, encore longue lettre et réponse.
C'est le jour de la vaccination aussi il n'y a pas exercice : douches. LEMAIRE (*) ne peut pas arriver à s'en débrouiller et arrivé avec peine à commencer à 8h 1/2.
Cet après-midi, la vaccination commence à 3h1/2. Je m'en défile. Désordre à l'infirmerie, le toubib envoie une note au bureau.
Après le dîner, on fait marcher HODEN en lui faisant croire qu'il est puni.
Royer rentre de permission.
(*) : 3 fois le nom de ‘’ LEMAIRE ‘’ sera cité. Mais il
existe deux LEMAIRE, un qui est aspirant et un autre sergent.
Ce matin, pas d'exercice.
A midi, on rassemble ceux qui ne sont pas vaccinés et SOUCHAND fait du potin parce que nous ne sommes pas prêts à l'heure. Marche sous-bois derrière Auzainvillers : la pluie se met à tomber et nous fait rentrer à 3h 1/2.
SOUCHAND fait un petit discours comme il en a l'habitude.
Nous allons au tir : après avoir perforé une espèce de plaque de blindage, nous rentrons et nous apprenons que le 409 quitte Bulgnéville demain.
La pluie se net à tomber : l'après- midi se passe en préparatifs. J'écris et j'envoie ma nouvelle adresse. Mr DUSSART est évacué d'hier.
Après le dîner je donne 10 f à mon proprio.
Je me lève à 6h et je vais au bureau en attendant le rassemblement. Le vieux LECOEUR vient nous voir partir mais s'en va en douce, de peur de se faire sortir. Nous partons à 7h. Il pleut et faut un vent épouvantable.
Nous passons à Aulnois et nous faisons la grand’ halte avant d'arriver à Villars.
A midi, nous repartons.
Avant d'arriver à Bazoilles, nous gravissons une longue côte qui en élimine beaucoup. BERQUEZ est rentré de sa convalescence et vient à la 12e. Nous traversons Bazoilles où je vois le lieutenant TRICOT et FRONTEAU avec qui je cause. Il ne pleut plus.
Nous arrivons à Fréville à 3h juste comme la pluie recommence : boue, tas de fumier, maisons couvertes avec des pierres plates.
J'ai une grande chambre avec HODEN. J'arrose mes 20 ans.... avec de la bière, n'ayant pas autre chose.
Je lis avant de me coucher.
Je me réveille plusieurs fois car les draps ne sont pas rollés et fichent tout le temps le camp.
Je me lève à 8h 1/2. Beau temps, le soleil brille.
Série n° 5 :
n° 1 : Une rue à Fréville
n° 2 : idem
Je vais à la grand'messe : le curé est affreux et bafouille dans son sermon : les chantres chantent faux : c'est plutôt grotesque. Je n'ai jamais une église aussi purée.
Après le déjeuner, nous sommes prévenus que nous partons demain en auto. Je fais mes préparatifs.
A 16 heures, un contre-ordre arrive.
A 18 heures, nouvel ordre nous faisant savoir que nous partons à pied.
Après le dîner je n'ai aucune envie, d’aller à la messe de minuit et je vais me coucher.
CHOUTEAU, MARDELLE, BITON et ROLIN partent en renfort.
Un joli Noël se prépare.
A 7h 1/2 je suis réveillé par DÉVOLF qui nous prévient que nous partons à 8h 1/2.
Il pleut. Rassemblement pénible.
Nous traversons Neufchâteau à 10h et nous faisons la grand’ halte à 12h près du régiment. JOJA, LUC et compagnie viennent nous voir. Il ne pleut plus et il fait du soleil.
Nous repartons et après une marche très pénible nous arrivons à Punerot : chemin de terre-plein de boue. Nous sommes tous éreintés.
Mais les bonshommes vont chanter dans un café ce qui prouve qu'ils ne font pas si fatigués qu'ils en ont l'air. Peu de villages sur la route, à part Soulosse. Beaucoup de côtes et nombrent à coups à cause des voitures.
Je me couche à 8h.
Nous partons à 7h. COTTIER oublie de me réveiller, et je ne me lève qu'à 6h 40, aussi dois me presser.
Avant de partir, la 3e compagnie et la 1ère CM passent devant nous. Il ne fait pas trop mauvais. Nous traversons Autreville et la pluie commence à tomber. Toujours beaucoup de côtes. A Colombey la pluie redouble.
Nous faisons la grand’ halte à midi. Je vois FRONTEAU et (Gaston) BOURCIER : nous repartons à deux heures et nous arrivons dans des casernes à Toul à 3h 45. On s'installe dans les bâtiments qui sont tout neufs.
Je suis assez fatigué et j'ai surtout mal aux pieds. Pluie.
Histoire avec BAILLEUL et HODEN au sujet du ravitaillement.
J'ai eu froid pendant la nuit. Nous repartons ce matin.
Au pont de Dommartin, nous attendons 3/4 d'heure : il paraît qu'une centaine d'hommes du 2e bataillon n'ont rien voulu savoir pour marcher.
Enfin nous partons ; le commandant CARROT. Voulant rattraper son retard ne fait faire la grand'halte qu'à 1 heure.
Nous contournons Nancy et nous passons par Manéville et Champigneulles. Nous arrivons à Lay-St-Christophe à 5h 1/2. On mange ce que l'on peut et, après le dîner, comme ROYER est un peu parti, nous retournons à Champigneulles : on trouve tout fermé et on revient à 11h éreintés.
Beau temps
Aujourd'hui, repos. Je pars me promener à Nancy avec BERQUEZ.
Nous allons voir Morel qui est absent.
Ville superbe : après avoir mangé pas mal de gâteaux et voyant que les bistrots sont fermés, nous rentrons à 5h 1/2.
Je trouve enfin des lettres.
Série n° 5 :
n° 3. Lt (Jacques) SOULISSE sur la route
n° 4 : la tête de la 12e compagnie.
Aujourd'hui nous avons encore repos ; je me lève tard et passe mon temps au bureau. Les lettres arrivent à 1 heure et j'écris jusqu'à 4 heures.
Après le dîner, nous chantons dans le bureau. Pluie.
Je vais conduire un renfort au régiment: Je vais par Custines et j’arrive à Millery à 11h 1/2 après avoir pris un raccourci dégoûtant. Je reviens par le fourgon et je mange à Custines : pays très industriel. Pluie.
Je vois (Lucien) ALAPHILIPPE qui me dit que le secteur est très tranquille. Nous sommes obligés de revenir à pied depuis Bouxières car le fourgon va aux lettres.
Je vais me coucher de bonne heure.
Ce matin je vais faire un tour au bureau et à la messe.
Je passe l'après-midi à écrire car il pleut.
Après le dîner soirée au bureau. BAILLEUL est très excité. Journée assez triste.
Espérons que l'année prochaine amènera la paix.
Il pleut !
Naturellement tout le monde se souhaite la bonne année.
Malgré tout, la journée se passe tristement.
A 4h du soir, l'idée vient à (Jacques) SOULISSE de nous emmener à Nancy : nous faisons un dîner agrémenté de blagues. Après, nous commençons à vadrouiller mais (Jacques) SOULISSE et DUSSART trouvent la fortune et nous plaquent.
Nous revenons avec la voiture à 11h
On se repose. Toujours du mauvais temps.
L'après-midi, je vais me promener seul sur la route de Bouxières.
Je rentre à 5 heures.
Exercice à 8h30. Jeux.
Ce soir j'écris car il y a 3 jours que je n'ai pas reçu de lettres.
Après le dîner, chantons jusqu'à 11 heures.
Même emploi du temps qu'hier.
Le travail que nous fournissons ne nous étouffe pas : l'adjudant va à l'exercice le soir et moi le matin. BAILLEUL revient du ravitaillement complètement plein et (Jacques) SOULISSE l'engueule.
Je rentre me coucher à 9 heures.
A l'exercice de ce matin, je fais faire de la transmission d’ordres ce qui donne lieu à des bévues formidables.
Beau temps mais cet après-midi les nuages reviennent.
Je retourne sur la route de Bouxières : clair de lune superbe.
Ce matin, il gèle mais la neige arrive et nous fait rentrer : j'apprends que nous quittons Lay demain pour aller à Autrevile.
Un sous-lieutenant d'artillerie prend ma chambre.
Après en avoir cherché une inutilement, je me décide à coucher sur la table du bureau. Je boucle toutes mes affaires et après dîner nous faisans une séance de chant.
La table du bureau est vraiment dure.
Je me lève à 6 heures et nous faisons nos adieux aux gens qui ont été très gentils.
La section se rassemble péniblement mais on part tout de même à 8h.
Nous arrivons Autreville à 11h 1/4. Quel patelin ! De la boue et du fumier plein la rue. C'est très joli que j’aie une chambre et encore ce n'est pas le rêve.
Pas de popote ce soir.
La papote des sous-officiers est reformée et elle commence à fonctionner aujourd'hui.
Je suis désigné pour aller suivre un cours de mitrailleurs à Millery ; en même temps, j'apprends que la compagnie va travailler le 11 à Landremont. Je serai toujours tranquille pendant ce temps-là.
Il fait froid et cet après-midi, il ne fait pas bon à écrire. Reçu 50fr et un paquet.
La popote fonctionne bien.
Après une manille, je fais un tour sur la route avec BARRITAULT et je vais me coucher.
Encore une journée à ne rien faire.
Il fait froid dans la chambre mais j'écris tout de même. Le patelin est absolument mort.
Toujours de la pluie. Vu AUZAUREAU.
Commencement du cours : on nous emmène sur une crête en plein vent où l'on fait la théorie. Beaucoup de boue.
Le cours est moyen aussi je vois que je n'en apprendrai pas davantage que j’en sais. La compagnie ne va pas à Landremont.
Ce soir même chose : temps pluvieux. Les 3 heures paraissent longues.
Il tombe un peu d'eau mais nous allons tout de même faire la théorie au même endroit. J'ai salement froid aux pieds.
En venant au cours, ce soir, le général SCHMIDT nous dépasse mais ne me dit rien.
Il neige, aussi le cours n'a-t-il rien d'agréable.
Mais ce soir nous allons au foyer du soldat ce qui est plus agréable. Nous avons moins froid aux pieds.
Ce matin, tir. La pièce ne démarre qu'à 0° et marche bien. A côté les fusils-mitrailleurs font du tir en marchant
Ce soir, nettoyage des pièces et théories.
Je copie un règlement sur la St Étienne. Je peux avoir une permission pour Nancy.
Je pars à Nancy à 8 heures avec LAURENT et le tailleur. BITON et PAILLAT nous rattrapent à Pompey.
Nous arrivons à 10h 1/2. Je me paye une vareuse et après le déjeuner, nous vadrouillons.
Série 5 : n° 5 : Grilles de la place Stanislas.
Nous dînons et je me décide à rentrer par le train de 9 heures. 8 kilomètres avant d'arriver, de Frouard à Autreville.
Je me couche à minuit.
Ce matin tir : même chose que samedi. G.D.B. (*)
Ce soir, école de pièce et école de section mais je suis fatigué. On apprend que nous nous déplaçons demain aussi nous rentrons de bonne heure.
Après le dîner on souhaite la fête aux Marcels et la nouba se poursuit jusqu'à 9 heures. LAURENT est complètement mûr et pas mal avec lui.
Je vais me coucher car je ne tiens pas à être vaseux pour faire la marche demain.
Série 5 n° 6, 7, 8 : R.B. en tenue du front.
(*) : Gueule de bois
Nous ne partons qu'à 11 h aussi nous avons toute la matinée pour nous préparer. La marche n'est pas longue : nous passons par Marbache et Pompey. La neige tombe un peu. Avant d'entrer au cantonnement nous poireautons 1/2 heure sur la route.
Nous entrons à Liverdun à 3 heures et nous devons monter des escaliers avant d'arriver à notre emplacement. Les hommes sont très serrés.
Ayant trouvé une chambre, j'en suis mis à la porte par un commandant de compagnie du 174 mais j'en trouve une autre tout de suite chez deux vieilles demoiselles qui ont des pensionnaires. Je suis avec ROYER.
Je me couche de bonne heure.
Ce matin, installation du cantonnement.
Cet après-midi, le cours recommence aussi ne suis-je pas très doux. Ce cours commence à devenir complètement inepte et tout le monde s'en fiche. Nous faisons la théorie dans les magasins d'une cimenterie : on y gèle.
Pendant les pauses, nous allons voir l'usine qui est à coté et où l'on fabrique des obus de 155.
Il fait très froid et la neige qui est tombée hier forme un verglas sur lequel on ne peut pas tenir debout. Ayant trouvé un piano, j'en joue plusieurs fois dons la journée.
Après dîner nous allons boire de la bière aux petites cités. LAURENT fait le curé.
Nous rentrons à minuit.
Même temps froid : toujours théorie mais personne n'écoute. Je me demande comment ce cours finira.
Cet après-midi je passe une bonne partie du cours à l'usine.
Quand je rentre, les s. offs sont déjà aux 3/4 mûrs et poussent nombre de gueulantes dans le bistrot.
Je me couche de bonne heure.
Ce matin, à la théorie, on ne met même pas le nez sur une pièce.
C'est joliment sérieux, si le haut commandement savait cela. D'ailleurs, pour les capacités des types qui dirigent le cours nous n'y perdons pas beaucoup.
Ce soir préparatifs de départ pour demain. Je reçois une photo. Il y a encore une petite séance au bistrot.
Nous partons à 8 heures : la route est très glissante aussi la marche est pénible. Nous longeons le canal jusqu'à Frouard, puis nous passons par Champigneules et Maxéville.
Nous traversons une partie de Nancy et nous faisons la grand’ halte avant d'arriver à Laxou. On gèle absolument.
Nous entrons au cantonnement à 2 heures : très bons emplacements.
Sitôt installé, je repars à Nancy avec LAURENT et BITON. Nous nous promenons jusqu'à l'ouverture des cafés et nous dînons comme dimanche dernier. Nous rentrons à 8h par le dernier tramway : je m’achète un porte-monnaie.
Nous partons à 7h.
Pour passer au point initial nous avons une côte à monter ce qui fatigue déjà.
(Jacques) SOULISSE gueule sur le rassemblement. Nous passons par une route forestière couverte de neige aussi la marche est-elle très pénible. Nous descendons une côte très raide en arrivant à Ludres: nombreuses glissades. Nous longeons le canal jusqu’à Flavigny où nous arrivons à midi.
Le cantonnement est moins bien qu’hier.
Je me promène un peu avec AUZANNEAU et je me couche de bonne heure. BITON tue un canard.
A minuit je fais une ronde.
Je me réveille juste à 6h 1/4.
Je me lève en vitesse et au rassemblement nous attendons une 1/2 heure. Je suis garde de police avec ma section et je prends ma place derrière le T.C.
Nous passons par Crévéchamps. Neuviller, Bayon et nous arrivons à Chamagne à 3h. après avoir fait une grand’halte. Cantonnement infect : je n'ai une chambre qu'avec peine et en payant assez cher. Temps beau et froid.
Pas de lettres aussi j'ai le cafard. Je tousse beaucoup.
Toute la matinée, installation au cantonnement.
Cet après-midi le cours recommence en pleins champs : Comme il fait beau, je prends des photos.
Série 6 :
n° 1 : La 12e compagnie traversant un bois
n° 2 :
n° 4 : section d'instruction
n° 5 : Equipe à la pièce : R.B. chargeur
n° 6 : RB tireur (position couchée)
n° 7 : Sergent PAILLAT
n° 8 : la 12e compagnie jouant au football
Il ne fait pas chaud aussi rentrons nous de bonne heure.
Théorie dans une maison sans feu : on ne regarde même pas la pièce.
Ce soir, j'envoie chercher le ballon pour courir un peu.
Même emploi du temps qu’hier : cet après-midi, exercice sous la direction de MATHÉ : on manœuvre un peu.
MATHÉ à peur de rentrer de bonne heure et nous fait poireauter un quart d'heure à l'entrée du patelin.
Le cours de mitrailleurs marche comme d'habitude.
Ce soir, nous faisons deux kilomètres dans les champs pour aller prendre position sur la route de Charmes.
Rien à signaler.
Temps toujours très froid, les ruisseaux d'eau courante sont gelés.
En entrant à l'église, je vois des glaçons dans le bénitier aussi cela refroidit-il singulièrement. Je reste en savates toute la journée et j'écris.
Le cours continue toujours : c'est moi qui fais la théorie à côté de l'armurerie.
Ce soir, vous allons toujours en plein vent pour ne rien faire jusqu'à 4 heures.
Ce matin je reste au lit pendant que CHARPENTIER va à la théorie.
A midi, il m'annonce qu'il part à la 2e CM (*) et il vient un autre sergent au cours.
Cet après-midi, c'est pire que d'habitude et nous ne rentrons qu'à 4 h 10. Je crois bien que tous les instructeurs deviennent fous.
(*) : rappel : CM =
Compagnie de mitrailleuses.
Ce matin, le temps est un peu plus doux : il tombe même de la neige. Il n'y a pas cours car il y a un service à l'église et tout le monde a repos.
Ce matin, je ne vais pas à la théorie et je me repose toute la matinée
Il tombe un peu de neige et il fait moins froid.
Cet après-midi, le capitaine Carré vient nous faire une conférence assez intéressante. Mais comme elle est finie à 3 heures, MATHÉ, nous fait faire une heure de théorie.
A la popote, ce soir, nous chantons un peu.
Le froid a repris. Ce matin, nous avons tiré. Il faut allumer un journal pour faire démarrer la pièce.
Beaucoup de ricochets occasionnés par la terre gelée. Les grenadiers lancent aussi des grenades.
L'après-midi, nettoyage de la pièce: comme nous avons fini à 2h 1/2. MATHÉ ne trouve rien de mieux que de nous faire manœuvrer. Nous allons jusqu'à la Moselle.
Encore tir. Je suis obligé de casser la glace qui est dans le pot à eau. En revenant le soldat RABUSIER reçoit la pièce sur le doigt et il faut l'emmener à l'infirmerie. Il a le doigt à moitié écrasé et il est évacué. Naturellement, rapport.
Ce soir, je n’assiste pas au nettoyage pièce et je ne vais qu'à la conférence du capitaine CARRÉ sur « Les mitrailleurs dans la défensive ».
Après le dîner, je vais à l'autre popote où l'on boit de la bière jusqu'à 10h 1/2.
Je me lève à 9 heures.
Je me rase et, comme il fait trop froid, je ne vais pas à la messe.
Série 7 :
n°1 : Rue de Chamagne
n°2 : R.B. à Chamagne
Je joue aux cartes une bonne partie de l'après-midi et j'écris.
Théorie aux mitrailleurs : il ne reste qu'une pièce aussi ce matin on fait de la théorie. Il vient une nouvelle équipe.
Ce soir je fais faire un peu de manœuvre : beau temps, il fait un peu moins froid.
Je vais au cours mais on m'apprend que celui-ci n'a plus lieu que le lundi et le samedi : aussi je me repose toute la matinée.
Cet après-midi, également. Toujours le temps froid.
J'interroge les poilus des deux sections et j'en fais remplacer deux.
Cet après-midi, je vais à l'exercice: bonds et inepties habituelles sur la route de Bayon.
Nous rentrons à 4 heures. Je fais de nombreux piquets.
Ce matin je reste au lit. On croit passer une revue du général de division demain et on passe l'après-midi à faire des mouvements d'ordre serré.
Nous rentrons à 3 heures pour les préparatifs.
Il n'y a pas de revue et on fait du football. Je vais glisser au bord de la Moselle.
Ce soir, installation d'avant-postes avec SOUCHAND : on n'y comprend rien. On revient en tirailleurs dans le bois et on arrive à Chamagne à 4h 1/2.
Théorie aux mitrailleurs. Toujours aussi froid.
Cet après-midi, nous allons dans un bois de sapins au N-E de Chamagne et je passe mon temps à rechercher du gibier : il n'y en a malheureusement pas.
Il fait plus doux et on peut prévoir le dégel. ROYER et LAURENT vont faire la nouba à Charmes mais je reste tranquille et j'écris. Nous nous attendons à partir demain aussi je fais ma cantine.
ROYER ne rentre qu'à 11h 1/2.
Nous quittons Chamagne aujourd'hui.
Après avoir débattu le prix de location avec le propriétaire qui n'est qu'une vieille tante, nous déjeunons, à dix heures et nous partons à 11. Il a tombé de la neige pendant la nuit et il fait très doux. Nous arrivons à Bayon à deux heures. ROYER tient une cuite sérieuse.
A peine installés nous allons au bistrot.
On trouve un piano et une séance comme a Liverdun commence. Petite popote très bien.
Après le dîner, cela recommence.
Je rentre de bonne heure pendant que ROYER continue ses exploits. Belle chambre et plumard pas mauvais.
ROYER rentre à 11h1/2 conduit par MAILLET et complètement gris.
Après une séance de vasouillage, il se couche tout de même.
Ce matin installation au cantonnement. On fait resserrer les poilus. Je vais au bureau du colonel pour le cours de mitrailleurs qui doit recommencer demain.
Dans la soirée, la cuite recommence mais je parviens à ramener ROYER à 8h 1/2.
Le cours ne commence que cet après midi aussi je me repose toute la matinée.
Ce soir exercice sans pièces : le dégel commence aussi il fait très bon sur le terrain.
Nous rentrons à 4 heures.
Ce matin école de pièce… sans pièce.
Ce soir, on commence à faire de l'école de compagnie au geste. Toujours très beau temps.
Même emploi du temps qu’hier.
J’apprends que ma permission est établie et que je dois passer la visite demain.
Je passe la visite et je range mes affaires. Mais comme ma permission ne revient pas vite, je me résigne à partir demain seulement.
Je pars par le train de 6h.
J’arrive à Tours à minuit.
En Permission
Je pars de Tours à 8h40.
2e compagnie de mitrailleuses
1ère section
Aspirant BRISSARD Évacué le 11/10/16
1ère pièce
Classe Mle Noms et prénoms Emploi
1905 06066 BÉRU Paul Chef de pièce
1915 85812 DUMONT Georges MPF 17/10/16 - Tireur
1905 09149 CANTAUD Joseph Tireur
1915 6628 BOURIGAULT Émile MPF 12/10/16 - Chargeur
1914 5885 BOISSAIOT Armand Chargeur
1912 4713 LACOUTURE Pierre Assist. Charg.
1908 01332 DEGORRE Aimable MPF 12/10/16 - Assist. Charg.
1916 8023 DUDAY Pourvoyeur
1914 MARTIN Léon MPF 11/10/16 Armurier
1915 6375 DORÉ Alfred Évacué le 2/10/16 Caporal armurier
Échelon
1912 4521 MIGAUD Louis Conducteur
1905 10097 BOSQUET Victor Conducteur

Carnet
de guerre n° 3 du lieutenant René BRISSARD du 409ème régiment d’infanterie
Je suis parti de Paris hier soir à 8h ; je n’ai pu dormir que vers 1h du matin car le train s’arrête tout le temps.
On met 1h1/2 pour aller jusqu’à Meaux.
Je me réveille à Gondrecourt ; une pluie mêlée de neige se met à tomber et il fait assez froid.
Le train arrive à Nancy à 8h1/4 et je trouve (Gaston) BOURCIER en descendant du wagon ; il a l’air de plus en plus jaune. Nous allons prendre un chocolat ensemble et nous reprenons le train.
Deux nouveaux aspirants montent avec nous. (Gaston) BOURCIER descend à Blainville (sur-L’Eau) et j’arrive à Bayon à 10h 1/4.
Je vois SOUBISSE et je vais manger. Je lui donne ses photos dont il a l’air content.
Après le déjeuner, je vais voir ma propriétaire et j’installe mes affaires : puis j’écris une bonne partie de l’après- midi. Le père DUBOIS me donne une bague qu’il a faite pendant mon absence.
On va au café de Lorraine boire un peu et je rentre me coucher à 8h 1/2. Il pleut un peu.
Je vais au cours de mitrailleurs où je trouve l’adjudant SÉVERIN : il y a de nouvelles mitrailleuses et on fait de la théorie.
Cet après-midi, nous allons au tir et nous rentrons à 3hc1/2.
Beau temps. BITON revient de convalescence.
Je me lève pour aller au cours mais SÉVERIN y va à ma place.
Cet après-midi, je vais faire des concours de mises en batteries et je fais jouer aux barres.
Nous rentrons à 3h1/2 pour assister à une conférence faite par Mr DUSSART sur la Maxim. (*)
Je reçois des lettres.
Après le diner, je vais avec BITON du côté de la gare. SOUCHAND vient au bureau et on cause jusqu’à 9h 1/2.
Temps froid.
(*) : La mitrailleuse Maxim.
Temps superbe mais très froid.
Je vais à la grand-messe. Le curé enlève ses paroissiens.
J’écris et je vais me promener avec (Émile) BELOT qui est rentré de l’hôpital. On s’ennuie, et je passe ma soirée à faire encore d’autres lettres.
Nous devons quitter Bayon demain et nous allons tout de même au cours le matin.
Il tombe de la neige.
Cet après-midi, préparatifs de départ.
Je ne fais qu’écrire toute l’après-midi. Je laisse les camarades boire suivant leur habitude et je vais me coucher de bonne heure.
Comme nous ne partons qu’à 10h 1/2, je me lève à 7h 1/2 et je fais ma toilette.
Nous déjeunons à 9h. Il fait un temps superbe, un peu chaud.
Nous passons, en sens inverse, par la route que nous avons suivie en allant à Chamagne.
Nous arrivons à Richardménil vers 3h. (*)
Nous sommes logés dans un bistrot et nous allons nous coucher de bonne heure. La chambre est assez bien mais un peu petite.
(*) : Richardménil se trouve
au sud de Nancy.
Je me lève à 6h et le départ a lieu à 7h.
J’ai fortement mal aux pieds et j’avance avec peine.
Nous croisons le 212 (*). Boue innommable sur la route.
On contourne Nancy par le sud et nous arrivons aux casernes d’Essey à 11h.
Tout est infect, rien n’est nettoyé : il n’y a même pas de lavabos. On mange comme on peut.
A 1h, (Jacques) SOULISSE me fait appeler et m’envoie à Nancy voir les heures des trains pour sa permission.
Je me promène un peu, j’achète du papier à lettres et, ne pouvant entrer dans les bistrots qui n’ouvrent qu’à 5h1/2, je rentre de bonne heure.
La popote est installée dans une baraque en planches à côté de la caserne. Rata : seul et unique plat.
J’écris ensuite pendant 1h1/2 et je vais me coucher sur un isolateur sans paillasse.
La chambre, en ciment, est glaciale.
(*) : Le 212e régiment d’infanterie avait quitté les
casernes d’Essey le 6 mars à 13 heures. Les soldats
du 212e RI avaient cantonné à Blanville
la nuit du 6 au 7. C’est donc certainement eux qui ont dû laisser les casernes
dans cet état ! Ils y étaient arrivés le 15 février.
Je me réveille à 5h1/2. Je suis gelé.
Il part des travailleurs au fort de Frouard et j’en profite pour barboter une paillasse et une peau de mouton. On installa un poêle dans la chambre et on fait du feu car il neige au dehors et le temps est froid.
Toute la matinée passe à cela.
Ce soir, j’écris et je me chauffe.
Le cours de mitrailleurs commence ce matin mais je n’y vais pas de la journée et je ne fais rien.
Beau temps.
C’est à mon tour d’aller (…….. ? ) où l’on ne fait rien.
Cet après-midi, je fais rompre à 2h1/2 et je vais faire signer au colonel une permission pour Nancy.
Je pars avec VERDIER à 11h.
Nous allons prendre un café et nous nous promenons jusqu’à 2h. Cinéma, puis apéritif.
Je rencontre BAYLE qui me dit que je pars demain en renfort.
Nous allons dîner et rentrons à 8h.
Je passe la matinée à me préparer car le renfort ne part qu’à 11 heures.
Je m’engueule avec HADEN qui ne veut pas payer le prêt. ROYER conduit le détachement qui passe par Ottignies-Louvain-Laneuvelotte et arrive à Champenoux à 2 heures.
On me met à la 9è mais je réclame et je peux aller à la 1ère CM (*) avec le fourrier DESCURIER et le sergent (Alfred) MARCHAIS : nous ne quittons Champenoux qu’à 4h1/2 et, pendant ce temps on a un mal de chien à empêcher les poilus d’aller boire.
Rencontré LUC.
Nous arrivons au camp de l’Arboretum où est la 1ère CM. Camarades charmants et très bon accueil. On dîne et on chante un peu.
Je me couche dans la paille à 8 heures.
(*) : CM : Compagnie de mitrailleuses
J’ai un peu froid cette nuit : je me lève de bonne heure et vais me laver dans un fossé.
Il y a repos aujourd’hui aussi j’en profite pour m’installer et envoyer ma nouvelle adresse. Boue épouvantable. On enfonce jusqu’à la cheville.
Le schlittage n’est pas très abondant aussi on est forcé de patauger.
Toute la matinée j’écris.
A 11h, nous partons au travail. Les poilus ayant oublié de prendre leurs mousquetons, retournent les chercher.
En chemin, on croise la 2è CM et je dis bonjour à (Marcel) GIRARD. Au chantier, on installe les poilus dans un boyau et je vais visiter une grande sape.
Je monte à un observatoire d’artillerie lourde et je viens surveiller les travailleurs.
Deux avions boches viennent au-dessus de nous et vers 3h1/2, les travailleurs du 3è bataillon commencent à recevoir des 150. Les boches en envoient 7 qui ne font pas e mal car les travailleurs se sont en allés.
Je reviens vers 5 heures avec la compagnie. Je trouve 10 lettres en rentrant.
Ce matin, il fait froid et je suis gelé en allant me laver. Je passe la revue des caisses de cartouches.
La neige commence à tomber sérieusement et, vers 11 heures, tout en est couvert.
Je ne vais pas au travail et je passe la journée à écrire.
Aujourd’hui, il y a repos pour se préparer au départ de demain. (*)
L’adjudant GÉRIN revient de permission. On emballe tout.
Ce matin temps très froid qui s’adoucit pendant la journée.
(*) : Toute la 167e division d’infanterie (170e, 174e
et 409e régiments d’infanterie) va partir.
Pendant la nuit, j’ai froid. Les avions circulent et notre artillerie tape.
Je me lève à 5h et nous partons à 6h.
Nous sommes embêtés par les voitures du TC (*) qui ne peuvent pas monter les côtes ; aussi nous perdons 2h1/2. Nous passons par Buissoncourt et Varangéville.
Nous arrivons à St Nicolas-du-Port vers 22 heures. Je ne peux trouver une chambre avec GÉRIN qu’à 5 heures chez des gens très gentils. Je me change et nous dînons dans la même maison.
Je me couche aussitôt.
(*) : Train de Combat : ensemble des
moyens d’un régiment destinés à fournir ce qui est nécessaire aux unités pour
combattre. Commandé par l'officier de détail, il comprend une vingtaine de voitures
hippomobiles pour le TC de l’ensemble du régiment et une dizaine pour chaque
bataillon.
Après une excellente nuit, je me lève tard, je me rase et nous mangeons avant d’aller à la messe qui est à 11h 1/4. Très beau temps.
Le sergent GABORIAU rentre de permission.
Cet après-midi, il y a musique et, après le dîner, nous allons faire une vadrouille colossale qui nous revient à 3F30 chacun.
Aujourd’hui, il y a exercice : école de pièce et école de section. Je fais une théorie aux hommes arrivés en renfort.
Ce soir, la même chose de 1h à 4h.
Assez beau temps.
Mauvais temps. Il pleut un peu mais on va tout de même faire un exercice avec le sous-lieutenant MOINET. (*)
Ce soir, pointage, désignation d’objectif, manœuvre au geste.
Reçois une lettre adressée à la 1ère CM.
(*) :
Officier à la 1e compagnie de mitrailleuses (1e CM)
Il tombe un peu de neige mais nous allons tout de même à l’exercice.
En revenant, conférence par le médecin-chef sur les gaz.
SCHMIDT (*) s’amène et se met en furie parce qu’on ne l’a pas salué : il nous rase pendant une demi-heure.
La neige tombe de plus en plus.
Ce soir, comme il fait trop mauvais, on ne va pas à l’exercice. À la popote, nous chantons.
(*) : Le général SCHMIDT commande la 167e
division d’infanterie depuis le 5 décembre 1916.
Repos et préparation au départ qui doit avoir lieu demain.
J’écris et je me promène. Mes affaires sont vite rangées.
Il fait très beau.
Nous partons à 7 heures, musique en tête.
Au bout de 7 km, la neige se remet à tomber mais cesse bientôt.
Nous passons par Coyviller
et nous arrivons à Velle-sur-Moselle à midi. (*)
On nous met dans des baraquements : je loge au bureau. Il fait très froid : nous avons une popote assez bien dans le patelin.
(*) : Cantonnant à Velle le 23
mars il devait plutôt être au 1er bataillon (JMO), donc à la 1ère CM comme il
le voulait le 12 mars, et donc cantonner le 29 dans une ferme proche de Damelevières (au lieu de Lamath
pour le 3e bat/9e compagnie – JMO), ce que corrobore le fait qu’il va
facilement au café de la gare (au moins les 31 mars et 12 avril) alors que Lamath est à plus de 5 km de toute gare. (Voir aussi au 24
avril 1917 où il écrit dépasser le 3e bataillon).
Ce matin, exercice près des baraques ; vent glacial.
École de compagnie et école de section.
Ce soir, tir. Mes pièces ne veulent pas marcher et les munitions ne valent rien.
Ce soir, chant à la popote.
Revue à 10 heures. On prend la nouvelle heure.
Je n’ai pas le temps d’aller à la messe car nous mangeons. Cet après-midi, football : un aéro vient se poser près des baraques. Encore chants à la popote : il fait un peu moins froid.
Ce matin, tir à 7h aussi on doit se lever de bonne heure. On gèle.
Les pièces marchent mieux mais les cartouches ne valent rien.
Ce soir, nous allons jouer au ballon puis nous faisons la manœuvre.
Douches.
Les poilus ne se rassemblent pas, aussi (Noël) DELEPLACE en boucle deux.
Il a tombé de la neige et cela se transforme en boue.
Ce soir, même chose qu’hier.
Nous retournons au même terrain d’exercice ; on se mouille les pieds passablement.
Ce soir, je vais manœuvrer avec la 3è compagnie à la cote 343.
Après avoir fait beaucoup de chemin, nous rentrons à 5 heures. J’apprends que nous partons demain.
La popote je gagne 3F50 au 17 et je vais ranger mes affaires à 9h 1/4.
Je me lève à 5h1/2 car nous partons à 7 heures.
Temps froid. Le vent coupe la figure.
Nous passons par Saffais et Blainville-la-Grande (*) et arrivons à deux fermes isolées où cantonne la compagnie (**). Il y a une petite discussion pour la popote mais tout finit par s’arranger.
J’ai une chambre avec JACQUES dans une des deux fermes : armoire à glace, table de toilette, enfin quelque chose d’épatant.
Ce soir, installation.
Ma cantine qui est restée avec les ballots n’arrive pas.
(*) :
Blainville-la-Grande s’appelle maintenant Blainville-sur-l’Eau.
(**) :
Il fait partie de la 9e compagnie du 409e RI.
Aujourd’hui, repos.
Il pleut et fait beaucoup de vent.
Ma cantine n’arrive toujours pas. Rien d’intéressant.
Le travail commence aujourd’hui mais je n’y vais pas. J’apprends par H. la mort du Docteur DUBOIS.
Il fait un peu meilleur.
Ce soir, nous allons au café de la gare où il y a un piano et nous chantons.
Ma cantine est tout de même arrivée.
Je me lève à 9 heures et je me dépêche pour aller à la messe. Rameaux. Le curé engueule ses paroissiens.
Ce soir, il pleut aussi j'écris.
Nous retournons au piano et nous rentrons tard dans la nuit.
Je me lève tard car je suis fatigué.
Je ne vais pas encore au travail et je passe ma journée à écrire.
Ce soir, encore piano.

Extrait du JMO du régiment : rien à
signaler…
Je me lève encore tard et je vais prendre l'apéritif.
Ce soir, je vais voir les camarades qui pêchent et je rentre dîner. Au piano nous trouvons encore d'autres chanteurs.
Je me lève à 6h car je vais au travail. PEUGEOT y vient aussi. Il fait beau et l'on ne s'ennuie pas trop dans la forêt. Cet après-midi, je passe mon temps à écrire.
Nous chantons toujours au piano.
Je n'ai rien à faire aussi je me repose.
Dans l'après-midi, je vais à Rosières voir les camarades du DD. (*)
Assez beau temps. (Jacques) SOULISSE est toujours le même. Je cause un peu avec HODEN et AUZANNEAU.
(*) : Dépôt divisionnaire.
Ce matin, rien à faire.
Je passe à 11 heures à une manœuvre de cadres qui a lieu à mi-chemin de Lunéville.
Je suis avec la 5è et après avoir déambulé dans des terres labourées, on rentre. Heureusement qu'une voiture d'ambulance veut bien nous prendre avec elle.
Je retourne au travail avec PEUGEOT.
Cet après-midi, j'arrive en retard, ce qui me donne l'occasion de m'expliquer avec lui.
Enfin tout s'arrange.
En rentrant, il pleut assez fort.
Distribution d'effets. Les camarades pêchent.
Pâques, je vais à la messe et l'après-midi, je joue du piano continuellement. Temps couvert.
Ce matin, douches.
Ce soir, expérience sur les gaz asphyxiants.
Il pleut à torrent, aussi je reviens trempé. JACQUES est parti d'hier soir pour se marier.
Ce soir, je vais à Blainville acheter du papier à lettres.
Averses de neige.
Il paraît que nous allons embarquer. Je fais contre appel.
Je vais au travail car il est venu un contre-ordre et nous n'embarquons que demain soir.
Toute l'après-midi je retourne au piano.
Ce soir, nous sommes tranquilles car il n'y vient pas d'officiers.
Ce matin, je fais mes préparatifs de départ.
A midi, tout est terminé.
Je passe mon après-midi au café de la gare. Nous allons dire au revoir après le dîner. On voit que nous sommes regrettés. C'est bien ennuyeux de partir.
On rassemble à 7h1/2 et on nous laisse dans un champ jusqu'à 10h 1/2. Il pleut et tous les Poilus se débinent.
Je retourne au café de la gare.
Enfin nous embarquons à 11 heures.
Nous partons à minuit.
Je reçois une lanterne en pleine figure pendant mon sommeil. Il ne fait pas trop froid.
Je me réveille avant d'arriver à Saint Dizier. Je prends quelques photos.
Nous passons par Châlons, Épernay et nous arrivons à Mézy à 3 heures. Le campement part et nous faisons une grande halte.
Nous arrivons à Fossoy vers 7 heures et nous sommes dans le château. Je couche sur un canapé avec (Noël) DELEPLACE.
On dîne et on ne va se coucher que tard.
Temps superbe.
Aujourd’hui il y a repos et revue à 10 h dans le parc. J'écris et je cueille les premières violettes.
Ce soir, préparation de la section en vue de l'offensive.
Ce matin, nous fait faire l'exercice.
Il est vraiment malheureux de faire les pantins comme nous le faisons, et de plus faire cela un dimanche.
Ce soir, la compagnie doit faire des jeux mais je vais me promener avec MAILLET le long de la Marne. Il se met à pleuvoir.
JACQUES rentre de permission.
Je me lève à 5h1/4 car nous partons à 6 heures.
Il ne pleut plus.
Nous passons par Mezy, où nous voyons le 21e d’inf. (*), et Épieds.
On arrive à 10h1/2 à Bézu-Saint-Germain, mais, suivant l'habitude, on nous colle à l'Hermitage (**). 3 maisons et un nombre considérable de tas de fumier.
Pas de chambres, que de la paille infecte. Tout le monde en est dégouté.
L'après-midi se passe à faire le nettoyage.
Je crois bien que j'ai attrapé des totos (***) dans cette saleté. Je trouve la paillasse rudement dure. J’en suis réduit à aller chercher du foin sur la ligne du chemin de fer.
(*) : Le 21e régiment d’infanterie avait été débarqué (en
train) dans cette région. Il venait d’Alsace. Il devait participer à la seconde
phase de l’attaque du Chemin des Dames. Finalement, suite à des mutineries en
son sein, il partira pour Condé-en-Brie au repos pour 1 mois.
(**) : La ferme de l’Hermitage existe toujours.
(***) : Des poux.
Ce matin, on enlève le fumier. PAILLISSON se débine.
On doit faire une manœuvre mais le contre-ordre arrive et on se prépare au départ.
Je fais une théorie aux types arrivés en renfort.
Ce soir, il n'y a pas d'autres ordres aussi je me couche de bonne heure. L'offensive est commencée (*) et on reçoit une proclamation idiote.
(*) :
C’est la désastreuse offensive du Chemin des Dames.
A 6h 1/2, ROY vient crier alerte ! Dans la chambre.
On charge tout en vitesse et l'on part à 8 heures par une pluie et une neige battante. On passe par Épieds–Château-Thierry et on arrive à Nesles à 12h 1/2.
Je suis transpercé et je meurs de faim. On mange et je me sèche.
J'ai une chambre avec JACQUES. Je présente le cantonnement au lieutenant à 5 heures.
Exercice à 8h30.
On charge les bonshommes sous prétexte de les entraîner.
En rentrant, le prêt est touché. Il fait beau et on entend bien le canon.
Ce soir, marche de bataillon. Nous faisons un grand tour dans des chemins très mauvais et nous revenons par la route de Montmirail. Je suis fatigué et les bonshommes rouspètent de plus en plus.
La route est réparée par des Serbes et des Italiens, tous plus sales les uns que les autres. Ils n'ont pas l'air d'en faire lourd.
Les hommes vont à l'exercice jusqu'à 8h30 et je fais ensuite une théorie.
Ce soir, mises en batterie sur la route de Montmirail. Le sergent-major CHARLES vient manger avec nous et la soirée se termine par les chants.
L'offensive est loupée car on entend plus le canon.
Des coloniaux passent en auto, ils sont relevés.
Ce soir, exercice de bataillon.
Je fais mettre en batterie à la lisière d'un bois et c'est la pose (pause). Je cause un peu au fils DELPRAT. Nous rentrons de bonne heure. Temps superbe.
Distribution d'effets. Je ramasse un chic pantalon de cavalier.
Cet après-midi, nous allons à Étampes voir jouer l'équipe de football qui matche la 2e CM.
A la 1ère mi-temps on s'en fait rentrer 3 à 0, mais dans la 2e, nous en marquons 5.
J'entends la musique massacrer littéralement l'Ouverture du Calife de Bagdad.
Après le dîner, nous allons tirer au révolver dans un petit ravin délicieux.
PAILLISSON a attrapé une entorse.
Nous avons été alertés, le T.C et le T.R doivent partir aujourd'hui. (*)
Hier soir, j'ai fait ma cantine et BRIDIDI est parti en permission avec le Cdt GUERINEAU et SERREAU ; les veinards ! On passe une revue d'effets et on attend des ordres toute la matinée.
Le T.C part ce soir. Je vais à Château-Thierry et j'achète diverses choses.
Je me repose toute la soirée.
(*) :
TC : Train de combat.
TR :
Train régimentaire : ensemble des moyens d’un régiment destinés à fournir
ce qui est nécessaire aux unités pour subsister. Commandé par l’officier
d’approvisionnement, il est composé d’environ une quinzaine de voitures
hippomobiles.
DELPLACE vient me réveiller à 4h1/4 et nous partons à 5 heures. On attend les autos sur la route de Dormans jusqu'à 8h. Poussière épouvantable et cahots terribles.
A 1h1/2, on débarque à 10 km à l'ouest de Reims, on voit très bien la cathédrale qui est éventrée.
Devant nous, nous avons Gueux. Les boches, du fort de Brimont, peuvent très bien nous voir.
Ils commencent à envoyer des 133 dans le patelin. On traverse le village juste au moment où cela tombe le plus et où on s'arrête en plein milieu. Les obus tombent à 50 m de bataillon et on ne bouge toujours pas.
Quelle ineptie.
Au bout d'une demi-heure, on s'en va par sections et on nous fait repasser près de l'endroit ???. On aurait cherché à se faire zigouiller que l’on n’aurait pas mieux réussi.
Enfin, pas de mal chez nous. Il paraît qu'il y a eu des tués et des blessés. Une pauvre vieille de 70 ans s'enfuyait affolée. C'est tout de même une drôle d'arrivée.
En passant par les champs, nous arrivons à Rosnay où nous dépassons le 3e Bon (bataillon). Cantonnement infect, pire qu'à l'Hermitage. Pas de popote.
Je vais voir RAMBAUD et je me couche à 8h.
Je me lève à 7h1/2 et vais à l'église. Je me promène toute la matinée.
Ce soir, les camarades du DD viennent nous voir. Je cause avec BERQUEZ.
Ce matin, je me lève vers 8 heures et nous nous préparons à partir ce soir.
Après le déjeuner, je vais voir le bombardement de Reims avec une jumelle.
Nous partons à 5h1/2 avec de grandes distances entre les sections.
Nous passons par Muizon. On croise des ravitaillements qui nous font avaler pas mal de poussière.
Nous arrivons à Marzilly vers 9 heures et nous pénétrons dans une vaste carrière. Pas de paille ni de lits, la pierre nue. Un tas de choses traînent par terre, éclairage à l'électricité. Je casse la croûte et je me couche.
Après une mauvaise nuit et avoir eu les reins brisés, je sors de la cave pour écrire mais comme un avion boche se montre et que les culots de 75 tombent tout près, tout le monde rentre.
J'écris.
A midi, je pars reconnaître le secteur.
Je passe par Hermonville et Cauroy.
Là, nous prenons le boyau ; aux avancées on voit un Ct de compagnie de Mses du 170. (*)
Nous prenons le boyau Vauchamps qui nous mène jusqu'à la route, quelques fusants. Nous longeons la route 44 jusqu'à la ferme Luxembourg et nous revenons par le boyau du même nom.
Des batteries sont installées sur le boyau.
Avant d'arriver au moulin, les boches bombardent avec des gros. Nous revenons par Hermonville qui commence à recevoir des obus. A peine en sommes-nous sortis qu'un dépôt de munitions saute.
Je suis assez fatigué et j'ai chaud.
(*) : Commandant de compagnie
de mitrailleuses du 170e régiment d’infanterie.
Je me repose toute la matinée et je repars à midi avec le St MERCIER.
A Hermonville, comme cela bombarde nous nous mettons dans une sape à côté de la station.
Nous y restons ¾ d'heure.
A la fin, comme c'est fini, nous repartons. Je rencontre GILBERT. Je vais jusqu'au canal par le boyau Beauséjour. Je reconnais l'église et les ponts sur le canal.
Je reviens avec ROUSSEAU et AUSSURE. Je prends une photo de l'écluse.
Rien à signaler pour le retour. Je suis éreinté et je perds mon couteau dans la paille.
Je vais à la messe au fond de la grotte et je vais manger. Il fait très chaud.
Je dors un peu et je passe l'après-midi à regarder tomber les obus sur le fort de Brimont. Je vais voir aussi la pièce de 293.
Après le dîner, cela tape sérieusement et vers 10h 1/2, je me lève pour voir un tir de barrage.
Aujourd'hui, encore rien à faire.
Après le déjeuner, je vais voir le T.C.
J'écris pendant deux heures. Il fait très chaud, plus qu'hier.
Vers 2 heures, 2 avions boches s'amènent et, en moins de temps qu'il faut pour le dire mettent en flammes 5 saucisses. Les observateurs sautent en parachute mais deux sont pris dans les flammes et s'abattent.
Nos aviateurs se débinent.
Cela ne cogne pas trop fort ce soir. Il circule des bruits d'attaque.
Ce matin, je vais me laver au train de combat ; à peine ais-je fini que les boches bombardent aussi nous revenons par la route : on reçoit cela par rafales de 3.
L'après-midi, il faut rester dans la grotte mais on y étouffe et on emmène la compagnie dans un ravin où nous restons jusqu'à la nuit. Deux avions boches s'amènent mais sont si bien salués qu'ils s'en retournent de suite.
Temps très chaud.

1e mai 1917 dans les carrières de Marzilly (51), près d’Hermonville
– Photo envoyée par Christophe.
Son GP a combattu aussi au 409eRI - René
BRISSARD se trouve–t-il sur la photo ?
Nous partons à 8 h. avec le matériel à bras pour le même ravin. Quelle stupidité ! On salit les pièces. Je me nettoie sérieusement au petit ruisseau et j'écris toute l'après-midi.
Il fait très chaud.
Les types nettoient leurs mousquetons. L'équipe de football se fait passer la pile.
Etant descendu dans le ravin, on me fait rappeler et je vais faire la reconnaissance des avancées de Cauroy.
Il fait très chaud. Je suis avec les agents de liaison et je passe par la gauche d'Hermonville.
En revenant il se produit un sérieux air de barrage. Nous voyons les chevaux d'un escadron de chasseurs tués aussi nous faisons vite. Nous allons manger à la cuisine et je vais un peu dormir dans le ravin.
J'apprends que nous partons ce soir vers les avancées. Je prends mes dispositions et vais au T.C pour changer de linge.
Je rentre avec l'aspirant LEMAIRE. Je me repose un peu.
Ensuite, je sors chercher de l'eau. La porte de la carrière menaçant de s'effondrer, on passe à côté.
Je dors jusque vers minuit ½.
A 1 heure, je m'équipe et à 1h1/4, nous partons.
On passe à gauche d’Hermonville par le chemin que j'ai reconnu hier matin.
Après s'être coincés dans la 5e compagnie, nous prenons le boyau derrière les brancardiers.
La 2e compagnie nous dépasse et nous arrivons aux avancées vers 4 heures.
JACQUES va chercher notre place et nous nous installons dans le boyau, près d'une batterie. La section n'a pas d'abri. Je casse un peu la croûte. Violent tir de barrage boche sur la droite.
En face, le 3e Bon reçoit des obus asphyxiants et tous les types se débinent.
Vers 6 heures, la préparation d'artillerie se déclenche. Le 75 qui est près de nous, déchire les oreilles.
A 6h50, les vagues partent.
Les boches font un feu de barrage très serré.
Au bout d'un quart d'heure, on ne voit plus rien tellement il y a de fumée et de poussière.
Il paraît que nous avançons de 1500 m mais que nous avons été obligés de reculer. Quel bec de gaz !
Il passe dans le boyau 43 prisonniers dont plusieurs blessés. La plupart ont l'air contents d'être tirés de la bagarre. Il y en a un qui paraît excessivement jeune.
Peu à peu la lutte d’artillerie s’apaise. La chaleur devient très lourde et on somnole tous dans les toiles de tente. Le 2è bataillon va en avant.
Il passe beaucoup de blessés du 170è. Il paraît que nous avons beaucoup de prisonniers car la préparation n’a pas été suffisante.
Si SCHMIDT pouvait seulement se faire balancer cela serait très bien fait. On devrait fusiller tous ces types-là : quelle bande d’assassins.
Le plus chic est d’être prisonnier, comme les types de ce matin.
Vers 2 heures, nous allons occuper une sape laissée par le 2è bataillon. Je dors un peu mais je dois encore déménager et on s’installe dans une autre sape devant Cauroy. JACQUES est toujours malade.
A 9 heures, les Boches attaquent sur le 3è bataillon aussi se produit-il un tir de barrage sérieux. ROY vient nous dire que nous devons rester encore, aussi je dors équipé.
Le 2è bataillon du 170è rentre près de nous. Ils sont revenus 125 sur 600.
A 4 h, la soupe arrive mais je me recouche et dors jusqu’à 8 heures. Il fait très chaud.
Toute la journée nous restons dans la tranchée.
Le lieutenant vient vers le soir.
J’écris au frais car dehors il fait très chaud. Je fais un échec avec JACQUES avant de me coucher.
Je pars à 6 heures reconnaître la 1ère ligne : il pleut un peu mais cela cesse bientôt.
Tous les chefs de section sont là. On poireaute 25 minutes au PC du colon du 170, puis à la carrière. Je prends des photos.
Ensuite, on va au boyau Sans Nom et on y reste presque une heure. Terrain bouleversé.
On revient à la carrière : quelques obus. Visite au PC du 3è bataillon et à la 3è CM.
On va ensuite dans la 1ère ligne où l’on voit (Lucien) ALAPHILIPPE, le lieutenant BRUNEAU, BOUILLY. Je reconnais mon emplacement et l’on revient par le boyau Gorizia où il y a 3 macchabées : boyau retourné.
JACQUES est un peu plus bas que moi. Nous retournons tout de même vers 11h40. Un fusant éclate juste comme nous traversons le canal.
Je suis rentré à 1 heure et je me repose toute l’après-midi.
Journée calme.
Après la soupe, je dors un peu jusque vers 11 heures et je fais équiper la section. Nous partons à 11h1/2.
Temps splendide, clair de lune et calme.
Après avoir fait des poses à la route et avant le canal, nous franchissons l'endroit dangereux en vitesse.
On se rencontre avec des compagnies relevées et on tombe dans l'eau.
Enfin on arrive à la 1ère ligne à 2h mois le quart.
De suite je me place mais je m'attrape avec un sergent de la deuxième qui ne veut pas me céder le terrain. Les poilus sont fatigués. J'installe la pièce et on creuse tout de suite des trous.
L'aube vient sans qu'il y ait rien d'extraordinaire.
Vers 7 heures, tir de barrage serré. Le trou ne protège guère. MICHELON et JAUSSENS se font enterrer.
Le reste de la matinée est assez calme.
L'artillerie doit faire un feu de destruction sur le champ du Seigneur et on fait évacuer la 1ère ligne. Je reste quand même.
Gros obus, naturellement, la riposte ne tarde pas à venir. Tir de barrage qui dure jusqu'à 5 heures.
Dans les moments calmes, je m'assoupis.
A 5h 1/2, cela recommence et les 88 tombent tout près. C'est tout de même terrible de rester comme cela. Notre artillerie tape n'importe comment entre les 2 lignes.
Le temps se brouille.
Toute la soirée, bombardement formidable ! Cela dure jusqu'à 11 heures : les 88, 105 et 150 tombent en plein au milieu de nous. JONCHERAIS est légèrement blessé à la joue.
Vers 11h ½, la soupe arrive avec les permissionnaires, GUERINEAU, CAULET, PERREAU. Mon bidon est percé de même que ma musette. GABORIAU est dans le même cas que moi.
À minuit, nous lançons des obus à gaz, et vers 2 heures le barrage recommence jusqu'à 5 heures.
Je suis tellement fatigué que je m'assoupis. Nous refaisons notre abri pendant la nuit.
À partir de 5h1/2 c'est très calme.
Il passe SCHMIDT dans la tranchée. Que vient-il
faire là ? C'est SCHMIDT. (*)
Ce n'est pas étonnant que les Boches ne tirent pas, puisque quand on les laisse tranquilles, ils ne nous disent rien.
Le commandant et DE CAMPAGNE passent aussi. (**)
Vers 11 heures, je m'assoupis mais à midi je suis réveillé par la 2è compagnie qui s'en va à cause du tir comme hier. Le lieutenant me fait savoir que je dois rester là. Le tir ne commence qu'à 2h1/2.
Mauvais temps. Les Boches ripostent vite et naturellement cela tombe en plein sur la tranchée.
Vers 4 heures ½, le lieutenant me fait appeler et nous parle de l'attaque.
C'est JACQUES qui doit la faire avec AUSSURE. Moi je me porte plus à droite.
En rentrant, je me fais sonner. Je vais reconnaître l'emplacement à la tombée de la nuit et j'envoie les types travailler.
Je range toutes mes affaires et je me dépêche : je m'assoupis un peu vers 11 heures mais à minuit se déclenche un tir de barrage, un dépôt de munitions ayant sauté vers le 3è bataillon, 88 et 105 tombent dans la tranchée, surtout un qui fait ébouler un peu la cagna et qui perce toutes mes affaires.
Aussi, quand les travailleurs reviennent, je fais évacuer l'endroit et nous nous dirigeons vers la nouvelle position. Après être resté un peu vers la 1ère section, je me mets à mon emplacement et j'installe tout.
Je suis installé au lever du jour.
(*) : Le général SCHMIDT commande la 167e
division d’infanterie depuis le 5 décembre 1916.
(**) : Le lieutenant LABORIE DE CAMPAGNE est le
commandant de la compagnie de mitrailleuses.
Tout est à peu près calme jusque vers 7 heures. Cela tape un peu mais tout rentre bientôt dans le calme.
À 10h30, on mange et je fais mettre en position.
A 11 h moins 3, on demande le tir de barrage qui se déclenche aussitôt et à 11 heures, la vague part. La 1ère compagnie progresse dans le boyau. Au bout de 10 minutes, ils reviennent, n'ayant pu prendre l'autre barrage, mais ils repartent.
Je fais tirer à ce moment-là mais la 1ère pièce ne fonctionne plus ! On se dispose à tirer avec les mousquetons.
Finalement, après 1h1/2, nous sommes obligés de regagner les premières positions. Le 75 tire trop court. Le feu de barrage est d'une violence inouïe. Cela tombe toujours. On en est réduit à la défensive.
Les heures se passent, interminables sous le bombardement. (Gaston) BOURCIER n'a pas l'air d'avoir la frousse.
Enfin, vers 6 heures, cela se calme un peu, mais cela tape toujours. Je suis absolument abruti. J'apprends que (Alfred) MARCHAIS, (Noël) DELEPLACE, le caporal (Ludovic) LÉZIN et plusieurs autres sont morts. (*)
C'est vraiment terrible !
Vers 8 heures, cela a l'air de vouloir recommencer mais cela ne dure pas longtemps. Les poilus se mettent à travailler et nous approfondissons sérieusement le boyau.
Je reste de quart de 10 h à minuit.
(*) :
Alfred Julien Victor MARCHAIS, sergent au 409ème régiment
d’infanterie, mort pour la France à Cauroy (51) le 9 mai 1917. Voir sa fiche.
Noël Louis Florimond DELEPLACE, sergent au 409ème
régiment d’infanterie, mort pour la France à Cauroy (51) le 9 mai 1917. Voir sa fiche.
Ludovic Théodore Pierre Henri LÉZIN, caporal au 409ème
régiment d’infanterie, mort pour la France à Cauroy (51) le 9 mai 1917. Voir sa fiche.
J'attends la soupe et ensuite je vais me reposer.
Vers les 4 heures, les Boches bombardent beaucoup l'arrière.
Je me repose jusque vers 7 heures. Tout est assez calme.
Le brouillard se lève à 8h 1/2.
Des avions rôdent. Tout de suite il fait très chaud aussi tout reste calme. La journée est accablante. De gros nuages d'orage montent dans le ciel.
Vers 5 et 6 heures, une nuée d'avions sillonne le ciel, la plupart boches.
Il commence à pleuvoir un peu. Je vais reconnaître une nouvelle position et, en revenant, un tir de barrage se déclenche mais ne dure pas très longtemps.
La section va travailler à cette nouvelle position.
Ce matin, je dors un petit peu après l'arrivée de la soupe mais je me réveille avec mal aux dents.
Une nuée d'avions boches sillonne le ciel et cela dure toute la matinée. On mange avant la grande chaleur.
Dès 11h on étouffe littéralement. J'ai des hallucinations. Je souffre beaucoup toute l'après-midi. On ne parle toujours pas de relève.
SCHMIDT voulait nous faire encore attaquer mais il paraît que personne n'a voulu marcher (*), c'est pourquoi nous allons encore rester là quelques jours.
J'ai envie d'écrire mais comme mon papier à lettres est perforé, je ne peux pas.
A 8h 1/2, très petit feu de barrage qui cesse tout de suite. GABORIAU va mettre en batterie à la nouvelle position.
Comme c'est intelligent ! A 300 m à droite et à gauche, il n'y a rien et l'on pourrait se faire cueillir par quelques grenadiers.
(*) : C’est la période des mutineries
Je vais remplacer GABORIAU à 1 heure et je reste jusqu'à 3h1/2. MOINET vient me voir.
Je dors jusque vers 7h 1/2. Toujours temps très chaud. Aussi les cadavres empestent-ils.
Le calme continue. Toute la journée, nous souffrons encore de la chaleur.
Ce soir la section qui nous relève va se mettre à son emplacement vers 9 heures et MOULEY ne vient nous chercher qu'à minuit et demi.
Nous faisons vite pour aller jusqu'au canal et nous passons la passerelle en vitesse.
Depuis que nous sommes venus, le boyau a l'air d'avoir été retourné joliment. Nous arrivons au bastion Jemmapes et l'on s'installe dans une sape. (Gaston) BOURCIER vient nous retrouver.
Je dors jusqu'à 10 heures et ensuite je vais me laver, ce qui me cause bien du soulagement.
Je dors encore un peu après la soupe et j'écris.
Il paraît qu'hier soir aux carrières, il y a eu une sorte de révolte. SCHMIDT a failli se faire tuer et 2 bataillons du 174è ont refusé de monter en ligne. Le génie voulait le tuer à coups de grenades et les types faisaient des patrouilles dans le bois.
Le colonel a été obligé de supplier les types de monter et à la fin, ils s'y sont tout de même décidés. (*)
Mais il paraît que ce n'était pas drôle. Là-dessus SCHMIDT est parti à l'armée.
Nous devons changer d'emplacement et nous partons vers 8h1/2.
Jusqu'au canal cela va bien. On passe par l'écluse du Godat mais avant d'arriver au marécage, on croise 2 compagnies du 174è (**). C’est intéressant.
Ensuite comme les Boches tirent sur le boyau, il nous faut marcher très vite de telle sorte qu'il y en a qui se perdent dont GABORIAU.
J'arrive à l'emplacement. C'est bien mou et nous ne sommes guère abrités.
Enfin, si on pouvait être tranquilles. Mais les Boches bombardent toute la nuit.
J'ai fini de m'installer à 23 heures.
(*) :
Le JMO du 174e RI ne précise pas cette affaire, mais en juin ce régiment connaitra
des actes d’indisciplines collectives. Curieusement les comptes rendus
journaliers de début juin n’existent pas dans le JMO du 174e
RI…Volontairement ?
(**) :
En fuite ?
Toute la nuit cela tape tout autour de l'abri. Les muletiers nous trouvent tout de même avec la soupe.
Vers 5h 1/2, GABORIAU s'amène et retourne chercher ses types. Toute la matinée cela cogne régulièrement. Ce que cela est assommant !!!
Je dors un peu car je suis littéralement brisé de fatigue.
Il fait toujours un temps très lourd. Les poilus sont également très fatigués. Nous sommes dans un vraiment sale coin.
Après-midi, il fait de l'orage mais cela cesse bientôt. MOUSTEY vient et apporte les lettres. Toujours pas de nouvelle de relève. Cela tape continuellement.
Heureusement que j'ai juré de consacrer ma section au Sacré Cœur quand je serai sorti d'ici, il n'y arrivera sûrement rien.
Dans la soirée, l'artillerie pilonne toujours, cela ne se calme presque pas.
La soupe arrive vers minuit. Nous sommes mis en alerte et la section reste de piquet.
Le reste de la nuit a l'air assez calme, mais vers 5 heures cela recommence. Il paraît que les Boches ont attaqué et qu'ils ont cueilli une partie de la 6è compagnie.
Toute la matinée, nous sommes en alerte.
LUC vient s'installer près de moi et nous passons la journée ensemble.
Vers 2 heures, je vais reconnaître mon emplacement de 1ère ligne et cela se met à cogner aussitôt.
Je me repose le reste de l'après-midi.
A 6 heures la danse devient sérieuse, il paraît que la division de gauche a fait un coup de main aussi les obus tombent ! On se tient prêts à intervenir au cas où les Boches contre-attaqueraient. Mais cela ne se produit pas et tout rentre bientôt dans le calme.
En attendant la relève que nous devons faire cette nuit, je me repose de même que toute la section.
Je pars à minuit avec la section et je passe par le boyau Gibet.
A 1h1/2, tout est terminé. Je relève le sergent LEMAIRE de la 2è CM.
Il paraît que DESGRANGES est blessé et CHARPENTIER évacué pour oreillons.
Toute la nuit qui est très calme, nous nous installons.
Il fait du vent et assez froid. Je veux dormir un peu mais je suis glacé. Le Lieutenant MOINET vient me voir. Nous ne sommes pas si bien que dans notre petit abri de crapouillot, mais le coin n'a pas l'air trop marmité.
La journée se passe d'une façon très monotone : chaque fois que je dors, je suis gelé. Il pleut. Je retourne au barrage voir MERLE et je reviens manger.
A 9 heures on lance des fusées pour l'artillerie et l'on découvre un boyau ignoré qui s'en allait droit chez les Boches.
A 20 h j'envoie une corvée chercher des sacs à terre : tous les types râlent et sont éreintés. Enfin, ils y vont tout de même.
Je prends le quart de 1h à 3h et je grelotte littéralement.
Pendant tout le temps que je suis de quart, il pleut.
Je vais ensuite me coucher jusqu'à 6h 1/2 et je suis toujours glacé.
BRIDIDI me refait ma cagna qui commençait à s'emplir d'eau. La pluie cesse petit à petit.
Vers 10 heures et vers 4 heures le soir, cela tape un peu et, en dernier lieu, ces imbéciles de 75 qui vont sûrement nous faire prendre bientôt du 210.
Tout est calme jusque vers 8 heures ½ mais les Boches déclenchent un tir de barrage sans raison qui nous tient en éveil car ils pourraient très bien attaquer. Les 75 tirent trop court, aussi je lance des fusées. Comme dans la journée nous avons commencé une sape, on vide les sacs à terre mais on est ennuyé par les fusées.
De plus, on creuse le boyau mais comme on fait trop de bruit, on reçoit des obus. Je fais cesser le travail.
Je prends le quart à 2h1/2 et je me tiens sur mes gardes.
Les Boches ayant envoyé des obus sur le petit poste, je mets en alerte jusqu'à ce que le jour soit bien arrivé. Les avions boches s'amènent et ce qui fait le plus mal au cœur c'est que l’on n’en voit pas un seul des nôtres.
Pourtant ils arrivent mais vers 6h1/2, 2h1/2 après les autres.
C'est tout de même malheureux de voir cela. Étant fatigué, je me couche à 7h1/2. (Lucien) ALAPHILIPPE vient reconnaître mon emplacement pour me relever. Cela a l'air de l'embêter sérieusement.
Je dors jusqu'à 9h1/2. L'artillerie tape beaucoup.
Après le déjeuner, je dors encore jusqu'à 2h1/2 puis j'écris.
L'artillerie tape toujours. La relève se fera vers minuit et nous devons aller vers Cauroy. C'est rudement chic. Mais comme les lettres n'arrivent pas, je suis d'une sale humeur.
Le temps se couvre un petit peu et le vent, assez violent cet après-midi, se calme un peu. Les lettres arrivent à 8 heures.
Les avions boches en prennent à leur aise.
Vers 9 heures, tir de barrage habituel mais qui ne dure pas longtemps. Je m'assoupis en attendant la relève.
La 1ère compagnie passe vers minuit ½. Les bonshommes rouspètent.
(Lucien) ALAPHILIPPE arrive vers 1 heure. On est coincé dans le boyau et on ne peut partir qu'un quart d'heure après. Dans la tranchée, il n'y a personne pendant 300 m.
Les Boches tirent peu.
Nous marchons rapidement dans le boyau Séchamp et le boyau du Serpent. La traversée du marécage se fait assez bien.
Après l'écluse nous faisons une longue pose et comme le boyau est terriblement sale, on monte sur le parapet. Nous arrivons à la cagna vers 4 heures et nous la trouvons occupée par GANNE et ses poilus.
DE CAMPAGNE les fait déménager et les types s'installent.
Je pars me nettoyer au TC avec SALLE et H…..
Tout est fleuri, les arbres sont feuillus, les oiseaux chantent, on se sent renaître, on croirait que c'est une nouvelle vie qui commence.
Je passe la journée à me nettoyer.
A 4 heures il fait un orage assez fort et il tombe beaucoup d'eau. Quelle gabouille. Cela va encore faire !
J'apprends que Jacques est à Tours, le veinard.
Je reviens avec DESCURIER à 6 heures ½ et suis rentré à 8 heures. Je ne me couche qu'à 9h 1/2.
Ce soir, pas de tir de barrage.
Je me lève à 8h 1/2 et je sors un peu. J’écris à JACQUES et après la soupe, je perds 4 F aux petits paquets.
Je passe le reste de la journée à écrire.
Il fait très chaud et je suis dans l'escalier de la soupe. Les Boches tapent sur les batteries de Cauroy et il y a beaucoup d'avions en l'air. Il y a un Boche qui est obligé d'atterrir.
Je perds encore 40 sous au 17, ce qui fait 6 F pour la journée, ce n'est pas mal.
Je me couche de bonne heure.
A 6 h, je suis réveillé par les types qui ont mis le feu dans la cagna mais c'est vite éteint.
J'écris toute la matinée. Le temps est couvert et lourd.
L'après-midi paraît interminable. J'écris encore mais il fait très chaud.
Après le dîner, je regagne un peu ce que j'ai perdu hier.
A 8h30 je pars avec une corvée de 60 hommes chercher des boîtes de singe à Solférino, de l'autre côté du canal. Il y a une vingtaine de boîtes qui représentent 115 kilos.
Je charge les bonshommes et je laisse (Marcel) GIRARD de la 2è CM se débrouiller avec le reste.
Il fait nuit noire et les boyaux sont infects. On porte les boîtes de singe route 44 dans des fourgons et on rentre par la pluie à [illisible].
Nous ne recevons pas un coup de canon, c'est heureux. Un avion boche pousse le culot jusqu'à venir descendre 2 saucisses de chez nous.
Je me réveille à 9h 1/2 et je me lève juste pour manger.
Toute la journée j'écris et de je dors un peu.
On me demande au bataillon pour la corvée d'hier soir.
A 8h 1/2, je repars avec une autre corvée de 30 hommes. Mais comme il y a encore beaucoup trop de matériel à emporter, j'en laisse un peu. Nous attendons les voitures du TC sur la route 44 et nous rentrons à minuit.
Je fais un rapport sur la corvée.
Je me lève à 9 heures et je vais parler au commandant.
Je reçois une nouvelle pièce qui a l'air très vieille. On l'essaye contre avions et elle a l'air de marcher. Je joue aux cartes. Temps assez chaud.
Ce soir même occupation.
Après le dîner, les Boches nous envoient quelques fusants. Je cause un peu avec le lieutenant et je vais voir la roulante qui amène la soupe.
Je me lève vers 8 heures.
La pièce est toujours installée contre avions. Je fais ma demande pour passer lieutenant à TP (*) et j'écris un peu.
Il fait très beau.
Dans l'après-midi, comme il fait très chaud, je dors un peu.
Après le dîner, je tire contre avions.
Le colonel LAVIGNE me demander sur quoi je tire car cette pétarade lui a fait dresser l'oreille. A la roulante je trouve ROUSSEAU et JOUAN.
(*) : Titre provisoire.
Je suis réveillé par MANGELIER qui vient me chercher pour tirer sur avions. On tiraille jusqu'à 8 heures et je m'habille car je me suis levé à moitié habillé. Je dors un peu et j'écris deux mots.
Il vient le campement du 3è régiment mixte pour reconnaître les emplacements.
PAILLISSON part pour Janvry faire le campement. Il fait très chaud.
Je reçois des nouvelles de JACQUES qui est toujours à Tours.
Nous partons à 10 heures du soir et nous chargeons les voiturettes sur la route. On poireaute à l'entrée du boyau Beauséjour dans le chemin creux venant de Cauroy. Enfin on s'en va.
DE CAMPAGNE a l'air bien tourné et il est [loquace].
On retrouve le train de combat et on monte la côte de Marzilly. Des autos emmènent les compagnies mais nous nous allons à pied.
Nous passons par Trigny, Châlons-sur-Vesle, la gare de Muizon. On a envie de dormir aussi la marche est-elle très pénible. Le jour paraît en arrivant à Gueux.
On traverse le patelin et on arrive à Janvry vers 4 heures. Les poilus sont fourbus. (*)
Après une toilette sommaire je me couche jusqu'à 10h1/2.
Après le déjeuner, même chose : il faut commander le service et tout le bataclan.
Je dors toute l'après-midi.
On se prépare à partir demain. Histoire des vestes.
(*) : 20 km, de nuit noire, avec tout le paquetage et à
pied…
Après avoir grimpé une côte formidable nous redescendons dans une petite vallée où l'on a installé une grande gare de ravitaillement. Nous passons dans le patelin où se trouve le DD (*) du 3è tirailleurs.
On arrive à Chaumuzy, pas de cantonnement.
DESCURIER se démène et trouve des emplacements aux 4 coins du patelin. Je boucle JANSSENS pour avoir rouspéter hier. Nous sommes très mal.
Je passe l'après-midi dans un pré à dormir et, le soir, on va se coucher sur la paille.
(*) : Dépôt divisionnaire
Nous ne partons qu'à 6 heures. Heureusement que le soleil se voile un peu.
On passe par La Neuville, Cuchery. Beaucoup de vignes et une grande côte à descendre.
On rencontre SCHMIDT qui apprend à (Gaston) BOURCIER sa nomination.
On voit le DD et on arrive à 10 heures à Binson-Orquigny où nous cantonnons. J'ai une chambre, mais DE CAMPAGNE n'est pas content qu'elle soit plus belle que celle à PEUGEOT et il engueule PAILLISSON. Il y a une petite discussion au sujet de la popote, mais tout finit par s'arranger.
Je me nettoie sérieusement et me promène avec GANNE et BITON.
La comédie de l'appel commence. On voit bien quand les obus ne tombent plus.
Il fait frais et je me promène un peu. Le plumard me paraît rudement bon.
Je me lève à 7h 1/2 et je me nettoie sérieusement. je me mets à mon aise.
Le temps est un peu frais et il y a des nuages.
Je conduis le commandant dans les cantonnements et, l'après-midi, j'écris. Le temps passe vite.
Avant le dîner, je vais au 3è bataillon où je vois (Jacques) SOULISSE. Ils en ont tous plein le dos. Je rencontre aussi (Lucien) ALAPHILIPPE.
Je rentre me coucher vers 10 heures mais BERQUEZ vient me réveiller et me dire un au revoir car il part en perm.
Nous causons un peu de l'attaque et je vois qu'il s'est passé des choses aussi dégoûtantes chez eux que chez nous.
DE CAMPAGNE passe la revue du matériel restant à 7 heures. Cela finit qu'à 9 heures et il se débine pour toute la journée.
Très beau temps, un peu chaud. Je ne fais rien.
Le soir (Gaston) BOURCIER arrose sa nomination et on lance 2 fusées éclairantes.
Je me couche tard.

L’aspirant BOURCIER Gaston
passe sous-lieutenant, comme l’indique le JMO du 409e RI
DE CAMPAGNE fait le rappel de citations et moi je me brosse.
Ce qui m'ennuie le plus c'est que JANSSENS soit cité et que MOUSLEY n'ait rien. Quel sournois ce cochon-là, devant, il accorde tout et par derrière, il fait à sa tête. Il joue le même tour de cochon à ROY l'agent de liaison.
Je suis content que GABORIAU et GUÉRINEAU soient cités, moi, ce sera sans doute pour la... prochaine fois.
Je ne souhaite qu'une chose, revoir DE CAMPAGNE dans le civil pour lui flanquer 2 bonnes claques par sa sale gueule. On se retrouve toujours.
Je ne fais rien de toute la journée. Il y a une revue de cantonnement puis musique.
Je me couche également très tard.
Je me lève vers 8 heures et FINES FESSES (*) vient passer une revue de pièces. Temps très chaud et sans air.
Avant le dîner, je vais au DD où je vois HADEN.
Vers 9 heures nous montons à Villers où il y a cinéma ; je vois AGUILLON, AUZANNEA et d'autres. Le programme n'est pas trop mal. Nous rentrons nous coucher vers 11 heures.
(*) : Est-ce le nom d’un officier ou un surnom ?
A 1 heure, LORIN vient nous réveiller et DESCURIER part au bataillon.
A 3 heures, DE CAMPAGNE me réveille et comme DESCURIER revient je me lève. Tous les hommes de la compagnie (*) doivent partir à 4h45.
Je reste ici, il n'y a que MOINET qui part comme chef de section. Je fais tout de même ma cantine.
Tout le monde se rassemble.
SIGNÉ est rentré de permission. Il paraît qu'une division a refusé de marcher et qu'on envoie ces types-là pour prendre les lignes. Si toute l'armée pouvait en faire autant !
Quelle purée cette guerre !
Toute la journée les poilus attendent l'ordre de départ, mais comme rien n'arrive, ils rentrent à leur compagnie.
(*) : De la compagnie de mitrailleuses.
Je vais à la messe de 9 heures à Villers et l'après-midi j'assiste à la séance donnée par le « Théâtre aux armées ».
Cette matinée est très réussie. Bons artistes, beau décor.
A la fin quand la chanteuse entonne la Marseillaise, tous les poilus se débinent et quand elle crie « tout le monde en chœur », seuls les officiers reprennent. Cela fait un effet déplorable.
On voit par là où en est rendu le moral.
Ce matin, SCHMIDT réunit tous les officiers et sous-officiers du 409 et du DD (*). C'est à cause du moral.
On voit qu'il compte surtout sur les sous-offs pour le remonter. Il dit que la guerre doit être poussée jusqu'à la victoire et exhorte tous les officiers à donner l'exemple.
Dans la tranchée, on n’en voit pas tant qu'ici.
Enfin, cette conférence donne l'impression que le gouvernement à une trouille épouvantable et craint un mouvement. Les grosses têtes ont peur de sauter. Je suis très content d'avoir assisté à cette réunion car elle montre la crainte que les supérieurs ont du soldat.
L'heure est très grave : peut-être sommes-nous arrivés à un instant décisif. Le tout est de savoir si ces craintes se réaliseront.
Cet après-midi, on ne fait encore rien.
Ce matin j'ai envoyé une de mes pièces au DD.
(*) : Le dépôt divisionnaire
FINES FESSES me flanque 4 jours d'arrêts sous prétexte que le matériel n'était pas arrivé à l'heure. J'en profite pour l'engueuler, je vois que cela ne va guère bien, aussi j'ai l'intention d'en jouer un air dès mon retour de permission.
Cet après-midi, repos.
Je vais causer à BRUNET.
Je fais un semblant de théorie car, pour faire du service maintenant, ceinture.
Cet après-midi je ne fiche rien.
Très beau temps.
Marche de 15 kilomètres. On passe par Châtillon où l'on remarque pas mal d'embusqués et l'on revient par Vandières. À voir cela, on comprend comment des divisions refusent de marcher.
Je dors une bonne partie de l'après-midi. (Gaston) BOURCIER vient me voir et boulotte des cerises avec moi.
Toujours rien pour les permissions.
Exercice près du champ de tir. J’ai 3 bonshommes. Je dors encore jusqu'au soir.
Il fait un orage assez fort où la flotte coule dans toutes les rues.
Tir.
On revient à 8h45 et je vais à Villers pour assister au service pour les morts du régiment.
J'attends toujours les permissions. Il pleut un peu.
Je vais à la messe et l'après-midi je dors.
On commence à dire que les permissionnaires partiront bientôt : ce n'est pas trop tôt.
Comme exercice nous allons faire un tour dans le bois de Rademot.
Marche militaire sous les ordres de BRUNET : une vingtaine de kilomètres.
Enfin, on part le 14.
Je peux avoir ma permission le matin pendant la vaccination.
Pas d’écrits entre le 13 et 25 juin…

Carnet de guerre n° 4 du lieutenant René BRISSARD du 409ème régiment d’infanterie
Parti de Tours hier soir, je passe la nuit à Paris.
Je me lève à 7h et je vais à la gare de l’est où je vois DE CAMPAGNE qui part.
Comme je n’ai pas mes affaires je reste la matinée à Paris et je pars à midi.
A Dormans je trouve JONON et je prends un tortillard qui me débarque à Ville-en-Tardenois à 5h.
On mange et je retrouve la compagnie à Chaumuzy. On assassine la bouteille de Cointreau et je vais me coucher dans la paille.
Je me lève à 8h et je range mes affaires.
PAILLISSOU à l’air mal tourné. On mange avec le petit état-major de bataillon qui est maintenant à la compagnie. Le bruit court que nous partons ce soir et, effectivement, à 8h l’ordre arrive de partir à 8h 1/2.
Je reste pour le certificat de bien vivre et je rejoins en vélo.
Nous passons par Pargny et nous arrivons à Reims à 2h.
Après avoir attendu un moment près du pont de chemin de fer nous nous embarquons dans les rues et nous allons cantonner dans les caves. Heidsieck c’est un peu comme la carrière de Marzilly.
Je me couche à 3h et à 8h je sors dehors.
Le quartier à l’air d’avoir sérieusement souffert. Je prends 2 photos malgré la lumière un peu faible (Place Bétheny) (R. de Bétheny. Eglise St André. Pl. Royale Cathédrale - 123 - Hôtel de ville. Intérieur église St André).
Cet après-midi, je vais visiter la ville. Je prends des photos de la cathédrale et des quartiers qui ont souffert.
Je fais divers achats et je rentre vers 4 heures.
Après diner, je vais me confesser avec RAMBAUT dans l’église St André où je prends des photos.
Temps assez tempéré.
Il n’est pas étonnant que les boches bombardent ; il y a des batteries dans la ville.
Ce quartier Cérès est absolument détruit, les maisons sont tombées par terre. Quelle fureur de démolition. Dans l’église St André les orgues sont hors service, le grand christ est criblé et une statue de la Vierge en tombant s’est appuyée contre un pilier. La chaire n’existe pour ainsi dire plus. C’est un monument perdu.
Les compagnies du bataillon montent ce soir en ligne, nous restons là.
Je pars à 7h 1/2 pour reconnaitre les emplacements. Le quartier des casernes à l’air d’avoir beaucoup souffert.
En arrivant au village nègre, il tombe des obus et je reçois un éclat sur mon bidon, sans cela, j’étais blessé.
Je vais reconnaitre ma section qui se trouve à droite du saillant. Cette position est bizarre car on accède aux pièces par un souterrain.
Je rentre vers 11 heures avec une suée sérieuse. Je mange et je vais dormir un peu.
Le Ct du 3e Bon empêche tout le monde de sortir mais ma section se débine en ville.
Le temps se couvre dans la soirée.
A 8h il fait de l’orage et l’eau se met à tomber à torrents.
Quand l’heure du départ arrive, cela se calme un peu, mes muletiers se perdent et les hommes sont obligés de s’envoyer le matériel à bras, cela nous retarde d’une heure.
Nous sommes en place vers 1h1/2. J’installe mes pièces et je fais un petit tour.
En rentrant vers 2h 1/4 un tir de barrage se déclenche, des grenades tombent.
Les boches font un coup de main sur les petits postes, ils ne réussissent qu’à enlever un fusil mitrailleur. J’ai une pièce qui tire un peu mais FINE FESSES n’a pas l’air content.
Tout est calmé vers 3h 1/2 mais, comme entrée dans le secteur, c’est plutôt moche !
Vers 6 heures, les boches bombardent la batterie de crapouillots derrière ma cagna. MANGELIER a un trépied démoli et les artilleurs se réfugient chez nous. Ils ont aussi une pièce d’abimée.
Le reste de la matinée est assez calme aussi nous mangeons dehors.
Dans l’après-midi, j’écris et je dors un peu. Le colon vient voir mon souterrain, il doit en avoir assez car il ne va pas jusqu’au petit poste. Les crapouillots s’en vont et démontent leur matériel.
Je prends le quart jusqu’à 1 heure. Je cause un peu avec le S. lieut. CHATAIGNER et nous nous couchons dans l’herbe près des pièces pendant que les hommes de la 2e compagnie vont poser des fils de fer.
Je me couche à 1 heure et toute la nuit est calme.
Dans la matinée, le commandant vient me voir et visite le souterrain. Il pleut.
Les crapouillots achèvent de déménager.
Je passe mon après-midi à écrire. Ne prenant le quart que dans la deuxième partie de la nuit, je me couche de bonne heure.
1er GOUPIL me réveille à 1 heure, les boches envoient quelques rafales de mitrailleuses mais il n’y a rien d’anormal.
A 5 heures je dors un peu. Temps brumeux et il pleut un peu.
J’écris l’après-midi et je vais me promener avec Luc, je rends visite à l’aspirant BIRON.
Auparavant je commence à faire creuser le souterrain qui rejoint le boyau Bruno, mais n’ayant pas de lumière je ne peux continuer.
Ce soir arrivent AUBERT, REULIER.
Pendant la première partie de la nuit je m’occupe de poser des fils de fer et j’écris un peu, je vais voir ce qui se passe devant les pièces avec la patrouille de couverture.
Je me couche à 1 heure.
A 8 heures le Col LAVIGNE DELVILLE (*) passe examiner les positions mais il ne descend pas dans le souterrain.
Très beau temps un peu chaud.
Je me débarbouille et vais prendre quelques photos (N°1 batterie de crapouillots démolie) (2 entrée de l’abri, 3 PP1, 4 PP1 et fils de fer)
Le reste de la journée est calme. Je me couche de bonne heure.
(*) : Le colonel LAVIGNE-DELVILLE (ex-commandant de la
95e brigade d’infanterie) est le commandant de l’infanterie de la 167e division
d’infanterie.
Je prends le quart à 1 heure, les boches envoient quelques rafales de mitrailleuse.
Vers 5 heures, le 75 tape un peu et je me couche. Journée encore très calme et très chaude.
Ce soir, quelques torpilles : GABORIAU rentre de perm. Et l’on cause un peu.
Je prends le quart jusqu’à minuit, beau clair de lune, pas mal de coups de fusil.
Je me lève à 8heures.
Pendant le quart de GABORIAU il fait de l’orage et l’eau tombe à seaux mais cela se calme et le soleil se montre.
Cet après-midi, les boches envoient des torpilles et le 75 tire. Au moment de la soupe la 2e reçoit quelques obus, je joue aux échecs.
Temps lourd.
Je ne peux pas dormir dans le commencement de la nuit aussi je ne me couche pas.
BAULU rentre de perm. Légèrement éméché.
La 6e compagnie qui relève la 3e arrive vers minuit 40.
La classe 17 a l’air un peu désemparée, je veille tout le reste de la nuit car il faut s’attendre à tous ces jours de relève.
Le temps est couvert, je dors dans la matinée.
Les boches envoient des obus à notre droite et ont l’air de faire du repérage.
Pendant la soupe, un avion vient se promener au-dessus de nous et c’est la comédie pour faire rentrer les types.
Toute l’après-midi on tire des deux côtés, je vais faire un tour jusqu’à la 2e CM et vers la 5e.
Après la soupe les boches tapent sur la 7e et sur notre gauche. Je ne peux pas encore dormir, à droite et à gauche se produisent de sérieux tirs de barrage, il parait même que les boches ont envoyé les gaz.
Le sergent (Adolphe) PELLERIN de la 7e succombe. (*)
(*) : Adolphe Pierre PELLERIN, sergent, mort pour la
France le 6 juillet 1917, aux avancées de Reims (Marne), tué à l’ennemi. Il
était né à Nantes le 13 janvier 1892. Sa
fiche. Le JMO indique qu’il s’agit de « minen
aux gaz »
Je prends le quart de 3h à 6h.
Tout est calme et il fait très froid. Le caporal AULIER doit être emporté sur un brancard et il parait que TRIPEAU est malade, ce sont les suites des gaz.
Le soleil se montre et le temps se réchauffe.
Vers 2 heures de l’après-midi, le 37 tire et de suite arrive la riposte. D’abord grenades à ailettes puis torpilles. Le sergent (Charles) GUINAULT de la 6e est très gravement blessé à la tête. (*)
MAUGELIER partant en perm, GABORIAU prend le
commandement de la 3e section. (**)
BARBARIN ayant eu 5 types d’évacués pour les gaz vient me voir et obtient d’être relevé par la 3e section.
Vers 9h 1/2, les boches lancent quelques grenades asphyxiantes mais le vent emporte les gaz plus à gauche. Tout se calme vers 11 heures et à 1 heure je me couche.
(*) : Sergent Charles Théobald GUINAULT, 26 ans, mort
pour la France le 6 juillet à l’ambulance. Voir sa fiche.
(**) : 3e section de mitrailleuses.
Les boches bombardent Breslau vers la ligne du chemin de fer et vers Bruno, cela dure jusque vers 10 heures avec quelques torpilles.
Puis tout devient calme jusque vers 3 heures.
Je dors un peu et je fais travailler dans le boyau souterrain. Les torpilles et les obus recommencent à 4 heures. Toujours très beau temps et très chaud.
A 8h cela cesse et on peut sortir un peu, mais il tombe tout de même quelques grenades à ailettes.
Je me couche mais ne peux m’endormir que vers 11 heures.
Je prends le quart à 2 heures jusqu’à 6 heures.
Les grenades à ailettes et les grosses torpilles recommencent toute la matinée, plusieurs ne tombent pas loin de la cagna. Il pleut assez fort, un capitaine d’état-major vient voir le souterrain.
Une accalmie se produit vers 10 heures et dure jusque vers 15 heures. Quelques torpilles recommencent à tomber.
à la tombée de la nuit il fait de l’orage. Je prends le quart jusqu’à deux heures.
Vers minuit moins le quart étant dehors, j’entends des coups de départ
Et je vois des grenades en l’air, je rentre vivement, nous en recevons comme cela une dizaine qui soufflent la bougie et font tout trembler.
Vers 1 heure 45, la même comédie recommence mais sans doute que ce sont des torpilles plus fortes car tout le boyau est bouché. Cela tombe sur la cagna, une torpille tombe en plein dans les feuillées.
Dans le souterrain des pierres tombent. Après une salve d’une douzaine cela se calme. L’artillerie se décide à leur envoyer quelques obus.
Vers 8 heures, un capitaine d’état-major vient me réveiller pour me demander des renseignements sur mes mitrailleuses. Après m’avoir barbé pendant un quart d’heure il s’en va.
Je dors un peu.
Il pleut encore pendant la soupe mais le temps s’éclaircit. On m’apprend que Peugeot est blessé grièvement. Il a attrapé cela en se promenant dans le secteur. Quel idiot, lui qui pouvait rester bien tranquillement près du colon. Je me couche de bonne heure ; tout est très calme, pas un obus, le temps reste pluvieux.
Je prends le quart à 2 heures, tout est calme, je commence à écrire quand vers 3h 1/4, 3 torpilles éclatent.
Immédiatement les mitrailleuses crachent.
Ca y est c’est un coup de main, je sors de l’abri après avoir alerté la section et qu’est-ce que je vois, tous les types qui se débinent. Avec peine on les arrête au boyau Mackensen les torpilles s’écrasent tout autour de la tranchée.
A la fin, ils se décident à contre-attaquer et ils reprennent le barrage. Le tir de barrage de 75 se déclenche immédiatement. Les torpilles tombent toujours, peu à peu cela se calme et l’on peut juger des pertes, nous avons 7 ou 8 types de prisonniers.
Sur la gauche les boches ont assez fortement avancé car on trouve deux blessés dans un boyau.
La 6e a écopé salement, car elle a une douzaine de morts.
Chez nous le caporal CHUPIN est grièvement blessé, ma section avec sa veine habituelle n’a rien bien que les torpilles soient tombées pas loin des pièces.
Tout se calme et la journée est excessivement tranquille, mais cela m’a donné fortement le cafard. Je prends le quart jusqu’à 1h1/2, tout est calme.

A 3h je suis réveillé par un type de la classe 17 qui dégringole dans la cagna, il avait pris JOUCHERAIS et VIARD, sortis pour faire leur besoin, pour des boches. AUBERT le fait remonter en vitesse.
A 4 heures le Gal de corps d’armée SCHMIDT et une tapée d’officiers vient voir le saillant. Un capitaine d’état-major me donne des cigares pour la section. Je me recouche tranquillement.
A une heure on fait évacuer la 1ère ligne car il parait que l’artillerie va cogner sur les crapouillots boches. Ils ne foulent pas car on n’entend que quelques coups de canon. Les boches s’aperçoivent de cela car ils se mettent à danser sur le parapet de leur tranchée.
Tout de même vers 4 heures les 240 se mettent alors à tirer et sonnent la 2e ligne boche, il y tombe quelque chose ! Cela forme un nuage de fumée, bas, emporté par le vent. Les boches répondent peu ou presque pas. Tout se calme à la nuit.
La section du lt COLLIN est relevé vers 10h1/4 et (Gaston) BOURCIER qui reste avec la 5e compagnie vient dans mon PC. Il y a des allées et venues.
Vers 11h30, 3 torpilles dégringolent encore.
Je m’endors vers 1 heure et AUBERT me réveille à 2. Tout est calme, je lis « Lucrèce Borgia » et « Le roi s’amuse », cela me fait passer le temps.
Les 155 commencent à tirer sur les crapouillots vers 7 heures et travaillent toute la matinée. Les boches envoient quelques obus.
Dans l’après-midi, un peu de calme revient. Je joue aux échecs avec (Gaston) BOURCIER.
Vers 6h ½, le 75 commence à détruire les réseaux de fil de fer boche.
A partir de 9 heures il tape de temps en temps pour empêcher l’ennemi de travailler.
Je prends le quart pendant la première partie de la nuit. Les boches envoient des grosses torpilles à partir de 11h 1/4 mais cela cesse bientôt.
Le reste de la nuit est calme, je dors jusqu’à 10 heures.
Dans l’après-midi, on fait évacuer les PP (*) pour le tir du 37 (!!!) on croirait entendre une balle passer et une grenade éclater.
Bruno qui a la haute direction de tout cela veut sans doute de l’avancement.
Je joue aux échecs.
(*) : Petit Poste
La journée est calme et il fait un très beau temps, on ne parle toujours pas de relève aussi les poilus commencent-ils à ronchonner sérieusement.
DE CAMPAGNE à l’air de se plaire ici mais ne se doute pas que nous ne pensons pas du tout la même chose. Le 37 tire encore.
L’après-midi se passe à faire évacuer les petits postes et à les réoccuper.
A 10h un tir de barrage se déclenche sur la gauche et le 75 en profite pour faire son tir de destruction. Quelques minen vers onze heures.
Je m’endors tout de même assez tard.
Je prends le quart à 2 heures et la fin de la nuit est calme.
Vers 5 heures un avion boche s’amène et lance des fusées tandis que leur artillerie se met à taper un peu partout comme pour faire un réglage. Très beau temps.
Je me couche un peu et je suis réveillé par le colon qui me dit ce que j’ai à faire pour le coup de main.
Toute l’après-midi des deux côtés on fait de la contre-batterie. SERREAU en travaillant dans le souterrain se trouve malade.
Le temps devient très lourd.
Ce soir vers 8 heures étant à une pièce, deux tirs de barrage se déclenchent sur la gauche. Je fais préparer la section mais bientôt tout se calme.
Je prends le quart jusqu’à 2 heures : rien d’intéressant.
Je ne me lève qu’à 10 heures.
Tout est calme, comme les jours qui précèdent les coups de torchon. J’essaye de dormir au commencement de l’après-midi.
Puis je fais nettoyer les cartouches et les pièces. Cela me prend jusqu’au soir.
Je ne dors pas toute la nuit, je vais faire tirer des cartouches au petit poste pour voir où les balles passent.
Le lieut CHATAIGNEAU arrive vers minuit, je casse la croute et j’attends un peu que l’heure s’avance.
Je laisse reposer les tireurs et chargeurs.
A 2 heures tout le monde est alerté. J’installe les types dans le boyau.
A 2h45 le barrage se déclenche et les pièces tirent.
Au bout de 5 minutes la 1ère ne marche plus et l’autre est enrayée. Puis elles repartent.
J’apprends que le coup de main est raté et que les types sont tombés sur un bec, les boches les attendaient sur leur tranchée. Le tir de barrage dure ¾ d’heure.
Les pièces continuent de tirer avec quelques enrayages. Un percuteur cassé à la 2e.
Tout se calme vers 3h 1/2.
Les boches continuent à bombarder avec des gros.
Je reste éveillé jusqu’à 7h et je me couche. Je dors toute la matinée et une bonne partie de l’après-midi.
Ce soir à 8h le 170 attaque.
Auparavant on envoie des gaz. Le tir de barrage revient sur nous, j’alerte la section ; mais il y a rien d’anormal et tout se calme vers 10 heures.
Le reste de la nuit est très tranquille. Il pleut un peu.
En secouant ma pipe sur mon genou je la casse, aussi cela me met en rogne.
Je dors jusqu’à 6 heures et j’écris pendant le reste de la matinée. Le caporal HERVÉ venant en renfort arrive à la section. Je vais reconnaitre au centre Privas l’endroit que je dois occuper.
En revenant j’apprends que je dois aller suivre un cours de tir contre avions du 20 au 23 à Jonchery
(Jean Baptiste Cyprien) HOURTANÉ vient reconnaitre mon souterrain.
La relève se fait à 10 heures, auparavant les boches lancent un tas de fusées. (Jean Baptiste Cyprien) HOURTANÉ s’amène à 9h50 et à l’air un peu pressé. Enfin nous partons et l’on arrive à 10h30.
Je prends les consignes, fais mettre les pièces en batterie et laisse le commandement de la section à AUBERT.
Je pars avec LALUE, MICHELON, CAULT et JONCHERAIS, à la cagna du lieutenant je trouve ROUSSEAU et JONON et j’attends jusqu’à minuit, personne ne vient.
Je me décide à partir.
Après en avoir bavé et attrapé plusieurs suées j’arrive au TC et le fourrier me montre mon lit.
Je roupille jusqu’à 7 heures puis je me nettoie et j’écris. On mange très bien.
J’attends les lettres et je vais dans Reims envoyer des cartes chez moi. Je rentre un peu fatigué, après diner je regarde passer le 3e Bon qui monte en ligne, je vais me coucher assez tard.
Il n’y a pas d’ordre pour partir, je me lève à 7h1/2 et je range mes affaires.
A 11h ¼, REULIER arrive et me prévient que j’embarque à midi, aussi je fais vite. Je trouve tous les stagiaires de la division.
Nous montons dans un camion qui nous débarque à la ferme Montazin près de Jonchery vers 2 heures.
Avec l’adjudant MASSON du 174 je m’installe dans la baraque des officiers et nous descendons à Savigny faire un tour. Nous mangeons à la popote des sous-offs de la CM de position avec un adjudant du 117 Tal. (*)
Je me couche de bonne heure.
(*) : 117e régiment territorial.
Le cours commence aujourd’hui, c’est plutôt peinard, on apprend le correcteur PB toute la journée, des aviateurs viennent nous rendre visite.
On redescend à Savigny le soir.
La matinée se passe au tir et dans l’après-midi nous voyons d’abord le correcteur Cazeau (*) puis le lieutenant des autos-canons alerte sa section et fait manœuvrer.
C’est assez intéressant.
Il se met à pleuvoir aussi j’écris.
(*) :
Toutes les mitrailleuses disposaient du correcteur de tir appelé
« correcteur Cazaux » permettant de tirer
sur les avions.
Ce matin et ce soir, tir, temps très chaud.
A 22h les avions boches viennent lancer des bombes et les autos-canons tirent. Les bombes tombent sur Jonchery.
Les avions reviennent mais je ne me dérange pas.
Nous allons au tir, le temps est très chaud.
A 2 heures nous partons visiter le camp d’aviation de Rosnay mais nous sommes obligés de faire un détour car les crapouillots tirent. Nous voyons quelques appareils et nous avons quelques renseignements.
Pour revenir nous attrapons la suée.
Le cours finit ce soir, on boit le champagne à la popote.
Il n’y a pas d’auto qui vient nous chercher, heureusement que les artilleurs nous emmènent.
J’arrive au TC à 11 heures.
Je mange et l’après-midi je me repose, chaleur accablante.
Je vais coucher dans un café où j’ai un lit semblable au mien. Je passe une nuit délicieuse malgré que des tirs de barrage se déclenchent au milieu de la nuit.
Je joue même du piano.
Je me lève à 7h 1/2 et je prépare mes affaires. On va boire un petit coup et après le déjeuner, je vais prendre une bénédictine.
En revenant je trouve TRIPEAU qui fait le singe dans un bistrot, il nous fait rouler.
Je pars avec TRIPEAU et MARLLIER à 2h 1/2 par une chaleur accablante. Nous suivons l’avenue de la gare qui est superbe.
Aux cuisines, nous faisons une petite pause, je casse la croute et je vais voir MOINET.
FINES FESSES est évacué pour se soigner aussi je bondis de joie. Je retrouve la section à la ferme Pierquin dans une sape sous la route. On ne peut pas être mieux.
Je me couche de bonne heure dans mon petit PG qui est épatant.
J’écris et je ne fais rien. Les poilus font des lits car il doit venir une autre section. Nous devons faire du tir indirect et je vais voir MOINET pour les chiffres.
A 8h1/2 on installe une plateforme et on tire par rafales. Quelques mitrailleuses boches répondent.
Je me couche à 10 heures.
Je me réveille à 8 heures et je monte un appareil Proust pour avions sur la pièce.
Temps très chaud.
Je dors un peu l’après-midi et le soir deuxième édition du tir indirect, à minuit la pièce ne marche plus aussi le tir s’arrête.
Je me lève à 8h et j’écris, temps épouvantablement lourd.
Dans l’après-midi je fais creuser une autre plateforme et je fais baisser la première pour pouvoir tirer de jour. Je peux repérer la ferme Madelin et je rectifie le pointage qui était faux.
Les deux pièces ne veulent plus marcher à 1 heure.
Je me réveille à 9 heures et quart, je passe mon temps à arranger la 2e pièce qui a son pignon manivelle faussé.
Dans l’après-midi il fait de l’orage, je vais reconnaitre à la voie ferrée une position pour tirer sur avions. Tout le monde m’engueule car je les empêche de dormir la nuit.
Il fait délicieusement bon. Je continue ma séance le soir.
Temps très chaud.
Toute la journée nous faisons du tir indirect. Pendant la matinée les boches tirent un peu partout sur la route avec du 105, après la soupe même jeu.
Pendant la nuit le verrou de fermeture de la 2e pièce casse.
Temps couvert.
J’envoie changer mon verrou et, dans l’après-midi je vais faire un tour au bureau et au lieutenant. En rentrant j’attrape la flotte. Comme je ne sais pas quoi faire, je nettoie les cartouches.
Il pleut.
GABORIAN rentre de Bézannes légèrement mûr et me rapporte un verrou. On commence à tirer avec la 2e pièce qui ne marche pas. Au bout de quelques cartouches le nouveau verrou de fermeture recasse.
Je vais le porter au lieutenant et je fais tirer avec la 1e pièce.
Il pleut toujours.
Je me lève par un beau temps.
Après la soupe je nettoie des cartouches et j’envoie 4 poilus travailler. On finit de nettoyer les pièces.
Après la soupe, les types font les idiots sur la route aussi les boches envoient quatre 105 qui font rentrer tout le monde dans la cagna.
Je me couche de bonne heure.
Beaucoup de vent, je me lève tard. CASTILLE vient me dire que nous devons changer d’emplacement ce soir et aller devant les hangars d’aviation
La pluie se met à tomber. J’achève de brûler mes cartouches. Je fais tout préparer pour la relève qui doit avoir lieu demain matin.
Je fais réveiller la section à 3 heures, mais comme RAY ne vient pas je me décide à partir à 5 heures quand TRIPEAUT arrive.
J’arrive à 6 heures au centre de l’aviation, il pleut.
Les abris sont peu solides et très sales. J’ai une chambre avec lit et sommiers mais pas solide du tout. Je dors dans la matinée et j’écris dans l’après-midi.
PAILLISSON me fait jouer au poker et je pars près de 3 francs.
L’après-midi parait bien longue.
Je pars me changer au TC (*) sous la flotte.
Quand j’arrive cela cesse. avec MAILLIER je me nettoie et on va prendre plusieurs bouteilles.
Dans l’après-midi je fais un petit tour en bécane.
Je rentre à 8 heures et je me couche. J’emporte comme souvenir des pierres de la cathédrale de Reims.
(*) : Train de Combat
Je me lève à 8 heures, temps couvert.
J’assiste dans la cagna à la messe dite par un aumônier du 2e Bon, l’abbé BRILLAUD. Nous ne sommes que trois.
Dans la journée, j’écris.
Brouillard toute la matinée.
Il y a des enquêtes parce que des types sont allés piller le familistère. Je vais voir BIRON et GABORIAN et, en compagnie de ce dernier, je pousse jusqu’en 1ère ligne. J’attrape une suée.
Je vois DEMAN de la 2e CM et FRONTEAU.
Ce soir, arrivent le caporal HERVÉ, JAUSSENS, BAULU, BABAULT et MICHELON du TC.
Journée calme, rien d’intéressant, il fait assez beau.
Un avion vient faire une randonnée sur les lignes boches et tire sur les tranchées.
Une demi-heure après, un avion boche en fait autant sur nous.
Je suis réveillé par MOINET qui me dit d’aller reconnaitre la section de mitrailleuses de la tranchée Pégase.
Je vois (Marcel) GIRARD qui a l’air d’avoir une sérieuse GDB Delaunay n’a pas l’air plus en forme.
Je visite les emplacements et je prends une photo.
Puis je vais voir DEMAN qui me passe les consignes. Tout à l’air bien moche, je reviens vers chez GABORIAN.
Dans l’après-midi, je vais m’informer quel emplacement je dois occuper et en passant par les cuisines je prends deux vues.
En rentrant, les boches se mettent à bombarder sérieusement et ils envoient des obus pas loin. Ils ont l’air de faire des réglages.
Un orage s’amène à la tombée de la nuit.
Les types des premières lignes s’amusent à envoyer des grenades et bientôt il leur arrivent une ou deux torpilles, 3 spads se promènent et reçoivent pas mal d’obus, je me couche à 9 heures.
A 4 heures, je suis réveillé par un tir de barrage sur la gauche, les boches répondent à peine.
Je me rendors et à 6 heures ½ MARIET vient me parler pour les cartouches.
A 7h 1/2, nouveau réveil, déganté, je me lève et j’écris.
Le temps est très clair.
A 13 heures, les boches recommencent à bombarder, cela tombe un peu partout.
On doit avoir relevé la 2e CM à 9h 1/2 et l’on part à 8h 3/4.
En arrivant la pluie se met à tomber après avoir installé les pièces.
Toute la nuit l’artillerie bombarde le ravitaillement boche, ce sont de véritables feux de barrage. J’envoie à changer un canon et un pignon manivelle. L’abri est infect, toute la section est entassée dedans, on y étouffe.
Je me couche à minuit.
Après avoir été réveillé plusieurs fois pour diverses choses, je me lève vers 7 heures, je m’amuse à faire un carton dans les fils de fer. MOINET vient me dire de déménager dans l’après-midi et d’aller dans la tranchée de Bayonne. Je vais reconnaitre l’abri qui n’est guère mieux mais un peu plus solide.
On déménage à 3 heures et on s’installe tant bien que mal. Je dine avec l’aspirant (Gaston) BRION (*) qui ne doit quitter l’abri que demain. Je me couche de bonne heure car il n’y a plus de quart à prendre.
L’artillerie tape toujours.
(*) : C’est la dernière fois que René BRISSARD cite ‘’
BRION ‘’.
Gaston BRION est toujours au 66ème régiment d’infanterie,
Blessé en 1918, 2 citations, il survit à la guerre. Voir
sa fiche matriculaire.
Je me lève à 6 heures pour écrire puis je passe la matinée à faire des consignes. Je vais les porter au lieutenant LAVANT. Je vois ANSURE que je prends en photo et en rentrant je cause avec le fils DELPRAT.
Après le diner, les boches prennent encore une distribution.
Je fais faire une plateforme.
Je trouve tout de même le temps de me laver.
Vers 10 heures, les boches nous envoient des obus dont plusieurs tombent pas loin.
Beau temps mais du vent.
Je reçois un nouveau canon (*) et un nouveau pignon et j’apprends qu’(Lucien) ALAPHILIPPE est nommé sous-lieutenant.
(*) : le canon de sa mitrailleuse.
Temps pluvieux, du côté du saillant cela cogne sérieusement toute la journée. Vers 10 heures nous recevons quelques obus. Le temps passe lentement.
Bombardement du côté du saillant, ici c’est calme. Il pleut. Le sergent MASSÉ vient à ma section. Je fais installer une plateforme pour faire du tir indirect.
Mauvais temps, je m’ennuie. Il parait que le 174 a refusé de faire un coup de main au saillant.
Le moral ne vaut pas grand-chose.
On parle de relève pour demain, le temps redevient beau, je passe l’après-midi chez BIRON.
Calme général.
La relève est pour ce soir, un lieutenant du 120e Tal vient reconnaitre.
Vers 8 heures, les boches bombardent le centre de l’aviation. La journée parait longue, il fait très beau.
Je me couche un peu vers 10 heures pendant que les hommes jouent aux cartes.
La relève arrive à 2 heures, ce sont de pauvres territoriaux qui ont l’air très fatigués. Nous nous en allons et retrouvons les voiturettes aux cuisines.
Calme pendant la traversée de Reims.
A la Haubette, je ne dors pas et, vers 6h 1/2, je vais en bicyclette prendre des vues de la cathédrale.
Après le déjeuner, je vais jouer un peu de piano et je retourne à Reims faire des achats. Je vois toute la section en ballade.
En arrivant, deux gendarmes viennent amener le caporal HERVÉ et SABOUREUX pris, parait-il, faisant du scandale en ville et HERVÉ est accusé d’avoir pris des faux cols.
Interrogatoire de ceux-là et de MICHELON, BAULU, SERREAU, JAUSSEUX, BAHAULT. Le lieutenant parait vexé.
A 9 heures, on rassemble et l’on se dirige vers les autos, mais il faut attendre dans un champ jusqu’à 11h 1/2. Enfin on embarque et on part.
Au bout de deux heures, je suis gelé.
Nous débarquons près de Dormay vers 4h1/2.
Nous entrons dans Chavenay à 5h1/2, le cantonnement a l’air infect : pas de popote et l’on en est réduit à manger sur l’herbe. Je me trouve tout de même une chambre car MOINET s’en va.
PAILLISSON part aussi en perm’ exceptionnelle.
Les sergents RAYRÉ et GAILLARD couchent dans la même maison.
Repos : je me nettoie.
Cet après-midi, j’emmène la compagnie aux douches à Dormans. J’achète du papier Lumière et des caches pour faire de la photo ; on entre dans un bistrot avec toutes les peines du monde.
Nous trouvons tout de même une popote.
Toujours repos. je passe ma journée à trier des photos et à les virer ; beau temps et chaleur.
Je suis proposé sous-lieutenant et je vais passer une visite par HOFFMANN et une contre visite par le médecin-chef à Courthiésy. J’attrape une suée.
Je range mes affaires pour le départ de demain. On doit marcher en veste mais à 22 h ¼, un contre-ordre arrive de prendre la capote : quelle pagaille.
Le responsable de tout ce désordre devrait bien être bouclé.
Je me lève à 3 heures et je rassemble pour le départ qui doit avoir lieu à 4 h ½.
Près de Courthiésy, le régiment est rassemblé pour la remise de la Légion d'honneur au lieutenant MERCIER. La compagnie est complètement en désordre : heureusement qu'il fait encore nuit.
La marche se passe bien et nous à arrivons à Mont St-Père à 9 heures. Je trouve une chambre épatante.
Après le déjeuner, je vais me promener avec SIGNÉ au bord de la Marne. Je prends une photo du barrage avec LEMARIE.
Après dîner, le proprio de la popote vient se plaindre qu'on lui a volé un briquet mais personne n'en a entendu parler.
Il y a musique et j'en profite pour voir quelques camarades.
Nous partons à 4 h ½ et nous traversons Château-Thierry. La marche est assez dure car il y a une grande côte à monter. Nous passons à Vaux et arrivons à Bouresches vers 9 h ½.
Je me trouve une chambre et, dans l'après-midi, je suis si fatigué que je dors 3 h ½.
Je me couche de bonne heure après avoir été faire un petit tour dans les champs avec BIRON.
3è étape qui se termine à Brumetz, par Bussiares et Gandelu. J'ai une chambre magnifique chez une vieille folle qui ne fait que regarder mes souliers.
Je fais la sieste sous un arbre et j'écris.
Au dîner, il tombe une averse épouvantable qui m'envoie me coucher de bonne heure.
Dernier [jour] au campement mais le bataillon ne s'en va qu'à 6 heures.
Nous passons par Crouy sur Ourcq où SCHMIDT nous regarde passer et où le 174è cantonne. Après une côte interminable, nous arrivons à May-en-Multien où la compagnie est dans une grande ferme superbe.
Je suis logé à 1 km de là.
Avec ma proprio, il y a une histoire de popote que ROUSSEAU parvient à grand peine à arranger.
La pluie se met à tomber et le vent souffle en tempête.
La nouvelle popote est très bien : nappe, verres, enfin, cela change.
Je me couche de très bonne heure.
Je vais à la messe de 7 heures, puis je me nettoie sérieusement. Je fais un tour à la ferme et, après déjeuner, je tire des photos et j'écris. Le vent souffle toujours en tempête mais le temps s'est éclairci. Le colon passe une revue de cantonnements à 3 heures et nous fait attendre 1 heure.
Toujours du vent mais soleil, aussi je passe ma journée à tirer des photos. Le pays a l'air triste.
Très beau temps.
La compagnie nettoie les cantonnements et je m'occupe chez moi.
PAILLISSON vient coucher avec moi à la place de DERMIER.
Dernier jour de repos, je tire toujours mes photos.
Beau temps mais avec des Giboulées.
L’exercice commence de bonne heure. Les mêmes âneries que d’habitude commencent.
Ce soir, même chose ; il fait très beau.
Je vais à la messe de 9 heures puis je me rends à la compagnie.
Ce soir, je tire mes photos et j’écris.
Exercice vers Le Plessis-Placy, dans un ravin. Nous faisons des mises en batteries.
Ce soir, théories dans un champ.
Le capitaine DE FRANCE prend le commandement de la compagnie. Nous faisons toujours les mêmes exercices et nous poussons jusqu’à Vincy.
Ce soir, douches.
Même exercice. Temps très beau et très chaud mais avec du brouillard le matin.
Vaccinations et théories en plein soleil dans un champ toute l’après-midi.
École de compagnie et le soir, toujours théorie, mais au cantonnement : il fait de l’orage.
Exercices de cadres vers Etavigny. Simulacre de la prise d’une creute. J’y vais en bicyclette et je peux revenir assez vite.
Ce soir, changement d’une bande souple et théories.
Réveil à 3h30.
Prise de la creute d’Etavigny mais avec les bataillons. La compagnie fait l’ennemi. L’attaque est faite d’une façon stupide : personne n’y comprend rien. En réalité, tous les assaillants seraient fauchés.
Nous faisons une grand-halte et nous rentrons à 3 h par la pleine chaleur. Beaucoup de fatigue.
Ce matin revue et remise de décorations jusqu’ à 10 heures.
Brouillard.
Dans l’après-midi, je me repose.
A 4 h ½, on me donne ma permission que je croyais même pas partie à la signature.
A 9 h ½, je pars à pied pour Meaux : la route me paraît longue mais je me sens des ailes.
J’arrive à 1 h ½ à Meaux et je sommeille dans la gare en attendant le train qui est à 4 h 15.
A 6 h, je suis à Paris, vais faire une commission au Grand Hôtel, rue Scribe et passe par N. D. des Victoires pour me rendre à Orsay. J’arrive à Tours à midi ½.
Dans l’après-midi, je vais voir CHASTAU et je sors aussi après dîner.
Je vais ce matin à St Avertin et je vais voir Grand-Mère dans la soirée.
Puis je me couche de bonne heure.
Parti à 2 h de Tours, j’arrive à May à midi.
L’après-midi, triage de cartouches et nettoyage de pièces.
Il fait un temps couvert.
Nous allons lancer des grenades à Vernelles par du brouillard.
Ce soir, théorie à côté de la ferme dans le champ. On s’y barbe copieusement.
Le soleil est très chaud.
Il devait y avoir marche et je me lève à 4 h mais, comme il pleut, cette marche est suspendue.
Dans la matinée, le capitaine réunit les chefs de section au bureau pour leur parler du tir indirect. Le temps s’étant mis au beau, nous partons à 11h50.
On commence à manœuvrer dans les champs, puis après Vincy, Acy et Rosoy, on passe dans les champs cultivés.
Cela est dégoûtant de voir tout piétiné et écrasé.
Avant d’arriver, nous attrapons une bonne suée.
Comme il fait mauvais Mr MOINET fait une théorie sur le tir indirect et, ce soir, les officiers étant partis à Lizy voir le Général PÉTAIN, je fais nettoyer les cartouches.
Beau temps toute l’après-midi. Je tire des photos.
Beau temps.
Je vais à la messe de 9 heures et je reste toute l’après-midi chez moi à virer mes photos.
Il doit y avoir manœuvre ce matin, mais, à cause du mauvais temps, il y a contre ordre.
Aussi dans l’après-midi, pendant que le général de CA (Corps d’Armée) vient voir les officiers, j’emmène la compagnie faire des exercices de tir indirect.
La manœuvre a lieu aujourd’hui.
Nous partons à 10 h et nous arrivons à l’emplacement de départ vers 11h 1/2.
La manœuvre commence à travers les terres labourées et les champs de betteraves. Que de dégâts commis par les types qui piétinent les betteraves.
On traverse la Gergogne et l’on monte vers la crête, en faisant un face à gauche auquel personne ne comprend rien.
Beaucoup de tombes nous montrent qu’en 1914, la même manœuvre s’est accomplie avec de nombreuses pertes pour nous.
A 2h 1/2 nous rentrons par Acy mais il faut aller jusqu’à l’endroit où se fait la critique qui ne finit qu’à 5 heures.
Quelle ânerie ! Cela nous rallonge de 3 heures.
Au retour, on présente les armes devant le cimetière d’Acy et l’on arrive à May à 7 heures, très fatigués.
Aujourd’hui, repos.
Le matin, je passe une revue d’armes et le soir une revue d’effets avant laquelle je tire et vire des photos.
Temps très beau et très chaud.
Il pleut.
La compagnie passe dans une chambre chlorée avec les nouveaux masques.
Ce soir, théories et répétition pour le concours de tir dans la carrière près du cimetière.
Les pièces marchent bien.
On forme l’équipe pour le concours de ce soir à 2h 1/2, cela commence sur la route de Rosoy.
Les fusils mitrailleurs commencent par tirer, puis les mitrailleuses viennent. Sur 6 pièces, 3 consentent à marcher. À la 2e CM des pièces ne veulent rien savoir. Il est malheureux qu’une pièce n’ait pas voulu marcher chez nous car les résultats auraient été bons.
Enfin, au pistolet automatique, on assiste à de beaux résultats.
Aujourd’hui, repos. Nettoyage des cantonnements. MASSÉ termine tout de même sa feuillée. On emmène les poilus jouer au ballon derrière la ferme.
Je vais à la messe de 9 heures, et l’après-midi je passe mon temps chez moi avec l’adjudant BIRON. On ne s’ennuie pas trop.
Après le dîner, petite promenade.
Le TC (train de combat) part ce matin et la compagnie se prépare au départ.
Je ne rien de toute la journée et je vais voir les civilôs (les civils). Je me couche de bonne heure car je suis fatigué.
Je me lève à 6 h et vais à la messe, puis je cours au rassemblement de la compagnie.
Nous embarquons dans les autos à 8 heures. Les civils ont l’air de nous regretter.
Nous passons par Mareuil-sur-Ourcq, la Ferté Milon, Longpont, Soissons, et nous arrivons à Villeneuve St-Germain à midi.
On mange et l’on se dirige vers les baraques qui doivent nous abriter.
Je couche sur des paillasses avec DEXMIER dans le bureau. Ce village n’étant pas très loin de l’ancien front, aussi est-il abîmé. Je me couche de bonne heure.
Je me nettoie toute la matinée et, l’après-midi, je vais à Soissons prendre des photos : la ville n’est pas épatante, c’est la petite sous-préfecture. Il n’y a que les églises qui ont souffert.
Temps chaud et beaucoup de poussière. Nous mangeons sous une charmille.
Les commandants de compagnie vont faire la reconnaissance.
Je me repose toute l’après-midi et le soir, je vais prendre en photo la fameuse boucle de l’Aisne qui a tant fait parler d’elle en 1915. (*)
Je dors bien sur mon vieux sommier.
(*) : Il s’agit du demi-échec de la bataille de Crouy.
Les Français avaient été surpris et prisonniers par la montée des eaux dans
cette boucle de l’Aisne.
Nous devons monter ce soir. Les 37 sont partis cette nuit.
Je me prépare toute l’après-midi.
A 5 heures, on rassemble à la section il y a pas mal de vent dans les voiles. BOULU passe à la 1ère section comme armurier.
Nous partons pour Vénizel, Buçy où l’on rencontre des spahis, Ste Marguerite où s’installe notre TC, Condé-sur-Aisne, Celles. Il fait très chaud. Une voiturette nous tombe me passe sur le pied.
A Celles, nous buvons du café et nous prenons une piste qui monte à flanc de coteau.
Avant d’arriver à Sancy, les boches déclenchent tout à coup un tir qui tombe en plein sur nous. On se réfugie dans une grotte.
Quand c’est calmé, on repart.
Au bataillon, on poireaute ½ heure pour attendre les agents de liaison de la 3e CM. Ceux-ci nous font avancer et décharger les voiturettes en plein sur la piste.
Subitement le tir recommence, et cette fois les obus éclatent en plein milieu de la compagnie ; tout le monde se met à plat ventre, j’utilise un petit boyau avec 4 types.
Enfin, au bout de 5 minutes, on repart et on arrive à la position, en soutien, à 11 heures.
Je relève le sergent CHARPENTIER de la 3e CM qui monte en 1ère ligne.
Je place mes hommes de garde et je me couche.
Toute la nuit, les boches tirent, mais le matin, c’est nous qui nous y mettons. Je vers voir le lieutenant (Jacques) SOULISSE.
A 11 heures, les boches tapent sur la droite. Je dors et j’écris après la soupe.
A 3h ½, REULIER vient m’avertir que je pars en permission. Je passe voir le capitaine et je pars. Je me perds dans le ravin et j’attrape une belle suée.
A Celles, je trouve une fourragère qui m’emmène jusqu’ Missy. Je casse la croûte et je me couche avec DEXMIER. Je grelotte toute la nuit et à 6 heures, je pars pour Vénizel où je dois prendre le train.
Je n’arrive à Tours qu’à minuit.
Je n’arrive à Tours que le soir à minuit.

Carnet de guerre n° 5 du lieutenant René BRISSARD du 409ème régiment d’infanterie
Je pars de Tours à 15h 33et je passe la nuit à Paris.
Je passe la journée avec CHASTAU.
Je quitte Paris à 8h avec CAILLAUN, l’adjudant du ravitaillement.
On passe par Compiègne et on arrive à Soissons à midi.
Je mange à Villeneuve-St-Germain et j'arrive au PC à 3 h.
Je me change et je repars avec la voiture de la compagnie à 5 h.
JULOT, est comme fourrier à la compagnie depuis huit jours.
Tout va bien jusqu'à Celles, mais bientôt les obus commencent à tomber et les voitures restent embouteillées pendant près de 2 h. Il fait nuit.
Je vais jusqu'à un poste de secours où je reste un peu. Puis on repart et on met la voiture au triple galop, je m'accroche derrière et c'est la chevauchée endiablée sur la route.
On arrive aux cuisines où je couche.
Je vais retrouver la section avec les hommes de jus ; il fait beau. Toute la matinée nous tirons et les boches ne répondent presque pas.
Dans l'après-midi, nous recevons quelques obus : j'écris – je joue un peu aux cartes puis je me couche.
Vers 8 h ½, nous nous faisons sonner aussi on se met dans la galerie de la sape. Le S/Lieutenant COLLIN de la 6eme est rétrogradé et quitte le régiment comme sergent.
Beaucoup de tir indirect des deux côtés.
Je prends le quart de 3 à 6.
J’écris un peu. Les boches envoient encore des obus pas loin. Il fait très froid.
Au jour, je vais à la première pièce et, en revenant, je me couche. Le capitaine me fait remarquer que le boyau est sale. Il fait beau aussi y a-t-il beaucoup d'avions en l'air. L’artillerie règle son tir et tire beaucoup.
Dans notre coin, cela reste calme, mais sur l’arrière les boches tirent pas mal.
Je fais un somme jusque vers 2 heures. On creuse la feuillée.
La nuit vient vite et il fait assez froid. Je fais tirer un peu la 2eme pièce qui marche bien.
Pendant mon quart de 6 à 9 c'est assez calme
Je me lève à 7 heures et, comme c'est assez calme, je vais voir tirer le 37. Les crapouillots commencent à tirer.
Je prends plusieurs photos. Je rentre à la cagna et je commence à écrire.
Comme les obus tombent non loin je fais descendre les types.
Vers les 10 heures un obus de gros calibre tombe juste sur l'entrée de l'abri et le fait écrouler.
On se barre dans l'autre escalier pendant un moment et l'on constate les dégâts ; la tranchée est toute bouchée.
Je rends compte au capitaine après la soupe. Les boches envoient toujours leurs obus tout prés.
Vers 1 heure il en tombe encore un près des feuillées.
Plus l'après-midi s'avance et plus cela cogne, il tombe toujours des obus mais pas si près que ce matin.
Le capitaine me répond qu'il ne peut rien faire, à son PC cela dégringole aussi pas mal. La soupe de 1ere section prend de même que celle de la 2em.
Vers 8 heures, la comédie recommence car les territoriaux commencent leur tir indirect (*). Ils tirent toute la nuit aussi c'est une pétarade à ne pas s'entendre.
Je dors un peu jusqu'à 9 heures et je prends le quart ensuite, c'est un peu plus calme à minuit. Je me rendors jusque 4 heures.
(*) : Des mitrailleuses en tir indirect se développe
essentiellement pour interdire des itinéraires ou des zones particulières à
l'ennemi. Le tir est effectué jusqu'à 3500m. Dans ce cas, le tir est bien
entendu effectué au-dessus des troupes amies et
nécessite des marges de sécurité, il s'apparente, toute proportion gardée, à un
tir d'artillerie.
Les boches envoient encore des gros et quelques 88, jusque vers 5 heures.
Après le café c'est un peu plus calme, ou on en profite pour refaire un peu le boyau et déterrer la tringle et le canon qui sont torchés. Il pleut et en sortant par l'entrée éboulée je me mets plein de boue
JULOT vient payer le prêt et m'amène une note me disant de me déplacer demain à 6 heures pour relever l'aspirant RENARD de la 2eme CM du côté du PC unité.
VISSANGE me rend visite et m'annonce qu'il doit y avoir une petite attaque ce soir à 4 heures. Il ne pleut plus mais le temps reste menaçant.
Le bombardement dure toute l'après-midi. Nous n'entendons pas grand-chose de l'attaque qui se passe à notre droite. Dans la soirée le tir de barrage se calme un peu.
La nuit est assez calme.
Je me réveille à 5 heures et je pars avec la section à 5 h45.
Il ne tombe pas d'obus. Nous prenons le boyau du Filan et nous prenons une piste à flanc de coteau.
Nous rencontrons les chasseurs qui reviennent de faire du tir indirect aux « Poururiey », on laisse les trépieds et on suit un decauville (*) qui a l'air sérieusement sonné.
Puis on quitte la piste pour descendre dans le ravin que l'on traverse vite. Nous montons la pente opposée aussi les types en bavent et, en arrivant en haut je relève l'aspirant RENARD.
HERVÉ se trouve malade et on est obligé de lui donner du réconfortant.
Pendant ce temps RENARD passe les consignes à MASSÉ. Puis nous nous installons. Un avion boche vient survoler le ravin à faible hauteur. J'envoie chercher la soupe. Le bombardement recommence mais le temps se couvre ce qui fait qu'on ne voit plus grand-chose. Le ravin est plein de fumée. Je vais voir le capitaine, et avant d'entrée dans la carrière je me fais sonner pas mal.
En revenant, on joue aux cartes et on mange, puis j'écris.
A 4 heures, la 6eme compagnie fait un coup de main, mais ne peut aller jusque la tranchée boche. Une de mes pièces va tirer, naturellement, tir de barrage sérieux.
Après avoir mangé on se couche.
(*) :
Decauville : Train avec des voies de chemin de fer étroites, qui permet
d’aller au plus près du front pour le transport de ravitaillement.
Vers 6 heures, je suis réveillé par un tir de barrage. Des coureurs du 170 viennent nous dire que les boches sont dans la première ligne aussi j'alerte la section.
Au bout d'un moment, les boches sont repartis aussi tout le monde rentre. Après la soupe BRIDIBI s'en va au GC comme muletier.
Beaucoup de brouillard qui se lève vers 11 heures.
L'après-midi est marquée par un bombardement du ravin. Le 109 et le 149 commencent à monter.
Le 1er bataillon doit être relevé ce soir.
Vers 6 heures, le capitaine m'envoie chercher. Le boyau est bien sonné aussi nous faisons vite. Je ramasse deux ou trois bûches en chemin. On trouve les hommes de soupe qui sont terrés.
En arrivant à la carrière d'Ulm, on fait une course effrénée. A l'intérieur on trouve les types du 149 qui montent en ligne. le capitaine me donne des ordres pour faire du tir indirect cette nuit et pour aller faire une reconnaissance demain matin. En revenant je suis obligé d'aller chercher REULIER pour qu'il me montre le boyau et je rentre en vitesse.
Je me couche aussitôt.
Je me lève à 4 heures moins le quart et commence à tirer bandes par bandes.
Vers 5 heures moins le quart, la pièce commence à s'enrayer, on va chercher l'autre qui ne marche pas non plus. Je laisse les types et je vais casser la croûte avant de partir.
Je m'en vais à 6 heures avec JONCHEREY.
Je m’arrête au PC PIGEON où je demande des renseignements à un lieutenant de la classe 16 qui parait un vrai gosse. Brouillard.
Je passe près de la ferme Colombe et je suis sur la route. Sur la crête le brouillard est levé. Comme un avion boche passe on se planque dans un buisson.
Puis on repart et on arrive à l'autre ravin. On passe près des 75 et on descend sur l'autre pente. Beaucoup de boue.
On arrive en bas, mais personne ne sait où se trouve les carrières de Vauxcelles. On remonte le ravin à travers le bois et on trouve tout de même les carrières.
Je reviens par le boyau qui est impraticable. Je manque de m'enliser et j'ai de la boue jusqu'aux genoux. On monte sur le parapet et l'on rentre par la tranchée du Serin. Je vais voir le capitaine pour lui rendre compte.
C’est à peu près calme. Toute la journée nous bombardons mais les boches ne répondent pas. Beaucoup d'avions.
Vers 5 heures, Fritz envoie encore des obus près de la cagna, mais aucun ne tombe trop près.
Ensuite on se couche, mais comme j'ai bu du café je ne dors pas tout de suite. On est serré et on a chaud.
Je me réveille à 7 h 1/2 pour envoyer les hommes à la soupe : brouillard, temps couvert ; la pluie tombe même vers 10 heures.
Après déjeuner je dors un peu, mais je suis réveillé par REULIER qui me dit d'envoyer un homme au P.C Merlin. Il parait qu'AUSSURE est allé cette nuit aux carrières de Vauxcelles et qu'il a été obligé de revenir. Toute la soirée cela cogne beaucoup : il n'y a pas d'ordre pour demain
C'est aujourd'hui le jour J.
A 4 heures j'envoie les types à la soupe car j'ignore l'heure de l'attaque.
A 5 h15, le feu devient roulant et les types partent.
Vers 6 heures, (Adolphe) MOREAU trouve un boche sur la cagna qui est perdu. Puis des blessés passent. Enfin, des prisonniers rappliquent en nombre.
Quelques obus encore dans le ravin. L’artillerie avance et les taules retournent.
Tous les objectifs sont parait il atteint.
Vers 3 h, je vais au P.C Ulm et je trouve le capitaine qui me dit de me préparer à partir dans 20 minutes.
Je retourne à la section et je fais équiper tout le monde. On commence à attendre sur la carrière que le capitaine sorte.
Les avions volent et les boches envoient des fusants qui éclatent juste au-dessus de nous.
Enfin on part et on commence à trouver les taules qui reviennent. Terrain bouleversé et trous gigantesques.
On arrive route de Maubeuge que l'on suit pendant presque 2 kilomètres. Les boches tirent peu.
Enfin on arrive à une carrière près de la ferme de la Malmaison. On se tasse à l'intérieur avec des chasseurs. Je suis assez fatigué.
Le capitaine me donne les ordres pour le lendemain matin et je me couche sur un plumard en fil de fer.
J'ai froid vers la fin de la nuit.
A 5h 30, MASSÉ s'en va avec une corvée pour chercher des cartouches. Je me lève et bois un peu de café.
Puis je sors un peu. Il fait beau aussi beaucoup d'avions sont en l'air.
On a rien à manger aussi les poilus rouspètent. On est obligé d'envoyer d'autres hommes pour finir d'amener les cartouches.
Dans l'après-midi on déménage et on va dans une ancienne sape boche qui servait de poste de secours. On commence par tout débarrasser car c'est plein de saletés. Tout le monde se tasse la dedans les uns sur les autres.
Puis on fait faire des plates-formes pour tirer. Beaucoup d'avions en l'air. Boches et Français passent les uns à côté des autres sans rien se dire.
Il pleut un peu. Je pointe les pièces et je rentre me coucher. Au commencement du tir le capitaine me fait demander, mais me renvoie peu après.
Les hommes de soupe n'arrivent qu'à 8 h1/2, il est temps que le ravitaillement arrive car on a sérieusement faim.
Le tir est arrêté car l'infanterie demande d'alléger le tir. Mais toute la nuit il y a du remue-ménage pour la garde.
Je me lève à 7 heures et vais reconnaître les cagnas pour dégager notre sape. Je vais jusqu'au petit bois où je retrouve les anciennes positions de crapouillots on aperçoit Laon au loin.
Sur la gauche nous faisons un tir de barrage, mais, en face de nous, c'est calme. Je prends des photos puis je rentre écrire et me reposer.
L'après-midi je vais faire un tour dans la ferme de la Malmaison. On dit que nous partons demain à 4 heures aussi je me couche de bonne heure.
Je me lève à 3 h 1/2, mais au moment de partir un contre ordre arrive et il faut attendre. On ne sait pas si il va falloir monter en ligne aussi le moral est-il très bas.
Enfin, à 9 heures l'ordre de relève arrive et nous partons. Sur la route de Maubeuge il y a un tas de monde, des 75 s'installent à coté, et pas un obus.
A la ferme Colombe, on charge les voiturettes et on s'en va jusque Ste Marguerite par une boue innommable. On mange et après s'être reposé, on va se coucher.
Nous repartons à 7 heures : on passe par Venizel, Billy (sur-Aisne), Septmonts, et on arrive dans un camp près de Noyant (sur-Aconin). Je mange et vais conduire la compagnie aux douches.
Puis je passe l'après-midi à me changer.
Je couche avec les aspirants du 2eme bataillon.
Je conduis la compagnie aux douches à Soissons, j'en profite pour en prendre une qui me fait beaucoup de bien.
En revenant je suis assez fatigué car la route est longue.
Je fais un bridge et je me fais plumer.
Nous partons à 7 heures, et nous arrivons d'abord sur la route de Château-Thierry par Hartennes (et Taux) ; puis nous tournons par Billy-sur-Ourcq, St Rémy (-Blanzy), où nous faisons une grande halte, Chouy, et nous arrivons à Troësnes après une marche très fatigante d'une trentaine de kilomètres.
J'ai un lit et je me couche de bonne heure.
La popote se trouve chez des gens très accueillants.
A 6 h ½, on vient me réveiller pour aller conduire des permissionnaires à Corcy.
Je prends une bicyclette et j'emmène le détachement.
En arrivant on croise une partie du 21ème corps qui redescend en repos. Je casse la croute avec le 11eme, je distribue les permissions et je reviens avec RENARD. Je suis embêté par les autos une bonne partie du chemin.
De plus j'ai un sale rhume qui m'embête.
Toute l'après-midi il faut faire nettoyer, aussi je prends le parti d'aller voir BOIRON.
Le capitaine et le lieutenant MAINET partent en permission.
Je suis désigné pour garder les ballons, aussi je pars avec le bataillon. Je passe la matinée à arranger les affaires.
Les camions s’amènent à midi 30. Il n'y en a que deux pour le bataillon aussi je fais charger le plus précieux et je laisse le reste. Les camions du 2eme bataillon avec le lieutenant BEAUCENS viennent nous rejoindre et nous partons pour May-en-Multien.
A La Ferté Milon, on dépasse le 174eme. Beaucoup de cotes aussi le conducteur descend il souvent pour arranger un compresseur qui se dérègle.
J'arrive à May (-en-Multien) vers 4 heures et je fais ranger les bagages dans la cour de la ferme.
Puis je vais voir ma patronne qui me redonne la chambre. La patronne de la popote m'offre à dîner avec ROUSSEAU. On se met un chouette lapin par la figure.
Je vais ensuite me coucher.
Je vais aux bagages et je rends compte du matériel laissé à Troësnes.
Puis le bataillon arrive et s'installe : on finit de manger le lapin et, pendant l'après-midi, je descends à Lizy (-sur-Ourq) tout le monde a repris sa place mais la popote de la 3eme compagnie est chez moi.
Je serai moins tranquille
Aujourd'hui il y a repos.
Nettoyage général. Nos habitudes sont reprises comme il y a un mois.
Je vais à la messe de 10 heures, et toute l'après-midi je reste chez moi.
Après le dîner la famille de la patronne vient la voir et chante jusqu'à 10 heures.
Le matin, je vais conduire les permissionnaires à la gare de Crouy (-sur-Ourq).
Je ne rentre que vers midi.
Ce soir, je retourne à Lizy.
En rentrant, je trouve ma patronne éplorée qui me raconte que la vieille guenon d'à côté aurait porté plainte pour la nuit hier et que la popote de la 3eme a été obligée de s'en aller.
C'est malheureux de voir la jalousie de cette sale vieille.
Ce matin revue d'armes et cet après-midi exercice avec 15 bonhommes !!. C'est toujours la même chose.
En rentrant de l’exercice, je vais à Lizy avec BIRON.
Le temps menace.
Après le dîner, je redescends à la gare de Crouy et quand je rentre, la pluie se met à tomber.
Il pleut, aussi n'y a-t-il pas d'exercice ; de plus la compagnie est de garde et il ne reste personne.
Jusque 3 heures, je reste chez moi, sans aller à la compagnie.
Je m'occupe comme je peux. Puis, je vais sur la route de Lizy et je conduis la compagnie aux douches.
Après le dîner j'écris et je me couche de bonne heure car je suis fatigué.
J'ai le cafard !
Il pleut aussi je ne sais que faire. J'écris et je fais la navette de la compagnie à chez moi.
Temps couvert et pas mal de boue, rien à faire.
Je vais à la messe de 10 heures et je m'embête toute l'après-midi.
Au déjeuner, on me souhaite ma fête.
Mais l'après-midi il y a un exercice avec 6 poilus. On refait le coup de main que la 2eme avait exécuté aux tranchées. Je me contente de faire mettre en batterie et de regarder.
Le soir, j'arrose ma fête. GABORIAU rentre de permission, je lis au lit.
Temps brumeux.
(Lucien) ALAPHILIPPE est en permission et c'est moi qui reste comme commandant de compagnie, aussi il n'y a pas d’exercice. J'occupe les types au cantonnement.
Toujours la même chose, je ne fais pas aller la compagnie à l’exercice. Comme le temps est clair, je tire des photos.
(Lucien) ALAPHILIPPE rentre aujourd'hui.
J’obtiens la permission de l'exercice de bataillon et je descends à Lizy.
Je pars en permission de 24 heures ce soir à Crouy.
J'arrive à Crouy à midi. VERAIN n’a pas donné de ses nouvelles depuis 16 jours.
Beau temps
Je passe la journée à Tours
Je pars de Tours à 2 h 1/2, le train a 3/4 d'heures de retard et j'attrape de justesse ma correspondance à la gare de l'Est
La vie recommence comme auparavant : temps triste à mourir.
Cet après-midi, je vais voir le dentiste, mais il me renvoie à demain.
Cela m’a fait couper à l'exercice. En sortant je rencontre le sergent-major PLAÇAIS qui m'annonce que je suis nommé sous-lieutenant.
J’en reste baba et la bande du ravitaillement en profite pour me faire payer à boire.
Je rencontre le colonel qui me fait part de ma
nomination officieusement et qui m’annonce que je suis nommé à T.D. (*)
Dans l'après-midi, je surveille le déchargement des bandes. MAINET et (Lucien) ALAPHILIPPE ne m'adressant pas la parole, je me tiens éloigné.
Le capitaine me prévient que j'irai tout de même à Fère-en-Tardenois avec lui. Il me parle même de ma nomination. (Lucien) ALAPHILIPPE, qui est avec lui, écoute et ne dit rien. Quel mufle ! Il est jaloux de voir que je suis à T.D. En voilà un qui a cassé du sucre sur mon dos et qui voit que cela n'a pas réussi.
(*) : TD : Titre définitif. Normalement les montées
en grade des officiers se font à TT (titre temporaire). Entre le TD et le TT,
il peut se passer 2 à 6 mois.
Nous partons à 8 heures.
En descendant la côte, un cheval s'emballe et entraîne la voiture qui vient s'échouer sur une haie près du canal. Un peu de plus tout était dans la flotte.
Il pleut un peu.
Je pars devant avec un sergent de semaine de la C.M 2 et vais faire le cantonnement à Bonnesvalyn. Là je trouve des artilleurs et du 170. Impossible de loger.
Toujours par la pluie je vais à Sommelans qui est inoccupé et je loge tout le monde-là.
Je vais au-devant de la compagnie et je ramène tout le monde. Je mange avec le capitaine et M.M. ANDRE et HAMELIN.
Je couche dans la même chambre qu'ANDRÉ.
Le 21 novembre 1917 : le JMO indique que René passe de la
2e CM à la 9e compagnie. Serait-il entre-temps passé de la 1ère CM à la 2e CM
bien que le 24 novembre il fasse référence à la « conduite » (savoir-vivre) du
1er bataillon (donc 1ère CM) ?
Nous allons à Fère-en-Tardenois. Je pars devant et j'arrive au parc Officier d’Administration qui a l'air d'un as.
Après le déjeuner nous commençons l’échange des pièces. Cela va assez vite.
A 3 heures, la C.M 1 et C.M 3 repartent. Nous n'arrivons à Sommelans qu’à 8 heures.
Dernière journée.
Je prends Java, la petite jument à FINES-FESSES. (*)
Elle manque de me faire casser la figure, mais bientôt je fais raccourcir les étriers et je lui serre les flancs. En rentrant je vois ma nomination à la décision et mon affectation à la 9eme compagnie. Les officiers du bataillon ont le savoir-vivre ( !) de ne pas m'inviter à dîner aussi j'en profite pour arroser mes galons une dernière fois avec les camarades.
(*) : FINES-FESSES, surnom rencontré plusieurs fois dans
le carnet (qui est-ce ?)
Je vais à Rosoy (-en-Multien) où je suis reçu d'une façon charmante par le capitaine DELLUEIL qui m'invite à déjeuner et par le lieutenant (Gaston) DESCARPENTRIES qui me fait un accueil très cordial. J'en suis très heureux.
Il y a de la différence avec la conduite du 1er bataillon.
L'après-midi, je reviens à May et je déménage. Je suis logé chez le maire de Rosoy, Mr DUBELLOYE, dans une très jolie chambre.
Je demande une permission de 48 heures pour aller m’équiper.
(*) : Nous connaissons le prénom de Gaston DESCARPENTRIES
grâce au JMO du 3 octobre 1916, date à laquelle il est cité à l’ordre de la
brigade.
Gaston DESCARPENTRIES est né à Saméon
(Nord) en avril 1894. Militaire de carrière, Capitaine, il est mort pour la
France par suite de blessures à Bagdad (Iraq) en septembre 1925. Sa fiche
matriculaire n’existe plus car le 5e volume du recrutement de Cambrai (1914) a
été détruit pendant guerre.
Ma permission étant signée, je pars ce matin et j'arrive à Tours ce soir à 6 h ½.
Je passe ma journée à m'habiller et m'équiper.
Je pars de Tours à 2 h 32 et je passe la journée à Meaux.
Je rentre à Rosoy à 10 heures du soir avec une voiture de la 2ème C.M.
Je me lève tard car je suis fatigué.
Cet après-midi, je vais à l'exercice au sud de Rosoy.
Je fais une théorie aux F.M (*) et je rentre vers 4 heures.
(*) : Fusil-mitrailleur
J’emmène les types faire des jeux jusqu’à 9 heures pour la préparation à la marche.
Nous partons à 1 heure et passons par Rouvres, Etavigny et Acy.
Le commandant LANGIER rentre de permission et je me présente à lui.
N’étant pas de jour, je me repose.
Cet après-midi, revues diverses.
J’emmène la compagnie passer la corde au-dessus de la rivière cela se fait assez péniblement.
Ce soir exercice de bataillon : manœuvre idiote où, étant en première vague, on nous fait faire un beau face à gauche. Personne n’y comprend rien et, après avoir traversé un ravin et pris une crête, on rentre.
Je passe une revue et je vais à la messe de 9 heures.
Dans l’après-midi, je passe à May dire au revoir à mes amis et je cherche inutilement les copains de la 1ere C.M, avec « RENNIER »
La matinée se passe en revue et, le soir je vais à Lizy.
Préparation au départ : nous quittons Rosoy à 6 heures et nous embarquons à 9 heures du soir.
Je m’enveloppe de couvertures et je m’endors.
La journée est belle, mais dans le compartiment, nous souffrons du froid.
Nous passons par Châlons (sur Marne / en Champagne), Vitry (-le-François), Blesme, Joinville, Neufchâteau, Épinal
Nous arrivons à Luxeuil (-les-Bains) à 3 h ½ et nous poireautons jusqu’à 5 heures.
Quand les voitures sont prêtes nous partons et nous arrivons à Froide (-Conche).
Couche à 7 heures.
Le cantonnement est très resserré car le 2eme bataillon y vient aussi. Je suis obligé de coucher avec ROBET dans une chambre pas épatante mais où il y a un poêle.
Il n’y a rien à faire aujourd’hui et, l’après-midi je me dispose à aller voir la C.M.I.
Un ancien sergent de la 9eme, BOUNEAU, actuellement aviateur, vient nous voir.
Je n’arrive à Breuchotte qu’à la nuit. Je dîne avec les camarades après avoir salué gravement le cap. DE FRANCE et (Lucien) ALAPHILIPPE (!!!). J’ai pour 30 jours de champagne. Je vais prendre l’apéritif avec HODEN qui se trouve à Raddon (-et- Chapendu).
Il parait que « FINES-FESSES » y est aussi. Heureusement que je ne le vois pas.
Je rentre à 9 h ½.
Ce matin, jeux près du cimetière et, l’après-midi, petite marche promenade « pour respirer l’odeur des sapins » d’après la décision !!!
(Gaston) DESCARPENTRIES et CULAN montent en avion.
Temps froid et assez beau. Les aviateurs dînent avec nous et, le soir, nous allons au cinéma à Luxeuil. Difficultés pour rentrer, petit chahut avec les « Bectanceaux ».
On rentre à 1 heure du matin.
Je vais à la messe et, l’après-midi, je fais une délégation de solde de 120 francs. Il parait que le Lieutenant-colonel DARDOS nous quitte. On dit qu’il est hospitalisé à Paris mais il y a tout lieu de croire qu’il est balancé. (*)
Je vais à Luxeuil avec ROBET et nous écoutons la musique, puis avec quelques types du 1er bataillon nous prenons quelques mélanges.
(*) : Il est remplacé par le colonel TREILLARD.
ROBET part en permission et je prends le service à 11 heures.
Je n’ai qu’à me promener dans le patelin. Les aviateurs reviennent et l’on prend le champagne.
Je me couche à 9 h ½.
Je quitte le service à 11 heures et, l’après-midi, je vais à l’exercice dans un bois.
On prend la formation d’assaut et on finit par des jeux.
Au dîner, j’apprends que je dois aller à Besançon avec les poilus pour assurer le service de la gare. Je dois me tenir prêt à partir pour demain.
Je fais ma cantine.
Il y a contre-ordre et le départ est reculé à demain.
Je passe une revue du commandant à 11 heures.
L’après-midi, le commandant passe le bataillon en revue dans un champ et on rentre au patelin musique en tête !!!
Je pars aujourd’hui, je me représente devant le commandant qui m’agonise pour la mauvaise tenue du détachement.
Enfin nous partons, j’en fait pars à (Gaston) DESCARPENTRIES et nous allons prendre le déraillard à Luxeuil.
(Jean Baptiste Cyprien) HOURTANÉ conduit également un détachement. Nous partons et passons par Vesoul.
J’arrive à 9 heures à Besançon et me présente au lieutenant De CHASSENY que je relève. Les hommes sont conduits dans des baraques et je vais à la popote ou je mange un peu.
Je vais ensuite me coucher.
Je me lève à 9 heures et je vais voir les hommes à la gare.
Je prends l’apéritif avec le chasseur et je rentre à la popote ou je fais la connaissance des capitaines FARONEL et BAUCHER et du lieutenant BILLET.
L’après-midi, je vais me promener avec le chasseur et sa propriétaire qui a l’air désolée de ne pas me loger.
Je visite Besançon, vieille ville aux maisons anciennes et je vais faire un tour jusqu’au-delà de la citadelle.
Je rentre me coucher après le train de Belfort
Je passe mon temps à discuter avec la bibliothécaire qui n’a pas l’air trop bête et je descends l’après-midi en ville.
Je passe mon temps à la gare comme d’habitude et ce soir, comme il fait froid, une employée de Melle Marie MERVAN, m’invite à me chauffer dans son bureau – Celle-là non plus n’a pas l’air trop bête -et nous causons poésie toute la soirée.
Elle me présente Melle JEANDENANT.
Toujours même service, il fait froid.
Je vais sur les promenades de Besançon qui sont assez jolies.
Le soir, je m’attrape avec un sergent des Zouaves à qui je fais attraper 8 jours d’arrêts
C’est toujours la même chose et mon emploi du temps est réglé.
Rien de nouveau.
Ce soir, il fait un très fort brouillard et j’ai l’impression que je vais attraper du mal.
Je ne m’étais pas trompé, j’ai un rhume épouvantable et je tousse beaucoup.
Je vais me promener en face de la gare Mouillère.
Au départ de l’express, un poilu tire un coup de revolver. On télégraphie à Dôle où il est cueilli.
Temps très froid aussi je ne reste pas beaucoup sur le quai de la gare.
Je vais voir « Manon » en soirée.
C’est très moyen, mais cela m’a fait plaisir tout de même
Je me promène, c’est aujourd’hui que j’ai 21 ans. Maintenant on ne pourra plus m’embêter comme on voudra. (*)
Je vais prendre l’apéritif ce soir. Comme Melle MERVANT est de jour, je ne peux pas aller me chauffer ce soir aussi je me couche de bonne heure.
(*) : Il est majeur.
Journée habituelle.
Je vais visiter la fameuse horloge de la cathédrale qui ressemble à celle de Strasbourg.
Ce soir je vais au cinéma puis, rentre me coucher à minuit.
A la popote on mange d’une façon délicieuse.
Cet après-midi, on m’apprend que je quitte Besançon après demain matin aussi j’en profite pour bien me promener
Je passe ma journée à passer des consignes au camarade du 67e qui est venu me relever et je me promène.
Ce soir, je me couche à 8 h ½ et l’ordonnance fait la cantine. (*)
(*) : Maintenant qu’il est officier, il a une ordonnance
(soldat détaché à l’officier). Nous verrons plus loin qu’il s’agit du soldat
Adolphe MOREAU.
Adolphe Julien MOREAU, 22 ans, venait d’être blessé en
juin 1916 (par éclat d’obus à la tête) en Artois à Neuville-Saint-Vaast à cette
date au 125ème régiment d’infanterie.
L’institution de l'ordonnance avait pour but d'affranchir
l’officier d'une troupe des tâches matérielles quotidiennes et de le rendre
ainsi plus disponible tant pour ses responsabilités de chef que vis à vis de
ses subordonnés.
Dans l'immense majorité des cas des liens amicaux, voire
affectifs, une certaine intimité, s'établissaient entre l'officier et
l'ordonnance. C'est une fonction très délicate, réclamant savoir-faire, doigté,
discrétion, intelligence, disponibilité, sens de l'anticipation, confiance
réciproque... bref beaucoup de qualités.
C'est loin d'être une fonction dégradante mais au
contraire une aide au commandement.
Je quitte Besançon à 10 h ½ ; cela m’ennuie un peu de partir car j’ai passé ici d’assez bons moments.
A Vesoul je trouve (Jean Baptiste Cyprien) HOURTANÉ avec qui je me promène. Nous partons par un train de ravitaillement qui s’arrête à Épinal à 8 h ½ du soir.
Nous allons au cinéma et nous rentrons nous coucher dans notre wagon.
J’arrive Gérardmer à 7 heures.
Je trouve le chef de musique avec qui je vais prendre quelques choses, puis je pars pour Ban-sur-Meurthe, Clefcy ou se trouve le commandant De LAROQUETTE.
Après une marche assez pénible dans la neige, on arrive.
Je suis logé à 1 km du patelin, à flanc de montagne et je mange avec le 2eme bataillon. Je suis assez fatigué et je vais me coucher à 9 heures.
Aujourd’hui j’ai repos et je fais mes lettres de bonne année. De CAMPAGNE arrive en renfort et prend le commandement de la C.M 2. Je lui fais un accueil plutôt froid.
(Jean Baptiste Cyprien) HOURTANÉ arrive également
Je pars avec le détachement à 7 heures ½ pour les lignes.
On grimpe la côte de Souche et l’on descend à la Truche. Je m’arrête à Xefosse pour faire une grande halte et voir le sergent major. Je vois aussi DESNIER.
Puis nous repartons et nous montons à Louchpach où j’attends le ravitaillement.
Je passe au calvaire, puis je descends près du lac Blanc et après une route interminable en lacets j’arrive à la cuisine où je trouve (Gaston) DESCARPENTRIES qui m’emmène dîner.
J’ai les pieds mouillés et, malgré cela, je vais faire un bridge chez CULAN jusqu’à 11 heures.
A 8 h ½, je vais reconnaître le creux d’Argent où je dois monter dans la journée. C’est un coin qui n’a pas l’air très franc. Comme il y a du brouillard, les types montent l’après-midi et je dîne avec ROBET à la ferme Dider.
Je fais une ronde vers les huit heures et je rentre me coucher.
Les rats viennent m’embêter toute la nuit.
Encore une année de finie.
Janvier 1918
Je me lève à 7 heures ; j'écris quelques lettres et vais faire ma ronde aux différents postes. Puis je vais souhaiter la bonne année à (Gaston) DESCARPENTRIES. Mes sous-ordres ont été ordinaires.
On déjeune et on fait un « petit bridge » qui dure jusqu’à 4 heures. La soirée est calme.
Même emploi du temps qu'hier pour la matinée.
Le capitaine ROCHER et VAROCLIER viennent dîner avec nous : ce dernier nous fait encore rouler avec ses histoires de DERDOS.
Je ronde à 10 heures.
Ce matin, il tombe de la neige toute la matinée ; puis le temps s'éclaircit. LECOMTE déjeune avec nous. Les boches se mettent à bombarder et continuent toute l'après-midi.
Aussi, dans la possibilité d'un coup de main, on se tient sur ses gardes. Je prends toutes mes dispositions.
Mais... rien n'arrive et la nuit est très calme.
Je vais reconnaître mon emplacement futur de la 3e compagnie, à Noirmont.
Je vois le Capitaine ROCHER et je trouve MERCERON en train de dormir. Son sergent me montre les postes et je rentre vers 11 heures.
CHIARI et SAILLANT, de la 6e, déjeunent avec nous.
L'après-midi, bridge qui se termine à 4h 1/2.
Je reste pour passer les consignes aussi je montre le secteur à SAILLANT par petits morceaux.
La relève arrive à 8 heures. C'est la pagaille et on reconnaît bien la moche 6e. Je promène SAILLANT jusqu'à 11 heures et je me couche. Lui fait du potin et remue tout le temps.
Je vais trouver le Lt MONNET que je rencontre à la ferme Cyrille.
Un type de la 6e est tué au poste 5 par une balle en pleine tête. (*)
Je vais déjeuner à Claudepierre où c'est plutôt moche et je pars avec les gradés qui étaient restés là.
Nous grimpons par le bataillon, passons au lac Blanc et Louchbach. Au Rudlin on prend le tacot qui nous descend à Fraize à 4h 1/2. GUÉDON et LÉGER sont avec moi.
J'arrive à
Clefcy pour dîner. Je vais me coucher de bonne heure.
(*) : Il
s’agit de Georges BROU de la 6e compagnie, tué le
05/01/1918. Sa fiche
Je me lève tard et je passe ma journée à écrire pendant que les autres vont se promener à Fraize.
Beau temps.
Temps atroce ; pluie et vent ; ce matin, je vois les cantonnements et j'écris ; puis je vais voir le curé.
L'après-midi, nous allons à Plainfaing entendre une conférence idiote sur les lignes du Bonhomme, avec projections ; je déchire mon caoutchouc.
Je reviens en voiture.
Je me lève tard ; dans la journée, nous jouons au bridge.
Temps bizarre, il y a 30 centimètre de neige.
Le nouveau colonel est arrivé. Il doit passer la revue ce soir aussi toute la journée est employée à nettoyer. Je vais même visiter les cantonnements avec le C.A.M. (*) DELBREIL.
Le colonel TREILLARD s'amène à 1 heure et il nous demande quelques petits renseignements. Il nous donne rendez-vous à 3 heures à son bureau. On s'y trouve, mais pendant deux heures on gèle sous la neige en l'attendant.
Il s'amène à 5 heures ; il est malheureux de voir une chose pareille. Il nous parle de choses et d'autres. En sortant de là, nous allons dîner avec les sous-officiers qui ont fait très bien les choses.
Je rentre à dix heures et, n'y voyant rien, je dégringole le talus. Je me relève couvert de neige.
(*) : Capitaine-Adjudant-Major
Ce matin, je me lève très tard.
Dans l'après-midi, je m'occupe de l'instruction des F.M. Et je vais faire de la luge avec le capitaine DELMAS, (Gaston) DESCARPENTRIES et CULAN.
Je rentre me coucher de bonne heure et le sous-lieutenant SIMIAN de la 7e vient coucher dans ma chambre cette nuit.
Toujours instruction des F.M.
Le temps reste froid. Je retourne faire de la luge avec (Gaston) DESCARPENTRIES et CULAN ; cela marche mieux qu'hier.
Je ne vais qu'assez tard aux F.M.
Cet après-midi, on se prépare à partir de Clefcy pour aller à Gerbépal. Grande partie de bridge ; je me fais prendre en photo.
Il pleut toute la matinée.
CULAN est parti en permission hier soir et ROBET reste pour le certificat de bien-vivre. Je m'appuie donc la garde de police.
Au moment du départ, la pluie se transforme en neige et cela continue toute la soirée.
Nous passons par Anould et, après une sérieuse côte, nous arrivons à Gerbépal. Le patelin étant déjà plein, on nous colle dans des maisons isolées. Les hommes sont très mal et, quand à nous, cela ne vaut pas grand-chose.
On mange chez (Gaston) DESCARPENTRIES.
Ce matin, repos.
La neige ne tombe plus et a même gelé.
Dans l'après-midi, on veut faire de la luge avec un traîneau mais on ne réussit qu'à le casser. J’écris et je vais me chauffer car le vent est très froid au dehors.
A 6 heures, (Fernand) LARDEUX vient me dire de faire ma cantine car le bataillon part aujourd'hui. J'arrange mes affaires en vitesse.
Il fait un temps exécrable. Pluie et vent de tempête.
Je reste pour le bien-vivre et je m'embête toute l'après-midi.
Je pars à 7 heures de Gerbépal, par le même vent. En passant au col du Plafond, on est littéralement déporté par la force du vent. Il pleut aussi la route n'est-elle pas trop glissante.
A Fraize, je fais arrêter pour attendre le tacot qui nous prend à 11h 1/4.
Nous arrivons au Rudlin à midi et nous y trouvons la compagnie. (Gaston) DESCARPENTRIES et ROBET sont partis devant reconnaître et c'est CULAN qui commande la compagnie ; je commence d'abord par le chercher et, ne l'ayant pas trouvé, je mange à la roulante.
Puis nous partons par la pluie et le vent.
A Louchbach, nous nous arrêtons un peu ; la tempête fait rage.
Avant d'arriver au calvaire, nous marchons en pleine eau. Nous nous arrêtons au poste de réconfort où je perds mes gants.
Dans la descente du lac Blanc, la pluie cesse et mon caoutchouc gèle. On passe par la route qui n'est pas encore dégelée et on arrive à Noirmont vers 8 heures.
Je relève LUC. On place les sentinelles et je me sèche les pieds jusqu'à 1 heure.
Je me lève à 7h1/2 et vais voir mon secteur avec le sergent PETICYGNE.
Puis, je vais déjeuner et, l'après-midi, après 1 heure de bridge, je rentre à la section.
La pluie se remet à tomber et, en allant dîner, il fait noir comme dans un four.
Je me lève à 8h1/2 et parcours le secteur.
Après le déjeuner, je vais visiter la section de ROBET jusqu'au Noirupt. En rentrant, les boches bombardent un peu les endroits où nous sommes passés.
J'écris et, après le dîner, je vais faire la liaison avec la 11e compagnie, non sans mal car je me perds.
Je me lève de très bonne heure et je m'occupe de faire installer des dépôts de grenades. Puis je relève les plans de mes tranchées.
L'après-midi, petit bridge et, le soir je rentre de bonne heure. Le clair de lune recommence.
Je me rase et je fais mon petit tour habituel.
Dans l'après-midi, je refais mes plans du secteur.
Puis, après dîner, je fais un bridge.
Je me promène un peu puis, dans l'après-midi je fais un bridge.
Le soir, je rentre de bonne heure et je fais une petite ronde.
Je passe en revue mes fils de fer. Il fait très beau et très doux.
L’après-midi, bridge et le soir, je vais au PP de la 1ère section avec ROBET.
Je me repromène et cet après-midi, je vais me mettre en liaison avec la 11e.
Le commandant devant passer demain, je fais tout nettoyer.
Après dîner, bridge. Il fait un clair de lune superbe. Le secteur est très calme.
On attend le commandant depuis 6h1/2, mais il ne vient pas. Les poilus l'ont mauvaise d'avoir tant nettoyé. Il paraît que CULAN est parti à la compagnie Vosgienne. (*)
L'après-midi, on attend encore le commandant.
Un avion boche est descendu.
(*) : Le
général, commandant le corps d’armée, prescrit la constitution, par division d’infanterie
du front des Vosges, d’un détachement spécial destiné à des opérations
offensives (coup de mains, reconnaissances…) et qui s’appelleront
« compagnies Vosgiennes ». À la date du 28 janvier 1918, la compagnie
Vosgienne de la 167e DI est constituée. Elle comprend 234 hommes prélevés sur
les 3 régiments de la division.
Très beau temps.
Je travaille toujours à mes consignes et je passe mon temps à parcourir la ligne.
Je vais voir (Henri) SÉRÉGÉ (*) à son P.C. mais il n'y est pas.
On parle de l'installation des îlots de résistance ; quelle stupidité.
On voit bien que ceux qui commandent cela ne savent pas ce que c'est dans ce secteur-là. On s'en fera cueillir, des types !
(*) :
Le lieutenant Henri Alexandre SÉRÉGÉ est né en juillet 1889 au Portugal. Engagé
volontaire en 1910 au 6ème régiment d’infanterie, il est mobilisé en aout 1914
au 46ème régiment d’infanterie comme sergent-major. École à Joinville, il sort
sous-lieutenant et part au 168ème régiment d’infanterie, puis au 409ème
régiment d’infanterie en juin 1917. Déjà blessé 3 fois, il le sera pour la
quatrième fois en juin 1918 (main droite), pension d’invalidité définitive, il
décède en 1954. Légion d’honneur, croix de guerre.
Il commence à partir des permissionnaires. On fait un petit bridge et, ce soir, je termine définitivement mes consignes.
Je commence par emballer le cuisinier qui ne sait pas varier son menu.
En arrivant au P.C. on m'annonce que je pars en permission ; j'en suis baba. Je me pends au téléphone et CONTREPENTE me donne l'ordre de partir.
J'emmène le fidèle POREAU jusqu'à Louchbach et je prends le train à 9 heures à Fraize avec le capitaine DELMAS.
En permission.
Février 1918
En permission.
Je pars de Tours à 15h33.
Je passe la journée à Paris.
Je quitte Paris à 8 heures et je prends la ligne de Chaumont.
Je dors la plupart du temps.
A Port d'Atelier, je trouve (Jean Baptiste Cyprien) HOURTANÉ qui revient de Belfort et en montant dans le train, on se trouve avec BRUNOT qui rentre de permission.
Nous dînons ensemble à Épinal et, après une petite ballade, on s'en va à la gare.
On poireaute jusqu'à 1 heure puis on s'en va. On arrive à Fraize à 7 heures. Croyant le 3e bataillon à Clefcy, on s'y rend, mais il n'y a personne et on revient à Fraize.
Je déjeune avec GUÉRIN et je retrouve la compagnie qui va au repos. On s'installe aux mêmes emplacements dans Clefcy et je couche avec ROBET à la popote.
Je me lève à 9 heures et je vais voir un peu ce qu'il y a de neuf à la compagnie. Il pleut aussi je ne sors guère. Je m'embête même pas mal.
Je vais me présenter à BAJUS avec le Capitaine DELMAS.
On ne reste pas longtemps. Puis, je rentre. Il fait froid et, après un bridge, je vais me promener sur la route d'Anould.
L'adjudant LECOMTE s'en va à Châtellerault pour instruire la classe 19.
Il fait très froid mais un beau soleil.
(Gaston) DESCARPENTRIES s'en va à Gérardmer et je reste avec ROBET. La matinée peut encore passer, mais l'après-midi paraît interminable.
On se couche à 8 heures 1/2.
(Gaston) DESCARPENTRIES est rentré. On va d'abord voir le Cap. MERLIN avec qui on boit une bouteille, puis je vais à la messe avec ROBET.
On arrive à l'Agnus !
L'après-midi on s'embête autant qu'hier et on finit par aller faire un bridge chez le maire. Temps très froid.
Je me lève pour passer une revue de cantonnement.
L'après-midi, on arrose la rentrée de (Fernand) LARDEUX à la popote des sous-officiers. Puis je vais faire une partie de cartes, coupée par une revue d'armes.
Après le dîner, bridge.
Très beau temps.
Ce matin, gymnastique au terrain aménagé. Je remarque que je suis bien rouillé.
Cet après-midi, séance de gymnastique, puis réunion chez COURTEPENTE où l'on parle des nouvelles organisations.
Ce matin, je reste au lit car c'est ROBET qui travaille.
L'après-midi étant remplie par des théories sur le F.M. je ne fais rien et je prépare le dîner que nous offrons à GUÉRIN ce soir. (Henri) SÉRÉGÉ est également des nôtres.
Bon dîner ; soirée terminée très tôt.
Le temps est douteux.
Dans l'après-midi, le colonel vient visiter les cantonnements et nous fait un petit laïus, toujours sur les organisations.
Dîner chez GUÉRIN.
Nous allons au tir à Fraize dans un stand très mal aménagé. Il tombe de la neige et l'on rentre trempés.
Le soir diverses théories.
Tout le monde est tranquille dans la journée, mais BAJUS éprouve le besoin de nous raconter des histoires assez tard.
Nous ne dînons qu'à huit heures.
Cette fois-ci, nous allons à la messe au commencement et, dans l'après-midi, on se distrait comme on peut avec LÉGER.
Repos complet en vue du départ qui aura lieu demain. Le colonel revient nous voir et parle d'un tas de choses.
Giboulées.
Nous partons à midi de Clefcy, par un très beau temps.
Des avions boches en l'air.
Nous arrivons à Habeaurupt vers 2 heures. Il fait bien plus froid.
Après un bridge on dîne et je vais me coucher avec ROBET. Les types de la 1ère section faisant du bruit, celui-ci est obligé de se lever pour les faire taire.
A 10 heures, on m'annonce qu'il faut que je sois demain matin à 8h à Ancel.
Je me lève à 3h1/2 et je m'en vais avec quelques gradés ; nous ne nous pressons pas et nous arrivons assez tard.
Avec (Gaston) DESCARPENTRIES, je mange avec le 1er bataillon et comme mes sections sont au lac Blanc, j'y retourne.
La relève se fait vers 6h1/2. Il tombe de la neige et fait du vent. Le sergent MISANDEAU de la 1ère compagnie reste pour passer les consignes.
Beau petit P.C. S sur les rives du lac.
A 8h, je pars pour Ancel.
Un nouvel aspirant est arrivé à la compagnie. Il neige.
Ce matin on mange comme on peut ; puis je surveille les travaux et vais voir AUSSURE et MASSÉ. La rentrée est pénible par ce temps exécrable.
Je dîne au lac Blanc avec mes sous-officiers.
Mars 1918
Ce matin, il y a exercice d'alerte mais on oublie de me réveiller. Il commence à faire du brouillard et bientôt, la neige tombe fortement.
Je téléphone à (Gaston) DESCARPENTRIES qui me dit de venir tout de même.
A Ancel, on installe une popote dans l'ancienne salle des douches.
HAMELIN déjeune avec nous et, dans l'après-midi, je remonte au lac Blanc avec (Gaston) DESCARPENTRIES par le chemin de nuit. Il tombe toujours de la neige et on manque de se perdre.
On arrive à 5 heures. Je dîne avec CIESSAN, (Fernand) LARDEUX et BAYLE.
Ce matin, je me réveille tout de même. Ma section est équipée mais la 3e section est encore couchée. Il faut un quart d'heure pour l'alerter.
Je leur promets du plaisir pour demain si cela se renouvelle. Brouillard.
Je descends à Ancel où l'on déjeune de bonne heure.
Puis, je vais voir les futurs abris de ma section qui sont loin d'être terminés. Je rentre avec mes poilus.
(Gaston) DESCARPENTRIES dîne au lac Blanc.
L'alerte se passe bien.
Le temps est clair, aussi je pars de bonne heure. On a touché à la compagnie l'adjudant BROSSET (*) qui a déjà dîné avec nous hier soir.
Comme on embête les boches, ceux-ci répondent sur les batteries et envoient un obus en plein sur la route un peu plus haut que mon P.C. (Gaston) DESCARPENTRIES étant parti dans le secteur, je déjeune seul avec ROBET.
Mon déjeuner ne coule pas très bien. Je vais revoir ces fameux abris et je remonte avec la corvée.
Le brouillard devient très épais. Le dégel commence.
(*) :
L’adjudant Jules BROSSET sera blessé en juin 1918.
Il tombe de la neige au moment de l'alerte aussi je fais rentrer vite les poilus.
Je pars à Ancel comme d'habitude malgré le mauvais temps.
Au déjeuner, (Gaston) DESCARPENTRIES me demande d'aller avec une patrouille d'embuscade ce soir. J'accepte et, dans l'après-midi nous surveillons les travaux.
En remontant au lac Blanc, nous voyons le col du 170 et nous assistons à un bombardement de minen à la droite du Linge.
Nous dînons au lac Blanc avec les sous-officiers et nous revenons par le chemin de nuit. J'ai une forte colique et la diarrhée.
A Ancel, je me couche de 10h à minuit.
Nous partons à minuit 1/4 et nous enfilons nos chemises blanches.
On a l'air de capucins avec cela. Nous passons par Scheffer PC où l'on dit bonjour à (Henri) SÉRÉGÉ et nous sortons par Scheffer ferme.
Nous avons du mal pour passer les réseaux, enfin nous arrivons près du Surcenord. Rien d'important ne se passe et, après une sérieuse attente, on rentre.
Les poilus filent comme des zèbres. Moi, j'ai fortement la colique et je souffre en revenant.
A peine rentré, un tir de barrage se déclenche sur le Linge et dure une bonne heure. Puis tout rentre dans le calme.
Je dors jusqu'à 8h 1/2. En me levant les coliques me reprennent. Je vais voir POIRÉ qui me fait avaler 30 gr de bicarbonate de soude, puis (Gaston) DESCARPENTRIES me fait faire des mouvements de jambes.
Enfin, vers 11 heures, cela ne va pas du tout. Je mange deux œufs à la coque et je rentre au lac Blanc... péniblement.
Je me repose dans l'après-midi et le soir, je me couche de bonne heure.
Très beau temps, je pars à 8 heures et je vais voir le toubib en arrivant. Il me donne de l'élixir parégorique pour faire passer ma diarrhée ; cela va mieux.
Il paraît qu'un type de la 11e s'est fait barboter aussi BAJUS est sens dessus dessous. On déjeune avec (Henri) SÉRÉGÉ qui part en permission et je remonte avec lui.
Il fait un soleil admirable et la neige commence à fondre.
Il fait du brouillard.
Je monte à Ancel tranquillement et je trouve le commandant de NANTEUIL du 170 qui mange avec nous.
Après déjeuner, je vais voir le P.C. Scheffer que j'occuperai après demain soir. Ce n'est pas organisé et tout est en pagaille.
Je reviens et je rentre, toujours par le brouillard. (Gaston) DESCARPENTRIES vient manger au lac Blanc.
Toujours du brouillard.
Je passe la matinée à Scheffer avec VALENT.
Après le déjeuner, le soleil se montre. (Gaston) DESCARPENTRIES coupe des fils de fer. Je reviens vers quatre heures.
Je fais mes paquets et je quitte mon P.C. à 8 heures.
Je m'arrête un peu à Ancel et je ne monte à Scheffer que dans l'après-midi.
Je prends le reste des consignes ; c'est une pagaille sans nom.
A 5 heures, je dîne VALENT et les poilus s'amènent après. Puis, je vais poser quelques fils de fer entre les deux mitrailleuses.
Je ne peux pas dormir car il y a des rats.
Alerte à 5 heures.
Nous prenons l'heure d'été. La nuit a été calme aussi les poilus travaillent. Ils font des pelotes de fils de fer et posent un peu de réseau Brun. (*)
Je vais manger à Weber où je vois que c'est aussi moche que chez moi.
Beau temps ; je monte aussi à Tiercom.
A la fin du déjeuner la sonnette du poste Henry Haut de met à tinter aussi tout le monde saute sur des grenades ; mais fausse alerte ; c'étaient des types qui avaient simplement appuyé sur le bouton.
Je rentre. Les poilus travaillent toute l'après-midi.
A la tombée de la nuit, on pose encore du fil de fer. Je me couche à 8 heures, tout est calme.
(*) :
Rouleau de fil de fer barbelé, prêt à l’emploi.
Ce matin, je ne vais pas à Tiercom. Je fais des plans pour mon G.C.
Puis je vais déjeuner ; je trouve (Gaston) DESCARPENTRIES sur une chaise avec une jambe amochée. Une pierre de 80 kilos lui est dégringolée dessus hier soir. Les types travaillent ferme ; ils savent que c'est pour eux.
Beau temps.
Je me lève toujours à 3 h 20 ; il fait froid et noir.
Les boches ne font que balancer des grenades et tirent des coups de fusil. Mais rien n'est signalé. Belle journée.
Les boches tapent sur le bois du centre où se trouve (Jacques) SOULISSE. Je reviens avec ROBET ; comme il y a des avions, on reçoit des éclats.
Vers les 4 heures, les boches envoient des minen sur la Tête des Faux. La soirée est très calme, la nuit aussi.
Il fait encore très froid vers trois heures et demie.
Je monte à Tiercom dans la matinée.
Puis, en rentrant, je trouve (Gaston) DESCARPENTRIES qui est tout de même venu avec sa jambe abîmée. On rentre à la popote ensemble ; arrive un sous-lieutenant de la Vosgienne qui étudie un coup de main sur un poste de Neurgey Haut.
On remonte à Scheffer P.C. avec ses sous-officiers. On observe, puis, ils s'en vont.
J'écris un peu et je m'occupe de faire boucher de vieux abris. Je me couche comme d'habitude.
A 23h45, le sergent mitrailleur NATHAN vient me réveiller car il paraît qu'il y a eu du bruit dans les fils de fer. Je sors et j'alerte les poilus.
Le caporal (Alphonse) DUPRAT se rendort debout et dégringole par terre.
A 0h30, somme rien d'anormal ne se passe, je fais terminer l'alerte.
La fin de la nuit est calme. Il fait très froid ce matin. Je m'en vais déjeuner après avoir un peu dormi de 8h1/2 à 9h1/2.
Vers la fin du déjeuner, Henry Haut reçoit une distribution, d'abord d'obus explosifs, ensuite d'obus à gaz.
Je remonte tout de suite, puis je vais à Tiercom faire une théorie aux hommes sur les gaz. Je redescends à Scheffer Ferme pour en faire autant. Lorsque je suis remonté, les boches s'en prennent à mon bois et sonnent comme des sourds l'espace compris entre Scheffer Ferme et moi.
Pas d'obus à gaz. Le 75 répond bien en face, puis tout se calme.
La soirée est paisible. Je me couche à 7h 45.
Il fait excessivement froid et un peu de vent.
Tout craque dans le bois. Les boches recommencent à tirailler.
Vers 10h 1/2, ils envoient une rafale extrêmement violente sur Ancel, il y a 8 blessés dont CAGNÉE (*), l'ancien caporal-fourrier de la 2e compagnie cassé, avec le sergent BERNARD. Je trouve à Weber un lieutenant d'artillerie qui fait exécuter des tirs de représailles.
Nous déjeunons et les rafales passent de temps en temps. Je monte à Tiercom avec lui et son maréchal des logis ; nous cherchons des points vulnérables.
Puis nous redescendons.
L’après-midi est assez calme, mais vers trois heures, cela recommence, juste pour la soupe. Les rafales ne durent pas trop longtemps.
La soirée est calme. Il tombe un peu de neige.
(*) :
Henri Julien CAGNÉE sur le J.M.O.
Le temps s'est remis au beau.
Il fait même excessivement froid. La matinée est assez calme sauf vers 10h 1/2 où les boches sonnent un peu Ancel et au-dessus de Geisshof. Je rentre de bonne heure.
(Fernand) LARDEUX (*) part en permission pour se marier.
Pendant l'après-midi, rien d'intéressant.
Ce soir tout est calme. Incendie vers Tiercom.
(*) : Le
sergent Fernand Joseph LARDEUX, 27 ans, se
marie le 21 mars à St Cyr (87).
Temps assez froid.
Vers dix heures les boches battent sérieusement le boyau Weber. Les éclats reviennent en vitesse ; d'autre part, le bois du Centre déguste à son tour.
La séance s'arrête vers midi.
L'après-midi est calme.
Vers 11 heures du soir, les boches bombardent le ravitaillement à Vignal. Nous répondons vers Orbey.
Rien de neuf aujourd'hui.
En arrivant à Weber, (Gaston) DESCARPENTRIES m'emmène à Didier Haut où je vois (Gaston) DURAND. Position très moche.
Je prends quelques photos. Je reviens alors que Scheffer P.C. est bombardé. J'arrive à la fin. Puis je monte à Tiercom avec (Gaston) DESCARPENTRIES.
Un commandant de la division étant là, je descends et vais lui montrer Scheffer Ferme. Ce soir, c'est le prêt aussi il y a pas mal de types saouls.
Je boucle JOLY. Les autres travaillent.
Beau temps.
Le bois du centre encaisse. Pendant le déjeuner, des obus tombent sur Weber.
JOLY reçoit la nouvelle qu'il a un gosse aussi je lève la punition. Quelques obus sur Scheffer P.C.
(Henri) DUGOURD est nommé sous-lieutenant et CASTILLE passe à la CM3.
Le fidèle CIESSAN part en permission et c'est ROBET qui va le remplacer à Tiercom. Nous revenons ensemble et je vais le conduire là-haut.
Le fidèle (Adolphe Lucien) MOREAU rentré hier, nous offre de la gnôle. Il fait joliment chaud à monter. ROBET a reçu une sacoche d'état-major et un équipement deux fois trop grand pour lui. Je le prends en photo.
De plus, il s'est rasé et a une vraie tête de curé. Il dîne chez moi.
ROBET descend me prendre vers 9h1/2. Nous allons déjeuner. Comme les boches bombardent Ancel, nous revenons par le boyau Scheffer Weber où nous pataugeons dans la boue jusqu'aux genoux.
Je change de chaussures et de chaussettes en rentrant.
Puis je remonte à Tiercom. On envoie des 155 sur Orbey en réponse au bombardement d'Ancel.
Temps brumeux. ROBET me téléphone, mais l'appareil ne marche pas.
Après le déjeuner, nous faisons un petit bridge et nous rentrons tranquillement.
Le colon vient me voir et raconte tout un tas d'histoires ; toujours le matériel contre les gaz !
Avec ROBET, on téléphone à POIRÉ et on se gondole.
Toujours beau temps.
RENAULT vient déjeuner avec nous, on fait ensuite un petit bridge.
Puis je rentre avec ROBET qui est malade et ne descend pas dîner. Les boches envoient une trentaine de 77 sur le GC.
POIRÉ est cité.
Nous voilà aux Rameaux.
La journée est belle et calme. POIRÉ vient à Weber et l'on joue au bridge jusqu'à 2h1/2. Je rentre seul et ROBET me rejoint après.
Le dîner fini, je m'occupe d'arranger les conduites d'eau et je m'esquinte les mains et les vêtements. Il fait un clair de lune superbe.
Très beau temps, mais brumeux.
En arrivant à Weber, (Gaston) DESCARPENTRIES m'annonce qu'il déménage et qu'il va à Ancel ; le bataillon va au Lac Blanc ; enfin c'est une pagaille désolante !
On se demande où tout va finir.
On ne peut pas suivre une idée, tout change chaque jour. ROBET va à Weber et déménage. Il paraît que les Boches bombardent Paris avec un canon qui porte à 120 kilomètres. L'offensive a l'air de marcher dur.
Ce soir, la compagnie Vosgienne sort pour faire une embuscade du côté de Neurgey Haut ; le temps se couvre mais il fait clair tout de même.
Il fait très froid pendant le quart.
A 6h1/2, je pars de Scheffer P.C. d'Ancel au Lac Noir, je ne rencontre absolument personne ; il tombe un peu de neige.
Là-bas, personne n'est levé.
Vers les 8 heures, s'amène RABÉCHAULT qui me conduit voir les deux aviateurs boches descendus hier ; ils sont très bien habillés et ont l'air distingués. (*)
Puis, je vais au bureau du Colonel donner mes états de service. J'apprends que nous avons reculé jusqu'à Noyon et que l'on se bat ferme. Je rentre.
Sur la piste, je trouve (Jacques) SOULISSE et à Ancel, je présente mes félicitations à (Henri) DUGOURD (**) que je trouve avec le capitaine MERLIN.
Après le déjeuner, je monte à Tiercom. On m'enlève le téléphone aussi je rouspète dur.
Pas de journaux. Il fait froid. Mes poilus travaillent un peu mais je ne veux pas les fatiguer. Je casse mon stylo avec un VB signal aussi je suis furieux.
(Gaston) DESCARPENTRIES voit des boches qui travaillent dans un champ et il fait tirer dessus. Les boches se débinent en vitesse.
(*) :
Sur le J.M.O. du 409, il est noté à la date du 25 mars : « Un avion ennemi est abattu par le tir de notre artillerie et tombe à
500 mètres du Lac Noir. Les deux aviateurs ont été tués dans la chute. »
(**) :
J.M.O. 20 mars, l'aspirant Henri Auguste Léonard DUGOURD de la 3ème compagnie
est nommé au grade de sous-lieutenant à titre provisoire à la date du 13 mars,
il est affecté à la 10e compagnie (chef de section).
Le temps est très froid. Tout est calme.
Dans la matinée, le capitaine MERLIN, (Gaston) DESCARPENTRIES et (Henri) DUGOURD montent à Tiercom ; je vais avec eux à Weber.
Je passe l'après-midi à écrire. Ce soir il y a un peu de vent dans les voiles parmi les poilus.
La Vosgienne se ramène encore sans prévenir, je les laisse se débrouiller.
Le temps se couvre un peu.
Il fait moins froid.
Le caporal (Alphonse) DUPRAT (*) a des difficultés avec LHEUR que je boucle. Les boches ne sont pas revenus à leur champ.
Beau temps mais pas mal de brume.
Cet après-midi, je commence à faire tout mettre en ordre pour la relève. Je vais à Pierregottel avec (Gaston) DESCARPENTRIES et le médecin chef nous apprend que nous allons bientôt aller au Violu.
Le toubib nous montre un petit moulin branché sur une conduite d'eau. Les officiers de la 6e arrivent ce soir mais je ne les vois pas.
(*) : Le
caporal
Alphonse Sylvain DUPRAT, 27
ans, sera tué le 7 juin 1918.
Il tombe de la pluie mêlée de neige.
L'offensive continue toujours ; ce doit être la guerre en rase campagne qui reprend. Je vais à Ancel où je trouve Mr MONNE et à Weber où SAILLANT a élu domicile.
Nous commençons par regarder l’îlot Weber, puis nous allons à Weber gauche et enfin à Didier Haut.
On commence à déjeuner quand (Gaston) DESCARPENTRIES reçoit un coup de téléphone disant que la relève n'aura pas lieu. Tête des types de la 6e qui doivent s'en aller retrouver le bataillon à Fraize !
Nous restons donc. Je monte à Tiercom et, pendant plusieurs éclaircies, je regarde la plaine d'Alsace. On voit Colmar merveilleusement.
En rentrant, je vois des officiers de la Vosgienne et on boit une bouteille ensemble. Ce soir, les cuisines déménagent et s'en vont à Ancel. C'est tout un fourbi. Le ravitaillement ne sait pas où vider les tonneaux, enfin, je ne peux dormir tranquille.
Drôle de vendredi saint.
Il neige et les boyaux sont infects.
Vers 9h1/2, les boches bombardent avec du 105. Je fais rentrer tout le monde dans la sape ; il tombe 16 obus.
Au déjeuner, (Henri) SÉRÉGÉ vient nous voir et je lui parle des photos que je lui avais confiées ; il me promet de s'en occuper.
Je rentre par Ancel.
Le début de l'après-midi est assez calme ; par trois fois différentes, la Tête des Faux encaisse des minen qui arrivent par quatre. La rafale la plus forte a lieu vers 18 heures.
Il commence à pleuvoir et il y a de l'eau partout.
Je me couche vers 20 heures.
C'est aujourd’hui Pâques ; triste journée.
Il fait un vent formidable et des lambeaux de nuages courent dans le ciel.
Dans la matinée, je dors. Puis, je vais déjeuner ; il pleut.
Je rentre par Ancel et je vais voir (Jacques) SOULISSE, MERLIN et compagnie jouer au bridge. Je rentre chez moi, toujours par la pluie et j'écris.
Ce soir, cela tiraille beaucoup de part et d'autre.
Avril 1918
Il pleut à torrents.
Je vais déjeuner et on passe l'après-midi à Ancel à jouer au bridge. Je ne rentre qu'assez tard.
Je vais d'abord toucher la solde, puis je vais rendre visite au toubib.
(Gaston) DESCARPENTRIES est là pour faire un rapport sur la blessure accidentelle d'un type. Il tombe de la neige. Je rentre directement chez moi et j'écris.
Il paraît que les boches ont coupé les fils de fer entre Scheffer Ferme et Henry Haut. la Vosgienne vient faire une embuscade. Il y a un encombrement fou.
Ils s'en retournent à 11 heures, sans avoir rien vu.
Il fait un temps douteux.
Toute l'après-midi, on attend nos successeurs qui ne viennent pas.
Enfin, après avoir dîné, je suis appelé par (Gaston) DESCARPENTRIES à Weber où je trouve un vieux capitaine de la territoriale qui a l'air bon vivant et qui a une bonne tête d'ivrogne !
Il est du 80. On chante et on remonte à Ancel dans la nuit. Je ramène la demi-section de SCHEFFER qui est commandée par un s/l. lieutenant GARNIER, type très rigolo.
En arrivant, les mitrailleurs m'annoncent qu'il y a du bruit dans les fils de fer. Comme mes poilus ont tout emballé, je les alerte pendant que la relève de Scheffer Ferme se passe. Toujours du bruit dans les fils de fer et des coups de sifflet.
Enfin, à une heure, tout le monde part et les territoriaux restent. Je vais me coucher. Le reste de la nuit est calme.
Je me lève à 5h 1/2 et je passe les consignes à mon successeur.
Puis nous allons à Ancel voir le capitaine qui ne tient pas du tout à visiter le secteur.
Nous mangeons vers 11 heures ; ces territoriaux sont de bons vivants.
Puis je pars avec les gradés restants. Il fait un temps lourd aussi la montée du calvaire est-elle pénible. Mais cela va mieux jusqu'à Habeaurupt.
Là, je n'ai pas de chambre et ce n'est qu'après le dîner que je peux aller me reposer. Le capitaine DELMAS et POIRÉ reviennent de Fraize avec une sérieuse cuite.
Nous partons d'Habeaurupt vers 8 heures.
A Fraize, j'achète un stylo. La montée du col des Journaux est très pénible ; pas mal de types restent en route.
Enfin, nous redescendons par La Croix-aux-Mines où nous faisons la grand'halte. Nous arrivons à Ban de Laveline vers 2 heures.
Ce n'est pas brillant ; l'état-major et la C.H.R. ont tout pris. Je loge dans un café à moitié démoli, la chambre est plus que moche.
On va se promener un peu et BRUNOT vient dîner avec nous. On termine la journée par un bridge qui dure jusqu'à minuit.
Je dors assez tard.
On commence à vider des bouteilles. On installe le cantonnement. AIRAULT vient dîner avec nous ce soir, mais il s'en va de bonne heure.
Je me lève tard.
On s'embête toute l'après-midi. On boit beaucoup. Le temps est couvert.
Toujours du brouillard.
Cet après-midi, je monte à cheval avec (Gaston) DESCARPENTRIES et nous allons vers Champfontaine reconnaître des emplacements. Nous nous engageons sur la route de Wisembach, mais des bonnes femmes nous disent que c'est dangereux.
On rentre.
Nous mangeons maintenant avec le nouveau chef de bataillon, le capitaine KUNZMANN. Assurément la popote est plus nombreuse. Il y a un piano dans la maison. La Vosgienne vient s'installer au camp Berniquet.
CULAN a un peu maigri. On boit pas mal de champagne avec AIRAULT et VARICLIER.
On ne sait quoi faire toute la matinée.
Cet après-midi, je fais tirer les fusils mitrailleurs. Re champagne avec la 11e.
La compagnie passe dans la chambre à gaz. (*)
Ce soir, encore exercice des F.M. Il fait un temps superbe et même assez chaud. Réunion chez le colonel.
(*) :
Pour les exercices des masques
Tout le monde a l'air de craindre quelque chose.
Ce matin, nous allons reconnaître les 2e positions derrière Ban de Laveline.
En revenant, on gobe des œufs à Coinchimont. Il fait chaud.
Cet après-midi, je vais à Wisembach avec (Gaston) DESCARPENTRIES. Nous prenons la route. (Gaston) DESCARPENTRIES a gardé son képi rouge. On trouve CAGNAC dans son P.C., salle à manger, bureau, etc... Comme les civils quittent le patelin, la propriétaire fait ses malles.
Nous montons jusqu'à un GC, puis nous revenons prendre le champagne avec (Lucien) ALAPHILIPPE. On repart et on dîne à 5 heures.
A 6h1/2 la compagnie va cantonner à Coinches où on arrive vers 7h 1/2.
En route, je vois PICARD. Ma chambre est à 1 kilomètre du cantonnement. Malgré que CULAN nous ait invités à faire la bringue, je vais me coucher.
Je me lève à 8h et passe ma matinée à faire ma toilette.
Dehors, je trouve SCHLEGEL qui vient reconnaître pour le 1er bataillon. Je vais le conduire vers la cote 317, puis je pars à St Dié en bicyclette. Je me promène et rencontre le commandant CARRÉ. Il fait très lourd. Nous dînons avec les 11e et CM3 et, sur la fin, le cap. KUNZMANN vient nous voir.
Nous restons à causer jusqu'à près de 11 heures. On parle de l'attaque à laquelle tout le monde a l'air de croire fort.
Je me lève vers 7 heures et je goutte la fraîcheur délicieuse du matin. Puis le temps devient lourd petit à petit.
Je vais à la messe à 10 heures et je me dirige vers la popote. Les commandants de compagnie sont partis reconnaître sauf le Cap. MERLIN.
La conversation roule sur le marmitage et l'Ypérite et ce n'est qu'à grand peine que l'on peut changer la conversation.
L'après-midi il fait très chaud. Je me fais couper les cheveux et je tire de nouvelles photos en vitesse.
Puis, ma cantine terminée, je vais à la popote où, pour faire couler des pets de nonne qui ne passent pas, je m'enfile une bouteille de champagne avec (Henri) SÉRÉGÉ et ROBET.
Nous dînons à 5h 1/2 et on rassemble.
Nous partons derrière la 11e à 7h30. L'orage qui menaçait se met à éclater. On marche constamment éclairés. Il tombe une pluie torrentielle et tout le monde est trempé.
Au Giron, comme la 3e section qui était à Coinchimont n'arrive pas, on part tout de même. A Wisembach commence la côte ; montée très dure et nuit très noire.
Nous arrivons au Chena à 11h20.
Personne ne me réveille pour l'alerte et je ne m'en aperçois qu'à 5h 1/4.
Il fait un brouillard opaque et il pleut. Je fais la visite de l'îlot qui est situé d'une façon merveilleuse sur le sommet de la cote 732.
Mon prédécesseur ayant reçu un coup de main, on n'a gardé que la contrepente. Les réseaux sont assez bons mais les abris laissent à désirer. On s'installe.
Je ne descends pas déjeuner à Wisembach et ce n'est que vers midi que je descends. Je trouve les camarades qui m'engueulent parce que je suis resté là-haut. Je joue du piano car la propriétaire n'est pas là.
Je reste à dîner et je remonte tout seul en ligne par la grimpette. Il fait toujours du brouillard et je me dépêche.
J'arrive là-haut avec une belle suée. La pluie tombe toujours un peu.
Il fait toujours du brouillard.
Cette fois, je descends déjeuner. On a des invités, GUÉRIN, le sergent GERVAIS. On boit du kirsch délicieux et on s'en va remonter le moral aux civils qui ne sont toujours pas partis. Je remonte avec la corvée de soupe.
Le brouillard se lève un peu mais bientôt épaissit encore.
Ce matin, il fait beau temps aussi je descends avec la patrouille.
Je fais ma toilette et on déjeune.
L'après-midi paraît un peu longue ; on va voir quelques civils. Les boches envoient des 150 vers le P.C. de DELMAS et des obus russes dans le ravin.
Le commencement de la soirée est assez calme mais la 11e compagnie se met à lancer des grenades et continue une bonne partie de la nuit.
Il doit y avoir un coup de main fait par la Vosgienne sur le Violu et l'artillerie commence à tirer. Cela dure jusque vers 10 heures où le barrage se met en branle.
Tout est terminé à 11 heures. Il fait un temps légèrement couvert.
Dans la soirée, cela s'éclaircit un peu. L'artillerie tape en diminuant. Je remonte avec la corvée de soupe.
Le temps est incertain jusqu'à 9 heures, tout est calme.
A 9h30, se déclenche un tir de barrage ennemi sur le Violu ou la Grande Cude. Cela dure presque une heure ; nous répondons.
Il paraît que l'opération que nous avons faite hier a loupé, faute de préparation d'artillerie ; tant que l'on aura pas salé quelques artilleurs, ces messieurs s'en moqueront. Je remonte de bonne heure pour faire travailler mes types.
Il fait assez frais et on endure bien le feu.
Ce matin, il y a de la neige et il fait très froid.
Il paraît qu'un groupe de combat tout entier a été raflé au 174 ; cela s'est passé en douce hier matin.
Pendant l'après-midi, comme on s'embête, on s'avance jusqu'aux premières maisons de Wisembach. Je trouve du matériel et je ramène sur mon dos un rouleau de barbelé.
J’y attrape une suée et des écorchures…Je remonte presque aussitôt après une petite visite aux civils.
Les civils sont partis cette nuit : il ne reste plus personne dans le patelin.
Je descends à 8h1/2 et comme le lieutenant AIRAULT passe, je pars avec lui et ROBET.
Nous passons par le GC Bantzen et, ensuite, nous montons au bois de Beulay. On est tout à fait vu du Versant de la Tête (*) et des Yraux.
Enfin on ne se fait pas sonner.
On visite les observateurs et le GC des territoriaux. Comme on était montés sur la tranchée, il rapplique une rafale de mitrailleuse qui nous fait faire un beau plat ventre. Par bonheur, personne n'est touché.
En revenant, on trouve (Gaston) DESCARPENTRIES et BAYLE qui, en montant, se sont fait sonner. Aussi, pour descendre, on est obligé de faire un détour et de procéder par bonds. On arrive à Wisembach à midi.
Nous pouvons dire que nous avons eu chaud.
Après le déjeuner, on fait marcher un phonographe trouvé je ne sais où, puis, je vais faire un tour dans les maisons.
Dans la soirée, tout est calme.
(*) : De
la Tête du Violu
Il y a encore de la neige ce matin. Je dors jusqu'à 9 heures.
Puis, je descends ; il y a un peu de brouillard. (Gaston) DESCARPENTRIES ne vient pas déjeuner et je remonte avec la corvée de matériel. Il commence à pleuvoir.
Ma section doit monter demain en ligne. Ce n'est pas trop tôt car je commence à en avoir assez des autres.
La neige fond petit à petit et il y a une boue phénoménale.
La 4e section se prépare à descendre et, en bas, je trouve la 2e qui m'attend ; cela me fait plaisir de revoir mes braves poilus.
Je remonte avec eux sitôt après le déjeuner. Ils attrapent une petite suée à laquelle ils ne sont pas habitués. La 4e section s'en va. Lorsque les miens sont reposés, je leur montre leurs emplacements de combat et je leur explique le système de défense.
Il commence à pleuvoir. La nuit n'est pas trop noire, grâce à la lune.
Je prends un bain !
Nuit calme.
Ce matin, brouillard assez dense aussi j'augmente le service de jour. Le brouillard se lève dans la vallée et le temps devient à peu près clair, mais le soleil ne paraît pas.
L'après-midi et la soirée sont calmes.
Je prends le quart à 2 heures, tout est tranquille mais à 2h30 une rafale de grenades éclate sur la gauche, dans la direction de 766.
Immédiatement, j'alerte tout le monde et je fais tirer la mitrailleuse. Les VB, coups de fusils et grenades continuent sans interruption jusque vers 3 heures ; une petite accalmie.
A 3h15, cela recommence jusque vers 3h45 et, enfin, un dernier engagement a lieu et se termine vers 4h15.
Au jour, j'envoie une patrouille à LÉGER, de la 10e et on me rapporte que l'ennemi a tenté un coup de main. Il y a trois types de disparus à 766 et des blessés, mais 762 n'a rien eu.
L'alerte a été chaude, mais mes poilus ont montré qu'ils pouvaient être rapidement à leurs emplacements de combat.
Le jour se lève. Il fait beau. Tout rentre dans le calme et je descends.
Je reste jusqu'à la corvée de soupe.
Très belle nuit. Tout est calme.
Je dors jusqu'à 9h. Très beau temps.
Le ravin de Beau Soleil reçoit quelques obus. Je remonte avec la corvée de matériel et les poilus travaillent à faire des portes.
Je prends le quart de 10h à minuit.
Il fait un temps splendide, c'est un plaisir de veiller ainsi.
Le beau temps continue et il fait même du soleil. Je prends quelques photos à Wisembach. Puis, après déjeuner, je vais avec (Gaston) DESCARPENTRIES faire un petit tour dans nos anciennes premières lignes.
On n'y voit rien d'anormal. Nous revenons par Belfort et je remonte au Chêna pendant que des obus russes tombent dans le ravin de Beau Soleil.
C'est une séance bien menée !
Je suis un peu fatigué et, après mon quart, à 10 heures, je dors vite.
Le temps est un peu incertain.
AIRAULT vient nous voir ; je ne remonte qu'avec la corvée de soupe car il n'y a pas grand-chose à faire. Le temps se couvre petit à petit et un brouillard monte de la vallée.
Le début de la nuit est très noir mais, pendant mon quart, de 4h à 6h, on y voit un peu.
Ce matin, brouillard.
Au déjeuner, AIRAULT nous amène deux officiers Américains qui doivent rester avec nous pendant huit jours pour s'instruire sur les organisations.
Ils ne savent pas un mot de français. Ce sont deux types petits et très laids, surtout sous leur casque anglais. On leur raconte ce que l'on peut en anglais et on parvient tout de même à se faire comprendre. Je ne remonte que le soir.
Avant la tombée de la nuit, la Croix le Prêtre se fait sonner sérieusement.
Vers minuit, éclate un orage sérieux.
Lorsque je prends le quart, il pleut à torrents et c'est comme cela pendant deux heures ce qui n'est guère réjouissant. La lune éclaire un peu tout de même, mais il ne fait guère clair.
Je dors jusqu'à 8h1/2 ; il fait du brouillard. A Wisembach, la pluie commence et comme il tombe encore des obus russes, je remonte pour voir s'il n'y a rien de neuf, mais cela cesse.
Vers 3 heures, encore une petite séance.
Et enfin, à 6h et 6h1/2, même chose. Tout se calme, et la nuit vient vite.
De 10h à minuit, il fait un noir épouvantable et la pluie a l'air de vouloir recommencer.
Mai 1918
Ce matin, il fait un léger brouillard qui commence à se dissiper lorsque je descends. On attend (Gaston) DESCARPENTRIES et les Américains jusque vers midi.
L'artillerie se met à donner du côté du Violu ; c'est sans doute le coup de main.
Toute l'après-midi, la séance continue et ne se calme que vers 6h1/2.
Il continue à tomber des obus sur Croix-le-Prêtre. J'hérite d'un homme/chien qui se met en position, mais dont l'animal a surtout l'ai préoccupé de dormir.
Le temps est incertain. Il paraît que le coup de main de la Vosgienne n'a rien donné, comme d'habitude !
Dans l'après-midi, je remonte de bonne heure.
Il paraît que je dois faire une patrouille ce soir aussi je m'apprête à rester à Wisembach.
Le temps est beau.
Nous partons à 8h1/2 par la route de Ste Marie et nous passons d'abord par le Labyrinthe. Ensuite nous bifurquons à gauche. La patrouille se borne à reconnaître la ferme d'Aubrygoutte.
Nous rentrons vers une heure.
Je couche dans la chambre des sous-officiers et je me lève d'assez bonne heure.
Dans l'après-midi, nous montons à Bantzen avec les Américains.
Ce soir, autre patrouille ; cette fois, nous allons plus loin et nous poussons jusqu'au premier réseau boche, composé de chevaux de frise et d'où l'on aperçoit une lumière sur la droite.
On fait une brèche, puis l'on revient.
En arrivant à Wisembach, vers 1h1/2, les mitrailleurs de Belfort entendant du bruit, tirent sur nous jusque dans le village même. Heureusement, personne n'est touché.
Les Américains nous quittent aujourd'hui.
Il pleut toute la journée. Je me fais monter un lit dans la chambre laissée libre.
A 8h1/2, je pars malgré la pluie. La nuit vient très vite et on n'y voit absolument rien. Je vais jusqu'aux deux fermes que je fouille sans rien trouver, de même qu'aux alentours et je rentre, toujours par la pluie.
Il fait noir à ne pas se diriger.
Le temps s'est remis au beau. Je me lève tard de mes draps et je me repose aussi l'après-midi.
On part à 8h1/2 pour tenter un coup de main. On arrive sans encombre jusqu'à la 1ère brèche ; on coupe tous les fils de fer et on parvient au ruisseau près de la ferme de Bellefosse.
Ensuite, on remonte et la dernière brèche est très dure à faire. (Gaston) DESCARPENTRIES part en avant avec 4 poilus et je reste dans les genêts avec BROSSET et deux hommes.
A un moment, les boches ont dû entendre du bruit car ils envoient deux fusées éclairantes qui tombent presque sur nous.
Vers 3h 1/2, (Gaston) DESCARPENTRIES revient, n'ayant absolument rien trouvé.
Nous rentrons à Wisembach au petit jour.
Je dors jusqu'à dix heures.
J'ai une petite G.D.B. Dans la salle à manger, je trouve AIRAULT avec qui on boit un verre de vin rouge qui manque de me faire debecter.
Dans l'après-midi, un orage monte et éclate à 7 heures.
Vers 8 heures, au plus fort de la pluie, sur une note pour les mitrailleurs, (Gaston) DESCARPENTRIES me renvoie au Chêna ; moi qui comptais bien me reposer dans un lit, cela a pour effet de m'exaspérer singulièrement.
Je pars donc et j'arrive là-haut trempé et fatigué. Je me couche aussitôt.
Vivement la relève, je commence à en avoir plein le dos d'en baver comme cela.
Je dors jusqu'à 9h et je descends juste pour le déjeuner.
ROBET essaye de me remonter un peu le moral, mais j'ai le cafard et je repars de suite pour le Chêna. La pluie a cessé et il y a une visibilité superbe.
Le secteur est calme.

Carnet
de guerre n° 6 du lieutenant René BRISSARD du 409ème régiment d’infanterie
ROBET vient me voir avec la patrouille du matin et je descends avec lui à Wissembach. Nos successeurs du 360 ne tardent pas à arriver. Le commandant de la compagnie à l'air très jeune, mais un peu bourreur de crâne.
Je remonte avec lui au Chena, après déjeuner ; il n'est pas habitué à ces hauteurs aussi souffle-t-il !
Je veille à la préparation de la relève.
Après la soupe, je me couche et je suis réveillé à 10 h 45 par la relève.
Vers 762, il y a des éclatements de grenades et les mitrailleuses tirent. Je passe les consignes à l'adjudant du 360 et j'emmène la section. Il fait très noir jusqu'à la sortie du bois.
Nous arrivons au camp Berniquet à 1 h 30.
Le cantonnement a été très mal fait aussi les poilus doivent déménager.
Je me couche à 2 h ½ et me lève à 6 h ½. Je casse la croûte et vais à Laveline.
Dans l'après-midi, je me rends à Gemaingoutte et au Repas. J'y retourne le soir.
Beaucoup de types saouls.
Nous partons à 2 h ½.
J’ai des difficultés avec LHEUR que je finis par boucler. Celui-ci est de plus en plus saoul.
Nous passons le col des Journaux à l'aube et après une longue pause, nous arrivons à Fraize. Je ne peux pas avoir ma chambre car ma propriétaire ne veut pas la donner et on est obligés d'aller chercher les cognes.
Enfin, je peux me nettoyer.
L'après-midi, je vais à Clefcy et je rentre avec l'orage.
Je me couche à 10 heures après avoir passé l'inspection des permissionnaires.
Comme je reste pour le bien vivre, je ne me lève qu'à 8 heures.
Je trouve des autos qui m'emmènent jusqu'à Corcieux. Nous sommes à Thiriville, sale patelin où les maisons sont éparses dans les champs.
Il pleut et c'est bien moche. J'ai un lit vosgien.
CULAN rentre à la compagnie. Je me couche de bonne heure, il fait très frais.
Ce matin, il pleut à seaux. De plus, une épidémie de fièvre se déclare.
Le cap. MERLIN en est atteint et est amené en auto. La CM nous rejoint et mange avec nous.
Les hommes se nettoient.
Continuation du mauvais temps.
Toujours repos et les malades s'en vont à l'infirmerie. Le médecin-chef vient voir MERLIN. Je tire des photos.
Le temps est couvert mais il ne pleut pas.
Cet après-midi, une séance récréative est donnée par le bataillon dans une baraque. On encaisse pas mal de chansons et l'on se quitte en buvant de la bière.
Puis nous allons à Corcieux chez CAGNAC faire un « exercice de liaison ». Chants, bière, cris et stupidités.
Tous les officiers du régiment sont là. Nous rentrons à 7 h ½.
Demain, le bataillon doit aller à Bruyères assister à une revue aussi la journée se passe-t-elle en préparatifs.
Dans l'après-midi, on va faire un exercice de défilé.
Il fait très chaud. LEVRAULT et balancé de la cuisine et remplacé par Cent Kilos.
Nous partons à 8 heures.
Temps superbe et soleil. Nous défilons dans Yvoux où se trouve le génie. Il commence à faire vraiment chaud.
Nous faisons la Grande Halte dans un bois avant Bruyères et vers 1 heure, nous allons prendre place. Nous avons le soleil en plein nez.
La revue se termine vers 3 h ½ par un petit discours de SCHMIDT. Nous repartons ; pas un souffle de vent, la marche est très pénible.
Pour ma part j'arrive très fatigué les poilus également. On croit que ces prises d'armes remontent le moral des hommes, mais cela ne fait que l'affaiblir de peiner ainsi.
Je me couche de très bonne heure.
Aujourd’hui, repos ; toujours temps très chaud qui tend vers l'orage. Je vais faire un tour à Corcieux.
Après le dîner, il y a une séance cinématographique à Vienville et nous y allons.
En rentrant, il fait un temps délicieux.
La Pentecôte. Il y a repos et je passe mon temps à tirer des photos.
Temps très chaud ; il y a repos.
Cet après-midi, je vais à Corcieux assister à un match de rugby qui a lieu sur le terrain d'aviation. Comme cela dure très tard, je rentre à la moitié.
Toujours beau temps ; je ne vais pas à l'exercice et dans l'après-midi je fais la sieste. Un aviateur se tue à Corcieux. (*)
(*) : L’aviateur décédé est Paul
François LATOUR.
Cet après-midi, il y a une conférence à Corcieux par le commandant DANGER.
À la fin, DE LA ROQUETTE fait un petit laïus qui a un tout autre aspect que la conférence !
Je vais à l'exercice : étude d'infiltration par groupes que je regarde avec les fusils mitrailleurs.
Il pleut dans la soirée, mais je vais tout de même au cinéma.
Temps douteux.
Dans l'après-midi, exercices de cadres.
Ce matin, je me repose et, ce soir, tout le monde assiste à un exercice de cadres du Bataillon.
Il fait chaud et on rentre altérés.
Je vais à la messe à 9 h ½, puis dans l'après-midi, je me dirige vers Corcieux. On pousse jusqu'au terrain d'aviation où un match de football se dispute.
En rentrant, je reçois la pluie et je reviens avec (Henri) DUGOURD en voiture.
Ce matin, exercice de réduction d'un îlot. Le chef de bataillon vient éplucher tout le monde.
DE FRANCE, (Lucien) ALAPHILIPPE et MOINET viennent déjeuner. J’aimerais mieux les voir ailleurs. Comme ils n'ont pas l'ai pressés de s'en aller, ils me font perdre mon après-midi.
Je ne suis libre qu'à 5 heures.
Exercice de bataillon. Liaisons et utilisation des défilés.
Nous faisons 4 kilomètres dans les bois jusqu'à Lanay et nous rentrons par Yvoux.
Il paraît que l'offensive est déclenchée et on doit se tenir prêts à partir. Nous allons voir LÉGER à Neune et, dans la soirée, on discute sur la popote.
L'ordre de départ n'est pas encore arrivé aussi attend-t-on toute la journée.
Nous sommes enfin fixés : nous embarquons ce soir.
Toute la journée on fait ses préparatifs. Je prends la tenue de campagne car, si on était lancés dans la bataille à l'improviste, je veux être prêt.
A dix heures, on est réuni à la mairie de Neune pour les derniers conseils.
L'après-midi, je monte à cheval avec (Gaston) DESCARPENTRIES et CULAN nous allons vers Bertrimoulin.
On rentre pour dîner. Comme je suis de garde de police, je pars à 9 heures pour la gare de La Chapelle où je trouve le 2e bataillon qui n'est pas encore parti.
Il y a pas mal de retard.
Le train n'arrive que vers 1 heure.
On embarque et à 3 heures, tout est terminé. Le wagon est très incommode et l'état-major du bataillon s'installe fort à son aise.
Je dors jusqu'à 7 heures, nous descendons d’Épinal vers Jussey, puis nous suivons la ligne Belfort-Paris jusqu'à Chaumont. Il fait très chaud dans ce wagon.
On passe ensuite à Joinville, Châlons. A Tours-sur-Marne, avant Épernay, le train s'arrête.
On débarque, non sans peine. Il est minuit.
Après avoir attendu longtemps on s'embarque en auto. Il fait froid.
On ne passe pas par Épernay et l'on descend assez fort vers sud. En revenant vers la Marne, on aperçoit les fusées éclairantes.
On débarque à 7 heures à (laissé en blanc, probablement Dormans) et nous nous dirigeons vers Clos Milon, une ferme située à 2 kilomètres où nous devons cantonner. Il y a déjà des artilleurs et on se case à grand peine.
On arrive à déjeuner, quand l'ordre de partir à Igny-les-Jard arrive. On part par les bois, il fait très chaud.
Nous n'arrivons qu'à 1 h ½. On trouve tout de même une popote, mais je n'ai une chambre que le soir vers six heures. On veut aller au bistrot mais COT tombe dans la boîte et on se débine en vitesse.
Nos pièces tirent beaucoup. On va un peu se coucher dans l'herbe et ensuite on dîne.
Après un tour d'après dîner sur la route, je vais me coucher.
(Adolphe Lucien) MOREAU me réveille à 5 heures car il paraît que l'on doit prendre les autos à partir de six heures.
Je suis vite prêt. Mais, comme toujours dans ces cas-là, les autos n'arrivent qu'à dix heures.
Nous avons un camion spécial en tête du convoi. Il fait beaucoup de poussière, heureusement un peu chassée par le vent. On casse la croûte dans le camion.
Nous passons par Orbais, Montmirail.
Vers 3 heures, nous débarquons à La Ferté-sous-Jouarre et on nous colle dans un chemin en plein soleil.
Nous y restons jusqu'à 6 heures, puis nous traversons la ville. Les civilos font la sale tête, ils n'ont pas l'air rassurés. Nous suivons le 1er bataillon qui marche en dépit du bon sang et qui s'arrête toutes les demi-heures.
Il fait énormément de poussière pour monter la côte qui mène au château de la Rue. Nous coupons ensuite à travers champs et nous arrivons à une agglomération de fermes qui s'appelle les Rougets. Tout d'abord on ne voit que des vaches qui crient.
Finalement, on trouve CULAN qui était parti devant.
Toute la compagnie est dans une ferme.je loge dans une espèce de bâtiment où il y a de très belles chambres. Il reste encore dans cette ferme deux vieux domestiques belges qui nous font voir tout ce qui reste. On trouve de tout et on dîne dans une assez jolie salle à manger.
Il est très tard, minuit passé, aussi nous allons nous coucher.
Je me lève
vers 7 h ½ et j'assiste à la chasse aux poules dans la cour de la ferme. De
nombreuses victimes gisent déjà sur le sol.
Puis je
vais boire du lait. Je termine la matinée en faisant ma toilette ; je vais
aussi reconnaître l'emplacement du travail pour tantôt ; il fait bien chaud.
Je pars au
travail à 1 h ½ et j'installe les équipes. Je m’aperçois que DHOURY a été mis
agent de liaison à la 4e section, aussi, n'ayant pas été prévenu, je la trouve
un peu mauvaise ; je le fais rentrer à ma section ce qui ne plaît pas au patron
qui m'en fait la remarque d'une façon difficile à digérer. Là-dedans, il y a
des tords des deux côtés.
En
rentrant, je trouve (Adolphe Lucien) MOREAU en train de faire marcher un phonographe grand modèle et dont les sons
sont superbes de clarté. On dîne avec RENAULT qui est arrivé dans l'après-midi,
TAILLARDAT et BROSSET. Comme on doit fournir des travailleurs, on se presse,
mais, vlan, les ordres de départ arrivent.
A 8 heures tout le monde est prêt ; on fait encore marcher le phono pour se distraire, mais le ressort casse et on en est réduits à tourner les disques avec la main.
Nous ne partons qu'à dix heures et on se rassemble près de la grande route de Château-Thierry.
Après avoir marché deux bonnes heures, nous passons par Dhuisy et nous allons bivouaquer dans un bois où l'on n'y voit rien du tout ; au bout d'une demi-heure, on réussit à se placer.
Vers 5 h ½, on fait monter les sacs ; tout s'apprête et on part pour s'avancer dans un autre bois. On s'installe vers 8 h ½ et on mange. Puis tout le monde s'endort car la fatigue se fait sentir.
Je me réveille vers 1 h ½ et j'écris un peu ; vers la gauche, le canon tonne très fort.
A 4 h ½, je m'en vais voir si la soupe arrive.
Un avion de chez nous se fait descendre par six ennemis qui s'acharnent dessus. (*)
Nous partons vers 5 h ½ et, en passant par des bois où se trouvent le 1er et le 31e chasseurs, nous arrivons aux Glandons. CULAN et BROSSET s'en vont dans un bois en avant.
Nous sommes dans des greniers. On se couche avec la nuit.
(*) : L’aviateur tué doit être Emile Paul CHAMPAGNEULE de
l’escadrille 106 tué en combat aérien à Montreuil-aux-Lions (à 3 km de Dhuisy) sur Salmson 2A2, avec à
bord l’observateur François Marie Germain LASVIGNES, lui aussi décédé.
Je me lève à 5 heures après m'être bien reposé ; puis, avec ma section, je m'en vais creuser des tranchées dans le bois où se trouve CULAN. Quatre saucisses boches sont en l'air. Je vois RENAULT.
Les boches envoient quelques obus qui tombent assez loin.
Je rentre pour 10 heures. En rentrant, HAMELIN m'annonce que nous devons attaquer demain, aussi, cet après-midi, il n'y aura pas de travail. On nous expose le plan d'engagement. Il y a l'air d'avoir un front joliment grand pour le bataillon, presque 2 kilomètres.
J'écris un peu et je vais reconnaître les emplacements de départ. Nous devons partir du bois de Veuilly ; en arrivant au poste de secours, on rencontre les officiers du 2e bataillon qui vont reconnaître. Les premières lignes sont tenues par des Américains qui n'ont pas l'air de se faire de bile.
On inspecte le terrain qui, en effet, paraît joliment vaste. Je dois suivre un ravin sur la gauche avec ma section et trouver la liaison avec la 11e qui doit prendre Veuilly. Nous rentrons par une chaleur étouffante ; à Villers-le-Vaste, une brave femme qui reste encore là nous offre eu vin.
Nous dînons et après une petite réunion au bataillon, je vais me coucher.
Réveil à 0 h 30 ; la compagnie part à 1 heure.
La marche est très lente et très fatigante ; on fait de nombreuses poses. La grimpette du bois de Veuilly est assez dure. Je retrouve mon chemin et j'arrive à la lisière du bois à 3 h 15. Je mène ROBET à son emplacement. Je prends mes dernières dispositions.
Les Américains qui étaient dans le bois commencent à s'en aller et le 2e bataillon n'arrive pas.
A 3 h 45, je pars en ligne d'escouade. POUZET me suit avec son 37. Les sections de droite ne sortent que quelques minutes après nous. Je progresse à travers un champ de seigle et, ensuite, je me trouve dans une prairie.
A droite, le bois en S n'est pas pris facilement et on s'y bat ferme, je suis légèrement avancé. Comme les mitrailleuses crachent, j'utilise un petit fossé qui me mène à l'entrée du ravin que je dois suivre. Le barrage se fait devant nous. Le ravin est rempli de brouillard ce qui facilite la progression. Un petit bois est enlevé par nous et comme mes poilus avancent trop vite, je les fais replier ; nous recevons des coups de fusil.
A droite du ravin, les FM répondent. Mais, comme je suis un peu avancé, je m'arrête car, à droite, il y a énormément de résistance. J'envoie (Fernand) LARDEUX faire la liaison avec la 11e compagnie qui doit être à Veuilly accompagné de ROSSIGNOL ; il revient en m'annonçant que Veuilly n'a pu être pris et qu'il y a un trou énorme entre la 11e et moi ; n'ayant pas de liaison, je vais au bataillon prendre des ordres et j'y trouve le capitaine DELBREIL qui me dit de m'organiser.

Extrait du JMO
Je rentre et l'on travaille ferme. Les boches envoient des obus dans le bois et il est impossible d'en sortir. Le grenadier-lanceur (Alphonse) RAFFEGEAU et (Vincent) BOITEL, un nouveau, sont tués par balle. (*)
Le petit CHAMBOURG est blessé et doit rester toute la journée sur le terrain.
Il fait terriblement chaud.
A la brume, on va fouiller deux boches qui sont tués devant nous. L'ennemi essayant de remonter sur la crête, on lui tire dessus au fusil et à la mitrailleuse, mais il répond en lançant des sortes de grenades à ailettes.
On veille toute la nuit.
Durant cette journée le régiment a eu 40 tués et environ
150 blessés !
(*) : Alphonse Joseph RAFFEGEAU, 22 ans, tué à l’ennemi,
le 6 juin 1918. Il était né à Villedieu (Maine-et-Loire). Sa fiche. Il venait du 32e d’infanterie.
Vincent Auguste BOITEL, 28 ans, tué
à l’ennemi, le 6 juin 1918. Il était né à Soyécourt (Somme). Sa fiche.
A 2h30, violent barrage, je ne sais ce qu'il y a.
Vers 4 heures, TIGÉ vient me dire que je dois me porter en avant ; comme je reçois des coups de fusil et de mitrailleuse je reste accolé à un talus d'où je dois repartir vers 7 heures. On grimpe la crête à quatre pattes et on se dispose à s'installer mais nous sommes vus et nous commençons à recevoir des fusants. Comme la liaison avec la 11e est incertaine, je vais moi-même la faire à Veuilly qui est pris. Je vois le capitaine DELMAS et MERCERON. Je retourne à la section et, tout à coup tombent des 150.
Au lieu de se terrer, les poilus de replient en partie dans le ravin ce qui fait que les obus suivent. Je vais en rendre compte au capitaine KÜNTZMANN qui me dit de ne pas insister pour avancer. JOLY est blessé à la tête et se sauve en vitesse. Les obus continuant à tomber, je veux faire rentrer tout le monde dans le bois de départ, mais il est trop tard et trois malheureux restent sur le terrain.
Le pauvre (Fernand) LARDEUX (*), le caporal (Alphonse) DUPRAT (**) qui sont tués et le caporal Jean BOURSEAU (***) qui est grièvement blessé ; j'y vais voir et je trouve le petit (Adolphe) MOREAU (***), blessé également à la jambe. Les autres s'en sont tirés.
Je fais chercher les brancardiers et je vais rendre compte au capitaine KÜNTZMANN.
Cette mort de (Fernand) LARDEUX m'a bouleversé et j'en suis anéanti.
Mes hommes étant aussi très déprimés, je les fais reposer pendant deux heures, puis, je vais retrouver le capitaine DELMAS qui a pu arriver jusqu'au moulin d'Éloup. Je retrouve dans une espèce de carrière CRESSAN qui, avec sa demi-section, n'a pas eu de mal. Nous n'avons pas de liaison avec la 9e.
On se repose jusque vers 2 heures et l'on se dirige vers le bois situé à l'ouest d'Éloup ; on le traverse en partie.
Au moment de déboucher, j'envoie CORMANDEL en patrouille pour me couvrir, mais comme il est salué, nous n'insistons pas. Le boche est encore là en force. On reste dans le bois jusque vers 4 heures.
Le 356 ayant donné des renseignements faux, on reçoit l'ordre de ne pas attaquer Éloup.
Nous restons en place et, toute la soirée, on reçoit des balles. La 7e vient nous relever. J'ai très mal à ma jambe ; ce matin, je me suis fait une espèce de foulure aussi je marche très difficilement. On arrive au bois de Veuilly et j'installe mes types.
Je retrouve le reste de la compagnie qui se case tant bien que mal.
(*) : Sergent Fernand Joseph LARDEUX, 27 ans, mort pour la France le 7
juin 1918. Il était né à Angers. Voir sa
fiche.
(**) : Caporal Alphonse Sylvain DUPRAT, 27 ans, mort
pour la France le 7 juin 1918. Il était né à Lathus
(Vienne). Voir sa fiche
(***) : Le caporal Jean BOURSEAU est
mort de ses blessures le 7 juin à l’ambulance 5/21 au château de Perreuse (proche de l’étang 2,5 km à l’ouest de Jouarre) où
était l’ambulance 5/21 depuis le 2 juin (JMO services de santé 21 CA). Voir sa fiche -- Voir
sa fiche matriculaire.
(***) : Adolphe Julien MOREAU, l’ordonnance d’André
BRISSARD, 22 ans, blessé à la cuisse droite, a survécu à ses blessures. Il sera
cité à l’ordre du régiment en ces termes : ‘’ S’est comporté crânement à
l’attaque du 6 juin 1918, n’hésitant pas à franchir une crête sous un
bombardement violent. Grièvement blessé au cours de l’action ‘’. Il ne
retournera plus au front. Il sera proposé pour la Légion d’Honneur en 1937,
mais ne l’obtiendra pas. Il décède en 1939. Voir
sa fiche matriculaire.
Il fait très froid aussi je me lève vers 5 heures ; je vais voir (Gaston) DESCARPENTRIES qui me dit les nouvelles. CULAN passe à la 10e compagnie pour remplacer (Jacques) SOULISSE qui est blessé assez gravement (*).
(Henri)
SÉRÉGÉ a une blessure à la main. BROSSET deux balles dans le bras ; le sergent
LEROUX tué, RONDART et GEORGET blessés. Puis, pas mal de pertes. (*)
On fait l'inventaire de tout ce qui manque et on va s'installer dans les trous.
CULAN vient nous voir le matin et, dans l'après-midi, nous sommes appelés au bataillon. Grande surprise, nous voyons que CULAN a tout de même la croix ; ce n'est pas trop tôt ; c'était vraiment dégoûtant de l'avoir fait attendre comme cela, depuis le temps qu'il la méritait.
On boit du champagne et on se quitte.
Ce soir, tir de barrage ; le 2e bataillon prend Éloup ; dans notre bois, nous écopons également, mais sans mal. Le lieutenant BERY de la 7e a été tué ce matin. On ne peut guère dormir car on reçoit des gaz.
(*) : Le lieutenant Jacques SOULISSE a été blessé le 6
juin. Il sera affecté au dépôt de l’intérieur à la date du 12/07/1918, à titre
définitif (JMO).
Rappel : Jacques SOULISSE est né à Souché (Deux-Sèvres) en septembre 1891. Engagé volontaire
pour 4 ans en 1909, il part au 1e Zouaves. Il est en Algérie et à la frontière algéro-marocaine jusqu'en septembre 1913. Il y a contracté
en 1913 la fièvre typhoïde pendant une épidémie de garnison.
Algérie en 1911-13. Il est blessé gravement par balle en
août 1914. Sous-lieutenant, il arrive au 409ème régiment d’infanterie en mars
1915 après son rétablissement. Lieutenant en avril 1916, il est évacué sur
blessure le 6 juin 1918. Chevalier de la Légion d'Honneur le 7 juin 1918. En
1921, une radiographie montre la présence d'une balle de révolver entrée dans
la région lombaire , jamais retirée. Il a été fait
prisonnier à Boulogne-sur-Mer le 23 mai 1940 et a perdu ses papiers à cette
occasion. Il a ensuite été rapatrié d'Allemagne et démobilisé à Lyon. En 1920,
il réside à Denain (59) et est conducteur de travaux (déclaration sur l'acte de
naissance et décès de sa fille). Il est décédé à Hautmont (Nord) en 1943. Voir sa carte de combattant --- Voir
sa fiche matriculaire.
Le lieutenant Henri SÉRÉGÉ Alexandre a été blessé le 6
juin.
Le sergent Jules BROSSET a été blessé le 6 juin. Il
semble avoir survécu à ses blessures.
Le sergent Dominique RODART a été blessé le 6 juin. Il
semble avoir survécu à ses blessures.
Le sergent Henri GEORGET a été blessé le 6 juin. Il
semble avoir survécu à ses blessures.
Sergent Auguste Jules LEROUX, 24 ans, mort
pour la France le 6 juin 1918. Il était né à Montfaucon (Maine-et-Loire). Sa fiche.
Je couche dans le même trou que (Gaston) DESCARPENTRIES.
A l'aube nous sommes réveillés par un barrage serré et on voit que notre bois est repéré. Dans la matinée, on déguste aussi ; vers 11 heures, nous allons manger au bataillon ; chacun emporte ses affaires.
Il fait très chaud.
Je rentre vers deux heures ce qui procure encore l'occasion de déguster un peu. Nous devons être relevés ce soir aussi ROBET va reconnaître le bivouac, mais, sur le coup de 6 heures, contre ordre arrive, et nous restons là.
Toujours des obus. ROBET rentre vers les 9 heures, après un barrage soigné. Sans doute que les boches ont voulu sortir. Il fait froid et il commence à pleuvoir. Je me couche.
Il paraît que le 174 doit venir nous doubler. C'est vraiment dégoûtant de n'être pas relevés, c'est toujours comme cela.
Je me réveille souvent dans la nuit car je suis transi ; à part quelques obus il n'y a pas de barrage sérieux ce matin.
A 7 heures, je me lève et je sors pour me réchauffer un peu. Je vais voir RENAULT. Il fait un temps incertain, des averses.
Après déjeuner, on reçoit la visite de DELBREIL qui nous envoie des pionniers pour faire un P.C.
Je dors un peu et j'écris.
Il fait très froid.
Dans le P.C. Il fait un peu moins froid mais on n’est guère à son aise.
Ce matin, il y a un barrage qui nous fait lever mais, comme tout se calme bientôt, je me rendors jusqu'à huit heures.
Dans notre coin, toute la journée est calme ; je dors encore pendant l'après-midi.
Le 174 monte sur la droite.
RENAULT vient me réveiller, puis la matinée se passe à faire notre toilette. On reçoit l'ordre de relève pour ce soir. Dans l'après-midi (Gaston) DESCARPENTRIES s'en va ; vers 3 heures, les boches se mettent à sonner le bois. ROBET vient me rejoindre. Un des derniers obus blesse BALDY dans le dos. La blessure a l'air peu profonde. (*)
La fin de la journée paraît longue.
A la tombée de la nuit, l'artillerie passe une séance sérieuse au bois en croissant, la fumée en revient jusque vers nous.
(*) : BALDY Joseph Antoine semble avoir survécu à ses blessures.
Nous partons à 1 h 30, sans attendre le 1er bataillon qui nous relève ; il fait noir atrocement dans ce bois. A Villers-de-Vaste, on boit le jus et, par les Glandons et la ferme Heurtebise, on se dirige vers Chambardy où nous arrivons au jour. J'ai une petite chambre qui est plutôt moche.
Je dors toute la matinée et, cet après-midi, j'écris. On se refait. Je vais à Dhuisy avant le dîner.
M'étant installé un lit, je dors assez tard ; ROBET va à La Ferté-sous-Jouarre et je l'attends pour y partir également, mais, bernique, il ne revient qu'à 4 heures.
Je l'ai mauvaise car je suis obligé de rester là.
Je pars à 7 heures en bicyclette et je fais mes achats à La Ferté ; je me promène et je vais au bistrot avec CAILLAUX, puis je rentre en m'accrochant à un camion. ROBET monte une matinée récréative pour demain.
Le capitaine KÜNTZMANN est nommé commandant et il arrose ses galons après le dîner ; tard dans la nuit, cela ne va pas et je suis malade.

Je suis un peu fatigué, mais j'arrange mes affaires. Je vais à la messe qui est dite sur un autel improvisé, puis je vais déjeuner avec la 10e. J'assiste au début de la séance récréative mais comme je m'y rase je m'en vais.
La compagnie se rassemble à 8 heures. Nous recevons des renforts.
AUZANNEAU et (Gaston) BOURCIER reviennent au régiment et vont à la 7e. Nous partons par sections ; la nuit vient vers les Glandons.
La relève se passe bien et nous ne sommes pas sonnés jusqu'au bois Sandral.
Un agent de liaison de la 7e nous conduit ; nous longeons le bois en S et nous pénétrons dans le bois Sandral. Après avoir fait beaucoup de détours, l'agent de liaison s'aperçoit qu'il s'est perdu. Des mitrailleuses boches battent le bois ; nous nous couchons dans un chemin et nous attendons une bonne heure ; enfin, l'agent de liaison revient.
Il me conduit au sous-lieutenant GUÉRIN que je relève ; la section se case, les mitraillettes ne tirent heureusement pas pendant ce temps-là.
On veille jusqu'au matin.
Je vais visiter mes types en utilisant la lisière du bois car on reçoit des coups de fusil ; je me promène un peu vers ROBET. Je mange dans ma tranchée ; dans l'après-midi nous recevons quelques obus.
Nous devons faire une opération demain soir et je vais prendre les ordres.
Nous veillons encore toute la nuit ; ce matin, je dors, puis je vais un peu reconnaître mon terrain d'attaque, mais je n'y vois pas grand-chose.
Durant toute l'après-midi, il y a un sérieux remue-ménage dans le bois et il est étonnant que les boches ne s'en aperçoivent pas.
Vers 7 h 30, tout le monde est en place, on installe des batteries de V.B. et de F.M.
A 8 heures, la préparation commence à coups de mitrailleuses, stocks, etc...
A 8 h 45, nous partons et nous dévalons la pente très rapidement ; on trouve cinq Fritz qui font camarades et qui abandonnent leur mitraillette ; croyant la 1ère section plus avancée, je pousse en avant, mais ne voyant rien, je reviens à mon objectif.
Immédiatement tout le monde commence à creuser, je
me mets en liaison à droite et à gauche. (Henri) RENAULT est blessé au
pied. (*)
La nuit est assez calme, il n'y a aucune réaction, on travaille dur.
(*) : Lieutenant Henri
RENAULT
Le jour venu, tout le monde se camoufle avec des fagots et on ne bouge pas de nos trous. Comme les trous sont très étroits, on est très mal à l'aise.
Il commence à pleuvoir et on en est réduits à mouiller ; la journée paraît longue.
A la nuit, il y a un tir de barrage. Il paraît que la 10e compagnie n'a pu atteindre son objectif aussi la ligne est-elle un peu avancée.
La 2e compagnie doit recommencer l'opération de la 10e mais il paraît qu'une section n'a pas voulu marcher aussi on reste au même point.
On fait une petite préparation à la mitrailleuse à 2 h ½, mais comme rien ne continue, la séance s'arrête. On a agrandi les trous pendant la nuit et on est un peu plus à l'aise, mais il pleut toujours, il fait très froid.
La journée se passe comme hier.
Le soir, le 170 qui a pris le bois en Croissant demande le barrage, les boches aussi, mais rien ne vient, ni d'un côté ni de l'autre ; c'est un véritable feu d'artifice !
Tout se calme.
Après une nuit où l'on mouille encore, il se passe une réaction sur la gauche ; on voit très bien une compagnie ennemie descendre vers le bois en croissant mais rien ne tire dessus.
Le réservoir de ma mitraillette commence à être plein à force de pisser dedans. Le capitaine MERCIER vient reconnaître ; la journée est assez calme. On prépare tout pour la relève ; je vois (Gaston) BOURCIER qui va voir son coin.
Vers 11 heures, AUZANNEAU vient pour me relever ; comme je dois rester jusqu'à demain matin, je lui explique tout alors que ma section s'en va. Je vais jusqu'à la route avec le capitaine MERCIER, je dis bonjour à GUÉRIN.
A la tombée de la nuit, voyant des boches descendre de la crête, je tire dessus avec ma mitraillette et je leur fait faire plat ventre pendant ¾ d'heure environ, jusqu'à la nuit. Je reviens avec AUZANNEAU.
Le ravin d'Éloup est très bombardé, mais à l'aube, tout se calme à moitié.
Je pars à 5 heures et je regagne la compagnie au bois en S ou bois Baron, après l'avoir cherchée un bon moment ; je me couche dans un petit trou assez confortable.
Puis, vers 10 heures, je vais voir (Gaston) DESCARPENTRIES qui se trouve à une baraque en paille.
On déjeune et on va faire un tour dans le ravin qui mène à Éloup ; mais tout est ramassé et il ne traîne plus rien. Il ne pleut plus et il fait même assez beau. Je rentre me coucher à la tombée de la nuit.
Il paraît que PAGNOUX est tué et que GUÉDON est blessé. (*)
(*) : Le sous-lieutenant Marcel PAGNOUX,
25 ans, mort pour la France le 21 juin 1918 à Bussiares
(02). Il était né à Moutiers (Savoie). Sa
fiche.
Le sous-lieutenant Léon
Marie GUÉDON, 32 ans, sera tué le 27 septembre 1918 à
Somme-Py (51).
Le commandant KÜNTZMANN passe ce matin ; il fait beau ; dans l'après-midi, je vais reconnaître les travaux qu'il y a à faire. A la fin du dîner, je vois BRILLAUD.
Puis je vais me coucher ; les boches tapent.
Au moment de m'endormir, j'entends (Gaston) DESCARPENTRIES qui s'apporte avec toute sa liaison car sa maison en paille se fait sérieusement sonner.
Je lui laisse mon P.C. Et vais me coucher dans un autre trou ; les types se casent comme ils peuvent.
Il fait assez frais.
La 10e compagnie vient travailler et je la place dans le bois. On installe une table près du P.C. AIRAULT (Victor) et VARICHER viennent déjeuner avec nous.
Dans l'après-midi, ROBET part en permission avec sa deuxième ficelle.
Je dors jusqu'à 4 h ½.
Après dîner, je vais jusqu'à la 3e section ; il pleut. Les boches envoient quelques obus dans notre ravin.
La 11e compagnie vient au travail et me réveille à 7 heures. Des avions boches se promènent en l'air et font des réglages ; comme les corvées sont probablement vues, il arrive des rafales de 88 un peu plus haut que nous, dans le bois.
Le début de l'après-midi est assez calme.
Je me couche un peu, mais je suis réveillé par DELBREIL, MERLIN et HAMELIN ; juste à ce moment-là, on reçoit des obus qui tombent assez loin.
Après le dîner, je vais avec (Gaston) DESCARPENTRIES à la 4e section et on cause un peu avec LEFÈVRE et (Alfred) DORÉ. Nous revenons et allons nous promener sur la crête en face de notre bois.
À ce moment-là, les boches envoient juste des 150 ; nous rentrons pendant un moment d'accalmie. Durant la nuit, il tombe encore des obus près de notre bois.
(*) : Alfred Pierre Marie DORÉ est né en juin au Pellerin (44). Blessé trois fois, croix de
guerre, médaille militaire, il survit à la guerre. Voir
sa fiche matriculaire.
Il fait très beau temps ; les hommes travaillent un peu.
Avant le déjeuner, nous voulons aller au P.C. du 2e bataillon mais on rencontre AIRAULT (*) et nous rentrons ensemble.
Dans l'après-midi, nous retournons et nous les trouvons au bois triangulaire en train de jouer au bridge. On reste là jusque vers trois heures. Je rentre et l'état-major du 1er bataillon va reconnaître ; ils ont l'air de ne pas avoir grande envie d'attaquer.
La soirée est assez calme. Le 1er bataillon monte ; très mauvais moral parmi les hommes.
Je dors un petit peu et, à 11 heures, nous partons.
Vers minuit, nous sommes à Villers-le-Vaste.
(*) : Lieutenant Victor Gustave AIRAULT.
En arrivant à Chambardy, je me nettoie et j'écris.
Le jour vient.
Je prends une bicyclette et je vais jusqu'à May-en-Multien. La route est très mauvaise. Le patelin est bien changé : tout est plein de troupes ; naturellement, les maisons ont été pillées !
Je revois mes anciens propriétaires.
Puis, je reviens ; il fait très chaud et la bécane ne marche pas.
L'après-midi, je me repose car je suis fatigué. Je couche à la popote.
Ce matin, je me repose ; il y a nettoyage.
Cet après-midi, comme il fait beau, je vais jusqu'à la Ferté ; il fait très chaud sur la route.
Je passe par le T.R. (*) au Lunin et je descends à travers bois jusqu'à la ville. Je me promène un peu avec LÉGER qui s'en va à Paris. Je rentre pour dîner.
Ce matin, les boches envoient une dizaine d'obus sur le patelin ; il y a des travailleurs de tués.
(*) : T.R. : Train régimentaire.
Aujourd'hui, exercice ; il est malheureux de voir qu'en descendant des lignes, on soit embêtés de la sorte : c'est ce qui agit sur le moral et qui le rend si mauvais.
Cet après-midi, même chose par chaleur étouffante. Et puis, il paraît que l'on ne peut plus sortir du cantonnement. Ce n'est pas la peine de s'esquinter pour une bande de cochons qui nous empêchent d'avoir un peu d'agrément !
Le mieux, c'est de s'en aller sans rien ne dire à personne. Mais on peut toujours les laisser tomber, ces vaches-là ! J'en fais le moins possible.
Les autres jouent au bridge.
Il fait très beau temps. Le 3e bataillon du 170 descend au repos.
Je vais à la messe à 9 heures et je me fais payer ma solde.
L'après-midi, il fait très chaud et je dors un peu. Je me réveille vaseux. Avec LÉGER, je vais voir manœuvrer la saucisse.
La soirée est délicieuse.

Carnet de guerre n° 7 du lieutenant René BRISSARD du 409ème régiment d’infanterie
Ce matin, je vais à Dhuisy.
Ensuite, j'écris un peu. (Gaston) DESCARPENTRIES rentre de la reconnaissance au bois triangulaire.
Nous déjeunons avec les sous-officiers.
Dans l'après-midi, je range mes affaires : BIRON, DELAUNAY et BERTHOLEAU, nommés sous-lieutenants arrivent. (*)
On dine à 5 h ½.
La compagnie part de Chambardy à 7 h ½.
La côte de la ferme Hurtebise est très dure à monter car le temps est très lourd. Nous passons par le bois de Vaurichard au lieu de Villers : On fait une pause.
Le génie, qui va travailler, nous dépasse.
J'arrive à mon emplacement vers 10 h ½. Je trouve PETITCYGNE qui me passe les consignes. Lorsque tout le monde est placé, je me couche : je suis trempé de sueur, aussi je ne tarde pas à avoir froid.
(*) : BIRON est affecté
à la 7e compagnie, DELAUNAY à la 11e et BERTHELEAU à la 2e.
J'ai très froid jusqu'au lever du jour et puis je suis empoisonné par les moustiques.
A 8 heures, je me lève et vais au P.C. Il se met à tomber des obus dans tout le bois : c'est un arrosage copieux, cela dure jusque vers dix heures. Je vais ensuite me promener jusqu'à la 3e section.
On se fait conduire une table.
Dans l'après-midi, je rentre à mon P.C. Il tombe encore quelques obus.
A la tombée de la nuit, j'installe mes poilus dans la tranchée située hors du bois. Sur la gauche, il y a barrage qui dure jusque vers 10 h ½.
En me réveillant, je trouve le colonel qui dit de tout faire ramasser.
Puis je vais au P.C. Plusieurs rafales de 88 arrivent dans le bois. LEFÈVRE (*) est blessé ainsi que trois poilus ; dans l'après-midi, COGNAC vient pour préparer un coup de main ; après une petite visite au bataillon, nous allons en ligne chez CULAN et nous revenons par chez DELMAS.
Il fait un temps assez chaud. La soirée est très calme.
(*) : LEFEBVRE Émile Jules, sergent.
Il circule des bruits d’offensive ; la nuit est assez calme.
Dans la matinée, toujours quelques obus.
A midi, la préparation du coup de main commence ; cela marche bien. Nous déjeunons pendant ce temps-là.
Au bout de vingt minutes arrivent les premiers
blessés. POUZET passe comme un fou car un de ses stocks a éclaté et a réduit en
bouillie trois malheureux types ; le petit JOUAN est blessé légèrement. Les
types de la 2e ramènent 6 prisonniers et une mitraillette ; ils ont l'air
d’avoir chaud. (*)
Il n'y a de réaction que vers deux heures ; les 105 tombent sur la gauche de Delmay. Avec (Gaston) DESCARPENTRIES, nous allons faire payer 3 bouteilles à Vallent en compagnie de CULAN. On termine par un bridge.
Nous rentrons, tout est calme.
Pendant le diner, on annonce à (Gaston) DESCARPENTRIES qu'il part en permission aussi il s'en va en vitesse. Je me transporte au P.C.
A la tombée de la nuit, je vais voir les travailleurs et je pousse jusqu'au 174. Le commandant de compagnie est dans une maison pépère ; il m'offre le café.
Je rentre.
A 11 h, arrive un ordre d'alerte générale, on s'attend à une attaque. Je ne dors pas de la nuit.
(*) : Le coup de main a fait 4 tués et 8 blessés du côté
français.
Mon diner ne coule pas.
Vers 3 h 15 et pendant une heure, il tombe une quantité d'obus à gaz vers Éloup.
Même séance vers 5 heures. Je m’endors tout de même.
A 8 heures, l'agent de liaison du bataillon vient me réveiller. En qualité de commandant de la compagnie, je vais au bataillon où l'on s'explique sur un nouveau dispositif.
Puis je pars pour le bois de Veuilly avec le capitaine MERLIN.
Il fait très chaud. Nous déjeunons avec le 1er bataillon et nous causons des consignes.
Puis nous rentrons ; en passant dans le bois Baron, nous recevons des 77. J'arrive en nage.
Ensuite, je m'envoie une trentaine de signatures ! Je fais partir la compagnie à 5 heures. Tout se passe bien et nous arrivons sur le grand layon du bois de Veuilly sans incident ; je rencontre BIRON.
Je dîne avec la 1ère ; rien de très folichon ! Puis je regarde les types du 2e bataillon qui monte. Je me couche lorsqu'il fait nuit.
Toute la nuit, il tombe des obus.
Après avoir bien dormi que je prends possession du P.C. LAVAULT. Je fais ma toilette et je me rase. Je mange tout seul aussi je m'ennuie ; comme et il n'y a pas d'abris, je me fais construire une tonnelle.
A 9h, je vais à la Tuilerie pour reconnaître le travail ; le 3e génie nous emploie entre la route de Montigny et le Château ; les tâches sont lourdes et les hommes se fatiguent. Vers une heure, je les emmène.
Je me lève assez tard et je vais manger à la 10e car je m'ennuie tout seul ; l'après-midi j'essaye de dormir, mais je ne peux pas aussi je retourne à la 10e de bonne heure.
Je pars au travail un peu plus tôt et comme cela avance assez vite, je rentre avant la Compagnie.
Je me les lève encore tard ; il fait excessivement chaud ; nous devons travailler le jour, maintenant.
Cet après-midi, je lis "Diane de Turgy". Comme mon dîner n'est pas arrivé, j'envoie la compagnie devant et je la retrouve à 7 h aux emplacements habituels…
Pas de génie, j'envoie quelqu'un à la Tuilerie et on vient nous chercher pour nous conduire dans le bois de Vaurichard ; la compagnie travaille jusqu'à 9 h ½.
La nuit n'est pas très calme ; il tombe des obus un peu partout dans le bois.
Il y a du changement pour le travail ; je me fais construire un P.C.
Vers la route du Pont-à-Veuilly. Nous allons travailler ce soir de 6 h à 9 h 30 et je rentre coucher à mon nouvel emplacement ; j'y suis très bien et on n'y entend rien.
La compagnie va travailler à 6 heures et je vais la voir sur son chantier. C'est une tranchée creusée dans le bois de Vaurichard. ROBET rentre de permission et je lui passe la compagnie.
L'après-midi, nous nous promenons un peu dans le secteur. Au dîner, il y a quelques mots piquants échangés. Nous ne sommes pas relevés ce soir et j'emmène ROBET voir le travail.
Nous couchons ensemble dans le nouveau P.C.
Nous allons voir le travail et nous nous occupons des consignes.
Dans l'après-midi, AUZANNEAU vient reconnaitre ; il s'est fait bombarder pendant six jours et a le teint tout pâle. On l'installe et il vient manger avec nous.
Je me couche avant la relève et je ne dors guère.
Vers minuit ½, MERCIER s'amène.
1012 Samedi 13
Lorsque tout est expliqué, nous nous en allons.
Il a plu et les chemins sont très mauvais. L'allée du bois de Vaurichard parait longue.
Nous prenons ensuite la route des Glandons.
Nous arrivons à Chambardy à 4 heures ; chez nous, tout est enlevé aussi nous continuons à faire popote avec la 10e.
Je fais ma toilette et l'après-midi je m'installe.
POIRÉ est revenu au bataillon. (*)
(*) : C’est le médecin-aide-major du 3e bataillon du
409ème régiment d’infanterie.
En rentrant de la messe, j'apprends une triste nouvelle : l'abbé RAMBAULT, du 1er bataillon a été tué cette nuit, parait-il ; c'est une grosse perte pour le régiment. (*)
Nous allons chercher des officiers américains qui viennent manger avec nous. La salle à manger a été remplie de feuillages par LEGER. On fait un excellent repas ; le petit américain est saoul.
Puis nous allons au concert où nous restons debout. Assez bon spectacle.
En sortant on boit encore du champagne. Il tombe des averses, aussi je ne vais pas voir les courses.
Après le diner, on fait un bridge jusqu'à minuit.
(*) : Henri Célestin RAMBAULT, soldat de
2e classe, abbé, mort pour la France à Bussiares (02) le 14 juillet 1918. Il était
né à La Chapelle-Largeau (Deux-Sèvres), le 7 juin 1885.
Le repos continue ; je fais ma toilette ; il fait très chaud.
L'après-midi parait longue ; on reçoit le communiqué disant que l'offensive s'est déclenchée de Château-Thierry à la Main de Massiges ; nous n'avons presque pas reculé.
Ce soir, les poilus font du chahut et n'éteignent pas leurs lumières, bien qu’il y ait des avions en l'air.
Je me lève assez tard ; il parait que la gare de La Ferté a reçu une bombe en plein. Le communiqué n'est pas mauvais.
Dans l'après-midi, la compagnie va faire un petit tour ; on revient par Dhuisy où l'on passe dans la chambre à gaz. Toujours temps très chaud. Je me couche après avoir fait un petit tour ; les Américains partent en auto.
Tout à coup, j'entends des éclatements : c'est un avion qui vient de lâcher une demi-douzaine de bombes.
Rien dans le reste de la nuit.
Je me lève tôt et je vais à Dhuisy ; puis j'arrange mes affaires.
Avant le déjeuner, je fais un bridge ; après également.
ROBERT part reconnaitre et je reste à m'embêter pendant la fin de l'après-midi.
Nous partons à 7 heures et nous passons par le bois des Ablais. Le sergent DUPONT se trompe de route et nous fait faire du chemin en rabiot.
A la corne du bois de Vaurichard, DELBREIL m'annonce qu'il y a réunion des commandants de compagnies à la Tuilerie. J'y vais en l'absence de ROBERT.
Là, grand mystère, le colon nous montre un plan ordonnant une attaque pour demain. On fait laisser les sacs au pont et après un laïus insipide, on rejoint nos compagnies par un orage épouvantable.
Je vais avec RIVALIER jusqu'au bois triangulaire où je trouve ROBERT qui m'envoie à COGNAC.
La nuit est épouvantablement noire.
Après bien des tâtonnements, je trouve COGNAC qui ne sait pas trop de quoi il s'agit. Je lui explique, puis je vais retrouver ma section au bois B.
Ensuite, je la conduis à la halte, puis je vais voir (Henri) DUGOURD. On place tout mais les poilus sont très fatigués. Les obus tombent dans le ravin : on met les masques plusieurs fois.
A 4 h 35, l'attaque de déclenche ; on traverse le pont tous en paquet, puis on se réunit pour monter la côte.
A peine parti, un obus tombe à côté de moi, mettant en bouillie mon voisin. Je suis blessé à la main, mais je continue. La droite avance beaucoup et ROBERT qui est à gauche, n'a pas avancé aussi vite.
Je suis obligé de partir avec CRESSAN, mon doigt me faisant trop mal.
Nous traversons le barrage dans le bois Saudral. Je vois le commandant, puis, au bois en S, PAVÉ m'envoie au médecin-chef.
La route est longue.
Au pont, je trouve d'abord des grosses pièces qui cassent les oreilles, ensuite MAHAUD qui m'évacue. Je monte en outre jusqu'à Cocherel à l'ambulance divisionnaire, puis on me conduit à Coulommiers.
A l'H.O.E., on me fait mettre à poil, puis on me conduit dans une salle où l'on me lave les pieds.
Ensuite, on me passe à la radio et le chirurgien dit qu'il ne peut pas m'opérer ici et qu'il va m'évacuer.
On me conduit alors dans un lit où je reste. Je suis à côté d'un type trépané.

Nota : C’est ce jour qu’il a dû croiser le
brancardier Auguste YVAIN qui écrit sur son carnet publié
aussi sur mon site :
« 18
juillet : Nous prenons l'offensive sur un large front ici. Nous avançons de
plus de 3 kms et prenons Hauterives et Bussiares. Nous avançons notre poste et je
vais en relai où était celui du bataillon de soutien. Il y a une douzaine de
blessés. »
A midi, je m'habille et à 2 heures, je pars par train sanitaire.
A Rosny-sous-Bois, on sort de la gare pour prendre l'apéro.
Je dors bien.
A 7 h on arrive à St Pierre-des-Corps. Je me fais descendre et suis conduit à Clocheville (*), où l'on me permet de loger chez moi. J'arrive à la maison à midi.
(*) : Pour info, Clocheville est un hôpital de Tours
fondée par Mme de Clocheville pour les enfants pauvres à la demande de son fils
Gatien avant de mourir à 19 ans de la tuberculose.
Je me promène un peu.
Opération.
A l'hôpital.
A l'hôpital.
Kermesse.
Paris.
En convalescence.
En convalescence.
Après mûre réflexion, je ne pars de Tours qu'à 15 h 33. J'ai naturellement reçu des reproches pour n'avoir pas fait de visites ! A Paris, pas de soucis ; j'arrive à l'hôtel à 9 h 1/4.
Je pars à 8 h. Le train passe par Gretz et Sézanne.
A Châlons, je descends et je vais aux renseignements. Un secrétaire me dit d'aller à St Dizier, cela m'étonne, mais je prends tout de même le train.
A Vitry-le-François, je vais voir le commissaire de gare qui téléphone à St Dizier : on répond que je dois aller à Bussy-le-Château, j'ai donc été trompé par le type de Châlons.
Comment faire pour revenir, il n'y a pas de train. Il pleut. Heureusement qu'il passe un train militaire ; je monte dedans en compagnie d'un médecin auxiliaire des G.D.B.
Nous ratons le train de 4 heures à Châlons. Je casse la croûte et je pars à 6 heures.
Vers 8 heures, je descends à Bussy-le-Château ; mais le C.I.D. n'est pas là. Je dois revenir à pied au-delà de la Cheppe. Il fait nuit.
Après des tâtonnements, je trouve le 409. Il y a là un capitaine que je ne connais pas, le capitaine CARLO qui me reçoit d'une façon charmante. Tout le C.I.D. (*) est dans le camp de la Noblette. Je vais me coucher dans une baraque.
On entend fortement le canon.
(*) : CID : Centre d’instruction divisionnaire
Je me lève à 8 heures et vais voir HADEN.
Je passe la journée à ranger mes affaires avec
OLLIVIER que je prends comme ordonnance. (*)
Je retrouve GUÉDON. En regardant dans de vieilles décisions, je m'aperçois que je suis cité au C.A. (**)
J'aurais bien aimé connaître cela plus tôt.
On m'affecte comme instructeur au cours de mitrailleuses.
Il fait très mauvais, pluie et vent.
(*) : En remplacement d’Adolphe MOREAU blessé le 6 juin.
(**) : Ordre au 21e corps d’armée :
« Le 6 juin 1918 a
entrainé sa section à l’attaque d’une position ennemi malgré un violent tir de
mitrailleuses, a gagné d’un seul bond son objectif et le lendemain a continué
la progression malgré des pertes sérieuses. » Croix de guerre avec étoile
de bronze et de vermeil.
Je me lève de bonne heure et je prends le cheval pour aller à Suippes voir les camarades. Il pleut et l'aller est pénible. Je retrouve (Gaston) DESCARPENTRIES avec grand plaisir.
On m'invite à déjeuner ; le bataillon mange ensemble, il y a beaucoup de nouveaux qui fêtent leur croix de guerre aussi le repas est-il très animé. Ensuite on chante.
FRIDOLIN est de la fête et je vais le taper. Je reviens avec CULAN ; la pluie a cessé et le retour est assez agréable. Mais le soir il fait froid.
Ce matin, je me présente au cours de mitrailleurs, et l'après-midi, je fais de l'anglais.
Très mauvais temps, j'ai attrapé un bon rhume.
Je fais la grasse matinée mais cet après-midi, j'assiste à la théorie. C'est plutôt rasant.
VALLENT est rentré de convalescence.
Je vais à la théorie toute la journée. Temps toujours froid.
Rien à signaler.
Le temps à l'air de se remettre au beau : cet après-midi, je vais au tir avec des St Étienne. (*)
Tout va très bien.
(*) : Mitrailleuse Saint Étienne
Temps très chaud. Je fais de l'anglais pendant l'après-midi, mais je m'ennuie tout de même.
Je commence l'instruction d'une équipe d'artilleurs de tranchée.
Ils ne savent rien et je leur apprends la St Étienne. Temps très chaud.
Continuation de l'instruction ; au milieu de l'après-midi, je vais voir GUÉDON qui fait l’expérience de grenades fumigènes et incendiaires.
Il fait un vent qui a tendance à augmenter. DELMAS rentre.
Il pleur toute la matinée. Je passe l'après-midi au tir avec les artilleurs.
Je tire également au fusil-mitrailleur.
Averses intermittentes. Des escadrilles arrivent au camp d'aviation.
Je fais un bridge et j'écris.
Depuis cette nuit, il circule beaucoup de monde sur la route. De plus, on doit se tenir prêt à partir.
Je range mes affaires et je vais dans une petite bicoque près du major du camp. Mais comme personne ne vient, je rentre coucher à la baraque.
Pas d'ordres de départ. Les commandants de compagnie s'en vont. DELMAS retourne au régiment avec MOINET. Le soir, les artilleurs s'installent au bout de la baraque.
Une pièce à longue portée tire sur St Hilaire-au-Temple.
De plus en plus de mouvement ; on doit partir dans la nuit aussi je fais tout préparer. GUÉDON et VALLENT reçoivent l'ordre de rejoindre le régiment.
Je me couche de bonne heure pour dormir un peu. OLLIVIER (*) rentre saoul et ne fait rien de bon.
(*) : Son ordonnance.
On vient me réveiller à minuit ¼.
Le C.I.D. part à une heure ; nous passons par Cuperly, Dampierre-au-Temple.
Route infecte, boue très glissante. Nous redescendons vers la Marne que nous traversons et nous allons cantonner à St Gibrien.
On mange et je me couche.
L'après-midi, je dors encore. BIRON est rentré de convalescence.
Nous nous couchons encore de bonne heure.
Nous partons à 3 heures. Nous passons près de Châlons puis nous remontons la vallée de la Coole. Avant d'arriver, nous passons près d'un camp d'aviation.
A Coupetz, il y a des cuirassiers aussi devons-nous rester dans un champ toute l'après-midi.
A la tombée de la nuit on prend leur place, mais nous sommes obligés de coucher sur des paillasses dégoûtantes.
Pendant la matinée, je cherche une chambre ; je finis par en trouver une, mais elle est dégoûtante et on y sent l'odeur de fumier.
On trouve tout de même une popote où il y a un piano.
Continuation de l'installation. Il n'y a aucune ressource dans ce patelin ; je fais de l'anglais et le reste du temps, je joue au bridge.
Dans la matinée, DEREADT, du 174 vient me trouver pour me dire qu'il prend ma chambre. Je vais alors m'installer avec MARAIS.
Je me fais monter un lit avec deux paillasses et je prends des draps. On installe l'armurerie.
Il fait un temps pluvieux, peu favorable à l'offensive.
On joue au bridge et je fais du piano.
On ne sait quoi faire aussi on s'ennuie toute la soirée. Je vais faire un tour au camp d'aviation et en rentrant, je suis obligé de jouer du piano devant le patron de la popote.
On parle de reprendre l'exercice. Le colonel nous réunit et nous explique un tas de choses. Le capitaine GIRAUDON et de KÉRANION rentrent au C.I.D.
Il fait froid et mauvais temps.
Les cours recommencent aujourd'hui ; je vais aux mitrailleurs où je passe la journée. On apprend que la Bulgarie a signé la paix mais aussi la mort de pauvres camarades CULAN, LÉGER, DREUX, ANDRÉ, etc...
Temps très froid.
(*) : Maurice Antoine Jean CULAN tué le 27 septembre.
Abel Alcide Georges LEGER tué le 27 septembre.
Joseph Paul Léon ANDRE tué le 26 septembre.
DREUX non trouvé mais un sous-lieutenant Alfred DREUX est
dans la liste des blessés du JMO au 26 septembre (et aurait donc survécu).
Ce matin, je me lève tard et je ne fais que jouer du piano.
Cet après-midi, DE KÉRANION part suivre un cours.
Le temps a l'air de se remettre au beau.
Cette nuit je ne dors pas et, au cours, je me sens mal à mon aise. Je vais à l'infirmerie. J'ai de la fièvre aussi je rentre me coucher.
Je ne mange pas et je reste sur mon lit toute la journée.
J'ai encore de la fièvre, mais je peux me lever et je me chauffe à la popote. Je mange un peu.
Cela à l'air de tourner en gros rhume.
C'est bien un rhume. J'ai le nez très pris et je mouche énormément.
Je suis mal à l'aise.
Je me sens mieux et je vais à la messe. Le curé fait un sermon infect, il aurait mieux fait de se taire.
CASSAGNE est rentré de l'intérieur.
Je suis toujours enrhumé.
Comme il fait très beau, je sors un peu, mais je ne me risque pas beaucoup.
Toujours très beau temps. Je vais jusqu'au camp d'aviation avec le toubib.
Je suis fermement décidé à ne pas travailler.
Rien à signaler de bien intéressant. Le temps me permet de sortir.
Je me mets pas mal de vaseline mentholée dans le nez.
On apprend que la division est relevée et qu'elle est à Somme-Vesle.
Je vais tout à fait mieux, mais je ne fiche rien.
BEHIER rentre de l'intérieur ; il a l'air toujours aussi rigolo.
Maintenant, dans notre installation, nous sommes pas mal, mais un peu trop.
Il arrive des artilleurs du 51e d'artillerie : ils prennent notre popote comme des dégoûtants.
On doit fournir un renfort et, une heure avant le départ, on m'annonce que j'en suis.
Je fais ma cantine en vitesse et je boucle tout. Le temps est à la pluie. Nous partons vers deux heures et passons par Vitry-la-Ville.
La nuit tombe et la marche devient très pénible.
Nous arrivons à 7 h à Marson. On a tout de même une popote et des chambres. Je suis très fatigué et je vais me coucher de bonne heure.
Nous partons à 7h½ et nous traversons un bois de sapins.
En arrivant à Somme-Vesle, le capitaine GIRAUDON m'annonce que je pars dans l'artillerie d'assaut. Je fais un bond de joie. Je déjeune avec le ravitaillement et je pars à 2 heures laissant tomber le régiment avec un bruit sec !
J'attends un peu à La Cheppe et j'emballe mes cantines. Je change à Saint-Hilaire-au-Temple et j'arrive à Châlons à la nuit.
Il me faut attendre deux heures dans la gare et je monte dans un train de messageries qui se dirige vers Paris.
C'est ma dernière journée de front.

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Officier
mécanicien dans les chars après la guerre, « excellent » conférencier
sur le fonctionnement des unités techniques des chars de combats en 1938 (fiche
matriculaire). Capitaine en 1931.
Il
finira sa carrière en 1954 avec le grade de colonel de réserve.

René
BRISSARD en 1950
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